Neuf jours

Neuf jours. Neuf jours c’est tout ce qu’aura laissé notre roitelet national, Jupiterion, au COS pour monter une opération de sauvetage. Alors que d’habitude les otages pourrissent des mois voire des années aux mains de leurs ravisseurs, là tout a été fait dans la précipitation d’un besoin avide d’image. C’est les élections européennes coco tu comprends, et même si ces élections comptent en réalité pour du beurre, que le parlement européen n’a aucun pouvoir, il ne s’agirait pas de se prendre la déculotté tant attendu. Alors tant pis si deux soldats y passe, tant pis les désirs de sa majesté sont des ordres, sont désordre aussi. La loi pour la reconstruction de Notre Dame est passée sans surprise, on pourra se prévaloir de l’autorisation du patrimoine national pour quantité de domaine, de la voirie à l’environnement…. Et au sommet de l’état on salive déjà à l’idée d’une flèche qui marquera le règne de Jupiterion. La folie des grandeurs, le mépris des vies, le mépris des opinions, le narcissisme. Neuf jours….

Cela fera bientôt sept mois que les gilets jaunes poursuivent leur lutte et aucune de leurs revendications n’a été entendue. C’est à peine si le roitelet accepte de les énoncer autrement qu’avec une forme de dégoût, Jojo le gilet jaune, comme il dit. Sept mois que la seule réponse qu’oppose le gouvernement c’est la répression, des tirs de LBD en pleine face, des matraquages sauvages et samedi dernier à Nantes, les policiers ont une nouvelle fois sorti les armes. A quand la balle perdue pas pour tout le monde ? A quand l’embrasement ? Le régime félon d’Emmanuel Macron adore jouer avec les allumettes, au 1er mai il annonçait des hordes de black blocs assoiffés de sang et de vitrine, et finalement ça s’est terminé par un pétard mouillé Salpetrière. Mais jusqu’à quand ? Jusqu’à quand il faudra attendre pour que quelqu’un craque et ne tue, jusqu’où va nous mener le narcissisme aveugle du poudré ? Les gilets jaunes n’ont rien à perdre contrairement à lui et c’est son point faible, les gilets jaunes sont le point névralgique d’un pays en stade pré révolutionnaire et personne au pouvoir n’a l’air de vouloir s’en rendre compte malgré les rapports alarmants de la DGSI. Pourtant leur peur est palpable, dans les crises de colère du roitelet, dans ce 8 mai exécuté sur des Champs Elysées désertés, dans cette obsession de sécurité partout dans ses déplacements. Il panique et pour donner le change fait son show devant un parterre de journalistes au garde à vous. Avec toujours la même morgue, la même détermination affichée et tant pis si c’est un mauvais comédien qui joue trop sur son physique de premier prix.

Neuf jours, et tant mieux pour les deux otages que Le Drian a essayé de faire passer pour des inconscients. Comme si le seul inconscient ici ce n’était pas le chef de commandement Emmanuel Macron, le feu vert final d’une opération qui sera mortelle à plus d’un titre. Ce n’est pas seulement trois morts qu’on va devoir déplorer, la récente attaque d’une église au Burkina Faso est à n’en pas douter la réponse directe des djihadistes à l’opération voulue par Jupiterion. Et un comble, alors qu’il espérait faire joli en paradant avec les otages, voilà que la polémique enfle au sujet des deux commandos morts pour ce que tout le monde apparente à des ahuris. Pourtant la zone n’était pas classée rouge jusqu’à aujourd’hui mais passons, la foule est idiote et elle se pâme volontiers devant les héros guerriers. Les français aiment l’uniforme, du moins jusqu’à se prendre un coup de matraque ou une gifle par un CRS excédé, un voyou de la BAC en mode émeute. A moins que ça ne soit le contraire. A moins que ce spectacle hebdomadaire de violence policière, de répression, les satisfasse allez savoir.

