La position dominante ou le syndrome du mari violent.

Le monde est quadrillé de satellite de surveillance, de géo localisation, de communication, de satellite pour photographier des satellites, observer l’espace, voir même de satellites pouvant détruire d’autre satellites, et de déchets. Des millions d’écrous, de bouts de panneau solaire, de vis, de morceaux d’antenne, d’échantillon de fuselage, de segment de fusée, de rognure de moteur, de lambeau de polymère qui ne flottent pas autour de la terre comme des sacs plastique sur une mer passive. Non. Ils tournent autour de la terre tel des millions de projectiles lancés à vingt-deux milles kilomètres heure. Un anneau de merde en furie déjà si problématique que la NASA hésite sur les fusées. L’économie du monde entier au beau milieu d’un champ de mines mobiles, d’un stand de tir faramineux, d’une expérience balistique sans précédent. Et chaque fois qu’un de ces engins rencontre une avarie qu’il ne peut pas réparer, on envoie un nouveau robot qui après usage, ira à son tour rejoindre la décharge cosmique. Et comme ça depuis soixante ans, depuis très exactement le 4 octobre 1957. Depuis que l’Union Soviétique a officiellement ouvert le grand concours mondiale de mesure zizi, dit également conquête spatiale, avec le lancement du Spoutnik. Mais admettons-le, il est indéniable que sur la question du zizi mondiale nous ne sommes plus dans le concours mais les jeux olympiques. Missiles balistiques de plus en plus sophistiqués et de plus en plus puissants sans qu’on sache exactement quel intérêt il y a d’exposer sur la planète de quoi la faire sauter sept fois. Drones tueurs, bombardiers équipés pour trois guerres, plus tous les systèmes mis au point hier et aujourd’hui pour paralyser tout une partie du net et des réseaux satellite sans qui tout ce bazar détonant n’aurait pas plus d’utilité qu’un fer à repasser parfumé au semtex. Et ça ne fait que commencer si l’on tient compte de l’évolution technologique proposé par l’informatique, la génétique, la robotique et la nanotechnologie.

La position dominante. C’est le but ultime de toute stratégie militaire, acquérir la position dominante sur le terrain, car dans l’imaginaire borné des militaires c’est la position la plus haute qui déterminera à qui appartiendra la victoire. Et pour exemple l’on pourrait citer ici la cuvette de Dien Bien Phu mais à vrai dire, sans surprise, le premier à avoir acquis une position dominante telle que nous la concevons aujourd’hui, c’est Hitler avec le V2. Et en récupérant l’ancien SS Wernher Von Braun à leur compte, les américains ne s’y sont pas trompé, la domination ultime viendra d’abord du nucléaire puis de l’espace.  Bien entendu une convention a été ratifiée sur le sujet dans le courant des années soixante, tout le monde s’accordant sur le fait qu’on ne devait pas peupler l’espace d’arme de destruction massive. Pas sur le fait qu’on puisse éventuellement l’armer avec du matériel conventionnel. Sans surprise non plus, si tout le monde s’entend sur le fait qu’il faudrait rediscuter cette convention et interdire toute arme dans l’espace, seul les américains s’y opposent. Après tout, l’armement est une industrie plus que florissante aux Etats-Unis, 696 milliards de budget pour le seul Pentagone, et 80% du marché mondial de l’armement est américain. Ce qui statistiquement signifie donc que les Etats-Unis arment indifféremment les terroristes qu’ils prétendent combattre. Et fabrique des terroristes avec tous les civils qu’ils ont bombardés chirurgicalement en ratant leur cible. Soit 98,7% des drones avec une cible prioritaire.

Plus de six cent milliards de budget militaire, deux cent quarante et une années d’existence, deux cent vingt deux passées à faire la guerre. Le rêve américain sent le sang. Sans compter la violence inhérente à la société américaine elle-même, violence physique, raciale et sociale. On ne s’étonne plus de ce goût qu’ont les hommes politiques américains d’employer le mot guerre à toute les sauces. Guerre à la Drogue, à la Terreur, à la Pauvreté… Et pourtant il aura suffit d’une paire de cutters et de quatre avions pour changer le monde…. Et en faire le paradis du complexe militaro-industriel dans son ensemble. La Chine a fait récemment péter un de leur satellite depuis l’espace pour montrer que hein, oh, eux aussi ils pouvaient être cons et épaissir le champ de tir. Devant le faramineux budget militaire américain, les autres puissances regarnissent les magasins, et l’industrie de l’armement mondial se porte à merveille. Le seul secteur des Sociétés Militaires Privés, et qui est encore une fois dominé par les américains, est passé de cent milliards de budget en 2003 à plus de quatre cent cinq ans plus tard…

Les rois du cimetière

La position dominante. Elle est intéressante cette théorie si l’on prend un contre exemple, Massada. Massada était une garnison romaine perchée sur un plateau rocheux et prise par les Sicaires du parti Zélotes. Les Sicaires sont aux juifs ce que les Nizarites ou Hashashin sont aux musulmans. A savoir la source d’inspiration du modèle militaire de la terreur islamiste actuelle. Mourir ne les effraie pas du moment que cela sert leur cause, la mort est leur amie comme dirait un membre de Daesh aujourd’hui. Ils prennent donc cette garnison et s’y installent. Pendant sept mois, environs huit milles soldats romains firent le siège de cette forteresse. Quand enfin ils parvinrent à construire une rampe et à y accéder ce sont des cadavres qu’ils découvrirent. Ce n’était pas un suicide collectif comme le colporta à tort l’histoire, le suicide est interdit pour les juifs, ils se sont entre-tué jusqu’au dernier pour ne pas être soumis par les romains. Mieux, la seule chose que les romains découvrirent intact, le reste avait été brûlé et saccagé, c’était la réserve de grain. En guise de message, nous choisissons l’heure et le moyen de notre mort, nous mourrons libres. Vouloir détenir la position dominante au-dessus d’un cimetière c’est avoir des ambitions de charognard.

Mais qui sait…

Les méta milliardaires de ce monde se disputent également la position dominante sur l’échelle de Forbes. Les Bill Gates, Zuckerberg, Buffet, Soros, Pinaud, Arnaud, Bettencourt… etc. La position dominante sur le marché, la position dominante sur les esprits à coup de généreuse donation ma-main-sur-le-cœur, pendant que les usines d’esclaves continuent de tourner le temps que le héros ait assez fait fortune pour la donner. Tous nos généreux donateurs se sont enrichi en ne payant qu’un minimum d’impôts, en profitant d’un système boursier voyou, et en poussant les gouvernements à adopter des politiques toujours plus en faveurs de leurs seuls intérêts au détriment de toute casse sociale. Une casse sociale non plus vécue comme une fatalité, ou un mal nécessaire pour sauver une entreprise, mais comme un moyen de gagner un peu plus d’argent. Et voilà qu’on nous les revend presque repentant, œuvrant pour le bien de la planète média. Sur quoi espèrent-ils régner à la longue ceux-là ?

