Élection yaourt

En ce moment, j’évite tant que faire se peut de m’intéresser à ce qui se passe dans l’actualité immédiate de ce pays. Ça me déprime trop. Déjà que j’étouffe ici, déjà que tout ici me donne motif à prier d’avoir les moyens de m’enfuir de cet asile à ciel ouvert, je n’ai pas besoin de m’abîmer dans la contemplation de ces médias. Car à les croire, c’est plié, l’élection se fera entre un ancien banquier et une châtelaine de l’Ancien Régime. Entre le Lexomil et la France de Pétain. Entre un Tony Blair Camembert et la Jeanne d’Arc des rallyes du XVIème. Et, tout le monde semble d’accord, ou tout au moins y croire dur comme fer, ça sera la châtelaine et sa tribu d’aristo-voyous qui va gagner. De petits et de grands escrocs confinés entre Versailles et Saint-Cloud, qui vont remporter cette farce qu’on appelle le suffrage universel. Bref, en ce qui me concerne, un motif supplémentaire de m’enfuir ventre à terre et sans me retourner. Un vieil ami à moi envisage le Canada, un autre l’Amérique du Sud. L’un est de droite, mais ne voit aucun avenir ici, l’autre est de gauche, mais il a vu la prise de pouvoir de Pinochet. Chacun ses affinités, mais surtout ses moyens. Moi avec les miens, le peu que je peux espérer, c’est la Belgique en stop, avant que les frontières soient fermées par la milice. Nous verrons, j’ai du répondant, je suis débrouillard, je me suis sorti seul ou presque de la rue, avec un peu de chance, je me sortirais de ce cul-de-sac qui s’appelle la France.

 

Votez inculte.

De par mes positions, j’ai souvent à faire sur Agoravox au fan de club de la châtelaine. Le plus souvent de pauvres anonymes acculturés et remplit de rancœur qui faute d’avoir un semblant de bagage intellectuel, passent beaucoup de temps sur internet pour me démontrer que tout le monde est d’accord avec leur ignorance. Signe des temps, si vous affirmez quelque chose sur la base de vos lectures, d’un travail que vous avez pu faire sur plusieurs années, il n’existe simplement pas, si votre interlocuteur n’en trouve pas la preuve sur Internet. Saint Wikipédia priez pour nous. Mieux, si vous citez tel ou tel auteur, l’électeur moyen de la châtelaine, qui a l’âme procureure, soupçonnera ce dernier d’avoir des motifs politiques cachés. Et malheur à cet auteur si un jour il s’est déclaré pour tel ou tel parti ou tendance, le petit procureur invalidera tous ses propos sur sa seule certitude que ceux-ci sont influencés, pire, qu’il cherche à détourner sa pensée déjà limitée. Et force est de constater qu’en effet, ces élections, révèlent au grand jour le remugle d’une France imbécile et raciste, peureuse, méfiante, lâche, qui se réjouit d’avance de la grande revanche que représentera l’élection d’une bourgeoise à la présidence de leur destin sans avenir. Cette partie de la France qui depuis les années 70 n’a pas varié d’un pouce, n’a pas évolué, grandit, juste un peu plus médiocre chaque décennie, en étant intimement certaine de son exception. C’est dans les années 60 et 70 que cette France décomplexée s’en est donné à cœur joie en ratonnade, en bavure policière, en injustice de toute sorte, jusqu’à la Marche des Beurs (dont le motif initial était une énième bavure policière) et surtout jusqu’à ce que le très douteux Mitterrand manipule tout ça pour en faire son outil de destruction du Parti socialiste et de la droite traditionnelle. Et en trente ans, la rancœur et le racisme du français moyen pu s’épanouir proprement, non plus à l’ombre de quelque lynchage, mais dans l’intimité de l’isoloir. Jusqu’au coup de pub de la châtelaine, son pseudo-nettoyage des écuries d’Augias, jusqu’à ce que ce parti de bricolos et de fascistes revendiqués apparaisse solvable aux yeux du téléspectateur frileux à l’idée de voter pour des antisémites et des racistes. Rien n’a en réalité changé dans ce parti, en fait les choses se sont même très probablement empiré puisqu’il avance masqué et que la garde rapprochée est formée d’admirateurs d’ancien SS et de négationnistes. Mais peu importe, ce qui compte ce n’est pas la réalité, mais le sentiment qu’on en a. Encore l’autre jour, je notais que la page Facebook « stop immigration » réunissait cinquante mille personnes. Cinquante mille abrutis gavés d’émission sur la police, de reportage beauf’ de Bernard de la Villardière, des élucubrations mysogino-racialistes de Zemmour. Bref de télé et d’inculture qui ne réalisent bien entendu pas que si la châtelaine remporte ces élections, elle le devra surtout au massacre de Charlie et du 13 novembre, bref à Al Qaida et à Daech. D’ailleurs en auraient-ils conscience, je crois que ça ne changerait rien, ce pays est dans une logique nihiliste.

Rien n’est vrai sauf ce que je pense.

L’autre jour, à l’occasion d’un zapping, je regardais une dame affirmer qu’elle ne croyait pas les deux journalistes qui avaient pondu le dernier ouvrage sur la république pas si irréprochable de l’homme invisible. L’escroc Fillon avait assuré qu’on y relatait l’existence d’un « cabinet noir » (expression qui date des idées de Fillon du reste, du XVIème siècle) totalement démenti par les deux journalistes. Mais peu importe, pour cette dame, les auteurs mentaient, car bien entendu, tous les médias mentent, c’est dans leur intérêt. La châtelaine et ses complices sont jusqu’au cou dans des affaires de détournement et de blanchiment, mais pour ses électeurs, c’est le pouvoir « aux abois » qui cherche à la salir, d’ailleurs la châtelaine l’a dit, assorti de menaces, donc c’est vrai. Or il est évident que jamais pouvoir n’a été aussi peu aux abois justement. Le PS est en vrac, l’homme qui n’était pas là est en vacance permanente (mais apparemment pas en Guyane, cette île mystérieuse et lointaine) Hollande est l’antithèse d’un Mitterrand et l’ensemble de son mandat a surtout démontré de sa plus complète incompétence tant en matière de politique générale qu’en terme de politique intérieure. Mais l’électeur de la châtelaine se persuade d’un complot parce qu’au fond sans doute ça le rassure. Il n’est pas complètement un loser, il ne va pas à nouveau voter pour des incompétents et des voleurs. Et quand bien même, quand on lui met le nez devant l’évidence, son argument ultime, c’est d’avancer : « Oui, ils ne sont sûrement pas mieux que les autres, mais on les a jamais essayés et ça peut pas être pire » Ce sur quoi cet électeur se trompe, ça peut et ça va être pire, mais peu importe, ce que je retiens ici c’est l’argument « on les a jamais essayé » ou le néant de la conscience politique.

