Cannabis, contes, mythes et légendes

Comme à chaque élection depuis l’invention de François Mitterrand l’arlésienne préférée des politiques français est de retour dans le débat… jusqu’aux prochaines élections….Je veux bien sûr parler de la légalisation du cannabis, l’herbe qui rend fou. Et comme chaque année, les « journalistes » ou plutôt les animateurs des talk show du pré-à-penser du 20 heures inviteront ou invitent son lot de partisans du oui contre ceux du non. Selon un plan de table bien rodé, les oui à gauche, car le plus souvent de gauche, et les non à droite car le plus souvent de droite. C’est plus facile à comprendre pour la moyenne des téléspectateurs de plus de 60 ans à qui ces débats sont en réalité destinés. J’avais moi-même déjà rédigé un article à ce sujet pour la même occasion, un serpent de mer donc. Comme chaque année à gauche on aura donc un homme le plus souvent seul, député si possible, parfois maire d’une commune, au hasard Sevran, ou quelque fois accompagné d’un journaliste, soit vaguement économiste, le plus souvent « spécialiste » du phénomène mafieux. Tandis qu’à droite on aura en plus du député cacochyme et si possible connu, un représentant syndical de la police, au hasard le président d’Alliance, et un médecin, généralement psychiatre, neurologue, parfois spécialiste des addictions. Le débat est bien rôdé et je peux vous en donner d’avance la substance. A gauche on avancera qu’il faut légaliser pour couper l’herbe sous le pied aux mafias, qui pourtant depuis trente ans n’opèrent officiellement pas en France ni n’existent. Attendu que la criminalité corse n’est pas mafieuse, au plus une bande de sympathiques figures du voyou à l’ancienne, dans la grande tradition du polard Duhamel. Ensuite ça évacuera la délinquance des quartiers, où de véritables cartels de la drogue s’installent devant les boites au lettres, comme au Mexique mais en plus petit. Enfin avec l’aide de taxes progressives, comme dans le cas de l’alcool, on pourra se faire plein de sous. Comme par exemple ce fameux Colorado avec ses cinq millions d’habitants et ses lois fiscales particulières, même qu’ils en avaient tellement d’argent qu’ils ont été obligé d’en redistribuer aux gens ! De quoi faire rêver en France où les mots « taxe » et « argent » ont semblent-ils des propriétés magiques. Car bien entendu, loi Evin oblige, il faut mettre nicotine, cannabis, et alcool sur un même plan d’égalité. C’est rien que des drogues, ça sert à rien, si les gens veulent se foutre en l’air ça les regarde, mais pas question que ça soit avec mes sous à moi de ma Sécurité Sociale à moi. A droite, les arguments seront les suivant : si on légalise les voyous des quartiers se jetteront sur la vente de produit dix fois plus dangereux, de plus, soutiendra le médecin, il y a des risques de schizophrénies, c’est scientifiquement démontré, ce à quoi ajoutera le policier, à l’initiative de l’animateur, que les taux de THC augmente, et que le cannabis d’hier c’est plus le cannabis d’aujourd’hui. On conclura donc que ce serait irresponsable de légaliser même si on s’accordera sur le fait que la loi de 70 n’est plus très adaptée et qu’en fait on enferme presque plus pour simple usage, ce pourquoi on devrait se contenter de mettre une amende quand on croise un hippy… euh un jeune homme devant la boite au lettre. Voilà, et comme ça tous les ans depuis 1981, depuis que Mitterrand le facétieux avait lancé l’idée d’en parler sans rien faire. Logique parallèle à ces débats stériles, les réseaux sociaux se remplissent de discussions également oiseuses où tout et absolument n’importe quoi est dit à ce sujet et que personnellement j’entends colporter depuis que je me suis intéressé à la question, il y a maintenant 38 ans. Je vous propose donc de les lister. Mais pour commencer, en préambule, parce qu’il me semble qu’au-delà de la simple question morale, sanitaire ou judiciaire, nous sommes face à un préjugé culturel et quasi xénophobe, je vais commencer non pas par le cannabis, mais l’alcool.

« La prohibition c’était une idée des puritains, résultat il y a eu la mafia »  : C’est vrai, le Volstead Act promulgué en 1920 et abrogé treize ans plus tard a été porté par les ligues de vertus américaines, d’inspiration puritaines et protestantes et il a en effet fait la fortune des gangs américains. On notera cependant que les ligues de vertus étaient les seules à se préoccuper d’un mal qui rongeait et ronge toujours l’Amérique (notamment les femmes), l’alcoolisme. En 1919 l’alcoolisme est endémique aux Etats-Unis, et nombre des députés et sénateurs qui ont porté cette loi étaient eux-mêmes des alcooliques notoires, mais ça ne semble pas préoccuper plus que ça le monde médical. Du reste, contrairement à ce qu’on pense il y avait de nombreuse exceptions et arrangements sur le sujet de l’amendement, notamment celui autorisant un médecin à prescrire du whisky pour une dose limité. L’American Medical Association demanda donc qu’on augmente les doses, et questionna les politiques sur leur capacité à savoir la valeur thérapeutique de la moindre substance. Ces exceptions ont bien naturellement servi les intérêts des gangs. Et je dis bien gang car contrairement à ce qu’on prétend, la mafia telle qu’on la connaitra n’existait techniquement pas, et ce n’est pas la prohibition qui y a donné naissance mais son abrogation ! Voilà de quoi alimenter le moulin du président d’Alliance, nous y reviendrons. A noter également que non seulement elle a enrichi les gangsters mais provoqué pas mal de drame, les gens se livrant à leur propre production d’alcool avec à peu près n’importe quoi.