On est aujourd’hui le 16 août 20017, il fait beau, les français sont à la plage, oh on a eu un bel été, oh ma chérie comme t’es bronzée… encore un petit goût des années 60 qui dure depuis… les années 50. Et pendant ce temps, les Balkans, la Sibérie, l’Australie, le Canada, la côte ouest des Etats-Unis, tout le sud de l’Europe, de la Grèce à l’Andalousie, au Portugal et à la France, sont la proie d’incendies majeurs. Et depuis les années 80 ce phénomène s’intensifie à chaque sécheresse. C’est simple, depuis le 1er janvier jusqu’à aujourd’hui, 218 millions d’hectares de forêt son parti en fumée, c’est la moyenne. En moyenne c’est 350 millions qui brûlent chaque année, il semblerait que cette année nous allons dépasser les limites. Avec les déplacements de population que cela implique, les migrations animales, les espèces détruites, les victimes humaines, la pollution atmosphérique et les millions d’hectolitres d’eau qu’il faut pour les éteindre. Quand c’est simplement possible et qu’on ne laisse pas la forêt s’autodétruire jusqu’à ce qu’on puisse y cultiver des hectares de palmier à huile pour l’industrie…

Deux degrés. C’est tout ce qui nous sépare de la catastrophe. Que l’atmosphère de la terre se réchauffe de deux degrés ou plus. En réalité le seuil limite, où les choses sont encore à peu près sous contrôle serait de un degré cinq. Deux degrés c’est la barrière qu’il ne faut pas franchir. 97% des rapports scientifiques sont d’accord sur le problème. D’ailleurs la communauté scientifique n’en n’est plus à se tripoter sur le sujet elle en est à se poser cette seule question : à quel point on est baisé, un peu, beaucoup ou totalement.  Mais rassurons nous 40 fondations reçoivent un budget annuel de 900 millions de dollars pour contester cette réalité et faire douter le public. D’où vient l’argent ? Notamment du secteur pétrolier. Mais il n’est pas le seul que cette demande de baisse d’activité, cette urgence à trouver des solutions pour ralentir le réchauffement, n’arrange pas. Tout ce qui utilise de l’énergie fossile pour sa production est concerné. Enfin, faut pas non plus paniquer hein, la famille Mulliez propose des produits éco-responsable et il n’y a que 5% de chance pour que ce seuil des deux degrés… ne soit pas dépassé.

Alors sur quoi espèrent-ils tous régner ?

Par le jeu pseudo démocratique des grands électeurs, les américains n’ont pas élu celle qu’ils voulaient mais un bouffon qui n’a jamais eu la moindre responsabilité politique et qui a le développement affectif et intellectuel d’un gamin de 15 ans. Un bouffon qui rejette ce qu’affirme la communauté scientifique, veut sa guerre avec la Corée du Nord histoire de peser sur la Chine et la Russie, au risque de provoquer un conflit nucléaire. Et il ne cesse de fanfaronner ! En six mois de fonction en dépit du trilliard de la dette américaine, il aurait fait renouveler le parc nucléaire américain dans son ensemble, et a doté le Pentagone d’encore plus de moyens (54 milliards…). On va voir ce qu’on va voir, America is back again… comme si elle n’était jamais parti. De leur côté, par l’escroquerie du suffrage universel, les français sont dirigés par un commis de banque qui concrètement n’a même pas été élu par la majorité puisque 40% des électeurs ne sont même pas allé aux urnes et un peu moins de 50% n’a pas voté pour lui. En gros 80% des votants n’ont pas voté pour celui qui est censé les représenter. Mais cela ne l’empêchera pas de détruire le code du travail à coup d’ordonnance, réduire les APL de 5 euros, mettre fin au contrat aidé et donc mettre au chômage 70.000 personnes, appliquer la politique migratoire du Front National, et, entre autre baisser le budget d’une justice une des moins financée d’Europe. Le tout dans un pays où la corruption devient endémique et où l’implantation mafieuse dans la seule région PACA a la même densité… que dans le sud de l’Italie. Et c’est loin d’être la seule région de France touchée par les mafias. Mafias qui s’enrichissent d’autant que la solution trouvé par la France d’en haut au trafique de drogue c’est de mettre des amendes aux usagers… et d’enterrer en vitesse toute forme de loi anti corruption, appelée improprement « moralisation de la vie publique » pouvant toucher les élus. Mais bien sûr il n’y a pas que la justice, tous les secteurs sont touchés, de l’armée à la santé en passant par l’éducation. Vous comprenez si on veut dépenser pour les jeux olympiques et le CICE, il faut faire en sorte qu’une aide-soignante travaille 48h par semaine sans protection social.

Mais encore une fois ce n’est pas là la question, la question c’est qui détiendra la position dominante. Les milliardaires qui ont financé un bouffon infantile et un gamin narcissique ne les ont pas choisis pour leur qualité de gouvernant mais de complice. Les trois cent millions d’euros supprimés aux collectivités locales, et la suppression programmée des impôts locaux ne sont pas là pour alléger les charges des français, mais conduire les collectivités et les régions vers la voie des emprunts bancaires qui les ont déjà ruinées en 2008. Supprimer les emplois aidés n’est pas une mesure d’économie mais vise à ne pas faire concurrence au secteur privé qui pourra ainsi engager à des salaires minimum. « Taxer la rente immobilière de l’ISF » ne va d’autant pas changer grand-chose que le bien immobilier est un des actifs déjà les plus taxé. Mais épargner les biens mobiliers (placement financiers, meubles, liquidités) de ce même ISF et qui représente 49% de son assiette fiscale, c’est au contraire favoriser l’évasion du même nom. Et l’évasion fiscale, contre laquelle la France ne s’accorde que sur des mesures cosmétiques et sous-financées, c’est quand même, par an, 80 milliards d’euros en moyenne, avec une dette de plus de deux milles milliards…

Prenons Vincent Bolloré. Il a racheté le groupe Canal Plus et en un an sa catastrophique politique éditorial a fait perdre au groupe plus d’un demi-million d’abonnés. Quand il déclare à Challenge que Canal Plus est sauvable, le pense t-il réellement ? Ou cherche-t-il juste à gagner du temps en espérant démanteler ce groupe en tirant une plus-value sur son catalogue ? Il ne faut pourtant pas être grand clerc pour comprendre que ça n’a jamais été le groupe Canal Plus le problème mais l’esprit, la culture de marque qui allait avec. Cet esprit qui faisait si mal à la réaction, ridiculisait l’ami de Bolloré, Sarkozy et faisait faire des cauchemars au Front National qui avait élevé le terme de « journaliste de Canal Plus » au rang d’anathème. Canal Plus c’était de la rebellitude en carton, de la révolte de salon, de l’ironie de bien née mais c’était déjà trop. On veut une opinion lisse en France, une opinion qui obéisse bien, qui se contente de s’endormir devant les Anges et place son épargne… que la banque pourra lui sucrer à son seul bénéfice si jamais elle est en faillite. Comme le prévoit les dispositions du « bail-in » voulu par l’Europe depuis 2016.

La position du mâle

Il y a dans cette logique de la « position dominante » quelque chose d’éminemment masculin, et l’attitude de tous ces puissants me fait immanquablement penser à cette autre réalité sociale de la violence conjugale. Quand une femme tue son mari violent c’est pour s’en débarrasser, quand un homme tue sa femme c’est pour la garder. Pour que personne ne l’ait après lui. Et c’est cette même logique d’impuissant qui prévaut qu’il s’agisse de domination de l’espace, de dominer le marché ou de soumettre la France à un libéralisme psychopathe. Peu importe le prix à payer, peu importe que le sud de l’Europe finisse par ressembler au Sahara (ce qui arrivera si nous atteignons les 4° c’est-à-dire non pas en 2050… mais d’ici 15 à 20 ans). Peu importe que la démocratie n’existe en réalité ni en France, ni nulle part, que la corruption soit institutionnalisée dans notre pays, que la moindre voie dissonante soit interdite d’antenne, que l’édition veille à ce qu’aucun écrivain ou penseur n’émerge, sinon quelques « autorisés » pour la galerie, marchande. Peu importe que Bolloré brade Canal, que nos hommes politiques bradent notre secteur industriel, que le racisme et la bêtise la plus décomplexée d’un Zemmour claironne ses opinions sur RTL et devienne une petite institution au sein de la planète média. Peu importe que l’on détruise tout, l’important c’est que l’autre ne l’ait pas. L’important ce n’est pas vous, moi, ce pays ou un autre, la démocratie, l’histoire, la culture, et encore moins l’avenir, l’important c’est que Vincent Bolloré et François Pinaud puisse rouler à fond dans leur voiture avec chauffeur tout en ordonnant la casse sociale de tel secteur à problème. L’important c’est que narcisse puisse passer ses vacances à Marseille sans être importuné par un journaliste (il a du reste fini en taule pour avoir osé prendre des photos du roi-soleil). L’important c’est que le bouffon puisse continuer de flatter son électorat raciste quitte à flirter avec la guerre civile dans son pays. L’important est que tel petit procureur médiatique puisse continuer de s’admirer dans le reflet de sa  médiocrité et s’en flatter. L’important c’est de conserver sa position dominante, quel qu’en soit les conséquences, et si la bête en meurt, et bien ça sera comme avec les maris violents, ça sera la faute de la bête qui a osé provoquer le mâle impuissant. N’est-ce pas en substance ce qu’a déclaré l’inqualifiable bouffon après les émeutes de Charlottesville ? Que les torts étaient partagés entre les néo nazis et leurs victimes ?

