Je suis abstentionniste et je t’emmerde.

Comme à chaque élection depuis que le parti de la magouille et des petits arrangements avec la vérité menace ce régime oligarchique qui nous gouverne depuis 40 ans. Comme à chaque fois que la famille Le Pen menace de prendre le pouvoir avec ses financements occultes (Poutine, emplois fictifs et kit de campagne surfacturé) et ses bras cassés admirateurs de Pétain ou d’Hitler. Comme à la moindre occasion où ces petits oligarques flattent les bas instincts d’un peuple en mode larbin, on nous la refait. Si le diable parvient à l’Elysée se sera la faute aux abstentionnistes, ce pourquoi il faut voter utile pour « faire barrage au Front National ». Et l’ensemble des médias, soutenus par une cohorte d’experts en tout sauf en humilité, de tenter de culpabiliser ceux qui se refusent à aller aux urnes. Si le fascisme s’installe en France, ce sera la faute aux affreux qui ont refusé de faire leur devoir citoyens. Et là, dans l’entre-deux tours d’une campagne de scandales sur fond de corruption, c’est open bar. D’autant que le fascisme est en effet à nos portes, dans l’indifférence la plus complète, une acceptation quasi consensuelle d’un peuple aux ordres. Et tant pis si en réalité les abstentionnistes sont les véritables gagnants de cette élection, et si 40% des électeurs de l’oligarchie Le Pen ne votent en leur faveur que faute d’avoir un vote blanc comptant pour autre chose que du beurre. Tant pis si en réalité nous ne vivons pas dans une démocratie, mais son simulacre.

Le vote utile le plus inutile du monde

Un simulacre qui m’autorise immédiatement à délivrer publiquement mes opinions sans pour autant que celles-ci, que ce soit par mon vote ou une quelconque autre manière influent sur la politique de mon pays qui est de toute manière aux ordres. Comme nous la fait remarquer Sarkozy avec le traité de Lisbonne, en réalité mon opinion, la tienne, la nôtre, ils s’en passent quand leurs donneurs d’ordre les sifflent.

Ce n’est d’ailleurs ni Marine Le Pen ni Emmanuel Macron que la France s’apprête à élire, mais, dans un cas comme dans l’autre, Pierre Gattaz et le CAC40. Pour autant depuis 2002, depuis que le père avait déjà démontré qu’aucun vote utile ou non pouvait dissuader un peuple de trouillard de s’en remettre à un père fouettard, on nous explique que voter pour un politicien corrompu ou un commis de banque était donc « utile ». Mais utile pour qui exactement ?

S’il s’agit de lutter contre les idées aberrantes de la ploutocratie Le Pen, je ne vois pas bien où est l’usage. Les Républicains font campagne à la place du FN depuis l’investiture du catastrophique Sarkozy, et le PS a mis tout en place en terme d’arsenal juridique pour que le pays bascule dans la dictature sans que ça fâche. Demain les Le Pen pourront mettre en fonction leur politique d’apartheid, dit de préférence nationale, et museler toute opinion contraire. Toutes les mesures sont déjà là, légiférées, inscrites au journal officiel dans le cadre de l’état d’urgence et de la loi sur le renseignement. D’ailleurs, ce vote « utile » l’est tellement que si les Le Pen n‘ont pas encore pris le pouvoir, dans la tête d’une majorité de paumés, c’est fait. Sept millions de perdants qui croient qu’ils vont changer leur pathétique destin en élisant un clan de bourgeois extrémistes fous d’argent et de pouvoir. C’est, du reste, assez pitoyable de se dire que ce pays à donné un maximum de voix à deux politiciens jusqu’au cou dans les magouilles. Un peuple complice avec ses voleurs, ceux-là même qui lui font les poches, c’est pour ma part un sommet de misère intellectuelle, la démonstration d’une immaturité affligeante (notamment vis-à-vis de la presse) et la preuve qu’en dépit des bavardages et débats incessants autour du seul sujet de la politique, les Français ont une conscience politique Carambar, volatile, versatile, creuse, comme leurs opinions. Bref au lieu de parler de vote utile, on serait bien indiqué de penser plutôt à gouverner, tout simplement, ou à s’en aller.

Voter n’est  ni un droit, ni un devoir, c’est un privilège.

34% de jeunes votent donc pour un parti de vieux, avec des vieilles idées qui datent des années 30 et 50. C’est pour moi la démonstration qu’une part significative de la jeunesse Hanouna et télé-crochet vit sans passé et ne s’envisage aucun avenir. Avec l’argument consommateur N°1 « on-les-a-jamais-essayé-ça-peut-pas-être-pire ». 34% des jeunes ignorent donc qu’un droit est relatif à celui qui gouverne et non un état naturel. Comme l’est la notion de devoir avant qu’elle ne bascule dans l’obligation. Et s’il vous plait passez-moi le couplet sur ces pays où on se bat pour avoir ce droit surtout quand on sait que l’ensemble des dictateurs africains ont fini de légitimer leur pouvoir par le vote, qu’Assad a obtenu un suffrage écrasant au beau milieu d’un carnage et que Patrick Balkany est toujours maire de Levallois. Si la démocratie telle que nous la connaissons se distinguait par le droit de vote et si celui-ci n‘avait d’autre usage que d’entériner un système, il y a longtemps que nos gouvernants l’auraient supprimé. Au reste, si le très conservateur Monsieur Thiers a milité pour la république qu’il abhorrait, c’est uniquement parce qu’un roi est plus fragile qu’une urne. Un roi ça se décapite alors qu’une opinion ça se fabrique. Et en termes de fabrication d’opinion notre époque est passée reine. Monsieur Macron se présente sans programme et le revendique et les deux tiers des électeurs de la famille Le Pen n’ont sans doute pas lu une seule ligne de leur programme, à la notable différence d’un abstentionniste comme moi. Je peux même citer une phrase qui a marqué le cinéphile que je suis « le cinéma français est le seul à pouvoir faire concurrence au cinéma américain ». On ne pourrait pas être moins en phase avec la réalité, je crains hélas que Franck Lapersonne soit aussi peu connu des exécutifs de Sony ou Universal, qu’il ferait un piètre personnage de chez Marvel…

L’abstention, une démarche politique et citoyenne.

