Cocoricocouic !

Pardon de vous le dire mais je ne vous aime pas. Je suis né en France et j’ai vécu la plus grande partie de ma vie ici mais je ne vous aime pas. Je ne vous aime pas notamment parce que vous ne vous aimez pas vous-même. Ca pays n’a aucune fierté, et quand il en a elle est mal placée. Je ne vous aime pas parce que vous ne savez vous comportez en adulte et vous pleurnichez que les petits des quartiers soient intenables. Au passage je vous ferais remarquer, que NTM et Assassins vous alertaient déjà dans les années 90 sur ce qui vous pendait au nez. Mais vous préférez le racisme d’Eric Zemmour, là vous écoutez. Parce qu’il vous ressemble, hélas. Une grande partie de votre pays est comme lui, à regretter un passé que vous réinventez. Une résistance française qui n’a jamais été qu’un épiphénomène durant une large partie de la guerre. Une collaboration que vous prêtez à une autre France, celle de Vichy, comme si Vichy était une génération spontanée et pas l’aboutissement d’une déchirure nationale née avec l’affaire Dreyfuss et la défaite de 1870.  Un gaullisme que vous déifiez alors que le général a instauré deux poisons mortels au sein de cette république, un pouvoir absolu de monarque et la corruption des élites politiques et du monde des affaires. Et un comble, une révolution et des « droits de l’homme » que vous brandissez à tout bout de champs en laissant Khadafi planter sa tente à l’Elysée. Au passage vous savez qu’il voulait faire le même coup aux américains. Vous savez ce qui s’est passé ? Une bande de rabbin ont levé leur petit cul et ont gueulé très fort. Vous voyez ce que je veux dire par fierté maintenant ? Mais non ! Si d’aventures une bande rabbin avait fait la même ici, toute la France se serait empeigné sur le thème « laisse t-on oui ou non tout faire au lobby juif, et si oui pourquoi ? ». On vous montre la lune, vous regardez vos pieds. D’où la facilité avec laquelle vos politiques vous enfume depuis 30 ans d’ailleurs. Et ne vous faites pas d’illusion misérabiliste, vous n’avez pas les politiques que vous méritez mais qui vous ressemble. Rien ne vous gêne quand un Fillon touche des costumes à 50.000 boules. Vous criez au complot et vous marchez dans la combine parce qu’il a une bonne tête de sacristain. Un type comme Hollande reste posé comme un flanc pendant cinq ans. Joue dans votre dos au tueur d’état en multipliant les assassinats ciblés, et quand le 13 novembre une poignée de terroristes font 130 morts et 413 blessés en dépit du flicage, de Vigipirate, vous écoutez tous solennellement les explications foireuses de votre gouvernement sans lui demander le moindre compte. Pas un bruit. Puis je vous rappeler qu’il y a un policier pour six cent habitants dans votre riante contrée ? Vous qui aimez tant dénigrer les autres pays, vous savez ce qui s’est passé quand Escobar a commencé a mettre à feu et à sang son propre pays ? Les gens n’ont pas pleuré à propos de ces sales pauvres de Medellín et d’ailleurs qui faisaient rien que poser des problèmes, non ils s’en sont prit au pouvoir qui ne les protégeait pas, manifesté en dépit des risques d’attentats, ils ont gueulé tellement fort que le gouvernement a été obligé de passer aux choses sérieuses, et Escobar est mort. Et que dire des dernières élections, la plus monumentale escroquerie électorale, sous votre nez, et vous ne mouftez toujours pas. Ah si, on va manifester le 12. On va tous dire qu’on est très, très pas contant, et que ah, la, la ça va barder et… et vous allez rentrer chez vous. Les islandais sont un peu plus de 300.000, un jour une poignée d’entre eux se sont pointé devant le parlement avec des casseroles et ils ont fait du bruit. Beaucoup. C’est têtu l’islandais. Le parlement n’arrivait plus à s’entendre alors ils ont été obligé d’écouter. Imaginez, le 12 manif classique, petit coup de matraque avec nos potes les CRS, les RG qui casse les vitres pour rire devant les caméras de BFMTV, enfin voyez, le truc classique quoi, et le 13… rendez-vous devant toutes les mairies, le parlement, l’Elysée avec des casseroles. Pas de manif, juste du bruit, énormément.  Et le 14, tiens, par exemple, sitting, dans toute la France. A raison d’un flic pour six cent habitants ça leur fera faire un peu d’exercice. Après tout on vient d’augmenter leur budget de 7% eux. C’est les seuls. Comme c’est curieux…

 

Voilà, j’arrête.

 

Ni Dieu, Ni Maitre.

 

La nature n’a fait ni serviteurs ni maitres, je ne veux ni donner ni recevoir de lois. Diderot

 

