La marchandise humaine

A vingt ans le monde est une ligne droite qu’on se propose de franchir avec l’appétit d’un immortel et si tout se fracasse sur l’autel de nos illusions d’en accuser ses géniteurs, la société tout entière ou tout autre hydre que nos jeunes années nous ont appris à vomir, les vieux, les autres jeunes, les femmes, les hommes… Puis passé trente ans l’on comprend que non la ligne n’est pas toute droite et même pire qu’il n’y a pas de ligne du tout, ni manuel et que ce que nous ont enseigné nos parents ne vaut pas tripette moins face à ce qu’on appelle les réalités de la vie que la réalité de notre vie. En général cela provoque un choc qu’on appelle communément la crise de la quarantaine. On veut rouler en Porsche, on veut sauter ou se faire sauter par des bipèdes moitiés moins âgés que soi-même, on rêve en grand et en couleurs tout en sachant qu’il faudra un jour rêver en petit, tout petit, de la taille d’un cercueil. Les femmes sont moins attachées à cette crise. Elles ont appris très tôt qu’elles avaient un temps de péremption qui les dispensait par avance de toute forme de puérilité face à la mort. Passé le cap de la quarantaine une autre angoisse les prend, rester baisable aussi longtemps que possible. Mais finalement cela revient au même. Le chirurgien esthétique remplace la Porsche, le gigolo remplace la midinette émoustillée par le grand homme. Nous vivons dans une société patriarcale après tout, l’homme y fait sa loi, imposant ses règles jusqu’au féminisme bourgeois de nos sociétés fatiguées. Les femmes n’y écartent pas les cuisses à leur grès sans être jugées et celle qui le font malgré tout veilleront à avoir une solide colonne vertébrale et le verbe féroce. Elles veilleront surtout à être jolies sans quoi ce sera double peine. Une belle qui mange les hommes c’est pardonnable, voir même flatteur, une moche c’est une faute de goût. D’ailleurs la ou le moche, le quelconque, l’adipeuse, n’a aucune espèce de valeur dans notre société de la représentation et de la performance. Ils ne s’exhibent pas sur Instagram ceux-ci, ou alors par bout, ils n’existent pas dans les médias et certainement pas dans la publicité où les femmes comme les hommes ne sont là que pour mettre en valeur le produit. On ne prend pas un boudin pour vendre des saucisses, c’est redondant.

 

La marchandise humaine que nous sommes dans l’œil du capitalisme n’a de représentation générale que si elle ajoute une valeur au corpus du capital lui-même. Si elle l’honore de son existence et lui permet ainsi de se justifier, de s’auto-sanctifier et donc de se proroger. C’est bien pourquoi on utilise cette expression de « laissé pour compte » pour désigner des femmes et des hommes qui au quotidien vivent et meurent comme il en est de l’élite. Chient, pleurent, aiment au même titre que les possédants. Pour autant ils sont laissés pour le compte parce que dans l’œil de ces possédants ils n’existent simplement pas. Les classes moyennes sont les serfs des classes dirigeantes, les autres ne sont rien comme s’est si magnifiquement trahi Emmanuel Macron ; et ce au-delà même de son mépris de classe.

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Lourd et léger, futile et conséquent à vingt ans l’on quitte le monde concret de l’enfance pour rentrer dans celui imaginaire des adultes. Celui où il faut être quelque chose ou quelqu’un sans que pour autant on sache ni quoi, ni réellement comment ni surtout pourquoi puisqu’on est déjà soi. Le moment où on doit trouver une place dans la société selon l’expression consacrée alors que jusqu’ici on avait toujours eu le sentiment d’en avoir une. On était le fils ou la fille de quelqu’un, la chère tête blonde qu’il fallait protéger contre toute sorte de prédateurs réels ou imaginés par le substrat médiatique. Bref un enfant dans toute son acceptation sacré de nos sociétés du confort et de la déresponsabilisation. Pour se faire le capitalisme a façonné l’école à ses besoins. Hier, quand il s’agissait d’éduquer les masses, les hussards noirs enrégimentaient les écoliers jusqu’à leurs humanités, aujourd’hui des fonctionnaires harassés fabriquent du consommateur docile. C’est que la classe dirigeante n’a plus les mêmes préoccupations. Hier la bourgeoisie avait la prétention de connaitre l’homme et de vouloir l’éduquer pour son bien, civiliser la masse en somme, afin qu’elle la serve mieux. Aujourd’hui la masse ne l’intéresse plus, la classe dirigeante se replis dans sa tour d’ivoire, persuadée d’avoir gagné tous ses combats. Et la voilà qui regarde le bateau couler sans lever le petit doigt, psychopathes jouisseurs, attendus dans leurs datchas blindées, armées privées s’il vous plait. Passé la trentaine il est largement trop tard pour remettre en question ce conditionnement ne serait-ce parce que le capital nous absorbe par le travail et le besoin incessant d’argent. L’acte de consommer devient une finalité et non plus un moyen, une religion du moi comme unique expression et non plus un acte répondant à une quelconque utilité objective. Jusqu’à ce que l’expression de l’âge nous fasse revoir nos objectifs sans que pour autant nous quittions le formatage voulu par la classe dirigeante puisqu’à nouveau l’alpha et l’oméga de notre société doit se circonscrire à la mécanique de l’achat. Nous achetons nos vies en somme, au lieu de la vivre. Nous prions l’Objet de nous remplir de ce vide qui nous travaille dès lors qu’on nous a programmés à l’entreprise consumériste et à l’entreprise tout court. Phénomène qui va en s’accélérant puisque au-delà du consommateur c’est un outil que réclame le capitalisme pour ses entreprises et industries, jetable au reste comme un gobelet en plastique.

