Deux coups de foudre sinon rien.

Dans ma vie j’ai eu la « chance » de vivre deux coups de foudre. Mon premier coup de foudre était de l’ordre du pur désir. Une fille belle à tomber, métisse, qui travaillait dans mon agence, une stagiaire. Ca été un rendez-vous raté parce que malgré nos tentatives mutuelles de rapprochement on était pas sur la même phase, pour elle j’étais juste un mec sympa et mignon qu’elle aurait peut-être laissé rentrer dans sa vie, pour moi elle était subjuguante de beauté et ça m’a totalement paralysé. Les coups de foudre me paralysent, c’est comme ça. Aujourd’hui elle a une fille, de temps à autre je vais va voir sa page Facebook, elle est toujours aussi belle, mais le charme est rompu entre nous. Le second compte pour moi bien plus. J’étais réceptionniste et SDF à l’époque, je me sentais comme une merde et je n’avais selon moi rien à offrir à une femme. Et puis arrive cette cliente. Pas mon type, filiforme, genre mannequin, blonde, les yeux bleus, les pommettes haute, la mâchoire dessinée, et en une seconde je suis comme le cobra devant la mangouste. Je ne pense plus, je suis en feu, je ne comprends rien à ce qu’elle me dit et je suis en même temps écrasé par le chagrin parce que je sais qu’elle n’est pas seule. Et je l’aime, infiniment et sans aucune raison objective, c’est la chimie, ma bipolarité, je ne sais pas mais c’est é-nor-me. Durant trois jours je suis obsédé par cette fille qui est adorable avec moi, elle vient à la réception tout sourire, elle veut sympathiser et chacun de ses sourires me fait un mal fou, elle me transperce le cœur et elle ne le sait même pas. Au point où elle fini par prendre ombrage de mon attitude. Moi je n’en peux plus, le troisième jour, la veille de mon congé hebdomadaire je lui déclare ma flamme. Un court message, que je ne signe pas, juste « le réceptionniste ».Parce que j’ai été incapable de comprendre le sien, que je lui en veux de me dévorer comme ça qu’elle me prend déjà tout, je ne veux pas lui donner mon nom, il me restera quoi si elle me rit au nez cette sublime là ? Mais en fait c’est un choc pour elle, je la vois qui lit mon message, plaque sa main sur son visage et file ventre à terre du hall extérieur. Je ne penses pas, plus, je m’en vais, j’ai fait ce qu’il fallait, il fallait que je lui dise même si c’est sans espoir. Je reviens de mon congé et là mon collègue me file un disque de sa part. Jeff Buckley, l’album Grace plus une chanson. J’écoute le disque en boucle pendant trois semaines, totalement obsédé par elle mais je n’écoute pas les paroles, pour moi c’est juste des jolies chansons, je m’en fout c’est juste son souvenir qui reste. Je suis en feu pendant ces trois semaines. Ma touriste ne reviendra pas, jamais. Au bout de trois semaines, je dis stop, et j’oublie ce disque. Et puis deux ans plus tard je le réécoute par hasard et tout me saute à la gueule et je pleure comme un bébé, je décompense, je délire, je lui parle dans ma tête et elle me répond, et dans ma fièvre je pars à Londres à sa recherche. Je ne sais rien d’elle, ni si elle est anglaise (elle en avait l’accent) ni son nom réellement parce que je l’ai écrit n’importe comment. Je m’inscris sur Facebook à sa recherche, mais évidemment c’est impossible. Tout est impossible ici. Pourtant en pensant à elle, « grâce » à elle je me sors seul d’une bouffée délirante, et je reviens en France. Je tombe amoureux d’une fille sur FB, ne lui raconte pas ce coup de foudre ni rien, et à personne en fait. Je déménage pour cette fille…et le temps passe. Récemment j’ai fait une nouvelle décompensation, elle arrive dans mes bouffées délirantes, elle me parle, et chaque fois que c’est sa « figure » qui apparaît chez moi, ça calme mon délire, mais je fini quand même à l’hosto et « grâce » à elle sans gravité. Je suis amoureux, encore et toujours de cette fille. Je suis à l’hôpital, j’écoute ses chansons et soudain je comprends l’essence même de sa réponse. C’est une déclaration d’amour désespérée et mature d’une fille qui sait que c’est sans espoir, tout comme moi. Ca me retourne l’esprit, je suis touché en plein cœur, et voilà où j’en suis, à gérer un coup de foudre 12 ans après sa réalisation. Amoureux d’un souvenir, et le pire c’est qu’il me suffit d’un rien pour me souvenir de son visage, de l’expression qu’elle a eu quand je lui ai dit qu’elle avait un message, ce qu’elle portait ce dernier soir et le premier jour, le bleu de ses yeux, la forme de son visage, ses traits, son sourire, sa démarche, ses hanches, et chaque fois ça me déchire. C’est sans espoir et je le sais, et j’ai la haine de ça. La haine de tout ça. De mettre vu comme une merde quand on s’est croisé, de ne pas m’être déclaré plus tôt et surtout de ne pas lui avoir laissé mon nom, ce qu’elle a dû trouver à la fois fabuleusement romantique et totalement désespérant comme moi, puisque je l’étais, désespéré. Et je le suis assez encore pour « envisager » le