Femen, Zemmour, vive les femmes

Petit avertissement : cet article avait été publié sur Tak.fr en mars de cette année, Zemmour n’ayant pas encore sorti une nouvelle énormité rafraichissante histoire qu’on parle de lui, il me semblait intéressant, en prévision, de garder ici en mémoire un exemplaire de sa pauvreté d’esprit. Pour les Femen, elles se débrouillent toutes seules, leur narcissisme sans égal est toujours un régal renouvelé.

 

L’actualité est parfois riche en petites farces de toutes sortes. Ce mois-ci, deux magnifiques, la Femen et Zemmour ont fait très fort chacun à leur manière. Et j’avoue, avec les mauvaises intentions qui me caractérisent, que je savoure. Et d’autant que nous voilà pris dans le petit hold-up du sens de nos camarades catholiques courroucés du saint mariage pour eux et eux seulement.

Les salopes à la mosquée !

Il faut dire qu’ils sont bien aidés nos petits amis du bénitier. Une vraie armée de maîtres-nageurs en face. Un président qui dit oui, puis oui mais non, puis encore oui. Pour enfin, juste histoire de les conforter dans leur rôle favori de martyrs, ce qui manquait à leur nouvelle panoplie de désobéissants fort civils, envoyer le gaz. Et ce pile-poil au moment où ils étaient en train de se dire : « On est trop des rebelles on va mettre des jeans. »

Une gentille ministre du camp des gentils fumeurs de pétard qu’elle est trop lol en tête de cortège chez ceux d’en face. Et quelques agités intiment persuadés d’être à la pointe du progrès parce qu’ils défendent un texte qui est déjà en activité dans vingt-trois pays. Ils ont bien essayé d’annoncer des cadors nos prieurs courroucés, comme Guéant qui se croyait en train de libérer le Québec, ou l’inénarrable Frigide Barjot, sa coke, ses cheveux jaunes, son sweet rose-trop-cool-quoi-les JMJ. Ou encore Christine Boutin dans son numéro désormais bien rodé de Maria Callas meet la Dame au Camélia. Elle n’avait pas encore osé l’évanouissement, ça nous manquait.

Mais il était difficile de faire plus contre-productif et totalement inutile que les Femen torse nu, déboulant dans Notre-Dame à base de « à bas le pape ». Difficile de faire plus ridicule aussi. Non seulement le pape n’est pas exactement le plus grand péril pour les femmes en ce moment. Non seulement ça va exactement à l’encontre de ce qu’avaient fait et déclaré les Pussy Riot par exemple – il ne s’agissait pas d’attaquer l’Eglise mais la relation que le pouvoir veut entretenir avec elle – Mais toutes ces choses ont été faites avant et pas dirigées contre l’Eglise mais la société tout entière.

Les filles de 1968 se souviennent toutes de l’usage qu’on faisait alors des soutiens-gorge dans les manifs du MLF. Qui plus est cette agressivité dans la manière de se manifester n’invite pas particulièrement à comprendre, d’ailleurs j’ai bien peur qu’à part des questions de marketing, il n’y ait pas grand-chose à comprendre. Et partant de là, nos amis chrétiens, leur cœur sur la main, et le couteau dans le dos, de les défier d’aller faire la même dans une mosquée, on rigolerait moins.

Amina Tyler, tunisienne, elle rigole moins justement. A l’instar de sa camarade égyptienne Aliaa el Mahdy, qui avait déjà posée nue pour les mêmes raisons (mais pas au nom de la Femen), Amina Tyler a décidé de défier les barbus au nom de la Femen. Poser seins nus avec une cigarette et « Mon corps m’appartient, il n’est l’honneur de personne » écrit en arabe sur son torse. On imagine bien que ça ne va pas beaucoup émouvoir l’âme chrétienne, qui parlera très sûrement de manipulation, mais en attendant le résultat ne se fait pas attendre. Montrée du doigt, giflée par son cousin, Amina est chez elle, cloîtrée, sous antidépresseurs à chercher à communiquer avec le monde extérieur par le biais de son ordinateur. Quant à Aliaa, on se rassure, une organisation musulmane a déposé plainte contre elle, elle est devenue un peu une égérie pour certains, gageons que si les barbus finissent par boucler le pays selon leurs vœux étroits, elle trouvera sûrement terre d’accueil en nation chrétienne. Comme les soixante-quinze mille femmes violées chaque année en France le savent, nous sommes si exemplaires.

Zemmour, l’incarnation du mâle

Deux choses sont maintenant inséparablement attachées à Eric Zemmour : son goût polisson du scandale et sa capacité faramineuse à se faire passer pour une sommité. Le BHL réac on pourrait dire, sans les chemises blanches.

Friand de bruit et de gloire pas chère, Eric Zemmour n’adore rien de moins que de sortir des énormités avec un ton docte et voir les ambulances affluer. Et de ce point de vue j’admets qu’il a toujours été délicieusement servi. Il le fallait bien. Quand on veut faire émerger une certaine absence de réflexion à la faveur d’un type de téléspectateurs un peu sous représenté, en dépit de ses parts de marché, on veille à n’opposer à son champion que des cibles faciles. Il brillera à peu de frais. Ça fera de l’audimat, il pourra vendre ses livres, et tout le monde est content. Ses facéties lui ont tout de même valu des procès gagnés d’avance et une éviction d’une émission dont il avait fait la gloire dans son rôle de schtroumf grognon et d’une station de radio. Alors peut-être espère- t-il raviver le filon en faisant à nouveau parler de lui, c’est bien possible, et je l’en remercie.

Zemmour, qui a pourtant été élevé par des femmes et s’en vante comme un raciste se vante de manger du couscous, nous avait déjà gratifié de perles magnifiques. Comme « les femmes ne sont pas assez transgressives » qui expliquait pourquoi, selon lui, il n’y avait pas de femmes artistes ou scientifiques (ah bon ?) ou son invitation à mettre à l’amende les mères célibataires qui, toujours selon lui et en dépit qu’il est lui-même le fruit d’une mère célibataire, ne sont pas capables d’élever seules un enfant. A ce dernier enfilage de perles vient aujourd’hui s’ajouter une nouvelle assertion savoureuse, qu’il considère bien entendu comme une évidence (car tout ce qui dit Zemmour est évident) : « Depuis vingt ans, il y a une montée de la présence féminine dans la vie politique. Or, parallèlement, le pouvoir s’évapore du politique… Je pense qu’il y a un lien entre le pouvoir et la virilité. Les hommes ont inventé le pouvoir. »  Quant aux femmes, elles « n’expriment pas le pouvoir, elles ne l’incarnent pas, c’est comme ça. Le pouvoir s’évapore dès qu’elles arrivent… J’avoue que devant tant de bêtises instiller avec ce ton docte, certain et évident, je me suis offert deux minutes de complète hilarité

On va vite glisser sur la quantité invraisemblable de femmes de pouvoir qui l’ont conquis au nez et à la barbe des hommes et ont conduit leur peuple sous les meilleurs auspices. On va glisser sur Boudicca, Néfertiti, Cléopâtre, Isabelle la Catholique, Anne d’Autriche ou Angela Merckel (qui n’exprime aucun pouvoir comme les Grecs le savent), on s’arrêtera juste à l’époque de monsieur Zemmour, à la reine Victoria. Victoria qui incarne parfaitement les affirmations évidentes de ce petit monsieur ambitieux, comme le fait que la politique et son pouvoir s’éteint devant le vagin.

