Deux coups de foudre sinon rien.

Dans ma vie j’ai eu la « chance » de vivre deux coups de foudre. Mon premier coup de foudre était de l’ordre du pur désir. Une fille belle à tomber, métisse, qui travaillait dans mon agence, une stagiaire. Ca été un rendez-vous raté parce que malgré nos tentatives mutuelles de rapprochement on était pas sur la même phase, pour elle j’étais juste un mec sympa et mignon qu’elle aurait peut-être laissé rentrer dans sa vie, pour moi elle était subjuguante de beauté et ça m’a totalement paralysé. Les coups de foudre me paralysent, c’est comme ça. Aujourd’hui elle a une fille, de temps à autre je vais va voir sa page Facebook, elle est toujours aussi belle, mais le charme est rompu entre nous. Le second compte pour moi bien plus. J’étais réceptionniste et SDF à l’époque, je me sentais comme une merde et je n’avais selon moi rien à offrir à une femme. Et puis arrive cette cliente. Pas mon type, filiforme, genre mannequin, blonde, les yeux bleus, les pommettes haute, la mâchoire dessinée, et en une seconde je suis comme le cobra devant la mangouste. Je ne pense plus, je suis en feu, je ne comprends rien à ce qu’elle me dit et je suis en même temps écrasé par le chagrin parce que je sais qu’elle n’est pas seule. Et je l’aime, infiniment et sans aucune raison objective, c’est la chimie, ma bipolarité, je ne sais pas mais c’est é-nor-me. Durant trois jours je suis obsédé par cette fille qui est adorable avec moi, elle vient à la réception tout sourire, elle veut sympathiser et chacun de ses sourires me fait un mal fou, elle me transperce le cœur et elle ne le sait même pas. Au point où elle fini par prendre ombrage de mon attitude. Moi je n’en peux plus, le troisième jour, la veille de mon congé hebdomadaire je lui déclare ma flamme. Un court message, que je ne signe pas, juste « le réceptionniste ».Parce que j’ai été incapable de comprendre le sien, que je lui en veux de me dévorer comme ça qu’elle me prend déjà tout, je ne veux pas lui donner mon nom, il me restera quoi si elle me rit au nez cette sublime là ? Mais en fait c’est un choc pour elle, je la vois qui lit mon message, plaque sa main sur son visage et file ventre à terre du hall extérieur. Je ne penses pas, plus, je m’en vais, j’ai fait ce qu’il fallait, il fallait que je lui dise même si c’est sans espoir. Je reviens de mon congé et là mon collègue me file un disque de sa part. Jeff Buckley, l’album Grace plus une chanson. J’écoute le disque en boucle pendant trois semaines, totalement obsédé par elle mais je n’écoute pas les paroles, pour moi c’est juste des jolies chansons, je m’en fout c’est juste son souvenir qui reste. Je suis en feu pendant ces trois semaines. Ma touriste ne reviendra pas, jamais. Au bout de trois semaines, je dis stop, et j’oublie ce disque. Et puis deux ans plus tard je le réécoute par hasard et tout me saute à la gueule et je pleure comme un bébé, je décompense, je délire, je lui parle dans ma tête et elle me répond, et dans ma fièvre je pars à Londres à sa recherche. Je ne sais rien d’elle, ni si elle est anglaise (elle en avait l’accent) ni son nom réellement parce que je l’ai écrit n’importe comment. Je m’inscris sur Facebook à sa recherche, mais évidemment c’est impossible. Tout est impossible ici. Pourtant en pensant à elle, « grâce » à elle je me sors seul d’une bouffée délirante, et je reviens en France. Je tombe amoureux d’une fille sur FB, ne lui raconte pas ce coup de foudre ni rien, et à personne en fait. Je déménage pour cette fille…et le temps passe. Récemment j’ai fait une nouvelle décompensation, elle arrive dans mes bouffées délirantes, elle me parle, et chaque fois que c’est sa « figure » qui apparaît chez moi, ça calme mon délire, mais je fini quand même à l’hosto et « grâce » à elle sans gravité. Je suis amoureux, encore et toujours de cette fille. Je suis à l’hôpital, j’écoute ses chansons et soudain je comprends l’essence même de sa réponse. C’est une déclaration d’amour désespérée et mature d’une fille qui sait que c’est sans espoir, tout comme moi. Ca me retourne l’esprit, je suis touché en plein cœur, et voilà où j’en suis, à gérer un coup de foudre 12 ans après sa réalisation. Amoureux d’un souvenir, et le pire c’est qu’il me suffit d’un rien pour me souvenir de son visage, de l’expression qu’elle a eu quand je lui ai dit qu’elle avait un message, ce qu’elle portait ce dernier soir et le premier jour, le bleu de ses yeux, la forme de son visage, ses traits, son sourire, sa démarche, ses hanches, et chaque fois ça me déchire. C’est sans espoir et je le sais, et j’ai la haine de ça. La haine de tout ça. De mettre vu comme une merde quand on s’est croisé, de ne pas m’être déclaré plus tôt et surtout de ne pas lui avoir laissé mon nom, ce qu’elle a dû trouver à la fois fabuleusement romantique et totalement désespérant comme moi, puisque je l’étais, désespéré. Et je le suis assez encore pour « envisager » le