Colère

La détestation unilatérale des infrastructures chimiques de la langue démolit d’un coup de point, pas d’exclamation, la foule molle des vendredi soirs qui m’observent comme un limaçon chinois, méfiant et jaune. Je leurs hurle dessus et ils ne disent rien, ils ne comprennent pas ou par bribes, le poème que je leur sers en soupe. Des chiens. Des chiens à leur maman debout derrière leurs télévisions qui passent comme des mégots dans le vent et je les ignore moi aussi, qui puis-je s’ils sont bêtes qui puis-je s’ils vachettent dans la croupissante médiocrité de leurs alinéas, leurs crédits, leurs assurances, leurs plans retraite, comme si la retraite n’avait pas déjà sonné pour eux depuis l’enfance ! Taïaut de nos rêves faisons des maisons ! Des télés, des émissions… Ils adorent ça les émissions, se regarder parler…. Regarder les autres, pour se dire, nous on n’est pas pareil mais on aimerait bien. On aimerait bien être comme Lolita Panpancucul la princesse reality chaudasse, avoir des gros seins et aller partout avec ses gros seins comme deux ambassadeurs spéciale porno. Mais on n’est pas comme Madame Michu, oh non ! Qui vient raconter sa petite vie de misère à la télévision, ah non ! Nous on est mieux ! Oui mais je m’en fous moi qui les garde leur plastique savant à leur maman, tatouage ethnique et tout le toutim, qu’ils se le caroufaillent où je pense leur Apollon spongiforme bovin, les problèmes spicologiques de Madame Bidule, et toute leur modernitude ! Qu’est-ce que tu veux que ça me fasse à moi que leur siècle il calanche dans les toupies, que ça roule en rond à ras, de les voir clapoter comme des rongeurs sur leurs claviers partout où ils sont comme s’ils étaient tous ministres de quelque chose. Comment veux-tu que ça m’intéresse moi leur litté-rature à gros pied qui raconte jamais rien mais qui le raconte rondement. Leurs philosophes du sophisme et de la litote en collier. Il y a rien. Il n’y a plus rien, ou presque et ce qui reste ça s’en va par petit bout et tout ce qu’on peut espérer c’est que ça va pas partir trop vite en couille. Mais le veau il comprend pas, il continue, on lui a dit de continuer alors il continue. Et il me regarde lui aboyer dessus et il a peur, je la lis sa peur dans ses petits yeux éteints d’aveuglé-sourd. Il a peur de quoi ? De ce que je lui renvoie évidemment, suis-je fou ? Comment ? Je l’insulte lui ! Oui toi ! Non toi ! Alors il prend son petit portable rassurant, son organe en plastique, il appelle les gentils flics rassurants dans leur tenue de ninja de la mort qui vont m’embarquer c’est sûr. Ils me feront taire, c’est sûr, on entendra plus le son de ma voix, mais dans la tête je ne me tairais plus jamais, et chaque fois qu’ils me demanderont je leur dirais. Je leur dirais ma fièvre gigantesque, ma fureur rocambolesque, ma colère faramineuse contre leur monde de ras de terre, leurs absences, leur néant, leur océan de néant sur lequel ils naviguent à vue, mais sous l’œil attentif des caméras ! dis-je en pointant théâtralement la caméra au-dessus de la galerie. Oui ! Et qui donc est derrière cette caméra ? Quel lambda est en train de me regarder là ? OUI ! Un veau lève la tête, il sourit je l’intéresse, oh mon frère, oui toi aussi regarde sainte caméra, elle nous observe c’est pour notre bien. Le veau sourit, je l’amuse… Et voilà les pandores qui m’assaillent, vos papiers s’il vous plaît, à qui vous parlez ainsi monsieur, mais à vous monsieur, à vous lui dis-je, et à lui aussi, s’il veut bien, à n’importe qui qu’est-ce que vous voulez que ça me foute ! Ils s’exaspèrent, ils sont en bande, ils aiment ça être en bande c’est grégaire chez eux. Taisez-vous monsieur, voyez ce que je vous avais dit ? Ils veulent tous qu’on se taise toujours, ils ne veulent pas entendre, surtout si ça les nomme qu’ils soient civils ou poulets, taisez-vous ou on vous embarque et pourquoi donc ? Pour outrage, pour rébellion non même pas pour désordre sur la voie publique, exactement ! La vérité ils appellent ça le désordre. Contrevenant de la parole assassinée par l’administrative précision du verbe, échappée de la diction dans une envolée subite de mots je rap et dérape sur le sens textuel de cette engueulade mystique, j’explose comme une bonbonne de boulons terroristes, je glisse sur leur sens et échappe à leur entendement cafouilleux. L’œil glauque d’incompréhension marabouté le veau nous contemple moi et mes nouveaux amis qui font allo papa tango Pancho Villa il faut qu’on y aille quoi ! Le touriste sourit il n’y entend rien, on le traite de con et il brebis c’est sa nouvelle théorie à lui, il est positif, et tous les jours il remet ça ici ou ailleurs, en se levant le matin, oui dès le levé je vous dis ! Touriste dans l’âme même chez lui entre sa cuisine et ses chiottes, qu’il allume sa radio pour entendre je ne sais quel amuseur l’amuser, et pendant que ça cramera il continuera de rigoler parce que qu’est-ce qu’on y peut hein si tout nous dépasse ? Ah je hais les touristes, je les exècre, je préfère ne jamais voyager plutôt que d’en croiser… Mais on en croise toujours n’est-ce-pas ?