Voilà une dame qui échappa à six attentats (dont un qu’elle provoqua volontairement pour qu’on arrête le régicide raté), régna durant soixante-trois ans d’une main de fer et sous le règne de laquelle l’Angleterre connut ses plus grands bouleversements économiques, politiques et sociaux, et accessoirement devint un empire. Elle réforma le système électoral en faveur des hommes, et était contre le vote des femmes (une femme pleine de bon sens donc selon Zemmour), fit pression sur Disraeli pour qu’il agisse contre les Russes dans cadre de la guerre russo-turque, rapprocha l’Angleterre de la France et acheva de transformer la monarchie constitutionnelle que nous connaissons aujourd’hui, le tout en se mêlant bien plus de politique que ne l’autorisait même son statut.

On le voit : il y a ici même ni rapport entre l’abaissement du pouvoir politique et l’arrivée d’une femme au pouvoir, bien au contraire, ni beaucoup de lien entre pouvoir et virilité ; qui connaît un peu le sujet sait d’ailleurs qu’entre elle et le Prince Albert, le pantalon n’était pas tenu par ce dernier. Rappelons également qu’en plus de tout ça la reine fit huit enfants et eut quarante-deux petits enfants, et que son règne débuta alors qu’elle n’avait que 18 ans. Encore une femme qui n’incarna pas le pouvoir pour des millions de gens en Europe, jusqu’à ce jour.

Guignol’s band

Le grand brassage d’air qui agite en ce moment la sphère chrétienne et conservatrice en France lui fait naturellement prendre sa vessie pour une lanterne. Pendant que des jeunes femmes risquent leur vie ou leur santé mentale d’une manière bien concrète en Egypte ou en Tunisie, il propose à leurs consoeurs d’aller de se jeter dans des bras pas beaucoup plus intolérants mais plus expressifs. Ne voulant surtout pas réaliser qu’en dehors de leur propre religion c’est contre toutes les religions d’interdits, de différenciation et de confinement des femmes (à savoir 90 % des religions, bouddhisme compris) que luttent ces deux jeunes femmes (pour les Femen c’est plus contre l’oubli qu’elles luttent, je crois). On ne peut pas leur en vouloir complètement de monopoliser le débat avec leur certitude, le nombrilisme est un travers si français.

Observons Zemmour, dont l’œuvre se limite à quelques scandales de télé pas cher, une fiction sur la France et quelques déclarations outrancières dont le but essentiel est moins de proposer matière à réflexion que pirouette et cotillon à son public acquis. Sur quoi exactement a-t-il prospéré ? Sur un lissage du discours politique, pour ne pas dire son nivellement, sur une déculturation grandissante d’un public privé de parole, sauf si c’est scandaleux et que ça passe en boucle sur Youtube. Sur des oui-dire qui n’expriment pas grand-chose sinon une envie brûlante d’un procès lui donnant une caution de victime (car les victimes ont toujours raison). Bref sur du bruit. Ce même bruit qui fait croire à nos phénomènes qu’ils sont les hérauts de la civilisation en péril, ce même tintamarre de foire qui continue de bercer ce pays dans la certitude que sa littérature dit quelque chose, que son cinéma ne survit pas qu’au sponsoring d’Etat, que sa presse n’est pas aux ordres et que globalement le monde à quelque chose à faire de ses petites agitations. Ce n’est plus seulement la léthargie et l’apathie qui caractérisent ce pays, c’est l’égotisme. Pour le coup, sur ce sujet, la France est très moderne et complètement avec son époque. On ne peut pas se planter partout non plus. Cela étant, comme souvent, ce sont les femmes qui révèlent cette pitrerie généralisée, alors vive les femmes !

Kilomètre zéro-Fuck you very much 4

Comme si la vie, cette cruelle machine, me donnait raison, ou mieux, me remerciait. Pourquoi pas. Je ne saurais pas le premier salaud, monstre même à me la couler douce, ni le dernier. Même si je ne me vois pas vraiment comme ça. J’ai conscience de mes actes autant que j’ai conscience qu’on les juge à tort. Je me suis payé le double luxe d’éliminer une faute de goût et de me moquer d’un pays tout entier qui est lui-même une faute de goût. Je ne vois là rien qui soit monstrueux. Quant à l’acte en lui-même, il a été bien plus barbare pour moi que pour quiconque, victime y comprise. Il est mort vite, moi j’ai pataugé dans la viande et la bouffe pendant trois jours et trois nuits. Et pour tout dire je ne sais qui est le plus incivilisé de tous. Moi, l’assassin cannibal, un pitre plaisantant sur les chambres à gaz, ou une bombe de 500 kilos balancée sur un village pakistanais par un robot télécommandé.

–       Vous faites quoi dans la vie ?

–       Pour le moment, rien du tout, je me tâte.

–       Vous vous tâtez ?

–       Oui et vous ? Vous vous tâtez aussi ?

–       Euh…

Elle me dit ça avec un tel sérieux… On a éclaté de rire ensemble.

–       Stéphane.

–       Tina.

–       J’avoue je me tâte aussi depuis peu de temps.

–       Peu de temps ?

–       Oui, environ 22h depuis que j’ai atterri ici.

–       Et avant ?

–       Avant j’étais un gentil petit psychologue clinicien…

–       S’il vous plaît…

–       Je ne vous le fait pas dire…

–       Et depuis vous avez des doutes.

–       En quelque sorte.

–       C’est beau ici hein ?

–       C’est magique.

–       Vous êtes allé au temple ?

–       Pas encore, et vous ?

–       Non, j’ai voulu faire durer le plaisir. J’attends de ne plus en pouvoir.

–       Moi ça fait cinquante ans que j’en peux plus, mais je comprends… je fais pareil, j’ai peur de pleurer.

Elle m’a payé un Margarita, j’ai pas eu exactement le choix, rien que la couleur de sa carte de crédit faisait peur. Qui était cette fille ? Visage ovale, yeux légèrement bridés et noirs, cheveux courts, auburn, avec des seins moyens, un ventre légèrement bombé de gamine, des jambes interminables et un cul insensé. Légèrement bronzée virant à l’ambre, les traits fins, la bouche bien dessinée, presque graphique sur un cou de cygne, le dos et la nuque bien droite qui trahissait quelques années de danse classique. Et l’habitude d’être regardée. Vingt-cinq, vingt-sept ans tout au plus, dans un maillot deux pièces noir qui lui allait parfaitement, mais bon c’est pas difficile avec ce genre de corps là.

–       Tina baby ! i thought you were still asleep !