« L’alcool n’est pas une drogue » L’inénarrable Nicolas Sarkozy, en présence de quelques gros producteurs de vin, l’a dit en 2007, « le vin n’est pas une drogue ». Et considérant qu’il n’en boit pas lui-même, d’alcool en général, il était bien placé pour en parler. Un alcoologue qui participait à un débat au Sénat sur l’abrogation de l’interdit concernant l’absinthe racontait qu’il avait été stupéfait de constater que dans l’esprit de nombre de sénateurs, l’alcool n‘était pas une drogue non plus. Les faits bien entendu sont plus cruels. Cette drogue, car c’est donc évidemment de quoi il s’agit au même titre que le tabac, l’opium ou le cannabis, et que certain neurologue vont même jusqu’à appeler la « molécule sale » concerne 86,4% de la population nationale, avec une moyenne déclarée de cinq verres et demi par semaine. Et sur ces 86,4% 9,3% se mettent une race régulièrement. Pour un total de 49000 morts par an. Car rappelons qu’en plus de tuer sur la route, l’alcool provoque cirrhose et hépatite alcoolique, AVC, désordre neurologique, plus une belle collection de cancer. Qu’enfin, d’où son surnom de « molécule sale » l’alcool et l’alcoolisme s’inscrit dans les gènes, dans une même famille, à une ou deux générations près, on va retrouver des cas d’alcoolisme avéré. On ajoutera des problèmes psychiatriques également avérés et un phénomène d’addiction équivalent à l’héroïne. Et c’est pour toutes ces raisons que l’alcool est légal. Et pour des raisons éminemment culturelles on s’en doute. En 2011 les français consacraient en effet 19 milliards d’euros aux boissons alcooliques soit environs 9% de leur budget alimentation. En 2006 le budget publicitaire en faveur des boissons alcooliques était d’un peu plus de trois cent millions d’euros, et dans notre balance commerciale, en terme d’exportations c’est un montant de dix milliards, sur lequel l’état prélève trois milliards en taxe. Comparé à ça les 830 millions que dégage le trafique et le petit milliard qu’on pense tirer des taxes sur le cannabis c’est beaucoup moins culturel… car donc je le rappel pour les oublieux, le cannabis, l’alcool et la cigarette c’est la même merde nocive pour la santé.

Voila, occupons nous maintenant des clichés concernant le cannabis…

« Si on légalise les dealers vont se tourner vers des produits plus dangereux » : l’argument favori des prohibitionnistes repose sur un premier préjugé, l’uniformité des usagers de drogues et un second qui veut que la prohibition par voie de conséquence a freiné la production de produit dangereux. Or d’une part il n’y a pas une toxicomanie mais des toxicomanies et un usager de cannabis ne va pas nécessairement se mettre à la cocaïne, alors qu’il a été démontré que l’usage de la nicotine tend à entrainer vers d’autres produits, notamment la cocaïne… Pour autant si vous vous tapez vos 20 clopes par jours vous savez bien que vous ne pensez pas immédiatement à mettre le nez dans le produit qui a fait la fortune d’Escobar. Et là on en revient au second préjugé. Escobar qui était un gros consommateur de cannabis, et ses amis, gagnaient leur vie avec le cannabis qu’ils importaient massivement vers les Etats-Unis via la Floride. En 73, espérant mettre de son côté l’Amérique conservatrice face à l’Amérique contestataire, Nixon décréta la guerre à la drogue. Et c’est précisément suite à cette guerre que les producteurs et importateurs de cannabis se mirent… à la cocaïne, plus rentable et plus facilement transportable. On le voit donc la prohibition a posé exactement le problème qu’elle se propose de combattre. Cependant on le sait tous, l’économie du cannabis fait en effet la fortune et la vitalité de certaine cité, et c’est bien là que le problème se pose, faire sauter l’interdit reviendra dans certain cas à faire imploser quelques cités et à ruiner des centaines de familles. Ce pourquoi je suis résolument contre cette idée de cannabis d’état, de Seita du cannabis. De plus, pour en revenir à la prohibition sur l’alcool c’est en sentant l’évolution du marché que Luciano et ses amis décidèrent de s’organiser en mafia afin de coopter le marché du jeu, de la prostitution et de la drogue. Or si nous n’avons pas en France de tête de réseau de l’envergure de Luciano, ni de gang au sens américain du terme, on peut en effet craindre une explosion de la criminalité dans certains endroits dû au déficit. Ce pourquoi il serait plus réfléchi de faire une politique du retour à l’emploi en dirigeant les dealers vers la production et la vente légale.

 

« Si on légalise la consommation va exploser »  : Toujours dans l’acceptation des préjugés au sujet des consommateurs, ce vieil argument prohibitionniste tend à faire croire que la liberté de consommer va pousser les gens à se livrer à des orgies de drogue. A nouveau les faits sont moins simples. La France, qui possède l’arsenal législatif le plus sévère d’Europe peut s’enorgueillir également de posséder les lois moins dissuasives de la dites Europe. Nous arrivons en effet en tête en termes de consommation, 284 tonnes en 2015, et elle est en hausse, et 14 millions de français déclarent être des usagers occasionnels. A côté de ça les fumeurs aux Pays-Bas représentent… 2% de la population… En réalité une étude a démontré (voir mon autre article sur le sujet) que quelque soit la logique législative, répression ou légalisation, ça ne change rien à la consommation. Mais il serait à mon sens intéressant de se demander pourquoi les français qui sont déjà les premiers consommateurs d’antidépresseurs d’Europe expriment également le besoin de fumer en plus de consacrer une part significative de leur budget nourriture à l’alcool. Sachant que non seulement fumer les contraint autant à la clandestinité qu’à la délinquance de facto. J’ai donc plutôt tendance à penser que la légalisation leur rendrait un peu le sourire qu’ils ont dans leur poche, du moins pour 14 millions d’entres eux ce qui serait déjà pas mal.

