Noyautage

Emmanuel Macron connait son abécédaire de stratégie politique sur le bout des doigts, et au bout de ses doigts aujourd’hui il marionettise la France en espérant que ça ne se voit pas trop. Pourtant le trait est grossier, et il s’articule en trois points, ouvrir un « un grand débat » national, disperser l’opinion Gilet Jaune en favorisant une liste aux européennes à travers deux de ses figures et enfin, contre tous les Eric Drouet et Maxime Nicolle présent et avenir créer une loi « anti casseur » de plus à rajouter à l’arsenal de lois répressives déjà fort copieux en France. Pour le grand débat national on sait déjà ce qu’il en est, c’est à la fois manière de faire campagne au frais des français pour ses listes européennes mais également de resserrer des liens avec un substrat politique qu’il ne connait en réalité pas du tout. Car à tout point de vue Emmanuel Macron est un hors sol. Il n’a jamais dû aller au charbon pour convaincre des administrés, il n’a jamais connu l’épreuve de l’élection avant la présidentielle, il a pantouflé dans une banque et un ministère, il est un pur produit du système, une machine bien huilée. Une machine bien huilée qui d’ailleurs ne se cache même pas de le dire, il n’aime pas la France, elle est ingérable, sa langue ne le charme plus, on aurait presque envie de se demander pourquoi il n’a pas fait comme tant d’autre s’exporter à l’étranger pour gagner plein de fric. Mais d’un autre côté il faut se souvenir que ses amis sont eux même hors sol, et pas plus Patrick Drahi, le réfugié suisse que Vincent Bolloré, le beauf proche des milieux catholiques conservateurs, n’aiment beaucoup les français dont ils ont une opinion peu reluisante. Il ne faut donc pas s’étonner qu’aujourd’hui nous avons, comme le faisait remarquer François Ruffin, une sorte de néo Adolf Thiers à la tête de l’état, la bourgeoisie en revient toujours à ses fondamentaux pour gouverner : la division et la répression.

Pour la division, il fallait donc resserrer avec une base qu’on avait jusqu’ici méprisé ouvertement, les maires. Avec au menu, pour commencer, une belle présentation avec les bouseux des petites villes, ceux censés être au contact notamment des Gilets Jaunes, et dans le rôle de l’homme providentiel, Macron dans un numéro très leader Maximo qui a fait les tralalas des médias qui n’en pouvaient plus de la performance, comme si la coke n’existait pas ou plus simplement qu’Emmanuel Macron n’était pas un habitué de ce genre de grand oral. Pour autant on l’a vu, dès le départ les questions, les réclamations furent sélectionnées, les maires triés sur le volet, bref une fois de plus un « grand débat » parfaitement noyauté par les préfets et les ministres comme un goulot d’étranglement sans possibilités de sortie. L’idée n’étant bien entendu absolument pas de débattre et surtout pas avec la population mais, encore une fois, de battre la campagne des soutiens pour les européennes, tout en donnant figure à la population française, et aux médias qu’on faisait à la fois quelque chose pour sortir de la crise des Gilets Jaunes et qu’on les écoutait « sans tabou ». Une question à ce propos, juste une… vous avez entendu parler d’une tournée dans les Dom-Tom pour le grand débat ou bien ce qui s’est passé à la Réunion a été éteint à coup de gendarme mobile et de mise en examen ? Bien au contraire, on est déjà passé à la phase deux du noyautage des maires, on déjeune avec le gratin, cette fois pas plus de soixante maires. Cette fois plus de leader Maximo relayé par les médias, on fait dans l’intime, d’autant qu’il s’agit donc je le rappel de resserrer des liens inexistants jusqu’ici avec cette fois les notables parmi les maires. Mais ça ne pouvait suffire puisque la cible de tout ce déballage stratégique qu’emploie Emmanuel Macron est avant tout moins de gagner les européennes que d’évincer une épine dans le pied, et une épine de taille : les Gilets Jaunes.

Et voici qu’entre en scène Ingrid Levavasseur, gilet jaune de la première heure, aide-soignante en colère, soutenu par Hayk Shahinyan, autre gilet jaune de la première heure et qui viennent à eux deux de commettre une prodigieuse erreur en présentant cette liste soutenue du reste par un macroniste de la première heure également. Puisque non seulement elle est antinomique avec les fondamentaux du mouvement, mais n’a aucune chance d’être entendu ni aux élections, ni dans l’hypothèse improbable qu’elle soit élue, elle sera minoritaire, sa voix ne pèsera strictement rien au parlement européen. De plus cette erreur va permettre de disperser les votes contre Macron et mathématiquement risque de le faire gagner. J’ignore par quel biais et donc qui finance cette campagne au demeurant exorbitante mais Macron a réussi ici un coup facile en s’appuyant sur le manque d’éducation politique de ses adversaires.