Elle a fait un large sourire, et j’ai vu mon petit château en Espagne s’effondrer d’un coup. Elle était un peu plus petite et ronde que Tina, et dégageait une autorité et une énergie beaucoup plus masculine. Elle était également métissée, un mélange dans lequel je devinais du noir, de l’arabe, du blanc et peut-être un soupçon d’Asie, totalement à côté de plaque. Lydie est cambodgienne, son père noir américain, elle avait le teint clair et les yeux allongés. Les cheveux épais et bouclés et la bouche négroïde presque noire. Elle portait un pantalon de treillis, un débardeur vert kaki sans soutien-gorge, elle avait l’air de revenir de la brousse. Suante et couverte d’un léger filet de cette poussière orange qu’ils ont ici. C’était bien le cas. Lydie travaille comme guide sur le site. Elle et Tina se connaissent du lycée, et comme je le comprends très vite, amoureuses l’une de l’autre. Je ne saurais dire si sur le moment ça m’a brisé le cœur ou excité. Un peu des deux je suppose. Ce n’était pas ma première expérience de ce genre, d’intervenir dans un couple de lesbiennes. Ma première expérience est concomitante à ma première expérience des ectasies. Et probablement sa raison. La raison pour laquelle une jeune femme à mimer l’amour pour moi et que je me suis cru éperdument amoureux. La descente a été douloureuse, croyez bien. Mais cette fois c’était différent. Je n’étais pas sous l’emprise d’aucune toxine, et indépendamment de leur relation elles me plurent dès que je les ai vues.

–       And who is your new friend ?

–       Stéphane, Lydie, Lydie, Stéphane.

–       Stéphane ? French ?

–       Yep, j’ai répondu. Sorry for that lack of taste, j’ai ajouté avec mon plus bel accent anglais.

–       No offense, at least you’re not swiss.

Je vous avoue que sur le moment je suis resté deux ou trois bonnes secondes comme une fraise sur un bord d’assiette. Posé, fruitier, et totalement dénué de la moindre molécule de matière cérébrale. J’avais tellement envie de rire et de lui sauter au cou en même temps que je me suis contenté d’avaler d’une traite mon verre. Puis j’ai fait signe au gars derrière le comptoir de nous remettre ça. Lydie m’a jeté un coup d’œil oblique, puis avec ce même air pince sans rire qu’affichait sa petite amie, elle a fait :

–       I think your friend is having an hard on.

Cette fois j’ai pas pu me retenir. J’ai explosé.

–       Are sure you’re american ?

C’est l’accent de Sidney, limite californien qui m’a trompé. Tina est australienne, sa camarade a vécu la moitié de sa vie là-bas, et l’autre moitié aux Etats-Unis. On s’est expliqué tout ça dans leur lodge, quand la pluie est tombée. Au Cambodge, la pluie c’est pas une rigolade. Quand ça tombe t’es sous ta douche. Mais pour peu que ça cyclone dans le secteur, là ça devient carrément terrain miné de sortir. C’est plus de l’eau qui te tombe dessus c’est des coups de poing. Quand Tina m’a demandé si je fumais, en faisant apparaître assez d’herbe pour tenir un mois, j’ai su que je n’allais pas seulement passer d’excellentes et très sexuelles vacances. Mais que ma vie tout entière allait changer.

Finalement quand j’y repense, je ne vois pas comment ça aurait pu être autrement. Il semble qu’il arrive toujours à un moment, plus ou moins tôt ou tard dans notre existence, pour un temps plus ou moins long, où les choses s’enchaînent et ne ressemblent à rien de ce que nous avons connu ou connaîtrons dans le futur. Des âges d’or, des moments de grâce où tout nous sourit ou presque. J’ai connu deux périodes similaires dans ma vie. L’année de mes 16 ans qui fut une succession de vacances extraordinaires et de succès féminins jusqu’à perdre mon pucelage une bonne fois pour toute. Chaque rencontre allant de plus en plus loin. De vacances et de fêtes, d’excès de tout genre, et d’émotions violentes et variées. La seconde période fut durant cette fastidieuse époque où je vivais en ménage. J’enchaînais les postes à responsabilité, je gagnais bien ma vie, et je m’ennuyais considérablement comme tout bon parisien trentenaire et repu, avec une femme qui, en plus, ne me satisfaisait sexuellement pas plus que je ne la satisfaisais. J’entrais semble-t-il dans un nouvel âge de ce genre, il avait juste pris une ampleur inattendue, effet sans doute corolaire des décisions drastiques que j’avais entreprise au lendemain de mes cinquante ans. Ce serait le dernier, je me doute bien, autant me laisser aller, foncer, et oublier tout le reste.

Tina est la fille et la petite fille d’une famille de richissime dont le nom m’est parfaitement inconnu. Le français elle l’a appris au lycée et lors d’un séjour à Bruxelles… et oui elle imite parfaitement bien l’accent belge. Mieux que moi, je suis jaloux. Elle et Lydie se sont retrouvées quand la seconde est retournée à Sidney vendre ses compétences comme guide de voyage. Lydie n’avait pas seulement les diplômes de tourisme, elle parlait chinois et cambodgien, et surtout, chose essentielle, son arrière-grand-père vivait à une vingtaine de minutes de Siem Reap. A la différence de nombreuses métisses née de cette guerre non déclarée que les américains ont fait au Cambodge, Lydie est le produit d’une véritable histoire d’amour, entre son père et ce pays, cette culture, sa mère et toute sa famille. Officier de l’armée de terre tombé amoureux d’une prostituée c’est classique. L’inverse déjà moins. Mais des fois… les circonstances, la guerre, le danger… Ils se sont mariés deux fois, c’est dire. Une première fois à Honolulu immédiatement après l’évacuation de l’ambassade, une autre fois, selon les rites cambodgiens, à Phnom Penh, des années plus tard. C’est Tina qui m’a raconté son histoire. Et elle raconte drôlement bien. Il y a une fin triste à cette histoire, sa mère est décédée deux ans après sa naissance et son père ne s’en est toujours pas remis.

–       That’s life, a fait philosophiquement l’intéressée en me passant un joint gros comme un pouce.

–       You don’t hate him for that ? je lui ai demandé avec mes vieux réflexes rodés de psy à la con mais clinicien.

–       Why ? It’s his dick.

Décidément… Cinq minutes à cracher mes poumons. Et c’était pas juste l’herbe, la bonne ambiance où cette impression d’avoir totalement décollé de la planète terre. On a tous rigolé, on s’est tous follement amusé, on a tous ressenti cette même synergie mutuelle, et naturellement tous eu envie de bouffer la vie par tous ses possibles.

La bisexualité est beaucoup plus courante chez les filles que chez les garçons. Les filles ne ressentent généralement pas cette gêne de nous autre de se toucher, se câliner, se tenir l’une et l’autre dans les bras. C’est une première approche et ce n’était pas la première fois que je croisais des filles avec une ou plusieurs expériences de ce genre. Le fait que ça soit un de mes fantasmes absolus, je dois dire (et tout à fait banalement j’en conviens) rendit le moment mémorable sur l’instant. Mais rétrospectivement pas tant que ça en fait. C’est venu naturellement, simplement, parce que c’est ce qu’il semblait le mieux à faire. Vu ce qu’on était tous en train de ressentir les uns pour les autres. Oui, c’est certain, l’herbe est un aphrodisiaque, mais avouez tout de même que l’humour, l’esprit, lié à la beauté vaut toute les drogues de la terre.

Même sans ça, même coincé dans un studio avec un paquet de nouilles et une télé branchée sur un sketch de télé-réalité, il se serait passé sans doute la même exacte chose. On était basiquement, et pour autant que ça nous semble même vraisemblable à nous-mêmes, tombés mutuellement amoureux.