« Le cannabis ça peut rendre schizophrène »  : Vieux serpent de mer de la prohibition, argument considéré comme massue pour interdire, et qui est en réalité utilisé depuis 1937, depuis le Marijuana Act. Il fut même le thème central de Reefer Madness, le film de référence de la prohibition, qui fut longtemps la seule source « scientifique » des forces de l’ordre aux Etats-Unis. Et accessoirement qui fait généralement hurler de rire les fumeurs. On ajoutera dans les désordres mentaux, une pathologique avidité de sexe et un comportement violent (…) et ne croyez pas que ces arguments soient hors d’âge, j’ai encore lu l’année dernière un ophtalmo (donc un spécialiste…) les ressortir dans une tribune dans le Figaro. En réalité on ne sait pas grand-chose avec certitude sinon qu’à priori cet argument ne tient que sur certain terrain favorable. Or non seulement la schizophrénie n’est pas une pathologie répandue mais qui plus est, comme le faisait remarquer un psychiatre addictologue, ça dépend du parcours de vie de chacun. Certain avec un potentiel pathologique ne sombreront jamais parce que leur vie les épargne. Je suis moi-même bipolaire, le cannabis ne me transforme pas en fou hurlant la bite à la main et en 38 ans de consommation j’ai fait un total de trois mauvaises réactions (« bad trip » en langage fumeur). Et sur les 6,5% d’usager régulier des 15-20 ans rares sont les cas qui finissent en psychiatrie. Cependant, il est entendu qu’il s’agit d’une drogue et pas d’un jouet comme on tendance à le croire les jeunes consommateurs notamment mal informés du fait de la prohibition. Le cannabis a des effets sur la motivation et il accentuera les états dépressifs. De plus il faut noter que les habitudes de consommation changent, entrainant de plus en plus les uns et les autres vers une consommation chronique et problématique. Ce pourquoi je suis parfaitement d’accord sur une approche médicale, que l’on puisse orienter les dosages et sur les produits. Car il n’y a pas un cannabis mais des cannabis et l’on peut sans mal, dans ce contexte, comparer cette culture à celle du vin, on va y revenir. En attendant je recommanderais vivement aux malades psychiatriques d’éviter le produit s’ils ne veulent pas favoriser une rechute et à toute personne entre 14 et 22 ans de ne pas commencé à consommer. Votre cerveau est en formation, ne faites pas l’erreur que j’ai faites, grandir avec le cannabis c’est le garder en soi peut-être pour le restant de ses jours.

 

« Le cannabis d’aujourd’hui est beaucoup plus fort »  : Argument corolaire du précédent, les taux de THC augmentent notamment à cause des produits chimiques et des OGM c’est pour ça que c’est risqué…. Manque plus que les chem trail et on est bon. Dans les faits, les progrès techniques et le développement légale ont tout juste permis de passer d’une herbe à 8% de THC dans les années 70 à une herbe à 11% dans la moyenne. Il existe bien une espèce qui monte jusqu’à 51,2% c’est la Kurupt’s Moonrock, la plus puissante au monde. Cependant elle n’est disponible que dans certain dispensaire californien, car utilisée avant tout à usage… médicale. De plus elle est horriblement chère entre 25 et 30 dollars le gramme. Pour ceux qui ignorent les tarifs, une barrette de shit pèse entre deux et trois grammes en moyenne et coûte 20 euros pièce. Pour le haschich justement nous sommes dans un autre registre puisque l’on parlera de « presse » première, seconde et troisième presse. La qualité se dégradant à mesure. La première presse atteint rarement le marché grand public, en raison notamment de son prix, généralement réservée soit au marché intérieur, soit à la commercialisation en boutique. Car les fumeurs sont beaucoup plus exigeants qu’on ne le croit, et vous pouvez oublier la vieille légende du « pneu » notamment parce que les petits dealers moyens ne sont pas des imbéciles et qu’ils savent comment s’attacher une clientèle mais qu’en plus ils sont consommateurs eux-mêmes. Cependant, toujours en raison de la prohibition, à Naples on coupe volontiers le shit avec des médicaments afin de rendre dépendant les consommateurs, et ce phénomène apparaît de plus en plus en France. Ajoutons que si le gros des consommateurs ne touchent pas des résines dépassant les 12%, chiffre valable en 2010, en 2018 les chiffres des saisies indiquent des taux dramatiquement haut observé, de 35% de THC, ce qui est aberrant dans la mesure où je rappel qu’à 100% de THC une souris meurt  A nouveau donc la prohibition produit exactement l’effet inverse qu’elle est censé défendre. Pour ceux qui serait inquiet et n’aurait aucun moyen de contrôler leur produit, vous pouvez compenser, rééquilibrer le THC en vous procurant du CBD, c’est légal. Reste que dans ces conditions la prohibition fait courir largement plus de risque aux consommateurs qu’elle ne les protège, et ceux, n’en doutons pas au nom de la morale et de la paix sociale. Une cité qui survit grâce au shit c’est une cité qui ne réclame plus des emplois qu’on ne peut leur offrir.