Plus de deux cents enquêtes ouvertes par l’IGPN classé sans suite malgré les membres arrachés, les crânes fracassés, les yeux crevés. Qu’on le veuille ou non cela s’appelle une guerre. Une guerre menée par un régime autoritaire contre une partie de son peuple quitte à faire voter des lois d’exception. De n’importe où ailleurs cette situation aurait été vaillamment dénoncé par le « pays des droits de l’homme », selon l’expression consacré. Droits humains qu’il n’a jamais respectés à l’endroit de ses prisonniers qui croupissent dans des prisons majoritairement surpeuplées et insalubres. Droits humains qui ne passent jamais les portes de l’Elysée quand il s’agit de signer des contrats d’armement avec l’Arabie Saoudite. Droits humains qui sont aujourd’hui contesté aux gilets jaunes, cette chienlit comme l’appel le chien de garde Yves Calvi, cette vermine à exterminer comme disent déjà certain sur les réseaux sociaux, surexcités dans leur canapé qu’ils sont par des chaines qui en boucle propagent la peur et la haine de l’autre. D’ailleurs les médias mainstream ont cessé complètement de penser. Pendant que ça se pignolait sur les sommes considérable que réunissait déjà une Notre Dame à peine froide, pas un seul pour parler des 400 tonnes de plomb déversé par la toiture dans l’atmosphère. Tu comprends coco la pollution c’est clivant comme sujet, alors que la générosité milliardaire ça doit être indiscutable, sinon on est jaloux. Et comme disait en substance Hitler, plus un discours est simple plus les foules ont les chances de l’entendre. Christophe Barbier d’ânonner son catéchisme LREM à chaque nouvel incident, Jean Michel Aphatie de se scandaliser quand l’ONU taclait la France au sujet des droit de l’homme. Pascal Prau de beauferie en insulte d’animer les bas instincts de ses semblables en pantoufle. La liste est interminable. Gageons que pas un ne parlera non plus du fabuleux projet immobilier qui est prévu sur l’Ile de la Cité, et que la loi autour de la restauration de Notre Dame facilitera. Les médias en Macronie ne connaissent qu’un seul langage celui de leurs maitres.

Neuf jours pour sauver le soldat Macron de la déconfiture aux européennes, neuf jours contre pas moins de 34 listes dont une confessionnelle. Neuf jours et deux morts. L’ère des négociations s’est arrêté sous Sarkozy, et les assassinats ciblés était volontiers employé par Monsieur Normal, cette génération de président kiffe les forces spéciales comme des enfants avec leur nouveaux jouets. Macron a cru lui aussi qu’il pouvait jouer les chefs de guerre et il s’est planté aveuglé par son narcissisme. A côté de ça, Sophie Pétronin, humanitaire enlevée dans le nord Mali, attend sa libération depuis trois ans. Mais le nord Mali n’est-ce pas ce n’est pas un endroit pour briller par militaires interposé, la zone est notoirement classée zoulou, les militaires embarqués dans l’opération Barkhane le savent bien. Résultat à ce jour sept morts et des dizaines de blessés, officiellement.

Nous l’avions tous déjà deviné, Juan Branco et Crépuscule l’ont confirmé Emmanuel Macron a été placé là pour casser notre modèle sociale et enrichir ses amis, neuf oligarques qui détiennent 90% des médias. Et le bilan s’annonce déjà catastrophique. Le seul CICE a couté déjà près de cent milliards pour cent mille emplois préservés ou crées contre les un million promis. L’Exit Tax qui facilite l’exil fiscal au nom de la « liberté » d’entreprendre ne sera finalement pas supprimée mais aménagée, et comme si l’abrogation de l’ISF ne suffisait pas, Macron a mis en place la Flat Tax ou PFU (Prélèvement Forfaitaire Unique) qui voit le prélèvement des plus riches passer de 60% à 30% pour une perte sèche de quatre milliards, à ajouter aux milliards perdu avec l’ISF, total 7,4 milliards. L’argument avancé est que sinon nos milliardaires vont filer à l’étranger. Plus l’argument est simple n’est-ce pas… Sauf que selon le Crédit Suisse la France est le pays accueillant le plus de millionnaires en dollars, après les Etats-Unis, et que depuis 2013 seul 0,3% des personnes imposables à l’ISF se sont exilé à l’étranger, sans qu’on sache réellement leurs motivations d’ailleurs. Et après on s’étonne des gilets jaunes… Pourtant pas un siècle ne se passe pratiquement sans que l’impôt, quelque part, ne provoque une révolution. Pourtant 1789 était précisément une réaction par rapport à l’impôt. Pourtant depuis quarante ans j’entends ce pays grommeler que ça va péter tôt ou tard. Pourtant la corruption des technocrates qui gouvernent ce pays est complète et depuis fort longtemps. Tout n’est qu’entre soi et cooptation d’une classe bourgeoise qui a abolit les privilèges de tous les autres à son seul profit. La perte de l’ISF n’est pas seulement un manque à gagner pour l’état de 3,4 milliards c’est également une perte sèche pour les ONG qui bénéficiaient des largesses des imposables par le biais des déductions sur la fortune. Résultat ces mêmes ONG, comme le Secours Populaire ou la Croix Rouge ont vu leur revenu chuter de près de 54%, et après ça on est censé s’émerveiller de la générosité de François Pinaud…

