J’aime les nègres

Quand j’étais petit j’avais un peu de mal avec leur odeur. Oui, comme les roux, les nègres sentent. Un mélange unique à base de bois humide, de chocolat, de mangue, de café, le tout écrasé dans un brouet d’homme. Et petit ce parfum me retroussait les narines. Sauf James. James il ne sentait rien, c’est-à-dire le blanc, quand il se lave. Mais James était fils d’ambassadeur, il avait la classe, le regard un peu haut, il habitait Neuilly dans son coin le plus chic, le Neuilly de Neuilly, et à l’English School of Paris il était le seul de son espèce. Et mon seul copain aussi. C’est dire si j’aime les nègres depuis longtemps. Les autres c’étaient des cons, des cons blancs, et même pas un seul hindou dans le lot. Et franchement je ne sais pas qui de la poule et l’œuf… si j’étais copain avec James parce qu’il était nègre ou est-ce qu’on est devenu pote et qu’en plus il était nègre. Un peu des deux sans doute. Quand j’étais petit ma mère me disait que c’était mal d’être raciste, ils tuaient les nègres. Et je me souviens qu’une fois j’ai menacé de casser la gueule à un gars parce qu’il avait traité James de sale nègre. Un jour héroïque pour moi, même si je ne savais pas trop pourquoi.  Aujourd’hui les nègres n’ont plus d’odeur, je ne sais pas pourquoi non plus. C’est peut-être à cause des années 80, j’y reviendrais, ou je n’y fait plus attention. Mais j’aime toujours, si non plus, les nègres.

J’aime les nègres parce qu’ils ont des corps pas possible. Pas tous, mais la plupart. Des corps que moi si j’en voulais un pareil il faudrait que je fasse dix ans de body building et suive un régime strict. Alors que les blancs, eux, leur corps est toujours un peu mou ou pointu, ou osseux, flasque, et quand ils font du sport, eh bien même là ils sentent l’effort, la sueur. Quand je regarde mes fesses par exemple c’est un modèle, une synthèse de cul blanc. Plat, dur, sans âme, qui ne raconte rien sinon que je chie et suis souvent assis, même debout, un cul de siège. Et que dire du corps des négresses ! Quand ma sexualité ressemblait encore à un dîner chez Flunch, l’inventaire des jouets Mattei ou une émission de M6 sur les arnaques de l’été. Avant que ma libido ait l’air d’autre chose que les contours flous et incertains du petit blanc formaté aux déesses hollywoodiennes les négresses ne m’intéressaient quasiment pas. Je ne distinguais pas leurs traits dans tout ce nègre et leurs corps pulpaient trop pour éveiller le sang tiède qui coulait dans ma queue. Et puis j’ai eu ma révélation au pays des fleurs, en Martinique. J’étais célibataire en plus, mal marié à un cul froid et les vues de toutes ces courbes, ces rebonds, ces culs sculptés, ces nibards gonflés au désir. Tous ces camaïeux, caramels, chocolats en dessert torride comme un flux continu d’hormone m’ont totalement retourné comme il retourna le béké en son temps devant sa petite esclave. Après, et toujours aujourd’hui j’étais branché viande noire. Je distinguais à travers le nègre les traits, les boops et les bums, les bouches comme des fleurs tropicales, les yeux de princesse à la braise qui d’un regard ou d’un tchip peuvent tétaniser n’importe quel mâle, quelque soit sa couleur, même membre du Front National. Avant aussi remarque, elles m’intéressaient un peu, surtout quand elles avaient ce côté rassurant du blanc dedans, la métisse. Mais je me disais que ce n’était pas pour moi, que la négresse il lui en fallait. Et quand je voyais un blanc au bras d’une négresse, j’étais jaloux. Je ne me disais pas comme les autres négresses qu’il avait de l’argent, ni comme un blanc qu’il était monté comme un cheval, je n’ai jamais gobé cette couleuvre là, mais qu’il avait sûrement cette animalité, cette über masculinité dont je me sentais dépourvu. Un jour pourtant j’ai couché avec une négresse, et j’ai été très déçu de me rendre compte qu’elle baisait encore plus mal que moi. Ça devait être une Bounty, noir dehors, blanc dedans.

Il y a un autre truc qui me plaît, et me tue, chez les nègres, un rien les fringues. Ils peuvent s’habiller en perroquet, ils auront l’air du plus beau, du plus cool perroquet de la forêt, alors que si j’essaye de faire la même chose, j’aurais juste l’air d’un clown. Tiens, regardez les maliennes quand elles s’endimanchent, elles ont beau peser un quintal, ne correspondre à aucun critère de beauté standard, on dirait des reines faisant grâce de leur présence au milieu de la populace. De la soie, de l’or, du doré, du vert, du batik, du rose, la reine de Sabbat est venue avec sa cours et les rois mages ont délégué leurs femmes. Même en éboueur un nègre a la classe. Un petit bonnet en laine pourrie posé de travers sur sa tête de trimard noix de coco  et il est cool, naturellement cool comme un Shaft. D’ailleurs quoi de plus cool qu’un Shaft , avec ou sans musique ? C’est peut-être à cause de leur sourire. T’as déjà vu le sourire d’un nègre ? Même un nègre du fin fond du plus niqué des pays du continent nègre à qui il reste trois chicots sous alimentés. On dirait une pub de dentifrice. On aura beau faire, beau inventer des procédés inoxydables pour se fabriquer des dents sublimes d’animateur télé, rien jamais n’égalera le sourire d’un nègre. Même les animateurs télé d’ailleurs ni parviennent et pourtant ils ont Photoshop. Le nègre lui il est né avec Photoshop sur les dents. A vous écœurer de l’orthodentisterie.  Ou alors c’est leur façon de se déplacer. C’est en regardant un blanc que tu vois la différence. Un blanc quand il marche, il va au travail. Ou qu’il aille il va au travail, et quand il est en vacances sa démarche de travailleur s’accompagne d’un œil de veau. Alors que le nègre jamais, même quand il ramasse les poubelles ou le coton, il va. Tu sais pas où et même lui peut-être il sait pas mais il va, et il balance. Tu as déjà observé une négresse dans la rue ? La rue, la ville, le pays, le monde tout entier lui appartient. Et si tu as le malheur d’en douter d’un regard elle te terrasse, t’es qu’une merde, un ramasse-miette, à peine bon pour lui lécher les semelles. Être nègre c’est un rythme.

Le rythme dans la peau justement. J’aime bien danser, une fois que j’ai réussi à me donner un peu de courage, que j’oublie où je suis, je peux danser comme un fou, je me prends pour un nègre. Mais s’il y en a dans le coin, terminé, rideau, j’ai le trac. Par exemple avec mon amoureuse, qui est à moitié nègre, je n’ose jamais. Une fois on a essayé de danser ensemble, une valse. C’est simple une valse, un, deux, trois, un, deux, trois, bah ça été une catastrophe. En fait, pas la peine de chercher, il suffit qu’elle pose un regard sur moi quand je commence à me trémousser pour que je me sente invariablement, ridiculement blanc. Blanc comme un Mozart. T’as déjà essayé de danser sur le Requiem ? Mais bon, d’un autre côté c’est normal, les nègres ont inventé la musique. Le blues, et conséquemment le rock, le jazz, la zouc, le funk, le hip hop, le rap, le reggae, le ragga, et que sais je encore.  Alors que les blancs sont passés de Bach à Daft Punk ; et encore, ils n’y seraient jamais parvenu sans les nègres. Or le soucis avec la musique de blanc, de Malher à Prodigy, c’est qu’il faut être intelligent pour la comprendre, avoir un background musical, être cultivé. Même si la techno belge demande au mieux un corps en état de fonctionnement et quelques drogues récréatives, ça reste l’expression ultime et invariable de la technologie, une musique intellectuelle. Le nègre lui, il lui suffit d’une vieille guitare, d’un peu d’alcool de maïs et tu as John Lee Hooker. Mais par-dessus tout, il y a quelque chose que j’aime chez les nègres, ils sont inoffensifs.

