Exception culturelle

Ça n’aura pas échappé à ceux qui me lisent j’écris en ce moment une série de nouvelles autour du trafic de stupéfiants. Tous les stupéfiants, sauf un, le légal, l’alcool. Cette idée de nouvelles m’est venue un jour de colère et de frustration. Après m’être à nouveau fait lourder d’une cuisine, pour aucune raison valable, je me suis dit que j’aurais plus intérêt à devenir dealer. J’ai déjà une clientèle possible, et pour l’achat, je n’ai qu’à me tourner vers un des innombrables dealers de mon quartier pépère. Pratiquement, sans trop de risque, en utilisant mon seul RSA, je pourrais arrondir mes fins de mois à raison de 500 à 1000 euros par mois. Pour atteindre 1000, il faudrait que je vende 50 barrettes, sachant qu’en théorie pour l’achat d’un 250 grammes je peux en tailler 125… Si ce trafic ne dépasse pas les frontières de mon immeuble, et si je sais gérer ma clientèle, il n’y a aucune chance que la police s’en mêle. Pas plus qu’elle ne se mêle de l’existence de tous les dealers de mon quartier. Les lyonnais que je connais ici et que je ne vois jamais ne décolleraient plus, et une quantité de filles me trouveraient d’un coup sexy au seul fait que je peux fournir. J’en profiterais pour acheter légalement des dérivés des ectas, livrables par la poste, et sans risque, puisque ces dérivés ne sont pas encore recensés sur le tableau de la mort des produits illégaux. A raison de 10 euros le cachet, je risque de rentabiliser vite fait (prix unitaire : 4,50 euros) surtout si je le fais passer pour un ecta pur… j’en commande 10, 45 euros, je les revends disons 20, bénéfice 155 euros sans bouger de chez moi. Ici pas de risque de me faire virer, et pas le moindre impôt, Urssaf, RSI sur le dos. Quand je dis que les dealers ont plus de latitude que le moindre entrepreneur en France, je sais de quoi je parle. Donc, fort de ce texte, je me documente sur le sujet, et j’avoue que plus j’en apprends, plus… c’est tentant.

Mais il est probable que je ne le ferais jamais. Depuis 35 ans que je fume je vis dans un camp d’internement qui s’appelle la France. La dernière fois que des flics m’ont pris avec un joint à la main, ils m’ont simplement expliqué que j’aurais dû faire ça chez moi, avant de repartir avec mon joint pour se le fumer.  Oui, chez moi, en me cachant, comme depuis 35 ans. Or en 35 ans, il n’aura échappé à personne que le trafic a littéralement explosé en France, et ceci malgré la loi la plus répressive de toute l’Europe. Mais il est vrai que je vis dans un pays exceptionnel, il est normal donc que nous soyons en toute chose l’exception. Ainsi l’article L670 interdit notamment  le prosélytisme en matière de drogue, toute drogue confondue, ainsi que la vente de tout produit relatif à sa consommation, papier, pipe, etc. C’est-à-dire tout ce qu’actuellement vous pouvez trouver dans n’importe quel magasin pour jeune, et dans la plupart des bureaux de tabac, vendu par la marque OCB. OCB a été revendu par le groupe Bolloré, auquel il appartenait, à un leader de la clope à rouler américain (et accessoirement, contrairement à ce que prétend la légende, n’a jamais financé le FN). Considérant les difficultés financières de notre exceptionnel pays, aucune chance qu’on essaye d’appliquer la loi à son niveau. Quant aux pipes à eau, zipsi, shilom et autres blender qu’on peut voir dans les vitrines, aucune chance non plus que les centaines de magasins qui en vendent en France se voient légalement fermer par la police. Car en réalité nous ne vivons pas dans un pays d’exception, mais de corruption, ça rime, mais c’est moins joli.

 

L’alcool, la drogue dure légale.

Ainsi l’article L670 a été voté par une petite dizaine de députés, il y a 40 ans, à une époque où le nombre de condamnation sur ce sujet n’atteignait même pas les 1000. Quarante ans plus tard, il y a 13,5 millions de français qui déclarent avoir fumé au moins une fois dans leur vie, dont 3,5 millions d’usagers courants, et là-dedans 45% des 15-35 ans. Un million et demi déclarant avoir pris de la coke, dont  500.000 seraient des consommateurs réguliers, et il y aurait entre 140 et 170.000 usagers réguliers d’héroïne. Le tout contre environ 44 millions de consommateurs d’alcool. Et c’est bien là où le bât blesse.  En France, en réalité la seule exception qui compte, c’est l’argent. L’argent pour nos députés s’entend. Ainsi la très influente  Association Nationale des Elus du Vin (ça s’invente pas) avait déjà réussi à alléger la loi Evin, et elle fait ardemment campagne pour nous faire croire que le vin est bon pour le coeur, qu’à raison de 3 verres par jour, on est même dans la pratique de santé parce qu’on lutte contre le cholestérol….Or d’une ce que ne disent jamais les études payées par les lobbies du vin, c’est qu’en réalité cette vertu dépend totalement de la provenance du vin, le blanc par exemple ne présente quasiment pas ces caractéristiques, pas plus que les vins jeunes. Et de deux, considérant le nombre de pesticides et de sulfates utilisés, rassurez-vous, votre cancer du pancréas ne se doublera pas d’un excès de cholestérol…  Mais ce qu’on ne dit surtout jamais en France, c’est que le coût social de l’alcool s’élève ici à 17,6 milliards d’euros… que l’indice addictogène de l’alcool est de 10 à 15% c’est-à-dire le même que le cannabis… et que la coke, contre 60% en ce qui concerne le tabac et l’héroïne. Qu’enfin, si on nous tanne chaque année avec les dangers du cannabis, relayé par une presse totalement aux ordres, on ne nous donne jamais l’avis des médecins concernant l’alcool, cette drogue que les neurobiologistes appellent « la drogue sale ». Et oui, car l’éthanol  s’insinue dans des dizaines de circuits du cerveau et interfère avec de nombreux systèmes chimiques cérébraux à la différence d’autres drogues comme la cocaïne ou les opiacées qui ne s’attaquent qu’à un seul système. Je cite un médecin, le docteur Loweinstein : « elle interfère avec de nombreux systèmes chimiques cérébraux. Pas seulement le système dopaminergique, mais aussi les systèmes sérotoninergiques (souvent impliqués dans les régulations de l’humeur et les processus dépressifs), GABAergiques, ou encore ceux du glutamate (qui jouent un rôle clé dans le contrôle de l’anxiété et des émotions). De plus, l’alcool agit directement sur les membranes de la plupart des cellules cérébrales. Cela explique, en partie, les grandes variations d’effets neuropsychiatriques de l’alcool d’un individu à l’autre, mais aussi l’étendue de ces méfaits sur les équilibres émotionnels, sentimentaux et relationnels ». Mais bon, n’oublions pas que selon je ne sais quel ministre de l’agriculture, l’alcool n’est tout simplement pas une drogue. D’ailleurs, ni le tabac qui est donc aussi addictif que l’héroïne, ni l’alcool ne sont sous le coup de la loi de 70, faut pas déconner non plus avec les lobbies et leurs amis députés.

