Vers la guerre civile ?

 

Le petit matador rougeaud qui nous sert de premier représentant du roi Normal 1er, celui qui fronce des sourcils et pince la bouche quand il veut montrer sa « détermination » et faire très, très peur aux terroristes qui depuis bientôt un an se terrent, comme chacun sait. L’éminent imbécile qui déclarait que les roms n’avaient pas vocation à rester en France, est en ce moment dans sa posture confite à tout socialiste depuis SOS Racisme, agiter l’épouvantail FN et répéter à l’envie le discours commun de la gauche de la gauche à la droite du portefeuille, à savoir moi ou la fin du monde, moi ou la grosse pouffe blonde. Et dans sa dernière tentative désespérée de nous assommer de son millénarisme à petit pied, de nous annoncer, carrément, la guerre civile si l’entreprise familiale du borgne et sa fifille détestée emporte les élections de 2017. J’adorerais donner tort à ce petit bonhomme sans âme ni autre ambition que de se dorer la tranche au frais de cette république dont ils se fichent tous comme de leur première note de frais. Mais hélas j’ai peur que pour une fois ses prédictions en carton de politicien flippé pour sa place et son salaire soient justes.

Pour commencer on peut examiner les politiques mises en place actuellement par les maires frontistes. Suppression des cantines scolaires pour les plus pauvres, augmentation du prix des cantines pour les familles au RSA, au fait qu’elles ont le temps de prendre leurs enfants pour déjeuner (sic), retrait du visa d’exploitation d’un film français primé aux oscars, et à Cannes au fait qu’il traite d’amour homosexuel (certes cette censure a été obtenue par le groupuscule catho facho Promouvoir et validée par la « justice » de ce pays). Voter contre la contraception, l’égalité homme-femme et bien entendu l’avortement au parlement européen, ficher illégalement ses élus par appartenance religieuse et raviver la nostalgie de l’Algérie Française…. Etc. On imagine déjà très bien quelles seraient les réactions si ces mesures étaient appliquées à l’échelle nationale, avec 3 millions de chômeurs de catégorie A, et 4 millions de personnes au RSA, du nanan, comme une lettre à la poste… sans compter bien entendu les millions de français d’origine musulmane et/ou africaine qui ne se sentiront pas du tout exclus par cette politique revancharde et nostalgique, surtout quand on examine le fameux programme du FN, un pavé de 106 pages que personne ne lit et qu’il n’est pourtant pas inutile de scruter avec toute l’attention qu’il mérite.

Sans surprise et puisque c’est dans la culture, les gènes, des partis d’extrême droite, le FN rêve d’un état fort, pour ne pas dire autoritaire et d’une armée revalorisée. Il annonce également, sans surprise non plus, la rupture des très commerciaux accords de Schengen et la reprise du contrôle des frontières. Ce qui techniquement demandera au futur hypothétique gouvernement frontiste de convaincre la totalité des membres de l’U.E (25 pays….) pour cette seule mesure. Vu comment l’Europe s’entend à merveille sur tous les sujets, on imagine bien la promesse non tenue, mais c’est pas grave, comme disait Chirac qui s’y connaissait sur le sujet, les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent. Avec un certain amusement on lira dans ce programme que le FN réclamera que les candidats à l’ENA soit « patriotes » ainsi que les fonctionnaires. On imagine déjà l’examen de patriotisme au concours d’entrée, le candidat n’aura pas intérêt à dire du bien de De Gaulle et de l’indépendance de l’Algérie. Toujours sans surprise, le FN propose d’en terminer avec le regroupement familial, réduire la carte de séjour de dix ans à trois avec strict contrôle et, et c’est là où les choses deviennent intéressantes, de supprimer l’article 8 de la constitution européenne des droits de l’homme au fait que : « il est utilisé par les associations de promotion de l’immigration pour accroitre l’immigration en France ». C’est un point beaucoup plus essentiel qu’il n’y paraît puisqu’ici le FN ment effrontément tant sur ses intentions réelles que la nature de l’article puisque en réalité celui-ci proclame le droit de toute personne au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance…. Ce n’est donc pas l’immigration qui est visée mais nous TOUS. Mais il est vrai que sur ce sujet les français n’ont absolument pas moufté sur la loi sur le renseignement, alors pourquoi se gêner…Autre mesure discriminante qui n’aura aucun impact ni sur l’emploi ni sur les réactions des quartiers déjà au bord de l’implosion, la fameuse préférence nationale appliquée à l’embauche, c’est-à-dire la discrimination qui est déjà en cours dans de nombreuses entreprises française comme dans la location de logement… sauf que cette fois ça sera officiel. Aussi officiel que la loi concernant un hypothétique racisme anti-français qui sera considéré comme une circonstance aggravante….

