La position dominante ou le syndrome du mari violent.

Le monde est quadrillé de satellite de surveillance, de géo localisation, de communication, de satellite pour photographier des satellites, observer l’espace, voir même de satellites pouvant détruire d’autre satellites, et de déchets. Des millions d’écrous, de bouts de panneau solaire, de vis, de morceaux d’antenne, d’échantillon de fuselage, de segment de fusée, de rognure de moteur, de lambeau de polymère qui ne flottent pas autour de la terre comme des sacs plastique sur une mer passive. Non. Ils tournent autour de la terre tel des millions de projectiles lancés à vingt-deux milles kilomètres heure. Un anneau de merde en furie déjà si problématique que la NASA hésite sur les fusées. L’économie du monde entier au beau milieu d’un champ de mines mobiles, d’un stand de tir faramineux, d’une expérience balistique sans précédent. Et chaque fois qu’un de ces engins rencontre une avarie qu’il ne peut pas réparer, on envoie un nouveau robot qui après usage, ira à son tour rejoindre la décharge cosmique. Et comme ça depuis soixante ans, depuis très exactement le 4 octobre 1957. Depuis que l’Union Soviétique a officiellement ouvert le grand concours mondiale de mesure zizi, dit également conquête spatiale, avec le lancement du Spoutnik. Mais admettons-le, il est indéniable que sur la question du zizi mondiale nous ne sommes plus dans le concours mais les jeux olympiques. Missiles balistiques de plus en plus sophistiqués et de plus en plus puissants sans qu’on sache exactement quel intérêt il y a d’exposer sur la planète de quoi la faire sauter sept fois. Drones tueurs, bombardiers équipés pour trois guerres, plus tous les systèmes mis au point hier et aujourd’hui pour paralyser tout une partie du net et des réseaux satellite sans qui tout ce bazar détonant n’aurait pas plus d’utilité qu’un fer à repasser parfumé au semtex. Et ça ne fait que commencer si l’on tient compte de l’évolution technologique proposé par l’informatique, la génétique, la robotique et la nanotechnologie.

La position dominante. C’est le but ultime de toute stratégie militaire, acquérir la position dominante sur le terrain, car dans l’imaginaire borné des militaires c’est la position la plus haute qui déterminera à qui appartiendra la victoire. Et pour exemple l’on pourrait citer ici la cuvette de Dien Bien Phu mais à vrai dire, sans surprise, le premier à avoir acquis une position dominante telle que nous la concevons aujourd’hui, c’est Hitler avec le V2. Et en récupérant l’ancien SS Wernher Von Braun à leur compte, les américains ne s’y sont pas trompé, la domination ultime viendra d’abord du nucléaire puis de l’espace.  Bien entendu une convention a été ratifiée sur le sujet dans le courant des années soixante, tout le monde s’accordant sur le fait qu’on ne devait pas peupler l’espace d’arme de destruction massive. Pas sur le fait qu’on puisse éventuellement l’armer avec du matériel conventionnel. Sans surprise non plus, si tout le monde s’entend sur le fait qu’il faudrait rediscuter cette convention et interdire toute arme dans l’espace, seul les américains s’y opposent. Après tout, l’armement est une industrie plus que florissante aux Etats-Unis, 696 milliards de budget pour le seul Pentagone, et 80% du marché mondial de l’armement est américain. Ce qui statistiquement signifie donc que les Etats-Unis arment indifféremment les terroristes qu’ils prétendent combattre. Et fabrique des terroristes avec tous les civils qu’ils ont bombardés chirurgicalement en ratant leur cible. Soit 98,7% des drones avec une cible prioritaire.

Plus de six cent milliards de budget militaire, deux cent quarante et une années d’existence, deux cent vingt deux passées à faire la guerre. Le rêve américain sent le sang. Sans compter la violence inhérente à la société américaine elle-même, violence physique, raciale et sociale. On ne s’étonne plus de ce goût qu’ont les hommes politiques américains d’employer le mot guerre à toute les sauces. Guerre à la Drogue, à la Terreur, à la Pauvreté… Et pourtant il aura suffit d’une paire de cutters et de quatre avions pour changer le monde…. Et en faire le paradis du complexe militaro-industriel dans son ensemble. La Chine a fait récemment péter un de leur satellite depuis l’espace pour montrer que hein, oh, eux aussi ils pouvaient être cons et épaissir le champ de tir. Devant le faramineux budget militaire américain, les autres puissances regarnissent les magasins, et l’industrie de l’armement mondial se porte à merveille. Le seul secteur des Sociétés Militaires Privés, et qui est encore une fois dominé par les américains, est passé de cent milliards de budget en 2003 à plus de quatre cent cinq ans plus tard…

Les rois du cimetière

La position dominante. Elle est intéressante cette théorie si l’on prend un contre exemple, Massada. Massada était une garnison romaine perchée sur un plateau rocheux et prise par les Sicaires du parti Zélotes. Les Sicaires sont aux juifs ce que les Nizarites ou Hashashin sont aux musulmans. A savoir la source d’inspiration du modèle militaire de la terreur islamiste actuelle. Mourir ne les effraie pas du moment que cela sert leur cause, la mort est leur amie comme dirait un membre de Daesh aujourd’hui. Ils prennent donc cette garnison et s’y installent. Pendant sept mois, environs huit milles soldats romains firent le siège de cette forteresse. Quand enfin ils parvinrent à construire une rampe et à y accéder ce sont des cadavres qu’ils découvrirent. Ce n’était pas un suicide collectif comme le colporta à tort l’histoire, le suicide est interdit pour les juifs, ils se sont entre-tué jusqu’au dernier pour ne pas être soumis par les romains. Mieux, la seule chose que les romains découvrirent intact, le reste avait été brûlé et saccagé, c’était la réserve de grain. En guise de message, nous choisissons l’heure et le moyen de notre mort, nous mourrons libres. Vouloir détenir la position dominante au-dessus d’un cimetière c’est avoir des ambitions de charognard.

Mais qui sait…

Les méta milliardaires de ce monde se disputent également la position dominante sur l’échelle de Forbes. Les Bill Gates, Zuckerberg, Buffet, Soros, Pinaud, Arnaud, Bettencourt… etc. La position dominante sur le marché, la position dominante sur les esprits à coup de généreuse donation ma-main-sur-le-cœur, pendant que les usines d’esclaves continuent de tourner le temps que le héros ait assez fait fortune pour la donner. Tous nos généreux donateurs se sont enrichi en ne payant qu’un minimum d’impôts, en profitant d’un système boursier voyou, et en poussant les gouvernements à adopter des politiques toujours plus en faveurs de leurs seuls intérêts au détriment de toute casse sociale. Une casse sociale non plus vécue comme une fatalité, ou un mal nécessaire pour sauver une entreprise, mais comme un moyen de gagner un peu plus d’argent. Et voilà qu’on nous les revend presque repentant, œuvrant pour le bien de la planète média. Sur quoi espèrent-ils régner à la longue ceux-là ?

On est aujourd’hui le 16 août 20017, il fait beau, les français sont à la plage, oh on a eu un bel été, oh ma chérie comme t’es bronzée… encore un petit goût des années 60 qui dure depuis… les années 50. Et pendant ce temps, les Balkans, la Sibérie, l’Australie, le Canada, la côte ouest des Etats-Unis, tout le sud de l’Europe, de la Grèce à l’Andalousie, au Portugal et à la France, sont la proie d’incendies majeurs. Et depuis les années 80 ce phénomène s’intensifie à chaque sécheresse. C’est simple, depuis le 1er janvier jusqu’à aujourd’hui, 218 millions d’hectares de forêt son parti en fumée, c’est la moyenne. En moyenne c’est 350 millions qui brûlent chaque année, il semblerait que cette année nous allons dépasser les limites. Avec les déplacements de population que cela implique, les migrations animales, les espèces détruites, les victimes humaines, la pollution atmosphérique et les millions d’hectolitres d’eau qu’il faut pour les éteindre. Quand c’est simplement possible et qu’on ne laisse pas la forêt s’autodétruire jusqu’à ce qu’on puisse y cultiver des hectares de palmier à huile pour l’industrie…

Deux degrés. C’est tout ce qui nous sépare de la catastrophe. Que l’atmosphère de la terre se réchauffe de deux degrés ou plus. En réalité le seuil limite, où les choses sont encore à peu près sous contrôle serait de un degré cinq. Deux degrés c’est la barrière qu’il ne faut pas franchir. 97% des rapports scientifiques sont d’accord sur le problème. D’ailleurs la communauté scientifique n’en n’est plus à se tripoter sur le sujet elle en est à se poser cette seule question : à quel point on est baisé, un peu, beaucoup ou totalement.  Mais rassurons nous 40 fondations reçoivent un budget annuel de 900 millions de dollars pour contester cette réalité et faire douter le public. D’où vient l’argent ? Notamment du secteur pétrolier. Mais il n’est pas le seul que cette demande de baisse d’activité, cette urgence à trouver des solutions pour ralentir le réchauffement, n’arrange pas. Tout ce qui utilise de l’énergie fossile pour sa production est concerné. Enfin, faut pas non plus paniquer hein, la famille Mulliez propose des produits éco-responsables et il n’y a que 5% de chance pour que ce seuil des deux degrés… ne soit pas dépassé.

