Valérian, cosmo trip

En toute franchise je ne suis pas du tout un fan du cinéma de Luc Besson, ni comme réalisateur, ni comme producteur. Le réalisateur m’a toujours paru comme une escroquerie artistique mâtiné de plagiaire. Ayant récupérer des lauriers plus ou moins mérités sur la base de film généralement niais, où les femmes sont systématiquement des infantes obsédées par des envies de pisser, les forces de l’ordre des imbéciles de bande dessinés, les méchants très, très méchants, les héros entre le nounours et l’autiste. Une escroquerie artistique qui comme producteur nous a également abreuvé de mauvaise série B bien calibrées pour l’international, machines à cash sans âme mais techniquement irréprochables. Car c’est avant tout ça que n’a jamais cessé d’être Besson, un technicien et un producteur. Un technicien qui n’a peut-être jamais cessé non plus, à l’instar d’un Spielberg, ou d’un Cameron de pousser la technologie et son usage au point d’en faire un moyen d’expression en soi. Une forme de pinceau au tableau qu’il se propose de brosser. Ca sera la caméra à l’épaule et la steady pour Subway, le tournage sous-marin pour le Grand Bleu, que Besson assurera lui-même en tant que caméraman, les décors tournant pour le 5ème élément. Besson aime les grands angles magnifiant, les zoom dynamiques, le langage clip et bédé au service d’un cinéma commercial racontant un autiste porté sur les femmes enfants et se projetant en héros pas moins autiste. Qu’il s’agisse de Besson réalisateur ou scénariste, tous ses personnages principaux parlent peu ou pas du tout, tous sont des incompris, des laissés pour compte ou des marginaux, tous finissent par surmonter leurs difficultés comme dans un conte pour enfant. Pour autant on doit réellement reconnaitre un talent à Besson, son professionnalisme, sa capacité totalement unique en France de faire des films à grand spectacle qui se vendent partout dans le monde. A dire vrai il est même le seul capable aujourd’hui d’une telle performance, dans un paysage cinématographique français sous assistance respiratoire. Et c’est sans doute un des principal reproche que ce cinéma français là, celui de Télérama et de la défunte Nouvelle Vague a toujours fait au réalisateur, ses succès, et ses succès faciles. Un désamour également et paradoxalement partagé par le public français qui bien qu’il va volontiers voir ses films et les films made in Europa Corp, garde un avis défavorable sur l’homme et son insolente quoique toute relative réussite. Besson déplait, Besson est le cinéaste détesté préféré des geeks de France et de Navarre. Quasiment une insulte à lui seul. Notre Michael Bay à nous si on osait, aussi toc, creux et surtout à succès. Car même si son cinéma ne raconte pas grand-chose, même si en réalité Europa Corp flirt avec la faillite permanente, Besson est de ces cinéastes qu’on attend systématiquement au box office. Un réalisateur franco-hollywoodien en somme. Dans un pays qui n’en peut plus de se tripoter la culture comme d’une nouille, forcément il fait un peu figure du parvenu de la famille.

