Cocaïne II, la Puta y su Hijo

MP5K noir métal, lunette de tir infra, cagoule, moulée noir qui avance à pas de chatte. MP5K à l’épaule, réducteur de son, objectif à deux heures, rafales de trois, un court pet sifflant dans le noir anglais. Trois pas de côté, glisse derrière l’arbre, attends son poignard de combat derrière la cuisse qui s’enfonce d’une traite dans la gorge qui vient et ressort sans un bruit, du sang chaud sur ses mains gantées et renforcées. Un genou à terre, les bras qui virevolte passant d’une arme à l’autre, fusil d’assaut M4, lunette de tir réflexe et silencieux à nouveau, une longue rafale, deux gardes fauchés. Une balle siffle à ses oreilles et troue le mur de la villa comme un beurre mou. 50 BMG, 964 mètres secondes, Barret M82A1, derrière le mur une tête se défragmente dans un bruit d’os et de viande.

–       Muchissima gracias mi amor, glisse-t-elle dans son micro de col.

–       De nada, je suis là pour ça bébé, répond une voix dans l’écouteur.

Elle entre dans la zone critique. Deux caméras croisées, une porte d’entrée latérale, verre blindé, à découvert, lumières. Des spots comme au cinéma ! Elle dégaine le M4 et élimine une caméra après l’autre tandis qu’une nouvelle ogive BGM bousille les phares connards comme à l’entrainement. Une balle trois cibles. Ca fait PRSHHHHBLANG ! et puis la nuit à nouveau. Grenade contre la porte vitrée. Le phosphore crache sa flamme blanche, elle s’engouffre dans des odeurs de soufre et de chlore, fait feu avec le MP5, roule sur elle même et tue le gars derrière. Cocaïne a le pouls bas, la respiration douce, l’âme glacée, dans son élément. Elle pivote dans le couloir de droite sur les instruction de sa compère. Au-dessus de la villa un drone high tech, vision thermique, Black derrière son pad et son Barret, fixés de sorte que ses yeux n’aient qu’à osciller.

–       Cible à trois heures.

Cocaïne met un genou à terre et attend que le type rentre dans son champ de vision. Le pistolet-mitrailleur tressaute, charge creuse, une sur trois, la cervelle arrose le mur derrière lui.

–       Cible à midi, accroupis.

Elle fait feu au raz du sol à travers la porte devant elle, dégage muy rapido. Un couloir, un autre, R.A.S. Black en profite pour se déplacer, une, deux, une deux, petite foulée dans la campagne nocturne, trente kilos sur le dos, quinze pour son seul fusil. La première a été dressée dans l’armée de Don Carlos, mexicana, la seconde dans les Rangers, gringa, elles se sont rencontrées dans un bar à fille de Miami. Flash immédiat, par ici salope t’es à moi. Elle a fait sauté le chambranle, coup d’épaule, roulé-boulé, personne, elle se faufile entre les meubles de luxe, du high profile direct de Suisse comme les comptes bancaires des proprios de la villa. Madame le sénateur avait apprécié le boulot précédent, madame le sénateur en avait assez de certaines affaires, certains réseaux qu’on ne traitait pas pour des raisons politiques, mafieuses, CIA, NSA, mercenaires du Pentagone, que sais-je, madame le sénateur était catholique fondamentaliste, elle haïssait le porno, les gouines, les pédés, les camés et leurs pourvoyeurs, les nègres, mais par-dessus tout elle vomissait toute cette compromission, elle était en croisade et rien à foutre de la sexualité de sa tueuse, elle faisait le boulot, elle. Cocaïne entend du bruit dans la pièce à côté, le cliquetis d’un brelage, la porte s’ouvre dans un souffle brûlant dispersant ses éclats à travers la pièce, une grenade paralysante roule au sol, Elle se plaque au sol, yeux fermés, mains sur les oreilles, l’engin éclate, elle roule sur elle-même, devine une silhouette à travers le flash de lumière, ses oreilles vrillent du sifflement suraigüe de l’engin, des balles s’éparpillent autour d’elle, elle dégaine le Sig Sauer à sa ceinture et tir au jugé les yeux en larmes tout en continuant de rouler sur elle-même, c’est B. qui lui a apprit ça, Black, sa B. Qu’elle entend au loin faire tonner l’obusier. Madre dios ils sont combien là-dedans ? Les projectiles font gicler le parquet, la silhouette tombe touché au pied, elle a la rage, elle flingue jusqu’à la fin du chargeur, quinze cartouche, se redresse, salon vide à côté puis des morts, et soudain :

–       Derrière toi !

Le drone ne l’a pas vu à cause de la déflagration et de la chaleur, sa silhouette qui se détache de derrière un canapé,  C. a juste le temps de se prendre sa masse sur le dos, aplati net, il lui plaque la nuque au sol et commence à la frapper dans le dos de toute ses forces. Cocaïne encaisse, réplique par un coup de coude ajusté à la jugulaire, et parvient à se dégager, elle a à peine le temps de redresser, il s’enfonce les épaules dans son ventre plat et dur, la rejette contre un mur comme si elle ne pesait rien, le mur la choque ce qu’il faut, il la débarrasse de son poignard et de son pistolet juste à temps, il a la trentaine, de l’entrainement, il est féroce. Son poing s’enfonce dans le mur, d’un cheveu de sa tête, il la bloque de tout son corps, un genou se dérobe et le frappe plusieurs fois dans les flottante sans le faire broncher, il essaye de lui écraser la trachée et il s’y prend rudement bien, alors elle sort un autre cadeau de Black qui fait clic en s’ouvrant sous l’annulaire. Trois centimètres d’acier effilé repliés sur un anneau de laiton, son spécial anti gros lourd comme dit B. Elle lui sillonne la gueule jusqu’à l’œil, lui fend le globe oculaire, il recule en hurlant, une fontaine de sang qui lui coule sur la joue, elle le repousse, pied dans l’estomac et assure une rafale du MP qui lui déchire la poitrine. Elle saute par-dessus le cadavre, entend des gémissements, des cris, ça vient de loin mais elle a du mal à se repérer avec les coups de feu qui ont sonné à ses oreilles et la fumée dans la pièce, alors elle avance rapido et s’enfonce dans une pièce sombre.  Un sellier avec une porte au fond fermée. Mais elle sait où elle conduit et elle n’a pas envie de voir ça, alors elle s’arrête et reprend son souffle.

–       Ca va chérie ? S’inquiète Black.

–       Laisse-moi deux secondes.

–       Ok.

 

Un contrat juteux, réseau pédo, cinquante mille par tête, cent mille pour la Puta, autant pour su Hijo. Personne ne savait leurs vrais noms, mais les autres on avait une liste, une longue. Du très juteux financièrement. Calibré parfait pour les deux filles. Cocaïne travaillait le plus souvent en solo et Black assurait le back up si nécessaire, mais ici les choses étaient différentes… B fait sauter son Barret de son épaule et d’un coup de hanche balance son M4 devant elle, feu, rafale de suppression, elle rentre dans le champ de tir. Elle court, mitraille à droite et à gauche, bientôt plus personne à tuer. Enfin… Elles n’en peuvent plus l’une et l’autre de tout le mal qu’elles ont vu, de la folie des adultes. Elles n’en peuvent plus de libérer des gosses martyrisés, des enfants et des adolescents violé(e)s, des gamins tabassés, souillés, humiliés par des parents tarés, et des dingues du sexe. Des pervers comme elles n’en avaient jamais tué. Et pour tuer, tuer efficacement, comme une vraie chasseresse il faut apprendre à penser comme la proie. A être elle. Ce n’était pas un rêve de penser en pervers pédophile, non. Black  est une coriace mais elle se souvient d’une scène de snuff trouvé dans un placard particulièrement éprouvante, une gamine violée et brûlée vive ensuite par le Hijo. Un taré pur jus, elle rêve de se le faire avant C. elle a peur que Cocaïne pète un plomb si elle voit une fois de trop ce cirque. C’est malsain à force d’être dans leur peau, de les savoir, de les sentir quand ils deviennent gluant, rampant avec les mômes…

