Porno Mundi

Comme tout à chacun, 98,8% de la population mondiale, malade, réfugié, SDF, taulard, curé ou sage femme, je me branle. Comme des millions de personnes à travers le monde ma vie a été parée de période de célibat parfois longues, d’insatisfactions sexuelles ou de simple besoin d’une gratification pas chère et toujours disponible. La prostituée, ultime, de tous les temps, n’est pas biblique, a cinq doigts, et tombera enceinte en enfer selon un cintré à barbe. Si la prostitution est le plus vieux métier du monde, la masturbation est la pratique sexuelle la plus ancestrale, à la fois primitive et même fœtale. Un moyen sans impasse de faire aller une pulsion qui chez l’homme intervient biologiquement environs toutes les six secondes jusqu’à l’âge de soixante ans en moyenne. Et cristallise dans l’imaginaire des féministes à petits pieds une bestialité bien au-delà de l’ensauvagement réel d’une population masculine pourtant constamment sollicitée par la publicité, le rap pas cher, la pop pubère. Un acte dont Diogène disait « Ah si on pouvait ainsi faire disparaitre la faim rien qu’en se frottant le ventre ».

Du péché au conditionnement

Depuis toujours condamné par les églises comme le signe patent de pensées impures, muté en maladie sous l’impulsion d’un de ces nombreux ouvrages pseudo scientifiques comme il en pullulait sous les Lumières, il est parvenu tel quel dans l’imaginaire de la bourgeoisie du XIXème. Qui, fidèle à elle-même, se proposa même de punir, entraver, associer l’onanisme à des déviances psychiques. Et l’Amérique de bannir un homme adulte au seul fait qu’il se masturbait dans un cinéma porno et qu’il jouait le rôle d’un gentil ami des gentils enfants. Pas plus que la civilisation ne se décrottera de la barbarie, la société productiviste, propriétaire et matérialiste ne se décrottera de cette pensée XIXème, alors qu’on imaginait tout sous l’angle de l’innovation et de la machine. Époque des théories raciales, criminalistes, physionomistes, psychiatriques, et de leurs fumisteries. Pensée qui aujourd’hui nous solde, en ce temps de performance, au tabou de la misère sexuelle. La misère sexuelle dont on ne parle jamais et qui est pourtant absolument partout. L’industrie du seul sex toy représente dans le monde un marché de 22 milliards de dollars et celle de la pornographie en rapporte dix pour les seuls États-Unis, à raison de 28.258 visites de site porno par seconde sur la surface du globe. Si 60% préfèrent voir un film adulte en couple, sans préciser s’ils le font ou non, seul une personne sur dix n‘a jamais vu de film x, et 80% des femmes admettent en regarder. Portefeuilles et bourses se paupérisent à mesure que les écarts se creusent sur la planète libérale. Le travailleur contant fume son spliff devant Jenna Lala la reine de la pipe baveuse entre une décapitation dans Game of Throne et 10 heures sur GTA, une certaine idée du bonheur…

Le cinéma du génital et du fantasme

Le cinéma porno est né avec le cinéma. Dès que l’homme a disposé d’une caméra il a voulu filmer sa bite. Normal. Canal Plus, grand historien du cinéma s’il en est, qui inaugura son cycle commercial avec Le film de Claude Mulot, le Sexe qui Parle, se fit tout loisir de nous offrir quelques saynètes de ce cinéma muet là lors de son désormais mémorable Journal du Hard. Des scènes tournée le plus souvent avec des prostituées par des voyous et des proxénètes à chapeau melon, dans des chambres d’hôtel miteuses, des garages, des hangars. Mais c’est durant les années 70 que le porno a réellement explosé et s’est épanoui jusqu’aux années 80-90, jusqu’à la catastrophe Sida, jusqu’à la catastrophe internet. Deux films vont être séminal, si j’ose dire, de cette industrie aujourd’hui reine sans couronne, Derrière la porte verte et Gorge Profonde, sortis la même année en 72. Fondamentaux à plus d’un titre car installant à la fois la figure de la porn star, dans toute son acceptation tant fantasmatique que misérabiliste, que dans son mode de production et même ses scénarios et ses auteurs, du moins dans un premier temps. Car dans un premier temps Derrière la porte verte arrive en tête du box office tout de suite derrière le nouveau James Bond, Vivre et laissé mourir. Et Gorge Profonde, financé par le crime organisé, fait plus de millions que le Limier avec Michael Caine. Ce cinéma là est encore sur pellicule, il n’est pas réprimé par le racket de la morale, il fait sensation. Et d’autant qu’il est dans l’ère du temps d’une révolution sexuelle qui n’en a que le nom. Ainsi Derrière la porte verte propose des relations interraciales qui vont devenir un genre en soi dans l’industrie taylorisée et racialiste du cinéma américain, et Gorge Profonde, comme son nom l’indique, des fellations prononcées et qui sont devenus l’absolue norme aujourd’hui au point de la nausée, et ce n’est pas qu’une image…

Claude Mulot, réalisateur issu du cinéma classique, ami et scénariste du réalisateur Max Pécas, notamment pour l’inénarrable Z, On se calme et on boit frais à Saint Tropez, est également l’auteur de deux petits bijoux de scénarios, d’humour, d’érotisme et bien entendu de pornographie que sont donc le Sexe qui Parle et la Femme Objet avec Marilyn Jess dans le rôle titre, la Bardot du porno français d’alors. Le sexe qui parle c’est celui de l’héroïne, femme mariée insatisfaite qui va d’aventure en aventure à la recherche de son plaisir. Un sexe qui engueule le mari avec une voix de mégère, lui reprochant notamment de préférer la sodomie. Un sexe qui traumatise également sa propriétaire, installant une dimension presque psychanalytique au thème de la chatte en furie, et le sexe revendicatif comme un témoin d’une sexualité féminine tout à fait contradictoires tant des codes masculins dominateurs qui se sont imposés au monde du porno, que de la sexualité exclusivement cérébrale que sont censée vivre les femmes. Car cette nymphomanie ici est toute relative autant que soudaine à la culpabilité d’une petite bourgeoise qui s’ennuie, honteuse des manifestations de son appétit sexuel, bien attachée à son couple et à ses rituelles de consommatrice de 1974.

Dans la Femme Objet, Richard Lemieuvre, légende du porno français alias Queue de Béton, incarne un auteur de SF dont la sexualité hors norme, à nouveau, épuise toutes ses partenaires l’une après l’autre, jusqu’à ce qu’il fabrique un robot à l’image docile de sa femme idéale. Un idéal qui telle Galatée prendra possession de son créateur, réduisant le séducteur à son sexe, à ce qu’il est, à un rapport jamais si inversé que ça dans la domination en tant que pratique. On le voit donc un cinéma qui raconte, fait sens, construit tout en respectant son cahier des charges, à un million d’années lumières de l’usine à barbaque d’aujourd’hui. On pourrait également citer des œuvres américaines comme the Devil in Miss Jones, Café Flesh, film à sketch de saynètes tant surréalistes que pornographiques. Le porno, contrairement à ce que veut toujours nous faire entendre la morale bourgeoise n’est ni un cinéma sans histoire, ni un cinéma exclusivement borné par la licence, la vilaine, ridicule, misérable, pathétique, mais universelle branlette. Ce n’est pas non plus un seul monde uniforme à savoir tourné autour du seul argent, témoin de la misère humaine, autant des acteurs et actrices que de ses consommateurs. C’est aussi des gens, techniciens, comédiens, réalisateurs qui savent faire du cinéma, savent éventuellement jouer, aiment ça, et même qui osent avoir des ambitions cinématographiques encore aujourd’hui, en dépit de tout. Et croyez-moi il y a du boulot ! On pourrait citer Rêve de Cuir de Francis Leroi, ou plus récemment un des films les plus cher de l’industrie à ce jour, Pirate, et sa suite ou encore House of Sin qui fait du genre gonzo domination un must troublant. Le gonzo c’est une scène sans scénario, le sexe pour le sexe, la branlette pour la branlette, branlette taylorisée, je vais m’expliquer, et la domination une pratique et un genre qui commence à se généraliser avec son corolaire (optionnel), la violence.