Voyez, quand je suis avec eux en train de causer, ou à les écouter, leur phrasé, leurs interjections, éclat de voix, ironie en non-dit qui ponctuent leurs conversations, je me sens immédiatement plongé dans un genre d’enfance. Je dis un genre parce que la mienne n’a jamais ressemblé à ça et quand je vois des mômes ensemble ça plutôt l’air d’un coup de pied dans la gueule avec jouet cassé en mélodie. Et puis il y a ces expressions universelles, des Antilles à l’Afrique. Le tchip par exemple. Bruit de bouche grenouillé qui peut signifier l’indignation, le mécontentement, le mépris, la stupéfaction, la désolation. Il peut être interminable, court, ou balancé d’un trait, sec et discret (le pire). Ou bien, chez les francophones, le mot « jus ». Chez les blancs, et les français en particulier, un jus c’est presque invariablement un café, ou bien ça évoque un truc au fruit banal, orange, abricot. Chez les nègres c’est beaucoup plus. C’est un truc frais, sucré, issu de quelques fruits ou fleurs exotiques avec des couleurs de sucre d’orge radioactif. Bissap, papaye, mangue, mais même un soda quelconque peut être un « jus » vu qu’un jus ne sera jamais du lait, de l’alcool, de l’eau ou un café, tous ces trucs de blanc. « Jus » à prononcer avec le u en haut et le j de telle sorte qu’il évoque instantanément le rafraichissant assassin de soif. Le jus du nègre est une réparation, un secret du temps de son enfance, et qui l’y ramène toujours, quand maman le tenait à la redresse.

Parce que hein, les négresses ça rigole pas. Mon amoureuse, qui a beau être à moitié blanche et jamais élevée chez les nègres (c’est dire) bin peut protester ce qu’elle veut à ce sujet, quand elle me donne un conseil d’un ton un peu ferme ou m’explique qu’elle n’est pas d’accord, j’entends systématiquement « eh le petit blanc là, tu vas filer droit hein, tchiiiip » Qu’elle me le dise doucement ou pas d’ailleurs, c’est dans son énergie nègre… ce qui du reste a tendance à me faire hurler de rire, pas que je ne la prenne pas au sérieux, mais j’aime les nègres donc, même leur coup de pied au cul. Et je file droit d’ailleurs. Alors qu’avec une blanche t’as toujours le sentiment dans ces instants là qu’elle te dit « Nooon Jean-Charles tu ne me comprends pas, que sais tu de mes désirs ? Sais-tu au moins qui je suis ? » Une blanche qui t’engueule tu prends rendez-vous chez le psychanalyste. Une négresse tu te sens comme une toute petite souris devant un chat de 10 kilos très, très musclé. Donc pas si inoffensif que ça tu me diras, mais en fait si. La négresse est peut-être une princesse qui fout les jetons, le nègre donne toujours le sentiment d’être cool, facile à vivre, volontiers moqueur, et même avec un AK47, il faudra qu’il se déguise en mariée… Même le plus vindicatif représentant du peuple nègre, t’as du mal à les prendre tout à fait au sérieux. Mike Tyson ? Une machine à arracher les têtes sur le ring, un gros ours un peu simplet dans la vie civile. Muhammad Ali ? Une grande gueule de compétition, un emmerdeur  phénoménal et un artiste, devenu une iconographie de la culture sportive… blanche. Quand à Malcom X, aux Black Panthers, Franz Fanon ou Patrice Lumumba finalement qu’est-ce qu’on a retenu d’eux à part un certain folklore balayé par le complexe œdipien de Michael Jackson et les tatouages poseurs  de 50 cents ? D’ailleurs, quand on dit intellectuel africain c’est tout juste si on n’a pas l’impression de faire un oxymore. Ecoutez-les en train de discuter de la situation au pays, une logorrhée interminable, à la sémantique impeccable, plein de termes et de propos d’une intelligence sans limite disposés selon une rhétorique implacable, excepté qu’elle n’aboutit strictement nul part. On parle pour parler de solution qu’on ne trouve apparemment jamais. Si la conversation de deux simples étudiants sorbonnards nègres pouvait être matérialisée, le continent Africain ressemblerait au Japon.

Alors que les bicots, les bougnoules, les melons, les crouilles, c’est autre chose. J’aime moins les bougnoules. Ils pensent. Ils sont intelligents, on dirait des blancs. Des blancs mais fiers, orgueilleux. Pas absolument et fondamentalement certains d’avoir raison en tout comme les blancs, non, pire que ça, comme s’ils avaient inventé la raison elle-même et qu’ils en disposaient tel un secret et la gardait, le cimeterre à la main. Par exemple si je te dis Omar Kaayam, Tahar Ben Jeloun, Khalil Jibran, même si tu ne sais pas qui ils sont, tu as le sentiment d’avoir à faire à des prix Nobel mystérieux sortis de je ne sais quel antique et lointaine kabbale. Et il suffit de parler avec l’un d’entre eux pour qu’en quelques mots, quelques phrases simples et sans détour il t’écrase lentement de son savoir. Pire un savoir que tu n’oseras pas remettre en question de peur qu’ils sortent le couteau. Un jour quand j’étais petit, je me suis perdu dans le métro. Direction le nord de Paris, et je suis tombé sur un nid. Des mines lugubres de messieurs en gris, au visage osseux et jaune avec des cheveux frisés, des yeux noirs et des lèvres mauves qui me filèrent une frousse de tous les diables. Et aujourd’hui quand je vois leur descendance, les jeunes, avec leur grande bouche qui s’interpellent, se donne du cousin, alors qu’ils ne sont même pas germains, jurent sur le Coran, alors qu’ils seraient incapables de te citer une sourate, avec leurs cheveux ras, leurs corps maigre, vif, et leur visage fermé dès qu’un blanc s’approche, j’ai le sentiment d’avoir à faire à de jeunes loups affamés. Voilà, c’est ça, c’est ça que j’aime pas avec les bougnoules, ils sentent le sang. Le sang, le thé et l’intelligence. Et aussi l’ordre. Une hiérarchie des sexes, une hiérarchie des cultures, l’homme derrière, Dieu devant. D’ailleurs s’ils n’ont pas inventé les mathématiques comme le pensent les blancs ignorants, ils ont bien inventé le zéro. Le néant chiffré qui sépare le négatif du positif, la limite symbolique et indispensable sans qui l’informatique n’existerait pas, un socle, et rien à la fois. C’est inimaginable, et il fallait bien être un bougnoule pour inventer un absolu pareil. Car même quand ils croient ils sont absolus les bougnoules. Quand Khalil Gibran, paraphrasant le Coran dit dans le Prophète, « je suis plus prêt de toi que ta veine jugulaire » tu vois très bien ce que cela veut dire, et c’est autant l’absolu du divin que celui du couteau sur la gorge, de l’au-delà de la mort que tu perçois. Alors que les nègres, quand ils croient, tout de suite c’est autre chose. Ils en font un genre musical, le Gospel, où c’est les citadelles du fin fond du Mali qui semblent surgir du sable comme s’ils avaient construit Dieu avec leur main.  D’ailleurs Ben Laden il est même pas nègre et si tu regardes les Imams proférer sur la toile, tout de suite tu ne rigoles plus. La barbe a l’air d’un barbelé électrifié, le phrasé roule, écorche et dresse un index sentencieux vers le ciel, et pour peu que tu sois blanc et américain t’as plus qu’une envie, même si tu ne comprends pas un traitre mot, trouver le bunker le plus proche et emmagasiner des M16 en attendant l’invasion. C’est simple, même leurs femmes aux bougnoules, elles n’ont pas l’air de baiser mais de prier. Et quand elles sont du genre à se voiler mascara et rouge à lèvre, bin t’as juste le sentiment que si t’es pas venu avec ton livre de vérité et ton couteau, tu baiseras jamais, tu pleureras et tu supplieras que ses cousins débarquent pas pour te démonter la tête. Alors oui, bien sûr, il y a les bougnoules de maintenant, les laïcs et sur qui la greffe de casquette n’a jamais pris, mon meilleur ami est comme ça. Il boit, il mange du cochon, il baise autant qu’il veut et c’est un grand séducteur, mais justement. Il a beau pas avoir un physique de playboy, pas être riche à millions ou disposer d’un cursus universitaire d’intellectuel nègre, t’as l’impression qu’il sait un truc que tu sais pas, pire, que tu sauras jamais. C’est complexant. Heureusement qu’ils savent pas danser en plus. Oui je sais, les derviches, les gnawas, la danse du ventre, mais bon c’est pas des danses tout ça, c’est des trucs rien qu’à eux que si un blanc ou même un nègre s’y essaye, il aura juste l’air d’un con voulant se faire passer pour un bougnoule. Cumuler les handicaps ne constitue pas forcément une forme d’expression artistique, sans quoi Nicolas Sarkozy serait chanteur de charme.