Cocaïne se relève, petit soldat, vérifie ses chargeurs, recharge le pistolet mitrailleur, tant pis pour le Sig, pas le temps, elle pose une charge aimantée en bas et haut de la porte, double bang. Un tir accueille l’ouverture, grenade. La Sauterelle, c’est comme ça que les serbes l’appelle, elle éclate une fois, saute à un mètre vingt environs et la charge principale disperse ses aiguilles de shrapnel dans le bide du mitrailleur le coupant en deux dans un bruit violent et sec comme une claque dans la gueule géante et feu. Brouillard de gris, le sang comme une pointe de cuivre sous la langue, la fumée de la cordite et son odeur de poudre grasse et noire, elle descend des escaliers, une autre porte, blindé également, deux autres charges, un sas, puis une simple porte à verrous multiple derrière. Elle entend des cris, des gémissements, elle sait ce qui se passe là-dedans. Ils tournent encore !? Ils se foutent de sa gueule ou quoi !? Elle ne prend même pas la peine de poser sa dernière charge, elle démastique les serrures avec son pistolet-mitrailleur, une rafale et un coup de pied, ça suffit. La porte vola, elle entra. Matériel électronique, ordi, et deux personnes masqués. Elle sait qui ils sont, elle a déjà vu ces deux cagoules, dans le snuff notamment. Et puis il y a le matelas, le vieux matelas tout pourri en dessous la gamine. Elle a quoi ? Treize ou cent vingt trois ? Elle grogne, gémit, elle a mal, peur, et ce connard qui est toujours sur elle à ahaner comme un porc. Et puis soudain elle sent la présence de l’arme pointé sur son crâne, la Puta la braque avec un gros revolver.

 

Bang ! Black entend le coup de feu, elle court, vole littéralement au-dessus des cadavres, dévale les escaliers, une gamine erre dans le sas avec une couverture sur le dos, elle connait ce genre de tête, elle n’en peut plus de les voir, elle l’écarte de son chemin puis soudain entend la voix de Cocaïne hurler :

–       Vous voyez ça bande de fils de pute !? Maintenant on a toutes vos connections, on va vous retrouver et on vous fera ça !

B. rentre et surprend sa compagne devant une des caméras agitant une tête. Par terre git une femme ordinaire d’une trentaine d’année, le bras tranché net à la hauteur du poignet, le crâne planté par la dague de C. D’un claquement Cocaïne coupe toute les communications puis jette la tête par-dessus son épaule.

– On peut savoir ce que tu fabriques ? Tu veux t’attaquer à la planète pédo tout entière ?

Cocaïne est de mauvaise humeur, sa cagoule est déchiré, elle s’est battu.

–       Ta gueule ! T’y crois ça cette salope d’enculé a essayé de me draguer !

–       Te draguer !?

–       Omar qu’il m’a dit qu’il s’appelait, l’a commencé par me parler turc et puis en français, voulait qu’on reprenne l’affaire ensemble, qu’il aimait mon style !

–       Je te jure, il y a de ces dingues. Et elle tu lui as demandé son nom ?

Cocaïne cracha.par terre.

–       Qu’est-ce qu’on s’en branle de cette salope !?

Elles sortirent avec la gamine toujours enveloppée. Dehors la nuit avait mit son manteau de froid, le parc était jonché de cadavres.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Putain et le Bourgeois

Qu’on le veuille ou non, dans le rapport implicite de domination qu’installe la pulsion d’achat, l’individu n’est qu’au bout de sa carte bleue. Il ne peut se sentir, exister, se revendiquer comme membre actif de la société, qu’en répondant à un certain nombre de critères ne relevant uniquement que de son pouvoir d’achat. Et ce qu’il achètera reflétera moins ses goûts, sa personnalité que sa position sur l’échelle du social. Ce n‘est pas par hasard si on aime faire parader les marques dans les quartiers populaires et si on les efface dans les milieux aisés, où la marque compte pourtant tout autant sinon plus. Du riche au pauvre, l’objet devient notre définition, notre introduction au monde, mon mobile Haier 25 euros acheté dans un cyber contre ton IPhone 7 à partir de 769 euros, s’il vous plaît, dans son bel emballage monochrome satiné. Jusque dans l’éducation où le pouvoir d’achat rejoint la notion de réussite dans son acceptation patriarcale, et de là la célèbre proposition de notre désormais immortel philosophe de la société du marché, Jacques Séguéla : à cinquante ans si tu n’as pas… L’un dans l’autre la séduction, l’éventualité d’un rapport sexuel, déjà naturellement borné par une relation dominant-dominé plus que par une complicité fortuite, sera intuitivement défini par ce même pouvoir d’achat. Ma voiture est mon pénis. Ma voiture, ma maison, mes vêtements, mes pots de crème sont mes ovaires. Plus on monte haut sur l’échelle alimentaire, plus ce rapport devient aussi implicite qu’essentiel, plus on descend, plus il devient aussi explicite que superflu. Les riches paradent au bras de leur trophée sur les tapis rouges de la nouvelle aristocratie. Les pauvres se masturbent devant des films pornographiques. Les riches fréquentent les alcôves feutrées des putains sur catalogue, les pauvres sillonnent le pavé, prostituant leur morale étriquée pour dix minutes d’aller-retour et un peu de vide-couille. C’est-à-dire le même rapport que l’on entretient avec un produit selon notre situation dans la hiérarchie sociale. Et dans ce cadre l’amour est un luxe qui retient du seul hasard et plus de nos trajectoires.

De Mata Hari à Marthe Richard, de la cocotte à la putain vertueuse.

Née Margaretha Geertruida Zelle dit Grietje à Leeuwarden, Pays-Bas, le 7 août 1876, Mata Hari est une figure emblématique de la pensée bourgeoise au sujet des Cocottes et des prostituées en général. Putains de luxe et demi-mondaines, souvent actrices, tragédiennes, comme Sarah Bernard ou danseuses comme notre héroïne, les Cocottes feront à la fois le bonheur et le scandale de la classe dominante du début du XXème siècle. Resucée bourgeoise de la courtisane, la Cocotte se vend à tous, épouse, fait fortune ou se ruine, et parfois comme Mata Hari se perd. C’est Carla Bruni-Sarkozy, Naomi Campbell, ou Ivana Trump. Mata Hari est jolie, on l’a prend souvent pour une eurasienne à cause de son teint mat, et elle aime les hommes. Ca lui cause des ennuis dès l’adolescence, renvoyée pour avoir eu une liaison avec le directeur de son école. C’est aussi une fille un peu fantasque qui essaye de survivre dans une société masculine, raconte beaucoup d’histoire, fabule. Quand elle débarque à Paris, elle a déjà perdu ses deux enfants, morts empoisonnés, et divorcé une première fois d’un mari violent et alcoolique. Installée à Java où son officier de mari était stationné, elle connaît les danses javanaises dont elle va se servir pour se faire connaitre dans un spectacle dénudé et orientaliste. Jusqu’à la consécration. La bourgeoisie, qui a besoin d’intellectualiser ses vices pour les apprivoiser, en faire chose et matière naturellement noble, l’invite à se produire au Musée Guimet.