Qu’on le veuille ou non nous vivons sous le régime d’une société patriarcale qui a élevé cette question de la position dominante au rang de saint graal. Comme disait l’employé du mois « dans la vie il y a ceux qui réussissent et ceux qui ne sont rien ». Il y a ceux qui ont de l’argent, une position sociale, un statut, et que l’on se doit de célébrer et d’admirer et les autres. Vous, moi, les anonymes qui galèrent pour à peu près tout, qu’on ne verra jamais dans les médias sinon sous la forme d’une silhouette myope ou d’un micro trottoir imbécile, nous ne sommes rien. Un détail dans le paysage, une statistique qu’on criminalisera à loisir en fonction des intérêts de « ceux qui réussissent ». Pour quelle autre raison croyez-vous que pas moins de 29 lois pénales ont été votées en 17 ans en France ? Que pas une seule ne concerne les délits financiers ou la corruption des élus ? Vingt-neuf lois pas appliquées m’expliqueront les réactionnaires qui regardent trop leur télé. Alors qu’on enferme plus et plus longtemps en France aujourd’hui, que 60% des condamnés ont entre 16 et 19 ans, et que les prisons pour mineurs sont pleines à ras bord. Que pensez-vous que cette réalité détermine sinon encore une fois assurer la position dominante d’une France nantis et cacochyme. Peu importe que l’Europe marchande sacrifie sa jeunesse, que le chômage des jeunes atteigne des taux records en Espagne, Grèce, Italie, France, et que l’on demande par ailleurs à des gens de travailler jusqu’à 67 ans alors que plus personne ne les embauchera dépassé 50. Peu importe du moment qu’on puisse se conformer au capitalisme le plus sauvage, décomplexé et destructeur. Tout en affirmant que grâce au vaudou (sans doute) et au « ruissellement » dégoulinant des plus gros portefeuilles, tout le monde pourra en profiter. Profiter d’un cimetière.

Ca toujours été comme ça

Les moins cultivés d’entre-vous doivent se dire que cela a toujours été ainsi, qu’il y a toujours eu des gros et des petits et qu’ils ont tout fait pour conserver leur pouvoir quitte à faire disparaitre des millions de leurs concitoyens. A ceux là je répondrais oui et non. Si la préservation de leur nom et de leur pouvoir était centrale au sein des familles aristocrates, le rayonnement de leur pays, sa construction sociale et politique, sa culture comptait d’autant qu’elle était le reflet de l’excellence de celui qui le gouvernait. Si le capitalisme s’est construit sur l’esclavage, l’usure, le pillage, et le vol des terres indigènes, il avait dans sa dimension colonialiste une notion encore « humaniste ». Dans son arrogance et sa prétention l’occident allait apporter la civilisation dans les contrées « sauvages ». Certes sa mission « civilisatrice » était plus un alibi qu’autre chose, et dans l’esprit de bien des colons elle était synonyme de mépris, meurtre, mutilation et mis en servage. Mais cette notion était assez ancré pour qu’on se décide à construire des écoles, des hôpitaux, pour que certain y croit assez dur comme fer pour envoyer ceux qui abattrons le colonialisme dans les écoles de la république ou de l’empire anglais. Ho Chi Minh, Pol Pot, Patrice Lumumba, Gandhi,  Thomas Sankara sont tous des produits de ce colonialisme qu’ils finiront par combattre. Et passé la seconde guerre mondiale, si le même capitalisme s’est mis aux réformes sociales, si nous avons eu la sécurité sociale, le SMIC, le droit à l’avortement, etc, c’était dans le but unique de contrer le totalitarisme communiste. Dans la seule perspective de ne pas laisser aux seuls socialistes et communistes le domaine du social. Acheter la paix du même nom, et s’assurer qu’une large part de la population se soumette au mode de vie du « monde libre ». Mais depuis la chute du Mur tout a changé. Depuis le 9 novembre 1989 le capitalisme se complet dans ce qu’il considère comme la fin de l’histoire. Il a gagné et il n’a plus besoin du moindre alibi pour tout accaparer. Il a fait de l’économie un méta langage par lequel tout doit être absolument prit en compte. Un langage économique certes totalement dévoyé par rapport à ce qu’en disaient les théoriciens du libéralisme mais peu importe du moment que le public avale la couleuvre. Et pour se faire on utilisera des métaphores sans le moindre sens, comme celle du « ruissèlement », de l’autorégulation des marchés, des « créateurs de richesse », et surtout celle qui consiste à faire croire que si on se serre tous la ceinture et qu’on veille tous à notre bilan carbone, on s’en sortira. Les médias aux ordres s’ingénient à ramener l’économie d’un pays comme la France à l’échelle de monsieur tout le monde. Et c’est vrai que dans la tête de celui-ci ce n’est pas bien difficile de comprendre que s’il dépense moins il fera des économies, et tant pis si cette comparaison n’a pas le moindre sens. Tant pis si les banques s’enrichissent à en crever sur le taux d’intérêt de la dette. Peu importe que le revenu du CAC40 a en réalité connu une hausse de 25% alors que nous sommes censé être en pleine crise économique et sociale. Peu importe que grâce au trading à haute fréquence, en un mois d’échange, l’Europe va dégager un bénéfice de cent milliards d’euros. Ramené à des explications simplistes d’économie de bout de chandelle, le lambda se soumet aux restrictions budgétaires, laissant un corrompu comme Fillon pérorer sur la dette avec des aides-soignantes au bord du burn out, sans qu’il ne se fasse lyncher.

Le capitalisme tourne à vide. Sa seule motivation, son seul mantra, est de posséder une Rolex avant 50 ans sinon on a tout raté. Et après moi le déluge. L’état dépense 44 milliards pour compenser les erreurs industrielles commises par l’autre corrompus Serge Dassault, le laisse siéger au Sénat alors qu’il a acheté ses électeurs et fraudé le fisc. Autorise un voyou comme Balkany à avoir une responsabilité politique alors que la justice a établie que chacune des responsabilités qu’il a endossées a été motif d’enrichissement personnel. Les députés s’assurent des retraites de monarques et des salaires de PDG pour entériner des lois favorisant la corruption et l’évasion fiscale, le tout en s’exonérant le plus possible de la moindre contribution. Et pas une seule seconde, une seule minute tout ce petit monde ne pense autrement qu’à court ou moyen terme et pour autre chose que leurs seuls intérêts. 40.000 étudiants se prostituent pour vivre et le même nombre ne trouve même pas de place en fac. Des petits vieux n’ont pas les moyens de se payer une aide ménagère alors qu’ils arrivent à peine à bouger, et des handicapés se retrouvent dans des situations identiques pour des raisons identiques, mais la député Claire O’ Petit nous déclare sans rire qu’il faut arrêter de pleurnicher que si à 18 ans on a peur de perdre cinq euros on n’est pas arrivé. La même Clair O’Petit qui faisait la joie des Grandes Gueules en nous affligeant de ses propos réactionnaires et petit bourgeois. Et toujours la même qui après avoir pratiqué mille métiers s’est fait interdire de diriger toute entreprise pendant 5 ans… Le pseudo mouvement En Marche, qui n’est rien de plus que le Cheval de Troie du capital, se vante que ses « élus » viennent à majorité de la société civile. Certes, ce pourquoi ils ne votent systématiquement des lois qui pénalise la dites société civile et privilégie toujours les mêmes.

