Chien noir 1.

Harry Burke avait la double casquette de garant de caution et de chasseur de prime. Autant dire qu’il était son propre employeur quand un mec manquait à l’appel. En tant que garant il touchait un pour cent du montant de la caution, et dix en tant que chasseur de prime, alors il adorait justement quand on lui faisait faux bond, ça voulait dire plus de fric. Plus de fric, et il faut bien l’admettre, plus de fun. Le boulot de garant c’était surtout des paperasses et clairement Harry Burke n’était pas un homme de paperasse. Il avait d’ailleurs une secrétaire pour ça, Miss White qui était, comme il disait souvent avec un brin d’admiration, la seule femme qui ait jamais réussi à le supporter plus de cinq ans. Harry Burke était divorcé, trois fois divorcé. Il faut dire qu’il n’avait pas mené la vie facile à ses femmes. Ancien béret vert, toujours à l‘étranger, il avait fait le coup de poing au Nicaragua et au Salvador dans les années 80, avait participé avec la DEA à la traque d’Escobar, il y avait pris ce goût pour la chasse à l’homme dont parlait Hemingway, un de ses auteurs préférés. Ce même goût qui depuis quinze ans qu’il était chasseur de prime l’envoyait d’un bout à l’autre du pays pour chopper des petits voyous en cavale. Un plaisir que n’arrivaient d’autant pas à comprendre ses femmes qu’Harry Burke n’avait jamais été l’homme des grands discours ni des grandes déclarations. Ce n’était pas un homme qu’on impressionnait non plus comme ça. Avec son mètre quatre-vingt-quinze, ses cent quinze kilos, son brevet d’enseignant en close-combat et en tir tactique, son passif d’ancien combattant qui s’étalait partout dans son bureau, ses diplômes, ses photos avec Reagan, on pouvait même dire que c’était généralement lui qui en imposait à ses interlocuteurs. Mais pas aujourd’hui. Aujourd’hui il se sentait curieux devant le petit vieux. Il avait la soixantaine, chabin, comme on disait dans les îles, légèrement roux cendre avec des yeux bleus pâles et des grains de beauté plein le visage. Il ne savait pas quoi mais il se dégageait quelque chose de cet homme qui le mettait mal à l’aise. Pour autant Harry Burke essayait de donner le change. Dix mille dollars de caution pour port d’arme illégal c’est trop. Il a une vieille affaire de trafic d’armes sur les bras. Beaumont vous dites ? Oui, je ne connais pas son nom de famille, si ça se trouve c’est même un surnom, il est à Dog Town depuis hier. Il était arrivé avec son imper beige, son chapeau des années 60 et son petit sac de sport des Playboys de Paradise rempli de rouleaux de billets de dix dollars usagés, il lui avait demandé la procédure à suivre mais quelque chose lui disait qu’il savait parfaitement comment tout le système fonctionnait. D’ailleurs il connaissait le nom qu’on donnait à la prison du comté à cause du refuge pour chiens juste à côté. C’était un nom connu certes mais ça venait plus facilement à la bouche des anciens détenus que des autres. Pourtant il aurait parié qu’il n’avait jamais fait un seul jour de prison. Il n’avait pas cette marque invisible et particulière que faisait la prison sur les gens. Il était comme lisse, trop lisse peut-être. Comment vous avez dit que vous vous appeliez déjà ? demanda-t-il en remplissant le formulaire de dépôt de caution. Toussain, Monsieur Toussain, je suis haïtien, précisa le petit vieux avec un sourire rempli de fausses dents parfaitement alignées. Harry Burke s’en serait douté avec un nom comme ça. Il téléphona à la prison, oui Beaumont, port d’arme illégal, il a une affaire en cours… oui c’est ça… oui Beaumont Johnson vous dites ? Oui je n’avais pas son nom de famille, merci. Il fit signer le papier de remise de caution au petit vieux ; vous avez un coffre ? demanda ce dernier en posant le sac sur son bureau encombré. Juste en face, la National First, on un compte spécial pour les dépôts. Vous pensez que ça ira ? ajouta Burke avec une pointe de défi dans la voix. Il n’y avait aucune raison particulière pour laquelle le petit vieux le rende nerveux, mais c’était comme ça. Oh oui, pas de problème. Et je voulais savoir, s’il arrivait quelque chose à Beaumont, comme de se faire renverser par une voiture par exemple, je serais remboursé ? Avec un certificat de décès oui, il faudra remplir quelques papiers aussi. Oui, naturellement, puis le petit vieux ajouta après une pause, dites, c’est vous qui les avez tous tués ? Il y avait une photo dans son bureau, mélangée avec tout le fatras des décorations et des plaques commémoratives de la NRA, arrangée comme une carte de Noël où on voyait un Burke plus jeune de vingt ans avec des compagnons d’arme, debout sur un tas de cadavres et cette accroche au-dessus « very happy christmas ». Burke n’y faisait plus attention depuis longtemps mais il savait que parfois ses clients se laissaient impressionner. Oui, mentit-il. La photo avait été prise après la découverte d’un charnier commis par les contrats, ses amis de l’époque. Ils en avaient fait une carte de Noël dédiée à l’adresse des sandinistes mais c’était la première fois qu’il lui arrivait de mentir à son sujet. Pourquoi vouloir effrayer un client après tout hein ? Alors pourquoi celui-là ? Et en plus il lui donnait l’impression de savoir parfaitement qu’il mentait. Pourtant Monsieur Toussain ne fit aucun commentaire, il se contenta d’hocher la tête et de laisser trainer son regard faïence sur le décor pendant que Burke finissait de remplir les papiers. Miss White n’était pas là aujourd’hui, c’était bien sa veine. Il sortira quand vous pensez ? Demanda soudain le vieil homme, Burke consulta la grosse montre navajo qu’il avait au poignet, le temps d’aller au tribunal… oh d’ici ce soir ça sera possible. Burke ne se reconnaissait plus, d’habitude il aurait dit demain, quoi qu’il arrive… qu’est-ce que ce type lui faisait ? Finalement ils conclurent le dossier de Beaumont Johnson et le petit vieux s’en alla comme il était venu avec son sac vide. Burke resta un petit moment à se demander ce qui n’allait pas chez ce type-là, et puis il trouva, il était plus malin qu’il en avait l’air.

Monsieur Toussain sorti de chez Harry Burke en se demandant pourquoi il avait ressenti le besoin de mentir. Un homme comme lui, avec tous ses diplômes, ses médailles, son allure même, il n’avait pas besoin de frimer. Il trouvait ça presque amusant même, ou ironique, il ne savait pas. Que ce grand gaillard sans peur se sente obligé de lui raconter des histoires comme ça, lui qui n’était après tout qu’un vieil homme banal. En tout cas il y veillait à sa banalité, comme il veillait à ne pas paraitre plus malin qu’il ne l’était, il avait remarqué que ça avait tendance à rendre les gens méfiants. Monsieur Toussain conduisait une Chevrolet grise de 2013, prudemment, en mettant toujours bien son clignotant, respectant scrupuleusement la réglementation de vitesse, jamais dépasser de la ligne jaune, ce qui, à Paradise City, avait tendance à rendre fou l’automobiliste moyen. Mais jamais aucun policier n’avait eu à lui reprocher sa conduite ni de s’être  garé sur un stationnement interdit, ça aussi il y veillait toujours avec attention. Du coup ce qui prenait un quart d’heure à un conducteur dans cette ville, en prenait généralement quarante-cinq pour Monsieur Toussain. Surtout par temps de pluie, et elle tombait souvent depuis qu’on annonçait l’approche du cyclone Adam. Mais son employeur avait l’habitude. Il l’attendait dans son dîner’s préféré, le Lala à Petite Haïti, devant un café et des biscottes, Jimmy Lafleur faisait autant attention à son allure qu’à sa ligne. Alors ? C’est fait. Il n’a pas été indiscret ? Non. Il ne vous a pas demandé qui il était pour vous ? Non plus, il a pris l’argent, m’a fait signer les papiers, c’est tout. Bien, les gens discrets, j’aime bien ça moi, et en cas d’accident qu’est-ce qui se passe ? Monsieur Toussain lui expliqua ce que Burke avait dit, un avis de décès et on récupérait l’argent. Lafleur était satisfait. Vous n’avez pas peur qu’il retourne à la Jamaïque ? Qui Beaumont ? Non, je vous l’ai dit, la première chose qu’il va faire en sortant c’est d’aller se fumer un gros joint avec ses copains. Je le connais, il est très doué pour les chiffres mais pour le reste c’est pas une flèche. Monsieur Toussain voulait bien le croire, se faire attraper avec une arme alors qu’on risquait déjà de la prison sur une autre affaire d’armes c’était manquer de la jugeote la plus élémentaire selon lui.  Une fille entra, mignonne, mulâtre avec les cheveux frisés, moulée dans une robe de satin bleu néon et discrètement maquillée. Monsieur Toussain détourna la tête et regarda la Mercedes blanche rallongée dont elle venait de sortir. Il y avait un chauffeur, les vitres étaient fumées, le chauffeur se tenait dehors qui refermait la portière. La fille tortilla des fesses jusqu’à eux, indifférente au regard que lui jetaient les clients, et se colla sur la banquette près de Lafleur. A peine si elle salua le vieux monsieur assis en face, mais ça ne le dérangeait pas, il avait l’habitude. Qu’est-ce que tu veux chérie ? demanda Lafleur sur un ton charmeur, tout de suite la fille se réfugia dans son cou et lui susurra quelque chose à l’oreille. Lafleur sourit. Il est là ? Oui, fit la fille en hochant la tête comme une enfant. Il se retourna vers Monsieur Toussain. Excusez-moi, nous en avons fini je crois ? Oui. Bien en ce cas, si vous permettez…. Le vieux monsieur les regarda partir main dans la main, admirant le talent. Ce macro avait un don pour les rendre toutes amoureuses.

Kobe Jones, le meilleur joueur de l’équipe des Lakers, avec Bobby Spoon, le meilleur des Playboys, c’est-à-dire le moins pire. Ici, dans ma ville ! Voilà ce que j’appelle une bonne rencontre. Merci Suzy, et merci à moi d’être aussi à la cool. Comment vas-tu Bobby ? Jimmy, je te présente… Kobe Jones ! Oui je suis tous vos matchs, je lui dis en lui serrant chaleureusement la pince. Il se marre, je crois qu’il a pris de la C. Enchanté, t’es le mac de Cindy ? il me répond aussi sec. Suzy, je corrige, et non je ne suis pas son mac, je suis agent d’artiste. Il éclate de rire, Spoon aussi, j’en fais de même, Suzy aussi, c’est l’éclate. Mais moi je ne prends pas de C. ça m’arrive d’en goûter sur les dents juste, pour tester une qualité, mais je ne touche pas à ces merdes. Les filles ? Elles font ce qu’elles veulent. Je vous jure, j’ajoute par-dessus les rires en sortant ma carte. Une magnifique carte de visite, légèrement gaufrée en papier végétal, que j’ai faite faire par un imprimeur de mes amis, modèle unique. Il lit, et son rire redouble d’effort, il est apoplectique, oui, définitivement il a pris de la C. Cindy nous a dit que tu connaissais un coin sympa. Suzy ! Proteste l’intéressée, mais oui ma poule, excuse-moi. Suzy est lovée contre Spoon, la main sur sa braguette. Ça dépend, je dis, quel genre de coin sympa tu cherches, il y en a plein ici à Paradise, qu’est-ce qui te branche ? Vu qu’il est autour d’une heure je me dis et que ces deux-là ont l’air déjà bien frais j’imagine qu’ils ont déjà fait tous la rumba cette nuit. Où vous êtes allés, je demande à Suzy. Au Circle, elle fait d’une voix genre j’en ai marre d’aller là-bas. Mais je comprends, c’est comme ça, le gratin veut absolument se faire voir dans cette boîte, on ne peut pas aller contre les affaires.

C’est comme ça que je me vois, un homme d’affaire. Je ne possède aucune entreprise à moi, je me contente de mettre les gens en rapport les uns avec les autres. Et de toucher mon pourcentage au passage. Les filles ? J’en ai quatre, Suzy, que vous connaissez déjà, Sharon, ma petite poulette de Californie, blonde à croquer, Georgia, qui a la cinquantaine mais qui fait des trucs insensés avec son cul, et Céline, une petite brune aux cheveux courts, une blanche que je viens de lever et que je suis en train de dresser. Quand je dis dresser, c’est dresser à être dans le monde, et à bien baiser aussi. Ça s’apprend, certaines n’en n’ont pas besoin, d’autres si, je suis leur professeur. Et pour ça, pour que ça soit parfait, vu que c’est des bonnes femmes, le mieux c’est de les rendre accros à votre gueule. C’est ça dresser. Vous lui apprenez à bouffer, à se tenir, vous l’habillez, vous la présentez, au début vous y aller en douceur, et puis vous la filez à un copain, histoire qu’il la teste. Vous voyez comment elle réagit, si elle se laisse faire ou non, vous dites rien, vous parlez pas d’argent. Si elle prend, c’est bon, je sais que je pourrais l’amener rapidement à baiser contre du blé. Sinon, c’est pas grave, on la lui joue cool, t’es mon amour mais tu sais comment j’aime les femmes…. Oui, oui mon chéri je comprends, non ne m’abandonne pas… etc. Vous voyez ? On l’a tous fait à une fille un jour, un pot de colle en général. Le coup de j’aime les femmes, je ne peux pas aimer que toi. Ça les rend dingue. Et puis on décide de lui présenter l’écurie, et on les laisse papoter. En général je ne me trompe pas, les filles arrangent bien leurs affaires entres elles. Est-ce qu’elles sont vraiment toutes amoureuses de moi ? Non, mais elles font bien semblant, et c’est tout ce qui compte.

Le champion des Lakers voulait du lourd, est-ce que Jimmy connaissait un coin sympa où fumer du crack. Oui Jimmy en connaissait un. Une fumerie sécurisée à deux pâtés de maison d’ici. Alors on est allé là-bas. Je déteste l’odeur du crack, vous savez quelle odeur ça a ? Le pneu qui fond. Je les ai laissés et je suis rentré chez moi en taxi. J’ai un ami qui me prête un appartement sur l’île, en plein milieu d’un cite résidentiel, parc, palmiers, piscines et sécurité maximum. Au-dessus de chez moi vit un couple de milliardaires, les Avazaniskus, des arméniens. Au troisième il paraît que Shakira possède un loft, mais c’est des rumeurs de portier. Ah oui parce qu’en plus nous avons un portier. Charles qu’il s’appelle, ça ne s’invente pas. Mais j’ai d’autres appartements en ville, tous à des amis, ou des connaissances, je ne possède rien en mon nom. Pas même les deux pièces que je loue aux filles. C’est un prêt de Guerrero sur le compte d’une société offshore. Elles me payent le loyer et me donne 50% de leurs gains, je m’occupe du reste. Les habiller si nécessaire, les présenter aux bonnes personnes, et bien entendu aucune ne descend dans la rue. De toute façon elles ne sont là que pour huiler les rouages, faciliter les affaires, les rencontres. Je gagne entre mille et deux mille cinq cent dollars par passe, parfois plus, ça dépend du client, mais mon revenu de roulement je le fais avec les armes. J’ai une équipe de fondus qui travaille pour moi, des crackers, du genre qui n’ont peur de rien, ils volent les armes et je les revends. Mes principaux clients bien sûr sont les gangs mais je fournis à la demande qui a besoin. C’est assez marrant mais j’ai remarqué que souvent on me demandait des armes populaires dans les jeux vidéo ou les films. Quand Medal of Honor est sorti par exemple, tout le monde voulait des pétards de chez Vickers. Et puis avec la série Walking Dead, il y a eu une résurgence d’engouement pour le bon vieux 44 Smith et Wesson, mais il y a des indémodables. Le Colt 1911 pour ceux qui connaissent leurs classiques, le Tek 9 qui plaît beaucoup aux gangs, ou le Desert Eagle, et la gamme des MP de chez Heckler et Koch  HK c’est une bonne marque, je les vends entre mille et deux mille cinq cent dollars pièce selon le modèle, je livre en individuel ou par caisse, selon ce qu’on a en stock.  Jusqu’ici c’était Beaumont mon comptable, oui, vraiment très doué pour les chiffres ce garçon, mais je ne peux pas me permettre de le garder après ce qui s’est passé. Il a une affaire de mitraillettes volées sur les bras, il risque dix ans, et tel que je connais Beaumont ça ne va pas le faire c’est pour ça que j’ai fait appel à Monsieur Toussain pour régler la question. C’est un homme charmant et tout à fait efficace, je l’ai ramené du pays il y a quelques années de ça, avant il travaillait pour les Duvalier.

Jimmy Lafleur avait vu juste, la première chose que fit Beaumont fut de se précipiter à Petite Haïti et d’aller s’envaper avec ses copains. C’est là-bas que Monsieur Toussain le trouva. Monsieur Lafleur veut que tu m’accompagnes, c’est un client un peu ennuyeux. Beaumont était maussade, il n’avait aucune envie d’accompagner Toussain à un rencard, mais d’un autre côté Lafleur était le patron. Voilà l’idée, je veux que tu montes dans le coffre, et quand je l’ouvrirais tu lui montreras ton beau calibre, dit Monsieur Toussain en désignant le fusil à pompe qui était posé au fond du coffre. Beaumont regarda Toussain par en dessous, il n’aimait pas beaucoup le vieux, il faisait trop d’effort pour paraître moins malin qu’il n’était. Et pourquoi c’est toi qui vient d’abord ? tu fais jamais ce genre de truc. Monsieur Lafleur a un empêchement, tu le connais. Oui, il le connaissait, il savait que Lafleur avait souvent des rendez-vous, c’était un homme occupé, mais quand même, d’habitude…. Ecoute je te file cent dollars ça va ? J’ai vraiment besoin de ton aide sur ce coup-là, insista le vieil homme avec un petit sourire servile. Et pourquoi c’est pas toi qui t’y collerais dans le coffre ? demanda Beaumont en ignorant son air. Parce que le gars me connaît, Monsieur Lafleur me l’a présenté. Deux cent, déclara Beaumont catégorique. T’exagère ! protesta Monsieur Toussain, je veux pas le savoir ! C’est ça où je monte pas. Monsieur Lafleur sera mécontent tu sais si tu ne me rends pas ce service. Je m’en fous je lui expliquerai, et pis d’abord si c’est payant c’est pas un service, c’est un boulot. Le vieil homme voulut bien l’admettre, il sortit son portefeuille l’air contrarié et lui donna ce qu’il voulait. Après quoi Beaumont monta dans le coffre et Monsieur Toussain les emmena dans un coin perdu d’Eden Park. Pour ce genre de travail, il avait ses préférences, le 22 long rifle de chez Beretta par exemple. Précis à courte distance, bon pouvoir de pénétration, propre. Il y avait aussi le Makarov, très bonne arme, solide, compacte mais malheureusement trop rare à trouver. Mais ce soir il n’avait qu’un 38 d’usage courant parce qu’il n’avait pas trouvé mieux. Ce fut la première chose que vit Beaumont quand il ouvrit le coffre, le révolver qu’il tenait dans la main gauche. Il attrapa le fusil, appuya sur la détente, clic, arma le fusil, réappuya sur la détente, même petit bruit désespérant, Monsieur Toussain l’abattit de quatre balles, deux dans la tête, deux dans la poitrine. Puis il reprit les deux cent dollars et abandonna la voiture qu’il avait volée sur un parking de supermarché. Alla jeter l’arme dans l’océan, remonta dans sa Chevrolet garée non loin, et rentra chez lui. Il vivait dans une résidence semi médicalisée pour personnes âgés, les Blue Mountains. C’était pratique pour son diabète et confortable. Il y avait un restaurant commun où on servait de pas trop mauvais repas, des activités organisées, et même une petite piscine. Mais Monsieur Toussain ne participait jamais aux activités ni n’allait à la piscine parce qu’il n’aimait guère la compagnie des autres vieux auxquels de toute manière il n’avait pas le sentiment d’appartenir. D’ailleurs il était rarement chez lui, et plus souvent chez sa maîtresse, Georgia, une des gagneuses de Lafleur. Ce dernier n’était pas au courant, comme il n’était pas au courant de ses activités en dehors du travail qu’il lui donnait. Monsieur Toussain ne voyait aucune raison d’en parler, ni Georgia du reste. Même s’ils s’étaient rencontrés à travers lui, et même si Georgia jouait avec lui à l’amoureuse. Lafleur était un bon proxénète. Il ne frappait jamais ses filles, savait les gâter comme il fallait mais pas trop, et d’ailleurs ne s’envisageait pas comme un mac, mais comme beaucoup de ces gars il avait un égo énorme. Ça le flattait ce petit jeu qu’elles avaient pour lui, surtout que certaines comme Suzy ne faisaient même pas vraiment semblant. Il était comme une bouée pour ces filles-là, un repère rassurant. Et puis être à la tête d’un genre de harem flatte toujours les hommes, surtout vis-à-vis des autres mâles. Mais en même temps pour Georgia comme pour lui, il n’y avait pas de doute, ils étaient véritablement ensemble alors que Lafleur restait un patron. Quand ils se voyaient c’était presque comme s’ils étaient mari et femme. Elle lui préparait des petits plats équilibrés, ils écoutaient un peu de musique ou regardaient la télé ensemble, faisaient l‘amour comme des collégiens mais en beaucoup mieux. Monsieur Toussain était un amant attentionné et délicat, beaucoup plus doué que Lafleur selon elle qui avait tendance à privilégier la performance sur la qualité. Et puis c’était un monsieur, un vrai. Elégant, poli, toujours prévenant, et droit ce qu’elle ne trouvait pas toujours chez ses clients en dépit du fait que le mac veillait à lui faire rencontrer généralement du beau monde. Georgia ne s’en laissait pas compter, à cinquante-deux ans et une vie à bourlinguer elle avait mieux à faire. De fait, par elle, il savait pas mal de chose sur la vie intime des élus de cette ville –élus au sens large, les clients étaient variés – et ça les amusait assez de les voir parfois à la télé faire des leçons de moralité comme le révérend Conway qui dans l’intimité aimait jouer les petits garçons pas sages, ou Johnny Chow, l’animateur, grand pourfendeur des bonnes mœurs sur les plateaux télé et partouzard invétéré dans la vie. Monsieur Toussain ne se faisait de toute manière aucune illusion sur les gens quel qu’ils fussent, au fond ils étaient tous les mêmes, et dans sa partie aussi on avait l’occasion de les voir à nu, intimes, comme personne ne les verrait jamais. Il y avait bien quelques petites différences mais en réalité ils réagissaient à peu près tous pareil. Il y avait ceux qui se raccrochaient à un dernier et absurde espoir, comme Beaumont ce soir, ceux qui suppliaient, ceux qui tentaient de négocier et ceux qui se résignaient, les plus dignes selon lui et donc les seuls qui méritaient sa considération. Est-ce que Georgia savait ce qu’il faisait pour vivre ? C’était une autre des qualités de cette femme-là, elle ne posait pas de question.