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Dans ce contexte on aurait pu s’attendre avec Valérian à une sorte de décalque du 5ème élément avec plein de bons sentiments et de démagogie comme il est coutumier, et à vrai dire on y échappe pas complètement. Une super production ne racontant pas grand-chose en utilisant un titre  et un univers populaire quoiqu’un peu oublié aujourd’hui, bâtit uniquement pour la 3D comme un roller coster d’effets numériques, ce qui il est accessoirement également. Sauf que Valérian compte réellement dans l’imaginaire du réalisateur, la bédé a fait rêver son adolescence comme elle a fait rêver la mienne et ça se voit. A l’instar d’un Guerre des Etoiles, qui s’est inspiré du vaisseau de Valérian pour la forme du Millenium Condor, la bande dessinée avait le don de vous plonger dans un univers complet et totalement exotique, où tout semblait plausible, où le cosmos devenait une sorte de vaste western riches de milles aventures avec deux héros à la fois insolent et sexy. Là-dessus hélas on ne peut pas vraiment dire que Clara Delvingne rende justice à la Laureline de la bédé qui s’orientait plutôt du côté d’une Barbarella, machin érotique et aventurier que d’une féministe 2.0. Pas plus que Dane DeHaan rend justice au personnage principal avec sa tête de fumeur de bédo frappé d’une extinction de voix. Prendre les intonations de Stallone ne va pas changer grand-chose au fait qu’en dépit de ses 31 ans l’acteur a l’air d’un gamin. D’ailleurs le Valérian de la BD se rapproche plus d’un Han Solo en uniforme que de l’adolescent épuisant de l’écran. La vertu du Valérian de papier était également d’employer dans sa narration autant que dans son découpage un langage cinématographique qui faisait oublier quasiment la présence des cases comme une aventure racontée par un long plan séquence. Et c’est exactement ce que parvient à traduire Besson avec son film. Tant dans la construction du scénario que dans la continuité des plans et de l’emboitement, l’enchâssement des histoires et des univers, il nous entraine dans une sorte de faux plan séquence dont le point de départ et la fin raconte la conquête spatiale comme forme d’espoir à l’humanité, issue vers un avenir meilleur. Et ici ce n’est pas tant que Besson est un grand naïf que la bédé a été initiée dans l’universalisme des années 70. Pour autant, un universalisme qui n’est pas sans poser de problème, puisque l’expansion sans limite de l’empire des mille planètes, ce conglomérats de races et de civilisations symbolisé par la station spatiale Alpha, fini d’anéantir une civilisation tout entière. Or on s’interroge sur cette civilisation qui a certains égards évoque les géants de la Planète Sauvage, film d’animation français de 73, poétique et cruel de René Laloux. Vécu comme pacifique et écolo rose-bonbon on comprend une catastrophe sans savoir si l’on nous parle d’avenir ou de passé, sans savoir qu’elle est en réalité lié à l’expansion d’Alpha et à son contrôle par l’humanité. Alors qu’au contraire la station et toutes les merveilles qu’elle induit, l’extraordinaire bond technologique, comme un corps organique en perpétuel prolifération, nous est raconté à façon de propagande sur l’air de Space Odity, comme un récit sans heurt où spontanément toutes les races de l’univers en vienne à se donner la main sans heurt mais non plus sans autre raison que l’universalisme bon enfant. De facto, puisque l’on suit les héros dans leurs aventures policières, le danger, ici vécu comme des terroristes face à une armée comme agent du bien s’inverse bientôt sous l’influence de nos deux héros qui finissent par prendre fait et cause pour leur ennemi. Au contraire de la Guerre des Etoiles où les rôles étaient bien délimités entre rebelles et forces impériales, entre bien et mal, la rébellion ici est d’abord vécue comme le mal avant que l’ordre et les protecteurs du bien apparaissent comme des fauteurs de trouble. C’est un message qui pouvait faire écho dans le contexte des années 70 et de la Guerre du Vietnam mais qui prend à nouveau une nouvelle mesure dans celui d’une armée américaine toute puissante, dictant sa conduite au monde et se révélant en réalité initiateur de la plus part des conflits planétaires. Et pour Besson c’est un une intention assez rare, celle de parler politique, pour être noté. Alors non je ne dis pas que Besson a fait un brulot contestataire mais pour une fois il a mis autre chose dans son film que le point de vue d’un ado autiste.

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Si on échappe pas hélas à quelques plans purement empruntés au jeu vidéo et qui promettent des applications vidéo ludiques dans un avenir sans doute proche, ni à des formes de mise ne valeur de la 3D ordinaire, avec objet et décor plongeant sur le spectateur, Besson se réserve le droit de jouer autant avec les codes encore neuf de la réalité augmenté, compliquant à loisir sa narration de sorte que la part de réel et d’irréel au sein même d’un monde purement virtuel se noie comme avec les personnages du Congrès (je pense ici à la course poursuite dans le marché au début) donnant un point de vue assez personnel sur un avenir de faux-semblants, et c’est précisément ce qui frappe avec ce film. Pour la première fois de sa carrière Besson fait un film personnel. Un film non pas qui projette un moi de fiction dans des héros pouvant lui ressembler, mais un point de vue tant de cinéaste que d’homme autant sur une œuvre de bande dessinée que sur sa vision disons adolescente du monde. Il en fait constamment déclaration et on ne peut plus croire à ce stade à de la démagogie, Besson est un ardent partisan du vivre ensemble et de la diversité. Quitte à contrarié la France des vieux et des existences bien rangée devant le poste ou Libé, il revendique son publique populaire et jeune, comme il revendique, loue et utilise la créativité et l’énergie de ce même public. Les jeunes des quartiers populaires. Car il ne faut pas oublier que Besson avec Europa Corp est également un des seuls cinéastes et producteur en France à faire travailler autant de jeunes techniciens, à embaucher autant de nouveaux talents. Et peu importe sur ce qu’on pourra dire sur les Yamakazi, le Parkour et autre acrobates et cascadeurs que Besson a utilisé au cours de ses productions, c’est autant de professionnels qui peuvent travailler aujourd’hui à l’international. En somme la station Alpha c’est la Cité du Cinéma à Saint Denis, des studios et une maison de production qu’il tente de conserver coûte que coûte et notamment contre la gourmandise de l’état. On oubliera pas comment il avait insisté pour pouvoir travailler son Valérian en France. Dans ce même pays où ses demandes de crédits d’impôts avaient fait plus grincer que les détournements de Fillon.