Alors sur quoi espèrent-ils tous régner ?

Par le jeu pseudo démocratique des grands électeurs, les américains n’ont pas élu celle qu’ils voulaient mais un bouffon qui n’a jamais eu la moindre responsabilité politique et qui a le développement affectif et intellectuel d’un gamin de 15 ans. Un bouffon qui rejette ce qu’affirme la communauté scientifique, veut sa guerre avec la Corée du Nord histoire de peser sur la Chine et la Russie, au risque de provoquer un conflit nucléaire. Et il ne cesse de fanfaronner ! En six mois de fonction en dépit du trilliard de la dette américaine, il aurait fait renouveler le parc nucléaire américain dans son ensemble, et a doté le Pentagone d’encore plus de moyens (54 milliards…). On va voir ce qu’on va voir, America is back again… comme si elle n’était jamais parti. De leur côté, par l’escroquerie du suffrage universel, les français sont dirigés par un commis de banque qui concrètement n’a même pas été élu par la majorité puisque 40% des électeurs ne sont même pas allé aux urnes et un peu moins de 50% n’a pas voté pour lui. En gros 80% des votants n’ont pas voté pour celui qui est censé les représenter. Mais cela ne l’empêchera pas de détruire le code du travail à coup d’ordonnance, réduire les APL de 5 euros, mettre fin au contrat aidé et donc mettre au chômage 70.000 personnes, appliquer la politique migratoire du Front National, et, entre autre baisser le budget d’une justice une des moins financée d’Europe. Le tout dans un pays où la corruption devient endémique et où l’implantation mafieuse dans la seule région PACA a la même densité… que dans le sud de l’Italie. Et c’est loin d’être la seule région de France touchée par les mafias. Mafias qui s’enrichissent d’autant que la solution trouvé par la France d’en haut au trafique de drogue c’est de mettre des amendes aux usagers… et d’enterrer en vitesse toute forme de loi anti corruption, appelée improprement « moralisation de la vie publique » pouvant toucher les élus. Mais bien sûr il n’y a pas que la justice, tous les secteurs sont touchés, de l’armée à la santé en passant par l’éducation. Vous comprenez si on veut dépenser pour les jeux olympiques et le CICE, il faut faire en sorte qu’une aide-soignante travaille 48h par semaine sans protection social.

Mais encore une fois ce n’est pas là la question, la question c’est qui détiendra la position dominante. Les milliardaires qui ont financé un bouffon infantile et un gamin narcissique ne les ont pas choisis pour leur qualité de gouvernant mais de complice. Les trois cent millions d’euros supprimés aux collectivités locales, et la suppression programmée des impôts locaux ne sont pas là pour alléger les charges des français, mais conduire les collectivités et les régions vers la voie des emprunts bancaires qui les ont déjà ruinées en 2008. Supprimer les emplois aidés n’est pas une mesure d’économie mais vise à ne pas faire concurrence au secteur privé qui pourra ainsi engager à des salaires minimum. « Taxer la rente immobilière de l’ISF » ne va d’autant pas changer grand-chose que le bien immobilier est un des actifs déjà les plus taxé. Mais épargner les biens mobiliers (placement financiers, meubles, liquidités) de ce même ISF et qui représente 49% de son assiette fiscale, c’est au contraire favoriser l’évasion du même nom. Et l’évasion fiscale, contre laquelle la France ne s’accorde que sur des mesures cosmétiques et sous-financées, c’est quand même, par an, 80 milliards d’euros en moyenne, avec une dette de plus de deux milles milliards…

Prenons Vincent Bolloré. Il a racheté le groupe Canal Plus et en un an sa catastrophique politique éditorial a fait perdre au groupe plus d’un demi-million d’abonnés. Quand il déclare à Challenge que Canal Plus est sauvable, le pense t-il réellement ? Ou cherche-t-il juste à gagner du temps en espérant démanteler ce groupe en tirant une plus-value sur son catalogue ? Il ne faut pourtant pas être grand clerc pour comprendre que ça n’a jamais été le groupe Canal Plus le problème mais l’esprit, la culture de marque qui allait avec. Cet esprit qui faisait si mal à la réaction, ridiculisait l’ami de Bolloré, Sarkozy et faisait faire des cauchemars au Front National qui avait élevé le terme de « journaliste de Canal Plus » au rang d’anathème. Canal Plus c’était de la rebellitude en carton, de la révolte de salon, de l’ironie de bien née mais c’était déjà trop. On veut une opinion lisse en France, une opinion qui obéisse bien, qui se contente de s’endormir devant les Anges et place son épargne… que la banque pourra lui sucrer à son seul bénéfice si jamais elle est en faillite. Comme le prévoit les dispositions du « bail-in » voulu par l’Europe depuis 2016.

La position du mâle

Il y a dans cette logique de la « position dominante » quelque chose d’éminemment masculin, et l’attitude de tous ces puissants me fait immanquablement penser à cette autre réalité sociale de la violence conjugale. Quand une femme tue son mari violent c’est pour s’en débarrasser, quand un homme tue sa femme c’est pour la garder. Pour que personne ne l’ait après lui. Et c’est cette même logique d’impuissant qui prévaut qu’il s’agisse de domination de l’espace, de dominer le marché ou de soumettre la France à un libéralisme psychopathe. Peu importe le prix à payer, peu importe que le sud de l’Europe finisse par ressembler au Sahara (ce qui arrivera si nous atteignons les 4° c’est-à-dire non pas en 2050… mais d’ici 15 à 20 ans). Peu importe que la démocratie n’existe en réalité ni en France, ni nulle part, que la corruption soit institutionnalisée dans notre pays, que la moindre voie dissonante soit interdite d’antenne, que l’édition veille à ce qu’aucun écrivain ou penseur n’émerge, sinon quelques « autorisés » pour la galerie, marchande. Peu importe que Bolloré brade Canal, que nos hommes politiques bradent notre secteur industriel, que le racisme et la bêtise la plus décomplexée d’un Zemmour claironne ses opinions sur RTL et devienne une petite institution au sein de la planète média. Peu importe que l’on détruise tout, l’important c’est que l’autre ne l’ait pas. L’important ce n’est pas vous, moi, ce pays ou un autre, la démocratie, l’histoire, la culture, et encore moins l’avenir, l’important c’est que Vincent Bolloré et François Pinaud puisse rouler à fond dans leur voiture avec chauffeur tout en ordonnant la casse sociale de tel secteur à problème. L’important c’est que narcisse puisse passer ses vacances à Marseille sans être importuné par un journaliste (il a du reste fini en taule pour avoir osé prendre des photos du roi-soleil). L’important c’est que le bouffon puisse continuer de flatter son électorat raciste quitte à flirter avec la guerre civile dans son pays. L’important est que tel petit procureur médiatique puisse continuer de s’admirer dans le reflet de sa  médiocrité et s’en flatter. L’important c’est de conserver sa position dominante, quel qu’en soit les conséquences, et si la bête en meurt, et bien ça sera comme avec les maris violents, ça sera la faute de la bête qui a osé provoquer le mâle impuissant. N’est-ce pas en substance ce qu’a déclaré l’inqualifiable bouffon après les émeutes de Charlottesville ? Que les torts étaient partagés entre les néo nazis et leurs victimes ?