suicide parce que je ne la connaîtrais (je précise pour les inquiets que ce n’est qu’une évocation, si j’étais sérieux je ne vous en parlerais jamais, et à personne) jamais plus que cet échange bref qui a duré trois jours et que je peux résumer en cinq images, les deux fois où elle est venue à la réception avec son sourire de fille gentille et respectueuse qui voulait sympathiser avec moi, son arrivée, son départ, sa fuite… Je lui écrivais depuis une dizaine de jours, en anglais, à l’hôpital je priais comme quand j’étais gosse alors que je ne crois plus en dieu, mais ça ne sert à rien à part me faire mal. Je lui ai écrit une bouteille à la mer en anglais, je sais que c’est sans espoir et c’est le plus terrible à vivre, me dire que de ma vie je ne la reverrais jamais plus cette âme sœur. Je parle donc de suicide mais c’est seulement pour situer juste le point de mon désespoir actuel, il est sérieux mais c’était il y a 12 ans, et en 12 ans il s’en passe des choses. Elle est peut-être maman aujourd’hui, elle doit avoir la trentaine dépassée, je l’imagine en vie et bien portante, j’en ai même l’intime conviction mais qu’est-ce que j’en sais au fond. Je ne sais rien d’elle et je dois me débattre avec son fantôme dans ma tête. Je suis impuissant et c’est le sentiment le plus détestable à mes yeux, n’avoir aucune prise, aucun pouvoir sur ce qu’elle me fait et m’a fait. Et les autres filles ? Désolé mais quand t’as connu ça les autres sont des amuses gueules. Oh oui je suis tombé amoureux, mais jamais plus aussi intensément, violemment, et jamais plus je ne veux revivre ça, du moins dans ces conditions, la vie est dégueulasse… Alors je m’oblige à avancer, de toute les manières qui soit, en me poussant au cul, c’est dur mais je n’ai pas le choix et merde je suis un vieux guerrier au fond, je peux me sortir de ça. J’ai eu un RV avec un psy aujourd’hui, il a pas bien tout pigé mais c’est pas important, personne ne peut le piger, personne n’a vécu cet instant qu’on a vécu l’un comme l’autre, et je suis convaincu qu’elle n’en a parlé à personne, que c’est une secrète et que ça lui a fait assez mal pour qu’elle aussi elle se souvienne de moi aujourd’hui. J’écris tout ça pour rationaliser pas pour le revivre une énième fois, mais c’est certain cette femme que j’appelle Kay Seek (c’est ce que j’ai compris quand elle m’a donné son nom mais que j’ai orthographié n’importe comment) a marqué ma vie au fer rouge. En attendant elle manquera pour toujours à ma vie, On est le 18 avril, je vais mettre lentement fin à cette agonie de moi-même, supprimer les chansons de mon MP3, ou les laisser jusqu’à ce que je m’en lasse, je ne sais pas encore, vu comment elle arrive à me faire mal à 12 ans d’écart, comme si elle, personnellement, ne voulait pas que je l’oublie, l’anesthésie par la répétition devrait mieux fonctionner que la rupture brutale. Je vais laisser le temps faire, si possible, il est important que je l’oublie (ce qui est impossible évidemment mais disons un oubli sélectif) que je ne cristallise pas sur son souvenir et surtout que je laisse de la place pour une ou des autres. Je plais aux filles après tout, c’est pas un constat fort surprenant pour moi, hélas je suis comme elles je suis amoureux de l’amour et ça me pénalise. Je verrais bien avec le temps, ici sont les derniers soubresauts d’un amour perdu, la seule satisfaction que je peux tirer de ce qui m’arrive en ce moment c’est que c’est la dernière fois qu’elle me déchire le cœur. J’ai fait le tour de la question, oui elle a été amoureuse cette nuit là et de moi, oui elle savait que c’était sans espoir, comme moi, oui c’est mon âme sœur je n’en doute pas plus que les chansons laissent penser le contraire (même si elles ont été écrite par un autre, elle n’a pas choisi cet album par hasard, qui devait être un de ses favoris) et elle doit aussi penser à moi en écoutant Grace, peut-être encore aujourd’hui. Mais la vie est une putain qui donne des bribes et vous laisse sur le chemin exsangue et sans réponse ou presque, la seule fin que cette affaire peut avoir interviendra quand je serais trop vieux pour y prêter attention, ou trop mort. Une dernière précision, je n’ai absolument pas l’habitude de me confier de la sorte sur des sujets aussi intimes, je publie ce texte pour le sortir de moi, et exorciser un souvenir, c’est parfaitement impudique, j’en ai conscience et je ne vous demande pas votre avis sur la question. Mais si un jour une chose pareille vous arrive, ne faites pas comme moi, prenez tous les risques, signez de votre nom et advienne que pourra. Croyez en cette expérience agir comme je l’ai fait, même si sur le moment je ne me sentais pas avoir le choix, est la dernière des bêtises. Alors si ça peut servir…. eh bien tant mieux. la vie est courte et fragile, elle peut être magnifique aussi, mais faut pas refuser ses cadeaux, ou elle ne vous en fera aucun. Et bonne chance à vous si ça vous arrive…