Mais revenons en cinq minutes aux nègres. Il y a une chose qu’ils ont réussi à faire que n’ont jamais réussi les bougnoules. Un truc imparable, ils se sont emparés du plus vilain mot avec lequel on les nommait et ils en ont fait selon moi le plus beau, le plus noble, et surtout le plus exactement français des mots. Nègre justement. Et ça grâce entre autre à Aimé Césaire et sa négritude, et tout le mouvement qu’il a suscité derrière lui. Grâce à Breton qui l’a applaudi, et aussi tous les autres jusqu’à aujourd’hui, jusqu’à Denis Laferrière. Ces princes de la littérature française. Car aucun leurre messieurs dames, aucune illusion, les seuls vrais écrivains français actuellement, les plus grands, les plus magnifiques, sont créoles. Ces gens là ne sont pas écrivains d’ailleurs, ils sont bijoutiers du vivant. Et je donnerais ma main droite pour être capable d’écrire un discours comme Césaire en a écrit un contre la colonisation, et en plus à l’époque où il l’a écrit. C’est pourquoi je l’utilise si volontiers ce mot de nègre, parce qu’il est beau, et parce que ça emmerde fondamentalement les bonnes consciences. Et voilà que j’en arrive aux années 80…

Dans les années 80 dans un grand élan de fraternité frelaté on ne touchait plus à mon pote. Le nègre devenait noir ou black et le bougnoule beur. Un beur dont on nous a fait des tartines, des tartines quasi entomologistes où le bon parlé, la novlangue enchristé dans ses contradictions et ses pudibonderies racistes illégales, ne sut bientôt plus comment nommer ce qui le dérangeait tant. Le beur est devenu maghrébin (qu’on pourrait littéralement traduire par « ceux venus de l’Ouest ») puis aujourd’hui qui se qualifie et se revendique lui-même tunisien, marocain, algérien, avec le drapeau jamais loin. On n’ose plus. Les mots bougnoules (pas très joli en soi je concède) melon (mais c’est bien rond) ou crouille (que tout bobo sait qu’il est dérivé du mot « jouilla » frère) ont été bannis comme hier on a banni les termes de youtre ou youpin, eux même dérivés du terme yiddish « yid ». Quant à arabe l’entomologiste du langage le trouve imprécis d’autant plus qu’il prête tant de vertus aux kabyles et aux shleuhs, comme hier les hippies prêtaient aux indiens des qualités surnuméraires au seul fait qu’il s’agissait d’un peuple martyr (et les martyrs ont toujours raison, comme chacun sait). Evidemment dans la vie courante, parce que je n’ai pas envie de me faire cogner je dis « black », « noir », « rebeu » et pourtant ces mots ne sont que des caches misères, des caches misères de toutes ces observations, tous ces ressentis parfois idiots, parfois ravissants mais toujours vrais dont je viens de vous faire part, et dont je suis et j’ai été victime comme n’importe quel idiot ignorant. Des caches misères qui ne traduisent jamais la variation de couleur, mauve, marron, bleu, qu’offre un excédent de mélanine, ni cette culture jalouse, et jalousé que l’on rencontre à l’Ouest comme à l’extrême Est du monde musulman, laïc, ou non. Et tout ça pourquoi finalement ? Pour que des cons puissent expliquer qu’ils ne sont pas racistes, la preuve ils mangent du couscous, tandis que d’autres dégobillent que les races existent et que le métissage est une catastrophe. Tout ça pour rien, blancs de merde complexés.

En attendant, quand je voyais la gueule de la catastrophe que j’aimais et à qui j’ai dédié ce texte, c’est bien le pire que je souhaite au monde.

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Pour commencer je devrais dire qu’après la séance je suis resté 10 minutes atone, exsangue, ko, net, tué.

Dix minutes et encore je crois que je compte court. Toute la soirée le regard de Cruise m’a accompagné, obsédé.

C’est un insupportable pourtant. Il compte plus qu’il ne joue, un business à lui tout seul, un sourire de promotion, et bien entendu un acteur qui sait qu’une carrière hollywoodienne se relance à coups de grands rôles. Et pour Hollywood, un grand rôle, c’est celui où le travestissement sera roi, au point où le visage même de l’acteur disparaît. C’est le triomphe de la bio plus vraie que nature et généralement ça vaut au Charlize Theron, De Niro, Brando, Kidman un statut à part. En faisant son Né un 4 Juillet, Cruise l’avait très bien compris. En dépit du ton habituellement outrancier de Stone, Cruise cassait son image acquise avec la post adolescence de Wonder Boy en utilisant les conventions hollywoodiennes du travestissement, et en se « détruisant » physiquement. Ainsi il gagna ses premiers galons de « grand » acteur.