Enfin il restait les irréductibles, ceux qui refusent de se faire acheter par les médias ou la politique, ceux qui justement, à mesure des semaines font leur propre éducation politique, la réinvente et ne s’en laisse pas compter, s’adressant à Emmanuel Macron comme à un égal, ce que redoute par-dessus tout l’intéressé. Car il ne peut pas descendre dans la cour des « petits » se serait reconnaitre l’impensable, qu’il est à leur niveau, pire qu’il n’est après tout rien de plus qu’un employé, le nôtre. Pour ceux-là, pour les Eric Drouet qui le menacent aujourd’hui d’une Nuit Jaune, son parlement aux ordres se dépêche de sortir une loi « anti casseur » qui va consister à mettre une bonne fois dans le même sac Gilets Jaunes et casseurs. Une loi qui se propose déjà d’interdire de manifester et de ficher les « éléments perturbateurs » c’est-à-dire ceux qu’on assimilera à des casseurs et tant pis si on tombe dans une nasse, tant pis si on se prend un tir de flashball dans la tronche alors qu’on faisait ses courses, la matraque est indifférente, n’en déplaise à Christophe Castaner et à ses caméras. Car les LBD seront désormais équipé de GoPro sans qu’on sache si la caméra sera bien branchée et qu’est-ce qui conviendra ou non à l’autorité de contrôler, on a vu ce qu’il en était avec le capitaine Andrieux, casseur de tête impuni et comme il se vantait lui-même, intouchable. Eric Drouet qui doit bientôt passer en jugement et Christophe Dettinger qui croupit déjà en prison ont toutes les chances d’être interdit de manifestation tôt ou tard (pour Dettinger ça risque même d’être plus grave) et d’être fiché et alors terminé les héros des Gilets Jaunes, leur porte-parole, il ne restera plus qu’à réduire les deux autres aux silence, favoriser la parole d’une Jacqueline Mouraud qui n’a jamais réclamé autre chose que la lumière sur elle, et à Ingrid Levavasseur pour lui faire croire à son combat, et le mouvement, faute de structure, espère-t-on en haut lieu s’éteindra de lui-même.

Emmanuel Macron est un joueur de go, ce jeu japonais qui consiste à encercler son adversaire jusqu’à ce qu’il ne puisse plus déplacer une pièce, et ici son adversaire est légion puisqu’il s’agit d’une portion significative de la population française, suivi d’une opinion trop favorable aux Gilets Jaunes pour que ça ne soit pas inquiétant pour son pouvoir et ceux de ses amis. Car c’est un mouvement dangereux. Pour la première fois depuis la Commune de Paris, depuis 1871, la France connait un mouvement populaire autonome, et cette fois non pas venu de l’intelligentsia étudiante comme en 68, non pas bercé d’illusion idéologique comme 68 encore une fois, mais plutôt comme la Fronde du XIVème siècle, venu des profondeurs d’une France qui veut non seulement pas mourir mais surtout se réinventer à l’aune du XXIème siècle. Une fronde qui rappelle à Emmanuel Macron ce mot de Montaigne : Sur le plus beau des trônes on n’est jamais assis que sur son cul. Pour autant il reste encore trois ans à ce résident pour verrouiller ce que ses amis lui ont demandé de verrouiller. Trois ans pour faire de la France un laboratoire libéral à la sauce thatchérienne, où la contestation sociale sera bouclée par la loi et la répression, trois ans d’orage et de violence car le régime de l’actuel résident est bien naturellement éminemment violent. Violent socialement pour commencer, violent par son mépris, mais également violent physiquement Il faudrait à ce sujet compter tous les blessés depuis la loi travail, émanation s’il en est du programme de laminage qu’a entreprit Emmanuel Macron contre le travail et les travailleurs au compte de ses soutiens financiers. Comment s’est systématiquement figuré sa réponse sur le terrain de la rue, quand le peuple manifeste, notre résident ne connait qu’une solution : la matraque. Trois ans c’est court, encore faudrait-il un nouveau mandat ce que Macron ne peut clairement pas espérer aujourd’hui, il joue donc en ce moment même une partie risquée où se joue son avenir politique et surtout le projet de ses amis. Ce projet morbide et mortifère qui consiste à faire plier la France sous le joug du capitalisme financier, défigurer son paysage à coup d’éoliennes faramineuses financées par des fonds de pension exotiques, vendre son patrimoine, traduire sa classe moyenne en procès d’inefficacité et la paupériser de toutes les façons qui soit, soumettre le peuple à la botte de ce capital dévorant qui fait qu’aujourd’hui 26 personnes sont plus riches que 3,5 milliards d’habitants réunis. Un capitalisme surtout qui ne veut pas mourir et que le mouvement des Gilets Jaunes espère botter jusqu’au sang. La partie est-elle déjà gagnée ? Macron a-t-il réussi son pari ? La fatigue s’installe après tout chez les Gilets Jaunes, le manque de direction politique au sens gestion de la cité, l’absence même d’éducation politique constituée, structurée (bien que cela change de jour en jour je dois l’admettre) pourrait très bien diluer la contestation faute d’avancée significative. Ou pas. Car n’en doutons pas, les Gilets Jaunes ne sont que la première vague d’un raz de marée qui pourrait nous engloutir tous.