Ce qui me surprend le plus avec vous autres c’est que vous ne vous demandez jamais pourquoi les idéologies totalitaires vous détestent autant. Pourquoi les marchands tiennent tant à conserver votre pays entre leurs mains. C’est vrai quoi ? Qu’est-ce qu’ils ont tous Hitler, Daesh, l’Empire Américain, le Front National. Oui, je vous connais, vous allez me faire un cours d’histoire. Vous allez me parler de Napoléon que d’abord c’était un boucher, et que Hitler, Traité de Versailles et puis ta gueule. Oui mais non d’abord je te ferais dire, Napoléon d’abord il avait toute l’Europe sur le râble, ça conditionne. Et pis ensuite Hitler le Traité de Versailles c’était juste perso, ce qui voulait c’était chopper les français. Dans la tête à Hitler on était les meilleurs soldats d’Europe après eux, et super chauvin et ça il adorait le moustachu psychopathe. Hein… j’te f’rait dire. Comme vous adorez ergoter, vous adorez ceux qui dispensent leurs vérité en donnant l’air d’y avoir vachement réfléchi. Vous appelez ça les intellectuels. Et pour vous un intellectuel ce n’est même pas quelqu’un qui pense, ça s’est inclus dans le mot, c’est quelqu’un qui dispense des vérités sur lequel vous êtes prié de réfléchir. Du coup vous vous prenez vous-même pour des intellectuels, un mot qui ne veut en réalité rien dire. Un intellectuel c’est quelqu’un qui utilise son intellect. Un cuisinier qui doit gérer six entrées, trois plats, dont deux viandes avec des cuissons différentes, prévoir les commandes à suivre, le tout en bougeant son petit corps, sans se blesser, dans tous les sens et très, très vite comme une toupie sous speed, croyez moi il lui en faut de l’intellect. Alors certes il ne vous citera pas forcément du Sartre mais vous pourriez lui citer votre respect. A lui et à tout ceux qui courent comme des lapins autour de vous à ramasser vos poubelles, construire vos murs, remplir vos usines, ramasser et cultiver votre bectance, nettoyer vos chiottes ou votre cul et que vous ne regardez jamais. Et je ne cite personne en particulier, je m’en fous de la couleur, de l’origine, AOP ou pas, je suis pas éleveur. Pourquoi ? Vous si ?

 

Géographiquement, la France est merveilleusement placée. Cinq pays frontaliers, une infrastructure routière de luxe que vous payez une fortune parce que vous avez laissez votre bourgeoisie la vendre à leurs amis. Un pays riche. Une infrastructure électrique dans un état déplorable, mais ça personne ne vous le dit pas plus qu’on ne vous parle jamais des prouesses que font les technicien d’EDF chaque jour pour que vous puissiez dire des conneries sur internet. Des voies fluviales absolument pas surveillées, alors que je vous rappelle on vous parle constamment de risque terroriste, de trafique de drogue, avec un flic pour six cent habitants, encore une fois… Mais ça non plus on ne vous en parle jamais, parce que les journalistes ne doivent même pas être au courant pour la plus part. Bref géographiquement, vous êtes le pays idéal de la libre circulation des biens et des personnes. D’ailleurs vous le savez bien, les zones d’activités et les supermarchés qu’on a laissé construire dans l’anarchie la plus complète de la république des petits arrangements, polluent le paysage du sud au nord. Ca et les pylônes électriques que la France des années 60 a refusé d’enterrer, comme en Angleterre par soucis d’économie. C’est fou ce qu’on aime faire des économies sur votre dos dans ce pays. Moins d’argent pour une des justices les moins financée d’Europe, moins pour une armée qu’on envoie régulièrement se faire casser la gueule pour remonter dans les sondages. Moins pour vos écoles, vos hôpitaux… et maintenant moins de page et de droit dans le code du travail. Pourquoi cet acharnement ? Pourquoi Daesh est venu faire son plus gros score ici ? Pourquoi Al Qaïda s’est-il senti si concerné par le massacre de quelques zozos sortis tout droit de la presse satyrique comme il en existe en France depuis le XIXème ? Quand les caricatures de Mahomet ont été publiées la première fois personne n’a été massacré l’année suivante. Alors pourquoi ici, en dehors d’être au milieu de l’Europe marchande… ?

 

Oui, votre pays est un gros fruit juteux, s’il tombe entre les mains des marchands un peu plus qu’il ne l’est déjà, vous pouvez dire adieu à votre agriculture traditionnelle, à votre cuisine, adieu à vos campagnes, et bonjour à la précarité généralisé. Si les dingos à barbe y foutent le feu, c’est toute l’Europe qui risque de prendre les braises. Oui, c’est un fait scientifiquement prouvé, votre pays est une gigantesque tirelire dont on vous répète qu’elle est vide.  Et ceux qui vous le répètent, vivent et travaillent dans des bureaux cossus plein de meubles classés qu’ils ne se gênent même pas d’embarquer alors que ces meubles sont à vous. C’est votre patrimoine. Mais il y a un autre fait scientifiquement prouvé, c’est que vous ne vous rendez absolument pas compte ce que vous représentez. Absolument pas.

 