Qu’on le veuille ou non nous vivons sous le régime d’une société patriarcale qui a élevé cette question de la position dominante au rang de saint graal. Comme disait l’employé du mois « dans la vie il y a ceux qui réussissent et ceux qui ne sont rien ». Il y a ceux qui ont de l’argent, une position sociale, un statut, et que l’on se doit de célébrer et d’admirer et les autres. Vous, moi, les anonymes qui galèrent pour à peu près tout, qu’on ne verra jamais dans les médias sinon sous la forme d’une silhouette myope ou d’un micro trottoir imbécile, nous ne sommes rien. Un détail dans le paysage, une statistique qu’on criminalisera à loisir en fonction des intérêts de « ceux qui réussissent ». Pour quelle autre raison croyez-vous que pas moins de 29 lois pénales ont été votées en 17 ans en France ? Que pas une seule ne concerne les délits financiers ou la corruption des élus ? Vingt-neuf lois pas appliquées m’expliqueront les réactionnaires qui regardent trop leur télé. Alors qu’on enferme plus et plus longtemps en France aujourd’hui, que 60% des condamnés ont entre 16 et 19 ans, et que les prisons pour mineurs sont pleines à ras bord. Que pensez-vous que cette réalité détermine sinon encore une fois assurer la position dominante d’une France nantis et cacochyme. Peu importe que l’Europe marchande sacrifie sa jeunesse, que le chômage des jeunes atteigne des taux records en Espagne, Grèce, Italie, France, et que l’on demande par ailleurs à des gens de travailler jusqu’à 67 ans alors que plus personne ne les embauchera dépassé 50. Peu importe du moment qu’on puisse se conformer au capitalisme le plus sauvage, décomplexé et destructeur. Tout en affirmant que grâce au vaudou (sans doute) et au « ruissellement » dégoulinant des plus gros portefeuilles, tout le monde pourra en profiter. Profiter d’un cimetière.

Ca toujours été comme ça

Nombre d’entre-vous doivent se dire que cela a toujours été ainsi, qu’il y a toujours eu des gros et des petits et qu’ils ont tout fait pour conserver leur pouvoir quitte à faire disparaitre des millions de leurs concitoyens. A ceux là je répondrais oui et non. Si la préservation de leur nom et de leur pouvoir était centrale au sein des familles aristocrates, le rayonnement de leur pays, sa construction sociale et politique, sa culture comptait d’autant qu’elle était le reflet de l’excellence de celui qui le gouvernait. Si le capitalisme s’est construit sur l’esclavage, l’usure, le pillage, et le vol des terres indigènes, il avait dans sa dimension colonialiste une notion encore « humaniste ». Dans son arrogance et sa prétention l’occident allait apporter la civilisation dans les contrées « sauvages ». Certes sa mission « civilisatrice » était plus un alibi qu’autre chose, et dans l’esprit de bien des colons elle était synonyme de mépris, meurtre, mutilation et mis en servage. Mais cette notion était assez ancrée pour qu’on se décide à construire des écoles, des hôpitaux, pour que certain y croit assez dur comme fer pour envoyer ceux qui abattrons le colonialisme dans les écoles de la république ou de l’empire anglais. Ho Chi Minh, Pol Pot, Patrice Lumumba, Gandhi,  Thomas Sankara sont tous des produits de ce colonialisme qu’ils finiront par combattre. Et passé la seconde guerre mondiale, si le même capitalisme s’est mis aux réformes sociales, si nous avons eu la sécurité sociale, le SMIC, le droit à l’avortement, etc, c’était dans le but unique de contrer le totalitarisme communiste. Dans la seule perspective de ne pas laisser aux seuls socialistes et communistes le domaine du social. Acheter la paix du même nom, et s’assurer qu’une large part de la population se soumette au mode de vie du « monde libre ». Mais depuis la chute du Mur tout a changé. Depuis le 9 novembre 1989 le capitalisme se complet dans ce qu’il considère comme la fin de l’histoire. Il a gagné et il n’a plus besoin du moindre alibi pour tout accaparer. Il a fait de l’économie un méta langage par lequel tout doit être absolument prit en compte. Un langage économique certes totalement dévoyé par rapport à ce qu’en disaient les théoriciens du libéralisme mais peu importe du moment que le public avale la couleuvre. Et pour se faire on utilisera des métaphores sans le moindre sens, comme celle du « ruissèlement », de « l’autorégulation » des marchés, des « créateurs de richesse », et surtout celle qui consiste à faire croire que si on se serre tous la ceinture et qu’on veille tous à notre bilan carbone, on s’en sortira. Les médias aux ordres s’ingénient à ramener l’économie d’un pays comme la France à l’échelle de monsieur tout le monde. Et c’est vrai que dans la tête de celui-ci ce n’est pas bien difficile de comprendre que s’il dépense moins il fera des économies, et tant pis si cette comparaison n’a pas le moindre sens. Tant pis si les banques s’enrichissent à en crever sur le taux d’intérêt de la dette. Peu importe que le revenu du CAC40 a en réalité connu une hausse de 25% alors que nous sommes censé être en pleine crise économique et sociale. Peu importe que grâce au trading à haute fréquence, en un mois d’échange, l’Europe va dégager un bénéfice de cent milliards d’euros. Ramené à des explications simplistes d’économie de bout de chandelle, le lambda se soumet aux restrictions budgétaires, laissant un corrompu comme Fillon pérorer sur la dette avec des aides-soignantes au bord du burn out, sans qu’il ne se fasse lyncher.

Le capitalisme tourne à vide. Sa seule motivation, son seul mantra, est de posséder une Rolex avant 50 ans sinon on a tout raté. Et après moi le déluge. L’état dépense 44 milliards pour compenser les erreurs industrielles commises par l’autre corrompu Serge Dassault, le laisse siéger au Sénat alors qu’il aurait acheté ses électeurs et a fraudé le fisc. Autorise un voyou comme Balkany à avoir une responsabilité politique alors que la justice a établie que chacune des responsabilités qu’il a endossées a été motif d’enrichissement personnel. Les députés s’assurent des retraites de monarques et des salaires de PDG pour entériner des lois favorisant la corruption et l’évasion fiscale, le tout en s’exonérant le plus possible de la moindre contribution. Et pas une seule seconde, une seule minute tout ce petit monde ne pense autrement qu’à court ou moyen terme et pour autre chose que leurs seuls intérêts. 40.000 étudiants se prostituent pour vivre et le même nombre ne trouve même pas de place en fac. Des petits vieux n’ont pas les moyens de se payer une aide ménagère alors qu’ils arrivent à peine à bouger, et des handicapés se retrouvent dans des situations identiques pour des raisons identiques, mais la députée Claire O’ Petit nous déclare sans rire qu’il faut arrêter de pleurnicher que si à 18 ans on a peur de perdre cinq euros on n’est pas arrivé. La même Clair O’Petit qui faisait la joie des Grandes Gueules en nous affligeant de ses propos réactionnaires et petit bourgeois. Et toujours la même qui après avoir pratiqué mille métiers s’est fait interdire de diriger toute entreprise pendant 5 ans… Le pseudo mouvement En Marche, qui n’est rien de plus que le Cheval de Troie du capital, se vante que ses « élus » viennent à majorité de la société civile. Certes, ce pourquoi ils votent systématiquement des lois qui pénalisent la dites société civile et privilégient toujours les mêmes.

Le syndrome de la femme battue

Et face à tout ça quelle est l’attitude de cette société civile ? En Europe, aux Etats-Unis, la passivité. Face à ce déversement de lois anti sociales, qu’il s’agisse du domaine économique, de la préservation de l’environnement, de la pollution alimentaire ou du secteur publique attaqué de toute part par un capitalisme affamé, nous restons comme paralysés. Nous sommes comme ces femmes battues. Sidérés par la violence physique et sociale qu’on nous impose. Espérant toujours que notre « partenaire » va changer si on se montre assez compliant. Et chaque fois qu’une crise se déclare, chaque fois que le « partenaire » trouve une raison pour cogner, supprimer telle protection sociale, réprimer dans le sang telle manif pacifique, invoquer l’immigration comme la base de tous les maux ou déclarer l’état d’urgence permanent et constitutionnel, nous nous disons que c’est de notre faute, encouragés par quelque laquais. On rediscute des congés payés ? De ce droit pour lequel nous nous sommes battus physiquement et socialement il y a 81 ans ? Christophe Barbier, le journaliste le mieux payés de France, 96 millions de gain pour la seule année 2017, nous invite à être plus souple, en ramenant à nouveau sur le tapis la métaphore du gentil foyer qui doit faire de gentilles économies….