Oui je me suis tapé vingt six pages du programme sur 106, c’est mal, j’ai calé. J’ai calé parce qu’en dehors de ces promesses qui n’engagent que ceux qui les écoutent, les vingt six pages que j’ai lues font donc essentiellement des promesses et des analyses sans une seconde les budgétiser. Comment le FN se propose de reprendre les médias aux groupes industriels ? Par une loi. Comment compte-t-il rompre commercialement les contrats pris par ces mêmes groupes qui dépendent si fortement de l’état (notamment l’armement dans un contexte de « revalorisation » de l’armée) on ne sait pas, la magie peut-être. Comment compte-t-il convaincre l’Europe de renoncer à la libéralisation des services publics dans le contexte, par exemple, de TAFTA, un autre mystère que n’éclaire pas le programme, surtout quand on n’a strictement aucun représentant ayant une assise internationale. Comment compte-t-il surtout financer 106 pages de mesures (dont certaines sont totalement contradictoires, notamment sur le statut des fonctionnaires « patriotes ») avec plus de mille milliards de dette, encore et toujours un mystère. Mais bon, on ne peut pas en vouloir à ce parti du système de se plier à la figure imposée par ce même système dont il est totalement issu, à savoir de belles promesses sans avoir un sou en poche. Je me permettrais quand même de rapporter cette assertion savoureuse du FN : « le cinéma français est le seul véritable concurrent du cinéma américain. » Quand on est cinéphile comme je le suis cette affirmation a au moins le mérite de faire pisser de rire.

Bien, toutes ces mesures si elles étaient appliquées, et elles ne le seront évidemment pas car nous vivons dans le monde réel et pas dans un monde parallèle situé vers 1950, auraient en soit la fâcheuse tendance à crisper sérieusement les relations qui occupent les français entre eux. Ne serait-ce même que l’arrivée hypothétique au pouvoir de l’entreprise familiale risquerait de déclencher en France le climat rêvé par Daesh entre musulmans et les français avec ou sans confession. Surtout que considérant le nombre des abstentionnistes, dont je suis un représentant fier et revendiqué, ce pouvoir ne serait obtenu non pas avec une large majorité de français mais une majorité de votants, ce qui n’est pas exactement la même chose. La France risquerait donc de se retrouver gouvernée par le droit d’une minorité contre l’avis d’une majorité pour qui la politique est devenue une sinistre farce.