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La nuit du chien 18

Surgit un autre adjoint.

–       Chef, on a deux morts en bas, qu’est-ce qu’on fait ?

–       Des gars de chez nous ?

–       Oui, un Frank Ryder.

–       Il travaillait pas chez Diaz lui ? Demanda Lee.

–       Si, il l’a viré, soi-disant il piquait dans la caisse, répondit l’autre d’un air entendu. Lee eu d’ailleurs l’air de comprendre.

–       Okay et l’autre ? S’impatienta Parker.

–       L’autre je crois qu’il est de chez eux.

–       Vous croyez ?

–       Bah ouais, c’est un mexicain, pour ce que j’en sais y se ressemblent tous.

–       D’accord, d’accord, et il est où ?

Il fit signe vers le nord.

–       Par là-bas.

A savoir d’où on les tirait, il soupira, ce n’était pas facile de travailler avec des buses.

–       Des blessés ?

L’autre fit signe trois, deux graves, bon Dieu ! Il fallait absolument qu’Alpine leur envoi des secours de toute urgence.

–       Hey on va crever là-dedans ! Beugla l’étranger alors que les autres s’arrachaient toujours les poumons.

Toute la fumée des bureaux s’était accumulé dans les cellules, il les fit évacuer et transférer dans les cellules du bas. Mais l’étranger avait apparemment son mot à dire.

–       C’est pas une bonne idée chef, la prochaine fois ils viendront avec des explosifs.

–       Qu’est-ce que ça peut te foutre, s’ils les libèrent, ils te libèrent, railla Carson.

L’autre lui jeta un coup d’œil de biais, il avait entendu comme lui les menaces des mexicains. Il se tourna vers Parker, yeux dans les yeux.

–       J’ai pas plus intérêt que vous à ce qu’on les libère, filez moi une arme, croyez moi je vous serais utile.

