Il était une fois… une histoire de chat.

Internet est plein de vidéos de chats mignons et de massacres ignobles, mais assez peu d’histoires de chats je crois, il était temps que je m’y prête. Je veux parler de l’histoire d’amour quasi filiale que j’entretiens avec celle qui a donné ce nom à mon blog, je veux parler de ma chatte Tac. Patronyme passablement ridicule, j’en conviens, dont je ne suis pas l’auteur, je la baptise de plein d’autres noms et pardonnez c’est notre histoire à nous. Car j’ai remarqué par ailleurs qu’elle n’aime pas quand je la qualifie d’un de ses petits noms devant des étrangers. Oui, comme tous les chats, elle a son caractère. Comme tous les animaux à dire vrai. L’assemblée nationale l’a reconnu, les animaux sont doués de sensibilité… Ce pourquoi on peut les abattre par wagons entiers dans les camps de concentration de l’élevage industriel, les caviarder de plomb le dimanche entre ivrognes, ou les torturer au soleil glorieux d’un été andalou pour la belle gueule d’imbéciles assoiffés de violence et de gloriole.

 

Ma chatte m’a beaucoup appris sur le comportement animal et leur fameuse sensibilité, même si moi je parlerais d’intelligence et même de réflexion. Un petit exemple… Au départ Tac n’était qu’une locataire, un chaton que je devais garder un temps durant avec un autre chat, adulte celui-ci. Un chat adulte habitué à vivre dehors, se promener dans le jardin. Mais moi j’habite en appartement et mon jardin c’est un long couloir de portes fermées. Bien, je le laisse quand même gambader à sa guise un moment mais comme je ne vais passer ma vie dans ce couloir je l’oblige à rentrer, ce qui le contrarie. Qui connait les chats sait qu’ils ont l’esprit à la vengeance. Ils pissent sur vos rideaux parce que vous les avez empêchés de sortir, bouffe le poisson rouge par jalousie, etc. Celui-là a attendu que je dorme, me retourne dans le lit, pour chier dedans. Je me suis réveillé comme le producteur dans le Parrain sauf qu’il n’y avait pas de tête de cheval dans mon lit mais que je nageais dans la merde. J’aurais pu le punir, le taper, l’engueuler, mais ça aurait servi à quoi ? Le rendre plus en colère ? Qu’il m’en veuille un peu plus comme on déteste son beau-père ou la nounou qui nous oblige ? J’ai eu une meilleure idée.J’avais remarqué qu’il répondait à son nom comme un chien, il avait été élevé au milieu des molosses c’était peut-être pour ça. Alors j’ai fait un pari risqué, je suis sorti dans la rue avec lui et on a fait une promenade de chat (en zigzag). Je lui ai montré tous les jardins que je connaissais dans mon quartier, il faisait nuit, on était tranquille. A un moment il s’est perdu dans un jardin, je l’ai appelé, il s’est guidé sur ma voix. Après ça j’étais le plus formidable des hommes aux yeux de ce chat. Mais j’ai quand même demandé à la personne de se débrouiller, ce chat n’avait rien à faire en appartement. Mais Tac, elle ne pouvait pas, je devais encore la garder. Un jour un voisin, celui par qui j’avais rencontré cette personne, voyant Tac, en tomba amoureux comme on tombe amoureux des chats mignons sur internet. Il me demanda de lui « prêter » comme si un animal se prêtait, mais après tout cette chatte n’était pas vraiment à qui que ce soit et donc je cédais. Trois jours plus tard, Tac n’étant pas propre, le voisin pétait une durite et me la rendait. J’avoue moi aussi j’ai eu du mal, au point où j’avais même envisagé de m’en séparer. Impossible de la rendre propre. Pour pisser ça allait encore mais pour le reste c’était systématiquement hors de la litière. Et j’avais beau la punir, lui donner des fessés de gosse, tout essayer, rien n’y faisait, jusqu’au jour où j’ai compris, c’était affectif. Elle faisait à côté pour ne pas être abandonnée une nouvelle fois. Parce que tant que je m’acharnais ça voulait dire que je la gardais. Cette chatte avait perdu sa mère et tout lien avec son environnement, à peine sevrée et ballotée d’une personne à une autre, elle était perdue et faisait des bêtises de la même manière qu’un gosse en fait pour qu’on s’intéresse à lui. A partir du moment où j’ai compris ça j’ai totalement cessé de la punir, échangeant les fessées contre des câlins, et elle a commencé à être propre. Entre temps j’avais signifié à la personne qui me l’avait confiée qu’au bout d’un mois et demi de garde cette chatte était désormais chez elle ici et que je la gardais.