Le rire c’est la vérité ivre, disait Stanislaw Lec, nous en avons eu la démonstration cette nuit-là.

Vous me direz, c’est quoi la vérité ? Partouzer avec deux gonzesses dans un palace, totalement défoncés pendant que dehors ça pète sévère. Ou bien donner un imbécile à manger à des idiots ? Je ne saurais dire, mais c’était désormais la mienne, et elle me semble encore bien supérieure à toutes celles qu’on vous assène.

C’est à ce moment-là, alors que je pénétrais Tina et Lydie l’une après l’autre, que j’ai compris que je n’appartenais plus à ce monde. Le vôtre, le mien jusqu’à cet instant. Que plus rien n’avait plus la moindre importance sur cette planète sinon l’instant présent, immédiat, celui-ci et tous ceux que je saurais goûter, apprécier, sentir, dans toute leur horreur ou dans toute leur splendeur. Peu importe demain, peu importe hier, ce qui comptait c’était tout de suite, le présent, et son nectar. Sans doute il y a-t-il du climat dans cette révélation, le parfum de vert, de mangue pourrie, des corps. La chaleur. Mais il y avait aussi cette idée finalement très romantique que je me fais de la vie, qu’elle sourit quand elle est amoureuse de vous.

Je ne crois pas que la vie, si tant est qu’on puisse personnifier un phénomène, soit tombée amoureuse d’un meurtrier cannibal, parce que l’existence justement n’a jamais montré la moindre forme de jugement moral. Ses accointances avec la morale ne sont que des constructions de ladite morale. Des accidents, heureux ou non. Et j’en ai eu confirmation un peu plus tard. Car au Cambodge, je ne suis pas le seul meurtrier cannibal… à vivre en liberté. Je ne crois d’ailleurs pas que la vie m’a souri tout spécialement, mais je crois que c’est bien le cas de Tina. Elle a la légèreté suffisante j’imagine, et cette chance inimaginable d’être assez intelligente pour être tout à fait consciente du monde, même si son argent l’en a presque totalement épargnée. Comme elle dit, elle se tâte. Elle a le choix, elle est jeune, jolie, elle a ses entrées en Australie absolument partout, et elle ne dépend même pas financièrement de ses parents.

Pourtant, tous les paradis ont leur pomme pourrie.

Il est difficile d’expliquer comment la violence des sentiments, leur soudaineté, leur apparence totalement nouvelle, improbable et extraordinaire peut tétaniser ce que nous sommes tous à la base, des primates. Il faut l’avoir vécu je suppose. C’est comme d’ouvrir un colis mystérieux et qu’il vous pète à la gueule. Comme si l’existence tout entière vous montrait son cul en ricanant. Ou pour certains comme de revivre un épisode primordial de leur vie.

Ce n’était pas le cas de Tina, mais de Lydie. Je lui rappelais quelqu’un. J’en étais à la fois le portrait à peu près ressemblant et l’antithèse. Trois ans d’amour orageux et très sexuel. De jalousie, de soumission et de domination alternative qui s’était conclue par une séparation en feu d’artifice.

Tina et moi on était juste totalement incrédules, remplis de doute et en même temps totalement euphoriques. Pas de cette euphorie qui vous fait tomber dans les bras, ah non, évidemment pas. Hurlement, engueulade, trois jours à devenir fous sans se parler, réconciliation aérodynamique, atomique, baba au rhum, et etc…

Les gens intelligents ont ceci de particulier qu’ils examinent rapidement leurs émotions, et celle des autres avec le souci de l’entomologiste. C’est pas une autopsie mais presque. Et quelque soit la conclusion, elle donnera généralement lieu à une décision nette, tranchée, rationnelle, ou pas du tout, mais toujours complètement prise en compte. Les gens intelligents ayant ce privilège que l’improbable fait souvent partie de leur vie, et l’irrationnel est un frein très relatif quand on trouve toujours un moyen de retomber sur ses pattes, changer de point de vue, penser autrement, s’adapter, et qu’en plus on y prend plaisir. La vie reprit rapidement un cours normal. Si tant est qu’on puisse appeler normal ce qui suivit.

Comme je l’ai dit Lydie est guide sur le site. Enfin, une des parties. C’est si incroyablement grand, si fabuleux. Et c’est là depuis des centaines d’années, peut-être des milliers. Ce n’est même pas une ville mais plusieurs, plusieurs temples-montagnes, des centaines à vrai dire, et des couches et des couches des luttes d’influence religieuse au sein même de la cité, hindouisme contre bouddhisme, Bouddha contre Ganesh. A l’infini semble-t-il, cathédrale de pierre et d’arbres fabriquée pour les dieux et les rois qui s’abîme dans la jungle et échoue jusqu’à l’âge de bronze dans des replis insoupçonnés. Encore à ce jour on ne l’a pas entièrement découvert, et pendant des années il avait été abandonné à la forêt comme un secret. Sans compter les ravages combinés de la guerre et du pillage. Et aujourd’hui du tourisme.

Je ne sais pas comment ce genre de chose peut venir à un esprit. Je n’ai jamais imaginé la médiocrité comme quelque chose pouvant prendre de l’ampleur, avoir une emphase telle qu’elle puisse effacer jusqu’à la plus petite molécule de doute et d’émerveillement. Mais grâce à mes deux nouvelles amoureuses, je découvre que ce particularisme de la médiocrité est de tous les âges. Il y a les graffitis en khmer, gravés dans la pierre, parfois à demi effacés, parfois visibles à trente mètres. Parfois des mots d’ordre de l’ère Pol Pot ou des insultes, ou le nom d’un soldat paumé par ici. Et puis il y a tous les autres. Gravés, peints, faits au marqueur. Américain, italien, espagnol et bien entendu français. Des coloniaux du Tonkin en passant par Kevin du neuf quatre. C’est indescriptible l’effet que ça peut faire, sur le visage endormi d’un bouddha vieux de huit cent ans, de voir écrit « Viva la Squadra, Forza Italia ! » Un trou noir au cœur du paradis. Un supermarché dans le jardin d’Eden avec les kakemonos néons. Une balle dans la tête de Dieu. Une moustache hitlérienne sous le nez de Madiba. Après ça on a envie de s’enfoncer dans la jungle, grimper en haut d’un temple-montagne et ne plus jamais revenir. Mais c’est pas ce qui se passe. Il se passe qu’on efface cette vision de son esprit, on réduit l’étroit au même mépris, et on se laisse absorber par l’émerveillement. On se pose dans un coin, presque instinctivement, un coup d’œil à droite, à gauche. On cherche du regard son juge intérieur. Des dizaines d’années de préjugés sur soi et sur le monde. Et puis on ferme les yeux, en position du Bouddha, mains ouvertes vers le ciel et on s’en va. Les temples vibrent à l’intérieur de vous. Vous les visualisez dans votre esprit. Vous sentez la présence des jeunes femmes à vos côtés, et vous sentez ce qu’elles ressentent. Vous êtes en rythme, vous commencez à vous élever, à disparaître complètement dans un océan qui ne dit pas son nom, et soudain…. Ça braille.