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Ainsi si la plus part des cinéastes donnent le meilleur d’eux-mêmes au début de leur carrière, Besson semble nous montrer pour la première fois avec ce film une part réel et personnel de lui, sa part non plus de simple faiseur, d’autiste se réfugiant derrière des canevas et des effets simplistes, mais d’auteur. Un auteur qu’on pouvait déceler dans sa direction d’acteur, car Besson est un réalisateur qui comprends ses acteurs et l’image qu’ils représentent, dégagent, mais qui jusqu’ici semblait avoir relégué sa propre sensibilité à une moindre mesure, traitant lui-même le cinéma de « petite chose ». Il oppose donc par l’image à son voyage quasi psychédélique, des plans tout à fait graphique et parfaitement cadré qui pose la narration un instant. Je pense ici notamment au défilé avec Clara Delvingne sous son immense chapeau ou à l’extraordinaire numéro de Rihanna filmé comme un numéro de cabaret à la façon du Moulin Rouge de Baz Luhrman. Et même des plans par endroit appuyant sur la cruauté puisque toujours dans une décalque de notre monde, Besson aborde la question de la torture. Et ce qu’il montre est étonnement cru finalement pour une production de ce genre et un film de Luc Besson. Bref après le déplorable Lucy, écrit sur un bout de papier par un troll qui regarde trop Youtube, et véhicule à star en mode grosse tête, Besson a peut-être réalisé son premier film de cinéaste adulte. Un film sincère et généreux comme une plage de la bédé de Mézière et Christin. Un film certes imparfait, victimes autant des excès d’acné de son auteur que des contraintes imposés par la narration en 3D mais qui marque à mon sens, un tournant dans la carrière de son auteur. En espérant qu’il poursuive dans ce sens.

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My name is Lenny, wild thing

Il existe au Royaume Uni une tradition des faubourgs, ignorés des faubourgs européens, celle des combats à main nue. Une tradition très populaire dans l’east end pour des combats illégaux où beaucoup d’argent est échangé. Un sport dans lequel Lenny The Guv’nor Mc Lean excella durant toute sa carrière, défendant son titre de Gouverneur durant 20 ans et jusqu’à sa mort, au terme d’un nombre incalculable de combats (4000 selon lui) et de pains dans la gueule. Des pains qu’il a commencé à prendre dès l’enfance soumis à la violence d’un beau-père abusif et alcoolique. Une violence qui a fabriqué cette rage qui se lit sur son visage, ses grimaces, ses tics. Lenny Mc Lean était une bête sauvage que vous avez pourtant pu voir dans Arnaque Crime et Botanique alors qu’il entamait une seconde carrière dans le cinéma. Car il n’était pas que ça, et à vrai dire un homme tout à fait en souffrance. En souffrance de sa propre violence, de sa propre rage.

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Réalisé par Ron Scapello, My name is Lenny évoque sans conteste autant l’histoire de Charles Bronson, tel que relaté par Refn dans le film éponyme que Chopper, le film d’Andrew Dominik sur le gangster australien Mark Brandon Read. Des hommes issus de milieu populaire, nés et vivant dans la violence, prisonniers de celle-ci, et ayant pourtant bâtit leur vie, et leur gloire ce qu’ils sont, sur cette seule violence qui les détruit de l’intérieur. Bronson qui se revendique le prisonnier le plus violent d’Angleterre vit en confinement complet 24h sur 24, totalement isolé. Mc Lean devient fou et détruit tout au bout de ses poings, tourmentés par le souvenir de ce beau-père sadique, ce beau-père qui en quelque sorte l’a fait, à fait de lui cette machine à frapper. Mais si Bronson s’échappe de cette souffrance par le moyen de l’art, de la peinture, du dessin, des poèmes, Lenny Mc Lean ne connait qu’un moyen pour s’élever, se battre et devenir le nouveau Gouverneur de l’East End. Nous sommes en 1977, et la vie de Mc Lean va peu à peu basculer, le conduire en quelque sorte sur le chemin de la rédemption. Une rédemption par la violence.