Qu’Emmanuel Macron et ses amis le veuillent ou non la situation de notre planète et la paupérisation économique forment une combinaison explosive. De l’ONU au FMI, toutes ces organisations supranationales qui par ailleurs s’y entendent pour asservir des nations entières, comme le savent bien les grecs ou les vénézuéliens, le répètent, en l’état les inégalités grandissantes ne peuvent qu’être préjudiciables à la démocratie telle que nous la connaissons. Certes nous vivons en oligarchie plus qu’en démocratie mais disons que le semblant de substrat démocratique qui subsiste vaillamment dans le cadre du contrat républicain volera bientôt en éclat quand la moitié de la France subira par exemple la sécheresse et que son ensemble sera asservi au pouvoir de la finance. Quand des milliers de réfugiés climatiques viendront chercher refuge qui au nord du pays qui sur ses frontières qu’ils soient du reste extérieurs au pays ou français car le danger est bien partout comme le savent déjà les agriculteurs sur qui par ailleurs la pression est constante. Macron est un homme d’une autre époque, il vit encore au XXème siècle et ses paris électoraux, sa volonté sans faille de réformer ce pays au capitalisme financier, ses joutes oratoires et sa stratégie trahissent tous une totale incompréhension de ce qui nous attend. Comme ses amis il vit dans une sorte d’immédiateté mielleuse, d’avenir sans passé, d’avenir sans avenir en réalité où lui et les siens, la classe bourgeoise comme ses maîtres pensent pouvoir se proroger ad vitam sans que la planète se rappel à eux. Cela pourrait s’assimiler à une forme de suicide français si en réalité toute la classe politique européenne classique, de l’extrême-droite de Savini en Italie en passant par les conservateurs britannique ou la sociale démocratie allemande, n’étaient pas tous en train de nous jeter dans le mur au nom soit de leur idéologie morbide soit des intérêts de leur soutien, soit des deux. Alors, comparativement la vague jaune que connait la France, son pacifisme forcené, n’en déplaise à Castaner, semblera un doux passé au regard de la violence de ce qui se passera dans nos rues et peut-être jusque dans nos lits. Ce sera le temps de la colère, elle sera immense et surtout elle interviendra bien trop tard pour faire changer les choses. Bref, n’en déplaise à Macron, et à tous ceux qui font les gros yeux devant les Gilets Jaunes mais ce mouvement est peut-être le dernier espoir pour ce pays de sortir de l’impasse dans lequel 40 ans de politique du copinage nous a plongé sans sombrer dans le chaos qui nous pend au nez.

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Le grand carnaval ou le bonheur des ogres.

Pour la première fois peut-être depuis l’instauration du suffrage universel, et certainement depuis le début de la 5ème République, la France est présidée par un homme qui n’a pas été élu par la majorité mais par une poignée de français.  En additionnant les vote blancs, les abstentions, et ceux qui ont préféré Le Pen, Emmanuel Macron, le nain-soleil, a été élu par 44% des français et encore moins si on fait la somme des deux tours. Pour la première fois depuis le début de la 5ème, non seulement ce vote a été purement et simplement volé par une comptabilité scélérate mais qui plus est les lois ne sont dans les faits pas respectées. Et absolument aucun responsable politique de Le Pen à Mélenchon pour relever l’escroquerie et demander une mesure de destitution.

Pour la destitution ça va être un peu compliqué parce que la loi de 2007 stipule qu’il peut-être destitué s’il manque à ses devoirs. Ce qui en soit est libre de toute interprétation selon le contexte. Par exemple, dans une entreprise, un cadre payé douze mille euros et qui se tire en vacance à peine trois mois après être rentré en fonction, manque clairement à ses devoirs. Pas au sommet de l’état, visiblement. Pour ce qui s’agit de relever l’escroquerie, considérant le peu d’électeurs avec 24,5% d’abstention et 11% de votes blancs on peut comprendre que ces deux caciques de l’opposition autorisée par le patronat ne soient pas chaud patate à l’idée de remettre en question un système qui les a portés de justesse. Et pareil pour les législatives. Apparemment la vieille soupe ne fait plus recettes. Quelque soit l’ingrédient magique que le patronat mettra dedans d’ailleurs. Nationalisme pseudo gaullien avec de vrais bouts de fascisme dedans pour faire très, très peur, à l’instant Macron. Ou marxisme pouet à la sauce éco-responsable et économie participative avec de vrai bout de diva 2.0 dedans, celui qui fait les gros yeux aux journalistes stagiaires, pour faire rire à l’instant Gattaz.