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Bref, au fond, à vingt, trente ans et plus tout est retenu à l’interaction que nous entretenons avec la mort. C’est le propre de l’humanité dans son ensemble, nous sommes à la fois conscient que nous allons tous mourir tout en développant des stratégies de contournement. Des stratégies que le capital en tant que système, et les classes dirigeantes en tant que bénéficiaires uniques de ce système, instrumentalisent en acte de consommation. C’est ici que le transhumanisme intervient comme acteur et producteur ultime de cette stratégie de contournement et donc d’exploitation extrême de l’homme comme marchandise, cette fois non plus au sens semi métaphorique du terme mais plein et entier. Que les mouvements transhumains viennent pour commencer de l’élite de la Silicone Valley appuyé par les efforts de l’armée américaine ne doit rien au hasard puisque dans l’esprit de cette élite-là, la mort et le vieillissement sont déjà considérés comme des anomalies, des contreperformances et non pas comme des faits nécessaires à notre équilibre. Car si l’humain mortel et intellectuellement limité a déjà tendance à adopter un comportement suicidaire en se prenant pour un immortel vivant sur une planète aux ressources infinies, il est raisonnable de se questionner sur la folie furieuse qui s’emparera de lui dès lors qu’il se saura techniquement immortel. Dès lors qu’il se sentira définitivement détaché de la nature elle-même. Notamment vis-à-vis de ses semblables non augmentés. On ne parlera plus alors d’inégalité sociale mais de murs technologiquement infranchissables. Quel genre d’avenir radieux cela nous promet-il sachant que la rapidité des progrès dans ce domaine rentre aujourd’hui en concurrence avec la dégradation non moins rapide de notre environnement et la raréfaction de ce qu’on appelle les terres rares. Dans ce cadre le transhumanisme n’est pas comme il le prétend une forme d’humanisme reposant sur la raison et sur la science mais bien une version utilitaire et libérale du dit humanisme. C’est au fond la forme la plus aboutie et technologique de l’eugénisme du XIXème siècle, celle qui aboutira au nazisme par l’intermédiaire de l’aryanisme. S’il ne s’agit plus de considérer certains individus comme impur dans un sens néo romantique et une vision frelatée et fantasmée de l’homme mais bien de tous nous considérer comme impur dès lors que nous sommes perfectibles et mortels. C’est le fantasme de l’homme-objet à remodeler selon les besoins de la société.

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Utile, nécessaire, besoin. L’individu dans le corpus libéral n’est et ne doit être rien de plus qu’utile, répondre à un besoin comme on répond à une offre dans une société marchande. Ce pourquoi on réclame au sortir de l’enfance que l’individu trouve sa place dans la société, entendre en réalité qu’il trouve par lui-même le segment de marché où il pourra inscrire sa propre valeur ajoutée. Il n’y a pas de place ici pour l’épanouissement intérieur ni plus pour un développement durable de ses propres valeurs face aux contingences du marché. Baste de toute philosophie qui n’examine pas l’homme et la femme sous une autre forme qu’utilitaire –et ici on en revient au transhumanisme. Baste de toute forme d’économie qui ne permette pas au marché de se prolonger. Baste de la société telle que nous la connaissons puisqu’elle entrave par ses aspirations humanistes la mise en système du processus marchand. Baste de la nature même si elle ne répond pas aux aspirations de croissance du marché, et tel groupe indien de proposer comme slogan de campagne de ne pas laisser aux seules abeilles le monopole de la pollinisation. Ce n’est même plus la vision cynique du capitalisme du XIXème qui intoxiquait les chinois dans toute l’Asie à force d’opium au fait qu’il ne fallait pas aller contre l’offre et la demande. C’est une vision purement puérile et symptomatique de l’homme dans son ensemble. Symptomatique des sociopathes qui nous dirigent.

Le pouvoir rend fou. Fort de ce constat il n’est pas surprenant que la classe dirigeante nous précipite dans le mur des catastrophes au prix d’une croissance toujours exponentielle. Les serfs doivent remplir leur rôle jusqu’à extinction, les terres rares doivent être exploitées au fil du rasoir du progrès technologique de la Silicone Valley. Et le reste, tout le reste, la biosphère dans son ensemble d’être soumis à égalité au productivisme capitaliste, qui n’a rien à offrir mais nous le fera payer cher.