Quand on lit les débats de comptoir sur les réseaux sociaux, le moins que l’on puisse dire c’est que la première chose qui frappe ce n’est pas la conscience politique des uns et des autres. Ni plus la lucidité en termes de fabrication d’opinion et d’image. Pasqua, par exemple, expliquait un jour que la meilleure méthode pour couvrir un scandale, était d’ouvrir un contre-feu, une affaire dans l’affaire, qui semble si alambiquée que l’affaire de départ paraisse moindre. Fillon et son « cabinet noir » (brrrr !) nous en a fait une brillante démonstration et un peu plus de 19% des électeurs sont tombés dans le panneau, soumis à cette idée mafieuse qu’on ne peut gouverner sans être corrompu.

Personnellement je suis politisé depuis que je suis enfant. A cinq ans je me plantais devant les débats de l’assemblée pour tenter de comprendre ce qui s’y jouait et me déclarais gaulliste, comme papa et maman. Et toute ma vie je me suis intéressé à des questions politiques ou à l’histoire de mouvement, comme notamment le très prolifique et influant courant anarchiste. Si influant même, que capitalistes et communistes, deux versants d’une même église, ont tout fait pour le détruire, le ridiculiser, le réduire à rien, et massacrer ou interner ses militants. Je recommande à ce sujet l’excellent documentaire « Ni Dieu ni Maitre » en deux parties qu’a produit Arte. Et en termes de fabrication d’opinion et d’image, je suis parfaitement placé pour savoir de quoi on parle. Pas seulement parce que j’ai travaillé dans la pub que j’écris des fictions, que raconter une histoire c’est déjà mentir, manipuler ses lecteurs afin de susciter des émotions, provoquer une réflexion.

Le terme même de « communication politique » défini en soi qu’on ne s’arrêtera ici qu’aux émotions. Que la réflexion autour du projet politique sera occultée de tout débat. Tous les candidats parlent au « nom des Français ». Comme si nous avions tous déjà réfléchi au projet de société que nous proposait le candidat au trône. Comme si le candidat au trône et une cohorte de Rosa Luxembourg, Charles Maurras, Péguy, Hugo avaient harangué et discuté et disputé durant des heures de débats avec des foules compactes et enfiévrées de questions politiques… Comme si qui que ce soit achetait les livres des politiques, lisait leur programme, et ne se contentait pas plus simplement d’aller voter comme on rote.

A titre personnel je vis au crochet d’une société que je récuse, qui me criminalise parce que je préfère le cannabis à l’alcool. Ne trouve pas d’emploi, obligé auprès d’un organisme parfaitement arbitraire et incompétente comme Pole Emploi. Doublé du fait que j’ai 53 ans, fait sept métiers, jobs d’été not include, et que je n’ai pas de réseau dans les professions qui m’intéressent. Ceci explique peut-être le fond de ma colère contre ce pays et son peuple.

Pourtant, à titre citoyen, les résultats des élections m’ont moins mis le mord parce que la famille Le Pen serait au deuxième tour, je m’y attendais comme tout le monde, que parce que Fillon (rend l’argent, maintenant) avait fait plus que Mélenchon. Non pas que j’ai la plus petite affection pour aucun des candidats au trône, que l’idée que mes voisins avaient peut-être préféré un politicien ouvertement vénale et corrompu, à un autre sans casserole financière m’a proprement scandalisé. Même si c’est essentiellement, en réalité, par défiance vis-à-vis des médias, de ce qu’il est convenu d’appeler la médiacratie. Surtout, devrais-je dire.

Parce que ce n’est pas de la citoyenneté que d’aller voter en réaction d’une opinion formatée par d’autres. Ce n’est pas de la citoyenneté que de voter pour des gens qui sont mis en examen. Ce n’est pas de la citoyenneté que de voter pour des individus sans programme, et encore moins budgétisé, comme celui de la famille Le Pen et de leurs réseaux. Ce n’est pas de la citoyenneté que d’appeler à voter en espérant se faire une place au chaud. Ce n’est pas de la citoyenneté de ne pas réaliser que ceci est une pièce de théâtre sur jouée entre des comédiens surpayés, et dont nous connaissons tous la fin. Ce n’est pas de la citoyenneté que de vouloir d’une oligarchie familiale en remplace une autre à la tête du pays. Ce n’est pas de la citoyenneté que de voter par dépit, « utile »  parce que goût Carambar y’avait plus. Ce n’est simplement pas, plus, de la citoyenneté que de voter. Point à la ligne.

Et je revendique, au contraire, être un peu plus « citoyen » que mes compatriotes électeurs, ces gens qui ont eu la malencontreuse idée de naitre dans un pays qu’ils ne méritent pas. Non mon ami électeur, tu ne mérites ni la fronde d’un Cyrano, ni les propos de Proudhon, ni les Lumières au nom duquel tu me brames ton droit de vote, ni le génie de Diderot, ni le talent de tes rois et figures politiques, ton histoire fabuleuse, ni tous tes héros mort, justement, pour que tu puisses librement bêler devant l’urne. D’ailleurs tu ne bêles même plus, tu dis que c’est tous les autres qui bêlent. Tu urines dans l’urne. Tu pisses tes petites rancœurs bilieuses que t’inspires le désastre de ta vie. Tu pisses dans l’urne. Et tu as remarqué, ça fait le même effet que sur un violon.

S’abstenir c’est voter.

D’ailleurs en admettant même que je souscrive à la notion de gouvernement, ce qui n’est pas le cas, ou de président, ce qui l’est encore moins, pour qui, le citoyen que je suis, aurait-il bien pu voter ? Pas un seul candidat ne rejoint mes opinions qu’il s’agit d’écologie, de légalisation, de politique extérieure ou intérieur. Pas un. Pas un ne propose de projet qui tienne en compte la biodiversité de notre pays. Pas un seul qui ne retient de la rue qu’un discours populiste à base de yaka fokon. Pas un candidat ne s’intéresse aux nouvelles technologies, qu’il s’agit d’intelligence artificielle ou de biotechnologie, de recyclage, d’énergie renouvelable à part pour se pogner sur le nucléaire. Pas un politique pour ne citer à un moment ou à un autre De Gaulle.