Car si le Front National a bien un fort potentiel de guerre civile dans son programme, il ne faut ni ne faudra jamais l’accuser d’en être responsable. Le FN ne fait qu’ajouter de l’huile sur le feu car ça toujours été le terreau de l’extrême droite. La défaite de la France fut, par exemple, un fort désir de Pétain ce qui lui permettait d’en finir avec la gueuse honnie de la République Française. Bref, le FN est dans son rôle et on ne peut reprocher à un scorpion de piquer, c’est dans sa nature. Mais la raison de cette guerre civile dont on parle chez nous un peu trop à mon goût, comme si on en rêvait… on la doit pour l’essentiel à quarante ans d’incompétence politique, de corruption à grande et petite échelle, de privilèges octroyés comme à la meilleure époque de la monarchie, de promesses non tenues, de trahisons, comme l’affaire du traité de Lisbonne que le petit commis du Qatar nous a annoncé avec un grand sourire ravi alors que nous avions majoritairement voté contre, etc… Si cette guerre civile éclate, on la devra à la réduction des effectifs policiers voulue par ce même nabot, à l’indépendance de la justice qui permet à des Chirac, Cahuzac, Woerth, Sarkozy, Dassault, Juppé, Balkany de ne jamais faire une minute de prison, au mépris généralisé de cette crème d’intellos médiatiques qui ne savent que faire les beaux dans le poste, à cette littérature des grands prix aux petits copains dont le talent est inversement proportionnel à la présence dans les médias (Beigbeder si tu me lis…). Bref à tout ce que dénonce le FN qui se propose par ailleurs de faire strictement pareil mais en mode « patriote ». Oui mon petit matador rougeaud, ce n’est pas au FN que nous réclameront des comptes quand sa faible majorité de votant aura été balayée par un vent de rage mais à TOI. A toi petit matador, à la mouillette qui te sert de patron, au nain qui a déclenché une guerre catastrophique en Lybie pour effacer les traces de sa corruption, au sénile qu’on trouve si sympathique parce que de la mairie de Paris à l’Elysée il a tâté le cul des vaches en s’en mettant plein les fouilles, à l’ex femme de la mouillette qui se prend visiblement pour Jupiter tout entier et pas juste sa cuisse et applique des mesures anti écologiques au ministère éponyme. A la mafia qui se partage le gâteau de Levallois. Au 577 députés qui refusent qu’on examine leurs frais de mandat et dont nombre profitent pour arrondir leurs fins de mois déjà fort ronds, et ce sans compter la liste invraisemblable des privilèges dont ils se sont dotés (salaire, retraite, avantages en nature…). Et même tiens à cette entreprise familiale au passé trouble et aux amitiés nazillones (le bal en Autriche c’était bien ?) qui crache régulièrement sur l’Europe en veillant toutefois à toucher les 10.000 euros de salaire (fut pas déconner hein) et à tous les meurtres auquel ses militants sont liés. Oui mes amis, c’est à vous et vous seulement qu’on demandera des comptes, et croyez bien que vous aurez intérêt à courir vite. Aussi, puisque le matador rougeaud évoque à l’envie une hypothèse de guerre civile, je me permettrais de proposer quelques séances de jogging au petit gros, l’ENA prépare assez mal à la guerre surtout quand c’est vos propres citoyens qui la mène contre vous. Il faudra aussi apprendre le sens du mot courage, apparemment les politiques modernes en ont oublié la définition entre deux repas à 5000 euros par tête. Il faudra tout ça parce que c’est bien la jeunesse française, la génération Secret Story, qui vote aujourd’hui pour le compte familial, c’est dire son état d’abrutissement et d’inculture politique. Et ça n’est pas un vote de confiance, c’est un vote de peur et de colère, un réflexe de vieux jeune. Alors imagine une seconde ce qu’il pourrait te faire petit matador sans âme s’ils te tombaient dessus dans la rue au lieu de t’entendre froncer les sourcils dans le poste. Perso je m’en régale d’avance, après tout vous nous avez tué au Bataclan avec vos amis d’Arabie Saoudite et du Qatar, ce ne serait que juste revanche.

Mais non. La guerre civile ne me tente pas plus que ça. Il y a de ça environ 35 ans, un extrémiste de droite de mes amis m’affirmaient qu’un jour on se retrouverait chacun d’un côté de la barricade. Et hélas ce jour je le vois venir moi aussi. La France roupille, et ça ne date pas d’hier. Confite dans son conservatisme jacobin, figée dans ses certitudes quant à sa grandeur passée et au rôle qu’elle doit tenir dans le concert des nations qui en réalité ne lui demandent rien. Éternellement nostalgique du gaullisme comme une vieille passion dont elle n’a jamais fait le deuil, avec en sus la petite chansonnette des écrivaillons auto proclamés de Houellebecq à Zemmour sur l’islam qu’est caca et la France d’hier que c’était mieux. Bercée de bêtise avidement proposée par les chaînes télé qui sont passées de Droit de Réponse et Apostrophe à Confessions intimes et les Ch’tis à Hollywood. La France est un gros bébé repu. Mais faut se méfier paraît-il de l’eau qui dort. Et si en effet sa colère est proportionnelle à son coma et à sa paresse intellectuelle, alors oui on a raison d’avoir peur et le petit matador rougeaud en particulier. Parce que ça sera une boucherie et que cette boucherie, comme d’ailleurs l’espère toujours Daesh, mettra à bas l’Europe tout entière au milieu de laquelle nous sommes géographiquement et politiquement. Aussi pour éviter ce bain de sang qui n’apportera rien sinon assassiner des innocents (les politiques se seront barrés depuis longtemps, les Le Pen en tête sans doute, n’oublions pas que ce sont avant tout les plus riches de tous les politiques en France ) je vous propose unanimement de vous révolter par les urnes, pour commencer, en ne vous y rendant pas, jamais, plus jamais, et en le revendiquant haut et fort. Cette clique du FNPSLR ne vaut pas une seule seconde notre attention, laissons-les tenir des discours de bavards et des promesses non financées mais toujours proposées comme La solution miracle et renvoyons-les à cet oubli qu’ils n’auraient jamais dû quitter. Croyez moi, nous n’avons pas, jamais, eu besoin d’eux. Seulement pour s’en convaincre il faudra devenir des adultes et pas des mouilles qui foirent de trouille parce que le voisin il est pas de chez nous et le djeunz il parle mal. S’ouvrir un peu l’esprit à l’évolution du monde et ne pas se rassir dans ses certitudes d’un autre temps. Bref se prendre en main au lieu d’attendre l’éternel personnage providentiel dont notre histoire est abreuvée. Et ça en France c’est loin d’être gagné.