Soudain un car, un troupeau, des appareils photos numériques cheap, des tee-shirt et des k-way aux couleurs criardes. Des écouteurs sur les oreilles, des casquettes Vintimille, Carrefour à domicile… Soudain une sortie scolaire pour banlieusards privilégiés en pleine montée de sève, des parents, des responsables, proviseurs, professeurs, le tout en néerlandais.. Les touristes ont ceci de particulier que leur simple description est global, mondialisé, uniforme. Ils ont inventé l’homme mondialisé avant son avènement. Déjà avant la chute du Mur, je peux témoigner. Et pas d’erreur ce métissage n’est pas celui des peuples, ou des cultures, c’est le métissage des supermarchés et des agences de voyage mutualiste. Des compagnies low cost et des séminaires d’entreprises. Le néant sans complexe. L’horreur.

J’ai ouvert les yeux et c’est ce que j’ai dit, en imitant Brando à la fin d’Apocalypse Now.

–       Horror…the horror…

Ce à quoi Lydie a répondu.

–       Fuck me…

Et ce n’était pas une proposition.

Puis on est restés là, perchés sur notre caillou, à les observer comme les trois sorcières dans Macbeth. Comme trois tapirs observant une colonie de fourmis, devrais-je dire plutôt. Jusqu’à ce qu’un couillon remarque Tina, avec son short jean et son tee-shirt informe, et lui sourit à la façon d’un idiot découvrant l’usage de l’ouvre-boîte. Deux secondes plus tard bobonne arrive, je me dis que c’est le moment de faire son show d’Altesse Royale. Je me lève, invite les filles une par une à descendre du perchoir, et sans un mot nous allons vers le parking, main dans la main. Sans un mot et surtout sans un regard. Puis, comme de juste, alors qu’elle est bien certaine que nous avons conquis Angkor dans l’esprit de ces petites têtes, que son cul a totalement anéanti les efforts des rois Khmers, Tina m’embrasse à pleine bouche, immédiatement suivie de Lydie.

Pouf, pouf…

Les réactions sont parfaites. On nous lance même en anglais qu’on pourrait aller faire ça ailleurs. N’importe où ailleurs dans le monde, sur les Champs Elysées ou devant le Capitole on aurait joué les punks et on en aurait rajouté dans l’exhib. On était dans notre période fusionnelle, le bras de l’un était l’oreille de l’une, nous n’aurions même pas eu à nous concerter. Mais pas ici. Angkor est sans doute l’endroit le plus mystico-érotique au monde, la pornographie touristique s’y invite en masse, on était pas obligé de s’y plier, aucune envie même. On est rentré, cette fois dans ma lodge. Et le reste ne vous regarde pas.

Cette nuit-là je suis passé aux aveux. Je leur ai tout raconté. Le meurtre, le pourquoi et le comment. Je n’avais pas réalisé que cette histoire avait fait le tour du monde. Totalement occupé par ce qui se passait autour de moi, me forger alibis et figures, m’organiser et observer le merdocosmos, les canards barboter dans leur marigot d’hypocrisie et de culpabilité frelaté, que j’avais mis le monde en parenthèse, dans une dynamique, je dois bien l’admettre, très française. S’il est possible de tomber deux fois dans les mêmes bras en quelques jours d’intervalle, je suppose que l’aube et la matinée qui ont suivi devait être logiquement aussi fou que les nuits précédentes. Hannibal était une star pour certaine personne, et bien entendu pas du tout pour les bonnes raisons. Un acte antisémite pour la défense de la Palestine, l’acte d’un fou génial, ou tout son contraire. Je faisais débat jusque dans les salons chics de la bourgeoisie australienne. Un musicien avait même baptisé une de ses chansons Hannibal Soral… j’avais hâte de l’entendre. Mais avant ça, Lydie tenait absolument à ce que je rencontre Chhay, son arrière-grand-père.

Chhay signifie personne intelligente, bien élevée, charmante, et il porte son nom à merveille. Il est petit et frêle comme beaucoup de Cambodgien, il a l’air d’un caillou avec trois dents en or et une autre percée d’un jade, il est borgne et le blanc laiteux de son œil crevé vous poursuit partout. Il marche lentement, aidé d’une canne d’usage courant, et parle dans un français absolument exquis. Il vit dans une maison traditionnel khmer en bois, au bord d’un grand jardin ponctué d’un potager et gardé par un ombrageux manguier au tronc massif. Ça sent le vert, l’humidité, l’encens et l’herbe à l’intérieur. Les murs du salon sont couverts de photos et de médailles encadrées. Il y en a même une dédicacée de Pol Pot lui-même. Ça me surprend. Je croyais que c’était un sujet tabou aujourd’hui, un interdit absolu même. Surtout ici. Et limite ça me choque. Imaginez que vous vous retrouviez chez un mec qui aurait le portrait d’Hitler chez lui… J’avoue j’ai quelque chose de très protecteur. Quand je commence à tomber amoureux, même platoniquement, de quelqu’un ou de quelque chose je deviens, comme tout le monde j’imagine à divers degrés, plus royaliste que le roi. Les ennemis de mes amis sont mes pires ennemis. Mais ce sentiment d’indignation n’a plus beaucoup de place quand vous franchissez un Rubicon. Que ce soit en tuant, en aimant deux femmes, les deux, ou tout autrement. Certaines lignes franchies dans l’existence n’offrent aucun retour en arrière. On a vu des choses, on a regardé dans des endroits interdits, et le monde et ses contingences ne sont plus du tout les mêmes pour soi. On ne juge plus, on vit le moment parce qu’on le sent, on le sait exceptionnel.

Qu’ils aillent tous se faire foutre. Fuck the world, comme disait Rambo. Fuck you very much (for the fish) and goodbye.

Chhay ne sait pas exactement quel âge il a. Cent trois, cent quatre ans, peut-être plus. Il est né au début du siècle dernier, environ soixante ans après l’arrivée des français. Il a été francisé par les jésuites, passé son Bac à Saïgon parce qu’il n’y avait encore rien ici, et a même enseigné. Il était déjà un vieil homme quand les Khmers Rouges ont rendu ce pays fou.  Mais pas n’importe lequel, un des profs de Khieu Samphân. Ça l’a mis à l’abri du besoin.

–       Alors c’est vous Hannibal, il me fait au bout d’un moment.

Je hausse les épaules. C’est embarrassant la célébrité, mais celle-là, quand même…

–       Oui enfin… je suis pas fou vous savez ?

–       Ah, ah ! Mais non voyons ! Attendez, je vais vous montrer quelque chose.

Il se lève, clopine jusqu’à un buffet, l’ouvre et sort un crâne parfaitement blanc, humain bien évidemment. Et le pose devant moi. Là-bas, j’entends les filles glousser sur le porche, Eros et Thanatos… Sur le crâne je distingue une signature gribouillée, encore une dédicace ?

–       Exactement. Je l’ai cuisiné pour Saloth Sâr.

–       Saloth Sâr ?

–       Celui que vous appelez Pol Pot.

Je suis resté à regarder le crâne songeur et puis je lui ai fait.

–       Ils ont en mangé beaucoup ?

–       Tout le monde mangeait tout le monde à l’époque. Autant de charniers que d’estomacs. L’Angkar condamnait bien entendu. Pratique du fonds des âges… barbarie, arriéré. Mais que voulez-vous…  Les cochons mangent leurs petits comme on dit ici. Les cochons mangent n’importe quoi quand ils deviennent fous.