La question reste à savoir vers quoi nous nous dirigeons avec cette passivité de femme battue. En viendront nous au jour où nous tuerons notre « partenaire » pour nous en débarrasser ? Et livrer le monde a un bain de sang ? Ou allons nous contenter de nous laisser abattre ? Ceux qui demeurent dans cette dynamique nous dirons qu’on peut le raisonner. Que l’on peut raisonner la voracité d’un Bernard Arnaud, que l’on peut influer sur la politique morbide du capitalisme, que l’on peut convaincre les industriels du secteur pétrolier de se mettre aux énergies renouvelables. Les femmes battues pensent de la même manière. Elles pensent ainsi jusqu’à en mourir, tuer leur partenaire… ou finir par le quitter. Si vous êtes dans cette dynamique, levez la tête vers le ciel, pensez à ce que je vous ai raconté en introduction avec cette notion : 50% du budget spatial mondiale est consacré à la seule militarisation de l’espace… Alors certes il nous reste toujours l’option Massada, nous entre-tuer jusqu’au dernier à seul fin de pas nous laisser dominer par quelques imbéciles nantis de leur phallus comme sceptre, mais je ne suis pas certain que ça soit pour cette raison que vous fondez une famille et espérez le meilleur pour vos enfants. Reste qu’en l’état et si nous continuons de nous comporter comme des femmes battues, vos enfants n’ont non seulement aucun avenir mais vous les promettez à une longue agonie.

 

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N93TM

Les seuls sentiments que l’homme ait jamais réussi à inspirer au policier sont l’ambiguïté et la dérision.

Vidocq.

Je ne vais pas te mentir. J’aime ça. J’aime ça quand je t’entends gueuler parce que je te tire par les cheveux, ou que je t’arrache les bras jusqu’entre les omoplates. Je m’éclate quand t’es à plusieurs et que tu veux faire le malin, qu’on peut bien sentir le tonfa siffler dans tes côtes, et les os craquer. Je kiffe quand tu m’as donné une raison. Te coller bien plat par terre, te faire bouffer le trottoir. Et d’ailleurs même si tu ne m’en donne pas, qu’est-ce que j’en ai à foutre moi, je suis assermenté. Toi t’es qu’un pauvre connard sur qui je peux faire pleuvoir la merde si ça me chante parce qu’on me paye pour ça et rien d’autre. Et j’adore ce job.  Et en plus si je trouve du chichon dans tes poches, je peux me faire du gras. Si c’est pas lier l’utile à l’agréable ça je vois pas ce que c’est. Ouais, no surprise, je me fais du beurre sur ta gueule citoyen, et qu’est-ce que j’en ai à foutre ? Qu’est-ce que j’en ai foutre de ces bidons qui jouent les durs en bas des tours ? De tous ces petits trous du cul qui nous emmerde la vie en se prenant pour Scarface ? Qu’est-ce que j’en ai à branler de ta gueule pépé avec ta bourgeoise qui me tape un scandale parce que je pisse dehors avec mon brassard ? Qu’est-ce que tu veux que ça me foute trou du cul que t’ais fêté le mariage de ta cousine ? Ou même que t’existe, que t’as des droits tout ça. Bande de connards ici, la loi c’est moi !

Alors allez-vous faire enculer.

Allez vous faire enculer les branleurs qui tiennent les murs et se prennent pour des gens, on devrait tous vous cramer ! Allez vous faire enculer les petits pédés sapé ethnique, piercing, tatouages, bobo mes burnes qui achetez du shit coupé à la colle en causant éco responsable ! On devrait vous envoyer faire les putes pour les macros qui tiennent ce business, ça vous apprendrait la vie ! Allez vous faire enculer les vieux qui nous appelez parce que votre voisin fait du bruit, nous c’est la BAC, pas silence on dort. Et surtout gueule pas parce que je te colle une prune, ça va me saouler. Allez vous faire enculer tous les négros, les bougnoules qui nous cassez les couilles avec vos droits et nos devoirs, votre Islam mes burnes, mais qui fument le pétard dans le train genre on est chez nous partout. Une balle dans le crâne ouais, ça calmerait les autres ! Allez vous faire enculer la Ferro, les gendarmes, les bleus, l’IGS, nos soit disant collègues. La moitié de ces fils de pute ne trouverait pas le chemin de leur bite sans un plan. On a n’a pas besoin d’eux pour mettre les cons au pas. Allez vous faire enculer les juges et les avocats qui nous refoutez systématiquement la racaille dans la rue parce que les taules sont pleines à ras bord. Qu’est-ce que ça peut bien me foutre moi qu’ils soient à 15 dans 9 m² ? On a qu’à agrandir les cages. Comme en Thaïlande, au Mexique. Comme ça on pourra en mettre plus. Va te faire enculer monsieur le ministre qui nous donne plus d’ordres que de moyens, un jour ça va te péter à la gueule et tes bandits on va te les traiter à l’ancienne. Allez vous faire enculer les gens qui se plaignent parce qu’on aplatit un connard, brutalité policière putain de ta mère ! Tu veux quoi petit citoyen ? Que je lui récite un poème ? Et alors c’est un bicot tocard ? Tu lis pas les statistiques ? Tous les flics sont racistes, c’est prouvé. Allez-vous faire enculer les citoyens, tous ces français qui veulent plus de sécurité et moins d’arabe mais qui gueuleront dès qu’on aura éclaté le crâne d’un dealer. Vas te faire enculer la France.

Moi je chante jamais la Marseillaise. Pas question. Je sais pas c’est la France de qui mais c’est pas la mienne. Qu’ils la gardent leur Révolution, leur liberté égalité mes noix, leur Droit de l’Homme. Tout ça c’est des foutaises. Une légende urbaine. La démocratie ? A quoi ça sert ? Les gens sont des veaux. Et on laisse à des veaux le droit de choisir leur chef. Le chef des veaux. C’est ça qui nous gouverne. J’ai des collègues qui n’aiment pas ça que je ne chante pas leur connerie d’hymne. J’ai même reçu des avertissements à cause de ça, mais je m’en branle. Je l’ai assez chanté pour mille ans de toute façon

3 ans. 6ème RPIMA, mon con ! Spécialisé tireur d’élite, brevet commando, ma couille ! Et ailes d’argents. Je les portes toujours, sous mon blouson. Un porte-bonheur. Avec le Sig Sauer, la gazeuse, une paire de menottes, deux chargeurs supplémentaire, et ma botte secrète… De temps à autre je prends un tonfa aussi. C’est bien quand tu veux faire un Auswitch.

Dimitri regarde sa montre qu’il a pas au poignet et me demande comme s’il proposait de s’en jeter un :

–          On s’fait un petit Auswitch avant de partir ?

Je souris.

–          T’es gourmant aujourd’hui…

J’attrape nos tonfas entre les sièges.

–          Avec un peu de chance un de ces enculés on ramassé… j’ai besoin de fraiche, ma femme veut de nouveaux rideaux.

–          Encore ?

–          Tu parles, on change de salon tous les mois avec elle. Et encore elle sait même pas que Marie Claire existe…

On s’approche des tours, le brassard bien visible, il y a une bande de branlos dans le hall, grande surprise ! Survet Tachini, pochette Vuitton, casquette Nike ou Adidas avec des « wallah » et des « sur le Coran » « sur la Mecque » plein la bouche. Rien qu’avec ce qu’ils portent, tout leur attirail made in Vintimille, on pourrait les coffrer pour trois ans ! Et je parle pas de ce qu’ils se mettent dans les poumons !

–          Eh les connards les murs tiennent tout seul, c’est pour ça qui sont fait, décollez votre cul et amenez-vous ici.