Mais Cruise, aussi paradoxal que ça puisse sembler, ou peut-être aussi génialement dans la gestion d’une carrière de comédien hollywoodien a cherché à dépasser ce même travestissement, en le rejetant et en utilisant sa propre personnalité comme matériaux malléable et déformant, ou plutôt grossissant de sa propre laideur intérieure. Ainsi dans Magnolia ce n’est plus seulement l’image du wonder kid qu’il travestit, il l’a détruite avec une violence inégalée, ou plutôt il la sublime jusqu’à l’hystérie, offrant de lui-même la pire image que l’on puisse avoir de Cruise, l’homme. Qui plus est en s’offrant le luxe de se déchaîner sur l’image de la femme, en adaptant un personnage monstrueusement misogyne, et qui finalement se vomit en profondeur. Tout ce qui aurait pu lui valoir l’anathème de toutes les ligues féministes d’Amérique… et finalement non, car il sera allé là au delà de la pure provocation, il nous aura pelé son âme en direct.

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Et voilà Collatéral pour le même Cruise, aujourd’hui producteur, acteur, salarié à 20 millions de dollars, représentant de sa secte, croisant la route de nos politiques. Cruise le détestable au sourire de requin, à la détermination agressive du business man, ce que dans les affaires on appelle, un tueur.

Car on est obligé d’y penser à celui-là quand il rentre en scène, vérifiant son pager dans le taxi, à l’aise et tout à la fois autoritaire et déterminé, sûr de lui. On y pense et il n’y pas de hasard, c’est de ce point qu’il est sans doute parti pour fabriquer Vincent le tueur de Collatéral. De cette impitoyabilité qui chez Vincent confine à son maître-mot : l’indifférence.

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A partir d’aujourd’hui vous pouvez oublier l’impavidité artificielle et narcissique de Delon dans le Samouraï. Oubliez tous les artifices qui tentèrent ailleurs de gagner à la cause du tueur au grand cœur ou pas. Oubliez tout et voyez le réel, dans ses yeux, dans ses gestes. Il n’est même pas froid ou mécanique, bien au contraire, il est profondément humain, un humain qui comme le dit Fox est vidé de toute cette substance, ce sel qui fait ce que nous sommes. Car à vrai dire il y a longtemps que Vincent s’est retiré de notre monde pour vivre sur la brèche et jouir de l’extase des instants éphémères. Car comme le toxicomane, il vit sur le fil pour connaître ce qu’on trouve sur cette hauteur, à savoir l’instant parfait. Celui qui à 4h du matin nous fait tomber en extase devant le jeu transcendant d’un trompettiste, et à 5h croiser la route de coyotes en pleine ville. Cet instant qu’on connaît tous, un jour ou l’autre, à minuit ou l’aube et plus rarement en pleine journée, parfois au bout de l’épuisement, ou tout en haut de son ivresse… C’est pour ça que Vincent, conscient de la brièveté de la vie (et d’autant plus conscient qu’il est la mort en marche) vie, et tue. A l’instar de Miles Davies ou Coltrane, c’est la note parfaite qu’il quête, Davis avec un flingue, ce que ne remarque pourtant pas le trompettiste quand il lui parle de cet homme toujours là et en même temps absorbé par son art, alors qu’un sourire s’esquisse dans l’œil du tueur car il est lui-même ainsi que son héros musical. Et seul cet extrême l’intéresse. Sans jugement ni morale, sans l’once d’une émotion, c’est un moine au service de ce but, un moine assassin, mais comme il le dit lui-même : « ce n’est pas moi qui l’ai tué, c’est la balle et la chute ». Vincent ne se dédouane pas, il est au delà de ça, il est comme ces patrons d’industrie qui ferment une usine et mettent des milliers de gens au chômage parce que la structure financière le réclame.

Oui Vincent vie pour ça et peut-être Tom Cruise aussi. Puisque mille fois on croit voir l’homme d’affaire sans doute féroce qu’il est jusqu’au moment où le tueur apparaît… et ici encore une fois on a sans doute jamais vu ça au cinéma. La caméra ne s’embarrasse pas de plans de coupe, d’artifices pour palier aux manques de l’acteur comme dans le cinéma B classique, le geste est à la fois rapide et lent, fluide, précis, impeccable, inattendu, effrayant, tant et si bien que si on m’expliquait que Cruise a réellement commis un hit pour le rôle, je le croirais sans surprise.

Parce que pour la première fois au cinéma, et en dépit de tout ce qui se dit partout, Cruise a fait de son assassin un être très humain. Et sans doute plus que jamais quand il tue, car non il n’y a pas d’incohérences de terminator où je ne sais quoi, il y a un homme au travail, et rien de plus, même pas un surhomme, mais un homme surentraîné. Comble du comble, Cruise ici dans sa gestuelle, donne à comprendre l’expression de la personnalité de son personnage, ce que Bruce Lee définissait comme le but ultime et nécessaire du pratiquant d’art martiaux. Ça s’appelle la grâce.

Mais à côté voici le contre-point Jamie Foxx, l’être humain comme toi et moi, monsieur tout le monde. Lâche, faible, raisonnable, peureux, effrayé et, dans le cas de notre homme, d’une honnêteté fondamentale.

C’est ce qui séduira Pinkett, sa première cliente. Pinkett a le sourire dur de l’american business women classique mais des yeux bavards. D’ailleurs ils sont tous très bavards les yeux dans ce film, même si on ne les distingue pas toujours, plus besoin de compter les plans se rapportant au regard, c’est fait pour. Et si un acteur (américain ou français je ne me souviens plus) disait que c’est dans le regard qu’on décèle la sincérité ou non du comédien, alors on peut dire ici que tous sont si habités par leur rôle qu’on pourrait croire que Foxx est un taxi à petit pied, et Jabier Barden, est un parrain colombien dont la férocité affleure sans aucune grandiloquence, d’un simple regard.

Mais revenons à Max le taxi. Car sans lui, Tom Cruise ne serait qu’en roue libre, un monstre qui accapare tout l’écran (comme dans tant de ses films), sans lui, Vincent ne serait pour nous qu’un croquemitaine de plus, ou ce mort dont il parle au début et à sa fin et qui erra dans le métro sans que nul jamais ne le remarque. Pour oser un mauvais jeu d’esprit, Max c’est le sel sur la viande froide. C’est nous si on se prenait de courage, c’est nous si…

Si, et c’est là, ou plus que le scénario (basique somme toute, comme celui de Kill Bill par exemple) la mise en scène est géniale, si l’agneau n’apprenait pas du loup. Non pas à devenir comme lui, mais à percevoir une seconde le monde par ses yeux : éphémère, puis à mordre, mais à mordre par désespoir. Car c’est sans doute une part de profond désespoir (celui de ne pas pouvoir toucher à l’inaccessible grâce d’un jazzman par exemple) qui unit ces deux hommes. Celui qui pousse l’un vers l’absolu en devenant l’absolu des anathèmes, et l’autre, par le rêve, mais trop honnête pour accomplir son rêve.

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Ici pas une seule fois Vincent ne déshumanise ses victimes, il s’est déshumanisé, plus rien ne peut l’atteindre. C’est aussi ce qui est saisissant ici, c’est qu’au fond ce tueur n’a plus rien à apprendre de personne et que tous apprennent de lui, flic, ou taxi, avocat et victime. Tous, et lui, du coup n’est plus rien… et mourra comme tel, d’où l’énorme sentiment de gâchis qui nous enferme avec le générique de fin. Et c’est sans doute la seule peur de cet homme, son seul profond dégout, la solitude et l’indifférence (L.A par exemple lui inspire un énorme anonymat qu’il rejette) cette même indifférence dont est victime Max, lui qui ne l’est pourtant jamais même s’il en souffre constamment.