Il n’y a et n’aura aucun moyen de lutter contre cette idéologie de mort qu’est le libéralisme que le plastiquage. Plastiquage pour commencer de ses prétentions à un humanisme frelaté. Plastiquage de son formatage scolaire et universitaire. Plastiquage de son ivresse mégalomane d’être au-dessus de la nature et de l’homme dans son ensemble. Sabotage de tous les moyens mis en œuvre par la machine capitaliste pour soumettre l’individu à cette vision marchande des êtres. Mais non pas à travers des actes de violence, du terrorisme qui ne fera que le jeu de l’ennemi mais à travers la culture. Reprendre notre destin en main doit passer par la littérature, la philosophie, la pensée dans son ensemble en lieu et place des lieux communs mis en place par la société marchande. Un effort constant et qui ne peut venir que de nous-même. C’est à ce prix et à ce prix seulement que nous échapperons peut-être à la marchandisation de nos corps et de nos êtres. L’on pourra bien entendu opposer que ce n’est qu’une utopie, qu’il est trop tard pour saboter les racines libérales et abattre son arbre mais comme disait Michel Eléftériadès ce sont des utopies que sont nés les plus grandes choses. Et dans ce monde de médiocrité libérale nous avons plus que jamais besoin de grande chose, de grande pensée, de grandes utopies qui envisagent autrement l’individu que comme une marchandise. Alors à vos écrits, vos livres, vos humanités, il y a urgence.

 

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L’effondrement qui vient.

Ca s’en va par bout, ça se craquèle comme un mur décrépis sur un lit de tremblement de terre, ça brûle à l’ouest, au nord, au sud à l’est, ça brûle partout ou ça s’inonde, des déluges bibliques, des barrages qui craquent, des cyclones formidables, des centrales qui déraillent sous les rugissant assauts d’un ouragan de moins en moins rare. Et même pas peur. Pire, indifférent. Ca discute, ça pinaille sur des rapports CIA qui depuis trente ans racontent la catastrophe en marche, ça se la racle sur les postes télévisuelles son incompétence ministérielle sous les applaudissements mous d’une populace abruti de sucre, de sel et de silicium. Ca court les commissions pour convaincre un marché zilliardaire de sauver ce sur quoi il est assis comme si l’argent se bouffait, se respirait, comme si une seconde planète attendait les dits zilliardaires du dit marché qui se crament au champagne et à la coke dans on ne sait quel bordel de luxe des Caïmans. Et la canaille politique qui se goberge auto-satisfaite de son pourrissement, prétendant aux solutions eux qui n’ont jamais l’ombre d’une idée qui ne soit sorti d’on ne sait quel think tank de cravateux à idées creuses. Mais pourquoi s’embarrasser puisque les veaux mugissent comme on leur dit, puisque les supermarchés sont pleins, puisqu’il y a des distractions. Pourquoi faudrait que ça change, on pond des mômes comme si on ne savait rien du permafrost qui se barre en noix et qu’on n’était pas surinformés, comme si le réchauffement était une affaire confidentielle ou que quelqu’un allait le régler d’un coup de baguette fabuleuse. Comme si… c’est ça l’homme il vit à crédit de lui-même et chaque fois qu’il se rapproche du bord de la falaise il fait comme si elle n’existait pas. On est plus qu’au bord, c’est la chute inexorable et c’est sans doute déjà trop tard pour le développement durable et toutes ces promesses d’avenir verdoyant. D’ailleurs pourquoi en serait-il autrement ? Ca fait quarante ans que le MIT a modélisé la catastrophe en cours et que personne n’écoute, et encore les paramètres n’incluaient pas ni les inégalités sociales ni les pays émergés comme la Chine.

An aerial view shows burnt houses and trees following a wildfire in the village of Mati

« Les inégalités sociales » comme s’il s’agissait de petits écarts de train de vie, de « pouvoir d’achat » alors qu’il s’agit au plus du pouvoir de perdre de l’argent au profit des zilliardaires qui nous assènent les fameuses inégalités par voie de média. Et pendant ce temps les bidonvilles poussent le long du périph à Paris. Moi je vole, un peu, juste ce qui me fait envie ou dont j’ai vraiment besoin et je m’en fout totalement. Cette société qui barre en couille et dort dessus ne m’intéresse pas, votre morale, vos lois ne m’intéressent pas, ils ne les respectent pas nous si, nous allons en prison eux pas. Je n’ai même pas envie de me pencher. Mais les gens si, les gens me fascinent. Tous les jours j’en croise avec des bouteilles d’eau par pack de six alors qu’ils chient dans de l’eau potable, c’est pas comme s’il n’y avait pas un continent de plastique en promenade dans le Pacifique, pas comme s’il n’y avait pas du plastique jusque dans nos estomacs. Pas comme si la sécheresse n’était pas en train de détruire les récoltes, toutes les récoltes, au nord, au  sud, à l’ouest, à l’est. Pas comme si cela n’avait jamais aucun rapport. Rien de rien. Les connections ne se font pas mais elles se feront le jour où on annoncera qu’il faut prévoir des vivres comme on l’a fait en Allemagne et en Suède. Ici Bulot nous explique, bouteille de glyphosphate en main, qu’il faut qu’on prenne nos responsabilités, et Macron bégaye devant sa piscine on ne sait quel bubulage pour faire oublier l’affaire Benalla. L’ancien régime, des hommes d’une autre époque qui gouvernent pour un siècle d’aveugles et de sourds volontaires et la petite ronde croit pouvoir se proroger, se répéter à elle-même que ça va durer, tout. Peu importe où d’ailleurs, Poutine rêve de l’Arctique qui fond, Trump nie le réchauffement planétaire, la Chine, l’Inde, le Brésil veulent pouvoir se développer comme bon leur semble quitte à tout ravager, et ça se tape sur le ventre, ça se goberge, ça vie sa petite vie sans lendemain, on verra bien dimanche hein, et puis après il y a lundi… nous sommes futiles, inconséquents, immatures, et globalement pas préparés à l’effondrement qui vient.