suicide parce que je ne la connaîtrais (je précise pour les inquiets que ce n’est qu’une évocation, si j’étais sérieux je ne vous en parlerais jamais, et à personne) jamais plus que cet échange bref qui a duré trois jours et que je peux résumer en cinq images, les deux fois où elle est venue à la réception avec son sourire de fille gentille et respectueuse qui voulait sympathiser avec moi, son arrivée, son départ, sa fuite… Je lui écrivais depuis une dizaine de jours, en anglais, à l’hôpital je priais comme quand j’étais gosse alors que je ne crois plus en dieu, mais ça ne sert à rien à part me faire mal. Je lui ai écrit une bouteille à la mer en anglais, je sais que c’est sans espoir et c’est le plus terrible à vivre, me dire que de ma vie je ne la reverrais jamais plus cette âme sœur. Je parle donc de suicide mais c’est seulement pour situer juste le point de mon désespoir actuel, il est sérieux mais c’était il y a 12 ans, et en 12 ans il s’en passe des choses. Elle est peut-être maman aujourd’hui, elle doit avoir la trentaine dépassée, je l’imagine en vie et bien portante, j’en ai même l’intime conviction mais qu’est-ce que j’en sais au fond. Je ne sais rien d’elle et je dois me débattre avec son fantôme dans ma tête. Je suis impuissant et c’est le sentiment le plus détestable à mes yeux, n’avoir aucune prise, aucun pouvoir sur ce qu’elle me fait et m’a fait. Et les autres filles ? Désolé mais quand t’as connu ça les autres sont des amuses gueules. Oh oui je suis tombé amoureux, mais jamais plus aussi intensément, violemment, et jamais plus je ne veux revivre ça, du moins dans ces conditions, la vie est dégueulasse… Alors je m’oblige à avancer, de toute les manières qui soit, en me poussant au cul, c’est dur mais je n’ai pas le choix et merde je suis un vieux guerrier au fond, je peux me sortir de ça. J’ai eu un RV avec un psy aujourd’hui, il a pas bien tout pigé mais c’est pas important, personne ne peut le piger, personne n’a vécu cet instant qu’on a vécu l’un comme l’autre, et je suis convaincu qu’elle n’en a parlé à personne, que c’est une secrète et que ça lui a fait assez mal pour qu’elle aussi elle se souvienne de moi aujourd’hui. J’écris tout ça pour rationaliser pas pour le revivre une énième fois, mais c’est certain cette femme que j’appelle Kay Seek (c’est ce que j’ai compris quand elle m’a donné son nom mais que j’ai orthographié n’importe comment) a marqué ma vie au fer rouge. En attendant elle manquera pour toujours à ma vie, On est le 18 avril, je vais mettre lentement fin à cette agonie de moi-même, supprimer les chansons de mon MP3, ou les laisser jusqu’à ce que je m’en lasse, je ne sais pas encore, vu comment elle arrive à me faire mal à 12 ans d’écart, comme si elle, personnellement, ne voulait pas que je l’oublie, l’anesthésie par la répétition devrait mieux fonctionner que la rupture brutale. Je vais laisser le temps faire, si possible, il est important que je l’oublie (ce qui est impossible évidemment mais disons un oubli sélectif) que je ne cristallise pas sur son souvenir et surtout que je laisse de la place pour une ou des autres. Je plais aux filles après tout, c’est pas un constat fort surprenant pour moi, hélas je suis comme elles je suis amoureux de l’amour et ça me pénalise. Je verrais bien avec le temps, ici sont les derniers soubresauts d’un amour perdu, la seule satisfaction que je peux tirer de ce qui m’arrive en ce moment c’est que c’est la dernière fois qu’elle me déchire le cœur. J’ai fait le tour de la question, oui elle a été amoureuse cette nuit là et de moi, oui elle savait que c’était sans espoir, comme moi, oui c’est mon âme sœur je n’en doute pas plus que les chansons laissent penser le contraire (même si elles ont été écrite par un autre, elle n’a pas choisi cet album par hasard, qui devait être un de ses favoris) et elle doit aussi penser à moi en écoutant Grace, peut-être encore aujourd’hui. Mais la vie est une putain qui donne des bribes et vous laisse sur le chemin exsangue et sans réponse ou presque, la seule fin que cette affaire peut avoir interviendra quand je serais trop vieux pour y prêter attention, ou trop mort. Une dernière précision, je n’ai absolument pas l’habitude de me confier de la sorte sur des sujets aussi intimes, je publie ce texte pour le sortir de moi, et exorciser un souvenir, c’est parfaitement impudique, j’en ai conscience et je ne vous demande pas votre avis sur la question. Mais si un jour une chose pareille vous arrive, ne faites pas comme moi, prenez tous les risques, signez de votre nom et advienne que pourra. Croyez en cette expérience agir comme je l’ai fait, même si sur le moment je ne me sentais pas avoir le choix, est la dernière des bêtises. Alors si ça peut servir…. eh bien tant mieux. la vie est courte et fragile, elle peut être magnifique aussi, mais faut pas refuser ses cadeaux, ou elle ne vous en fera aucun. Et bonne chance à vous si ça vous arrive…

