L’Amérique ce fake news

En préambule et avant que l’on me fasse un procès en anti américanisme primaire j’aimerais éclaircir deux choses, d’une je suis un enfant des années soixante, élevé dans le mythe d’une Amérique triomphante. Mon héros enfant s’appelait John Wayne et pas une seconde durant toute la Guerre Froide je n’ai remis en question le conte de fée imposé par la Pax Americana sur la moitié du monde. De deux je me suis rendu sur place il y a une trentaine d’année, j’ai baigné comme nous tous dans la culture américaine et peut-être plus que nous tous puisque ma cinéphilie m’a entrainé à voir quantité de films américains, à en constater l’évolution funeste, à en admirer certain de ses plus grands auteurs. Mais aussi mes goûts littéraire qui ont longtemps été presque exclusivement américains. Comme tout le monde je suis fasciné par l’Amérique, ses paysages, sa folie, et même son histoire parce qu’elle n’est fabriqué que de violence et la violence fait de bonnes histoires. Les américains plus encore que n’importe qui l’ont compris depuis longtemps.

La violence fait de bonnes histoires parce qu’elle engage des passions, une geste, une cause, bonne ou mauvaise. Elle bouleverse, renverse et bâtit aussi. L’Amérique a bâti son histoire sur cette violence. Il y a eu d’abord la guerre d’indépendance, puis la guerre de sécession et tout du long, sporadique ou en continue, les guerres indiennes. Puis la guerre contre les espagnols à Cuba, la guerre au Mexique, aux Philippines, dans les Caraïbes, en Chine, etc… bientôt deux cent cinquante ans d’existence et guère plus de vingt ans de paix, et encore…. L’Amérique a un casque sur la tête et elle ne le quitte même pas pour dormir. Et tous les américains sont élevés, dressés, avec pour seul horizon cet imaginaire guerrier. Regardez comme Hollywood glorifie la guerre, comment les médias magnifient les militaires, le drapeau et leurs « sacrifices » comment les guerriers, soldats, espions et tueurs sont constamment représenté dans la culture pop américaine. Pourquoi imaginer qu’une organisation comme Daesh plus particulièrement maligne que tout le monde dans sa propagande ? Puisqu’ils ont adapté et copié la propagande américaine à leur cause avec force spectaculaire. Force violence, explosion, musique ronflante, message simple promettant toujours des absolus. Je ne m’intéresse pas à la propagande de Daesh mais j’ai baigné dans celle américaine, et combien de fois j’ai pu entendre que l’Amérique défendait la liberté dans le monde, la démocratie, la justice ou que Dieu était avec elle ? Et cette propagande et tellement rentré dans les mœurs du monde et dans l’ADN des américains eux-mêmes qu’ils le répètent sans le moindre recul, sans le moindre doute qui au Pentagone, à la Maison Blanche, à la CIA et bien entendu dans les médias, américains ou européens. Car nous avons pris le pli de la colporter, particulièrement en France où l’intransigeance d’un De Gaulle n’a connu d’équivalence que la compromission de ses successeurs. Et tout le monde, en Europe, en Amérique même, et maintenant dans le monde a pour ambition de devenir cet américain des publicités et des films, cet américain qui n’existe pas d’un pays qui n’est en réalité bâtit que sur du vent, de l’esbroufe, un mensonge.

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Le rêve américain ou l’opium des consommateurs.

Le terme a été inventé en 1931 par l’écrivain et historien James Tuslow Adams et définissait l’accès aux libertés fondamentales et à l’ascension sociale par le mérite. L’Amérique éternelle terre d’opportunités infatigables offrira gloire et fortune à tous ceux qui mettront les mains dans le cambouis. Promis juré. Le culte protestant du travail et du mérite, de la sueur et du droit que doit conférer la richesse. Car si j’ai de l’argent c’est que j’ai réussi et si j’ai réussi c’est donc que Dieu est avec moi, que je suis un exemple à suivre. Et qu’importe au fond les moyens. L’Amérique admire à égalité ses voyous et ses génies, et transforme tous ses bandits en légende, de Billy The Kid à Henry Ford. Et elle en est à croire tellement à sa propre mystification qu’elle en vient à confondre un personnage de télé réalité avec un homme d’état, qui s’appuiera tout au long de sa campagne sur l’affection que les américains portent aux voyous, aux démagogues, aux caractères violents. Donald Trump ne communique pas, il balance des punch lines plus ou moins médiocres et qui révèlent essentiellement son infantilisme. Mais l’essentiel c’est qu’il marque les esprits. Cinq ans d’outrances et de menaces ? A voir puisqu’il n’est là après tout que pour la galerie d’un état profond qui a totalement perverti ce droit au bonheur légitimé par la constitution de 1776 pour en faire ce fameux rêve américain, un songe creux dont personne ne semble réaliser qu’un rêve, par définition, c’est dans la tête et seulement dans la tête.

C’est au fond Sigmund Freud et ses découvertes qui a empoisonné ce droit au bonheur pour le transformer en en droit du consommateur. Ou du moins son neveu Edward Bernays, publiciste austro-américain et rien de moins que père de la propagande moderne. En s’appuyant sur les recherches de son oncle il fera fumer les femmes, renversera des gouvernements, fera élire des présidents, adopter des politiques et à vrai dire bouleversera totalement la société américaine à son insu. Le père de l’ingénierie du consentement, l’inspirateur de Goebbels qui le citera au cours d’une interview. Au reste si on compare la mise en scène d’un rassemblement nazi et d’un rassemblement militaire américain, il n’y a guère de différence que dans les salut et les drapeaux, et je parle ici non pas seulement d’image mais même d’idéologie. L’Allemagne d’Hitler défendait le Lebensraum, l’espace vital, celle de Théodore Roosevelt défendra le Destin Manifeste. Mais peut-être est-ce les racines allemandes de nombreux américains puisque ce concept de lebenstraum est antérieur à l’Allemagne d’Hitler. Les nazi exaltaient la jeunesse, la force, le déterminisme, l’Amérique a exactement les mêmes valeurs Et quand Hitler enivrait les foules de ses discours de haine il n’y mélangeait pas moins le même cocktail de menaces et d’exaltation, d’appel à la liberté, à la force et au courage et du droit des allemands à gouverner le monde, qu’un président américain moyen en exercice. Bien entendu le motif de haine n’est plus le juif puisque le juif par la grâce d’Hitler est devenu un intouchable un saint, dans la fiction américaine. Il a été communiste, il est musulman, il menace ou menaçait la liberté et la sécurité du monde et pour votre bien nous allons dépenser 657 milliards de budget militaire dont une bonne part aujourd’hui au-dessus de vos têtes, invisible, inconnu et foutrement dangereux, on y compte bien.

Pour autant c’est bien la monstruosité du régime nazi qui a fait paniquer les dirigeants américains, de la Maison Blanche à Goldman Sach. Paniquer devant l’irrationalité des foules qu’il faudrait désormais veiller à canaliser, discipliner, en un mot contrôler, par la marchandise, reliant la dites marchandise à des valeurs « positives » l’expression du moi comme forme de bonheur, seule liberté, j’ai donc je suis, je suis donc j’ai droit, et pour avoir il faut que je travaille et me conforme. Et pourquoi pas me conformer puisque je peux acheter ce que je veux, puisqu’il y a du travail si on retrousse les manches, puisqu’après tout, tout le monde le fait. C’est l’Amérique des années 50, la même qui depuis 1865 fait comme si les noirs n’existaient pas que l’Amérique était uniformément blanche, et peut-être la même au fond aujourd’hui si on regarde ce qui s’est produit à Charlottesville, Compton, Watts, Baltimore, dans les années 60, à la Nouvelle Orléans pendant Katrina, dans toute l’Amérique après Rodney King. Ces noirs indociles, incompréhensibles, qui n’obéissent pas à l’injonction implicite du rêve américain ou le droit au bonheur devient un devoir exclusivement circonscrit à certaines valeurs impulsives comme se reproduire, fonder une famille, avoir de l’argent, manger, manger à satiété et au-delà… où implicitement on ne parle plus jamais de citoyen mais de consommateur. Et où donc forcément une population composant 40% des prisons américaines, où l’espérance de vie est dans certain quartier moitié moins importante que dans un quartier blanc, où le crack, introduit sciemment par une administration dévoyée, a ravagé une génération au complet de l’ouest à l’est, ne peut se sentir concerné. Ni même par l’existence supposé de ce rêve, ni par son accès. Obama me direz-vous ? De la poudre aux yeux pour les bobos.

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Le mensonge du melting pot.

