Jacqueline Sauvage, une étrange affaire

Ca y est c’est fait. Fidèle à son absence de caractère, après avoir gracié partiellement Madame Sauvage, l’homme qui n‘était pas là a accordé une grâce complète à l’intéressée, au désespoir d’une partie des magistrats. On se souvient déjà sur le mariage gay comment notre badaud sous la pluie avait déjà tergiversé, parlant d’abord d’âme et conscience des maires avant de tapoter de son poing mou et rose sur la table. Avec l’affaire Jacqueline Sauvage on a à la fois un cas à part juridiquement, et une affaire tout à fait symptomatique de notre époque et ce pour plusieurs raisons. A la fois symptomatique du mode de gouvernance de l’absent de l’Elysée, du rapport incestueux qu’entretient le pouvoir avec la justice, de la médiatisation. Mais également idiopathique tant au sujet de la place des femmes dans la société française, que sur le thème de la violence à leur encontre qu’enfin au sujet d’un certain féminisme dogmatique et doctrinaire.

Jacqueline Sauvage, un cas d’école.

Jacqueline Sauvage est le portrait type de la femme battue. Soumise pendant plus de 20 ans à un mari violent qui l’a envoyé quatre fois aux urgences entre 2007 et 2012, elle est également le portrait type d’une femme née en 1947. Mariée à dix-huit ans, et mère un an plus tard. Sans diplôme, d’abord ouvrière dans l’industrie pharmaceutique puis dans la confection, elle est déjà maman de trois enfants alors qu’elle a à peine vingt-trois ans. En 81 son mari chauffeur routier est licencié, il décide de se mettre à son compte, achète un camion et sa femme occupe le poste de conjointe-collaboratrice, sans toucher de salaire. En 89 son fils et sa fille entrent dans l’affaire familiale qui fini par péricliter en 2012, année du drame. C’est d’ailleurs au cours d’une dispute sur la dites entreprise que trois coups de fusils partent. Madame a tiré dans le dos du mari, effrayée, selon elle, par l’éventualité qu’il redevienne violent. Ses filles attestent de sa violence et affirment même des attouchements sexuels. Il n’est pas seulement violent et incestueux, il est alcoolique. En garde à vue, cerise sur ce gâteau à la merde, Jacqueline Sauvage apprend que le jour même son fils s’est pendu. Son fils aussi souffrait de la violence de son père. Une violence qu’il reproduisait lui-même d’ailleurs sur sa femme, comme bien des enfants dans ce cas. Espérant atténuer sa peine, Madame Sauvage invoqua la légitime défense. Mais pour les magistrats et les deux équipes de jurés qui ont successivement condamné et confirmé en appel la condamnation les choses ne sont pas aussi simples. Et mieux, la veille de la journée contre la violence faites aux femmes, avec un sens du timing délicat, la cour d’appel de Paris, rejetait sa demande de liberté conditionnelle. La raison invoquée par la justice pour rejeter l’argument de la légitime défense et la demande de conditionnelle était que la condamnée adoptait une position victimaire, qu’elle ne réfléchissait pas assez sur son crime, sans s’interroger sur la place qu’elle prenait dans le fonctionnement pathologique de son couple. Et le 24 novembre que sa « réflexion demeure pauvre et limitée puisqu’elle peine encore à ce jour à accéder au réel et authentique sentiment de culpabilité  ». Je ne sais pas pour vous mais je trouve que cette dernière phrase à un côté liturgique qui n’est pas sans évoquer l’acte de contrition réclamé à la sorcière sur son buché. Nous y reviendrons. La justice reproche notamment à Madame Sauvage de ne jamais avoir porté plainte même après les épisodes aux urgences, remet en doute le témoignage de ses filles quand elles invoquent des attouchements, mieux le personnel de la prison se plaint que madame se rebelle, on y reviendra également. Bref elle présente à la fois le portait mêlé d’une femme indocile mais soumise, se sentant à la fois non coupable de son geste mais apparemment assez coupable pour avoir caché la violence de son mari à la justice, aux services sociaux.

François Hollande, un autre cas d’école

Par une sorte d’antithèse asymétrique, François Hollande présente également à la fois le portrait d’un homme indocile et soumis. Indocile parce qu’il hésite tout en même temps à céder à l’opinion et à déplaire aux magistrats, ménageant tout d’abord la chèvre et le chou avec sa grâce partielle. Insoumis parce que déclarant avec un aplomb de touriste de sa propre lâcheté que les magistrats manquent de courage. Et soumis parce qu’alors qu’il ‘n’a plus rien à perdre, qu’il espère encore piètrement rentrer dans l’histoire autrement que par la porte de sortie, il fait une nouvelle fois preuve de la seule gouvernance dont il n’a jamais été capable : le sociétal, le cosmétique, et ce essentiellement pour satisfaire un féminisme doctrinaire et victimaire. Le féminisme de la bourgeoisie à conscience, de la maman et de la putain. De cette même bourgeoisie qui réclame à Madame Sauvage après près de quatre ans dans l’enfer carcérale français, pour des raisons qu’elle récuse, de se montrer docile, soumise, obéissante et surtout pénitente. Pour autant j’ai moi-même signé la pétition, je ne peux donc que le remercier pour l’intéressée. Pour le seul titre de la question juridique par contre c’est un autre sujet.

Légitime défense et rapport de perversion.