Vous nous fatiguez avec le Général, laissez-le dans sa tombe et sa constitution avec. Il l’a fabriqué à sa main, pour les enjeux de son époque. Il n’imaginait même pas une alliance autre qu’Atlantique et occidental, et encore moins la fin du bloc communiste. Il a laissé un héritage mi mafieux mi droit dans ses bottes qui a été dévoyé par de minuscules politiciens sans envergure. Pas un politique pour ne pas parler emploi au lieu de travail, d’occupation payée, plutôt que de compétence, de méthode et d’engagement réciproque. Pas un seul pour proposer de remettre à leur place les milliardaires qui tiennent ce pays. Ni plus pour mettre un frein à la corruption et aux hauts privilèges que s’arrogent ces mêmes politiques. Pas un qui ait le plus petit projet culturel. Pas un seul pour se soucier de la casse sociale qui avait lieu chez Whirpool à Amiens pendant leur sauterie électorale. Pas un seul pour proposer des solutions pratiques, budgétisées et concrètes pour les sans abris, les 120 milliards que coûte socialement l’alcool en France, où soulager les hôpitaux publics. Pas un qui est foutu de s’intéresser réellement à ce qui se passe dans les DOM. Pendant que la Guyane gueulait, Emmanuel Macron rêvait d’île. Pas un qui n’a jamais été salarié plus de quatre ans dans toute sa vie, qui ne soit sorti de Dauphine, l’Ena, ou Science Po et pour l’essentiel, pour les « gros » candidats qui ne sorte pas du même milieu privilégié. Pas un qui n’a la moindre expérience de vie autre que l’entre-soi, le calfeutrage des salons chics et des secrets d’alcôve. Pas un qui ne sache ce que ça signifie dans sa chair d’être exilé, à la rue, ou simplement d’avoir faim. Pas un seul.

Alors, sur quoi je puis m’identifier pour voter en tant que citoyen et non consommateur? Si les Le Pen sont élus j’ai l’intime conviction que ce pays va sombrer dans le chaos et pour de bon. Si Macron est élu, que ce chaos aura lieu, mais délayé dans le temps. Quoiqu’il en soit ce sera radical. Je suis donc convaincu en tant qu’homme et citoyen qu’il faut l’être, radical, avant que le régime en devenir nous précipite vers la guerre civile. Que ne pas voter du tout est un devoir citoyen en la circonstance, que c’est le seul moyen, sans violence et avec conscience, une réelle conscience politique, de montrer que nous sommes des Français et pas des touristes.

 

L’atterrissage sera plus dur que la chute

« Un peuple qui élit des corrompus, des renégats, des imposteurs, des voleurs et des traitres, n’est pas victime, il est complice » George Orwell.

 

Nous vivons des moments fabuleux dans ce pays quand même. Alors que c’était plié, reparti pour le petit manège avec notre ami Sarkozy à la batterie et Juppé dans un show très retour des morts-vivants, voilà que Droopy remportait le racket organisé à la mode américaine par le parti qui change de nom à chaque embrouille. Et puis non finalement, c’est le Droopy gate. Monsieur Propre dit Catho les Gros Sourcils, piqué la main dans la boite à bonbon. Et dans la foulée, toute la volaille de l’assemblée aux vieux conseillers liquide à la Alain Minc de chouiner que c’est trop injuste. Les portefeuilles ne sont pas encore assez gros et on n’a pas à fouiller dans leurs tambouilles. Dehors les pandores ! La liberté des députés, c’est la liberté des citoyens, c’est de Tocqueville qui l’a dit. Et pourquoi se gêner ? Droopy, qui est visiblement le seul à ne pas avoir compris qu’il est caramélisé, joue la partition de l’honneur bafoué, avec madame en mode face de carême. Pendant que le voyou de Levallois rembourse l’argent qu’il a volé à sa ville tout en proposant un plan B, une alternative aux carbonisés, Sarkozy et Fillon, cocaïne et Prozac. Oui, on croyait que c’était plié. Valls a joué la partition sarkozyenne pendant tout son mandat à l’Intérieur et à Matignon, il savait que la France est un pays de flic. Manque de bol le 49,3 n’est pas passé. Ou bien est-ce le toupet de réclamer après coup son abrogation ? Et voilà le Caudillo de la rue Solférino renvoyé à ses chères études par un Hamon qui joue la carte djeunz décontracté. Plié, on vous dit, la Le Pen serait en tête, Daech a bien fait son boulot et tous les autres, on fait campagne à sa place ! Le premier parti de France, mamy lave plus blanc, le parti aux mains propres, messieurs dames. Le parti en réalité le plus condamné de France qui se prend les pieds dans le tapis avec l’assemblée européenne, emplois fictifs, comme les autres. Et enfin Macron. Tous les sondages sont unanimes, il est en tête ! Tous les sondages se trompent depuis toujours, et avec une belle constance, mais peu importe. La vérité du chiffre à qui on fait dire ce que l’on veut. Et puis lui aussi, il y a des affaires qui lui pendent au nez.

On n’a jamais cru que c’était plié avec Mélenchon, parce qu’on a jamais cru réellement dans le vieil apparatchik, le Che du marché. Bon client pour les plateaux télé, récemment révélé à l’écologie participative et à la légalisation, hâbleur et orateur syndiqué. On ne s’attendait pas que ce vieux défenseur de la dictature cubaine, et de la politique catastrophique de Chavez, dérape aussi vite dans le culte de la personnalité avec un hologramme de sa personne. Jean-Luc 2.0, la nouvelle rock star de la vieille gauche en mode lifting. Et pendant ce temps-là, les Français continuent de piapiater. Les discussions politiques en France sont à la révolte ce que Facebook est à la procrastination. Un moyen de rester assis et de remettre le ménage au lendemain.

 

Les Français n’écoutent plus leurs politiques parce que leur discours est interchangeable, et ils ont tort. Parce que s’ils écoutaient les conclusions que ces messieurs dames tirent de cette campagne en forme de grand striptease, ils comprendraient. S’ils écoutaient les appels à la modération des uns, à l’honneur bafoué ou au plan B des autres. S’ils s’intéressaient à cette évocation de rapprochement entre Hamon et le Che 2.0, qu’elle se solde ou non par un combat d’ego, ils saisiraient la substantielle moelle de ce qui anime les politiques en France : la captation du pouvoir et rien, strictement rien d’autre. Dans son refus d’abandonner une campagne perdue d’avance ou dans l’acharnement à se faire passer pour la pucelle de la république, Fillon ou Marine Le Pen nous disent la même chose, c’est eux contre nous. Nous, la classe dominante, les propriétaires à vie de tous les leviers de pouvoirs de ce pays, contre ce peuple qui de toute façon ne demande qu’une chose, dormir le plus longtemps possible. Continuer à rêver plein emplois et Trente Glorieuse. Et en attendant personne n’a l’air de comprendre la volatilité de la situation. Que, qui que ce soit se présentera à la présidence, il est parti pour régner sans majorité réelle, dans un pays qui préfère s’abstenir plutôt que faire confiance à l’un ou l’autre des bonimenteurs. Car le comble, c’est que dans ce cloaque où les uns promettent une lune qu’ils n’ont jamais offerte durant tous les mandats qu’ils ont assumés, tel un Mélenchon devant le cannabis. Pendant que les autres jouent la partition de la vierge effarouchée, il reste des Français pour aller voter. Pour écouter les journalistes politiques se répandre en servilité comme on ne doit en voir qu’au Diner du Siècle. Pour participer, cautionner, ce grand ragout de corruption généralisé et de démagogie claironné. Incroyable, le pouvoir de l’atavisme quand même, exemplaire même pour ce qui s’agit de la France. Surtout si on se dit que nous sommes en réalité assis sur un baril de poudre et qu’en ce moment, la police joue déraisonnablement avec les allumettes.