On dit toujours des français que ce sont des râleurs, pour bien dénigrer un réflexe qui est en réalité très sain. Quand j’étais petit et que j’étais anglais, on avait jamais le droit de dire un mot plus que l’autre, aborder les sujets qui fâche, et encore moins jurer. Quand un gros monsieur avec une cravate nous faisait la leçon on devait regarder nos pieds. Et pareil dans la société anglaise. On peut se mélanger au pub, et encore, mais chacun doit savoir rester à sa place. C’est très bien rangé l’Angleterre sous ses airs rebelles. Chacun sa classe sociale, et on peut la déterminer rien qu’à l’accent.  Et moi ce côté-là je ne supportais pas. Ce côté tais toi et fait ce qu’on te dit, je pouvais pas. Et avec les français au moins on pouvait se lâcher. Et bon Dieu que vous vous êtes lâché, notamment dans un domaine que vous avez totalement déserté, la littérature, et un autre, le théâtre. Fallait quand même être un brin cinglé, alors qu’on est soi-même les deux mains dans le pot à confiture de l’aristocratie pour balancer le Mariage de Figaro et critiquer la France des privilèges. Feindre d’ignorer ce qu’on sait, de savoir tout ce qu’on ignore… voilà toute la politique. Ca reste quand même drôlement d’actualité pour un truc qui a été écrit au XVIIème non ? Qu’avez-vous fait pour tant de biens ? Vous vous êtes donné la peine de naitre, et rien de plus, on pourrait le balancer à la gueule de Pierre Gattaz ou Lagardère. Tous ces beaux messieurs qu’on nous présente systématiquement comme des légendes en marche. Comment ça se passerait aujourd’hui ? La France des petits épiciers dirait « ah y critique mais il en profite lui ! ». A l’époque on savait lire. La pièce a été censurée, et c’est les gens qui sont descendu gueuler… pour une pièce de théâtre. Aujourd’hui c’est Citivas qui s’agite parce qu’un gauchiste subventionné décide de pisser sur le petit jésus. Concurrence et profit, guerre et butin. C’est pas mal ça aussi non ? C’est assez parlant de ce que nous voyons aujourd’hui non ? C’est aussi un français qui l’a dit, un ouvrier imprimeur autodidacte, auteur d’une soixantaine de livre, Pierre-Joseph Proudhon. Tu sais Proudhon comme dans « la propriété c’est du vol ». C’est curieux d’ailleurs cette image qu’on s’est empressé de vous donner de cette seule phrase en France. Que quelqu’un voulait vous piquer votre lopin de terre, que rien il était à vous. L’anarchie n’a rien à voir avec le collectivisme, c’est son antithèse. Ce que dénonce Proudhon c’est la propriété capitaliste. Pour Proudhon si c’est le fruit de ton travail c’est à toi. D’ailleurs il précise : Il ne s’agit pas de tuer la liberté individuelle mais de la socialiser. Et alors que dire de vos deux casse-couilles flamboyants ? Rimbaud et François Villon ? Deux poètes, deux gamins qui ne veulent rien savoir de l’ordre établi, deux morveux qui se foutent totalement de la société de leur époque et de ses mœurs, vivent comme bon leur semble, connaissent un succès instantané avec des poèmes ! (tu m’entends bien la Fouine ?) et hop d’un coup, disparaissent sans laisser de trace parce que de ça aussi ils s’en foutent. Et alors il y en a un, j’avoue c’est mon préféré, c’est votre quintessence pour moi. Toute la France en un seul homme et il vous emmerde d’une force ! Il vous emmerde parce que non seulement il a une vue sur l’humanité qui ne reluis pas au fronton de vos droits de l’homme et de votre patriotisme de pacotille, mais parce qu’il vous tend un miroir d’une histoire que vous voulez effacer de vos tablettes. Qu’il est le produit et le témoin de cette histoire et pas le vil et unique salaud qu’il faut tondre à la libération. Louis Ferdinand Céline. Céline était une teigne. Il était méchant, antisémite, raciste, fielleux, il faisait des caprices de diva, et il adorait en rajouter trois couches sur sa misère. Et l’ennui c’est qu’un jour, à la Libération, un gentil papa général vous a dit que tous les français avaient été gentils, qu’ils avaient tous bien résistés. Et là-dessus Céline a toujours fait tâche. Il a d’autant fait tâche que c’est un des plus grands auteurs de la littérature française depuis Rabelais, un révolutionnaire de la langue, et que tout le monde le sait. L’emmerdeur français incarné. Et qui bougonne tout le temps que c’est trop injuste alors qu’il a écrit des trucs parfaitement abject.

Voilà, c’est ça que j’aime avec vous, c’est que vous rentrez jamais dans les cases complètement. Il y a toujours un moment où ça coince.

 

En Angleterre les révoltes, les têtes coupées, ont toujours été le fait des seigneurs. En France on vous parle tout le temps de vos figures pour faire oublier que vous leur avez donné chaud au cul dès le XIVème siècle. C’est que le paysan français faut pas trop le pousser. Vous commencez déjà à parler d’autogestion pendant la Fronde ! Sur le plus beau trône du monde on n’est jamais assis que sur son cul, faisait remarquer Montaigne au XVIème. A cette époque là on disait pas intellectuel, on disait érudit, savant, et pas parce que le monsieur l’avait décrété devant une belle bibliothèque mais parce qu’ils parlaient latin, grec, parfois hébreux et pour se procurer un bouquin, bin la FNAC était fermée. On vous parle toujours de la Révolution Française pour mieux vous voler votre histoire. On vous raconte la Terreur que c’était trop terrible et le massacre des Vendéens de ces salauds de révolutionnaire, on vous dit que hein oh d’abord c’était une révolution inspiré par des bourgeois, faites au profit des bourgeois. Oui pardon mais non ; Au départ c’était un mouvement populaire de ras le bol, au départ c’était des cossus et des moins cossus qui ne supportaient plus de travailler pour 1% de possédants absolus. 1% qui n’en foutait pas une ramée…. 1% tient dis donc… ça me rappel un truc, pas vous ? Et puis la révolution des marchands a prit le pas sur la révolution populaire, les marchands ont mit la Terreur sur le compte de Robespierre et la république a fusillé et guillotiné tout ceux qui l’empêchaient de rapiner.

Les américains avaient fait la révolution avant vous et crié très fort le mot liberté, tellement qu’ils n’ont plus que celui là à la bouche et pour n’importe quoi. Mais vous vous avez fait bien pire. Vous n’avez pas crié liberté, vous avez dit, on prend le pouvoir, point, t’as pas lu Montaigne c’est ton problème.. Et il n’était pas question de liberté, il était question de faire une toute nouvelle société, avec ses lois, son ordre, sa justice. Tout changer au beau milieu d’une Europe séculairement monarchiste. Une Europe qui n’avait jamais rien connu d’autres que l’ordre des seigneurs. Et une Europe qui était dix fois plus puissante et mieux nourrie que la France de 1789. Un peu comme un chaton au milieu d’un chenil de pitbull. Et le pire c’est que non seulement vous avez réussi à vous imposer, mais mieux, la moitié du monde a épousé vos thèses et votre système politique tout neuf et sorti de votre poche. Et notamment grâce à un corse teigneux, grand comme un navet et la tête comme un melon.