Le syndrome de la femme battue

Et face à tout ça quelle est l’attitude de la dites société civile ? En Europe, aux Etats-Unis, la passivité. Face à ce déversement de loi anti sociale, qu’il s’agisse du domaine économique, de la préservation de l’environnement, de la pollution alimentaire ou du secteur publique attaqué de toute part par un capitalisme vorace et aveugle, nous restons comme paralysés. Nous sommes comme ces femmes battues. Sidérée par la violence physique et sociale qu’on nous impose. Espérant toujours que notre « partenaire » va changer si on se montre assez compliant. Et chaque fois qu’une crise se déclare, chaque fois que le « partenaire » trouve une raison pour cogner, supprimer telle protection sociale, réprimer dans le sang telle manif pacifique, invoquer l’immigration comme la base de tous les maux ou déclarer l’état d’urgence permanent et constitutionnel, nous nous disons que c’est de notre faute, encouragés par quelque laquais. On rediscute des congés payés ? De ce droit pour lequel nous nous sommes battus physiquement et socialement il y a 81 ans ? Christophe Barbier, le journaliste le mieux payés de France, 96 millions de gain pour la seule année 2017, nous invite à être plus souple, en ramenant à nouveau sur le tapis la métaphore du gentil foyer qui doit faire de gentilles économies….

La question reste à savoir vers quoi nous nous dirigeons avec cette passivité de femme battue. En viendront nous au jour où nous tuerons notre « partenaire » pour nous en débarrasser ? Et livrer le monde a un bain de sang ? Ou allons nous contenter de nous laisser abattre ? Ceux qui demeurent dans cette dynamique nous dirons qu’on peut le raisonner. Que l’on peut raisonner la voracité d’un Bernard Arnaud, que l’on peut influer sur la politique morbide du capitalisme, que l’on peut convaincre les industriels du secteur pétrolier de se mettre aux énergies renouvelables. Les femmes battues pensent de la même manière. Elles pensent ainsi jusqu’à en mourir, tuer leur partenaire… ou finir par le quitter. Si vous êtes dans cette dynamique, levez la tête vers le ciel, pensez à ce que je vous ai raconté en introduction avec cette notion, 50% du budget spatial mondiale est consacré à la seule militarisation de l’espace… Alors certes il nous reste toujours l’option Massada, nous entre-tuer jusqu’au dernier à seul fin de pas nous laisser dominer par quelques imbéciles nantis de leur phallus comme sceptre, mais je ne suis pas certain que ça soit pour cette raison que vous fondez une famille et espérez le meilleur pour vos enfants. Reste qu’en l’état et si nous continuons de nous comporter comme des femmes battues, vos enfants n’ont non seulement aucun avenir mais vous les promettez à une longue agonie.

 

Je suis abstentionniste et je t’emmerde.

Comme à chaque élection depuis que le parti de la magouille et des petits arrangements avec la vérité menace ce régime oligarchique qui nous gouverne depuis 40 ans. Comme à chaque fois que la famille Le Pen menace de prendre le pouvoir avec ses financements occultes (Poutine, emplois fictifs et kit de campagne surfacturé) et ses bras cassés admirateurs de Pétain ou d’Hitler. Comme à la moindre occasion où ces petits oligarques flattent les bas instincts d’un peuple en mode larbin, on nous la refait. Si le diable parvient à l’Elysée se sera la faute aux abstentionnistes, ce pourquoi il faut voter utile pour « faire barrage au Front National ». Et l’ensemble des médias, soutenus par une cohorte d’experts en tout sauf en humilité, de tenter de culpabiliser ceux qui se refusent à aller aux urnes. Si le fascisme s’installe en France, ce sera la faute aux affreux qui ont refusé de faire leur devoir citoyens. Et là, dans l’entre-deux tours d’une campagne de scandales sur fond de corruption, c’est open bar. D’autant que le fascisme est en effet à nos portes, dans l’indifférence la plus complète, une acceptation quasi consensuelle d’un peuple aux ordres. Et tant pis si en réalité les abstentionnistes sont les véritables gagnants de cette élection, et si 40% des électeurs de l’oligarchie Le Pen ne votent en leur faveur que faute d’avoir un vote blanc comptant pour autre chose que du beurre. Tant pis si en réalité nous ne vivons pas dans une démocratie, mais son simulacre.

Le vote utile le plus inutile du monde

Un simulacre qui m’autorise immédiatement à délivrer publiquement mes opinions sans pour autant que celles-ci, que ce soit par mon vote ou une quelconque autre manière influent sur la politique de mon pays qui est de toute manière aux ordres. Comme nous la fait remarquer Sarkozy avec le traité de Lisbonne, en réalité mon opinion, la tienne, la nôtre, ils s’en passent quand leurs donneurs d’ordre les sifflent.

Ce n’est d’ailleurs ni Marine Le Pen ni Emmanuel Macron que la France s’apprête à élire, mais, dans un cas comme dans l’autre, Pierre Gattaz et le CAC40. Pour autant depuis 2002, depuis que le père avait déjà démontré qu’aucun vote utile ou non pouvait dissuader un peuple de trouillard de s’en remettre à un père fouettard, on nous explique que voter pour un politicien corrompu ou un commis de banque était donc « utile ». Mais utile pour qui exactement ?

S’il s’agit de lutter contre les idées aberrantes de la ploutocratie Le Pen, je ne vois pas bien où est l’usage. Les Républicains font campagne à la place du FN depuis l’investiture du catastrophique Sarkozy, et le PS a mis tout en place en terme d’arsenal juridique pour que le pays bascule dans la dictature sans que ça fâche. Demain les Le Pen pourront mettre en fonction leur politique d’apartheid, dit de préférence nationale, et museler toute opinion contraire. Toutes les mesures sont déjà là, légiférées, inscrites au journal officiel dans le cadre de l’état d’urgence et de la loi sur le renseignement. D’ailleurs, ce vote « utile » l’est tellement que si les Le Pen n‘ont pas encore pris le pouvoir, dans la tête d’une majorité de paumés, c’est fait. Sept millions de perdants qui croient qu’ils vont changer leur pathétique destin en élisant un clan de bourgeois extrémistes fous d’argent et de pouvoir. C’est, du reste, assez pitoyable de se dire que ce pays à donné un maximum de voix à deux politiciens jusqu’au cou dans les magouilles. Un peuple complice avec ses voleurs, ceux-là même qui lui font les poches, c’est pour ma part un sommet de misère intellectuelle, la démonstration d’une immaturité affligeante (notamment vis-à-vis de la presse) et la preuve qu’en dépit des bavardages et débats incessants autour du seul sujet de la politique, les Français ont une conscience politique Carambar, volatile, versatile, creuse, comme leurs opinions. Bref au lieu de parler de vote utile, on serait bien indiqué de penser plutôt à gouverner, tout simplement, ou à s’en aller.