 

Simulation d’asphyxie et viol accidentel.

 Le 19 juillet de l’année dernière, après un contrôle d’identité mouvementé, Adama Traoré mourait asphyxié menottes au poignet. Quand les pompiers remarquèrent que l’interpellé se tenait mains dans le dos et face contre terre, qu’il ne respirait plus, on leur répondu qu’il simulait. D’ailleurs, le légiste ne parle pas d’asphyxie pure et simple, mais de syndrome d’asphyxie sans qu’aucun des deux experts nommés par la cour puisse déterminer la raison. Sûrement, la mauvaise santé d’Adama, ou le cannabis qu’on a trouvé dans son sang. Ah ce terrible cannabis… C’est vrai qu’un placage ventral avec trois gaillards sur le dos (selon l’un des gendarmes) ce n’est pas déterminant comme cause de syndrome. Placage ventral banni en Suisse et en Belgique, à New-York et Los Angeles, et selon l’Action Chrétienne pour l’Abolition de la Torture, responsable de huit morts en dix ans. Et non-assistance à personne en danger, on en parle ? Le prévenu se plaint de problèmes de respiration, urine sur lui et les gendarmes ne réagissent pas ? Ils prétendent l’avoir mis en position latérale de sécurité alors que le compte-rendu des pompiers dément. Et quand la famille demande une troisième expertise, indépendante celle-ci, la justice refuse. Mais c’est vrai que dans cette affaire le parquet de Pontoise s’est montré exceptionnel. Alors que le contrôle d’identité visait originellement Bagui, le grand frère d’Adama et que Valeurs Actuelles aime à décrire comme un « caïd », le procureur lance une instruction à l’encontre d’un mort. Les rapports indiquent asphyxie, le procureur communique sur un problème de lésion infectieuse, la faute à pas de chance en somme. Quand au rapport des pompiers, comme c’est ballot on l’a perdu. Et les gendarmes ne sont pas en reste pour arranger la vérité, comme ce gendarme qui se blesse tout seul dans sa chute et que les rapports décrivent comme suit : « Un gendarme blessé, suspect en fuite. ». L’affaire est en cours et tout le monde porte plainte contre tout le monde. En attendant Pontoise a passé la main à Paris.

 
Direction la plaine Saint-Denis cette fois un jeune homme de vingt de deux ans qui prend pour les autres. Un jeune homme qui n’apprécie pas qu’on gifle un de ses copains… Ah ce manque de respect de l’autorité chez la jeunesse des cités… Le jeune est emmené à l’écart et hop, accident devant tous les Iphones et caméras du quartier, dix centimètres de bon acier dans le fondement. Pas deux ou trois d’un faux mouvement dans un échange brutal, non dix, à travers le slip, comme une chouette vaseline mais à sec. Soixante jours d’arrêt, des lésions graves dans le rectum et l’IGPN de conclure dans un premier temps à l’accident. Ce que nie bien entendu l’intéressé. Si la conclusion des uns et des autres n’est pas surprenante, en attendant le remue-ménage n’a pas tardé à commencer. Ou recommencer, faut voir…re re re re recommencer. En 2005, je m’en souviens comme si c’était hier, à l’instant où j’ai appris cette affaire avec Zyed et Bouna à Clichy-sous-bois, j’ai su que le pays allait s’embraser. Encore un Traoré, encore la Plaine Saint-Denis. Les députés s’en souviennent eux aussi apparemment. Ils ont voté le 8 un amendement permettant à la police de faire usage de leurs armes de la même manière que les militaires. De la militarisation de la police… En attendant de s’entendre avec le sénat sur la militarisation de la police municipale, une mesure qui va assurément faire plaisir à Robert Ménard.

 

Terrorisme ou autodéfense ?

La violence se banalise. Un cinglé du Prophète se jette à la machette sur des militaires qui lui trouent la peau, tout le monde s’en fout. Après Nice, Paris, Charlie c’est de la petite bière. Nous sommes en train de devenir comme ces Libanais qui me racontaient que lorsqu’ils allaient à la plage, ils regardaient les navires américain bombarder les positions du Hezbollah. Les obus passés au-dessus de leur tête. Dans cette acceptation, cette sidération devant la violence, nous laissons tout faire, tout passer. La loi sur le Renseignement est voté sans sourcillement, l’état d’urgence est prolongé ad vitam, bien qu’il ait démontré de sa plus complète inefficacité dans le cadre de Nice. Un individu seul peut être convaincu de délit d’entreprise terroriste, et maintenant, ça, les policiers autorisés à tirer à vue ou presque. Puisqu’on est aussi, au pays des airsofts où les marques distinctives ne sont pas obligatoires. Autrement dit comment juger d’une menace ? La tactique terroriste employée par Daech est géniale en ceci qu’elle ne requiert aucun moyen, presque aucune infrastructure, mais surtout elle porte le flanc à l’intérieur même de la société française ou allemande. Elle frappe à la fois sa schizophrénie multiculturaliste, elle s’en prend au cœur même d’une association historique, fondatrice de l’Europe comme puissance économique. Et enfin, elle envoie un message à tous, la violence peut frapper n’importe où et elle vous vise-vous. Ce n’est pas le terrorisme comme acte politique, revendicatif mais comme tactique militaire avec une seule et unique direction, déstabiliser la France comme l’Allemagne déstabiliser la Belgique, cet axe européen, ce cordon ombilical sans qui l’Europe volera en éclats. L’ennui, et nos amis politiques l’ont bien intégré, à commencé par les socialistes à la sauce Medef, c’est que ces dispositions peuvent à égalité tenter de répondre à une menace terroriste, ou glisser vers le totalitarisme comme un Rémi Fraisse sur une grenade. Or nous sommes précisément dans un contexte sensible qui pourrait tenter un candidat mal représenté. Précisément à cette charnière de l’histoire où n’importe qui pourrait glisser du statut de citoyen en colère à terroriste en un rien de temps. Les manifestations contre la loi travail étaient déjà bien une « prise d’otages ». À partir de quel degré d’incertitude politique, un individu déterminé à ne lâcher ni sa place ni surtout ses privilèges, est près à glisser du figuratif au propre ? Qu’on le veuille ou non ce grand déballage d’une république corrompue, ajouté aux tensions communautaires exacerbés tant par Daech, le FN qu’aujourd’hui la police rappel un moment précis de notre histoire, quand Stavisky s’est suicidé à l’insu de son plein grès. Cette affaire nous a coûté la troisième république et a permit à une extrême-droite désunie de frôler le coup d’état dont rêve aujourd’hui une Marine Le Pen. Mais il y avait alors un mouvement ouvrier puissant qui débouchera sur le Front Populaire. Aujourd’hui le seul front populaire et ouvrier est un parti d’essence bourgeoise et intrinsèquement fasciste, n’en déplaise à ses contempteurs et dont la seule finalité est de satisfaire les bas instincts de la petite bourgeoisie.