 

Et que dire de la Commune ? Encore un de vos trucs de nulle part ailleurs. Au départ ça commence sur un mouvement citadin et nationaliste, on a fait la paix sur le dos des parisiens. Et en deux mois ça devient une expérience sociale sans précédent. En deux mois on passe du sentiment de trahison à : La Révolution communale, commencée par l’initiative populaire du 18 mars, inaugure une ère nouvelle de politique expérimentale, positive, scientifique. C’est la fin du vieux monde gouvernemental et clérical, du militarisme, du fonctionnarisme, de l’exploitation, de l’agiotage, des monopoles, des privilèges, auxquels le prolétariat doit son servage, la Patrie ses malheurs et ses désastres. Et ces deux seuls mois, qu’on va réprimer dans un bain de sang, va enflammer la contestation sociale dans le monde entier ! Exactement comme les textes de Proudhon ! D’où croyez vous que vient le mot communisme ? Vous avez un truc vous les français avec l’autorité, on dirait que ça vous démange. Les américains adorent nous saouler avec leurs rebelles without cause, James Dean, Elvis, qui ne se sont absolument jamais rebellé contre rien. Excusez moi de vous demander pardon, mais écrire une Saison en Enfer et finir sa vie comme marchand d’arme en Afrique ça a quand même une autre gueule que de faire le rebelle sur un écran et se viander en voiture. Ecrire Tartuffe, une attaque au vitriol de l’hypocrisie religieuse et de la religion comme pouvoir, à une époque où elle en a énormément, c’est un peu plus « rebelle » que de pousser la chansonnette pour finir obèse et camé à faire le con en moule-couille blanc.

 

Tenez on va prendre des personnalités françaises, très françaises, des acteurs, qui ont bien représenté leurs pays et le représente n’en déplaise. Gabin et Depardieu. Ils ont quoi de commun ? Un amour des choses de la terre et absolument strictement rien à foutre de ce que l’on peut penser d’eux. Gabin détestait qu’on le reconnaisse et qu’on l’emmerde, vivait avec ses potes et envoyait chier tous les politiques, et Depardieu fait 52 trucs en même temps entre quatre avions avec deux passeports, et se fout royalement de ton avis sur la question. Et que dire de Boris Vian ? Ce punk avant l’heure ? Bobby Lapointe, Villiatte, Blondel, Césaire… Césaire lui aussi il est pas mal. Il fait d’une insulte une revendication, il dénonce la colonisation devant une assemblée médusée en 57 avec un discours politique d’une flamboyance totalement disparue tant des mémoires que des bouches des médiocres qui vous gouvernent. Non vraiment vous avez un truc avec la rebellitude vous autres… De vrais ados !

 

Un peuple de casse-couille

 

Vous allez me dire tout ça, les Lumières, ça fait un moment qu’elles sont éteintes et l’EDF est pas encore passé mais ça c’est votre problème avec vous-même mes cocos. Moi je ne vous parle pas de ça. Est-ce que vous avez la moindre idée de l’impact que ça peut avoir sur un gars un bouleversement pareil alors que lui il est opprimé chez lui les deux pieds dans la boue ? Est-ce que vous savez combien de futurs tyrans se sont inspiré de vous, et de la révolution américaine pour virer leurs oppresseurs, dont vous au passage ? D’ailleurs ils n’étaient pas forcément tous des tyrans, certain n’ont même jamais vu la fin de la révolution qu’ils avaient inspiré. Est-ce que vous avez idée du poids que ça pèse dans les esprits à une époque où le féodalisme marchand est en train de prendre la place du féodalisme d’ordre divin ? Qu’une révolution est toujours possible ? Vous savez dans la tête des gens c’est comme dans la votre, quand on a réussi un truc un fois, tout foutre en l’air et tout changer, on se dit qu’on peut toujours recommencer. Et vous le pire c’est que vous ne l’avez pas seulement dit deux fois, vous l’avez théorisé, expliqué, Proudhon a enflammé le mouvement anarchiste, la Commune a enflammé les théories socialistes et communistes. Les français où comment foutre le dawa en dix leçons. En gros vous figurez dans le top ten de tous les réducteurs de tête.

 

Pour le Bicentennaire de la révolution, en 1989 donc, quelques mois avant la chute du mur, il y avait encore beaucoup de pays, d’écrivains, d’artistes, d’homme de gauche ou de droite qui espéraient un truc énorme de la France. Un truc à la hauteur de l’idée qu’ils se faisaient de cet évènement et de tout ce que représentait ce pays pour eux. Comme une condamnation universelle de toutes les dictatures et le refus définitif de la France de commercer avec elles. Vous voyez ? C’est ça l’idée qu’on projetait dans l’imaginaire collectif. Et à la place ils ont eut un défilé de char festif et raciste.

 

Mais vous avez attrapé une maladie honteuse entre 39 et 45, et ça vous ne l’avez jamais supporté, pas plus que vous n’avez supporté que vous les rebelles indomptables et des êtres naturellement supérieurs, inventeurs de la liberté en personne, vous fassiez remettre à votre place par la famille à Mohamed. Qu’on vous rappel que vous savez parfaitement être des exploiteurs comme les autres. Et vous couinez après vos droits de l’homme que vous ne respectez même pas pour vous dédouaner. Bah ouais, grande nouvelle les gars, vous n’êtes pas parfaits. Personne ne l’est. Et puis d’abord, excusez moi de vous demander encore pardon mais la colonisation était un projet de la bourgeoisie de gauche qui est aujourd’hui défendu par la bourgeoisie de droite. Et les premiers colons qu’on a envoyé c’était tous ceux dont on ne voulait pas ici. Ce n’est pas les français qui ont envahi l’Algérie au prix d’un carnage c’est un gouvernement qui voulait jouer à Napoléon et vous fédérer autour de la monarchie de Charles X. La France Afrique ? Ah oui c’est mal, la France ose vouloir son indépendance énergétique et pouvoir éventuellement dire merde au vampire américain. Mais encore une fois c’est un gouvernement qui décide ça, et encore une fois en 68 vous avez foutu la trouille à tout le monde, enfin votre jeunesse. Tellement la trouille qu’en 2017 Eric Zemmour radote encore sur le sujet, et s’il n’y avait que lui…On vous parle toujours de « jouir sans entrave » ou « l’imagination au pouvoir » jamais de « avez-vous remarquez que nous sommes nettement plus nombreux qu’eux ? ». N’en déplaise aux radoteurs, 68 avait de l’esprit. Et au départ c’est juste parce que des gars voulaient aller voir des filles…