… Il n’y a que ça des touristes dans la rue n’est-ce-pas… des touristes qui se glissent sous les écrans de télé anonymes sous l’œil d’autres touristes, et des caméras, des caméras partout, des gens qui parlent partout mais qui ne disent jamais rien. Qui n’entendent jamais rien. Qui ne voient jamais rien et les pandores qui me disent encore de me taire, bien entendu, alors je me tais, dans mon silence je hurle, mais je me tais, ils sont satisfaits, je respire, ils respirent, et les veaux passent. Le silence est d’or et la parole d’argent disent-ils alors qu’il s’agit moins de valeur que de poids, mon silence est écrasant, c’est un silence avant le bombardement, ou après, c’est selon, mon silence est une tombe dans laquelle ils sombreront tous, mon silence est une faille temporelle qui n’a d’importance que pour le monde, je peux rester silencieux jusqu’à la fin des temps si je veux, devenir un autiste faramineux pour leur cracher mon mépris. Mon silence est une bombe à retardement. AH VOILA MON CAROSSE ! je hurle sous les yeux esbaudis du spectateur, mesdames, messieurs le spectacle est fini, le locuteur est infirmé par la loi et l’ordre même s’il n’y a de désordre que dans vos têtes. Je me carapate au fond du fourgon, je porte de ces ravissants bracelets qu’affectionnent les repris de justesse, en route cocher, les poulets rigolent dis donc ! Ça va monsieur qu’ils me disent ces bougres, voilà qu’ils pactisent, ils ont fait leur devoir les satanés, sont contents, alors maintenant donc, on pactise. Mais queue nenni messieurs, pas de ça avec moi, pas de ça entre nous ! Je revendique ma position de contrevenant, j’exige qu’on me traite comme un prisonnier de la loi, outrage-à-la-voie-publique que sais-je, et non pas comme un singe des rues, punk à chien, d’ailleurs j’ai même pas de chien ! Et je ne suis pas punk, que toutes les divinités de l’Himalaya m’en préservent. Je vous l’outre bien votre voie publique, je la conchie par tous mes trous même ! Je lui ordonne de s’effacer devant moi, se plier, disparaître, je suis debout moi, ô homme en bois de la loi si j’y suis, je suis vertical, je me dresse, je disperse, j’esbaudis, j’éclate, j’esclandre le passant qui passe, le veau heureux. Taisez-vous qu’ils me disent encore, on entend que vous, je parle au-devant moi-même, d’une voix basse comme un roulis, et ce roulis est un grondement qui va et vient comme un orage lointain. Que celui-ci plus jamais il ne se taise, j’ai trop attendu, trop espérer d’eux, en vain, pour éteindre l’incendie qui me dévore. J’enrage, j’empeste la colère d’un coloris incompris, je me fonds dans la masse du silence et je gronde comme un savant fou pris d’injonction mathématique, j’explore mes tréfonds à la recherche d’une pensée subjective, la gloire au doré de mes idées fabuleuses, la viande pour seul remerciement je range mes habitudes dans le ciment, je sculpte la canopée d’un sentiment et je caracole sur mes idées, vois le flic qui me gribouille d’arrêter encore, qu’est-ce que je marmonne encore, mais rien monsieur le poulet, rien, comment vous expliquerais-je le sémaphore vous qui n’entendez rien sinon le romain des vulgaires, des caméras en glaire, et du glaive cartographié. Du quoi ? Du rien, ce n’est pas grave si ça glisse ce n’est pas fait pour être retenu par les instances, je ne discours pas moi, je vole, je beugle, on me crois là et je suis déjà ailleurs, je passerais à la télé que j’imprimerais pas la rétine, je l’exploserais moi le spectateur, il en ferait dans son calcif ! Ça flasherait du bénard ! Ça cramerait son pneu dans le fond du canapé Ikéa mon colon ! Voilà ce qui se passerait si moi j’y gagnais à leur loto du pauvre ! Mais ça n’arrivera pas, pourquoi que j’irais ? Pour leur faire du spectacle ? Encore un autre ? Encore une nouvelle petite friandise, un nouveau divertissement pour leurs oreilles endormies ? Leurs yeux chiasseux, leur liberté d’entreprendre… Que foutre je ne suis pas une banque ! Je me produis où je veux et parfaitement oui, même, dans le silence supposé de mon esprit car ma fureur est infinie et plus jamais je ne cesserais de vous gueuler mon dégoût. Mon dégoût des femmes, des hommes, mon dégoût de l’amour, mon dégoût des chiens, ces fidèles suiveurs de la bêtise humaine, mon dégoût lunaire de la vitupérance des gastronomes, des imbéciles, des touristes, oui encore des toutristes, chinois désespérés, cannibales de mon sommeil, folâtres imbéciles en camaïeux écossais dans les jupes incendiaires de leurs mères. Ah, ah ça vous n’y comprenez rien amis de la maréchaussée ! Voyez que vous n’y comprenez rien voilà que vous m’emmenez chez les fous, on va vous faire examiner monsieur qu’ils me disent, vous n’êtes pas saoul monsieur ? Lampiste va ! Non je ne suis pas saoul monsieur ! Je ne suis jamais saoul monsieur et c’est bien le problème, votre monde m’attriste, c’est un flanc qui s’écroule sans un bruit, c’est une chasse d’eau en noir et blanc dans un film tchèque de 1968, c’est un détail à peine perceptible qui s’étiole dans le firmament comme une vieille étoile fatiguée. Mais qui gueule, il gueule de toute ses forces son néant faramineux. Il gueule ses hurlements et que ça redonde ça le gène pas, il gueule et ça fait écho à ce qu’il se dit, c’est-à-dire rien. Et voilà qu’ils me font souffler dans leur machin, voyez que je leur dis, jamais saoul le garçon, c’est pas possible, plus possible, jamais plus je me laisserais convaincre d’ivresse dans ce monde approximatif de putain tatouée, de Barbie bafouée, de chien enragé, ce monde au firmament de son rien qui se regarde les pieds et se dit que c’est bien, oh quel pied ! Je suis électronique, je suis automatique, j’ai internet ! Partout où je vais je peux regarder mon présentateur préféré, il me parle, c’est mon ami, il m’invite à sa table, je le regarde manger en l’écoutant évoquer sa réussite. J’écoute ses invités qui sont aussi comme des amis pour moi, parler d’eux, et je suis avec eux, je suis heureux d’écouter des gens qui réussissent, ça me change de moi, Marcel, Maurice, dieu sait les noms que les gens se donnent de nos jours. Et maintenant moi je vais être au spectacle car voilà le psychiatre. Bonjour qu’il me dit, Monsieur à qui parlez-vous ? Je répète que je dis, c’est rien que j’explique, c’est pas pour vous c’est pour la galerie, quelle galerie ? La galerie imaginaire cette question, celle qu’on a tous dans la tête mon ami, ah oui mais encore me fait le docteur, vous entendez des voix c’est ça ? Et vous ? J’ai presque envie de lui demander mais soudain je me tais, je tais ma gorge mais pas le hurlement qui vrombit dans mon cerveau comme un essaim de bombardiers sauvages et