 

L’argent, la véritable exception culturelle française.

Les français ont cette image bien arrêtée des Etats-Unis qu’il s’agit d’un pays où l’argent a le dernier mot, toujours. L’image rassurante que la valeur numéro un aux USA est le fric, et que les américains ne pensent tous qu’à ça. Ils sont l’inventeur du capitalisme paraît-il, et pire les chantres du fameux « ultra libéralisme » les salauds. Si on s’arrête sur le sujet unique de la drogue, par exemple, malheureusement il semblerait que la France soit beaucoup plus portée sur les bénéfices que nos cousins d’outre atlantique. Ainsi si l’opium fut finalement interdit en 1903 sur notre territoire, il fallut attendre 1947 pour qu’il cesse d’être légal en Indochine, il faut dire qu’il rapportait des montagnes d’argent. Tellement que suite à cette interdiction, la SDECE va utiliser l’opium pour financer sa guerre de contre insurrection en Indochine, jusqu’en 54… exactement comme le feront du reste les mêmes USA à partir de 63, dans le même contexte. Mais ce n’est pas là où nous sommes réellement exceptionnels donc. C’est dans le rapport très particulier que nos élus ont avec la loi et l’argent. Et ici le mieux ce n’est pas de faire le détail mais une liste, elle est édifiante. Vous la trouverez à la fin de ce texte. J’ai sélectionné dans ces listes copiées sur le net, uniquement les élus condamnés pour abus de confiance, prise illégale d’intérêts, fraudes diverses. J’ai, et la liste est déjà interminable, exclu les mises en examen qui n’ont abouti nulle part ainsi que les politiques condamnés, pour violence, proxénétisme, viol, pédophilie, non respect du droit du travail, diffamation… En tout, ça fait juste un peu moins de 80 députés ou sénateurs qui ont été condamnés, et parmi les figures de proue, comme Juppé, Balkany, Pasqua, Mauroy ou Emmanuelli, pas un seul n’a fait ne serait-ce qu’une minute de prison, et tous ont gardé leur statut très privilégié de député, ex ministre et/ou sénateur.

 

La France, le pays des privilèges légitimés

Récemment une minuscule poignée de députés avides de se faire bien voir pas l’électorat ont demandé l’abolition de leurs privilèges… réponse de la majorité de leurs collègues, le mépris, il n’y a simplement pas de privilèges… pour autant… un ministre au chômage touchera pendant six mois jusqu’à 12000 euros, c’est-à-dire le maximum en terme de plafond d’allocation chômage, là où un cadre bénéficiant d’un salaire de 10000 euros ne touchera que la moitié en indemnité. La retraite d’un député s’élève à 1553 euros, s’il n’a fait qu’un mandat, et jusqu’à 6192 (le plafond) selon le nombre de mandat (au pays des cumulards…). D’ailleurs qu’on se rassure, même battu aux élections un député peut toucher pendant 6 mois environ 5400 euros (c’est-à-dire ce qu’il toucherait s’il était encore à l’assemblée). Somme dégressive, certes, qui 4 ans plus tard ne représentera que 20% de ces 5400, soit : 1080 euros… Et s’il trouve un boulot moins bien payé, le pauvre, on pourra lui accorder le différentiel… Et rappelons que la retraite commence pour eux à 60 ans. Il faut ajouter que si la retraite d’un salarié représente 2,4% de sa paye, les députés eux ne cotisent qu’à hauteur de 0,5%…on ajoutera à ce pactole, 7100 euros brut d’indemnités mensuelles, 6412 euros d’indemnités représentatives de frais de mandat, plus une ligne de crédit de 9138 euros pour rémunérer ses collaborateurs (14000 pour le président de l’assemblée) plus la gratuité des transports en 1er classe, le remboursement intégral des frais téléphoniques et d’internet. Auquel on devra toutefois ajouter jusqu’à 2757 euros, imputables aux autres éventuels mandats que nos cumulards pourraient avoir. Bien entendu on ne comptera pas en plus, les voitures et les appartements de fonction, les voyages gratuits (enfin pour eux, pas gratuits pour les administrés) le personnel de maison, les repas à l’œil… etc. On comprend mieux pourquoi l’ex ministre, sénateur, député européen, « hors système » Mélenchon ne veut pas voyager avec la plèbe en classe éco. Moralité en France, si tu veux gagner ta vie correctement deux solutions : député ou dealer. Sachant bien entendu que l’un n’empêche pas l’autre.

 

La révolution selon les français : voter pour le FN

Fort du nombre de scandales financiers, de l’état déplorable des finances, et de la complète inaction de nos hommes politiques autre que dans le cosmétique, les français, peuple de droite avec le cœur à gauche, menacent régulièrement leurs privilégiés de voter pour les très méchants fascistes des rentiers Jean-Marie et Marine Le Pen. Ça fait peur, hou ! Ça m’a toujours semblé bizarre comme réaction. Depuis l’ère Mitterrand, le FN passe pour le grand méchant loup, et à chaque élection les privilégiés de nous bramer, c’est moi ou la dictature. Visiblement un jeu qui amuse beaucoup les électeurs puisqu’ils menacent régulièrement leur député de préférer ladite dictature. En plus ils sont racistes dis donc, trop la honte… mais la question que je me pose toujours c’est concrètement pourquoi ils voteraient exactement. Parce que soyons clairs, politiquement parlant, le FN est un fourre-tout de frustrés. Vous avez les monarchistes, les identitaires, les Maurrassiens, les nationalistes, les néo nazis, les chrétiens ultra, tout ça dans un même groupe. Les identitaires et les néo nazis sont généralement paganistes, les maurrassiens et les monarchistes haïssent la république, les ultra cathos également. Sans compter les amis du régime syrien (le chargé de com de Marine Le Pen) les danseuses du grand mytho Serge Aouib dit Badskin dont l’heure de gloire n’a jamais eu lieu que dans sa tête, et dont la seule condamnation fut pour trafic d’anabolisants, lui qui se vante tellement d’avoir mis les Halles en coupe réglée dans les années 80. Exploit qu’apparemment tous ceux qui s’affrontaient là-bas dans les mêmes années ignorent totalement. Là-dessus on ajoutera que la droite nationale, comme elle s’intitule elle-même, de Rivarol au Crapouillot en passant par Minute, récuse totalement le discours de la très rouée Marine Le Pen qu’ils méprisent autant pour ses amitiés que pour son discours, mélange de socialisme allégé, et de droite classique. Pour le coup Marine retourne aux fondamentaux du parti, à savoir le poujadisme, puisque c’est en quittant le parti de Poujade que Le Pen père fonda son parti. Passant en 40 ans du borgne à béret rouge et bandeau de pirate gonflant la poitrine dans les meetings, au gendre idéal, cheveux teints et œil de verre, costume sur mesure. Donc pour qui ils voteront ? En réalité personne. Ils voteront comme toujours pour un discours, du bavardage entonné cette fois avec des gros bras. Il faut dire que le parti de la tête haute et des mains propres, cumule (parti, représentant politique et membre) un total de 51 condamnations dont 5 pour meurtres, et pour le seul Jean Marie Le Pen, 24 condamnations… En gros, par esprit de révolte contre des corrompus, les français menacent de voter… pour des repris de justice… ça semble logique finalement, plutôt que d’élire des criminels sans casier, voter pour des criminels avec casier…

 

La culture, l’autre exception financière.