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Il y a un autre film auquel on pense en suivant le parcours de ce prolétaire à poing nu, c’est au Bagarreur de Walter Hill, quand pour survivre à la Grande Dépression Charles Bronson se livrait à ce même genre de sport. Mais si Hill retenait la dimension épique des combats, Scapello nous montre une violence sale, douloureuse, une violence des corps meurtris, du sang sur les draps après que le combattant se soit effondré sur son lit ivre d’alcool et de coups. Aucune glamourisation ici, Lenny Mc Lean est un écorché vif au sens figuré et propre du terme la plus part du temps. Une cocotte-minute que seuls trois personne savent à peu près calmer, ses deux cousins et surtout sa femme, l’amour de sa vie. Ce qui ne l’empêchera pas de finalement littéralement arracher la gorge d’un de ses cousins. Un summum de rage, de fureur incontrôlée qui accessoirement le fera basculer dans une forme de raison. Mc Lean cessera de boire, s’entrainera sérieusement, reprendra sa vie en main et malgré une blessure qui aurait pu l’handicaper à vie, deviendra ce Gouverneur qu’il rêvait tant de devenir, la revanche sur son enfance. Difficile également de ne pas évoquer le Stanley Kubrick d’Orange Mécanique, non pas dans le récit de cette rage mais la façon de filmer, les décors improbables des appartements des années 70, des angles de caméra anxiogène où le visage déformé de la fureur remplit tout l’écran de sa menace. Et les rêves, souvenirs, hallucinations qui traversent ce visage comme abruti, ce regard qui semble osciller entre la débilité quand il est seul et la folie homicide quand on le provoque. Ce visage d’un homme brut, d’un seul bloc, tant physiquement que moralement dont seule une femme sait la faille. Sous ses dehors sauvage, arrogant, uber macho, sous son allure de paquet de muscle fabriqué uniquement de couilles d’adrénaline et de testostérone, apparait un homme complexe, presque fragile, pour qui se battre est plus encore qu’une revanche sur sa vie, son enfance, mais une grammaire, un moyen d’expression, de libération, d’affranchissement. C’est, dans une manière moins hollywoodienne l’histoire de Rocky Balboa chez les prolo de l’east end londonien. Avec cette même souffrance immanquablement rattaché moins au monde de la boxe qu’à celui de cette guerre permanente, tant physique qu’intime qu’endurent en réalité les boxeurs, et tous ceux qui montent un jour sur un ring ou dans une cage pour s’éprouver. Et il s’agit moins ici de masochisme, de désir de douleur que de nécessité. La douleur vécue comme une astreinte nécessaire à la liberté.

Ce n’est pas simple d’incarner ce genre de personnage. A la fois complexe, introverti, limité, écorché vif, et ultra violent, fou furieux, arrogant, capable de switcher d’une humeur à l’autre en une fraction de seconde, prenant les coups et les rendant comme une épousailles, un bonheur tout personnel, le tout rugit avec une voix rauque saturée de testostérone. Il fallait un acteur solide et on peut dire que sur ce sujet Josh Helman, habituel second couteau des grosses productions pleines de fric qu’on a pu voir autant dans Mad Max Fury road dans le rôle d’un des pilotes fou que dans Jack Reacher, fait un boulot absolument remarquable. Un boulot remarquable soutenu par un réalisateur amoureux et respectueux de son sujet. Au-delà même du Guv’nor c’est l’enfance massacrée que Scapello raconte, les ravages de la violence et du sadisme sur un gamin, le traumatisme d’un homme qui tente par tous les moyens d’y survivre, de se survivre. De survivre à cette marque au fer rouge qui ne cessa jamais de le brûler à vif.

 

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(Le vrai Lenny Guv’nor Mc Lean)

Logan Lucky

Jimmy Logan est un petit gars de Virginie, ancienne gloire du foot divorcé, qui s’occupe de sa gamine cahin-caha. Il n’a pas d’argent et à cause d’une blessure au genou non déclaré il perd son boulot. Son boulot et son ex menace de déménager dans l’état voisin, Jimmy n’est pas d’accord à cause de leur fille mais il n’a pas non plus d’argent pour son avocat. Alors Jimmy va trouver une solution. Il a un frère et une sœur. Elle est coiffeuse, lui est barman et manchot. Il a fait deux tours en Irak, perdu une main. La patte folle de son frère, sa main, pour lui leur famille est maudite. Mais Jimmy a donc une idée, braquer le Nasdac, il sait comment et avec qui. Il n’y a qu’une personne qui peut l’aider à faire sauter le coffre, Joe Bang, lui-même détenu. Mais c’est pas grave, pour ça aussi il a déjà un plan. Joe Bang accepte à condition que ses deux branquignols de frères soient de la partie. Les pieds nickelés s’en vont faire le casse du siècle.