rouges, pas cette poésie subtile et assassine qui me dévore depuis que j’ai dit non. Il me scrute, me demande à nouveau si j’entends des gens dans ma tête, je n’en peux plus, ça déborde. Je voulais faire silence, mais la canonnade a vaincu mes dents. Bullet time ! Non crétin des Alpes Suez je n’entends pas des gens me parler secrètement dans ma tête, non je ne suis pas fou au point de ne pas croire que ce sont mes propres pensées qui m’assaillent, que ce torrent ne vient pas de quelque part et non pas des entrelacs complexes de votre médecine de charlatan, que ce chatoiement je ne le doit à personne d’autre qu’à moi-même et que ce moi-même est d’infini autre moi-même, de rencontres, de voyages, d’univers auxquels je n’ai jamais eu accès que par la formidable abondance de mon imagination flamboyante. C’est le petit bateau qui te fait aller sur la Mer de Chine si tu veux, vois-tu, l’imagination, ô vil pandore de la tête ! ô cafard médical ! C’est l’avion des départs improbables, c’est la poésie de la géométrie variable, c’est la conjuration, disons-le, des imbéciles l’imagination, et voilà ce à quoi derrière tes alinéas mon régal tu n’auras jamais droit. Toi et tous tes cafouillis à base de maux savants, m-a-u-x mon salaud et de mots aussi si tu veux, peu m’importe ta coercition après tout, peu me chaud ton analyse à mon sujet ou à celui des autres, tu me trouves bien agité dis-tu du haut de ta sommité, tu vas me prescrire, une nuit ou deux au calme me fera le plus grand bien. Mais moi je veux pas être calme ! Je veux du bruit, de la fureur, je ne veux plus renoncer, plus jamais ! Et je sais pourtant que c’est toi qui va gagner, que mon combat est perdu d’avance car tu n’entends rien, tu es sourd, ton esprit borné à quelques définitions, limité par les gazouillis morbides de quelques spécialistes lointains, tu as appris la folie, tu ne l’as jamais vécue. D’elle tu n’en connais que les contours flous, elle te fait signe comme tu dis dans ton vocable précieux mais jamais sens car elle n’en a aucun dis-tu. C’est sa définition n’est-ce pas….sombre enluminure d’un codex mal foutu, décorum, spécialiste en rien ou en cachet, éteins-moi si tu veux le crachoir mais tu ne tueras point le feu en moi. Tu ne peux plus rien contre lui. Quel incendie ? Me demandes-tu, mais celui qui me dévore l’âme sombre crétin à crédit, vers de terre sous sédatif, limace assermentée ! Cette même fièvre qui t’es interdite par ce que tu appelles ta raison ! Mais moi je ne me tairais plus jamais ! Même sous cachet bleu, rose, jaune ! Plus jamais je laisserais de côté mon courroux de ce monde de présentateur vedette, de chemise bariolée, de faux et d’usage de faux à toutes heures ! Ce monde où on rote son Mac Do en prenant des nouvelles de la dernière boucherie en vogue sur son Nie-Phone ! Contre le monde ? me coupe le réducteur de crâne, oui contre le monde ! Et qu’est-ce qu’il vous a fait s’enquit le docte. Il me laisse en tête à tête avec des ahuris de votre espèce pour commencer le monde. Il m’oblige à converser avec le vulgaire et l’incomprenant. Vous êtes donc un incompris, croit saisir la blouse blanche, mais nous sommes tous des incompris mon vieux, le monde entier, m’assure-t-il avec un sourire de voleur de voitures. Mais de quoi il me parle l’acrobate !? Mais comment ose-t-il se comparer lui, l’encarté médical, la putain des laboratoires et des plans santé, à moi qui suis magnifique en tout et n’ai jamais fait de compromis en rien ! Comment peut-il affirmer qu’il ne comprend pas ce monde et qu’il en est incompris alors que tout dans son être, dans sa présence respire l’être auto suffisant, assuré d’être bien ancré les deux pieds dans sa bonne société qu’il chérit, là où moi je la traine plus bas que terre. Je n’en veux pas de votre monde virtuel, de votre technologie fallacieuse, de vos escroqueries en HD, je n’en veux pas de vos réducteurs de têtes de la psychologie pour les nuls brevetée cachets, vos caméras à chaque coin de rue au cas où Ben Laden aurait appris la natation, de tout ce satané vent dont vous remplissez vos âmes étriquées ! Et ça rentre pas bien quand même tellement vous êtes tout petits alors ça siffle ! Ça couine, ça hurle que vous êtes pas bien quand même, que ça vous remplit pas tous ces trucs que vous vous payer avec les sous-sous du bon salaire, toutes ces petites histoires formidables qu’on vous raconte à la télé, toutes celles que vous lisez dans vos magazines en papier glacé que ça serait du papier bible ça serait la même ! Il n’y a que ça des histoires de nos jours, plein les rues, pleins les télévisions, plein les magazines, et des gens qui donnent leur avis sur tout. Des spécialistes on appelle ça… des experts. Dûment répertoriés au Grand Livre des experts, tout comme le benêt en face de moi, un expert aussi, avec la médaille et tout du meilleur apprenant, le diplôme, parfois même des diplômes ! Délivrez un diplôme à un imbécile et vous en ferez un expert. Et maintenant voilà les infirmiers, c’est quoi un infirmier ? C’est un mec qui a tout raté alors il a décidé de s’occuper des autres. Des flics en blanc. Ils rigolent, mais non que dit un autre, on n’est pas des flics, on est là pour vous aider. M’aider ! Moi ! Eux ! Eux alors que rien qu’à les regarder je vois que toute la bêtise du monde les a déjà contaminés, des flics je vous dis, avec à la place du bâton un cachet, et une cellule plus propre aussi, je peux en témoigner. Vous avez déjà été en cellule me demande le pandore de la pensée, évidemment que j’y ai été lui hurle je, il rigole, il est au spectacle lui aussi. C’est que je gueule plus d’hier moi monsieur, c’est terminé depuis un moment le silence, oui monsieur, et ils ont pas toujours pensé que j’étais dingue voyez-vous ! C’est que ça fait peur un mec qui gueule autre chose que je veux des sous ou à bas machin. Moi je m’en fous de machin ou de truc, je me