Toucher au principe de légitime défense c’est toucher à la boite de Pandore, Riposte Laïque, l’amicale des petits blancs mal dans leur peau, réclame déjà qu’on accorde la même grâce à Luc Fournier, le buraliste qui a fusillé un jeune voleur de 17 ans, Jonathan Lavignasse, et qui invoque aussi la légitime défense. Attendu qu’il savait que quelque chose se préparait, avait alerté la gendarmerie, tendu des fils pièges dans son commerce et campait à l’intérieur avec son fusil, la justice évoque plutôt l’autodéfense. Or l’autodéfense est également un thème de prédilection de la France apeurée, particulièrement en cette époque de terrorisme sauvage et quasi pathologique. On se souviendra par exemple de la tentative du maire de Bézier de créer une milice civile à seul dessin de troller les réseaux sociaux et les médias, et de faire les gros yeux aux immigrés. Mais pour en revenir à madame Sauvage, il ouvre peut-être un autre débat plus intéressant, celui dit de la légitime défense différée, comme il est intégré dans le droit Canadien. Ce qu’on pourrait presque inscrire comme une légitime défense spécifique aux femmes et enfants battus et qui s’appuie notamment sur ce qu’on appel le Syndrome de la Femme Battue ou SBF. Le SBF n’est pas une de ces nouvelles maladies inventées par la psy ou le féminisme américain. C’est un ensemble de signes cliniques que connaissent bien les travailleurs sociaux et les urgentistes privant la personne de trouver une solution raisonnable à la situation de terreur et de danger véritable dans laquelle elle se trouve. La victime se concentre alors sur les moyens pour se prévaloir de la violence du conjoint ce qui, sur le long terme, alterne son jugement. Une situation que connaissent également parfois les enfants eux même, à qui on ajoutera une sidération face à l’autorité induite par les parents et les adultes en général, plus le fait que leur parole peut être mis en doute et qui les conduit eux, plus souvent vers le suicide, l’automutilation ou la polytoxicomanie. Quand ils ne reproduisent pas sur d’autre leur martyr. Pour autant le SBF ne semble pas intégrer un autre facteur qui n’est pas rare dans ce genre de rapport de couple. Et un facteur que ne semble pas avoir non plus intégré la justice à l’endroit de Madame Sauvage, et qui est celui du pervers narcissique. Je n’ai pas choisi mon titre par hasard, dans une Etrange Affaire de Pierre Granier-Deferre, Gérard Lanvin tombe sous la coupe de Michel Piccoli sous l’œil médusé et impuissant de Nathalie Baye. Lentement mais sûrement, jouant le chaud et le froid, la séduction et la destruction, Piccoli exerce une emprise complète sur Lanvin au point de son implosion. Freud craignait déjà que ses concepts deviennent grand public et alimente nos babillages. Il avait raison. Le terme de harcèlement a été dévoyé, celui de pervers également, le terme de pervers narcissique devient une formulation à la mode pour de la psychologie de bas étage au service du victimaire, éludant par la même le caractère bien réel du drame. Le harcèlement est relativisé, le fauve se fond dans la foule du banal, à force de traiter tout le monde de facho, de crier systématiquement au loup, quand il survient personne ne fait plus attention. Or le pervers narcissique (à entendre ici en terme « clinique ») est une réalité. Il s’inscrit dans une relation de dépendance à coup de yoyo émotionnel, mélangeant gratification et douche froide jusqu’à se lasser de sa victime quand il l’a totalement dominé car c’est avant tout le pouvoir sur l’autre qui est son moteur à l’instar du psychopathe et du violeur. D’une intelligence plus souvent limitée qu’on ne le croit, elle est cependant concentrée sur le fonctionnement propre de la victime. Son narcissisme même (car nous le sommes tous à titre varié) son manque d’estime d’elle-même, et le rapport alternée contenu dans le triangle de Karpman, bourreau, victime, sauveur. Le bourreau pourra ainsi tenir à la fois les deux autres rôles et vice versa pour sa victime. Ainsi tel mari violent reprochera, après la baffe, à sa femme de le pousser à bout jusqu’à ce qu’elle finisse par se sentir elle-même coupable et donc bourreau des sautes d’humeur de son mari, quitte à se reprocher à elle-même son attitude et s’en excuser, devenant son propre tortionnaire. Ce qui laissera au pervers narcissique tout loisir d’étendre son pouvoir, par exemple en quittant le domicile, en se faisant supplier, en menaçant de divorcer. Inversant totalement le rapport jusqu’à prendre le rôle consolateur en revenant sur ses menaces et en « pardonnant » sa victime. Ce mécanisme intentionnel est fort bien décrit par le proxénète Iceberg Slim dans son autobiographie Pimp. A noter que d’une part si le pervers narcissique est une personne instable qui aime changer de victime sitôt l’une sous sa domination et se lasse vite, c’est également un maniaque du contrôle qui appuiera sur tous les ressorts possibles pour tenir sa victime sous sa domination, au point d’un rapport de dépendance – toujours inscrit dans le principe de Karpman – à assimiler à la toxicomanie (morbidité et toxicité du rapport). Mais qu’à l’instar à nouveau du psychopathe violent c’est un être profondément vide, avec généralement une vision nihiliste du monde, une incapacité empathique à comprendre les autres et lui-même autrement que sous le strict mécanisme de la domination, et surtout qui se cache. Car par essence il a goût à ce qu’il fait aux autres, c’est un pervers donc, cela remplit en soit le vide de lui-même en satisfaisant son narcissisme pathologique. C’est ici que le SBF ne fait pas cas de cette réalité, si la victime cache elle-même ses bosses, le pervers narcissique, à l’instar cette fois du sociopathe, saura présenter un verni social qui dupera absolument tout le monde. Si dans le cas de Madame Sauvage, l’agressivité et l’alcoolisme de son mari laissait peu de doute au voisinage et à l’entourage extérieur, il est à noté qu’on ne passe pas 47 ans avec une personne violente sans entretenir et être entretenu dans un rapport pervers de dépendance. La justice en reprochant à Madame Sauvage son rôle dans le fonctionnement pathologique de son couple reproche peut-être finalement à la victime d’un pervers narcissique de s’être laissé soumettre. Et si je dis ici peut-être c’est que Madame Sauvage reste un mystère pour la justice, que les allégations d’attouchement de ses filles n’ont pas fait l’objet de constat médical ou de plainte, au plus d’une main courante qui, comme toute les mains courantes, finie par s’effacer si aucune plainte ne vient la soutenir. En soit donc on voit que le principe de légitime défense différée pose question d’autant que si le SBF regroupe des signes cliniques, le terme « pervers narcissique » est une notion psychanalytique et non clinique. Bien moins simple à démontrer dans un tribunal. Et ce même si selon le psychiatre, psychanalyste Alberto Eiguer il s’agit d’un cas particulier de la pathologie narcissique.

Féminisme victimaire et tabou social

Il y a toujours eu deux justices, en France ou ailleurs. La justice populaire et la justice d’état, les deux ont pour trait commun d’être humaines, en ceci qu’elles se trompent. S’il appartient aux juristes, avocats et magistrats d’examiner les erreurs de la seconde, la justice populaire refuse de se soumettre à l’examen, elle a raison par la voix du nombre et peu importe si ce jugement est sous l’influence de l’air du temps. Dans le cas qui nous occupe, je peux en témoigner en tant que signataire, ça été le cœur des âmes en détresse, des pleureuses de la cause des femmes, rendez-vous compte il battait sa femme et violait ses enfants. Et peu importe donc s’il n’y a aucune preuve formelle de ce fait, il faut les croire car ce sont des femmes, et les femmes sont nécessairement martyres du genre masculin, le si mal nommé sexe fort. Il y a trois ans, dans un grand élan vibrant d’indignation frelatée, Madame Belkacem se lançait comme défi d’abolir rien de moins que la prostitution et dans la foulée, car en France toute loi doit être assortie d’une taxe non forfaitaire, de pénaliser les clients. Bramant que le corps n’étaient pas une marchandise, et en appelant à la dignité bafouée des femmes par l’avilissante pulsion sexuelle du mâle uniforme. Allégation sur le corps qui a bien dû faire rire tous les publicitaires et autres vendeurs de produits pas forcément nécessaires, de la berline sport aux soutiens-gorge coquins. Du télé-achat pour appareil de musculation en passant par les tablettes de chocolat de Brad Pitt ou les tatouages et la chute de rein de son ex. Position sur la dignité féminine typique de ce féminisme de victime et castrateur qui consiste à uniformiser tant les hommes que leur rapport à la sexualité. Et qui par la même occasion évacue d’un revers de la main tous les hommes et transgenres qui sont eux-mêmes travailleurs sexuels. Et ce à seul fin de ne pas aborder un premier tabou social, celui de la misère sexuelle. Un tabou social qui fait également le succès des sites pornographique sans pour autant faire la fortune de cette industrie en crise, et qui est elle-même victime d’un autre phénomène de misère sexuel : la violence, notamment initié par des comédiens comme Rocco Siffredi ou James Deen. Enfin, une loi qui conduit en réalité non pas à arrêter ce commerce mais à le rendre un peu plus clandestin, et terme d’abolition d’une fatuité assez typique de Madame Belkacem (comme du reste de Madame Royale). Dans une Europe sans frontière où fleurissent les bordels, en Espagne, Belgique, Allemagne, Pays-Bas, etc… Et pour ceux que ça intéresse l’OCRTEH, l’Office Centrale pour la Répression du Trafique d’Êtres Humains c’est un total de 50 fonctionnaires pour l’ensemble du territoire. Autant pour l’immigration clandestine que les réseaux de prostitutions… Ce même féminisme victimaire et petit bourgeois qui fait dire à Caroline Haas qu’il faut oser le clitoris et partager les tâches ménagères dans un pays où 53000 femmes sont excisés (dont une majorité avant l’âge de dix ans) et où 37% des violeurs sont les conjoints eux-mêmes. Car il ne s’agit non pas de nier ici, bien au contraire, mais de mettre le doigt sur un autre tabou social le rapport que la société française entretien avec les femmes.