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George Bush l’a déclaré, le mode de vie américain est non négociable. Le mode de vie le plus gourmand, drogué en énergie fossile, est non négociable, suicide pour tous, in god we trust. Pour la Chine les cinq poisons concerne tout ce qui menace le parti et l’unité du pays, attendu que l’un ne doit pas aller sans l’autre, pour le reste rien d’autre que l’expansion industrielle, économique, agricole dans une anarchie et une corruption endémique. Tout ça carburant sur le feu d’une dette gargantuesque, la crise qui vient sera pire que celle de 2008 ont déjà annoncé ceux qui avaient prédit cette dernière. Parce qu’on n’apprend rien, que ceux qui devraient avoir compris sont dans leur culture de l’égoïsme, du chacun sa merde, celle que nous ventent les programmes télé, la publicité, les magazines de la compétition universelle. La France start-up comme disent les imbéciles qui imaginent que les rouages du système ne vont pas sauter. Ils le feront d’eux-mêmes, il suffira d’un rien, d’un attentat bien placé, Greenpeace a bien réussi à s’introduire dans une centrale, d’une grève prolongée, la Macronie se porte de mieux en mieux de ce côté çi, d’un black out de quatre jours comme en Angleterre en 2000 quand 150 camionneurs ont paralysé le pays pendant une semaine. Nous avons si bien imbriqué notre société, si bien interconnectée ses rouages que nous nous sommes mis sous dépendance. Des supermarchés, des voies de communication, du nucléaire, du pétrole, et d’internet qui pourtant, on le sait va se noyer avec la montée des eaux. Des esclaves de nos non-choix. Après tout pourquoi renoncer à sa machine à laver puisque tout le monde en a ou en veut une. Pourquoi renoncer à sa belle voiture quand celle-ci, nous assure la publicité, nous aidera à conquérir le sexe opposé. Pourquoi cultiver des potagers en ville plutôt que de construire des immeubles où on logera à grand frais des classes moyennes harassés. Pourquoi penser utile quand tout nous invite comme des roseaux à nous pencher sur ces écrans, se contenter du futile et de l’ignorance de masse.