 
« Oh chéri, tu as vu, ils les font parfum fraise, on n’a jamais essayé ça, parfum fraise », « Oh regarde, elle existe en orange, on n’a jamais essayé ça, orange » Ce genre d’argument, argument sur lequel repose nombre de propositions commerciales d’un marketing essoufflé à cours de rhétorique, on les entend au supermarché, chez le concessionnaire, dans la bouche d’un enfant devant une nouvelle marque de céréale. C’est celui du consommateur désœuvré. Devant l’absence de choix, la taylorisation des goûts et des couleurs, l’uniformisation de l’offre et à forcerie de la demande, le consommateur n’a plus qu’à se rabattre sur la valeur ajoutée qu’aura bien voulu mettre l’industriel pour justifier la hausse de prix. Ce sera toujours du papier toilette, mais celui-ci sera « molletonné » et celui-là parfumé de sorte que l’anus sente toujours un savant mélange de merde et de rose chimique. C’est le vote, au fond, du désespoir et de l’ignorance. Le vote subordonné à la télé et à Youtube. Il y a-t-il une raison tangible d’être à ce point de désespoir que le français de base imagine nécessaire de voir une politique d’apartheid instauré en France sous le doux nom de « préférence nationale » ? Non aucune. Je vis sous le seuil de pauvreté dans un quartier mixte socialement et ethniquement, et en dépit de ça, je ne vis pas trop mal. Et la majorité n’est pas non plus composée d’un sous-prolétariat vivant dans des tours- crevoirs. Mais ils s’en sont persuadé parce que ce pays qui a peur de tout, de sa jeunesse, du changement, de l’avenir, regarde et vit dans son passé et morigène sur ce qu’il a été et ne sera plus jamais. Une vieille gloire. Une vieille gloire qui s’auto-persuade que le pays est envahi par des hordes barbares et qui va s’en remettre une fois de plus à sa caste de grand bourgeois « au nom du peuple »…. Quand je lis le slogan de campagne de la châtelaine, elle qui en tout et pour tout a travaillé quatre ans durant sa vie… Je me demande toujours si elle est venue avec ses brioches.

La corruption triomphante

Eric Zemmour qui est à la droite ce que le roquet est au jardin privatif, justifiait la corruption de la caste dominante par l’élucubration suivante, la France n’était pas la Suède, les Français étaient des « machiavélistes ». Néologisme qui n’a d’autant moins de sens que pas une seule ligne du Prince n’est consacrée à la corruption, que Machiavel prévaut le réalisme en politique sur la vertu et que nulle part, il n’assortit ce réalisme d’une invitation à s’en mettre plein les poches. Mais Zemmour se prend pour la France et sa culture est une blague pour inculte sur laquelle il prospère. J’ai au contraire le sentiment que devant la corruption d’une Le Pen ou d’un Fillon, un certain nombre se rabattront sur un vote sans espoir, Hamon, Mélenchon et autre amuseur public, ou le Lexomil que propose Macron, voir, feront comme moi et d’autres, marqueront leur rejet de cette élection de l’ego roi, en s’abstenant totalement puisque le vote blanc n’est pas comptabilisé comme le réclame 86 % de nos concitoyens. Bref que quel que soit le ou la gagnante, partisane de l’apartheid ou du libéralisme le plus aveugle, il ou elle règne sur un pays divisé, sans majorité réelle, sans autre assise électorale qu’une élection truquée à coup de sondages bidons, alimenté par l’argent noir que les uns auront siphonné à l’Europe et à leurs élus à coup de kit de campagne sur facturé, et les autres auront soutiré à leurs relations africaines. En fait, c’est même pire que ça, puisque selon un énième sondage, le taux d’abstention risque d’exploser celui de 2012. Et si l’on tient compte du fait que l’élection de la châtelaine n’est pour 44 % (toujours selon cette étude) de ses électeurs qu’un vote de rejet des partis traditionnels, comme celui de Mélenchon, cela veut dire que quel que soit l’ego enflé qui prendra le pouvoir, il le fera sur les restes d’un pays qui le rejette quoiqu’il arrive. Dans ces conditions gouverner risque de devenir un peu plus impossible que d’habitude. D’autant qu’une autre menace se profile à l’horizon et dont n’ont d’autant pas conscience les Français que les médias sont à l’ouest de leur narcissisme, et que les politiques ignorent superbement le sujet. Et cette menace propose une double combinaison, la surpopulation carcérale dans des prisons poubelles, et le retour des anciens combattants du pseudo Etat Islamique. La menace est bien réelle, la DCRI le sait d’autant mieux qu’il y a un précédent en France, la fin des Bataillons d’Afrique en tant que bataillon disciplinaire. Un fait peu connu sauf si on s’intéresse à l’histoire de la criminalité française, mais qui signa la vague de violence et de braquage qui marqua les années 20 et 30, et sera le point de départ de la fortune de la mafia Corse, puisque Paul Carbone, futur parrain de Marseille, sera formé dans les célèbres Bat’ d’Af’. Si la châtelaine et ses admirateurs du nazisme d’amis prennent le pouvoir, je vous laisse imaginer la volatilité de la situation dans un contexte d’apartheid. Ça tombe bien, Serge Ayoub, le grand copain de la châtelaine, déjà condamné pour trafic de drogue. Celui-là même à qui les amis de la famille Le Pen louait leur château pour que ses copines du porno puissent tourner (Vous savez la droite moral du Mariage pour tous…) quand il sortait avec une starlette de l’époque (Tabata Cash). Ayoub, donc, comparait au tribunal avec ses copains du White Wolf Klan pour complicité de violence aggravé. Le WWK lui est accusé de rien de moins que 35 délits divers allant du vol à violence avec arme et incendie volontaire. On ne s’étonne plus à ce niveau pourquoi un Zemmour déclarait son admiration des moines-soldats de Daech, puisque dans cette mouvance-là, ils ont exactement la même mentalité, le même besoin morbide de pureté à expurger dans la violence. L’un dans l’autre avec cet heureux mariage d’extrémistes de tous bords, ajouté au fait qu’une majorité de policier se déclare pour la bourgeoise de Saint-Cloud, la France risque de ne pas seulement devenir ce mouroir pour vieux qu’elle est déjà.

 
Les lecteurs me trouveront peut-être méprisant vis-à-vis de la France, ou haineux, ou je ne sais quel qualificatif sans imagination qui ne seront jamais que le reflet de ce qui les dérange ici. Mais croyez-moi, c’est surtout du désespoir. Mon abstention, mon envie de partir d’ici, le sentiment de déprime que m’offre le spectacle d’un pays soumis à sa caste comme des larbins, c’est surtout le désespoir de pouvoir me revendiquer aussi français que je me sens anglo-saxon un peu plus chaque année. Pour différente raison, parce que c’est une moitié de ma culture d’une part, parce que je pratique la langue autant que j’en saisi les subtilités, que j’en connais l’histoire et son indépendance frondeuse… Et bien aise sera celui qui saura ici de quelle culture je parle… Je désespère que ce pays se décide enfin à se débarrasser de cette caste qui la maintient dans l’illusion de son passé. Je désespère de le voir se mettre enfin à la page des énergies renouvelables et cesse d’avaler les couleuvres du lobby du nucléaire et des politiques qu’il s’est payés. Qu’il arrête de prendre l’écologie pour un gadget à usage des gogos, et l’agriculture pour une machine à cash. Qu’il cesse de se prendre pour l’Amérique en couvrant son paysage de supermarchés. D’adopter des réformes saines sur la législation du cannabis. De s’obséder sur des sujets aussi cosmétiques que le port du voile ou une islamisation qui appartient surtout au domaine du fantasme de quelque narcisse de télé. Qu’il fasse confiance à sa jeunesse et qu’il la mette en avant. Qu’il fasse la paix avec son histoire, sans honte, mais surtout sans cette fierté déplacé autour de l’abomination coloniale. Et surtout qu’il arrête de regarder en arrière, évoquer De Gaulle ou Louis XIV pour se demander comment aborder le présent comme l’avenir. Les Trente Glorieuses ne reviendront jamais, le plein-emploi, c’est du passé, il est temps de grandir et d’aller de l’avant. Et pour le moment, la France fait du sur place en attendant de reculer et se regarde le passé comme on se renifle le cul. Et ça ne date pas d’hier, ça fait trente ans que ça dure. Alors pardon pour les petites âmes recroquevillées de ce pays, mais moi, je fatigue