 

Aujourd’hui vous vous sentez comme des honteuses et vous laissez une assistée du turban comme Houria Bouteldja vous cracher à la gueule sa plus complète bêtise et son racisme en prime time, parce que cocote c’est personne mais on voudrait la faire passer pour quelqu’un avec ses thèses foireuses et racialistes de Malcom X avec une chatte. Si elle aime le sang qu’elle morde un tampon et qu’elle nous foute la paix. Vous laissez Le Pen vous la fluter en mode gaulliste alors que les fondateurs de son parti haïssaient De Gaulle et que séculairement l’extrême-droite française abhorre la république. Vous regardez les autres vasouiller dans leur médiocrité. Vous n’arrêtez plus de vous flageller ou le contraire, selon le temps qu’il fait, et de vous reprocher de vous flageller en flagellant ceux qui le font. Votre vice c’est votre vertu, vous parlez trop. Vous parlez trop et de moins en moins bien. Vous allez me secouer le jonc pour mon orthographe mais vous serez infoutu de le formuler avec style, humour, élégance, que sais-je. Faudrait peut-être la recadrer celle-là, mais que ça vous plaise ou non, pendant que les communistes attendaient de siffler le Staline, que Laval serraient la main à Pétain, que pratiquement personne en France ne pensait résistance (1% en 1941). Les premiers à Londres c’était qui ? Pas de Gaulle, l’extrême-droite française. Oui des gens vilain pas beau antisémite et tout, encore des gus produit de leur époque et de leur éducation, mais qui avaient une si haute idée de ce pays, qu’il n’était pas question de serrer la pogne du psychopathe. C’est pas simple la vie hein ? Mais on a voulu vous la faire simple pour laisser Papon mourir libre, après avoir ratonné, expédié des juifs à la mort. Tout va bien. On a voulu vous la faire simple pour laisser prospérer une certaine classe sociale. Celle là-même qui a repris Paris aux Communards, les ont massacrés et on fait un gros gâteau pour effacer tout, le Sacré Cœur. Le Sacré Chœur de Pute oui ! Qui a transformé 1789 en farce et attrape et qui depuis que Mitterrand est rentré en service s’enrichit comme des gorets sur votre dos, en se débarrassant de votre patrimoine, mais pour votre bien, toujours ! Parole de scout.

 

Pourtant, apparemment, en dépit du fait qu’ils ont tout bien vider le contenu de vos téléviseurs pour y glisser du coca. Que vos écrivains n’écrivent plus que dans la marge de l’anecdotique ou de la putasserie. Que vos peintres sont devenues des plasticiens et que ce que vous avez de plus contestataire dans votre paysage politique c’est deux pros de la politique qui n’ont pas bossé plus de quatre ans dans leur vie et qui serait incapable de vous dire de qui est cette citation sans l’aide d’un conseiller en dyslexie : Que je voudrais bien tenir un de ces puissants de quatre jours, si légers sur le mal qu’ils ordonnent, quand une bonne disgrâce a cuvé son orgueil ! Je lui dirais… que les sottises imprimées n’ont d’importance qu’aux lieux où l’on en gêne le cours ; que sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur ; et qu’il n’y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits.

 

Oui en dépit de tout ça voilà le tout petit père du peuple qui vient vous expliquer qu’il n’y a pas de culture française, puis qui s’emmêle les doigts entre multiculturel et multiculturalisme. Oui la France est multiculturelle, et même multiconfessionnelle, c’est ce qui fait sa richesse et son sel, non elle n’est clairement pas multiculturaliste, c’est ce qui fait sa pauvreté. Vous, les étrangers vous aimez pas, votre côté bouseux peut-être, natural born méfiant. Et fort de son constat Max la Menace vous explique qu’on ne peut pas vous améliorer, vous changer, pousser ce pays à aller plus loin, faut le transformer, en faire un autre truc. En gros le faire disparaitre, pas physiquement, non juste toute son âme ou ce qu’il en reste. Et vous avez vu pour ça, il s’attaque à la base, aux gens qui travaillent…. Ils ne veulent plus de vous, ils vont s’enrichir sans vous, ils n’ont plus besoin de vous. Quand à Daesh vous incarnez tout ce qu’ils rejettent, vous réfléchissez.

En fait je vais vous dire, vous ne réalisez pas que vous leur faites peur. Que tant que votre esprit de Fronde persistera, quelqu’un quelque part dans le monde y croira. Et quand cet esprit aura disparu, ils pourront réinventer votre histoire comme ils l’ont déjà fait et le font encore.

Vous faites chier le monde. Vous n’y pouvez rien, même eux avec leurs programme télé à la con ils n’y peuvent rien, c’est dans votre langue. Votre langue est construite de telle manière qu’en la poussant dans ses retranchements on peut en faire surgir une vérité, ou une fleur bizarre c’est selon, un peu comme de l’arithmétique avec les cheveux longs. C’est une langue de raisonneur et de poète, un genre redoutable. C’est du reste ce qui vous énerve prodigieusement avec les gamins que vous enfermez par wagon, les mômes des quartiers. Eux aussi ils raisonnent, et en plus ils ont de l’humour, et ils savent parfaitement vous humilier comme vous les humiliez tous les jours en confondant autoritarisme et autorité.