–       Vous avez essayez ?

–       Comme vous je suppose, il fallait bien goûter si je voulais les cuisiner correctement.

–       Oui.. vous trouvez que ça a un goût de porc vous ? Moi j’ai trouvé que ça ressemblait à l’agneau…

–       Ça dépend ce qu’on leur donne à manger. Comme avec toutes les viandes.

–       Ah oui ?

–       Oui, les miens avaient souvent un petit goût de mangue, ou de patate douce.

–       Ça devait être pas mal.

–       Oui, hélas il y avait peu de viande. Quand la famine touche le bétail…

–       Oui.

Et c’est juste là, juste alors qu’on en était aux considérations culinaires entre cannibales qu’ils se sont pointés. Si, si, incroyable ce sens du timing.

–       EXCUSEZ MOI S’IL VOUS PLAÎT !

–       Oh c’est un spliff ? Dites les filles vous en auriez pas un peu à vendre.

–       Putain trop cool la baraque !

–       T’as la caméra ?

Vous avez déjà entendu un chat en colère quand il grogne parce que l’autre matou du quartier est venu faire son numéro ? Et bien c’est exactement le bruit qui est sorti de la gorge de Tina. Le temps que j’arrive, fonçant dans un connard en mode trekking, elles s’étaient carrément barrées en courant. J’ai juste eu le temps de capter le regard de Lydie. Ça ressemblait au génocide arménien.

Pourquoi j’arrive pas à me faire à l‘idée que cette fille n’a pas l’ombre de sang arabe, perse, syrien ou je ne sais quoi dans le sang ? Enfin bref… Le connard donc. Les connards même. Vingt-cinq piges à tout casser, tout juste sortis de leur probable tournée à Bali, Goa, Pataya et autre lieu de rave extra super techno moon party sur la plage. Trois garçons, deux filles, pas trop vilaines, tous bien roses, bien décorés de clous ethniques, de tatouages à base de symboles bouddhistes, Koi japonais, phrases en sanscrit, idéogrammes chinois… bordel de merde. Un barbu s’approche, carte à la main. Enfin quand je dis s’approche, il est déjà sur le pas de porte, c’est lui qui vient de gueuler et maintenant que je suis dehors, il me touche pour que je le regarde en passant devant moi. Sa main est amicale, il fraternise, il sourit. A part la barbe, il porte un tee-shirt Nirvana, la totale.

–       Pardon hein, tu parles français hein ?

–       No i don’t.

–       Ah, oh euh…

–       Go away this is a private property.

–       Ah, oh, euh…

–       Go now please !

–       Eh oh mais oh ça va l’english t’es pas chez toi ici !

–       Excuse me ?

Là son cerveau s’est rebranché avec son instinct de survie. Je n’avais aucunement l’intention de faire quoi que ce soit mais je sais que mes yeux disaient le contraire. Je sais très bien joué cette comédie-là. Sans doute parce que je sais mieux que tout le monde que ça peut très bien ne plus en être une du tout si on me pousse.

–       Ça va laisse tomber c’est un connard… a fait une fille, juste avant que Chhaye ne sorte.

Si j’avais plus ou moins compris l’effet que je pouvais faire depuis que je me savais capable de tuer, j’ai senti que ce n’était rien par rapport à la nocivité qu’il pouvait dégager d’un seul œil crevé. C’était comme si trois millions de morts vous tombaient dessus d’un coup, un tiers de la population du Cambodge en 1975… Ils se sont barré, n’ont même pas rajouté un truc, hop, évaporés dans la chaleur trouble du midi.

–       Dites-moi Stéphane, m’a-t-il lancé au bout d’un moment…. Vous n’auriez pas envie de faire faire du tourisme à Hannibal des fois ?

–       Ma foi…

J’ai cinquante deux ans et trois mois aujourd’hui. Je n’ai même pas pris la peine de donner ma démission, la fermeture du cabinet a été réglé par un avocat à la famille de Tina. Lydie s’est occupée de me trouver un boulot de cuistot à temps partiels. Le reste du temps je m’occupe des mômes handicapés. Vu le nombre de mines qu’ils ont balancées depuis 53 jusqu’au années 90, il y a de quoi faire. Je fais ça deux mois sur trois. La fin du trimestre je la passe en Australie. Tina se tâte de moins en moins, elle a des projets. Elle est enceinte. Lydie et elle n’arrêtent pas de se prendre la tête, et la mienne je ne vous raconte pas. Elles ne sont pas d’accord sur où élever son enfant. Celui de Lydie, pas de Tina…

Et Hannibal ? Oh bah vous savez que ce c’est… ça fait tellement plaisir aux touristes de manger local…

Kilomètre zéro-Fuck you very much 3

Oui, parmi les quelques métiers que j’ai exercé dans mes efforts pour ne pas dépendre de l’aide publique quinze ans durant, j’ai été cuisinier professionnel. La cuisine a ceci de magique et particulier, au sens alchimique du terme magique, qu’elle offre de transformer. Selon le talent, le produit et la connaissance du produit, plus ou moins bien. Considérant qu’avant tout c’est, comme lors d’un premier rendez-vous, la première impression qui compte, la vue, le parfum, la présentation. Même avec l’aide d’internet, je n’avais pas la moindre idée d’à quoi ressemblait cette chair. J’ai trouvé que ça ressemblait plus à l’agneau qu’au porc. Il fallait bien que je goûte si je voulais accommoder… Mais peut-être était-ce à cause de l’excès de gras. Ai-je été dégoûté à un moment ou à un autre ? Non. J’ai cette faculté particulière de pouvoir switcher. Une fois l’effroi consommé, le moment de stress qu’on ressent obligatoirement au moment de tuer, et les minutes qui suivent. Passé ce cap, et que j’ai appris à regarder le cadavre comme rien d’autre qu’un problème à résoudre, je ne me préoccupe plus du reste. Je l’ai dépecé le plus précisément possible, en me référant à mes cours, comme à une planche anatomique, ça a pris du temps. Mais je dois confesser qu’en tant que cuisinier j’ai toujours aimé travailler la viande. J’en ai fabriqué plusieurs plats. Un curry, des saucisses, de la terrine, du pâté de tête, un splendide tajine aux morceaux de viande confits dans le miel. Une blanquette et deux rôtis persillés et farcis d’une duxelle de ma composition, et bien sûr, des quenelles de « veau ». Bien entendu il y avait des restes. J’en avais fait pour un régiment, trois jours plein de travail, mais je n’avais pas tout utilisé, et nulle part où conserver les restes. Je n’aimais pas beaucoup l’idée d’abandonner ça dans la nature. Moins par peur de la police que je répugnais à gâcher, je trouvais que ce n’était paradoxalement pas très respectueux. J’ai fini par m’y résoudre en les faisant couler dans la Seine, dispersés par petits sacs lestés. J’en ai quand même donné à Nostromo, mon chat, il a beaucoup apprécié.

Restait maintenant plus qu’à en faire cadeau.