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Partie de chasse

Ultima Ratio acier aéronautique bleuie, polymère noir, huile raffinée, inodore, incolore Ultima Ratio 10 cartouches 7,62×51 mm OTAN, le doigt qui glisse sur la détente, 600 mètres aucun vent, Ultima Ratio. Une silhouette de soie verte se détache derrière les arbres, un singe. Patience. Fougères à 11h. Mouvement. Un, peut-être deux. Malin le coup du singe. Lunettes de vision nocturne, portée plus d’un kilomètre, il apparaît.

Ultima Ratio, 115 centimètres, 9 kilos, se cabre, crache l’engin, le frelon gris-mort sans bruit. Ultima Ratio, culasse manuelle, métal feutré, l’étui flotte un instant parmi les étoiles. La silhouette tombe comme un sac. Ultima Ratio. Ultima Ratio Regum, le dernier argument des rois.

Ravaillac attend.

Une balle siffle au-dessus de sa tête. Pas de coup de feu.

–       Je l’ai, indique le sergent dans son oreillette.

Le sergent, 30 cigarettes, 2 litres aux cent pur malt/jour. Un coup de feu claque sur sa droite, sec, un puis deux, puis trois, Mozambique. Il se déporte, balaye la nuit, rien.

–       Secteur nettoyé.

–       Je crois bien oui.

–       Okay, base, on passe en secteur sud est..

–       Bien reçu.

Guyane Française. L’or, les orpailleurs, les trafiquants, les combinards France-Brésil, les clandestins, les prostituées, la drogue, le crack, la coke, huit mille trois cent quarante-six kilomètres carrés  de superficie, 730 kilomètres de frontières avec le Brésil, recouvert à 95% par la jungle. Le site de lancement de Kourou, deux régiments, 16 brigades de gendarmerie, 230.000 habitants. Le western.

Les masques électroniques retransmettent en direct, sur ses écrans en abeille, le Directeur surveille les angles morts depuis son fauteuil en cuir jaune toc, made in China, dos à la fenêtre, Novotel Cayenne . Rien ne lui échappe. Pieds nus, la moquette de couleur perle flirte agréablement avec sa peau. Air conditionné, nuit tropicale, décor formaté sans datation possible, sur un autre écran les cours heure par heure, Londres-New York-Shanghaï, Compagnie Minière Espérance, à votre service.  Son G4 s’allume, il décroche.

–       Bonsoir Lanssac…

Il fait signe à son collaborateur qu’il sort sur la terrasse. L’autre hoche la tête, absorbé par l’écran télé, Claire Chasal 16/9ème, le rêve. Dans sa main il tripote machinalement un dé publicitaire. Ecrit sur une des faces, en chinois, Peng Frère Matière 1er.  Son voisin est affalé dans le canapé, devant une table couverte de papiers, formulaires, bons de livraison, factures, prévisionnels.

–       Le péril jaune Lautier, nous sommes aux mains du péril jaune !

–       Les seuls périls sont les opportunités que l’on rate, récite Lautier sans écouter,

–       C’est quoi ces conneries ?

–       Jocelyn Janson de Karadec, un de mes profs d’éco à Science Po.

–       Non je parlais de ça !

Il brandit un papier, caractère chinois, il lit et parle couramment, une des raisons pour laquelle le Directeur l’emploie.

–       Qu’est-ce que c’est ? demande Lautier sans quitter l’écran des yeux.

–       Une demande de Shanghaï, ça va pas plaire à Ravaillac.

Ravaillac, le sergent, Muranu le guide, chasse aux orpailleurs le long de l’Oyapock, le filigrane parfait des écrans plats renvoient l’image d’un camp dévasté. Ravaillac qui entre dans le champ, chemise kaki roulée sur les biceps, pantalon jungle, rangers, fusil long à l’épaule, il soulève une bâche à moitié fondue du bout du pied.

–       Non JH, je n’ai toujours pas reçu le mail. Vous confirmez ?

Le Directeur détourne les yeux de l’écran, un de ses collaborateurs lui fait signe, une lettre à la main. Un types est caché sous le plastique, la vingtaine, maigrichon, négro-marron, Ravaillac sort le pistolet qu’il a à la ceinture. Le sergent s’approche, il parle, le son est coupé, Ravaillac sourit et rabat la bâche sur le cadavre.

–       Le péril jaune mon frère ! C’est ça ! Voilà pour qui on bosse cousin ! Ce putain de péril jaune ! Les soldats à Fu Manchu !

–       Arrête un peu de déconner.

–       Ils sont partout ces cons ! Tu te rappelles à Kaboul ?

Ravaillac s’écarte, jette une grenade, flash, chaleur, souffle, il en jette une seconde, les flammes dansent, il en jette une troisième, les flammes ronflent, éclat blanc, phosphore.

–       Peng Frère Matière 1er, contrat Espérance, financement Bloscher-Ganz et Crédit Martiniquais, partenariat Areva, Gladyss,  BHP,  des suisses, des céfrans, des anglais, des australiens, et 27% des actifs sur un fond de pension spingouin. A ce stade, c’est plus  le péril jaune, c’est une association de malfaiteurs.

–       Ah… t’’sais que t’es marrant toi des fois…

–       Résolution 2004 mon frère, dit Accord Metal Gear Solid, OMC contre la société du spectacle.

–       De quoi ?

–       Les assurances mon frère, les assurances ! Tu te souviens de Timor ?

–       Le rambo du 1er RPIMA ?

–       Ouais lui-même, il était en RDC en 2004, il m’a raconté.

–       Quoi !?

–       Bah ce qui s’est passé ! Les connards de Sony sortent une console de jeu mais y’en a pas assez, résultat le coltan augmente. Et v’la que tous nos petits copains avec un AK et des mauvaises intentions se ramènent vers le Kivu. Ça se farfouille un peu le cul sévère et hop les assureurs qui commencent à coincer. Ceux des mines, ceux de Sony… du coup bah maintenant ils sont obligés de se trouver des partenaires pour éparpiller les risques.

–       C’est vrai ?

–       Va savoir.

Le Directeur regarde la lettre imprimée mandarin, puis son collaborateur.

–       C’est quoi ces conneries ?

–       Oui hein… et il est déjà à Cayenne, c’est marqué, arrivé hier.

Le Directeur retourne à son téléphone, les yeux vers la rue. Une fille, une prostituée, passe devant un lampadaire. 10 kilos de trop, métisse en short ras le cul, les seins qui pendent sous le teeshirt Bob Marley. Elle marche pieds nus, il détourne les yeux, aperçoit sa collègue devant l’abri-bus. Assise, son petit sac à main fraise sur les genoux, elle discute avec son portable.