Porno partout, jouissance nulle part

Le cinéma porno a autant été pénalisé que valorisé par sa labellisation et l’innovation technologique. En l’excluant du champ du cinéma traditionnel dont il emprunte pourtant tout à différent degré par l’interdit du x, la société bourgeoise a précisément mis en valeurs sa catégorie au lieu de la rendre « honteuse » comme pourtant elle est perçue par ses médias. Honteuse et motif des quolibets d’animateurs en rut devant l’ex porn star en pleine reconversion maladroite. Le label est devenu un phénomène en soi, un phénomène qui dans les années 90 emprunta en France, sous l’impulsion notamment de Canal Plus, des codes parallèles à l’industrie de la mode et du cinéma, et vis versa. Des codes parallèle qui par le biais du rap et de la pop acidulé d’ex chanteuse Disney en mode je découvre mon corps, s’invita à nouveau partout au point de l’impulsion essentielle et essentialisée d’une société qui se contemple dans l’autosatisfaction d’une fin de l’histoire morbide. Celle à laquelle invite le libéralisme économique. Et la putain pré pubère est née. Pendant que Naomi Campbell et Linda Evangelista faisaient planer la planète et couvraient les pages de papier glacé de leur majesté, Julia Channel et Tabata Cash pimentaient les soirées de Jean-Benoit. Pendant que Draghixia se pliait en tenue chic aux ordres d’un réalisateur, la mode se remplissait des codes du porno chic. Au point de l’interaction permanente que celui-ci exerce aujourd’hui avec les improprement appelés Reality Show. Mêmes muscles, mêmes tatouages, mêmes physiques, même esclavage de la jeunesse, Sado et les 120 jours de Porn’s ville. La pornographie comme expression corporelle fait ici seulement place à la pornographie de l’humiliation, de la bêtise et de l’arrivisme. Au point même où le cinéma traditionnel voit aujourd’hui le porno comme objet de transgression. Des ampoulades des précieuses ridicules du cinéma français avec le saumon fumé des salons du septième, Rocco Siffredi la pine transalpine, en passant par Gaspard Noé qui initialement devait faire un porno avec les deux comédiens d’Irréversible et y parviendra presque avec Love en passant pas Nymphomania de Lars Von Trier. Tout ça pour le grand scandale des associations proches de l’extrême droite, Citivas et l’orchestre de Touche pas à Mon Mariage. A côté de ça après avoir bénéficié à la fois de la technologie de la vidéo, plus économique que la pellicule, et des magasins idoines. Puis dans un premier temps d’Internet et sa formidable caisse de résonance, aujourd’hui l’industrie du porno s’essouffle.

La faculté de copier et compresser des images, d’en fabriquer soi-même à partir d’un seul téléphone, l’explosion des réseaux sociaux dédiés aux rencontres ou aux expériences sexuelles de Tinder à Chat Roulette, ont fait une concurrence sans précédent à une industrie toujours à la merci des prédateurs. Les maisons de production de la Vallée des Poupées survivent comme elles peuvent tirant leur part du marché en se spécialisant par produits, notablement concurrencées par la manne des sites gratuits, comme la chaine Pornhub et le groupe média MindGeek et que dénonçait déjà l’ex comédienne et thésarde Ovidie. Non pas en raison d’une concurrence déloyale que parce que pour alimenter le flux toujours énorme de demande, l’accès aux plus gros tuyaux du net, on diffuse et produit dans des conditions de moins en moins réglementées, respectueuses ni de la santé ni des personnes qui travaillent dans ce métier et pourtant soulagent le ventre de milliards d’hypocrites des deux sexes. Une anarchie professionnelle qui s’assortit, comme je le disais, de violence.

Violent shit !

La violence dans le porno, de son propre aveu, c’est Rocco Siffredi justement qui l‘a initié. Le sexe dynamique comme il l’appel… La dynamique consistant à se prendre son chibre photogénique au fond de tous les orifices qui lui plaira, claques et crachats dans la gueule sans option. Je sais pas pour vous mais moi j’appelle ça du viol. Et c’est ça qui fait fluter le parisianisme de la gauche aux truffes aux mocassins à gland de Finkielkraut et la lyre de Causeur, un vieux barbon body buildé, aux genoux ruinés par les parquets et les bords de piscine (comme de nombreux professionnels) violant des gamines de l’âge de son fils. On comprend mieux DSK et ses indulgences… Au reste un de ses poulains, James Deen, qui de son propre aveu admet ne pas connaitre d’autre sexualité que celle qu’il a apprise en se branlant devant des films puis plus tard sur les sets, a été accusé de viol par son ex compagne la Stoya, productrice, réalisatrice, écrivaine, journaliste, militante et actrice ; ainsi que par quatre autres comédiennes. Mais au-delà même du transalpin, la demande est telle et le besoin égal d’occuper le terrain que la violence s’invite partout, à toute occasion. De la fille qui vomit sous les hourras de son partenaire parce qu’il lui force la gorge à la coloscopie en passant par pire, bien pire… cela vire au snuff. Et ce encore une fois face à une hypocrisie de la censure qui non seulement taxe à 20% mais normalise les pratiques. Et toujours Ovidie d’expliquer qu’un film ne passe pas sur le câble si la fille est doigtée avec quatre doigts au lieu de trois. Car pour survivre et répondre à la demande le porno s’est sectorisé, normé, musclé, tatoué, épilé et piercing dans la langue. Les pratiques sont délimitées, codées, minutées, on fait du fric coco. Les films répondent à des normes également codées, Gonzo, Milf (Mom I like to fuck, en gros les femmes mûre) Donjon, Gros Cul, Casting ou Amateur, et les films saucissonnés en gymnastique sans aucun rapport avec nos sexualités réelles ou même fantasmées. Qui a bien donc pu rêver un jour d’être obligé de tenir sa partenaire par le pied tout en se tenant de trois quart, angle de caméras oblige ? Qui en dehors d’une frange de malades somme toute limitée, peut sexuellement se repaitre d’une fille occupée à sucer un cheval ? Et dans l’ordre se déroulent, cunnilingus, fellation, dit BJ, pour blow job, madame sur monsieur de face dit cowgirl, missionnaire, madame sur monsieur de dos, dis cowgirl inversé, levrette et de plus en plus régulièrement sodomie…. Mais vous savez tout ça puisque vous en regardez tous n’est-ce pas ?

Poulet en batterie

Dans cette logique industrielle, l’ouvrier du sexe est plastifié, botoxé, collagèné, charcuté. Des vieilles gloires débarquent sur les plateaux avec des bouches en canard, des fesses hottentotes et des seins de 105 dans une formidable foire à la saucisse et au jambon comme le sont les salons du x. En dépit de toute sa glamourisation, le sexe triste reste le sexe triste. Les hommes n’ont plus de tête, bites anonymes en forme de tronc. Car c’est une sexualité essentiellement immature où même les dimensions de ces messieurs ont prit le pas de la mode selon des codes mêmes racistes, les noirs ayant forcément des pénis anormalement prodigieux. Une sexualité à peine pubère, sans regard, ni de la plus part de ses acteurs et producteurs, ni surtout de ses spectateurs qui consomment comme on visite le dernier Houellebecq au rayon tondeuse. Indifférents au sort de ces gamines, actrices, violées, battues, humiliées, souillées de sperme du soir au matin, et qui plus est sous leurs yeux. Indifférents également au sort de ces hommes, obligés d’éjaculer sur commande, sans plaisir, de prendre des produits et de suivre régimes et entrainements pour ressembler à la poupée Barbie des fantasmes infantiles d’une classe dominante qui les forces à baiser sans arrêts et de plus en plus pendant des heures. Les mêmes fantasmes qui finissent par nourrir l’imaginaire et la sexualité des gamins. Des fantasmes consuméristes de la satisfaction immédiate qui font croire à la génération Y que la célébrité est l’alpha et l’oméga d’une vie réussie alors qu’elle offre généralement pas beaucoup plus que l’agrément d’une table réservée chez Gucci-Gucci, le restau dernier chic de Miami, Floride, et l’assurance d’une vie ratée et solitaire. Que les choses ne se produisent pas comme dans les dossiers de presse, que Mozart est mort et même lui n’a jamais renouvelé le prodige sans protecteurs, que de ne pas avoir d’impact sur le monde compte moins en entreprise que d’en avoir sur la compta.