 

À partir de quel moment tous les haineux du rouge brun au brun tout court vont comprendre qu’ils sont les idiots objectifs de la classe dirigeante ? À quel moment les électeurs vont prendre conscience que leur vote est non seulement démocratiquement volé, mais qu’en l’état, il n’a servi et ne servira jamais qu’à proroger un système, qu’on l’appelle 6ème république ou mes genoux ? À quel moment, on comprendra qu’il n’y a qu’une raison pour laquelle on a besoin d’un nouveau berger, se faire tondre la laine, et aller à l’abattoir. Quand un peuple commence à se conduire comme du bétail, il ne faut pas qu’il s’étonne d’avoir l’un et l’autre, la tonte et l’abattoir, au prix d’une présidence.

La Formation de l’acteur ou le roi est nu

Cher Emmanuel

Pardonnez par avance cette figure de familiarité qui m’entraîne ici à vous appeler par votre prénom, cher candidat à nos destinées, mais c’est ainsi que l’on fait dans le milieu du théâtre ou du cinéma. Or il m’apparaît urgent de vous donner par le présent article quelques conseils au sujet du travail d’acteur. J’ai au cours de ma carrière dirigé des comédiens, mis des mots dans leur bouche et ce que je n’ai pas appris auprès d’eux, je l’ai appris en les observant au travers d’une quantité industrielle de film. Il se trouve également que je suis un bon directeur d’acteur, je pense donc être tout à fait, sinon largement plus compétent dans ce domaine que le touriste qui actuellement vous fait travailler votre jeu de scène. Car de deux choses l’une, soit c’est un charlatan, soit vous n’écoutez aucun de ses conseils. Il y aurait bien une autre hypothèse, mais je n’oserais jamais le croire de la part de la coqueluche des Français des instituts de sondage, celle qui voudrait que vous soyez tellement arrogant et plein de vous-même qu’en dépit du fait que c’est votre première élection, vous vous êtes aventuré sans filet dans cette galère. Aussi permettez moi de vous rappeler en préambule cette vérité en or : en politique, l’image est tout.

Comment dire ? Comment exprimer au plus juste mon ressenti quand j’ai vu pour la première fois cette vidéo dans le confort d’une soirée sereinement ennuyeuse ? Quand sous mes yeux incrédules, je vous ai vu asséner vos quatre terribles vérités à Donald Trump ? Je sais, ce n’est pas charitable, mais je dois le confesser Emmanuel, en à peine trente secondes, vous avez transformé mon ennui en complète hilarité. Après l’épisode du poulet qui braille voici celui du poulet qui gronde.

 

https://www.facebook.com/EmmanuelMacron/videos/1901064366792807/

 

Évacuons tout d’abord la question du fond et glissons sur cette figure de lieu commun chez nos hommes politiques de relier dans une même phrase Lafayette et le Débarquement pour souligner notre soumission nos liens indéfectibles avec l’Amérique. Le lieu commun est un élément essentiel du langage d’un candidat, on ne vous en tiendra pas plus rigueur qu’à vos concurrents mais néanmoins collègues. En revanche puis je vous faire remarquer que d’évoquer l’un et l’autre quand on se déclare comme le candidat du renouveau, n’est pas forcément des plus judicieux. Considérant que cet élément de langage, cette idée qui n’en est pas une pour résumer notre histoire avec les Etats-Unis, a déjà été employée environs 250.000 fois depuis De Gaulle au plus obscur élu de la plus obscure circonscription occupé à inaugurer un Mc Do. Ceci fait, j’ajouterais que de rattacher ce lieu commun à l’Europe et à sa construction n’est pas non plus des plus à propos quand par ailleurs celui à qui on s’adresse détricote implicitement ce lien atlantiste qu’il estime dépassé. On ne lutte pas contre une idée nouvelle avec de vieux principes, on s’adapte.

Abordons maintenant la question essentielle à la posture de candidat, celle-là seule que retiendra l’électeur à l’heure de l’urne, la forme, l’apparence, l’emballage du yaourt. Mais pour commencer, à titre de préambule permettez-moi de vous présenter celui sur lequel je vais en partie m’appuyer pour vous initier au délicat travail d’acteur. Je veux parler de Constantin Stanislavski, auteur de la Formation de l’Acteur d’où seront tirées mes citations. Constantin Sergueïvitch Stanislavski, 1863-1938, de son vrai nom Alexeïev, est un comédien, metteur en scène et professeur d’art dramatique russe inventeur du système éponyme et qui est au jeu et au métier d’acteur un incontournable. Afin de répondre aux exigences naturalistes d’auteurs comme Tchekov ou Gorki, il mit au point ce système de jeu proposant au comédien non pas de ramener le personnage à hauteur d’homme comme avec la Méthode de Lee Strasberg, mais au contraire de mener le comédien vers le personnage afin de ne pas en diluer la dimension poétique et épique, ceci en se reposant essentiellement sur la mémoire émotionnel et l’intériorité, notamment en inventant un passé à celui qu’on incarne. Ou, dans le cas qui nous occupe, celui que vous vous proposez d’incarner. Car il faut bien entendre votre actuelle campagne, comme toutes celles de vos camarades, présents, à venir et passé, comme rien de plus qu’un très long et couteux casting durant lequel vous devez convaincre votre public de votre capacité à incarner un rôle. Attendu bien sûr qu’il ne pourrait vous être tenu rigueur de vous engager sur des décisions prise par d’autre, puisque tout ce qui vous est réclamé à ce poste, c’est d’être crédible, pas, surtout pas, d’avoir des convictions et la volonté de les mettre en application. De la crédibilité donc, et pour être tout à fait franc ce n’est pas le premier mot qui vient à l’esprit quand on vous regarde dans cette vidéo.

