Vote obligatoire, sauvons le navire Démocratie

Nota Bene : cet article est paru il y a deux ans dans Tak.fr, aujourd’hui la proposition du vote obligatoire vient du navire perdu des socialistes de droite, il me semblait judicieux d’en faire un petit rappel….

Nos élus sont des gens formidables. Après s’être voté des retraites très confortables, qui coûtent 60 millions d’euros par an en moyenne à leurs électeurs, après avoir cumulé 5500 euros d’indemnités parlementaires, auquel on ajoutera une indemnité pour frais de mandat de 5570 euros, plus une ligne de crédit pour les mêmes frais accordée à hauteur de 9504 euros, sans compter les voyages payés par ces mêmes électeurs, les véhicules de fonction et tous les avantages divers que leur fonction au sein de l’appareil d’Etat leur permet de gratter, voilà qu’ils ont eu une idée formidable : rendre le vote obligatoire.

Le vote ou la bourse

La proposition nous vient de Thierry Lazaro, sémillant député UMP du Nord. Elle vise à faire baisser le taux endémique d’abstention. Contre une amende de 15 euros, puis de 45 euros. Ou 10 heures de travail d’intérêt général. Monsieur le député est ouvert à toute proposition. Et pour justifier cette mesure de rétorsion, d’évoquer rien de moins que la Révolution française, et tous ces pays où le droit de vote est un vœu pieu.

Comment va réagir la gauche ? Pour le moment, elle ne bouge pas. Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale, y est favorable. Après tout, cette pratique est d’usage en Belgique, en Autriche et même en Australie. Et puis si le nouveau rideau de fumée sociétale, le droit de vote des étrangers, est voté, ça ne sera que du bénéfice.

Apparemment, 10 % du corps électoral français, soit environ 5 millions de Français, ignoreraient royalement l’injonction inscrite sur leur carte : « Voter est un droit, c’est aussi un devoir civique ». 5 millions de Français ont besoin qu’on leur fasse une petite leçon de civisme – ce qui, dans l’absolu pourrait rapporter à l’Etat au bas mot 75 millions d’euros – 225 millions d’euros en cas de récidive. Soit ,dans un premiers temps, le prix des retraites de nos députés, en y ajoutant une part de leurs indemnités. Ça ne justifierait en rien le montant alléchant de ces retraites, mais au moins ça les rentabiliserait…

L’amende au secours de la démocratie

Bien entendu il ne s’agit pas là de question d’argent. D’une, l’argument de l’amende n’est pas figé ; d’autre part, sa perception risque surtout d’être symbolique ; ensuite, dans le meilleur des cas, 225 millions d’euros cela ne représente que 3,5 années de retraite pour l’ensemble de nos députés. Pas de quoi fouetter son chat…

Et on ne peut soupçonner un député d’invoquer impunément la Révolution française, ni douter une seconde qu’il se sente si concerné par tous ces pays où le droit de vote n’existe pas qu’il veuille, par solidarité, le rendre ici-même obligatoire. On ne peut même que saluer ce soudain geste envers l’Histoire, surtout d’un député qui n’a plus rien à prouver après 5 mandats successifs.

Par exemple, la dernière fois que Monsieur Lazaro s’est prononcé dans le cadre d’une loi sur le certificat d’obtention végétale, il ne défendait pas le point de vue des semenciers comme Limagrain ou Monsanto dans une région agricole, non, il défendait la recherche française. Excusez du peu.

En revanche c’est la seule fois qu’il s’y est intéressé, à la recherche française, si on en croit le résumé de ses activités à l’Assemblée Nationale. Nonobstant le nombre incalculables de taxes directes ou indirectes, de prélèvements obligatoires et d’impôts variés mais invariablement en augmentation. Ainsi que tous les moyens qu’a trouvé l’Etat de combiner habilement affaire de santé et affaire d’argent, Monsieur Lazaro démontre, si c’était bien nécessaire, que de droite ou non, le premier réflexe d’un député en matière de politique n’est non pas de réformer la politique, non pas de trouver une réponse mais une parade, sous la forme d’une nouvelle amende, une nouvelle restriction, d’un nouveau système de coercition.

La question n’est pas de savoir pourquoi l’abstention est endémique, ni même s’il existe un moyen d’intéresser les Français à leurs hommes politiques, mais comment les y obliger. Et ce, au nom de la démocratie, et de tous ceux qui se sont battus ici-même et ailleurs pour son avènement.

¡ Viva la Revolución !

Il a bien raison d’évoquer la Révolution d’ailleurs, dans un pays où les chômeurs en viennent à s’immoler par le feu.

En Tunisie, la dernière fois qu’un citoyen a fait ça, il y a eu la révolution justement. Mais il est vrai que la Tunisie n’est pas la France. Il y avait un président à vie, alors que nous il change de tête et de façon de parler tous les cinq ans. Il s’agissait d’un pays pauvre, alors que la France n’est endettée qu’à 60 % de son PIB. Il s’agissait aussi d’un pays corrompu. La France n’est après tout que 22e sur une liste des 174 pays les plus corrompus.