–       Lanssac, je vous rappelle, à plus tard…

Il appuie sur une touche, le numéro se compose automatiquement.

–       Catherine ?

–       Oui Directeur ?

–       Vous étiez au courant pour le général ?

–       On nous a prévenu hier, je n’ai pas pu vous joindre, vous étiez avec le député.

–       Des demandes particulières ?

–       Il a fait venir deux filles, mais sinon rien.

–       Jolies ?

–       Ah, ah, ah, j’en sais rien, c’est Beauregard qui est allé les chercher.

Le Directeur se tourne vers son collaborateur, lui fait signe vers les écrans sur son bureau, Ravaillac et sa bande.

–       Il va être furieux.

–       On ne lui demande pas son avis.

–       Appelez-le.

38° à l’ombre, ombre verte, 64° de taux d’humidité, odeur de fruit pourri, d’eau stagne, d’essence, de poudre.. Le sergent accroupi devant sa radio.

–       Orange 3 à Orange 1 à vous.

–       Orange 1 j’écoute.

–       Il y a des manœuvres en ce moment dans la zone d’Apaike ?

–       Négatif, promotion sur site, font connaissance avec le gros Robert.

Le sergent fait signe que non à Ravaillac qui regarde vers lui là-bas près de la paillote à demi effondrée. A côté de lui deux chinois en tenue de brousse.

–       Vous lui transmettrez mes amitiés. Terminé, fin de message.

–       Bien reçu Orange 3.

Le Directeur a raison, Ravaillac n’est pas de bonne humeur. Ces deux-là l’encombrent. Le premier ne parle pas un mot de français et il est mal équipé, le second traduit, il est mal équipé également, et en plus c’est un con.

–       Bon voilà le topo, par là-bas c’est probablement pas des orpailleurs, sans doute des trafiquants, essence, drogue, armes, j’en sais rien, mais si ça tire c’est qu’ils sont chauds. A l’oreille je dirais AK47. Et ils connaissent le coin.

Le deuxième l’écoutait avec attention et un sourire aux lèvres, mais difficile à dire avec ces chinois s’il comprenait ou même s’il allait correctement traduire. Il portait un short de broussard, et un teeshirt kaki avec une casquette pseudo militaire, des rangers en toile aux pieds. Le visage et les bras enduits de crème anti moustique qui luisait sur sa peau jaune. Déjà le short c’était une mauvaise idée dans la forêt. Il avait probablement vu les locaux sapés comme ça et s’était dit qu’il pouvait faire pareil. Dans trois kilomètres il aurait les jambes en sang et 11 sangsues sur chaque cuisse. Quant à la crème, l’odeur, pour se faire repérer c’était pile poil la bonne idée.

–       Donc va falloir avancer en douceur, compris, vous allez me retirer tout ce qui brèle sur votre sac, le fusil pareil, scotchez la sangle.

–       Brèle ?

Il se penche sur son sac Go Sport, donne une pichenette à une des fermetures éclair qui tinte légèrement.

–       Ça pareil, faut le coller. Compris ? Il fait en regardant le premier.

Un officier de l’armée chinoise avec un nom de Klingon, Général Kang. Vice-directeur en direct de Shanghaï pour sa petite partie de chasse du week-end.   Il leur  jette un rouleau d’adhésif pour électricien, et s’éloigne sans plus s’occuper d’eux. Il sue doucement, de grosses gouttes roulent sur son visage, il ne fait pas attention aux moustiques, il rejoint Muranu posé devant le feu, s’assoit et se penche sur la valise satellite, décroche le téléphone et se logue. En attendant la communication il fait signe au guide de lui en donner une. Muranu lui tend son paquet de Marlboro, et hoche la tête vers les chinois.

–       Ah m’en parle pas, il grogne.

Il allume sa cigarette.

–       Oui ?

–       Directeur, personne ne les as briefés ou quoi ?

–       Que se passe-t-il ?

–       C’est Beauregard qui s’est occupé de leur équipement ?

–       Euh, je l’ignore… vous voulez que je me renseigne ?

–       Les armes ?

–       Ah ça je peux vous répondre, valise diplomatique, pourquoi c’est important ?

Le Directeur est allongé sur un transat, les yeux derrière des verres fumés, rivés sur la surface saphir de la piscine où s’ébattent ses collaborateurs. Posé sur le guéridon à côté de lui, il y a un verre de jus de fruit sans alcool, un épais agenda, un autre portable. Lautier fait faire la planche à une blonde, Mortier discute au téléphone en flattant les fesses d’une métisse. Sur le transat d’à côté se tient allongé un noir de grande taille au visage lisse et parfait.

–       Il paraît que vous avez engagé le capitaine Ravaillac.

–       Vous le connaissez ?

–       Mon père… Nous l’avons rencontré pendant les événements

–       .Oh, j’ignorais…

–        C’est si grave que ça la situation ici ?

–       Grave ? Oh non, incontrôlable, et croyez moi c’est bien mieux.

L’homme sourit, il comprend la nuance.

–       Ravaillac est un tueur, fait-il remarquer

–       Oui, bien entendu mais l’orpaillage est une plaie intolérable.

–       Depuis combien de temps il travaille avec vous ?

–       Depuis deux ans. Il a été renvoyé du service.

–       Oh, pour quelle raison ?

–       Il semblerait qu’il faisait passer ses opinions politiques avant son travail.

–       Et aujourd’hui ?

–       Si on le paye correctement…

L’engin est posé sur son affût. Soixante-neuf centimètres d’acier bronze, six tubes rotatifs actionnés par une turbine électrique réglable, alimentée par batterie, et un chargeur de mille cartouches. 1000 coups/minutes, 18 kilos démonté, vingt de plus en ordre de combat. Ravaillac en a déjà aperçu sur des hélicoptères de combat américain, mais jamais vu d’aussi prêt et surtout pas comme arme de dotation. Gatling XM214 Microgun, trimballé par deux porteurs indiens. Qu’est-ce que le général Klingon compte faire avec ça ? Il a posé la question au traducteur, l’autre lui a montré une photo… Jesse Ventura, ex star du catch, dans le film Predator… Le sergent ricane en regardant le monstre.

–       Attend un peu qu’il se retrouve avec les 40 kilos de métal… il va voir Rambo.

–       On va rien attendre du tout et il va rien voir, c’est pas un putain de film ici !

Le sergent lui jette un coup d’œil ironique, sa version du monde est forcément différente. Il n’est pas payé par le Directeur mais par l’état. Membre actif et mise à disposition de la Légion Etrangère, 1er REI, basé ici même, la pouponnière de la DGSE. Mise à disposition sur ordre et par demande personnelle du conseil d’administration parisien de la CME qui avait besoin d’un supplétif connaissant aussi bien la forêt que l’orpaillage sauvage. Besoin d’un dur aussi qui obéit sans poser de question, d’ailleurs quelle question poser quand ton boulot consiste à faire du nettoyage ?

Ravaillac gueule après le traducteur en lui agitant son doigt sous le nez. Pas question de ça avec lui, ils remballent ce machin, on leur donnera des fusils de chasse classiques, le guide en possède deux en réserve. Des tromblons de 1970 pour abattre le cochon sauvage. Les chinois sont furieux, ils jactent en mandarin, le général attrape son téléphone satellite personnel. Un quart d’heure plus tard c’est celui de Ravaillac qui sonne.