Voter n’est  ni un droit, ni un devoir, c’est un privilège.

34% de jeunes votent donc pour un parti de vieux, avec des vieilles idées qui datent des années 30 et 50. C’est pour moi la démonstration qu’une part significative de la jeunesse Hanouna et télé-crochet vit sans passé et ne s’envisage aucun avenir. Avec l’argument consommateur N°1 « on-les-a-jamais-essayé-ça-peut-pas-être-pire ». 34% des jeunes ignorent donc qu’un droit est relatif à celui qui gouverne et non un état naturel. Comme l’est la notion de devoir avant qu’elle ne bascule dans l’obligation. Et s’il vous plait passez-moi le couplet sur ces pays où on se bat pour avoir ce droit surtout quand on sait que l’ensemble des dictateurs africains ont fini de légitimer leur pouvoir par le vote, qu’Assad a obtenu un suffrage écrasant au beau milieu d’un carnage et que Patrick Balkany est toujours maire de Levallois. Si la démocratie telle que nous la connaissons se distinguait par le droit de vote et si celui-ci n‘avait d’autre usage que d’entériner un système, il y a longtemps que nos gouvernants l’auraient supprimé. Au reste, si le très conservateur Monsieur Thiers a milité pour la république qu’il abhorrait, c’est uniquement parce qu’un roi est plus fragile qu’une urne. Un roi ça se décapite alors qu’une opinion ça se fabrique. Et en termes de fabrication d’opinion notre époque est passée reine. Monsieur Macron se présente sans programme et le revendique et les deux tiers des électeurs de la famille Le Pen n’ont sans doute pas lu une seule ligne de leur programme, à la notable différence d’un abstentionniste comme moi. Je peux même citer une phrase qui a marqué le cinéphile que je suis « le cinéma français est le seul à pouvoir faire concurrence au cinéma américain ». On ne pourrait pas être moins en phase avec la réalité, je crains hélas que Franck Lapersonne soit aussi peu connu des exécutifs de Sony ou Universal, qu’il ferait un piètre personnage de chez Marvel…

L’abstention, une démarche politique et citoyenne.

Quand on lit les débats de comptoir sur les réseaux sociaux, le moins que l’on puisse dire c’est que la première chose qui frappe ce n’est pas la conscience politique des uns et des autres. Ni plus la lucidité en termes de fabrication d’opinion et d’image. Pasqua, par exemple, expliquait un jour que la meilleure méthode pour couvrir un scandale, était d’ouvrir un contre-feu, une affaire dans l’affaire, qui semble si alambiquée que l’affaire de départ paraisse moindre. Fillon et son « cabinet noir » (brrrr !) nous en a fait une brillante démonstration et un peu plus de 19% des électeurs sont tombés dans le panneau, soumis à cette idée mafieuse qu’on ne peut gouverner sans être corrompu.

Personnellement je suis politisé depuis que je suis enfant. A cinq ans je me plantais devant les débats de l’assemblée pour tenter de comprendre ce qui s’y jouait et me déclarais gaulliste, comme papa et maman. Et toute ma vie je me suis intéressé à des questions politiques ou à l’histoire de mouvement, comme notamment le très prolifique et influant courant anarchiste. Si influant même, que capitalistes et communistes, deux versants d’une même église, ont tout fait pour le détruire, le ridiculiser, le réduire à rien, et massacrer ou interner ses militants. Je recommande à ce sujet l’excellent documentaire « Ni Dieu ni Maitre » en deux parties qu’a produit Arte. Et en termes de fabrication d’opinion et d’image, je suis parfaitement placé pour savoir de quoi on parle. Pas seulement parce que j’ai travaillé dans la pub que j’écris des fictions, que raconter une histoire c’est déjà mentir, manipuler ses lecteurs afin de susciter des émotions, provoquer une réflexion.

Le terme même de « communication politique » défini en soi qu’on ne s’arrêtera ici qu’aux émotions. Que la réflexion autour du projet politique sera occultée de tout débat. Tous les candidats parlent au « nom des Français ». Comme si nous avions tous déjà réfléchi au projet de société que nous proposait le candidat au trône. Comme si le candidat au trône et une cohorte de Rosa Luxembourg, Charles Maurras, Péguy, Hugo avaient harangué et discuté et disputé durant des heures de débats avec des foules compactes et enfiévrées de questions politiques… Comme si qui que ce soit achetait les livres des politiques, lisait leur programme, et ne se contentait pas plus simplement d’aller voter comme on rote.

A titre personnel je vis au crochet d’une société que je récuse, qui me criminalise parce que je préfère le cannabis à l’alcool. Ne trouve pas d’emploi, obligé auprès d’un organisme parfaitement arbitraire et incompétente comme Pole Emploi. Doublé du fait que j’ai 53 ans, fait sept métiers, jobs d’été not include, et que je n’ai pas de réseau dans les professions qui m’intéressent. Ceci explique peut-être le fond de ma colère contre ce pays et son peuple.

Pourtant, à titre citoyen, les résultats des élections m’ont moins mis le mord parce que la famille Le Pen serait au deuxième tour, je m’y attendais comme tout le monde, que parce que Fillon (rend l’argent, maintenant) avait fait plus que Mélenchon. Non pas que j’ai la plus petite affection pour aucun des candidats au trône, que l’idée que mes voisins avaient peut-être préféré un politicien ouvertement vénale et corrompu, à un autre sans casserole financière m’a proprement scandalisé. Même si c’est essentiellement, en réalité, par défiance vis-à-vis des médias, de ce qu’il est convenu d’appeler la médiacratie. Surtout, devrais-je dire.

Parce que ce n’est pas de la citoyenneté que d’aller voter en réaction d’une opinion formatée par d’autres. Ce n’est pas de la citoyenneté que de voter pour des gens qui sont mis en examen. Ce n’est pas de la citoyenneté que de voter pour des individus sans programme, et encore moins budgétisé, comme celui de la famille Le Pen et de leurs réseaux. Ce n’est pas de la citoyenneté que d’appeler à voter en espérant se faire une place au chaud. Ce n’est pas de la citoyenneté de ne pas réaliser que ceci est une pièce de théâtre sur jouée entre des comédiens surpayés, et dont nous connaissons tous la fin. Ce n’est pas de la citoyenneté que de vouloir d’une oligarchie familiale en remplace une autre à la tête du pays. Ce n’est pas de la citoyenneté que de voter par dépit, « utile »  parce que goût Carambar y’avait plus. Ce n’est simplement pas, plus, de la citoyenneté que de voter. Point à la ligne.

Et je revendique, au contraire, être un peu plus « citoyen » que mes compatriotes électeurs, ces gens qui ont eu la malencontreuse idée de naitre dans un pays qu’ils ne méritent pas. Non mon ami électeur, tu ne mérites ni la fronde d’un Cyrano, ni les propos de Proudhon, ni les Lumières au nom duquel tu me brames ton droit de vote, ni le génie de Diderot, ni le talent de tes rois et figures politiques, ton histoire fabuleuse, ni tous tes héros mort, justement, pour que tu puisses librement bêler devant l’urne. D’ailleurs tu ne bêles même plus, tu dis que c’est tous les autres qui bêlent. Tu urines dans l’urne. Tu pisses tes petites rancœurs bilieuses que t’inspires le désastre de ta vie. Tu pisses dans l’urne. Et tu as remarqué, ça fait le même effet que sur un violon.

S’abstenir c’est voter.

