La Forme de l’Eau, fabulous monster !

C’est toujours un peu difficile d’aborder un film parfait. Un film qui autant par sa narration que son style, son montage, ses plans, forme un tout, une ecphrasis du cinéma de monstre, un film dans le film, une boucle sans bavure. Un film qui s’offre à la fois le luxe d’être triste et heureux en même temps, tragique, nostalgique et romantique comme ces comédies musicales qu’affectionne le vieil ami d’Elisa Esposito l’héroïne muette de ce film magnifique que nous a une nouvelle fois réalisé Guillermo del Toro, confirmant une fois de plus son statut de grand auteur du cinéma mondial en général et du cinéma fantastique en particulier.

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Guillermo del Toro a toujours été du côté des freaks et des monstres, ceux du bestiaire du cinéma et des contes fantastiques car les monstres humains se suffisent largement à eux même. Des freaks de la société comme son héroïne Elisa, femme de ménage dans un laboratoire de l’armée américaine, femme seule et muette dont on ne sait rien sinon qu’elle a des traces de griffes sur le cou et qu’elle est orpheline. Un passé d’enfant battu peut-être qui se retrouve dans la solitude avec son voisin un vieil homosexuel un peu excentrique et triste, illustrateur sur le retour qui essaye de se remettre en selle et dont le seul plaisir en dehors des tartes au citron vert sont les comédies musicales. Car les comédies musicales, comme le cinéma ou la télévision sont des espaces de liberté où le petit Guillermo et avec lui tous les freaks de la terre peuvent et pouvaient s’évader pour rêver et échapper aux monstres  que nous offre le monde. Comme le terrible colonel Strickland, prototype du mâle américains des années cinquante ou les supérieurs de l’espion soviétique, le professeur Hoffsetler, chargé d’étudier la créature par les américains. Tous des monstres froids pour qui la créature n’est qu’un moyen et pas un être vivant en soi, un objet à disséquer ou bien à tuer pour que l’adversaire ne l’ait plus, un enjeu entre grande puissance. Mais bien entendu la créature est bien plus. Etre miraculé et miraculeux qui va vivre une histoire passionnelle avec la si réservée Elisa. Brin de femme plein de malice et de volonté que rien n’arrêtera dans son amour quitte à provoquer une inondation pour danser sa ronde d’amour avec son amant fantastique. Jusqu’aux dénouement où le mythe de la belle et la bête sur lequel nous a lancé le réalisateur trouve une fin inattendue et pleine d’espoir.

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Car somme si toute les histoires ont déjà été raconté, celle-ci plus que les autres est un des thèmes récurrent du cinéma d’horreur et fantastique depuis King Kong et le conte susnommé et qu’on retrouve dans à peu près toute les cultures. Excepté qu’ici il est raconté par un amoureux des monstres qui ne sont jamais ceux qu’on croit avec del Toro ou du moins jamais aussi terrifiant et abject que les monstres humains qui parcourent son cinéma comme son capitaine Vidal dans le Labyrinthe de Pan ou ici le colonel Strickland, fanatique de la pensée positive et fier mâle américain sûr de son fait en toute circonstance. Mais surtout dévoré par son ambition et la très haute idée qu’il se fait de lui-même. Un fanatique et un sadique qui ira jusqu’au bout de tout pour parvenir à éradiquer la créature. Mais si cette histoire a déjà été raconté c’est comment celle-ci l’est et ici on touche au sublime. Car ce n’est pas juste le récit d’un amour impossible que nous raconte ici del Toro c’est celui en miroir de son amour du cinéma, ce cinéma comme l’eau où on pouvait, être immergé au sens littéral avec ses monstres favoris et vivre une grande aventure impossible. Ainsi pour Del Toro le cinéma est à la fois un lieu d’émerveillement et un refuge, comme nous l’explique ce plan magnifique où la créature, largement inspiré de celle du Lagon Noire, regarde une scène de l’Histoire de Ruth (un peplum de 1960) dans un cinéma. La créature est passée derrière l’écran comme elle est sortie de l’eau et elle contemple ce monde merveilleux qu’est la fiction cinématographique. Seule véritable religion du petit Guillermo, lui qui avoue être né chez des ultra catholiques et n’avoir jamais été un très grand adapté au monde dans lequel il a grandi, le cinéma, la télévision devenait des refuges idéales. Il est donc ici à la fois la créature et son Elisa, cette jeune femme frêle et introvertie qui va pourtant se jouer de tous pour vivre son grand amour.