 

En attendant je trouve que pour un pays qu’on ne peut pas réformer vous en avez connu quelques unes de réforme et pas toujours pour votre bien, par exemple l’Edit de Nantes. Le nain de jardin ne vous a pas demandé votre avis, réformé au Traité de Lisbonne d’office. Et que dire de la réforme du CNR après Vichy, l’antisémitisme et un pays qui avait collaboré. C’est marrant les réformes, quand c’est à votre faveur, vous êtes toujours d’accord. Peut-être que vous êtes plus facile à gouverner qu’ils n’arrêtent pas de le répéter. Que s’ils faisaient ce pourquoi vous les payez, vous allez arrêter d’emmerder le monde. Peut-être qu’ils n’ont pas lu Montaigne eux non plus. Peut-être qu’au lieu de vous chier dessus vous devriez vous y mettre vous aussi au lieu de vous torcher avec.

Publicités

Planck ! 33

Comment s’évader de l’enfer ? Foutre le camp d’une des pires prisons de tous les systèmes solaires réunis ? Faire confiance à son copain mais néanmoins client, le très nocif  Krome, avait dit Boris. Et quand on a installé son bureau dans la tête de son client, il y des chances qu’on sache de quoi on parle. Au 797ème jour de l’année, alors que les tempêtes en surface cessaient pour trois petites journées d’accalmie, une barge venait ravitailler le bagne en eau potable et nourriture de synthèse.

Cela arriva exactement deux semaines après leur arrivée, deux semaines pendant lesquelles Berthier se retrouva à extraire du carbone à coups d’excavatrice nucléaire, le corps fixé à une machine lourde et particulièrement bruyante, au fin fond d’un boyaux sombre, humide et chaud comme une coloscopie. Tandis que la constitution chétive de Montcorget l’avait naturellement assigné au triage des cailloux. Activité qui n’était pas sans lui évoquer son métier de comptable et dont il s’acquittait de mauvaise grâce, certes, mais non sans une certaine satisfaction. Au moins ne pensait-il à rien, ou presque et le gros des emmerdes était pour ce con. Car on ne pense jamais à rien, surtout pas si, bien malgré soi, un prénom et le souvenir d’un visage vous flotte dans la tête et dans le cœur. Oui, bien malgré lui car s’il avait pu Montcorget aurait giflé ce souvenir comme il l’avait fait avec Berthier, importuné qu’il était et surtout handicapé par cette nouvelle sensation que tant d’autres recherchaient désespérément. Le comptable n’avait jamais rien recherché, désespérément ou pas – à part les justificatifs des notes de frais des commerciaux, mais c’est un autre sujet – et surtout pas le moindre sentiment, qu’il soitt voué au désespoir ou pas. Montcorget se méfiait des émotions, des siennes comme celles des autres, ça perturbait sa conviction du monde, à savoir qu’il ne fallait surtout se mêler de rien. Et par conséquent, il triait en maudissant. En maudissant ce jour où il était monté dans les bureaux de la direction sans se méfier, en maudissant l’île natale de celle qui occupait le fond de sa pensée. Maudissait de ne pas être né poisson rouge pour pouvoir en 5 secondes oublier qu’il venait de faire le tour de son bocal sans jamais rien rencontrer sinon un bateau en plâtre et sa propre queue. Et par-dessus tout c’est lui qu’il haïssait d’être tombé, sans même y prêter gare, dans le piège le plus évident qu’il soit, celui de l’amour. Rien que l’évocation de ce mot l’avait jusqu’ici écœuré. Piège à imbécile, il en avait la certitude, car l’amour était une invention des têtes creuses, un bon moyen pour la lucarne de revendre des chansons sirupeuses, des films et des séries idiotes à base de rebondissement à quatre sous. L’amour ça n’existait pas ! Et puis d’abord il y avait cet adage : « quand on aime on ne compte pas » et Honoré se méfiait des choses qui ne se comptaient pas. Ne pas compter c’était à fortiori gaspiller et il avait horreur de gaspiller, qui plus est un si maigre potentiel d’émotion. Mais l’opportunité de piquer du fric à la D-Mart faisait suffisamment saliver Krome pour que sa détermination à s’évader soit sans limite et conséquemment que les sentiments de Montcorget ne reviennent bientôt à de meilleurs dispositions. A savoir que quand même, sans tout ça, il ne l’aurait jamais connu… et le reste non plus. Car, il ne voulait pas encore se l’avouer, surtout pas même, mais aussi incroyable que ça puisse paraître, il commençait, en dépit de tout, à aimer quelque chose : l’aventure…

 

La sécurité du bagne était quasiment automatisée. Des caméras thermiques dans tous les coins, des capteurs de mouvement dans les zones à risque, des mitrailleuses pointées sur les ouvriers qui se déclenchaient à la moindre tentative de pause non autorisée et les gologos pour réguler la surpopulation. Seul un poste de sécurité tenu par cinq machins, comme aurait dit Montcorget, assurait la maintenance. Cinq Beltaros sous payés, saouls du soir au matin, dirigés par ce genre d’individu qui ne connaît qu’une seule tonalité de voix : la gueulante. Et bien entendu, cinq personnages beaucoup trop confiants dans leur système de sécurité. D’ailleurs la preuve qu’on pouvait lui faire confiance à ce système, Krome ne s’était toujours pas évadé après 450 jours de prison. Aussi quand la barge se présenta, ils ne firent pas plus preuve de zèle que d’habitude, s’en remettant tout entier à l’appareillage électronique qui surveillait le quai de débarquement. Evidemment, il ne s’attendait pas à voir Krome débouler dans leur cagibi avec deux mitrailleuses automatiques dans chaque main et un sourire fendu jusqu’aux oreilles. Ils ne pouvaient évidemment pas s’imaginer que si le bandit ne s’était jusqu’ici pas évadé c’était uniquement par manque de motivation, n’ayant jusqu’à sa rencontre avec les terriens, aucune affaire en vue. Les coups de feu déclenchèrent immédiatement l’hallali.  Tout ceux des prisonniers qui avaient un compte à régler, le réglèrent dans la foulée, quant aux autres, ceux qui avaient compris qu’il y avait mieux à faire que de se mêler de vieilles querelles de cellule, ils se précipitèrent vers le quai, où les attendait un Krome aux yeux charognards, bien déterminé à ne laisser personne entrer dans la barge, sinon ses nouveaux compagnons.

