Je suis abstentionniste et je t’emmerde.

Comme à chaque élection depuis que le parti de la magouille et des petits arrangements avec la vérité menace ce régime oligarchique qui nous gouverne depuis 40 ans. Comme à chaque fois que la famille Le Pen menace de prendre le pouvoir avec ses financements occultes (Poutine, emplois fictifs et kit de campagne surfacturé) et ses bras cassés admirateurs de Pétain ou d’Hitler. Comme à la moindre occasion où ces petits oligarques flattent les bas instincts d’un peuple en mode larbin, on nous la refait. Si le diable parvient à l’Elysée se sera la faute aux abstentionnistes, ce pourquoi il faut voter utile pour « faire barrage au Front National ». Et l’ensemble des médias, soutenus par une cohorte d’experts en tout sauf en humilité, de tenter de culpabiliser ceux qui se refusent à aller aux urnes. Si le fascisme s’installe en France, ce sera la faute aux affreux qui ont refusé de faire leur devoir citoyens. Et là, dans l’entre-deux tours d’une campagne de scandales sur fond de corruption, c’est open bar. D’autant que le fascisme est en effet à nos portes, dans l’indifférence la plus complète, une acceptation quasi consensuelle d’un peuple aux ordres. Et tant pis si en réalité les abstentionnistes sont les véritables gagnants de cette élection, et si 40% des électeurs de l’oligarchie Le Pen ne votent en leur faveur que faute d’avoir un vote blanc comptant pour autre chose que du beurre. Tant pis si en réalité nous ne vivons pas dans une démocratie, mais son simulacre.

Le vote utile le plus inutile du monde

Un simulacre qui m’autorise immédiatement à délivrer publiquement mes opinions sans pour autant que celles-ci, que ce soit par mon vote ou une quelconque autre manière influent sur la politique de mon pays qui est de toute manière aux ordres. Comme nous la fait remarquer Sarkozy avec le traité de Lisbonne, en réalité mon opinion, la tienne, la nôtre, ils s’en passent quand leurs donneurs d’ordre les sifflent.

Ce n’est d’ailleurs ni Marine Le Pen ni Emmanuel Macron que la France s’apprête à élire, mais, dans un cas comme dans l’autre, Pierre Gattaz et le CAC40. Pour autant depuis 2002, depuis que le père avait déjà démontré qu’aucun vote utile ou non pouvait dissuader un peuple de trouillard de s’en remettre à un père fouettard, on nous explique que voter pour un politicien corrompu ou un commis de banque était donc « utile ». Mais utile pour qui exactement ?

S’il s’agit de lutter contre les idées aberrantes de la ploutocratie Le Pen, je ne vois pas bien où est l’usage. Les Républicains font campagne à la place du FN depuis l’investiture du catastrophique Sarkozy, et le PS a mis tout en place en terme d’arsenal juridique pour que le pays bascule dans la dictature sans que ça fâche. Demain les Le Pen pourront mettre en fonction leur politique d’apartheid, dit de préférence nationale, et museler toute opinion contraire. Toutes les mesures sont déjà là, légiférées, inscrites au journal officiel dans le cadre de l’état d’urgence et de la loi sur le renseignement. D’ailleurs, ce vote « utile » l’est tellement que si les Le Pen n‘ont pas encore pris le pouvoir, dans la tête d’une majorité de paumés, c’est fait. Sept millions de perdants qui croient qu’ils vont changer leur pathétique destin en élisant un clan de bourgeois extrémistes fous d’argent et de pouvoir. C’est, du reste, assez pitoyable de se dire que ce pays à donné un maximum de voix à deux politiciens jusqu’au cou dans les magouilles. Un peuple complice avec ses voleurs, ceux-là même qui lui font les poches, c’est pour ma part un sommet de misère intellectuelle, la démonstration d’une immaturité affligeante (notamment vis-à-vis de la presse) et la preuve qu’en dépit des bavardages et débats incessants autour du seul sujet de la politique, les Français ont une conscience politique Carambar, volatile, versatile, creuse, comme leurs opinions. Bref au lieu de parler de vote utile, on serait bien indiqué de penser plutôt à gouverner, tout simplement, ou à s’en aller.

Voter n’est  ni un droit, ni un devoir, c’est un privilège.

34% de jeunes votent donc pour un parti de vieux, avec des vieilles idées qui datent des années 30 et 50. C’est pour moi la démonstration qu’une part significative de la jeunesse Hanouna et télé-crochet vit sans passé et ne s’envisage aucun avenir. Avec l’argument consommateur N°1 « on-les-a-jamais-essayé-ça-peut-pas-être-pire ». 34% des jeunes ignorent donc qu’un droit est relatif à celui qui gouverne et non un état naturel. Comme l’est la notion de devoir avant qu’elle ne bascule dans l’obligation. Et s’il vous plait passez-moi le couplet sur ces pays où on se bat pour avoir ce droit surtout quand on sait que l’ensemble des dictateurs africains ont fini de légitimer leur pouvoir par le vote, qu’Assad a obtenu un suffrage écrasant au beau milieu d’un carnage et que Patrick Balkany est toujours maire de Levallois. Si la démocratie telle que nous la connaissons se distinguait par le droit de vote et si celui-ci n‘avait d’autre usage que d’entériner un système, il y a longtemps que nos gouvernants l’auraient supprimé. Au reste, si le très conservateur Monsieur Thiers a milité pour la république qu’il abhorrait, c’est uniquement parce qu’un roi est plus fragile qu’une urne. Un roi ça se décapite alors qu’une opinion ça se fabrique. Et en termes de fabrication d’opinion notre époque est passée reine. Monsieur Macron se présente sans programme et le revendique et les deux tiers des électeurs de la famille Le Pen n’ont sans doute pas lu une seule ligne de leur programme, à la notable différence d’un abstentionniste comme moi. Je peux même citer une phrase qui a marqué le cinéphile que je suis « le cinéma français est le seul à pouvoir faire concurrence au cinéma américain ». On ne pourrait pas être moins en phase avec la réalité, je crains hélas que Franck Lapersonne soit aussi peu connu des exécutifs de Sony ou Universal, qu’il ferait un piètre personnage de chez Marvel…

L’abstention, une démarche politique et citoyenne.