Tous les matins, en prenant son petit-déjeuner dans le restaurant commun de la résidence ou quand il était chez Georgia, il lisait les petites annonces du Paradise Hérald. Perdu chien noir, colley, forte récompense, appeler au…. C’était son annonce. Si elle passait, il n’avait qu’à joindre le numéro, après quoi soit il rencontrait son client, soit on lui livrait un paquet à une boîte postale qu’il avait. On payait d’avance, quoiqu’il arrive, et Monsieur Toussain fixait lui-même les tarifs en fonction des contrats. Ça variait entre dix et vingt-cinq mille dollars et bien entendu il se laissait libre choix de refuser. Si un contrat était trop risqué par exemple, ou s’il fallait se débarrasser d’un enfant. Même du temps de Bébé Doc il ne faisait pas les enfants, il laissait ça aux sauvages, c’était amoral. Son petit-déjeuner terminé, s’il n’était pas occupé, et tout aussi rituellement, soit il allait aux courses à l’hippodrome Washington, soit il lisait dans son studio, des ouvrages généralement techniques ou historiques, ou bien allait flâner le long de la baie dans Eden Park, donner à manger aux pigeons et aux mouettes, ces choses-là, en épiant gentiment les gens. On apprenait beaucoup en les observant, leur façon de marcher, de se tenir, leurs expressions, leurs façons de s’habiller qui en disaient bien plus sur leurs points faibles qu’ils ne voulaient le croire. Ce jour-là, il descendit d’abord jusqu’aux cabines téléphoniques à l’entrée de la résidence et appela le numéro de l’annonce. Comment les gens savaient quelle annonce passer ? Le bouche à oreille et la réputation, la réputation dans cette branche comme dans bien d’autres faisait tout. Bonjour j’appelle pour l’annonce. Oh… euh, vous êtes la personne qui… oui. Bien, bien, euh… comment procède-t-on ? Pardon c’est la première fois que… comme vous voulez, voulez-vous que nous nous rencontrions ? Ah, euh… oh c’est possible ? Oui bien entendu. Je croyais que les gens comme vous…. Vous connaissez la galerie marchande sur Simpson Street ? le coupa le vieil homme avec une pointe d’exaspération dans la voix. Oui, à deux heures devant le magasin chez Sears. Comment je vous reconnaitrais ? C’est moi qui vous reconnaitrais, vous avez quelque chose de voyant comme une écharpe, un mouchoir. Euh oui, j’ai une écharpe rouge. Mettez là et attendez-moi là-bas. C’est tout ? Oui c’est tout, et il raccrocha avant que le gars ne fasse d’autres remarques sans intérêt. De préférence il aimait rencontrer ses commanditaires, ça lui permettait de se faire une idée sur eux et d’éventuellement pouvoir les identifier en cas exceptionnel où il y aurait un problème. Mais il n’y en avait en général jamais. Qui a envie de contrarier un assassin ? Il lui était bien arrivé par le passé de tomber sur des plaisantins qui avaient voulu l’arnaquer sur le prix mais il s’était montré suffisamment persuasif pour que les choses se règlent à l’amiable. Bien entendu il y avait toujours le risque de tomber sur un flic, risque non négligeable, mais jusqu’ici son flair ne l’avait jamais trompé. D’ailleurs il ne rencontrait jamais ses clients plus d’une fois. Quand l’affaire était conclue, à savoir une fois le contrat passé, il n’y avait pas de retour en arrière et l’argent était déposé dans un lieu de son choix. Impossible de le lier directement à un crime. Il avait toutes sortes de profisl de client, criminel ou appartenant à la société civile, il n’y avait pas de règle. Celui du jour était un petit gros avec un parapluie et un air vaguement inquiet qui attendait devant le magasin en dévisageant les gens dans la foule, son écharpe sanglante enlaçant ses épaules. Il était arrivé en avance, comme il faisait toujours et resta un petit moment à l’observer. Quand il fut sûr que l’homme était seul il alla à sa rencontre et déclara qu’il était là pour l’annonce. Il n’aurait su dire sur l’instant si l’homme semblait surpris ou déçu mais à son air il ne s’attendait visiblement pas à rencontrer un vieil homme banal vêtu d’un imper et d’un chapeau vieillot. Euh… vous voulez qu’on parle ici ? Suivez-moi ordonna simplement Monsieur Toussain. Il y avait au second étage de la galerie un café en terrasse qui donnait une visibilité complète du lieu, c’est là qu’ils se rendirent. Une serveuse s’approcha presque immédiatement. Monsieur Toussain commanda un café, son interlocuteur l’imita. Je vous écoute, dit simplement le vieil homme. Ah euh… eh bien….  Commença l’homme en prenant un air conspirateur. Voilà il s’agit de mon… Il lui fit signe de s’arrêter, il ne voulait pas connaitre les détails. Donnez-moi juste un nom et une photo, je vous recontacterais dans trois jours. Ah… eh bien c’est que je n’ai pas de photos sur moi mais il s’appelle John Tanaka, et j’ai son adresse personnelle si vous voulez. Il voulait bien. Je peux vous poser une question ? Dites toujours, vous comptez faire ça comment ? Ça dépendra du problème, pourquoi vous avez une exigence particulière ? Euh… eh bien non, mais… euh je ne voudrais pas qu’on relie ça à moi vous comprenez ? C’est pour ça que vous faites appel à moi il me semble non ? Oui mais…. Alors nous sommes d’accord le coupa le vieil homme avec un petit sourire poli. Le café arriva, il le but d’un trait, paya en laissant un petit pourboire et dit aimablement au revoir au petit bonhomme rondouillard.

Est-ce que je sais si Monsieur Toussain baise avec Georgia ? Evidemment que oui. Mais je laisse faire. Il n’y a rien de mieux que le cul pour tenir un employé. Je le paye cinq mille dollars par mois pour qu’il surveille mes arrières Il m’arrive même parfois de l’emmener avec moi à un rendez-vous. Personne ne se méfie d’un petit vieux, et puis il est sortable, il sait où est sa place.  Je suis dans Céline là, je va et viens en rythme avec sa chatte. Je l’écoute, elle est en train de monter, son clito a grossi, ses seins dressés, mais je suis ailleurs, je pense à la journée qui m’attend, aux rendez-vous que j’ai, à mon chiffre. Je pense à Beaumont et je me demande combien de temps ça va prendre avant de pouvoir faire signer un certificat de décès, et donc, combien de temps ça va prendre aux poulets pour le trouver. Monsieur Toussain est pas con, c’est les flics qui m’inquiètent plus. Je lui jette un œil, elle est ailleurs, ses petites lèvres entre-ouvertes, offerte, les bras au-dessus de la tête puis qui m’enlace, en sueur, elle chante maintenant, je sais y faire. Je la travaille au corps, j’ai pas besoin de faire beaucoup pour l’amener au pieu, c’est une chaude et une endurante. Elle a la chatte qui pétille, elle a vingt-six ans, l’âge idéal pour faire la pute mais je crois que vu ses compétences comme suceuse je vais la présenter à mon ami Steven Roachard, notre king local du porno, patron de Deamonz production avec qui je fais affaire de temps en temps parce qu’il n’y a rien de plus vendeur qu’un petit film, que ça soit pour les gonzesses ou les armes d’ailleurs. Suzy a déjà tourné dans deux pornos par exemple. Elle est bonne, la caméra l’aime. Mais pour présenter les flingues j’ai ma Sharon, qui est bonne également mais à qui en plus j’ai appris à tirer, et elle est assez douée. Faut la voir en bikini avec un Tec 9 en train de faire un carton, les mecs en raffolent, particulièrement les bikers, je sais pas pourquoi. Une vidéo comme ça, et c’est des caisses que je vends. Bon, elle commence à monter dans les arpèges, elle bafouille n’importe quoi, elle s’accroche à mon oreille et me dit, baise moi, salaud, vide toi les couilles, baise moi, mais je connais mon rôle, je la lime jusqu’à ce qu’elle en puisse plus et qu’elle jouisse. En général je jouis juste après. Le truc pour tenir c’est qu’il faut faire monter la sauce jusqu’à environ soixante-dix pour cent. C’est comme une vague pour un surfer, ça se maîtrise. Vous faites monter le lait mais pas trop, pour redescendre faut être technique, garder la tête froide, penser à ce qu’on ressent dans la bite et pas qu’on baise une super poupée qui demande que ça. C’est une question de maîtrise de son corps. Moi j’ai appris ça tout seul quand j’étais gamin en me branlant, fallait que ça dure parce que je trouvais que le plaisir qu’on ressentait avant valait souvent mieux que l’orgasme en lui-même. Y paraît que les acteurs de X font la même. Ça ne m’étonne pas. C’est que c’est un tournage quand même, les gars ils doivent s’arrêter à cause de la lumière, de la position d’une caméra ou que quelqu’un a éternué. Je sais, j’ai assisté au premier de ma petite Suzy. A un moment ça y est, son ventre se met à faire des spasmes, elle crie, se creuse, son visage devient tout blanc, ses lèvres gonflées et sensuelles, elle est une autre. Je suis tellement dur que je ne la sens presque plus, ma queue engourdie, ça arrive, dans ces cas là pour faire jouir en général faut que je me termine à la main, ou bien une très bonne suceuse. Céline est une très bonne suceuse, et elle en redemande merde. Oh je t’aime, je t’aime, elle me glisse à l’oreille en se retirant. Elle m’embrasse, je réponds à ses baisers par des caresses, moi aussi je t’aime je lui glisse dans un souffle alors qu’elle descend vers ma queue dans un mouvement naturel. Là j’oublie mes affaires et je me concentre sur ce qu’elle fait, il s’agit de lui donner ce qu’elle est venue chercher. Pas mon sperme, ça elle s’en fout, mais mon bonheur, je l’aime après tout non ? Et elle m’aime. Alors je jouis une belle giclée épaisse sur ma jolie queue métis et je lui fais lécher parce que c’est son délire, et un peu le mien aussi je l’avoue. On s’embrasse longuement, je sens contre ma langue le goût du sperme, c’est dégueulasse mais je peux bien faire ce petit sacrifice pour notre petite comédie. Les amoureux… qui après l’amour boivent du vin et mangent des choses italiennes. Céline est d’origine franco-italienne, je l’ai rencontrée ici alors qu’elle était en touriste. Avec elle je peux exercer mon français que j’ai un peu perdu depuis que j’ai quitté Haïti. Mais ce soir j’ai à faire, après la petite dinette, je la laisse, elle est un peu triste, mais je l’ai prévenue, alors elle se fourre devant la télé avec un gros film romantique pendant que je descends de sa tour.  Je lui ai déjà trouvé un job dans un magasin de fringues, les papiers sont en cours, par un ami toujours. Je rentre chez O’Malley, devant c’est plein de bécanes customisées, dedans c’est enfumé et plein de barbus, chevelus, en cuir qui sentent la sueur et la mauvaise came. Cher ami comment vas-tu ? Salut Jimmy, alors t’as quoi de neuf en ce moment ? Je vous ai apporté un petit film. Le même que la dernière fois ? Avec la pétasse blonde ? Non un nouveau. Y’a la pétasse blonde ? Oui. Cool. Elle s’appelle comment déjà ? Sharon. Faudra que tu me la présentes. Mais avec plaisir Julian, avec plaisir. Quand je vous dis que les bikers kiffent ma petite californienne.

John Tanaka était un homme de taille moyenne, bien de sa personne, d’origine asiatique, qui vivait dans une zone résidentielle à l’ouest de la ville. Un coin tranquille, avec des pelouses bien tondues et des maisons uniformes, surveillées par des vigiles qui circulaient en voiture, Taser à la ceinture.et des caméras à tous les carrefours. Il travaillait dans le centre, pour une compagnie d’import-export de matériel de gros travaux avait un fils de dix ans environ et une femme, probablement d’origine hispanique. Il avait une vie normée d’employé moyen, sortait peu, travaillait visiblement beaucoup puisqu’il ne terminait jamais avant dix-neuf heures trente, vingt heure. Après quoi il passait une bonne demi heure dans les embouteillages et dinait généralement en compagnie de madame, son fils étant déjà couché. Tout cela Monsieur Toussain l’avait appris en l’observant trois jours durant avant de donner son tarif, quinze mille dollars. Il aurait pu demander moins dans la mesure où l’affaire ne présentait en apparence aucun risque majeur, mais John Tanaka appartenait à la classe moyenne, il vivait dans un coin calme et réputé, il devait probablement aller à l’église et ces choses-là, il avait un drapeau américain devant sa maison, sa mort ferait l’objet d’une enquête. Dès qu’il reçut l’argent, une enveloppe glissée chez un ami commerçant, il se mit dans la position du chasseur qui cherche une occasion. Il aimait particulièrement cette période qui préludait l’exécution du contrat et qui selon les cas pouvait s’étirer d’une semaine à un mois. Le reste n’était qu’une formalité à laquelle il ne pensait guère. Il n’appelait pas ça chasser d’ailleurs, il appelait ça chiner, comme un collectionneur dans une salle de vente ou une brocante cherche l’objet rare. Son objet rare à lui c’était l’espace, le moment dans le temps de cet homme où il pourrait se glisser avec ses funestes intentions sans laisser de trace. Oh bien entendu, il connaissait le principe des légistes et des inspecteurs de la criminelle selon lequel tout suspect laissait une trace et emportait quelque chose du lieu d’un crime, même une infime trace. Et selon toute logique c’était toujours la première chose qu’ils cherchaient. Mais quand il n’y a aucun crime apparent, à quoi bon chercher ? Considérant qui était ce monsieur il faudrait donc un traitement qui semble normal ou du moins possible dans une ville comme Paradise et n’éveille pas de soupçons inutiles. Des ennuis de santé ? S’il en avait, Monsieur Toussain n’était pas au courant et avait peu de moyen de le savoir. Apparemment il ne consultait aucun médecin et il faisait même du sport, du golf le samedi dans le centre sportif de Washington, exercer son swing contre des filets. Il ne buvait jamais, pas même de la bière, uniquement des boissons énergisantes, de l’eau et des cocktails de fruit. Mais il avait une particularité, une minuscule, il n’attachait que très rarement sa ceinture et c’est ce qui lui serait fatal, décida le vieil homme. Avec plus deux cent cinquante homicides par an en moyenne, Paradise City pouvait raisonnablement passer pour une des villes les plus violentes des Etats-Unis, et considérant les diminutions de budget et d’effectifs dans la police, c’était ce qui était le plus évident et le plus apparent qui faisait d’abord l’objet de la curiosité policière. Un meurtre pas trop mal maquillé en accident de voiture avait très peu de chance d’éveiller les soupçons. Pour se faire il commença par se procurer un sédatif léger de sa connaissance dont la propriété majeure était de disparaître rapidement de l’organisme. Il s’introduisit dans les vestiaires du complexe sportif, crocheta le placard de Tanaka et injecta le sédatif dans une canette à l’aide d’une seringue de vétérinaire. Il ne comptait pas l’endormir, juste l’abrutir suffisamment pour qu’il interrompt sa séance de sport hebdomadaire et rentre chez lui l’esprit assez cotonneux pour ne pas l’entendre venir. Ce qui se passa précisément. Sa voiture était garée sur le parking en extérieur, une Toyota familial parfaitement banale, le parking situé un peu au-dessus de cette partie du canal qui courait ici en extérieur et traversait le reste de la ville jusqu’au golfe par un réseau de tunnels aménagés. La crue du canal était en hausse avec les pluies de ces dernières semaines. Monsieur Toussain était déjà à bord quand John Tanaka retourna à sa voiture, son sac de golf pendant lourdement à son épaule molle. Il ne le vit qu’au dernier moment, dans le miroir, quand il lui attrapa sèchement les cheveux et lui ramena violement la tête en arrière avec un petit craquement. Une mort éclair. Après quoi le vieil homme lui frappa le crâne contre le volant déclenchant brusquement l’air bag dans lequel il le laissa. Il desserra le frein à main, posa le pied du cadavre sur l’accélérateur, embraya, démarra la voiture et la laissa bondir d’elle-même dans le canal. Bonsoir chéri, bonsoir ma douce. Ta soirée s’est bien passée ? Très bien je te remercie, et la tienne ? J’ai vu Lafleur, il était avec sa nouvelle. Ah oui, Céline, alors ? Oh rien, le numéro habituel, tu le connais, il lui a présenté le mec de Deamonz, tu sais le gars qui a le chapeau de cowboy. Oui je vois, je ne me souviens plus de son nom. Et elle, comment elle a l’air de prendre ça ? Elle voit rien, tu penses. Bon assez parlé de lui, qu’est-ce qu’on mange, ça sent bon ! Je te fais ton colombo préféré. Oh t’es un chou mon amour.

Le cadavre de Beaumont Johnson fut découvert trois jours après son décès, par une patrouille. Criminel avec un dossier chargé, sa mort n’étonna personne et n’aurait sans doute pas fait l’objet d’une enquête très poussée, si son implication dans un trafic de mitraillettes n’avait pas été découverte par l’inspecteur Acavente. Acavente l’avait mauvaise d’avoir perdu son principal suspect. Alors qu’il avait sauté de joie quand on l’avait serré avec un pétard. Tout à fait certain qu’il allait pouvoir l’obliger à se mettre à table, mais le temps qu’il se rende à Dog Town  on avait payé sa caution. Joseph Acavente n’était pas le genre de flic à laisser tomber une affaire parce que son suspect N°1 était mort. Il avait mis le nez sur un trafic d’arme important, il en était certain, dont Beaumont n’était probablement qu’un rouage, il n’allait pas lâcher comme ça. En ceci d’ailleurs il se trompait, l’affaire des mitraillettes ne relevait d’aucun gros trafic à peine une combine comme ça que Beaumont avait fait de son côté. Mais sans le savoir il était droit en train de se diriger sur les affaires autrement plus lucratives et nombreuses de Jimmy Lafleur. Et c’est ainsi qu’Harry Burke reçu un matin la visite de l’inspecteur. Ça ne se passa pas forcément bien. D’une part parce que Burke se relevait d’une gueule de bois digne d’Hemingway, d’autre part parce qu’Acavente voulait tout savoir de celui qui avait payé la caution de Beaumont, à commencer par son nom, ce qui, jusqu’à décision du juge, relevait du secret professionnel. Or de juge il n’y aurait pas, Beaumont était certes un suspect important pour son enquête mais justement c’était bien là le problème, il en était l’élément le plus important et en dehors de ça et de la saisie il n’avait rien à présenter devant un juge qui justifie cette démarche. Le juge lui enverrait à la figure le passif de Beaumont et le prierait de ne pas encombrer les tribunaux avec des affaires de criminels se tuant entre eux. De trafic il ne serait question. Alors Acavente insista, et Burke finit par l’envoyer sur les roses, piquant au passage une homérique colère comme en avait déjà entendu cent fois Miss White. Ce fut elle qui sauva la situation. Ignorant les vociférations de l’ex béret vert et qu’il se tenait déjà debout devant le flic prêt à le foutre dehors manu militari, elle se planta devant l’inspecteur et dit d’une voix claire, il est passé hier pour réclamer sa caution. Il avait un certificat de décès. Ça calma Burke net, pendant quelques secondes, et puis il reprit sa gueulante en s’éloignant dans l’autre pièce comme un ours blessé. Elle le regarda partir puis dit à Acavente, ne vous inquiétez pas, il va se faire un café, ça va aller mieux. Il est toujours comme ça ? En ce moment oui, il passe trop de temps ici, les affaires ne vont pas très bien. Faut l’envoyer chasser l’alligator, je sais pas. Miss White esquissa un sourire en demi-lune. Et ce monsieur, vous pouvez me donner son nom, oui Monsieur…. Miss White je vous interdis ! Rugit Burke depuis la cuisine. Monsieur, il s’agit d’un cas d’homicide, il y a priorité, rétorqua-t-elle d’une voix sévère. Il s’appelle Toussain, inspecteur, Monsieur Toussain. Pas de prénom ? Non. Toussain c’est français ça non ? Dans son cas je pencherais plutôt pour Haïti. Ah oui et pourquoi ? Elle le décrivit rapidement. Je vois. Et quelle impression il vous a fait ? Oh un homme normal, très poli. Ah oui ? Oui.  Vous avez vu qu’elle voiture il conduisait ? Miss White avait visiblement l’œil à tout, oh oui, il l’a garée juste devant une Chevrolet grise, récente. Je vois et a t il dit pourquoi il avait payé sa caution ? Pas à ma connaissance.