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Et si je fais mention de la religion c’est qu’ici, en quelque sorte et en troisième lecture, c’est avec celle-ci que Del Toro règle ses comptes, avec la religion et toute forme d’idéologies comme celles qui déchiraient le monde dans les années 60. En effet dans l’Histoire de Ruth la créature est un monstre auquel un culte barbare sacrifie des jeunes filles « pures » car dans la pensée chrétienne auquel se réfère ce péplum le monstre est forcément un être démoniaque puisque il n’a pas figure humaine. Quand au bad guy, le colonel Strickland, il ne cesse de s’en référer à la bible et au mythe de Salomon et des Philistin pour mieux parjurer et trahir tous les commandements en bon hypocrite qu’il est en réalité en plus de tout le reste. Jusqu’au moment où il devra reconnaitre la divinité de son adversaire, comme si le réalisateur renvoyait le thème du péplum et le christianisme à une seule vérité, ce que vous appelez monstre était appelé dieu avant vous. Et il en va de même au sujet des idéologies qui ne valent pas mieux l’une ou l’autre, incapable de se situer autrement que sur le rapport de force et la cause matérialiste. La créature doit servir au développement de la conquête spatiale et/ou doit être détruite dans ce seul but. Le monde des adultes sent la mort et la solitude semble nous dire le réalisateur, seul le cinéma, et particulièrement les comédies musicales nous offre de l’émerveillement et du bonheur, du moins tant qu’on ne découvre pas l’amour. Et peu importe avec qui ou quoi nous dit Del Toro, comme l’eau, il prendra la forme qu’on lui donnera. Et c’est avec un merveilleux sens du détail que le réalisateur nous raconte son amour impossible. Elisa qui collectionne les chaussures et en change chaque jour met des rouges le jour où elle enlève son amoureux pour le sauver. Quand il nous introduit à son personnage principal c’est pas les bruits sourds qui composent son monde qu’il le fait, et le bruit des talons qui claquent comme dans un film de Shirley Temple devient une délicieuse musique, la manifestation joyeuse et enfantine d’une femme qui ne retient le monde que par ses vibrations. Elle vit d’ailleurs au-dessus d’un cinéma dont les sons fabuleux se projettent mieux que jamais dans cette salle de bain rituel où chaque matin avant de partir travailler elle s’aime en solitaire. Et où elle aimera bientôt son être fantastique. Les mille et une variations autour de la couleur verte, symbole de l’étrange dans la monographie des années 60 comme nous le rappel une remarque d’un des personnages et qui est ici magnifié, du vert malade et laborantin de la base militaire, au vert aquatique de l’univers de la créature, ou des pulls d’Elisa, le monde de la Forme de l’Eau est vert et ruisselle d’eau magnifié comme la générosité et l’amour de son auteur ruisselle à chaque plan.

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Assez curieusement il y a quelque chose d’Amélie Poulain dans son personnage et dans son film. Qu’il s’agisse d’un univers entièrement recréé que de la forme ritualisé de la vie de son Elisa ou les couleurs utilisés. Mais Elisa est une femme effacée et pleine de secret et pas une jeune femme extravertie et ludique. Elle frôle les murs et ne découvre son point de rencontre qu’en apprivoisant une créature pas si sauvage que ça, et par la musique naturellement, ce langage universel. La comparaison s’arrête là d’ailleurs car le monde de Del Toro est paradoxalement plus adulte que celui de Jeunet même s’il se compose d’être fantastique. Quand la cruauté et la violence font leur apparition le réalisateur ne détourne d’autant pas les yeux qu’il s’agit de montrer qui est le véritable monstre dans cette histoire. Et cette violence Del Toro l’a connait d’autant qu’il a vécu et grandit dans un pays violent et qui le demeure plus que jamais à ce jour. La vie est cruelle dans le monde du réalisateur mexicain et seuls les monstres de cinéma semblent pouvoir nous sauver nous dit finalement le film. Ce qui, si on y réfléchi bien est un constat doux amer sur notre impuissance à nous sauver même à travers l’amour.