Qu’on l’accepte ou non Emmanuel Macron a organisé avec ses amis un régime autoritaire sous couvert de suffrage universel et en s’appuyant sur tout ce qu’il y a de pire avec la cinquième république. Quand les lois ne passent pas à coup d’ordonnance, on nous les impose avec les godillots de LREM quand ils sont là. Claire O’Petit qu’on voit énormément dans les médias est une des grandes absentes de l’assemblée nationale, elle n’a même jamais participé à la moindre commission. Idem pour Marlène Schiappa, la star des médias amateur de cruche, qui est largement moins à son ministère que sur les plateaux. Alors ce n’est pas difficile de faire passer la loi sur Notre Dame avec seulement 32 députés quand 500 autres sont soit dans leur circonspection, soit en campagne pour les européennes, soit occupés à babiller dans les médias. Un régime autoritaire qui propose aujourd’hui d’ouvrir une commission d’enquête sur l’impact négatif des gilets jaunes mais qui s’est étouffé quand une autre a proposé de s’ouvrir au sujet de Benalla. Où est-il d’ailleurs celui-là ? Plus un mot sur lui depuis qu’il est sorti de son court séjour en prison, comme évaporé, la dernière fois il était en villégiature en Suisse. Et je crois bien qu’on peut résumer le régime félon de Macron à cette affaire, des arrangements mafieux en s’appuyant sur une base largement corrompu ou abonné au rôle de girouette, comme Darmanin, de Rugy, ou Philippe qui tous critiquaient le même Macron avant d’entrer dans son gouvernement. Et voilà que le CSA, profitant d’une loi votée sous Hollande, accorde des temps d’antenne plus important à LREM qu’à ses opposants, tout ça dans le plus grand des calmes. Ce n’est plus une république c’est un hold up, le hold up de l’oligarchie… Reste que les européennes sera un des grands juges de la politique du roitelet qui en a parfaitement conscience, qu’on s’abstienne ou pas d’ailleurs puisque faute de vote blanc comptabilisé l’abstention est un vote en soi. Pour le moment la faiblesse du parti inventé par les oligarques c’est qu’il veut rejouer une vieille pièce réchauffée, moi ou le chaos. Macron ou le RN. Or jusqu’à présent non seulement on ne voit pas beaucoup de différence entre les deux partis, mais le RN lisse encore plus son discours avec l’espoir d’atteindre la réussite d’un Salvini. Le tout en s’appuyant sur une partie du mécontentement des gilets jaunes qui est comme chacun sait composé de toute sorte de courants mais surtout déterminé par tous les moyens à faire tomber Emmanuel Macron. Quitte à donner sa voix à ce qui s’apparente à une version féminine et agressive de Macron. Verra-t-on un jour Marine Le Pen au ministère de l’intérieur ? On peut le craindre même si on n’en est pas encore là, puisque Le Pen reste la pantomime des oligarques pour faire peur. Mais on a tout à craindre par contre d’un régime aux abois, tout à craindre d’un régime qui ment, gonfle les faits et les minimise quand on parle de vie humaine, d’un régime dont la seule opposition se trouve au sénat, ce rassemblement de vieux corrompus. Tout à craindre d’un gouvernement qui fait d’une opération de sauvetage une opération de comm, ils s’appelaient Cedric Pierrepont et Alain Bertoncello, ils ne sont pas morts pour la France, ils sont morts pour des élections…. Neuf jours…

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Autour de la bipolarité

Nota Bene : Le 21 mai je vais intervenir devant un collège de soignants pour parler de mon expérience de la maladie. Ma psy m’a conseillé d’écrire un texte, le voici.