Aujourd’hui, c’est Clara Morgane sur un plateau télé. Les curiosités d’alors se portaient sur les collections d’objets volés des colonies, les rituels exotiques et l’orientalisme. L’audience moderne est à la qualité d’image, les destins singuliers et les spectacles sans conséquence. On a l’époque qu’on mérite, j’imagine. Le spectacle au musée fait sensation notamment parce qu’elle y apparaît les seins légèrement couverts de coupelles d’argent. Rien ne change finalement. Combien de quarts d’heure wharolien pour tout ou partie d’un corps ? Combien de magazines peoples pleins de clichés d’inconnus connus qui à la plage, qui sur un yacht, bout de fesse, bout de sein et Kim Kardashian. Du musée Guimet à l’Olympia, puis en tournée européenne, « Œil du Matin » (Mata Hari) collectionne les succès et les amants dont un officier allemand avec qui elle reste un temps. Mais la gloire est éphémère et deux ans plus tard la voilà réduite à la prostitution et aux spectacles sans prestige. Elle a 39 ans quand elle décide de vendre son hôtel particulier et de rentrer au pays. C’est là que sa vie va réellement basculer.

Elle est polyglotte, elle a fréquenté les cercles de pouvoir, la coqueluche du tout Paris, le consul d’Allemagne lui propose de payer ses dettes en échange d’espionner pour son compte. Elle retourne en France, elle est désormais l’agent H21. Est-ce qu’elle a vraiment conscience de ce dans quoi elle s’embarque ? Pas réellement, elle est inconséquente, passionnée, elle aime la vie mondaine, les belles robes, et les hommes en uniforme. Du reste, elle n’est guère compétente. A 40 ans, elle tombe folle amoureuse d’un gamin, moitié son âge, Vadim Maslov, un officier russe lui-même couvert de dette. Blessé au front, elle fait des démarches pour pouvoir le visiter à l’hôpital. C’est comme ça qu’un officier du renseignement français l’approche à son tour. H21 devient agent double contre la promesse d’émoluments faramineux, qui bien entendu ne lui seront jamais payé.  Mata Hari est ce qu’on appelle dans le jargon du renseignement un piège à miel. La confidence sur l’oreiller est son métier. En mai 1916, elle est à Madrid où elle fréquente d’autres membres de la communauté du renseignement français, dont Marthe Richard. Elle sera finalement sacrifiée par les Allemands qui s’arrangeront pour dévoiler son identité et sa fonction d’espionne. Le 15 octobre 1917, elle est fusillée au fort de Vincennes et son mystère, sa légende va désormais obséder les foules. Dans l’entre-deux guerre, c’est près d’un livre par an qui est publié sur elle. Un comble, l’officier qui l’avait recruté pour la France est plus tard accusé d’intelligence avec l’ennemi.

Marthe Richard est un autre archétype de la putain dans son acceptation bourgeoise, elle en est même le socle vertueux en somme, et à plus d’un titre. Née Marthe Betenfeld dans une famille pauvre le 15 avril 1889, avec un père alcoolique et violent, très vite, elle fugue pour finalement tomber amoureuse d’un bel italien qui s’avéra proxénète. Il lui fait goûter les joies des bordels à soldats à raison de 50 passes par jours. Elle contracte la syphilis, infecte un soldat qui la dénonce aux autorités. Elle s’enfuit à Paris fréquente cette fois une maison de passe de standing jusqu’à ce que comme dans la bluette Pretty Woman, elle rencontre un riche industriel, Henry Richer qui l’épousera en 1915. Entre-temps elle devient une pilote émérite puis, à la mort de son mari, dans les tranchées de 1916, elle est recrutée par le capitaine Ladoux, celui-là même qui a recruté Mata Hari, et l’envoi en Espagne avec la même tâche, piège à miel. Sa carrière sera cependant de courtes durée, notamment parce qu’elle est grillée par l’Action Française suite à un scandale mondain qu’il la surprend avec un attaché d’ambassade allemand impliquée dans un accident de la route.

Mais si Mata Hari est une écervelée victime essentiellement de sa naïveté autant que de la société de son temps, Marthe Richard est une ambitieuse. Bien déterminée à ne pas se laisser absorber par cet oubli qui semble frapper les femmes de la société spectaculaire dès lors qu’elles ne sont plus jeunes et fraiches. Quand le capitaine Ladoux sort de prison finalement réhabilitée, il écrit un livre romancé sur ses propres exploits et consacre tout un chapitre à cette femme à qui il prête un habit bien plus grand que réel. Entre-temps Marthe Richard est devenu Marthe Crompton, citoyenne britannique et veuve d’un des directeurs financiers de la fondation Rockfeller qui va par testament lui assurer grand train. Elle commence par réclamer à Ladoux qu’il partage les droits d’auteur sur son livre, puis on lui conseille d’écrire elle-même sa biographie.

C’est en quelque sorte l’élément déclencheur qui va la conduire après la guerre au Conseil de Paris. Marthe Richard va dès lors devenir dans l’esprit du public la super espionne qu’elle n‘a jamais été, un film va même être produit sur son compte. Une affabulation à laquelle elle semble elle-même croire ou au moins s’accrocher coûte que coûte, puisque quand les nazis envahissent la France, vexée d’être royalement ignorée par un renseignement allemand qui n‘a en réalité jamais entendu parler d’elle à part au cinéma, elle se rend à la Gestapo en déclarant « messieurs je suis Marthe Richard, celle qui vous a fait tant de mal lors de la dernière guerre. » Et la suite est à l’avenant d’une résistance française plus mythifiée que réel. Car non seulement, elle va se rapprocher de la Gestapo et du gangster, collaborateur et mafieux marseillais François Spirito mais elle se fera intégrer dans les FFI, comme des milliers d’autres, qu’en… 1944.

Rappelons à ce sujet, pour parenthèse à propos des flatulences de madame Morano, reprises à loisir par la réaction et la petite pensée commune à propos des réfugiés syriens, que concrètement, la résistance en France, ce n’est pas plus de 3000 personnes avant le débarquement, 40.000 dans les derniers mois de la guerre et plus de deux cent mille après la guerre…

Et évidemment dans cette logique, fort de la confusion au sujet de la raison réel de sa Légion d’Honneur, et qu’elle doit surtout à ses relations et à feu son mari, elle va assortir son habit de super espionne de celui de super résistante. Or, si on sait depuis 2015 qu’elle a bien hébergé des paras américains, le reste de sa carrière de résistante est largement objet de polémique. Reste que finalement, en 1945, « l’héroïne des deux guerres » comme la qualifie la presse est élu conseillère à la mairie du IVème arrondissement de Paris, et le 13 décembre propose un amendement au sujet de la fermeture des maisons closes. Amendement qui va se généraliser à l’ensemble du territoire notamment sous son influence et celle du ministère de la Santé. Mais 6 ans plus tard, dans son livre l’Appel des Sexes, elle reviendra sur cette décision et dira qu’elle a obéi à la pression de ses amis politiques. Reste que Marthe Richard l’ambitieuse demeure encore pour beaucoup la vertueuse putain qui après avoir connu l’enfer des maisons d’abattage traversera deux guerres sur le modèle idéal de la femme moderne et indépendante, aviatrice, espionne, résistante et femme politique. Or non seulement son élection n’est même pas légale puisqu’elle est toujours citoyenne anglaise, mais son indépendance ne reposera que sur ses riches maris et amants et leur capacité à obéir à ses caprices. Elle meurt en 1982, toujours au cœur d’une polémique autour de son rôle réel dans la résistance, et est enterrée sous le nom de Crompton au Père-Lachaise.