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L’autre jour sur ma page statistique de mon blog, un des termes de recherche était « porno bite coupé ». On cherchait un snuff on tombe sur ma page. Ca m’a laissé rêveur sur les priorités de celui qui était derrière cette recherche. La culture de l’égoïsme nous explique que demain se sera Mad Max, qu’il suffit de regarder ce qui s’est passé pendant Katrina ou à Saint Martin, en Haïti, un Black Friday comme un autre, pour s’imaginer des lendemains millénaristes. Quand je vois des recherches de ce genre ça me désespère et ça me laisse à penser que cette culture du chacun pour soi n’a pas tort. Les gens sont des chiens entre eux. Mais je sais bien que non. J’en ai fait l’expérience dans les hôpitaux psychiatriques, dans la rue, dans l’adversité les gens s’entre-aident, mais si tôt de retour dans cette société toxique alors chacun reprend son rôle, ses habitudes égoïstes, fermées. D’ailleurs les études le démontrent, l’éthologie l’étudie, j’ai pu moi-même le constater au Kenya, la loi de la jungle est en réalité celle de l’entre-aide. Les lionnes chassent ensemble, les zèbres conduisent les migrations des gnous, les éléphants élaguent les arbres et enterrent les morts, etc. Hélas nous sommes sous le joug des politiciens et surtout de ceux qui les commandent, les fossoyeurs de l’état de droit, le CAC 40 et consort, les assassins de notre planète et qui à Davos discutent résilience et non plus solution. Résilience de leur société productiviste bien entendu, comment se proroger en dépit des catastrophes en cours, sans rien changer, surtout. Nous sommes aussi sous le joug de nôtre paresse intellectuelle de téléspectateur satisfait, de notre paresse même physique à imaginer le monde sans vélo connecté et autre inutilité pour paranoïaque branché NSA et Wikileaks. Nous sommes gras de nos vies de rongeur à espérer que demain continuera de chanter, nous regardons la rue avec frayeur parce que notre société nous dit encore que c’est la fin, le cul de sac définitif, et moi pourtant j’en suis sorti. Lourd comme des ballons plein d’eau et qui flottons d’un écran à l’autre, d’une drogue à une autre, d’un alcool à une prière bercé par l’inconscient collectif de nos nations respectives. Les poussées migratoires de guerres que nous avons provoquées ou entretenues réveillent les instincts reptiliens des fascismes de toute l’Europe, la fièvre monte en Italie, en Allemagne, au Danemark, au Pays-Bas, le réveil nationale qu’ils appellent ça. Et aux Etats-Unis le racisme connu d’un imbécile dangereux réveille les camps de concentration pour enfants, exactement comme en France au demeurant depuis la loi Asile Immigration votée à l’unanimité par une cohorte de cafards humains, mains sur le cœur que c’est par altruisme. Finalement on ne peut peut-être que souhaiter un choc violent, un incident soudain qui remette tout en question avant que cette société de crevard finisse tous de nous crever, ce qui ne réglera pas le problème des centrales nucléaires ou des déchets si nos sociétés implosent. Or il y a plus de deux cents trente-cinq réacteurs allumés et quatre cent en construction dans le monde, cinquante-huit en activité en France. Sans compter la question des déchets bien entendu, puisque nous allons devenir la poubelle de l’Australie il ne serait pas inintéressant que les français se préoccupent de leur avenir dans ces conditions. Et surtout de l’avenir des enfants que nous faisons. Quel message allons nous leur laisser ces générations à venir, celle qui vont vivre après l’effondrement, désolé pour le bordel on vous laisse ranger ? Je ne suis pas parent et parfois je le regrette mais je me demande ce que peuvent raconter les parents qui ont conscience de ce qui se passe à leurs enfants. En parlent-ils simplement, les préparent-ils ? En sont-ils seulement capables ? Et sur quel mode ? Survivaliste ? Ecolo bisounours ? Ecolo concerné et informé ou essayent-ils juste de leur donner des valeurs d’entre-aide parce que c’est ce qui les sauvera au bout du compte ? Nous avons tous une manière de réagir face à l’adversité, personnellement j’oscille entre la débrouille et le laisser être mais si on me donnait le choix avant de tout voir partir en couille, je ferais trois fois le tour du monde pour me rattraper de tous ces voyages que je me contente d’imaginer aujourd’hui. En gros j’agirais en bon égoïste et ça ne me ferait ni chaud ni froid, comme des millions de personnes à l’instant même où j’écris ces lignes et qui ont conscience ou non de ce qui nous vivons dès aujourd’hui, un effondrement généralisé.

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Oui nous sommes des millions à penser sans lendemain, parce que ça nous berce ou bien parce que nous avons toujours vécu ainsi. Je n’ai jamais vraiment fait de plan sur l’avenir et de toute manière la maladie et la rue m’ont fait sortir d’un circuit dans lequel je n’étais même pas vraiment autre chose qu’un électron libre. Mais je me suis toujours adapté très vite, et j’ai encore suffisamment d’énergie pour mon âge pour pouvoir voir venir. Combien sommes nous dans cette Europe nantis à être capable de nous adapter en cas de crise majeure ? Les lois de Darwin risquent bien de régler toute question au carré du sanglant. Alors combien vaudra la peau de nos sinistres, de nos importants, journalistes rémunérés au Diner du Siècle, star souteneur des politiques assassines, fraudeur en tout genre fabricants de crise économiques, famille béké de Guadeloupe et d’ailleurs, toute cette smala des ors et de l’ignorance organisée, calfeutrée, comme un incendie qui peu à peu ravage les consciences. Car heureusement le réveil est de plus en plus là, de plus en plus radical, intransigeant. Il est trop tard mais de partout se déclarent les initiatives. Low tech, high tech, lanceur d’alerte, associations, c’est dans l’urgence que naissent les plus fortes initiatives. On imagine des nouvelles techniques de tractions animales dans le cadre d’une agriculture sans pétrole, un système permettant de recycler les déchets radioactifs en diamant fonctionnant comme des batteries quasi perpétuelles. On réinvente l’agriculture traditionnelle, des jardins en terrasse incas au jardin créole. Et quand bien même nos gouvernants font comme si tout ça n’était qu’un effet de mode à traiter par le cosmétique, que la Macronie supprime l’aide à l’agriculture biologique, scientifiques et intellectuels, les véritables et pas la bande de philosoiffards qui défilent dans le poste pour se goberger de leur importance, s’activent de plus en plus fort sur la toile notre dernier espace de liberté avant engloutissement. Mais même cet espace comme tout le reste est menacé et cette fois pas par le seul effondrement de la planète mais par sa fragilité intrinsèque. Des centaines de milliers d’attaques chaque jour, et une décharge au-dessus de nos crânes qui menacent les satellites de l’économie mondialisée. Une économie qui dépend désormais complètement d’internet et génère à la nano seconde des milliards volatiles comme du kérosène.  Encore une fois il suffira d’un rien pour propager l’effet domino. Et ne vous faites pas d’illusion au même titre que vous bouffez Fukushima comme un japonais de base, intoxiqué par tout ce qui s’est déchargé dans l’océan pour le pire et le pire, vous n’en réchapperez pas, personne. Alors il faudra commencer à envisager le monde comme un pauvre même si votre compte en banque vous dit le contraire, apprendre à faire sans, à vous affranchir de la morale commune, de vos à priori sociaux et je suis certain que pour nombre la leçon sera salutaire tandis que pour d’autre elle sera douloureuse voir létale. Car il ne suffira pas d’être solidaire, il faudra être utile d’une façon ou d’une autre et en dehors des codes classiques d’une société capitaliste qui n’a de doute manière aucun avenir.