Reste un domaine où nous sommes censés exceller, et même être une figure de proue, un phare pour le monde, notre culture. Elle est riche, certes, mais à l’heure actuelle elle est surtout riche en euros et totalement cooptée par une poignée de privilégiés. Prenons l’exemple du cinéma. Toutes les productions peuvent bénéficier d’une aide de l’état qu’on appelle l’avance sur recette délivrée par la CNC. Il ne s’agit rien de plus que du dumping pour faire face à la très pugnace concurrence américaine. Dumping que d’ailleurs dénonce l’immensément riche Hollywood qui déteste perdre le moindre centime. Il ne vient bien entendu pas à l’idée ni des producteurs, ni du ministère de la culture qu’avant de pleurer il faudrait avoir des idées et fabriquer des films qui puissent dépasser le seul territoire français. Or cette année pas une seule des grosses productions françaises n’a fait le plus petit bénéfice, et sans la CNC et la télévision, il est probable que les maisons Gaumont et UGC boiraient la tasse comme est en train de la boire Besson qui lui se sauve uniquement avec ses films d’action cheaps qui sont les seuls à se vendre à l’international (et pour cause, Besson utilise des vedettes d’outre atlantique). Pour autant depuis 20 ans ce sont les mêmes acteurs, réalisateurs, scénaristes et producteurs que nous voyons se pavaner, la plupart totalement inconnus hors de France, et pourtant tous extrêmement bien payés en dépit de leurs insuccès chroniques. On se souvient de la polémique sur le salaire de Depardieu (qui lui tourne à l’international) modéré par certains producteurs qui dénoncent justement ce système, qui veulent que sans CNC et sans rachat par les télés, eh bien le cinéma français, en l’état, serait mort. Même chose pour la littérature. Pendant que Grasset et Gallimard s’arrogent chacun leur tour les prix littéraires, il y a environ une cinquantaine d’auteurs en France qui vivotent grâce à leur plume et seulement une dizaine qui gagnent très bien leur vie, en cumulant généralement à l’instar des politiques, émissions télé, métiers d’éditeur, de scénariste ou directeur de collection, et le tout en vendant des livres médiocres que la presse relaiera absolument partout au même titre que la grande distribution. Dans ce lot d’écrivains, pas un seul ne sort des classes populaires bien entendu, et aucun, au contraire des écrivains américains, n’a jamais fait grand-chose de sa vie. Oui je sais Beigbéder à été pubard dans la même et unique agence pendant 10 ans… et Nothomb fut vaguement traductrice il y a fort longtemps, avant de recevoir un prix pour un livre à l’écriture scolaire. Que reste-t-il ? La Sacem ? La Sacem est la plus magnifique machine à voler le travail des artistes. Un contrat Sacem ça court sur dix ans, et pendant 70 ans elle pourra percevoir des droits sur ta musique, sachant qu’en plus, en signant avec la Sacem on lui cède la totalité de ses droits de gestion sur sa musique. Concrètement si pour une raison ou une autre la Sacem décide de faire interdire ta musique, ici ou ailleurs, elle le peut ! Et pas question de faire ce que tu veux de ta musique, décider de la laisser diffuser par un pote par exemple, elle appartient désormais à la Sacem et ce pour une période complète de 10 ans. Ajoutons que si vous possédez un établissement où vous voulez diffuser de la musique, il faudra également payer la Sacem et ce même si l’artiste ne vit pas en France, ne paye pas d’impôts en France, n’est même pas français et qu’il n’a jamais entendu parler de la Sacem. Pareil pour la SACD qui contre une cinquantaine d’euros protègera, tout manuscrit pendant… 4 ans. Au-delà, si tu ne renouvelles pas ta cotisation, ton manuscrit tombe dans le domaine public…

Quant aux médias dans leur ensemble… la réalité c’est que les médias français sont cooptés par une cinquantaine de journalistes et d’experts auto proclamés, qui passent sur l’ensemble des chaînes radio et télé (toute propriété soit de Bolloré, Bouygues, Serge Dassault ou Lagardère) pour relayer le discours officiel contre de très, très juteux salaires (salaires + « ménage » au compte des très grosses entreprises). Discours de leurs amis d’enfance et relations, puisque seulement 10% des élèves des écoles de journalisme viennent des classes populaires… Face à ça, régulièrement, le statut des intermittents du spectacle est remis en cause, ici traité comme des privilégiés… Or tout le monde sait parfaitement dans ce milieu que par exemple un simple cadreur (affilié à la fameuse caisse donc) pourra sur un plateau remplir 3 postes différents, pour deux ou trois jours de boulot, et qu’il ne sera pas question pour lui de protester qu’il n’est pas payé pour monter le décor sans quoi au revoir et merci. Et que dire des centaines de milliers de pigistes et d’auteurs divers qui remplissent les colonnes de nos journaux, signées par d’autres, et écrivent les livres de plus célèbres qu’eux qui en échangent passeront pour des hommes de lettres (PPDA par exemple, mais il est loin d’être le seul)

 

A ce genre de constat les francais ont toujours ce même réflexe, ce même discours : c’est pas mieux ailleurs. Hélas je suis au regret… que ce soit au Royaume Uni ou en Allemagne, ou encore dans les pays du nord, un député ou un ministre pris la main dans le sac à bonbons, n’est pas forcément condamné, mais démissionne forcément. Le Portugal, l’Espagne, les Pays-Bas, l’Italie ont dépénalisé l’usage du cannabis et même au Portugal de toutes les drogues, et dans un certain nombre de pays c’est parfaitement légal et normal de consommer. Même au Mexique qui a signé comme nous la convention de 61, et qui est en proie à une guerre des narco trafiquants, on peut en posséder jusqu’à 5 grammes… Aux Etats-Unis, un film qui fait un four n’a pas de CNC ni de télé derrière pour racheter ses pertes, ça peut même mettre fin à la carrière d’un acteur, d’un réalisateur ou d’un producteur qu’il soit connu et célébré et puissant, ou non. Les plus grands auteurs américains, à quelques exceptions près ont tous un deuxième métier, et surtout ont généralement bossé toute leur vie et n’ont jamais ou rarement été couverts de prix, ce qui ne les empêche pas d’être lus dans le monde entier (une dizaine d’auteurs en France sont traduits…)