–       Non mais dites donc c’est quoi ces conneries ?

Ravaillac reconnaît la voix. Pas qu’elle lui ai déjà parlé en personne qu’il la connaît des médias. Et si elle possède bien les intonations importantes et déclamatoires habituelles, le vocabulaire est moins orthodoxe.

–       Qu’est-ce que c’est que ces conneries ? Qu’est-ce que vous croyez que vous êtes en train de foutre comme merde espèce de connard ! Vous avez intérêt à faire tout ce qu’on vous demande ou sinon, qui que vous soyez je mets personnellement un contrat sur votre tête !

Il sait qu’il est parfaitement sérieux. Pas qu’il connaisse cet homme personnellement qu’il est précisément celui qui peut savoir ce genre de chose. L’ancien du Service Action de la DGSE, du 11ème Choc et des coups tordus. Assez proche des nerfs du pouvoir pour en connaître la folie des grandeurs. Il regarde les deux chinois. Merde. Qui peut bien être ce foutu Klingon ? Il a encore le choix de ne pas laisser tomber, envoyé péter tout le monde, ministre compris. Le choix d’ignorer l’appel radio que reçoit en ce moment même le sergent, l’injonction de lui en coller une s’il ne cède pas aux caprices du potentat bridé. Ou celui qu’il a fait en entrant dans le privé, ramasser la thune et merci. Il ramasse la thune. Il évite les chinois du regard et fait signe aux porteur, on bouge. Là-bas la fusillade s’est calmée. Manque de munitions sans doute.

Tout le monde a une arme dans la forêt, question de survie mais pas forcément une bonne et les munitions sont difficiles à trouver malgré les trafics. Les orpailleurs n’ont souvent que des fusils de chasse, parfois un AK47 ou des grenades qui pètent une fois sur quatre à cause du mauvais entretien ou de la dynamite de contrebande. Les autres, les passeurs de drogue en gros, sont mieux armés mais ils ne savent pas tirer et n’aiment pas se balader des kilos de munitions. Sinon il y en a pour tous les goûts, et toutes les époques. Ils ont même une fois découvert une fois une cache pleine de mitraillettes allemandes de la 2nd Guerre. Mais aucune mine et c’est un soulagement quand on a déjà crapahuté comme lui dans une jungle truffée de pièges détonants. La forêt amazonienne n’est pas une surface plane, par ici elle est même plutôt accidentée, il faut traverser des valons, passer des collines abruptes, escalader parfois et les porteurs de la Gatling souffre en silence. Le général est entre lui et le sergent, le traducteur à ses côtés, Ravaillac les ignore et se faufile entre les lianes et les fougères géantes, il sent l’odeur caractéristique de la poudre qui pique le fond de l’air. Il s’immobilise et attend.

Jao a 15 ans et comme beaucoup de gamins de son âge et de sa région, il en paraît 20. Il est né dans une ville d’orpailleur, Calcoene, et dans un lointain passé un peuple primitif inconnu y a dressé un observatoire astronomique qui ressemble à Stonehenge. On en aperçoit une image sur le panneau à l’entrée de la ville, avec ces mots « bienvenue à Calcoene ». Chaque année le site ramène son lot de touristes illuminés, d’archéologues à la retraite, d’amoureux hollandais qui y croisent le prolétariat de l’or, celui qui a bâti cette ville. Le taux de chômage est naturellement élevé, la population naturellement jeune comme dans l’ensemble du Brésil, et bien entendu pauvre. Sans le site archéologique, et le mystère afférant, Calcoene serait un énième trou du cul monde de cette région du Brésil, avec ses maisons en préfabriqué, ses routes de terre rouge, la jungle omniprésente. Les cochons noirs, les poules, les familles nombreuses et strictement rien à faire de ses journées quand on a 15 ans et qu’on s’ennuie devant les télé novelas en attendant d’aller grossir les rangs des favelas de Rio ou Sao Paulo. Alors avec son copain Raul, ils grimpent sur sa moto, une 125 Yamaha de 1985, et montent vers le nord, attend le bac et traverse l’Oyapock avec armes et bagages. Il s’en fiche de l’or, aussi curieux que ça puisse paraître. Il vit entouré d’orpailleurs et de revendeurs, tout le monde trafique, grappille ce qu’il peut des bras du rio Calceone, avec les conséquences habituelles. Poissons crevés, déformations, rivières chargées d’essence, d’huile de moteur et de méthylmercure. Et bien entendu les négociations qui se terminent à coups de machette.  Mais pas forcément souvent, c’est comme les mauvaises nouvelles du monde à la télé. C’est permanent  comme un fond sonore, mais ça ne nous touche presque jamais de près. En fait, il déteste les orpailleurs. Pour ce qu’ils font à la terre, pour l’état de sa petite sœur Maria qui est née aveugle et débile avec trois doigts en trop, à cause du mercure qu’ils relâchent dans l’eau faute de retorte, de faire leur travail correctement et pas à la va vite, comme les voleurs qu’ils sont en réalité. C’est comme ça qu’il les voit, la fortune de l’or de Calceone ne finit jamais dans les poches de ses habitants. C’est aussi comme ça que les voit l’état français, mais Jao se demande pourquoi un orpailleur garde ses amendes. L’état français met des amendes, parfois tu fais de la prison, mais c’est rare. Aussi rare que les amendes en fait, il faut encore qu’ils t’attrapent. C’est peut-être pour ça qu’il les a gardées lui.

Le corps git la tête en bas vers la pente, il a deux trous un peu noir sur le torse, l’un qui lui perce le flan, un autre au-dessus du sein droit. Un peu de sang coagulé en coule mollement. Il a les jambes comme nouées l’une avec l’autre par la chute, les yeux gonflés et clos, la bouche entre-ouverte et déjà il gonfle. La chaleur, l’humidité. Sa gibecière est tombée près de sa jambe droite, les amendes sont maculées de sang. Jao lit un peu de français, les touristes, la proximité avec la frontière, et puis il a étudié un peu à l’école aussi. Il ne sait pas ce que L112-6 veut dire, il voit ça en petits caractères, mais il sait que les français disent que nul n’est censé ignorer la loi. Le cadavre est indien, il ne devait même pas comprendre ce qu’il y avait écrit. Il sort du manioc cuit dans une feuille de banane du sac, quelques minuscules pépites dans une pochette en toile, une fiole 50 cl de mercure, une gamelle, une pelle-bêche. L’attirail classique. Il prend l’or et le mercure. Il vendra l’un et l’autre de l’autre côté. Contre un peu d’herbe, contre une part sur la cocaïne qu’il transporte. Il a rendez-vous un peu plus bas à trois kilomètres environ sur le fleuve. Quelqu’un la lui prendra, quelqu’un qui remonte jusqu’à Cayenne. Il espère que cette fois le gars voudra bien l’emmener avec lui, comme il le lui a promis. Raul siffle doucement, ça ressemble au son d’un oiseau, il lève les yeux.