Parker l’avait vu désarmer un homme comme s’il faisait ça tous les jours, il le croyait sur parole. Il fit signe à Carson qu’on lui confie un fusil. Ce dernier grimaça mais en la circonstance…

–       Vous faites confiance à un muslim vous les mecs ? Vous avez pas peur ! Ricana Enrique.

–       Fermes ta gueule  toi et avances, lui intima Lee en le poussant vers les escaliers.

Le feu avait noirci la façade, sans plus et rendu inutilisable le bureau des gardiens. Ca fumait et ça puait le bois brûlé, la moquette avait fondu par endroit, le portrait du fondateur gisait dans son cadre brisé, troué de deux impacts, du verre partout. Parker se sentait déprimé. Tout s’était enchaîné si vite sans qu’il ne puisse rien faire, et on en était déjà à quatre morts en trois jours. Il alla voir le cadavre du mexicain avec Carson et l’étranger. Le 13 tatoué sur la joue ne laissait pas beaucoup de doute sur son appartenance.

–       Putain de cartel, cracha Carson.

–       C’est pas les cartels, fit l’étranger. C’est la Mara.

–       La Mara ? Demanda Parker.

–       Mara Salvatrucha, MS13, salvadorien, mais ils travaillent avec les mexicains.

–       Et alors ça change quoi ? S’agaça Carson qui ne voyait pas l’intérêt de ces précisions.

–       Les Maras ont des années de guerre civile derrière eux, ils sont entrainés à la guérilla et ils ont la réputation d’être un des gangs les plus violents des deux Amériques.

–       Ils ont tous cette réputation, bougonna Carson

–       C’est vrai, mais ceux là…

–       Comment vous savez tout ça ? Demanda Parker qui ne s’était jamais intéressé plus à la question qu’à la une de son journal.

–       Quand une armée commence à manquer de volontaire et que les recruteurs sont sous pression, on signe un peu n’importe qui.

–       Vous étiez dans l’armée ?

Sam fit signe que oui.

–       Quel régiment ? Questionna Carson toujours soupçonneux sur ce sujet.

–       Rien de respectable.

Il souriait mais difficile de dire si c’était complètement ou non une blague.

–       Ca j’en doute pas, grommela Carson en s’éloignant.

–       Vous étiez où ?

Sam haussa les épaules.

–       ¨Partout où ça craignait.

Il n’en dirait visiblement pas plus et il en savait déjà assez comme ça pour son goût.

–       J’ai une artère fémorale touchée et un poumon perforé, il faut qu’on les transporte à l’hôpital ou ils ne passeront pas la nuit.

Dalton avait fait transporter les blessés dans la salle du conseil de la mairie. Les avant-bras et la chemise couverts de sang, il n’aurait pas dépareillé dans un bloc opératoire de la guerre de sécession.

–       On ne peut pas laisser l’ambulance y aller seul, ils sont capables de l’attaquer, conseilla Sam.

–       Pourquoi faire ? Ils sont hors d’état de nuire, demanda le médecin.

–       La première chose que vous voudrez tous faire c’est leur porter secours, ils vous tireront comme des lapins.

L’idée répugnait Dalton et qu’on puisse imaginer une telle chose encore plus.

–       Comment vous savez ça vous ?

–       Parce que c’est ce que je ferais.

L’argument convaincu le shérif, ils n’iraient nulle part sans une escorte, et avec un peu de chance on pourrait convaincre la police d’état ou celle d’Alpine de venir en renfort. Carson choisi trois gars dont Lee, ils accompagneraient le doc dans le pick-up de ce dernier, départ dans la demie heure, le temps qu’on aménage l’ambulance. Le reste de la nuit se passa sans incident notable. On tira bien sur des ombres, on tua un ou deux cactus. Les bars étaient fermés, les ivrognes se terraient chez eux en maudissant le shérif et le Mexique tout entier, Baker se sentait en sursis et tout le monde se demandait ce que leur réservait le lendemain.