S’accorder une retraite mirifique, augmenter son propre salaire, ou refuser de rendre des comptes sur ses indemnités, comme récemment Henri Guaino, qui en appelait aussi à la démocratie, ce n’est pas de la corruption, c‘est la loi.

Et quand un ancien président est poursuivi pendant des années sur un nombre phénoménal d’accusations de cas de corruption, de financements occultes, de passe-droits et autres dépenses somptuaires, c’est bien selon cette même loi, et dans une indépendance complète, que le dit commis de l’Etat est condamné par la justice à deux ans avec sursis. Comme chacun sait, ce sont des choses qui arrivent tous les jours au citoyen de base. Sans doute pourquoi le citoyen français se sent beaucoup plus concerné par des affaires sociétales que par le fait qu’un des leurs a décidé de se suicider faute d’emploi. Il avait 43 ans, il était en fin de droit : ça tombe bien, parmi les quantités de chose qui passionne Monsieur Lazaro il y a justement l’emploi chez les plus de 40 ans… Le jour même où ce monsieur mourait, Monsieur Lazaro déposait sa proposition au nom de la Révolution française et des peuples opprimés. Quel sens du timing.

Les Francais aiment la politique pas les politiques

Si la France était un pays facile à gouverner, ça se saurait. Nous avons décapité notre monarchie et nous traitons notre président comme une altesse royale. Nous votons pour une tendance politique en espérant qu’elle appliquera la politique de la tendance opposée. Et je dois dire que, de ce point de vue, nous ne sommes jamais déçus.

En septembre, au nom de l’autodétermination des peuples, nous ne devions pas intervenir au Mali. Sarkozy n’a jamais cessé de fustiger la dépense publique qu’il a pourtant fait exploser. Jospin défiscalise les stocks options et Sarkozy, toujours lui, fait disparaitre la double peine.

Les Français adorent la politique. Les discussions politiques sont en France aussi communes que celles qui concernent le temps, la bouffe ou le football : ça ne lasse pas de surprendre nos amis étrangers. Sur ce sujet nous sommes tous experts. Et pas seulement en matière de politique intérieure. Vous trouverez autant de gens pour défendre ou attaquer la politique d’Obama ou de Poutine que pour défendre ou attaquer celle de Hollande. Alors qu’un Américain moyen sait à peine qui le représente et, dans la plupart des cas, pas du tout celui qui est en charge de la France ou de la Russie. Il suffit d’écouter et de lire les débats passionnés autour de la Syrie, du Mali ou de la Libye : 60 millions d’experts en géopolitique. Alors pourquoi sont-ils un tel nombre à ne pas voter au point où un député se sente l’obligation de nous menacer des gendarmes ?

Privilège de robe contre privilège d’épée

C’est une intéressante question. Pourquoi ne plus se sentir de voter pour des gens qui s’arrogent augmentation de salaire et retraite royale, mais qui nous proposent de partir à la retraite à 66 ans et d’augmenter le Smic de 20 euros ?

Pourquoi ne pas se précipiter dans les bureaux de vote, élire des gens sur la base d’une accroche publicitaire et de promesses qui seront immanquablement trahies, sauf si elles ne servent à pas grand-chose qu’alimenter les discussions oiseuses ? Pourquoi voter pour des individus impliqués dans nombres d’affaires judiciaires de toute sorte, du viol à la corruption en passant par le trafic d’influence, mais dont les casiers judiciaires restent immanquablement vierges ? Quand ils ne sont pas plus simplement réélus, même en ayant supposément forcé une relation sexuelle à l’aide d’une arme. A quoi bon ? Au nom de la Révolution et des peuples opprimés, nous explique emphatiquement Monsieur Lazaro.

Il s’agirait donc d’un acte démocratique que de me mettre à l’amende parce que je refuse de voter pour un violeur potentiel ? Et si, face à lui, il n’y a personne qui me convient ? Le vote blanc, me dit-on. Pour quoi faire ? Servir à départager en cas de ballotage un violeur possible et un type pour lequel je n’aurais de toute manière jamais voté ? A quoi sert donc le fameux vote blanc enfin reconnu ? A part dépenser du papier inutilement pour dire la même chose qu’un type qui ne vote pas. Pour exercer mon droit de citoyen, et donc mon devoir ? Lequel exactement, celui qui consiste à élire un homme pour son action politique en faveur du pays ou pour son action politique en faveur des privilèges accordés par celui-ci ?

Oui, il a bien raison le député d’en appeler à la Révolution française. On l’a fait, paraît-il, pour abolir les privilèges. Ou plus exactement, et au regard de notre actuel république pour que les privilèges soit élargis. Qu’il ne faille plus ni être bien né, ni même payer pour un titre, mais qu’il suffise d’être élu ou de connaitre un député…

Il a raison d’invoquer le droits des opprimés exogènes dans un pays où il n’y a qu’un demi million de SDF et deux millions et demi de mal logés, et où certaine zone urbaine et non urbaine connaissent des taux de chômage de 40 % pour une population de moins de 25 ans.