La Maman et la Putain

Ce n’est pas à l’idée développée par Jean Eustache dans son film de 73 auquel je me réfère ici mais à celle commune dix ans plus tôt au sujet des mères célibataires. Cette perception qui leur valait le titre de mère indigne, de putain donc puisque célibataire et objectivement femme. Dans la psyché française il y a un mythe persistant qui veut que non seulement nous avons inventé l’égalité entre les citoyens et les citoyennes mais que puisque nous avons inventé également le libertinage nous avons élaboré la femme libérée. Bien entendu tout ça n’est qu’une légende urbaine. De Coco Chanel à Bardot, des cocottes aux suffragettes en passant par Louise Michel et Arletty nous sommes persuadés d’être en avance dans le domaine de leur « libération ». Déjà partir du principe qu’une société va libérer les femmes, c’est partir du principe qu’elles ne peuvent pas le faire elles-mêmes. C’est donc une logique non pas de société féministe mais patriarcale et paternaliste. Et bien entendu cette logique s’étend aux hommes eux-mêmes, c’est donc une société qui prend ses citoyens pour des enfants. Ensuite il serait également nécessaire de rappeler qu’il a fallu attendre 1907 pour qu’elles aient droit de toucher un salaire en propre, et soixante ans de plus pour avoir un compte courant sans l’autorisation de monsieur. Que si elles ont obtenu le droit de vote qu’à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, l’Uruguay l’accordait dès 1926… quand à l’avortement il était déjà en vigueur depuis 1920 en URSS quand Simone Veil a réussi à faire plier la société de 1974 et à l’imposer. Et ceci au terme seulement d’un intense et violent débat médiatique. Débat qui est encore d’actualité semble-t-il quand on entend le FN user du terme infâme « d’avortement de confort », et remettre en question son droit au parlement européen. Or le FN est dans l’esprit de beaucoup de français aujourd’hui. Dans la continuité de cette projection déformée et flatteuse que les français se font d’eux-mêmes, celle-là même qui l’autorise à se poser en juge de la misogynie et de la violence de l’Islam vis-à-vis des femmes et dans la foulée de se lancer dans des débats stériles vis-à-vis des interdits vestimentaires des plus intégristes, nous nous glorifions de nos progrès, de notre féminisme et pourquoi pas même de notre adoration du genre. Et là disons que la réalité est moins pimpante. Pour 20% des français un non équivaut à un oui. En 2015, 223.000 femmes étaient victimes de violences conjugales, et 84.000 étaient victimes de viol ou de tentative dont 54% par leur conjoint ou un membre de la famille. Que la France c’est une moyenne de 206 viols, par jour (des deux sexes) pour seulement 12768 plaintes déclarés…que le viol conjugale n’est même pas clairement défini par la jurisprudence de 90 alors que paradoxalement il est plus sévèrement puni que le viol d’une (ou d’un) inconnue. Et je masculinise à dessin la question car c’est un autre tabou, le viol masculin. D’une part celé par la honte de l’acte lui-même (comme chez toute personne violée) que par la difficulté à l’assumer pour un hétéro ou un homo. D’autre part mis au rencard tant par le fait qu’il est moindre comparé à celui des femmes, que par l’action de ce même féminisme dogmatique et en réalité masculinisé. Et puis il y a la réalité du terrain également. La police ce n’est pas les Experts. Une analyse ADN est confiée à un laboratoire privé, au frais de l’enquête, or comme dans bien des affaires, si le cas n’est pas suffisamment gros, le juge d’instruction rejettera la demande de fond. Si la peine prévue est de 15 ans maximum dans les faits c’est très relatif. J’ai le cas personnel d’une amie qui s’est faite violer deux jours durant à domicile, qui a été contaminée par le virus du Sida dans la foulée, et qui a vu son agresseur ressortir libre après un séjour de convenance en psychiatrie. Et ceci après avoir eu à faire à des policiers indifférents et limite insultants. Mais il est vrai que les parents du coupable sont des notables… De plus la procédure dure en moyenne deux ans avec ce que ça sous-entend comme remises en question, doutes et peurs. Le harcèlement de rue peut devenir commun mais une femme qui se rebiffe ça passe moins. Une relation pour avoir osé faire face s’est fait casser le poignet, et quand elle a eu le malheur d’en faire part sur les réseaux sociaux, elle s’est fait insulter et continue de se faire insulter parce qu’elle a eu le tort de préciser que son agresseur était un bon blanc…Racisme et sexisme dans un même paquet cadeau. Harcèlement et violence dont j’ai été moi-même témoin sans qu’aucun défenseur de la femme en péril ne se lève. Et vous pourrez toujours m’avancer que la foule est lâche et indifférente, je vous défie de faire ça en Afrique, au Maroc ou à Dakar pays musulmans s’il en est, mettre une baffe à une femme mûre comme je l’ai vu ici et vous vous ferez défoncer sinon par ces messieurs au moins par ces dames. D’ailleurs si vous n’êtes toujours pas convaincu je vous rappellerais qu’une fois de plus nos députés (de gauche, un comble !) se sont distingués en rejetant un amendement prévoyant d’interdire d’exercice un élu condamné pour viol ou violence. Faisant de facto de l’assemblée et du sénat le seul lieu en France où les agresseurs de femme sont protégés… par la loi. Et un DSK de pouvoir tranquillement violer une prostituée sans qu’une partie de la population ne s’en émeuve plus que ça, pire en appelant au complot, au regret éternel quand à ce qu’aurait put être la gouvernance de ce pervers en lieu et place de celle de demi-molle.

Médiatisation et dilution.

Comme toute les affaires touchant à un point sensible et clivant de notre société celle-ci a connu les affres de la médiatisation, avec son lot de scandales, d’outrances, de certitudes assenées, et le concours gourmand d’une classe politique toujours plus prompte à se faire bien voir de ses employeurs, nous, qu’à faire son travail. Dans le rapport ambigu et conflictuel qu’entretient depuis toujours état et justice en France, justice de cour et cour de justice, et particulièrement dans un contexte toujours plus dégradé depuis le début de l’état d’urgence, les décisions des uns ont des conséquences dont on pourrait se passer. Ainsi on peut aisément voir dans la décision du 24 novembre une réponse de la bergère mal aimée au berger également mal aimé. La déclaration sur la lâcheté évidente de la justice a été suivie d’un mot d’excuse du cancre de l’Elysée, d’autant bien venue que la classe politique passe régulièrement au tourniquet. Or comme nous l’a rappelé l’inénarrable Christine Lagarde ou Jérôme « les yeux dans les yeux » Cahuzac sa bonne grâce vis-à-vis de la caste dominante dépend d’un rapport tacite de non-agression. Cahuzac a plongé pour avoir fraudé sur de l’argent personnel et osé mentir à ses « amis » alors qu’il n’a jamais été grand-chose, là ou au contraire, participant à un détournement massif d’argent public au profit d’un repris de justice multi récidiviste, la puissante Madame Lagarde a été dispensée. Ce qui l’autorise apparemment à déclarer sans complexe qu’il faut s’atteler à la lutte contre les inégalités dans un ensemble Dior du meilleur goût pour qui aime les vieilles en habit de croquemort à paillette. Or sans la grâce du premier magistrat de France, celui censé garantir l’indépendance de la justice, Madame Sauvage n’aurait été libérable qu’en 2018 ce qui fait au total pas mal d’année de prison depuis 2012 et onze mois de préventive pour une personne qui a cherché à mettre fin à son martyr. Or cette dilution des décisions, cette dispersion du discours, ce battage qui finalement ne satisfera que les féministes de pacotilles et les hystériques de la victimisation va surtout avoir pour conséquence d’endormir les uns et les autres dans l’autosatisfaction que justice a été rendue pendant que des tribunaux surchargés rendront des décisions hâtives. Pendant que le budget de la justice française est équivalent à celui de la Moldavie, 37ème sur 43 pays européen. Or je rappel ces chiffres, 223000 femmes victimes de violences conjugales, 75000 viols pour l’année 2016, pas même 13000 plaintes enregistrées, 206 viols par jour. Le 24 novembre dernier, alors que Jacqueline Sauvage était renvoyée en cellule, la 68ème femme de l’année était tuée par son ex conjoint.