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Maintenant que dire du casting  à part qu’il est parfait également ? Sally Hawkins dont la performance lui a valu un oscar compose un personnage de femme mutine, volontaire, passionnée, impatiente et à la fois douce tout ça sans un seul mot, juste en comptant sur son art de la comédie et des partenaires qui lui rendent la réplique à la perfection, à commencer par la créature elle-même. Et il fallait tout le talent de Doug Jones pour donner figure humaine si j’ose dire à une créature amphibienne sous un costume de plusieurs kilos. Lui qui fut déjà Abe Sapien dans Hellboy et qui ici repose également sa performance sur ses silences et cette énergie particulière que savent transmettre les comédiens (les bons) à la caméra. Je ne glisserais pas sur la performance de Michael Stuhlbarg que j’ai personnellement découvert dans a Simple Man et qui est juste égal à lui-même en réserve et en passion, homme prêt à tout pour sauver lui aussi la créature, ni sur celle de Richard Jenkins avec son rôle difficile d’homo dans la prude société des années soixante, encore un autre freak. Mais je voudrais particulièrement rendre hommage à celle de Michael Shannon qui depuis Boardwalk Empire a démontré d’un potentiel fantastique dans le rôle du bad guy quasi surréaliste, j’entends par là une dimension que seul un Christopher Lee dans Dracula était parvenu à avoir. Et c’est d’ailleurs comme une sorte de Dracula que le filme le réalisateur, un monstre sorti de l’enfer humain, sa taille, son visage, tout est là alors qu’en quelque sorte il joue le rôle d’un Van Helsing sadique. Et c’est par lui que Del Toro nous donne une des clefs de son film. Quand il reconnait le monstre comme un dieu. Van Helsing et tous ses cousins ne sont en réalité que les seuls véritables monstres qui n’acceptent pas la différence, qui refusent ce qui ne leur ressemble pas et son prêt à tout pour le détruire.

Bref un film à voir et à revoir ne serait-ce que parce qu’il fourmille de détail qu’on ne saurait capter à la première lecture avec une bonne garantie tout de même de pleurnicher de bonheur à la fin.

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Pour August, Olivia, Emilie, Nikita, Karen, Savanah et toutes les autres….

Les imbéciles ont cette vertu de ne jamais réaliser le bien qu’on leur fait. Les imbéciles sont satisfaits de leur sort, c’est le propre de leur espèce, la médiocrité est leur nid douillet, la bêtise, la leur, leur sucre. Les imbéciles vous poussent parfois aux idées les plus noires, à vous casser à petit feu ou à grand, c’est selon la force de chacune ici et leur capacité à se protéger. Moi, c’est idiot, mais chaque fois que j’ai un orgasme devant un porno je dis merci, à la dame, au monsieur, au caméraman, à la scène qui m’a apporté un temps soit peu de bonheur dans ma misère sexuelle du moment. Les imbéciles insultent, crachent, et traitent de pute une femme qui ne leur a rien demandé et qui en plus n’ai même pas payé le plus souvent quand petit homme  (le plus généralement) ou petite femme fait sa petite affaire dans la secrète alcôve de sa pathétique petite envie de foutre. Cette sous-espèce d’humanité ne s’en prend jamais aux acteurs, forcément enviés dans une société patriarcale et performante de mâles dominants, et pour la plus part, en réalité dominés. Puisque bien entendu le sexe faible n’est pas celui qu’on croit. Cette sous-espèce se motive dans une lâcheté commune pour la seule satisfaction de sa médiocrité, faisant du mot « putain » une insulte choisie alors que leur sexe lui le complimente. Sans la putain, point d’orgasme dans les confinements crasseux de son adolescence même tardive, sans la « chienne » point de bonheur sinon celui de sa propre haine de soi, car bien entendu c’est eux qu’ils haïssent. Mais puisque les imbéciles sont trop lâches pour l’admettre, ils reportent leur haine sur autrui et c’est bien la le seul bonheur qu’ils sont capables d’exprimer. Ces imbéciles sont légion sur le net, qui leur laisse loisir dans l’anonymat de leur stupidité et de leur saleté, dans leur surpoids et l’inactivité sexuelle que leur procure leur acné purulente, de défouler ce qu’ils n’oseraient jamais admettre dans le monde réel, sinon assuré d’un nombre collégiale d’imbéciles de leur espèce. Mais, il faut bien, au risque de sembler platement aussi crasseux qu’eux, leur concéder une raison ; une totale méconnaissance de la sexualité et notamment de la sexualité féminine.