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A bottle in a lilac sea.

Warning : this love letter is important for me and probably her, so if ever you’re know a Kate Moss so call looking girl, thin, white, blond, blue eyes who told you about a certain unfinish love affair with a receptionist in Paris about 2005, send her my bottle, pleeeeeeease !

Once upon a time in Paris I was working in a hotel, homeless, lonely for 800 euros, feeling like a piece of shit. I remember this hotel for one reason, one only reason, YOU. Once you appear to me like an Abissyen cat but deadly to my heart cause I knew at the very same moment that you were not free . Do you remember, where ever you are now ? The receptionist ? So sad, so angry, apparently, so lonely behind his desk ? Do you remember that night ? That night you discovered that all this anger, this sadness was in fact pure love for you ? “Sorry if I didn’t answer your smile but each smile of you was a spell on me” Pure love at first sight. Do you remember me now ? Who ever you are…. By the way, my name is Stéphane Mortimore, all yours till my last breath.

It took me 13 years to understand your magnificent answer. During the weeks after you gone I was just sorrow, weeping and mourning, never understand you loved me, until recently. And it’s probably too late, so much thing can happen in 13 years… I just know your alive. I know from the deep of myself. And still… I’m calling you just like I did that famous night. If you knew, if you knew my heart, my soul… But you know nothing still, don’t you. ?

Do you feel the butterflies of my kisses upon your skin ? Do you smell the trace of my perfume in the deep of your wet dreams ? Do you feel the string of my desire into yours, do you feel love and it spell invading you when you hear me singing at nigh into the wood of your deep mind. Do you feel my tears not to see you into my arms ? Do you only know ? No you don’t, you know nothing, how could you ? I wasn’t saying anything, my face immobilize by pain, that thunderstruck of your sun deep into my heart. A flow of sorrow and childish stupor,. Love is a broken glory song you were saying ? An hallelujah which broke itself on the cold arch of our impossible hope ? Do you really think it’s only that ? No true love is an oath that no one can break. Nor me or you. How could I ? You let me blood-free during years and I didn’t even knew it myself. You came back tirelessly in my fevers like an indelible stain into the book of my very existence, attached for life with some songs and my wide memory of your face. Yes I can tell what was the color of your shirt when you enter into the hall, the way you walk, the face you had when I told you had a message with your pink pull over and your white tee-shirt. And here I am 13 years later waiting to love you for good. On the step of which rainbow are we going to see each other my soul ?

You were afraid to love me you said. Well I was too and still I am because I have no explanation to that love. No explanation except it’s something real and solid as gold. You’re all my lonely night and lonely day. You’re my thin white lily. You’re my moon and once briefly a huge rising sun in my life. My stairway to heaven. So if one of this day this bottle cross the lilac sea of our missed love to your shore, what ever you’re married, mother, 20 years younger than me or so : divorce and come as you are…. Life is short and fragile…. But no worry, I waited until now, and I’ll wait for you until my next life.  But if it doesn’t worth it, this time, you shall tell me right into my eyes. Mean time : piratemorti@gmail.com.