 

Il avait dormi trois heures, réveillé par la fièvre d’une chaleur laiteuse et l’odeur du café brûlé, la moiteur froide de sa chemise. L’étranger se tenait dans l’encadrement de la porte qui l’observait en sirotant sa tasse écaillée.

–       Vous dormirez mieux quand ils seront partis, promit-il.

–       Pourquoi j’ai l’impression que ça sera aussi le dernier jour de ma vie ?

Il ne répondit rien, non pas qu’il ne pensait pas la même chose que ce n‘était pas la peine de remuer le couteau dans la plaie. Parker se frotta le visage comme s’il était au-dessus d’un baquet d’eau.

–       Combien ils sont d’après vous ?

–       Je dirais quatre, cinq avec celui qu’on a eu. Et quelqu’un les renseigne.

–       Quelqu’un ? Comment ça ?

–       C’est pas des types d’ici et ils savaient où se trouve le relais, quelqu’un les renseigne.

–       Laro.

–       Qui c’est ?

–       Un dealer d’ici. Une petite frappe.

–       Si on lui met la main dessus, on met la main sur le chef d’équipe.

–       C’est bien le problème, il peut être n’importe où entre ici et Hamon. Où est Carson ?

–       Il est retourné à la prison.

Parker se leva et alla se chercher un café, il bu une gorgée.

–       Je suppose que je n’aurais pas d’explication sur ce que vous faites ici.

–       Je suis de passage.

–       Pourquoi j’ai l’impression que vous êtes en fuite ?

–       Parce que vous êtes flic et que vous êtes parano.

Le téléphone se mit à sonner comme si quelqu’un quelque part savait aussi pile poil quand il se réveillerait. D’abord celui du bureau, ensuite son portable. Il répondit au second et fit signe à Sam de prendre l’autre. C’était Hughsum, furieux comme à son habitude depuis deux jours. Il ne lui avait pas dit que le relais avait été saboté, que c’était irréparable avant des semaines, comment le commerce allait tourner dans ces cas là ? Parker soupira.

–       D’une je vous l’ai dit, de deux…

Mais il ne termina pas sa phrase, Sam se jetant sur lui comme un quater back à un match de saison, juste avant que la vitre n’éclate. Le premier impact fit un trou gros comme le poing dans le mur. Le second explosa le téléphone sur le bureau de Louise, le troisième vaporisa la chaise de bureau où il se trouvait cinq secondes auparavant. Puis plus rien. Trois balles de gros calibre et le silence. Parker, couché sous Sam, n’osait rien dire, pas faire un mouvement. Ce dernier sentait sa peur contre sa peau, et puis ils entendirent des coups de feu au loin et Sam dit :

–       On dirait que la cavalerie est de votre côté chef.

Il se redressa et alla jusqu’à la fenêtre brisé. Monsieur Alvarez était sorti de sa boutique et le regardait ahuri, il lui fit signe de s’en aller quand les coups de feu cessèrent.

–       Qu’est-ce qui s’est passé ? Demanda le shérif en se levant, hagard.

–       J’ai juste entendu un mec dire « salut shérif » je savais que c’était eux.

–       Comment vous le saviez ?

–       Parce que je suis pas le shérif… répondit Sam impassible avant de regarder l’impact énorme dans le mur. Ils ont tiré un peu au hasard, jugea-t-il. On a eu du bol, ils auraient fini par nous avoir avec ça.

–       Ca ?

–       Au pif, et parce qu’on est au Texas, je dirais un Barrett. Sniper lourd, précisa-t-il

–       Je sais ce que c’est qu’un Barrett, s’agaça Parker. Il sorti du bureau et regarda vers les collines en se demandant qui pouvait bien être la cavalerie cette fois.

–       Ca va shérif ? demanda Harry, le barbier derrière lui qui le dévisageait comme s’il venait de sortir de la tombe.

–       Oui, oui, rentrez chez vous vite, et ne sortez plus !

–       Mais…

Cette fois il sorti de ses gonds, la peur s’était mué en colère.

–       Mais quoi !? Vous voyez pas qu’on est en guerre !

On eut dit que leur cher président venait de leur annoncer un conflit atomique avec le Mexique., ils s’enfuirent presque en hurlant, Parker retourna à l’intérieur chercher ses affaires, excédé.