A partir de onze ans et parfois plus jeune, les enfants ont assisté sans contrôle à ces scènes qui au-delà de la seule question morale donne une éducation sexuelle en forme d’usine à viande, 850 putains minute, peut mieux faire ! Et ça ne fait que commencer. Le marché, entre les nouveaux matériaux, la réalité virtuelle et la robotique, à un avenir d’autant inimaginable que le principe d’une sexualité non performante, « épanouie » est vécu comme anormale alors qu’elle est la norme. La frustration sexuelle comme dénominateur commun aux pays musulmans, en tête des fréquentations, aux russes et aux américains dans une société qui dit-on se féminise alors que cette taylorisation témoigne d’une objectisation de tous, indifféremment des sexes et des êtres. C’est la rationalisation marchande des relations humaines de Facebook à Twitter, sorte d’éjac faciale de l’égo roi en 140 signes. La programmation des gestes intimes au travers d’une grille de lecture mécaniquement répétée. Le sexe vu par des nazis. Et là dedans des travailleurs et des travailleuses du sexe qui ne sont ni réellement protégés juridiquement, ni surtout sur le terrain de la santé. Pas d’agent pour le comédien de porno français, car tirer des bénéfices d’une activité sexuelle tiers ferait du contrevenant un proxénète. A Budapest, l’Xwood d’Europe, un seul laboratoire délivrait les certificat de conformité sérologique en 2014, et si la législation a obligé les productions Marc Dorcel et associés au port du préservatif, cette disposition est un point de détail d’un porno américain qui alimente pourtant câbles et internet. Quand ce n‘est pas les acteurs eux même qui refusent d’en porter, comme Siffredi, encore lui. Du coup régulièrement l’industrie connait des alertes aux MST et des comédiens mis en quarantaine ou décédé. Car on décède aussi pas mal dans cet univers et notamment à cause de la perception que la société a autant de la sexualité au sens large que de ses acteurs. A qui on ne prête jamais d’autre attention que celle d’animal pornographique, créature de zoo.

Ceci n’est pas une pipe.

Focalisation et connaissance de son corps. Certain comédien se revendiquent comme des performeurs plutôt que d’authentiques acteurs au même titre que les danseurs de rue, les stripteaseuses ou les cracheurs de feu. Et d’autres sont castés pour leurs talents de comédien par un cinéma chic toujours prêt à s’encanailler avec ces figures de nos pratiques « honteuses ». Pour les hommes comme les femmes de cet univers, une scène de sexe n’est pas une scène de « faire l’amour », ce n’est d’ailleurs même pas une scène de sexe mais de pratiques sexuelles devant une équipe de tournage au complet. Comme un cours d’anatomie prodigieuse avec son lot de fatigue, pannes, scènes interrompues pour telle raison technique, ou exigence des participants. Salieri, réalisateur italien très attaché au cinéma porno qui raconte quelque chose, et bien plus occupé par le cadre et la lumière que par ses acteurs ou leur performance, les entraine à baiser parfois pendant huit heures d’affilées à force de travailler ses scènes, comme en témoignait Katsumi, aujourd’hui retraitée des plateaux. Des scènes toujours tarifées par pratique, une pipe moins chère qu’une double pénétration ou DP, dit également double-peine dans le milieu. Pour des salaires moyens oscillant dans les meilleurs des cas entre 700 et 7000 euros pour une star. Et je précise dans le meilleurs des cas, puisque entre le proxénétisme, la prostitution, les amateurs, et les malhonnêtes, hors des boites de prod respectueuses des lois et plus nombreuses qu’on ne le croit, les comédiennes se retrouvent parfois piégées sur des plateaux à devoir se faire baiser toute la journée et des manières les plus avilissantes qui soit, comme le racontait de son côté Laure Sainclair et en témoignent régulièrement des gamines qui se lancent dans ce métier, car s’en est un, pour payer leurs études ou l’espoir d’une célébrité wharolienne. Et un métier où tous n’ont pas cœur à respecter ceux qui les nourrissent. Et à nouveau James Deen d’être montré du doigt pour ne pas respecter les normes d’hygiène ni payer correctement ses comédiennes, ou chez nous Pierre Woodman, ancien flic passé violeur en cadre légal qui pour tourner chez lui oblige les filles à coucher avec lui, avec une spécialité dans l’anal… Des proxénètes et des violeurs, rien de plus, et laissé en liberté parce que la société du spectacle ne veut surtout pas connaitre sa coulisse sinon sous l’or du show must go on. Et il va.

Col rose

La plus part des comédiennes, venues du striptease, du mannequinat lingerie, ou sorti d’une vie d’infirmière ou de caissière, doivent pour gagner leur vie, survivre, et particulièrement en France où le porno est en berne, enchainer salon de l’érotisme, boite de striptease, spectacle live, séance photo et également parfois boulot d’escort girl comme l’admit Liza del Sierra, ou Lou Charmele, deux stars de notre porno nationale. Or comme avec le cinéma traditionnel, dans une société où le corps n’est pas une marchandise selon madame Belkacem, les femmes sont jetables. Passé un certain âge, un certain moment dans leur vie d’athlète, elles doivent penser à la reconversion avec la difficulté supplémentaire de n’être connue que pour ses parties génitales. Certain tenteront d’imiter quelques stars du métier en se lançant dans la chanson ou le cinéma, d’autres parviendront au statut royal de marque, comme Jenna Jameson, Traci Lords ou Clara Morgane, nombreuses passeront du côté technique, productrices, réalisatrices, avec parfois des intentions militantes comme Ovidie, la Stoya ou Sasha Grey que l’on qualifie à tort d’être féministes. Et pareil pour les hommes qui en plus d’être moins bien payés (pour une fois) pour un exercice plus difficile physiologiquement parlant, n’ont jamais voix au chapitre du misérabilisme féministe. Pas plus finalement que l’ensemble des professionnels de ce métier à qui on prête systématiquement une vie forcément désastreuse, des violences à répétition, des destins ratés. Ceci dans la bonne interprétation de notre morale judéo-chrétienne et bourgeoise de la catin et de ses clients. Et on en revient à ce terme impropre de féministe attribué à des performeuses comme la Stoya car revendiquant un porno « éthique » si l’on envisage le féminisme telle qu’il se présente. Agressif, castrateur, misérabiliste. Un féminisme qui veut que les acteurs soient d’affreuses bites sur patte, les mâles des abrutis avec des testicules à la place de l’âme. Que les comédiennes souffrent, ne jouissent jamais, se font systématiquement exploiter. Bref Causette et les Ténardier, toute la lyre des Misérables à l’Assommoir. Sacha Grey, adepte des pratiques extrêmes et la Stoya qui resta un moment avec Deen le dominateur agressif. Liza del Sierra qui avoue avoir découvert et s’être épanouie sexuellement avec le porno, et toujours la Stoya, de son vrai nom Jessica Stoyadinovitch, 29 ans, déclarant volontiers de nombreux orgasmes sur les tournages, tout en traduisant à l’image une joie et un plaisir non simulé et communicatif. Toutes rompent avec la figure de cette sexualité féminine voulue par la morale bourgeoise défendue par le féminisme des Belckacem et autre ridicules avec ou sans particule. Une sexualité hygiénique, cérébrale, forcément mature car vouée à la maternité, soumise, et si possible avilie, violée, agressée en permanence par un homme en rut, une bête qui ferait bien de se répandre en excuses, platitudes et autres actes de contrition. Une vision à vrai dire totalement infantile des hommes et des femmes de ce métier, et en général. Où les actes d’agression sont parfois réclamés par les filles elles-mêmes, comme en témoignait Siffredi ou Pascal Saint James à son grand désarroi. Où les pratiques extrêmes collent en réalité à la seule sexualité des performeurs. Où enfin des professionnels prennent goût à ce qu’ils font car après tout ils le font bien et se mettent à leur tour à filmer leurs camarades dans le respect de leur travail et des lois. Car au-delà des rituels et des normes, les boites de production comme ces professionnels s’adressent à un marché spécifique qui s’étalera du solitaire devant son ordinateur au couple cherchant à pimenter sa soirée.