La putain, réservoir à fantasme

Lors du débat sur « l’abolition » de la prostitution et la pénalisation des clients, deux écoles de la bourgeoisie se sont affrontées. Bourgeoisie conservatrice et réactionnaire, notamment portée par le magazine Causeur en mal de coup publicitaire, et celle du progrès et de la morale représenté par les associations comme le Nid et Madame Belckacem en mal de cause universelle à fort potentiel droit de l’hommiste. En réalité, deux incorrigibles conceptions fantasmées de la prostituée qu’illustrent notamment les deux héroïnes sus nommées. D’un côté, la sympathique gagneuse avec laquelle l’homme de bon goût laissera aller sa frivolité. De l’autre, l’esclave exploitée et abusée, victime du rut d’une société patriarcale à laquelle se plient pourtant nos féministes avec un zèle comptable. C’est Moi Christiane F contre Mémoire de mes putains tristes. Une vision littéraire, imagée autant qu’imaginaire et notamment hétérosexuel et hétérodoxe tant de la prostitution que de la sexualité tarifée. Car dans ce cadre seront exclu travailleuses et travailleurs indépendants, femme au foyer arrondissant les fins de mois, étudiant(es) payant ses études (40.000 selon le syndicat Sud-étudiants) employé(es) essayant de doubler leur salaire, gigolo, homosexuel, transsexuel, et côté client un champ vaste qui va du passant de la rue Saint-Denis à l’handicapé. Du père de famille qui n’assume pas son attirance pour les hommes, à la dame d’un certain âge qui refuse de mettre un terme à sa sexualité parce que la nature et/ou la société lui explique qu’il est temps pour elle de s’intéresser plus à Julien Lepers qu’à son clitoris. C’est également une perception qui nie l’âge réel des prostitué(es) et implicitement nie de fait leur condition sociale réelle. Car des putes, il y en a de tous les âges jusqu’au troisième, et faute souvent de retraite, de protection sociale crédible, il n’est pas rare que certaine retournent sur le trottoir alors qu’elles ont l’âge de la camomille. N’en doutons pas ce n‘est pas à elles que l’inqualifiable Frédéric Beigbéder pensa quand il signa la pétition de Causeur entre deux lignes de coke. Et ce n’est pas non plus à ce gigolo de mes amis que pensait la ministre en imposant une amende aux clients de ces dames puisque bien entendu, pas plus que Madame Belkacem ne pète au lit, les femmes ne payent pour le sexe. Et par ailleurs, dans le cadre de la pénalisation des clients un déni sans appel de l’économie réelle de cette profession.

Moraline et négation

Puisque l’économie, le nouveau goupillon de l’épée libérale et bourgeoise, impose de percevoir la réalité par la statistique et les chiffres, offrons cette première grille de lecture. Dans les faits, la prostitution en France, c’est 36000 travailleurs et travailleuses du sexe officiellement, avec 85% de femmes, 10% d’hommes et 5% transgenres. C’est 30% de prostitué(es) de rue, 8% en salon ou en bar… et 62% à domicile, sur internet, autant pour la pénalisation des clients. Mais c’est également un chiffre d’affaires de 3,2 milliards d’euros et un coût social d’un milliard et demi. Que peut-on déjà conclure au sujet de cette fameuse loi qui prévoit une amende de 1500 euros pour le client et du double pour le récidiviste ? Qu’elle ne tient nullement compte de cette réalité : la transaction se fera d’abord dans les secrets d’alcôves du net. Donc si cette loi ne peut contrôler ni pénaliser le client qui possède une connexion et un domicile qui tente-t-elle de punir si lourdement ? Le client de rue, à savoir les pauvres. Cette même bourgeoisie de gauche qui se refuse désormais à pénaliser le racolage, à savoir le gagne-pain des prostitué(es) de rue, s’engage non seulement à la priver du gros de sa clientèle, mais mieux, à punir celle-ci d’avoir des besoins sexuels. Le message est clair dans l’imaginaire narcissique du progressiste, la prostituée n’est pas fautive, c’est le client, qui, à moins de s’appeler DSK et d’en avoir les moyens, ne doit pas vivre au-dessus de sa condition. Ami pauvre, reste chez toi et branle toi, c’est mieux. Sur l’autre versant c’était l’ami des Cocottes, Nicolas Sarkozy, qui avait proposé de punir le racolage. C’est la conception conservatrice de l’ordre bourgeois, celle du pas vu pas prit. Celle qui condamne en priorité les prostitué(es) et ne réclame rien de plus que leur vue soit cachée de tous. Cette bourgeoisie-là prétend donc ne pas faire de moral, seulement de la préserver. Mais ce qu’elle refuse en réalité de condamner, c’est ses propres pulsions sexuelles. Et c’est donc tout naturellement que se dégage la réponse des réactionnaires contre les progressistes. L’une plébiscite la prostitution, ou plus exactement sanctifie ses propres besoin sexuel en l’enrobant de l’habillage culturel, comme avec Mata Hari au musée Guimet, tandis que l’autre la condamne. L’une accepte l’homme dans son désordre, l’autre se propose de le réformer, et par le seul langage que connaît en réalité uniformément la bourgeoisie : la répression. Mais il y a bien une raison à tout ça, notamment à ce soudain intérêt des « socialistes » de se pencher sur un sujet qu’ils ont si parfaitement méprisé depuis Marthe Richard : le goupillon, le vrai, cette fois. Car on notera au passage dans ce débat qui n’est pas sans rappeler celui de la législation sur le cannabis, que cette fois la bourgeoisie compassionnelle ne parle pas du profit qu’on pourrait tirer en légiférant avec la prostitution et non contre, elle met exclusivement en avant les réseaux, la traite et bien entendu, l’exploitation de la femme dans une tentative en réalité de punir ce qu’elle considère comme une sexualité déviante, la sexualité masculine. Car d’une, il serait parfaitement immoral de la part de l’état de profiter des prostitué(es) de deux la prostitution n’est ni autorisé ni interdite, elle est reconnue. Comme on reconnaît un fait, par exemple : tiens, j’ai tâché mon pantalon.

Nid contre Strass.

La réalité comme toujours est différente. Dans les faits la loi interdit de tirer profit financier de son corps afin de satisfaire des besoins sexuels. Dans les faits donc, la loi française interdit de tirer librement profit de son propre corps, adulte consentant ou pas. Ainsi fait, pas question d’être salarié pour le travailleur du sexe et s’il veut se mettre à son compte, il devra se faire enregistrer comme travailleur indépendant. Car bien entendu, l’ordre bourgeois qui n’aime pas la concurrence, interdit au proxénète de tirer profit des putains, mais s’autorisera à le faire au nom de la chose publique. Et toujours dans cette acceptation de cet ordre qui domine la société française, l’aide sociale reversée par prostitué(e) s’élève à la somme farubileuse de  65 euros, par an. Concrètement qu’est-ce que toute ces démarches pour une fille qui voudrait précisément sortir des réseaux pour se mettre à son compte ? Un frein voir un mur infranchissable pour qui connaît l’épreuve de force qui est déjà complexe pour un Français, alors une Kosovare ou une Nigériane… Oui, car figurez vous qu’il existe sur cette planète des femmes qui, pour une raison ou une autre, ne pensent pas spécialement à sortir de la prostitution, ne serait ce que parce qu’elle leur offre une indépendance que ne leur ménagerait pas une autre forme de prostitution, bien connue des cocottes comme Marthe Richard, le mariage. Pire, il existe des femmes et des hommes qui y trouvent leur compte et pas seulement financier. Ce sont ceux-là, travailleurSE du sexe dans leur ensemble, prostitué(es) acteurs et actrices du porno ou opérateurs de téléphone rose que le Syndicats du Travail Sexuel ou Strass se propose d’aider et de défendre. Proche d’Act Up, ce syndicat autogéré de professionnels et qui se réclame d’un féminisme pro sexe, a été fondé en 2009 avec l’appui de l’Assise européenne de la prostitution et plusieurs réseaux professionnels d’aide comme le International Committee for the Rights of Sex Workers in Europe ou le Global Network of Sex Work Project. En lutte contre la pénalisation des clients, le Strass reporte également régulièrement la réalité du terrain tel que vécue notamment par les prostituées chinoises dans le cadre de la loi. Car en réalité abolir, dans l’esprit, c’est arrêter et expulser. Pas de ça chez nous allez racoler ailleurs, le délit de racolage à l’échelle du monde, une certaine idée de l’Europe à la mode « socialiste ». Mais le Strass c’est également un minuscule syndicat fort d’à peine 500 membres, face à un mastodonte, le Nid, ou plus exactement le Mouvement du Nid.