Pourquoi se gênerait-il d’ailleurs, peut-être qu’au 999e chômeur immolé la France en aura marre de ne faire que parler de révolution. Je ne sais pas. Je n’ai pas un goût immodéré pour les explosions de violence, les décapitations publics. D’ailleurs de ce que je peux voir en Tunisie, comme à chaque révolution, la suite n’est jamais aussi glorieuse que la raison qui l’a invoquée.

Et dans tous les cas, n’en déplaise à notre député si attaché à la démocratie qu’il compte la mettre à l’amende, les privilégiés ne disparaissent jamais, ils changent juste de visage.

En fait, la seule façon que j’ai trouvé de marquer ma désapprobation totale c’est d’exercer mon droit démocratique, et donc mon devoir, de ne pas voter du tout. Jamais. De me priver totalement et sans la moindre culpabilité de ce droit pour lequel tant de gens se sont battus et se battent encore. Pour la bonne et simple raison que je ne pense pas qu’ils se soient battus pour avoir le privilège de voter pour des repris de justesse ou des individus dont la première action sera de monter au créneau pour défendre d’autres privilégiés.

Non, je ne pense pas justement que les Sans-Culottes ou qui que ce soit au monde ne se bat pour avoir l’insigne honneur d’élire des gens qui cumule 5 ou 6 fonctions, se font élire 5 fois d’affilé, et monopolisent la scène politique pendant trente ans, avec les intéressements qui vont avec. Des gens qui chaque fois qu’on leur parle de réduire les dépenses de l’Etat, promettent d’arriver en Twingo à l’Elysée. Je crois au contraire qu’on se battrait volontiers pour mettre en l’air tout ce système.

Voter n’est ni un droit, ni un devoir c’est un privilège

Le vote, blanc ou non, rassure le politique. Il ne s’agit jamais d’une action totalement rationnelle, elle est plus soumise à l’émotion, une émotion généralement fabriquée, qu’à la réflexion.

Nombre de ténors politiques n’ont d’ailleurs jamais connu l’épreuve des urnes, jamais eu la moindre responsabilité sensible concernant une ville ou une région. Quand il se présente finalement, et s’ils sont élus ce ne sera jamais donc sur la preuve de leur travail, mais plutôt sur la perception qu’ils en donneront.

Par exemple, sous le gouvernement Jospin, le chômage avait baissé – 2,5 millions de chômeurs en moins –, mais il fut quand même battu. Ce à quoi Nicolas Sarkozy avait répondu « les Français ont besoin qu’on leur raconte une histoire » et il s’y est employé pendant 5 ans.

Mais au moins l’existence du vote leur propose une caution, les rassure sur le fait que leurs privilèges et mandats ne sont pas indus dans son acceptation républicaine, mais qu’ils ont bien convaincu leurs électeurs, comme on leur apprit à le faire à l’ENA, Science Po et ailleurs. Bref qu’ils ne sont pas à leur place par la vox regis mais la vox populi, pas par la voix d’un seul mais de plusieurs.

Leur ôter cette croyance en s’abstenant les inquiète apparemment suffisamment pour qu’ils décident de nous punir. C’est pourquoi j’invite les 43 millions d’électeurs à rendre de ce pas leur carte et à faire la grève complète et unilatérale du vote. Peut-être que dans un vent de panique ils décideront avec la même célérité de voter une loi pour que nous ayons tous droits à des augmentations de salaire de 170 %, des appartements de fonction, des voyages à l’œil. Voir pire, commenceront-ils à travailler pour que plus aucun chômeur en fin de droit se sente obligé de virer torche…

On peut toujours rêver… puisque c’est tout ce qui nous restera bientôt en matière de pouvoir politique.