–       Venez avec moi, ordonna-t-il alors que Sam attrapait déjà son arme.

Sam estimait son tir à environ six cent mètres depuis un endroit élevé, Parker savait où. La poussière retombait tout autour d’eux quand ils aperçurent le cadavre décapité dans l’herbe rase au pied des chevalets, un M85 Barrett couché à ses côté. Ecrasé plus que décapité en fait, comme si la balle avait broyé son crâne avant de l’éparpiller. Sam avait déjà vu ce genre de blessure mais il ne fit aucune remarque, il se demandait juste qui pouvait utiliser des balles anti blindage par ici, et surtout pourquoi faire ? Sacré texan…

Cocaïne II, la Puta y su Hijo

MP5K noir métal, lunette de tir infra, cagoule, moulée noir qui avance à pas de chatte. MP5K à l’épaule, réducteur de son, objectif à deux heures, rafales de trois, un court pet sifflant dans le noir anglais. Trois pas de côté, glisse derrière l’arbre, attends son poignard de combat derrière la cuisse qui s’enfonce d’une traite dans la gorge qui vient et ressort sans un bruit, du sang chaud sur ses mains gantées et renforcées. Un genou à terre, les bras qui virevolte passant d’une arme à l’autre, fusil d’assaut M4, lunette de tir réflexe et silencieux à nouveau, une longue rafale, deux gardes fauchés. Une balle siffle à ses oreilles et troue le mur de la villa comme un beurre mou. 50 BMG, 964 mètres secondes, Barret M82A1, derrière le mur une tête se défragmente dans un bruit d’os et de viande.

–       Muchissima gracias mi amor, glisse-t-elle dans son micro de col.

–       De nada, je suis là pour ça bébé, répond une voix dans l’écouteur.

Elle entre dans la zone critique. Deux caméras croisées, une porte d’entrée latérale, verre blindé, à découvert, lumières. Des spots comme au cinéma ! Elle dégaine le M4 et élimine une caméra après l’autre tandis qu’une nouvelle ogive BGM bousille les phares connards comme à l’entrainement. Une balle trois cibles. Ca fait PRSHHHHBLANG ! et puis la nuit à nouveau. Grenade contre la porte vitrée. Le phosphore crache sa flamme blanche, elle s’engouffre dans des odeurs de soufre et de chlore, fait feu avec le MP5, roule sur elle même et tue le gars derrière. Cocaïne a le pouls bas, la respiration douce, l’âme glacée, dans son élément. Elle pivote dans le couloir de droite sur les instruction de sa compère. Au-dessus de la villa un drone high tech, vision thermique, Black derrière son pad et son Barret, fixés de sorte que ses yeux n’aient qu’à osciller.

–       Cible à trois heures.

Cocaïne met un genou à terre et attend que le type rentre dans son champ de vision. Le pistolet-mitrailleur tressaute, charge creuse, une sur trois, la cervelle arrose le mur derrière lui.

–       Cible à midi, accroupis.