Beaumont Johnson était jamaïcain et vivait à Petite Haïti qui aurait pu s’appeler Little Kingston tellement les deux populations y étaient mélangées, ce Toussain pouvait être n’importe qui en ce qui le concernait pour autant même que ça soit son vrai nom. En rentrant au bureau il repassa le dossier de Beaumont au crible. Relations connues, emplois, condamnations. Beaumont était un illégal qui avait migré là dans les années 90, il avait toujours vécu à Petite Haïti, rempli divers emplois entre deux passages par la case prison. Il avait été alternativement agent de nettoyage dans un supermarché, condamné pour vol à l’étalage dans ce même supermarché, taxi sans licence, coursier, vaguement dealer et condamné à dix-sept mois, puis enfermé deux ans pour le braquage raté d’une épicerie, et enfin six mois pour vol à la tire. Après quoi il avait totalement cessé de travaillé et vécu plus ou moins sous les radars jusqu’à cette affaire de mitraillettes, des Sig Sauer 551 d’occasion volés chez un particulier et qu’on avait remilitarisés. Une caisse entière. Qu’est-ce qu’un particulier pouvait bien foutre avec une caisse entière ? Acavente n’en avait aucune idée mais ce pays était dingue de toute façon. Beaumont s’était fait piéger par l’intermédiaire de son acheteur, un biker du nom de Boom-Boom qui risquait vingt ans pour meurtre. Beaumont était un minable embaumé au chanvre, un de ces rastas foiré et foireux comme en déversait l’île par paquets de mille, et qui n’avait jamais été foutu de commettre un crime sans se faire prendre tôt ou tard. Ça cadrait pas avec le Beaumont trafiquant d’arme qui passait presque quatre ans sans se faire gauler. Il avait déjà la liste de ses codétenus qu’il avait obtenu par les différentes prisons où il était passé, rien ne collait par là non plus, un violeur, deux voleurs, un braqueur aujourd’hui mort, que du menu fretin. Or Acavente en était certain il manquait une pièce entre Beaumont et ce Monsieur Toussain, cette même pièce qui avait permis à Beaumont de vivre sous les radars pendant autant de temps et l’avait peut-être mis dans le business des armes. Bien entendu, à tout hasard et sans trop d’espoir il chercha la présence d’un Toussain dans les fichiers de la police mais ne trouva rien. Le rapport du légiste indiquait qu’il avait été tué de quatre balles tirées à bout portant. A côté de son cadavre on avait trouvé un fusil à pompe vide, pas une exécution classique, plus probablement un piège, quelqu’un avait réussi à le faire monter dans ce coffre de son plein gré en lui faisant croire qu’il serait en sécurité avec le fusil, qui bien entendu ne comportait aucun numéro de série. On avait retrouvé ses empreintes sur l’arme, il avait essayé de s’en servir, ça avait dû être une drôle de surprise. Quelqu’un donc en qui Beaumont avait sans doute confiance et avec suffisamment d’autorité pour le convaincre de faire un truc aussi idiot. Beaumont vivait donc à Petite Haïti, parmi ses relations connues il y avait quelques revendeurs d’herbes, sa petite amie, qu’il avait déjà interrogée, parlait à peine anglais et avait un QI d’huître, une poignée de cousins dont les trois quarts étaient en prison pour divers délits allant du braquage de magasin d’alcool à meurtre avec préméditation. Rien qui colle non plus. Ne restait plus que les effets personnels de l’intéressé. Ceux qu’on avait trouvés dans son studio. Des disques de musique de pays en quantité, un drapeau de la Jamaïque, une vidéothèque remplie de matchs de foot et de films pornos hardcore, un ballon de foot, des clefs,  trois téléphones portables qui n’avaient visiblement jamais servi, un revolver calibre 22 long rifle et une boîte de cartouches pleine, cinquante grammes de jamaïquaine, des revues porno, trois cent cinquante dollars en billets de dix usagés, des bijoux bling-bling pour une valeur de cent dollars, un porte-clefs des Playboy de Paradise… Rien qui cadre avec un trafiquant d’arme sur le point de vendre pour huit mille dollars de matériel. Sauf ce qu’il finit par découvrir, en prenant son courage à deux mains, visionnant brièvement chaque DVD, ce petit film d’une minute trente où une jolie fille faisait des démonstrations de tir en bikini mini. Qui était cette fille ? Qui avait fait ce film où on reconnaissait une patte presque professionnelle ? Acavente sentait qu’il venait de mettre la main sur quelque chose.

Ce soir j’ai emmené Céline au Lénautica qui fait une cuisine italienne absolument merveilleuse, et puis on est allé chercher Sharon. On a eu une petite dispute ma franco-italienne et moi, elle ne me reproche pas mes infidélités, elle me reproche de garder mes petites amies pour moi. Sur le moment j’avoue que j’ai été surpris, mais Céline croit que si elle me connait mieux, si j’en viens au point de lui présenter mes autres copines, elle deviendra la reine mon harem, supplantant de facto les autres. J’en ai eu une comme ça une fois, Liz, une jolie fille de New York venue en Floride pour percer dans le mannequinat lingerie. Il faut dire qu’elle était drôlement bien gaulée la petite, et que du naturel. Mais ça n’a pas marché entre elle et moi, alors je l’ai laissée partir. Elle aussi croyait qu’elle allait me faire rentrer dans le rang. Parce qu’évidemment c’est ce qu’elles croient toutes au début. Sauf Georgia, j’avoue, qui m’a percé à jour assez rapidement. Mais bon elle n’a pas le même âge que les autres non plus. Je suis comme ça, je ne force jamais aucune fille, si elle veut partir je ne demande aucune compensation. On se serre la main et merci. C’est une bonne manière d’éviter les complications. De toute façon, j’insiste, elles ne sont là que pour huiler les rouages. A tel point qu’il m’arrive d’avoir des occasionnelles. Des filles que je saute deux ou trois fois avant de les refiler à quelqu’un contre une belle somme. Evidemment dans ces cas-là je m’arrange pour qu’elle n’en sache rien, je l’ai vendue, ce qu’en fera l’autre ne me concerne pas. Ce qui me concerne c’est ce qu’elle va permettre comme nouvelle affaire. Sharon sait ce qu’elle avait à faire, alors elle a été géniale comme toujours Elle nous a accueilli avec un joint gros comme le doigt, à moitié à poil, et hop là vas-y que ça n’a pas mis très longtemps avant que je les regarde se toucher. Je savais que Céline avait déjà eu des expériences lesbiennes, ça risquait pas de la déranger avec une petite nana aussi à la cool et aussi craquante que ma californienne. J’ai fini par les rejoindre et puis je leur ai dit de s’habiller qu’on allait au Circle. Je voulais que tout le monde voit ces deux beautés que je venais de baiser royalement. C’est que ça se remarque quand une femme est bien baisée, surtout quand elle sort tout juste du pieu. On la sent épanouie, occupée par une bite et généralement complètement fermée aux autres mâles. C’est ce que je voulais ce soir, qu’ils bavent tous. Il y avait du monde, la presse, les photographes, des caméras, il paraît que Paris Hilton était dans la boîte, je ne l’ai pas vue, mais j’ai vu Guerrero en compagnie de deux poulettes tchèques, belles comme le jour que j’en étais presque jaloux. Comme d’hab il avait pris de la C. et rigolait comme un con à toutes ses propres blagues. Mais je l’aime bien, on fait de bonnes affaires ensemble, c’est lui qui m’a présenté Roachard. Je veux te faire rencontrer un jeune homme prometteur, il m’a fait alors qu’on rejoignait sa table, il a un service à te demander. Chemise en soie, veste Armani en cuir, champagne Cristal à la main, montre de luxe au poignet, le jeune homme prometteur aimait en afficher comme pas mal de voyous de ma connaissance. Il disait s’appeler Freddy Fallon et il était pété de thune. Il disait aussi travailler dans l’import-export qui est bien le baratin le plus bidon qu’on puisse servir à un gars comme moi mais je laissais pisser, et le service qu’il avait besoin ? Il voulait une fille pour la semaine, pas une de celle qui était avec moi, il les préférait métis ou noire. Je ne pouvais pas joindre Suzy qui était déjà en main cette nuit, mais je lui promettais pour le lendemain. Il avait un autre service à me demander, et c’était bien le véritable en fait, comme je l’ai compris. Il voulait une arme, quelque chose de pratique, et suffisamment impressionnant pour faire réfléchir. C’est pas pour m’en servir mais on sait jamais, me précisa-t-il. Combien voulait-il mettre ? Avec mille j’ai droit à quoi ? Ça dépend, tu veux quoi un fusil d’assaut ou plutôt un pistolet ? Plutôt un flingue. Pour mille je peux t’avoir un Desert Eagle avec deux boîtes de cartouches, ça te paraît suffisamment impressionnant ? Il a rigolé comme le gamin qu’il avait l’air d’être et m’a tapé dans le dos, ce que j’aime moyen. Aaaah Jimmy, Jimmy, je sens qu’on va bien s’entendre toi et moi.

La chasse à l’homme, comme toute bonne chasse, c’était beaucoup de patience et d’attente. De prise de renseignement, de fouinage, d’observation avec une pointe d’excitation dans tout ça qui se multipliait naturellement quand on tombait sur le bon client. Burke savait ça parfaitement, il l’avait pratiquée toute sa vie. Et c’était d’autant excitant que c’était dangereux. L’homme est irrationnel et donc souvent imprévisible. Mais avec certains clients, le gros du petit criminel moyen en fait, c’était plus leur réaction au moment de l’arrestation qui tenait de l’imprévisible que leur attitude dans la fuite. Pour Burke la plupart commettaient les mêmes erreurs. Ils se réfugiaient auprès de leur proche, trainaient dans les quartiers où ils avaient leurs habitudes, commettaient parfois des délits pour subvenir à leur cavale et se faisaient ainsi bêtement avoir, comme Emiliano Juan Rodriguez, alias Pépé, recherché pour plusieurs cambriolages et que Burke n’avait pas mis une semaine à retrouver. Il était sur le point de l’arrêter. Très religieux, il savait qu’il ratait rarement un office à l’église de son quartier. Bon fils d’une maman de quatre-vingt-trois ans, il y accompagnait régulièrement, mandat d’arrêt ou pas, Burke en avait eu la confirmation par un de ses anciens codétenus. Ainsi il faisait le poireau depuis plusieurs jours, à chaque office en espérant le repérer. C’était bien arrivé une première fois mais il n’avait rien pu faire en raison d’un gang qui trainait dans le quartier le jour dit. Burke était armé bien entendu mais il avait mieux à faire que de se coltiner avec un gang de River Street et avait gardé profil bas en attendant une meilleure occasion.  Une occasion comme aujourd’hui. Il avait vu Pépé entrer avec sa mère et un groupe d’autres gens de la communauté pour la messe de dix heures, il attendait la fin de celle-ci pour le cueillir. Pépé risquait cinq ans, il allait peut-être lui donner du fil à retordre, alors en plus de son Beretta il avait emporté avec lui un Taser. Le Beretta n’était là qu’en cas de coup dur véritable, Burke ne l’avait quasiment jamais utilisé depuis qu’il était chasseur de prime, et c’était tant mieux. Un coup de feu tiré dans les rues de l’Amérique surarmée et c’était des tonnes de paperasses pour un représentant comme lui de la société civile. Les gangs ne connaissaient pas leur chance de ce point de vue. En attendant il lisait justement une revue sur les armes, les mérites comparés du 45 ACP en situation de combat rapproché, quand il les vit qui commençaient à sortir de la petite église. Burke n’avait pas la stature ni le style d’un homme qui s’approche en douce, il comptait au contraire sur sa carrure et son air d’ours mal léché pour intimider les criminels qu’il arrêtait. En général ça marchait parce que ses clients étaient pour le plus grand nombre des petites pointures qui préféraient céder plutôt que de se coltiner avec ses cent quinze kilos. Pourtant, quand il sortit de la voiture et traversa tranquillement la rue en beuglant à Pépé de se figer, une main sur la crosse de son Beretta, ce dernier fit exception, abandonnant in peto sa vieille mère et détalant comme le Bip-Bip du coyote. Burke n’avait aucune envie de tirer, et encore moins de courir. Il remonta aussitôt dans sa voiture et fonça à la poursuite du fugitif. Il le coinça deux rues plus loin, au beau milieu d’un jardin, au grand scandale de la famille qui se trouvait là et profitait d’une des rares embellies de ces derniers jours pour organiser un barbecue. Eh vous faites quoi à ce type !? Relâchez-le ! Monsieur calmez-vous, cet homme est recherché. C’est pas vrai, c’est pas vrai, hurlait Pépé dessous Harry en train de le menotter, un genou sur son dos. J’ai payé ma dette à la société. Je vais appeler la police, menaça une femme, faites donc madame, ça m’évitera de l’emmener jusqu’à Dog Town moi-même. Ça dura le temps que Burke soulève Pépé par les poignets et l’oblige à se relever. Il sorti sa plaque de chasseur de prime et insista, si on voulait appeler les flics il était d’accord, il toucherait quand même ses dix pour cent sur les cinq mille que valait Pépé. Au lieu de ça on le pria de foutre le camp, personne dans ce quartier n’aimait beaucoup les flics de toute façon. Relâche moi patron je t’en supplie, j’ai ma petite qui va accoucher, fit Pépé alors qu’il l’obligeait à monter à l’arrière de sa Dodge, Burke se faisait un point d’honneur à n’acheter qu’Américain. Arrête tes conneries, t’es célibataire. No jefe ! J’ai une fille ! C’est elle qui va accoucher. Fallait y penser avant, allez monte. Mais ça continua dans la voiture. Je suis personne patron, allez relâche moi, tu vas rien gagner avec moi !  Ça marche pas comme ça Pépé et tu le sais très bien. Et si je te donne un gros poisson, on peut s’arranger ? Je suis pas flic, t’en parleras avec eux. Il est recherché jefe ! Une grosse prime, je l’ai vu sur internet ! Mais Harry Burke ne voulait rien savoir, il ne mangeait pas de ce pain-là. Allez jefe tu touches combien sur un mec comme moi ? Presque rien ! Tu vas pas cracher sur cent mille dollars. Y’a personne qui rapporte autant, rétorqua Burke catégoriquement. La plus grosse prime qu’il n’avait jamais touchée dans cette partie ne s’élevait pas au-delà de cinq mille. Sauf mon mec, déclara Pépé avec un sourire, il est en ville c’est un braqueur, il vaut cent mille je te dis ! Burke entendait toutes sortes de conneries dans son métier, et celle-là n’était pas la première. Les petits voyous dans son genre le confondaient souvent avec les flics et croyaient qu’on pouvait s’arranger. Ils ne comprenaient d’autant pas que tant qu’ils ne seraient pas sous les verrous son entreprise ne toucherait pas un cent et qu’il n’avait donc aucun intérêt à les relâcher dans la nature. Mais Pépé l’avait fait un peu chier alors il avait envie de s’amuser. Il arrêta sa voiture dans une ruelle et lui fit face de toute sa masse. Alors soit t’arrête tout de suite ton baratin soit tu me racontes vite fait et je te promets que je verrais ce que je peux faire pour ta gamine. Eh jefe, tout ce que tu peux faire c’est me relâcher ! Non je peux aussi te casser un bras et dire que t’as résisté, en plus j’ai des témoins. Pépé n’avait visiblement pas vu les choses sous cet angle. Ecoute jefe, je suis pas un méchant moi, mais le gars que je veux te donner c’est un vrai de vrai ! Un salopard ! C’est du baratin tout ça, ou tu dis ce que t’as et on verra, ou on repart et direction Dog Town. Eh jefe ! Je suis pas con quand même, qui me dit que tu vas tenir parole ? Rien, c’est à prendre ou à laisser. Cinq ans de prison ou bien prendre le risque de tout balancer à ce gros gringos ? Oh bien sûr il pouvait tenter sa chance aussi avec les flics mais les flics feraient des micmacs impossibles avant de décider si oui ou non il méritait une remise de peine, et quoi qu’il arrive il ne serait pas là pour l’accouchement de sa fille, une chose plus importante que toutes les autres aux yeux du mexicain. Pépé avait toujours été un homme de l’immédiateté, c’est ce qu’il avait conduit à cambrioler d’ailleurs. Pourquoi attendre d’économiser pour se payer un grand écran quand il suffisait de se farcir une maison de West Paradise ? Il s’appelle Freddy Fallon ! Comment tu le connais ? J’ai eu le tuyau par un compadre, je sais même où il loge ! Ouais, ouais c’est des conneries tout ça. Ecoute jefe, tu m’emmènes voir ma fille et je te dis où il vit, c’est un deal ? Négatif, tu déballes tout et on verra. Pépé sonda quelques instants les yeux rugueux de Burke, on y lisait pas grand-chose sinon l’expression obtuse du gros blanc déterminé à aller jusqu’au bout de ce qu’il faisait. Un bœuf, ou non, plutôt un genre de tank avec une barbe de trois jours et une gueule comme un ravin. Il céda. Fallon habitait un penthouse sur Ocean boulevard, c’était son compadre qui y faisait le ménage, c’est comme ça qu’il savait, il avait vu une arme et de l’argent chez lui, avait regardé sur internet, c’était du vrai bon juteux gibier. Burke voulait bien le croire, les latinos étaient partout en Floride, mexicains, cubains, portoricains, qui faisait la putain de différence de toute façon ? Il y en avait de toute l’Amérique Latine, ça grouillait, et personne ne les voyait. Ils nettoyaient les chiottes sur Perfect, ils étaient dans les hôtels, partout, et eux ils vous voyaient. Bon, elle accouche où ta gamine ?