D’ailleurs en admettant même que je souscrive à la notion de gouvernement, ce qui n’est pas le cas, ou de président, ce qui l’est encore moins, pour qui, le citoyen que je suis, aurait-il bien pu voter ? Pas un seul candidat ne rejoint mes opinions qu’il s’agit d’écologie, de légalisation, de politique extérieure ou intérieur. Pas un. Pas un ne propose de projet qui tienne en compte la biodiversité de notre pays. Pas un seul qui ne retient de la rue qu’un discours populiste à base de yaka fokon. Pas un candidat ne s’intéresse aux nouvelles technologies, qu’il s’agit d’intelligence artificielle ou de biotechnologie, de recyclage, d’énergie renouvelable à part pour se pogner sur le nucléaire. Pas un politique pour ne citer à un moment ou à un autre De Gaulle.

Vous nous fatiguez avec le Général, laissez-le dans sa tombe et sa constitution avec. Il l’a fabriqué à sa main, pour les enjeux de son époque. Il n’imaginait même pas une alliance autre qu’Atlantique et occidental, et encore moins la fin du bloc communiste. Il a laissé un héritage mi mafieux mi droit dans ses bottes qui a été dévoyé par de minuscules politiciens sans envergure. Pas un politique pour ne pas parler emploi au lieu de travail, d’occupation payée, plutôt que de compétence, de méthode et d’engagement réciproque. Pas un seul pour proposer de remettre à leur place les milliardaires qui tiennent ce pays. Ni plus pour mettre un frein à la corruption et aux hauts privilèges que s’arrogent ces mêmes politiques. Pas un qui ait le plus petit projet culturel. Pas un seul pour se soucier de la casse sociale qui avait lieu chez Whirpool à Amiens pendant leur sauterie électorale. Pas un seul pour proposer des solutions pratiques, budgétisées et concrètes pour les sans abris, les 120 milliards que coûte socialement l’alcool en France, où soulager les hôpitaux publics. Pas un qui est foutu de s’intéresser réellement à ce qui se passe dans les DOM. Pendant que la Guyane gueulait, Emmanuel Macron rêvait d’île. Pas un qui n’a jamais été salarié plus de quatre ans dans toute sa vie, qui ne soit sorti de Dauphine, l’Ena, ou Science Po et pour l’essentiel, pour les « gros » candidats qui ne sorte pas du même milieu privilégié. Pas un qui n’a la moindre expérience de vie autre que l’entre-soi, le calfeutrage des salons chics et des secrets d’alcôve. Pas un qui ne sache ce que ça signifie dans sa chair d’être exilé, à la rue, ou simplement d’avoir faim. Pas un seul.

Alors, sur quoi je puis m’identifier pour voter en tant que citoyen et non consommateur? Si les Le Pen sont élus j’ai l’intime conviction que ce pays va sombrer dans le chaos et pour de bon. Si Macron est élu, que ce chaos aura lieu, mais délayé dans le temps. Quoiqu’il en soit ce sera radical. Je suis donc convaincu en tant qu’homme et citoyen qu’il faut l’être, radical, avant que le régime en devenir nous précipite vers la guerre civile. Que ne pas voter du tout est un devoir citoyen en la circonstance, que c’est le seul moyen, sans violence et avec conscience, une réelle conscience politique, de montrer que nous sommes des Français et pas des touristes.

 

Département d’Outre-Merde ou l’horloge du Panthéon.

La caste bourgeoise qui tient ce pays en coupe réglé. Cette dictature molle et aveugle qui veille au maintien unique de ses privilèges, à la solidité du plafond de verre et à la cooptation de tous les leviers du pouvoir. Ces mafieux que l’on refuse de nommer ainsi parce qu’ils résident qui à Versailles, Neuilly, Saint-Cloud ou entre l’avenue Victor Hugo et la rue de la Pompe. Cette aristocratie de la vulgarité et de la médiocrité marchande a une logique colonialiste. Et comme tel, considère les départements d’outremer comme son tiers-monde rien qu’à elle. Des régions lointaines et ensoleillées où éventuellement se rendre en vacance, faire décoller des fusées, exploiter bois, or et tout ce sur quoi elle pourra poser ses mains rapaces. Voir, se faire construire une petite maison en pleine zone de blanchiment comme les Balkany ou les Juppé à Saint-Martin. Et régulièrement, le dossier revient dans la figure de cette caste qui s’arrange pour aussi régulièrement le remiser sous le tapis. N’est pas corse et armé qui veut… À chaque région, sa méthode. À Nouméa, on pensa qu’un petit massacre ferait l’affaire. En Guadeloupe ou en Martinique, on arrose un peu tout le monde, on soutient le crédit de sorte que les deux îles sont endettées jusqu’à la racine des cheveux. À Mayotte, on joue le pourrissement en faisant mine que l’immigration clandestine ne soit que le seul domaine de la Le Pen, idem en Guyane où l’insécurité grandissante a déjà fait 42 morts en 2016 pour une population extrêmement concentrée d’à peine un quart de millions d’habitants. Et en Polynésie, on met en place un réseau d’affairistes corrompus qui maintient Tahiti et sa région dans un état de paupérisation et de sous-développement. Et quand la situation devient intenable, on change le DOM en COM, on accorde un poil plus d’autonomie de sorte que les affairistes sur place puissent s’en donner un peu plus à cœur joie. Bref, comme avec tout le reste, on fait du cosmétique. Pour autant, il semblerait qu’en ce moment en Guyane les choses ne passent plus aussi bien que par le passé, et ce, au plus mauvais moment qu’il soit… Pour la Guyane elle-même. Car on le sait bien les élections sont la pire période pour voir les choses changer. Entendre des promesses oui, être garanti qu’elles se réalisent non. Et ici même pas de promesses en vue puisque pépère ne se représente pas et que de toute manière, il s’en fout.

 

La Guyane, la France comme nulle part ailleurs.

Il faut avouer que le plus grand département de France, et le plus inhabité en somme, sort de l‘ordinaire. Huit mille trois cent quarante-six kilomètres carrés de surface, sept cent trente kilomètres de frontière dont une avec le Suriname et une autre avec le Brésil, le tout recouvert à 95 % de jungle. Deux régiments de légionnaires, seize brigades de gendarmerie, de l’or, de la coke, du crack, des animaux et des bois rares, des natifs dont tout le monde se fout, l’orpaillage sauvage responsable de pollution au mercure et au cyanure. Un western. Tellement un western qu’on a pensé en faire le thème d’une série à la Braquo. Un département en fait tellement ingérable que la métropole a purement décidé de ne pas le gérer du tout. Mieux, de faire comme avec tout le patrimoine de ce pays, de nos châteaux à notre économie, le vendre à des capitaux étrangers. Ainsi, soutenu par Macron, Attali et l’inévitable Juppé, car dans le business, ils s’entendent toujours, la Nordgold, société minière russe se propose de mettre la main sur une zone aurifère située à quatre-vingts kilomètres de Saint-Laurent-du-Maroni et surnommée la Montagne d’Or. 155 tonnes d’or se cacheraient là. Seulement pour l’arracher, il va falloir creuser une fosse d’au moins deux kilomètres et demi et de six cent à huit cent mètres de largeur. Bien entendu nos argentés conseillers et leurs créatures ont applaudi à deux mains vu que hein oh l’écologie, c’est bien beau, mais ça créer pas de l’emploi. Dans les années 50 sans doute, c’est de ces années-là que datent les idées de nos politiques. L’ennui c’est que vu qu’il y a de l’or partout, cette exploitation risque de transformer la forêt vierge en chantier à ciel ouvert, et qu’en termes d’emploi la Nordgold a déjà été épinglé au Burkina Faso pour non respect de la personne humaine.