Quand on lit les débats de comptoir sur les réseaux sociaux, le moins que l’on puisse dire c’est que la première chose qui frappe ce n’est pas la conscience politique des uns et des autres. Ni plus la lucidité en termes de fabrication d’opinion et d’image. Pasqua, par exemple, expliquait un jour que la meilleure méthode pour couvrir un scandale, était d’ouvrir un contre-feu, une affaire dans l’affaire, qui semble si alambiquée que l’affaire de départ paraisse moindre. Fillon et son « cabinet noir » (brrrr !) nous en a fait une brillante démonstration et un peu plus de 19% des électeurs sont tombés dans le panneau, soumis à cette idée mafieuse qu’on ne peut gouverner sans être corrompu.

Personnellement je suis politisé depuis que je suis enfant. A cinq ans je me plantais devant les débats de l’assemblée pour tenter de comprendre ce qui s’y jouait et me déclarais gaulliste, comme papa et maman. Et toute ma vie je me suis intéressé à des questions politiques ou à l’histoire de mouvement, comme notamment le très prolifique et influant courant anarchiste. Si influant même, que capitalistes et communistes, deux versants d’une même église, ont tout fait pour le détruire, le ridiculiser, le réduire à rien, et massacrer ou interner ses militants. Je recommande à ce sujet l’excellent documentaire « Ni Dieu ni Maitre » en deux parties qu’a produit Arte. Et en termes de fabrication d’opinion et d’image, je suis parfaitement placé pour savoir de quoi on parle. Pas seulement parce que j’ai travaillé dans la pub que j’écris des fictions, que raconter une histoire c’est déjà mentir, manipuler ses lecteurs afin de susciter des émotions, provoquer une réflexion.

Le terme même de « communication politique » défini en soi qu’on ne s’arrêtera ici qu’aux émotions. Que la réflexion autour du projet politique sera occultée de tout débat. Tous les candidats parlent au « nom des Français ». Comme si nous avions tous déjà réfléchi au projet de société que nous proposait le candidat au trône. Comme si le candidat au trône et une cohorte de Rosa Luxembourg, Charles Maurras, Péguy, Hugo avaient harangué et discuté et disputé durant des heures de débats avec des foules compactes et enfiévrées de questions politiques… Comme si qui que ce soit achetait les livres des politiques, lisait leur programme, et ne se contentait pas plus simplement d’aller voter comme on rote.

A titre personnel je vis au crochet d’une société que je récuse, qui me criminalise parce que je préfère le cannabis à l’alcool. Ne trouve pas d’emploi, obligé auprès d’un organisme parfaitement arbitraire et incompétente comme Pole Emploi. Doublé du fait que j’ai 53 ans, fait sept métiers, jobs d’été not include, et que je n’ai pas de réseau dans les professions qui m’intéressent. Ceci explique peut-être le fond de ma colère contre ce pays et son peuple.

Pourtant, à titre citoyen, les résultats des élections m’ont moins mis le mord parce que la famille Le Pen serait au deuxième tour, je m’y attendais comme tout le monde, que parce que Fillon (rend l’argent, maintenant) avait fait plus que Mélenchon. Non pas que j’ai la plus petite affection pour aucun des candidats au trône, que l’idée que mes voisins avaient peut-être préféré un politicien ouvertement vénale et corrompu, à un autre sans casserole financière m’a proprement scandalisé. Même si c’est essentiellement, en réalité, par défiance vis-à-vis des médias, de ce qu’il est convenu d’appeler la médiacratie. Surtout, devrais-je dire.

Parce que ce n’est pas de la citoyenneté que d’aller voter en réaction d’une opinion formatée par d’autres. Ce n’est pas de la citoyenneté que de voter pour des gens qui sont mis en examen. Ce n’est pas de la citoyenneté que de voter pour des individus sans programme, et encore moins budgétisé, comme celui de la famille Le Pen et de leurs réseaux. Ce n’est pas de la citoyenneté que d’appeler à voter en espérant se faire une place au chaud. Ce n’est pas de la citoyenneté de ne pas réaliser que ceci est une pièce de théâtre sur jouée entre des comédiens surpayés, et dont nous connaissons tous la fin. Ce n’est pas de la citoyenneté que de vouloir d’une oligarchie familiale en remplace une autre à la tête du pays. Ce n’est pas de la citoyenneté que de voter par dépit, « utile »  parce que goût Carambar y’avait plus. Ce n’est simplement pas, plus, de la citoyenneté que de voter. Point à la ligne.

Et je revendique, au contraire, être un peu plus « citoyen » que mes compatriotes électeurs, ces gens qui ont eu la malencontreuse idée de naitre dans un pays qu’ils ne méritent pas. Non mon ami électeur, tu ne mérites ni la fronde d’un Cyrano, ni les propos de Proudhon, ni les Lumières au nom duquel tu me brames ton droit de vote, ni le génie de Diderot, ni le talent de tes rois et figures politiques, ton histoire fabuleuse, ni tous tes héros mort, justement, pour que tu puisses librement bêler devant l’urne. D’ailleurs tu ne bêles même plus, tu dis que c’est tous les autres qui bêlent. Tu urines dans l’urne. Tu pisses tes petites rancœurs bilieuses que t’inspires le désastre de ta vie. Tu pisses dans l’urne. Et tu as remarqué, ça fait le même effet que sur un violon.

S’abstenir c’est voter.

D’ailleurs en admettant même que je souscrive à la notion de gouvernement, ce qui n’est pas le cas, ou de président, ce qui l’est encore moins, pour qui, le citoyen que je suis, aurait-il bien pu voter ? Pas un seul candidat ne rejoint mes opinions qu’il s’agit d’écologie, de légalisation, de politique extérieure ou intérieur. Pas un. Pas un ne propose de projet qui tienne en compte la biodiversité de notre pays. Pas un seul qui ne retient de la rue qu’un discours populiste à base de yaka fokon. Pas un candidat ne s’intéresse aux nouvelles technologies, qu’il s’agit d’intelligence artificielle ou de biotechnologie, de recyclage, d’énergie renouvelable à part pour se pogner sur le nucléaire. Pas un politique pour ne citer à un moment ou à un autre De Gaulle.