–          Qu’est-ce qu’on a fait m’sieur ?

–          J’aimes pas ta gueule négro, ça te vas ?

–          Eh mais comment vous parlez m’sieur ! Eh ça se fait pas de traiter les gens comme ça !

Je me tourne vers Dimitri hilare.

–          Eh Dim, on a des clients !

Ensuite ça va très vite, on rentre dans le tas, on tabasse tout ce qui bouge, zone rouge de préférence, on les enferme dans leur hall, et on fait cracher la gazeuse. C’est ça un Auswitch. Parfois, avec ça si on est assez rapide on peut trouver des papiers, et porter plainte, juste pour leur péter les couilles. Mais c’est surtout les dealers qui nous branches, les vrais, pas juste des moules couilles sur la boite au lettre, on peut se faire dans les 300 boules rien qu’en leur faisant les poches. Vas-y qu’ils portent plaintes ces tartes. On combine avec leurs grands frères. En général vaut mieux être trois ou quatre, c’est plus pratique. Mais avec Dimitri on se défend bien. Dimitri était dans la Légion avant d’immigrer chez nous. Pour un mec de près de deux mètres il est drôlement agile. Moi c’est à la frappe que je me défends. Vice champion de boxe d’Île de France de la police, catégorie moyen lourd, s’il vous plait.

Mais faut pas croire on fait pas ça seulement pour les rideaux de madame, on fait ça surtout pour le fun. Pour arrondir les fins de mois et mettre de la graisse dans les nouilles y’a mieux.

Déjà y’a les extras. Les trucs qu’on fait pour les officiels, les soirées, quand un gros se pointe, politique, show biz… 100 boules de l’heure sur la caisse grise comme on dit, celle du syndicat, le patron prend 20% on se partage le reste, c’est pas chien. Et puis surtout y’a le gibier. C’est ce que c’est jalouse le voyous, ca balance sec si tu y mets le ton. Si tu sais amadouer l’imbécile, il va te balancer un ou deux collègues vite fait, et hop on se le fait à la Marseillaise. C’est comment à la Marseillaise ? Bah c’est comme là-bas cousin, à l’envers et à l’endroit.

Le collègue on le saute pas, enfin pas tout de suite. Lui on s’en fout tu vois, ce qu’on veut qu’on nous balance d’abord c’est où il entrepose. Cave, box, hangar, bagnole, came, télé tombée du cametard, arme, peu importe la spécialité, on est pas bégueule.

Après, pillage. C’est Kevin et Anto qui s’en occupent. Ils ont la méthode, des spécialistes, c’est ce qu’ils faisaient déjà avant d’entrer dans la police, voleurs. Un jour, à 16 ans, ils ont arraché une Ferrari à un gus, leur coup d’éclat.

–          Putain il voulait pas lâcher l’mec, je lui ai mit dix patates dans la tête, il lâchait rien, j’lai tiré, y s’accrochait comme une moule ! L’a fallu que j’y aille à coup de pied !

C’est Kevin qui raconte mais je sais qu’Anto tapait aussi. Et j’imagine la gueule du type avec ces deux énervés sur le dos entrain de lui mettre l’avoine de sa vie. Je l’imagine mais ça dure pas, c’est très rapide, très violent, je sais je l’ai vu faire. On peut pas savoir ce que le mec se dit, juste qu’il se retrouve sur le macadam, sonné, saignant de la bouche en train de se demander pourquoi lui. C’est presque bon à voir. Maintenant il sait. Il sait pourquoi des mecs comme nous il en faut. Pourquoi il a besoin de nous. Et la prochaine fois qu’il nous verra entrain de serrer des scooters, bin y mouftera pas le citoyen, parce qu’il sait. Il sait ce que ça fait de se faire taper, et peut-être même que ça lui fera plaisir.

–          Vous en avez fait quoi ?

–          On l’a vendu.

–          Combien ?

–          1500, répond Anto’ on voulait s’acheter des scooters.

–          Ah putain c’est tout ! je rigole

–          Bah ouais ! T’imagine la maille qu’on aurait pu s’faire à l’époque si on avait su ? rigole Kevin en retour.

–          Ah on était des couilles qu’est-ce tu veux… D’après toi il en prendrait combien maintenant Untel ? il demande à Dim.

Dim hausse les épaules.

–          Dans les sept. Peut-être dix, répond-t-il en roulant sur le r avec son accent polonais.

–          Putain j’aurais pu en faire des trucs avec dix en ce temps-là, rêva Kevin.

–          T’aurais pu te payer du placard ouais, répond Anto, t’aurais acheté du shit et des putes comme un Scarface et on aurait fini par se faire serrer.

Kevin ricane, c’était bien possible oui. Heureusement à 17 ans il est devenu papa. C’est ça qui l’a emmené chez les flics, sa régulière. Elle voulait qu’il fasse un travail sérieux, fini les magouilles. Elle sait faire avec ses couilles, c’est pour ça qu’il l’écoute. Il a une petite fille de huit ans aujourd’hui et un second en route.

On est dans le bureau, les pieds sur la table, on cause, on mangeaille et on boit du café. Un peu la pause.

On attend.

On peaufine.

Une Marseillaise c’est une science.

Le pigeon dévalisé, faut jamais le pécher soi. Jamais. Faut qu’il se demande d’abord. Qu’il se ronge. Si y s’embrouille avec ses potes, si ca fait du buzz comme y disent les connards à la tévé, c’est encore mieux. Y balance sans savoir, suffit de filocher sa panique, il embrouille, avec un peu de bol y’a une paire de Montana qui vont monter aux bataillons et ca va se fumer dans la bonne ambiance. Nous on s’en branle, drame de la banlieue tout ça, mes regrets aux familles ta mère. Et puis après on le balance à des collègues, anonyme.  Dès qu’ils le sautent, on le convoque chez nous, un retapissage soit disant, l’histoire d’une heure, et là on le pause. Un gars invite l’escorte à boire un café, remplir de la paperasse, et le gars attends. Un quart d’heure, vingt minutes… Dim agite son poignet et la montre qui ne s’y trouve toujours  pas.

–          C’est l’heure, y nous fait.

Il se lève, prend l’AK47 dans le plastique et passe dans la pièce à côté avec ses deux mètres au garrot de polonais des mines.

–          Qu’est-ce qui fout là çui-là ?

Surprise, ni Mouloud ni Mamadou, c’est Viko, le Rom trop gentil. Un pro du billet de retour, le champion des raccompagnements à la frontière. Viko le dur à cuir mon gars, des poulets dans notre genre ça lui rappelle à peine le pays, y voit immédiatement où le grand veut en venir avec sa Kalach’, y sait, il a l’œil du voleur le Rom gentil avec ses doigts plein de bagouzes chromées or. Viko importe des guns tu vois. Un petit réseau rien qu’à lui. Fait vivre la famille, les cousins. Il travaille sûrement pour un gros de là-bas mais on s’en branle. Nous ce qu’on veut c’est son stock, et son slip s’il fait chier. Et il le sait. Mais c’est un mariole hein, il en a vu d’autres, et puis crève, il préféra te vendre ses mômes que son stock. Pauvre mange dalle qui vend des kalach’ à 300 boules pièce et des RPG à 1500 roquettes comprises. De la came russe, tchèque, chinoise. On savait tous d’où ca venait de toute façon, et c’était pas de Roumanie. Souvenir du Kosovo, Bon Baiser à Sebrenijca, Dr Slobodan t’encule à Sarajevo… Sans compter ce qui sortait d’Ukraine, de Russie, on attend avec impatience les souvenirs du Printemps Melon.

Dim lui fait ses yeux de tarés des steppes et lui dit un truc en polsky. Mais le mec fait celui qui capte pas le numéro, ou bien c’est que vraiment il a jamais vu un film avec un méchant russe du KGB et une pince coupante. Enfin bon, Dim pose son bidule sur le bureau, et hop il fait l’impulsif. Vlan une baffe dans la gueule. Pleine poire. Bien entendu, le gus qui en a vu d’autres, se met à gueuler on sait pas trop quoi, Dim le renverse lui et sa chaise et lui coince le cou sous son genoux façon UFC.