La première et seul fois où j’ai débarqué à Chicago, je logeais chez des amis à mes parents, blancs tout comme moi. Leur rue était bien délimitée, d’un côté des maisons coquettes occupées par des blancs, de l’autre des  maisons moisies occupées par des noirs, c’était dans les années 80. Les Wasp n’ont jamais supportés, par principe, tout ceux arrivé après eux. Comme le raconte Gang of New York et tout le récit de la formation des mafias et autres gangs d’Amérique, la même histoire se répète. Celle d’une vague de migrants contre une autre, précipitées par le puritanisme et le rejet des premiers arrivants qui après avoir massacré les premiers occupants comptaient bien garder leur royaume rien que pour eux. Les italiens furent également les nègres de l’Amérique, tout comme les chinois, les irlandais, les juifs d’Europe de l’est. Et à chaque fois l’Amérique Wasp réagit à cette nouvelle vague d’arrivant par la répression et la violence. Les premières lois sur la prohibition de l’opium, en 1887 à San Francisco visait la communauté chinoise. Allemand et japonais furent systématiquement interné pendant les deux secondes guerres mondiales, et le maccarthysme, cette usine à fantasme inventés par Hoover, visait notamment les étrangers. Les étrangers et globalement tous ceux que John Edgard le travelo considérait comme déviant, juif, noir, homosexuel… Mais les noirs ont ajouté à ce supplément d’âme pour des protestants qui est la culpabilité. En rompant les chaines de l’esclavage l’Amérique Wasp ne pouvait faire face à ces millions d’individus importés, maltraités, battus, castrés, pendus, vendus comme du mobilier pour bâtir cet empire naissant. Alors elle les a ignorés, et quand les noirs se sont soulevés elle a tué ses leaders. Aujourd’hui l’Amérique Wasp leur a accordé Barack Obama, les droits civiques, des montagnes d’or pour capter l’industrie du divertissement de Sammy Davis Junior en passant par Tupac, Will Smith ou Prince. Et l’espérance de vie d’un noir est pourtant 7% inférieure à celle d’un blanc en 2018 tandis que 50% des jeunes noirs pensent qu’ils ne dépasseront pas 35 ans. C’est la fabrique à consentement, le rêve américain. Celui qui consiste à faire croire et se faire croire que les choses ont changé dans les têtes parce que qu’Obama a eu le prix Nobel.

Ce rêve, comme tous les rêves, se tisse de légendes. Tout est transformé, magnifié, de tout il faut tirer une gloire, de rien il ne faut prendre de leçon, il ne faut comprendre, accepter, voir, comme ces camés, ces alcooliques qui refusent d’admettre leur addiction ; Comme des enfants effrayés par le noir et qui s’inventent un ami imaginaire. Pour l’Amérique ce sera Ronald Reagan, Donald et Mickey, Walt Disney, William Randolph Hearst ou Bonnie and Clyde. Et quand les choses finissent par la dépasser que sa volonté de diriger le monde rejoint son incompétence à le faire, elle se fabrique des supers ennemis, la drogue, les noirs, le communisme, Ben Laden, l’Islam, le terrorisme. Des supers ennemis pour des combats perdus d’avance parce qu’on ne l’emporte jamais sur les chimères. Des catalyseurs en réalité sur lequel l’Amérique marchande compte pour conserver son pouvoir. Car après tout comme le dit l’écrivain noir américain James Baldwin, blanc ça n’existe pas, blanc c’est seulement le symbole du pouvoir. Il n’y a pas de pouvoir blanc pour le redneck de l’Alabama, il n’y a en réalité que Wall Street.

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La fabrique à mensonge.

Tout le monde connait cette statue, en réalité immonde de gigantisme pompier, elle termine le film de Stone, JFK, celle d’Abraham Lincoln, avec sa barbe de pasteur méthodiste qui regarde droit vers le Monument Washington, ses mains gigantesques posées sur ses cuisses comme un bon père invitant les petits sur ses genoux. Cette statue comme le mythe entourant tant la guerre de sécession que la personne de Lincoln a fait croire à une Amérique abolitionniste contre une Amérique raciste, une Amérique du progrès, celle qui a voté Obama dans l’imaginaire européen et français contre une Amérique attardée et forcément d’extrême-droite du sud blanc. Le fameux redneck dont le monde entier se moque grâce à la vision complaisante et méprisante qu’en donne la bourgeoisie américaine. Celle du sud rural, de la Bible Belt, la majorité mugissante des mall et des show d’Oprah Winfrey, de la malbouffe et du patriotisme primitif, de Trump. Mythe qui a d’autant rejailli sur Lincoln lui-même qu’il a été assassiné lui conférant l’indispensable aura des martyrs. Oubliant dans la foulée que Lincoln n’était initialement pas pour l’abolition de l’esclavage, que le gros des troupes qui se battait dans le sud ne le faisait certainement pas pour le maintien de l’esclavage vu que la plus part étaient à la limite eux-mêmes de l’esclavage, paysans pauvres qui craignaient pour leurs emplois, leur existence même au rebus de la société de l’époque. Et qu’enfin la politique d’une acre et une mule pour tous les noirs qui se rangeraient au côté de l’Union n’avait en réalité que pour but de priver le sud de main d’œuvre gratuite et de pousser à la révolte cette main d’œuvre. Une tactique de déstabilisation plus qu’une mesure humaniste. Mais bien entendu il en est ainsi de tous les pays. La France perdure sur ce mythe du « pays des droits de l’homme » en dépit de la guerre d’Algérie et d’Indochine, de l’empire coloniale, du massacre des vendéens, de la France Afrique, ou de la collaboration. Sauf qu’aucun pays n’a entièrement bâti sa légende sur une suite ininterrompue de mensonge, à l’exception de l’Amérique.

Quelques exemples. Toute la carrière de Hoover va démarrer et s’enrichir en mythe dès les années 20/30 tant avec la mort de bandit célèbre comme John Dillinger ou Bonnie and Clyde ou l’arrestation du parrain de Chicago Al Capone. Alors que le FBI n’a jamais eu aucun rapport avec ces morts ou l’arrestation de Capone, que Hoover refusa personnellement la candidature d’Eliott Ness, que les seuls qui n’agirent jamais contre la mafia furent des juristes et des policiers indépendants du FBI, qu’il faudra attendre Bobby Kennedy pour que le FBI enquête enfin sur une Cosa Nostra dont Hoover nia l’existence jusqu’à la réunion d’Appalaches en 57. Edison passe pour être l’inventeur de l’électricité et Westinghouse de l’air conditionnée alors que l’un et l’autre doivent leur fortune à un inventeur fou et polonais, Nicolas Tesla, qui ne tira jamais le moindre bénéfice véritable de ses pas moins 300 inventions. Sorte de Léonard de Vinci autiste de la technologie, l’art en moins, Tesla est devenu au fil du temps le mythe des geeks et des conspirationnistes qui lui prêtent la paternité de projet grandiose et mégalomane comme le projet Haarp ou ce laser ultra puissant que construit l’armée et qui aurait la capacité de détruite un satellite depuis la terre. John Wayne a bâti la totalité de sa carrière sur le patriotisme, l’héroïsme américain, la patrie des braves, la gloire de la politique américaine d’Alamo aux Bérets Verts. Tellement symbolique, incarnant tellement bien cette figure masculine et paternelle, sorte de Monument Valley à lui seul que Staline tenta de le faire assassiner pas moins de trois fois. Alors que Wayne a soigneusement évité de s’engager dans les forces armées en 41 pour ne pas handicaper sa carrière, ce que lui reprochera toujours John Ford. Et ainsi d’incarner toutes les figures héroïques laissées vacantes par ses collègues masculins partis distraire les troupes ou se battre, au point de devenir la figure de référence. Comme Reagan est devenue une référence en incarnant l’American Way of Life dans les publicités General Electric. Ce paternaliste connard qui faisait la morale aux « indiens » et que l’Amérique a dispensé de grandir. Comme elle-même s’est dispensé de le faire. Wayne mourra symboliquement dans le Dernier des Géants et dans True Grit en héros vieillissant et insoumis, joyeusement alcoolique comme il sied à tout bon mâle américain. Il n’aura jamais de compte à rendre aux « indiens » du massacre de Sand Creek ou de Wounded Knee, ni aux deux millions de morts vietnamiens ni aux mexicains qui crèvent dans les maquiladoras à la frontière de l’Alena et des Etats-Unis, d’Alamo, Texas. Cette même bataille présentée par Wayne comme formule ultime de la bravoure américaine, alors qu’Alamo, historiquement, est surtout le témoignage de leur rapine, d’une colonie implantée de force en territoire mexicain et chassée par la force avant que cette portion du Mexique ne devienne Texas.