« Le shit c’est plein de saloperie et de produit chimique »  : Parlons en justement. Dans les années 90 est née la pas tout à fait légende urbaine du « pneu » dit également « Tchernobyl ». Un shit qui n’en avait que le nom et qui en plus d’être infumable puait en effet le pneu brûlé. De ce mythe est née l’idée que le shit était plein de saloperies, henné, colle, crotte de souris. Si ce propos peut faire rire les connaisseurs, il m’a quand même été servi par un policier qui venait de me confisquer mon joint et qui tentait de me faire peur avec ses arguments… tout en tassant le joint pour sa consommation personnelle (authentique !). Dans les faits, cette saloperie a toujours été rare et motif en réalité d’escroquerie. D’une part les fumeurs veulent se faire plaisir, pas s’intoxiquer, au même titre que l’amateur de vin (on y revient) ne va pas se rabattre sur du vin de cuisine faute d’un bon Bourgogne. D’autre part pour parvenir à un tel résultat il faut le couper et ce n’est pas chose aisé quand on a le produit fini. En fait c’est encore moins simple que d’ajouter du sucre au vin. Mais comment ça se fabrique ? Il existe essentiellement trois méthodes. Roulé à la main, le criblage horizontal et la méthode dite du mélangeur. La première méthode est la plus fastidieuse et la troisième relève de la démerde. En réalité c’est la seconde qui est le plus couramment utilisée, notamment au Maroc. Elle nécessite un tamis et de n’importe quel moyen de faire presse. Ce sont les parties résineuses qui feront l’agglomérat et la plaquette que l’on connait (d’où le terme de résine de cannabis). Les producteurs ne gagnent pas grand-chose mais croyez-moi ils se tirent la bourre pour savoir qui fera le meilleur haschich du Rif, ne serait-ce que parce que justement ils ne gagnent pas beaucoup et qu’ils ont intérêt à séduire les trafiquants. Quand à la réalité sur le terrain, si l’herbe de qualité est hélas rare et chère le shit de qualité est plus facile d’accès, notamment l’afghan, très odorant mais pas très puissant, ou donc le marocain. Dans les années 80, guerre et prohibition aidant, c’est le libanais qui avait la faveur du marché (rouge ou jaune) remplacé massivement par le marocain à partir des années 90. Et de mon expérience de fumeur, en 38 ans, je n’ai croisé la route du « pneu » que…. Deux fois.

« Le cannabis fait des morts sur la route »  : le nouvel argument massue franco français, soutenu par les chiffres des accidents de la route. Et là on va tout de suite balayer la question. En France on a déterminé qu’à partir du moment où on a relevé du cannabis dans votre sang, quel que soit le taux, il était la cause de l’accident si l’alcool n’était pas en jeu. Or il faut environs trois semaines pour que votre organisme élimine le pétard que vous aurez fumé. De plus si pour l’alcool on parle de gramme, pour le cannabis on recherche les nano grammes. Peu importe donc si vous n‘avez ni fumé le jour même, ni la veille, la loi est intraitable, le cannabis est fautif. Au Canada où la question de la légalisation est également en train d’être examinée, les discussions s’orientent plutôt sur le taux déterminant à un comportement dangereux au volant. Et c’est loin d’être simple, puisqu’au Colorado, si une limite a été déterminée, cette question fait encore débat. Cependant il faut être clair, ce n’est pas responsable de conduire quand on est défoncé, et surtout pas si on y ajoute de l’alcool qui va amplifier les effets. Hélas comme je n’ai jamais été raisonnable de ma vie j’ai très souvent conduit sous l’emprise du cannabis et parfois sur de longue distance (Paris-Amsterdam notamment…) or la seule fois où j’ai eu un accident qui aurait pu me coûter la vie (et seulement la mienne je précise) j’étais sous l’emprise… de l’alcool. D’ailleurs depuis 35 ans que j’ai mon permis j’ai eu un total… de deux accidents et ne mettant en danger que moi seul.

« On enferme plus les gens à cause d’un joint » : On aimerait bien que ça soit vrai mais non, la tendance serait même d’autant à l’inverse qu’on est dans la logique du chiffre. En 2013 150.000 personnes étaient enfermées pour simple usage. En 2015, faute d’abroger la loi, on décida qu’une taxe sur les drogués serait une bonne idée. Cette transaction pénale d’un montant forfaitaire de 300 euros ne s’applique toute fois pas en cas d’accident de la route, et il y avait 28000 dossiers pour simple usage en attente. De plus cette amende ne rentre en jeu qu’à seule condition d’avoir un casier vierge. Enfin, un amendement vient d’être voté par notre gauche si de droite, autorisant les propriétaires à expulser un simple usager condamné et sa famille… Non seulement donc on invente de la délinquance pour des prisons surpeuplées, mais on y ajoute de la misère. Et puis à nouveau, toujours pour parler d’expérience, la réalité est plus douloureuse. Dans ma vie de consommateur j’ai été contrôlé six fois. Une seule fois j’ai été arrêté et relâché au bout de deux heures après avoir monté un bateau en forme de tuyau aux deux policiers qui m’avaient coincé avec quatre grammes. Une fois j’ai été arrêté à la douane par erreur parce que le chien avait reniflé une odeur résiduelle. Une autre un juge fatigué m’a fait un rappel à la loi par fort convaincu lui-même. En réalité la seule fois où j’ai eu chaud je venais d’en acheter, mais celui qui a été contrôlé, chaussure retirée, dûment fouillé c’était celui qui venait de me vendre, même pas un dealer, juste un gars qui voulait bien me dépanner. Car voyez-vous j’ai un notable avantage : je suis blanc, je n’ai pas 17 ans et je ne viens pas d‘un quartier. Et là on risque de rentrer dans un débat sur qui est en réalité visé par la répression sur le cannabis : les jeunes des cités. Mais ça serait dire que police et loi agissent autant par hostilité atavique que racisme, et je n’oserais jamais porter de telles accusations.