Acavente avait fait le tour de ses indics avec son DVD, oui Boom-Boom connaissait cette vidéo et cette fille, il l’avait déjà vu trainer chez un pote, ils l’avaient matée ensemble mais il ne savait rien de plus. Il confia le disque à l’équipe informatique dont s’était parée la police de Paradise  mais ils n’en tirèrent rien sinon que la vidéo avait été tournée quelque part en Floride. La fille était jolie, blonde, avec des gros seins, mais des filles comme ça il y en avait par centaine entre ici et Miami. Avec en général la même ambition, ne rien faire, profiter de la vie et si possible se trouver des petits amis assez riches pour les entretenir. L’inspecteur alla rendre visite à ses collègues des mœurs, est-ce que cette jolie tête leur était familière ? Faudrait que tu rencontres Roachard, il connait toute les plus jolies gonzesses de la ville. Qui ? Steven Roachard, le patron de Deamonz Production, me dit pas que tu connais pas. Non Acavente ne savait pas de qui on parlait, alors ses collègues le mirent au parfum. Ça lui semblait une piste valable comme une autre, il décida de prendre rendez-vous avec l’intéressé. Roachard était un type haut en couleur, presque la caricature du producteur porno comme on en faisait dans les années 70. Bedonnant, un chapeau de cowboy vissé sur la tête, des Rayban à verre jaune sur le nez, le sourire rempli de fausses dents avec un fort accent du sud de la Floride, la peau bronzée toute l’année, et l’exubérance mécanique des gars du showbiz. Il le reçut lui-même dans son bureau plein de trophées et de photos de filles à poil, entre deux coups fils sur un des quatre portables qui trainaient sur son bureau. Acavente lui montra la vidéo, Roachard prétendit qu’il ne connaissait pas cette « jolie poupée » et que c’était bien dommage, que si l’inspecteur la retrouvait il la casterait volontiers. Acavente sentit le mensonge sous le numéro de showman, il décida de s’intéresser de plus près à son cas. Steven Roachard avait fait fortune dans le pétrole dans les années 90, à peu près au même moment où l’on découvrait un gisement prometteur au large de Paradise City, après quoi il s’était lancé dans le porno. Une activité pas totalement improvisée puisqu’il découvrit qu’il avait été lui-même acteur et producteur à la fin des années 80 en Californie avant d’être rattrapé par une sombre histoire de chantage et de meurtre dans laquelle il avait été impliqué sans jamais être inculpé. Deux ans plus tard Roachard migrait vers sa Floride natale et y rencontrait la fortune. Selon ses collègues Roachard était un ami du maire, Républicain moyen, bon patriote, qui versait son obole à l’American Memorial Association for Veteran. Acavente avait vu en effet le pin’s qu’il avait au revers de son col, et le drapeau dans le fond de son bureau. Mais il se tenait au courant de ce qui se passait en ville aussi, et pas seulement par les journalistes, radio police. Et il savait notamment que dans le cadre de la commission d’enquête qui allait bientôt s’ouvrir à propos de Paradise City, les services fiscaux étaient en train de s’intéresser de près à l’AMAV et aux dons qui lui étaient versés. Dehors il pleuvait à torrent, Acavente était à son bureau en train de chipoter dans une barquette de sushis à emporter, la tête ailleurs. Il était fatigué, il avait envie de se vider la tête devant a télé avec une bière, mais en attendant ce magazine people sur le bureau de son collègue ferait l’affaire. Le temps de finir son repas et de se remettre au boulot. Il avait d’autres enquêtes en cours et la journée n’était pas finie. C’est comme ça qu’il la vit, en compagnie d’une jolie fille aux cheveux courts moulée dans une robe dos nu et d’un mulâtre aux cheveux longs tressés du genre beau gosse. Sur sa droite, il y avait Antonio Guerrero, le millionnaire cubain et un grand black tatouage et bling-bling à l’air totalement allumé. La légende lui appris que c’était Kobe Jones et quelques amis. Cette fille gravitait donc aussi dans les hautes sphères de cette ville. Acavente regarda le type qui était assis entre elle et la petite brune. Un beau gosse, assurément, mais pas un de ces mannequins à la gomme, plutôt un genre de prince arabe. On le sentait à l’aise, milliardaire sans l’être… un mac. Qui t’es toi ? demanda Acavente à haute voix. Jimmy Lafleur, mon pote, au bonheur de ses dames. L’inspecteur Monroe de la brigade des mœurs l’avait immédiatement reconnu et oui ils l’avaient à l’œil. Mais jusqu’ici casier judiciaire absolument vierge. Un gros malin d’après Monroe. Gros à quel point ? On sait qu’il traine avec quelques légumes, il fait des affaires, immobiliers, production. Production ? Film porno mec, il bosse avec Roachard. Ah oui ? Oui. Acavente sourit, il venait de faire un lien entre la vidéo et Jimmy Lafleur. Acavente décida qu’il était temps d’en parler à ses supérieurs. Ceux-ci trouvèrent ça mince pour ouvrir une enquête officielle sur Roachard ou Lafleur mais lui accordèrent un collaborateur histoire d’approfondir le sujet, et Acavente pu commencer une filature sur le haïtien.

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Emily Blake vous salut bien -Part 2-

L’italien devait en référer à son boss, il l’appela sur son portable, très à l’aise, dégoisant presque aussi tôt en dialecte napolitain. La Camorra et son réseau mondial. Et là sans doute un mec dans sa cuisine en short et tricot de peau à faire son biz international, empereur sans hermine ni couronne. Elle écoutait sans réellement comprendre. Les intonations, le langage du corps, quelques bribes non dialectales… Si chierto dotore, ciento, como voi. Il la regarda et sourit. C’est bon, lui dit-il en français. Il referma le sac et puis fit signe à son chauffeur de s’approcher. Messe basse. Le gamin, à peine majeur, retourna vers la 205 et alla chercher une enveloppe. Emily vérifia, cent mille euros comme convenu. La loi du marché. Ils récupéraient le plus gros morceau du gâteau mais il n’y avait qu’eux pour pouvoir refourguer ce genre de came et ne pas laisser de trace. Peu importe d’où elle les sortait, peu importe les kosovars, la Camorra les enculerait tous. Elle se souvenait encore de cette fois où elle avait rencontré Di Angelo, Don Stefano, comme les autres l’appelaient. Un mec d’une trentaine d’année dans un imper mi Matrix mi gothique, flanqué de gardes du corps en survêt jaune Bruce Lee. Il l’avait reçut chez lui, là où ils l’avaient assigné à résidence, à Bologne. Une belle demeure avec un parc. Impossible de travailler avec les napolitains sans son blanc-seing. Il en faisait des tonnes, mangeaient des pistaches comme s’il écorchait une peau d’intellectuel mais au moins la prit-il au sérieux. Sa réputation l’avait précédé, les coups de fil du flic avait fait le reste. Le flic…

 

Elle écrivait au tableau : « Et que faudraient-il faire ? Cherché un protecteur puissant, prendre un patron, et comme un lierre obscur qui circonvient un tronc… » Oh la, la s’exclama Antonin, treize ans, du fond de la classe, si elle commence à faire deux fautes par phrase, il faut un autre café ! Toute la classe éclata de rire, la maitresse y compris. Deux fautes ? Oui c’était pour voir si tu suivais. Bah tiens ! rétorqua le gamin pas convaincu. Alors ces fautes quelles sont-elles ? Antonin corrigea le vers sans faute. Bravo ! Et maintenant tu vas nous réciter la tirade. Hein ? Mais non ! Mais si, dit Emily en lui fourrant le livre dans les mains, tu verras tu t’en tireras très bien. Elle avait raison, le ton frondeur de Cyrano lui convenait à merveille. Le gamin se régala et par la même la classe entière. Elle adorait son métier. Adorait ses élèves. Avant de vouloir faire danseuse, elle voulait déjà être prof, dès six ans ! Mais elle savait que ça ne pourrait durer éternellement. Déjà trop de sang avait coulé, trop d’articles avaient été rédigé, et même si personne ne savait qu’elle était derrière une dizaine de braquages et de cambriolages, tôt ou tard ils remonteraient sa piste. Tôt ou tard. Barres toi gamine, se disait-elle, barres toi. Elle n’arrivait pas encore à s’y faire. .

 

 

Mado

Ils l’ont annoncé dans le journal, à la télé. C’est arrivé à côté des Champs. A la sortie d’un de ces bars qu’ils ont dit. Je savais pas qu’il en avait. Huit bastos dans le corps, pas une chance, deux mecs à moto. Mon pauvre Shérif. Pourquoi ils lui ont fait ça ? Dans le quartier on dit qu’il était en dette, d’autres que c’est à cause d’une vieille histoire. C’est possible. Quand même j’ai pleuré. Oh pas devant tout le monde, mais il a fallu que ça arrive, devant Toussain…Je crois qu’il a compris mais je savais qu’il dirait rien. Un jour il m’a dit que ces choses là pouvaient se produire dans un couple. Je m’étais dit que c’était pour me préparer, que je lui plaisais plus ou un truc du genre. Mais il avait raison, ça arrive des fois, on n’est pas des robots non plus hein ! Mais il ne m’en a pas voulu. Il est comme ça mon homme, il regarde les trucs droit dans les yeux et il fait avec. Mon Toussain… presque des fois dans ses bras j’oublie Marco…. Marco. J’ai rêvé de lui la dernière… Sa queue en soie dans ma bouche maquillée, après quoi il me tirait une balle, son foutre qui faisait des bulles au coin de mes lèvres ourlées avec le sang noir dégoutant sur le lino. Putain, que j’ai mal dormie ! Je me demande si c’est à cause de la mort de Shérif. Bon mesdemoiselles on reprend c’est juste nul ! Nul ! Et archi nul ! Les blondes se rassemblent dans le fond de la pièce. C’est des vrais elles, pas comme moi. Mais question déhanché c’est des bâtons. Tony dit que c’est des danseuses dans leur pays, tu parles ! Si ces filles savent danser moi je suis la Vénus de Milo. On recommence, je fais en claquant des mains. Elles se mettent en rang, mains sur les hanches et avancent l’une après l’autre en faisant le déhanché machinal et le talon qui claque même pas. Oh la, la, mais vous êtes pas vraies vous ! Une des nanas me retourne un regard genre. Quoi ça sert ? Elle me demande avec son accent de l’est, homme tous pareils, elle dit. Si femme, eux regarder. Merde je me dis, voilà que j’ai une révolte. Et moi ma petite je suis responsable d’un établissement de qualité où les filles ne marchent pas comme un sac. Tsss, fait la fille en se retournant vers les autres, bras croisés. Des gars arrivent sur ses entre faits. Costume mal coupé, gros bras, crâne ras et dent en or. Ils se posent dans les canapés, je fais signe aux filles de se disperser. Messieurs, champagne ? Je lance, ils ne m’écoutent même pas, parlent entre eux. Okay, comme ils veulent… Je dis aux autres de s’occuper d’eux et je vais derrière le bar faire l’inventaire. Une fille pousse un cri. Bah qu’est-ce qui se passe encore ? Elle sort en trombe du salon en se tenant le bras. Je l’appel, qu’est-ce qu’il y a montre mon ton bras. Le con l’a pincé jusqu’au sang. Bien, ils veulent voir les choses comme ça. Je dis à une des filles d’appeler le bar d’à côté, Chez Julia et vais voir les trois lascars. J’ai un peu peur quand même mais c’est pas les premiers clients que je rembarre. Dans ce boulot faut savoir se faire respecter. Messieurs que se passe-t-il ? Un problème ? Visky vite ! Me lance l’un des trois en français, sans me regarder. Un autre a attiré une fille sur son genou et lui tripote les cuisses, elle a l’air terrorisée. Eh messieurs, ici on ne touche pas ! Da, da, visky, vite, me répète le gars en me faisant signe de filer. J’appelle la fille, elle se dégage, il essaye de la rattraper sans sortir de son canapé, en vain. Sur ce arrive les deux mecs de Chez Julia, des balourds à bagouze qui me demandent. Je leur fait signe dans le fond, ils vont voir, et puis là-dessus c’est Tony.qui se pointe avec deux nouvelles, mais elle c’est des putes j’en suis sûr. Dans le fond ça discute, qu’est-ce qui se passe ? Il me demande, des emmerdeurs, je fais. Je retourne à mon inventaire quand les deux balourds reviennent. C’est bon c’est arrangé qu’il me fait. Il nous distribue du fric à moi et Tony, de la part des cons et puis repartent en nous les laissant sur le dos. Tony fait un peu de plat aux putes, leur sert des coupes. On fait ça des fois, elles servent de rabatteuse pour nous autres. Tient chéri et si on allait dans ce bar ? En échange on leur envoi des clients. Dans le salon les filles sont revenues, mes anglaises comme je les appels, parce qu’elles le sont. Une brune une blonde, sympa, la vingtaine, avec des formes. Elles dansaient l’une après l’autre, sur une chaise pendant que l’autre cajolait le pigeon. Elles avaient peur de rien mes anglaises, pas comme ces trois blondasses qu’il nous a amené Tony. Bah alors vous attendez quoi ? Je m’exclame en leur montrant le salon. Elles s’exécutent de mauvaise grâce, je sors une bouteille de Johnny Walker Black Label, trois verres et un petit seau de glace, trois cent cinquante sacs. Mais au moment où je pose la bouteille devant eux, il y en a un qui m’attrape par la taille. Non, non, non, je fais, on touche pas j’ai dit ! Tony se pointe. Eeeh on vous a dit quoi là ? Le gros le regarde mauvais mais ne moufte pas. Je me casse, je dis à Tony, j’en ai rien à foutre qu’il ne me paye que ma demi journée, je veux pas rester ici avec ces trois porcs, fric ou pas. Reste, me demande Tony avec ses yeux de cocker. Allez, ils vont faire des histoires ! T’inquiètes on gère… On ? C’est qui on ? Je me demande. Mais bon d’accord je reste, je suis bonne poire, je vais pas faire d’histoire hein… Toussain il ferait la gueule. Une fois comme ça j’ai gueulé parce qu’une pute était venu bosser dans le salon de derrière. Une fois où Tony il était à Marseille. A son retour, merde je les avais tous les deux sur le dos parce que le tapin elle avait dit partout que chez nous y’avait des rats ! Ta mère ! Heureusement qu’en plus on n’a pas eu l’inspection ! Bref, je laisse pisser comme disent les bonhommes. Les gars restent jusque dans la fin de l’après-midi. Font du bruit, pétés, veulent toutes les filles, mais il y a d’autres clients qui se pointe, alors ça ferait des histoires si les crânes ras venaient pas tour à tour sortir des pacsons de billets froissés, acheter une boutanche, sympathiser avec les clients genre gros russky qui gueule en barbare. Et vas-y que je te tape dans le dos et que je paye un verre à tout le monde… Vers sept heures ils sont rejoints par deux autres mecs, blouson de cuir, jean, l’air pas commode, qui nous mate moi, Tony, et les filles comme des loup-garous à l’heure du steak. Mais ils restent pas, ils sortent tous une demie heure plus tard. On fait les comptes avec un des soulards, je m’aperçois qu’il compte drôlement bien pour un mec qui a enquillé quatre bouteilles de sky dans l’aprème. Je suis pas mécontente de les voir partir, les autres filles non plus. Même mes anglaises en pouvaient plus. Vers huit heures j’appel Toussain, voir s’il peut venir me chercher, mais ça répond pas. Tant pis, je vais prendre le métro. On habite dans le XXème, pas loin du Père Lachaise. Dans les transports, ce que j’aime bien, c’est lire. C’est Shérif qui m’a un peu mis à la lecture, mais je lisais avant hein… mais pas les vrais livres, comme il disait. Anouilh, Claudel, Hugo, Zola, ces choses là… Zola c’est du sirop, ça m’ennuie ! Les Classiques qu’il disait Shérif, et tu l’entendais la majuscule. Peut-être, mais moi ce que je préfère en fait c’est l’histoire. L’histoire c’est plein d’histoires déjà, de vraies et je trouve c’est mieux parce que ça explique plein de choses ! En ce moment je lis une biographie de Louis XIV, j’adore. C’est mon roi préféré. On habite au troisième, pas loin du métro, je ne remarque pas la voiture des gars. En fait je ne vois rien sauf quand il me rejoint avec son air vicieux, méchant, et sa dent en or qui brille, son crâne ras. Je frissonne je sais déjà ce qu’il veut, et il me pousse dans le hall. J’aperçois la voiture derrière lui, les autres qui attendent. Non ! Non ! Non ! Le gars me fait un balayage, je tombe sur les fesses, il se marre, il sent l’alcool, le tabac, la transpiration. Il m’attrape par les cheveux et me traine derrière, dans la cour au pied des poubelles et je cris comme une pucelle parce que j’ai peur et qu’en même temps ça me fait un truc, et que je comprends rien. Il me donne un coup de poing sur la bouche, je sens mes dents vibrer, oh non pas encore je me dis… pas encore ! Marco ! Marco où tu es ? Au secours ! L’autre me déchire mon corsage, le soutif, la culotte, je bouge plus, l’attends, je sais ce qu’il fera si je me rebelle. Il m’écarte les cuisses. Marco. Je prie. Je prie plus Jésus maintenant, je prie Marco. Jésus je l’ai oublié. Ou bien c’est lui qui sait pas. Ca doit bien lui arriver à Jésus de pas savoir, non ? C’est un homme non ? Bon un homme extraterrestre mais quand même ! Je prie Marco, oui… et soudain… Marco. Il attrape le mec par le col et le balance comme un sac, le gars est trop saoul pour arriver à se relever d’un coup, Marco lui balance la pointe de sa pompe cramoisi dans l’estomac, l’achève à coup de talon dans la gueule. Oh mon Marco t’es revenu !? Fils de pute ! Crache-t-il sans me regarder, et puis Toussain qui se précipite. Chérie, ma chérie ! Je fonds en larme aussi tôt, dès qu’il me prend dans ses bras, et je regarde Marco. Ses belles boucles brunes sur sa nuque. Elle lui va bien sa veste. Je pleure. Parce que j’ai eu peur, que j’ai mal, que l’accident me revient dans la tête comme une balle, et que Marco s’en va, sans un mot, sans un regard pour moi. Comme d’habitude.

 

Vous allez les laissé s’amuser avec vous combien de temps ? Emily leva la tête du rayon fromage. Un type se tenait à côté d’elle qui faisait mine de comparer les prix. Je vous demande pardon ? Vous allez les laissé combien de temps se moquer de vous ? Châtain avec ça et là encore quelques mèches blondes, mi long, ça faisait un moment qu’elle n’était pas allez chez le coiffeur. Trop souvent avec sa perruque sans doute. Vous êtes qui ? De quoi vous parlez ? Le type jeta un coup d’œil noir à Emily avant de le laisser glisser par-dessus son épaule. Appelez moi, et arrêtez de vous laisser marcher sur la gueule grogna le bonhomme en lui glissant une carte de visite dans la main. Elle lu, Capitaine Michel Feyret, DPJ. Un flic. Sur le moment elle eu peur qu’il l’arrête, mais il avait déjà disparu alors qu’elle levait la tête. Mais… vous… rien, pfft, il n’était plus là. Qu’est-ce qu’il avait voulu dire ? Pourquoi il voulait parler avec elle ? Elle n’avait rien à dire aux flics. Est-ce qu’ils avaient enquêté sur son viol ? Même pas. Emily oublia la carte dans le fond de son sac et n’y pensa plus. Jusqu’à ce que l’Afghan casse Jeanne. Ca lui avait pris un matin à l’aube, comme ça, sans raison, il l’avait tiré du lit, battu, violé avec sa bite et différents objets, battu encore à lui défoncer le nez et la mâchoire, et puis il s’était tiré. On avait retrouvé Jeanne errante sur le boulevard Poissonnière, le visage pété, en sang, les vêtements en lambeaux, hagarde. Après l’Hôtel Dieu, H.P direct. Emily en avait parlé à Toussain, enfin plutôt Mado mais Toussain prétendit qu’il ne savait pas où il avait disparu. Comme il avait prétendu ne plus faire d’affaire avec Marco… Ah c’est différent… il s’est drôlement calmé tu sais, tu comprends ? Non elle ne comprenait pas. Ou plutôt si elle comprenait que les hommes étaient trop faibles, trop lâches pour tenir cette promesse implicite qu’ils induisaient sur elle par leur présence, celle d’un être fiable, solide, qui saurait toujours vous protéger, presque comme un père…. Mais Toussain n’était pas un père finalement, pas plus que ne l’avait été Marco, ou bien d’une autre façon. Marco lui avait enseigné la douleur, l’humiliation, les larmes. Il en avait fait une bonne soumise. Révélé sa véritable nature de pute, de vicieuse, de ça Emily en était certaine. Pour ça il était son père, son père en douleurs. Mais Jeanne, ça passait plus. Et puis le fou elle l’avait toujours détesté, elle s’en fichait du fou. Euh… bonjour c’est Emily Blake. Rappelez moi sur le numéro que je vais vous envoyer dans une heure, rétorqua le flic avant de raccrocher. Emily obéit comme la bonne fille qu’elle avait appris à être.

 

Mado

Désolé je ne peux rien faire. Mais vous m’avez dit… je ne vous ai rien dit du tout, elle n’a pas porté plainte, je ne peux rien faire. Et l’Afghan ? Il est reparti en Algérie, vous croyez quoi que les algériens vont nous le livrer ? Pas de plainte, pas de mandat d’amener, c’est aussi simple que ça. Mais vous vous pouvez l’aidez. Moi ? Oui vous Emily ! Vous pouvez aidez Jeanne et toutes les filles pour que ce genre de choses n’arrive plus, pour ce qu’on vous a fait à vous n’arrive plus. Bah tiens, je me dis, c’est maintenant que ça les intéresse, un an après. Ah ouais et comment ? Vous savez pourquoi votre petit copain n’a rien dit quand vous avez couché avec Monsieur Abderramhane ? Qui ? Shérif, me fait le flic en me regardant droit planté dans les yeux qui rigolent pas. Vous avez couché plusieurs fois avec lui, vous savez pourquoi Marguerite n’a rien dit ? On sentait que quand il disait pas du Monsieur il respectait pas. J’ai haussé les épaules, il faisait quoi le flic là ? Il essayait de me monter contre mon homme ou quoi ? Et Marco, dis moi, c’est un salaud ? Grande nouvelle hein poulet ! Shérif était en dette votre petit copain le faisait payer chaque fois qu’il vous baisait. Peuh c’est même pas vrai ! Vous avez des preuves ? Il n’a rien dit, il m’a regardé gravement, c’est tout, et puis il a ajouté. Vous n’avez pas encore compris hein ? Compris quoi ? Comment l’Antillais s’est arrangé avec votre mac après votre sortie ? Vous croyez quoi ? Bah quoi ? Marco je peux plus l’intéressé, je suis plus assez jolie ! Et puis il s’en fout de moi. Ca pour s’en foutre il s’en fout, vu qu’il vous a vendu à l’Antillais. Vendu ? Bah oui vendu ! Je sens les larmes me monter aux yeux. Mais non ! Mais si ! Faut vous réveillez ma petite, vous êtes de la viande pour eux rien d’autre !