Remarquez ça donne un spectacle assez croquignolet en ce moment au Palais Brongnart. Je peux vous en parler moi mes muppets quand j’étais gamin c’était l’assemblée le mercredi. Bah ça a beaucoup changé hein. Aujourd’hui on a les cravates contre les sans cravates, c’est comme les sans culottes mais en plus poli. Les sans cravates râlent que c’est trop injuste qu’on retire cinq euros d’APL ou de supprimer les emplois aidés, les cravates disent, ah oui mais c’est comme ça, et la loi passe. Quelques cravates et sans cravates disent qu’il faudrait obliger les élus à avoir un casier judiciaire vierge, comme par exemple un agent technique dans une mairie, les autres cravates, unanimes se lèvent et font oui mais non ça serait anticonstitutionnel. Oh c’est pas du jeux répondent les sans cravates et quelques cravates, c’est toujours vous qui gagnez ! Bon d’accord, rétorquent les autres alors on va dire que si y disent nègre ou youpin bin y seront puni, même pas droit de venir. Pff même pas peur, répond Marine, et dans les tribunes, la Licra ouéééé bravo, vive la France ! C’est historique ! Tralala pouet ! Bien fait Marine, bien faaaait euh !

Vous n’avez pas un tout petit peu l’impression qu’on se fout de votre gueule ouvertement ? Pas les cravates et les sans cravates, enfin presque pas tous, non je parle de messieurs Bolloré, Pinaud, Lafarge, Lagardère, Niel, Arnaud, et notre président de la république bien aimé, Pierre Gattaz ?

Pour 12000 euros t’as plus rien.

Selon la garde des sceaux et tout plein d’expert, la loi confiance, comme les couches du même nom apparemment, présentait de fort risque d’inconstitutionnalité. Soit. Mais quand elle parle de « fort risque » elle parle de quoi exactement ? C’est important les mots, la façon dont on les présente à un public gogo. Admettons qu’ils aient voté la loi, pouf le conseil constitutionnel l’examine et fait ah non c’est pas bon, faut refaire. Et alors ? C’est ça le risque ? Qu’une loi soit retoquée par le conseil, comme par exemple la loi sur le logement que voulait faire passer Duflot et qui est ressortie remodelée et inoffensive à son second passage. ? Moi qui imaginais un genre d’explosion hollywoodienne, ou une épidémie biblique, c’est plutôt nul comme « fort risque. ». et sinon, je voulais savoir, niveau constitution justement, elle a été apportée par Moïse et gravée dans le marbre par le doigt divin ?  Ah oui mais non, la constitution de De Gaulle elle est magique. Elle donne au chef de l’état un pouvoir et une représentation de monarque, et ça monarque, ça lui plait bien l’employé du mois. Avec Maman ils ont même décidé sans rien demander à personne qu’elle ferait genre reine mais moderne quoi tu vois, first lady genre. Je ne sais pas pour vous mais quand j’entends le terme « Première Dame » je me demande, pourquoi il y en a d’autre ? Il tient un harem ? Première dame par rapport à qui exactement ? Par rapports aux autres dames du pays ? Pourquoi parce que c’est le fait du roi ? Qu’il va la baiser en premier et les autres doivent suivre la file ? Aaaah non je sais, parce qu’elle va aller serrer des louches dans des cocktails pour dame riches et généreuses pendant que leurs maris sont occupés à déposséder un peu plus leurs chers pauvres. Les pauvres, les malades, les affamés, les réfugiés sont à ces épouses là ce que les chiots sont à vos enfants. Et tous les ans on déplore autant de chiens abandonnés que de nouveaux affamés, de nouveaux pauvres, de nouvelles victimes du trafique humain. Et à propos de ce nouveau statut, cette charte de « transparence » qu’a émit l’Elysée pour Maman, vous avez entendu les cravates et les sans cravates mugir à l’assemblée ? Un vent de révolte a parcouru cette royale « démocratie » ? Non tu comprends c’est l’été tout ça… On verra pour les grèves à la rentrée, mais pas à Noël hein, on reçoit les Durand et y’aura dinde.