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Planck ! 5

Mais que se passa t-il pendant les dix sept heures durant lesquels Montcorget fut pour ainsi dire absent de cette histoire ? Et bien pour commencer, en découvrant la disparition du comptable, Giovanni Fabulous se mit à trembler à la façon d’une gigantesque portion de gelée anglaise posée sur un tambour, puis à chevroter dans une langue semble t-il connue de lui seul. Après quoi il passa la suite au peigne fin, cherchant sous le lit, derrière les rideaux, dans les tiroirs, et même dans ses propres poches, sous les yeux consternés de Berthier, Radji et Dumba. Ceci avant que finalement il n’explose et n’ordonne dans une langue plus intelligible qu’on parte à la poursuite du comptable, le retrouver coûte que coûte et vivant. Radji et Dumba disparurent de la suite en un battement d’œil. Berthier resta seul devant le fulminant géant et son chapeau andalou. Il soufflait comme une forge soulevant sa voilette à chaque expiration, on devinait le tarin formidable au bruit qui en sortait. Ses petites mains s’ouvraient et se refermaient en mesure, Berthier n’avait jamais vu ça et pour une première journée c’était beaucoup. Tout d’un coup le décalage horaire, le voyage et les émotions diverses et variées qu’il avait vécus depuis qu’il était parti chercher de la glace, lui tombèrent dessus avec le zèle d’un parpaing. Il s’effondra dans le canapé, verdâtre, Fabulous se précipita aussitôt sur lui.
– Vous êtes malade ?
Il l’attrapa par les épaules et se mit à le secouer avec force.
– Oh dites-moi que vous n’êtes pas malade, dites-moi, oh s’il vous plaît pas vous, pas encore, s’il vous plaît !
– Mais non, je suis juste fatigué, lâchez-moi bon Dieu !
Il obéit le laissant brutalement retomber dans les coussins et se mit à gémir.
– Oh il ne faut pas je rate cette mission, oh non ! sinon… sinon… oh la, la… vous pouvez pas savoir…
Instinctivement le commercial reconnut dans sa voix l’anxiété du cadre devant la responsabilité. Ce n’était pas tant qu’il connaissait ce sentiment qu’il le comprenait, parfois il lui arrivait lui-même d’être anxieux à l’idée de ne pas pouvoir faire son caca de dix heures à cause d’une réunion.
– Allons, ne vous en faites pas, je suis sûr qu’il n’a pas dû aller très loin, et puis vous savez, on n’a jamais licencié quelqu’un parce qu’il avait perdu un employé d’une autre entreprise, vous ne pouvez pas être responsable de tout hein !
Mais le géant ne se calmait pas.
– Oh non vous ne pouvez pas savoir, ils vont me renvoyer dans la savane !
– La savane ? En Afrique ? c’est là où vous travailliez avant ?
Ce qui se passa ensuite fut plus étrange, car pendant la seconde qui suivit Berthier eu la très nette impression que Giovanni Fabulous avait barri.
– Euh… oui, oui en quelque sorte… Euh écoutez, je ne peux pas rester, je vais informer le palais que l’entrevue aura lieu plus tard…
Et avant que Berthier n’ait le temps de protester, il était partit. Berthier haussa les épaules, n’y comprenant rien, et s’en fut dans sa chambre sombrer dans un sommeil qu’il espérait réparateur.

Raoul, à quatre pattes devant le lit, le regarda dormir un long moment, conscient que quelque chose clochait. Il avait beau faire, beugler, grogner, gonfler des naseaux et foncer sur tout ce qui bougeait, son incidence sur le monde était nulle. On ne l’entendait pas, on ne le sentait pas, pire, on ne le voyait même pas. Quand on a passé sa vie à suivre les rayures des zèbres parce qu’on est soi-même myope comme une taupe, ça fiche une claque. Pourtant dans l’état intermédiaire qu’était le sien Raoul était capable de voir et de croire tout ce qui échappait aux vivants et aux morts quand ils se contentaient bêtement de pourrir dans leur tombe, leur boulot, leur vie. Et ce qu’il percevait du monde était pour le moins si ahurissant qu’il se demandait s’il n’était pas en train de devenir fou. Bien entendu la notion de folie est assez vague dans l’esprit d’un ruminant, disons qu’elle se situe par rapport à un schéma type de comportements et d’actions séculaires dont le bovidé ne prend généralement conscience que lors de l’accouplement, à l’heure de la migration, après la mastication d’ergot de seigle ou de farine animale, mais en l’état Raoul devait bien reconnaître que tout ce qui avait fait son quotidien avait basculé dans l’étrangeté. Ignorant de toute forme de relativisme, indifférent à la philosophie, il ne pouvait évidemment concevoir que le monde puisse vaciller d’une façon ou d’une autre, quand bien même il avait un moment donné cherché la porte ou la fenêtre qui claque, tout en se demandant : a) qu’est-ce qu’une fenêtre ? b) qu’est-ce qu’une porte ? c) pourquoi Planck ! ? Car il va sans dire que pour Raoul et une grande majorité de gnous – humains compris, beaucoup d’êtres humains sont des gnous qui s’ignorent – la réalité est unidimensionnelle, pas question de maille qui saute, de tissus du réel ou d’autre métaphore de la même eau. En cela Raoul rejoignait Honoré Montcorget, sous ses sabots c’est la terre, là c’est un bipède, nulle part de l’herbe à brouter. Cependant, si pour Honoré Montcorget il n’y avait rien d’extraordinaire à trouver un tapis ou un lit dans une chambre d’hôtel, encore aurait-il fallu que pour Raoul la notion même de chambre ait le moindre sens. Aussi il avait bien du mal à comprendre pourquoi la terre était en bois, le zèbre était tout plat, et qu’est-ce que c’était que ce rocher mou sur lequel était couché le bipède. En fait la seule chose qu’il lui avait semblée presque quotidienne ou pour le moins connue c’était Giovanni Fabulous lui-même. Comment se l’expliquait-il ? il ne se l’expliquait pas, il pouvait voir ce qui était invisible au regard de Berthier – ce dont il n’avait bien entendu aucune conscience – il était certain d’avoir déjà vu cette gueule là quelque part, mais quant à se souvenir où et quand…
Le gnou, peu habitué à se poser des questions aussi abstraites, et en vérité à se poser des questions en général, était, à son insu, en train d’élargir son esprit aux forceps. Or le trait commun à tout esprit prenant conscience est généralement un sentiment de grande solitude, de celle qui vous pèse quand, parvenu au sommet, l’on se rend compte que l’on ne peut y tenir à plusieurs. Et que signifie la solitude pour un animal ataviquement grégaire ? Le danger, la peur. Seul, le gnou ne pouvait rien contre le fauve, seul il était nu dans la prairie, nu et aveugle, et puisque de la peur à la colère il n’y a généralement qu’un pas que franchissent sans le moindre doute des cerveaux plus sophistiqués, toutes les pensées et les contradictions qui tourmentaient Raoul ne se cristallisèrent plus que sur une seule chose : la vengeance.
En tout état de cause l’individu doué de raison pourrait avancer que la vengeance est une expression exclusive de l’âme humaine, si tant est que l’on adhère à la notion d’âme et surtout si l’on envisage que le bipède puisse avoir la moindre exclusivité sur le monde animal. En tout état de cause l’individu doué de raison n’a jamais empêché son chat de pisser sur les rideaux, sans quoi il ne s’avancerait pas à affirmer de pareilles inepties. L’observation d’un greffier contrarié ne pissant plus qu’exclusivement sur les rideaux soumet généralement l’homme à cette triste et terrible constatation, mais non moins parlante : il n’est pas seul à le manger froid.
Ainsi fait, tout plein de ce qu’on pourrait appeler un sentiment de vengeance, l’esprit confus de Raoul ne se concentra plus que sur un point, faire payer son désarroi à celui qui l’avait sorti de son sommeil monotone : Honoré Montcorget.
Ainsi fait, le comptable, pour le moment absent, avait réussi, en dépit de tous ses efforts pour s’exclure de l’esprit globalement plus complexe de ses congénères, à éveiller celui d’un gnou, pas beaucoup moins tangible que ne l’était le comptable dans la vie courante et guère plus curieux que lui de connaître un autre mode de vie que le sien.
Restait à assouvir cette vengeance, ce qui en l’état, et quoique Raoul n’aurait pas employé cette expression, était une autre paire de manche.