–          Bon connard, il lui dit en francais, toi pas emmerder moi avec traducteur d’accord ? Toi comprendre ?

–          Y se passe quoi ? fait Anto en entrant avec deux RPG et un rack de roquettes.

–          Y se passe que ce cette sous-race m’emmerde la slavitude si tu veux savoir.

–          Pourquoi ?

–          Parce que y’en a partout de ces cafards !

–          Allons, allons, soit pas négatif comme ca. Il y en a des bons parfois. Des partageurs, je fait en entrant à mon tour avec Kevin et une partie du stock. C’est qui d’abord ?

–          Aucune idée.

Il lui donne une petite tape sur le crâne.

–          T’es qui toi d’abord ?

Le gars lui jette des coups d’œil de fou, il a envie d’exploser ses menottes et de le tuer mais faudrait respirer pour ca. Dim le soulève d’un coup, tout entier, comme si ca pesait que dalle, et le remet droit.

–          Deuxième chance, t’es qui toi ?

–          Quoi toi vouloir !? abois le Viko.

–          Oh t’as vu, il parle comme toi tout à l’heure, fait Kevin extasié, t’as vraiment le don des langues mon Dim.

–          Qu’est-ce tu veux ils parlent tous pareil ces cafards.

Et hop, rebaffe.

–          C’est pas ça la réponse coco, ton nom !?

Le gars se rebiffe.

–          Toi vouloirs Kalach’ ? Moi faire bon prix !

Le Dim le rerebaffe.

–          Toujours pas toto, ton nom !?

Le mec se rerebiffe…

–          Toi va te faire enculer !

–          Ouh là ! je fais, sujet sensible.

–          Eh, eh, fait Anton en sortant le tonfa.

Là le gars commence à se demander en général. On sourit, on dit rien, c’est moi qui prend le relais.

–          Allez les gars, soyez cool, voyez pas qui se croit au pays ? On va lui faire peur.

–          Mais je veux pas lui faire peur moi, je veux qu’il me dise son nom, Kevin, passes moi la graisse tu veux.

Kevin prend une boite de graisse d’arme dans le tiroir et lui lance. Je me penche vers le mec, je lui fais :

–          Moi je serais toi, je lui dirais, quand il commence à avoir une mauvaise idée dans la tête… c’est un polack tu comprends, l’alcool, tout ca, tu vois…

C’est le moment que je préfère, quand ca devient marrant. Quand 80% des mecs reculent sur leur chaise et tombe. Il est pas tombé parce que Dim la retenue par la jambe, avec son gros sourire de golgoth gentil-tu-vas-voir-ca-va-aller-tout-seul.

–          Viko Romanescu ! il a beuglé ! Romanescu ! Viko ! Viko ! Vrai nom ! Juré ! Oui !

Là il était en panique. Plus rien à foutre du stock, on pouvait le prendre et le vendre pour nous, il voulait bien même nous payer pour ça si on voulait. Dim m’a regardé, ravis, comme s’il venait de faire une bonne farce.

–          Bin tu vois quand tu veux gros ! je lui ai fait doucement..

–          Bon maintenant toi et nous on va bosser ensemble d’accord ? lui annonce Dim.

Il le regarde à la fois stupéfait et effrayé, qui passe la boite de graisse à Anto. Anto l’ouvre en se marrant, les yeux dans les yeux. Le mec transpire maintenant, mais il a quand même le courage de dire que non, non pas travailler avec police, Viko jamais travailler avec police ! Verboten !

–          Verboten ? Voilà qui nous cause le Germain, dis donc ! nous fait Dim en rigolant.

–          Verboten par qui tonton ? fait Kevin comme s’il s’attendait à ce qu’il se raconte.

–          On s’en branle ! a râler Anto en graissant le tonfa.

–          Là-dessus il a par tort, je fais remarquer à Viko, on s’en branle.

D’un coup Dim se jette sur lui et le retourne sur le ventre. Il lui souffle à l’oreille.

–          On s’en branle complet ! Et t’sais pourquoi Roumainmescouilles ? Parce que maintenant t’es nôtre pute à nous, tu panes ? et on va t’enculer.

Il lui arrache le bène d’un coup, le slip itou, le mec se bagarre, son petit cul tout bien tendu, y brâme, y cause toutes les langues, y se cabre, Dim lui plaque le crâne par terre, Anto s’approche en faisant siffler le tonfa.

–          Oh, oh, oh, ca va sentir le cul de Romano cramé ! fait Kevin en se marrant.

Je me penche et je lui dis à l’oreille.

–          C’est pas toi qui décide connard, tu vas bosser pour nous, tu comprends ?

Le gars évidemment y supplie là, y veut plus jouer les gros durs à bagouze, mais bon Anto il écoute plus, et le mec se met à beugler.

–          Tu la sens ? Tu la sens bien ? je lui fais, t’aimes ?

Il hurle de plus belle.

–          Profite bien mon gars, on veut que tu te souviennes. Tu bosses pour nous, t’essayes de nous niquer, tu causes à tes cousins, t’oublies de raquer, on vient et on fera la même avec ta femme, ta sœur, tes gosses, ta grand-mère, et tu regarderas.

Dim il appel ca marquer le bétail. C’est sûr qu’après ca le mec il marche le cul de travers mais il file droit. Mais on le fait pas à toutes les Marseillaise hein, juste pour nos potes. Les melons, les négros, les roms. Parfois on les tabasse en plus. Mais pas de trace hein, sauf le boule, mais y dira pas. Pas le gnoule, ni le singe ou le roumain. Le mariage pédé chez eux c’est haram. On s’encule entre pote dans les douches mais sinon c’est peine de mort. Chez les corses c’est pareil, sauf que eux on peut pas faire ca ou alors faut vraiment une bonne raison, faut connaitre ses limites quand même.

On est pas gourmant, on est sévère, mais juste.  On prend que 30%. 5 pour le syndicat du crime, 10 pour le boss et le reste on se le partage entre nous en plus du matos. On a un fourgue pour ca, un sympathisant, J. qu’on l’appelle. Il est  pas spécialisé, il bricole un peu de cana à droite gauche, mais il a un gros relationnel, comme qui dirait.

–          Jacques-Henry Lanssac, où est le matériel ?

Une tête, des pelures, la complète du Versaillais sur mesure. Le mocassin british, la veste de chasse molletonnée vert forêt, revers rouge, les cheveux claqués en arrière, la mèche impliable. La chemise rayée bleu blanc, le jean avec le plis, la petite serviette croute de cuir, manquait plus que la Fleurs de Lys et le chapelet. Un courtier à ce qui parait. Un déceleur de bonnes affaires. Il trouvait un produit, cherchait un acheteur, et vis versa. Flingues, matière première, ce qui paye et ce qui peut passer par les filières légales. Lanssac connait du monde lui aussi, du vernis coquet. Ca se voit tout de suite. Il ouvre une caisse, deux, examine un RPG.

–          Russe ?

–          Chinois.

–          C’est bon je prends.

–          Et là on a quoi ?

Il pousse un couvercle, écarte un emballage, papier huilé, AK47, état neuf, jamais servit, quarante chargeurs par caisses, 20 fusils.  Il en soulève un autre.

–          Les Vz je les prends pas.

–          Pourquoi ?

–          Parce que là où je vais les envoyer ils ne vont pas me les acheter.

–          Ah ouais ? c’est des bonnes armes pourtant, fait Dim qui s’y connait comme moi.

–          Oh oui, des outils tout à fait correct, je soustrais, cependant nous sommes ici devant un phénomène bien connu de la médecine.

–          La médecine ?

–          Oui, il a fait en continuant de visiter le stock, c’est comme avec les médicaments génériques, vous savez bien, les gens préfèrent l’original, même si la copie est parfaite en tout point. Ah je vois que vous avez des 61 par contre, ceux-là peuvent m’intéresser.

Il a sorti un pistolet-mitrailleur sans chargeur et il l’a armé dans le vide pour tester la glissière.

–          Ce n’est pas fort précis mais dans un combat urbain c’est parfois tout à fait appréciable.

–          Vous les expédiez où ? a demandé Kevin.