Reste que la vie affective toujours problématique et sexuelle en dehors des plateaux. Cette image que l’on porte sur soi partout où on va et qu’encore une fois certain assument parfaitement comme Lahaie, Ovidie ou Christopher Clarck et d’autres pas du tout faisant les gorges chaudes de ce féminisme de pacotille comme Beladonna quand elle raconta sa grossesse problématique et ses MST. Beladonna qui est par ailleurs une performeuse revendiquant l’agressivité et la prodigalité de sa sexualité au même titre qu’un Siffredi ou un Nacho Vidal, le Siffredi espagnol, un de ses anciens compagnons. Une sexualité féminine qui est au féministes ce que les flatulences sont aux princesses. Et une sexualité masculine forcément triomphante et perverse, niant souvent la bisexualité de nombreux comédiens et comédiennes et surtout qu’il y a chez eux, hors plateaux, autant de désirs et de fantasmes variés, banals ou non que chez leurs spectateurs…. et accessoirement une misère sexuelle équivalente.

Le débat du jeu vidéo, film, disque influant l’imaginaire du dit spectateur revient régulièrement à façon de caricature. On accuse la violence d’un Scream d’inspirer un psychopathe et on fait mine d’ignorer que le cinéaste favori d’Hitler n’était pas Leni Refienstahl mais Walt Disney. Pour autant on sait que les tueurs de Colombine étaient notamment influencés par Matrix. A force de répétition d’une grille de lecture mécanisée c’est moins la reproduction que l’on réalise que l’acceptation. L’acceptation que tout, du sexe au plaisir, des relations humaines aux individus sont des marchandises. Finalement le libéralisme c’est le quatrième Reich dont l’industrie moderne du X est un symptômes plus que signifiant, la croix gammées reléguées par un godemichet de compétition.

Pour en savoir plus : http://www.lesinrocks.com/2016/01/10/sexe/stoya-lactrice-trembler-lindustrie-x-11796375/

Et

https://www.youtube.com/watch?v=Qy5hIELMEco

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Jacqueline Sauvage, une étrange affaire

Ca y est c’est fait. Fidèle à son absence de caractère, après avoir gracié partiellement Madame Sauvage, l’homme qui n‘était pas là a accordé une grâce complète à l’intéressée, au désespoir d’une partie des magistrats. On se souvient déjà sur le mariage gay comment notre badaud sous la pluie avait déjà tergiversé, parlant d’abord d’âme et conscience des maires avant de tapoter de son poing mou et rose sur la table. Avec l’affaire Jacqueline Sauvage on a à la fois un cas à part juridiquement, et une affaire tout à fait symptomatique de notre époque et ce pour plusieurs raisons. A la fois symptomatique du mode de gouvernance de l’absent de l’Elysée, du rapport incestueux qu’entretient le pouvoir avec la justice, de la médiatisation. Mais également idiopathique tant au sujet de la place des femmes dans la société française, que sur le thème de la violence à leur encontre qu’enfin au sujet d’un certain féminisme dogmatique et doctrinaire.

Jacqueline Sauvage, un cas d’école.

Jacqueline Sauvage est le portrait type de la femme battue. Soumise pendant plus de 20 ans à un mari violent qui l’a envoyé quatre fois aux urgences entre 2007 et 2012, elle est également le portrait type d’une femme née en 1947. Mariée à dix-huit ans, et mère un an plus tard. Sans diplôme, d’abord ouvrière dans l’industrie pharmaceutique puis dans la confection, elle est déjà maman de trois enfants alors qu’elle a à peine vingt-trois ans. En 81 son mari chauffeur routier est licencié, il décide de se mettre à son compte, achète un camion et sa femme occupe le poste de conjointe-collaboratrice, sans toucher de salaire. En 89 son fils et sa fille entrent dans l’affaire familiale qui fini par péricliter en 2012, année du drame. C’est d’ailleurs au cours d’une dispute sur la dites entreprise que trois coups de fusils partent. Madame a tiré dans le dos du mari, effrayée, selon elle, par l’éventualité qu’il redevienne violent. Ses filles attestent de sa violence et affirment même des attouchements sexuels. Il n’est pas seulement violent et incestueux, il est alcoolique. En garde à vue, cerise sur ce gâteau à la merde, Jacqueline Sauvage apprend que le jour même son fils s’est pendu. Son fils aussi souffrait de la violence de son père. Une violence qu’il reproduisait lui-même d’ailleurs sur sa femme, comme bien des enfants dans ce cas. Espérant atténuer sa peine, Madame Sauvage invoqua la légitime défense. Mais pour les magistrats et les deux équipes de jurés qui ont successivement condamné et confirmé en appel la condamnation les choses ne sont pas aussi simples. Et mieux, la veille de la journée contre la violence faites aux femmes, avec un sens du timing délicat, la cour d’appel de Paris, rejetait sa demande de liberté conditionnelle. La raison invoquée par la justice pour rejeter l’argument de la légitime défense et la demande de conditionnelle était que la condamnée adoptait une position victimaire, qu’elle ne réfléchissait pas assez sur son crime, sans s’interroger sur la place qu’elle prenait dans le fonctionnement pathologique de son couple. Et le 24 novembre que sa « réflexion demeure pauvre et limitée puisqu’elle peine encore à ce jour à accéder au réel et authentique sentiment de culpabilité  ». Je ne sais pas pour vous mais je trouve que cette dernière phrase à un côté liturgique qui n’est pas sans évoquer l’acte de contrition réclamé à la sorcière sur son buché. Nous y reviendrons. La justice reproche notamment à Madame Sauvage de ne jamais avoir porté plainte même après les épisodes aux urgences, remet en doute le témoignage de ses filles quand elles invoquent des attouchements, mieux le personnel de la prison se plaint que madame se rebelle, on y reviendra également. Bref elle présente à la fois le portait mêlé d’une femme indocile mais soumise, se sentant à la fois non coupable de son geste mais apparemment assez coupable pour avoir caché la violence de son mari à la justice, aux services sociaux.