Vous nous fatiguez avec le Général, laissez-le dans sa tombe et sa constitution avec. Il l’a fabriqué à sa main, pour les enjeux de son époque. Il n’imaginait même pas une alliance autre qu’Atlantique et occidental, et encore moins la fin du bloc communiste. Il a laissé un héritage mi mafieux mi droit dans ses bottes qui a été dévoyé par de minuscules politiciens sans envergure. Pas un politique pour ne pas parler emploi au lieu de travail, d’occupation payée, plutôt que de compétence, de méthode et d’engagement réciproque. Pas un seul pour proposer de remettre à leur place les milliardaires qui tiennent ce pays. Ni plus pour mettre un frein à la corruption et aux hauts privilèges que s’arrogent ces mêmes politiques. Pas un qui ait le plus petit projet culturel. Pas un seul pour se soucier de la casse sociale qui avait lieu chez Whirpool à Amiens pendant leur sauterie électorale. Pas un seul pour proposer des solutions pratiques, budgétisées et concrètes pour les sans abris, les 120 milliards que coûte socialement l’alcool en France, où soulager les hôpitaux publics. Pas un qui est foutu de s’intéresser réellement à ce qui se passe dans les DOM. Pendant que la Guyane gueulait, Emmanuel Macron rêvait d’île. Pas un qui n’a jamais été salarié plus de quatre ans dans toute sa vie, qui ne soit sorti de Dauphine, l’Ena, ou Science Po et pour l’essentiel, pour les « gros » candidats qui ne sorte pas du même milieu privilégié. Pas un qui n’a la moindre expérience de vie autre que l’entre-soi, le calfeutrage des salons chics et des secrets d’alcôve. Pas un qui ne sache ce que ça signifie dans sa chair d’être exilé, à la rue, ou simplement d’avoir faim. Pas un seul.

Alors, sur quoi je puis m’identifier pour voter en tant que citoyen et non consommateur? Si les Le Pen sont élus j’ai l’intime conviction que ce pays va sombrer dans le chaos et pour de bon. Si Macron est élu, que ce chaos aura lieu, mais délayé dans le temps. Quoiqu’il en soit ce sera radical. Je suis donc convaincu en tant qu’homme et citoyen qu’il faut l’être, radical, avant que le régime en devenir nous précipite vers la guerre civile. Que ne pas voter du tout est un devoir citoyen en la circonstance, que c’est le seul moyen, sans violence et avec conscience, une réelle conscience politique, de montrer que nous sommes des Français et pas des touristes.

 

Département d’Outre-Merde ou l’horloge du Panthéon.

La caste bourgeoise qui tient ce pays en coupe réglé. Cette dictature molle et aveugle qui veille au maintien unique de ses privilèges, à la solidité du plafond de verre et à la cooptation de tous les leviers du pouvoir. Ces mafieux que l’on refuse de nommer ainsi parce qu’ils résident qui à Versailles, Neuilly, Saint-Cloud ou entre l’avenue Victor Hugo et la rue de la Pompe. Cette aristocratie de la vulgarité et de la médiocrité marchande a une logique colonialiste. Et comme tel, considère les départements d’outremer comme son tiers-monde rien qu’à elle. Des régions lointaines et ensoleillées où éventuellement se rendre en vacance, faire décoller des fusées, exploiter bois, or et tout ce sur quoi elle pourra poser ses mains rapaces. Voir, se faire construire une petite maison en pleine zone de blanchiment comme les Balkany ou les Juppé à Saint-Martin. Et régulièrement, le dossier revient dans la figure de cette caste qui s’arrange pour aussi régulièrement le remiser sous le tapis. N’est pas corse et armé qui veut… À chaque région, sa méthode. À Nouméa, on pensa qu’un petit massacre ferait l’affaire. En Guadeloupe ou en Martinique, on arrose un peu tout le monde, on soutient le crédit de sorte que les deux îles sont endettées jusqu’à la racine des cheveux. À Mayotte, on joue le pourrissement en faisant mine que l’immigration clandestine ne soit que le seul domaine de la Le Pen, idem en Guyane où l’insécurité grandissante a déjà fait 42 morts en 2016 pour une population extrêmement concentrée d’à peine un quart de millions d’habitants. Et en Polynésie, on met en place un réseau d’affairistes corrompus qui maintient Tahiti et sa région dans un état de paupérisation et de sous-développement. Et quand la situation devient intenable, on change le DOM en COM, on accorde un poil plus d’autonomie de sorte que les affairistes sur place puissent s’en donner un peu plus à cœur joie. Bref, comme avec tout le reste, on fait du cosmétique. Pour autant, il semblerait qu’en ce moment en Guyane les choses ne passent plus aussi bien que par le passé, et ce, au plus mauvais moment qu’il soit… Pour la Guyane elle-même. Car on le sait bien les élections sont la pire période pour voir les choses changer. Entendre des promesses oui, être garanti qu’elles se réalisent non. Et ici même pas de promesses en vue puisque pépère ne se représente pas et que de toute manière, il s’en fout.

 

La Guyane, la France comme nulle part ailleurs.

Il faut avouer que le plus grand département de France, et le plus inhabité en somme, sort de l‘ordinaire. Huit mille trois cent quarante-six kilomètres carrés de surface, sept cent trente kilomètres de frontière dont une avec le Suriname et une autre avec le Brésil, le tout recouvert à 95 % de jungle. Deux régiments de légionnaires, seize brigades de gendarmerie, de l’or, de la coke, du crack, des animaux et des bois rares, des natifs dont tout le monde se fout, l’orpaillage sauvage responsable de pollution au mercure et au cyanure. Un western. Tellement un western qu’on a pensé en faire le thème d’une série à la Braquo. Un département en fait tellement ingérable que la métropole a purement décidé de ne pas le gérer du tout. Mieux, de faire comme avec tout le patrimoine de ce pays, de nos châteaux à notre économie, le vendre à des capitaux étrangers. Ainsi, soutenu par Macron, Attali et l’inévitable Juppé, car dans le business, ils s’entendent toujours, la Nordgold, société minière russe se propose de mettre la main sur une zone aurifère située à quatre-vingts kilomètres de Saint-Laurent-du-Maroni et surnommée la Montagne d’Or. 155 tonnes d’or se cacheraient là. Seulement pour l’arracher, il va falloir creuser une fosse d’au moins deux kilomètres et demi et de six cent à huit cent mètres de largeur. Bien entendu nos argentés conseillers et leurs créatures ont applaudi à deux mains vu que hein oh l’écologie, c’est bien beau, mais ça créer pas de l’emploi. Dans les années 50 sans doute, c’est de ces années-là que datent les idées de nos politiques. L’ennui c’est que vu qu’il y a de l’or partout, cette exploitation risque de transformer la forêt vierge en chantier à ciel ouvert, et qu’en termes d’emploi la Nordgold a déjà été épinglé au Burkina Faso pour non respect de la personne humaine.