Alors que dire maintenant de la fameuse caméra, du filmage, des couleurs, que dire de ces cadrages exacts qui saisissent au vol l’attitude d’un dispatcher fatigué, de ces alternances de plans qui vont de la caméra Dogma, à un genre de scope qui offre autant d’ampleur et de crudité aux scènes de meurtre que d’hypnose (grand thème cher au cinéma de Michael Mann) à celle du club de jazz, à des cadrages abstraits, sales, flous, qui débordent comme autant de canevas abstraits retraçant le chao électrique d’une ville la nuit. Une hallucinante véracité retravaillée sur la même base qu’elle fut explorée par des Friedkins dans les années 70 (voir French Connection) où sur le ciment d’une tradition de B movies, et par la technologie propre à notre époque, Mann rénove, rend plus lisible avec cette science consommée des alternances jusqu’au point où le spectateur se retrouvent comme un papillon de nuit tournoyant autour des néons. Allant jusqu’à se servir de ses acteurs même pour ajouter une dimension, une profondeur à sa caméra (ici acteur à part entière), et ainsi Cruise qui avance dans la nuit devient à la fois une terrifiante vision de froideur et de dureté, et Vincent, assassin iconique, à la fois hors et dans l’image, ou bien lorsque utilisant l’architecture classique d’un règlement de compte comme on en voit des dizaines ces dernières années, revisitant tout d’un coup pour en faire un ballet sauvage, brutal, logique, dédié à la mort et à sa mécanique.

Et puis s’il fallait terminer par quelque chose on citerait la bande originale. Une fois encore, pour ceux qui n’ont pas oublié le final du 6ème Sens sur Ina Gada Da Vida, Mann donne par son choix musical tout un sens au mot hypnotique. De l’utilisation du jazz revisitant la musique classique, à l’impro, au rock, et surtout cette utilisation génialissime des sons des différentes radios qui ponctuent la journée du taxi, comme autant de quartiers de la ville, autant de parcours et au bout du compte, un lavage de cerveau grandeur nature. Et le comble c’est que Mann n’en reste pas moins toujours modeste dans sa syntaxe. En utilisant quelques allers retours au schéma classique du cinéma B (comme l’histoire du flic, personnage né pour mourir) il nous renvoie que sa « réalité n’est qu’après tout qu’une forme de… le format cinéma est alors expulsé et tout à la fois digéré. On sort de tout et on est dans tout, le Dogme, le scope, le thriller, le drame néo réaliste, un film existentiel, un nouveau genre de cinéma.

Maintenant si je vous disais que ce film mérite plus d’oscars que l’académie ne peut en distribuer ça vous étonnerait ?

Moi non plus.

 

Univers – Mazeltov !

 

 

 

Le Stormfire Solo était comme un trou percé dans l’univers. Aucune lumière ne pouvait réfléchir sur sa coque, le plus infime spectre lumineux implacablement absorbé. Il apparaissait également ainsi sur la plupart des balises, radars, détecteurs de longue ou moyenne portée. Et quand la portée était courte, eh bien il était trop tard. Il laissait un écran vide, il interrogeait le regard attentif, mais jamais longtemps, les solos étaient furtifs, rapides, ils répondaient à l’observateur avisé aussi promptement qu’ils lui faisaient regretter d’avoir cherché à comprendre plutôt que de fuir. Le bâtiment princier en avait fait les frais. Plusieurs capsules de secours avaient toutefois été éjectées dans l’espace, prenant des directions diverses. Ça ne questionnait pas les drones. Dans le secret de la coque, accrochés par grappe, ils attendaient les fuyards, interceptaient les secours éventuels, annihilaient  au dernier reliquat de résistance. Ils étaient programmés pour ça. Sans âme, objets animés par les seuls influx électromagnétiques d’une combinaison binaire qui les commandait comme des chiens d’attaque. Et, suivant le mouvement des capsules de secours, ils se mirent en chasse, chacune la sienne. Le N°13, comme ses semblables était composé de deux modules, enchâssés l’un dans l’autre comme des Matrochka. Le Nez et la Tête. Le Nez pourchassait, la Tête continuait la poursuite une fois que la cible était parvenue à destination. Le N°13, comme ses semblables avait le nom de N°13, DRSD N°13 pour être exact, Drone de Recherche Surveillance et Destruction, mais tout le monde les appelait 13. Et comme tous les autres il avait été conçu en série sur une chaîne de montage de Goliath Industry. Mais celui-ci avait une particularité. Il était le 13000ème engin de sa génération, finalisé à 13h13 heure terrienne, le 13 du 13ème mois lunaire du calendrier judaïque sur la chaîne N°13. Dans l’univers froid, automatisé, et parfaitement déshumanisé d’une chaîne, quelque part sur Zion V cette coïncidence aurait normalement dû en rester une. Mais quelqu’un avait voulu faire des économies. Quelqu’un avait imaginé augmenter facilement sa marge du mois, en achetant des pièces de rechange à moindre prix. Et pas n’importe laquelle des pièces, celle qui composait une partie élémentaire de la matrice intelligente qui commandait la chaîne. Cette pièce, génératrice de concept d’adaptation, qui permettait par exemple à un robot à peinture de se réparer lui-même, était issue d’un lot destiné au départ à l’industrie du marketing. Logiciel générateur de promotion, inséré dans un écran holographique, chargé d’en lancer à sa propre initiative. Les ventes de Supa Shampoo V-6.0 était en baisse ? Le logiciel,  mini calculateur branché sur le vortex du supermarché, sentant le flux immanent des intentions clients, déclenchait une promotion sur l’ensemble de la gamme Supa Shampoo V-6.0 à base, par exemple, de jeu concours. Les usines de sex toy Babydoll débordaient d’invendus ? Le mini calculateur lançait une campagne marketing sur l’ensemble des hypermarchés de la chaîne « Pour 5 litres de skywiski Bellmore, trois vibromasseurs interaces gratuits ». La mode était aux combinaisons spatiales Starr, -10% sur tous les accessoires Starr, etc. Sans compter les anniversaires de marque, les célébrations pour le xème  client, les promos du mois.

Le logiciel, Add Bomb  2.0, avait été enfiché dans un matériau sensible à mémoire programmable et évolutive. Une forme quasi intelligente de minerai avec lequel on construisait les circuits destinés aux engins réclamant une forme créative d’autonomie. Selon les réactions chimiques lors de la conception et l’interaction avec le programme, le logiciel montrait plus d’inclinaison pour tel ou tel domaine. Par exemple on avait remarqué que la première série sortie d’usine était beaucoup plus performante pour anticiper les ventes que les modes. Tandis que deux séries suivantes se montrèrent extrêmement douées pour vendre énormément avec très peu de moyens. Bien entendu les professionnels du marketing méprisaient ces engins, auxquels, selon eux, il manquait l’indispensable humanité qui devait vivre au cœur de toute bonne campagne. La poésie du savon, comme l’avait appelé l’un des papes de la pub Absolut Popcorn III, et qui manquait complètement à l’arsenal infernal qui sommeillait dans la bombe à pub.