François Hollande, un autre cas d’école

Par une sorte d’antithèse asymétrique, François Hollande présente également à la fois le portrait d’un homme indocile et soumis. Indocile parce qu’il hésite tout en même temps à céder à l’opinion et à déplaire aux magistrats, ménageant tout d’abord la chèvre et le chou avec sa grâce partielle. Insoumis parce que déclarant avec un aplomb de touriste de sa propre lâcheté que les magistrats manquent de courage. Et soumis parce qu’alors qu’il ‘n’a plus rien à perdre, qu’il espère encore piètrement rentrer dans l’histoire autrement que par la porte de sortie, il fait une nouvelle fois preuve de la seule gouvernance dont il n’a jamais été capable : le sociétal, le cosmétique, et ce essentiellement pour satisfaire un féminisme doctrinaire et victimaire. Le féminisme de la bourgeoisie à conscience, de la maman et de la putain. De cette même bourgeoisie qui réclame à Madame Sauvage après près de quatre ans dans l’enfer carcérale français, pour des raisons qu’elle récuse, de se montrer docile, soumise, obéissante et surtout pénitente. Pour autant j’ai moi-même signé la pétition, je ne peux donc que le remercier pour l’intéressée. Pour le seul titre de la question juridique par contre c’est un autre sujet.

Légitime défense et rapport de perversion.

Toucher au principe de légitime défense c’est toucher à la boite de Pandore, Riposte Laïque, l’amicale des petits blancs mal dans leur peau, réclame déjà qu’on accorde la même grâce à Luc Fournier, le buraliste qui a fusillé un jeune voleur de 17 ans, Jonathan Lavignasse, et qui invoque aussi la légitime défense. Attendu qu’il savait que quelque chose se préparait, avait alerté la gendarmerie, tendu des fils pièges dans son commerce et campait à l’intérieur avec son fusil, la justice évoque plutôt l’autodéfense. Or l’autodéfense est également un thème de prédilection de la France apeurée, particulièrement en cette époque de terrorisme sauvage et quasi pathologique. On se souviendra par exemple de la tentative du maire de Bézier de créer une milice civile à seul dessin de troller les réseaux sociaux et les médias, et de faire les gros yeux aux immigrés. Mais pour en revenir à madame Sauvage, il ouvre peut-être un autre débat plus intéressant, celui dit de la légitime défense différée, comme il est intégré dans le droit Canadien. Ce qu’on pourrait presque inscrire comme une légitime défense spécifique aux femmes et enfants battus et qui s’appuie notamment sur ce qu’on appel le Syndrome de la Femme Battue ou SFB. Le SFB n’est pas une de ces nouvelles maladies inventées par la psy ou le féminisme américain. C’est un ensemble de signes cliniques que connaissent bien les travailleurs sociaux et les urgentistes privant la personne de trouver une solution raisonnable à la situation de terreur et de danger véritable dans laquelle elle se trouve. La victime se concentre alors sur les moyens pour se prévaloir de la violence du conjoint ce qui, sur le long terme, alterne son jugement. Une situation que connaissent également parfois les enfants eux même, à qui on ajoutera une sidération face à l’autorité induite par les parents et les adultes en général, plus le fait que leur parole peut être mis en doute et qui les conduit eux, plus souvent vers le suicide, l’automutilation ou la polytoxicomanie. Quand ils ne reproduisent pas sur d’autre leur martyr. Pour autant le SFB ne semble pas intégrer un autre facteur qui n’est pas rare dans ce genre de rapport de couple. Et un facteur que ne semble pas avoir non plus intégré la justice à l’endroit de Madame Sauvage, et qui est celui du pervers narcissique. Je n’ai pas choisi mon titre par hasard, dans une Etrange Affaire de Pierre Granier-Deferre, Gérard Lanvin tombe sous la coupe de Michel Piccoli sous l’œil médusé et impuissant de Nathalie Baye. Lentement mais sûrement, jouant le chaud et le froid, la séduction et la destruction, Piccoli exerce une emprise complète sur Lanvin au point de son implosion. Freud craignait déjà que ses concepts deviennent grand public et alimente nos babillages. Il avait raison. Le terme de harcèlement a été dévoyé, celui de pervers également, le terme de pervers narcissique devient une formulation à la mode pour de la psychologie de bas étage au service du victimaire, éludant par la même le caractère bien réel du drame. Le harcèlement est relativisé, le fauve se fond dans la foule du banal, à force de traiter tout le monde de facho, de crier systématiquement au loup, quand il survient personne ne fait plus attention. Or le pervers narcissique (à entendre ici en terme « clinique ») est une réalité. Il s’inscrit dans une relation de dépendance à coup de yoyo émotionnel, mélangeant gratification et douche froide jusqu’à se lasser de sa victime quand il l’a totalement dominé car c’est avant tout le pouvoir sur l’autre qui est son moteur à l’instar du psychopathe et du violeur. D’une intelligence plus souvent limitée qu’on ne le croit, elle est cependant concentrée sur le fonctionnement propre de la victime. Son narcissisme même (car nous le sommes tous à titre varié) son manque d’estime d’elle-même, et le rapport alternée contenu dans le triangle de Karpman, bourreau, victime, sauveur. Le bourreau pourra ainsi tenir à la fois les deux autres rôles et vice versa pour sa victime. Ainsi tel mari violent reprochera, après la baffe, à sa femme de le pousser à bout jusqu’à ce qu’elle finisse par se sentir elle-même coupable et donc bourreau des sautes d’humeur de son mari, quitte à se reprocher à elle-même son attitude et s’en excuser, devenant son propre tortionnaire. Ce qui laissera au pervers narcissique tout loisir d’étendre son pouvoir, par exemple en quittant le domicile, en se faisant supplier, en menaçant de divorcer. Inversant totalement le rapport jusqu’à prendre le rôle consolateur en revenant sur ses menaces et en « pardonnant » sa victime. Ce mécanisme intentionnel est fort bien décrit par le proxénète Iceberg Slim dans son autobiographie Pimp. A noter que d’une part si le pervers narcissique est une personne instable qui aime changer de victime sitôt l’une sous sa domination et se lasse vite, c’est également un maniaque du contrôle qui appuiera sur tous les ressorts possibles pour tenir sa victime sous sa domination, au point d’un rapport de dépendance – toujours inscrit dans le principe de Karpman – à assimiler à la toxicomanie (morbidité et toxicité du rapport). Mais qu’à l’instar à nouveau du psychopathe violent c’est un être profondément vide, avec généralement une vision nihiliste du monde, une incapacité empathique à comprendre les autres et lui-même autrement que sous le strict mécanisme de la domination, et surtout qui se cache. Car par essence il a goût à ce qu’il fait aux autres, c’est un pervers donc, cela remplit en soit le vide de lui-même en satisfaisant son narcissisme pathologique. C’est ici que le SFB ne fait pas cas de cette réalité, si la victime cache elle-même ses bosses, le pervers narcissique, à l’instar cette fois du sociopathe, saura présenter un verni social qui dupera absolument tout le monde. Si dans le cas de Madame Sauvage, l’agressivité et l’alcoolisme de son mari laissait peu de doute au voisinage et à l’entourage extérieur, il est à noté qu’on ne passe pas 47 ans avec une personne violente sans entretenir et être entretenu dans un rapport pervers de dépendance. La justice en reprochant à Madame Sauvage son rôle dans le fonctionnement pathologique de son couple reproche peut-être finalement à la victime d’un pervers narcissique de s’être laissé soumettre. Et si je dis ici peut-être c’est que Madame Sauvage reste un mystère pour la justice, que les allégations d’attouchement de ses filles n’ont pas fait l’objet de constat médical ou de plainte, au plus d’une main courante qui, comme toute les mains courantes, finie par s’effacer si aucune plainte ne vient la soutenir. En soit donc on voit que le principe de légitime défense différée pose question d’autant que si le SFB regroupe des signes cliniques, le terme « pervers narcissique » est une notion psychanalytique et non clinique. Bien moins simple à démontrer dans un tribunal. Et ce même si selon le psychiatre, psychanalyste Alberto Eiguer il s’agit d’un cas particulier de la pathologie narcissique.