Elle fait feu au raz du sol à travers la porte devant elle, dégage muy rapido. Un couloir, un autre, R.A.S. Black en profite pour se déplacer, une, deux, une deux, petite foulée dans la campagne nocturne, trente kilos sur le dos, quinze pour son seul fusil. La première a été dressée dans l’armée de Don Carlos, mexicana, la seconde dans les Rangers, gringa, elles se sont rencontrées dans un bar à fille de Miami. Flash immédiat, par ici salope t’es à moi. Elle a fait sauté le chambranle, coup d’épaule, roulé-boulé, personne, elle se faufile entre les meubles de luxe, du high profile direct de Suisse comme les comptes bancaires des proprios de la villa. Madame le sénateur avait apprécié le boulot précédent, madame le sénateur en avait assez de certaines affaires, certains réseaux qu’on ne traitait pas pour des raisons politiques, mafieuses, CIA, NSA, mercenaires du Pentagone, que sais-je, madame le sénateur était catholique fondamentaliste, elle haïssait le porno, les gouines, les pédés, les camés et leurs pourvoyeurs, les nègres, mais par-dessus tout elle vomissait toute cette compromission, elle était en croisade et rien à foutre de la sexualité de sa tueuse, elle faisait le boulot, elle. Cocaïne entend du bruit dans la pièce à côté, le cliquetis d’un brelage, la porte s’ouvre dans un souffle brûlant dispersant ses éclats à travers la pièce, une grenade paralysante roule au sol, Elle se plaque au sol, yeux fermés, mains sur les oreilles, l’engin éclate, elle roule sur elle-même, devine une silhouette à travers le flash de lumière, ses oreilles vrillent du sifflement suraigüe de l’engin, des balles s’éparpillent autour d’elle, elle dégaine le Sig Sauer à sa ceinture et tir au jugé les yeux en larmes tout en continuant de rouler sur elle-même, c’est B. qui lui a apprit ça, Black, sa B. Qu’elle entend au loin faire tonner l’obusier. Madre dios ils sont combien là-dedans ? Les projectiles font gicler le parquet, la silhouette tombe touché au pied, elle a la rage, elle flingue jusqu’à la fin du chargeur, quinze cartouche, se redresse, salon vide à côté puis des morts, et soudain :

–       Derrière toi !

Le drone ne l’a pas vu à cause de la déflagration et de la chaleur, sa silhouette qui se détache de derrière un canapé,  C. a juste le temps de se prendre sa masse sur le dos, aplati net, il lui plaque la nuque au sol et commence à la frapper dans le dos de toute ses forces. Cocaïne encaisse, réplique par un coup de coude ajusté à la jugulaire, et parvient à se dégager, elle a à peine le temps de redresser, il s’enfonce les épaules dans son ventre plat et dur, la rejette contre un mur comme si elle ne pesait rien, le mur la choque ce qu’il faut, il la débarrasse de son poignard et de son pistolet juste à temps, il a la trentaine, de l’entrainement, il est féroce. Son poing s’enfonce dans le mur, d’un cheveu de sa tête, il la bloque de tout son corps, un genou se dérobe et le frappe plusieurs fois dans les flottante sans le faire broncher, il essaye de lui écraser la trachée et il s’y prend rudement bien, alors elle sort un autre cadeau de Black qui fait clic en s’ouvrant sous l’annulaire. Trois centimètres d’acier effilé repliés sur un anneau de laiton, son spécial anti gros lourd comme dit B. Elle lui sillonne la gueule jusqu’à l’œil, lui fend le globe oculaire, il recule en hurlant, une fontaine de sang qui lui coule sur la joue, elle le repousse, pied dans l’estomac et assure une rafale du MP qui lui déchire la poitrine. Elle saute par-dessus le cadavre, entend des gémissements, des cris, ça vient de loin mais elle a du mal à se repérer avec les coups de feu qui ont sonné à ses oreilles et la fumée dans la pièce, alors elle avance rapido et s’enfonce dans une pièce sombre.  Un sellier avec une porte au fond fermée. Mais elle sait où elle conduit et elle n’a pas envie de voir ça, alors elle s’arrête et reprend son souffle.

–       Ca va chérie ? S’inquiète Black.

–       Laisse-moi deux secondes.

–       Ok.

 

Un contrat juteux, réseau pédo, cinquante mille par tête, cent mille pour la Puta, autant pour su Hijo. Personne ne savait leurs vrais noms, mais les autres on avait une liste, une longue. Du très juteux financièrement. Calibré parfait pour les deux filles. Cocaïne travaillait le plus souvent en solo et Black assurait le back up si nécessaire, mais ici les choses étaient différentes… B fait sauter son Barret de son épaule et d’un coup de hanche balance son M4 devant elle, feu, rafale de suppression, elle rentre dans le champ de tir. Elle court, mitraille à droite et à gauche, bientôt plus personne à tuer. Enfin… Elles n’en peuvent plus l’une et l’autre de tout le mal qu’elles ont vu, de la folie des adultes. Elles n’en peuvent plus de libérer des gosses martyrisés, des enfants et des adolescents violé(e)s, des gamins tabassés, souillés, humiliés par des parents tarés, et des dingues du sexe. Des pervers comme elles n’en avaient jamais tué. Et pour tuer, tuer efficacement, comme une vraie chasseresse il faut apprendre à penser comme la proie. A être elle. Ce n’était pas un rêve de penser en pervers pédophile, non. Black  est une coriace mais elle se souvient d’une scène de snuff trouvé dans un placard particulièrement éprouvante, une gamine violée et brûlée vive ensuite par le Hijo. Un taré pur jus, elle rêve de se le faire avant C. elle a peur que Cocaïne pète un plomb si elle voit une fois de trop ce cirque. C’est malsain à force d’être dans leur peau, de les savoir, de les sentir quand ils deviennent gluant, rampant avec les mômes…