 

Bref, en gros, la fameuse révolution française n’a abouti… qu’à très exactement les mêmes problèmes qu’avant. Les bourgeois ont pris la place des aristocrates, ils se sont distribués le pouvoir, et 224 ans plus tard strictement rien n’a bougé. Ah si, un truc, Diderot a plusieurs lycées à son nom, et s’il était encore de ce monde, il passerait 700 fois par an à la télé. Toucherait 50.000 euros pour une émission hebdomadaire, un million en avance sur recette pour écrire un ouvrage de 130 pages qui surtout ne ressemblerait pas à Jacques le fataliste, sans quoi l’éditeur lui expliquerait sans doute qu’on ne comprend rien et qu’il n’y a aucune scène de cul. Je ne sais pas si c’est vraiment mieux ailleurs, mais ça va quand même être difficile de trouver pire, Corée du Nord, Chine et républiques bananières exceptées.

 

Liste des élus condamnés en France.

 

Alain Carignon (UMP) 1999, condamné pour corruption, abus de biens sociaux et subornation de témoins.
Alain Ferrand (UMP) 2006, condamné pour faux et usage de faux. 1998, condamné pour prises illégales d’intérêts et condamné pour fraude fiscale.

Alain Juppé (UMP) 2007, condamné pour abus de confiance, recel d’abus de biens sociaux, et prise illégale d’intérêts.

Bruno Sandras (UMP) 2011, condamné pour détournement de fonds publics et prise illégale d’intérêts.
Charles Pasqua (UMP) 2009 à 2010, condamné pour trafic d’influence, pour favoritisme, pour faux, financement illégal de campagne et abus de confiance. Il est cité dans l’affaire de recel d’abus de biens sociaux pour l’association France Afrique Orient. Il également mentionné dans l’affaire du financement occulte du ministère de l’Intérieur et de l’Union des groupements d’achats publics.
Claude Polony (UMP) 2001-2009, reconnu coupable de prise illégale d’intérêts, favoritisme et détournements de fonds.
Daniel Simonpieri (FN puis UMP), condamné pour favoritisme, fausses factures et emploi fictif. Il avait déjà été condamné pour harcèlement moral.

Denis Jacquat (UMP) 2011, condamné pour abus de confiance et infraction à la législation sur le financement des campagnes électorales.

Didier Schuller (RPR-UMP) 1994, il s’enfuit aux Bahamas après la révélation d’une tentative de déstabilisation du juge Éric Halphen puis il continue sa cavale en Dominique Républicaine où il bénéficie d’une protection diplomatique, avant de revenir en France.> 2005, condamné pour financement illégal de sa campagne.> 2007, condamné pour avoir fait financer de façon occulte des activités politiques.

Dominique Paillé (UMP) 2004, condamné pour abus de confiance.

Gaston Flosse (UMP) 2011, alias monsieur 10%, condamné pour détournement de fonds publics et prise illégale d’intérêts.

Gérard Larrat (UMP) 2011, condamné pour constitution de partie civile abusive ou dilatoire dans le but de nuire à son adversaire socialiste.> 2011, mis en examen pour complicité d’atteinte à la sincérité du scrutin, complicité de faux administratif et usage et complicité de manœuvre frauduleuse tendant à l’exercice irrégulier du vote par procuration, son élection a été annulée.
Gilles Forray (UMP) 2006, condamné pour corruption passive et recel d’abus de biens sociaux.
Guy Drut (UMP) 2005, condamné pour avoir bénéficié d’un emploi fictif.
Henry Chabert (UMP) 2002, condamné pour recel d’abus de biens sociaux.

Jacques Masdeu-Arus (UMP) 2006 à 2009, condamné pour corruption passive et recel d’abus de biens sociaux.

Jean Reynaud (UMP) 2004, condamné pour prise illégale d’intérêts. 2006, condamné pour harcèlement moral et dégradation des conditions de travail.
Jean Tiberi (UMP) 2009, condamné pour occupation illégale des locaux de sa permanence et fraude aux électeurs.

Jean-Louis Garnier (UMP) 2011, condamné pour coups et blessures.

Jean-Louis Masson (UMP) 1997, condamné pour avoir financé la campagne d’un concurrent afin d’affaiblir sa rivale à droite.

Jean-Paul Alduy (UMP) 2008, son élection est annulée pour fraude.

Jean-Paul Fournier (UMP) 2009 à 2010, condamné pour prise illégale d’intérêts.

Joëlle Ferrand (UMP) 2010, condamnée pour prise illégale d’intérêts et malversations.

Laurence Spicher-Bernier (UMP) 2010 à 2011, condamnée pour exercice illégal de la profession d’avocat et escroquerie.
Lucette Michaux-Chevry (UMP) 2002, condamnée pour favoritisme dans l’attribution de marchés publics.
Manuel Aeschlimann (UMP) 2009, condamné pour favoritisme dans l’attribution d’un marché public.
Marie-Jeanne Bozzi (UMP) 2002, condamnée pour proxénétisme aggravé, association de malfaiteurs et dissimulation de travail clandestin.> 2007, condamnée pour soustraction au paiement de l’impôt, omission de déclaration et fraude fiscale.> 2009, mise en examen pour association de malfaiteurs en vue de la commission d’un homicide en bande organisée.
Michel Buillard (UMP) 2011, condamné pour détournement de fonds publics et prise illégale d’intérêts.
Patrick Balkany (UMP) 2003, condamné pour injure publique et pour diffamation. 1999, condamné pour avoir rémunéré aux frais du contribuable trois personnes désignées comme des employés municipaux mais qui ne s’occupaient que de son appartement de Levallois-Perret et de sa résidence secondaire près de Giverny.
Philippe Brun (UMP) 2011, condamné pour fraudes et multiples abus de biens sociaux. Pierre Bédier (UMP) 2009, condamné pour corruption passive et recel d’abus de biens sociaux.
Renaud Donnedieu de Vabres (UMP) 2004, condamné pour blanchiment d’argent.> 2011, mis en examen dans le cadre de l’affaire Karachi.

René Vestri (UMP) 2009, condamné pour travail dissimulé.> 2010, mis en examen pour blanchiment à titre habituel et en bande organisée, trafic d’influence et association de malfaiteurs.
Richard Cazenave (UMP) 1999, condamné pour abus de biens sociaux.> 2004, condamné pour recel et complicité d’abus de biens sociaux.

Serge Dassault (UMP) 1998, condamné pour corruption. 2010, condamné pour procédure abusive.> 2009, condamné pour avoir acheté des voix lors des municipales.
Thérèse Aillaud (UMP) 2002, condamnée pour détournement de fonds publics.

Vincent Toni (UMP) 2008 et 2011, condamné pour corruption passive.