 Oui, elle est bien pratique cette constitution et ce principe du suffrage universel. Elle permet à des condamnés multirécidivistes comme Dassault ou Balkany de continuer de voter des lois scélérates en s’enrichissant. Elle autorise le CAC40 a faire élire son employé, après que leurs autres employés, les médias, aient orchestré la plus formidable campagne électorale en faveur du dit employé depuis Nicolas Sarkozy. Elle protège financièrement tout ce beau monde qui, en cas de coup dur, pourra non seulement toucher une rente à vie mais trouver un emploi dans la finance en cas de pépin. François Fillon, par exemple, un homme de conviction comme chacun sait, avait un certain talent pour la levée de fond mais guère pour ce qui s’agit de maquiller ses comptes. Ce pourquoi il va travailler bientôt pour une filiale de la Société Générale.  La Société Générale, pour maquiller les comptes, on le sait depuis les Panamas Paper aussi bien que Kerviel, c’est des as. Sarkozy aussi s’est fait une raison à son narcissisme, il parle également de bosser pour la finance et faire « plein de pognon » comme il aime le dire avec sa poésie coutumière. Narcisse 1er lui ronchonne un peu, à un gamin qui lui parlait de son salaire il répondait que c’était pas avec douze mille malheureux euros qu’il fallait compter s’enrichir. C’est vrai quoi, trois mois de salaire à 12000 euros pour partir en vacance à Marseille c’est nul. Les gens ne se rendent pas compte du prix de la bouillabaisse au caviar.

La France ou la corruption institutionnalisée

Le budget de la justice française est égal à celui de la Moldavie. Vous me direz comme on n’arrête que des voleurs de poule ça reste dans le ton. 60% des détenus sont des jeunes issus des couches populaires et ayant entre 16 et 19 ans. Et pour compenser sans doute on a créé 29 lois pénales depuis 2000, en durcissant les sanctions et la durée des peines. En revanche, le scandale du Médiator déclaré en 2010 ne sera jugé, peut-être qu’en 2018 ou 2019. On attend que tout le monde soit morts La prison de Fresnes est insalubre et surpeuplée à 200% de ses capacités, le Conseil d’Etat a refusé de faire quoi que ce soit. En revanche l’affaire Françoise Nicolas dont votre télé ne vous a jamais parlé, déclarée en 2009 et qui implique un détournement de fond avec l’aide de l’ambassade de France au Bénin et du Quai d’Orsay, menace de mort, et tentative de meurtre sur la personne de mademoiselle Nicolas n’a toujours pas été jugée en 2017. Où en sont les affaires Fillon et Sarkozy ? Je l’ignore comme vous, dans les limbes de l’oubli, des procédures baillons et des recours dilatoires à répétition. Les procédures baillons, vous savez comme dans l’affaire Kerviel quand ils lui ont réclamé quatre milliards de dommage. Ou dans l’affaire Clearstream quand la partie adverse réclamait 300 millions à Denis Robert.

Le CSA puni C8 de publicité pendant trois semaines en raison du sketch homophobe de son pitre vedette, Bolloré réclame 13 millions au CSA, trois semaines de bénéfices perdus selon lui. Il n’en a pas besoin bien entendu mais il est comme ça Vincent, il aime montrer qu’il en a une grosse et que c’est lui le chef. Il peut, lui comme toutes les holdings précités ou impliqués dans les scandales financiers qui émaillent régulièrement ce pays depuis des lustres, sont couverts par trois choses : une montagne d’argent, des armées d’avocats et un code de procédure pénale  épais comme un bottin et qui s’épaissit chaque année. En revanche, comme le fait remarquer le magistrat Eric Alt personne n’envisage de le simplifier, au contraire du code du travail. Pas plus qu’on ne parle de simplifier la fiscalité et les procédures judiciaires idoines.. D’ailleurs le parlement a voté contre la levée du verrou de Bercy, réclamé (pour une fois) par le Sénat. Touche pas au grisbi salope ! C’est nous qui disons qui on doit poursuivre en justice. Tiens, à propos de procédure, elle en est où Marine avec le Parlement Européen ? Les élections sont passées ça y est ils sont réconciliés ou bien Marine fait de l’obstruction ? Ou bien peut-être qu’on manque d’huissier, de juge disponible pour les affaires financières… Tu sais en Moldavie….