 

Emily n’aimait pas beaucoup qu’on lui dise qu’elle n’était que de la viande. Elle avait été ça, oui, quand elle était pute, sans doute, de la viande mais c’était fini tout ça. Elle avait ce boulot, son petit ami et globalement merde il la traitait bien, toujours gentil ou presque. Parfois quand il était fâché il était froid et ça lui filait vachement les boules, mais c’était tout, jamais un mot plus haut que l’autre, jamais un geste déplacé, un vrai mec. Sérieux, gentleman, non, même cette histoire avec Shérif c’était des conneries de flic. Sûr… Mais qu’est-ce que vous voulez, forcément quand on vous annonce ça on commence à avoir des doutes… on n’a moins d’entrain, on se pose des questions faute d’en poser, on observe.

 

Ma princesse ! Comment tu vas mon bébé, t’as fait bon voyage ? Oui, très bien merci. Il revenait du sud mais elle ne savait pas très bien d’où, de quel sud de quel pays. Il lui disait juste je vais dans le sud, dans le nord, mais jamais à l’ouest ni à l’est. Elle ne lui avait jamais posé de questions sur ses affaires, la convenance, et puis elle savait, la dope, ça se fait pas de parler de ces trucs là. Poses pas de question et tout ira bien. Il laissa sa mallette sur le canapé cuir du salon et l’enlaça amoureusement, bon mari. Ca c’était fait au début du mois, il lui avait demandé sa main un matin, brusquement, avec le diamant et tout, et voilà, même pas le temps de penser à Marco, à ce que lui avait dit le flic, tout ce qu’elle avait vu c’était qu’on faisait d’elle une femme rangée, et peut-être pourquoi pas un jour une maman… Non bon d’accord, avec l’accident elle ne pouvait plus être maman, mais on pouvait adopter non ? Avec le mariage il y avait eu la maison, à Montreuil, deux étages moderne, une ancienne imprimerie, avec un grand jardin avec piscine, une surprise. Elle se sentait comblée, bourgeoise, presque importante. Pour la première fois de sa vie. Et Marco commença enfin à quitter ses rêves. Tu veux boire quelque chose mon chéri ? Il commanda une bière, elle alla en chercher deux. Ils allèrent les déguster au bord de la piscine, sur les transats, il faisait encore un peu froid, mais elle avait mis une petite laine. Samedi prochain, je compte sur toi ma chérie, je veux que tu sois la plus belle fille de la terre. Pourquoi ? Il y a quoi samedi ? Une soirée d’affaire. Une grande soirée avec du beau monde, des gens importants. Ca devait parce que c’était bien la première fois qu’il organisait ça à la maison. Et il y aura Marco, ajouta-t-il, ça te dérange pas qu’il vienne ? Marco ? Encore lui… Son cœur se mit à battre plus fort malgré elle. Euh… non… je sais pas, oui… pourquoi il vient ? Ah les affaires… Emily se raidit, ça la contrariait de penser soudain à lui. Mais tu m’avais dit… pourquoi il était avec toi l’autre fois ? Ah les affaires tu sais, ça va ça vient… Dans la semaine, le flic l’alpagua dans le métro alors qu’elle allait chez une copine. Comment il faisait toujours pour la trouver ? Il la faisait suivre ? Vous vous rendez compte de ce que vous avez fait ? Quoi ? Bah quoi ? Qu’est-ce que j’ai fait ? Pourquoi vous avez dit oui !? Il avait l’air vraiment furieux. Bah parce que je l’aime ! Non vous ne l’aimez pas ! Vous dormez ! Vous savez ce qu’il a fait en vous épousant, Il a acheté votre silence, votre témoignage ne vaudra plus rien si on le serre ! Emily eu l’impression qu’il venait de lui flanquer un coup de poing dans l’estomac. Elle le regarda hébétée avant de le repousser. Ah ! Fichez-moi la paix ! Elle en voulait encore à la police de n’avoir rien fait après l’accident. Et puis samedi il y aurait Marco… Marco.

 

Mado

J’ai mal à l’estomac. Je sais pas si c’est bien que je vois Marco. Est-ce qu’il va me regarder ? Est-ce que je vais lui plaire ? J’ai quand même changé depuis l’accident. Mes yeux… mes yeux, je vois bien qu’ils ont changé, et mes seins, ils sont tombés un peu mes seins. Ca va lui plaire à Marco ça ? J’ai un peu peur aussi. Je suis mariée maintenant, c’est sérieux. Je peux pas faire ce que je veux. D’ailleurs qu’est-ce que je veux ? Marco ? Vraiment ? Je sais plus. J’entends les premiers invités qui arrivent, jette un coup d’œil par la fenêtre Porsche Cayenne et Audi. Toussain a loué du personnel qui les accueille plateau à la main. Champagne, whisky, il a vraiment mit les petits plats dans les grands. Je me cherche des chaussures pour aller avec cette robe vert émeraude qu’il m’a acheté pour ce soir.je suis drôlement belle dedans. Bon Dieu, j’en avais justement une paire qui irait parfait avec mais cette fichue femme de ménage… Où est-ce qu’elle les a mis ? Je fouille dans le fond du dressing… c’est quoi ça ?

 

Elle était à tomber dans sa robe verte fendue jusqu’à mi cuisse ses cheveux blonds décolorés tombant en cascade de boucles sur ses épaules rondes, le regard fier et droit, le sourire étincelant qui ne failli même pas quand elle vit Marco discutant avec un des gars qu’il avait empêché de la violer. Marguerite était soulagé, il avait un peu peur qu’elle le prenne mal, et ce n’était pas le moment qu’une bonne femme fasse du scandale, surtout que certain de la bande du kosovar s’étaient pointés avec leur régulière. Plus tout se passerait dans le velours mieux ça serait. Ils devaient doubler leur fourniture de filles, tout le deal et cette soirée reposait sur une garantie de distribution à travers les différents établissements que lui et Marco possédaient en sous-main. Donc pas de scandale, pas de bruit, les affaires sont les affaires, et tant pis si ce gros porc de Bacol n’avait pas compris qu’il faut payer avant de toucher. C’était ça qui avait mis le mord à Marco et Toussain approuvait d’autant qu’après tout ils étaient associés aujourd’hui. Même que c’était lui qui avait suggéré le mariage pour éviter d’éventuelles emmerdes à venir. Une bonne idée contenue du contexte de la soirée. Marco savait son genre de salope, il l’avait dressé, et même si elle n’avait pas porté plainte après la soirée foot, elle était bien capable de se rebeller pour une bêtise. C’est une môme tu comprends, lui avait fait Marco, elle peut te péter un caprice rien que parce qu’elle a ses règles… Mais pas ce soir apparemment. Au contraire, elle se montra bonne épouse, souriante et échangeant un mot avec chacun comme si de rien était jusqu’à ce qu’ils passent tous à table. Marguerite racontait une anecdote sur sa période skipper quand il était encore dans les îles, qu’il n’avait que vingt ans et envisageait la vie naïvement. Cette fois là il n’avait pas compris apparemment que la femme du propriétaire du bateau avait des vues sur lui. Il racontait bien, était drôle, savait ménager son effet. J’ignorais que tu savais naviguer mon amour, lança-t-elle. Oh oui, disons que j’ai un peu de pratique, répondit-il interrompu dans son histoire. Mon mari est un homme plein de surprise, répondit-elle, prenant à témoin une autre femme. Vous vous rendez compte j’ignorais même sa passion pour les impressionnistes, lui qui pourtant ne met jamais les pieds dans un musée… Marguerite senti que quelque chose n’allait pas, d’ailleurs il ne voyait pas du tout de quoi elle parlait. Mais de quoi parles-tu mon bébé ? demanda-t-il avec un sourire à lui vendre Dieu sans confession. Allons mon amour ne soit pas aussi modeste, il est ravissant le Monet. Quel Monet ? De quoi tu parles à la fin ? Un brin plus cassant, le regard une lame plus froide. Mais voyons celui de Shérif ! Celui que tu as caché dans le dressing….C’était pour me l’offrir ? Après tout j’ai écarté les cuisses comme il faut… Le malaise était palpable, tandis que les uns commençaient à allonger figure, les autres les regardaient gênés. Allons mon amour, tu es mon épouse, tu n’écarte pas les cuisses comme il faut tu…bah quoi c’est bien ce que tu attends de moi non, c’est bien pour ça que tu m’as acheté ? Sourire forcé, les yeux de Marco qui coulisse vers lui brièvement. Mais qu’est-ce tu raconte voyons ? Combien ? Rétorqua Emily. Combien quoi ? Combien je valais après l’accident ? Pas grand-chose je suppose hein ? Ah… on dirait que la petite à ses règles, rigola Marco en se tournant vers son voisin, ce qui le fit rire ainsi que le voisin immédiat de Emily. Elle le regarda et vit l’arme sous sa veste. C’est que t’es devenu spirituel avec le temps Marco, arrête on va même croire que t’as de l’esprit ! Dit-elle, la voix et les yeux durs. C’est sûr qu’avec toi ça risque même pas d’arriver ma poule, répliqua-t-il en cherchant l’approbation auprès des autres. Et le voisin d’Emily éclata une nouvelle fois de rire. Une de trop sans doute. D’un coup elle lui plantait de toutes ses forces sa fourchette dans la main et arracha l’arme dans le holster. Le type hurla, Marguerite se leva d’un bond et tenta de marcher sur elle. Emily ! Pose immédiatement cette arme c’est dangereux ! Sans déconner ? Cracha Emily avant de tirer et de faire éclater une bouteille à vingt centimètres de lui. Le bruit était assourdissant, le choc dans le bras et l’épaule violent mais elle s’en fichait, elle le tenait en joue, elle les tenait tous en joue, et ils n’en menaient pas large. Pour la première fois de sa vie elle se retrouvait en position de force et elle n’était même pas sûr d’aimer ça, à vrai dire elle avait peur autant que la colère la submergeait. Mais t’es malade ! Aboya Marguerite en jetant un coup d’œil à sa belle veste Karl Lagerfeld souillé de vin. Non ça va, jamais été aussi en forme, crâna Emily. Alors tu me dis combien ? Combien quoi bon Dieu ? C’est à ce moment là que Marco reprit la main, tapant violemment du poing sur la table. Bon maintenant ça suffit Mado ! Tu poses ce flingue immédiatement ! Le bruit du poing la fit sursauter, le regard qu’il lui lançait froid dans le dos. Comme s’il ne la regardait pas mais la traversait, lisait en elle jusqu’au moindre de ses recoins. Emily se senti nue et vulnérable soudain, et tout le monde la regardait, les uns effrayés, les autres attendant la suite prudemment. Et puis lentement elle réalisa qu’il ne l’avait pas encore appelé par son prénom, son vrai prénom, que pour lui il était toujours la gagneuse sous la perruque Louise Brooks. Alors ses yeux s’étrécirent légèrement et elle répéta sa question à son mari : combien ? Mado j’ai dit ça suffit ! Gronda Marco, déjà prêt à se lever. Toi ferme ta gueule ! Ordonna en retour Emily sans le regarder. Pardon ? Depuis quand tu discutes ce qu’on te dit !? Pendant une fraction de secondes cette seule phrase la troubla tellement qu’elle manqua de s’excuser. Marco se tourna vers un des kosovar, goguenard, les putes c’est toujours pareil, si tu les tiens pas elles se prennent pour des stars. T’as dit quoi ? Jappa Emily. Marco ne la regardait même plus, il dit à son complice. Eh Toussain tu vas laisser ta pute nous gâcher la soir… BLAM ! Le doigt d’Emily s’était presque écrasé de lui-même sur la queue de détente. Marco prit la balle en pleine poitrine. Il regarda la tache de sang grandir sur son torse d’un air incrédule, releva la tête, une expression de fureur sur le visage, ou bien était-ce de la douleur ? Il ouvrit la bouche. Sale pu… BLAM ! Cette fois il parti à la renverse et tomba de sa chaise. Alors il se passa plusieurs choses en même temps, Marguerite qui essaye de se jeter sur elle, le voisin de Marco qui se lève d’un bond, arme au poing, les filles qui hurlent et s’enfuient…Et les coups de feu qui se mettent à partir dans tous les sens, Emily qui tombe par terre.

 

Mado

J’ai mal, j’ai mal, j’ai mal… qu’est-ce qui s’est passé ? Qu’est-ce que j’ai fait ? Je suis devenu folle ? Toussain est par terre dans une mare de sang, le gars que j’ai planté avec la fourchette a un gros trou dans le crâne… il y a de la fumée, j’ai les oreilles qui bourdonnent… oh, la, la mais c’est pas possible ! C’est pas moi ! C’est pas moi qui ai fait ça ! Non ! Je me relève, j’’avance dans la pièce, il y a un autre crâne ras par terre, et pas loin Marco… Mon pauvre Marco, mon doux Marco… Je m’approche de lui. Il saigne, il me regarde de ses beaux yeux ambres, il a l’air d’un petit garçon perdu. Il essaye de dire quelque chose, des bulles de sang se forment au coin de sa bouche… maintenant je me souviens… le Monet dans le dressing… le Monet de Shérif… et lui là, Marco qui me traite de pute, encore et encore… Pourquoi il a pas fermé sa gueule ? Pourquoi faut-il toujours qu’il se croit tout permis ? Il croasse un truc, lève la main vers moi… Ma… Ma… Mad… Je pointe mon arme vers sa tête alors qu’il balbutie… Mad…. Je tire en fermant les yeux. La détonation je l’entends à peine et quand j’ouvre les yeux il a le visage en bouillie. Il y a plus de Mado, je dis, y’a jamais eu de Mado, moi c’est Emily, et je m’en vais. La maison est vide, tous parti, tous enfuis…. De la poussière dans la cour, même le personnel s’est barré… merde. J’aperçois mon reflet dans la glace… oh non… j’ai du sang partout, la joue déformée, un trou dedans… oh non… qu’est-ce que j’ai fait ?… La maison est vide… et elle a moi toute seule. A moi toute seule. Enfin.

 

Emily se souvenait encore de ce moment. Quand elle avait réalisé que désormais la maison lui appartenait tout entière. La maison et tout le reste. Toute sa vie en fait. Enfin. Elle s’était assise par terre et elle avait pleuré. De joie. Pour la première fois de sa vie. Une joie immense, comme un ouragan qui se soulève. Et les larmes jaillissaient toute seule, mélangeant sanglot et rire en hoquets discordant. Puis, quand ça avait été fini, elle avait fait comme aujourd’hui, ses valises. C’était il y a déjà six ans maintenant

Il était temps d’en finir.

 

Emily

Je ne savais pas quoi faire après la fusillade. J’ai fait des cauchemars aussi. Mais c’est marrant jamais j’arrivais à me souvenir de la tête de Marco… C’est peut-être de l’avoir bousillé… c’est peut-être pour ça que je les fais… va savoir. Va savoir… Je suis allé à l’hôtel, j’en ai choisi un en banlieue est, près de Cergy. C’est là qu’il est né ce con, peut-être que je faisais un pèlerinage aussi… je sais pas, j’ai pas réfléchi, j’ai fait ça d’instinct. Peut-être que c’était une façon, une dernière fois, de me réfugier auprès de lui… Me réfugier auprès du souvenir d’un mec qui m’avait battu, humilié, vendu comme de la viande jusqu’à ce que j’en crève presque ?… Bon Dieu… Ma pauvre Emily, je me suis dit rétrospectivement, t’es cinglée, t’aimes quand ça fait mal. Sauf que ça a pas fait mal du tout rien à foutre même, comme si les balles avaient tout digéré, effacé. C’est Paul, un ancien client du temps où j’étais tapin qui m’a fait mal. En m’extrayant le morceau de balle qui avait ricoché dans ma joue. Après je suis resté environs une semaine à l’hôtel, le temps que ça dégonfle un peu et que ça se tasse aussi. Ils en ont parlé à la télé de cette affaire, c’est comme ça que j’ai appris que les deux crânes ras étaient de la mafia albanaise. Des mecs importants… comme ça que j’ai su que j’étais dans une merde noire. Bon, certes j’avais déjà bien commencé, mais là… J’en étais presque soulagé que le flic me trouve. Comment ?.Un bon flic je suppose qui me connaissait mieux que je ne le pensais. Je lui ai bien demandé hein, mais il ne m’a pas répondu. Il m’a juste demandé ce que je comptais faire.

 

Vous ne venez pas pour m’arrêter ? Le flic la regarda comme si elle avait dit un gros mot et referma la porte derrière lui. J’ai pas besoin de vous dedans, j’ai besoin de vous dehors. Besoin ? Vous avez coupé la queue du serpent, pas la tête. Vous me prenez pour qui ? Une justicière ? Il soupira, exaspéré. Vous ne tiendrez pas deux semaines en prison. Pourquoi ? Vous me prenez pour une gamine ? Non, parce qu’ils vous feront tuer. Emily marqua l’arrêt le flic embraya, sans pitié ni remord. Dehors vous avez vos chances, je peux vous aider à partir en cavale. Mais ça continuera… tout continuera comme avant… Les filles, les tournantes… à vous de voir… Elle semblait désemparée et on ne l’aurait été à moins. Le flic, bon manipulateur jouait sur sa culpabilité de gamine et ça marchait. Mais qu’est-ce qu’elle pouvait faire ? Je ne sais pas, vous savez comment ça marche de l’intérieur, vous avez vu les filles, vous les connaissez, peut-être que vous pouvez les approcher assez pour les sortir du circuit… Non, ça c’était impossible, elle le savait. Elle savait mieux que personne qu’une fille ne quittait jamais son mac, qu’il la vende, la batte, elle était à lui, à lui et à la fois terrorisée par lui autant qu’à l’idée de le perdre. Les bons macs c’est ce que ça faisait, peur, très peur. Et pour une pute, la peur c’est presque une came, en tout cas c’est un mode de fonctionnement. Du conditionnement. Et pour déconditionner ces filles… à moins d’appliquer sa propre thérapie particulière… il faudrait du temps de l’écoute, de la volonté. Un luxe largement au-dessus de ses moyens immédiats. Vous faites quoi alors ? Je ne sais pas… je ne sais plus quoi faire ! Vous savez vous ? Vous savez ce que je devrais faire ? Il se contenta de la dévisager avec son sérieux habituel. Les hommes sérieux elle aimait ça, mais lui il était froid comme du plomb de chasse. Oui, venir avec moi. Mais je croyais que… Si je vous ai trouvé ils vous trouveront. Désolé de vous dire ça mais vous avez été une pute et vous réfléchissez encore comme tel. Ca sembla la choquer mais elle ne dit rien. Juste comme si elle voulait pleurer mais se retenait. Faites vos valises, on y va. On va où ? Chez un ami.

 

Il s’appelait Moscou. Un colosse, bâtit comme un ours, avec une voix de stentor, et russe bien entendu. Un ancien mercenaire naturellement… Le flic savait parfaitement ce qu’il faisait en la lui confiant. Comme il savait ce qu’il faisait en lui glissant en partant une clé USB. Qu’est-ce que c’est ? Elle avait demandé. Tenez, réfléchissez. Vous êtes une fille intelligente, je sais que vous trouverez une solution. Premier mot presque gentil, et le dernier.

 

Emily

Avant j’aimais pas la nuit. La nuit c’était le boulot, la peur, le client qui fait chier, les flics qui font chier, la peur… J’avais tout le temps peur la nuit je crois. Peur de ce que je ne voyais pas, de ce que j’imaginais, peur de ce qui pourrait arriver si… si je me tenais mal, si je n’avais pas choisi la bonne jupe, si je ne suçais pas assez bien… Peur qu’il surgisse avec ses yeux jaunes et me tabasse. Peur d’être violée. Et finalement c’était arrivé… Aujourd’hui je n’ai plus peur. J’aime ça même. C’est calme la nuit. J’aime le calme. Surtout celui qui précède la tempête.