Mais l’or n’est qu’un des nombreux problèmes de la Guyane. Un autre, et la France a veillé à ce qu’il soit récurrent également en Guadeloupe et en Martinique, c’est la dépendance alimentaire. C’est un sujet que je connais bien parce que c’est un sujet qui était au cœur de mes préoccupations en tant que publicitaire en Martinique. Les prix insensés pratiqués sur place par les exports (majoritaires, +45 % plus cher qu’en métropole) et la difficulté pour l’industrie locale de se développer. Mais en Martinique la question est vite réglée. La caste dominante, les békés, et qui est une émanation directe et sans fausse pudeur de la caste qui dirige ce pays, a décidé une bonne fois pour toutes qu’on cultiverait de la banane et rien d’autre. Avant, c’était la canne, mais l’industrie betteravière a cassé le marché. De facto, comme la plupart des mouvements sociaux, en Martinique, Guadeloupe ou en Guyane s’en prenne aux ports, la pénurie n’est jamais loin. La dépendance alimentaire de la Guyane est due à deux facteurs, la colonisation et en somme, la décolonisation. Car s’il y a 42 ans la métropole a généreusement mis en place un Plan Vert en important des agriculteurs (notamment Hmong, rescapé de la guerre du Viêtnam), la grande et mortifère (pour les sols) monoculture qui a fait la fortune de Xavier Belin et des rentiers de la FNSEA n’a jamais fonctionné sur le terrain particulier de l’Amazonie. Pas de mise en avant de la culture traditionnelle (notamment itinérante) ni des jardins créoles, ni des brulis comme ils ont toujours été pratiqué là-bas. Car bien entendu, natifs et nègres marron ont eux toujours été autonomes sur la question alimentaire, mais plus depuis que l’on a découvert de l’or en 1855, qui est devenu la manne officielle. La France n’a jamais tenu compte des spécificités locales en terme agricole, et notamment parce que l’état possède 90 % des terres.

En Martinique et en Guadeloupe, c’est les békés, pour les mêmes raisons, la décolonisation. Au lieu de redistribuer les terres à ceux qui les avaient cultivées en tant qu’esclave, on a préféré les laisser à l’électorat blanc et gaulliste, des descendants d’esclavagistes, les békés. Ça se passe comme ça dans la « patrie des Droits de l’Homme » et pour faire passer la pilule, Michel Debré créa le Bumidom, ou Bureau pour le Développement des Migrations dans les Département d’Outre-Mer afin que les nègr Pardon, les Français d’outre-mer puisse trouver des emplois aussi palpitant qu’aide-ménagère, infirmière, postier, fonctionnaires administratifs. La garantie d’un emploi de seconde catégorie et mal payé, mais un emploi quand même. Ou quand la rapine croise le paternalisme.

La Guyane, elle en revanche est la seule région française qui ne compte pas de Société d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer) ce qui vous admettrez est ballot sur un territoire qui attire autant de convoitise… Le patron local de la CGT a bien mis 250.000 euros sur la table pour qu’on en crée une, mais le Foll préfère faire le pitre en conférence de presse et le gouvernement a piscine depuis cinq ans.

Bidonville, camés, braquages et meurtres, bienvenue dans les DOM.

Le premier danger qui guette un métro débarquant dans les DOM, c’est la tropicalisation. Concrètement, les filles sont à tomber, l’alcool n’y est pas cher et c’est une culture à part entière, indéfectible de l’histoire des DOM. Ainsi que l’herbe, et aujourd’hui le crack et la cocaïne qui empruntent directement le circuit caribéen. Et puis il fait chaud et humide, les horaires sont souples, l’ambiance est gentiment indolente. Un dimanche au Carbet ou à Pointe Noir, c’est poulet boucané, langouste fraiche, bière, jolies filles et musique. C’est le plus grand danger, et la plupart des métros qui gagnent pour aucune raison valable toujours plus que leurs homologues locaux, qui vont travailler là-bas n’en retiennent que ça : la vie est douce. Ils ne vont pas dans les bidonvilles qui cernent Fort-de-France, ils évitent de savoir qu’un Guyanais sur deux vit sous le seuil de pauvreté. Les touristes sont pareils, d’ailleurs, pour la plus part, les métros qui travaillent là-bas se comportent en touriste, de luxe. Et quand on leur souffle que l’état à laisser ces départements à l’abandon pour tout un tas de raisons, et quelques-unes purement racistes, ils vous répondent que les antillais noirs quand même, c’est des feignants. Un tiers des communes de Guyane n’est pas accessible par la route, 15 % des Guyanais n’ont pas non plus accès à l’eau potable et pour le plus grand bien de leur poche, la caste a décidé de vendre les services de santé au privé. C’est la grande politique du capitalisme d’aujourd’hui, plus d’état, tout au privé. Dans ce cadre, je ne vois pas exactement l’intérêt qu’aurait la Guyane ou l’ensemble des DOM à rester dans le giron de la France, quitte à se vendre au privé, autant que l’argent aille dans la poche de ceux qui vivent là… En Guadeloupe, 34% de la population est au chômage, 60% des moins de 25 ans n’ont pas de boulot, championne d’Europe dans la catégorie chômage des jeunes ! Et comme la Guyane, la Guadeloupe en est à sa quarantaine de meurtres par an… Et dans la foulée, on annonçait en 2013, 500 licenciements au CHU de Guadeloupe. La solution qu’a trouvée l’état ? Elle est simple, l’état laisse faire les entreprises qui ne payent pas leurs cotisations, 9 à 10.000 entreprises guadeloupéennes doivent 104 millions d’euros à l’état dont 85 % de cotisations salariales, les patrons sont descendus dans la rue, le préfet leur a garanti qu’on ne les importunerait plus avec des courriers de relance ou que l’état enverrait ses gens (Vous savez, les huissiers…). Mais il y a mieux, puisque toujours en 2013 trois gros chantiers publics employaient des travailleurs portugais, italiens et espagnols, exploités et sous-payés qui dormaient dans des cabanes sur leur lieu de travail. Affaire de corruption me direz-vous ? Soyons sérieux, si elle est endémique en France, elle est partout dans les DOM. Jusqu’ici, la Martinique a été à peu près épargnée par la violence qui règne ailleurs, mais comment est-il possible que depuis toutes ces années, à coup de dumping d’état, on a pu maintenir une monoculture ultra polluante comme la banane si ce n‘est à coup de « commission » et d’arrangement ? Comment se fait-il que 70 % des terres appartiennent à des gens qui n’ont rien fait de plus pour les avoir que d’en hériter ? Mais peu importe les parvenus parce qu’on ne saurait résumer les DOM à cette caricature au goût des médias et des bonnes consciences.