suis absout de votre monde, je m’en écarte dès qu’il veut faire la paix ou m’intéresser, je le méprise, c’est tout ce qu’il mérite. Et voilà le cachet, j’en veux, j’en veux pas ? On ne me demande pas mon avis, et si je résiste on me le collera de force ! C’est la médecine moderne on vous dit ! C’est pour votre bien on vous dit ! On vous demande pas si vous avez des allergies contre ça, s’il y a des contre-indications, hop, de force, pour votre bien puisque on vous le dit, même si on ignore complètement quel peut être votre mal. D’ailleurs on s’en fiche. Vous gueulez c’est que vous êtes mal, que vous êtes exalté, qu’il n’y a aucune raison voyons de gueuler comme ça, que ce n’est pas un comportement d’avoir des emportements fantastiques comme ça, c’est pas un scandale mais c’est tout presque et si ça va trop vite on vous le dit hein ! Bande de cons ! Ça va allez mieux après ça qu’ils m’assurent en me laissant seul dans la pièce. Ça raisonne bien là-dedans ça va être un opéra de gueuler là-dedans, on va m’entendre jusqu’en Chine je vous le dis, et si on m’entend pas on devrait ! C’est que j’ai des choses à dire moi, des échappées lyriques, des envolées cosmiques, c’est que ma colère elle est pas ras de terre elle, c’est pas juste votre connerie qui m’afflige, encore ça votre connerie c’est presque du spectacle, c’est la manifestation, pas la cause… La cause profonde de cette bêtise incommensurable de mes contemporains ! Leur médiocrité, la voilà la cause ! Leur fabuleuse médiocrité, leur complète absence de curiosité, leur suffisance, la singularité époustouflante de leur ahurissement devant tout, et cette capacité non moins ahurissante à faire un scandale d’un rien, de se faire des procès aussi, c’est la nouvelle mode ça, se faire des procès parce que totor a dit du mal des bidules ou des machins. Qu’il ne faut plus rien dire de nos jours ou sinon cacheton, police, bâton, caméra, ou alors tu le gueules sur internet, ouais mille cinq cent connards m’ont vu, quel pied, mais moi qu’est-ce que tu veux que ça me foute de passer sur Youtube qu’ils m’entendent gueuler, qu’est-ce qu’ils y comprennent à ce genre d’engueulade ? Encore un autre gazouillis, encore une sucrerie, oh oui ! oh oui ! Alors je préfère beugler chez les fous moi, j’en ai rien à foutre de qui m’écoute ou pas tellement vous me dégoutez tous ! Oui tous, je n’en rétrocède aucun de mon décompte, ni ceux qui m’ont mis au monde, ces pauvres perdus, ni ceux que je connais, pour mon malheur, tous les inconnus qui cessent brièvement de l’être et croisent un jour votre vie pour rien sinon y déposer leur petite misère, et tous les autres, les touristes, les nains, les sans colonne vertébrale, il y en a tellement ! Tellement qui se plient à ce qu’on leur a défini comme la norme, qui ne se posent plus de question s’ils s’en n’ont jamais posé. Tellement de vers de terre qui s’imaginent debout et qui s’étonnent qu’un seul coup de talon les sabre en deux ! A la première erreur ils tombent, se ramassent et on les retrouve ici ou ailleurs à geindre que ce n’est pas juste ! Qu’ils ne sont pas comme ça ! Qu’ils sont normaux eux que c’est une erreur, de la justice, de la médecine, que sais je ! Mais pas moi ! Ah non ! Je revendique mon statut de repris de justice, outrage à qui tu veux, je clame haut et fort que je suis fou, j’assume tout, si ça peut vous faire plaisir. Si ça peut complaire votre société dans la satisfaction qu’elle a d’elle-même, mieux, si ça peut vous rassurer l’intime que vous vous ne l’êtes pas tous. Oui tous ! Tous aliénés par vos écrans, vos médications recommandés dans les magazines, vos discutassions interminables par claviers interposés, votre positivisme, vos stars, votre besoin affamé de bonheur comme une sucrerie acide qui vous ronge les lèvres, et même pas son besoin direct d’ailleurs. Vous ne cherchez jamais à vous rendre heureux en plus, non ! Ô monde de désespoir, c’est la poursuite du bonheur qui vous passionne, c’est qu’on vous le promette encore et encore, exactement comme une drogue. Exactement comme vos cachets, vos emballages savants, votre CAC40, vos marchés, vos bananes, vos voitures, vos femmes, vos livres, votre culture en général, vos films, n’importe quoi que propose cette société c’est du bonheur en boite, pour demain, à garder dans sa cave sans doute, quand ça ira pire. Quand ça ira pire on regardera des magazines d’en temps et on dira à ce qu’elle avait la belle vie Lolita Panpancucul sur son yacht de 300 mètres de long. Quand ça ira pire nos enfants croiront que les pingouins savaient danser et chanter parce qu’on aura retrouvé un vieux Disney. Quand ça ira pire, parce que c’est ce qu’ils font toujours, on les paye pour ça, les journalistes, ces courbettes ambulantes, nous dirons que ça peut aller encore plus pire. Et le pire, c’est que quand ça ira pire, la seule chose que vous vous direz c’est, demain peut-être, demain on sera heureux peut-être, le bonheur avec la voiture et la télé, le pavillon… quelqu’un va trouver quelque chose, un sauveur va venir, et n’importe quel connard pourra le faire vous voterez pour lui à deux mains. Si vous avez encore deux mains… si le vote existe toujours, si toute cette société existe toujours quand le pire va se pointer. Mais peu importe qu’il se pointe ou pas, je m’en tape après tout, je ne suis pas prophète, tout à une fin j’imagine. Je m’étiole, je m’absente, c’est le cachet qu’ils m’ont donné ces gougnafiers, je dérape sur le fil de mes idées et la colère qui ne s’évapore pas, je la sens incandescente couver au cœur de mon ventre. La rage reste elle, tant pis pour mes pensées, tant pis pour mes paroles, je sais la suite, j’ai déjà vécu hélas, la colère est saine mais elle est mal vécu, le peureux est nombreux, il est masse même. Je vais m’éteindre peu à peu en moi, même ma colère va s’engourdir. Mais demain ça ira mieux. Demain ça ira mieux….