Féminisme victimaire et tabou social

Il y a toujours eu deux justices, en France ou ailleurs. La justice populaire et la justice d’état, les deux ont pour trait commun d’être humaines, en ceci qu’elles se trompent. S’il appartient aux juristes, avocats et magistrats d’examiner les erreurs de la seconde, la justice populaire refuse de se soumettre à l’examen, elle a raison par la voix du nombre et peu importe si ce jugement est sous l’influence de l’air du temps. Dans le cas qui nous occupe, je peux en témoigner en tant que signataire, ça été le cœur des âmes en détresse, des pleureuses de la cause des femmes, rendez-vous compte il battait sa femme et violait ses enfants. Et peu importe donc s’il n’y a aucune preuve formelle de ce fait, il faut les croire car ce sont des femmes, et les femmes sont nécessairement martyres du genre masculin, le si mal nommé sexe fort. Il y a trois ans, dans un grand élan vibrant d’indignation frelatée, Madame Belkacem se lançait comme défi d’abolir rien de moins que la prostitution et dans la foulée, car en France toute loi doit être assortie d’une taxe non forfaitaire, de pénaliser les clients. Bramant que le corps n’étaient pas une marchandise, et en appelant à la dignité bafouée des femmes par l’avilissante pulsion sexuelle du mâle uniforme. Allégation sur le corps qui a bien dû faire rire tous les publicitaires et autres vendeurs de produits pas forcément nécessaires, de la berline sport aux soutiens-gorge coquins. Du télé-achat pour appareil de musculation en passant par les tablettes de chocolat de Brad Pitt ou les tatouages et la chute de rein de son ex. Position sur la dignité féminine typique de ce féminisme de victime et castrateur qui consiste à uniformiser tant les hommes que leur rapport à la sexualité. Et qui par la même occasion évacue d’un revers de la main tous les hommes et transgenres qui sont eux-mêmes travailleurs sexuels. Et ce à seul fin de ne pas aborder un premier tabou social, celui de la misère sexuelle. Un tabou social qui fait également le succès des sites pornographique sans pour autant faire la fortune de cette industrie en crise, et qui est elle-même victime d’un autre phénomène de misère sexuel : la violence, notamment initié par des comédiens comme Rocco Siffredi ou James Deen. Enfin, une loi qui conduit en réalité non pas à arrêter ce commerce mais à le rendre un peu plus clandestin, et terme d’abolition d’une fatuité assez typique de Madame Belkacem (comme du reste de Madame Royale). Dans une Europe sans frontière où fleurissent les bordels, en Espagne, Belgique, Allemagne, Pays-Bas, etc… Et pour ceux que ça intéresse l’OCRTEH, l’Office Centrale pour la Répression du Trafique d’Êtres Humains c’est un total de 50 fonctionnaires pour l’ensemble du territoire. Autant pour l’immigration clandestine que les réseaux de prostitutions… Ce même féminisme victimaire et petit bourgeois qui fait dire à Caroline Haas qu’il faut oser le clitoris et partager les tâches ménagères dans un pays où 53000 femmes sont excisés (dont une majorité avant l’âge de dix ans) et où 37% des violeurs sont les conjoints eux-mêmes. Car il ne s’agit non pas de nier ici, bien au contraire, mais de mettre le doigt sur un autre tabou social le rapport que la société française entretien avec les femmes.

La Maman et la Putain

Ce n’est pas à l’idée développée par Jean Eustache dans son film de 73 auquel je me réfère ici mais à celle commune dix ans plus tôt au sujet des mères célibataires. Cette perception qui leur valait le titre de mère indigne, de putain donc puisque célibataire et objectivement femme. Dans la psyché française il y a un mythe persistant qui veut que non seulement nous avons inventé l’égalité entre les citoyens et les citoyennes mais que puisque nous avons inventé également le libertinage nous avons élaboré la femme libérée. Bien entendu tout ça n’est qu’une légende urbaine. De Coco Chanel à Bardot, des cocottes aux suffragettes en passant par Louise Michel et Arletty nous sommes persuadés d’être en avance dans le domaine de leur « libération ». Déjà partir du principe qu’une société va libérer les femmes, c’est partir du principe qu’elles ne peuvent pas le faire elles-mêmes. C’est donc une logique non pas de société féministe mais patriarcale et paternaliste. Et bien entendu cette logique s’étend aux hommes eux-mêmes, c’est donc une société qui prend ses citoyens pour des enfants. Ensuite il serait également nécessaire de rappeler qu’il a fallu attendre 1907 pour qu’elles aient droit de toucher un salaire en propre, et soixante ans de plus pour avoir un compte courant sans l’autorisation de monsieur. Que si elles ont obtenu le droit de vote qu’à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, l’Uruguay l’accordait dès 1926… quand à l’avortement il était déjà en vigueur depuis 1920 en URSS quand Simone Veil a réussi à faire plier la société de 1974 et à l’imposer. Et ceci au terme seulement d’un intense et violent débat médiatique. Débat qui est encore d’actualité semble-t-il quand on entend le FN user du terme infâme « d’avortement de confort », et remettre en question son droit au parlement européen. Or le FN est dans l’esprit de beaucoup de français aujourd’hui. Dans la continuité de cette projection déformée et flatteuse que les français se font d’eux-mêmes, celle-là même qui l’autorise à se poser en juge de la misogynie et de la violence de l’Islam vis-à-vis des femmes et dans la foulée de se lancer dans des débats stériles vis-à-vis des interdits vestimentaires des plus intégristes, nous nous glorifions de nos progrès, de notre féminisme et pourquoi pas même de notre adoration du genre. Et là disons que la réalité est moins pimpante. Pour 20% des français un non équivaut à un oui. En 2015, 223.000 femmes étaient victimes de violences conjugales, et 84.000 étaient victimes de viol ou de tentative dont 54% par leur conjoint ou un membre de la famille. Que la France c’est une moyenne de 206 viols, par jour (des deux sexes) pour seulement 12768 plaintes déclarés…que le viol conjugale n’est même pas clairement défini par la jurisprudence de 90 alors que paradoxalement il est plus sévèrement puni que le viol d’une (ou d’un) inconnue. Et je masculinise à dessin la question car c’est un autre tabou, le viol masculin. D’une part celé par la honte de l’acte lui-même (comme chez toute personne violée) que par la difficulté à l’assumer pour un hétéro ou un homo. D’autre part mis au rencard tant par le fait qu’il est moindre comparé à celui des femmes, que par l’action de ce même féminisme dogmatique et en réalité masculinisé. Et puis il y a la réalité du terrain également. La police ce n’est pas les Experts. Une analyse ADN est confiée à un laboratoire privé, au frais de l’enquête, or comme dans bien des affaires, si le cas n’est pas suffisamment gros, le juge d’instruction rejettera la demande de fond. Si la peine prévue est de 15 ans maximum dans les faits c’est très relatif. J’ai le cas personnel d’une amie qui s’est faite violer deux jours durant à domicile, qui a été contaminée par le virus du Sida dans la foulée, et qui a vu son agresseur ressortir libre après un séjour de convenance en psychiatrie. Et ceci après avoir eu à faire à des policiers indifférents et limite insultants. Mais il est vrai que les parents du coupable sont des notables… De plus la procédure dure en moyenne deux ans avec ce que ça sous-entend comme remises en question, doutes et peurs. Le harcèlement de rue peut devenir commun mais une femme qui se rebiffe ça passe moins. Une relation pour avoir osé faire face s’est fait casser le poignet, et quand elle a eu le malheur d’en faire part sur les réseaux sociaux, elle s’est fait insulter et continue de se faire insulter parce qu’elle a eu le tort de préciser que son agresseur était un bon blanc…Racisme et sexisme dans un même paquet cadeau. Harcèlement et violence dont j’ai été moi-même témoin sans qu’aucun défenseur de la femme en péril ne se lève. Et vous pourrez toujours m’avancer que la foule est lâche et indifférente, je vous défie de faire ça en Afrique, au Maroc ou à Dakar pays musulmans s’il en est, mettre une baffe à une femme mûre comme je l’ai vu ici et vous vous ferez défoncer sinon par ces messieurs au moins par ces dames. D’ailleurs si vous n’êtes toujours pas convaincu je vous rappellerais qu’une fois de plus nos députés (de gauche, un comble !) se sont distingués en rejetant un amendement prévoyant d’interdire d’exercice un élu condamné pour viol ou violence. Faisant de facto de l’assemblée et du sénat le seul lieu en France où les agresseurs de femme sont protégés… par la loi. Et un DSK de pouvoir tranquillement violer une prostituée sans qu’une partie de la population ne s’en émeuve plus que ça, pire en appelant au complot, au regret éternel quand à ce qu’aurait put être la gouvernance de ce pervers en lieu et place de celle de demi-molle.