 

La rage d’aimer

Le féminisme patriarcale tel que nous le subissons aujourd’hui, celui qui permet à un gamin de 15 ans de traiter une femme « feminazi » parce qu’elle réclame le minimum de respect que l’on doit tout à chacun. Voir de pleurnicher comme une fiotte que les femmes ont trop de pouvoir sur ses toutes petites couilles (et il a bien raison sans quoi il ne serait pas autant frustré). Ce féminisme bourgeois et pudibond qui prête aux hommes les pires pulsions, et aux femmes les plus vierges intentions a fait et fait un mal considérable à la sexualité en général et à la sexualité féminine en particulier. Bercé de culture judéo-chrétienne et donc d’interdit tant religieux que bourgeois, il en est à réclamer aux hommes de ne pas oublier le clitoris, comme si tous les hommes étaient des handicapés du lit et à dépeindre la sexualité féminine comme une petite chose romantique et mignonne, à l’image d’Epinal que veut soutenir tant la classe dominante que l’église, une vision de castra. Or la sexualité féminine n’est pas, et ne sera jamais, à l’image conformiste que ce féminisme de pacotille veut en donner, en fait même elle est à l’exact opposé. Il suffit précisément de voir la sexualité assumée des actrices du porno (quand elle l’est, assumée) pour réaliser que nombre d’hommes et de femmes se font comme illusions sur la bestialité qui peut s’exprimer dans un lit. Et je ne parle pas de la bestialité au sens commun où on l’entend mais au sens animal. Si les femmes sont en effet souvent amoureuses de l’amour avant tout, leur moyen de l’exprimer dans un lit ne suffit pas à cette image pudibonde et tournée vers l’exclusif de la maternité tel que nous l’ont vendu les psys et nous le vendent aujourd’hui les magazines « consacrées » aux femmes dans son acceptation petite bourgeoise. De ma propre expérience d’homme certaines partenaires me faisaient parfois peur dans leurs fantasmes et ses accomplissements. Une sexualité que j’avais d’autant du mal à assumer que ma propre éducation me conditionnait à rejeter mon animalité sexuelle et à forceries celle de ma partenaire et ce pour les mêmes raisons que la petite bite qui se permet d’insulter une actrice du porno dans toute la bêtise de son anonymat. Non les hommes ne viennent pas de Mars et les femmes de Vénus, c’est même souvent l’exact contraire.