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Rien à voir

La diagonale du pire dans le métabolisme chimique d’un continent à la dérive sur des fleuves obliques striés comme des zèbres ondulants et clapoteux, parfumés de sacs plastiques multicolores, un printemps de supermarché. Tout doit disparaitre ! Le rayon dégueulant la marchandise au centuple des sillons creusés sur les mains des enfants du Bengale teintés de bleu jean comme des zoulous de l’espace en mode technicolor from Mars. La lapidation des consommatrices sous le joug du papier glacé des impératrices squelettiques aux yeux de chat porno, fendues sur des mousselines couteuses par des ongles pédés dans la garniture de vieilles bicoques frelatées par des milliardaires plastifiées sous les ors monegasque d’un été entre prélats de la même église. Rien à voir.

 

Le marocain nubile dans les grâces d’un marocain ministériel des fraises et de l’agitation en milieu tiède dodeline du cul près de la piscine miroir et vert de mer qui scintille sous la pastille de son importance toute relative, Un marocain camé de son dieu de cadavre repend son autosatisfaction de branleur sur les remparts d’un songe anarchiste, une marocaine violée se fait happer par une foule frustrée et pornographiée comme une sodomie en plan large, vive le viol, vive la mort. Rien à voir.

 

Langouste égarée dans un panier de crabes enlacés sous le lacet savant d’une ordonnance caractérisée de chrome et d’or sur la feuille de silicium d’un mage du papier dollar. Il charme la courbe insane d’une chiffrée pétrolière éclaboussant d’épaisseurs gluantes et fumantes la flaque de sang d’un cadavre frais de nègre Kivu. Il berce la cataracte mauve de l’œil de l’envie sous la latitude d’une plage off-shore en immondice d’or et de palmiers. Des femmes au cou gracile gribouillé de diamants juifs sur des comptes de Zoug mitraillent en cascade de rires insanes le minable qui sous-traite l’ultra comtesse faramineuse sabrant le Pérignon sur le crâne d’enfant-œuf au dos zébré d’esclaves tropicales. Rien à voir..

 

Le grouillant d’une masse bob et K-Way mugissant de leur satisfaction repus d’enfant de salaud pilleurs de poème en image désincarnée d’un souvenir de caca sur les collines d’un désert d’ivoire, bidule was here, in memoriam du néant retracé sur des pages électronique de milliardaire complexé par un sexe ordinaire. Des foules compactes d’imbéciles congés payés dégobillés des charters pour des retours de chaude-pisse tropicale à l’ombre des putes de Pataya. Ca rote des cames compliquées de chimie intelligente sur des drames sophistiqués de trentenaire tatoué au milieu du néant de sa différence stéréotypée par des fascicules du bien consommé glouglouté des bacs à vide d’un média consorsium. Pas cher, pas cher, viens voir mon tapis d’Orient qui rame à dix dirhams en opéra de boustifaille dégringolant des montagnes de viande sur des assiettes privilégiées de clampin sans dent dans le tournis vicié du tourisme de masse. Rien à voir.

 

Des freluquets encravatés de soie violette, coulés dans des uniformes sur mesures de césar de chenil, discourent de leur importance au nombril du monde d’un prime time de galerie pour vendre plus de coca charbonné de substituts usinés dans des cuves nazi de quelque projet de grandeur. Il borborygme sa satisfaction d’être lui, de n’avoir rien à dire mais de le dire bien dans la scolastique d’une langue en sapin. Enterrer les idées et en faire des sucreries à mâchonner pour les pouilleux qui s’entassent devant l’écran de leur ignorance. Des dimensions parallèles parasitées par l’absurdité élective d’un tour de passe-passe éventé comme une farce donnée et sans importance aux foules affamées d’idéal, fronçant l’œil sur le firmament d’un avenir en abime, et piaulant tel des chiots sans affection leur peur de laisser à l’héritage une longue agonie, derrière l’éclaté fluorescent d’une vitrine au dieu solde, et tout doit disparaitre. !. Rien à voir.

 

Des torrents synthétiques de sang graphique gicle en vomi aseptisé d’un cinéma pisseux, violence grisante et marketée comme une fille facile sur un lit panthère dans un fantasme glacé de parvenu libidineux dégénérant dans des jeux vidéo de tourisme casqué et d’anarchie facile de caïd cinématographique en mode couille et tergal. Des spectacles infantiles de monarchie sans enjeu juché sur les dragons rouges des tapis enroulés d’une aristocratie du toc en sourire qui claque sur les étals retouchés de marchandise de choc.  Rien à voir.

 

Verticales dominantes plaquées polychrome d’affamés cintrés de parachute d’or et golden shower sur les berges féroces d’infirmes sur le retour de contrées sauvages, jungle des bistourés cacochymes en plis étirés sur des clavicules décharnées de régimes sans glucides, jus de carotte transgényco-californienne, les dents porcelaines taillées au rasoir pour des jugulaires infantes dans les castels imaginaires des rives de la nouvelle économie. Rien à voir.

 

Chimères fantastiques d’opiacé constitué en gerbe dégarnies d’infanticides télévisés, l’œil calculés dans la lucarne des terreurs à la commande de quelques publicistes soda saupoudrés cocaïne, plantés dans la conserve de brique rose cinq cent de leur aptitude à dissimuler le cancer dans le colon du sacre-journal. Au jeu des miroir du pays d’Alice farubileuses et spermicides d’une sixième extinction d’oraison glacée au firmament d’une pourriture qui balbutie sur la peau verni des crocodiles sac à main. Rien à voir.

 

Le sac à main couteux des frères du bayou n’a rien perdu de ses mœurs sauvages, il s’enroule sur les turpitudes d’émeraude et rubis de la princesses décolorée, l’entraine dans les tréfonds d’un viol collectif de perroquet de salon soucieux d’étiquette dans l’absorption de pâtisserie en forme de plug anal pour gorge bourgeoise et bien garni de suceuses endormies sur les canapés ouatés à la fleur d’euros. Rien à voir.

 

Marchandises claironnées, plaquées en lumières électriques sur des boulevards griffés de vapeurs d’essence, poubelles obèses soulagées dans des rivières poétiques de reliquat de campagne champignonnée d’hypermarchés faramineux sous les lampions du semblant et de la paresse des foules gavées d’images en hyperboles de leur désastre intérieur, vissées sur des canapés suédois de quelques forêt ravagée statistiquement par des cadres soucieux de leurs enfants et du bien obéir dans le mugissements du troupeau satisfait d’une fin de l’histoire en forme d’agonie de soin palliatif. Rien à voir.