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Personnellement voir la fin de cette société du mensonge et de l’imposture me réjouit. Sans doute n’y ai-je jamais été très adapté, quand j’avais de l’argent je ne savais quoi en faire et ma dernière augmentation de salaire, il y a vingt ans, je la dois à l’agence qui m’avait recruté alors. Sans doute est-ce parce que je suis né dans l’argent et qu’il m’a donné tout ce qu’il avait à me donner dans les limites de l’ennui qu’il engendre. L’argent est une maladie qui rend fou de toute façon, qu’on en ait ou pas et je conchie une société qui ne s’intéresse qu’à des ambitions de milliardaire, une société de l’accumulation de bien, une société de l’objet comme un culte. Un attachement qui a fini par détruire notre environnement et pourrait bien nous faire disparaitre dans l’ensemble. Je ne suis pas ambitieux au sens commun, mes attachements ne sont pas matérialistes et mes espérances sans doute pas de ce monde, à ma manière je suis un grand rêveur mais j’ai les deux pieds de la débrouille solidement plantés dans le sol alors je ne m’en fait pas pour mon avenir dans les dix prochaines années, c’est après que ça va craindre, faut-il que je m’autorise au suicide en cas de crise majeure sachant que je n’ai pas envie de servir de viande à cannibale. Car c’est bien l’inconvénient, l’effondrement n’est pas pour dans vingt ans, il est là, maintenant, tout de suite et il est irréversible. Selon les médias de nos zilliardaires qui n’ont aucun intérêt à alerter l’opinion sur l’immédiateté de l’effondrement et son irréversibilité. Sur le fait qu’il aurait fallu commencer à s’inquiéter dès les années 70, tout se passe dans un futurs plus ou moins lointain, 2030, 2050, alors que dans le même temps on connait un boum sur les bunkers suréquipés dans les milieux zilliardaires justement. Et il ne faut pas être grand clerc pour savoir que le méthane que libère actuellement le permafrost va d’autant accélérer le réchauffement, que si le gulf stream devient paresseux, comme c’est actuellement le cas, la terre risque en même temps de connaitre des hivers de plus en plus rigoureux et de plus en plus longs. Pour le moment tout à l’air encore de tenir parce qu’on ne vit pas en Grèce où les incendies ont déjà fait près de cent morts et où la crise provoqué par les vautours du FMI a dévoré la société. Ni en Lybie ou en Syrie parce qu’on n’a pas sous le nez notre propre désastre mais rappelez-vous, il suffira d’une pichenette comme la crise financière en approche, comme la mauvaise récolte qui s’annonce dans l’Europe entière cette année, comme une centrale qui a besoin de six mois pour se refroidir et on en a déjà arrêté trois rien que cet été… La société française tient par des fils corrodés à la fois par quarante ans de corruption et des infrastructures en piteux état qu’il s’agisse de route, d’alimentation électrique, de voie fluviale ou ferroviaire, l’argent dort, s’engraisse, part à Saint Martin et ailleurs, 80 milliards par an en moyenne. Mais l’important dans cette histoire, n’est-ce pas, ce n’est pas la chute, c’est l’atterrissage. On ne juge pas un homme ou un peuple à ses paroles mais à ses actes. On ne le juge pas plus à l’aune de son passé, aussi glorieux soit-il il ne sauvera pas de la catastrophe. Mais à l’aune de son présent, et pour le moment on ne peut pas dire que ça soit fameux ici ou ailleurs. Alors peut-être que quand un rouage aura définitivement sauté entrainant ce qui se déroule déjà dans un cycle accéléré, que l’effet domino prendra pleinement son importance des personnalités et des énergies vont se révéler. C’est tout ce qu’on peut espérer autant pour la France que pour le monde mais avant ça je crains qu’il faille boire sérieusement la tasse.

La Forme de l’Eau, fabulous monster !

C’est toujours un peu difficile d’aborder un film parfait. Un film qui autant par sa narration que son style, son montage, ses plans, forme un tout, une ecphrasis du cinéma de monstre, un film dans le film, une boucle sans bavure. Un film qui s’offre à la fois le luxe d’être triste et heureux en même temps, tragique, nostalgique et romantique comme ces comédies musicales qu’affectionne le vieil ami d’Elisa Esposito l’héroïne muette de ce film magnifique que nous a une nouvelle fois réalisé Guillermo del Toro, confirmant une fois de plus son statut de grand auteur du cinéma mondial en général et du cinéma fantastique en particulier.