En attendant bonne et heureuse année madame, à vous et à vos filles, et bon courage pour vous reconstruire.

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Je suis un assisté

Jean-Michel Apatie, qui est au journalisme ce que la brosse à reluire est aux chaussures d’un ministre, soutenait récemment, devant un Barthès naturellement goguenard, que les hommes politiques n’étaient pas assez payés et que cela expliquait pourquoi la plus part avait un second emploi. Et d’affirmer avec morgue que lui, à la place de Hollande, se serait augmenté. Bien entendu tout le monde sait que l’homme qui n’était pas là n’a prit cette mesure que par pure démagogie. Et en effet on n’oublie pas que c’est suite à ses défaites électorales que Jean-François Copé s’est empressé de prendre un boulot d’avocat, ainsi que son ami Sarkozy, ça tombe bien il va en avoir besoin… On pourrait répondre qu’en 1961 déjà, Michel Audiard dans le film le Président, dénonçait la collusion public/privé dans les emplois occupés par les députés. Je cite : « La Politique, messieurs, devrait être une vocation. Je suis sûr qu’elle l’est pour certains d’entre vous. Mais pour le plus grand nombre, elle est un métier. Un métier qui ne rapporte pas aussi vite que beaucoup le souhaiteraient et qui nécessite de grosses mises de fonds. Une campagne électorale coûte cher. Mais pour certaines grosses sociétés, c’est un placement amortissable en quatre ans. Et pour peu que le protégé se hisse à la présidence du conseil, alors là, le placement devient inespéré. Les financiers d’autrefois achetaient des mines à Djelizer ou à Bazoa. Eh bien ceux d’aujourd’hui ont compris qu’il valait mieux régner à Matignon que dans l’Oubangui, et que de fabriquer un député coûtait moins cher que de dédommager un roi nègre. »… et à vrai dire on va s’arrêter là. Pas un seul français n’ignore la somme ahurissante de privilège que s’est arrogé notre caste politique. Les chiffres des salaires, des préretraites et retraites, indemnités diverses et variées, sans compter la faramineuse somme d’avantages en nature sont régulièrement publiés et dénoncés au point de devenir un phénomène de société en soi. La suroccupation des postes à responsabilité verrouille totalement la vie politique où trois gros partis se partagent le crachoir, avec le FN dans le rôle de l’épouvantail à moineau. La cooptation des pouvoirs et la main mise de la classe dominante, celle de la moyenne et grande bourgeoisie sur les « grandes écoles » ainsi que l’assemblée comme le sénat créer un effet de plafond de verre. Quand à la justice elle semble faite pour le seul usage du citoyen ordinaire comme nous l’a rappelé Madame Lagarde en embarquant pour New York. Bref en gros, nous en sommes à peu près revenus à ce qui se passait avant la nuit du 4 aout, avant que ceux qui dominent aujourd’hui n’abolissent les privilèges…

Il est temps de remettre les français au travail !

Du mise en examen Serge Dassault, dont l’incompétence industrielle nous a déjà coûté 47 milliards sur le Rafale, au sémillant Laurent Wauquiez, en passant par François Fillon ou l’héritier Pierre Gattaz, tous nous le répètent, les français ne foutent rien, il est temps d’en finir avec l’assistanat. Prenons par exemple Laurent Wauquiez, voilà un homme qui s’y connait en travail. N’est-il pas à la fois président du conseil régional, député, premier vice-président des Républicains, et maitre des requêtes au Conseil d’Etat ? Sans compter deux postes de ministre, un comme secrétaire d’état et un autre comme porte-parole, un de maire, plus ses fonctions au sein de son parti, et donc une vie publique forcément riche. Ajouter à cela qu’il est père de deux enfants et j’ose imaginer que cet homme a de nombreux amis et une vie privée. A mon avis, il doit y avoir une explication astrophysique géo localisée dans ce prodige, en France  le temps se distord à mesure que le pouvoir grandit. Et comme nous avons à faire à des surhommes, forcément leur perception de nos petites vies est celle de Zeus sur l’Olympe. D’ailleurs Serge Dassault ne le déclarait-il pas avant que ses amis ne lèvent son impunité parlementaire : « la France d’en bas n’existerait pas sans la France d’en haut ». ? Bref, entendre un homme politique ou le patron du Medef parler du travail ça fait à peu près le même effet que d’entendre le pape parler de sexe.  Pourtant, il faut bien l’admettre la part des prestations sociales n’a cessé d’augmenter avec le temps, +35% en 2015 et en 2014 il y avait environs quatre millions d’assistés au RSA et tout ça a déjà couté plus de 25 milliards d’euros en 2015. C’est dire si on n’a plus les moyens de payer des vacances aux Bahamas aux feignasses. D’autant qu’en plus il y a les fraudeurs ! Rendez-vous compte, en 2013, la fraude aux prestations sociales représentait la somme astronomique de 350 millions d’euros ! Alors que la fraude aux cotisations sociales ne se situait qu’entre 20 à 25 milliards d’euros, une paille ! Ah mais oui nous dit la classe politique, mais toutes ces aides, quand même ça motive pas à chercher du travail. Et vous savez quoi, ils n’ont pas complètement tort. Petite explication.

 

L’assistanat, un drame dont on se passerait bien.