 

Canoë dérivant sur le clapotis enthousiaste, terrain de jeu des pédalos et des bouteilles de crème solaire vides. Embarcation ras la mer aplatie de futurs esclaves à la peau grise des maux de mers et des terreurs nocturnes sous les bombes high tech des princes dorées du triomphe impérial. Crevoir satisfait des périphéries niçoises sous le regard grognée de quelques épiciers du confis et de la corruption, déblatérant leur inutilité au micro attentif d’un stagiaire jaune de la réussite vedette qui courbe devant le paresseux donnant sa leçon de rien nombrilistique. Que ça peut pu aller toute cette mendianterie qui n’a même la décence de se laver dans le lisse d’un pavillon à crédit sur 100 ans. Et petits bruits de bouche sur les réseaux de l’antisociale sponsorisé par des marques de lavabos connectés. Ca grimaille ses théories nationales dans l’angoisse du remplacement de sa petite importance de face de craie et ça carême devant la main crevé du Rom négatif au rire d’or devant ce peuple d’émasculés. Rien à voir

 

Marmaille médusée sur des radeaux d’infortune cannibalisés par les objectifs voraces des médiamétries corporate. Grouillement de guenilles au regard déraillé sur le fil barbelé de l’Europe marchandise, Intermarché ferme ses portes à dix-neuf heures, les indigents sont priés de se présenter à la poubelle pour leur sirop de Javel. Suffisance emplâtrée sur des plateaux télé aseptisé comme des frigos d’abattoir, vernis à ongle de la civilisation bien née qui craquèle sur la couche grasse et juteuse de la bêtise primitive du petit propriétaire sans crédit, rentier de ses défécations satisfaites . Rien à voir.

 

Micro processeurs aérodynamiques d’un super futur en forme de trip à l’acide des mauvais délires d’un singe de luxe dans une tour d’ivoire. Tripotis des combines humaines, s’absoudre de ses propres misères qui cherche le contact vers le ciel mais oublie de saluer les fleurs. Manger tous les jours des pâtes sous le luminaire éco-responsable d’un avenir de déchet radioactif sur les plages de Somalie, rajouter du fromage artificiel pour faire plus festif, enrichir la kémya, du sang plein les pattes d’avoir fait miroiter le bureau ingénieur des hommes du futur de tout de suite. Rien à voir..

 

Génie USB sirupant ses données fantastiques dans le système sanguin d’un appareil de distraction. De l’art en conserve consommable n’importe quand sans le grès d’un peu culture, pour soulager des chips. Je serais tous tes souhaits de fantasmes technicolor mais ne lit pas Steinbeck ça fait mal au crâne. Grimace autorisée de savonnés précieux au tour de cou de poulet, déblatérant leur inculture conflictuel pour faire dormir en réfléchissant. Spectacle de société mascarade qui ne sait plus rien mais le sait mieux que tout le monde. Tristesse infinie des fonds de tiroir qui attendent qu’on les débarrasse des derniers arguments en faveur de la stupidité. Rien à voir.

 

Un type passe les poches trouées dans ses poings crevés, le poil gras des nuits sur le parvis d’une église éclairée toute la nuit comme un concessionnaire motos dans un quartier élu, ça gargouille dans son bide, objectif kebab. Sur le devant de sa scène un mégot de joint à peine dégarni par quelques coyotes en survêtement pimpant. Il le ramasse, il l’allume, sa journée est faite. Rien avoir.

 

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Coup de feu

Rouge gorge de chapon farci au foie fumé, alibis cadencé de l’effraction verbale dans le quotidien de la page, crabe en croute, poulet au sel et foie gras frais. Dans une grande coupelle de porcelaine diaphane de petits gâteaux à l’amande douce reposent, à tremper dans une sauce piquante d’un vert iridescent. La chapelle fait Sixteen, le palais jouit, ici on fait ripaille, on s’en met plein la lampe d’Aladin d’émaux de mots en ribambelle, en saucisses, en bijoux comme des diadèmes authentiques fracturés aux étoiles pour le plaisir des yeux. On ne s’embarrasse pas de la langue plus que du palais si l’esprit est à la fête. C’est la morale de l’histoire, du chef, le conteur. Le claqueur de mot, le phraseur par impunité, l’imposture permanente comme une funambule sur son fil. Moi le cadenceur de cette cuisine, Shanghai express, une paille dans chaque narine, on fait exploser les étoiles, on raconte un fait à la bouche, une affaire inédite. Un conte. Canard de dix jours sauté et son bouillon parfumé, nid hirondelle sucré salé sculpté d’un torrent d’anges comme une corne d’ivoire, beignet de riz au scorpion frit, rôti de serpent sauce vade retro, plein de couleurs feu, de l’alcool de riz et de la bière pour faire passer. Dynamite dans les veines, les feux rugissant, chaleur de l’enfer, extase de l’adrénaline, une bataille qui aboie, la sensation de manœuvrer un gros bateau entre les banquises de la confusion, du désistement et de la trahison. Traité de calembredaine certifié conforme, chimérique moment de lucidité dans le décompte goutte à goutte de mon décor quotidien. Echappée belle de la folie qui s’évapore dans mes veines squameuses de serpent froid. Le paquebot bolide dans la fournaise des commandes, vingt-quatre heures sur vingt-quatre les chinois mangent. Ils grignotent, ils gnognotent, goûtent, se goinfrent, s’en mettent derrière, la bouffe est un culte. Les incultes culs-terreux des frontières hexagonales peuvent se terrer dans leur gourbis véreux, le français est piètre comparé aux bridés, mangeur, noceur, cuisinier. Les arrières schlinguent la mort au soleil, on a beau faire la merde afflue, des rats comme des bras, on pourrait les intégrer au menu. Soubassement empesé des inconnus du client, vrac d’ordures attendant d’être débarrassé, théâtre gargantuesque de la digestion d’un restaurant six étoiles ouvert à flux tendu, cuisine ouverte comme des veines de suicidé, en spectacle porno les cuistots, le spectacle, la mode, la transparence. Hygiénisme malade du cru sur le cuit, du barbare qui ne sait rien et se méfie de tout. Dictature de la distraction, on regarde les forçats gagner leur pain et on hurle que c’est par passion. Il en faut c’est vrai, de l’abnégation suffira. Suffisants spectateurs plein de leurs droits de petits patrons boursouflés, en clients habitués se pensent passe-droit et crédit ouvert, touriste égaré par l’adresse, Shanghai Express, filament de bave devant les menus, ze place to be. Oignon caramélisé, porc coupé en dés dans des robes de samedi, déglaçage au Cognac français, de grandes flammes oranges comme des orages de napalm, bouchée de pâte de riz farci au veau blanc, grenouilles frites et légumes d’été, outrance merveilleuse des orages fielleux. Ça claque, ça gicle, ça vitupère, ça se donne et ça se retourne comme des filles de l’air, ça clapote, ça brûle, le vivant c’est sacré. L’œil est pointu, le geste tranchant, sur le fil permanent de l’explosion de commande qui déboule comme un pulsomètre à roulette. C’est une chiennerie, une guerre, personne n’en réchappera, rien n’arrête la machine, en salle la bataille est à son complet. Mes meilleurs soldats en costume de soie calculent et répondent onctueux au client mécontent de son attente. Mignardise, bouteille offerte, on perd de l’argent, j’accélère la cuisine, j’aboie comme un chien-loup commandant. Kapo régime.  Maintenant viennent les récits des incomplètes magnitudes, la fracture, l’inattendu comme une glace à la fraise en forme de poulpe, des jaunes dans une coquille de tofu, un cador au centre des malins, un matin orange dans une ville française, un chien dans un jeu de quille. Shanghai Express. Maintenant pars du seuil et refais toi une santé à la soupe froide des aliments dessalés de camembert frelaté en chien de ta mère. Démembre-toi d’une partie d’égo et retourne à cette senteur d’automne qui occupe tes grillons, reviens à la couleur, au craquant, au tendre, au glissant, à l’amer, sucré, l’acide, décape-toi de tes idées préconçues sur le récit, fredonne ta chanson dans les bouchées de bœuf de Kobé, donne leur du poisson.