 
Crée en 1937 suite à la rencontre entre Germaine Campion, prostituée aux Halles malade alcoolique et le père André-Marie Talvas, proche de l’Action Catholique Ouvrière, le Nid, organisation abolitionniste, sera nommé expert es prostitution pour l’élaboration de Vatican II et l’église élèvera la prostitution au rang « d’offense à la dignité humaine. ». Mais ce n’est pas nouveau puisque en réalité cette conception bourgeoise et victimaire de la prostitution ne nous vient non pas des pays scandinaves comme nous l’avait vendu madame la ministre, ni de Marguerite Yourcenar ou autre héroïne de la gauche pensante, Louise Michel ou même Marthe Richard, mais de Joséphine Butler, 1828-1906. Féministe historique, militante pour l’éducation des femmes, n’hésitant pas à aller faire campagne contre les MST et parler sexualité en public au scandale d’une Angleterre victorienne. Elle militera contre la prostitution enfantine et la régulation étatique de la prostitution. Lutte qu’elle mènera à un niveau international. Cependant, elle est profondément chrétienne, femme de pasteur, et tout à fait convaincue que les prostituées sont victimes des pulsions mâles. Une conception tout à fait relative à la seule morale chrétienne, dans son acceptation bourgeoise, n’en déplaise. Puisque si on s’en réfère à la fameuse affaire de la lapidation, le Christ dit « que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre » pas « han non mais trop pas quoi vous les mecs, vous pensez qu’avec votre bite »

 
On notera cependant que tout catho chrétienne et abolitionniste, le Nid est, il a fait appel de la décision dans l’affaire du Carlton, en cas où tout le monde aurait oublié que l’une des filles parle de sodomie forcée et de viol. Et que ses moyens lui ont également autorisé à commander une étude sur la prostitution en France et que c’est par elle que j’ai ces précieux chiffres. On notera également que même en gonflant le discours et la tête de madame la ministre, le combat de Joséphine Butler pour l’abolition et la non-régulation de la prostitution par l‘état, intervenait dans un contexte qu’on peut facilement qualifier de sauvage en ce qui concernait les couches populaires. Pour faire un nouveau parallèle avec la législation sur le cannabis, à l’époque du Volstead Act l’Amérique souffrait réellement d’alcoolisme et seules les autorités religieuses se sont inquiétées. Comme à l’époque de Miss Butler la prostitution était si atroce et sans limite, en réalité, que l’abolir et la tenir loin des mains d’un état marchand pouvait paraitre comme la seule solution descente.

 
Reformulé sous les airs proprets d’une sociale démocratie à la suédoise, qui comme le Royaume-Uni ou l’Islande ont également pénalisé le client, la bourgeoisie compassionnelle se garde bien d’associer le pragmatisme hollandais, pas plus qu’elle ne le fera dans le cas du cannabis du pragmatisme portugais. Au Pays-Bas la prostitution est légale et encadrée par une loi-travail classique qui protège de travailleurSE du sexe. Et pour lutter notamment contre les réseaux, en 2009 le cadre législatif a été renforcé, avec par exemple la mise en place de licence pour les agences d’escort girl. Peut-être est-ce à cause de la présence des putains d’Amsterdam si chère au belge d’une nation maritime, mais la prostitution n’a jamais été un crime chez nos voisins néerlandais. J’oserais bien proposer à Madame Belkacem d’aller vivre dans un port, et d’y rester, mais j’aurais trop peur qu’on me traite de sexiste.

J’achète donc je baise.

L’affirmation quasi-darwinienne et régulièrement assénée que le pouvoir est sexe, et que l’argent est le moteur du pouvoir, conditionne à poursuivre l’un pour avoir l’autre. Notre grade de reproducteur alpha offert par l’accumulation de biens, le nombre de verre de cristal en notre possession comme affirmation de notre empire sur le monde. Je suis parce que j’ai et parce que j’ai, je peux, j’ai le droit. Et en toute logique, ne plus posséder quand on a eu inhibe. Conditionné par cette pensée normative où chacun est finalement appelé à rester à sa place, on se refuse à des rencontres parce que sans argent, possession, machin de marque, on se dit qu’on assure plus. C’est nos plumes de paon à nous, le billet en guise de parade amoureuse. Avec, en cas où on tenterait de faire abstraction, jamais loin, une réclame, une proposition assortie d’un peu de sexualité pour vous érotiser en permanence. Car la publicité n’active jamais que nos pulsions de survie, manger, se reproduire, se loger et s’habiller. Et ce qui n’est plus de l’ordre de la survie, mais de la civilisation et des relations humaines, comme l’amitié, l’amour ou la famille, sont rattaché au même modèle. Il faut avoir des amis, il faut tomber amoureux dans sa vie pour connaitre la félicité, il faut avoir une belle et heureuse famille avec plein de gens qui sourient dedans. Au ressort de ça, le lambda sort sa carte bleue faute de pouvoir glisser autre chose dans la fente, et faites votre code pin… Non le pouvoir n’est pas plus sexe qu’autre chose, parfois, il est simplement effrayant, autant pour celui qui le possède que pour celui qui le désire. Et parfois, il est même inhibant. Non l’argent n’est pas synonyme de pouvoir. Marthe Richard ou Joséphine Butler ont fait montre d’un très grand pouvoir sur le féminisme bourgeois qui comme à son habitude n’en a retenu que les interdits et non la réflexion, la démarche et sa raison objective. Mais on est conditionné à le penser alors un jour, on se retrouve dans une dame qu’on a payée.

 
J’ai calé. Quand je l’ai senti fébrile à l’idée que je rentre trop vite, ça a coupé tout. Je me suis dit que j’étais dans une personne que je ne connaissais pas. C’était un genre de viol, en tout cas pour moi. J’étais pas venue pour ça. C’est pas pour moi, je ne suis pas un collectionneur, je suis un amoureux. C’est comme ça.

Jacqueline Sauvage, une étrange affaire

Ca y est c’est fait. Fidèle à son absence de caractère, après avoir gracié partiellement Madame Sauvage, l’homme qui n‘était pas là a accordé une grâce complète à l’intéressée, au désespoir d’une partie des magistrats. On se souvient déjà sur le mariage gay comment notre badaud sous la pluie avait déjà tergiversé, parlant d’abord d’âme et conscience des maires avant de tapoter de son poing mou et rose sur la table. Avec l’affaire Jacqueline Sauvage on a à la fois un cas à part juridiquement, et une affaire tout à fait symptomatique de notre époque et ce pour plusieurs raisons. A la fois symptomatique du mode de gouvernance de l’absent de l’Elysée, du rapport incestueux qu’entretient le pouvoir avec la justice, de la médiatisation. Mais également idiopathique tant au sujet de la place des femmes dans la société française, que sur le thème de la violence à leur encontre qu’enfin au sujet d’un certain féminisme dogmatique et doctrinaire.