 

En dehors de ce problème qui a bien duré six mois, notre relation est très vite devenue fusionnelle, ma chatte sur l’épaule et moi qui écrit, ça fait très personnage de roman quand j’y pense. Et pendant longtemps j’étais son seul référant, le seul qui pouvait l’approcher car bien qu’elle n’ait jamais été agressive elle est farouche. Mais je n’étais pas entièrement satisfait. Je ne trouvais pas complètement normal qu’elle ne connaisse que mon appartement, n’ai quasiment jamais vu de chat et fréquenté exclusivement les humains. Je rêvais de jardin pour elle et dès que j’ai pu partir en ballade, je l’ai emmenée en voyage avec moi et ça s’est très bien passé. Jusqu’à ce que la vie nous fasse une farce à l’un comme à l’autre répondant à tous mes vœux. Cette chatte est bénie des dieux et si ça se trouve elle ne le sait même pas.

J’ai commencé par la perdre. Chez une amie qui vit entre la campagne et la ville. Une fille à chats, comme moi je suis un homme à chats. Elle en a deux, dont une vieille femelle et bien entendu Tac a pris peur et s’est enfuie. Sur le moment, après deux jours à la rechercher, j‘ai pensé l’avoir perdue. Elle n’avait jamais connu la campagne, ne s’était jamais approchée d’une route, c’était foutu j’en étais certain, et croyez moi j’ai pleuré. Comme un gamin, comme si j’avais perdu ma môme aussi exagéré ça puisse paraître aux imbéciles, quand on entretient une relation fusionnelle, quel qu’il soit d’ailleurs, humain ou animal. Bref, et pendant un mois, rien. Et moi chez moi, voilà soudain qu’il me manquait une présence, un pote, une amie, que sais-je, enfin un chat, ma chatte bien sûr mais puisque je la pensais perdue… Alors je suis parti en mission à la SPA, et pour une mission ça en a été une croyez-moi. Si vous pouvez vous figurer la poste des années 70 en termes de rapidité, de bonne volonté et de compétence, vous avez une petite idée de ce qu’est la SPA de Lyon. Ça m’a pris une demi-journée complète et j’ai choisi en dernier ressort un gros chat rouquin de quatre ans qui me rappelait un félin que j’avais eu, et l’ai baptisé Marcel. Marcel est arrivé pas bien. Il avait le poil terne qu’il perdait en quantité, pleurait beaucoup des yeux et un comble, essayait parfois de me chiquer, comme s’il en voulait tout particulièrement à l’espèce humaine. De plus il était froid, et en un mois ne m’a gratifié de guère plus de deux fois d’un vague câlin. Puis deux mois plus tard après sa disparition, mon amie m’informe que non seulement elle voit Tac régulièrement mais qu’elle a essayé de l’attraper en vain. Maligne et prudente elle était restée dans le secteur, voyant bien qu’on nourrissait les chats gratis dans le coin. Mais au bout de deux mois dans la nature mon amie était certaine qu’elle était retournée à l’état sauvage, moi pas. D’ailleurs dès qu’elle m’a vue elle m’a appelé et après quelques ruses pour la faire rentrer dans la maison de mon amie, je la récupérais.