Fluide artifice des récits emportés, impossible déstructuration culinaire. Moléculaire. Bœuf soufflé et sole aéroportée dans son bouillon d’huître. Homard excellence comme un baron dans une assiette, chausson de langouste, soufflet de barbue. Déportation des bouchées doubles, dessert, la première volée de client s’en va. La vague débarque vers nous, nous félicite, questionne, admire, l’intimité avec son poireaux oublie. Mais comment ils pourraient comprendre ce genre de chose, eux qui n’ont pas été élevés dans une cuisine, qui n’en connaissent que le spectacle ? Je ne m’interroge plus, je regrette, c’est comme si mon amour m’était retiré pour que je montre à tout le monde comment je le caresse. Opéra bouffe, je rabelaise une blague haut et fort qui glisse, grasse comme un hamburger dans une poêle américaine et fait exploser les rires, la brigade est à la fête, le chef est content, les américains pincent la bouche de mes saillies, je ne passerais jamais dans leur télé sans sifflement et floutage de la bouche. L’hygiénisme est partout sauf dans le bombes qui éclatent chaque jour mais moi je suis le français en Chine, Shanghai Express, et je t’encule, j’assure le spectacle. Crevettes caramélisées au safran mystérieux des enluminures codées de la chaleur vertébrale d’une journée de mousson, poésie du vert sur le lit d’un mérou jaune et callipyge, froufroutage de riz combiné dans des bains de poivre et de piment, alimentaire mouture d’une fièvre affamée de vrai, sans articulation polie, sans excuse sémantique pour le caractère absurde des sentences lancées en diagonale comme une volée de flèches stratégiques. Toucher au cœur du sensible, du vivant, relever d’une épice de mots une farce de phrases attachées et sans importance. Chatoiement du sensuel dans la graisse de canard, été bourgeois de mes souvenirs d’enfance, potage de mots en salade repeinte à la joie, bouffée de coriandre sur un lit de pétoncles cuites au bouillon d’algues. L’armée fourbit ses ustensiles, ça hache, ça coupe, ça taille, ça dévore l’âme aussi. A la hue, à la diable, allah akbar si vous voulez, jeu de mots foiré dans le pâté de tête, huîtres chaudes servies dans un dérapage contrôlé sur une rivière de perles noires, quatrain de veau et son panier de giroles rouges comme un bouquet de renoncules perdu dans un cosmos de saveurs. Limandes en cuissot, roulé dans du lard fin craquant comme une toile d’or, appétit ravageur, le cœur à cent quarante, l’eau salée qui suinte sur le front, on s’essuie d’une manche discrète, le client est là qui surveille sa pornographie culinaire. Il veut manger incroyable, il veut des fêtes dans sa bouche, des choses à raconter pour son estomac, la postérité digestive, il veut Shanghai Express et son concombre de mer  à la sauce française dans une panégyrie de tomates confites comme des banquiers dans leur jacuzzi Miami. Rouges, rondes, bien farcies, dodues et fraîches. Il veut des escroqueries pour sa bouche en dessert, des choses qui lui cambriolent l’âme sans qu’il n’ait à bouger d’un pouce. Il veut de l’arrogance sur sa fourchette, du talent, de l’art à manger, du contemporain. Il veut des palindromes et des anacoluthes, de l’alcoolisme savant, il veut mille richesses et mille ors multicolores, il veut l’Aladin sa lampe et la caverne de l’Ali Baba qui fuse et explose dans le palais rose de sa bouche comme un attentat à la pudeur d’une beauté renversante. Il est, il existe, il est plein. Suite, refrain, en alexandrin ou en boule, charivari de senteurs inexprimées dans un dédain glauque de verdeur vespérale, anarchie vertébrale d’un amphigouri verbeux, gambas sautée dans un claquement sec de détonation automatique, bouquet de fleurs séchées au matin de tes espoirs. Accélération des particules élémentaires dans un bain de jouvence couleur fraise, infini firmament du rythme en corolaire des brisures interdites de la pâte éponyme, caramélisation du mot et de sa phrase dans une soupe de bonheur à la sauce piment-oiseau, tartelette d’effets de style, déstructuration du récit culinaire et reconstruction arbitraire des poissons-volants cuits à la vapeur savante. Surréalisme rôti dans son jus de vin, coloration des cloportes et des scolopendres enfarinés dans de la poudreuse giclée d’incertitude. Arythmie perpendiculaire qui claque et fouette dans ma jugulaire, ça gratte, ça caille, ça foutraille dans l’impossible demeure du python joyeux. Ils mangent de tout on vous dit ! Tout ce qui a quatre pattes sauf les tables, tout ce qui vole, sauf les avions, la blague sur les cantonnais. On se la répète à l’infini dans les arrivages d’anguilles et de seiches, on débite et on taille, on hyperbole le vivant dans de savants assemblages gustatifs. Ça fourre, ça débourre, ça goutte au goutte à goutte, ça bouillonne dans les rondos et les casseroles, ça fume, ça gicle, ça chante, grésille, gueule, dégaboule dans les plats comme une cavalcade fantastique. Ça se donne puis ça se replie comme une marocaine en chaleur, ça perd son nord et son sud, je tiens la barre, elle est solide, elle ne flanche pas, elle attend. Une nouvelle vague de clients, ils s’engouffrent entre les portes battantes du grand restaurant, jambon de Parme et sourire féroce, blanc cassé, des faces de crème, des faces jaunes, des faces et des faces comme des scarabées en rut qui s’installent s’émerveillent, s’entourbillonnent sur les banquettes spécieuses de leur univers mental, ils s’arrosent le gosier, commandent. Ils