Quoiqu’il en soit, ce modèle ci, N° de série 458712-BN, avait naturellement réagi à cet ensemble de coïncidences autour du chiffre 13, par un réflexe promotionnel. Il y avait trop de 13, fallait qu’on fête ça. Et dans le schéma de pensée somme toute étroit du logiciel, fêter rimait avec achats. Hélas, dans le frigorifique univers de l’usine, point de prix, d’éclatés fluorescents, de jingles luminescents, de vocalises roboratives de quelque comédien au chômage, ventant le poulet TroisPattes aux amandes de chez Winki, déguisé en poussin. Bref, la campagne qu’il envisageait ne pourrait compter sur le fabricant et devrait se reposer sur une promotion totalement unique. Le 13 ultime, fruit hasardeux de quantité d’autres 13 serait donc instantanément classé collector, pièce unique, et comme tel marqué d’une spécificité pas moins unique.

Le logiciel avait longtemps cherché (74 dixième de seconde) ce qui pourrait rendre spécifique ce 13 là. Comment le configurer de sorte que les collectionneurs se lancent sur sa trace, qu’il fasse l’objet d’une loterie, voir ait les honneurs de l’actualité. Et puis dans une fulgurance créatrice, le génie lui monta sans bouillir. Un rabbin ! Voilà ! Le drone 13 numéro 13 aurait l’âme d’un rabbin, une matrice au cœur de la matrice tissé de Torah et de Talmud, assis sur le socle mathématico mystique de la kabbale. Sublime.

 

La Tête se dressa sur ses pattes mécaniques, huileuses et noires, comme un scorpion sorti du sable. Ses antennes et ses récepteurs solaires se mirent à cliqueter, la caméra infra thermique se déclencha, traçant un point bleu sourd dans sa carapace. Un clapet s’ouvrit et recracha une bouffée de vapeur grise. Les appareils de mesure, nano drones gros comme des moucherons, légers comme le pollen, ne mirent pas beaucoup de temps à trouver la trace de deux robots. Traces soudain interrompues par d’autres, plus petites et plus nombreuses. L’engin identifia les dites traces, envoya un signal au vaisseau puis repartit vers l’est en sifflotant un Violon sur le Toit.

 

Techniquement, les DSRD 13 demeuraient neufs jusqu’à leur lancement. Les Nez ne servaient qu’une seule fois, libérant une Tête complètement vierge de la moindre impression, de la moindre expérience cybernétique et qu’on récupérait une fois sur deux. Après tout il ne s’agissait guère plus que de balises espion un peu plus sophistiquées que la moyenne, généralement employées en prévision d’une invasion. Passé l’invasion, le monde rasé, et la moindre civilisation intelligente mise au pas ou annihilée, cela coûtait souvent plus cher de tenter de rapatrier le matériel plutôt que d’en faire fabriquer d’autre. Et naître au monde avec l’état d’esprit d’un rabbin, au beau milieu d’un désert, quand on était programmé pour favoriser les pogroms et les génocides, il y avait quelque chose là qui aurait poussé n’importe quel goy au suicide. 13 était naturellement traumatisé, et tout en lévitant au-dessus du sable à la poursuite de deux rescapés il ronchonnait en yiddish électronique après Yahvé. Les opérateurs synthétiques, à soixante kilomètres de là, au-dessus de l’atmosphère de la planète avaient un peu de mal à comprendre l’émission qui s’échappait du drone. Le drone avait un peu de mal à comprendre pourquoi le sort s’acharnait ainsi sur lui. Esprit finalement simple qu’il était, il finit par se demander si tout ceci n’était pas une épreuve, et si oui, pourquoi Yahvé ressentait ce besoin de l’éprouver. Certes, il ne se souvenait pas avoir jamais été à la synagogue de sa vie, mais il était capable de réciter le Talmud à l’envers et à l’endroit si on voulait et les prières du Kaddish n’avaient aucun secret pour lui. Soudain l’engin s’immobilisa en plein désert.

 

Dans le langage corporel des drones, un arrêt brusque signifiait immédiatement un signal majeur envoyé au vaisseau. Les millions de nano capteurs insérés dans sa coque se mettaient aux aguets, et une balise lumineuse était éjectée. Une flamme longue et verte s’éleva au-dessus du drone. C’était sûrement un signe. Le drone repartit aussitôt. Dans le sens opposé.

Pendant une poignée de minutes, les opérateurs essayèrent de lui faire reprendre la poursuite. Mais il répondait dans un langage électronique inconnu et semblait complètement divaguer. Ils renoncèrent, envoyèrent un mémo au poste de commandement et reportèrent leur attention sur les autres drones. Le poste de commandement prit en compte la perte du drone et fit suivre le mémo au service du matériel.  Le service du matériel ne rigolait pas avec les engins défectueux, on fit traduire les émissions du drone par l’I.A du vaisseau et on s’interrogea longuement sur le sens de son dernier message : « désolé, abandon poursuite, il me faut une kipa. »

 

Les choses auraient pu en rester là. Si le service du matériel n’avait pas été ce qu’il était, la plus invraisemblable machine à broyer administrative de l’armée. Considérant ses appétits de conquête motivée par la Théorie du Destin, qui clamait que Dieu avait fait de l’homme son champion, et le prix moyen d’une guerre de basse intensité. Contenu du fait que les compagnies voulaient bien que la République se lance de nouveaux défis mais à ses frais essentiellement, et que la République n’entendait pas plus engager des trillions de galactiques pour des machines défectueuses, ni des guerres foireuses, l’on chargea des hauts fonctionnaires de rationaliser les coûts et ainsi naquirent les Rationalistes. Rapidement les Rationalistes séduisirent les compagnies  et dictèrent leurs lois à l’industrie militaire, bientôt leur pouvoir s’étendit partout comme un virus. Le service du matériel était une de leurs inventions. Vérifier le matériel, le réparer éventuellement était leur tâche la moins importante. Ce qui comptait pour le service du matériel ce n’était pas de savoir pourquoi tel engin était défectueux, mais  à cause de qui, comment se faire rembourser et si possible avec dommages et intérêts. En gros, le service du matériel était pour l’essentiel un service juridique chargé de lancer des procès contre des marques de fabricant. Tandis que le 13 divaguait dans le désert à la recherche d’un buisson ardent et d’une kipa, Goliath Industry recevait une injonction de la cour du XIIème district d’Alpha Novalis pour vice de forme. Un vice de forme qui avait déjà coûté selon les avocats de l’armée déjà 8 millions de galactiques, à raison d’un million par minute. Ce que les avocats de Goliath Industry trouvèrent bien entendu complètement exagéré, mais néanmoins fâcheux. On chercha le responsable de ce défaut de fabrication auprès de chaque chaîne de montage dans l’espoir de lui faire un procès qui rembourserait le premier. Une recherche lancée à partir du numéro de série du drone, dirigea les avocats sur une chaîne de montage franchisée des alentours d’Orion, où on découvrit qu’obéissant à la Clause 503 du VIIème plan quinquennal, voulu par les puissants Rationalistes, un logiciel publicitaire, matériel de récupération mal nettoyé mais moins cher, avait été inséré accidentellement dans la matrice de l’I.A qui concevait les drones. Les dégâts étaient peut-être beaucoup plus graves qu’on ne le pensait. La chaîne fut stoppée et tous les drones qu’elle avait construit depuis cet accident, rappelés. Goliath pouvait se le permettre, d’autant qu’elle fit un procès au franchisé pour négligence, en s’appuyant sur un alinéa juridique de la Clause 503. Procès que l’intéressé perdit, bien entendu. En faisant des recherches au sujet des dégâts causés, Goliath découvrit qu’elle avait financé des campagnes de pubs obscures et sauvages dans des coins perdus de l’univers. Jeu concours, drones à moitié prix, deux pour le prix d’un, livrés avec pile (les drones n’avaient pas besoin de pile pour fonctionner)… Les campagnes avaient été commandées auprès de différentes petites agences, conçues par des machines et des hommes, coûtées chacune le salaire annuel du PDG. Pour un montant global de 568 millions de galactiques, qui fut bien entendu réclamé au propriétaire de l’usine où cette erreur s’était produite.