Médiatisation et dilution.

Comme toute les affaires touchant à un point sensible et clivant de notre société celle-ci a connu les affres de la médiatisation, avec son lot de scandales, d’outrances, de certitudes assenées, et le concours gourmand d’une classe politique toujours plus prompte à se faire bien voir de ses employeurs, nous, qu’à faire son travail. Dans le rapport ambigu et conflictuel qu’entretient depuis toujours état et justice en France, justice de cour et cour de justice, et particulièrement dans un contexte toujours plus dégradé depuis le début de l’état d’urgence, les décisions des uns ont des conséquences dont on pourrait se passer. Ainsi on peut aisément voir dans la décision du 24 novembre une réponse de la bergère mal aimée au berger également mal aimé. La déclaration sur la lâcheté évidente de la justice a été suivie d’un mot d’excuse du cancre de l’Elysée, d’autant bien venue que la classe politique passe régulièrement au tourniquet. Or comme nous l’a rappelé l’inénarrable Christine Lagarde ou Jérôme « les yeux dans les yeux » Cahuzac sa bonne grâce vis-à-vis de la caste dominante dépend d’un rapport tacite de non-agression. Cahuzac a plongé pour avoir fraudé sur de l’argent personnel et osé mentir à ses « amis » alors qu’il n’a jamais été grand-chose, là ou au contraire, participant à un détournement massif d’argent public au profit d’un repris de justice multi récidiviste, la puissante Madame Lagarde a été dispensée. Ce qui l’autorise apparemment à déclarer sans complexe qu’il faut s’atteler à la lutte contre les inégalités dans un ensemble Dior du meilleur goût pour qui aime les vieilles en habit de croquemort à paillette. Or sans la grâce du premier magistrat de France, celui censé garantir l’indépendance de la justice, Madame Sauvage n’aurait été libérable qu’en 2018 ce qui fait au total pas mal d’année de prison depuis 2012 et onze mois de préventive pour une personne qui a cherché à mettre fin à son martyr. Or cette dilution des décisions, cette dispersion du discours, ce battage qui finalement ne satisfera que les féministes de pacotilles et les hystériques de la victimisation va surtout avoir pour conséquence d’endormir les uns et les autres dans l’autosatisfaction que justice a été rendue pendant que des tribunaux surchargés rendront des décisions hâtives. Pendant que le budget de la justice française est équivalent à celui de la Moldavie, 37ème sur 43 pays européen. Or je rappel ces chiffres, 223000 femmes victimes de violences conjugales, 75000 viols pour l’année 2016, pas même 13000 plaintes enregistrées, 206 viols par jour. Le 24 novembre dernier, alors que Jacqueline Sauvage était renvoyée en cellule, la 68ème femme de l’année était tuée par son ex conjoint.

En attendant bonne et heureuse année madame, à vous et à vos filles, et bon courage pour vous reconstruire.

Virgin Suicide ou l’alphabet du suicide.

« Je suis un adolescent, personne comprend mes problèmes » c’est par une de ces phrases plaquées et moqueuses que le film de Sofia Coppola va vers sa conclusion. Une de ces phrases que tout adolescent a un jour entendues dans la bouche d’un adulte à l’ironie simple. De ces adultes qui ne cessent de vous expliquer qu’eux aussi ont eu vingt ans alors qu’en réalité ils sont morts depuis longtemps et qu’ils l’ignorent. Une phrase qui marque non seulement du mépris aux tourments de l’adolescence mais qui ignore délibérément que les dits problèmes ne sont pas incompréhensibles mais bien qu’ils font sens en ceci qu’ils interrogent le monde adulte. Qu’ils sont le fruit d’une observation lucide, sans borne et coupante, et non pas justement ce que cette phrase idiote sous entend, un sac de noeud pour un sac de noeud. Mais l’admettre bien entendu serait remettre en question tous les mensonges avec lequel le monde adulte négocie, il est plus simple d’ironiser. Et si Sofia Coppola met ici cette phrase dans la bouche d’un jeune gommeux se prenant pour ses parents, ce n’est pas par hasard. Car au fond que nous dit elle le temps d’un plan, ce sont ceux qui se prétendent adultes qui se moquent de l’adolescence comme de l’enfance et de son point de vue.

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Et pour se faire, pour démontrer de ce particularisme, Sofia Coppola va précisément utiliser le langage de caméra de ces pseudo adultes là, une narration par leur point de vue, laissant à ses virgin suicides le statut d’icônes mystérieuses que leur confèrent les jeunes mâles amoureux, comme la télé ou leurs parents, un père effacé et dépassé, une mère pleine de ses certitudes quand l’amour irréprochable qu’elle aurait porté à ses enfants. En surface et en narration, rien jamais ne nous est expliqué. Nous sommes spectateurs d‘un drame sans clef ou plutôt autour duquel tout le monde tourne sans jamais la saisir. Un drame dont l’élément déclencheur est le suicide de la plus jeune des soeurs de la famille et qui nous est laissé sans motif aucun.

Et partant, en surface, même en grattant les couches superficielles, Virgin Suicides donne le portrait d’une chronique douce amère sur l’adolescence, dans un univers à la le Lauréat au fil d’une amitié qui n’est pas sans rappeler Stand By Me ou Georgia. On comprend donc bien que c’est ce lent étouffement de leur jeunesse qui tuera ces jeunes filles qui au reste choisirons toute de mourir asphyxiées, que l’arbre devant la maison est un symbole fort pour elle, et que les garçons comptent, et on peut en rester là, sans sortir de ce nébuleux point de vue sur l’adolescence d’un film sans portée réelle au rythme aussi lent et pesant que l’ambiance de la maison des Lisbon. On ne saura jamais pourquoi la gamine s’est suicidé, «Je suis un adolescent, personne comprend mes problèmes » donc…