Car c’est là toute l’habileté des américains, et c’est sans doute la première, leur art consommé du marketing, de transformer un échec, une disgrâce, une injustice américaine en conte de fée moral et magnifique. Combien de films américains pour pleurnicher sur le « terrible-traumatisme-de-la-guerre-du-Vietnam » comme si celle de Corée avait été une partie de plaisir pour ses vétérans. Combien de film en échange pour parler des millions de victimes vietnamiennes, cambodgiennes, laotiennes ? Et quand elle en parle c’est pour dénoncer les charniers de Pol Pot et glorifier l’indéfectible amitié entre un journaliste américain et son guide cambodgien. Le mythe colonial revisité. Comme si l’héroïsme d’un personnage de fiction ou de deux êtres d’exception pouvait racheter le fait que Pol Pot est le résultat objectif de la guerre du Vietnam et de la colonisation à l’américaine. Et ainsi il en est de toute les guerres modernes de l’Amérique hollywoodienne, la seule finalement que reconnait le public et fini par assimiler à des réalités historiques, comme le D Day, le débarquement en Normandie. Dans l’imaginaire français et européen c’est l’annonciation, le 6 juin 44, le jour où les braves sont venus bravement se faire massacrer pour nous sauver du joug nazi. Mythe qui a tellement perduré que l’Amérique elle-même le ressort à heure dite selon les besoin de son calendrier militaire. Et comme il n’y a rien de mieux qu’un film pour souligner les actes de bravoures, des années 50 à Spielberg et Eastwood, des kilomètres de pellicules sur ce seul sujet, tous soulignant la bravoure, l’héroïsme, le courage, qu’il fallait ou qu’il faut pour aller au feu, se battre pour une cause auquel on croit ou pour laquelle on est obligé. La Pax Americana ne se contente pas de faire la propagande de son pays, elle fait propagande d’un mode de pensée. Et dans ce marasme de virilité et d’honneur, de fantasme de courage, et de bravoure de fiction, un seul réalisateur ne parlera jamais de la guerre tant du point de vue de sa crasse qu’autrement que du seul « trauma » du soldat américain, Sam Peckinpah avec Croix de Fer. Dans la foulée donc, oublier les 50 millions de morts russes, Stalingrad, Moscou, Leningrad. Oublier la famine à l’est, oublier Staline qui du bout de son long fusil obligea son peuple à se battre jusqu’à la mort. Oublier que tactiquement juin 44 n’aurait jamais été possible sans l’ouverture d’un deuxième front et surtout la ténacité des seuls russes. Oublier surtout, et c’est le plus important, que Ford inspira Hitler, que IBM fourni les fiches perforées et les méthodes de calculs qui organisèrent les camps, que les pétroliers américains fournirent l’Allemagne nazi en carburant de substitution, et les financiers en fond sans qu’aucun ne soit jamais traduit à Nuremberg. Oublier que le cinéaste favori d’Hitler était Walt Disney et le maitre à penser de Goebbels un publicitaire américain qui fabriqua la psyché américaine de l’après-guerre. Oublier que Klaus Barbie fut exfiltré et protégé avec l’aide de la CIA comme Wernher Von Braun ancien SS et père du programme Appolo et du V2. Oublier que le débarquement en Sicile n’aurait jamais été possible sans les accords que l’armée avait pris avec Cosa Nostra aux Etats Unis à travers Lucky Luciano et que c’est sur cette même mafia que l’Amérique se reposa longtemps pour faire régner son ordre dans l’Italie de l’après-guerre. Oublier enfin que le père de JFK n’était pas seulement un ancien comptable de la mafia, mais également un partisan d’Hitler ce qui lui valut des ennuis avec Roosevelt, ou que Auschwitz ne fut pas bombardé, alors qu’on savait ce qui s’y passait parce que l’on estimait que l’objectif n’était pas prioritaire. Et ainsi à l’identique de toute leur guerre.

L’Irak implose, plus de neuf millions de morts rien qu’avec l’embargo ? L’Amérique oscarise American Sniper et en fait des tonnes sur les traumas de leurs vétérans que par ailleurs elle abandonne dans ses rues. La plus grande densité d’enfants handicapés au monde dans le seul Vietnam, 6 millions de tonnes de bombes balancées pendant dix ans, dont 300.000 sur la seule Plaine des Jarres au Laos, et de Stanley Kubrick à Oliver Stone une longue litanie de pleurnicheries sur la guerre ou la machine à tuer américaine.  Les cent mille morts des guerres des cartels, la surconsommation de drogue aux Etats-Unis, les centaines de milliers de morts de la guerre à la drogue et les millions de prisonniers, si possible noirs ou latinos, enfermés pour dix ans et deux grammes de coke ? Tous traduit en image pour soit souligner le caractère impitoyable des trafiquants soit vanter leur modèle de réussite comme parallèle au mythe du self made man si cher à l’Amérique. Car l’Amérique au fond est elle-même fascinée par les voyous, les rebelles ; c’est l’expression de l’envie, et tout en même temps du dégoût qu’incarne la non-conformité aux yeux du protestant. Nullement celle de l’esprit pionnier comme le colportent ses suiveurs. Du reste si on examine l’Amérique de ce seul point de vue, du pionnier, comme disait un chef natif, il s’agissait plutôt d’une bande de foutus pillards que de pionniers.

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La contamination du monde

 Cette mystification d’elle-même, l’Amérique ne s’est pas contenté de la prolonger auprès de tous ces alliés. Ce n’est ni par hasard que tous les GI avaient des paquets de cigarettes, du soda et des chewing-gums à offrir, se transformant le temps d’une libération en VRP de l’Amérique marchande. Ni pour le seule mythe d’une Amérique triomphante que toute la culture européenne est désormais teintée de culture américaine. Il fallait, pour l’état profond qui a fait l’Amérique, son rêve, sa chimère et s’est enrichi sur le dos du monde entier, pour les bankster de Wall Street, les successeurs des empires coloniaux français, allemands, anglais, les maitres de forge du XXème et XXIème siècle du capitalisme financier, établir des ponts idéologiques, des modes de pensées commun et notamment l’art consommé de la mystification, de la propagande, du fake news. Ce phénomène s’est amplifié en Europe avec les tenants de la nouvelle économie dans les années 90. Avec les révolutions oranges, roses, bleues, que sais je. Les chefs d’états ont assumé leur seul rôle de showman glamour, affichette pour dépliant de politique d’entreprise, représentant légale de la firme république, du consortium national, avec Tony Blair, Sarkozy, Berlusconi et aujourd’hui notre petit tyran local, Macron 1er. Et dans une même démarche qu’aux Etats Unis tous les états d’y aller de leur mystification nationale. Ici le pays des droits de l’homme donc mais également la France résistante, le martyr juif qui par un effet pervers devient le roman français par lequel ce pays se fait systématiquement plus philosémite qu’un rabbin sioniste Ashkénaze chaque fois qu’il se sent plus antisémite qu’un antidreyfusard.  Et enfin le patronat, l’entreprise, glorifié, défendue avec l’éternel antienne qu’ici on n’aime pas les riches, que les français sont jaloux de la réussite, alors que comme partout ailleurs on a d’yeux et d’oreilles que pour les célébrités d’où qu’elles viennent et quelques soit les raisons de leur célébrité, gros nichon et tête creuse ou talent pour pousser un ballon. Dans le même pays où on s’est empeigné pour des vers où des centaines de milliers de badauds pleurèrent à l’enterrement de Victor Hugo…

L’Amérique, disait Oscar Wilde, est ce pays qui est passé de la barbarie à la décadence sans avoir connu la civilisation. Je crois surtout que l’Amérique a toujours refusé de grandir, d’admettre, de se regarder en face et se dire que son projet, aussi formidable était-il reposait sur un fabuleux mensonge, que la terre sous les pieds des américains était à eux dès lors qu’ils y avaient installé leur cabane en rondin. Qu’il s’agissait d’une terre vierge et que tout y était possible. Le péché originel du mensonge américain se trouve là, et comme chacun de ses mensonges l’Amérique a tenté le glisser sous le tapis. En le magnifiant avec la fête de Thanksgiving, par la propagande véhiculé par le cinéma, qu’il soit réactionnaire ou progressiste, par surtout le massacre, la négation des cultures natives, leur globalisation (les « indiens ») et aujourd’hui la mise au ban de la société, comme l’Amérique met au ban tous ceux et celles qui ne se conforment à sa propre mystification, qu’il s’agisse des pauvres, des vétérans, et de tout étranger victime de sa politique et donc de facto susceptible de discuter non pas de la dites politique mais du goût du soda qu’essaye de faire avaler l’Amérique au monde entier. Qui peut décemment croire qu’une nation qui s’arme à hauteur de 657 milliards et arme le monde à 80% a autre chose que des intentions belliqueuses, la paranoïa redoutable et la gâchette facile ?