 

 

 

Marcel ou une histoire de chat 2.

Marcel est un chat de la SPA, un solide et fier chat roux et blanc. Quand je me suis rendu là-bas, tous les chats faisaient des démonstrations d’amour pour qu’on les sorte de là,  pas Marcel. Marcel était assis, il me regardait l’air de dire, ne compte pas sur moi pour te faire des mamours, je suis pas le chat tout le monde moi. En fait je me suis vite aperçu que le genre humain et Marcel c’était pas trop ça. D’ailleurs après un an à la SPA le petit père n’avait pas le moral, il pleurait des yeux avait le poil terne, quand à venir faire des câlin, ronronner, bof vu que les humains on leur donne de l’affection ils vous abandonnent quand même… J’ai eu toute sorte de chat dans ma vie, des psychos, des agressifs, des câlins, des snobs donc je m’en accommodais. Puis Tac, ma chatte que je croyais perdu a fait son retour. Marcel est un chat diplomate mais ferme. Ils ne se sont pas battus pour le territoire, il lui a fermement signifié qu’il était là et qu’il y restait. Comment ? Il s’est installé ostensiblement dans le panier de Tac qu’il avait royalement ignoré pendant les deux mois où elle avait été absente, non mais !  Finalement comme je voyais qu’ils se disputaient toujours, j’ai fini par leur parler du parcours de chacun. Non je ne crois pas que les mots qui sortent de ma bouche sont compris par des animaux, mais en effet que mon affection, ce que je dégage au moment où je leur parle avec conscience et comme si c’était des mômes en train de s’engueuler, leur fait saisir l’essentiel. Comme vous saisissez une situation sans en avoir forcément les clefs, où connaitre une langue. D’ailleurs peu de temps après ça, les deux faisaient la paix et pendant une semaine, derrière le canapé Tac racontait Dieu sait quoi à Marcel en minaudant, qui l’écoutait (je sais je les ai espionné).

Marcel disais-je est un chat fier, c’est aussi un chat scientifique et un fin observateur qui note tout dans le petit carnet dedans sa tête.  Il avait horreur d’être porté par exemple et me regardait toujours avec un air courroucé et poussait des soupirs exaspéré (oui Marcel est un chat qui soupire) quand je le faisais mais à force de bisous  il a commencé à trouver ça, disons, acceptable. Si je change leur litière, il sera obligatoirement là pour regarder le processus qui l’intrigue systématiquement, surtout la chasse d’eau (quelle invention !). Quand pour une raison ou une autre, généralement la propreté, je m’en prend à Tac, Marcel m’observe et me juge. Si j’ai été injuste ou trop énervé, Marcel me snobera. J’ai remarqué la première fois cette façon de se souvenir de tout comme un gosse à qui on fait une promesse un jour lors de l’épisode de l’arbre à chat. J’en avais trouvé un près des poubelles de l’immeuble, pas encore trop décati, je le montais chez moi et réalisais le plaisir immédiat de mes chats. Mais l’arbre en question était déjà fatigué, il n’a pas duré longtemps, un jour je l’ai jeté, et Marcel faisait la gueule. Mais j’avais promis que j’en achèterais un… ouais, ouais cause toujours, les humains vous dites plein de truc mais… Mais rien du tout, j’en ai acheté un et Marcel était si heureux qu’il est venu me faire un bisou, ce qui est rarissime.  Plus tard, ayant remarqué qu’il aimait bien les coins cachés, je trouvais dans la rue un panier fermé qui faisait sa joie immédiate mais qui s’avéra préjudiciable pour sa peau. La colle, le matériau, allez savoir, il a commencé à avoir des plaques et à se terrer dans son coin comme font les chats malades, et je lui expliquais que je l’emmènerais chez le véto…. Ouais, ouais les êtres humains vous dites ça… et je l’ai emmené chez le véto. Il aime pas plus ça que les autres chats, mais quoi, on le soigne, on fait attention à lui, à sa santé ? Finalement peut-être que cet être humain là est différent.