De l’assurance et de l’importance du centre de gravité

Pour commencer, je rappellerais cette vérité énoncée par le grand homme : « Dans un rôle qui n’est pas encore solidement construit sur des sentiments, que chaque vide soit comblé par des clichés, voilà le danger. » Et cette autre réalité : « Il suffit d’une bonne entrée, d’un mot et le public est pris ». Or se tenir de côté, un coude posé sur le pupitre, puis s’essuyer au passage discrètement le nez pour chercher ses mots, indiquer deux directions différentes pour placer un continent imaginaire et situer géographiquement votre interlocuteur en parlant de notre océan, n’est pas et ne sera jamais une forme d’introduction. Au mieux, il s’agit ici de votre part d’une improvisation autour de la notion d’affirmation de soi. Or on ne s’affirme pas si physiquement, on ne s’ancre pas. Et on ne fait pas figure de cette affirmation si on ne croit pas soi-même à cette posture. « Ne vous permettez jamais de représenter extérieurement quoi que ce soit que vous n’avez pas éprouvé vous-même intérieurement et qui ne vous intéresse pas » conseille Stanislavski. Regardez donc les vidéos de discours de Nicolas Sarkozy par exemple, il tient son public. Ses yeux sont fixés sur un point imaginaire, un membre imaginaire du public faisant figure de tout, c’est lui qu’il séduit, lui à qui il s’adresse. Du public traité comme individu unique.

Vous-même ici déclarez vouloir vous adresser à un homme tout en roulant maladroitement les mécaniques pour vos fans. En fait, ce que vous évoquez réellement ce n’est non pas un homme s’adressant franchement à un autre homme, mais à un vantard dans un bar racontant à ses copains ce qu’il dirait s’il avait le gros dur face à lui. Or implicitement se tenir de côté, c’est traduire par le langage du corps un manque de certitude, et même une forme d’insécurité qui vous pousse à dérober votre ventre. Et on ne se dérobe pas implicitement quand explicitement, on prétend ne pas le faire. Pas plus qu’on ne pose jamais son coude sur un pupitre comme vous le faites. L’ahuri qui vous sert de conseiller en image vous a peut-être expliqué que ça donnait effet de connivence, d’être proche de votre public, foutez le dehors et à nouveau prenez modèle sur ce grand comédien incompris qu’est Monsieur Sarkozy. Voilà un homme de petite taille, sans véritable pouvoir ni autre conviction que sa seule ambition personnelle et qui a fait de la trahison un mode d’ascension, qui pourtant a réussi à faire croire à un pays tout entier qu’il était un géant rugissant à qui nul ne savait résister et qu’il lui suffisait d’apparaitre et de parler pour résoudre tout ou partie d’un problème. Or c’est là tout le secret d’un bon comédien, faire croire à l’impossible. Savez-vous par exemple que quand David Bowie a repris à la scène le rôle de John Merrick, Elephant Man, il l’a fait sans maquillage et ne quittant pas le plus souvent une baignoire, et ce, en se reposant sur la seule diction de son personnage et son texte. Bowie l’adepte de Brecht.

Pour vous aider à gagner en assurance et à en donner figure, il faut donc que vous cessiez de faire faire la girouette à votre corps, vous tenir de face, mieux, attrapez votre pupitre comme si vous attrapiez votre public par le col ou les épaules et faite comme si vous vouliez l’attirer physiquement à vous. Ensuite quand vous vous adressez à un Donald Trump imaginaire figurezle vous et inutile de nous indiquer la direction de « notre » océan ou du pays où il vit. Concrètement, Donald Trump ne vit pas aux Etats-Unis et il ne s’est jamais adressé au peuple américain. Il vit dans la télévision américaine et s’est adressé aux téléspectateurs. Il faut donc que vous fixiez la caméra comme s’il s’agissait du lieu où vivait l’intéressé et surtout que vous vous imaginiez l’avoir en face de vous.

Tout le secret d’une scène de dialogue, tout le secret même du métier du comédien tient, non pas dans de ce qui est dit ou montré, mais ce qui est suggéré. Ainsi dans un monologue comme par exemple la scène du balcon dans Cyrano de Bergerac, toute la valeur de la scène reposera autant sur la qualité d’interprétation du héros que sur la qualité d’écoute de son interlocuteur. Et si, comme par exemple, dans le cadre d’un hors champs, le comédien se verra le plus souvent en train de s’adresser à un point fixe dans le vide, tout son talent tiendra à la fois à la capacité d’écoute du metteur en scène, l’oreille faisant figure de réplique, mais surtout dans celle du comédien à se figurer son interlocuteur. Or, regardez donc Donald Trump. Physiquement, il évoque Shrek qui aurait croisé une lampe UV et un coiffeur pour animal de compagnie. C’est un ogre, un ogre d’un mètre quatre-vingts dix qui a fait de l’arrogance et de l’agressivité un mode de communication. Et ce n’est pas ici une critique, c’est seulement un constat d’image. Donald Trump c’est en somme le gros balaise qui à la Communale vous brimait avec ses copains, ricaneurs et agressifs. Et ne prétendez pas que ce genre de personne n’est jamais intervenu dans votre vie, car c’est exactement cette peur, cette inhibition, que traduit chez vous les maladresses de votre corps.