« Le cannabis ça ne soigne pas, ça soulage »  : Argument que j’ai pu entendre de la part d’un pompier pas fort informé. Argument sanitaire qui est d’ailleurs régulièrement récusé par toutes nos sommités locales. Pas une seule fois le sujet est abordé en France et quand il l’est c’est tout à fait confidentiellement. On pourrait croire qu’il s’agit d’un tabou relatif à l’interdiction sur le prosélytisme voulu par la loi de 70 mais auquel cas, si cette interdiction étaient encore une réalité tangible, il faudrait faire fermer tous les tabacs et magasins qui vendent des produits dérivés, des bang, pipes, en passant par les blunts et les feuilles longues, à savoir la quasi-totalité des tabacs de France et de Navarre. Reste qu’un policier est parfaitement autorisé à vous faire enlever votre tee-shirt « cannabis » si l’envie lui en prend et que le Sativex n’est toujours pas sur le marché, en dépit qu’il ait reçu l’autorisation de commercialisation…. Il y a déjà 3 ans. En vente dans 17 pays le Sativex, médicament à base de cannabis donc, est prescrit dans le cadre de la sclérose en plaque contre les contractions musculaires. Hélas en France autorité morale et laboratoire ne s’entendent pas sur le prix. Les malades attendront ou iront en Suisse où, cependant et en dépit des lois internationales sur la santé, une ordonnance médicale prescrivant du cannabis à titre thérapeutique n’est plus valable sitôt franchi nos frontières. La réalité scientifique des uns n’est pas celle des autres, la science française sait mieux. Or, le cannabis, qui est dans la pharmacopée chinoise depuis… 4000 ans, possède les propriétés thérapeutiques suivantes : analgésiques, antiémétiques, antispasmodiques, neuroprotectrices, anti-inflammatoires, et contre certaines pathologies psychiatriques, notamment l’autisme et… la schizophrénie. En fait on a recensé environs 200 propriétés médicales différentes, et croyez bien que les laboratoires sont activement sur le coup. Et récemment, on a découvert qu’il empêchait les cellules cancéreuses de se développer, il ne soulage pas seulement donc, il soigne. Reste que 1) sur une personne jeune il va ralentir le développement tant physique que neurologique. 2) que ces effets ne sont aucunement valable en cas de combustion, et notablement nocif à cause… du tabac auquel la plus part des fumeurs le mélangent. Donc encore une fois il ne s’agit ni d’un hochet, ni de la panacée universelle que veulent bien prétendre les béats du cannabis.

Voilà on pourrait ajouter qu’avant l’interdiction voulu par la convention de 61 la France était productrice de chanvre (d’où le nom canebière par exemple) que celui-ci est utilisé par l’industrie automobile avec l’usage des plastiques composites plus légers (notamment les constructeurs allemands) et qu’en dehors de rapporter plein de sou-sous à nos seuls députés, il pourrait créer des emplois tant dans la filière purement récréative, qu’industriel et médical. Reste qu’en France toute idée neuve qui ne soit pas datée de 1950 semble devoir être examinée à la loupe de la suspicion, rendez-vous donc en 2030 pour très exactement le même débat stérile…

Un lien pour se cultiver un peu plus sur le sujet : https://www.youtube.com/watch?v=JS-bdEToFKc

Un autre sur les effets « soulageant » du cannabis :

http://www.lematin.ch/vivre/L-effet-du-cannabis-therapeutique-sur-un-patient-atteint-de-Parkinson/story/27288609

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Psychiatrie : logique de l’isolement

Je dois admettre qu’il est difficile d’être serein sur un sujet quand on l’a vu de l’intérieur. Quand on l’a subit. Pour le monde extérieur, pour les gens non traités ou dont les névroses ont été socialement acceptées ou qui ont su les cacher, le monde de la psychiatrie et plus globalement ce qu’on appel improprement la folie, est un univers anxiogène peuplé d’individus angoissants voir effrayants avec lesquels ils veulent avoir le moins à faire. Pourtant la psychiatrie en France c’est un peu plus de quatre cent mille patients, dont 10% de personnes de moins de 18 ans et 4% de personnes âgés de plus de 80 ans. Pour un patient comme moi, on est souvent confronté à cette réalité et qui pourrait se résumer à cette question : « mais pourquoi donc c’est moi qui suis traité et pas eux ? ». La réponse est toute trouvée, parce que leurs névroses et leurs psychopathologies ne les empêchent pas de fonctionner correctement en société. A vrai dire moi non plus dans la plus part des cas mais ma réponse émotionnelle si elle n’est pas traitée est en effet handicapante. Je suis bipolaire de type un. Concrètement cela signifie que j’ai un dérèglement de l’humeur dont l’origine est incertaine mais actuellement on s’orienterait vers l’explication génétique. Si je ne connais pas réellement de phase dépressive la plus part du temps, et si elles ressemblent à celles de monsieur tout le monde, mes phases maniaques peuvent m’entrainer vers ce qu’on appel les « bouffées délirantes ». A savoir des phases où vont commencer à me venir des idées farfelues autour desquels je vais construire tout un schéma d’autres concepts délirants. Au point extrême des bouffées on commence également à avoir des hallucinations, auditives, olfactives, visuelles. Il n’est plus alors question de se calmer, mais d’être hospitalisé dans les plus brefs délais. Les périodes d’hypomanies, chez tous les bipolaires, quelque soit le type vont s’accompagner d’une intense activité sociale, d’un besoin de verbaliser énorme, d’un débit de parole intense, d’une agitation constante, d’insomnies. Pour ma part j’ai été diagnostiqué à l’âge tardif de 35 ans suite à un burn-out. Et si je vous explique tout cela ce n’est pas pour vous raconter ma vie mais illustrer ce qui va suivre.