Xavier Dugoin (UMP) 1997, condamné pour trafic d’alcool, salaires fictifs et corruption.> 1999 à 2000, condamné pour abus de confiance, détournement de fonds publics, falsification de documents administratifs et prise illégale d’intérêts.

Alain Gouriou (PS) : reconnu coupable d’abus de confiance mais dispensé de peine en 2008.

Bernard Granié (PS): condamné en 2011 pour corruption. Peine confirmée par la Cour de cassation en mars 2013.

Bernard Tapie (Divers Gauche): condamné en 1996 pour corruption et subordination de témoin.

Charles Josselin (PS): reconnu coupable d’abus de confiance mais dispensé de peine en 2008.

Christian Bourquin (affilié PS): condamné en 2012 pour délit de favoritisme.

Christian Cuvilliez (PCF): condamné en 2000 puis confirmé en 2004 pour détournement de fonds publics et recel et une seconde fois en 2001 pour diffamation.

Claude Hoarau (PCR): condamné en 1ère instance à 1 an d’inéligibilité et 4 mois de prison avec sursis pour complicité de prise illégale d’intérêts et achat de voix. Le condamné a fait appel: jugement rendu en décembre 2012.

Claude Pradille (PS): condamné en 1995 pour corruption.

Claudie Lebreton (PS) : reconnu coupable de prise illégal d’intérêts mais dispensé de peine en 2008.

Élie Hoarau (PCR):, condamné en 2000 à un an d’emprisonnement avec sursis et de cinquante mille francs d’amende ainsi qu’à l’interdiction du droit de vote et à la privation du droit d’éligibilité pour une durée de trois ans suite à une affaire de fraude électorale.

Elie Pigmal (PS): condamné en 2012 pour délit de favoritisme.

François Bernardini (ex/de nouveau? PS): condamné en 2001 pour ingérence, détournement de fonds publics, abus de confiance et abus de biens sociaux.

François Xavier Bordeaux (PS): condamné en 2011 pour abus de faiblesse

Gilbert Annette (PS): condamné en 1996 à 200 000 francs d’amende, cinq ans de privation de ses droits civiques et trente mois de prison dont douze avec sursis pour corruption dans des procédures de marchés publics à la ville de Saint-Denis.

Harlem Desir (PS): condamné en 1998 pour recel d’abus de confiance.

Henri Emmanuelli (PS): condamné en 1997 pour trafic d’influence

Jeanine Ecochard (PS): condamnée en 1998 dans l’affaire Urba (financement occulte du PS).

Jean-Christophe Cambadélis (PS) : condamné en 2006 pour l’affaire de la MNEF.

Jean-Christophe Mitterrand: condamné en 2009 pour recel d’abus de bien sociaux.

Jean-Marc Ayrault (PS): condamné en 1997 pour délit de favoritisme.

Jean-Michel Baylet (PRG): condamné en 2003 pour abus de biens sociaux.

Jean-Paul Huchon (PS): condamné en 2007 pour prise illégale d’intérêts et en 2011 par le Conseil d’Etat.

Jean-Pierre Destrade (PS): condamné en 2005 pour escroquerie et trafic d’influence.

Jean-Pierre Kucheida (PS): Condamné le 21 mai 2013 à 30 000 € d’amende dans une affaire d’abus de biens sociaux.

Jérôme Cahuzac (PS) : Condamné sans peine ni inscription au casier judiciaire en 2007 pour avoir employé, entre juillet 2003 et novembre 2004, une femme de ménage philippine, sans papiers,  rémunérée en liquide pour 40h mensuelles à 250€/mois.

Joël Marion (PCF) condamné en décembre 2012 à 1 500 € d’amende pour prise illégale d’intérêts.

Khadija Aram (ex PS): condamnée en 2011 pour trafic d’influence et abus de confiance.

Laurence Pommier (PCF?) : condamnée en décembre 2012 à 1 500 € d’amende pour prise illégale d’intérêts.

Lionel Colling (LO) : condamné en 2006 pour avoir employé ses proches parents au sein des services de la mairie.

Line Cohen Solal (PS): condamnée en 2011 dans la même affaire que celle touchant Pierre Mauroy.

Maurice Gironcel (PCR): condamné en 2008 à 1 an de prison et 1 an d’inéligibilité pour détournement de fonds.

Melba Ngalouo-Bocquet (PCF) : condamnée en octobre 2012 pour fraudes.

Michel Laignel (PS): Condamné en 2006 pour faux, usage de faux, délit de favoritisme, prise illégale d’intérêts, et détournement de fonds.

Michel Pezet (PS): condamné en 1998 pour recel de fonds utilisés [pour un financement politique] en dehors de tout enrichissement personnel.

Mohamed Abdi (PS): Condamné en 2007 pour escroquerie.

Olivier Spithakis (???) : condamné en 2005 dans l’affaire de la MNEF

Philippe Sanmarco (PS): condamné en 1997 pour complicité de trafic d’influence dans l’affaire du financement occulte du PS, l’Affaire Urba.

Pierre Mauroy (PS): condamné en 2011 pour emploi fictif.

René Teulade (PS): condamné en juin 2011 pour abus de confiance.

Richard Laude : condamné en 2005 après avoir confié une mission à une société dont il était le gérant.

Robert Gaïa (PS): condamné en 2002 pour favoritisme.

Sylvie Adam (PCF?) : condamnée en décembre 2012 à 1 500 € d’amende pour prise illégale d’intérêts.

Sylvie Andrieux (apparentée PS): condamnée à 3 ans de prison dont 2 avec sursis, 100 000 € d’amende et 5 ans d’inéligibilité le 22 mai 2013 dans une affaire de détournement de fonds publics. Elle a fait appel de cette décision.

Rango, lézard initiatique

Jusqu’ici Gore Verbinski s’était surtout distingué comme un bon faiseur, servant bien la soupe à ses vedettes. Que ce soit le Mexicain, polard pas trop mauvais qui se voulait original ou la série des Pirates des Caraïbes avec un Johnny Depp en plein numéro de cabotinage, le réalisateur avait le mérite de servir des scénarios pas trop bâclés, en développant un sens visuel plutôt élaboré pour de si grosses productions aussi normalement formatées que tout ce que fait Disney.  Mais rien de très personnel ni de très notable, après tout le Pirate tient essentiellement sur le nombre de caméos possibles dans un même film, et le bagout de sa vedette. Avec un film d’animation, considérant le marché et où Pixard avait mis la barre jusqu’ici, on pouvait raisonnablement s’attendre à un bon petit film tout juste distrayant pour les mômes et les adolescents. D’autant que l’acteur principal, encore Johnny Depp en interprète du rôle-titre, ne cache plus ses intentions d’apparaître dans des films que ses propres enfants puissent regarder. Comme beaucoup de comédiens n’ayant plus grand-chose à prouver, parvenu à une certaine renommé, Depp, comme De Niro ou Pacino, enquille les succès sans risque en se reposant sur un registre qu’il maîtrise. Mais à la différence de ses confrères, Depp a visiblement encore quelques ambitions au-delà de son seul compte en banque, refusant de s’auto-parodier dans des rôles ayant fait sa réputation, comme De Niro en boss de la mafia ou Pacino en personnage border line. Et ici, pour commencer, en participant à un film d’animation s’adressant résolument aux adultes.