 

A son réveil François Berthier eu le sentiment désagréable que le monde qu’il avait jusqu’ici connu avait non moins basculé dans le bizarre. Les souvenirs de sa journée, l’étrange accoutrement du représentant de la D-Mart et sa non moins étrange réaction devant la disparition du comptable, lui faisaient soupçonner un dérapage incontrôlé de son existence dans un paysage qui pour tout dire ne lui évoquait plus trop des vacances de rêve mais des emmerdes à rallonge. Phénomène de conscience pour le moins troublant pour un individu qui jusqu’ici et depuis son adolescence était parvenu à glisser sur tout, laissant les soucis existentiels à plus courageux que lui. Trouble qui le mettait d’autant mal à l’aise qu’il ne savait qu’en faire. Trouble qui se renforça quand il découvrit dans sa suite un individu à blouse blanche occupé, sous la surveillance de Dumba et Radji, à inoculer un liquide transparent dans la jugulaire du comptable. Tentant de s’accrocher aux évidences, et constatant l’état pitoyable de son collègue, il s’enquit de ce qui s’était passé. La réponse sibylline de Radji ne l’aida pourtant guère à y voir plus clair.
– Lui en prison.
La tonalité teutonne du médecin dont l’expression faciale évoquait la rigueur d’une guillotine ne l’invita pas pour autant à prendre l’ensemble à la légère.
– Ne fous inguiédez bas, dans guelgues heures vodre kollègue aura dout oublié, ja !
Après quoi il observa à son tour le sommeil d’Honoré Moncorget et n’y trouva aucune réponse satisfaisante. Le besoin atavique des êtres humains de se rassurer par n’importe quel moyen et qui pousse les uns à la recherche tandis que les autres se plongent dans l’oubli, entraîna Berthier à s’abîmer devant la télé et au fond de quelques verres d’alcool fort auxquels il se garda bien cette fois de chercher à y ajouter des glaçons. Dix heures plus tard, faute de réponse rassurante sa gueule de bois et ses yeux bouffis lui offrirent néanmoins la certitude que certaines choses demeuraient intangibles, aussi intangibles en apparence que le mauvais caractère de son collègue qui se réveilla, certes oublieux de ses mésaventures, mais le corps douloureux et les vêtements en piteux état.
– Qu’est-ce qui s’est passé ? Qu’est-ce que vous m’avez fait ?
– Moi rien, apparemment vous avez été en prison.
– En prison ? Moi ? Ne dites pas n’importe quoi ! J’ai été attaqué pendant mon sommeil !
– Non, non je vous assure, je n’ai pas bougé d’ici. Vous avez disparu hier, ils sont partis à votre recherche, quand vous êtes revenu vous étiez dans cet état.
– Ah oui ? lança Moncorget en bombant le torse, et pourquoi je ne me souviens de rien ?
– Un médecin vous a fait une piqûre.
– Un médecin ? Quel médecin ?
– Je ne sais pas, un médecin je vous dis, répondit avec lassitude Berthier qui avait l’impression qu’un train à grande vitesse lui traversait le crâne.
– Et comment vous savez que c’était un médecin ?
Berthier soupira.
– Il avait une blouse blanche.
– Imbécile ! cracha le comptable d’un air de mépris avant de se diriger vers la porte.
– Où vous allez ?
– Me plaindre au directeur de l’établissement !
– Je serais vous je ne ferais pas ça.
– Peuh ! Vous croyez que je vais écouter les conseils d’un ivrogne ! ? lança t-il une dernière fois en jetant un œil critique sur les bouteilles vides qui traînaient devant la télé.
Berthier n’insista pas, il avait trop mal aux cheveux. Pour autant Montcorget n’alla pas très loin puisque juste derrière la porte se tenait Dumba et sa mitraillette en or.
– Laissez-moi passer espèce de sauvage ! vitupéra le comptable.
A quoi l’intéressé répondit par un regard sépulcral qui incita hâtivement l’atavique prudence du comptable à aller déverser sa frustration dans ses appartements.