Ici l’on pourrait se demander comment un seul individu peut réussir à tenir tête à trois cent autres, tous aussi déterminés à foutre le camp. Eh bien sans doute faut-il avoir deux mitrailleuses lourdes dans les mains, faire deux mètres dix pour cent soixante dix kilos de muscles et de gros os, et ce genre de regard à intimider un fauve en rut. Peut-être… ou bien il suffit d’avoir un avocat dans l’oreille. Car voyez-vous ce n’est pas par hasard si dans les milieux interlopes de la voyoucratie extra terrestre – ou pas – on surnommait les avocats, les bavards.

–          Laisse-nous passer Krome, tu pourras pas tous nous tuer et tu le sais bien, menaça le leader de la bande, un Ikarios au visage tailladé.

Dix minutes plus tard pas un coup de feu n’avait été tiré et tout le monde ou à peu près commençait à avoir un début de migraine. On aurait bien fait taire le bavard, mais d’une part il était sous la protection de deux pétoires de compétition chargées jusqu’à la gueule, d’autre part sa rhétorique avec quelque chose d’hypnotique qui immobilisait toute hostilité. Au bout d’un quart d’heure on le leur aurait demandé, ils se seraient cotisés pour financer le voyage. Et tandis qu’il argumentait, Montcorget, Wonga et Berthier s’enfilaient en douce dans l’appareil. Quand celui-ci fini par s’envoler l’un des prisonniers demanda à l’Ikarios :

–          J’ai comme l’impression qu’on s’est fait avoir non ?

–          C’est pas grave, il n’ira pas loin, les P.I.G, les M.E.U.R.T.R.E, sans compter les chasseurs de prime, finalement je préfère pas être avec lui, Krome porte malheur.

 

La barge ressemblait basiquement à une grosse boîte à savon en acier et plastique. Prévue pour ne transporter, rarement, que quelque voyageur, elle était entièrement automatisée, sous vide, programmée pour retourner seule à son point de départ, et encombrée de matériel. La première action de Krome fut donc de la débarrasser de son contenu dans l’atmosphère de la planète et d’ouvrir les bonbonnes d’oxygène pour que tout le monde puisse survivre au voyage vers la base de ravitaillement de Vladitchask, un million d’années-lumière d’ici. Comme la barge n’abritait que très rarement des voyageurs, il n’y avait ici ni moteur à hypervitesse, ni caisson, et à vrai dire pas la moindre distraction sinon un jeu beltarosien de 82 cartes écornées et de vieux cahiers de mots croisés beltarosiens eux-mêmes déjà à moitié remplis. En conséquence de quoi le voyage allait durer 15 jours. 15 jours dans une boîte à savon en compagnie d’un comptable, d’un commercial, d’un marxiste, d’un avocat et d’un bandit furieux ; une certaine idée de l’enfer. C’est pourquoi nous épargnerons au lecteur l’essentiel de l’expérience et nous nous contenterons de rapporter cette conversation qui eut lieu lors d’une énième dispute entre Wonga et ses deux compagnons d’infortune à propos du capital alors que Krome avait menacé de balancer tout le monde dans l’espace si on continuait sur cette voie.

–          Moi je serais vous je l’écouterais, s’il fait pas ça il va vous bouffer, la nourriture de synthèse, le prom, c’est pas sa tasse de gnoul si j’ose dire.

–          … N’empêche, la propriété c’est du vol, grommela en retour Wonga qui tout fanatique qu’il était ne voulait pas en démordre.

–          C’est un point de vue qui se défend, enfin surtout quand on est propriétaire de rien, rétorqua Boris.

–          Absolument ! approuva Berthier pour qui les théories marxistes, ou du moins ce qu’il en comprenait était une ineptie, un accident de l’histoire et avait toujours trouvé aberrant l’idée qu’on puisse obliger quelqu’un à partager quoique ce soit avec des gens qu’on connaissait même pas.

–          Personne n’était propriétaire de la Terre, n’empêche vous l’avez vendue !

–          Vous allez pas recommencer ! C’était une arnaque.

–          D’un point de vue technique ce n’est pas le cas, contra Boris. Si j’ai bien compris on vous a fait signer un contrat type Alpha-502, mais vous n’en avez pas lu le contenu et ça c’est votre problème.

–          Ah oui, et comment on aurait pu le savoir ? s’emporta Montcorget. C’était censé être un contrat pour la construction de cette stupide académie, par pour détruire la terre !

–          Oui, déjà que les histoires d’extra terrestres sur terre… bin justement c’était des histoires, approuva Berthier

–          Pas des histoires messieurs, une question de perception seulement, quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt disait un de vos penseurs.

–          Vous nous traitez d’imbécile ? s’insurgea Wonga.

–          De naïf plutôt. D’après ce que je sais de votre planète vous avez passé des centaines d’années à vous disputer sur des théories et quand quelqu’un venait faire la preuve de l’une d’entre elles, tous les autres ou presque s’ingéniaient à démontrer qu’il avait tort. Par exemple saviez-vous qu’un de vos plus grands primatologues fut longuement ridiculisé dans ses études parce qu’au lieu de numéroter les chimpanzés qu’elle étudiait elle leur donnait des prénoms ? Votre problème c’est ce que vous considérez ou non comme orthodoxe et impossible de sortir de ça.

–          Il faut bien donner un cadre ! protesta Wonga qui, influencé par ceux qui l’avait dressé, vénérait tout comme Montcorget les choses bien rangées et soigneusement hiérarchisées.

–          Et voyez où vous en êtes, rétorqua l’avocat. Au fin fond de l’espace dans une barge de ravitaillement en compagnie d’un bandit de l’espace et de son avocat. Alors de quel cadre vous parlez ?