Jacqueline Sauvage, un cas d’école.

Jacqueline Sauvage est le portrait type de la femme battue. Soumise pendant plus de 20 ans à un mari violent qui l’a envoyé quatre fois aux urgences entre 2007 et 2012, elle est également le portrait type d’une femme née en 1947. Mariée à dix-huit ans, et mère un an plus tard. Sans diplôme, d’abord ouvrière dans l’industrie pharmaceutique puis dans la confection, elle est déjà maman de trois enfants alors qu’elle a à peine vingt-trois ans. En 81 son mari chauffeur routier est licencié, il décide de se mettre à son compte, achète un camion et sa femme occupe le poste de conjointe-collaboratrice, sans toucher de salaire. En 89 son fils et sa fille entrent dans l’affaire familiale qui fini par péricliter en 2012, année du drame. C’est d’ailleurs au cours d’une dispute sur la dites entreprise que trois coups de fusils partent. Madame a tiré dans le dos du mari, effrayée, selon elle, par l’éventualité qu’il redevienne violent. Ses filles attestent de sa violence et affirment même des attouchements sexuels. Il n’est pas seulement violent et incestueux, il est alcoolique. En garde à vue, cerise sur ce gâteau à la merde, Jacqueline Sauvage apprend que le jour même son fils s’est pendu. Son fils aussi souffrait de la violence de son père. Une violence qu’il reproduisait lui-même d’ailleurs sur sa femme, comme bien d’enfants dans ce cas. Espérant atténuer sa peine, Madame Sauvage invoqua la légitime défense. Mais pour les magistrats et les deux équipes de jurés qui ont successivement condamné et confirmé en appel la condamnation les choses ne sont pas aussi simples. Et mieux, la veille de la journée contre la violence faites aux femmes, avec un sens du timing délicat, la cour d’appel de Paris, rejetait sa demande de liberté conditionnelle. La raison invoquée par la justice pour rejeter l’argument de la légitime défense et la demande de conditionnelle était que la condamnée adoptait une position victimaire, qu’elle ne réfléchissait pas assez sur son crime, sans s’interroger sur la place qu’elle prenait dans le fonctionnement pathologique de son couple. Et le 24 novembre que sa « réflexion demeure pauvre et limitée puisqu’elle peine encore à ce jour à accéder au réel et authentique sentiment de culpabilité  ». Je ne sais pas pour vous mais je trouve que cette dernière phrase à un côté liturgique qui n’est pas sans évoquer l’acte de contrition réclamé à la sorcière sur son buché. Nous y reviendrons. La justice reproche notamment à Madame Sauvage de ne jamais avoir porté plainte même après les épisodes aux urgences, remet en doute le témoignage de ses filles quand elles invoquent des attouchements, mieux le personnel de la prison se plaint que madame se rebelle, on y reviendra également. Bref elle présente à la fois le portait mêlé d’une femme indocile mais soumise, se sentant à la fois non coupable de son geste mais apparemment assez coupable pour avoir caché la violence de son mari à la justice, aux services sociaux.

François Hollande, un autre cas d’école

Par une sorte d’antithèse asymétrique, François Hollande présente également à la fois le portrait d’un homme indocile et soumis. Indocile parce qu’il hésite tout en même temps à céder à l’opinion et à déplaire aux magistrats, ménageant tout d’abord la chèvre et le chou avec sa grâce partielle. Insoumis parce que déclarant avec un aplomb de touriste de sa propre lâcheté que les magistrats manquent de courage. Et soumis parce qu’alors qu’il ‘n’a plus rien à perdre, qu’il espère encore piètrement rentrer dans l’histoire autrement que par la porte de sortie, il fait une nouvelle fois preuve de la seule gouvernance dont il n’a jamais été capable : le sociétal, le cosmétique, et ce essentiellement pour satisfaire un féminisme doctrinaire et victimaire. Le féminisme de la bourgeoisie à conscience, de la maman et de la putain. De cette même bourgeoisie qui réclame à Madame Sauvage après près de quatre ans dans l’enfer carcérale français, pour des raisons qu’elle récuse, de se montrer docile, soumise, obéissante et surtout pénitente. Pour autant j’ai moi-même signé la pétition, je ne peux donc que le remercier pour l’intéressée. Pour le seul titre de la question juridique par contre c’est un autre sujet.

Légitime défense et rapport de perversion.