L’inconvénient majeur de cette mystification sur elle-même comme sur le monde s’est qu’elle s’est prorogé par la marchandise. L’Amérique s’est gavé de sucre, d’objet de confort, de fabrique d’inutile, de bouffe facile et pas cher, pour oublier le vide objectif qui berce l’existence d’un américain moyen et que traduit l’appétit gargantuesque des mêmes américains pour les drogues, de l’alcool aux métamphétamines. Que la marchandise comme cette sanctification protestante du travail et de la réussite financière, de la productivité et du productivisme, et qui rejoint l’élan confucéen de la Chine pour cette même réussite, ce même respect de la conformité, a totalement contaminé le monde et est en train de le conduire à sa perte, si ce n’est pas déjà trop tard. C’est la folie du crédit d’une Amérique consommatrice qui a déclenché la crise de 2008, c’est la philosophie du mérite qui pousse les étudiants américains à ouvrir des crédits faute de bourse et qui va prochainement nous faucher lors d’une nouvelle crise économique. C’est ce productivisme effréné, le pied à fond sur la pédale d’accélération qui envoie les ours polaire aux poubelles de l’histoire. Et la seule chose que retiennent désormais les états de la fonte polaire c’est qu’ils vont pouvoir encore plus jouer les termites et exploiter encore, dix, vingt, trente ans les dernières réserves d’un songe. Pas le nôtre, pas celui de monsieur tout le monde qui espère tout au plus manger à sa faim et sourire une fois dans sa journée, non le rêve de l’Amérique des années 50, comment elle voyait déjà le futur. A coup de conquête spatiale, de super technologie, de ville formidable. Il lui faut son rêve à cette Amérique là, absolument, envers et contre tout, et le monde doit le lui donner, sans quoi ça signifiera qu’elle s’est trompé de bout en bout, que tout ce qu’elle s’est raconté pendant trois cent ans n’était qu’un vaste mensonge. Et c’est insupportable. Alors tant pis si les métaux rares commencent à manquer, tant pis si les réserves de pétroles et d’eau commence à engager des guerres et des déplacements de population, que les terres arables se font de plus en plus rares, peu importe du moment que le monde, le présent et l’avenir se conforme au rêve américain.

On compare souvent la Pax Americana et la civilisation américaine à la paix romaine, à l’empire qui dirigea la moitié du monde quand l’Amérique n’en faisait pas encore partie. On a tort. La chute de l’empire romain n’entraina pas la chute du monde, j’ai bien peur que cela ne soit pas le cas quand le rêve américain implosera comme une bulle de savon.

 

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Théorie d’un complot ou coup d’état mode d’emploi 2ème partie.

l y a deux erreurs avec la Théorie du Complot, la première c’est d’en voir partout, la deuxième c’est d’en voir nulle part.

Frank Lepage.

 

Pour expliquer l’échec des démocrates à mettre fin à la guerre, je dis : ce sont les mêmes raisons qui ont empêché le président Kennedy d’arrêter la guerre du Viêt Nam. Ceux qui possèdent véritablement le pouvoir sont ceux qui ont le capital le plus important. Et puisque le système démocratique permet aux grandes entreprises de soutenir les candidats à la présidence, on ne peut s’étonner – et on ne s’étonne pas – de l’échec des démocrates à arrêter la guerre (…) Vous sacrifiez vos soldats aux grandes entreprises

Oussama Ben Laden.

 

Nous savons que notre programme de désinformation est complet quand tout ce que croit le public américain est faux.

William Casey

 

Avant d’entamer la question qui fâche et qu’il est strictement interdit d’aborder en France sous risque d’être traité de conspirationniste, un autre mot pour dire malade mental, j’aimerais revenir à un autre 11 septembre, celui de 1973, quand le général Pinochet s’empara du pouvoir, instaurant pour longtemps une dictature sanguinaire. Il y a deux constante que l’on retrouve dans ces évènements, l’implication indirecte ou directe du renseignement et du monde des affaires à travers entre autre ITT pour le Chili et l’usage autant de l’outil religieux  que d’un outil de coercition de nature fascisante. En 2001 l’Islam radical, en 1973 l’extrême-droite catholique et les conservateurs chiliens autant que les supplétifs survivants du régime nazi.

Une constante religieuse et fascisante, et le recours aux anciens cadre du régime nazi, dans l’organisation de la répression en Amérique latine (et par ailleurs également du trafique de drogue) à travers notamment Klaus Barbie, le Boucher de Lyon ou l’Ecole des Amériques. Constante qui va se généraliser autant en Amérique du sud et centrale qu’en Europe, notamment à travers l’Opus Dei ou le programme Gladio qui va notoirement se reposer tant sur la mouvance fasciste survivante en Europe, les catholiques ultra, que la grande criminalité comme la mafia sicilienne. Le courant néo conservateur qui interagit avec les intérêts américains depuis la fin des années cinquante ne cache aucunement ses ambitions ni ses intentions contrairement à ce que pensent les conspirationnistes. Il suffit de se pencher sur la continuité de son œuvre, à travers les acteurs de son histoire. On notera donc ici que dans le cadre de la Guerre Froide il n’a jamais été question d’instaurer une démocratie dans les pays menaçant de basculer du mauvais côté de la Force. Système démocratique qui est désormais pourtant invoqué pour justifier la moindre intervention extérieure. A l’ère des dictateurs succède une autre forme de fascisme, celui de la surveillance globale et des démocraties molles en état d’urgence et de schizophrénie sociaux-religieuse permanent.

 

Rats bleus.

Voir des rats bleus : Loc. –Parce que cet animal ressemble étrangement à une taupe, cette expression désigne à la DGSE l’accident psychologique par lequel un fonctionnaire stressé ou un stagiaire va voir des ennemis partout. Le livre des espions. Bruno Fuligni

Cry-wolf syndrome : Loc – Anglicisme désignant par référence au conte enfantin, le danger de « crier au loup » trop souvent, ce qui a pour effet de lasser l’opinion et l’amener à sous-estimer une menace. Une méthode classique de déception consiste en effet à provoquer chez l’adversaire une série d’alertes sans suites, de sorte que le pays réagisse avec mollesse et scepticisme le jour où se déclenche une opération destinée à le mettre vraiment en péril. Le livre des espions

Déception : N.f.- Technique consistant à induire l’ennemi en erreur par des falsifications de la réalité, il s’agit de l’amener à prendre des décisions préjudiciables à ses intérêts. On « fait de la déception ». Le livre des espions.

 

Dans la Compagnie, son roman sur l’histoire de la CIA, le journaliste Robert Littell, oppose un maitre-espion du KGB à James Jesus Angleton, chef du contre-espionnage et ami personnel de la taupe Kim Philby. Suite à la trahison de ce dernier, qui sera un véritable électrochoc pour le maitre espion américain, son homologue russe s’ingéniera à l’intoxiquer avec une série de défecteurs, officiers du renseignement ou de l’armée soviétique. Certain véritables, d’autres là pour induire Angleton en erreur et développer sa paranoïa. Ceci afin d’occulter le cœur d’une opération financière de masse visant à déstabiliser l’économie américaine. Si le personnage du maitre-espion du KGB, sorti de l’imagination de son auteur, est inspiré d’un authentique salopard de l’ère stalinienne (tortionnaire et pédophile) la stratégie employée a bien conduit Angleton au bord de la folie, jusqu’à son éviction de la CIA, et lancé l’agence dans une de ces purges meurtrières dont elle a le secret. Cette stratégie va non seulement mettre durablement à mal le renseignement américain mais également européen. Un excellent film des années 70 relate cette question, le Serpent avec Yul Brunner dans le rôle titre.  Le renversement de l’économie américaine par l’usage massif de fond secret était également dans les projets du KGB, mis en déroute par l’effondrement du système soviétique. Ce projet était lui-même inspiré d’une opération de l’Abwerh durant la seconde guerre mondiale, visant l’économie anglaise par le poids de la fausse monnaie, et faisant appel à des faussaires juifs. L’analogie que développe l’auteur tout au long du roman à propos du renseignement est celle du palais des miroirs dans Alice au Pays des Merveilles. Un jeu d’apparence et de faux semblants renvoyant les services à eux-mêmes et à leur fonctionnement. Puzzle Palace, le Palais des Mystères est justement un des surnoms donnés à la NSA par l’auteur James Bamford.