Cocaïne se relève, petit soldat, vérifie ses chargeurs, recharge le pistolet mitrailleur, tant pis pour le Sig, pas le temps, elle pose une charge aimantée en bas et haut de la porte, double bang. Un tir accueille l’ouverture, grenade. La Sauterelle, c’est comme ça que les serbes l’appelle, elle éclate une fois, saute à un mètre vingt environs et la charge principale disperse ses aiguilles de shrapnel dans le bide du mitrailleur le coupant en deux dans un bruit violent et sec comme une claque dans la gueule géante et feu. Brouillard de gris, le sang comme une pointe de cuivre sous la langue, la fumée de la cordite et son odeur de poudre grasse et noire, elle descend des escaliers, une autre porte, blindé également, deux autres charges, un sas, puis une simple porte à verrous multiple derrière. Elle entend des cris, des gémissements, elle sait ce qui se passe là-dedans. Ils tournent encore !? Ils se foutent de sa gueule ou quoi !? Elle ne prend même pas la peine de poser sa dernière charge, elle démastique les serrures avec son pistolet-mitrailleur, une rafale et un coup de pied, ça suffit. La porte vola, elle entra. Matériel électronique, ordi, et deux personnes masqués. Elle sait qui ils sont, elle a déjà vu ces deux cagoules, dans le snuff notamment. Et puis il y a le matelas, le vieux matelas tout pourri en dessous la gamine. Elle a quoi ? Treize ou cent vingt trois ? Elle grogne, gémit, elle a mal, peur, et ce connard qui est toujours sur elle à ahaner comme un porc. Et puis soudain elle sent la présence de l’arme pointé sur son crâne, la Puta la braque avec un gros revolver.

 

Bang ! Black entend le coup de feu, elle court, vole littéralement au-dessus des cadavres, dévale les escaliers, une gamine erre dans le sas avec une couverture sur le dos, elle connait ce genre de tête, elle n’en peut plus de les voir, elle l’écarte de son chemin puis soudain entend la voix de Cocaïne hurler :

–       Vous voyez ça bande de fils de pute !? Maintenant on a toutes vos connections, on va vous retrouver et on vous fera ça !

B. rentre et surprend sa compagne devant une des caméras agitant une tête. Par terre git une femme ordinaire d’une trentaine d’année, le bras tranché net à la hauteur du poignet, le crâne planté par la dague de C. D’un claquement Cocaïne coupe toute les communications puis jette la tête par-dessus son épaule.

– On peut savoir ce que tu fabriques ? Tu veux t’attaquer à la planète pédo tout entière ?

Cocaïne est de mauvaise humeur, sa cagoule est déchiré, elle s’est battu.

–       Ta gueule ! T’y crois ça cette salope d’enculé a essayé de me draguer !

–       Te draguer !?

–       Omar qu’il m’a dit qu’il s’appelait, l’a commencé par me parler turc et puis en français, voulait qu’on reprenne l’affaire ensemble, qu’il aimait mon style !

–       Je te jure, il y a de ces dingues. Et elle tu lui as demandé son nom ?

Cocaïne cracha.par terre.

–       Qu’est-ce qu’on s’en branle de cette salope !?

Elles sortirent avec la gamine toujours enveloppée. Dehors la nuit avait mit son manteau de froid, le parc était jonché de cadavres.