Evacuons tout de suite la question, 68% des travailleurs pauvres ayant droit au RSA activité n’y ont pas recours. Et moins de 1% des bénéficiaires d’aide ont déclaré que ne pas travailler était plus avantageux. Corolaire inhérent à une dépression et une psychopathologie déclarée tardivement, à 40 ans je me suis retrouvé sans domicile fixe et pour une durée de trois ans. Les gens ayant souvent un portrait fantasmé et souvent misérabiliste de la situation de SDF, je précise que comme beaucoup d’autres de mes camarades d’alors je vivais techniquement à l’hôtel au mois et que je travaillais ainsi que 30% des sans domicile. J’ai été successivement sondeur, serveur et réceptionniste. Je vivais à l’hôtel mais mon adresse légale était 1 Places Mazas, adresse commune à tous les SDF de Paris ne pouvant justifier d’un endroit où réceptionner leur courrier, en face de la morgue… Des emplois précaires et mal payés qui m’ont obligé à demander une aide aux Emmaüs. J’ai également vécu chez des « amis » et testé les limites de la solidarité quand on a fait de la psychiatrie, et comme je ne pouvais pas faire de demande de RSA au départ – j’avais bien trop gagné avant de plonger, et absolument tout claqué sous l’effet de ma pathologie – que j’ai quitté mon emploi de serveur, par exemple, pour ne pas sombrer dans l’alcoolisme encouragé par la direction, il m’est arrivé de ne pas avoir un sou pour me payer l’hôtel. Mais je me suis débrouillé avec les moyens du bord. Je me suis reconstitué un réseau relationnel en fréquentant un bar et à dessin. Evitant l’alcool à nouveau je me suis fait des relations et des amis. Pour retrouver un équilibre je me suis mis au sport, et en trois ans je n’ai finalement dormi qu’une seule fois dans un parc. Quand je n’avais pas les moyens de l’hôtel ou que le mien m’avait enfermé dehors (fermeture 22h) soit je passais la nuit dans un bar à tenir le crachoir des buveurs soit je me débrouillais pour qu’on me paye une chambre pour la nuit. J’ai même fini par me trouver un appartement par un ami connu dans ce bar. Hélas ma pathologie m’a rattrapé et je suis retourné à l’hôpital, détruisant dans la foulée tout ce que j’avais péniblement construit. Appelons ça de l’orgueil je n’aime pas faire appel à l’aide public, mais surtout je déteste les administrations, les files d’attente, et les paperasses. Pourtant j’y ai fait appel, et j’y ai appris à faire une chose, pleurer sur commande. Il n’y a que ça qui fonctionne à tout les coups. Faire pitié, donner l’impression qu’on est démuni, et à part avec quelques fonctionnaires et associatifs triés sur le volet ne jamais faire état de ses ressources pour ne pas sombrer. C’est mal vu de faire du sport, de chercher du travail, de tenter de se faire un entourage. Ca fait pas assez humilié sans doute. Mais l’ennui voyez-vous avec le RSA c’est que si vous gagnez un peu plus tel mois dans votre emploi précaire, le mois suivant votre RSA diminue. Et puisque par exemple un contrat de sondeur court d’une journée à une semaine voir deux pour 8,50 de l’heure, rien ne vous dit que le mois suivant vous travaillerez. A ce régime là si vous êtes SDF vous n’avez aucun moyen de refaire surface. Et si d’aventure vous gagnez la somme faramineuse de 800 euros comme réceptionniste à temps partiel comme je le fut, oubliez le RSA. Sachant que l’hôtel où vous vivez coûte 547 euros par mois, que telle association prend en charge là-dessus 350, il vous reste environs six cent euros pour vous nourrir, vous habiller, vivre. Sachant que bien évidemment il faut ajouter deux euros par jour pour la douche dans certains hôtels, et que vous mangerez dans tous les bouibouis du quartier faute de pouvoir cuisiner dans votre chambre. Et ici je parle d’une situation « confortable » je doute qu’un SDF de Rouen ou de Clermont Ferrant trouve facilement, emploi, hôtel, structure et moyen de locomotion. Bref ça douille d’être pauvre et en effet dans ce contexte on a plus intérêt à rien foutre qu’à vivre sur la corde voulu par des énarques qui n’ont pas la moindre idée de la réalité du terrain.

Créez votre entreprise, vous m’en direz des nouvelles

Oui mais non. Vivre du RSA ce n‘est pas vivre. Une fois sorti de l’hôpital j’ai réussi à convaincre ma famille que eux aussi il pouvait se comporter en être humain. On m’a accordé un délai de deux semaines avant de retourner dans la rue, finalement je me suis suffisamment effacé pour que pendant cinq ans on me considère comme une nuisance supportable. Je suis passé de la catégorie des 700.000 SDF en 2013 à celle des 3 millions de « mal logés ». Je vivais alors en grande banlieue et je continuais péniblement à travailler toujours comme sondeur. Et puis j’en ai eu assez et je me suis dit, tiens si je créais mon entreprise. Je me suis tourné vers mon métier d’origine, concepteur-rédacteur dans la publicité et me suis mis à mon compte. L’Urssaf m’a donné un numéro en urgence après que j’ai poussé mon premier coup de gueule, m’associant à la convention collective…. des traducteurs. En effet pour une raison qui n‘appartient qu’à le seule administration seul les graphistes sont associés à la communication. Et c’est alors que j’ai fait connaissance avec le fameux RSI. Créé en 2005 pour faciliter les relations entre les indépendants et les organisations de protection sociale, le régime social des indépendants les a, en réalité, kafkaïsé. Quelques exemples. En 2010, 20 000 dossiers attendaient toujours d’être dûment immatriculés depuis deux ans : 20.000 entreprises ne pouvaient exercer légalement.… Certains administrés qui tentent de communiquer depuis trois ans avec le RSI se retrouvent avec 18 000 euros de cotisations en retard et 4 000 euros de frais de retard, faute de n’avoir jamais reçu de rappel de cotisation, faute également que leurs courriers parviennent où que ce soit. Car si les exigences du RSI sont immenses, son mode de communication tient de l’autisme, quand il ne s’agit pas simplement de déni. Résultat des courses : en 2007, 6,1 milliards d’euros de cotisations attendaient d’être payés ; en 2011 14,2 milliards, avec au moins 1,3 milliards pour la seule période 2008-2010. En ce qui me concerne en un an j’ai fait un misérable total de 5000 euros et le RSI m’en a prit 3700. J’ai donc naturellement laissé tomber. Quatre ans plus tard la Cipav, qui s’était imposé à moi, me réclamait encore 1700 euros qu’elle refusait que je paye par échelonnement ! Passé automatiquement du régime général au régime privé, je suis resté un an et demi sans sécurité sociale, et sans le savoir, le RSI ayant omis de signaler que j’avais cessé mon activité auprès de la CPAM. En gros en créant mon entreprise je me suis endetté à hauteur d’environs 5000 euros…et j’en étais au même point : un fichu assisté du RSA….