Mais l’or n’est qu’un des nombreux problèmes de la Guyane. Un autre, et la France a veillé à ce qu’il soit récurrent également en Guadeloupe et en Martinique, c’est la dépendance alimentaire. C’est un sujet que je connais bien parce que c’est un sujet qui était au cœur de mes préoccupations en tant que publicitaire en Martinique. Les prix insensés pratiqués sur place par les exports (majoritaires, +45 % plus cher qu’en métropole) et la difficulté pour l’industrie locale de se développer. Mais en Martinique la question est vite réglée. La caste dominante, les békés, et qui est une émanation directe et sans fausse pudeur de la caste qui dirige ce pays, a décidé une bonne fois pour toutes qu’on cultiverait de la banane et rien d’autre. Avant, c’était la canne, mais l’industrie betteravière a cassé le marché. De facto, comme la plupart des mouvements sociaux, en Martinique, Guadeloupe ou en Guyane s’en prenne aux ports, la pénurie n’est jamais loin. La dépendance alimentaire de la Guyane est due à deux facteurs, la colonisation et en somme, la décolonisation. Car s’il y a 42 ans la métropole a généreusement mis en place un Plan Vert en important des agriculteurs (notamment Hmong, rescapé de la guerre du Viêtnam), la grande et mortifère (pour les sols) monoculture qui a fait la fortune de Xavier Belin et des rentiers de la FNSEA n’a jamais fonctionné sur le terrain particulier de l’Amazonie. Pas de mise en avant de la culture traditionnelle (notamment itinérante) ni des jardins créoles, ni des brulis comme ils ont toujours été pratiqué là-bas. Car bien entendu, natifs et nègres marron ont eux toujours été autonomes sur la question alimentaire, mais plus depuis que l’on a découvert de l’or en 1855, qui est devenu la manne officielle. La France n’a jamais tenu compte des spécificités locales en terme agricole, et notamment parce que l’état possède 90 % des terres.

En Martinique et en Guadeloupe, c’est les békés, pour les mêmes raisons, la décolonisation. Au lieu de redistribuer les terres à ceux qui les avaient cultivées en tant qu’esclave, on a préféré les laisser à l’électorat blanc et gaulliste, des descendants d’esclavagistes, les békés. Ça se passe comme ça dans la « patrie des Droits de l’Homme » et pour faire passer la pilule, Michel Debré créa le Bumidom, ou Bureau pour le Développement des Migrations dans les Département d’Outre-Mer afin que les nègr Pardon, les Français d’outre-mer puisse trouver des emplois aussi palpitant qu’aide-ménagère, infirmière, postier, fonctionnaires administratifs. La garantie d’un emploi de seconde catégorie et mal payé, mais un emploi quand même. Ou quand la rapine croise le paternalisme.

La Guyane, elle en revanche est la seule région française qui ne compte pas de Société d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer) ce qui vous admettrez est ballot sur un territoire qui attire autant de convoitise… Le patron local de la CGT a bien mis 250.000 euros sur la table pour qu’on en crée une, mais le Foll préfère faire le pitre en conférence de presse et le gouvernement a piscine depuis cinq ans.

Bidonville, camés, braquages et meurtres, bienvenue dans les DOM.

Le premier danger qui guette un métro débarquant dans les DOM, c’est la tropicalisation. Concrètement, les filles sont à tomber, l’alcool n’y est pas cher et c’est une culture à part entière, indéfectible de l’histoire des DOM. Ainsi que l’herbe, et aujourd’hui le crack et la cocaïne qui empruntent directement le circuit caribéen. Et puis il fait chaud et humide, les horaires sont souples, l’ambiance est gentiment indolente. Un dimanche au Carbet ou à Pointe Noir, c’est poulet boucané, langouste fraiche, bière, jolies filles et musique. C’est le plus grand danger, et la plupart des métros qui gagnent pour aucune raison valable toujours plus que leurs homologues locaux, qui vont travailler là-bas n’en retiennent que ça : la vie est douce. Ils ne vont pas dans les bidonvilles qui cernent Fort-de-France, ils évitent de savoir qu’un Guyanais sur deux vit sous le seuil de pauvreté. Les touristes sont pareils, d’ailleurs, pour la plus part, les métros qui travaillent là-bas se comportent en touriste, de luxe. Et quand on leur souffle que l’état à laisser ces départements à l’abandon pour tout un tas de raisons, et quelques-unes purement racistes, ils vous répondent que les antillais noirs quand même, c’est des feignants. Un tiers des communes de Guyane n’est pas accessible par la route, 15 % des Guyanais n’ont pas non plus accès à l’eau potable et pour le plus grand bien de leur poche, la caste a décidé de vendre les services de santé au privé. C’est la grande politique du capitalisme d’aujourd’hui, plus d’état, tout au privé. Dans ce cadre, je ne vois pas exactement l’intérêt qu’aurait la Guyane ou l’ensemble des DOM à rester dans le giron de la France, quitte à se vendre au privé, autant que l’argent aille dans la poche de ceux qui vivent là… En Guadeloupe, 34% de la population est au chômage, 60% des moins de 25 ans n’ont pas de boulot, championne d’Europe dans la catégorie chômage des jeunes ! Et comme la Guyane, la Guadeloupe en est à sa quarantaine de meurtres par an… Et dans la foulée, on annonçait en 2013, 500 licenciements au CHU de Guadeloupe. La solution qu’a trouvée l’état ? Elle est simple, l’état laisse faire les entreprises qui ne payent pas leurs cotisations, 9 à 10.000 entreprises guadeloupéennes doivent 104 millions d’euros à l’état dont 85 % de cotisations salariales, les patrons sont descendus dans la rue, le préfet leur a garanti qu’on ne les importunerait plus avec des courriers de relance ou que l’état enverrait ses gens (Vous savez, les huissiers…). Mais il y a mieux, puisque toujours en 2013 trois gros chantiers publics employaient des travailleurs portugais, italiens et espagnols, exploités et sous-payés qui dormaient dans des cabanes sur leur lieu de travail. Affaire de corruption me direz-vous ? Soyons sérieux, si elle est endémique en France, elle est partout dans les DOM. Jusqu’ici, la Martinique a été à peu près épargnée par la violence qui règne ailleurs, mais comment est-il possible que depuis toutes ces années, à coup de dumping d’état, on a pu maintenir une monoculture ultra polluante comme la banane si ce n‘est à coup de « commission » et d’arrangement ? Comment se fait-il que 70 % des terres appartiennent à des gens qui n’ont rien fait de plus pour les avoir que d’en hériter ? Mais peu importe les parvenus parce qu’on ne saurait résumer les DOM à cette caricature au goût des médias et des bonnes consciences.

 

Biodiversité, multi culturalisme, multi ethnisme, jeunesse, bienvenue dans les DOM