 

L’avantage des personnes publiques c’est qu’elles sont faciles à trouver. Sur leur lieu de travail, à l’adresse de la société qui gère leur image ou leur éditeur. On assure l’expédition soi-même, à l’aide d’un deuxième véhicule de location, en veillant un garder son casque sur la tête. La Mercedes et le scooter ont été loués par la même société fictive, après plusieurs coups de téléphone pour voir comment je pouvais m’arranger pour faire payer et livrer par un tiers. Le tiers étant moi-même muni d’un chéquier… volé dans un restaurant.

Oui, j’avoue ce nouveau péché. Je ne suis pas un voleur très enhardi mais les gens sont si peu attentifs que ce serait parfois vraiment un manque de politesse vis-à-vis de la vie elle-même que de refuser le cadeau. Le portefeuille alourdissait une veste sur un porte-manteau, apparemment il appartenait à ce chauve là-bas avec sa chemise à carreau et son cou de poulet. Il engueulait une de ses fils devant sa grasse épouse fière de sa caisse, c’était parfait.

Olivier Gaillard, quel nom…. Ça sentait le bon français contant de son petit ventre. Paye ta location mon couillon.

Et les papiers me direz-vous ? Et bien j’avais les siens, j’ai déclaré mon permis volé, avec une photocopie dudit permis, en échange de quoi le commissariat du quartier m’a produit un titre provisoire, que j’ai scanné, trafiqué et réimprimer. Le loueur n’y a vu que du feu, j’avais appelé également pour préparer le terrain.

Ma première lettre à Soral était étudiée pour qu’il n’y résiste pas. Plein de superlatifs à son endroit, j’y répétais que j’avais lu son ouvrage trois fois, un des plus grands penseurs du 21ème siècle, une icône, je ne ratais aucune de ses vidéos, et que Jésus-Christ notre Sauveur Révolutionnaire l’accompagne. J’avais ajouté que ça serait un honneur pour moi si en plus il portait le pull GIGN que je lui avais envoyé (acheté dans un surplus) tout en dégustant à l’antenne mon panier gourmand. Et bien entendu le paon n’y résista pas. Un peu plus de 400.000 vues sur Youtube, une moyenne pour la vedette des panthéistes et autres illuminés des Illuminatis. Ça lui sembla si bon apparemment qu’il picora de la saucisse et du rôti froid juif pendant toute la vidéo…

C’est la dernière partie de ma farce qui a été la plus compliquée à mettre au point. J’avais longuement réfléchi à la question sur le comment de la révélation, je savais que si je la rendais publique sur le net je ferais trois choses, me mettre en danger, faire exploser les parts de marché de Youtube et rendre fous les médias. C’est l’inconvénient de l’informatique, elle est autrement plus facilement traçable qu’un colis sous pli anonyme, livré au magazine Détective. Je savais que ledit magazine, aussi effroyable cela puisse paraître, ne bidonnait pas ses unes. Ils exagéraient sur le choix des mots, mais ils relataient dans la plupart des cas des affaires réelles, et de manière beaucoup plus pointue que la plupart de leur confrère. Méprisés par la profession ils étaient pourtant d’excellents charognards, beaucoup plus rigoureux, et nettement moins enclins à interpréter les faits, voir les inventer de toute pièce. J’avais lu l’interview de son directeur, il m’avait fait l’effet d’un personnage haut en couleurs, grossier et fort en gueule, il était impossible qu’il résiste si je lui apportais des preuves du forfait, vérifiable par la police. J’avais filmé une partie de la préparation, avec une GoPro pour que ça soit parfait et pratique. L’engin posé sur le front ou un bras, filmant mes mains gantées. Des gants d’abattoirs, noirs, avec des manches longues, achetées ans un magasin professionnel, un lot entier. Je lui ai donc envoyé un montage du film, accompagné de la Chaïm que j’avais trouvé autour de son cou. Le film se concluait par le message suivant : « Cher Alain, comme j’ai pu voir tu as apprécié ma modeste contribution à ta gloire. Puisque tu aimes casser du juif, j’ai pensé que tu aimerais en manger. Celui-là était bien gras et sioniste comme tu les aimes. Pardonne-moi si je ne t’ai envoyé que les saucisses, le rôti et la blanquette, j’ai pensé que tes amis aimeraient partager cette dégustation avec toi. J’ai réservé les quenelles pour Dieudo, bien entendu, je ne sais pas si Marine apprécie autant le tajine que son père, on m’a dit que Jean Marie était très amateur. Quand à Monsieur Faurisson, je sais qu’il raffole de curry. En vous souhaitant un bon appétit à tous, votre dévoué H ».

 

J’avoue j’ai un peu péché par cabotinage sur ce H. Considérant le procédé, et mon métier H ne pouvait signifier qu’Hannibal… du reste le lien a été immédiatement fait quand Détective a lancé sa une…. et sur cette affaire, le patron de ce journal m’a proprement épaté. Il aurait voulu m’aider à brouiller les pistes et tenté de m’encourager qu’il ne s’y aurait pas pris autrement. La première une se terminait par un point d’interrogation : Alain Soral mange-t-il un juif ? Et l’article relatait l’enquête que menait lui-même le journal à propos de l’envoi qu’il avait reçu, promettant de nouvelles révélations à venir. Comme de juste, et avec un sens tout à fait prévisible de la dérision et de la provocation, les compères Soral et Dieudonné s’exhibèrent quasiment dans la foulée, qui avec ma blanquette, qui avec ses quenelles… qu’ils dégustèrent face caméra avec moult quolibets à l’égard de Détective et de la presse en général. Soral nous gratifia même d‘un préchi-précha sur le magazine, journal satanique, assommant les masses en leur vendant de la peur à travers des mensonges grossiers et qu’il allait s’empresser de démontrer durant les deux heures qui suivraient. Après quoi il passerait à autre chose, on avait mieux à faire. Je n’ose même pas imaginer le plaisir qu’a dû ressentir mon publicitaire N°1 quand il a sorti sa seconde une. Ça se sentait jusque dans le titre : Affaire Soral, la quenelle d’Hannibal. Et la quenelle c’était quelques extraits photo du film de mon forfait, accompagnés du résultat d’analyse du laboratoire. J’avais expédié une de mes saucisses avec. Plutôt que d’alerter immédiatement la police, le magazine était passé par un véritable cabinet de détective, comme il l’expliquait eux-mêmes avec une franchise rafraichissante.

 

Tout le monde est au courant aujourd’hui. Hannibal a fait la une non-stop pendant quasiment deux mois.  Et comme vous pouvez le constater ça a rendu tout le monde complètement cinglé. Valls en est à sa 142ème apparition-déclaration visage méchant on-va-l’avoir. Notre bien aimé président est allé déposer une gerbe au monument dédié à la Shoah, comme de juste, les yeux tout rond, sévère et indigné dans son petit costume mal ajusté. Marine a fait sa pleureuse à la Licra et au CRIF, son père a même porté la kipa. Et Israël a envoyé très officiellement une poignée de paras protéger les écoles, au cas où il me prendrait de vouloir faire bouffer un gosse à quelqu’un.

Fa-bu-leux !