La thérapie du dressage

Quand il vous arrive ce genre de chose tardivement dans votre vie vous n’avez pas la moindre idée de ce qui se passe. Les délires, quand ils apparaissent, ne vous tombent pas dessus d’un coup, c’est une lente construction que vous nourrissez autant de vos interrogations que de vos doutes. Et comme la vie est une vilaine farceuse, parfois c’est elle-même qui va nourrir votre délire. Telle chose que vous imaginez se produit réellement, telle situation sociale prend une forme totalement inattendue et dans le contexte anxiogène. Vous avez l’impression de perdre le contrôle mais d’une manière si insidieuse que cela agit à vos dépens. Sans compter que dans le cas de la bipolarité durant les phases maniaques vous êtes dans la surestimation de vous-même, avec parfois des idées de grandeur ce qui n’arrange nullement votre état ni votre capacité à raisonner. Qu’enfin, plus vous commencez à vous rendre compte que votre état n’est pas normal, plus vous angoissez et moins vous êtes capable d’en faire part à votre entourage, notamment parce que ça fait peur à tout le monde à commencé par vous. L’un dans l’autre vous vous retrouvez du jour au lendemain aux urgences psychiatrique et là les emmerdes commencent réellement. Contrairement au monde médical classique, même après diagnostique, personne ne vous dira avec certitude ce que vous avez, car en fait non seulement on ne peut pas vraiment le savoir qu’au terme d’une étude attentive de votre cas mais en plus les erreurs ne sont pas rares. Or pour ce qui s’agit de l’étude de cas, la psychiatrie française a apparemment mieux à faire : vous bourrer de neuroleptiques. Et ainsi, en première instance, le psychiatre de mon service déclara à mes proches que j’étais schizophrène. Autant pour le secret médical que pour la justesse du diagnostique. Mais il faut garder à l’idée que dans l’esprit de cette psychiatrie là à partir du moment où vous franchissez les portes d’un établissement vous retombez dans une sorte d’enfance où votre avis, votre comportement, n’a aucune espèce d’importance dans la mesure où il n’entrave pas le fonctionnement du service. Au moment où vous êtes admis, si vous n’allez pas directement en isolement, on vous fait porter un pyjama hors d’âge, porté par des milliers de malade avant vous, et remerciez l’infirmière et l’intendance s’il est à votre taille. Si vous montrez des signes d’amélioration, n’êtes pas agité, on vous autorisera à porter vos propres vêtements, puis à sortir dans le jardin de l’unité, voir au-delà, dans le parc de l’hôpital où vous êtes totalement livré à vous-même, sans la moindre surveillance. Précisons que ce traitement peut-être assoupli si par exemple vous ne montrez pas de signe de délire particulier à l’admission, vous pourrez éventuellement garder vos propres vêtements. Reste que personne ne vous explique jamais cette « thérapie » commune à tous les hôpitaux publics. Et je sais de quoi je parle puisque je suis hélas dans le domaine un Gault et Millau avec pas moins de sept hospitalisations, dont une en Angleterre. Personne ne vous explique non plus jamais ce que vous avez, ni les symptômes inhérents, c’est donc totalement fortuitement que j‘ai appris l’expression « bouffée délirante » et ce que ça recouvrait. Quand à ma connaissance de ma maladie elle tient à deux mots : internet et Iceberg, une association pour bipolaire. Résultat à ma première hospitalisation j’ai fait exactement ce qu’attendait de moi l’institution et je suis sorti au bout de trois semaines, absolument pas soigné…. Et il m’a fallu 13 ans pour accepter ma maladie, accepter l’handicap et même demander la pension qui allait avec.