Dans le cadre du 11 septembre, comme du reste du 13 novembre, ou dans l’affaire Merah par exemple, le moins qu’on puisse dire c’est que les alertes n’ont pas manqué. Même si pour des raisons différentes mais parallèles ces alertes n’ont pas été entendues. Toutes ces opérations ont également fait l’objet d’innombrables interprétations conspirationnistes avec cette vertus de disperser complètement le discours, lui donner une tonalité générale de folie collective, émousser les parties les plus saillantes et les plus évidentes du complot au profit de théorie confuses et contradictoires. Tout cela, pour le 11 septembre, en s’appuyant sur le rapport faussé rendu au terme de l’enquête sur l’attentat. Rapport occultant ou minorant à la fois l’implication de l’Arabie Saoudite et de l’agent double voir triple Ali Mohammed, de la rupture dans le protocole de sécurité peu de temps avant l’attentat au Pentagone, la connaissance par une cinquantaine d’agents de la CIA de haut niveau de la présence de terroriste connu sur le territoire américain, du silence radio au sujet de la réunion de Kuala Lumpur où tout se décida. La disparition mystérieuse de plusieurs milliards de dollars des compte du Pentagone, du délit d’initié relatif aux compagnies aériennes impliquées, le silence de Washington en dépit des alertes, la ressemblance avec l’opération Bojinka imaginé par le « génial » artificier Ramsi Yousef dans les années 90, instigateur du premier attentat contre le World Trade Center et qui se trouvait à la même date aux Philippines avec un autre extrémiste d’une autre mouvance visant également le gouvernement américain : Terry Lynn Nichols. Vétéran de l’armée américaine, et complice de Timothy Mc Veight l’auteur revendiqué de l’attentat contre le FBI à Oklahoma city (affaire loin d’être claire et qui ne se limite pas à la seule mouvance des fascistes américains). Attentat qui emploiera des systèmes détonant identique à ceux employés par Ramzi. Cet ensemble d’informations est disponible non seulement en open source mais n’est pas le fruit des élucubrations des conspirationnistes mais des enquêtes des services de renseignements eux-mêmes. Et surtout l’éviction tout à fait opportune du programme de surveillance informatique des métadonnées imaginé par le directeur technique de la NSA Bill Binney, par la direction de la NSA elle-même, sous la pression des lobbys de la sécurité privée. Le tout au profit d’un autre programme, globale celui-là, inspiré lui-même du programme Shamrock, déjà mis au point par la NSA et ses prédécesseurs et qui consistait à surveiller tous les télégrammes entrant et sortant aux Etats-Unis. Si le système Thinthread imaginé par Binney ciblait spécifiquement les relations numériques entre les terroristes, le projet qui sera mis en place noiera les analystes de la CIA et de la NSA sous une tonne d’informations souvent parfaitement inutiles et pour tout dire intraitables. Un programme global de surveillance inefficace que les Etats-Unis parviendront tout fois à faire adopter par les anglais et les européens en général, à travers le financement industriel du domaine de la surveillance de masse en Europe et les choix législatifs des gouvernements.

S’il est difficile de penser que la vague conspirationniste soit le fruit d’un plan ourdi par qui que ce soit, il est parfaitement certain qu’il sert au contraire les intérêts de ceux que les conspirationnistes entendent dénoncer. Comme le fait remarquer Assange : Cela m’agace constamment que les gens soient distraits par de fausses conspirations comme celles entourant le 11 septembre, alors que nous fournissons des preuves de réelles conspirations concernant la guerre et la fraude financière. Car, non je suis absolument désolé pour ceux qui espéraient ici voir défendu les thèses autour des explosifs ou de l’effondrement du WTC7, je ne crois pas une seconde que les attentats aient été organisés par une autre sphère que celle de Ben Laden, ni qu’un missile a défoncé le Pentagone, ni en l’utilisation de mystérieux explosifs, ni d’ailleurs aucune présence d’une organisation tentaculaire et globale formellement constituée au-delà d’Al Qaïda. Mais beaucoup plus simplement à la nature parfaitement opportuniste du complexe militaro-industriel. Si l’attentat n’a pas été empêché, alors que le programme Thinthread et les diverses alertes tant de la France que des services égyptiens, ou de l’ancien agent de la CIA Robert Baer ainsi que celles cités précédemment, auraient largement pu le permettre, il ne faut pas voir là, à mes yeux, le résultat opportun d’une gabegie dans l’organisation de la sécurité américaine, mais l’occasion toute trouvée pour instaurer le projet néo conservateur. Ceci non seulement dans le but d’orienter et de suborner l’ensemble de la sphère occidentale dans le tout sécuritaire, et une nouvelle forme de guerre permanente et larvée comme fut la Guerre Froide. Développer le marché de la sécurité privée et la technologie afférente, reconfigurer le Moyen Orient, et faire fonctionner la formidable machine de guerre américaine, mettre les Etats-Unis eux mêmes sous tutelle et finalement réussir là où Nixon avait échoué et Kennedy avait calé. Et il n’y a pas besoin de chercher ailleurs que dans le résultat économique de la sécurité privée dans le monde, la tournure idéologique, la confusion et l’inefficacité qui règne en terme de lutte anti terroriste et ce en dépit de moyens aussi faramineux que globaux, pour définir ce projet par la bande, en dehors de ses seules vues géostratégiques concernant l’Irak, la Libye, la Syrie et l’Iran.

La multiplication des informations, la condamnation systémique des théories complotistes par les média mainstreams, la division du discours, l’opération d’intoxication afin de justifier l’invasion tant de l’Afghanistan que de l’Irak, et le jeu de cache-cache du responsable désigné avec ceux qui tentent de l’abattre, va faire voir des rats bleus à tout le monde, service de renseignement y compris. Car soyons sérieux, comment un homme, même bien organisé comme Ben Laden a pu échappé autant de fois à la mort, alors que non seulement dans un premier temps, effrayés par la réaction américaines, les talibans eux même tenteront de le livrer (bébé refusé par l’administration Bush), mais qu’au terme d’une courte opération militaire l’Afghanistan tombera entre les mains des américains. Ce même Ben Laden qui va survivre pendant 10 ans à une recherche globale et supposément active par un des appareils les plus puissants du renseignement mondial, et qu’on va retrouver comme une fleur, suite à une écoute opportune, à une centaine de mètres d’une caserne d’officier d’élite de l’armée pakistanaise. Pakistan, allié supposé des Etats-Unis, bien connu pour son rôle ambigu tant dans son soutien aux talibans que dans celui du terrorisme, par exemple lors des attentats de Mumbaï et dans lequel est également impliqué un ponte de la criminalité organisée, Dawood Ibrahim.

Les amateurs de conspirations ont ce tort d’imaginer qu’une organisation définie, même parfaitement structurée et puissante, peut sur presque trente ans, cacher aux yeux de tous un complot d’envergure mondial. Ce qui n’a jamais fonctionné ni au temps du Cabinet Noir, ni lors du Watergate ou de l’Iran Gate, ni même au Vietnam au plus fort d’une guerre semi clandestine d’envergure. Les secrets les mieux gardés ont en général un temps de vie de cinq à dix ans. Dans les années 80, alors que tout le monde spéculait sur les responsables de l’attentat contre le pape, un ouvrage « Tueur à Gage » aujourd’hui introuvable, pointait déjà les Loups Gris, organisation paramilitaire fasciste à laquelle était attaché Mehmet Ali Agca. Ils ont également tort d’imaginer des services de renseignement uniformément orientés, les politiciens forcément corrompus et aux ordres, de croire qu’absolument tout le monde pense dans un seul sens. S’il y a bien eu coup d’état par opportunisme, s’il y a bien eut du laissé-faire, il est improbable que le Pentagone et la CIA soient parvenu à miner le World Trade Center au nez à la barbe de ses milliers d’employés. Aussi improbable que de prétendre que l’Arabie Saoudite n’a joué aucun rôle dans l’organisation de ces attentats ou que certains hauts cadres du renseignement ou de la Maison Blanche n’aient pas été parfaitement au courant du projet. Et ce pour la bonne et simple raison que c’est leur métier et qu’ils le connaissent mieux que personne. Bref croire dans une thèse absolue dans un cas comme dans l’autre, foirage généralisé de l’appareil de sécurité des Etats-Unis ou plan soigneusement ourdi par une entité supranationale formellement constituée est à mon sens inepte. Mais comme disait Nietzche : La croyance forte ne prouve que sa force,
non la vérité de ce qu’on croit.
Et après tout nous sommes au temps des nouvelles églises.

Dans ce jeu nonobstant l’habileté toute relative de Ben Laden a effacer ses traces, il me semble évident qu’on l’a laissé courir le temps nécessaire. Il meurt très exactement cinq ans après la création de Daesh et un an avant que l’organisation de l’état islamique étende son combat à la Syrie. Exactement comme le commandant Massoud est mort juste avant le 11 septembre. Sa figure tutélaire est effacée à la même époque où ses apparitions fantômes et ses déclarations n’inquiète quasiment plus personne, alors même que les services s’entendent sur le fait qu’Al Qaïda n’est plus que l’ombre de lui-même (ce qui va s’avérer dramatiquement faux). Alors même que la nature de la violence va changer, passant du meurtre de masse à l’attentat aveugle. Tout autant que la propagande des organisations terroristes. Daesh maitrisant à la perfection sa communication, et bien mieux qu’un Ben Laden qui se contentera de capitaliser sur sa seule personne en néo prophète pour lequel il se prenait sans doute lui-même.