aiment ça commander, parfois on se dit qu’ils viennent au restaurant uniquement pour ça, commander. Ne plus être, une fois dans leur vie un esclave mais un maître. Mais que foutre ? Les asperges n’attendent pas elles, elles vibrionnent dans leur jus d’une aura violette comme un enterrement en présence d’une connasse. Elles charment, elles chantent, les asperges, et les crabes nains dansent dans l’eau d’encre des seiches couleur de sperme bleu. Elles attendent le mot exact puis elles filiforment dans les canicules comme si c’était un décor de désert avec plein de cailloux dedans et de chauves ancêtres au creux des cactus. Le chien aboie, il veut son auge, l’asperge lui éclate dans la bouche avant qu’il n’ait dit ouf, alors il boit et reboit jusqu’à ce que le vin de riz l’emporte sur un vapeur à travers le Yang Tsé Kiang, son fleuve jaune à lui. Et l’expérience me diras-tu, et le client ? Où nous en sommes Madame de ce récit déconstruit ? Pourquoi l’impérieuse nécessité du liant dans l’index corolaire de nos études entomologiques, hypothétiques et dynamiques ? Pourquoi toujours ce prétexte du texte, alors qu’on vient de faire l’expérience d’une asperge dans une bouche affamée, une autre ? Pouce et archi pouce, maïs haché et soja cuit sous poche, riz vapeur et parfumé d’essence de rose dans les salmigondis de framboises et de fesses de veau. Crème chatoyante de rose et de jaune, ruisselant d’entre les ventres des turbos à la fenouil fraîche, décapé de lapin dans du pains mortifiés à la truffe du Périgord, menu menuet dansant sur ta tartiflette, estouffade, clients esbaudis, maîtres d’hôtel au petit soin, une équipe de fer.  Escalope. Une tessiture, une nuance de vert, un râle rauque dans une nuit pâle, une fille de fer, la réclame, un sein gauche plus droit que le lourd, une beauté incendiaire sur mes coquillettes aux pétoncles sauvages, une huile de feu à l’olive morte. Un carré d’agneau en quatrain. La réclame. Shanghai Express. Deux jambons de lesbienne dans un sexe uniforme et droit, un coup de speed et trois huîtres chaudes dans leur jus de calamar amorti, un chat emmerdant. Mais les chats le sont un peu tous, c’est leur propos. Une brigade qui ferraille comme des sauvages au champ de bataille. Coup de canon dans les desserts, deuxième vague, combien de couverts ? 450 chefs, une bonne moyenne ici. Allez on lâche pas ! Oui chef ! Lugubre vestale d’incendiaire vespérale, troubadour cerclé de cuivres, cymbales, édredon de mouton sur lit de patate douce-amère, citron vertueux, aubergine, songe mauve de mes légumes adorés. Calembredaine d’inexpérience sirupeuse de voleur en goguette, épars éclats de chocolat en pépites d’oignon cru. Mes souvenirs, les leurs, qui dansent dans nos têtes, nous nous battons contre vents et marées. Frichti en fistule d’agneau sur des vallées marmoréennes de tétons incendiés, aube noir dans un tissu apocalyptique de saison avec un trait de rose pour faire bonne figure. Matin calme et café rugueux. Sucre. Absurdité de l’existence posée sur un plat curieux mais pas fou, passage au crible de ce qui sort et gestion de ce qui rentre, coup de gueule, foutre au doigt, alimentation nécessaire des aisselles sous le brigadier de service, et pour autant que ça veuille dire encore quelque chose, prise de bec d’un commis aux abois et d’un chef de partie pas plus bien loti. L’enjeu est noir, je sépare, je tambouille, je rattrape, je califourchonne, je m’égare et crie gare.  Gare. Je ne porte pas de toque, je laisse ça aux embrassadeurs du goût de la francophonie lèche-cul des jaunes, mais une casquette, c’est ma marque avec ce putain de mauvais goût dans les blagues grasses que je sers Shanghai Express. Je papillonne, j’étiole, j’étouffe, j’exclame, je marche sur la tête, je taille un détail dans la paille de mes mailles entrefilets de bœuf. Je clapote dans l’infini imperfection d’une cuisine extravertie, riche, moléculaire, traditionnelle, ou pas. Poids en daube dans une langue jamais lavée, scories perfectibles de mes attentions saisonnières, allégorie du goût et de la matière dans un océan de jaune, chinois reptiliens d’infinie turpitude, milliardaire du Parti, petite chemise sans cravate et veste rugueuse d’anthracite, on me félicite dans un français cantonnisé, re dessert. Champignon d’eau qui fait vrooom  dans une panégyrie de légumes étranges des sublimes confins. Queue de dragon et amour nain. Macaron salé dans de vespérales allées bleues, relevés d’épices sur les tabloïds de nos espérances. Paon fumé. Sourire croupi sous les jupes des filles, comme des autruches affamées cherchant l’eau de leur sentiment. Charbonnage des filets d’écureuil dans un grand décoffrage de marbre poivré. Soupe de fatigue dans son jus de stress. Le coup de feu lentement se détend. Je vibre comme un arbre dans la tempête. Il est temps d’une pause, je fais signe à mes seconds de prendre la main. Cigarette, azur, odeur de décharge des arrières, je m’en fous j’ai fini par m’y habituer. Je suis seul, je me sens comme tel aussi, mais ça aussi j’y suis habitué, derrière le paquebot vogue. Ça bricaille, ça gratte, ça cliquette, ça s’esbrouffe, je me retire, me replie, dans mon silence, je pense à mes menus, il faut changer des choses ou la prochaine on ira dans le mur. Bientôt la fin, des quinze heures, bientôt le renouvellement des équipes, mon cœur bat toujours à cent à l’heure, je suis encore là-bas. C’est pas fini, c’est jamais fini, enfer, coup de feu.