Pour illustrer au mieux, le gâchis français. Ce gâchis dans lequel nous plonge chaque jour un peu plus cette caste mafieuse, et qui aujourd’hui pousse l’ensemble des Guyanais dans la rue, une métaphore serait parfaite. Celle de l’horloge du Panthéon, et qui n’en est pourtant pas une, hélas. Il existe un groupe clandestin à Paris, UX ou Urban eXperiment, un collectif d’artiste qui s’est autorisé en 2006 à restaurer l’horloge du Panthéon qui ne fonctionnait plus depuis 1965. Les monuments nationaux ont porté plainte. Parce que c’était fait en dépit du bon sens ? Non, la réparation a été opérée sous la surveillance d’un maître artisan. Mais des gueux ont osé défier la république monarchique de France. Pas dégonflé, le collectif a fini par faire son coming-out, au grand scandale du directeur du centre qui les a envoyé devant les tribunaux. Le collectif s’en est tiré avec des remontrances, sous réserve que les monuments nationaux fassent appel. En attendant, parce que c’est comme ça et pis, c’est tout, la roue réparée a été démontée, et tout est redevenu comme en 1965… Eh bien les DOM, c’est un peu la même. On ne fait rien en espérant que personne ne s’apercevra que De Gaulle est mort. On ne fait rien alors que sur place, toutes les énergies se mobilisent. Car il y a du potentiel. Pour avoir travaillé en Martinique, les gens en veulent et se battent, indifféremment de leur couleur de peau ou de leur situation sociale. Les îles ont leurs Haïtiens comme les Français ont leurs Arabes et les Guyanais leurs Brésiliens. Être aux portes d’un certain tiers monde quand l’Amérique est à deux pas n’est pas forcément salutaire, surtout quand on est assis sur une montagne d’or. Qui passionne toujours plus que la préservation d’un patrimoine de l’humanité. On ne peut rien faire contre la géographie, ni contre la bêtise. Pour autant toutes les exploitations minières ne sont pas des ravageurs, et ça fait plus d’un demi-siècle que descendants de nègre marron, blancs, Hmong, natif, surinamien, brésilien, s’entendent sur cette terre prometteuse. Plus que de simples régions, les DOM, c’est surtout une forte culture avec une identité aussi définie que la Corse. Mieux même puisqu’il y a une littérature, une musique caribéenne, réunionnaise, polynésienne. Et cette même mixité fait également toute la richesse et la force de la Réunion. Pour autant tous les leviers du pouvoir ou des entreprises ne sont pas entre les mains des seuls békés, et tous les békés ne roulent pas sur l’or. D’ailleurs peu importe, béké ou non quand il s’agit de sauver des emplois ou d’en créer, tout le monde serait dans le même bain si la république n‘était aussi corrompue. Pourquoi faire appel à des prestataires extérieurs, importer des ouvriers espagnols surexploités, alors qu’il y a une manne de jeunes qui ne demande qu’à travailler, et tout un tas d’entreprises locales qui seraient trop heureuses de pouvoir construire les lycées qui manquent en Guyane et ailleurs. En partie par défiance, par racisme de colonisateur, comme ces métros qui me disaient de ne pas me fier aux antillais noirs. Préjugés d’un autre temps et dont certain n’ont même pas conscience. Ajouter à cette autres préjugés qui veut que si on ne peut rien contre la géographie, on ne peut s’adapter si on s’en donne les moyens.

Par exemple sur le sujet essentiel de l’autosuffisance. Est-ce bien logique que Guadeloupéen et Martiniquais doivent exporter leurs patates douces d’Afrique, que les Guyanais soit moins bien loti sur la question alimentaire que des esclaves en fuite. Mais également sur le thème des énergies renouvelables. Manque de moyens, manque d’ambition des groupes transnationaux comme Engie, mais pas manque d’idée ni de technicité, comme en Martinique ou la PME Akuo Energy a mis au point la centrale flottante NEMO qui permet de produire de l’énergie propre à partir du différentiel de température entre eau de surface et eau profonde. Des projets hélas insuffisants parce que la caste veut le beurre et surtout l’argent du dit beurre. Parce que ça n’intéresse qu’aux heures sociales et que le Bumidom a été un attrape-couillon. Pourtant sur le seul domaine des énergies renouvelables, les DOM sont un terrain formidable qui ne demande qu’à être développé, idem pour l’agriculture de proximité. Il n’y a pas que le tourisme dans la vie, pas que la banane… Et combien de diplômés qui guyanais, qui réunionnais ou martiniquais ne préférait pas aider au développement de sa région si celle-ci n‘était pas traitée comme une pièce rapportée de la France, une néo-colonie ? Pour autant, encore une fois les initiatives ne manquent pas comme la Ruche qui est un réseau d’innovation e-santé à la Réunion et qui concerne également Mayotte, vu que la Réunion est plus forte sur le domaine de la santé par exemple, que les laisse entendre les dépliants pour touriste et qu’elle ambitionne de devenir un point de référence dans la matière de le e-santé avec le Health Technisland qui vient d’être homologué par le ministère de l’économie. Idem en Polynésie ou la biotechnologie la ferait rentrer dans une économie moderne, une ambition que porte le ministre Teari Alpha du gouvernement polynésien, comme le rapporte ici Outremer 360°. Bref autant d’initiatives qui ne verront le jour que lorsque peut-être nous nous déciderons à abolir les privilèges pour de bon, et non pas les laisser se proroger aux mains de ceux-là même qui ont prétendu les abolir un certain 4 août, donnant tout son sens au mot « révolution » comme le faisait un jour remarquer Christine Lagarde…

 
Le syndrome du pourrissement.

En retournant dans les DOM après la Libération, De Gaulle de beugler « Dieu que vous êtes français ». Et en effet, difficile de faire plus français que les Martiniquais par exemple. Il suffit de lire la littérature locale, écouter les gens parler quand ils ne s’expriment pas en créole pour entendre un français exact, amoureux, gourmand même. Difficile de faire plus français qu’un dimanche « France made in seventee’s » au François ou à l’Ance Céron. Et en matière de contestation n’en parlons même pas. Et le gouvernement, tous les gouvernements, uniformément, jouent là-dessus. Cette propension à se diviser et se chamailler, discuter et encore discuter dans l’entre-soi de ses querelles de clocher, pour savoir qui a raison et qui a tort de réclamer des lycées pour la Guyane, ou la chasse à l’orpaillage sauvage. La mobilisation en Guyane était générale, et maintenant, comme toujours, elle se divise en faction. Chacun tire la couverture à soi le plus souvent pour des motifs idéologiques. C’est exactement dans ce genre de situation dans laquelle je me suis trouvé mes premiers jours comme publicitaire en Martinique. Un groupe de patron en colère, chacun d’une couleur de peau différente, dans une société qui marque des différences héritées de l’esclavage, et tous unanime pour gueuler après « les trotskystes et les indépendantistes ». Vu que là-bas, c’est un peu comme on conçoit les choses quand un ouvrier qui travaille dans les polluants et par 40° à cueillir des bananes, demande une augmentation de son SMIC dans une région où tout est plus cher de 45 %… Mais d’un autre côté, c’est, en effet, comment pensent un certain nombre de syndicalistes qui sont toujours dans la lutte des classes à la papa. Qui ne comprennent pas, par exemple, que le vilain béké possédant qui perd sa troisième place sur les produits les plus vendus localement, loin derrière les marques internationales, c’est pas juste le pauvre ouvrier qui va perdre son boulot, le béké va perdre son pantalon et personne aura les moyens de le racheter. Une bonne grosse propriété et une ou deux entreprises laissées à la friche qui tôt ou tard finiront en golf et en complexe de luxe. Parce que c’est exactement ce qui pend aux nez des insulaires s’ils ne sortent pas de ce goût pour la querelle de sourd et la lutte des classes selon Saint Marx priez pour nous. Les affairistes du béton qui adorent la côte d’Azur, mais vont vite adorer la route de la coke

 

Ce jour-là, on y est arrivé. Un communiqué modéré qui appelait à la discussion. Je ne me mêlais pas de savoir qui avait raison ou tort, mais que j’avais des individus face à moi simplement en panique de tout perdre pour de bon. Et en face, des gens avec des revendications légitimes. On n’a pas besoin d’être démagogue pour communiquer, mais pédagogue, c’est bien utile des fois. Ce jour-là, on y est arrivé parce que je leur ai parlé d’intérêt commun, et pas en les traitant en « possédant » patron et autre épithète de classe. Et ils m’ont écouté parce qu’ils avaient envie. Oui, il y a une envie, un désir et des volontés dans ce pays qui ne se traduisent pas que part des replis et des rejets et qui me font dire que finalement, on a peut-être besoin de personne pour administrer l’horloge du Panthéon.