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Guillermo del Toro a toujours été du côté des freaks et des monstres, ceux du bestiaire du cinéma et des contes fantastiques car les monstres humains se suffisent largement à eux même. Des freaks de la société comme son héroïne Elisa, femme de ménage dans un laboratoire de l’armée américaine, femme seule et muette dont on ne sait rien sinon qu’elle a des traces de griffes sur le cou et qu’elle est orpheline. Un passé d’enfant battu peut-être qui se retrouve dans la solitude avec son voisin un vieil homosexuel un peu excentrique et triste, illustrateur sur le retour qui essaye de se remettre en selle et dont le seul plaisir en dehors des tartes au citron vert sont les comédies musicales. Car les comédies musicales, comme le cinéma ou la télévision sont des espaces de liberté où le petit Guillermo et avec lui tous les freaks de la terre peuvent et pouvaient s’évader pour rêver et échapper aux monstres  que nous offre le monde. Comme le terrible colonel Strickland, prototype du mâle américains des années cinquante ou les supérieurs de l’espion soviétique, le professeur Hoffsetler, chargé d’étudier la créature par les américains. Tous des monstres froids pour qui la créature n’est qu’un moyen et pas un être vivant en soi, un objet à disséquer ou bien à tuer pour que l’adversaire ne l’ait plus, un enjeu entre grande puissance. Mais bien entendu la créature est bien plus. Etre miraculé et miraculeux qui va vivre une histoire passionnelle avec la si réservée Elisa. Brin de femme plein de malice et de volonté que rien n’arrêtera dans son amour quitte à provoquer une inondation pour danser sa ronde d’amour avec son amant fantastique. Jusqu’aux dénouement où le mythe de la belle et la bête sur lequel nous a lancé le réalisateur trouve une fin inattendue et pleine d’espoir.

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Car somme si toute les histoires ont déjà été raconté, celle-ci plus que les autres est un des thèmes récurrent du cinéma d’horreur et fantastique depuis King Kong et le conte susnommé et qu’on retrouve dans à peu près toute les cultures. Excepté qu’ici il est raconté par un amoureux des monstres qui ne sont jamais ceux qu’on croit avec del Toro ou du moins jamais aussi terrifiant et abject que les monstres humains qui parcourent son cinéma comme son capitaine Vidal dans le Labyrinthe de Pan ou ici le colonel Strickland, fanatique de la pensée positive et fier mâle américain sûr de son fait en toute circonstance. Mais surtout dévoré par son ambition et la très haute idée qu’il se fait de lui-même. Un fanatique et un sadique qui ira jusqu’au bout de tout pour parvenir à éradiquer la créature. Mais si cette histoire a déjà été raconté c’est comment celle-ci l’est et ici on touche au sublime. Car ce n’est pas juste le récit d’un amour impossible que nous raconte ici del Toro c’est celui en miroir de son amour du cinéma, ce cinéma comme l’eau où on pouvait, être immergé au sens littéral avec ses monstres favoris et vivre une grande aventure impossible. Ainsi pour Del Toro le cinéma est à la fois un lieu d’émerveillement et un refuge, comme nous l’explique ce plan magnifique où la créature, largement inspiré de celle du Lagon Noire, regarde une scène de l’Histoire de Ruth (un peplum de 1960) dans un cinéma. La créature est passée derrière l’écran comme elle est sortie de l’eau et elle contemple ce monde merveilleux qu’est la fiction cinématographique. Seule véritable religion du petit Guillermo, lui qui avoue être né chez des ultra catholiques et n’avoir jamais été un très grand adapté au monde dans lequel il a grandi, le cinéma, la télévision devenait des refuges idéales. Il est donc ici à la fois la créature et son Elisa, cette jeune femme frêle et introvertie qui va pourtant se jouer de tous pour vivre son grand amour.