Toucher au principe de légitime défense c’est toucher à la boite de Pandore, Riposte Laïque, l’amicale des petits blancs mal dans leur peau, réclame déjà qu’on accorde la même grâce à Luc Fournier, le buraliste qui a fusillé un jeune voleur de 17 ans, Jonathan Lavignasse, et qui invoque aussi la légitime défense. Attendu qu’il savait que quelque chose se préparait, avait alerté la gendarmerie, tendu des fils pièges dans son commerce et campait à l’intérieur avec son fusil, la justice évoque plutôt l’autodéfense. Or l’autodéfense est également un thème de prédilection de la France apeurée, particulièrement en cette époque de terrorisme sauvage et quasi pathologique. On se souviendra par exemple de la tentative du maire de Bézier de créer une milice civile à seul dessin de troller les réseaux sociaux et les médias, et de faire les gros yeux aux immigrés. Mais pour en revenir à madame Sauvage, il ouvre peut-être un autre débat plus intéressant, celui dit de la légitime défense différée, comme il est intégré dans le droit Canadien. Ce qu’on pourrait presque inscrire comme une légitime défense spécifique aux femmes et enfants battus et qui s’appuie notamment sur ce qu’on appel le Syndrome de la Femme Battue ou SFB. Le SFB n’est pas une de ces nouvelles maladies inventées par la psy ou le féminisme américain. C’est un ensemble de signes cliniques que connaissent bien les travailleurs sociaux et les urgentistes privant la personne de trouver une solution raisonnable à la situation de terreur et de danger véritable dans laquelle elle se trouve. La victime se concentre alors sur les moyens pour se prévaloir de la violence du conjoint ce qui, sur le long terme, alterne son jugement. Une situation que connaissent également parfois les enfants eux même, à qui on ajoutera une sidération face à l’autorité induite par les parents et les adultes en général, plus le fait que leur parole peut être mis en doute et qui les conduit eux, plus souvent vers le suicide, l’automutilation ou la polytoxicomanie. Quand ils ne reproduisent pas sur d’autre leur martyr. Pour autant le SFB ne semble pas intégrer un autre facteur qui n’est pas rare dans ce genre de rapport de couple. Et un facteur que ne semble pas avoir non plus intégré la justice à l’endroit de Madame Sauvage, et qui est celui du pervers narcissique. Je n’ai pas choisi mon titre par hasard, dans une Etrange Affaire de Pierre Granier-Deferre, Gérard Lanvin tombe sous la coupe de Michel Piccoli sous l’œil médusé et impuissant de Nathalie Baye. Lentement mais sûrement, jouant le chaud et le froid, la séduction et la destruction, Piccoli exerce une emprise complète sur Lanvin au point de son implosion. Freud craignait déjà que ses concepts deviennent grand public et alimente nos babillages. Il avait raison. Le terme de harcèlement a été dévoyé, celui de pervers également, le terme de pervers narcissique devient une formulation à la mode pour de la psychologie de bas étage au service du victimaire, éludant par la même le caractère bien réel du drame. Le harcèlement est relativisé, le fauve se fond dans la foule du banal, à force de traiter tout le monde de facho, de crier systématiquement au loup, quand il survient personne ne fait plus attention. Or le pervers narcissique (à entendre ici en terme « clinique ») est une réalité. Il s’inscrit dans une relation de dépendance à coup de yoyo émotionnel, mélangeant gratification et douche froide jusqu’à se lasser de sa victime quand il l’a totalement dominé car c’est avant tout le pouvoir sur l’autre qui est son moteur à l’instar du psychopathe et du violeur. D’une intelligence plus souvent limitée qu’on ne le croit, elle est cependant concentrée sur le fonctionnement propre de la victime. Son narcissisme même (car nous le sommes tous à titre varié) son manque d’estime d’elle-même, et le rapport alternée contenu dans le triangle de Karpman, bourreau, victime, sauveur. Le bourreau pourra ainsi tenir à la fois les deux autres rôles et vice versa pour sa victime. Ainsi tel mari violent reprochera, après la baffe, à sa femme de le pousser à bout jusqu’à ce qu’elle finisse par se sentir elle-même coupable et donc bourreau des sautes d’humeur de son mari, quitte à se reprocher à elle-même son attitude et s’en excuser, devenant son propre tortionnaire. Ce qui laissera au pervers narcissique tout loisir d’étendre son pouvoir, par exemple en quittant le domicile, en se faisant supplier, en menaçant de divorcer. Inversant totalement le rapport jusqu’à prendre le rôle consolateur en revenant sur ses menaces et en « pardonnant » sa victime. Ce mécanisme intentionnel est fort bien décrit par le proxénète Iceberg Slim dans son autobiographie Pimp. A noter que d’une part si le pervers narcissique est une personne instable qui aime changer de victime sitôt l’une sous sa domination et se lasse vite, c’est également un maniaque du contrôle qui appuiera sur tous les ressorts possibles pour tenir sa victime sous sa domination, au point d’un rapport de dépendance – toujours inscrit dans le principe de Karpman – à assimiler à la toxicomanie (morbidité et toxicité du rapport). Mais qu’à l’instar à nouveau du psychopathe violent c’est un être profondément vide, avec généralement une vision nihiliste du monde, une incapacité empathique à comprendre les autres et lui-même autrement que sous le strict mécanisme de la domination, et surtout qui se cache. Car par essence il a goût à ce qu’il fait aux autres, c’est un pervers donc, cela remplit en soit le vide de lui-même en satisfaisant son narcissisme pathologique. C’est ici que le SFB ne fait pas cas de cette réalité, si la victime cache elle-même ses bosses, le pervers narcissique, à l’instar cette fois du sociopathe, saura présenter un verni social qui dupera absolument tout le monde. Si dans le cas de Madame Sauvage, l’agressivité et l’alcoolisme de son mari laissait peu de doute au voisinage et à l’entourage extérieur, il est à noté qu’on ne passe pas 47 ans avec une personne violente sans entretenir et être entretenu dans un rapport pervers de dépendance. La justice en reprochant à Madame Sauvage son rôle dans le fonctionnement pathologique de son couple reproche peut-être finalement à la victime d’un pervers narcissique de s’être laissé soumettre. Et si je dis ici peut-être c’est que Madame Sauvage reste un mystère pour la justice, que les allégations d’attouchement de ses filles n’ont pas fait l’objet de constat médical ou de plainte, au plus d’une main courante qui, comme toute les mains courantes, finie par s’effacer si aucune plainte ne vient la soutenir. En soit donc on voit que le principe de légitime défense différée pose question d’autant que si le SFB regroupe des signes cliniques, le terme « pervers narcissique » est une notion psychanalytique et non clinique. Bien moins simple à démontrer dans un tribunal. Et ce même si selon le psychiatre, psychanalyste Alberto Eiguer il s’agit d’un cas particulier de la pathologie narcissique.

Féminisme victimaire et tabou social

Il y a toujours eu deux justices, en France ou ailleurs. La justice populaire et la justice d’état, les deux ont pour trait commun d’être humaines, en ceci qu’elles se trompent. S’il appartient aux juristes, avocats et magistrats d’examiner les erreurs de la seconde, la justice populaire refuse de se soumettre à l’examen, elle a raison par la voix du nombre et peu importe si ce jugement est sous l’influence de l’air du temps. Dans le cas qui nous occupe, je peux en témoigner en tant que signataire, ça été le cœur des âmes en détresse, des pleureuses de la cause des femmes, rendez-vous compte il battait sa femme et violait ses enfants. Et peu importe donc s’il n’y a aucune preuve formelle de ce fait, il faut les croire car ce sont des femmes, et les femmes sont nécessairement martyres du genre masculin, le si mal nommé sexe fort. Il y a trois ans, dans un grand élan vibrant d’indignation frelatée, Madame Belkacem se lançait comme défi d’abolir rien de moins que la prostitution et dans la foulée, car en France toute loi doit être assortie d’une taxe non forfaitaire, de pénaliser les clients. Bramant que le corps n’étaient pas une marchandise, et en appelant à la dignité bafouée des femmes par l’avilissante pulsion sexuelle du mâle uniforme. Allégation sur le corps qui a bien dû faire rire tous les publicitaires et autres vendeurs de produits pas forcément nécessaires, de la berline sport aux soutiens-gorge coquins. Du télé-achat pour appareil de musculation en passant par les tablettes de chocolat de Brad Pitt ou les tatouages et la chute de rein de son ex. Position sur la dignité féminine typique de ce féminisme de victime et castrateur qui consiste à uniformiser tant les hommes que leur rapport à la sexualité. Et qui par la même occasion évacue d’un revers de la main tous les hommes et transgenres qui sont eux-mêmes travailleurs sexuels. Et ce à seul fin de ne pas aborder un premier tabou social, celui de la misère sexuelle. Un tabou social qui fait également le succès des sites pornographique sans pour autant faire la fortune de cette industrie en crise, et qui est elle-même victime d’un autre phénomène de misère sexuel : la violence, notamment initié par des comédiens comme Rocco Siffredi ou James Deen. Enfin, une loi qui conduit en réalité non pas à arrêter ce commerce mais à le rendre un peu plus clandestin, et terme d’abolition d’une fatuité assez typique de Madame Belkacem (comme du reste de Madame Royale). Dans une Europe sans frontière où fleurissent les bordels, en Espagne, Belgique, Allemagne, Pays-Bas, etc… Et pour ceux que ça intéresse l’OCRTEH, l’Office Centrale pour la Répression du Trafique d’Êtres Humains c’est un total de 50 fonctionnaires pour l’ensemble du territoire. Autant pour l’immigration clandestine que les réseaux de prostitutions… Ce même féminisme victimaire et petit bourgeois qui fait dire à Caroline Haas qu’il faut oser le clitoris et partager les tâches ménagères dans un pays où 53000 femmes sont excisés (dont une majorité avant l’âge de dix ans) et où 37% des violeurs sont les conjoints eux-mêmes. Car il ne s’agit non pas de nier ici, bien au contraire, mais de mettre le doigt sur un autre tabou social le rapport que la société française entretien avec les femmes.