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Il était une fois… une histoire de chat.

Internet est plein de vidéos de chats mignons et de massacres ignobles, mais assez peu d’histoires de chats je crois, il était temps que je m’y prête. Je veux parler de l’histoire d’amour quasi filiale que j’entretiens avec celle qui a donné ce nom à mon blog, je veux parler de ma chatte Tac. Patronyme passablement ridicule, j’en conviens, dont je ne suis pas l’auteur, je la baptise de plein d’autres noms et pardonnez c’est notre histoire à nous. Car j’ai remarqué par ailleurs qu’elle n’aime pas quand je la qualifie d’un de ses petits noms devant des étrangers. Oui, comme tous les chats, elle a son caractère. Comme tous les animaux à dire vrai. L’assemblée nationale l’a reconnu, les animaux sont doués de sensibilité… Ce pourquoi on peut les abattre par wagons entiers dans les camps de concentration de l’élevage industriel, les caviarder de plomb le dimanche entre ivrognes, ou les torturer au soleil glorieux d’un été andalou pour la belle gueule d’imbéciles assoiffés de violence et de gloriole.

 

Ma chatte m’a beaucoup appris sur le comportement animal et leur fameuse sensibilité, même si moi je parlerais d’intelligence et même de réflexion. Un petit exemple… Au départ Tac n’était qu’une locataire, un chaton que je devais garder un temps durant avec un autre chat, adulte celui-ci. Un chat adulte habitué à vivre dehors, se promener dans le jardin. Mais moi j’habite en appartement et mon jardin c’est un long couloir de portes fermées. Bien, je le laisse quand même gambader à sa guise un moment mais comme je ne vais passer ma vie dans ce couloir je l’oblige à rentrer, ce qui le contrarie. Qui connait les chats sait qu’ils ont l’esprit à la vengeance. Ils pissent sur vos rideaux parce que vous les avez empêchés de sortir, bouffe le poisson rouge par jalousie, etc. Celui-là a attendu que je dorme, me retourne dans le lit, pour chier dedans. Je me suis réveillé comme le producteur dans le Parrain sauf qu’il n’y avait pas de tête de cheval dans mon lit mais que je nageais dans la merde. J’aurais pu le punir, le taper, l’engueuler, mais ça aurait servi à quoi ? Le rendre plus en colère ? Qu’il m’en veuille un peu plus comme on déteste son beau-père ou la nounou qui nous oblige ? J’ai eu une meilleure idée.J’avais remarqué qu’il répondait à son nom comme un chien, il avait été élevé au milieu des molosses c’était peut-être pour ça. Alors j’ai fait un pari risqué, je suis sorti dans la rue avec lui et on a fait une promenade de chat (en zigzag). Je lui ai montré tous les jardins que je connaissais dans mon quartier, il faisait nuit, on était tranquille. A un moment il s’est perdu dans un jardin, je l’ai appelé, il s’est guidé sur ma voix. Après ça j’étais le plus formidable des hommes aux yeux de ce chat. Mais j’ai quand même demandé à la personne de se débrouiller, ce chat n’avait rien à faire en appartement. Mais Tac, elle ne pouvait pas, je devais encore la garder. Un jour un voisin, celui par qui j’avais rencontré cette personne, voyant Tac, en tomba amoureux comme on tombe amoureux des chats mignons sur internet. Il me demanda de lui « prêter » comme si un animal se prêtait, mais après tout cette chatte n’était pas vraiment à qui que ce soit et donc je cédais. Trois jours plus tard, Tac n’étant pas propre, le voisin pétait une durite et me la rendait. J’avoue moi aussi j’ai eu du mal, au point où j’avais même envisagé de m’en séparer. Impossible de la rendre propre. Pour pisser ça allait encore mais pour le reste c’était systématiquement hors de la litière. Et j’avais beau la punir, lui donner des fessés de gosse, tout essayer, rien n’y faisait, jusqu’au jour où j’ai compris, c’était affectif. Elle faisait à côté pour ne pas être abandonnée une nouvelle fois. Parce que tant que je m’acharnais ça voulait dire que je la gardais. Cette chatte avait perdu sa mère et tout lien avec son environnement, à peine sevrée et ballotée d’une personne à une autre, elle était perdue et faisait des bêtises de la même manière qu’un gosse en fait pour qu’on s’intéresse à lui. A partir du moment où j’ai compris ça j’ai totalement cessé de la punir, échangeant les fessées contre des câlins, et elle a commencé à être propre. Entre temps j’avais signifié à la personne qui me l’avait confiée qu’au bout d’un mois et demi de garde cette chatte était désormais chez elle ici et que je la gardais.