Il y a deux choses que je peux retenir de mon expérience de cette maladie, son acceptation et le mode d’hospitalisation qui a considérablement évolué en vingt ans. Personnellement il m’a fallu treize ans pour reconnaître ma maladie, l’accepter mais pas forcément me soigner. Car si accepter sa maladie c’est faire un grand pas, il y a également des moments où on veut tout rejeter en bloc, revenir au point de départ à cette époque bénie où on était sain d’esprit. Et on rechute. Parce que quoi qu’il arrive elle est là et jusqu’à preuve du contraire c’est pour toujours. On peut lier, cette question du rejet violent et soudain, l’expliquer, par la question de l’âge, la crise de la quarantaine par exemple, ou dans mon cas de la cinquantaine, qui va d’autant se faire ressentir que vingt ans auparavant à l’époque de mes trente ans rugissants j’étais sain d’esprit justement. Bref la nostalgie n’est pas forcément bonne camarade. Mais il peut y avoir toute sorte de raison pour une rechute, tout ce qui a fort potentiel émotionnel pour le sujet, et encore ça dépend de quel type de bipolaire on retient, et surtout qui est réellement la personne au-delà de sa simple maladie. Moi par exemple je suis un indécrottable romantique, si je tombe amoureux je peux m’emballer et perdre le contrôle très vite, j’en ai eu l’exemple en 2013, d’autant que j’avais cessé alors tout médicament depuis au moins six mois. Ajoutez à ça la consommation de cannabis et une vie sociale désertique vous obtenez un cocktail tout à fait explosif. L’acceptation de la maladie retient d’une part d’une certaine connaissance de soi. Il faut s’examiner l’âme si j’ose dire et j’ai de la chance parce que c’est un exercice que je fais depuis l’enfance. Mais ça ne suffit d’autant pas que le point de départ est un choc d’une violence inégalée. Un choc d’autant violent que l’hospitalisation elle-même était violente. Et ici on aborde le sujet du soin. Le soin comme facteur d’acceptation de la part du patient.

C’est assez simple en fait, plus il sera violent, moins le patient sera traité dans de bonnes condition, moins il acceptera facilement sa maladie. Il assimilera son hospitalisation à de la détention, d’autant qu’on utilise le même terme de « permission » dans les deux cas, disputera son autorité aux personnels soignants ou, dans mon cas, jouera le jeu de l’administration pour sortir plus vite et faire une rechute magistrale un mois plus tard. La prise en charge est d’autant primordiale qu’on n’a pas la même sensibilité aux choses à sa première ou à sa troisième hospitalisation. J’en ai neuf derrière moi, je peux parler d’expérience… A la première on est plongé dans un autre monde qui sera plus ou moins anxiogène en fonction autant des malades que du comportement des soignants, que de l’environnement en lui-même. Un hôpital délabré, des chambres pour deux ou trois, c’est assez sauvage quand on sait qu’on est enfermé là à double tour depuis les années 60. Si on ajoute des pathologies diverses et diversement expressives, l’ennui absolu, le temps qui ne passe pas mais interminablement, le manque complet d’activité. La première hospitalisation devient un enfer ou le mal c’est l’autre et pas ce truc en soi qui nous a conduits là. A la seconde ou à la troisième on connait le système, on l’accepte plus ou moins mais la maladie ne passe toujours pas ou au forceps parce qu’on vous le répète, qu’il y a le rituel des médocs, que vous le savez mais vous n’avez pas envie de savoir. Mon expérience en milieu hospitalier a été, je dois le dire, désastreuse jusqu’à la dernière en date. Parce que la dernière en date avait tout d’une unité de soin et pas d’un zoo pour malades difficiles. Que les infirmiers et les infirmières étaient professionnel et pas gardien de parc. On n’a pas abandonné cet absurde rituel du pyjama pour les nouveaux arrivants, ni la torture de la chambre de contention, parce qu’il n’y a pas d’autres mots n’en déplaise.