Ainsi si l’hérédité propre à chacun avait poussé un spectre à la vengeance, un commercial à la gueule de bois et un comptable au confinement forcé, le génotype fantaisiste qui semblait s’être emparé de l’île depuis sa lointaine découverte, les avait placés pour autant sur un pied d’égalité face à l’étrangeté de toutes ces choses que nous maîtrisons mal, voir pas du tout, quels que soient nos degrés de compréhension et que par convenance et sans doute ascendance, nous appelons le Grand Mystère de la Vie.

Quand le premier homidé capable d’articuler un début de pensée conceptuelle réalisa, par le biais de la diffraction de la lumière, que son horizon n’était pas plat mais arrondi, et tout en même temps conçu que le gigantisme de celui là n’était rien par rapport à l’écrasante démesure du ciel qui le capitonnait dans ses interrogations nouvelles, il y eut certes un Planck ! de belle allure mais surtout il commença à se demander si tout cela avait bien un sens et si oui lequel. Au terme d’un progrès relatif, et faute de terme plus approprié, il fourra toutes ces questions sans réponse sous la bannière du sacré. Ce qui n’expliquait rien mais laissait toutefois entrevoir qu’il y avait forcément une explication, qu’on lui livrerait bien entendu s’il obéissait scrupuleusement à des rites. Il se mit aussi tôt à poursuivre des actions en complète rupture avec son passé, comme d’enterrer ses morts, s’orner d’étui pénien, fabriquer des objets inutiles mais qui pour autant transcendaient sa curiosité et exorcisaient toutes les peurs que lui inspirait le fameux mystère. Autrement dit, il se civilisa. Est-ce à dire que Raoul, Berthier et Montcorget accédaient à leur manière à une forme supérieure de civilisation ? Pas vraiment non. Raoul pour les raisons qu’on se doute était encore loin de toute forme de progrès ou d’organisation. Il observait le comptable avec des yeux furieux et tentait parfois de lui faire sentir la pesanteur de ses kilos, mais plus il essayait, plus il déprimait. Quant à Berthier et Montcorget, eux-mêmes produits banals d’une société satisfaite qui n’avait trouvé aucune issue dans ses idéologies et pas même dans ses croyances, ils réagissaient devant le Grand Mystère à l’instar de la plus part des humains modernes, attendant passivement en tripotant les jouets que leur société d’ennui leur avait laissés. Berthier s’enferma dans sa chambre avec son Discman et Montcorget se posta devant la lucarne.

 