 

Psyop

Psyop : Abr.- Contraction des mots psychological operation, désigne depuis la guerre du  Golfe toute opération psychologique de l’armée : édition de tracts, émission radiophonique, actions sanitaires ou humanitaires destinées à séduire les populations. Le livre des espions.

..D’autre part, l’accroissement en volume des forces armées et la « révolution technologique » ont eu pour effet de perfectionner le système de sécurité de l’état moderne, si bien que ses caractéristiques en font un terrain de recrutement favorable pour les organisateurs d’un coup d’état. L’armée nationale et les services de sûreté sont en général trop considérables pour constituer un corps social cohérant et uni par un commun loyalisme traditionnel…. Ce faisant, nous aurons la double tâche de convertir à nos vues quelques unités, qui participeront activement au coup d’état, et de neutraliser les autres. Cette dernière action ne signifie pas que nous devrons nécessairement les combattre : il suffira que nous les empêchions d’intervenir contre nous, pendant le temps limité que durera l’opération de prise de pouvoir. Edward N. Luttwak, Coup d’état mode d’emploi.

 

Selon les témoins du drame, trois affaires préoccupaient l’administration Bush avant le 11 septembre : la Chine, le programme dit de Guerre des Etoiles initié sous Reagan, et Saddam Hussein. Al Qaïda et Ben Laden qui avait pourtant ouvertement menacé les Etats-Unis dès l’ère Clinton ne faisait simplement pas parti des cibles prioritaires. Notamment parce que le sunnisme d’Al Qaïda s’opposait parfaitement à l’influence chiite iranienne dont un des outils militaires et politiques est comme chacun sait le Hezbollah. Ce pourquoi du reste les saoudiens approchèrent Ben Laden au début de sa carrière. Bien entendu au-delà du seul dictateur, au régime au demeurant fort mal en point, et de son pétrole, c’est la Syrie et l’Iran qui étaient visés. La nouvelle d’une attaque majeure en devenir, confirmée par de nombreuses sources désormais connues, a dû non pas être accueilli comme une calamité mais bien au contraire comme la fabuleuse occasion de renverser non seulement les Etats-Unis mais la sphère occidentale dans son ensemble, le tout en faisant subir à l’ONU le même camouflet qu’Hitler avait fait subir à la SDN. La débarrassant de facto d’une autorité déjà fortement compromise à travers entre autre la violation des résolutions par l’état d’Israël, son inertie au Rwanda ou en En ex-yougoslavie, ou simplement son financement, sous dépendance américaine. Il est d’ailleurs remarquable de voir depuis comment le fondamentalisme religieux s’est invité à la table démocratique, presque main dans la main et sans la moindre pudeur d’afficher sa plus complète compromission en faisant entrer l’Arabie Saoudite au Conseil des Droits de l’Homme alors que la même semaine de sa nomination, l’Arabie Saoudite s’apprêtait à crucifier et exécuter en place public un gamin de 21 ans. En terme d’organisation, de finance et plus simplement de risque, celui d’être découvert, il était donc bien plus profitable de s’appuyer sur un attentat majeur que de tenter de l’organiser soi-même en utilisant les artifices abracadabrant proposés par le conspirationnisme dans ce cadre.

Ainsi, s’appuyant sur l’exemple de ce nouveau Pearl Harbor que souhaitait l’aile néo conservatrice, le gouvernement Bush pu mobiliser la plus part de ses alliés, à l’exception notable et remarquée des français. Et fort de leur relation avec l’Angleterre et la servilité arriviste de Tony Blair, n’eurent aucun mal à s’appuyer sur de faux rapports, notamment mis en circulation par un irakien malin qui lui souhaitait abattre le régime de Saddam. Pendant ce temps, tout le monde s’est attaché à des détails dignes d’Hollywood au sujet du seul attentat, renforçant la thèse d’un mystérieux complot. Qui peut en effet croire qu’un passeport quasi intact soit retrouvé sur les lieux d’un attentat où non seulement deux avions de ligne se sont volatilisés mais également deux buildings de plus de cent étages. Qui peut accepter l’idée qu’avant même que son responsable revendique l’action, son nom soit sur toutes les lèvres ? Qui peut avaler qu’un des appareils militaires les plus puissant au monde n’est pas réussi à intercepter cette opération à aucun moment, alors que l’opération Bojinka fut avorté non pas par la CIA, mais la police de Manille ! Personne et c’est bien l’intérêt. C’est précisément ce qu’en terme de renseignement on appel de la déception, ici autant destinée aux autres services de renseignement qu’au public. Fausses et véritables informations mélangées, en s’appuyant très probablement sur tout l’historique et l’antériorité qu’avait le renseignement américain avec Al Qaïda, sans compter toute l’aide volontaire ou non qu’on a pu tirer d’Ali Mohamed, sorte de James Bond du terrorisme international. A la fois béret vert, officié de l’armée égyptienne, sergent dans l’armée américaine, informateur du FBI, barbouze du Hezbollah puis d’Al Qaïda et bon camarade de la CIA. Un personnage aujourd’hui tellement sulfureux que personne ne veut en parler, alors même qu’il croupit en prison aux Etats-Unis.

Quel intérêt de cette déception généralisé ? Eh bien le fameux coup d’état quoi d’autres ? Inventer une collaboration active dans la tête des gens sur la base d’une collaboration passé, c’est s’assurer de perdre absolument tout le monde puisque tout le monde courra après des lièvres qui n’existent pas ou plus. Sans compter que c’est un excellent moyen de collecter soi-même des informations. Il existe de nombreuses techniques formelles pour collecter du renseignement, je n’en citerais ici que deux. Il y a ce que Littell appelle la technique de l’appât au baryum, et celle dit du pot de miel. L’appât au baryum consiste à diffuser de manière assez confidentielle pour paraitre naturel une information sensible authentique, afin d’identifier au sein même d’une organisation par quel canal elle passe. Cette technique peut être employé à plusieurs fin, soit révéler des taupes, soit désinformer l’ennemi en empruntant ce même canal. Quand les russes découvrirent par exemple le système souterrain d’écoute qu’avaient installé les américains sous le Mur de Berlin, ils ne se jetèrent pas immédiatement dessus, ils l’utilisèrent pour intoxiquer leurs services de renseignement. La technique dit du pot de miel est un peu similaire, elle est utilisée en informatique. En utilisant un site potentiellement intéressant pour les hackers avec une faille de sécurité laissée sciemment, on peut identifier un certain nombre de pirate. En utilisant ces deux techniques dans le cadre du 11 septembre, on peut non seulement éventuellement déceler les agents ennemis potentiels mais surtout savoir qui parmi la communauté du renseignement et de l’armée peut s’avérer utile et qui il faudra écarter. Identifier de potentiel emmerdeur, lanceur d’alerte ou autre parmi le public, et les alimenter en informations contradictoires. Tout le monde bien occupé à regarder le doigt, le gouvernement Bush et son aile néo conservatrice peut viser la lune.

Comme le fait remarquer Luttwak, un coup d’état n’a nullement besoin d’une importante organisation, ni même de financement fabuleux. L’attentat en lui-même n’a proportionnellement pas coûté grand-chose pour ses auteurs, bien plus à l’économie américaine. En revanche il a rapporté des montagnes d’argent au secteur de la sécurité privée, au Pentagone, au secteur pétrolier et de l’armement. La guerre, comme les catastrophes naturelles c’est bon pour les affaires, bien plus que le système des échanges commerciales classique, contrairement à ce prétend Jacques Attali. Du reste le secteur des affaires se développe parallèlement à une guerre désormais généralisée, celle de l’intelligence économique, qui elle-même s’alimente sur les effets rebours de la Guerre contre le Terrorisme, notamment par la surveillance électronique et la surveillance informatique. Il en est ainsi de toutes les guerres. La déclinaison civile des produits militaires en production civile génère des nouveaux marchés et des nouvelles méthodologies, comme nous pouvons l’observer à travers la généralisation des drones. Finalement le meurtre du peuple afghan, irakien, libyen, syrien, yéménites va peut-être nous permettre de les avoir enfin nos voitures volantes…

Mais un bon coup d’état, et une bonne guerre, doit obligatoirement s’accompagner d’une intense propagande orchestrée comme un film en technicolor. Sur ce sujet le Pentagone a bien apprit la leçon autant du Vietnam que de Tempête du Désert. Si la première avait permis au public du monde entier de regarder le cru de la guerre, décortiquée de l’emballage idéologique de la « guerre juste » comme celle contre les nazis. La seconde offrira au contraire un spectacle de guerre des étoiles mettant en avant le tout technologique comme dans une publicité au salon de l’armement. Sans mort, sans trace de sang mais surtout sans bravoure. Car les journalistes étaient embarqués en « pool » dans des zones où il ne se passait rien et où on mimait pour eux l’essentiel d’une guerre imaginaire. La grande boucherie aseptisée ne permit pas au président Bush de se faire réélire. Erreur que le Pentagone ne commit pas avec son fils. Non seulement on assigna les journalistes en équipe embarquée sur le théâtre des opérations choisi par l’état major, ce qui permettait à la fois de garder le contrôle sur eux tout en les exposant. Mais George Bush junior fut lui-même mit à contribution de la geste militaire. En débarquant d’un jet en tenue de pilote, comme s’il s’en revenait lui-même du front, comme s’il était une sorte de Harrison Ford dans Air Force One venu pour annoncer la victoire.  Le président en personne assure le marketing alors qu’il a été exempté du Vietnam et a passé sa jeunesse à se saouler la gueule dans la Garde Nationale et les chambres universitaires. La supercherie est complète de bout en bout.