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Pour autant Sofia Coppola est une adulte qui a grandit sans jamais perdre de vue son enfant intérieur. Et comme tel, c’est un point de vue bien plus global qu’elle nous offre, ou plutôt n’offre qu’à ceux qui comme elles ont gardé à la fois ce sens d’observation et ce sens critique propre aux enfants et aux adolescents, avec ce même côté malicieux dans sa manière de cacher les clefs. En réalité si on observe la grammaire même de la caméra et on tient compte à la fois du casting comme du choix de la garde robe, l’on découvre ou plus exactement on a des indices exacts sur le point de vue de la plus jeune des suicidées et partant sur ce que ses soeurs ressentent également du monde qui les entoure. Linéaire en apparence dans son montage c’est au passage d’une banale séance de télé en groupe que l’on est saisi, comme par accident de la bizarrerie réelle qui se cache derrière cette famille. Quand sur la voix du père (James Wood acteur connu pour ses rôles nerveux voir violents et son visage ravagé de névroses ) la caméra se fixe sur un documentaire animalier montrant deux crocodiles se chamaillant. Un plan qui en suit immédiatement un autre, d’abord général avec la mère au centre choisissant le programme au milieu de ses filles (ici Kathleen Turner) puis celle d’un troupeau de gnous en migration. La bizarrerie des plans m’a immédiatement renvoyé à la scène dans la maison des « ogres »dans la Peur au Ventre, où une même bizarrerie est instauré pour figurer le ressenti d’un enfant face à un couple inquiétant. Ici donc Sofia Coppola, qui ne filme jamais au hasard, nous offre en réalité le ressenti de ces jeunes filles. Qui somme nous ? Des animaux en transhumance conduit comme untroupeau aveuglé par une mère tout en surface de chocolat. De la viande sur pied, indifféremment habillée pour le grand bal du pré coït. Qui sont ils ? Des créatures préhistoriques, carnassières et dangereuses. Bref, ce qu’elles savent de leur parents dans leur ressenti sans que jamais les apparences ne vienne à craquer. Or si on pousse l’analogie du crocodile plus loin, pour tuer ses proies il les entraine sous l’eau pour mieux les consommer une fois asphyxié, et quand il se reproduit cela tient du viol pur et simple. C’est donc cette vision qu’ont les filles de leurs parents, et si l’on tient pour écho qu’en effet ils finissent par asphyxier leurs enfants pour ensuite vendre leurs effets en parlant d’amour, cela donne une autre perspective sur comment elles perçoivent leur père et le rapport de force qui les a mis au monde, du viol entre crocodiles.

Partant de ça, on comprend sans mal ce que Trip représente pour le personnage de Dunst, un voyage presque interdit donc, une autre vision du sexe, une échappatoire érotico romantique. Pour obtenir cet effet de véracité d’un ressenti, Sofia Coppola laisse sa caméra trainer comme au hasard. Ainsi le pasteur qui vient « réconforter » les Lisbon au décès de la plus jeune, erre dans la maison comme s’il cherchait Dieu. Or de Dieu il n‘y a pas, seulement des jeunes filles rangées le long d’un mur comme un alignement de chaussures, un père qui déraille dans son fauteuil et sa garde robe papier peint et une mère retirée dans son silence. Avec en conclusion cette magnifique sentence du pasteur qui estime qu’il n’y a pas eu suicide mais accident. De sorte que l’on nie d’un coup non seulement l’acte mais son motif. Or pour rappel, quand on sort la gamine de sa baignoire de sang, c’est une Vierge à l’enfant qu’elle laisse choir de sa main, une vierge souillée de son sang. Dieu est bien absent de cette maison où l’on est pourtant si pieu mais l’enfant se retient quand même à lui, comme si elle retenait sa foi là où ses parents l’avaient perdu au profit du dogme. Et la mort qu’elle se choisi, immédiatement après avoir obtenu la permission de sa mère de se libérer est de s’empaler. Une mort par pénétration… Une analyse superficielle pourrait inventer un inceste caché ici, il ne retiendrait pas le fait que le père n’est ni là, ni sexué en leur présence, qu’en réalité la démonstration de sa sexualité se signifie par le nombre de fille d’âges successifs auprès d’une mère dont l’idée même de sexualité semble rebuter. On en revient donc au viol entre sauriens, à ce ressenti jamais dit ou même explicitement montré qui relève à la fois du mystère autour de la sexualité en général que de la monstruosité sous tendu d’un père qui s’efface partout sauf quand il s’agit de pénétrer sa femme. Et qui du reste porte sa fille comme le mari l’épousée à l’entrée de la chambre nuptiale, alors que celle-ci est morte.

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Ce même mari que l’on verra capable de s’imposer devant des grévistes quand il enterre mais qui le reste du temps n’est qu’un falot personnage. Bref un homme qui ne sait s’imposer qu’à l’heure de la petite ou grande mort. A côté d’une femme dont idée de séduction, de désir même lui est parfaitement étrangère. Quel regard peut dès lors avoir une enfant du monde si on y ajoute à ça une lente asphyxie de leur jeunesse bourrée au chocolat de l’amour de la mère. Et pour qui douterait que le choix des armes est signifiant ici, je vous renvois au choix de mort des autres soeurs. Le film de Sofia Coppola ne s’aborde pas en seule prise. La lucidité sans rémission qu’elle glisse au milieu de figures et de rhétoriques scénaristiques et filmiques (la vision des médias, celle des voisins, des jeunes hommes) nécessite d’autant de vision qu’elle est faite de détails et d’observation pointues. Que comme le dit un des garçons, les femmes en savent plus long et qu’elles ne se livrent pas comme ça. Mais je crois que tous le sens se situe dans le titre lui même.

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Prit séparément et dans le contexte, Virgin Suicides pourrait faire référence à la virginité des filles et donc à leur mort. Mais il s’entend en réalité, littéralement, par « suicides vierges ». Un suicide vierge de tâche, de raison pénétrante et signifiante, bref un suicide comme il est perçu de l’extérieur, sans motif vraiment apparent. Or bien entendu il n’y a aucune virginité ici sinon celle purement fonctionnelle de filles qui préfèrent ne jamais grandir plutôt que de reproduire le viol ménager de leur mère,revivre les déceptions amoureuses de leur âge, bref ne jamais se sexualiser et laisser à leurs partenaires potentiels comme seul trophée des dépouilles. Mais puisque ce film ne s’aborde pas en une seule prise mais comme un mélange de regards ne formant qu’un seul et même point de vue sur le monde supposément adulte et sur celui bien plus lucide et redoutable des enfants et des adolescents, il est probable que d’autres spectateurs découvriront d’autres motifs, d’autres monstres banals dans les ombres et les silences de cette parfaite petite famille de bigots et par extension dans leur voisinage. Comme ceux là même que dénonce un des jeunes hommes, jouant au tennis et au golf après la mort de cinq gamins, comme s’ils avaient déjà tout vu et compris, au demeurant leurs parents. Ou remarquer qu’en réalité les lignes de dialogue des jeunes femmes sont réduites à rien et qu’elles sont systématiquement racontées et réinventées par d’autres. Sofia Coppola a composé à la fois un film de signes, un film sur le deuil, l’adolescence et l’enfance, un film à tiroir qui interroge moins notre ressenti de spectateur, nos émotions que notre ressenti réel, dans la vie courante, notre lucidité. Qui s’adresse en réalité uniquement à ceux qui voudraient comprendre, et ceux qui comme elle ont conservé leur hyper sensibilité et verront au delà de la simple subjectivité d’un spectacle. Encore une fois on peut rendre hommage aux acteurs ici. Kristen Dunst incarne la jeune femme qui préfère s’envisager avec l’amour plutôt que comme sa mère, viande sur pied. Kathleen Turner et James Wood qui ont la tâche difficile d’être à la fois parfaitement transparents et omniprésents, occultés mais remplissant tout l’espace. Et une maille de comédiens plus ou moins connus qui forment sur cette histoire une même présence/absence. Comme s’ils restaient perpétuellement spectateurs et décor du paysage de la jeunesse de ces jeunes femmes, éternellement incapables de comprendre les enjeux d’une vie adulte dont elles ont rapidement appris les coupants contours. L’ironie de l’affaire c’est qu’il s’agit d’une première oeuvre, relevant d’une maturité et d’une maîtrise rare du médium cinéma et qu’en conséquence le film ne sera jamais autrement récompensé que par des prix « junior » comme si on attribuait à perpétuité au point de vue qui s’en dégage une importance relative, de celle là même qu’on en accorde au fameux mal être des ados. Toujours est il que je ne saurais trop vous conseiller de le regarder et si vous l’avez déjà vu comme moi d’en remettre une couche pour commencer à appréhender toutes les facettes. Dans un paysage de cinéma américain de redondance et d’effets soulignés, c’est le genre de travail qui redonne foi dans ce qui se passe à Hollywood.