La Maman et la Putain

Ce n’est pas à l’idée développée par Jean Eustache dans son film de 73 auquel je me réfère ici mais à celle commune dix ans plus tôt au sujet des mères célibataires. Cette perception qui leur valait le titre de mère indigne, de putain donc puisque célibataire et objectivement femme. Dans la psyché française il y a un mythe persistant qui veut que non seulement nous avons inventé l’égalité entre les citoyens et les citoyennes mais que puisque nous avons inventé également le libertinage nous avons élaboré la femme libérée. Bien entendu tout ça n’est qu’une légende urbaine. De Coco Chanel à Bardot, des cocottes aux suffragettes en passant par Louise Michel et Arletty nous sommes persuadés d’être en avance dans le domaine de leur « libération ». Déjà partir du principe qu’une société va libérer les femmes, c’est partir du principe qu’elles ne peuvent pas le faire elles-mêmes. C’est donc une logique non pas de société féministe mais patriarcale et paternaliste. Et bien entendu cette logique s’étend aux hommes eux-mêmes, c’est donc une société qui prend ses citoyens pour des enfants. Ensuite il serait également nécessaire de rappeler qu’il a fallu attendre 1907 pour qu’elles aient droit de toucher un salaire en propre, et soixante ans de plus pour avoir un compte courant sans l’autorisation de monsieur. Que si elles ont obtenu le droit de vote qu’à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, l’Uruguay l’accordait dès 1926… quand à l’avortement il était déjà en vigueur depuis 1920 en URSS quand Simone Veil a réussi à faire plier la société de 1974 et à l’imposer. Et ceci au terme seulement d’un intense et violent débat médiatique. Débat qui est encore d’actualité semble-t-il quand on entend le FN user du terme infâme « d’avortement de confort », et remettre en question son droit au parlement européen. Or le FN est dans l’esprit de beaucoup de français aujourd’hui. Dans la continuité de cette projection déformée et flatteuse que les français se font d’eux-mêmes, celle-là même qui l’autorise à se poser en juge de la misogynie et de la violence de l’Islam vis-à-vis des femmes et dans la foulée de se lancer dans des débats stériles vis-à-vis des interdits vestimentaires des plus intégristes, nous nous glorifions de nos progrès, de notre féminisme et pourquoi pas même de notre adoration du genre. Et là disons que la réalité est moins pimpante. Pour 20% des français un non équivaut à un oui. En 2015, 223.000 femmes étaient victimes de violences conjugales, et 84.000 étaient victimes de viol ou de tentative dont 54% par leur conjoint ou un membre de la famille. Que la France c’est une moyenne de 206 viols, par jour (des deux sexes) pour seulement 12768 plaintes déclarés…que le viol conjugale n’est même pas clairement défini par la jurisprudence de 90 alors que paradoxalement il est plus sévèrement puni que le viol d’une (ou d’un) inconnue. Et je masculinise à dessin la question car c’est un autre tabou, le viol masculin. D’une part scellé par la honte de l’acte lui-même (comme chez toute personne violée) que par la difficulté à l’assumer pour un hétéro ou un homo. D’autre part mis au rencard tant par le fait qu’il est moindre comparé à celui des femmes, que par l’action de ce même féminisme dogmatique et en réalité masculinisé. Et puis il y a la réalité du terrain également. La police ce n’est pas les Experts. Une analyse ADN est confiée à un laboratoire privé, au frais de l’enquête, or comme dans bien des affaires, si le cas n’est pas suffisamment gros, le juge d’instruction rejettera la demande de fond. Si la peine prévue est de 15 ans maximum dans les faits c’est très relatif. J’ai le cas personnel d’une amie qui s’est faite violer deux jours durant à domicile, qui a été contaminée par le virus du Sida dans la foulée, et qui a vu son agresseur ressortir libre après un séjour de convenance en psychiatrie. Et ceci après avoir eu à faire à des policiers indifférents et limite insultants. Mais il est vrai que les parents du coupable sont des notables… De plus la procédure dure en moyenne deux ans avec ce que ça sous-entend comme remises en question, doutes et peurs. Le harcèlement de rue peut devenir commun mais une femme qui se rebiffe ça passe moins. Une relation pour avoir osé faire face s’est fait casser le poignet, et quand elle a eu le malheur d’en faire part sur les réseaux sociaux, elle s’est fait insulter et continue de se faire insulter parce qu’elle a eu le tort de préciser que son agresseur était un bon blanc…Racisme et sexisme dans un même paquet cadeau. Harcèlement et violence dont j’ai été moi-même témoin sans qu’aucun défenseur de la femme en péril ne se lève. Et vous pourrez toujours m’avancer que la foule est lâche et indifférente, je vous défie de faire ça en Afrique, au Maroc ou à Dakar pays musulmans s’il en est, mettre une baffe à une femme mûre comme je l’ai vu ici et vous vous ferez défoncer sinon par ces messieurs au moins par ces dames. D’ailleurs si vous n’êtes toujours pas convaincu je vous rappellerais qu’une fois de plus nos députés (de gauche, un comble !) se sont distingués en rejetant un amendement prévoyant d’interdire d’exercice un élu condamné pour viol ou violence. Faisant de facto de l’assemblée et du sénat le seul lieu en France où les agresseurs de femme sont protégés… par la loi. Et un DSK de pouvoir tranquillement violer une prostituée sans qu’une partie de la population ne s’en émeuve plus que ça, pire en appelant au complot, au regret éternel quand à ce qu’aurait put être la gouvernance de ce pervers en lieu et place de celle de demi-molle.

Médiatisation et dilution.

Comme toutes les affaires touchant à un point sensible et clivant de notre société celle-ci a connu les affres de la médiatisation, avec son lot de scandales, d’outrances, de certitudes assénées, et le concours gourmand d’une classe politique toujours plus prompte à se faire bien voir de ses employeurs, nous, qu’à faire son travail. Dans le rapport ambigu et conflictuel qu’entretient depuis toujours état et justice en France, justice de cour et cour de justice, et particulièrement dans un contexte toujours plus dégradé depuis le début de l’état d’urgence, les décisions des uns ont des conséquences dont on pourrait se passer. Ainsi on peut aisément voir dans la décision du 24 novembre une réponse de la bergère mal aimée au berger également mal aimé. La déclaration sur la lâcheté évidente de la justice a été suivie d’un mot d’excuse du cancre de l’Elysée, d’autant bien venue que la classe politique passe régulièrement au tourniquet. Or comme nous l’a rappelé l’inénarrable Christine Lagarde ou Jérôme « les yeux dans les yeux » Cahuzac sa bonne grâce vis-à-vis de la caste dominante dépend d’un rapport tacite de non-agression. Cahuzac a plongé pour avoir fraudé sur de l’argent personnel et osé mentir à ses « amis » alors qu’il n’a jamais été grand-chose, là ou au contraire, participant à un détournement massif d’argent public au profit d’un repris de justice multi récidiviste, la puissante Madame Lagarde a été dispensée. Ce qui l’autorise apparemment à déclarer sans complexe qu’il faut s’atteler à la lutte contre les inégalités dans un ensemble Dior du meilleur goût pour qui aime les vieilles en habit de croquemort à paillette. Or sans la grâce du premier magistrat de France, celui censé garantir l’indépendance de la justice, Madame Sauvage n’aurait été libérable qu’en 2018 ce qui fait au total pas mal d’année de prison depuis 2012 et onze mois de préventive pour une personne qui a cherché à mettre fin à son martyr. Or cette dilution des décisions, cette dispersion du discours, ce battage qui finalement ne satisfera que les féministes de pacotilles et les hystériques de la victimisation va surtout avoir pour conséquence d’endormir les uns et les autres dans l’autosatisfaction que justice a été rendue pendant que des tribunaux surchargés rendront des décisions hâtives. Pendant que le budget de la justice française est équivalent à celui de la Moldavie, 37ème sur 43 pays européen. Or je rappel ces chiffres, 223000 femmes victimes de violences conjugales, 75000 viols pour l’année 2016, pas même 13000 plaintes enregistrées, 206 viols par jour. Le 24 novembre dernier, alors que Jacqueline Sauvage était renvoyée en cellule, la 68ème femme de l’année était tuée par son ex conjoint.

En attendant bonne et heureuse année madame, à vous et à vos filles, et bon courage pour vous reconstruire.