Or il existe plusieurs « trucs » pour donner figure d’assurance quand on en manque. D’une part, comme je le disais plus haut, s’ancrer physiquement qu’il s’agisse par le regard de fixer un point imaginaire et s’y figurer ce que l‘on veut ou de se tenir tranquille. D’autre part utiliser son ventre. C’est apparemment un de vos grands défauts, vous ne savez pas utiliser votre ventre et plus exactement votre plexus solaire. Par exemple quand l’autre fois, vous avez fait la risée du public en vous égosillant comme un poulet maladroit personne apparemment ne vous a dit que la voix, sa puissance, ne venait pas de la gorge ou du volume d’air de vos poumons, mais des muscles de votre diaphragme. Il faut que vous déplaciez votre centre de gravité vers le bas. Car la conviction ne s’exprime ni avec la bouche ni avec l’intellect, mais avec les tripes. Regardez par exemple Monsieur Trump, quand il se penche, il attire son pupitre vers lui et quand il se redresse, il parle avec le ventre en haranguant la foule comme un camelot de foire, et en levant un doigt sentencieux vers le ciel. Vous votre doigt, il fait quoi ? Il donne la direction de la coulisse comme si vous nous désignez votre directeur de campagne et que vous nous disiez, « c’est lui qui m’a dit de dire ça ».

Ensuite, l’usage du poing pour souligner chacun des éléments de langage que vous utilisez, comme « ambitieux » ou « amour de la liberté », c’est dans votre cas une déplorable idée. L’usage du poing sur la table peut fonctionner si c’est un Poutine qui l’utilise, car il peut notamment s’appuyer sur l’image de virilité qu’il a soigneusement cultivée dans les médias. Il est crédible dans l’exercice parce qu’on l’a vu sur un tatami ou torse nu sur un cheval tel un minotaure érotisé sorti des steppes sibériennes. Son poing sur la table accompagne son regard de tueur, c’est quasiment comme si on le sentait atterrir sur notre figure. Vous, c’est exactement l’inverse. Vous avez le poing d’un commis d’état habitué à serrer des mains et rien de plus. Vos phalanges n’ont jamais connu l’épreuve des coups, votre poignet est légèrement relâché, tout est mou. Donc surtout ne serrez jamais les poings, ils rappellent tout ce que vous n’êtes pas, un dur, et tout ce que vous êtes, un jeune homme sans expérience. Si vous voulez faire cet effet de soulignement, appuyez-vous sur le plat de votre main ou sur votre index. Non seulement cela vous permettra d’ancrer véritablement vos propos, mais surtout cela cachera l’un des reproches que l’on vous fait, à savoir que vous n’êtes qu’un banquier d’affaire, un gratte-papier aux paumes lisses et roses sans la moindre idée de nos réalités quotidiennes.

De la nécessité d’analyser la scène que l’on joue

Autre conseil que donne Stanislavski est celui-ci : « Demandez-vous quel est le nœud de la pièce, ce en quoi elle ne peut exister, puis passer en revue les points principaux sans rentrer dans les détails. ». Le nœud ici de la pièce qu’on vous demande de jouer est Donald Trump, mais également votre posture à son endroit, non pas en tant que candidat mais comme président.Et ici, nous allons approcher une première réalité de votre travail de comédien et que vous devez absolument garder en tête, vous ne devez pas, jamais, vous positionner comme candidat, mais comme si vous étiez déjà élu. Regardez par exemple cet homme que vous avez appris à mépriser et qui a si merveilleusement favorisé votre ascension, François Hollande. Voilà un individu dont la gouvernance laisse à penser qu’il n’a jamais été là, qu’il a présidé le Conseil des ministres en touriste. Pourtant quand il braillait que son ennemi, c’était la finance, ses électeurs y ont cru, et pourquoi ? Parce qu’avec son physique de notaire, il a réussi à faire avaler qu’il avait la dimension nécessaire pour lutter contre les requins de la finance ? Non pas. Et je suis certain que personne ne se l’est figuré à ce moment-là en train de remonter les bretelles de Bernard Arnaud comme à nouveau un Poutine quand il s’est mis en scène à jouer les durs à un conseil d’administration. Parce que son discours intervenait tout de suite après le mandat du bling-bling et du mauvais goût parvenu ? Sans doute, mais pas seulement. Car, comment séparer ce physique de rentier et cette carrière de figurant au sein de la gauche aux truffes du monde de l’argent ? Non, tout le secret de la posture est que bien qu’il ait parlé au futur, quand il s’affirmait « moi Président, je serais… » Il était déjà Président et non plus candidat. Dans son esprit, il incarnait, au sens prendre chair, le rôle. Vous, c’est exactement l’inverse. Vous faites figure de candidat et qui plus est, à cette façon de vous pencher sur votre pupitre comme si vous étiez à la buvette de l’assemblée, de candidat occupé à raconter une anecdote de bureau à ses copains.

Ensuite, venons en au nœud du drame, Donald Trump. Vous nous dites textuellement : « Et je veux dire ce soir à Monsieur Trump l’Américain qui depuis de l’autre côté de notre océan devrait avoir un peu plus d’humilité. » Comme il s’agit ici d’une ligne de dialogue, je vais donc faire appel à ma propre compétence d’auteur. Pour commencer supprimez les éléments superflus comme « je veux dire ce soir ». On sait que vous voulez le dire, on le sait et on entend même que votre public attend que vous le disiez, l’annoncer, c’est comme de prendre son élan, télégrapher son coup, sortir une arme et bavasser avant de s’en servir. C’est non seulement inutile, mais ça dénature la force de ce qui est censé suivre. Nicolas Sarkozy lui aurait dit quelque chose comme « Maintenant, parlons de ce cher Donald Trump » avec un sourire de connivence qui aurait immédiatement fait comprendre à son public que le tout petit allait mordre le grand balaise et que ça allait faire mal. De la supériorité de l’implicite sur l’explicite dans l’exercice du jeu d’acteur. Ensuite, vous faites une erreur de débutant en formulant ainsi : « Je veux dire à… ». Non monsieur, on ne s’adresse pas à une personne qui ignore votre existence, ne sait probablement même pas qui vous êtes et qui plus est ne donne pas spécialement l’impression d’écouter. S’adresser à lui, c’est lui donner une tangibilité, c’est se situer sur une même échelle, bref c’est ajouter de l’importance à une personne qui prend déjà une place faramineuse. Surtout si c’est pour ensuite tenter de le diminuer en le qualifiant d’Américain. J’entends bien qu’il s’agit à façon de vous mettre le public dans la poche, Trump l’Américain comme on dirait le crétin, mais ce n’est d’autant pas nécessaire que cette notion est déjà dans l’esprit de vos spectateurs, qu’il est américain et que c’est un con. Ajouter une évidence à une autre n’en fait pas une vérité ni n’ajoute de force à un discours, en fait cela en diminue la portée.