« Quoi ? Mais il est hors de question que je mette ce masque ! » brailla Honoré Montcorget quand, quelques heures plus tard, Giovanni Fabulous et ses suivants les conduisirent au palais de sa Majesté Président Docteur et Grand Sage Papillon – plus communément appelé dans les journaux SMPDGS Papillon –
– Croyez-moi, ça vaut mieux, l’incita Fabulous en lui tendant une nouvelle fois le masque, sa majesté est très sensible à ce sujet.
– Quel sujet ? s’enquit Berthier qui avait mit le sien sans se formaliser.
– Eh bien la grippe aviaire, et tous ces nouveaux virus, mais ça c’est à cause de ce livre que l’on a offert à Madame Rubstein… on y parlait de cette stratégie que les premiers colons américains avaient utilisé pour éliminer les indiens.
– C’est pour ça que vous portez cette voilette en permanence ? demanda naïvement le commercial.
– Euh… oui, oui…
– Madame Rubstein ? grogna Montcorget dont la méfiance s’éveilla instantanément, qui c’est celle-là ?
– Quoi ? vous n’êtes pas au courant ? Eh bien la directrice de la Zorzor Academy !
– La quoi ? fit Montcorget qui avait balancé le masque au loin.
– Vous n’êtes pas au courant de ça non plus ? s’étonna Giovanni Fabulous.
– Non.
– Mais à quel genre d’entreprise appartenez-vous ?
– Je commence à me le demander, grommela Montcorget. De toute façon je ne mettrais pas ce truc !
Fabulous l’observa quelques secondes et puis fit un signe discret vers Dumba et Radji. En un instant les deux hommes lui tombaient dessus et lui collaient le masque de force, après quoi Dumba tapota sur le bout du masque et lui fit comprendre ce qui l’attendait s’il l’ôtait. Montcorget jeta un œil circonspect à la mitraillette et se tenu coi.
– Bien, veuillez patienter, nous allons prévenir sa seigneurie de votre présence, expliqua Fabulous avant de quitter les lieux avec ses hommes.
Le palais avait été bâtit à l’instar de la nation qu’il représentait, à la façon d’un mille feuilles lentement dressé au grès des volontés de ses occupants. Couches successives d’architectures, assemblage hétéroclite d’un mauvais goût surréaliste, et qui par endroit semblait défier les lois de l’équilibre et de la gravité universelle mais le plus souvent interrogeait le visiteur sur le sens exact des proportions chez le bâtisseur zorzorien. Une sorte de fusion hasardeuse fait de baroque espagnole et de gothique flamboyant, de minarets orientaux et de toits de pagodes autant inspirés par l’Art Nouveau que le Rococco, le tout retravaillé selon les critères monumentaux du réalisme socialiste et récemment – depuis que sa SMPDGS s’était entiché de culture française – orné d’ajouts inspirés du château de Versailles, comme cette reproduction gigantesque de la galerie des glaces et dans laquelle ils se trouvaient présentement.
– Remarquez c’est bien imité, fit Berthier en admirant sous ses pieds le parquet à chevron en bois mauve. C’est juste cette fontaine à eau, ça jure un peu non ?
Montcorget lui aurait volontiers fait remarquer qu’il se fichait éperdument de son avis sur la décoration intérieur, quand le fil de ses pensées fut brutalement interrompu par «pump and Circumstances » craché par les 743 baffles deux fois 100 watts dissimulés dans la galerie. Après quoi deux rangées de six hommes casqués et bottés surgirent d’une porte au pas cadencé avant de s’immobiliser devant eux et qu’un nain se mettent à brailler avec cette voix énorme propre à ceux que la nature oblige à en faire deux fois plus :
– PROSTERNEZ-VOUS O MORTELS DEVANT LE SOLEIL LEVANT DE LA NATION, L’ESPOIR DES DIEUX, LE PERE IMMACULE DU PEUPLE, SA MAJESTE PRESIDENT DOCTEUR ET GRAND SAGE LOUIS-ARCHIBALD PAPILLON !
L’intéressé apparu marchant d’un pas lent et digne au bras d’une grosse femme trop maquillée croulant sous une vitrine de bijoux, entouré de Fabulous, Radji, Dumba, et d’un majordome masqué retenant trois chihuahuas et de deux caniches noirs pomponnés du dimanche. Il était vêtu d’une veste bleu turquoise et d’une casquette de yachtman, le cou noué d’un foulard criard, il portait un pantalon blanc à pince et des mocassins vernis et sur le nez une paire de lunette teintée mauve. L’ensemble avait l’air d’appartenir à quelque cirque ambulant. Tétanisé, Montcorget et Berthier les regardèrent s’approcher avec l’expression d’une poule surprise par un alignement de couteaux. En échange de quoi le nain poussa un cri furieux déclenchant instantanément les réflexes de la soldatesque. Trois soldats se jetèrent sur eux et les obligèrent à se prosterner, maintenant leur nuque sous leur talon, le nez écrasé contre le parquet.
– Eh bien, eh bien, je croyais les français plus soucieux du protocole, Monsieur Fabulous ces gens sont fort mal élevés.
– Que voulez-vous majesté le respect se perd de plus en plus !
Pour la première fois Montcorget et Berthier émirent la même opinion :
– Grmblfff !!!
Ce qui, une fois dessoudé du parquet, fut traduit comme suit par un Montcorget fou de
rage :
– Mal élevé ? Non mais je vais t’apprendre moi espèce de roi nègre !
La conséquence immédiate de cette subite et franche rébellion fut un hurlement poussé par la grosse dame. Ce n’était pas tant ce qu’il avait dit, elle ne comprenait pas un traître mot de français, que le fait qu’il ait arraché son masque dans l’élan.
– Majesté, majesté ! éructa t-elle en allemand en le désignant du doigt. Les miasmes ! Les miasmes !
S’en suivi une non moins franche pagaille. Les soldats qui ne comprenaient rien à l’allemand mais savaient reconnaître un danger quand il se présentait, se jetèrent pour moitié sur Montcorget, tandis qu’une autre moitié repoussait sa majesté et son cortège comme s’ils avaient été la cible d’un tireur fou. Le majordome s’enfuit en traînant les chiens derrière lui, Fabulous poussa un barrissement scandalisé et Berthier se retrouva comme une portion de flanc au milieu d’un champ de bataille. Selon toute logique le crâne du comptable allait dans quelques instants s’éparpiller sur le parquet mauve. Raoul, qui avaient suivi la bande jusqu’au palais, s’invitant dans la Mercedes 500 SL, observait l’instant avec un délice qu’il n’avait pas du mal à s’expliquer, quand bien même il ne comprenait pas le pourquoi de la question, ni le moyen qu’on allait utiliser pour lui donner une issue, à savoir deux balles de 9mm. Mais la logique semblait ne pas avoir été récemment invitée au Zorzor.
– Ca suffit ! aboya sa majesté,
Soldats et gnou jetèrent à sa personne le même regard contrarié. Ecartant sa garde de son chemin d’un geste autoritaire, il marcha sur Montcorget et ses bourreaux tel Jules César s’en revenant de Gaules.
– Lâchez-le !
Les soldats s’écartèrent, laissant le comptable se relever, le visage congestionné, les yeux arrondis par la terreur, son masque en bataille. Sa majesté le toisa quelques secondes puis fit :
– Roi nègre hein ?
Montcorget ne sut quoi répondre. Sa majesté lui redressa son masque sur le nez puis fit signe à ses hommes. La troupe encadra le cortège et tous s’en furent. Le silence qui suivit était de ceux qui succède à l’ouragan, quand on réalise le ravage et que le cœur bat toujours. De ceux qui vous font balbutier un «pourquoi moi ? » puis vous abandonnent devant un mystère de l’existence, souvent contesté, comme tous les plus grands mystères et pas moins étudié, disséqué, de la foi au philosophe, de la loi de Murphy à la constante de Planck -dit également chez certain physicien facétieux : « le point h du cantique » – : le destin.
Puis une voix lointaine et fluette fit :
– C’est très intéressant.
Giovanni Fabulous n’avait pas quitté la galerie, debout devant eux comme une statue un peu démente qui de derrière sa voilette semblait les scruter comme on scrute l’insecte. Montcorget l’assassina du regard.
– De quoi ? bougonna Berthier.
– Eh bien il ne l’a pas tué comme l’autre.
– L’autre ? Quel autre ? grincèrent en chœur les deux français.
– Vous n’êtes pas au courant ? Votre prédécesseur ! Je croyais que votre entreprise vous avait prévenu, à la D-Mart c’est ce que nous faisons toujours !
– Prévenir de quoi ? chevrota Berthier qui n’osait comprendre.
– Eh bien des risques !
Berthier déglutit et se tourna vers Montcorget espérant sans doute un secours, mais de ce côté là on faisait maintenant l’autruche. Montcorget n’était pas étonné, et encore moins si on lui avait dit que le roi nègre avait mangé le collègue, son naturel avait reprit le dessus avec d’autant de force que la nouvelle renforçait d’un coup toutes ses convictions. Berthier déglutit à nouveau.
– Mort ? Morin ?
– Eh oui, vous vous rendez compte, il a éternué !