L’apprentissage c’est l’avenir

Toujours François Fillon, sans emploi connu, définissait l’apprentissage comme « la voie royale du retour à l’emploi » et François Hollande futur rentier, expliquait que c’était « l’espoir ». Pas plus convaincu que Laurent Wauquiez de la pérennité d’un RSA j’ai donc décidé de me reconvertir au beau métier de cuisinier, et je précise sans avoir jamais cuisiné de ma vie. Bénéficiant du statut enviable de chômeur longue durée, ma formation assurée par le Greta était assortie d’un revenu indexé sur mes heures de présence en cours. La formation en France c’est un marché de 25 milliards d’euros assuré par les collectivités, l’état et les entreprises, et j’ai de la chance parce qu’en réalité c’est un marché tellement juteux et tellement abusé que seul 13% de cette somme va expressément aux chômeurs. Le Greta lui est une émanation de l’état son budget est annexé au budget de l’établissement support de la formation (EPLE) en concurrence avec l’Afpa, l’autre organisme de formation de l’état. En 2010 pour un demi-million de stagiaire il dégageait un volume d’activité de 459 millions d’euros dont une partie est censé revenir aux établissements  accueillant, ce qui, si l’on en croit les responsables des comptes des dits établissements ne va pas de soit, avec parfois des retards de 10 ans… N’ayant pas mon bac, à la différence de François Fillon et de Jean François Copé, on m’indiqua donc qu’en plus des cours de cuisine théorique et pratique je suivrais des cours d’anglais, de français et de mathématique. Ca me convenait, un petit rafraichissement de mémoire ne me ferait pas de mal. Dans les faits, étant bilingue, la prof d’anglais passait le plus clair de son temps à me demander de valider ce qu’elle disait, et je lui servais d’assistant. La prof de français était tellement à la ramasse qu’elle nous confia à des logiciels en ligne d’apprentissage de français. Et quand je lui expliquais que je n’avais pas exactement besoin d’apprendre à faire une dissertation mais de cours de grammaire, me riait au nez et me forçait à faire un exposé (…) sur un thème imposé. Vous pouvez le lire, il s’agit de l’article sur le Tibet… Quand au cours pratique et théorique, disons que pratiquement ils enseignaient à peu près tout excepté ce à quoi nous allions être réellement confrontés en cuisine. Je sais faire en théorie une pâte feuilleté ou une crème anglaise, de la glace ou tailler et nettoyer une truite, et faire un fond brun  Dans les faits, aucun restaurant excepté gastronomique ne fait de pâte feuilleté, de glace ou de crème anglaise, les poissons sont déjà préparés sinon congelés et il est interdit de garder un fond brun plus de douze heures et seulement à condition d’avoir une cellule de refroidissement. Or comme ça prend environs trois bonnes heures, la plus part des restaurants n’ont pas les moyens ni le temps de s’y consacrer. En réalité l’apprentissage se fait en stage et à la dur. Que vous ayez cinquante ou 15 ans on vous parlera de la même manière, et si je connaissais assez l’univers en cuisine pour l’avoir fréquenté, si avant ma formation j’avais fait déjà quatre mois en cuisine comme commis et second (et toujours sans rien y connaitre, d’où la nécessité d’une formation) j’avoue que se faire hurler dessus par un gamin de 20 ans pour une tâche insignifiante sur un mur ne va pas de soi. Pas plus que de devoir travailler dans un restaurant où le patron ramène les courses pile poil en plein service, ou vous impose un chef sans diplôme, sans méthode, sans hygiène mais corvéable et pas cher. J’ai fini par trouver le moyen de me casser la main en allant chercher des produits à la cave d’un restaurant, le chef pensait que je simulais… J’ai tout de même eu mon diplôme. Reste que le Greta étant déplorablement organisé, on nous faisait sauter des cours mais on nous obligeait à rester pour justifier le budget. Nos emplois du temps changeaient constamment et tant pis pour ceux qui avaient des enfants à l’école. Qu’il pouvait arriver qu’on nous renvois chez nous comme des enfants parce qu’on avait oublié de se raser ou tel couteau de découpe, autant d’argent qui n’entrait pas à la fin du mois, mais ça le Greta n’en n’avait cure. Sans compter le prix d’une valise de couteaux et les tenues, compter environs deux cent euros. Et qu’à nouveau on n’était absolument pas préparé, que nos professeurs de cuisine étaient, de leur propre aveu, payé  12 euros de l’heure pour faire du tourisme et de la garderie, en gros. Mais donc j’avais un métier et me voilà lancé dans la grande aventure… de la précarité et de l’escroquerie en bande organisée. En deux ans, je n’ai jamais travaillé plus d’un mois d’affilé. Dans un pub, à raison de 10 heures par jour, cinq jours sur sept, j’ai touché la somme folle de 947 euros… pour 1400 brut. Dans une brasserie, engagé comme chef de parti, j’ai été plongeur pendant un mois, uniquement parce que le chef de parti qui faisait office de chef ne m’aimait pas, et quand j’ai fini par protester je me suis fait virer. Dans un bistronomique j’ai assuré jusqu’à 13 heures de travail par jours comme chef de parti froid (dessert et entrée) et je dormais aux environs de quatre heures par nuit après deux kilomètres de marche (plus de transport). Le lendemain de la signature de mon CDI, j’étais viré, ils avaient trouvé une commis qui ferait l’affaire pour moins cher… il y aurait très long à dire sur la réalité des cuisines et de la restauration, je ne m’attarderais pas dessus. Disons qu’en temps que cuisinier, si vous aimez la cuisine faites la dans un gastronomique sinon chez vous. En temps que professionnel si votre but est de vous faire exploiter et sous-payé vous avez décroché le gros lot. Et en tant que client, si vous voulez manger quelque chose qui a été fait dans des conditions d’hygiène acceptables, évitez comme le diable les restaurants en continue. En deux ans je me suis fait exploiter, escroquer abuser, hurler dessus, j’ai bien failli me battre deux ou trois fois avec des commis mal élevés. Je me suis cassé une main, j’ai travaillé avec une clavicule fêlée, me suis taillé les doigts et brûlé un nombre incalculable de fois, le tout en étant atteint d’une pathologie où le stress et contre indiqué. Alors quand enfin j’ai accepté de me voir comme un handicapé, que j’ai fait ma demande d‘allocation d’assisté handicapé et que le faramineux montant (1080 euros avec l’aide au logement pour un loyer de 477 euros…) m’a permit de me payer cocaïne et call girl, j’ai totalement cessé de travailler pendant deux ans. Vous comprenez maintenant ce que je disais quand j’expliquais que Laurent Wauquiez avait raison, mon allocation ne m’a pas incité à rechercher du travail mais à rester chez moi écrire gratuitement des articles… quelle honte. Reste que je suis indécrottablement têtu et que j’ai pour projet cette fois, puisque mon allocation a été renouvelé, de trouver un travail, et pire, un projet fou, un travail qui me plait, bosser avec les gosses comme AVS (auxiliaire de vie scolaire). Au mois de septembre sur la base d’un CV généraliste et d’une lettre de motivation une directrice d’établissement a voulu me rencontrer. Hélas entre temps l’éducation nationale avait bloqué les embauches. Ce mois ci, sur la base du même CV et de la même lettre un employé de Pole Emploi a décrété qu’’il ne pouvait pas les présenter, qu’aucun chef d’établissement n’en voudrait… Bref je suis un salaud d’assisté et au fond le seul statut qu’on veut bien me reconnaitre c’est celui d’handicapé.

 

 

 

 

Psychiatrie : logique de l’isolement

Je dois admettre qu’il est difficile d’être serein sur un sujet quand on l’a vu de l’intérieur. Quand on l’a subit. Pour le monde extérieur, pour les gens non traités ou dont les névroses ont été socialement acceptées ou qui ont su les cacher, le monde de la psychiatrie et plus globalement ce qu’on appel improprement la folie, est un univers anxiogène peuplé d’individus angoissants voir effrayants avec lesquels ils veulent avoir le moins à faire. Pourtant la psychiatrie en France c’est un peu plus de quatre cent mille patients, dont 10% de personnes de moins de 18 ans et 4% de personnes âgés de plus de 80 ans. Pour un patient comme moi, on est souvent confronté à cette réalité et qui pourrait se résumer à cette question : « mais pourquoi donc c’est moi qui suis traité et pas eux ? ». La réponse est toute trouvée, parce que leurs névroses et leurs psychopathologies ne les empêchent pas de fonctionner correctement en société. A vrai dire moi non plus dans la plus part des cas mais ma réponse émotionnelle si elle n’est pas traitée est en effet handicapante. Je suis bipolaire de type un. Concrètement cela signifie que j’ai un dérèglement de l’humeur dont l’origine est incertaine mais actuellement on s’orienterait vers l’explication génétique. Si je ne connais pas réellement de phase dépressive la plus part du temps, et si elles ressemblent à celles de monsieur tout le monde, mes phases maniaques peuvent m’entrainer vers ce qu’on appel les « bouffées délirantes ». A savoir des phases où vont commencer à me venir des idées farfelues autour desquels je vais construire tout un schéma d’autres concepts délirants. Au point extrême des bouffées on commence également à avoir des hallucinations, auditives, olfactives, visuelles. Il n’est plus alors question de se calmer, mais d’être hospitalisé dans les plus brefs délais. Les périodes d’hypomanies, chez tous les bipolaires, quelque soit le type vont s’accompagner d’une intense activité sociale, d’un besoin de verbaliser énorme, d’un débit de parole intense, d’une agitation constante, d’insomnies. Pour ma part j’ai été diagnostiqué à l’âge tardif de 35 ans suite à un burn-out. Et si je vous explique tout cela ce n’est pas pour vous raconter ma vie mais illustrer ce qui va suivre.