Actes et conséquences

Mais tout cela ne serait rien et inconséquent, comme le sont l’esprit des imbéciles, si justement cette agressivité motivée par une vision puérile tant de la sexualité féminine que masculine n’était pas assorti d’insultes, de menaces, de violence morales voir physiques à l’endroit des comédiennes du porno. Si en plus de cela la société conservatrice, bourgeoise et surtout gluante d’hypocrisie ne se permettait pas de juger les comédiennes du porno, tout en couvrant de louange des vieux lardons violeurs et violents comme Rocco Siffredi. Cette fricassées d’esprits puants qui juge la putain comme d’une disgrâce mais qui se permet de la vendre, l’acheter et surtout l’exploiter, particulièrement en France (voir à ce sujet mon article la Putain et le Bourgeois) de toute les manières qui soit et se gargarise plus tard de l’entendre dans le poste parler de sexualité une fois sa carrière passée tout en roulant des yeux complices et vicieux. Ce ramassis de connards et de connasses qui en file, aidés qui par l’Islam qui par le christianisme, faisant la queue pour cracher leur bile après leur foutre ou leur cyprine dans l’intimité de leur bêtise n’est pas pour autant sans pouvoir. Le pouvoir d’isoler, de stigmatiser, de détruire même des vies fragilisées par cette même morale imbécile. August Ames en a fait les frais récemment pour quelques tweets inconséquents, et l’a payé de sa vie, idem pour Karen Lancôme ou Savannah détruite dans les années 90 par la peur de ne plus plaire. Et voilà maintenant que Nikita Bellucci ferme son compte tweeter, comme Liza del Sierra s’était éloigné de Facebook à force non pas seulement d’insultes et de menaces mais également de dragues lourdingues de quelques vautrés puisque s’il est vivement encouragé de se livrer corps et âmes devant les caméras pour la satisfaction de notre misère sexuelle, il est rigoureusement réprouvé d’exister autrement. Comment développer une vie sociale sereinement dans ces cas là ? Comment ne pas souffrir de solitude, comment même développer à l’endroit des hommes une relation de confiance si cette relation est biaisée par ce regard affligeant de médiocrité et d’égotisme ? S’en foutre serait sans doute la meilleure solution, avoir unh entourage solide aussi, mais ce n’est pas toujours possible. Déjà que l’imbécile n’y parvient guère et l’exprime au mieux, alors sa victime. Personnellement je trouve que certaine s’exposent trop, c’est leur choix, mais les détails de leur vie privée, de leurs chagrins ou manques ne regardent et ne devraient regarder qu’elles, mais quand on fait un métier public, forcément on s’expose et on a n’a pas toujours envie de s’exposer de façon lisse et glamour. En attendant je souhaite aux uns (car eux aussi souffrent et on y pense que trop rarement) et surtout à elles toutes de se protéger au mieux, et tout le bonheur du monde. Merci encore et toujours pour le service que vous nous rendez. Quand aux imbéciles qu’ils aillent se faire cuire le cul en enfer.

 

 

 

Cocaïne

Pour Mélissa et Mélanie

 

Elle entra dans le corridor en roulant des épaules, fait pas chier inscrit sur son front. Elle portait le teeshirt informe du zonzon et leur espèce de pantalon connard numéroté comme une bestiole d’une espèce à part orange vif violent et blanc ta mère. Elle avait les avant-bras fins et musclés l’intérieur du bras droit occupé par deux dragons enlacés rouge et bleu, et le poignet gauche sur les veines une tête de mort, Punisher style. Elle avait un visage triangulaire, pommette haute, les yeux fendus noirs noisettes selon l’inclinaison de la lumière et son humeur. L’automne ou la nuit froide. La peau pain d’épice. Trois filles en tombèrent instantanément amoureuses. L’une d’elle avait un dos de catcheur avec une interminable ribambelle de roses tatouée sur ses muscles de forçat, une par fille qu’elle avait violé. Celle là serait pour elle tout spécialement, pas question que qui ce soit passe avant, on passa le mot, X avait posé sa marque, pas touche au bétail d’X.