 

Il s’appelait Tomar Brunchwillis. Un jour, en revenant de la cité minière de Vercingétorix sur Jupiter, il avait lu un papier sur l’excellent investissement que représentait l’achat d’une franchise Goliath. Tomar était contremaître, il ne gagnait pas trop mal sa vie, mais il avait envie de se mettre à son compte. En devenant franchisé il toucherait 70% des bénéfices sur la vente, la production étant à ses frais. Goliath s’engageait à l’aider à mettre sa chaîne de montage aux normes, on lui payait même une maison à lui et à sa famille, s’il en avait une. Tomar Brunchwillis était célibataire, mais il espérait bien un jour être père de famille. Avec ses économies, il racheta une petite usine automatique de robots à un fabricant d’engins ménagers et alla se présenter aux bureaux de la firme, où il fut reçu par un des meilleurs commerciaux de Goliath, Joachim Goldman. Et depuis 5 ans que lui et Joachim travaillaient ensemble, jamais il n’avait eu à se plaindre, mieux, il avait pu s’établir et venait de rencontrer quelqu’un. Elle s’appelait Melinda. Native de NewRose. Belle comme le jour. C’était Joachim qui lui avait présenté.

Le procès que lui fit Goliath balaya tous ses rêves.

Joachim cessa de répondre à ses appels. Melinda le quitta, sa maison fut saisie, l’usine également.

Il n’avait plus rien, même pas de mouchoir pour essuyer ses larmes, et nul part où aller. Tomar envisagea plusieurs façon de se suicider, se jeter dans le vide spatial, se pendre, se couper les veines, mais tout ça était bien violent et promettait trop de douleurs. Il y avait les médicaments mais quoi et combien en prendre ? Se jeter par la fenêtre ? Il n’avait même plus de fenêtre, plus de maison, rien. Il se mit un sac en plastique sur la tête, mais au bout d’une minute l’arrachait, incapable de se laisser suffoquer. Plus désespéré que jamais, Tomar sortit de la ruelle où il avait élu domicile et regarda la circulation avec envie. Ce serait si simple… Oui… mais s’il se ratait ? Tomar sombra un peu plus en lui. Même pour mourir il n’avait pas de solution. Il atterrit dans la gare routière, haut lieu de rendez-vous des chômeurs et des clochards de la ville. Les uns en partance pour un ailleurs et peut-être du travail, réquisitionnés qu’ils étaient par les dispositions du XIème Plan, personne n’étant autorisé à rester dans une ville plus de six mois sans travail et sur une planète plus d’un an. Le troupeau formait le gros des salles d’attente, les autres voyageurs s’entassaient avec leurs bagages dans les couloirs. Les sans travail, comme s’ils s’appelaient tous entre eux, faisaient la loi ici. Tomar trouva un siège entre deux pochards endormis et attrapa le gratuit qu’il avait sous ses fesses.

«Ultima, vivez dans le monde de vos rêves, éternellement. Virtual Reality Brand Corp. »

« Virtual Reality Brand Corp. Nous réalisons vos rêves avec vous. »

 

Virtual Reality achetait des cerveaux pour l’industrie du jeu et du spectacle. Ou plus exactement les capacités de stockage des cerveaux. On effaçait vos souvenirs d’enfance et on remplissait l’espace vide d’informations diverses. Selon les capacités de chacun, on pouvait stocker plus ou moins de données. Additionné de micro puce, on pouvait même faire carrière dans le transport de données, qui était un métier dangereux mais bien payé. Les contrats Ultima proposaient tout autre chose. De sacrifier la totalité de son esprit, pour alimenter les méga calculateurs qui actionnaient les programmes de réalités virtuelles comme Metastarcraft, Spin City 5.2, Baptist Family et sur lesquels des millions d’individus à travers l’univers passaient des millions d’heures. En échange de cet abandon de tout droit sur son esprit, on était plongé pour le temps qu’on voudrait dans un monde virtuel de son choix. Le suicide sans douleur qu’il cherchait, c’était absolument parfait. Tomar se rendit au bureau de Virtual Reality le lendemain.

Tomar avait entendu parler d’une gamme de monde historique qui vous plongeait à l’époque de votre choix de l’histoire de la terre. On lui proposa un luxueux catalogue d’univers possibles, Moyen Age, Renaissance, Année 70, 3.000 avant Jésus Christ ou 3.000 ans après. Et une gamme d’avatars, qui allait de la star de rock au plombier. Les avatars étaient payants, le reste entièrement gratuit. Faute de pouvoir se payer l’acteur célèbre, il entra dans la peau d’un entrepreneur, prenant sa revanche sur la réalité en abandonnant son corps et son cerveau à la virtualité.

Avant d’être admis dans une matrice de jeu, les volontaires et leur cerveau étaient bien entendu soumis à une batterie de tests. On écartait les psychotiques, ou alors on les réservait pour des jeux à base de zombies et de tueurs en série. On vérifiait également qu’ils n’étaient pas allergiques à quoique ce soit, qu’il s’agisse d’un goût, d’un produit, d’une couleur, d’une odeur, d’un médicament même virtuel, car ce que l’esprit croit le corps le croit. Et personne ne voulait risquer une infection, une mauvaise réaction. Les tests étaient très pointus, jusqu’ici on ne déplorait que très peu d’incidents qui avaient bien heureusement été corrigés avant catastrophe. Bien sûr, on décela chez Tomar une certaine réticence devant la publicité. Quand on lui présentait des images séduisantes, il détournait les yeux, quand on demandait sa boisson préférée il répondait de l’eau ou du soda plutôt qu’en nommant une marque, ce que 70% de gens ne faisaient pas. Il réagissait avec une certaine agressivité à l’intonation de certaines voix, quand elles se marquaient d’un ton commercial. On lui fit lire des magazines électroniques, on nota ses points d’intérêts, il répugnait à poser les yeux sur tout ce qui avait attrait à une promotion. Il semblait également avoir un certain problème avec les juifs, sans doute un peu antisémite sur les bords, ce sujet revenait parfois dans ses réponses. Surtout quand elles avaient attrait à son rapport avec l’argent et les raisons qui le poussaient à abandonner ses droits sur son cerveau. Mais personne n’aurait pu imaginer ce qui allait se passer.

 

Il se réveilla dans un grand lit, allongé auprès du corps tendre et doux d’une belle femme. Le radio réveil indiquait sept heure trente. A travers les volets, des rayons naissants jouaient avec la poussière, il sourit. Ça serait forcément une belle journée. Aujourd’hui il avait rendez-vous avec son avocat pour signer un contrat avec General Motors et devenir le premier fournisseur informatique de la compagnie. Il venait de se marier et il partait en lune de miel ce soir. Oui, forcément.