Il ne voit rien, n’entend rien, ne sait rien. Ce n’est pas de la peur, c’est de la terreur pure, lumineuse, totale, et il n’a aucunement le temps de la goûter. Il la prend en une fraction de seconde, comme un train à grande vitesse. Et la fraction suivante il a oublié, il ne sent plus rien, ne sait plus rien, il n’est plus rien. Un brouillard de viande, voilà ce qu’il est la fraction suivante. Mais, pendant l’instant crucial, unique, et fractionnaire où tout son corps et tout son être comprend, il a tout à la fois mal, il est saisi par la terreur de mourir, il est horrifié par ce qu’il lui arrive. Horrifié parce qu’il voit étiré pour lui sur un temps qui ne lui semble même pas infini, mais caoutchouteux. Son bras, son épaule, son torse qui s’éparpille, sa viande qu’il voit pour la première fois, son grain de beauté sous l’épaule qui plaît tant à sa mère qui s’en va et se retourne et disparaît dans un nuage rouge. Puis plus rien. 1000 coups par seconde.

Raul chie et pisse instantanément sur lui et c’est la terreur, l’instinct primitif de sa terreur qui l’arrache au sol dans un bond invraisemblable, qui le fait chuter dans une pente vers le fleuve. Il roule tandis qu’un monstre hurle au-dessus de lui et pulvérise la forêt. Il se heurte à une racine, elle arrête son corps meurtri, le monstre hurle toujours, il voit un arbre se décliner en pulpe au-dessus de lui, comme Jao huit secondes plus tôt. Il fait une grimace d’animal traqué, sa tête dans le réticule de visée, bien nette.

Ultima Ratio Regum.

Ravaillac lève le doigt de la détente. A quoi bon.

Il détourne le canon vers les chinois. Le traducteur qui vomit. Il ne voit pas le Klingon, il ramène son doigt sur la détente. Il attend.

Votez mafia

Les amateurs de théorie du complot adorent employer le terme « d’état profond ». Ça fait mystérieux, force souterraine, groupe de pression au nom exotique, Bieldberger, Diner du Siècle, Bones and Skull, et j’en passe. Et pas seulement eux à vrai dire, puisque la presse mainstream reprend ce terme d’autant volontiers que peu à peu, à force de lanceurs d’alerte, de suspicions, d’affaires et de corruptions plus ou moins avérées, le public réalise avec confusion que son destin politique, économique et social est en réalité entre les mains d’intérêts opaques où son bulletin de vote n’a le poids que ces groupes veulent bien lui donner, à savoir aucun. C’est du reste une des raisons pour laquelle je ne vote pas. Il ne faut pas être grand clerc pour deviner que Fillon est un imbécile utile dont le maintien surjoué à la présidentielle est parfait pour mettre en valeur les deux candidats du capital : Marine Le Pen et Emmanuel Macron. L’une divise et ment de sorte que la politique libérale à laquelle elle est soumise soit imposée par une forme de Théorie du Choc, à la manière d’un Donald Trump du pauvre. L’autre endort, soulage, caresse dans le sens du poil, de sorte que des mesures parallèles soient adoptées par un pays sous Lexomil. Bien entendu, je n’imagine pas une seconde que ce soit strictement les mêmes qui soutiennent l’un et l’autre, il est même plus probable que deux écoles d’influences soit ici à l’œuvre et en concurrence, l’une visant à briser l’Europe et l’autre à s’y soumette. L’une rêvant d’une grande guerre sainte et totale, à l’instar d’un Steve Bannon, le gourou de Trump, et l’autre d’un grand marché dérégulé et global. Mais comme notre pays fonctionne par réseaux et noyautage, tout peut laisser à penser que c’est la même poignée d’individus qui tirent les ficelles à travers les commis d’état. Exactement comme ce fut le cas durant toute l’ère gaullienne et jusqu’à Nicolas Sarkozy où, entre autres, les noms de Pasqua, Léandri, Elf, Foccard, Deferre, et les parrains de la mafia Corse reviendront régulièrement dans des affaires d’argent, de meurtre, de délit en col blanc, de trafic de drogue, comme la fameuse French Connection qui fut à n’en pas douter une aubaine pour les partis politiques. Jusqu’en 70, date à laquelle, les Etats-Unis firent de graves accusations envers les autorités françaises, et qui aboutis, dans la précipitation et la confidentialité (votée de nuit par une poignée de députés), à notamment la fameuse loi de 70, puis à la fin de la French, ou disons plutôt à sa restructuration. Il n’y a en effet guère besoin de chercher loin pour qui imaginent « un état profond » il suffit de regarder du côté de la Corse, de l’Italie, « l’état profond » s’appelle mafia, ou plutôt les mafias puisque ce phénomène d’influence s’étendant jusqu’au sommet du pouvoir se retrouve aussi bien aux Etats-Unis qu’en Russie ou en Chine. Je reste d’ailleurs convaincu qu’il est impossible de comprendre l’économie moderne, l’évolution des conflits, et même l’élection « d’homme fort » à la tête de pays clefs si l’on ne saisit pas le paradigme mafieux dans son ensemble. Tant dans son économie que dans sa géopolitique.

 

La mafia et le pouvoir, une veille romance.

Arte, à qui on ne saurait reprocher de ne pas être avec son temps, a encore une fois très finement programmé deux documentaires, l’un en trois parties, démontrant précisément de ce thème tellement sulfureux que jusqu’en 2004 les autorités françaises niaient la présence d’une ou plusieurs mafias sur le territoire. Et un autre relatant (Enfin ! En ce qui me concerne) les relations étroites que Reagan entretint avec le crime organisé à travers l’agence MCA, elle-même émanation de la mafia de Chicago (en partie finance par Al Capone notamment sous le contrôle de Sidney Korshak, avocat de la mafia.) et à qui il doit une grande partie de sa réussite. Le documentaire est basé sur une enquête et un livre « Dark Victory » qui a failli valoir à son auteur, Dan Moldea, la fin de sa carrière. Reagan passe en effet pour un saint auprès des Républicains, toute remise en question du mythe forcément très mal vu pas l’establishement. Et pourtant…

 De même, le documentaire en trois parties au sujet de l’épopée qui relie la mafia corse et le pouvoir français. Des années vingt avec les célèbres Carbone et Spirito, rois de Marseille jusqu’à la Libération, notamment liés à l’affaire Stavisky. Puis avec la famille Guérini et leur relation « respectueuse » avec Gaston Deferre, mais surtout à travers le pouvoir gaullien. Le SAC, le Service d’Action Civique, la police privée du Général de Gaulle, en passant par la France Afrique, Foccard, et surtout Charles Pasqua qui fut la courroie de transmission bienveillante entre le pouvoir, la mafia corse et les réseaux africains. Des relations sulfureuses qui mèneront notamment à l’affaire Elf et surtout au massacre d’Auriol qui sonnera la dissolution du SAC. Un documentaire important en ceci qu’il nomme expressément les liens tissés par le RPR puis l’UMP, jusqu’à l’actuelle mouture de ce parti douteux autant avec la corne d’abondance Africaine qu’avec la pègre corse, auquel, bien entendu, sont également intimement lié les nationalistes, et Cosa Nostra. A travers Etienne Léandri, dandy, playboy, ancien gestapiste et relais indispensable de Luciano en Sicile. Un imbroglio d’influence entre les cercles de jeu parisiens et africain, les parrains du sud de la Corse, la bande organisée de la Brise de Mer dans le nord, et qui aboutiront à la non moins très douteuse affaire Erignac. Puisque, si j’en crois une de mes relations, ancien haut fonctionnaire et proche de Philippe Séguin, le coupable désigné est un arrangement avec la vérité.