Ensuite proposer les termes de l’humilité à un homme qui a gagné des élections en ayant jamais eu la moindre responsabilité politique, en faisant scandale à coup de remarques grasses, de blagues vaseuses, de discrimination. Un homme qui plus est qui est devenu milliardaire en faisant de la vulgarité son credo et en accumulant un certain nombre d’échecs cuisant, ayant réussi à faire croire, lui le produit parfait du système, qu’il était un outsider, mieux, l’ami des petites gens, ne peut en aucun cas être humble. Je vous rappel ensuite que vous vous adressez à un homme de 70 ans et quand on a votre âge ce n’est pas faire soi-même démonstration d‘humilité, mais de suffisance, d’arrogance. Surtout quand en plus, vous ajoutez du possessif à océan et plus loin à terre ou à plage. Notre océan, nos terres comme si vous étiez roi d’un monde sur lequel le soleil ne se couche jamais. Or cette figure de style n’aide ni à réduire l’image de privilégié qui vous colle à la peau ni à diminuer cette prétention qu’on prête si souvent au Français, notamment les Américains, et dont vous vous faites ici le chantre. Car il faut bien être un Français pour oser affirmer que monsieur Trump nous doit son existence.

Ressentir, c’est faire ressentir

Cité par Stanislavski, le comédien Tommaso Salvini disait : « L’acteur vit, pleure et rit sur la scène, cependant qu’il observe ses propres larmes et ses sourires. C’est cette double fonction, cet équilibre entre la vie et le jeu, qui fait son art. ». Toute la base, la règle d’or même de la méthode de Stanislavski, repose sur la vérité intérieure, votre vérité intérieure, ce que vous vous ressentez réellement ou êtes capable de ressentir. La plus grande erreur que vous et vos concurrents faites, c’est de penser que le texte se suffit à lui-même, que la force des propos sans être soutenu par la force d‘une intention est amplement suffisante. Par exemple, quand vous dites « je sais les jeunes américains » vous n’évoquez pas un souvenir historique, vous évoquez un ressenti. Mieux, vous n’évoquez pas non plus une compréhension de ce ressenti, mais carrément un savoir. Vous savez les jeunes américains venus mourir ici comme si vous-mêmes, vous aviez été jeune, américain et qu’un jour, vous aviez pris d’autre risque que de vous lever de table sans demander la permission. Non monsieur vous ne savez pas les jeunes américains devant une rangée de mitrailleuses allemande le visage arrosé de la cervelle du gars d’à côté et prétendre à ce savoir, c’est non seulement insultant pour les survivants mais qui plus est parfaitement ridicule. Contentez-vous, donc, quitte à utiliser ce cliché éculé, de faire comme les centaines de candidats avant vous, de vous souvenir.

Enfin, on vous entend plusieurs fois reprendre votre souffle. Il y a à mon avis ici autant une tentative d’effet de style, comme si vous étiez submergé par l’émotion qu’une réelle difficulté à tenir la distance. Alors je ne vais pas revenir sur la nécessité d’aller chercher en soi un sentiment, j’ignore même si vous avez été capable un jour de la moindre passion tant vous semblez raisonnable comme un dimanche à l’église. Je vais plutôt vous donner deux trucs qui vous aideront d‘une part à placer votre respiration d’autre part à savoir si un texte sonne ou non. Le premier, c’est de prendre une longue tirade, si possible sur le ton de l’engagement et de la conviction, je vous conseillerais donc la tirade des « Non merci » dans Cyrano. Elle vous aidera à savoir ce que signifient l’affirmation de soi et l’indépendance frondeuse. Puis de la réciter tout en faisant des tours de piste. Courir tout en déclamant. Mais ne vous contentez pas d’un seul ton. Dites le sur celui de la confidence, puis comme si vous alliez raconter une blague, puis sur le mode de la colère. Laissez libre cours à votre imagination et essayez tout ce qui vous vient à l’esprit à force non seulement le texte rentrera tout seul, mais surtout vous saurez comment maîtriser votre respiration et, j’insiste, non pas avec le haut de vos poumons mais avec votre ventre. Le deuxième truc, c’est de répéter votre texte à voix haute et forte, si possible, devant la glace. D’une parce que vous vous connaissez, vous savez à quel moment vous êtes faux et à quel autre vous dévoilez vos failles. Ensuite parce que ce truc de faire sonner les mots à l’oreille, truc de Balzac que j’emploie moi-même quoi que sans les gueuler, vous permet instantanément de repérer les dissonances et les assonances malheureuses.

 

Voilà, il y aurait bien entendu plein d’autres choses à dire, notamment sur le fait de répéter « monsieur Trump » c’est non seulement lui prêter plus d’importance qu’il ne devrait en avoir dans votre discours, mais dans le cadre dénature totalement le départ de votre proposition et qui est de s’adresser à une personne en particulier. Scander son nom ne le fera pas venir ni ici ni autrement, ce n’est qu’un élément de relance. Vous expliquer également que vos mains comme le reste de votre corps doivent habiter le rôle et pas chasser les mouches. Vous avez des mains pour compter les billets faites en sorte qu’on ne le remarque pas plus que ça. Je pourrais donc développer, mais non seulement mes conseils sont gratuits et vous êtes de cette classe sociale qui estime que gratuit signifie méprisable, mais surtout, je ne sais même pas pourquoi les gens s’entêtent à aller aux urnes, question casting ça fait vingt ans qu’ils sont parfaitement nuls. Quant à croire que vous puissiez, vous et les autres, faire autre chose que du tourisme en milieu d’affaire, pardonnez, mais j’ai passé l’âge des fées et des licornes. Je vous laisse donc à cette réflexion autour de votre image, en vous souhaitant, cher Emmanuel, d’être plus assidu quant à son élaboration. En dépit du fait que monsieur Bolloré a fait savoir à travers un sondage CSA qu’il vous kiffait, soyons raisonnable il y a assez peu de chance que vous soyez élu, votre jeunesse s’affiche trop pour un pays de vieux, votre passif vous plombe à plus d’un titre. Et ni Monsieur Minc, ce piètre « économiste » pour les nuls ni Monsieur Attali, ce gourou pour les nuls aussi ne constituent un parrainage raisonnable. Mais qui sait, sur un malentendu… Hollande a bien été élu…