Rango-production-scene-4

Oui, dire que les mômes vont se faire chier dans ce film est un euphémisme. Rien que le point de départ… Un pauvre caméléon esseulé s’inventant une vie de comédien faute d’avoir une vie tout court, nous ramène à des considérations d’adultes. Dans un décor qui renvoie au surréalisme pictural de Magritte et Dali,  et avec des lignes de dialogues référant au théâtre, à Stanislawski, à la bonne construction d’une histoire. Et puis très vite notre caméléon voit sa vie littéralement basculer, éjecté dans le monde à la faveur d’un accident, conduit sur le chemin d’un voyage initiatique par un opossum écrasé et mystique, parti à la rencontre de l’Esprit du Far West …

 

Rango, mystical Far west

Les voyages mystiques, c’est le truc de Depp. Que ce soit dans The Brave, Dead man, Arizona Dream, ou Las Vegas Parano on ne compte pas les scènes oniriques  où le personnage incarné par Depp découvre des vérités  sur lui-même qui le révèle à une autre existence. D’ailleurs, si le film fait appel à de multiples références cinématographiques, avec en tête la Guerre des Etoiles, les films de Depp sont souvent cité, et justement ceux qui recouvre ce domaine. Tel plan du début est une référence à la tournée dans le désert de Las Vegas Parano (avec un Hunter Thomson en pleine montée d’acide) tel autre renvoie à Dead Man ou à Arizona Dream. L’imagination au pouvoir, tel pourrait être le credo de Depp, comme celui du film. Car c’est en s’imaginant une vie et un personnage que ce caméléon (une métaphore du métier de comédien justement) va devenir le héros qu’il croit ne pas être.

En effet, poussé par l’opossum, le pas encore Rango, va se joindre à Dirt, une ville de western, où toutes les créatures peuplant le désert forment une population hétéroclite de bouseux à fort accent, vivant comme on vivait dans l’ouest. Ignorant  l’évolution du monde et sa marche, ce que n’ignore pas au contraire le maire de cette ville qui fera bientôt de Rango le nouveau sheriff. Une ville mise en coupe réglée et totalement dépendante de l’accès à l’eau. Eau qui deviendra très vite le cœur même des enjeux qui conduiront Rango vers son destin de héros malgré lui. Car au-delà d’un récit initiatique, ponctué par un cœur de chouettes Mariachi annonçant sa mort prochaine à chaque épisode, c’est une quête d’identité que poursuit notre Rango, lui le fabulateur et le comédien  bientôt confronté aux limites de ses mensonges, et qui le pousseront à se transcender. Ceci après une rencontre toujours mystique, avec le fameux Esprit du Far West, Clint Eastwood himself  habillé comme son personnage immortalisé par Sergio Leone, se baladant dans son caddie de golf, occupé avec un détecteur de métaux à ramasser des… hameçons.

mm260.141744.41.tif

 

Depp, seconde carrière psyché.

L’humour du film fonctionne à plusieurs niveaux, clin d’œil référencé, comique de situation, le bagout naturel de son interprète, dont on devine volontiers quelques improvisations fantasques de son cru, et un solide goût pour le non-sens, les situations absurdes et hilarantes. Comme par exemple cette scène, où chaque mercredi avant d’aller chercher de l’eau, les habitants de Dirt se livrent à une danse absurde et millimétrée.

On le voit donc, c’est aux adultes et surtout à eux que s’adresse Rango, et aux adultes cinéphiles puisque on pourra compter dans la quantité de références empruntées, un hommage à Délivrance, Apocalypse Now, Star Wars, Chinatown (et à John Huston dans le film) ainsi que les films de Depp. Et surtout, bien entendu au western spaghetti puisque c’est là où va directement puiser toute l’imagerie et l’imaginaire du film. Qu’il s’agisse de la trame scénaristique où le héros se voit chasser de la ville et écrasé par les méchants, comme Eastwood dans Et pour quelques dollars de plus, ou dans la thématique même d’un Ouest mourant, devant laisser place à l’Amérique industrieuse et moderne. Thème notamment abordé  dans Tom Horn ou la Horde Sauvage, mais également d’une manière plus détourné dans Il était une fois la Révolution. Rango est après tout le mariage entre Django et Ringo, deux personnages récurant du western, classique ou moderne.

Si Tim Burton fut sans doute le réalisateur attitré de la star dans la première partie de sa carrière. Celui qui lui a donné ses plus beaux rôles, et des personnages fabuleux comme Edward aux mains d’argent. Verbinski semble devenir celui de sa seconde partie. Une carrière qu’envisage sans doute Depp comme moins exigeante au sujet des personnages, mais toujours créative et barrée. Peut-être même plus personnelle qu’on ne le croit, puisque son univers et son jeu particuliers le suivent désormais dans tous ses films. Ici il semble même avoir presque été coréalisé, et ce ne serait pas surprenant après trois collaborations avec le réalisateur sur des films à très gros budget. Comme des vacances que s’offriraient les deux en rendant hommage au cinéma en général et au western en particulier, aussi directement que l’a fait un Tarantino dans son Django  ou un Sam Raimi dans Mort ou Vif. Et ceci avant la nouvelle franchise qui sortira bientôt avec Lone Ranger. Où Depp joue évidemment l’indien Tonto (le sot en espagnol, qui est aussi le nom original du compagnon indien du justicier masqué) et à en juger  la bande annonce, à nouveau les voyages initiatiques et l’humour décalésont aux rendez-vous. Alors que dire de plus… let’s riiiiiide !

rango2

 