Au début Marcel essayait de me mordre les mollets parfois, me niaquait sans méchanceté mais sans raison. Mais avec le temps il s’est rendu compte que non seulement il était aimé mais pour ce qu’il était et pas comme doudou vivant. Le paroxysme de ce rapport s’est fait à l’occasion d’une rencontre avec ma voisine et son chat. Deux chats dans un couloir face à un autre. Vous savez comment ça se passe dans leur communauté ? C’est les filles qui décident. Donc on avait une Tac qui tenait l’étranger à distance en se postant fermement devant la porte et en le menaçant de loin, et un Marcel en mode « ouh là c’est pas mes oignons, je te laisse gérer Simone ». Marcel n’est pas du tout agressif mais faut pas trop le gonfler non plus. Car le chat, pas vraiment impressionné par Tac essaya même de rentrer dans l’appartement, et c’est là où j’ai vu un tout autre animal. Entre Robert de Niro « you talking to me » et Ted Bundy. La tête à l’oblique, les yeux vides, marchant sur le chat comme on marche sur Moscou. Touche pas à ma copine, rentre pas chez moi ou je te défonce, l’autre a parfaitement compris le message, et avant que ça vire au carnage on a écourté la rencontre. J’étais fier de mon petit gars vous n’avez pas idée. Je l’ai fait officiellement chevalier de la maison et sur le moment croyez-moi j’ai rarement vu un chat aussi gonflé d’orgueil. Comme tous les êtres vivants, humain y comprit, qui se sent aimé Marcel est devenu beau avec le temps. Son poil est éclatant et s’il pleure encore de temps à autre c’est donc parce que c’est un con de roux avec la peau sensible.  Et comme tous les êtres vivants qui sont aimés, il rend aujourd’hui l’affection que je lui porte. Si avant il faisait sa danse du ventre pour avoir quelque caresse depuis qu’il est chevalier de la maison, il demande plus, il s’installe d’autorité, me fait éventuellement un bisou et ronronne en somnolant sur mes genoux. En fait ce n’est pas moi qui l’ai adopté, c’est lui qui m’a adopté après une longue et minutieuse observation. Et le plus marrant c’est qu’on partage des trucs perso. Par exemple je pratique le bâton chez moi, ce qui effraie beaucoup Tac quand elle me voit faire des moulinets et des passes avec. Marcel observe l’air d’apprécier le spectacle, et si je le provoque avec le bâton il joue avec moi, attrape le bâton, le mordille…  Bref je suis sûr d’une chose, si je pratique j’aurais un spectateur, mon ninja roux. Aujourd’hui il n’y a qu’un sujet de discorde entre nous : la brosse. Il déteste ça. En plus c’est injustifié parce qu’il ne perd même plus ses poils comme du temps où il stressait, donc si je veux qu’il me fasse la gueule au moins deux heures, simple, je le brosse (enfin j’essaye). Mais il y a trois choses qui le passionnent et avec lequel me faire pardonner, le thon évidemment, les pâtes, cuites ou crues, mais de préférence cuites pour jouer avec pendant une heure (ça le rend dingue ça et les épluchures de légumes) et le cake. N’importe quel cake ou quatre quart, Marcel en veut ab-so-lu-ment.

J’ai toujours considéré les animaux pour ce qu’ils étaient, à savoir des individus à part entière avec des caractères spécifiques. C’est pas une surprise pour quelqu’un qui travaille avec eux mais quand je vois la légèreté avec laquelle nous les traitons, cette superficialité dans nos rapports avec eux, à les prendre le plus souvent pour des extensions mignonette de nous-même, je ne suis finalement pas plus étonné que ça de l’état de notre planète. L’humanité qui a pourtant quatre mille ans n’a jamais franchi sur le plan affectif l’état du jeune homme ou de la jeune femme qui se pense éternel et qui est persuadé qu’il aura toujours une autre chance. De fait nous traitons notre environnement et les animaux avec la légèreté du gamin trop gâté, celui qui a tellement de jouet qu’il se permet de tous les casser en pensant que ce n’est pas grave, il y en aura d’autre. J’ignore pourquoi Marcel a été abandonné, mais depuis trois ans que je l’ai, je l’ai déjà vu avoir des nostalgies. Quelque chose lui rappel son passé et il déprime un peu, se replie sur lui-même et pleure. Apparemment lui il l’aimait son ancien maitre mais pour une raison ou une autre il a cessé de flatter son égo ou alors celui-ci est mort. Je peux d’autant comparer les comportements que j’ai eu Tac petite et que sa façon d’être et de réagir ne ressemble en rien à celle de Marcel qui donc a un passé. Le test que je pratique c’est quand je l’appelais par son ancien nom (Mandarin) avant les oreilles bougeaient, éventuellement il m’accordait un regard désobligeant. Maintenant ça ne provoque pas la moindre réaction. Maintenant c’est un pacha avec sa meuf et il n’est pas né celui qui le délogera d’ici.