La thérapie du dressage

Quand il vous arrive ce genre de chose tardivement dans votre vie vous n’avez pas la moindre idée de ce qui se passe. Les délires, quand ils apparaissent, ne vous tombent pas dessus d’un coup, c’est une lente construction que vous nourrissez autant de vos interrogations que de vos doutes. Et comme la vie est une vilaine farceuse, parfois c’est elle-même qui va nourrir votre délire. Telle chose que vous imaginez se produit réellement, telle situation sociale prend une forme totalement inattendue et dans le contexte anxiogène. Vous avez l’impression de perdre le contrôle mais d’une manière si insidieuse que cela agit à vos dépens. Sans compter que dans le cas de la bipolarité durant les phases maniaques vous êtes dans la surestimation de vous-même, avec parfois des idées de grandeur ce qui n’arrange nullement votre état ni votre capacité à raisonner. Qu’enfin, plus vous commencez à vous rendre compte que votre état n’est pas normal, plus vous angoissez et moins vous êtes capable d’en faire part à votre entourage, notamment parce que ça fait peur à tout le monde à commencé par vous. L’un dans l’autre vous vous retrouvez du jour au lendemain aux urgences psychiatrique et là les emmerdes commencent réellement. Contrairement au monde médical classique, même après diagnostique, personne ne vous dira avec certitude ce que vous avez, car en fait non seulement on ne peut pas vraiment le savoir qu’au terme d’une étude attentive de votre cas mais en plus les erreurs ne sont pas rares. Or pour ce qui s’agit de l’étude de cas, la psychiatrie française a apparemment mieux à faire : vous bourrer de neuroleptiques. Et ainsi, en première instance, le psychiatre de mon service déclara à mes proches que j’étais schizophrène. Autant pour le secret médical que pour la justesse du diagnostique. Mais il faut garder à l’idée que dans l’esprit de cette psychiatrie là à partir du moment où vous franchissez les portes d’un établissement vous retombez dans une sorte d’enfance où votre avis, votre comportement, n’a aucune espèce d’importance dans la mesure où il n’entrave pas le fonctionnement du service. Au moment où vous êtes admis, si vous n’allez pas directement en isolement, on vous fait porter un pyjama hors d’âge, porté par des milliers de malade avant vous, et remerciez l’infirmière et l’intendance s’il est à votre taille. Si vous montrez des signes d’amélioration, n’êtes pas agité, on vous autorisera à porter vos propres vêtements, puis à sortir dans le jardin de l’unité, voir au-delà, dans le parc de l’hôpital où vous êtes totalement livré à vous-même, sans la moindre surveillance. Précisons que ce traitement peut-être assoupli si par exemple vous ne montrez pas de signe de délire particulier à l’admission, vous pourrez éventuellement garder vos propres vêtements. Reste que personne ne vous explique jamais cette « thérapie » commune à tous les hôpitaux publics. Et je sais de quoi je parle puisque je suis hélas dans le domaine un Gault et Millau avec pas moins de sept hospitalisations, dont une en Angleterre. Personne ne vous explique non plus jamais ce que vous avez, ni les symptômes inhérents, c’est donc totalement fortuitement que j‘ai appris l’expression « bouffée délirante » et ce que ça recouvrait. Quand à ma connaissance de ma maladie elle tient à deux mots : internet et Iceberg, une association pour bipolaire. Résultat à ma première hospitalisation j’ai fait exactement ce qu’attendait de moi l’institution et je suis sorti au bout de trois semaines, absolument pas soigné…. Et il m’a fallu 13 ans pour accepter ma maladie, accepter l’handicap et même demander la pension qui allait avec.

La règle des trois i : Indifférence, Incompétence, Isolement

Selon un rapport de 2016 du Contrôleur Général des Lieux de Privation de Liberté l’isolement et la contention sont devenus monnaie courante dans les établissements psychiatriques. Selon les responsables c’est pour le bien des malades. Je ne crois pas non. Du temps où fumer était autorisé dans les lieux publics, j’ai eu l’occasion de voir le personnel de maintenance boucher le bas d’une porte afin que les malades « libres » ne puissent pas passer de cigarette à leur camarade. Or il ne s’agissait pas d’une mesure de sécurité, les chambres d’isolement sont composées… d’un lit avec un matelas ignifugé et éventuellement de sangles. Il s’agissait de coercition. Et la coercition on connait en hôpital psychiatrique. Que vous soyez venu en candidat libre ou en Hospitalisation d’Office ou à la demande d’un tiers, une fois dans l’unité, depuis les années 60, vous êtes enfermé à double tour. Et vos droits à la liberté sont souscrit au bon vouloir de votre psy, avec qui croyez-moi vous avez intérêt à vous entendre, les rares fois où vous le verrez. D’ailleurs c’est bien dans une chambre d’isolement censé protéger le malade de lui-même que j’ai vu une suicidaire échapper totalement fortuitement à la mort. Elle avait eu la mauvaise idée de tenter de se suicider au moment où l’infirmière passait pour son repas. Cinq minutes trop tard et la patiente protégée d’elle-même y passait…. Quand au personnel infirmier, s’il n’est pas hostile (ce qui arrive également…) il n’est simplement pas formé. Il est là pour administrer des médicaments, point c’est tout. Il n’y a ni dialogue, ni groupe de parole, ni la moindre prise en charge. Au quotidien les patients passent leur journée à s’ennuyer, fumer, regarder la télé, se chamailler. Les heures de repas deviennent dès lors des moments privilégiés où on peut se remplir pour compenser son vide. A cela s’ajoutera une prise de poids obligatoire sous l’effet combiné des médicaments et de l’inactivité complète, autant pour l’image de soi… Si pour une raison ou une autre un malade est pris de crise de larmes, ou s’agite, la réponse des infirmiers sera dans le cas le plus commun de recommander l’isolement et sur le moment de tenter de calmer la personne en devenant parfaitement anxiogène. Etre soi-même malade et devoir expliquer à des infirmières qu’elles font plus de mal que de bien à telle personne est un moment assez savoureux pour qui voudrait savoir à quoi ressemble une poule devant un couteau. Faire avouer à un patient quel a été l’élément déclencheur de sa pathologie, alors qu’il ne l’a jamais raconté à un psychiatre de son propre aveu, en dit long sur la capacité d’écoute de ceux là. D’ailleurs les psychiatres pour la plus part n‘écoutent non seulement pas mais n’ont pas le temps. Ils passeront une voir trois fois par semaine, verrons une quinzaine de patients à raison de dix minutes, un quart d’heure par cas en étant parfaitement incapables de déceler quoique ce soit. Ainsi tel paranoïaque schizophrène me racontait son projet d’assassiner quelqu’un à sa sortie, je doute que le médecin ai jamais eu vent de ce projet. Ainsi j’expliquais à tel psy que cette relation allait non seulement les duper mais finirait par concrétiser ses multiples tentatives de suicide. L’intéressé m’expliqua avec une assurance sans borne qu’ils savaient parfaitement y faire avec les gens qui simulaient leur bien être et qu’il saurait soigner la personne. Quatre mois après cette conversation, mes prédictions se réalisaient. Et quand on contacta son psy pour le tenir au courant, sa réponse lénifiante fut « je ne comprends pas elle avait l’air d’aller très bien ».

Psychiatrie, logique sécuritaire et politique du chiffre.