Il caressa la hanche nue de sa femme, elle ronchonna vaguement, et tendit son cul. Il sourit, mais il n’avait pas le temps. Il se leva, se dirigea vers la cuisine, nu également, et alluma la radio.

« Partez en croisière à Hawaï avec… » il tourna le bouton, chercha une radio classique, ou du jazz. Pubs en chaîne. Puis soudain, Petite Fleur, Sidney Bechett, il retrouva le sourire. Il se fit un café avec des toasts, du jus d’orange, des œufs, et des céréales. Prit sa douche, s’habilla, costume gris, cravate bleue, et passa dans le garage prendre son vélo. Pour rejoindre le métro et Grand Central, Tomar, préférait le vélo plutôt que le bus. Mais le vélo avait une roue crevée, et il se rappela que marcher c’était pas mal aussi. Il remonta la rue, coupa par une petite cité tranquille, trois étages de briques rouges dans West Brooklyn, jusqu’à l’avenue Washington. Des jeunes gens distribuaient des prospectus aux passants, il en évita un, deux, mais intercepté par le troisième, il dit sur un ton exaspéré :

–          Non merci !

–          Je vous assure vous ratez quelque chose, c’est un jeu gratuit, il y a 10 ordinateurs portables à gagner ! Moi si j’avais le droit je jouerais.

–          Non merci ! répéta Tomar en essayant de contourner le jeune homme.

–          Allez s’il vous plaît prenez en moins un, j’ai presque rien distribué ce matin, je vais me faire taper sur les doigts par mon chef.

–          Fichez moi la paix ! Qu’est-ce que vous voulez ça me fiche ! Chacun sa merde ! s’énerva Tomar en levant les yeux.

Le jeune homme avait les cheveux longs et frisé, son phylactère autour des hanches qui dépassait de sous sa chemise, une kipa sur la tête. Tomar hoqueta.

–          Un juif !

Le jeune homme recula, instantanément sur ses gardes.

–          Non bouddhiste, et alors ?

Tomar se mit à hurler en allemand. Une langue qu’il n’avait jamais apprise.

–          JUDEN !! JUDEN !!

 

Quelque part dans les boyaux d’un centre de contrôle, un opérateur était réveillé par une alerte de type 4. De celle qui commandait de se dépêcher d’appeler la production parce qu’on avait un sérieux problème.

La production s’appelait Jimmy Wang. Directeur général et unique actionnaire de Virtual Nostalgic, filiale de Virtual Reality Brand Corp, goldenboy en vue de l’industrie du virtuel, playboy bien connu de Canal Gossip, figures du tout NewRose. Quand son intercom sonna, en liaison directe avec la base de données de Mars, il était en charmante compagnie, deux pour le prix d’un, et grand huit dans la tête à coup de pilules Yabon, les roses.

–          Ouais ?

–          Patron on a un problème sur New York 96.

–          Un problème ? Quel problème ?

–          Un barzoï…

 

Cette succession d’évènements se déroulèrent en à peine deux petites semaines. Quand le service du matériel et une compagnie privée s’engageaient dans une chaîne de procédures, les avocats étaient si redoutables et si efficaces qu’un juge qui aurait mis plus de trois jours pour juger un différent commercial, aurait terminé ses jours dans le bassin à requin du zoo de Neworld, entre les mâchoires d’un sharkus gigantis. Deux semaines c’est ce qui suffit au drone pour se rebaptiser Moshe, se bricoler une kipa avec la robe d’un jawas mort et dériver jusqu’à la capitale du Sud, Moz Ezly où il se mit en tête de trouver une synagogue et de prier jusqu’à la fin de ses jours. Avec un peu de chance Yahvé finirait par lui faire signe, voir lui donner la direction de Sion. Au lieu de ça il tomba sur les Troubadours Bizarres.

Les Troubadours Bizarres étaient un groupe de musiciens Céphalides sans le sous, que leur agent, un imprésario véreux de Mitrya, comme il en existe par centaines, avait envoyé en tournée dans le sud de la galaxie. Après avoir traversé 3.000 kilomètres et une trentaine de villes et de bourgs, le trompettiste était parti avec une fille de passage, et la plus grande partie de la caisse, le saxo avait sombré dans la liqueur de chenille, et on venait tout juste de voler leurs amplis. En tombant nez à nez avec cet étrange drone et son bout de tissu sur ce qui lui tenait lieu de crâne, les Céphalides, qui par ailleurs étaient réputés pour leur ingéniosité en matière de cybernétique, virent là une opportunité qu’il fallait absolument saisir. Avant même que le drone se rappelle qu’il était armé, ils se jetaient sur lui et verrouillait ses mouchards. Il disparut des écrans radars. Bien entendu, passée par perte et profit auprès du personnel militaire, cette disparition n’aurait théoriquement pas dû provoquer le moindre remous, la moindre vaguelette, excepté bien entendu que le service du matériel avait lancé un procès contre Goliath Industry, et que les deux adversaires comptaient bien mettre la main sur l’engin défectueux avant l’autre, histoire de pouvoir démontrer à tous qu’il n’était pour rien dans sa perte, et le cas échéant déterminer exactement les responsabilités. Ruiner son franchisé ne suffisait pas, Goliath voulait également la peau du concepteur de la bombe à pub, dont les avocats se faisaient fort de démontrer de la nocivité volontaire de son produit. Tout le monde savait combien les fabricants de matériel publicitaire aimaient doper leur machine.

Ainsi fait, tandis que le drone Moshe était bricolé pour devenir un ampli de fortune, et alors que les Troubadours Bizarres s’apprêtaient à donner leur premier concert en ville, deux Récupérateurs fonçaient droit sur Moz Ezly.

 

Les Récupérateurs étaient tous des séries E, ils faisaient un métier dangereux mais c’était vous qui étiez en danger. Vous n’avez pas payé la 11ème mensualité sur le crédit de votre maison ? Les Récupérateurs débarquent, scellent chaque ouverture, que vous soyez ou non dedans et mettent en vente votre logement. Pas la peine de tenter de les en empêcher, les séries E ont pour vocation initiale de détruire. Légalement la maison ne vous appartient plus, si on vous vend avec, tant pis pour vous.

Vous n’avez plus les moyens de rembourser le prêt qui vous a permis de vous faire greffer des yeux à vision nocturne ? Soudain un colosse surgit de l’ombre, vous anesthésie et vous vous réveillez sans globe oculaire.

Chef de guerre, vous avez emprunt é pour vous acheter un croiseur de combat, et vous comptez rembourser à coup de pillage ? Hélas vous êtes un mauvais chef et vous avez peine à payer les premières mensualités. Soudain une flottille de chasseurs automatisés arraisonne votre bâtiment, vous avez 10 minutes pour emprunter une capsule de secours et abandonner votre carrière de général de pacotille.  Au-delà de ce délai vous subirez l’envoi de gaz de combat, ce que les Récupérateurs appellent joliment la dératisation.

Ils touchaient 10% sur tout ce qu’ils récupéraient et certains gagnaient très bien leur vie. Même si on se demande bien ce que des cyborgs pouvaient faire de leur argent.