Et à ce sujet justement j’aimerais faire une parenthèse. Je n’ai jamais eu besoin d’être attaché, même quand j’étais agité. Les flics m’ont attaché en garde à vue, je continuais de bouger et de soliloquer, l’hôpital a fait la même chose, m’entraver et me laisser là à me pisser dessus. Non seulement c’est inutile, on est toujours agité tant physiquement que mentalement, mais en plus ça fait mal. C’est humiliant et ça fait mal. C’est pas ça du soin. Même agité il vaut mieux une chambre de repos, surtout agité devrais-je dire. Parce que du repos c’est exactement ce dont on a besoin, et de douceur aussi, parce qu’une crise c’est violent à plus d’un titre. J’en reviens donc à cette violence qui retarde l’acceptation de la maladie et vous pouvez parfaitement l’inclure comme un facteur dès l’admission. Plus elle sera violente plus il y a des chances que le patient soit se rebelle, soit se sente totalement écrasé, et écrasé ça n’aide certainement pas à se soigner.

Parenthèse refermée, il y autre chose de préjudiciable avec l’hospitalisation c’est la perte de la notion du temps. On sort pas ou très peu et personne n’a les moyens d’organiser une sortie collective à la mer (par exemple) le monde est organisé en tranche horaire et non plus en jours, l’heure des médicaments qui précède celle de la collation, puis rien sinon la télévision en rang d’ognon. Absolument rien sauf si on a de la chance d’avoir une chambre individuelle, son ordinateur, voir de se faire des copains, comme moi la dernière fois, mais ça été la seule. Reste que l’on fini non seulement par perdre la notion du temps mais avec elle la mémoire. Et c’est un véritable exercice certaine fois de retrouver la mémoire à la sortie d’une hospitalisation. Se souvenir à quelle date on a fait telle chose, d’autant quand on en a neuf au compteur comme moi. Tout devient flou, relatif, on ne retient plus rien jusqu’à ce qu’on recouvre la liberté. La plus traumatisante perte de mémoire que j’ai vécu ça été à ma sortie en 2013, je ne savais plus écrire. J’ai été obligé de me rééduquer cela m’a pris quelques jours. Enfin il y a la relation au psychiatre en lui-même et sa capacité à communiquer avec son patient. En ce qui me concerne à part depuis que je suis à Lyon, ça n’a jamais été fort le cas. Que ce soit les psychologues, psychiatres, psychanalystes que j’ai pu croiser en vingt ans, on ne peut pas dire que la communication soit leur fort. Ca ne coute rien d’expliquer à un patient ce qu’est une bouffée délirante, à savoir ce qu’il vient de traverser pour la première fois de sa vie. Ca ne coute rien et ça fait avancer. Ca ne coute rien d’écouter son patient quand il vous parle de sa libido et/ou des effets indésirables de tel médicament sur celle-ci. Ca ne coute rien de l’écouter tout court et ça fait avancer tout le monde.

Il faut bien comprendre que lorsque l’on bascule dans la maladie, à quelque étape on en soi à vrai dire, on tombe dans un autre monde. Un monde obligatoirement médical comme un fil à la patte, fait de gens parfois plus malades que nous, fait parfois de camaraderie aussi heureusement mais quoi qu’il arrive marqué par un déséquilibre anodin au quotidien et pourtant redoutable. Parce que la bipolarité est séduisante en soi. On est plus sensible aux choses, plus empathique, on a de l’instinct à revendre, toute ces choses qui en cas de montée de crise deviennent des armes dangereuses pour faire absolument n’importe quoi au fil du délire. Les miens ont été mystiques, puis de mystique je suis passé à mystique post moderne, puis ils se sont orientés vers mes fantasmes d’enfants, en phase haute, très haute, pour ce que j’en sais c’est comme un trip à l’acide sans le plaisir. La bipolarité est séduisante également juste avant de monter dans les tours, quand on commence à avoir l’esprit à tout, le débit de parole accéléré, l’attitude volontaire, conquérante, séduisante, et qu’on finit par s’énerver, par exemple, quand quelque chose ne va pas. A ce moment-là on ne croit pas seulement être capable de suivre trois conversations en même temps, on le fait.  Et on est même capable d’en restituer la substance, parce que pendant ce très court laps de temps, selon nos inclinaisons on est superman dans notre domaine. Et je souligne, on l’est vraiment. Si on est dans les affaires on en fait et avec assez de succès, si on est versé dans les maths on va se compliquer l’algèbre, etc, et ça marche assez pour qu’on finisse par croire réellement ce que nous dit notre cerveau, et plus on y croit, plus on s’épuise à y croire. C’est de l’interprétation sur un bref instant alors que les fils se touchent si vous voulez. Et qui n’a pas envie d’être superman ? Qui, quand on est malade, et précisément parce qu’on l’est n’a pas envie d’être autre chose, que sournoisement rattaché à des médicaments et des blouses blanches ? C’est toujours plus séduisant de se dire qu’on est bien Jésus ou le 4ème prophète de la 2nd prophétie qu’un pauvre con atteint d’une maladie à la con que personne ne peut soigner. Non, vous trouvez pas ?