 

En dehors de ce problème qui a bien duré six mois, notre relation est très vite devenue fusionnelle, ma chatte sur l’épaule et moi qui écrit, ça fait très personnage de roman quand j’y pense. Et pendant longtemps j’étais son seul référant, le seul qui pouvait l’approcher car bien qu’elle n’ait jamais été agressive elle est farouche. Mais je n’étais pas entièrement satisfait. Je ne trouvais pas complètement normal qu’elle ne connaisse que mon appartement, n’ai quasiment jamais vu de chat et fréquenté exclusivement les humains. Je rêvais de jardin pour elle et dès que j’ai pu partir en ballade, je l’ai emmenée en voyage avec moi et ça s’est très bien passé. Jusqu’à ce que la vie nous fasse une farce à l’un comme à l’autre répondant à tous mes vœux. Cette chatte est bénie des dieux et si ça se trouve elle ne le sait même pas.

J’ai commencé par la perdre. Chez une amie qui vit entre la campagne et la ville. Une fille à chats, comme moi je suis un homme à chats. Elle en a deux, dont une vieille femelle et bien entendu Tac a pris peur et s’est enfuie. Sur le moment, après deux jours à la rechercher, j‘ai pensé l’avoir perdue. Elle n’avait jamais connu la campagne, ne s’était jamais approchée d’une route, c’était foutu j’en étais certain, et croyez moi j’ai pleuré. Comme un gamin, comme si j’avais perdu ma môme aussi exagéré ça puisse paraître aux imbéciles, quand on entretient une relation fusionnelle, quel qu’il soit d’ailleurs, humain ou animal. Bref, et pendant un mois, rien. Et moi chez moi, voilà soudain qu’il me manquait une présence, un pote, une amie, que sais-je, enfin un chat, ma chatte bien sûr mais puisque je la pensais perdue… Alors je suis parti en mission à la SPA, et pour une mission ça en a été une croyez-moi. Si vous pouvez vous figurer la poste des années 70 en termes de rapidité, de bonne volonté et de compétence, vous avez une petite idée de ce qu’est la SPA de Lyon. Ça m’a pris une demi-journée complète et j’ai choisi en dernier ressort un gros chat rouquin de quatre ans qui me rappelait un félin que j’avais eu, et l’ai baptisé Marcel. Marcel est arrivé pas bien. Il avait le poil terne qu’il perdait en quantité, pleurait beaucoup des yeux et un comble, essayait parfois de me chiquer, comme s’il en voulait tout particulièrement à l’espèce humaine. De plus il était froid, et en un mois ne m’a gratifié de guère plus de deux fois d’un vague câlin. Puis deux mois plus tard après sa disparition, mon amie m’informe que non seulement elle voit Tac régulièrement mais qu’elle a essayé de l’attraper en vain. Maligne et prudente elle était restée dans le secteur, voyant bien qu’on nourrissait les chats gratis dans le coin. Mais au bout de deux mois dans la nature mon amie était certaine qu’elle était retournée à l’état sauvage, moi pas. D’ailleurs dès qu’elle m’a vue elle m’a appelé et après quelques ruses pour la faire rentrer dans la maison de mon amie, je la récupérais.