 

Biodiversité, multi culturalisme, multi ethnisme, jeunesse, bienvenue dans les DOM

Pour illustrer au mieux, le gâchis français. Ce gâchis dans lequel nous plonge chaque jour un peu plus cette caste mafieuse, et qui aujourd’hui pousse l’ensemble des Guyanais dans la rue, une métaphore serait parfaite. Celle de l’horloge du Panthéon, et qui n’en est pourtant pas une, hélas. Il existe un groupe clandestin à Paris, UX ou Urban eXperiment, un collectif d’artiste qui s’est autorisé en 2006 à restaurer l’horloge du Panthéon qui ne fonctionnait plus depuis 1965. Les monuments nationaux ont porté plainte. Parce que c’était fait en dépit du bon sens ? Non, la réparation a été opérée sous la surveillance d’un maître artisan. Mais des gueux ont osé défier la république monarchique de France. Pas dégonflé, le collectif a fini par faire son coming-out, au grand scandale du directeur du centre qui les a envoyé devant les tribunaux. Le collectif s’en est tiré avec des remontrances, sous réserve que les monuments nationaux fassent appel. En attendant, parce que c’est comme ça et pis, c’est tout, la roue réparée a été démontée, et tout est redevenu comme en 1965… Eh bien les DOM, c’est un peu la même. On ne fait rien en espérant que personne ne s’apercevra que De Gaulle est mort. On ne fait rien alors que sur place, toutes les énergies se mobilisent. Car il y a du potentiel. Pour avoir travaillé en Martinique, les gens en veulent et se battent, indifféremment de leur couleur de peau ou de leur situation sociale. Les îles ont leurs Haïtiens comme les Français ont leurs Arabes et les Guyanais leurs Brésiliens. Être aux portes d’un certain tiers monde quand l’Amérique est à deux pas n’est pas forcément salutaire, surtout quand on est assis sur une montagne d’or. Qui passionne toujours plus que la préservation d’un patrimoine de l’humanité. On ne peut rien faire contre la géographie, ni contre la bêtise. Pour autant toutes les exploitations minières ne sont pas des ravageurs, et ça fait plus d’un demi-siècle que descendants de nègre marron, blancs, Hmong, natif, surinamien, brésilien, s’entendent sur cette terre prometteuse. Plus que de simples régions, les DOM, c’est surtout une forte culture avec une identité aussi définie que la Corse. Mieux même puisqu’il y a une littérature, une musique caribéenne, réunionnaise, polynésienne. Et cette même mixité fait également toute la richesse et la force de la Réunion. Pour autant tous les leviers du pouvoir ou des entreprises ne sont pas entre les mains des seuls békés, et tous les békés ne roulent pas sur l’or. D’ailleurs peu importe, béké ou non quand il s’agit de sauver des emplois ou d’en créer, tout le monde serait dans le même bain si la république n‘était aussi corrompue. Pourquoi faire appel à des prestataires extérieurs, importer des ouvriers espagnols surexploités, alors qu’il y a une manne de jeunes qui ne demande qu’à travailler, et tout un tas d’entreprises locales qui seraient trop heureuses de pouvoir construire les lycées qui manquent en Guyane et ailleurs. En partie par défiance, par racisme de colonisateur, comme ces métros qui me disaient de ne pas me fier aux antillais noirs. Préjugés d’un autre temps et dont certain n’ont même pas conscience. Ajouter à cette autres préjugés qui veut que si on ne peut rien contre la géographie, on ne peut s’adapter si on s’en donne les moyens.

Par exemple sur le sujet essentiel de l’autosuffisance. Est-ce bien logique que Guadeloupéen et Martiniquais doivent exporter leurs patates douces d’Afrique, que les Guyanais soit moins bien loti sur la question alimentaire que des esclaves en fuite. Mais également sur le thème des énergies renouvelables. Manque de moyens, manque d’ambition des groupes transnationaux comme Engie, mais pas manque d’idée ni de technicité, comme en Martinique ou la PME Akuo Energy a mis au point la centrale flottante NEMO qui permet de produire de l’énergie propre à partir du différentiel de température entre eau de surface et eau profonde. Des projets hélas insuffisants parce que la caste veut le beurre et surtout l’argent du dit beurre. Parce que ça n’intéresse qu’aux heures sociales et que le Bumidom a été un attrape-couillon. Pourtant sur le seul domaine des énergies renouvelables, les DOM sont un terrain formidable qui ne demande qu’à être développé, idem pour l’agriculture de proximité. Il n’y a pas que le tourisme dans la vie, pas que la banane… Et combien de diplômés qui guyanais, qui réunionnais ou martiniquais ne préférait pas aider au développement de sa région si celle-ci n‘était pas traitée comme une pièce rapportée de la France, une néo-colonie ? Pour autant, encore une fois les initiatives ne manquent pas comme la Ruche qui est un réseau d’innovation e-santé à la Réunion et qui concerne également Mayotte, vu que la Réunion est plus forte sur le domaine de la santé par exemple, que les laisse entendre les dépliants pour touriste et qu’elle ambitionne de devenir un point de référence dans la matière de le e-santé avec le Health Technisland qui vient d’être homologué par le ministère de l’économie. Idem en Polynésie ou la biotechnologie la ferait rentrer dans une économie moderne, une ambition que porte le ministre Teari Alpha du gouvernement polynésien, comme le rapporte ici Outremer 360°. Bref autant d’initiatives qui ne verront le jour que lorsque peut-être nous nous déciderons à abolir les privilèges pour de bon, et non pas les laisser se proroger aux mains de ceux-là même qui ont prétendu les abolir un certain 4 août, donnant tout son sens au mot « révolution » comme le faisait un jour remarquer Christine Lagarde…

 
Le syndrome du pourrissement.