En anglais le x se prononce ex et puisqu’on était dans un pénitencier américain du fin fond de l’Arkansas pour tous elle était Eks. Un mètre quatre vingt dix, cent vingt kilos de muscles, le crâne lisse, la peau crémeuse couverte de grains de beauté, des seins lourds et pendouillant avec un cul bas et laid comme celui d’une truie, quelques croix gammées du temps où elle était mariée à la cause avant de lui faire exploser le crâne une nuit avec du plomb de douze ; et les roses. Quand Eks en voulait une ça se savait vite, ça se sentait. Dans la cour, dans les douches, à l’atelier, au sport. Eks poussait, grognait, louchait parfois aussi et quand elle croisait sa future victime avait une espèce de sourire tordu, fou, effrayant qui renseignait vite l’intéressée sur ses intentions, son avenir. La nouvelle semblait s’en foutre totalement. Elle mangeait du chewing-gum ou chiquait parfois à la façon des vieux cowboys, crachant de long filet de salive jaune noir nicotine sur les pigeons et les rats qui s’aventuraient dans la cour, ses yeux indifférents lancés sur un point connue d’elle seule. Elle parlait peu, n’aimait pas s’épancher et quand on lui demandait d’où elle venait elle répondait invariablement « Fuck You ville, je te déconseille ». Le délit qu’il avait amené ici ? Complicité dans un braquage mais à dire vrai elle faisait chicanos des grands boulevards de L.A et ça ne posait pas plus de question de ça, pas plus que la colonne de feuille tatouée qui lui descendait depuis la nuque sur les omoplates. Tout le monde pensait toujours qu’il s’agissait de feuille de ganja, tout le monde se trompait. Mais c’était au gymnase que les filles se régalaient encore plus que sous la douche ; où l’attendaient déjà Eks et ses complices. Souple, musclée, toujours à mâcher ses chewing-gums tout en poussant la fonte et en frappant sec dans le sac qui en avait pourtant vu d’autres mais qui cette fois balançait comme s’il recevait les nouvelles d’une camionnette. On sentait le fauve, et la transpiration sur ses muscles longs et fins avaient une vertu encore plus érotique que l’eau crasseuse des douches. Pourtant Eks ne disait rien quand elle la voyait, même pas les yeux qui louchaient, elle attendait comme un boa qui mesure sa proie avant de l’avaler, caressant du regard cette musculature sinueuse qu’elle se promettait de nouer comme un nœud gordien jusqu’à ce que son cul, sa chatte, son clito n’en puissent plus de souffrance. Sur sa feuille d’entrée il y avait écrit qu’elle s’appelait Juanita Maria Uriquez Da Costa, on s’était renseigné sur elle, apparemment une première peine en dépit de ce qui se dégageait d’elle, un coup de pas de bol quoi, mais ça Eks s’en fichait bien que ça soit sa première ou dernière fois, elle était à elle. La nuit, dans le confinement de sa cellule elle regardait le plafond fixement en se passant sa grosses langue rugueuse sur ses lèvres mauves, chaque mouvement serpentant dans son imaginaire taré sur les courbes de la gamine comme un crapaud carnivore qui s’impatienterait sur le menu. Pourtant elle voulait attendre, rien qu’un peu, qu’elle soit mûre, qu’elle sente sa trouille monter doucement et elle savait que ce moment approchait. La petite avait beau crâner elle ne pouvait ignorer la rumeur la concernant pas plus qu’il y avait des paris sur ses chances de survie. Eks aimait broyer les filles parfois ; elle en faisait de la chair à pâté après lui avoir écrasé les reins avec sa prise spéciale que son con de mari lui avait appris. Juanita travaillait ses lombaires comme ses dorsaux tout en surveillant ses arrières à la façon d’un chat en terre inconnue. Parfois elle surprenait un ricanement, un rire ou une grimace de vice sur le visage des autres et sentait son pouls s’accélérer, l’adrénaline monter et ses nerfs avec. Alors elle chiquait et crachait de plus belle sa carotte de tabac, frappant les volatiles et les rats de la cour comme un cobra furax et attendait. Les jours passaient. La neige qui commençait à tomber sur le béton, l’eau crasseuse et grasse sur la peau rougie par le feu de l’exercice. La bouffe plate en splotch grisâtre dans des écuelles quadrillées, plastique blanc. Les matonnes vachardes et les autres, les lèches-cul, les gens. La puanteur des corridors, la promiscuité puis seule avec sa cellule, pas de livre, verboten, rien, elle seule qui continuait ses exercices. Une, deux, une, deux, sur les coudes, en poirier. Après quoi elle s’endormait comme une masse. Puis il y avait les gangs, les Aryan Sisters, Las Muertas del Norte, les Soul Sharks. Chacune sa race, ses codes, ses lois. Évidemment Eks était la patronne des A.S. Les ordures qui s’amoncelaient dans la cour et les corbacs. Las Muertas l’avait approché mais elle n’était pas du genre à se barbouiller la gueule de tatouage pour être dans un gang, pression ou pas. L’atelier couture avec le casque jaune batman sur le crâne pour pas entendre la vrille des machines à coudre. Et sa voisine de cellule Allison, une tête rose posée sur un flanc de cent kilos qui savait et se demandait pourquoi elle avait des feuilles de coca tatouées sur la nuque. Allison avait fait la mule pour des colombiens, elle connaissait. Elle essayait de lui parler mais la gamine n’était pas loquace. Les Aryans étaient les plus puissantes de la prison, Allison les renseignait comme elle pouvait, cette fille était sérieuse, cette fille était une tueuse, Allison en avait la certitude, mais Eks s’en fichait. Elle en avait fait cracher de plus balaises qu’elle-même, Eks savait se battre, et pas des coups de son mari con, elle avait fait du Kempo, du combat de rue… et la taule. Elle avait de l’expérience, et elle c’était une brindille.