 

Mais c’est pas le plus beau. La police n’a strictement aucune piste. Le médaillon ? Il a été acheté en Israël dans une boutique souvenir, et je le sais parce que les journalistes sont indiscrets et les sources innombrables. Il est intraçable. L’analyse de la viande n’a rien donné, et ne peut d’autant rien donner que justement elle a été transformée avec soin. L’alchimie de la cuisine… si vous ne comprenez toujours pas, demandez un Mc Nuggets…Les paquets ? Papier banal, carton commun, carte de visite en machine et trafiquée à l’ordinateur. Le film ? Comme vous le savez si vous vous êtes procurés la vidéo qui a fini sur le net, le montage ne montre que mes mains, quelques outils, et une partie de la préparation des recettes. On ne voit jamais le cadavre en entier, à la limite on pourrait croire que c’est faux. C’est d’ailleurs ce qui a alimenté la polémique jusqu’à ce que ce cas de cannibalisme involontaire soit confirmé. Et la disparition de monsieur l’administrateur me direz-vous ?

Ça c’est la cerise sur le gâteau.

 

Comme c’était prévisible elle a été signalée assez rapidement. Non pas par sa famille mais par la clinique elle-même. Et avant que l’affaire d’Hannibal n‘éclate. La voiture, retrouvée à la fourrière trois jours après le signalement, a été saisie par la police et passé au peigne fin. Et j’ai même été interrogé figurez-vous. Mais absolument pas sur ma relation avec lui, ou bien si j’avais un genre d’alibi, non. La clinique avait signalé sa disparition pour la simple raison qu’on avait remarqué un gros détournement d’argent dans les comptes. Plus de 150.000 euros le bougre !

Sans le savoir j’avais tué un escroc qui avait toutes les raisons de prendre la fuite. D’après ce que m’a raconté le directeur, il y a même un mandat d’amener international contre lui. J’hésite… Je suis allé chez lui, j’ai trouvé quelques vidéos dans son ordinateur. Instructives on va dire. Et terriblement prévisibles finalement si l’on tient compte de l’ensemble du personnage, tel que je l’ai connu, tué, et redécouvert depuis. En gros il aimait bien aller en Thaïlande et en Espagne. En changeant la date sur la vidéo, quelque part dans une chambre sordide de Pataya….

 

Non. Je ne le ferais pas. J’ai déjà eu un bol phénoménal à son seul sujet. Les limiers de France et d’Israël courent dans tous les sens depuis deux mois à la recherche d’un Hannibal Lecter crypto nazi, et rien que ça aussi, cette référence est tout à fait inappropriée si quelqu’un relie les deux affaires. Je me suis organisé une farce, et les meilleurs plaisanteries doivent avoir une fin. Le spectacle me suffit.

Quand je regarde la télé et internet en ce moment, j’ai l’impression d’être à un balcon observant un feu d’artifice. Heureusement qu’il y a l’opération en Centre Afrique, j’en aurais presque la grosse tête sinon. Ça donne des idées, des envies. Ça fait pousser des ailes en tout cas.

 

–       Vous êtes ici pour les vacances ?

–       Oui, je trouve qu’il n’y a rien de mieux que le hors saison. C’est moins cher, il y a moins de touristes, et on découvre les lieux comme les gens d’ici les vivent, pas comme une seule carte postale.

–       Je déteste les touristes.

–       On devrait les donner à manger aux gens.

Je ne saurais dire si je suis tombé amoureux d’elle à ce moment-là, ou quand je l’ai vu assise, là, toute seule avec son portable et son cocktail, à demi plongée dans la piscine. C’est étrange d’ailleurs, d’habitude, les très jolies filles me paralysent. Je perds totalement mes moyens, subjugué que je suis. Mais je suppose que c’est l’effet « vacances ». Ou alors c’est le sentiment d’accomplissement. Je ne sais pas. J’ai l’impression d’avoir refermé une porte je suppose. C’est généralement l’effet que ça me fait de partir en voyage. Sans doute parce que c’est toujours comme ça que j’ai agit dans ma vie pour mettre fin à des chapitres. Et en débuter d’autre. Voyager pour moi c’est comme de faire peau neuve. Si je pouvais, je ne reviendrais jamais. Et vous savez depuis combien de temps je ne suis pas parti ? Depuis cinq ans ! Et le dernier avant ça il remontait à 2003 ! Et encore, c’était pas un voyage, c’était la Suisse. Probablement le pire endroit au monde après la France. Même si c’est quand même beaucoup plus joli, reconnaissons-le. Bref, j’ai posé mes vacances, j’ai bien entendu dit où je séjournerais à la clinique, on peut me biper si besoin. Je suis un homme qui n’a rien à se reprocher, pas de mystère. J’ai économisé environs trois mille euros depuis que je suis psychologue clinicien (s’il vous plaît) revendu plusieurs des outils que j’ai utilisés, dans les brocantes, et sur internet, rayon pro, sans préciser l’usage bien entendu. Je ne toucherais aucun droit, et le spectacle gracieusement offert m’avait valu des frais. Tout cumulé ça m’a rapporté environ deux milles de plus, non déclarés bien entendu, cinq mille au total, de quoi m’offrir un voyage d’une semaine dans un paradis, le Sala Lodges à Siem Reap, Cambodge.

 

Depuis que je suis tout petit je suis très intéressé par l’Asie, mais par un coup du sort, je n’ai jamais jusqu’ici réussi à y aller. J’ai visité trois continents, deux Amériques, et même un pays qui n’existe plus, l’Union Soviétique, mais pour une raison ou une autre, la seule destination qui m’a jamais réellement fasciné m’a toujours été interdite par le sort. Et pour être plus précis au sujet de cette destination-là, le temple d’Angkor git dans mes rêves depuis l’enfance. Au même titre que les aurores boréales, le bush Australien, Hong Kong, l’Indonésie, ou le delta du Mékong. J’avais l’impression qu’une partie de moi se trouvait là-bas depuis toujours. Je réalise sans surprise que c’est vrai.

Si je devais faire une rapide auto analyse de bazar, je dirais que la raison en est mon père. Il était toujours en Asie, en Inde plus exactement, qui ne me tente pas du tout. Grand voyageur, qui nous laissait moi et ma sœur en compagnie d’une mère névrosée. On ne s’aurait lui en vouloir totalement. Et dans l’acceptation où je tenais auprès de ma pauvre mère, déjà, le rôle de « psychologue », de confident, de petit fiancé, et parfois de fils, je peux penser que je me suis tenu jusqu’ici fidèle. M’interdisant inconsciemment l’Asie pour ne pas faire comme le pater, et trahir la mère, implicitement.

C’est possible.

Ou bien qu’il y a une part en moi de purement mystique, une poésie particulière jusque dans l’air et la lumière qui me parle et que je me suis interdit comme je  me suis interdit quantité de chose depuis un demi siècle, je ne sais pas, je découvre et je m’émerveille chaque jour un peu plus.

Et voilà maintenant qu’elle débarque…

 

La vie est amusante, et pleine de mystère dit-on. Même si en réfléchissant le mystère était éventé. Il y avait tout de même des chances que de provoquer de tels bouleversements en entraineraient d’autres pas moins bouleversants. Il était moins probable en revanche qu’ils fussent aussi positifs. Pas que je m’attendais à finir en prison, même si j’avais envisagé la question, je n’aurais jamais pensé que ça se dénouerais aussi magnifiquement pour une affaire finalement si parfaitement abjecte.