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Et si je fais mention de la religion c’est qu’ici, en quelque sorte et en troisième lecture, c’est avec celle-ci que Del Toro règle ses comptes, avec la religion et toute forme d’idéologies comme celles qui déchiraient le monde dans les années 60. En effet dans l’Histoire de Ruth la créature est un monstre auquel un culte barbare sacrifie des jeunes filles « pures » car dans la pensée chrétienne auquel se réfère ce péplum le monstre est forcément un être démoniaque puisque il n’a pas figure humaine. Quand au bad guy, le colonel Strickland, il ne cesse de s’en référer à la bible et au mythe de Salomon et des Philistin pour mieux parjurer et trahir tous les commandements en bon hypocrite qu’il est en réalité en plus de tout le reste. Jusqu’au moment où il devra reconnaitre la divinité de son adversaire, comme si le réalisateur renvoyait le thème du péplum et le christianisme à une seule vérité, ce que vous appelez monstre était appelé dieu avant vous. Et il en va de même au sujet des idéologies qui ne valent pas mieux l’une ou l’autre, incapable de se situer autrement que sur le rapport de force et la cause matérialiste. La créature doit servir au développement de la conquête spatiale et/ou doit être détruite dans ce seul but. Le monde des adultes sent la mort et la solitude semble nous dire le réalisateur, seul le cinéma, et particulièrement les comédies musicales nous offre de l’émerveillement et du bonheur, du moins tant qu’on ne découvre pas l’amour. Et peu importe avec qui ou quoi nous dit Del Toro, comme l’eau, il prendra la forme qu’on lui donnera. Et c’est avec un merveilleux sens du détail que le réalisateur nous raconte son amour impossible. Elisa qui collectionne les chaussures et en change chaque jour met des rouges le jour où elle enlève son amoureux pour le sauver. Quand il nous introduit à son personnage principal c’est pas les bruits sourds qui composent son monde qu’il le fait, et le bruit des talons qui claquent comme dans un film de Shirley Temple devient une délicieuse musique, la manifestation joyeuse et enfantine d’une femme qui ne retient le monde que par ses vibrations. Elle vit d’ailleurs au-dessus d’un cinéma dont les sons fabuleux se projettent mieux que jamais dans cette salle de bain rituel où chaque matin avant de partir travailler elle s’aime en solitaire. Et où elle aimera bientôt son être fantastique. Les mille et une variations autour de la couleur verte, symbole de l’étrange dans la monographie des années 60 comme nous le rappel une remarque d’un des personnages et qui est ici magnifié, du vert malade et laborantin de la base militaire, au vert aquatique de l’univers de la créature, ou des pulls d’Elisa, le monde de la Forme de l’Eau est vert et ruisselle d’eau magnifié comme la générosité et l’amour de son auteur ruisselle à chaque plan.

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Assez curieusement il y a quelque chose d’Amélie Poulain dans son personnage et dans son film. Qu’il s’agisse d’un univers entièrement recréé que de la forme ritualisé de la vie de son Elisa ou les couleurs utilisés. Mais Elisa est une femme effacée et pleine de secret et pas une jeune femme extravertie et ludique. Elle frôle les murs et ne découvre son point de rencontre qu’en apprivoisant une créature pas si sauvage que ça, et par la musique naturellement, ce langage universel. La comparaison s’arrête là d’ailleurs car le monde de Del Toro est paradoxalement plus adulte que celui de Jeunet même s’il se compose d’être fantastique. Quand la cruauté et la violence font leur apparition le réalisateur ne détourne d’autant pas les yeux qu’il s’agit de montrer qui est le véritable monstre dans cette histoire. Et cette violence Del Toro l’a connait d’autant qu’il a vécu et grandit dans un pays violent et qui le demeure plus que jamais à ce jour. La vie est cruelle dans le monde du réalisateur mexicain et seuls les monstres de cinéma semblent pouvoir nous sauver nous dit finalement le film. Ce qui, si on y réfléchi bien est un constat doux amer sur notre impuissance à nous sauver même à travers l’amour.

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Maintenant que dire du casting  à part qu’il est parfait également ? Sally Hawkins dont la performance lui a valu un oscar compose un personnage de femme mutine, volontaire, passionnée, impatiente et à la fois douce tout ça sans un seul mot, juste en comptant sur son art de la comédie et des partenaires qui lui rendent la réplique à la perfection, à commencer par la créature elle-même. Et il fallait tout le talent de Doug Jones pour donner figure humaine si j’ose dire à une créature amphibienne sous un costume de plusieurs kilos. Lui qui fut déjà Abe Sapien dans Hellboy et qui ici repose également sa performance sur ses silences et cette énergie particulière que savent transmettre les comédiens (les bons) à la caméra. Je ne glisserais pas sur la performance de Michael Stuhlbarg que j’ai personnellement découvert dans a Simple Man et qui est juste égal à lui-même en réserve et en passion, homme prêt à tout pour sauver lui aussi la créature, ni sur celle de Richard Jenkins avec son rôle difficile d’homo dans la prude société des années soixante, encore un autre freak. Mais je voudrais particulièrement rendre hommage à celle de Michael Shannon qui depuis Boardwalk Empire a démontré d’un potentiel fantastique dans le rôle du bad guy quasi surréaliste, j’entends par là une dimension que seul un Christopher Lee dans Dracula était parvenu à avoir. Et c’est d’ailleurs comme une sorte de Dracula que le filme le réalisateur, un monstre sorti de l’enfer humain, sa taille, son visage, tout est là alors qu’en quelque sorte il joue le rôle d’un Van Helsing sadique. Et c’est par lui que Del Toro nous donne une des clefs de son film. Quand il reconnait le monstre comme un dieu. Van Helsing et tous ses cousins ne sont en réalité que les seuls véritables monstres qui n’acceptent pas la différence, qui refusent ce qui ne leur ressemble pas et son prêt à tout pour le détruire.

Bref un film à voir et à revoir ne serait-ce que parce qu’il fourmille de détail qu’on ne saurait capter à la première lecture avec une bonne garantie tout de même de pleurnicher de bonheur à la fin.