 

Elle glissa l’ogive de 12,7 dans le chargeur avant de l’embrayer. Barret M82 anti matériel, calibre 50 BMG, optique de nuit, vision verte luminescente, trois gardes en poste. Oui il était temps d’en finir. Elle les connaissait, en cinq ans elle avait eu le temps de les apprendre, eux et bien d’autres choses… Elle savait qu’ils ne lâcheraient jamais l’affaire tant qu’ils ne l’auraient pas coincé. Quitte à s’en prendre aux élèves de sa classe, à n’importe qui l’ayant approché de près ou de loin. Ils étaient comme ça, ils ne lâchaient jamais, des chiens. C’était leur loi, leur honneur, le kanun comme ils appelaient ça, la loi des sultans. Et on ne remet pas en question impunément le pouvoir des sultans. Maintenant elle attendait son signal. Malgré sa taille et son poids, il se glissait dans les épineux sans un bruit, l’ombre d’un ours. Personal Defense Weapon, FN Herstal P90 le long de la hanche, fusil d’assaut AR15 en bandoulière  près à l’emploi. En chemin il n’avait rencontré aucun opposant, seulement des barbelés et des mines hors sol Claymore. La routine ou presque. J’y suis, entendit-elle dans son écouteur. Dans le temps elle ne voyait rien. D’une certaine façon ça aidait à vivre, en floue les choses étaient parfois jolies comme des aquarelles de papillons pastels, des légèretés colorés, et la nuit comme des sodas. Mais aujourd’hui qu’elle avait les yeux grand ouverts, autant qu’elle y voit droit. Ca lui avait couté une fortune et elle portait encore des lentilles, mais même à 850 mètres elle voyait parfaitement le garde tourner autour de la piscine. Même qu’il avait une petite mine, il avait dû faire la fête la veille. Il faisait beaucoup la foire ces mecs, comme les russes. Raki, sky, vodka et cocaïne… BAOUM ! 964 mètres seconde officiellement, parce que la convention de Genève interdit les balles supersoniques. Le missile d’acier traverse la tête du garde et la fait éclater avec un bruit écoeurant avant même qu’il n’ait entendu le moindre coup de feu. D’ailleurs avec ce vent contraire, on l’entend à peine. BAOUM ! Le fusil s’enfonce dans son épaule, elle accompagne le mouvement et bloque, choc. C’est lui qui l’a entrainé, tout appris, arme et close combat. Son grand géant, comme elle dit. Moscou. Oui, le flic savait parfaitement ce qu’il faisait. La seconde balle traverse la poitrine de l’autre garde avant qu’il ne s’alerte, le dernier part en courant. BAOUM ! Bonne élève, pensa Moscou satisfait en voyant l’épaule du type partir en purée avec son bras. Maintenant c’était à lui, elle veillait sur ses arrières, et avec des munitions pareilles pas grand chose pouvait lui résister, pas même un mur surtout pas un mur. Il abattu un type qui sortait pisser et entra par les cuisines. Trois cuisiniers et un serveur. Instant de flottement, tout le monde se regarde en chien de faïence. Soudain elle entend six plop dans son écouteur, cadence d’arme auto en mode coup par coup, le bal est ouvert, Moscou est en piste. Par une lucarne elle aperçoit une silhouette courir, un, deux, elle calcule ses pas, BAOUM ! L’ogive traverse le mur de la villa comme du beurre et coupe la silhouette en deux dans un geyser. Moscou avançait, il avait échangé l’AR15 contre le P90, rafales courtes, invariablement mortelles. Pas de quartier, homme de main, personnel, femmes ou hommes. Jusqu’au grand salon, puis la chambre du maitre des lieux. Djenko Nocovic, la quarantaine, cheveux gris séduisant et là avec un AK47, défendant chèrement sa peau, quoique brièvement. Grenade. M78 russe, cadeau de la maison, dit la Sauterelle. Elle rebondit à un mètre vingt de hauteur et éclata en libérant shrapnel du quadrillage et  billes d’acier. Mission terminée, grogna Moscou dans son oreillette. Ca aurait dû être moi en bas, ronchonna Emily, quand soudain…

 

 

 

Emily

Deux vans noirs, quelqu’un a réussi à donner l’alerte. Le fusil fait un bruit de l’enfer. Même avec une oreillette et un bouchon de tir. J’aime pas les armes trop. Ca fait du bruit, ça pue, t’as les mains sales à cause de la poudre. Mais c’est dangereux. J’aime ça quand c’est dangereux en fait. A force je me suis rendu compte que c’était pas la peur qui me motivait, ça avait jamais été la peur, c’était le danger. Combien de fois j’ai flirté avec la correction, juste pour me sentir en danger, pour me réveiller ? Combien de fois j’ai raté une pipe juste parce que je sentais que le client pouvait m’en mettre une ? Combien de fois au fond je ne suis pas allé chercher l’ultime frisson en me faisant frapper juste parce qu’il était dangereux. Et combien de fois j’ai adoré baisé en public, juste pour voir jusqu’où une pute pouvait aller ? Des centaines ?… Mais le mieux, je me dis en appuyant sur la détente, c’est quand il me baisait après. Ah ouais c’était vraiment mieux après, surtout après une bonne dérouillée à la ceinture… Ce beau salaud avec ses yeux jaunes froids. Je laisse le Barret, j’ai immobilisé le van de queue et son chauffeur, abattu deux hommes, les autres se positionne en formation et pendant que les uns mitraillent dans ma direction, rafale prudente et balles traçantes, les autres entrent. J’entends immédiatement d’autres rafales dans mon oreillette. P90 contre AK47, en milieu clos, inégal et à l’avantage de Moscou. J’avance, AR15, visée de nuit à tir réflexe, j’ai chaud mais je n’ai pas peur. Je me sens calme en fait, super calme. C’est comme si je n’entendais plus les balles siffler. Que je ne voyais pas les éclairs verts qui jaillissaient des Kalachnikov. C’était fini la peur. C’était à eux d’avoir peur maintenant… Putain de flic… il savait que je ferais ma curieuse, que je pourrais pas m’en empêcher… Alors je l’ai regardé sa putain de clé USB. Tout ce qu’il avait sur les kosovars et les albanais, photos, films… des films de fille surtout. Prise par elle-même sur leur téléphone, entassée à huit dans une chambre de bonne de dix mètres carrés. Filmées à la sortie des camions, dehors des containers à bestiaux…le musée des horreurs, mais c’est pas ça qui a déclenché le truc C’est la mort de Jeanne. Elle s’est pendue chez elle en sortant d’H.P. Un mois plus tard. Alors que les psys disaient qu’elle allait bien… fils de pute. Quand c’est arrivé ça faisait déjà six mois que je vivais chez mon géant. Il m’avait déjà appris quelques trucs pour rigoler mais j’avais repris mes études, je voulais être prof donc, et ça me suffisait. J’étais bien chez lui, il était marrant, un peu cinglé et sa présence me rassurait  D’ailleurs où j’aurais pu aller ? Il fallait que j’attende que les choses se calment un peu avant de bouger en Espagne. J’avais envie de soleil. C’est marrant finalement c’est là où je suis…

 

Emily Blake je te nomme sergent première classe ! Beugla Moscou en lui posant lourdement sa grosse main sur l’épaule. Autour d’eux des cadavres, de la fumée, du sang, des douilles, des dizaines de douilles qui flottent sur les flaques comme de petites navettes de cuivre. Merci adjudant Rochenko. Allez amène toi gamine, faut pas qu’on traine. Ils retournèrent à Barcelone par la route. Il faisait beau tout allait bien, Moscou portait une casquette étrange à base de petites ailes en mousse et un gros joint au bec. Il était comme ça le gars. Etrange. Etrange et dangereux, mais elle n’en était pas amoureuse. Peut-être trop barré pour elle, ou bien est-ce qu’elle était guérie des hommes dangereux peut-être, peut-être pas. Allez savoir…  Qu’est-ce que tu vas faire ? Tu me conseillerais quoi ? Quitter l’Europe. Ouais j’y ai pensé… Elle avait envie de soleil, de chaleur… de sentir les rayons chauffer sa peau et ne plus penser à rien. Pendant six ans elle avait écumé le continent d’est en ouest, de braquages en cambriolages, poursuivi par la BRI, la BRB, Europol, toujours un temps d’avance grâce à son copain flic. Puisqu’on ne pouvait pas sortir les filles du réseau, détruire le réseau, et comment ? En attaquant le nerf de la guerre, l’argent. Le flic l’avait mis en contact avec des voyous qui l’avait branché avec Luther. Et pendant ce temps Moscou l’avait entrainé.et ça avait bien marché parce qu’au lieu de lui parler il lui avait donné des ordres. Et quand elle venait quêter son approbation il lui disait, t’occupes pas de ce que je pense, agit. Bref elle avait tout le potentiel pour faire un bon petit soldat et c’est ce qu’elle devint, un bon petit soldat, mortelle comme le mamba. Tu crois qu’il va manger ? Michel ? Oui. Possible, oui, mais il n’ira pas en taule. Son pote flic avait été mis en examen pour association de malfaiteur et divers autres délits graves pour un commissaire. Pourtant grâce à eux deux, un des plus gros réseaux d’Europe avait été démonté. Ceux qu’elle volait, ceux qu’il arrêtait, ceux qui mourraient… avec les documents et les pistes qu’elle trouvait, et ils l’avaient récompensé pour ça… mais évidemment les méthodes…. Lui dans le décor, plus aucune protection il était temps aussi de raccrocher les gants. Mais pourquoi faire ? Oui prof, sûrement, mais où ? Elle pensa à Rimbaud, ce poète que lui avait fait découvrir ses lectures d’examen de lettres, Aden. Harara… la corne est de l’Afrique. Est-ce qu’on avait besoin de prof de français là-bas ? Au Yemen ? Tu veux partir au Yemen ? Pourquoi ? Ca craint ? Sévère même. Les américains, Al Qaïda, les sécessionnistes, les attentats… Oh… Choisi une région plus calme et francophone si tu veux partir en Afrique. Ouais calme surtout, j’en ai marre de tout ça. Enfin calme… en ce moment dans le monde tu sais… mouais…

 

Emily

Finalement c’est pas l’Afrique francophone, mais j’enseigne quand même le français. J’ai été engagé par une congrégation catholique belge… moi la pute repentie et meurtrière… moi qui ai à peu près trahi tous les commandements… Mais qu’est-ce qu’ils croient que je l’ai oublié ma foi ? Qu’elle s’est perdue en route ? Je vis en Tanzanie. J’ai une maison rien qu’à moi, une voiture avec chauffeur, même qu’il est pas mal et que je me le taperais bien Avec mes mômes on se fait des jeux d’esprit, ils m’apprennent leur langue et moi la mienne, un mot contre un autre, un alphabet pour un autre, comme une image. Et en fin de semaine je lance un thème de compo autour des mots qu’on a appris. Moi dans leur langue, eux dans la mienne. Ils progressent vite, je suis contente. Mais quand même, des fois ici c’est lourd. Super lourd. Je regarde le plafonnier qui s’est éteint d’un coup, la classe est plongée dans le noir et en pleine dictée. La dictée ils détestent, mais faut bien en passer par là si on veut acquérir les bons réflexes. Eh merde… je grogne, ce qui fait rire la classe bien entendu. Eh elle a dit un gros mot ! s’exclame Jakaya en swahili, faut pas dire gros mot m’dame ! Reproche une voix de fille dans le fond. Oui Julia, j’y penserais et je sors voir ce qui se passe. Patrick, l’homme à tout faire de la congrégation arrive en courant. Le générateur est tombé en panne, qu’il me sort ! Ouais je vois ça, qu’est-ce qui s’est passé encore ? Bah je sais pas. Bon Dieu qu’elle nouille. Six fois ce mois ci que le générateur tombe en rideau. Et on l’a déjà remplacé ! On est en pleine brousse en plus ! C’est ça l’Afrique, faut se démerder. Je retourne vers ma classe, c’est déjà le chahut. On se calme s’il vous plait, on se calme. La classe est finie mais restez dans cour jusqu’à ce que la lumière revienne, c’est bien compris ? En chœur, oui madame ! Bon, Patrick et ce foutu générateur maintenant, et père Jérome qui sort de son bureau en m’interpellant comme si j’étais Dieu le Père. Emily que se passe-t-il ? Mais qu’est-ce que j’en sais moi ? L’humidité, l’entretient, une panne x merde ! Puis soudain j’entends un bruit que je connais trop bien. De loin ça fait tac tac tac, tac. Fusil auto, coup par coup AK ou FAL, j’ai l’oreille fine… Qu’est-ce que c’est Emily ? Demande le père. Des emmerdes, je pense, des braconniers sans doute, je dis. Ouais, on s’approche du générateur… oh la, la, c’est pas possible, putain de braconniers ! La girafe s’est écrasée de tout son poids sur la machine, blessée à mort. L’engin est foutu, il crame même, rôti le cou gracieux de la géante qui pend sur l’herbe. Là bas ça pétarade à nouveau, ça se passe au nord. Sont loin, nous fait Patrick d’un ton d’expert. Soudain une traçante sort de la forêt. Brève mais longue zébrure rouge qui lézarde la nuit comme un couteau. Sont loin hein ? Je fais à Patrick. On attend, accroupis dans le noir et puis les tirs s’éloignent. Alors je me lève et je vais à ma maison à cinq cent mètres de l’école. Emily ? Je veux plus qu’on m’emmerde, plus jamais. Ni moi, ni ceux que j’aime, ni l’endroit où je travaille, ni rien, c’est terminé, verboten. Et les emmerdes dans la vie c’est à perpète. Alors je me suis équipé. Emily ? Lunette de vision de nuit, fusil d’assaut visée réflexe, pistolet de combat full auto, treillis, gilets, bottes de brousse, parée la gonzesse. Je sais de quoi j’ai l’air, j’ai l’air d’un Terminator avec une chatte. Et c’est sûr qu’ils m’ont jamais vu comme ça ici. La petite Emily, la gentille maitresse, l’air de rien hein… .

Le ciel est noir et bleu et j’emmerde Coco Chanel, c’est à tomber, mais sous mes yeux de nuit c’est un camaïeu de vert et de noir, chauve-souris en surbrillance, l’impression d’être un radar humain et je kif. Emily ? Où est-ce que vous allez ? me fait le père Jérôme. Faire la chasse aux cons, ça va me détendre.

Emily Blake vous salut bien-Part 1-

Balle noire et luisante d’acier atomique filant sur le périphérique, le bolide trace un sillon de lumière dans l’œil aveuglé du radar qui flash, en vain. Cuir sur les mains, cagoule, regard sombre porté au travers d’un pare-brise d’une demie seconde, vitesse enclenchée, il déboite alors qu’elle appuit sur la commande d’ouverture. Elle est blonde inoxydable, moulée noir lycra, gilet de combat, elle arrache l’automatique qu’elle a à la ceinture et compte. Uno, due, tre, quatro, cinque… C’est Marco qui lui avait appris à compter rital. Marco… Oublié celui-là, et pourtant… Soudain ils surgirent dans le rétro. Deux 4×4 bleu marine et des types armés aux portières. Elle braqua son HK et tira. La crosse bondissant dans sa main comme un ours affamé, la tension qui roulait dans son poignet jusqu’à son avant-bras tendu et finement musclé. Cinq balles de neuf millimètres à haute vélocité, saccade d’acier qui gicla dans la taule et la viande comme une brûlure. Le chauffeur du 4×4 de droite prend deux projectiles froids, dans la tête, l’autre en pleine poitrine qui lui fait croiser les bras et envoyer le véhicule dans le décor, heurtant la rambarde de sécurité et partant en tonneau alors que les autres répliquaient. Fusil d’assaut FN Herstal, 5,56 Otan, munitions légères et extrêmement véloces. La Porsche était blindée, les balles s’écrasaient sur l’acier dynamique en crachats de feu jaune orangé. Elle répliqua, indifférente aux flammes et aux rugissements des armes, au danger, à la mort, froide, souple, à la fois pleine et vide, calme, presque sereine, et tout en même temps  concentrée, tendue comme  l’arc du funambule. Blam ! Blam ! Blam ! Blam ! les ogives sifflaient dans le tunnel alors que la Porsche déboitait d’une camionnette Renaud blanche. Trous dans le pare-brise, étoile dans le bleu et le sang glaireux qui inonde le volant. Le 4×4 zigzag avant de percuter la camionnette par l’arrière. Tête à queue, carambolage, le bolide est déjà loin. Il conduisait d’une main maitrisée, vingt et un an, spécialiste du go fast, fou de vitesse et d’adrénaline. Son film préféré, Point Break avec Keanu Reeves. Beau gosse en plus, dommage qu’il ait un nom si con, Gevin…

Le fond de l’air avait un gout pale et mentholé, la Porsche immobilisée devant une usine désaffectée, elle ouvrit le sac Nylon et sortit des liasses de billets roses. Elle posa sa part sur le capot, il la fit glisser dans son sac à dos, la cagoule toujours sur le crâne. On remet ça quand tu veux, c’était fun ! Elle ne répondit rien, enfourna le sac sur son épaule comme d’un rien et s’éloigna vers une Polo garée un peu plus loin, rose-mauve, très girly. Débarrasse t’en, dit-elle en parlant de la Porsche. Ouais, ouais, t’inquiète. Ils avaient tous la même expression, t’inquiète. Comme si elle était du genre à s’inquiéter depuis l’accident. Elle se défit du sac et du gilet de combat qu’elle jeta dans le coffre de la voiture avant d’enfiler une robe blanche tachetée de lilas grand-mère. Trois cent cinquante deux kilomètres jusqu’au cour Saint Omer de Lisieux, dans une petite rue bordée d’arbres. Des grilles noires, une cour écolière où jouaient quelques garçons et Colibri, la petite peste des quatrièmes de lancer docilement et bien fort, bonjour madame. Colibri, je te jure… Hi Blake ! Blake t’es sûr que t’es pas anglaise ou américaine, et non toujours pas Jean-Pierre. Jean-Pierre Studieux, qui portait bien son nom, le prof d’anglais la draguait depuis un an qu’elle était en poste. Bien lourd comme il faut. Elle entra en classe, les enfants étaient déjà là, studieusement rangés. Bonjour madame ! Clamèrent-ils en chœur. Bonjour, bonjour. Elle était heureuse, elle adorait son métier. Mais ça n’avait pas toujours été le cas.

Mado ! Viens ici ! La fille glissa de son tabouret, soumise jusqu’au sous la frange Louise Brooks qu’il lui faisait porter, ombre à paupière et peur jusqu’au nerf de son nombril. Silence dans le rouge mascara bardé néon pute des boulevards. Oui Marco ? Ramasse. Il y avait de la monnaie par terre. Elle obéit sans réfléchir, il posa son mocassin pourpre sur son dos. Il était comme ça Marco, assez tape à l’œil. Qu’est-ce que je t’ais dit hier ? Je sais pas Marco. Putain ! Gronda-t-il en appuyant sur son dos avec le talon. Tu te souviens jamais de rien ! Je t’ai dis pas avec les blackos ! Ah oui c’est vrai tu m’as dit ça. Il appuya un peu plus fort. Ramasse salope ! Elle obéit docilement avant que de son pied il la repousse contre le lino. Il était beau Marco, mais il était dur, comme le lino. Elle s’y écrasa le nez. Connasse !

Parfois Mado pleurait, en silence, comme pour ne pas faire peur aux mouches, Mado avait très peur des mouches, dans la Bible le Diable, Belzebuth était le Seigneur des Mouches. Une des Sept Plaies. Quand elle pensait aux mouches, elle les voyait qui lui rentraient sous la peau à vif par une coupure cutter. Alors elle allait se foutre dans un coin, arrachait sa foutue perruque et redevenait un temps Emily, la petite de province, descendu avec armes et bagages pour devenir danseuse. Emily, la gamine tenace. Elle avait tout encaissé, les castings empoigne, les humiliations, les directeurs de ballet hystériques et pédés, les producteurs à la main baladeuse, et puis un soir, avec une copine, elle était descendu à Pigalle, et elle l’avait rencontré. Son beau Marco. Grand brun au visage italien, la peau mat, le sourire facile, les lèvres épaisses, les yeux allongés et rieurs, un piège à fille. Et des liasses dans les poches claquées dans un fermoir serpent aux yeux rubis, pur argent. Ca et les pompes croco ça l’avait beaucoup impressionné. Il lui avait soutiré son numéro, s’étaient revus, et de fil en aiguille… Mado essuya ses larmes, ça servait à rien, rien ne servait à rien, même pas pleurer, ça ne la soulageait même plus. Alors elle serra les dents une fois de plus et attendit que ses tremblements de peur et de rage cessent. Marco était bon dans ce qu’il faisait, un rabatteur de première, en plus d’elle il avait six autres filles, toutes avec le même genre d’histoire, le même genre de profil. Sortie de leur province, souffrant d’un père absent ou falot, pauvre, enfant de prolo ou de la DASS,  et affligée généralement d’un complexe quelconque. Marco s’y entendait pour savoir où et comment faire mal. Il n’y avait pas que les gifles savantes qui ne laissaient pas de marques mais un sale souvenir, les humiliations publiques, il y avait aussi ceux des coups qu’il savait faire pleuvoir à l’intérieur avec sa seule bouche, son seul mauvais esprit. Ma pauvre t’es trop grosse ! Qu’est-ce que t’espère faire de la danse avec des jambes de haricot, on dirait un poteau sur deux autres poteaux plus petit. Aahahaha ! Mado encaissait. Quand elle n’avait pas de client, qu’il n’était pas dans le coin, elle continuait étirement et échauffement dans la salle de bain étroite de son studio, mais elle ne dansait plus. Trop petit ici. Comme un oiseau s’ébrouant dans sa cage. Prisonnière de sa balance. Son poids, une obsession, et ses vêtements aussi, ses perruques, ses chaussures, les robes et les choses qu’il lui faisait porter. Elle était sa petite poupée et drôlement intérêt à tenir son rang. C’est qu’elle ne tapinait pas toujours en bas dans le bar à Janine, des fois il l’emmenait dans le monde, présentait sa pute à quelque richard qu’elle faisait cracher en deux deux rien qu’avec son truc de la langue sous leur bite quand elle les suçait. Marco l’appelait sa bouche dans ces cas là. Ce soir tu vas faire ta bouche sale pute, t’as compris ? Qu’il lui susurrait à l’oreille une main dans la culotte quand il était de bonne humeur. Elle adorait être sa bouche et qu’il la traite de sale pute. Se sentir sale, avilie avec lui c’était tout bon, rose, juteux. Pourquoi elle avait besoin de ça en amour pour se sentir vivante ? Quand elle était gamine, une fois un garçon lui avait dit qu’elle était vicieuse. Du coup elle avait regardé… Vicieux, qui a une disposition naturelle a faire le mal. C’était donc que c’était dans son sang, plus fort qu’elle, et son mal à elle c’était le sexe. Son mâle. Sa côte d’Adam, sa plaie ouverte, son flanc troué qui suintait foutre et cyprine. Mais c’était si bon. Se sentir disparaitre enfin, s’abandonner totalement, gicler son désir, mangée. Comme de retourner à un état cosmique avec tout en même temps le cordon ombilical d’une bite amicale dans le cul, la chatte, la bouche. C’était si bon d’appartenir, se sentir possédée. Si bon d’être à lui. Chaine, chienne. Sale pute de chienne à genou. C’était finalement si sexuel pour une femme, si proche de sa seule condition physiologique pourquoi ne pas plier ? Plier…. Oooh elle en avait des papillons dans le ventre, comme elle disait, s’imaginant pliée à genou devant sa braguette impératrice, et lui les mains sur les hanches. Suce bouche ! Oooh….