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Avec sa minutie habituelle Steven Soderbergh a composé un film de braquage comme une sorte d’Océan Eleven à la campagne, sans voleur professionnels, belle gueule, technologie, fric. Un film qui fait immédiatement penser par sa caractérisation, ses personnages, au cinéma des frères Cohen. Mais sans la cruauté, sans la méchanceté qu’on peut retrouver dans leur univers. On a à faire à des bras cassés auxquels on ne donne pas une seule chance de réussite mais ce sont des gentils, tous un peu branques, tous paumés à leur façon. D’ailleurs même leur entourage a l’air un peu paumé. L’ex qui n’a pas bien l’air de savoir comment on éduque une enfant, remariée à un crétin qui drague la sœur de Jimmy, à l’exception de celle-ci et de la petite fille, la tête bien sur les épaules et qui adore son père, tout le monde dérive un peu. Oui on ne parierait rien sur eux. Joe Bang a l’air aussi frappé que son nom le laisse entendre, ses frères sont des pécores du fin fond de la Virginie pas bien éveillés qui veulent des raisons morales pour faire ce coup, et les Logan ne sont pas mieux loti. Tout ça causant avec un fort accent de brave gars du fin fond du pays. Ceux que le cinéma américain adore soit dépeindre comme des monstres tarés soit comme des tarés marrant comme les Cohen dans O’Brother. Ceux-là ne sont pas tarés, ils sont juste décalés avec le monde, et surtout Jimmy qui laisse si souvent couler sauf quand on emmerde son frère, ne donne jamais l’air de rien, a en réalité un plan minuté comme une horloge et que le réalisateur nous révèle sans effet d’outrance, de split screen pour bien nous faire comprendre le mécanisme, mais juste avec ce qu’il faut d’humour, tout en jouant systématiquement avec le spectateur sur la résolution de chaque problème et le moment où on se dit que ça va merder, que ce n’est pas possible qu’ils soient aussi foireux.. Et en toute fin, alors qu’ils ont pris tous les risques, Jimmy décide de rendre l’argent. Pourquoi ? Je vous le laisse le découvrir.

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Ce genre de film ne fonctionne qu’à condition de réunir trois types de talent, un bon monteur, un dialoguiste qui sait ciseler ses réparties et surtout un collège d’acteurs qui sauront jouer la partition qui leur est donné sans faire de leur personnage des caricatures. A ce jeu on sent pourtant que Daniel Craig s’en donne à cœur joie dans le rôle de Joe Bang. Avec sa coiffure peroxydée, ses tatouages, son accent à couper au couteau et son uniforme de taulard directement sorti d’une bande dessinée, on sent que l’acteur s’est fait plaisir à s’éclater à deux milles kilomètres du rôle de Bond, et même à son compte, se laisser diriger à contre emplois, lui qui a si souvent oscillé entre le drame et le pur film d’exploitation, montre une facette de sa personne qui colle parfaitement avec l’univers du film. Autre découverte en ce qui me concerne, Adam Driver dans le rôle du frère amputé. Autant dans le rôle qu’il occupe dans Star War il ressemble à un ado qui pique sa crise, autant dans ce film il compose un personnage lunaire, un peu sentencieux et brave qui avec une économie de parole et de geste sait rendre parfaitement drôle une situation et son personnage. Comme quoi les acteurs dépendent souvent de ceux qui les dirigent. Enfin Hilary Swank en agent du FBI perspicace, carnassière et tenace, qui trouve sa place vers le dernier quart d’heure et en quelques scènes devient un personnage à la fois central et périphérique. On sent chez Soderbergh un amour pour sa bande de bras cassés mais après tout il a passé son adolescence en Virginie, sa jeunesse dans cette partie que l’Amérique moque tant. Il garde une certaine ironie et une distance sur ces personnages mais c’est leurs qualités, leur simplicité franche qu’il met en avant et jamais pour les ridiculiser, ils sont tel qu’ils sont et cet univers n’est pas menacé, comme chez les Cohen, par l’entité du mal. Un film frais, drôle, découpé au millimètre, il y avait longtemps qu’on avait pas vu ça au cinéma.