En retournant dans les DOM après la Libération, De Gaulle de beugler « Dieu que vous êtes français ». Et en effet, difficile de faire plus français que les Martiniquais par exemple. Il suffit de lire la littérature locale, écouter les gens parler quand ils ne s’expriment pas en créole pour entendre un français exact, amoureux, gourmand même. Difficile de faire plus français qu’un dimanche « France made in seventee’s » au François ou à l’Ance Céron. Et en matière de contestation n’en parlons même pas. Et le gouvernement, tous les gouvernements, uniformément, jouent là-dessus. Cette propension à se diviser et se chamailler, discuter et encore discuter dans l’entre-soi de ses querelles de clocher, pour savoir qui a raison et qui a tort de réclamer des lycées pour la Guyane, ou la chasse à l’orpaillage sauvage. La mobilisation en Guyane était générale, et maintenant, comme toujours, elle se divise en faction. Chacun tire la couverture à soi le plus souvent pour des motifs idéologiques. C’est exactement dans ce genre de situation dans laquelle je me suis trouvé mes premiers jours comme publicitaire en Martinique. Un groupe de patron en colère, chacun d’une couleur de peau différente, dans une société qui marque des différences héritées de l’esclavage, et tous unanime pour gueuler après « les trotskystes et les indépendantistes ». Vu que là-bas, c’est un peu comme on conçoit les choses quand un ouvrier qui travaille dans les polluants et par 40° à cueillir des bananes, demande une augmentation de son SMIC dans une région où tout est plus cher de 45 %… Mais d’un autre côté, c’est, en effet, comment pensent un certain nombre de syndicalistes qui sont toujours dans la lutte des classes à la papa. Qui ne comprennent pas, par exemple, que le vilain béké possédant qui perd sa troisième place sur les produits les plus vendus localement, loin derrière les marques internationales, c’est pas juste le pauvre ouvrier qui va perdre son boulot, le béké va perdre son pantalon et personne aura les moyens de le racheter. Une bonne grosse propriété et une ou deux entreprises laissées à la friche qui tôt ou tard finiront en golf et en complexe de luxe. Parce que c’est exactement ce qui pend aux nez des insulaires s’ils ne sortent pas de ce goût pour la querelle de sourd et la lutte des classes selon Saint Marx priez pour nous. Les affairistes du béton qui adorent la côte d’Azur, mais vont vite adorer la route de la coke

 

Ce jour-là, on y est arrivé. Un communiqué modéré qui appelait à la discussion. Je ne me mêlais pas de savoir qui avait raison ou tort, mais que j’avais des individus face à moi simplement en panique de tout perdre pour de bon. Et en face, des gens avec des revendications légitimes. On n’a pas besoin d’être démagogue pour communiquer, mais pédagogue, c’est bien utile des fois. Ce jour-là, on y est arrivé parce que je leur ai parlé d’intérêt commun, et pas en les traitant en « possédant » patron et autre épithète de classe. Et ils m’ont écouté parce qu’ils avaient envie. Oui, il y a une envie, un désir et des volontés dans ce pays qui ne se traduisent pas que part des replis et des rejets et qui me font dire que finalement, on a peut-être besoin de personne pour administrer l’horloge du Panthéon.

 

Élection yaourt

En ce moment, j’évite tant que faire se peut de m’intéresser à ce qui se passe dans l’actualité immédiate de ce pays. Ça me déprime trop. Déjà que j’étouffe ici, déjà que tout ici me donne motif à prier d’avoir les moyens de m’enfuir de cet asile à ciel ouvert, je n’ai pas besoin de m’abîmer dans la contemplation de ces médias. Car à les croire, c’est plié, l’élection se fera entre un ancien banquier et une châtelaine de l’Ancien Régime. Entre le Lexomil et la France de Pétain. Entre un Tony Blair Camembert et la Jeanne d’Arc des rallyes du XVIème. Et, tout le monde semble d’accord, ou tout au moins y croire dur comme fer, ça sera la châtelaine et sa tribu d’aristo-voyous qui va gagner. De petits et de grands escrocs confinés entre Versailles et Saint-Cloud, qui vont remporter cette farce qu’on appelle le suffrage universel. Bref, en ce qui me concerne, un motif supplémentaire de m’enfuir ventre à terre et sans me retourner. Un vieil ami à moi envisage le Canada, un autre l’Amérique du Sud. L’un est de droite, mais ne voit aucun avenir ici, l’autre est de gauche, mais il a vu la prise de pouvoir de Pinochet. Chacun ses affinités, mais surtout ses moyens. Moi avec les miens, le peu que je peux espérer, c’est la Belgique en stop, avant que les frontières soient fermées par la milice. Nous verrons, j’ai du répondant, je suis débrouillard, je me suis sorti seul ou presque de la rue, avec un peu de chance, je me sortirais de ce cul-de-sac qui s’appelle la France.

 

Votez inculte.