Le désir c’est le mal n’est-ce pas ? Le mâle…

Notre Père qui êtes aux cieux, pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensé, ne nous soumettez pas à la tentation et délivrez nous du mal, car c’est à  vous qu’appartient le règne, la puissance et la gloire, au siècle des siècles amen.

 Marco

J’y peux rien, c’est comme ça, moi dès que je vois un truc pour faire du pèze, faut que je me branche. Et putain les radasses c’est du jus. Trop fastoche comme elles sont connes. T’as pas idée frère comme c’est facile. La salope ça se tient et ça se baise mais jamais tu lui donnes son sucre, ou trop tard. Tu vois c’est ce que t’as pas pigé. Une pute ça se tient, tu la laisse pas s’écraser contre un mur juste parce que t’en as marre de ta branleuse à couilles. Tu l’utilises, tu la rabougris, tu la traine comme une merde sur le trottoir de tes vices mecs ! Oh putain, se dit l’Antillais, v’la qu’il fait de la phrase. Ouais j’sais, mais qu’est-ce tu veux, elle m’a mit les boules. Cause à quoi ? Bah putain elle m’a tapé dans ma C. bordel ! Cette pute, elle vient chez moi et elle tape dans la caisse ! Oh la salope ! Ah ouais je comprends…. Mais je m’en branle, je calcule le costard qu’il porte, veste cintrée pied de poule, créateur mes noix, la cravate en soie violette, la chaine. Putain de sapeur je me dis. Il porte des dreads aussi, longs, fins et soyeux qui se déploient sur ses épaules de guadeloupéen cossus comme l’aile et la plume d’une corneille. Derrière lui l’Afghan prend sa bière. La gueule ravagée par la guerre, la folie, les yeux en colère vers le vide de la rue devant lui, derrière la baie vitrée du troquet. Paris 18, Marx Dormoy, Place de la Rontonde. Il fait peur à tout le monde ce mec là. Mais c’est pas plus mal. Et toi alors, t’en est où ? Faut que je vende une fille. Ca peut plus durer. Pourquoi ? Bah je te dois cinquante, et j’ai paumé aux cartes l’autre jour. Combien ? Vingt cinq. Eh soixante-quinze mille ça se trouve ; Ouais mais j’en ai marre, je veux me débarrasser mais je sais pas laquelle. Faut que j’en termine une, ça peut plus durer. Pourquoi ? Qu’est-ce qui peut plus durer ? Mon mec, faut que je t’explique comment ça se gère une écurie. Voilà qu’il faisait son expert, pensa l’Antillais, discrètement il regarda sa montre incrustée de zircons. J’ai les trois slovaques, sont jeunes, dix-neuf piges la chatte étroite, tout ce qu’il faut, elle ramène le jus, une ancienne d’il y a longtemps, qui me connait à fond et qui sait comment me gérer les putes. Et puis il y a les deux autres qui vont arriver en fin de course. Jeanne et Mado. Je les gardes pour les barbons, les soirées, chez la Janine. Mais c’est bon faut que je fasse un exemple. Faut pas qu’elles oublient ces salopes que c’est moi leur vie, toute leur vie, tu piges ? Que je fais ce que je veux avec elles, qu’elles m’appartiennent. Les trois slovaques par exemple, elles me prennent un peu pour un touriste parce que je suis pas brutus comme les yougos. L’ancienne faut pas qu’elle perde de vue qu’elle est miraculée, et les autres… bin c’est tant pis parce que je sais pas laquelle c’est.que je vais lourder. Si tu veux je t’allèges de Jeanne, l’Afghan a besoin d’une gonzesse, c’est plus possible. Et pis il l’aime bien la petite Jeanne. L’Afghan me retourna un sourire jaune avec ses dents longues et ses yeux brûlants cernés de marron. Non ça me disait rien, il allait me la casser en deux deux. Nan, j’ai fait, ça se termine pas comme ça une pute, c’est comme en cuisine, ça se recycle. Je pensais à ma pétasse, Mado. Que celle là je lui recyclerais bien la perruque jusqu’au sang. J’en peux plus de ses mines boudeuses et de son côtés petite fille de trente piges ou quasi. Et puis elle est conne ! C’est pas possible ! Trop conne, faut que je la largue c’est pas de mon niveau. Mon standing, mon style. Moi j’assure.

Sale pute viens là ! Oui mon chéri. J’ai la bite dure et rouge, veineuse, dressée de la braguette, fumante d’autorité virile poing sur les hanches. Tu sais ce qui te reste à te faire !? Oui. Elle m’avale d’un coup et pompe sans me lâcher du regard. Je la mate, putain de merde, cette gourde m’astique plus comme j’aime, elle sait plus, pauvre merde va ! Je lui balance une claque dans la gueule et mon chibre qui s’arrache de sa joue, elle tombe, la perruque de travers. Elle couine. Mais Marco… Ta gueule salope, de toute façon c’est pas de ça dont j’ai envie. Ouvre la bouche. Elle obéit, je pisse dedans. Ferme pas putain ! Ouvre ! Elle obéit, elle pleure. Je me termine et je lui écrase bien salement la main. Elle gémit puis hurle. Qu’est-ce j’en ai à foutre ? Habille toi on sort..

Emily descendit de la Subaru, des lunettes de soleil sur le nez, cintrée dans une robe d’été qui moulait son corps musclé et nerveux. Luther attendait sur le porche de la maison en bord de lac. Haut, chauve, la soixantaine, des lunettes à tour d’acier sur son nez aquilin, les sourcils broussailleux comme un vampire de cinéma. Il sourit porcelaine, bien limée rangée, ah ces anglais de la côte… Salut ma chérie, t’as fait bon voyage ? C’était un peu long mais ça va, avoua-t-elle avant de lui claquer une bise rapide. Luther la précéda à l’intérieur. Il y avait un ordinateur portable allumé sur la toile cirée de la cuisine, au milieu de dossiers cartonnés. Tu veux un café ? Pas de refus. Deux fois sans sucre et amer s’il vous plait. C’est sur l’écran, lui indiqua-t-il pendant qu’il leur préparait le café. Elle tourna l’ordinateur vers elle. Une photo d’une entrée d’immeuble type haussmannien. Elle fit aller la souris. Crédit Commerciale Rivière et Carré, banque privée, adresse cis à Lyon. Une des banques par laquelle ils font rapatrier leur argent en France. Comment ? Ca serait trop long à t’expliquer. Okay, c’est quoi le loup ? Il eu son demi sourire qu’il avait déjà la première fois quand ils s’étaient rencontrés, celui qui disait, je suis comptant t’es malin, maintenant dis moi quoi. Comment t’as deviné ? Tu veux pas m’expliquer c’est qu’il y a un loup. Il regarda quelques secondes sans rien dire, puis marmonna, je suis désolé ils m’ont obligé. Probable que s’il n’avait pas dit ça comme ça elle n’aurait pas remarqué ses yeux qui coulissaient sur la porte de côté. Et qu’elle serait morte aujourd’hui. La porte vola, il entra un SRM Arms Model 1216, capacité seize cartouches calibre douze automatique, au même instant où elle s’aplatissait par terre et arrachait le 357 canon court modèle 327 de son sac à main,  sept cent cinquante gramme de bon acier, balle téflon. Et faisait feu. Le pied qui éclate et le mollet qui se brise, le tueur décharge sa chevrotine dans la poitrine de Luther qui rebondit contre l’évier alors qu’un second assassin surgit derrière elle. HK MP5, il a un instant de distraction en voyant Luther tomber, braque son arme vers elle alors qu’elle lui décharge la sienne dans les couilles. Deux, qui font une bouillie de son bas ventre qui volète en geyser de jean et de sang, bout de zob. Krrrrrrraaaaaa ! La Kalachnikov arrose la cuisine, fait voler la table au-dessus d’elle en copeaux de bois, de verre, papier, plastique et silicium, l’ordinateur pulvérisé par les lignes d’acier cuivre des balles de 7,62 mm qui dégueulent sur le mur en trous de plâtre et béton, arrachant au passage cadre et image, étagères assiettes, couverts, un poivrier explose. Elle roule sur elle-même, se met sur les genoux qui dérapent sur le verre alors qu’elle se carapate de la pièce à quatre pattes, le monde explosant autour d’elle comme un 14 juillet en enfer. Roulé boulé dans le salon, un type qui surgit, le 357 qui saute dans son poing, Baoum ! Baoum ! Elle s’économise, plus que deux cartouches. Celles-ci lui traversent la poitrine et le dos, locomotives qui recrachent du poumon poudreux dans la foulée. Elle se redresse et cour jusqu’à l’arrière de la maison. Elle n’est jamais venu dans cette partie là ignore même si elle trouvera une issue quand elle reçoit une pleine crosse dans la figure. Le monde s’éteint d’un coup, ça fait un mal de chien, elle sent ses dents branler, silence. Flash, on la soulève comme un sac. Noir. Elle ne sent plus rien, n’entend plus rien, elle est fatiguée, terriblement fatiguée, et ça serait si bon de se laisser aller. Flash, elle est dehors, elle sent encore la chaleur du soleil contre sa peau, aperçoit des hommes, des ombres armées, trois peut-être quatre. L’une d’elle s’approche de son corps recroquevillé, se penche… elle aperçoit son visage, la quarantaine, beau gosse, enfin le genre qu’elle aime, avec une belle tête de salaud comme Marco. Elle sent la douleur vive de ses lèvres éclatées, son souffle court. Entend les types qui parlent autour d’elle. Noir. Sent une main agripper ses cheveux, sent le manche en plastique sous ses ongles, soudain son bras se détend…

Marco

Salut, est-ce que vous laisseriez une andouille qui bave sur vous depuis une heure vous offrir un verre ? La fille me mate sans piger, puis regarde derrière moi parce que je lui fais mon plus beau sourire. Tu comprends c’est pas possible que la grosse andouille ce soit moi, je suis si beau… Qu’elle bande de connasse… Je fais signe au barman en lui montrant le verre de la fille. Il sort le Moët et nous sert deux coupes, il me connait le Paulo, il sait comment je suis quand je suis en chasse. La fille regarde la coupe qu’il pose devant elle. Oh merci… mais… Un problème ? Euh… je n’aime pas le champagne… Putain, une chieuse je me dis. Pas de soucis ! Qu’est-ce que je peux vous offrir d’autre ? Un Baileys ? Elle me demande avec un petit sourire timide. Je fais signe à l’autre qui enchaine sans un mot. On trinque puis on boit. Je la baratine comme il faut, elle glousse la pute, se la raconte, s’y crois déjà avec le beau Marco, et moi pendant ce temps qui calcule la marchandise, soupèse où je la vendrais, à qui, comment, combien. Bon il faudra qu’elle perde un peu des hanches, je la mettrais au sport, dans trois semaines elle est sur le trottoir, deux si je me donne du mal. L’Antillais se pointe avec l’Afghan et Jeanne. Ca m’assure un 10% de remise sur ce que je lui dois, j’ai juste demandé que l’autre dingue attende un peu pour me la mettre petite. Mais à l’air terrifiée qu’a la salope je me dis qu’il était super impatient de lui faire profiter de ses fantasmes de tordu. Je lui demanderais c’est quoi, c’est toujours utile de savoir sur quoi un mec bande. Je présente ma nouvelle copine au négro qui lui fait le baise main très vieille classe. Enchantée Mademoiselle, mes amis m’appel Toussain. Encore une fois elle glousse puis me dit alors qu’il s’éloigne, il est charmant votre copain. Mais l’autre il fait drôlement peur. Et encore t’as rien vu, je me dis en lui rendant un sourire beau gosse. Ah oui ? Mais faut pas avoir peur comme ça, je suis là moi. Elle rigole encore comme une gosse et trempe les lèvres dans son Baileys, je lui essuie doucement le haut de la lèvre du bout de l’index, elle me regarde, déjà conquise. Quelle conne. Elles sont paumées de nos jours, qu’est-ce que vous voulez c’est comme ça. Elles veulent faire les salopes mais elles n’assument pas. Elles se la racontent indépendantes et tout le tralala mais elles rêvent toutes de finir avec Mister Prince de ses dames, en cloque mémère, avec le petit pavillon. Et quand c’est pas ça quand c’est la radasse libre dans son slip, la femelle moderne, qui choisi ses amants et s’assure la vie toute seule, suffit que tu l’asticotes à la bonne mesure pour que tu trouves un petit cœur écrasé de solitude qui saigne de ne pas trouver le gardien de ses nuits, comme dit la chanson. Alors suffit de la cueillir comme un petit oisillon et clac, une bonne sérénade et en deux deux tu la mets au boulot. C’est des putes, c’est dans leur nature, se donner au plus offrant, moi je fais que l’intermédiaire dans cette affaire.

Le bras d’Emily se détend, la lame fait un bruit de coupure sur la chemise du type lui ouvrant l’avant-bras avant de se planter dans sa gorge. Elle arrache la lame, giclée de sang alors qu’elle tranche dans le tendon d’Achille du gars le plus proche, il tombe, lui plante dans l’œil jusqu’à la garde, arrache l’arme qu’il a à la ceinture et abat les deux autres avant qu’ils ne réalisent ce qui se passe. Elle se relève, elle a mal aux dents, vérifie dans un rétro qu’elle n’en a perdu aucune, ramasse ses affaires, retourne dans la maison et défait le disque dur des débris de l’ordinateur ainsi que ce qu’elle trouve comme dossier à peu près intact. Puis repart. La colère tremble encore en elle, et les souvenirs défilent à mesure du décor qui file autour d’elle. Marco, l’Antillais, l’Afghan, et les autres, tous les autres. Fils de pute….

Le disque dur n’était pas totalement irrécupérable et les dossiers portaient sur des cibles potentielles pour cambrioleur chevronné. Luther avait été à la source de pas mal d’affaires parce que c’était son job et qu’il se faisait payer pour les renseignements collectés. Mais il n’y avait qu’un objectif qui l’intéressait, leur banque d’affaire à Lyon. Madame vous avez quoi à la bouche ? Une porte dans la figure Aurelien, c’est très douloureux, je ne te recommande pas. Mais comment vous avez fait votre compte ? Demanda Caroline avec un je ne sais quoi dans le ton qui sous-entendait que quand même la maitresse était un peu gourde, qu’allo quoi on n’avait pas idée de faire un truc aussi stupide. Je lisais ta copie ma chère, et comme tu vois je n’ai pas seulement été frappée par sa nullité.  Mener une double vie, pas une sinécure, surtout avec la curiosité naturelle des gamins mais heureusement il y avait les vacances scolaires. Le Crédit Commercial Rivière et Carré était situé entre la bourse du commerce et l’hôtel de ville dans une rue tranquille et peu passante. Deux caméras à l’entrée, un commissariat pas loin, et une géographie de quartier qui autorisait au moins trois points de fuite. Les documents de Luther étaient incomplets, l’objectif était un lot de bons au porteur pour une valeur de cent dix million d’euros, mais aucune idée d’où se trouvait le coffre, il faudrait faire des repérages dans un endroit où elle devait déjà être connu. Peu importe, ce n’était pas la première fois qu’elle faisait des repérages sous leur nez. Elle s’acheta perruque et lentille de couleurs dans un magasin spécialisé dans les déguisements, ainsi qu’un dentier qui lui faisait les incisives proéminentes. Danseuse, ex prostituée, elle connaissait bien son visage et bien des fois hélas avait dû maquiller les traces de coups. Elle passa son visage sous un fond de teint mêlé de couleur chair et de blanc gris perlé, assombri le dessous de ses yeux avec du fard à paupière brun et s’inventa des départs de rides à l’aile du nez et au coin de la bouche avec un crayon. Recouvrit ses paupières de mascara, aminci sa bouche et la traça en rouge grenat. Elle avait bien prit dix ans. Puis elle entreprit de bander ses seins, se choisi une tenue discrète et passe partout, jupe plissée bleu marine sous le genou, pull gris raz du cou et veste, des collants gris banales et son sac à main ajusté, avec un minuscule trou pour laisser l’objectif filmer.

Mado ajusta sa perruque et se jeta un coup d’œil dans la glace. Elle n’était pas trop mal ce soir. Un bel éclat de peau, l’œil vif, qui se tenait l’encolure bien droite. Ca allait lui plaire. Et puis sa robe safran rouge bien coupée pour mettre en valeur son décolleté et son dos de princesse. Elle savait bien pourquoi il la sortait ce soir et ce n’était pas pour faire des mondanités dans la haute. Elle s’alluma une cigarette et alla à la fenêtre en l’attendant. Elle jetait sur une petite rue de Pigalle à deux pas de Blanche. Des filles, un ou deux clients, des immigrés au visage inquiet et curieux, des touristes au spectacle et le bruit de fond de la ville la nuit. En amont de la rue, claquait un néon blanc acide marqué Domina Plaza, et même pas un hôtel de passe. Elle recracha la fumée alors que son téléphone sonnait, Mado décrocha. Oui ? C’était lui, le code en bas avait été changé, il n’avait pas la combinaison.  1243A, dit-elle. Une minute plus tard il se tenait dans son salon, avec des fleurs. Des lys, il savait que c’était ses favorites. Blanc, pur, racé, élégant et sa peau cuivrée, son parfum poivré, son sourire facile, elle chavira presque immédiatement. Il était comme ça Marco. Parfois cruel, méchant, violent, et d’autres fois absolument adorable, exactement comme quand ils avaient commencé à se fréquenter. Il l’embrassa dans le cou puis derrière l’oreille juste comme elle aimait tout en faisant glisser ses mains puissantes sur son torse. Elle se senti chavirer alors qu’il dégrafait lentement son corsage. Il la baisa lentement, avec science, surveillant son plaisir comme un vigile et jouant avec jusqu’à ce qu’elle n’en puisse plus et se mette à hurler de plaisir. Son cris saccadé dépassa le bord de la fenêtre et alla se perdre dans l’écho de la rue en bas. Quelques tête se levèrent en se marrant, et puis alors qu’ils fumaient, blottie contre son torse, se passant la cigarette, il lui dit de se rhabiller, qu’on sortait. Sur le moment elle fut un peu déçue, elle aurait préférée se prélasser avec lui au lit, mais après tout c’était prévu qu’ils sortent. Où on va ? Tu verras, c’est une surprise. Elle adorait les surprises et il le savait. L’Audi roulait sur le périphérique direction la banlieue nord. Il avait mis un de ses CD préféré, la bande originale du Parrain en sourdine et il discutait avec elle de sa belle voix grave. Lui parlant de ses projets, de leur avenir, qu’il avait décidé d’alléger son écurie et qu’il ferait bientôt d’elle sa reine, qu’il allait l’installer, un bar, peut-être une petite boite de nuit, il avait un rachat en vue, on verrait. Et elle ronronnait. La voiture dépassa une église et s’enfonça dans les rues et avenues d’une banlieue anonyme. Où allaient-ils ? Une affaire à régler et ils iraient au restaurant, il avait quelqu’un à lui présenter. Qui ? Demanda-t-elle avec le ton d’une môme, un ami à moi, un gars du Lady Crazy. Un cabaret striptease pour clientèle chic et cher. Elle manqua d’envoyer dans le décor en lui sautant au cou. Il se fâcha aussi tôt. Eh tu peux pas faire gaffe connasse ! Excuse moi chéri ! Ouais, ouais… putain de merde t’as failli nous envoyer dans le décor ! Elle se replia sur elle-même, plus mortifiée par sa bêtise que ses insultes. Il ne dit plus un mot jusqu’à ce qu’ils arrivent près d’un stade éclairé. Un gros bloc de béton surplombé par des spots étincelant claquant dans la nuit. Amène-toi, dit-il en sortant de la voiture. Elle obéit, intriguée et encore désolée d’avoir gâché le moment. Ils passèrent une enceinte grillagée jusqu’à une entrée comme à dérobée où se tenait deux blackos crâne ras et blouson de toile bleu sécu. Attends là. Mado s’immobilisa comme un petit robot tandis qu’il cheminait jusqu’à eux. Salut, serrage de main, Marco qui parlait et le plus grand des blackos qui balança un regard neutre vers elle, puis Marco entrait à l’intérieur avec l’autre gars et disparaissait. Par ici mademoiselle, fit le grand en s’approchant avec un sourire. Mais… Il ne sera pas long, vous serez mieux à l’intérieur, venez. Elle le suivit, incertaine, ils passèrent la porte, prirent à droite jusqu’à une pièce décorée d’un pouf en mousse bicolore, d’un canapé deux places, d’un baby foot des années soixante dix en bois jaune et de quelques affiches de 98 à la gloire de Zidane et de l’équipe de France. Il la laissa entrer, puis referma la porte. A poil, ordonna-t-il avec un sourire badin. Elle s’écarta de lui le regard farouche. Je vous demande pardon ? A poil ! Non mais va te faire…. En deux pas il était sur elle et lui flanquait son poing dans l’estomac. Le souffle coupé, au bord de l’évanouissement, pliée en deux de douleurs. A poil, répéta t-il simplement. Lentement, reprenant son souffle et ses esprits elle obéit. Effrayée, attendant maintenant qu’il la viole. Marco pensa-t-elle, il allait revenir, il l’attraperait, la sauverait de ce mauvais pas. Oui si Marco savait ça, il le tuerait ! Et elle lui dit, presque en grognant, comme si elle était Marco lui-même, et se prit une gifle. Ta gueule, à poil. Il prit ses affaires et sorti. La laissant seule et nue dans cette pièce anonyme. Elle n’osait crier, alla à la porte mais il l’avait fermé à clé, alors elle s’assit sur un pouf et attendit le cœur battant, glacée, parce qu’elle était en train de comprendre. La belle soirée, les fleurs, l’amour tendre, les promesses… Ils entrèrent en se marrant, onze jeunes hommes vigoureux en survêtement d’équipe, Marco et un type en arbitre derrière eux. La voilà messieurs, passez une bonne soirée. Comprendre et réaliser en même temps, sa bouche s’ouvrit comme par suffocation, les yeux vers Marco qui scintillaient de larmes, et les douze paires d’yeux lubriques posés sur ses rondeurs. Non, non, non… souffla-t-elle, sa voix prenant de l’ampleur d’un coup. Elle bondit soudain vers Marco, en hurlant d’une voix stridente. Ils se contentèrent de la repousser de leurs mains grossières tandis que la porte se refermait sur lui.