Je vous ferais grâce de revenir en détail sur les relations qu’entretenaient Joe Kennedy avec la mafia de Chicago, et son influence certaine dans l’élection du fils. Ellroy le romance très bien dans American Tabloïd, Youtube est rempli ras la gueule de documentaire sur le sujet, sans omettre les dérives complotistes qu’on imagine. Cosa Nostra et le pouvoir américain, c’est une relation de longue date qui commencera notamment avec le naufrage du Normandie, coulé par un incendie criminel dans le port de New-York. Elle se prolongera avec l’exil de Luciano en Sicile qui assurera un débarquement « facile » à l’armée américaine. En échange de quoi, les mafieux se retrouveront à des postes clefs. Cette association et le marché noir de l’après-guerre, cultiveront le champ d’une Cosa Nostra mis au pas par Mussolini et trouvera sa cause dans la lutte contre le communisme. Arrangement qui fera la fortune de Démocratie Chrétienne et d’Andreotti jusqu’au maxi procès et à la guerre que mena Toto Riina. Mais le maxi procès n’a pas eu la peau de la pieuvre qu’on retrouvera cette fois dans l’entourage proche de Silvio Berlusconi, lui qui n’a jamais voulu révéler l’origine de sa fortune…

 En Russie, cela tient de l’institution comme en Chine. Les industriels et les banques ayant investi dans la république russe le savent bien, pas d’avenir sans grichka, littéralement le toit, la protection. Quant aux investisseurs occidentaux en Chine, ils se heurtent cette fois au gwanxi, le réseau régionale et familiale que les Chinois cultivent avec soin et qui favorise à loisir les triades qui ne sont, depuis leur apparition jusqu’à aujourd’hui, qu’associations et réseaux « d’entraide ». La grichka de Poutine avait un surnom, la Famille, l’entourage proche d’Elstine, dont il se débarrassera après avoir été porté au pouvoir par ceux-là même. L’opacité du régime chinois interdit de connaitre l’étendue exacte de la pénétration de ces mêmes triades au sein de Pékin. Il ne peut toutefois éviter l’écueil des scandales pour corruption qui s’enchaînent, des accidents industriels majeurs, des scandales financiers qui émaillent tant la presse chinoise que coréenne ou japonaise. Des dysfonctionnements comme l’Italie du Sud en connaît depuis trop longtemps, mais aux proportions de l’Asie…

 
Cette relation intime n’est pas le seul fait de politiciens facilement corruptibles, elle se déroule également dans cette zone grise que partagent barbouze et voyous, cette même relation de proximité qui relie la criminalité à la police, par exemple une préfecture de Paris à dominante corse et la pègre des jeux. Mais si la Guerre Froide a été propice à ces arrangements, du Japon à l’Italie en passant par la France, elle perdure parce que par définition, les voyous sont des sources et des ressources quand il s’agit de peser qui en Afrique, qui en Europe ou en Amérique nord et sud. Sur les syndicats notamment, mais bien entendu auprès des gouvernements. Une relation qui repose moins sur la notion de corruption que de celle de services communs, de retour d’ascenseur.

 

Mythe et propagande.

Porté par l’imagerie populaire du cinéma, notamment, des médias paresseux, et bien sûr, ses faits d’armes, le mot même de mafia est relié dans l’esprit du public à une nébuleuse de violence captivée par le secret. Une entité ne poursuivant qu’un seul but, les bénéfices, éventuellement objet de fantasme pour qui rêve à la mythologie du « bandit d’honneur ». Un groupe ou plutôt des groupes portés sur les armes automatiques, les gourmettes de mauvais goût et les règlements de comptes. Or, si le phénomène mafieux ne se limitait qu’à sa branche armée il aurait disparu de lui-même depuis longtemps. Si le trafic de cocaïne s’était arrêté à la seule représentation, tout à fait commode, de Pablo Escobar et ses outrances, Miami n’aurait jamais connu le boum économique que la ville a rencontré à partir des années 80, le Panama n’aurait pas été envahi, la guerre civile qui ne dit pas son nom au Mexique n’aurait jamais eu lieu. En réalité, on estime que pour la seule Cosa Nostra sicilienne, la branche armée ne représente que 30% des effectifs. Sachant que d’une part ces communautés fonctionnent en réalité avec une poignée d’individus, qui par le biais d’une myriade d’associés contrôlent des organisations globales. D’une petite ville de la côte pacifique mexicaine à Manille, en passant par Madrid, Dakar, Londres, et Milan. Si Salvatore « Lucky » Luciano et Meyer Lansky sont connus pour la création d’une véritable holding du crime organisé, c’est à Miguel Angel Felix Gallardo que le Mexique et les Etats-Unis doivent l’organisation de cartels et la distribution de la cocaïne colombienne via la frontière. Cartels qui débuteront naturellement sur le ton de l’entente cordiale avant de connaitre le destin moderne d’une guerre qui a déjà fait plus de morts que le Vietnam en a fait dans les rangs américains. Débarrassé du paramètre « communisme » états et mafias n’ont d’autant pas pris leurs distances que la globalisation du marché est un terreau fabuleux pour le crime organisé, la dérégulation une aubaine, et qu’il ne s’agit plus seulement de gagner une guerre économique, mais de capter des ressources ou de les maintenir sous son contrôle dans un contexte de plus en plus vorace. Le cas d’école de la PS2 est un exemple parfait de cette voracité concomitante d’un boom technologique. Le succès mal anticipé de la console a fait exploser les cours du coltan, du cuivre et de l’or avec pour conséquence une intensification de la violence au Katanga et au sud Kivu. Soumis à des contingences parallèles au marché légal, les circuits de la cocaïne s’orientent aujourd’hui vers l’Afrique afin de distribuer l’Europe, faisant par la même des Caraïbes une plaque tournante, et de la corne ouest de l’Afrique une zone à risque. Un marché légal auquel le crime organisé s’est toujours attaché et qui aujourd’hui ne peut tellement pas faire l’impasse sur l’argent noire injecté dans son économie, qu’on en vient à vouloir l’intégrer dans les chiffes du PIB. Un marché légal qui après tout fréquente les mêmes banques off shore, quand ce n’est pas plus simplement le pouvoir politique qui se plie au rêve des voyous. Bref en réalité les mafias sont aux mains d’hommes réfléchis, ayant des vues stratégiques et économiques, fabriqué de cadres, de médecins, de personnalités bien sous tous rapports, poursuivant non pas seulement une course au bénéfice mais également au pouvoir. Contrôler les syndicats pour Cosa Nostra USA, c’était contrôler des pans entiers de l’économie du pays. Aider à faire élire un président, c’est s’assurer que la justice regardera ailleurs quand cela sera nécessaire. Et ainsi par exemple une série de très grosses enquêtes menées contre la mafia américaine seront purement et simplement fermées dans les années 80, à l’initiative même de la Maison Blanche…

La part d’ombre.