La prison n’est pas l’école du courage ni de la solidarité si on n’appartient pas à un gang. La rencontre se déroula dans le gymnase alors que les gardiennes avaient toutes miraculeusement tournées le dos, Eks tenait la taule. Et toutes les filles étaient là pour assister à la curée. Juanita ou quelque fut son nom savait ce qui l’attendait, elle avait vu les autres s’écarter et Eks s’arrêter derrière elle alors qu’elle soulevait une barre de vingt kilos. La barre vola sans heurt et retomba lourdement en roulant sur ses poids. Eks l’attira par les cheveux et la retourna comme une crêpe de sa force énorme, sans un mot. Juanita pensa trop tard qu’elle aurait dû aller chez le coiffeur. Elle senti son cuir chevelu craquer avant d’être balancée contre une barrière d’haltères de toute taille. Ca fit kling et blang avant qu’elle ne parvienne à se redresser, un genou à terre, du sang plein le nez et la bouche. Elle cracha puis se releva, prête à se battre. Eks grimaçait son sourire tordu, les pognes qui claquaient comme des mâchoires de pitt bull. La fille évita le premier crochet qui passa au-dessus de sa tête comme un boulet avant d’accueillir le second en plein dans le foie. Grimace, deux pas en arrière, bras levés, déplacement, elle frappe en retour dans les côtes de toutes ses forces, sans l’ombre d’un mal. Elle frappe à nouveau, danse, Mohammed Ali et George Forman, Kinshasa. Le poing d’Eks part en gauche, trompe l’œil, c’est une droite qui lui arrive à l’orée de la mâchoire, la fille tombe en roulant, la tête qui bourdonne, les dents qui branlent, elle s’est coupée la langue et crache un mélange de sang, de salive et de reste de tabac à chiquer Red Man. Eks ne lui laisse pas le temps, coup de pied dans les côtes puis le menton, la fille pousse son premier cri à la grande satisfaction de son bourreau.

–       Je vais te défoncer la chatte salope, lui promet-elle en louchant, puis elle l’attrape par son teeshirt et la fait valser sur les appareils de musculation. Elle roule sur elle-même et se redresse, chasseresse. Eks ricane.

–       Mais avant ça je vais te bousiller ta belle petite gueule de pétasse, et balance du bout du pied une haltère de cinq kilos.

L’engin file grande vitesse, very shone, une belle courbe, elle a tout juste le temps de l’éviter et de la prendre en plein sur l’épaule, elle t’entend qui craque, grogne, alors qu’en deux bonds le monstre est déjà sur elle ! Comment elle arrive à se déplacer aussi vite avec son poids ? Elle n’a pas le temps d’attendre la réponse qu’Eks la saisie par le crâne et lui maroufle la gueule massif, un coup, deux, trois, une pommette s’écrase et se fend, son nez ploie et une narine se déchire avant qu’elle n’arrive à se dégager, hip hop capoeira, une main au sol, un pied qui débarque de nulle part comme un fouet à l’os et au muscle sur le gras de sa grosse nuque de gouine nazi. Une roue, la nazi gueule.

–       Salope je vais te tuer !