Il existe une autre institution, en dehors de l’état et du CAC40 qui peut compter sur la justice française pour la protéger, la grande criminalité. Si la marmaille des petits dealers continue d’être enfermé par wagon entier par une police du chiffre, le trafique de drogue se porte fort bien, et les mafias également merci. Au Havre les affaires de cocaïne se multiplient au rythme du trafic, à Grenoble les magistrats tirent la sonnette d’alarme. L’ex patron des stups, François Thierry a été mis en examen pour avoir protégé et aidé à s’enrichir son tonton, un très gros trafiquant de marocain. L’implantation mafieuse est forte en Ile de France, dans la Loire Atlantique, en Isère, Rhône Alpe, Alsace et équivalente à celle du sud de l’Italie où sévissent quatre mafias, dans la région PACA. Et tiens dis donc c’est justement dans cette région que Maman et son prodige sont allés se reposer après la terrible épreuve des discours vaseux et des serrages de mains. Bon, ne soyons pas mauvaise langue, le fait qu’un journaliste ait fait de la garde à vue, son appareil fouillé, parce qu’il avait osé photographier le couple royal n’a rien à voir. Que deux ministres d’état louent pour leur vacance une villa appartenant à un ancien trafiquant de drogue non plus. C’est le hasard, la faute à pas de bol, tu comprends en cette saison en Corse c’est super dur de louer une villa avec piscine. Et puis Marseille c’est si charmant, Maman adore ! C’est génial ! Comment ça je porte des accusations calomnieuses ? Comment ça l’état français ne fricote pas avec les voyous, jamais, parce que c’est pas républicain. Et si on parlait d’Etienne Léandri, de Charles Pasqua, d’Elf et du réseau corso-africain ? Ah ils sont tous morts, c’est le passé ! Même Elf a été racheté par Total… Bon plus prêt de nous, les beaux costumes au beau François offert par maitre Bourgi. Pour situer, Robert Bourgi c’est la nouvelle courroie de transmission de la France Afrique après Foccard et Pasqua. Une courroie qui les relie aux parrains du sud de la Corse. Mafia corse qui au demeurant contrôle la plus grande part du trafique de stupéfiant en France. Une vieille tradition française qui remonte à l’avant-guerre, les parrains corses et la drogue. Une vieille amitié avec les politiques également. Heureusement les saisies sont spectaculaires, la consommation également. Comme le fait remarquer Fabrice Rizzoli membre d’Anticor et de CrimHALT, auteur du Petit Dictionnaire Énervé de la Mafia on préfère faire des grosses saisies simplement parce qu’on manque de greffier et que ça fait des jolis photos. Comparution immédiate, instruction courte, pas d’écoute tout ça, et puis d’abord pour écouter quoi ? On a attendu 2004 en France pour admettre l’implantation mafieuse, et encore du bout des lèvres. Les témoins ? Les repenti ? Institué en 2000 le programme de protection des témoins marche sur une jambe. La jeune femme qui avait balancé Abdelhamid Abaaoud s’est retrouvée sans protection, son identité révélée. Grâce à sa loi sur les biens mal acquis, l’Italie prend six milliards par an à la mafia. Une loi sur les biens mal acquis ? Au pays de Patrick Balkany et de sa villa Pamplemousse ? Au pays de Serge Dassault, des costumes à cinquante milles boules et des frais de maquillages à 26.000 euros ? Vous êtes fous ? Et le château que notre bon président de la république Pierre Gattaz vient de s’offrir pour 11 millions d’euros, vous y pensez !? Bande d’ingrats ! La France d’en bas n’existerait pas sans celle d’en haut, si, c’est monsieur Dassault qui l’a dit. Tiens à ce propos de cette note de maquillage de 26.000 euros. Pourquoi les gens trouvent ça trop cher ? Personne n’a jamais entendu parlé du terme fausse facture dans ce pays ? Double comptabilité ? Non ? Pourtant c’est un vocabulaire que Jacques Chirac, Alain Juppé, François Fillon, Nicolas Sarkozy, Edouard Balladur, etc… nous ont bien apprit..

Mais enfin rassurons nous, pour en revenir au seul trafique de drogue, le vieux monsieur de l’Intérieur a une super idée. Faire comme si la loi de 2015 sur les amendes envers les usagers avait été votée cette année à son initiative. Comme ça c’est pratique d’une main on enferme les enfants de pauvre et de l’autre on racket leur client. Et hop, pas d’émeutes, pas de brasier de 2005, ils sont tous déjà au trou.. d’ailleurs le porte-parole de notre firmament indépassable, Christophe Castaner, l’a dit : « Rien ne menace la liberté si cela permet de lutter efficacement contre le terrorisme ». Kim Jong Il n’aurait pas dit mieux. George Orwell par contre doit hurler dans sa tombe.

La guerre des classes est engagée et les patrons sont en train de la gagner.

Du début du siècle aux années soixante, la guerre des classes a été engagé à l’initiative des ouvriers et de quelques intellectuels bourgeois et ouvriers. Cette guerre des classes, cette lutte sociale a accordé un salaire en propre aux femmes, leur droit de vote, les congés payés, la sécu, la semaine de quarante heures, la fin du travail des enfants, etc…Ce que l’on appelle aujourd’hui avec mépris mâtiné de condescendance le « gauchisme » a porté absolument tous les progrès sociaux de nos sociétés moderne. Entendant que l’on englobe dans le gauchisme absolument tout et n’importe quoi du féminisme au Che 2.0 l’hologramme marxiste, en passant par le Jurassik Park de la rue Solférino. Sans tenir compte ni que le socialisme est passé de la cause populaire à la cause bancaire en un siècle, que le féminisme  a d’abord été porté par des dames fort chrétiennes et qu’il a d’autant embrassé d’autres causes que les femmes sont une force économique et sociale de notre pays. Que l’anarchie a été abattue autant par le communisme que le fascisme et les forces du capital. Que le communisme est devenu une expérience intéressante pour qui aime les hôpitaux psychiatriques. Bref… On occulte surtout que depuis les années 50 à aujourd’hui, lentement, scientifiquement, posément le patronat s’est ingénié à vider de tout contenu la lutte sociale, de tout pouvoir. On oublie surtout que la guerre des classes est aujourd’hui engagée par les milliardaires de ce monde et qu’ils ont en train de la gagner.