La règle des trois i : Indifférence, Incompétence, Isolement

Selon un rapport de 2016 du Contrôleur Général des Lieux de Privation de Liberté l’isolement et la contention sont devenus monnaie courante dans les établissements psychiatriques. Selon les responsables c’est pour le bien des malades. Je ne crois pas non. Du temps où fumer était autorisé dans les lieux publics, j’ai eu l’occasion de voir le personnel de maintenance boucher le bas d’une porte afin que les malades « libres » ne puissent pas passer de cigarette à leur camarade. Or il ne s’agissait pas d’une mesure de sécurité, les chambres d’isolement sont composées… d’un lit avec un matelas ignifugé et éventuellement de sangles. Il s’agissait de coercition. Et la coercition on connait en hôpital psychiatrique. Que vous soyez venu en candidat libre ou en Hospitalisation d’Office ou à la demande d’un tiers, une fois dans l’unité, depuis les années 60, vous êtes enfermé à double tour. Et vos droits à la liberté sont souscrit au bon vouloir de votre psy, avec qui croyez-moi vous avez intérêt à vous entendre, les rares fois où vous le verrez. D’ailleurs c’est bien dans une chambre d’isolement censé protéger le malade de lui-même que j’ai vu une suicidaire échapper totalement fortuitement à la mort. Elle avait eu la mauvaise idée de tenter de se suicider au moment où l’infirmière passait pour son repas. Cinq minutes trop tard et la patiente protégée d’elle-même y passait…. Quand au personnel infirmier, s’il n’est pas hostile (ce qui arrive également…) il n’est simplement pas formé. Il est là pour administrer des médicaments, point c’est tout. Il n’y a ni dialogue, ni groupe de parole, ni la moindre prise en charge. Au quotidien les patients passent leur journée à s’ennuyer, fumer, regarder la télé, se chamailler. Les heures de repas deviennent dès lors des moments privilégiés où on peut se remplir pour compenser son vide. A cela s’ajoutera une prise de poids obligatoire sous l’effet combiné des médicaments et de l’inactivité complète, autant pour l’image de soi… Si pour une raison ou une autre un malade est pris de crise de larmes, ou s’agite, la réponse des infirmiers sera dans le cas le plus commun de recommander l’isolement et sur le moment de tenter de calmer la personne en devenant parfaitement anxiogène. Etre soi-même malade et devoir expliquer à des infirmières qu’elles font plus de mal que de bien à telle personne est un moment assez savoureux pour qui voudrait savoir à quoi ressemble une poule devant un couteau. Faire avouer à un patient quel a été l’élément déclencheur de sa pathologie, alors qu’il ne l’a jamais raconté à un psychiatre de son propre aveu, en dit long sur la capacité d’écoute de ceux là. D’ailleurs les psychiatres pour la plus part n‘écoutent non seulement pas mais n’ont pas le temps. Ils passeront une voir trois fois par semaine, verrons une quinzaine de patients à raison de dix minutes, un quart d’heure par cas en étant parfaitement incapables de déceler quoique ce soit. Ainsi tel paranoïaque schizophrène me racontait son projet d’assassiner quelqu’un à sa sortie, je doute que le médecin ai jamais eu vent de ce projet. Ainsi j’expliquais à tel psy que cette relation allait non seulement les duper mais finirait par concrétiser ses multiples tentatives de suicide. L’intéressé m’expliqua avec une assurance sans borne qu’ils savaient parfaitement y faire avec les gens qui simulaient leur bien être et qu’il saurait soigner la personne. Quatre mois après cette conversation, mes prédictions se réalisaient. Et quand on contacta son psy pour le tenir au courant, sa réponse lénifiante fut « je ne comprends pas elle avait l’air d’aller très bien ».

Psychiatrie, logique sécuritaire et politique du chiffre.

Soyons juste, les professionnels eux même ne sont pas aidé. Et comme le trait commun des politiques français semble être plus l’enrichissement personnel et la mise en orbite de leur carrière que le courage, ça ne risque pas d’évoluer. Depuis 92, il n’y a plus de spécialisation dans le domaine de la psychiatrie pour les infirmiers. Il y a un tronc commun, à eux de se former eux-mêmes et sans que d’aucune façon cela soit obligatoire. De plus, cette spécialisation est mal vue en soin généraux. Vous y serez souvent considéré comme un incompétent ou un paresseux. Et en aucun cas, si vous voulez revenir dans l’hôpital classique vos années en psy ne valoriseront votre CV. Il s’agit donc d’un sacerdoce pour ceux qui veulent s’y consacrer. Sans compter que la formation, si elle est payée par l’état, induira de fait que vous effectuerez votre stage obligatoire dans le service qui conviendra à l’institution. Et telle infirmière débutante de se retrouver dans un service d’autistes lourds, géré par des aides soignantes sans formation médicale, un chef de service venant du domaine administratif et un psychiatre… qui n’a pas terminé ses études. Et je cite ici un cas que je connais personnellement. Vous vous retrouvez donc à devoir vous occuper d’un patients atteint de syndrome de Pica oublié dans les toilettes par les aides soignantes. Une personne atteinte de cette maladie ingère ses propres déjections, je laisse à votre imagination le soin de visualiser à quoi cela peut ressembler… Or la seule formation spécialisée que n’a jamais reçu cette personne ce sont des méthodes de protection physique non agressive pour se protéger quand un autiste de cent dix kilos vous coince contre un mur… Selon un rapport parlementaire de 2013, 20% des postes de psychiatre ne sont pas pourvu dans le public. Pourtant nous n’en manquons pas, pas moins de 22 psychiatres pour 100.000 habitants mais le plus grand nombre exerce dans le privé et 80% dans des agglomérations de plus de 50.000 habitants. Or d’ici 2018 40% prendront leur retraite. De plus l’hospitalisation d’office se généralise, plus de 50% des cas, et ce notamment grâce au cyclothymique Nicolas Sarkozy. En 2008, fort de son incompétence et sur la base d’un de ces faits divers qui lui servait de mode de gouvernance, le très dispensable président débloqua 70 millions pour sécuriser les hôpitaux, avec caméra, verrous, suivi des antécédents comme dans le cas d’un délinquant et durcissement des règles de l’Hospitalisation d’Office. Plus la création de nouvelle UMD, unités pour malade difficile. Dans les faits, la mesure d’exception d’HO devient la norme, offrant aux préfets un pouvoir bien au-delà de leur compétence. Mais ce pouvoir ils l’avaient déjà, soyons juste. A ma seconde HO en 2001, au bout d’un mois d’hospitalisation, contre l’avis du psychiatre qui me suivait depuis un moment, le préfet décréta que je n’étais pas prêt (évidemment je n‘ai ni été examiné, ni entendu) et en m’en recolla pour trois mois. Quatre mois au total dont je sortais non seulement épuisé mais pas plus soigné qu’avant puisque sur sept séjours, six ont été effectué en HO… Je précise que je n’ai jamais présenté un danger pour qui que ce soit, uniquement pour moi-même. Enfin dans les faits toujours, non seulement il n’y a strictement aucune surveillance hors des unités, ce qui donne lieu parfois à de violents incidents entre malades, non seulement le trafic de shit est florissant en milieu psychiatrique (et cannabis et neuroleptique ne font pas forcément bon ménage) mais en réalité on entre et on sort comme on veut d’un établissement psychiatrique, et je le sais d’autant que j’ai faussé compagnie à mes infirmiers anglais (où le régime est pourtant fort différent et nettement plus humain). A cela il faut ajouter qu’en raison du manque de lit (moins 22% depuis 94) et du déficit de personnel, dans une même unité semi ouverte on rencontrera des profils qui n’ont pas grand-chose à faire ensemble. Ainsi lors de mon dernier séjour je me retrouvais en compagnie de quatre délinquants (moyenne d’âge cinquante ans) dont un meurtrier bâti comme une armoire que tout le monde craignait un peu, à commencé par le personnel médical, et qu’absolument personne n’aurait été en mesure de maitriser si son caractère ombrageux avait cédé à une crise.