De par mes positions, j’ai souvent à faire sur Agoravox au fan de club de la châtelaine. Le plus souvent de pauvres anonymes acculturés et remplit de rancœur qui faute d’avoir un semblant de bagage intellectuel, passent beaucoup de temps sur internet pour me démontrer que tout le monde est d’accord avec leur ignorance. Signe des temps, si vous affirmez quelque chose sur la base de vos lectures, d’un travail que vous avez pu faire sur plusieurs années, il n’existe simplement pas, si votre interlocuteur n’en trouve pas la preuve sur Internet. Saint Wikipédia priez pour nous. Mieux, si vous citez tel ou tel auteur, l’électeur moyen de la châtelaine, qui a l’âme procureure, soupçonnera ce dernier d’avoir des motifs politiques cachés. Et malheur à cet auteur si un jour il s’est déclaré pour tel ou tel parti ou tendance, le petit procureur invalidera tous ses propos sur sa seule certitude que ceux-ci sont influencés, pire, qu’il cherche à détourner sa pensée déjà limitée. Et force est de constater qu’en effet, ces élections, révèlent au grand jour le remugle d’une France imbécile et raciste, peureuse, méfiante, lâche, qui se réjouit d’avance de la grande revanche que représentera l’élection d’une bourgeoise à la présidence de leur destin sans avenir. Cette partie de la France qui depuis les années 70 n’a pas varié d’un pouce, n’a pas évolué, grandit, juste un peu plus médiocre chaque décennie, en étant intimement certaine de son exception. C’est dans les années 60 et 70 que cette France décomplexée s’en est donné à cœur joie en ratonnade, en bavure policière, en injustice de toute sorte, jusqu’à la Marche des Beurs (dont le motif initial était une énième bavure policière) et surtout jusqu’à ce que le très douteux Mitterrand manipule tout ça pour en faire son outil de destruction du Parti socialiste et de la droite traditionnelle. Et en trente ans, la rancœur et le racisme du français moyen pu s’épanouir proprement, non plus à l’ombre de quelque lynchage, mais dans l’intimité de l’isoloir. Jusqu’au coup de pub de la châtelaine, son pseudo-nettoyage des écuries d’Augias, jusqu’à ce que ce parti de bricolos et de fascistes revendiqués apparaisse solvable aux yeux du téléspectateur frileux à l’idée de voter pour des antisémites et des racistes. Rien n’a en réalité changé dans ce parti, en fait les choses se sont même très probablement empiré puisqu’il avance masqué et que la garde rapprochée est formée d’admirateurs d’ancien SS et de négationnistes. Mais peu importe, ce qui compte ce n’est pas la réalité, mais le sentiment qu’on en a. Encore l’autre jour, je notais que la page Facebook « stop immigration » réunissait cinquante mille personnes. Cinquante mille abrutis gavés d’émission sur la police, de reportage beauf’ de Bernard de la Villardière, des élucubrations mysogino-racialistes de Zemmour. Bref de télé et d’inculture qui ne réalisent bien entendu pas que si la châtelaine remporte ces élections, elle le devra surtout au massacre de Charlie et du 13 novembre, bref à Al Qaida et à Daech. D’ailleurs en auraient-ils conscience, je crois que ça ne changerait rien, ce pays est dans une logique nihiliste.

Rien n’est vrai sauf ce que je pense.

L’autre jour, à l’occasion d’un zapping, je regardais une dame affirmer qu’elle ne croyait pas les deux journalistes qui avaient pondu le dernier ouvrage sur la république pas si irréprochable de l’homme invisible. L’escroc Fillon avait assuré qu’on y relatait l’existence d’un « cabinet noir » (expression qui date des idées de Fillon du reste, du XVIème siècle) totalement démenti par les deux journalistes. Mais peu importe, pour cette dame, les auteurs mentaient, car bien entendu, tous les médias mentent, c’est dans leur intérêt. La châtelaine et ses complices sont jusqu’au cou dans des affaires de détournement et de blanchiment, mais pour ses électeurs, c’est le pouvoir « aux abois » qui cherche à la salir, d’ailleurs la châtelaine l’a dit, assorti de menaces, donc c’est vrai. Or il est évident que jamais pouvoir n’a été aussi peu aux abois justement. Le PS est en vrac, l’homme qui n’était pas là est en vacance permanente (mais apparemment pas en Guyane, cette île mystérieuse et lointaine) Hollande est l’antithèse d’un Mitterrand et l’ensemble de son mandat a surtout démontré de sa plus complète incompétence tant en matière de politique générale qu’en terme de politique intérieure. Mais l’électeur de la châtelaine se persuade d’un complot parce qu’au fond sans doute ça le rassure. Il n’est pas complètement un loser, il ne va pas à nouveau voter pour des incompétents et des voleurs. Et quand bien même, quand on lui met le nez devant l’évidence, son argument ultime, c’est d’avancer : « Oui, ils ne sont sûrement pas mieux que les autres, mais on les a jamais essayés et ça peut pas être pire » Ce sur quoi cet électeur se trompe, ça peut et ça va être pire, mais peu importe, ce que je retiens ici c’est l’argument « on les a jamais essayé » ou le néant de la conscience politique.

 
« Oh chéri, tu as vu, ils les font parfum fraise, on n’a jamais essayé ça, parfum fraise », « Oh regarde, elle existe en orange, on n’a jamais essayé ça, orange » Ce genre d’argument, argument sur lequel repose nombre de propositions commerciales d’un marketing essoufflé à cours de rhétorique, on les entend au supermarché, chez le concessionnaire, dans la bouche d’un enfant devant une nouvelle marque de céréale. C’est celui du consommateur désœuvré. Devant l’absence de choix, la taylorisation des goûts et des couleurs, l’uniformisation de l’offre et à forcerie de la demande, le consommateur n’a plus qu’à se rabattre sur la valeur ajoutée qu’aura bien voulu mettre l’industriel pour justifier la hausse de prix. Ce sera toujours du papier toilette, mais celui-ci sera « molletonné » et celui-là parfumé de sorte que l’anus sente toujours un savant mélange de merde et de rose chimique. C’est le vote, au fond, du désespoir et de l’ignorance. Le vote subordonné à la télé et à Youtube. Il y a-t-il une raison tangible d’être à ce point de désespoir que le français de base imagine nécessaire de voir une politique d’apartheid instauré en France sous le doux nom de « préférence nationale » ? Non aucune. Je vis sous le seuil de pauvreté dans un quartier mixte socialement et ethniquement, et en dépit de ça, je ne vis pas trop mal. Et la majorité n’est pas non plus composée d’un sous-prolétariat vivant dans des tours- crevoirs. Mais ils s’en sont persuadé parce que ce pays qui a peur de tout, de sa jeunesse, du changement, de l’avenir, regarde et vit dans son passé et morigène sur ce qu’il a été et ne sera plus jamais. Une vieille gloire. Une vieille gloire qui s’auto-persuade que le pays est envahi par des hordes barbares et qui va s’en remettre une fois de plus à sa caste de grand bourgeois « au nom du peuple »…. Quand je lis le slogan de campagne de la châtelaine, elle qui en tout et pour tout a travaillé quatre ans durant sa vie… Je me demande toujours si elle est venue avec ses brioches.