De quoi s’est fabriquée cette lutte sociale, de quoi s’est-elle nourri ? De sang et de martyr, certes. D’essais et de manifestes politiques également.. Mais avant tout des écrits de Zola, Dickens, d’un rejet de l’académisme bourgeois chez les impressionnistes, de la démocratisation du beau pour le Bauhaus. Elle s’est nourri du théâtre de Brecht, des Raisins de la Colère, du cinéma de Pasolini, de Camus, Sartre, de la Nouvelle Vague. Bref d’une culture, d’une pensée artistique et culturelle subversive qui témoignait, militait, inséminait la société avec une pensée humaniste et sociale au lieu d’être exclusivement tourné vers la libre entreprise et le marché. Cette réalité n’a pas du tout échappé à la CIA dans les années 50 et 60, pas plus qu’elle n’a échappé aux tenants de l’économie de marché. En Allemagne, Italie, France, dans toute l’Europe de l’ouest les Etats-Unis ont exercé un travail de sape sur les intellectuels, cinéastes, peintres, écrivains de sensibilité de gauche. Favorisant bien entendu les défenseurs de la libre entreprise. On a défendu un certain art abstrait qui ne disait plus rien, on a encensé les reproductions de Warhol, et l’art contemporain est né. Un art de la transgression et non plus de la subversion. Un art dont on pouvait décider la valeur immédiatement sans créer de la richesse. Un art consommable. Et aujourd’hui un Velasquez vaut moins cher qu’un placard plein de flacons rempli par un quelconque génie élu du marché.de l’art. François Pinaud est contant, il peut jouer à Laurent de Médicis et les Aventures de l’Abattement Fiscal.

Observez notre paysage culturel actuel, vous n’avez pas l’impression qu’il y a quelque chose qui manque ? BHL, le chevalier blanc de ce programme américain de détricotage culturel, traite le Monde Diplomatique de rouge-brun parce qu’ils ont osé faire un dossier à charge sur lui. Immédiatement soutenu par Philippe Val, qui était Charlie mais depuis tu comprends Carla est une amie. Eric Zemmour se prend pour la France et se rengorge de sa plus complète bêtise en nous assommant de sa violence verbale raciste et misogyne. Alain Soral et Dieudonné se tirent les cheveux pour savoir qui va dire le plus souvent « youtre » dans une seule phrase. Michel Onfray parle de Michel Onfray, tout comme Finkielkraut, Emmanuel Todd et tous ces messieurs qui adorent poser devant des bibliothèques chargées pour bien montrer que eux ils pensent. Le cinéma français continue de faire des fours remboursés par TF1 et l’avance sur recette à coup de comédie vachement marrante dans un camping on dirait et y’aurait plein de beauf ridicules. Le théâtre est en train de mourir, François Rollin a décidé d’arrêter au lieu de bosser à perte et les intermittents du spectacle sont priés de présenter leur papier à la soupe populaire, pas de resquilleur ! la Chambre des Arts et Métiers déplore la pénurie grandissante d’artisan d’art. Et question musicale ? Le rap de consommation courante ? Bouba le rebelle de Boulogne Billancourt ? Shab frère je suis un tueur mon daron c’est un baveux ! Ou bien la bande des quadras aphasiques, les amants à Carla ? De toute façon ça sert à rien la culture, l’employé du mois préfère poser avec un maillot de foot que de s’emmerder devant Picasso. T’as vu récemment un président en exercice occupé dans un musée, recevoir un grand poète, distinguer un peintre, un chorégraphe ? Et le dernier Goncourt, tu te souviens de quoi il parlait ? Une nounou tue les marmots qu’elle a en garde. Je suis absolument certain que Céline aurait trouvé ça passionnant et que Camus aurait fumé une cigarette à la lecture de ce drame engagé….

Deuxième axe du mouvement social les partis politiques. Là c’était facile, par la grâce du suffrage universel les partis ont besoin d’argent pour leur campagne. Beaucoup. Et plus le discours s’est vidé, plus la lutte sociale a laissé place au « care », comme disait Martine Aubry, plus les candidats ont été lancés comme des lessives, et les campagnes ont coûté de plus en plus cher. Des budgets cinématographiques. Sans compter que les candidats sont recrutés exclusivement dans le même cercle social, avec le même cursus. Macron a fait Science Po et l’ENA pourtant quand on l’écoute parler on regretterait presque qu’il ne soit pas footballeur.