Il l’a regardé deux secondes comme si le chien avait pété et puis il a demandé si on avait du mortier. Non on n’avait pas, mais on avait de la Minimi. Des occases. Il a pris quand même.

La caisse grise, elle rentre et elle sort par les comptes de l’APN, Alliance, on s’en sert pour les coups d’achats, les tontons, quand on a besoin de métal pas orthodoxe, qu’on monte un coup. Mais on se fait plaisir avec aussi. On s’est payé un comptoir dans la salle de repos, avec un canapé Ikéa et le grand écran, vu qu’on traine plus à notre boulot que chez bobonne. Et on s’est acheté une fusée aussi. Audi TT, immatriculé presque poulet N93TM, mais enregistré à la Pref s’il te plais, la plaque perso. C’est le big boss qui l’a offert au commissaire pour l’anniversaire de la brigade. La plaque hein, faut pas déconner non plus.

On est descendu une fois en Espagne avec. On a dit que c’était pour sauter une équipe GF mais en fait on s’est payé un week-end mazette à Barcelone. Pute et coke, tu vois le trip. Pourquoi on s’emmerderait la vie. Notre boulot après tout c’est de faire plaisir aux statistiques, pas autre chose.

Élection yaourt

En ce moment, j’évite tant que faire se peut de m’intéresser à ce qui se passe dans l’actualité immédiate de ce pays. Ça me déprime trop. Déjà que j’étouffe ici, déjà que tout ici me donne motif à prier d’avoir les moyens de m’enfuir de cet asile à ciel ouvert, je n’ai pas besoin de m’abîmer dans la contemplation de ces médias. Car à les croire, c’est plié, l’élection se fera entre un ancien banquier et une châtelaine de l’Ancien Régime. Entre le Lexomil et la France de Pétain. Entre un Tony Blair Camembert et la Jeanne d’Arc des rallyes du XVIème. Et, tout le monde semble d’accord, ou tout au moins y croire dur comme fer, ça sera la châtelaine et sa tribu d’aristo-voyous qui va gagner. De petits et de grands escrocs confinés entre Versailles et Saint-Cloud, qui vont remporter cette farce qu’on appelle le suffrage universel. Bref, en ce qui me concerne, un motif supplémentaire de m’enfuir ventre à terre et sans me retourner. Un vieil ami à moi envisage le Canada, un autre l’Amérique du Sud. L’un est de droite, mais ne voit aucun avenir ici, l’autre est de gauche, mais il a vu la prise de pouvoir de Pinochet. Chacun ses affinités, mais surtout ses moyens. Moi avec les miens, le peu que je peux espérer, c’est la Belgique en stop, avant que les frontières soient fermées par la milice. Nous verrons, j’ai du répondant, je suis débrouillard, je me suis sorti seul ou presque de la rue, avec un peu de chance, je me sortirais de ce cul-de-sac qui s’appelle la France.

 

Votez inculte.

De par mes positions, j’ai souvent à faire sur Agoravox au fan de club de la châtelaine. Le plus souvent de pauvres anonymes acculturés et remplit de rancœur qui faute d’avoir un semblant de bagage intellectuel, passent beaucoup de temps sur internet pour me démontrer que tout le monde est d’accord avec leur ignorance. Signe des temps, si vous affirmez quelque chose sur la base de vos lectures, d’un travail que vous avez pu faire sur plusieurs années, il n’existe simplement pas, si votre interlocuteur n’en trouve pas la preuve sur Internet. Saint Wikipédia priez pour nous. Mieux, si vous citez tel ou tel auteur, l’électeur moyen de la châtelaine, qui a l’âme procureure, soupçonnera ce dernier d’avoir des motifs politiques cachés. Et malheur à cet auteur si un jour il s’est déclaré pour tel ou tel parti ou tendance, le petit procureur invalidera tous ses propos sur sa seule certitude que ceux-ci sont influencés, pire, qu’il cherche à détourner sa pensée déjà limitée. Et force est de constater qu’en effet, ces élections, révèlent au grand jour le remugle d’une France imbécile et raciste, peureuse, méfiante, lâche, qui se réjouit d’avance de la grande revanche que représentera l’élection d’une bourgeoise à la présidence de leur destin sans avenir. Cette partie de la France qui depuis les années 70 n’a pas varié d’un pouce, n’a pas évolué, grandit, juste un peu plus médiocre chaque décennie, en étant intimement certaine de son exception. C’est dans les années 60 et 70 que cette France décomplexée s’en est donné à cœur joie en ratonnade, en bavure policière, en injustice de toute sorte, jusqu’à la Marche des Beurs (dont le motif initial était une énième bavure policière) et surtout jusqu’à ce que le très douteux Mitterrand manipule tout ça pour en faire son outil de destruction du Parti socialiste et de la droite traditionnelle. Et en trente ans, la rancœur et le racisme du français moyen pu s’épanouir proprement, non plus à l’ombre de quelque lynchage, mais dans l’intimité de l’isoloir. Jusqu’au coup de pub de la châtelaine, son pseudo-nettoyage des écuries d’Augias, jusqu’à ce que ce parti de bricolos et de fascistes revendiqués apparaisse solvable aux yeux du téléspectateur frileux à l’idée de voter pour des antisémites et des racistes. Rien n’a en réalité changé dans ce parti, en fait les choses se sont même très probablement empiré puisqu’il avance masqué et que la garde rapprochée est formée d’admirateurs d’ancien SS et de négationnistes. Mais peu importe, ce qui compte ce n’est pas la réalité, mais le sentiment qu’on en a. Encore l’autre jour, je notais que la page Facebook « stop immigration » réunissait cinquante mille personnes. Cinquante mille abrutis gavés d’émission sur la police, de reportage beauf’ de Bernard de la Villardière, des élucubrations mysogino-racialistes de Zemmour. Bref de télé et d’inculture qui ne réalisent bien entendu pas que si la châtelaine remporte ces élections, elle le devra surtout au massacre de Charlie et du 13 novembre, bref à Al Qaida et à Daech. D’ailleurs en auraient-ils conscience, je crois que ça ne changerait rien, ce pays est dans une logique nihiliste.

Rien n’est vrai sauf ce que je pense.

L’autre jour, à l’occasion d’un zapping, je regardais une dame affirmer qu’elle ne croyait pas les deux journalistes qui avaient pondu le dernier ouvrage sur la république pas si irréprochable de l’homme invisible. L’escroc Fillon avait assuré qu’on y relatait l’existence d’un « cabinet noir » (expression qui date des idées de Fillon du reste, du XVIème siècle) totalement démenti par les deux journalistes. Mais peu importe, pour cette dame, les auteurs mentaient, car bien entendu, tous les médias mentent, c’est dans leur intérêt. La châtelaine et ses complices sont jusqu’au cou dans des affaires de détournement et de blanchiment, mais pour ses électeurs, c’est le pouvoir « aux abois » qui cherche à la salir, d’ailleurs la châtelaine l’a dit, assorti de menaces, donc c’est vrai. Or il est évident que jamais pouvoir n’a été aussi peu aux abois justement. Le PS est en vrac, l’homme qui n’était pas là est en vacance permanente (mais apparemment pas en Guyane, cette île mystérieuse et lointaine) Hollande est l’antithèse d’un Mitterrand et l’ensemble de son mandat a surtout démontré de sa plus complète incompétence tant en matière de politique générale qu’en terme de politique intérieure. Mais l’électeur de la châtelaine se persuade d’un complot parce qu’au fond sans doute ça le rassure. Il n’est pas complètement un loser, il ne va pas à nouveau voter pour des incompétents et des voleurs. Et quand bien même, quand on lui met le nez devant l’évidence, son argument ultime, c’est d’avancer : « Oui, ils ne sont sûrement pas mieux que les autres, mais on les a jamais essayés et ça peut pas être pire » Ce sur quoi cet électeur se trompe, ça peut et ça va être pire, mais peu importe, ce que je retiens ici c’est l’argument « on les a jamais essayé » ou le néant de la conscience politique.