Psychiatrie, le grand retour en arrière ?

Comme le disait le docteur Jean-Claude Pénochet, président du Syndicat des psychiatres des hôpitaux « La contention est un indicateur de la bonne ou de la mauvaise santé de la psychiatrie. Plus la psychiatrie va mal, plus la contention sera utilisée. » C’est précisément ce qui est en train de se produire, et ça ne risque par de s’arranger si on continue la gouvernance « fait divers » comme on semble vouloir le faire depuis 2000 où pas moins de 29 lois pénales ont été promulguées en 17 ans (autant pour la surpopulation carcérale… voir mon article à ce sujet). Or d’une part le risque zéro n’existe dans aucun domaine d’autre part, pour la moyenne des patients internés, la majorité ne présente qu’éventuellement un danger pour eux-mêmes. De plus il existe actuellement 10 UMD sur le territoire métropolitain, traitant un peu plus de 600 malades, à majorité des hommes, dont quatre crée entre 1910 et 1963… Ensuite il faut tenir compte du suivi, toujours indispensable. Les Centres Médicaux Psychiatriques sont surchargés, l’obtention d’un appartement thérapeutique dans le cas des patients en déficience d’autonomie sont très difficile à obtenir. Les règles concernant les pensions handicapés subornés à la sécurité sociale exigent, selon la logique très kafkaïenne de notre administration, qu’un malade ne pouvant pas travailler ait travaillé un minimum de 600 heures dans l’année. Quand à l’allocation adulte handicapé, elle ne court que sur deux ans renouvelable pour un montant… de 800 euros. Mais la maladie mentale ne recouvre pas le seul champ du malade, il y a l’entourage, si tant est que l’entourage n’ait pas foutu le camp ce qui n’est pas rare. Or vivre au quotidien avec un bipolaire ou un schizophrène n’est pas forcément chose aisé. L’entourage également a besoin d’être entendu et soutenu. Surtout qu’une pathologie mentale peut avoir comme origine ou conséquence une toxicomanie voir une polytoxicomanie. Les patients suffisamment autonomes pour prendre régulièrement leurs médicaments et veiller à leur comportement ne sont pas légion par définition. Sans compter que l’évolution d’une maladie peut amener à un changement d’ordonnance. Et tous les médicaments qu’on vous donne sans discernement et souvent sans limite de temps peuvent s’avérer dangereux à la longue. Le Risperdal, prescrit comme anti psychotique, mentionne tout de même dans les contre-indications  « peut donner des envies de suicide aux personnes sujettes à la dépression ». Et la Dépakine provoque des malformations intra utérines. Tel patient m’expliquait qu’il avait demandé un changement de prescription en raison de panne sexuelle. Après que son médecin ait nié toute implication du dit médicament (ce que pourtant je pouvais confirmer…), il est allé voir un autre médecin, qui lui a prescrit un nouveau médicament avec pour effet… de lui déclencher une crise. Et si la prise de poids est si rapide en unité c’est essentiellement parce que par soucis d’économie ont prescrit des produits moins chers mais qui vous font grossir. L’un dans l’autre il est essentiel pour le plus grand nombre d’être sinon encadré, suivi, et non pas maintenu dans l’état d’assistanat infantile que propose la Cotorep ou l’hôpital lui-même mais accompagné dans l’autonomie. Or pour tout cela il faut du personnel spécialisé, il faut également des médecins et des infirmiers qui aient non seulement de l’initiative, l’envie d‘innover mais surtout qu’on écoute. Hélas à ce jour ce que le personnel politique écoute essentiellement c’est le mugissement des instituts de sondage.