Eks ne parle jamais en l’air, cette rose là ça sera un massacre pré et post mortem, et il faudra qu’elles regardent tout ! La fille se remet le nez en place et se mouche de sang. Toujours pas un mot, juste quelques halètement et les pupilles en tête d’épingle, l’adrénaline au maximum. Eks fonce, elle bouscule tout, avant d’attraper une haltère et la lui la balancer à toute force exactement sur son épaule une nouvelle fois et là elle hurle, l’épaule brisée, aile disloquée, fini la capoeira et les roues savantes, Eks avance un autre poids dans la main et cogne avant que la gamine ait le temps de se redresser. Le crâne fait un bruit sourd, le front se fend, elle est étourdie, Eks lui arrache son teeshirt d’une seule main et lui empoigne un sein comme pour le lui déchirer.  La fille hurle, le coude qui part de lui-même comme un réflexe de ressort mais le coup rebondit sur les muscles de titan de la nazi qui la projette au loin tout en lui arrachant son pantalon d’une seule main ; petite culotte et hématomes. La môme voit double, titube, Eks se jette sur elle le genou boxe thaï qui s’enfonce dans son estomac en la faisant gerber, souillant le sol d’une bile jaune et noir. Elle est furieuse et épuisée mais elle sait qu’elle n’en a plus pour longtemps avant de sentir ses doigts lui déchirer la chatte. Eks rigole et la fait valser de la cheville Kempo, ses côtes craquent. Elle l’attrape par la taille, le moment qu’elles attendent toutes, le moment ou elle va la serrer jusqu’à lui disloquer la colonne. La môme gonfle ses muscles du mieux qu’elle peut mais elle étouffe déjà, Eks lui assène un coup de tête qui fait craquer son nez, puis un autre tout en resserrant sa prise de toutes ses forces. D’autres côtes explosent, littéralement, elle va mourir et elle le sent. Un autre coup de tête et encore un autre, elle a le nez en sang et la peau du crâne qui montre l’os, puis soudain il se passe l’impensable. Soudain elle lui mord le nez de toutes les forces qu’elle a accumulé à force de mâcher et de chiquer. Elle savait qu’une arme n’aurait servit à rien, Eks l’aurait su et s’en aurait servit contre elle, alors elle mord et mord encore faisant couiner la pute avant de lui arracher. Eks hurle et relâche légèrement sa prise, assez pour qu’elle glisse son bras par-dessus le sien et lui plonge la main dans la plaie béante de son nez. Elle l’enfonce, creuse, elle gueule tout en mâchonnant le bout de viande et de cartilage.

–       CHINGA DE TU MADRE !

Le bout de ses doigts s’enfoncent dans la matière cérébrale puis elle tire, dénichant un morceau de cervelle avant que la géante ne tombe à la renverse devant l’assemblée tétanisée. Plus un mot dans pièce, Eks git le visage dans une flaque de sang rosée, on entend la gamine reprendre son souffle, l’une après l’autre les filles quittent la salle sans un regard.

Deux semaines d’infirmerie puis la sortie, officiellement la nazi était morte en tombant dans les escaliers et apparemment la gamine avait des amis haut placés à en juger par la rapidité de sa peine. Et de la limousine qui l’attendait à sa sortie. Moulée dans un ensemble noir, boitant et le visage couvert de bleu, le nez aplati. Le chauffeur portait des lunettes noires, la peau fraiche, le visage carré, il démarra sans un mot et s’enfonça dans le paysage enneigé. Le type dans son gros manteau en poil de chameau gris souris attendait sur le bord de la route devant une Mercedes, une sacoche à la main. Il entra dans la limousine et poussa un petit bruit en apercevant son visage tuméfié.

–       Vous allez bien ?

–       L’argent.

–       Oui, bien sûr, dit-il en ouvrant aussi tôt la sacoche. Cent mille dollars en petite coupure. Elle n’avait pas besoin de compter, elle savait que madame la sénateur ne jouait pas. Sa fille avait croisé Eks….Sa fille était dans un hôpital psychiatrique, catatonique.

Il regarda les formes de son corps, il l’avait déjà rencontré, il était l’intermédiaire et rêvait de se la faire en dépit que c’était une tueuse professionnelle.

–       Je peux vous inviter à déjeuner ? On vous doit bien ça… Demanda-t-il comme si ça le concernait. Le chauffeur se retourna et enleva ses lunettes, des yeux de filles.

–       Casses toi toto t’es pas du club.

Une voix de femme, il reparti sans demander son reste. Elles attendirent en silence que la Mercedes disparaisse puis la première dit.

–       Bah toi qui voulais te faire refaire le nez….

–       Ta gueule, emmène moi chez le tatoueur.

La limousine démarra.

–       Tu sais un jour Cocaïne ça va mal tourner et tu l’auras pas volé.

La gamine se marra.

–       Ca tombe bien je ne suis pas une voleuse.

La feuille de coca était tatouée à la pointe de son omoplate droit. Elle avait fait ajouter une morsure, un coup de dent dans la feuille. L’autre secoua la tête désabusée, elles s’embrassèrent à pleine bouche puis retournèrent dans la limo, Cocaïne avait une faim de louve, elle rêvait d’un T-Bone bien saignant.