Soyons juste, les professionnels eux même ne sont pas aidé. Et comme le trait commun des politiques français semble être plus l’enrichissement personnel et la mise en orbite de leur carrière que le courage, ça ne risque pas d’évoluer. Depuis 92, il n’y a plus de spécialisation dans le domaine de la psychiatrie pour les infirmiers. Il y a un tronc commun, à eux de se former eux-mêmes et sans que d’aucune façon cela soit obligatoire. De plus, cette spécialisation est mal vue en soin généraux. Vous y serez souvent considéré comme un incompétent ou un paresseux. Et en aucun cas, si vous voulez revenir dans l’hôpital classique vos années en psy ne valoriseront votre CV. Il s’agit donc d’un sacerdoce pour ceux qui veulent s’y consacrer. Sans compter que la formation, si elle est payée par l’état, induira de fait que vous effectuerez votre stage obligatoire dans le service qui conviendra à l’institution. Et telle infirmière débutante de se retrouver dans un service d’autistes lourds, géré par des aides soignantes sans formation médicale, un chef de service venant du domaine administratif et un psychiatre… qui n’a pas terminé ses études. Et je cite ici un cas que je connais personnellement. Vous vous retrouvez donc à devoir vous occuper d’un patients atteint de syndrome de Pica oublié dans les toilettes par les aides soignantes. Une personne atteinte de cette maladie ingère ses propres déjections, je laisse à votre imagination le soin de visualiser à quoi cela peut ressembler… Or la seule formation spécialisée que n’a jamais reçu cette personne ce sont des méthodes de protection physique non agressive pour se protéger quand un autiste de cent dix kilos vous coince contre un mur… Selon un rapport parlementaire de 2013, 20% des postes de psychiatre ne sont pas pourvu dans le public. Pourtant nous n’en manquons pas, pas moins de 22 psychiatres pour 100.000 habitants mais le plus grand nombre exerce dans le privé et 80% dans des agglomérations de plus de 50.000 habitants. Or d’ici 2018 40% prendront leur retraite. De plus l’hospitalisation d’office se généralise, plus de 50% des cas, et ce notamment grâce au cyclothymique Nicolas Sarkozy. En 2008, fort de son incompétence et sur la base d’un de ces faits divers qui lui servait de mode de gouvernance, le très dispensable président débloqua 70 millions pour sécuriser les hôpitaux, avec caméra, verrous, suivi des antécédents comme dans le cas d’un délinquant et durcissement des règles de l’Hospitalisation d’Office. Plus la création de nouvelle UMD, unités pour malade difficile. Dans les faits, la mesure d’exception d’HO devient la norme, offrant aux préfets un pouvoir bien au-delà de leur compétence. Mais ce pouvoir ils l’avaient déjà, soyons juste. A ma seconde HO en 2001, au bout d’un mois d’hospitalisation, contre l’avis du psychiatre qui me suivait depuis un moment, le préfet décréta que je n’étais pas prêt (évidemment je n‘ai ni été examiné, ni entendu) et en m’en recolla pour trois mois. Quatre mois au total dont je sortais non seulement épuisé mais pas plus soigné qu’avant puisque sur sept séjours, six ont été effectué en HO… Je précise que je n’ai jamais présenté un danger pour qui que ce soit, uniquement pour moi-même. Enfin dans les faits toujours, non seulement il n’y a strictement aucune surveillance hors des unités, ce qui donne lieu parfois à de violents incidents entre malades, non seulement le trafic de shit est florissant en milieu psychiatrique (et cannabis et neuroleptique ne font pas forcément bon ménage) mais en réalité on entre et on sort comme on veut d’un établissement psychiatrique, et je le sais d’autant que j’ai faussé compagnie à mes infirmiers anglais (où le régime est pourtant fort différent et nettement plus humain). A cela il faut ajouter qu’en raison du manque de lit (moins 22% depuis 94) et du déficit de personnel, dans une même unité semi ouverte on rencontrera des profils qui n’ont pas grand-chose à faire ensemble. Ainsi lors de mon dernier séjour je me retrouvais en compagnie de quatre délinquants (moyenne d’âge cinquante ans) dont un meurtrier bâti comme une armoire que tout le monde craignait un peu, à commencé par le personnel médical, et qu’absolument personne n’aurait été en mesure de maitriser si son caractère ombrageux avait cédé à une crise.

Psychiatrie, le grand retour en arrière ?

Comme le disait le docteur Jean-Claude Pénochet, président du Syndicat des psychiatres des hôpitaux « La contention est un indicateur de la bonne ou de la mauvaise santé de la psychiatrie. Plus la psychiatrie va mal, plus la contention sera utilisée. » C’est précisément ce qui est en train de se produire, et ça ne risque par de s’arranger si on continue la gouvernance « fait divers » comme on semble vouloir le faire depuis 2000 où pas moins de 29 lois pénales ont été promulguées en 17 ans (autant pour la surpopulation carcérale… voir mon article à ce sujet). Or d’une part le risque zéro n’existe dans aucun domaine d’autre part, pour la moyenne des patients internés, la majorité ne présente qu’éventuellement un danger pour eux-mêmes. De plus il existe actuellement 10 UMD sur le territoire métropolitain, traitant un peu plus de 600 malades, à majorité des hommes, dont quatre crée entre 1910 et 1963… Ensuite il faut tenir compte du suivi, toujours indispensable. Les Centres Médicaux Psychiatriques sont surchargés, l’obtention d’un appartement thérapeutique dans le cas des patients en déficience d’autonomie sont très difficile à obtenir. Les règles concernant les pensions handicapés subornés à la sécurité sociale exigent, selon la logique très kafkaïenne de notre administration, qu’un malade ne pouvant pas travailler ait travaillé un minimum de 600 heures dans l’année. Quand à l’allocation adulte handicapé, elle ne court que sur deux ans renouvelable pour un montant… de 800 euros. Mais la maladie mentale ne recouvre pas le seul champ du malade, il y a l’entourage, si tant est que l’entourage n’ait pas foutu le camp ce qui n’est pas rare. Or vivre au quotidien avec un bipolaire ou un schizophrène n’est pas forcément chose aisé. L’entourage également a besoin d’être entendu et soutenu. Surtout qu’une pathologie mentale peut avoir comme origine ou conséquence une toxicomanie voir une polytoxicomanie. Les patients suffisamment autonomes pour prendre régulièrement leurs médicaments et veiller à leur comportement ne sont pas légion par définition. Sans compter que l’évolution d’une maladie peut amener à un changement d’ordonnance. Et tous les médicaments qu’on vous donne sans discernement et souvent sans limite de temps peuvent s’avérer dangereux à la longue. Le Risperdal, prescrit comme anti psychotique, mentionne tout de même dans les contre-indications  « peut donner des envies de suicide aux personnes sujettes à la dépression ». Et la Dépakine provoque des malformations intra utérines. Tel patient m’expliquait qu’il avait demandé un changement de prescription en raison de panne sexuelle. Après que son médecin ait nié toute implication du dit médicament (ce que pourtant je pouvais confirmer…), il est allé voir un autre médecin, qui lui a prescrit un nouveau médicament avec pour effet… de lui déclencher une crise. Et si la prise de poids est si rapide en unité c’est essentiellement parce que par soucis d’économie ont prescrit des produits moins chers mais qui vous font grossir. L’un dans l’autre il est essentiel pour le plus grand nombre d’être sinon encadré, suivi, et non pas maintenu dans l’état d’assistanat infantile que propose la Cotorep ou l’hôpital lui-même mais accompagné dans l’autonomie. Or pour tout cela il faut du personnel spécialisé, il faut également des médecins et des infirmiers qui aient non seulement de l’initiative, l’envie d‘innover mais surtout qu’on écoute. Hélas à ce jour ce que le personnel politique écoute essentiellement c’est le mugissement des instituts de sondage.