Les yeux, les yeux humides, vicieux, noirs, bleus. Les mains, calleuses, souples, intrusives, qui dans sa bouche, tirant sur sa mâchoire, qui dans son sexe, son anus, qui arrachant sa perruque lui tirant les cheveux en arrière, lentement, salement. Elle gémit, gargouille à cause des doigts qui s’enfoncent dans sa gorge. Elle les sent qui s’agrippe à ses seins, les pinces, les malaxes, se la dispute mollement comme un morceau de viande qui soudain tombe sur les genoux, brutalisé d’une secousse qui lui arrache une touffe de blondeur. Elle prend un coup de genoux dans le front, la douleur la sonne, ils ricanent, elle entend les zips qui descendent, et puis il lui en rentre une dans la bouche, petite, avec un gros gland champignon rouge et qui pue la pisse et le chlore, ça lui racle le palais, la main qui l’attrape par l’arrière de la tête et la force, avant de l’attirer vers un autre sexe avide et gros celui-là qui lui fonce dedans avec un arrière goût de peau savonné et ne s’arrête que lorsqu’on l’arrache à nouveau à la prise, la retournant toujours en empoignant ses cheveux sous les suce sale pute, regarde moi la vache, je veux l’enculer putain ! Attend ton tour on va tous l’enculer cette chienne, bouffe mes couilles connasse ! Et elle sait qu’ils parlent d’elle mais c’est comme si son esprit se désolidarisait de son corps, qu’elle les regardait faire. Les regardait la trainer de queue en queue, la gifler, la pousser du pied, ricaner, lui forcer le palais, la gorge, les dents, et puis la baiser à trois, un par orifice. Trois par trois, se relayant, se branlant quand il n’était pas dans un trou ou un autre, raclant la viande, sèche, forcée, bientôt suintante de sang rose brun. Et les cris qui lui sortent de la gorge, cette fille aux yeux révulsés, les cheveux gras de leurs sales mains, arrachés par poignées, et les convulsions de son ventre et de sa gorge quand ils déchargent leurs couilles, la barde de leurs saucisse comme d’un poulet brocheté, ce n’est pas elle, c’est une autre. C’est une victime, une femme qu’on tue, une chose qu’on massacre, un objet de consommation jetable sans autre forme de procès. Et elle hurle, ils tirent sur ses tétons comme s’ils voulaient les lui arracher, mordent à belle dent dans le cartilage de ses oreilles, les tendons de son cou, les muscles de son dos que des mains griffues, brutales, labourent comme un fouet de papier de verre. Mais bien sûr rapidement ils l’empêchent aussi de crier, la giflent, lui plaquent la bouche dans un étau de doigts qui tirent sur ses lèvres, ou lui gicle au visage, sperme frais et chaud dont l’odeur sature la pièce avec celle de la testostérone, de la sueur, des chaussettes et des slips sales. Puis elle sent les doigts qui s’agrippent au bord de son cul, tirent comme s’il voulait la déchirer et le goulot de verre qui pousse sur son anneau anal par saccade de coup de pied, les rires, les regarde cette truie, ah elle prend bien ! sale pute ! Champagne ! Ils forcent, ils poussent, ils chantent en chœur la Marseillaise, ils finissent de se branler sur elle. Son esprit vogue au-dessus des cris, de son corps meurtri, de cette bande déloquée, affamée, babouine, carnivore. Paw ! soudain elle sent le verre qui explose d’un coup de pied ajusté. BUUUUUUUUUUUuuuut, le bord coupant qui lui taille le gras de la fesse. Et quelqu’un qui lui écarte une jambe haut en l’air avant de forcer son con. Elle sent le cuir rugueux du gant de gardien, sent qu’en même temps on lui force les dents avec un sifflet. Siffle salope ! Siffle ! Elle essaye, il pousse, aucun son ne vient, il pousse encore mais ça ne rentre pas, plus, les muscles de son vagin contracté. Laisse tomber ça va jamais l’faire. Siffle putain ! elle réessaye mais à vrai dire ce n’est pas elle, c’est son cerveau qui est en mode automatique, son cerveau qui trouve la voie du grelot, elle siffle, souffle, crache le sifflet et expulse de l’air par en bas. Il en profite. Le sifflet heurte une nouvelle fois ses dents, siffle ! Elle pousse sur ses poumons, sent la douleur lui déchirer le ventre, le cuir la forcer, l’écarteler, comme s’il comptait lui agripper l’utérus, tirer d’un coup sec. Mais non il sort, sans ménagement, elle siffle, siffle, prend un coup de pied dans le ventre, crache le sifflet. Ils s’éloignent, se désintéressent, picolent et s’organise un baby. Elle rampe sur la moquette, comme à demi morte. On l’attrape par la cheville, on la retourne, il se plante en elle. Il est jeune, pressé, fait une grimace, les yeux froids, remplis de mépris, il taque taque dans ses hanches et le goulot qui se fixe dans la chair de son anneau. Elle pousse un cri guttural et soudain, s’arcboute, alors qui lui tort un sein, puis force la bouche avec l’embout métallique du sifflet, un long sifflement aphasique lui sort de la gorge, des rires gras, le claquement de la bille de baby contre la plaque de bois. Son esprit est comme assis dans un coin qui regarde et qui pleure pour cette chose là-bas. Cette chose qui ne se tord même plus, les yeux fixes vers le plafond, sifflant, bavant, puis plus rien. Plus rien. Ils s’en vont, en se ventant, en se marrant, en lui lançant merci sale chienne, en lui crachant dessus. Puis ils arrivent, les deux blackos, avec ses affaires. Tu veux te la faire ? Après eux ? Non merci. Ah tant pis pour ta gueule. Alors commence un nouveau genre de séance. Il est monté comme un cheval, il déteste les blanches et les putes, il va lui faire payer. Ah les connards, grogne t-il en lui ôtant le goulot cassé pour l’enculer à sec et sans qu’un cri ne réussisse même à la libérer de l’énorme douleur qui soudain l’empale. Même son esprit ne sait plus quoi faire, il essaye de sortir de la pièce, fuir le cauchemar de viande et de rage qui s’écartèle sur la moquette, rampante sous ses coups de burin, de poing, de gifles dans le crâne qui se balance d’une épaule à l’autre comme une poire de boxe. T’aime ça être une pute hein ! T’aime ça hein ! Salope ! sale enculé de pute ! Je vais t’apprendre moi hein ! Mohamed passe moi une garo. L’autre se marre, le paquet, une cigarette, le gros se la jette entre les lèvres et l’allume. Puis il l’attrape par la cheville en se retirant sèchement. Ca fait un bruit de succion, elle grimace de douleurs, et son esprit est dans le couloir qui la regarde désemparé. A côté de lui, sur la droite il y a un rayon de lumière, un bain, même, qui miroite sur le mur, comme un arc-en-ciel dans la brume, c’est Dieu que se dit l’esprit et Dieu dit à l’esprit, n’ai pas peur, ce n’est rien, décompose, respire, calme toi, ça va aller je suis là, pas loin jamais. Je t’aime. Alors le gros la retourne et ses vertèbres claquent brutalement, puis il lui tombe dessus, sac de ciment, découvre sa nuque, et du bout incandescent, lui troue la peau. La douleur lui irradie la nuque, les oreilles jusqu’aux tempes, sa mâchoire vissée, un gémissement strident qui perce son fond de gorge comme une trachéotomie à l’aiguille à tricoter. Elle hurle mais il l’ignore, il ne la baise même plus, il la brûle, la marque, des lettres le long de sa nuque, sur le haut du dos, Sale Pute.

Les cratères de l’infamie étaient dispersés dans une anamorphose grouillante de crânes et qui de loin, sous une certaine lumière rasante, laissait apercevoir l’ombre d’une corneille dévoilant ses ailes le long de ses épaules luisantes de sueur, le muscle délié. Czar était un grand artiste, incontestablement, et plus encore. Tu retournes quand à Lisieux ? Quand j’aurais refourgué la came. Elle jeta une droite suivi d’un jab dans le sac, un crochet du gauche avant de faire un pas chassé en arrière, balancer trois ou quatre fois le tibia dans le cuir et les quinze kilos qui se balançait au bout de la chaine. Souple, hargneuse, un cobra-rage. Czar la connaissait depuis ce tatouage, il connaissait son histoire, l’histoire de ces cicatrices. Après ça ils l’avaient balancé dans la rue à demi rhabillé. Et puis les flics l’avaient fait hospitaliser. Liaisons multiples, contusions, vertèbres déplacés, déchirures, et ces brûlures que la médecine ne pouvait pas totalement faire disparaitre. Elle était tombée dans le coma en arrivant à l’hôpital, deux mois et demi. Il parait que quand Marco avait appris ce qu’ils lui avaient fait, il était rentré dans une rage folle, qu’il avait fait tuer les deux blackos. Même que c’était l’Afghan qui s’en était chargé. A la scie et au burin. Enfin c’est ce que lui dirait plus tard Jeanne, mais bien sûr à ce moment là elle était ailleurs à causer de la déportation avec Dieu. Dieu était très gêné quand on abordait le sujet. Emily s’en souvenait encore en sortant du coma, ses conversations avec Lui. Tout ce dont elle se rappelait en plus, mais elle ne se savait pas si c’était vrai ou faux, c’était Marco à son chevet avec toutes les filles, tenant des bouquets de lys, et lui qui discourait elle ne savait plus quoi. Emily, Mado, Mado, Emily, elle ne savait plus non plus qui elle était. Et puis il était arrivé comme un sauveur. Toussain Marguerite alias l’Antillais. Il alla la voir quelques jours après sa sortie du coma alors que le neurologue venait de la féliciter pour sa résilience. Là où quatre jours de coma pouvaient laisser des séquelles à vie, Emily était sortie de là comme la princesse des contes, fraiche et disponible mais peut-être pas tout à fait inchangée. L’Antillais était là, au pied du lit qui la regardait, apprêté, un bouquet de fleurs jaunes dans la main, l’air vaguement anxieux, attentif. Quand elle ouvrit les yeux elle venait juste de rêver qu’elle faisait feu avec un pistolet dans chaque main sur des silhouettes en couleur. Des silhouettes anonymes, floues et elle sortait de ce rêve rassérénée. Elle vit d’abord les fleurs et pensa qu’elle n’aimait pas le jaune sur des pétales que c’était bon pour les cocus puis le beau visage lisse de Toussain, son sourire timide, ses bagues aux doigts, son costume sur mesure. Oh bonjour ! dit-elle d’une voix rauque de sommeil. Bonjour Emily, tu vas comment ? Bien, dit-elle comme hésitante. T’es sûr ? Oh oui. Soudain elle se souvenait des cibles de son rêve, et sans les distinguer savait qui elles représentaient. Treize cibles. C’est horrible ce qui t’es arrivé, ce salaud ne te méritait vraiment pas. Elle pensa à Marco, peut-être mais elle aurait préféré qu’il soit là à sa place, avec des lys. Or il y avait bien un vase sur la table de chevet mais il était vide, elle devait avoir encore rêvé… Merci pour les fleurs, dit-elle d’une voix tenue et douce d’enfant effacée. C’est la moindre des choses, déclara t-il en les plantant dans le vase. Sans eau, remarqua-t-elle pour elle-même. Puis elle ajouta, c’est gentil d’être venu. Il eut un air embarrassé. J’ai jamais supporté comment il te traitait, avoua-t-il. Elle ne répondit rien, laissant ses yeux vaquer sur sa personne comme si elle cherchait un indice de la présence de Marco. Puis finalement répondit, tu ne me l’as jamais dit. Non, ni à toi ni à lui, et je n’ai jamais prit ta défense mais tu sais comment c’est dans notre monde…  Oui elle savait, les julots ne se mêlaient jamais des affaires des autres julots et les beaux mecs évitaient de se marcher sur les pieds faute de quoi on avait tôt fait de terminer plombé. Ce n’est pas grave, souffla-t-elle avec une sorte de sourire désenchanté, tu ne pouvais pas faire autrement. Sans doute mais j’aurais dû, ça ne serait jamais arrivé. Le viol collectif, la tournante, oui… et son esprit lui refusait l’accès à ses souvenirs. Mais c’était mieux ainsi, mieux d’avoir treize silhouettes à abattre. Peut-être que c’est tout ce que je méritais après tout ne put-elle s’empêcher d’énoncer à voix haute comme d’une fatalité. Toussain se raidi sur sa chaise. Personne ne mérite ça ! Je suis une pute, lui fit-elle remarquer. Et alors ? C’est pas une raison ! Sans doute mais c’est comme ça qu’elle avait été dressée. Et sans doute avant même Marco. Soit belle et tais toi, soumet toi aux ordres et désirs de ton homme, ne lui manque pas de respect… toutes ces conneries inculquées à travers une éducation sans ambition de parents sans envergure, mais également au travers des hommes qui avaient croisés sa route jusqu’à Marco. L’Antillais revint fréquemment, toujours avec des fleurs, mais jamais des lys, il avait de belles mains aux longs doigts fins et puissants, cerclé d’anneaux d’or blanc, ongles précis et nacrés. Toujours élégant, gentil, prévenant avec elle, et même un peu précieux parfois. Pourtant il n’était pas homo, de ça elle en était certaine, rien qu’à sa façon de la regarder parfois, il avait envie d’elle. Il la désirait. Comment pouvait-on désirer une femme telle qu’elle ? Putain livrée à la violence des mâles ? Souillée, battue, torturée, humiliée et la désirer quand même. Il fallait bien que cela soit une forme d’amour non ? Et les femmes tombent aisément amoureuse de l’amour non ?…. Oui elle tomba amoureuse de l’Antillais, de son élégance, de son côté sérieux, posé, de ses façons et même de son désir.

L’italien avait le visage baissé sur son entre cuisse, les yeux rivés sur la liasse dans le sac ouvert à ses pieds, des bons au porteur, cent dix millions qu’il reprenait à soixante dix mille. Ciento, gronda Blake, cent. Pas un centime de moins, elle en avait trop chié. Rentrer dans la banque, faire des repérages, se grimer, surveiller seule les rondes du quartier, localiser l’emplacement des bons selon les reliefs de documentation qu’elle avait en sa possession. Se trouver une planque, se préparer, cette fois elle ferait ça seule. La salle du coffre était située au quatrième étage de la banque, elle passa par les toits en mode monte-en-l’air et manqua de se faire refaire par leur système d’alarme. Mais la petite était vive et surtout elle savait percer un coffre. C’était Shérif qui lui avait appris, un client, un gentil, qui aurait pu l’épouser, hélas…

Mado

Il est cool Toussain, il m’a trouvé une bonne place. 147 rue Blanche, le Jockey Rouge. Un bar à fille qui appartient à un de ses amis marseillais. Je tiens la caisse et j’assure l’accueil. C’est gentil. Les clients sont pas chiants, les filles couchent pas, ça aide. Lap danse, champagne et beau sourire. Mais pas touche à la marchandise. S’ils veulent se dégourdir les couilles il y a des hôtels de passe un peu plus haut, des salons de massage, ou bien le bon vieux boulard dans une cabine à pièce. Même à l’heure d’internet ça marche encore ces conneries. Le Peep Show… faut pas croire ça a toujours du succès aussi. Côté cœur avec Toussain c’est l’idylle, pas à dire. Il est gentil, prévenant, mais bon… au lit c’est pas aussi bien qu’avec Marco. Je sais, c’est horrible de dire ça, contenu de ce qu’il m’a fait mais il me manque encore parfois. Toussain me paye le psy, après ce qui m’est arrivé il pense que c’est nécessaire et je crois qu’il n’a pas tort, il me traite bien. J’ai parlé au psy de Marco, il dit que c’est le Syndrome de Stockholm. Je ne sais pas, moi je crois que lui et moi c’est encore autre chose, que je l’ai dans la peau pour toujours. Je me demande si lui pense à moi des fois. En tout cas Toussain ne m’en parle jamais. Il dit que Marco et lui c’est terminé les affaires. Je ne sais pas, c’est possible. Parfois l’Afghan se pointe avec Jeanne, il est effrayant ce type, mais Jeanne sait rien sur Marco, elle le voit plus non plus, ou bien elle a peur du fou. Il parait qu’il est même pas afghan d’ailleurs… mais algérien. L’Afghan c’est juste un surnom qu’on lui donne parce que pendant la guerre civile, il était un des pires du G.I.A. Il veut que Jeanne se convertisse d’ailleurs. Elle qu’est si catho ! Bonsoir messieurs… Ils sont quatre, des beaux mecs, ça se voit de suite à leurs façons, leurs costards à cinq cent balles, avec derrière Tony le proprio qui les pousse en avant avec son putain de sourire de crocodile. Je fais signe à deux filles qui vont à leur rencontre, charme et déhanchement ; J’y tiens, Tony aussi, parfois on fait des séances de défilé dans le salon derrière. Tony hoche de la tête dans ma direction, il n’a pas besoin de parler, on sait ce que ça veut dire tous les deux. Je sors le Dom Perignon, cinq cent cinquante boules la bouteille… Même pas du vrai…. Made in China, un plan du marseillais… Ahahahah….  Il s’approche alors que je sers les coupes. Tu peux t’occuper du gros ? Il me fait à l’oreille. Je lève la tête, je sais qui il appel comme ça, le plus costaud de la bande. Costume clair, cheveux gris fer court, peau café au lait, chevalière en or. C’est Shérif, je le saurais plus tard. Il est tranquille gentil lui aussi, et il n’a pas la main baladeuse. Très chic gentleman tunisien. Quand je ne travaille pas il vient me chercher pour aller déjeuner. Toussain ne dit rien, il sait que je l’aime lui, même si… même si Marco quoi… enfin… Shérif fait des affaires à ce qu’il dit mais ils disent tous la même. Il est blindé en tout cas, jamais à cours. Mais je le trouve rassurant, apaisant presque. Et puis il est cultivé avec ça. Toussain c’est pas son truc la culture, j’ai essayé de l’emmener une fois à un ballet classique, il a détesté, il est parti au bout de dix minutes et m’a fait la gueule pendant deux heures ! Shérif c’est autre chose, son truc c’est la peinture. Surtout les impressionnistes, et Lautrec, l’école de Montmartre, tout ça…Il a même un petit Monet chez lui. Mais je crois qu’il les vole. Je crois que c’est pour ça qu’il connait aussi bien.

Je me lève un peu raide, étourdie. Dieu que c’était bon. Dieu que c’est mal ! Pourquoi j’ai fait ça ? Il tend la main vers ma hanche. S’amuse avec les plis de mon ventre, j’ai grossi depuis l’accident…enfin le viol… je préfère l’accident. Ca se reproduira plus. Même si ça se trouve Marco on lui a pas laissé le choix ! Il était drôlement joueur suffit d’un impayé… Ca va ? Il me demande. Je remets mon soutien-gorge et me lève du lit. Oui, oui, très bien. Je jette à peine un coup d’œil dans le miroir, attrape la perruque et la remet sur ma tête. Tu sais, je crois que je t’aime, me dit-il. Je le regarde. Shérif a le visage posé sur son bras musclé, ses yeux noirs langoureux. Je me détourne. C’était une erreur, on aurait jamais dû, je dis. T’es dur. Je sers les dents, oui, il a raison mais c’est mal… non ?