Seul le temps, l’histoire, et le décès de quelques-uns, permettent de délier les langues, dévoiler le petit théâtre d’ombres qui se déroule dans les arcanes du pouvoir. Les morts ne font pas de procès, ni ne vous expédient leurs assassins. Les campagnes électorales en revanche vous laissent entrevoir ce qui se profile. En demi-teinte, au travers des affaires et des informations qui transpirent, se dessinent des associations sans qu’on sache avec certitude quel projet cela recouvre. Comme cela est détaillé ici , il est impossible que Donald Trump ait fait fortune sans l’aide sinon de la famille Gambino, au moins celle d’Atlantic City. Dans les années quatre-vingt Paul Castelano, patron de la famille Gambino avait imposé une taxe de quelques dollars sur l’ensemble des fenêtres des immeubles en construction à New-York. À vrai dire dans les années 70/80, les cinq familles régnaient sans partage sur la ville et toute la côte est jusqu’en Floride. Côté français, au travers de cette affaire de costume que se saurait fait offrir François Fillon, c’est à nouveau l’école Foccard qu’on retrouve, du moins son héritier, le sulfureux maître Bourgi. Passé au service successif d’à peu près toute la famille des Républicains, de Chirac à Sarkozy en passant par Villepin et aujourd’hui Fillon. Il est un des pivots du réseau africain, mais il n’est sans doute pas le seul si l’on considère les intérêts du groupe Bolloré dans tous les ports de la corne ouest, d’Abidjan à Dakar… La mafia, les mafias ne s’intéressent à la politique que dans la seule mesure de leurs intérêts. Et les intérêts de la mafia tendent vers des marchés déréglementés, des systèmes économiques de captation, une justice relâchée, et l’opacité financière. Soit exactement vers quoi tendait, curieusement, l’ère Reagan, et ce, vers quoi aspire l’économie libérale comme l’envisage Donald Trump, ou comme elle conceptualisé au travers d’accord tel que le CETA. Les tribunaux d’arbitrage ne sont finalement qu’un décalque des réunions mafieuses ou deux clans cherchent l’arrangement plutôt que la guerre. Et si vous trouvez que vous ne vivez pas réellement en démocratie, attendez de connaitre la suite. Quand sur la décision d’un de ces tribunaux la France sera condamnée à payer x milliards à tel compagnie privée. Le racket à l’échelle globale. Comme c’est déjà arrivé au Canada et à l’Allemagne.

Ce phénomène de symbiose entre le crime organisé et le monde des affaires, n‘est probablement pas une volonté consciente mais un facteur pratique pour les deux parties. Comment d’ailleurs imaginer que si 62 personnes les plus riches dépassent en patrimoine 99% de la population mondiale, elles ne se connaissent pas, ne s’arrangent pas entre elles, ne se font pas éventuellement la guerre, et ce avec des moyens qui dépassent largement ceux des états. Des moyens qui ne reposent pas seulement sur une puissance économique mais des réseaux, exactement comme dans la logique mafieuse. Et de même comment ne pas penser que des banques comme HSBC n’emprunte pas la même démarche, quand fort de sa position de « trop gros pour couler » elle reçoit une amende ridicule de deux milliards contre des montagnes d’argent blanchis pour le compte du crime organisé. Et qui plus est dans un contexte d’actionnaires toujours plus gourmands qui l’autorise dans la foulée à licencier en masse pour dégager quatre milliards. Or la tendance qui se profile à travers le trading à haute fréquence c’est un flot quotidien et astronomique d’argent sur un marché parfaitement volatile et opaque. Ce mariage presque naturel entre le légal et l’illégal, entre les industriels du nord de l’Italie et la Camorra ne peut non seulement qu’aggraver le problème sanitaire et écologique, comme l’a révélé, par exemple, le scandale de la mozzarella à la dioxine, mais s’opère par ailleurs sur une dissolution, un retrait de l’état-nation, attaqué de toute part par le capital, et une privatisation de la guerre et de la sécurité. Où les mercenaires finissent par intervenir partout, des rangs de Daech aux compagnies privée chargées de sécuriser les sites sensibles, transport, logistique, personnel, quitte à servir de supplétif aux états, comme en Irak et en Afghanisan. A savoir qu’une question géo localisée et exceptionnel durant la Guerre Froide tend à se généraliser aujourd’hui dans une logique du tous contre tous. Combien de temps, dans cette acceptation totalitaire d’un capitalisme mafieux allons nous attendre avant de voir des holdings ne plus simplement se contenter d’OPA hostile et de tirer les ficelles en sous-main mais s’agresser frontalement pour, au hasard, le contrôle d’un oléoduc, un accès à l’eau ou la main mise sur le minerais katangais ? N’est-ce pas d’ailleurs déjà le cas, tant les liens entre les affaires et le pouvoir sont étroits. Gazprom n’est-il pas le moteur financier et l’arme géostratégique de la politique de Vladimir Poutine, en Ukraine mais également vis-à-vis de l’Allemagne. Les intérêts de la nation alignés sur les intérêts des holdings, ceux là même allant finalement jusqu’à les supplanter, les débarrasser de leur pouvoir de décision jusqu’à ne plus être que des coquilles vides de lois scélérates décidées par un parlement européen comme un conseil d’administration et une assemblée nationale asservie.

Dans ce contexte, l’argument de souveraineté nationale fait figure de cachet pour la toux. Les angoisses millénaristes d’un grand remplacement de fiction, de gentille distraction pour xénophobe pathologique. La question du voile, un épiphénomène auquel on accordera l’importance d’un leurre, à manière d’occuper les esprits pendant que des réseaux sont à la manœuvre de leurs seuls et uniques intérêts. S’il y a bien nécessité de rupture, c’est avec un système qui s’auto-alimente et se proroge dans la corruption à la seule force d’un suffrage universel truqué, tronqué, à coup de sondage opportunistes et de slogans de campagne vide de sens. S’il y a bien nécessité de rupture, il est dans la société civile uniquement, dans la volonté de reprendre son destin en main sans passer par celle d’un prestidigitateur à voix de prophète, de mettre à jour à la manière des lanceurs d’alerte. D’en finir avec cette naïveté qui consiste à penser que la France est forcément ruinée parce que des milliardaires et leurs commis nous l’affirment. Que la protection de nos intérêts énergétiques ne repose que sur une « réal politique » jamais en difficulté pour s’arranger avec les faits, et non pas essentiellement sur le montant des rétros commissions et leur versement. Que je ne sais quel groupe de penseur de l’ombre planifient, on ne sait quel ordre mondial, quand ce qui se profile, c’est un plus grand désordre mondial, un désordre feutré émaillé de conflits armés. Que les commis du capital qui se pressent au portillon du pouvoir ont à cœur le destin de leur compatriote et non pas la seule fortune de leurs réseaux. En finir avec cette croyance qui consiste à penser qu’à partir d’un certain montant, d’un certain pouvoir, un individu ne perd pas pied avec la réalité, pour finir par devenir ce parfait sociopathe qui ruine des régions entière uniquement pour payer 100 euros moins cher la production d’une chemise qu’il lui en rapportera 1000. Des comportements aberrants du toujours plus comme on peut le voir dans Merci Patron, justifié par le dévoiement de la philosophie libérale, et que dénonçait déjà en son temps rien de moins qu’Adam Smith. Justifié par un discours économique mortifère si l’on considère les prévisions de la courbe d’Hubbert, reposant notamment sur la fin du régime communiste et le sentiment mêlé d’impunité et de fin de l’histoire, déclaré par un capitalisme triomphant, arrogant, mais jamais en reste de réclamer plus, toujours plus.

 
Berlusconi et la mafia

Pour les relations entre mafia et république française

Reagan et la mafia