 

Et pendant ce temps on met en place des lois d’exceptions, on justifie un faramineux budget en matière d’opération clandestines de toute sortes, on exerce le chantage économique pour obtenir d’états indépendants des zones de non-droit destinés au seul renseignement, on autorise et généralise la torture, on externalise et privatise son appareil militaire au profit d’une infrastructure financière gigantesque et supranationale, on autorise et généralise la pratique des meurtres ciblés, on développe son arsenal global. Comparé à tout ça et au pouvoir qui en découle, le pétrole irakien c’est juste l’amuse-gueule pour remercier ceux qui ont permit ce miracle politique, économique, militaire et surtout idéologique.

Voilà, dans la troisième et dernière partie j’aborderais les conséquences de ce coup d’état global notamment la dépendance militaire et technologique dans laquelle il nous a tous entrainé et ses conséquences sur notre sécurité et nos libertés, comme sur l’idéologie adopté.

Un jour dans la vie de Billy Lynn – OUH AH !-

La guerre est-elle un spectacle et peut-on faire d’un spectacle la guerre ? Voir la mort ça fait quoi ? Et quand tu tues quelqu’un au corps-à-corps ça doit être quelque chose non ? Comment c’est de tuer un ennemi ? Et alors vous avez quel genre d’arme et ça fait quoi sur une personne ?

 Le cinéma a fait la guerre et la guerre a fait le cinéma. Quoi de plus magnifique que le terrible rang de flammes qui ravage la jungle au début d’Apocalypse Now ? Quoi de plus galvanisant pour des jeunes hommes que Pearl Harbor filmé en technicolor sound surround ? Ou Rambo décanillant du viet ? Quel meilleur vendeur d’arme qu’une bonne grosse fusillade dans un film d’action ? Quel plus bel objet de propagande qu’un beau militaire droit comme une bite, devant un drapeau géant gavé de couleur comme une pub, avec des pépettes tout autour et des feux d’artifices sublimes, giclant dans le ciel avec cette musique si proche des tirs de roquette ? Ce n’est pas Goebbels qui nous contredira ici. Bienvenue dans le barnum Billy Lynn, dans une pub Pepsi pour la guerre. C’est une grande roue, tout le monde se fiche de qui tu es, ce que tu fais, ce que tu vis, tout le monde se fiche de tes potes, surtout de tes potes, parce que c’est toi le héros. Leur héros, leur putain d’all american hero. Et t’auras tout, la médaille, le stade, la foule, les producteurs, l’agent surmené, tes moments de gloire, comme au cinéma, et même la princesse, la cheerleader, parfaite, chrétienne, texane. Programmée. Tous programmés, même ta sœur qui essaye de te sauver. Chacun sa disquette. Elle c’est l’anti bush, anti système, anti guerre, les autres, c’est la fascination morbide, l’idée de s’accrocher un trophée au sein, ou bien se faire de l’argent au nom de la patrie et du Texas. Tous traumatisés à leur façon par une chose qu’ils ne connaissent pas, n’imaginent pas, ne comprennent pas. Des civils quoi.

 

Les civils parlent beaucoup. Et de chose le plus souvent qu’ils ne connaissent pas. Ang Lee est un civil. C’est pourquoi nous ne regardons pas son héros déambuler dans la réalité parallèle d’un show à l’américaine, c’est lui qui nous regarde. Et sa profession de foi, elle tient dans le discours que Chris Tucker tiens à Billy à la fin. C’est la profession de foi d’un civil qui cette fois est le spectacle d’un soldat. Je veux parler de vous. De vous le soldat, les soldats. Ces si terribles et inflexibles marines qui fascinent tant l’Amérique moyenne. Et dont nulle part dans les images, que ça soit à la télé ou au cinéma il y a trace. Oh oui, du cinéma-vérité il y en a plein, des documentaires tournés par les hommes eux-mêmes des fois, mais jamais vous nous regardant, votre point de vue de jeune homme happé par la guerre et sa surreprésentation, son omniprésence, et en somme, son omnipotence sur les esprits. C’est la guerre miroir, le film dans le film, le film d’un regard, celui tour à tour possédé, triste, las, déçu du jeune Billy Lynn, ici magnifiquement interprété par Joe Alwyn dont c’est le premier film et certainement pas le dernier. Plus vrai que nature, au contraire par exemple d’un Vin Diesel. Mais ce n’est ni dû à l’acteur, ni à l’expérience en 3D 4K auquel nous invite le réalisateur, qui sur un écran normal donne un effet maladroitement plat, mais bien à la volonté du réalisateur d’entrer et de sortir du spectacle, du film dans un permanent aller-retour entre l’explication de la production d’un film – « j’irais jusqu’en Chine s’il le faut » dit Chris Tucker au héros, et Ang Lee est allé cherché des financements en Chine- l’instant de gloire obligé de la star avec le plan sur la mort de Shroom qui renvoi directement son interprète à un de ses rares moment d’acteur de sa carrière : Vin Diesel, mourant dans Il faut sauver le soldat Ryan. Vous rappelez vous ce détail dans le film de Spielberg ? La pupille de Diesel se dilate. Aucun effet de lumière ici, même Spielberg n’en revenait pas, seulement un comédien à fond dans son rôle. Et Ang lee nous renvoies à ce moment, comme il nous renvoies d’autre fois au Soldat Ryan durant la courte bataille que nous revivons avec Billy. L’hyper violence et la rapidité de la scène, le combat au corps-à-corps, la peur et l’intimité partagée entre deux victimes, deux bourreaux s’affrontant pour leur vie. Mais si c’est une référence cinématographique, c’est à la fois comme des points d’ancrage dans un récit, des « moments de cinéma » et tout en même temps, puisque nous sommes « physiquement » plongés par l’effet de la 3D dans la scène, le rappel que nous regardons bien un film et que pour ces garçons ce n’en est justement pas un. Une caméra 4K ne fait pas de cadeau, elle remarque tous les défauts, les pauses, les erreurs d’un comédien en ceci qu’elle le filme comme vous le verriez si vous étiez sur le plateau. Un effet ici qui se redouble sur un écran normal non équipé de 3D, qui bien que parfois un peu gênant, en réalité souligne l’intention de l’acteur qui est de jouer un acteur jouant au soldat. Un bon acteur, mais une figure d’archétype telle qu’on ne peut complètement oublier Fast and Furious ou Riddick. Sauf quand il bascule sur son autre personnage, celui du soldat mystique, du père tutélaire. Ce personnage qui oscille entre deux réalités comme Billy avec la guerre perçue et vécue, et qui finira comme un chœur imaginaire, un fantôme offrant cette splendide conclusion : « Que veux-tu, nous sommes une nation d’enfant, pour grandir, nous allons ailleurs ».

 

En somme ce film est une ekphrasie, une mise en abîme à la fois du cinéma en particulier et du spectacle en général, de la guerre à l’intérieur de ce cinéma et de ses effets sur les psychés. Une boucle qui laisse croire au spectateur qu’il regarde un jeune homme plongé dans une critique de la société du spectacle, alors que c’est ce jeune homme qui nous observe, noyé au milieu de la confusion des émotions. Car cette ekphrasie serait veine, pur exercice inutile de cinéaste ou ratage un brin trop intello comme le Hulk du même Ang Lee, s’il n’avait pas à cœur et au cœur le regard de cet homme, et de l’infiniment respectueux portrait que fait le réalisateur des soldats. Tant ce qu’ils sont en tant que professionnel qu’en tant qu’être humain. Des hommes à qui il ne donne ni tort ni raison, qu’il filme comme ils sont dans le monde réel, loin des clichés. Pas d’accès de rage incontrôlable à cause des SPT, pas de bavardage de psychotiques racistes, border line no limit. Des hommes responsables qui se tiennent les coudes et qui vivent dans une bulle de temporalité différente de celle des civils. Ce n‘est même pas de l’aliénation, c’est quelque chose de plus grand qu’eux. Et peu importe qu’ils le fassent pour la patrie, dieu ou sauver des vies, ils ne laisseront pas tomber, ils ne tourneront pas le dos, comme les civils. Billy Lynn n’est rien de plus. Ni un héros, ni une victime, mais un homme qui durant cette journée de festivité toc va faire un choix. Celui d’y retourner ou pas.