Il fallut un moment pour que Berthier intègre l’information et l’examine sous un semblant de rationnel, un moment et quelques verres que lui prodigua Fabulous à la terrasse d’un bar de la capitale.
– Vous voulez me faire croire que Morin est mort parce que cette bonne femme a lu un bouquin !
En effet l’idée pouvait être quelque peu étrange pour quelqu’un qui ne lisait même pas l’annuaire, mais au fond, s’il y réfléchissait bien se massacraient tous les jours des quantités d’individus uniquement parce qu’ils n’avaient pas la même façon de lire le même Coran.
– Mais non, pas du tout je n’essaye pas de vous le faire croire, pourquoi vous mentirais-je ? s’exclama Fabulous sur un ton indigné.
Visiblement certaine convention de langage lui échappait complètement.
– Euh… non… non je veux dire….
Mais ce n’était pas facile de s’expliquer avec une voilette située à deux mètres au-dessus de vous.
– Non laissez tomber… je voudrais juste comprendre une chose, c’est quoi cette bonne femme ?
– Je vous l’ai déjà dit, la directrice de la Zorzor Academy.
– Oui j’ai compris, mais c’est quoi exactement, une école militaire ?
– Hein ? Mais non ! Je ne comprends pas, vous ne savez pas non plus ce qu’est la Zorzor Academy ?
– Non.
– Eh bien, eh bien, je serais vous je ne féliciterais pas les dirigeants de votre entreprise.
– C’est pas dans mes intentions, grinça Montcorget en jetant un œil suspect au liquide blanchâtre qui flottait dans son verre.
– Bon, je crois qu’il est grand temps que vous veniez avec moi. Il fit signe à Radji qui attendait près de la Mercedes non loin.
– Où ça ? s’enquit Berthier
– En route, nous partons pour le Village !