Vice, Dark Vador

Le biopic est un genre difficile parce qu’il est généralement collé à son sujet de telle façon qu’on ne puisse plus prendre de liberté de mise en scène. Examinez la plus part des biopics que produisent ou plébiscitent les américains et vous dépasserez rarement le stade scolaire de l’imitation, maquillage plus vrai que nature included. Au résultat on a un produit généralement fidèle mais chiant comme la mort parce que strictement limité par son besoin de coller aux événements réels, alors avec un film politique… Le film politique lui aussi est un genre casse-gueule, il aborde des sujets souvent ardus, loin des contingences d’un spectateur peu au fait des allés et des aléas du pouvoir tant au sens historique que strictement politique justement. Avec The Big Short, Adrian Mc Kay s’était déjà essayé au sujet d’expliquer par une mise en scène audacieuse, les dessous d’un hold-up financier, avec Vice c’est le portrait sans concession de Dick Cheney, le vice-président de George Bush junior que le réalisateur se propose de nous dresser, et disons le tout de suite le film est une réussite telle qu’on se prend à avoir envie de revoir le film dans la foulée tellement on a à faire à du vrai cinéma.

Dick Cheney a eu une jeunesse un peu similaire à celle du futur président des Etats-Unis. Paresseux, porté sur la bouteille, il faudra attendre une nuit de 1963 pour que sa future femme lui fasse entendre raison, elle qui le portera et le soutiendra tout au long de sa carrière. Une nuit où le futur secrétaire à la défense de George Bush senior se fera arrêter pour conduite en état d’ivresse, ce qui lui vaudra un mémorable savon de sa fiancée. A partir de là, Cheney changera du tout au tout et obtiendra finalement sa licence en science politique de l’université du Wyoming après un passage catastrophique par Yale pour enfin intégrer Washington D.C sous les ordres de Donald Rumsfeld. C’est le temps de Nixon qui n’a pas encore été effleuré par l’affaire du Watergate, le temps des vaches maigres, où pourtant Cheney réalise (et nous avec lui) la formidable puissance du pouvoir américain et des conséquences de ses décisions sur le monde. Quand Nixon et Kissinger se voient s’est pour parler de bombardement au Cambodge dans la discrétion complète du Congrès américains, effaçant par avance au cours d’une discussion des centaines de milliers de vies. Une discussion pourtant qu’on ne verra jamais mais dont on comprend toute la puissance intrinsèque qu’elle représente en trois répliques et deux plans. C’est le pouvoir avec un grand P, celui qui fait saliver Cheney qui en vient à fabuler pour sa femme une rencontre avec Nixon, lui qui à l’époque vivote dans un bureau sans fenêtre. Un pouvoir pourtant qui lui échappera longtemps jusqu’à ce que George Bush Junior lui demande de devenir son vice-président durant les primaires. Cheney est un taiseux, un homme secret, comme le fait remarquer dès le départ une ligne qui introduit le film mais c’est surtout un manipulateur hors pair qui va prendre la place de Rumsfeld auprès de Gerald Ford quand celui-ci sera satellisé avec l’équipe Nixon et s’appuiera sur la théorie de l’exécutif unitaire qui donne un pouvoir total au président sur l’exécutif hors du check and balance si cher à la constitution américaine, et par voie de conséquence à son vice-président surtout si celui-ci est Dick Cheney. Car Cheney a très bien compris le profil de George Bush Junior qui cherche avant tout à impressionner son père et le manipule comme il pèche, en choisissant avec soin le bon hameçon.  Un parallèle appuyé lors de la conversation entre lui et Bush pour les primaires. Prince noir à l’origine du conflit irakien, alors que des parts du pétrole irakien avaient déjà été arrogés aux grandes compagnies pétrolières au cas où, largement avant les attentats du 11 septembre, c’est encore Cheney qui influencera Junior dans sa décision en sachant trouver les mots justes pour frapper son ego alors que Colin Powell proteste vigoureusement contre l’intervention en Iraq. Le même prince noir qui se débarrassera de Rumsfeld au moment venu quand le vent tournera contre l’intervention en Iraq et ses catastrophiques résultats.