 

Me voilà donc avec deux chats et pas la moindre idée s’ils vont s’entendre. Les affaires de territoire la jalousie que sais je. Et en effet dès le départ ils ont commencé à s’engueuler, sans se battre toutefois. Marcel est un dominant mais Tac est une maligne. Et bien que Marcel soit joueur, Tac n’avait jamais fréquenté d’autre chat, exception faite du séjour à la campagne.Ça aurait pu se terminer à coups de marquage de territoire et de chamailles incessantes, et moi derrière à ramasser jusqu’à ce que j’en puisse plus et soit obligé de me séparer du dernier arrivé, ce qui n’était pas envisageable, aussi minuscule que soit mon appartement, encore une fois les animaux ne sont pas des objets dont on dispose. Heureusement j’ai un secret, je leur parle. Je leur parle comme à des personnes parfaitement capables de comprendre et d’en conclure un raisonnement. J’ai puisé dans mon expérience personnelle des orphelins et je leur ai raconté à chacun d’où ils venaient. Tac avait brièvement connu la SPA une fois où j’étais tombé malade, je savais qu’en lui évoquant cet endroit où j’avais trouvé Marcel ça lui parlerait. Et lui et bien ce n’était pas difficile de lui expliquer ce qu’avait subi Tac, être abandonnée à des inconnus, baladée d’une maison à une autre, comme un objet justement puisqu’un objet ne parle pas.

 

Le terme anthropomorphique est étymologiquement un anathème chrétien à l’égard des rites païens. Prêter une intelligence, une « âme » à un objet ou un animal était un sacrilège, et le terme est presque resté sous cette forme dans l’imaginaire collectif. C’est absurde, on peut admettre qu’ils ont une sensibilité pas qu’ils comprennent notre conversation… Je crois qu’on devrait réfléchir à deux fois à cette question avant de la ramener aussi fort sur nos certitudes. L’interaction entre l’homme et l’animal n’existe que si on le veut vraiment mais surtout si on accepte l’idée d’intelligence sensible. De cette même intelligence qui nous fait comprendre les choses à demi-mot et lire entre les lignes. Une intelligence qui se sépare de la pensée. Après mon petit discours, mes chats se sont peu à peu rapprochés. Je suis l’homme qui parle à l’oreille des chats, comme dit mon amie. Même mieux, ils sont tombés amoureux l’un de l’autre. Du coup Marcel ne perd plus ses poils qu’il a brillants ne pleure quasiment plus, ne me chique plus et même devient câlin… Ça je n’y suis pour rien, car ils ont leur langage à eux et bien malin celui qui le comprendra. Nous, nous sommes bruyants et bavards, eux ils sentent.

 

Je crois que c’est Swift qui disait les animaux sont mes amis, je ne mange pas mes amis. Vous comprendrez donc le rapport que j’entretiens aujourd’hui avec la viande… Et je suis loin d’être le seul. Au-delà du simple effet de mode, les scandales dans l’agro-alimentaire ont calmé pas mal de monde sur ce qu’on nous fait avaler, du moins en Occident. De toute manière c’est une tendance qui ne va aller que croissante. L’élevage industriel est un désastre écologique, animal et humain mais également économique si on tient compte de ce qui nous pend au nez : la raréfaction des énergies non renouvelables. Mais au-delà de toute ces raisons somme toute triviales, notre petit santé ou celle des pauvres bêtes, au-delà même d’admettre une sensibilité à des êtres qu’on massacre par ailleurs sans vergogne, on avancera réellement, tant d’un point de vue personnel que sociétal, quand on admettra notre propre sensibilité, que nous pouvons communiquer avec d’autres espèces, et même dialoguer. Et que développer ce lien, l’enrichir nous rendrait moins obsessionnel de nous-mêmes. Nous crevons de notre « objectisation » des choses, des valeurs comme des êtres. Elle nous vide de notre substance nous réduisant à des abrutis consommateurs pour qui tout devient abstrait avec pour résultat une forme de nihilisme dont les extrêmes se manifestent par une violence aveugle et fanatisée et les idées racornies de partis politiques dont l’incompétence frise le génie. Vous me direz que je tire des conclusions bien ronflantes à partir de vulgaires greffiers, je vous répondrais que vous ne prenez pas le monde qui vous entoure suffisamment au sérieux et que la claque ne fait commencer. Mes chats eux ils s’en foutent, ils sont amoureux.

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