 
Car c’est là la grande obscénité de la chose, après le tour de piste, on les renverra se faire tuer. Comme le dénonçait à sa façon Coppola durant la scène du show en pleine jungle. Il n’y a pas de limite à ce qu’on s’autorise à partir du moment où la violence se traduit en spectacle. Horreur et cotillons. Mais Billy a le choix, le choix d’esquiver sa mission, de repartir, ou de rester en faisant valoir son acte de bravoure et son trauma, et tout l’enjeu de cette soirée est là également. Quel monde est réellement le sien ? Celui de sa sœur abimée ? De son vieux cloué à sa chaise et à ses certitudes, la vie de paumé, de white trash comme on dit ? Ou celui pour lequel est mort son mentor, quelque chose de plus haut qu’eux, et peu importe le nom qu’il lui donnera. Quelle image, justement, lui renverra ce monde de faux-semblant qu’est le nôtre. La vie rêvée des guerriers du dimanche ? Et ce jour particulier de Thanksgiving, il le vivra lui-même comme un « moment de cinéma » avec ces instants de bravoure, sa romance, l’extatique souvenir d’une bataille au milieu des chanteuses indifférentes, et les potes. Sa compagnie au nom si bien porté de Bravo. Bravo et le héros éphémère d’un monde qui s’approprie les exploits des autres pour se donner l’illusion d’exister.

 

A la fois film de cinéma, et film sur le cinéma, Témoignage d’une intériorité face à un monde qu’elle ne comprend pas, et cruauté du show. Regard sur le spectaculaire face au réel. Film tiroir, Billy Lynn’s long halftime walk, qui pourrait se traduire par la longue marche de mi-temps de Billy Lynn, ne peut non plus se défausser de l’interrogation sur cette guerre particulière, en n’en faisant également un film subtilement politique. En effet comment ne pas voir dans le personnage interprété par un Steve Martin figé par la chirurgie plastique, ici patron des Dallas Cowboy, une figure de George Bush Junior, volant et s’appropriant l’histoire de ces garçons au nom de l’Amérique, comme quand le dit personnage s’était mis en scène en tenue de combat, descendant d’un avion. Steve Martin avouant qu’il n’a pas fait le Viêtnam, bizarrement fasciné par la violence et loup-garou des affaires, absolument certain de son éminence. Et ce sont des points de vue différents sur la guerre en Irak qu’aborde le réalisateur, avec ce que cela entend comme autant de divisions, mauvaises interprétations et réattributions au sein de la société. Chacun tirant la cause de cette histoire à lui, l’héroïsme ou la victimisation du personnage principal tourné à la sauce de tous.

 

Adaptation du roman éponyme de Ben Foutain, ce n’est pas par hasard si l’histoire emprunte l’occasion d’un match de foot au Texas, où le foot est une religion, pendant Thanksgiving, cette mise en scène obscène de pseudo-remerciement à la manne des natifs. Le foot, cette figure civile de la guerre, cette occasion de briller pour des gamins chargés jusqu’à la gueule de testostérones et bardés de plastique comme des gladiateurs d’arène. Cette occasion pour des jeunes pouliches de se décrocher le numba one du collège. Le tout dans la démesure d’un état et de texans comme une quintessence de l’Amérique, qui se croient forcément plus grand que la vie. C’est l’âme des conservateurs, la nation des patriotes, et dont le génie essentiel fut d’avoir fait d’une défaite comme Alamo le symbole d’une victoire de la liberté. Alors même qu’en fait de liberté les Américains étaient alors les envahisseurs, une fois de plus. Un parallèle évident avec cette guerre comme la vivent les civils, mystifiée par la propagande, l’imaginaire. Et on comprend dès lors l’incrédulité des soldats quand après avoir construit un lycée, on leur tire dessus. Ce n’était pas au programme des « combattants de la liberté », de tout ce qu’on leur a enseigné comme valeurs. Mais au-delà du parallèle avec le foot le titre même rappel ce long et compliqué chemin intérieur qu’il fera à l’occasion de cette mi-temps non pas de jeu, mais de guerre. Une guerre jouée à mi-temps comme si l’on n’y mourait pas, comme si au-delà de la seule symbolique le parallèle entre le champ de bataille et le terrain de foot n’était pas une odieuse compromission avec le réel. Le quater back se relèvera de sa chute, pas le sergent.

 

Comme d’autres cinéastes en avance sur leur temps et la technologie même des salles, comme Orson Wells ou Stanley Kubrick, Ang Lee est malheureusement aujourd’hui victime de son époque. Tourné en 3D à raison de 120 images seconde, donnant plus de réalisme pour moins de réalité, à nouveau comme une mise en abîme du propos général, le film n’a pu hélas être distribué dans ce format, très peu de salles dans le monde, et aucune en France, étant équipée pour le supporter. De facto, son film a souffert d’une plus large diffusion dans la vieille version à 24 images seconde en 2D qui a perturbé les critiques, reprochant au film son manque d’immersion. Rappelant si besoin est la nécessité de voir les films en salle, et non sur un ordinateur ou un écran HD, et au cinéma d’évoluer avec son temps s’il veut justement sortir les spectateurs de leur tête-à-tête masturbatoire avec leurs écrans. Pourtant, si l’absence du procédé sur l’écran d’un ordi demande à l’œil et à l’esprit un temps d’adaptation, il n’ôte en rien ni la qualité de l’histoire, ni celle de l’écriture d’un scénario tout en finesse et surtout pas la parfaite interprétation de ses acteurs dans le champ de jeu qu’offre ce film miroir, ce constant aller-retour entre spectacle et la réalité de nos subjectivités. Il faut être un drôle de comédien comme Garret Hedlund pour savoir garder son personnage en soi alors qu’on est en second plan, même pas net et au garde-à-vous. Il faut un avoir un réalisateur exact et des comédiens au diapason pour traduire un homme par son regard, puisque tout est dans le regard chez un acteur, mais également dans l’énergie qu’il dégage sur la caméra, ses radiations. Et si le personnage de Vin Diesel apparaît étrangement émotionnel pour un guerrier, étrangement humain, c’est que l’homme l’est lui-même. Suivez sa page Facebook et voyez une méga star qui ne parle que de communauté, d’onde positive, de partage et de famille, totalement en osmose avec ses fans, et dont le petit message de fraternité apparaît dans chacun de ses films collégiaux, à chacune de ses très nombreuses interventions sur sa page. Steve Martin et Chris Tucker, deux figures de la comédie made in Hollywood  sont également parfaitement castés pour représenter cette figure même de la sauvagerie d’Hollywood, affaire d’ego et d’argent derrière lequel est sommé de disparaitre la sincérité et donc l’art. Enfin Kristin Stewart avec son regard cassé et blasé donne toute son épaisseur à cette sœur noire de colère, protectrice et aimante, tant qu’on imagine sans mal que l’actrice pensait chaque ligne de son speech anti guerre.

 

Un film qui fera école à plus d’un titre, n’en doutons pas et qui demande sans doute plusieurs visionnages avant d’être pleinement appréhendé dans toutes ses dimensions. Une technologie qui s’annonce comme cette pierre philosophale si recherchée entre le jeu vidéo et le cinéma, à condition qu’il soit servit par un véritable propos, une intention de réalisation, comme avec le mélange de HD et de pellicule chez Mann, ou les récits épiques et vidéos ludiques de Kojima (la série Metal Gear), et non pas simple gadget pour indiens bleus comme chez Cameron avec Avatar. Une promesse de plus d’immersion pour un cinéma rendu à ses racines sensitives et émotionnel, mais également un besoin de plus grande exigence tant de la part des comédiens que du réalisateur. Bref, un film jalon dans l’histoire du cinéma et qui sera très sans doute un jour l’objet d’analyse épaisse comme un bottin. Il est sorti l’année dernière, et dans très peu de salles, il n’est jamais trop tard pour se rattraper, voir le futur du cinéma quand, il est entre les mains d’auteur et non plus de vendeurs de jouet de propagande.