Construit à mi-chemin entre la satire et le pure récit politique, le film ne sombre jamais dans la farce quand bien même l’interprétation de Sam Rockwell en George Bush junior la frise à plusieurs reprise, sans doute servit par la réalité de ce petit président au formidable pouvoir qui apparait ici comme un enthousiaste faucon poussé par les théories néoconservatrices des Cheney, Rumsfeld, Wolfowitz, et de toutes les grandes familles américaines que favorisèrent l’ère Reagan comme décrit dans le film. Ici au contraire on emprunte quelque raccourci souvent savoureux pour symboliser le début ou la fin d’une époque, comme les panneaux solaires sur le toit de la Maison Blanche durant l’époque Carter et qui seront jeté par la suite à l’administration suivante tandis que Cheney appuie à la fois la dérégulation des droits d’héritage et détricotes toutes les lois environnementales voulu par Carter, en tant que membre de la Chambre des Représentants, aidé par les lobbies et tous les think tank financés par les grandes familles comme Coors ou Johnson et Johnson. Impossible cependant de savoir ce qui motive profondément Cheney dans son cœur défaillant (il a fait plusieurs arrêts cardiaques avant de subir une transplantation). C’est justement tout le mystère que pose le film sur ce personnage silencieux et nous pousse à nous demander comment un homme peut être aussi résolument machiavélique, allant jusqu’à trahir une de ses filles afin de favoriser la carrière politique de son autre fille. Une question auquel réponds à sa manière l’intéressé face caméra, s’adressant aux spectateurs, insistant sur le fait que tout ce qu’il a fait il l’a fait pour le bien du peuple américain, même le pire. Surtout le pire. Et c’est ici qu’on touche à un point critique du film. Un point critique qui nous est exposé au début par des photos, puis à la toute fin (après le générique) lors d’une scène pleine d’ironie où deux spectateurs s’engueulent sur la nature du film qu’ils ont vu avant d’en venir aux mains à propos de Trump pendant qu’une spectatrice avoue à sa voisine qu’elle a hâte de voir le prochain Fast and Furious. Ce point critique qui n’échappe jamais au réalisateur et qui relève de notre responsabilité tant en tant que citoyen, spectateur, qu’être humain. Laissant un Cheney à la manœuvre nous délivrons un pouvoir infini à des individus qui ne le mérite non seulement pas mais qui de toute les façons nous conduisent dans le mur au nom d’un soit disant progrès. Un parallèle politique que l’on pourrait parfaitement faire avec un Macron aujourd’hui, chantre néoconservateur à la française du libéralisme sauvage, concentrant à lui seul à coup d’ordonnances royales tous les pouvoirs, sans quasi aucune opposition politique. Pendant que la France se chamaille sur les Gilets Jaunes ou se gondole devant Hanouna tout en faisant un succès sans précédent à la dernière croute de chez Marvel. Un phénomène qui donc tend à devenir mondiale alors que nous allons devoir affronter la 6ème extinction de masse, le réchauffement planétaire, et plus globalement l’effondrement qui vient.

C’est l’idiocratie savamment tissée par les oligarques de ce monde, cette lente destruction non seulement de toutes nos valeurs mais de nos cultures et de leur éthique. Tout ça au nom du pouvoir et de l’argent, des montagnes d’argent parce que l’un et l’autre rendent fou. Et là est peut-être le seul vrai mystère d’un Cheney comme d’un Macron, d’un Niel, ou d’un Bernard Arnaud, au-delà de leurs manœuvres, la folie complète qui les habite et qui expliquerait pourquoi tout leur pouvoir et tout leur argent ne leur sert finalement qu’à détruire des millions de vie, et de toutes les manières qui soit. Ces gens-là sont des psychopathes. Bref, un film multi récompensé à voir et à revoir tant à la fois il fourmille de détails et de bons mots (dont une excellente tirade à la Shakespeare qu’échangent Cheney et sa femme), frais, dense, politique, ce qui dans le paysage cinématographique actuel à base de croute comme des parcs à thèmes, de film français éternellement bourgeois et sans risque, bref de cinéma sans autre ambition que de vendre des jouets et des popcorn est loin d’être une gageure.