La corruption triomphante

Eric Zemmour qui est à la droite ce que le roquet est au jardin privatif, justifiait la corruption de la caste dominante par l’élucubration suivante, la France n’était pas la Suède, les Français étaient des « machiavélistes ». Néologisme qui n’a d’autant moins de sens que pas une seule ligne du Prince n’est consacrée à la corruption, que Machiavel prévaut le réalisme en politique sur la vertu et que nulle part, il n’assortit ce réalisme d’une invitation à s’en mettre plein les poches. Mais Zemmour se prend pour la France et sa culture est une blague pour inculte sur laquelle il prospère. J’ai au contraire le sentiment que devant la corruption d’une Le Pen ou d’un Fillon, un certain nombre se rabattront sur un vote sans espoir, Hamon, Mélenchon et autre amuseur public, ou le Lexomil que propose Macron, voir, feront comme moi et d’autres, marqueront leur rejet de cette élection de l’ego roi, en s’abstenant totalement puisque le vote blanc n’est pas comptabilisé comme le réclame 86 % de nos concitoyens. Bref que quel que soit le ou la gagnante, partisane de l’apartheid ou du libéralisme le plus aveugle, il ou elle règne sur un pays divisé, sans majorité réelle, sans autre assise électorale qu’une élection truquée à coup de sondages bidons, alimenté par l’argent noir que les uns auront siphonné à l’Europe et à leurs élus à coup de kit de campagne sur facturé, et les autres auront soutiré à leurs relations africaines. En fait, c’est même pire que ça, puisque selon un énième sondage, le taux d’abstention risque d’exploser celui de 2012. Et si l’on tient compte du fait que l’élection de la châtelaine n’est pour 44 % (toujours selon cette étude) de ses électeurs qu’un vote de rejet des partis traditionnels, comme celui de Mélenchon, cela veut dire que quel que soit l’ego enflé qui prendra le pouvoir, il le fera sur les restes d’un pays qui le rejette quoiqu’il arrive. Dans ces conditions gouverner risque de devenir un peu plus impossible que d’habitude. D’autant qu’une autre menace se profile à l’horizon et dont n’ont d’autant pas conscience les Français que les médias sont à l’ouest de leur narcissisme, et que les politiques ignorent superbement le sujet. Et cette menace propose une double combinaison, la surpopulation carcérale dans des prisons poubelles, et le retour des anciens combattants du pseudo Etat Islamique. La menace est bien réelle, la DCRI le sait d’autant mieux qu’il y a un précédent en France, la fin des Bataillons d’Afrique en tant que bataillon disciplinaire. Un fait peu connu sauf si on s’intéresse à l’histoire de la criminalité française, mais qui signa la vague de violence et de braquage qui marqua les années 20 et 30, et sera le point de départ de la fortune de la mafia Corse, puisque Paul Carbone, futur parrain de Marseille, sera formé dans les célèbres Bat’ d’Af’. Si la châtelaine et ses admirateurs du nazisme d’amis prennent le pouvoir, je vous laisse imaginer la volatilité de la situation dans un contexte d’apartheid. Ça tombe bien, Serge Ayoub, le grand copain de la châtelaine, déjà condamné pour trafic de drogue. Celui-là même à qui les amis de la famille Le Pen louait leur château pour que ses copines du porno puissent tourner (Vous savez la droite moral du Mariage pour tous…) quand il sortait avec une starlette de l’époque (Tabata Cash). Ayoub, donc, comparait au tribunal avec ses copains du White Wolf Klan pour complicité de violence aggravé. Le WWK lui est accusé de rien de moins que 35 délits divers allant du vol à violence avec arme et incendie volontaire. On ne s’étonne plus à ce niveau pourquoi un Zemmour déclarait son admiration des moines-soldats de Daech, puisque dans cette mouvance-là, ils ont exactement la même mentalité, le même besoin morbide de pureté à expurger dans la violence. L’un dans l’autre avec cet heureux mariage d’extrémistes de tous bords, ajouté au fait qu’une majorité de policier se déclare pour la bourgeoise de Saint-Cloud, la France risque de ne pas seulement devenir ce mouroir pour vieux qu’elle est déjà.

 
Les lecteurs me trouveront peut-être méprisant vis-à-vis de la France, ou haineux, ou je ne sais quel qualificatif sans imagination qui ne seront jamais que le reflet de ce qui les dérange ici. Mais croyez-moi, c’est surtout du désespoir. Mon abstention, mon envie de partir d’ici, le sentiment de déprime que m’offre le spectacle d’un pays soumis à sa caste comme des larbins, c’est surtout le désespoir de pouvoir me revendiquer aussi français que je me sens anglo-saxon un peu plus chaque année. Pour différente raison, parce que c’est une moitié de ma culture d’une part, parce que je pratique la langue autant que j’en saisi les subtilités, que j’en connais l’histoire et son indépendance frondeuse… Et bien aise sera celui qui saura ici de quelle culture je parle… Je désespère que ce pays se décide enfin à se débarrasser de cette caste qui la maintient dans l’illusion de son passé. Je désespère de le voir se mettre enfin à la page des énergies renouvelables et cesse d’avaler les couleuvres du lobby du nucléaire et des politiques qu’il s’est payés. Qu’il arrête de prendre l’écologie pour un gadget à usage des gogos, et l’agriculture pour une machine à cash. Qu’il cesse de se prendre pour l’Amérique en couvrant son paysage de supermarchés. D’adopter des réformes saines sur la législation du cannabis. De s’obséder sur des sujets aussi cosmétiques que le port du voile ou une islamisation qui appartient surtout au domaine du fantasme de quelque narcisse de télé. Qu’il fasse confiance à sa jeunesse et qu’il la mette en avant. Qu’il fasse la paix avec son histoire, sans honte, mais surtout sans cette fierté déplacé autour de l’abomination coloniale. Et surtout qu’il arrête de regarder en arrière, évoquer De Gaulle ou Louis XIV pour se demander comment aborder le présent comme l’avenir. Les Trente Glorieuses ne reviendront jamais, le plein-emploi, c’est du passé, il est temps de grandir et d’aller de l’avant. Et pour le moment, la France fait du sur place en attendant de reculer et se regarde le passé comme on se renifle le cul. Et ça ne date pas d’hier, ça fait trente ans que ça dure. Alors pardon pour les petites âmes recroquevillées de ce pays, mais moi, je fatigue