 
« Oh chéri, tu as vu, ils les font parfum fraise, on n’a jamais essayé ça, parfum fraise », « Oh regarde, elle existe en orange, on n’a jamais essayé ça, orange » Ce genre d’argument, argument sur lequel repose nombre de propositions commerciales d’un marketing essoufflé à cours de rhétorique, on les entend au supermarché, chez le concessionnaire, dans la bouche d’un enfant devant une nouvelle marque de céréale. C’est celui du consommateur désœuvré. Devant l’absence de choix, la taylorisation des goûts et des couleurs, l’uniformisation de l’offre et à forcerie de la demande, le consommateur n’a plus qu’à se rabattre sur la valeur ajoutée qu’aura bien voulu mettre l’industriel pour justifier la hausse de prix. Ce sera toujours du papier toilette, mais celui-ci sera « molletonné » et celui-là parfumé de sorte que l’anus sente toujours un savant mélange de merde et de rose chimique. C’est le vote, au fond, du désespoir et de l’ignorance. Le vote subordonné à la télé et à Youtube. Il y a-t-il une raison tangible d’être à ce point de désespoir que le français de base imagine nécessaire de voir une politique d’apartheid instauré en France sous le doux nom de « préférence nationale » ? Non aucune. Je vis sous le seuil de pauvreté dans un quartier mixte socialement et ethniquement, et en dépit de ça, je ne vis pas trop mal. Et la majorité n’est pas non plus composée d’un sous-prolétariat vivant dans des tours- crevoirs. Mais ils s’en sont persuadé parce que ce pays qui a peur de tout, de sa jeunesse, du changement, de l’avenir, regarde et vit dans son passé et morigène sur ce qu’il a été et ne sera plus jamais. Une vieille gloire. Une vieille gloire qui s’auto-persuade que le pays est envahi par des hordes barbares et qui va s’en remettre une fois de plus à sa caste de grand bourgeois « au nom du peuple »…. Quand je lis le slogan de campagne de la châtelaine, elle qui en tout et pour tout a travaillé quatre ans durant sa vie… Je me demande toujours si elle est venue avec ses brioches.

La corruption triomphante

Eric Zemmour qui est à la droite ce que le roquet est au jardin privatif, justifiait la corruption de la caste dominante par l’élucubration suivante, la France n’était pas la Suède, les Français étaient des « machiavélistes ». Néologisme qui n’a d’autant moins de sens que pas une seule ligne du Prince n’est consacrée à la corruption, que Machiavel prévaut le réalisme en politique sur la vertu et que nulle part, il n’assortit ce réalisme d’une invitation à s’en mettre plein les poches. Mais Zemmour se prend pour la France et sa culture est une blague pour inculte sur laquelle il prospère. J’ai au contraire le sentiment que devant la corruption d’une Le Pen ou d’un Fillon, un certain nombre se rabattront sur un vote sans espoir, Hamon, Mélenchon et autre amuseur public, ou le Lexomil que propose Macron, voir, feront comme moi et d’autres, marqueront leur rejet de cette élection de l’ego roi, en s’abstenant totalement puisque le vote blanc n’est pas comptabilisé comme le réclame 86 % de nos concitoyens. Bref que quel que soit le ou la gagnante, partisane de l’apartheid ou du libéralisme le plus aveugle, il ou elle règne sur un pays divisé, sans majorité réelle, sans autre assise électorale qu’une élection truquée à coup de sondages bidons, alimenté par l’argent noir que les uns auront siphonné à l’Europe et à leurs élus à coup de kit de campagne sur facturé, et les autres auront soutiré à leurs relations africaines. En fait, c’est même pire que ça, puisque selon un énième sondage, le taux d’abstention risque d’exploser celui de 2012. Et si l’on tient compte du fait que l’élection de la châtelaine n’est pour 44 % (toujours selon cette étude) de ses électeurs qu’un vote de rejet des partis traditionnels, comme celui de Mélenchon, cela veut dire que quel que soit l’ego enflé qui prendra le pouvoir, il le fera sur les restes d’un pays qui le rejette quoiqu’il arrive. Dans ces conditions gouverner risque de devenir un peu plus impossible que d’habitude. D’autant qu’une autre menace se profile à l’horizon et dont n’ont d’autant pas conscience les Français que les médias sont à l’ouest de leur narcissisme, et que les politiques ignorent superbement le sujet. Et cette menace propose une double combinaison, la surpopulation carcérale dans des prisons poubelles, et le retour des anciens combattants du pseudo Etat Islamique. La menace est bien réelle, la DCRI le sait d’autant mieux qu’il y a un précédent en France, la fin des Bataillons d’Afrique en tant que bataillon disciplinaire. Un fait peu connu sauf si on s’intéresse à l’histoire de la criminalité française, mais qui signa la vague de violence et de braquage qui marqua les années 20 et 30, et sera le point de départ de la fortune de la mafia Corse, puisque Paul Carbone, futur parrain de Marseille, sera formé dans les célèbres Bat’ d’Af’. Si la châtelaine et ses admirateurs du nazisme d’amis prennent le pouvoir, je vous laisse imaginer la volatilité de la situation dans un contexte d’apartheid. Ça tombe bien, Serge Ayoub, le grand copain de la châtelaine, déjà condamné pour trafic de drogue. Celui-là même à qui les amis de la famille Le Pen louait leur château pour que ses copines du porno puissent tourner (Vous savez la droite moral du Mariage pour tous…) quand il sortait avec une starlette de l’époque (Tabata Cash). Ayoub, donc, comparait au tribunal avec ses copains du White Wolf Klan pour complicité de violence aggravé. Le WWK lui est accusé de rien de moins que 35 délits divers allant du vol à violence avec arme et incendie volontaire. On ne s’étonne plus à ce niveau pourquoi un Zemmour déclarait son admiration des moines-soldats de Daech, puisque dans cette mouvance-là, ils ont exactement la même mentalité, le même besoin morbide de pureté à expurger dans la violence. L’un dans l’autre avec cet heureux mariage d’extrémistes de tous bords, ajouté au fait qu’une majorité de policier se déclare pour la bourgeoise de Saint-Cloud, la France risque de ne pas seulement devenir ce mouroir pour vieux qu’elle est déjà.

 
Les lecteurs me trouveront peut-être méprisant vis-à-vis de la France, ou haineux, ou je ne sais quel qualificatif sans imagination qui ne seront jamais que le reflet de ce qui les dérange ici. Mais croyez-moi, c’est surtout du désespoir. Mon abstention, mon envie de partir d’ici, le sentiment de déprime que m’offre le spectacle d’un pays soumis à sa caste comme des larbins, c’est surtout le désespoir de pouvoir me revendiquer aussi français que je me sens anglo-saxon un peu plus chaque année. Pour différente raison, parce que c’est une moitié de ma culture d’une part, parce que je pratique la langue autant que j’en saisi les subtilités, que j’en connais l’histoire et son indépendance frondeuse… Et bien aise sera celui qui saura ici de quelle culture je parle… Je désespère que ce pays se décide enfin à se débarrasser de cette caste qui la maintient dans l’illusion de son passé. Je désespère de le voir se mettre enfin à la page des énergies renouvelables et cesse d’avaler les couleuvres du lobby du nucléaire et des politiques qu’il s’est payés. Qu’il arrête de prendre l’écologie pour un gadget à usage des gogos, et l’agriculture pour une machine à cash. Qu’il cesse de se prendre pour l’Amérique en couvrant son paysage de supermarchés. D’adopter des réformes saines sur la législation du cannabis. De s’obséder sur des sujets aussi cosmétiques que le port du voile ou une islamisation qui appartient surtout au domaine du fantasme de quelque narcisse de télé. Qu’il fasse confiance à sa jeunesse et qu’il la mette en avant. Qu’il fasse la paix avec son histoire, sans honte, mais surtout sans cette fierté déplacé autour de l’abomination coloniale. Et surtout qu’il arrête de regarder en arrière, évoquer De Gaulle ou Louis XIV pour se demander comment aborder le présent comme l’avenir. Les Trente Glorieuses ne reviendront jamais, le plein-emploi, c’est du passé, il est temps de grandir et d’aller de l’avant. Et pour le moment, la France fait du sur place en attendant de reculer et se regarde le passé comme on se renifle le cul. Et ça ne date pas d’hier, ça fait trente ans que ça dure. Alors pardon pour les petites âmes recroquevillées de ce pays, mais moi, je fatigue