Troisième axe l’idéologie elle-même. Certes l’effondrement de l’Union Soviétique a largement aidé au démantèlement de la gauche. Mais l’invention du Front National également. On ne cesse de nous répéter que Mitterrand s’est servit de Le Pen pour diviser la droite. Pourquoi seulement la droite ? Les communistes ont perdu leur base populaire au profit du FN et ce qui reste du PS s’est mis a entonné le discours identitaire à coup de « les Roms n’ont pas vocation à rester en France » ; Au reste plus un seul de nos intellos autorisés ne parlent de lutte des classes, ils ont la bouche pleine d’islamophobie, de guerre des civilisations, de communautarisme divers et variés, de bavardage sur le voile et de Grand Remplacement.

Quatrième et dernier canal des mouvements sociaux, leur bras armé si j’ose dire, les syndicats. Pour contrer l’influence communiste et socialiste les américains, encore eux, créèrent et financèrent le syndicat Force Ouvrière. La CFTC, l’ami des patrons, tel que nous la connaissons, a été créée après la scission de 64, lorsque Delors et ces copains fondèrent la CFDT, décidèrent de se rapprocher de la question de la lutte des classes, et de déconfessionnalisé leur mouvement. Afin notamment d’emmerder les communistes de la CGT. Le syndicat Sud est une déclinaison de FO. Bref avec le temps, à force de jouer les uns contre les autres, d’assurer des rentes à des délégués syndicaux, d’empêcher la création de syndicat dans les entreprises, de diviser et subdiviser les intérêts de chacun, le patronat est parvenu à rendre impuissant les dits syndicats en France. Oh oui, bien entendu, on adore parler des grèves ici, qu’on la fait tout le temps, et même qu’on prend en otage les usagers tout ça. Bon d’accord on fait moins grève que le Danemark et Chypre, mais ça compte pas. 80 jours de grève sur 1000 salariés sur les dix dernières années, c’est dire si c’est grave. Alors que l’Allemagne seulement 16 jours ! Les Allemands c’est des gens biens, c’est des gens sérieux, ils devraient revenir. .Et qu’est-ce que ces grèves ont changé ? Absolument rien. La loi de cette pauvre victime d’El Kohmri, dit « la cible idéale » ? Manu la Terreur a sorti son joker, et fuck la lutte des classes.

Je trouve ça curieux quand même cette lutte sociale qui répète les mêmes recettes sans résultat. Quand une entreprise créait de la richesse, quand son avenir dépendait de sa production et de sa qualité, les ouvriers en grève c’était gênant. Ford en grève c’était de l’argent perdu, beaucoup mais aujourd’hui ? Aujourd’hui Mital délocalise et il vous emmerde. Aujourd’hui  Bolloré rachète votre entreprise, vire tout le monde et la revend plus cher au bout de deux ans. Qu’est-ce qu’ils peuvent bien en avoir à foutre à la SNCF que les cheminots ne travaillent pas puisqu’ils veulent justement démanteler et privatiser ? Et qu’en plus c’est les cheminots qui payent la grève de leur poche !? Puisque à coup de rachat en LBO une holding se fera plus d’argent que Disney, Coca et Microsoft réuni avec leur production, pourquoi il n’est jamais venu à l’idée des syndicats de faire, par exemple, la grève des contrôleurs, ou la gratuité des transports. Taper directement aux portefeuilles des actionnaires. L’argument de la prise d’otage en prendrait un coup non ? Et si par exemple un syndicat , composé de magistrats, d’intellectuels et de citoyens décidait de faire la grève de l’impôt tant que l’affaire Servier n’est pas jugée, les responsables condamnés et les victimes indemnisées, ça aurait une autre gueule question désobéissance civile que de se pointer à l’Assemblée sans cravate.non ?

Et si vous remplissiez les petites cases de votre imagination pour vous demander comment conserver vos congés payés et vos droits les plus élémentaires. Vous savez, les congés payés que l’on parle de supprimer avec les RTT. ? Pour éviter que Vincent choisissent pour vous ce que vous devez voir ou non à la télé. Pour qu’Eric Zemmour ferme de temps à autre sa gueule au profit d’un véritable intellectuel, un historien, un auteur, un magistrat, un poète, quelqu’un qui vous nourrisse d’autre chose que de haine et de mépris. Et si on se demandait cinq minutes si livrer une société tout entière aux lois du marché et à la voracité du CAC40 n’était pas assimilable à de la haute trahison, on pourrait virer Maman et son petit homme sans lui refaire la coupe de cheveux. Et si ce pays grandissait un peu ?

Etat de la justice en France

Affaire Françoise Nicolas

Programme culturel de la CIA

Carte de l’implantation mafieuse en France et en Europe