Il y eut un long silence pensif, Boris n’avait pas tort, ils étaient bien obligés de l’admettre. Depuis la fameuse cérémonie de la signature rien de ce qu’ils avaient connu sur terre ou presque n’avait plus de sens. A part peut-être que l’univers ressemblait à ce que le libéralisme terrien pouvait produire de pire mais dans l’espace… et à vrai dire, même pour Montcorget cette idée était abominable. Car comme tout le monde, le comptable s’était toujours dit que quelque part, ailleurs, il devait bien avoir un monde moins régi par la stupidité marchande. Sa vague éducation religieuse peut-être. Mais non, pire, l’univers tout entier semblait fonctionner selon les principes édictés par les Rockfeller et autres Bill Gates, une véritable insulte balancée à la face de toutes les confessions, à savoir que là-haut il n’y avait rien, rien sinon le matérialisme le plus total. Finalement Berthier rompit le silence.

–          Je peux vous demander quelque chose, comment vous savez tout ça sur notre planète ?

–          On était voisin.

–          Comment ça ?

–          Mars vous avez déjà entendu parler ?

–          Vous voulez dire que vous êtes un martien ! ?

–          Moi et Krome oui… mais c’était avant que la vie intelligente n’apparaisse sur votre planète.

–          Mais il n’y a jamais eut de vie sur Mars, protesta Montcorget qui se souvenait avoir vu un reportage là-dessus.

Le regard que lui rendit Boris le découragea de la moindre argumentation.

–          On est venu plusieurs fois vous rendre visite, et pas seulement nous, mais vous avez toujours pris ceux qui en avaient été témoins pour de doux dingues, comme vous l’avez fait remarquer monsieur Berthier…

–          Alors vous deviez savoir que la D-Mart…

–          Trichait ? Bien entendu mais qu’est-ce que vous vouliez qu’on fasse ? Essayez de vous convaincre de témoigner ? Témoigner de quoi d’abord ? Que la terre était enfermée dans une espèce de monstre semi-minéral, que la mort était une invention des Orcnos ? Que des cônes couinants appelés Oxyde se servaient dans vos réserves de carbone 14 ? Que tout ce que vous preniez pour vrai et définitif n’était qu’une illusion entretenue ? Sûr il y aurait bien eu quelques dingues pour nous croire, mais justement ça aurait été des dingues et aucun tribunal n’aurait retenu un pareil témoignage.

–          Et si vous l’aviez écrit ? Des fois un livre… tenta Wonga avant d’être coupé par un Berthier momentanément scandalisé.

–          Un livre ! Personne ne prend les livres au sérieux ! Il aurait fallu que ça passe à la télé !

–          Ah oui et la Bible, le Coran, la Torah, c’est des livres non ? questionna Boris

–          Oui et le Capital aussi, maugréa Wonga.

–          Absolument, approuva l’avocat, et vous avez passé des milliers d’années à vous entre-tuer à leur sujet, je ne pense pas que ça aurait été une bonne idée, à moins d’écrire une fiction et de bien préciser que toute ressemblance avec des événements ou des lieux… etc… mais personne ne nous aurait pris au sérieux. Et puis bon, personnellement je suis avocat, pas écrivain, quant à Krome…

–          Quoi moi ? grogna le fauve occupé à faire une réussite.

–          Rien, mais si je te prête un stylo tu t’en serviras comme cure-dent.

Le bandit ricana.

–          Pas faux…

–          Je peux vous poser une autre question, demanda à nouveau Berthier. Comment ça se fait que vous logiez dans son crâne… je veux dire vous êtes un genre de parasite…

–          Trop aimable… non monsieur Berthier, je ne suis pas un parasite. Il se trouve que sur Mars, à une certaine époque, vivait deux peuples, les martiens du sud et les martiens du nord. Nous autres du nord vivions dans des coquillages comme vos mollusques au sein d’une société que vous auriez pu qualifier de démocratique ou presque. Tandis que ceux du sud, comme Krome, étaient pour l’essentiel une horde de bandits sans foi ni loi, généralement poursuivis par les forces du P.I.G. Et puis un jour nous avons été victimes d’une épidémie qui détruisait nos coquillages. Heureusement ceux du sud abusaient pour la plupart de tellement de drogue et d’alcools divers que leur crâne était en partie vidé de substance, nous nous sommes donc associés. Vous imaginez bien que d’avoir un avocat dans la tête quand on est soi-même sous le coup de plusieurs mandats d’arrêt cela ne peut qu’avoir de nombreux avantages.

–          En plus il ne vous paye pas j’imagine.

–          Non, mais quand il est saoul, défoncé ou les deux, croyez-moi c’est moyennement marrant pour moi. Vous n’imaginez pas les délires qui lui passent par la tête des fois.

Là-bas Krome poussa un nouveau ricanement, avant d’annoncer :

–          On arrive.

Vladitchask était aggloméré à une dizaine d’astéroïdes flottant dans le vide et auxquelles étaient accrochés d’autres astronefs de passage. Ils furent accueillis par une paire de droïdes dont la tâche essentielle consistait à nettoyer la barge, et auxquels Krome régla leur sort sans sommation. Après quoi il disparut avec un gloussement de plaisir et ses deux énormes mitrailleuses. Il y eut des coups de feu, plusieurs explosions, des hurlements, des traits rougeoyants de rayon à plasma traversèrent des parois métalliques, et puis le bandit réapparut, le visage écorché, blessé à l’épaule, mais heureux comme un gosse qui vient de faire une bonne farce.

–          Allez v’nez les mecs, faut pas traîner.

Il les entraîna à sa suite, au milieu des cadavres qui jonchaient les couloirs, vers un des astronefs qui attendaient là et enfin s’envolèrent vers Mitrillon la planète nomade.