 

Me voilà donc avec deux chats et pas la moindre idée s’ils vont s’entendre. Les affaires de territoire la jalousie que sais je. Et en effet dès le départ ils ont commencé à s’engueuler, sans se battre toutefois. Marcel est un dominant mais Tac est une maligne. Et bien que Marcel soit joueur, Tac n’avait jamais fréquenté d’autre chat, exception faite du séjour à la campagne.Ça aurait pu se terminer à coups de marquage de territoire et de chamailles incessantes, et moi derrière à ramasser jusqu’à ce que j’en puisse plus et soit obligé de me séparer du dernier arrivé, ce qui n’était pas envisageable, aussi minuscule que soit mon appartement, encore une fois les animaux ne sont pas des objets dont on dispose. Heureusement j’ai un secret, je leur parle. Je leur parle comme à des personnes parfaitement capables de comprendre et d’en conclure un raisonnement. J’ai puisé dans mon expérience personnelle des orphelins et je leur ai raconté à chacun d’où ils venaient. Tac avait brièvement connu la SPA une fois où j’étais tombé malade, je savais qu’en lui évoquant cet endroit où j’avais trouvé Marcel ça lui parlerait. Et lui et bien ce n’était pas difficile de lui expliquer ce qu’avait subi Tac, être abandonnée à des inconnus, baladée d’une maison à une autre, comme un objet justement puisqu’un objet ne parle pas.

 

Le terme anthropomorphique est étymologiquement un anathème chrétien à l’égard des rites païens. Prêter une intelligence, une « âme » à un objet ou un animal était un sacrilège, et le terme est presque resté sous cette forme dans l’imaginaire collectif. C’est absurde, on peut admettre qu’ils ont une sensibilité pas qu’ils comprennent notre conversation… Je crois qu’on devrait réfléchir à deux fois à cette question avant de la ramener aussi fort sur nos certitudes. L’interaction entre l’homme et l’animal n’existe que si on le veut vraiment mais surtout si on accepte l’idée d’intelligence sensible. De cette même intelligence qui nous fait comprendre les choses à demi-mot et lire entre les lignes. Une intelligence qui se sépare de la pensée. Après mon petit discours, mes chats se sont peu à peu rapprochés. Je suis l’homme qui parle à l’oreille des chats, comme dit mon amie. Même mieux, ils sont tombés amoureux l’un de l’autre. Du coup Marcel ne perd plus ses poils qu’il a brillants ne pleure quasiment plus, ne me chique plus et même devient câlin… Ça je n’y suis pour rien, car ils ont leur langage à eux et bien malin celui qui le comprendra. Nous, nous sommes bruyants et bavards, eux ils sentent.

 

Je crois que c’est Swift qui disait les animaux sont mes amis, je ne mange pas mes amis. Vous comprendrez donc le rapport que j’entretiens aujourd’hui avec la viande… Et je suis loin d’être le seul. Au-delà du simple effet de mode, les scandales dans l’agro-alimentaire ont calmé pas mal de monde sur ce qu’on nous fait avaler, du moins en Occident. De toute manière c’est une tendance qui ne va aller que croissante. L’élevage industriel est un désastre écologique, animal et humain mais également économique si on tient compte de ce qui nous pend au nez : la raréfaction des énergies non renouvelables. Mais au-delà de toute ces raisons somme toute triviales, notre petit santé ou celle des pauvres bêtes, au-delà même d’admettre une sensibilité à des êtres qu’on massacre par ailleurs sans vergogne, on avancera réellement, tant d’un point de vue personnel que sociétal, quand on admettra notre propre sensibilité, que nous pouvons communiquer avec d’autres espèces, et même dialoguer. Et que développer ce lien, l’enrichir nous rendrait moins obsessionnel de nous-mêmes. Nous crevons de notre « objectisation » des choses, des valeurs comme des êtres. Elle nous vide de notre substance nous réduisant à des abrutis consommateurs pour qui tout devient abstrait avec pour résultat une forme de nihilisme dont les extrêmes se manifestent par une violence aveugle et fanatisée et les idées racornies de partis politiques dont l’incompétence frise le génie. Vous me direz que je tire des conclusions bien ronflantes à partir de vulgaires greffiers, je vous répondrais que vous ne prenez pas le monde qui vous entoure suffisamment au sérieux et que la claque ne fait commencer. Mes chats eux ils s’en foutent, ils sont amoureux.