Univers – Sucre d’orge

Selon toute vraisemblance, et si l’on tient compte de la logique narrative poursuivi jusqu’ici tout le long du présent ouvrage, le lecteur, désormais confortablement installé dans une routine, s’attend à suivre les aventures de Zendl et Krankx au pays du bonheur. Il est en effet une convenance littéraire qui veut qu’au milieu ou à la fin d’un récit, on ne rompt pas avec les habitudes données au lecteur qui après tout vient ici essentiellement pour distraire son ennui de moderne, et n’espère rien de plus de l’auteur qui le réconforte par sa narration. Peu lui importe de tout saisir, il vit un « trip » son imagination vaque, et il est heureux. On sait, car l’auteur y a veillé, qu’il a ri devant les aventures du robot rabbin, qu’il s’est moqué avec l’auteur des mésaventures de Lucien et de son mentor Francois Petitbois alias Obi Wan Kenobi, québécois des étoiles. Et peut-être même qu’il a ressenti une émotion ou eu une idée devant les sorts réservés ici aux zombies et aux peuples primitifs insectoïdes. L’esprit lui-même rempli de références populaires, il s’est amusé à reconnaître des figures connues du cinéma ou de la littérature, a sans doute cru ou est parvenu à deviner à quelle source je me suis abreuvé en inventant le sergent Rycheck, ou Krankx, ou encore Sterling si tant est qu’il ait une culture dans le domaine de la bande dessinée, du manga, du jeu vidéo et des chambaras. Et à ce stade, il ne lui vient évidemment pas à l’idée que l’auteur se préoccupe moins de son confort de lecteur que de son plaisir d’écrire, que je me fous totalement de réconforter vos petites âmes avec du coca cola littéraire et qu’immédiatement je m’adresse à vous, non pas en sachant qui ou ce que vous êtes, je m’en fous royalement, mais comme un postulat abstrait qui, bien qu’il n’ignore pas qu’il va être lu, demeure à l’état présent un système, un gimmick narratif me permettant moi d’aller où je veux en venir. Et le souci, c’est qu’immédiatement j’en ai pas la moindre idée.

 

On pourrait se demander pourquoi en faire étalage, les auteurs ne sont pas censés faire venir le public dans l’arrière-cour de leur village de Potemkine, ils sont censés même, dans l’esprit d’un lecteur ayant achevé un récit, savoir parfaitement, au mot près ce qu’au point suivant ils vont dire, où doit les mener leur récit et leur esprit, si tant est que ce dernier veut bien convenir de son intérêt et de fait, de celui de le mener à terme. Je ne sais pas pour les autres, mais dans mon cas il n’y a rien de plus faux. Je peux affirmer même qu’avant d’avoir trouvé le titre de ce passage, je n’avais pas la moindre idée de ce que j’allais faire et que le but de mon propos commence à peine à s’esquisser dans mon esprit. Ce qui d’ailleurs ne me lasse pas de me surprendre puisque comme avec la plupart des autres chapitres j’écris d’une traite. J’imagine que la chose s’est combinée seule et d’elle-même dans un recoin de mon crâne et qu’elle attendait juste une occasion.

En réalité je suis toujours surpris du résultat parce que si j’ai bien une idée d’où me sortent les idées (de mon crâne) je serais parfaitement incapable ni d’en faire l’inventaire complet des références et des rappels, du pourquoi de telle subtilité et le comment, et surtout pas de l’enchaînement finalement parfaitement logique alors que ça puise dans un bric à brac phénoménal.

Je ne lis quasiment pas de science-fiction, en tant que lecteur elle a très vite cessé de me satisfaire, mais comme le savent tous les auteurs et contrairement à ce qu’imaginent certains amateurs de postérité on n’a pas besoin d’avoir beaucoup lu d’un genre pour s’y sentir chez soi. Wells n’avait pas Norman Spinrad pour l’inspirer et Maupassant avec la Horla jamais entendu parler de Stephen King. D’ailleurs ce que je fais immédiatement, le procédé qui consiste à sortir de son récit pour parler à la première personne, a déjà été utilisé, notamment par Diderot dans Jacques le Fataliste ou Pennac dans le Dictateur et le Hamac. Il peut aussi immédiatement s’apparenter à de l’autofiction, ce vice du narcissisme ambiant, si cher aux têtes de gondoles de notre littérature. Pour autant il n’intervient pas dans le récit fantastique classique, la science-fiction plus particulièrement parce que la plupart des auteurs tiennent absolument à raconter une histoire, rarement à se surprendre eux-mêmes dans l’exercice pur de l’écriture. C’est-à-dire non pas en sachant exactement où ils vont mais avec suffisamment de maitrise de leur technique pour savoir y aller quand même. Et je parle bien de technique et non d’art là. L’art c’est l’intitulé que fourrent les spectateurs à ce qui l’enchante ou non. C’est le ressenti. A mon niveau c’est juste un déroulement technique de phrases qui peu à peu forme un sens au complet parce que précisément je maitrise mon outil, et rien de plus.

Moi ce qui m’amuse, par exemple ici-même, c’est de me demander comment je vais faire pour retomber sur mes pattes. Comment je vais sortir de cette espèce d’intermède et tout à la fois l’inscrire dans le reste du récit, de sorte qu’on pense que tout était absolument prévu. Alors que donc strictement rien ne l’était.

Prenons le titre par exemple, « Sucre d’Orge ». Il est venu immédiatement et logiquement avant le récit précédent, puisque j’allais chez un Disney un peu spécial. Mais alors que je le fixais en réfléchissant à autre chose, je me disais ma lassitude. Mon envie brusque de digresser tant du récit que de la manière de l’écrire. Une envie que j’avais déjà remarquée dans le chapitre précédent, quand je raconte le phrasé orc et mes difficultés à le traduire. Il y a sûrement chez moi un besoin absolu de casser le magasin à porcelaine tôt ou tard. Particulièrement dans certain domaine réservé et figé comme la littérature dite de genre. Comme il y a un cinéma de genre. Et d’ailleurs dans tous les modèles déterminés, fixés, entendus comme des convenances littéraires, un contrat informel signé entre le lecteur et l’auteur qui veut qu’on ne sorte pas comme ça d’une aventure pour le plonger dans des contingences barbantes autour du boulot d’écrire. Du coup le titre est devenu dans mon esprit tout autre chose, j’allais me faire plaisir, et par la même occasion m’offrir le luxe d’emmerder mon lecteur.

 

Le lecteur a de la chance de se poser moins de question que l’auteur, mais justement le premier lecteur c’est l’auteur lui-même, on imaginera donc volontiers le sac de nœud que ça représente ici-même et tout de suite. Et pour une seule personne, moi-même. Et c’est dommage, trouve l’auteur, que le lecteur, l’autre lecteur, pas moi, vous, (on suit merci, on est déjà assez nombreux dans ma tête comme ça !) ne se pose pas plus de question sur le terme de la création en général. Comment, au-delà des références, de la culture, de la technique ou d’un sens de l’humour facétieux, mon cerveau (et partant celui des autres) en arrive à élaborer tout ça. D’où me vient cette source d’humanité sur les zombies alors que je n’en ai jamais rencontré de ma vie, comment j’arrive à élaborer tout un système politique et un historique afférant sur la base d’un seul mot qui me plaît bien « la guerre des marques ». Et, me rendant compte d’une erreur par rapport à un autre passage, invente une explication non seulement parfaitement cohérente par rapport au récit mais encore plus juste dans l’analyse que je donne de la politique en général. Je n’en sais rien. Comme dirait Carla, j’ai le cerveau bien irrigué, mais c’est pas une nouvelle fort fraîche pour moi. Pour autant ça n’explique rien du tout. Ça n’explique pas plus comment les moulins à vent sont apparus sous la main de Cervantes, ni plus comment deux mots collés l’un à l’autre peuvent donner un incendie de jonquilles, comme « une saison en enfer » ou « une ardente patience ». Ni comment incendie et jonquille ont réussi à se fourrer là pile poil au bon moment pour former une image qui m’évite de me disperser sur la question de la licence poétique.

Parce que si le lecteur ne se pose pas de question sur les termes de la création, ici même, confiant qu’il est d’être amené par l’auteur à bon port, ou en général, il ne se pose pas à fortiori la même question qui revient dans ce roman ( ?) série de nouvelles ( ?) ou dieu sait quel nom on peut donner à ça, l’illusion, la nature réelle des choses et des apparences, la différence entre ce qui est et ce que l’on croit être, et partant la nature réelle de la création au sens cosmique et métaphysique du terme. Sur son petit train du bonheur enchanté, voguant de Tatooine à NewRose, il oublie cinq secondes qu’il n’est pas tout seul dans cette affaire. Que l’auteur a finalement un propos général en voulant traverser cet infini d’univers, que je pourrais encore traverser longtemps vu le puits sans fond de mon imagination. Mais que j’ai pas que ça à foutre et qu’il va bien falloir que j’arrête de m’étaler comme ça, c’est pas poli.

Si je vous dis par exemple que suis en train de sucer un caramel fait maison, et que mon chat joue à « je vais t’hypnotiser humain qui me voit parce que je suis caché derrière la chaise » ça ne va pas beaucoup m’aider, théoriquement, pour sortir de cette introspection apparemment gratuite. Mais d’un autre côté le caramel me ramène à l’intitulé, et à une de ces motivations, vous emmerder. Et il n’y a pas de raison que cela ne dure pas le temps de cet happening au caramel.

D’autant, si je me mets à réfléchir à ce que vous faites, vous, immédiatement, en lisant. Si vous avez passé une mauvaise ou une bonne journée, si vous sucez ou non vous aussi quelque chose de l’ordre du caramel ou du sucre d’orge, si vous êtes bien assis, myope, ou collectionneur de timbres. L’interprétation de ce que vous lirez, l’impression que vous en tirerez, sera totalement différente de mes intentions, si tant est qu’il y en ait jamais eu à part me faire plaisir. Et votre propre imagination fabriquera autre chose avec ce que vous avez compris, aimé, détesté ou cru comprendre. Alors que moi tout de suite, métaphoriquement, j’attends juste le train.

J’attends que Krankx trouve sa victime, je me dis que j’ai pas spécialement envie de rentrer au Disney de la pédophilie, et que je ne vois pas ce que je vais y apporter, là ou la simple évocation dans le contexte suffit. Je me dis que finalement je m’en fous un peu de qui, quoi comment il bute son prochain client, et que ce n’est pas pour ça qu’il a été fabriqué. Mais que pour en revenir à mon propos, plus qu’au récit, il faudra bien tôt ou tard que je lui oppose un sujet qui n’appartient pas à son univers de personnage bad ass, quoique. Voilà le genre de réflexion que se fait le créateur de ces histoires, et si tant est qu’on imagine que l’existence a une conscience propre, ou qu’on croit en dieu, ça explique sans doute pourquoi la tartine tombe toujours du mauvais côté.

L’orang-outan était confortablement installé sur un fauteuil Louis XVI, un Canadian Club à la main, un cigare dans l’autre, le regard lointain qui observait le loft autour de lui, appréciant le luxe du décor. Deux types en costume sombre, le genre que l’on trouve aussi bien à l’entrée des night-clubs londoniens qu’à l’intérieur aux côtés de nababs avec des noms en sky et des écharpes en soie blanche, le regardaient un peu interdits. Hésitant visiblement à le prendre complètement pour une attraction. Il est vrai qu’il s’était servi son cocktail sans qu’on l’y invite et que cette façon de s’installer sur le plus beau fauteuil du salon – et qu’aucune fesse normalement ne foulait- était sans doute parfaitement simiesque mais surtout profondément humaine. Elle disait en gros, je vous emmerde. Mais à part eux, personne ne s’était surpris, leur patron moins que les autres. Il connaissait l’orang outan depuis quelques années déjà, et si au départ de leur rencontre, il avait eu également du mal à y croire, l’étrange jeune homme qui était en train de lui faire l’article le surprenait bien plus.

–         Nine eleven was some kind of crisis for the industry, all this sophisticate weaponry they love these days, nuclear, bacteriological, chemical bazaar. After all, who is going to buy a 10.000 dollars missile to blow Islamabad when a pair of cutter and some piloting lessons are enough to change the face of the world ? I had friends who couldn’t afford their Porsche after that. Fortunately, not all war lords think themselves as some kind of new age Dr No. Reign with no share on some starving kingdom dying of Aids is quite enough for these guys, unless they can fill their Swiss account and satisfy their sadism

Il parlait avec l’accent de la Reine, vêtu d’un de ces costumes sur mesure que portaient les gens de la haute. Et semblait beaucoup plus jeune que les 25 ans qu’il avait initialement annoncés. Mais il avait aussi l’assurance d’un VRP en démonstration, comme s’il avait fait ça toute sa vie, et que sa vie avait été beaucoup plus longue que sa drôle de gueule ne le laissait présumer. Ouais, c’était peut-être cette gueule de pédé brésilien qui lui donnait cette assurance et ce style. Mais pourquoi pas après tout ? Quand on se met à bosser avec un orang outan il ne faut pas s’étonner que le reste du chapiteau vienne pour son numéro.

–         Papa, y se passe quoi ?

Kranks remarqua la faute dans son nom et la distorsion dans son environnement. Il avait vu beaucoup de choses en traversant l’univers, mais rarement aussi tordu et incompréhensible. Il me regarda de ses yeux blancs et lumineux et grimaça un sourire qui en disait plus long qu’un coup de couteau.

–         Le cosmos qui s’amuse j’imagine.

–         Et la tartine va tomber du bon côté ?

–         Ça dépend pour qui…

Zendl regarda l’orang-outan qui la salua avec son Canadian Club et un air de dire qu’il ne fallait pas se formaliser, il était bien là lui. Puis les types qui eux semblaient beaucoup plus surpris de se trouver là, dans la même pièce. Une pièce qui ne ressemblait plus à grand-chose d’ailleurs. A mi-chemin entre un lupanar pédophile du futur sur le thème de Candy, et une suite d’un hôtel de luxe. Avec des bouts de ci et de ça qui dépassaient. Seul le tapis persan n’avait pas bougé. Même motif, même épaisseur, même artisanat précieux et rare. Et puis soudain il se souleva et apparut un petit bonhomme.

–         Je me souviens d’une histoire d’O’Bannon dans la Quatrième Dimension, dit la créature en levant un doigt pensif.

–         Putain mais c’est quoi ça ? Dit un des russes.

–         Pas la moindre idée, j’imagine qu’on saura pourquoi dans le prochain épisode.

–         Ook, fit l’orang-outan.