Yeyo

Paolito piétine les feuilles de coca épuisé et abruti par l’odeur de kérosène. Cent pour cent d’humidité, douze à dix-sept heures de boulots par jour dans la chaleur infernale de la jungle, pour tenir il fume des clopes de crack, ça lui donne des hallucinations agréables, ça le creuse aussi. Plus il fume, plus il a envie de remettre ça. Mais quel choix a-t-il ? Là où il vit il n’y a pas de travail, alors il est parti pour le Chaparé, la région de production. Tellement mal vu des autorités qu’ils ont créé une frontière spéciale à l’intérieur même de l’état pour délimiter la zone maudite. 1500 euros en moyenne c’est ce qu’il gagne à participer à la fabrication. Ils sont cinq ouvriers plus un chef, le seul de la bande qui est armé, le chef travaille pour un autre qui travaille lui-même pour un autre et ainsi jusqu’à Carthagène même. C’est là-bas que sont les patrons, et à Bogota, Cali, Medellin, allez savoir, Paolito ne se mêle pas de ce genre de chose. Il piétine inlassablement dans le kérosène les précieuses feuilles de coca. Toutes les nuits, trois nuits. Après quoi ils mélangent le jus à de la chaux, pressent, puis laissent sécher pendant huit heures. Une pâte brunâtre qui pue d’une odeur à la fois lourde et acide, c’est la pâte base. On la mélange à 41 produits chimiques dont l’ammoniaque qui permet la coagulation de la préparation, l’acétone, l’éther, le permanganate de potassium. Dans un rapport de deux pour un, deux kilos de pâtes pour un kilo de produit, il faut attendre environs une heure pour que la cocaïne finisse par se cristalliser et puisse être filtré. Quatre à cinq jours de travail environs, deux kilos par jour, dix kilos de cocaïne prêt à être livré loin, très loin d’ici. Paolito regarde la bougie danser devant ses yeux hallucinés, les autres aussi piétinent autour de lui et ils ont tous cette même démarche de zombie comme des monstres de film. L’aube arrive, c’est leur dernier fournée, ils seront bientôt à cours de produit mais dans deux jours ils remettront ça. Ils sont épuisés mais ils continuent de travailler. Le kérosène les assomme autant qu’il les stimule, tous ne sont pas au crack encore. Juan ne fume pas, ne s’est jamais drogué, même pas la marijuana ce qui est exceptionnel pour un colombien de son âge. Il espère au contraire payer ses études à faire ce travail, il veut devenir ingénieur civil mais il ne vit pas au bon endroit pour obtenir une bourse. Du temps de Don Pablo les choses auraient été différentes. Du temps d’Escobar des gars comme lui, courageux, ambitieux, il les aidait. Mais ils ont tué Escobar en pensant qu’ils allaient tuer le trafic, et il a explosé. Juan sait ces choses, il s’informe, il va sur Wikipédia, il s’instruit par tous les moyens à sa disposition, il s’est déjà acheter un IPhone, c’est sa seule drogue à lui. Juan et Paolito sont les deux faces d’une même pièce, ils ramassent le jus au seau puis incorpore doucement la chaux. Trop vite et ça risque de mal tourner avec cette chaleur, trop lentement et ça prend mal. C’est de la chimie mais ça pourrait être tout autant de la cuisine. Une cuisine dangereuse, nocive, qui leur ronge les narines et les poumons, ils crèveront riches mais crèveront plutôt, sans compter les Lanceros, les Léopards et toutes les unités spéciales que la Colombie et la DEA ont lancé à l’assaut du narco trafic. L’armée ne fait pas de prisonnier. Ils se reposent et se restaurent ensuite sous la toise de palme d’un abri de fortune. Fajitas y chile Leur dernier laboratoire se trouvait environs à trois cent mètres de là, l’armée l’a détruit la semaine dernière. Ce n’est pas le labo qui est important, c’est les produits. Dans la jungle se réapprovisionner n’est pas simple, même sous le contrôle d’un cartel. Attention, seulement une question pratique, pas de moyen, dans ce business les moyens sont sans limite. Une sieste de deux heures et ils reprennent le travail, il faut traiter de la pâte base d’il y a deux jours, le boulot est délicat et encore plus dangereux qu’avec la chaux. L’éther est extrêmement volatile par exemple, pas question de fumer cette fois, et on porte des masques de coton comme des japonais dans la brousse. Ils déambulent tous de la même manière dans le labo à ciel ouvert, suivent les mêmes chemins, évitent certains autres, au cas où l’armée se repointeraient cette fois ils ont miné. Pas question de perdre la production de la semaine cette fois, ou ils ne l’emporteront pas au paradis des flics. C’est les gars du cartel qui se sont chargé du boulot, ils patrouillent dans le secteur mais personne ne sait où. Ils veillent au grain. Plusieurs kilos ont déjà été conditionnés dans des sacs poubelles bleu turquoise, ils s’entassent sous l’abri. Le lendemain le tas s’est complété de plusieurs autres kilos, Juan et Paolito vont pouvoir rentrer chez eux plus riches qu’hier. Paolito, comme tous les drogués, a la tête pleine de rêves. Il rêve de maison avec piscine, de célébrité, de cafetière automatique, de gagner de l’argent en baisant le système, plus malin que tout le monde le Paolito. On lui a parlé d’une combine, c’est risqué, très même mais ça devrait lui rapporter le double de ce qu’il gagne aujourd’hui. Paolito rêve de plage, de fille, de lointain exotique avec des cocktails extravagants, de yacht blanc cocaïne. Alors quand il rentre à Bogota, discrètement il contacte la DEA. Juan ne rêve pas, plus, en rentrant chez lui dans son quartier pourris de Medelin il a été pris dans une fusillade entre dealer, deux balles dans la tête. Pendant ce temps les kilos sont chargés à dos de mule, de vrais mules, pour un vrai périple à travers une jungle fantasmagorique et dangereuse. Les serpents, l’armée, les guerrieros, parfois les jaguars si on est assez fou pour faire le chemin de nuit. Les jaguars ne chassent pas le jour. Le périple dure trois jours avant que la marchandise soit transférée sur un camion à destination de Carthagène. Les paquets sont planqués l’intérieur de roue de camion, les roues entassées sur un hayon bâché. Le chauffeur se nomme Enrique, il connait la route entre le Chaparé et Carthagène par cœur. Il sait par où il faut passer et où il vaut mieux éviter de mettre les pieds. La corruption forme comme un pointillé invisible le long de sa route, policier, militaire, douane. Son cousin José qui le relaie a les fesses assisses sur les dollars et ce n’est pas une métaphore. A chaque point du pointillé son flic, son militaire, son douanier, son officier, son sous-officier, cinquante dollars par tête en moyenne. Mais ce qu’ils redoutent c’est les faux contrôles, les fausses arrestations et les vrais enlèvements. Si on découvre ce qu’ils transportent ça peut leur valoir la vie, personne ne s’encombrera de deux chauffeurs, ils n’ont aucune valeur marchande comparativement. Bien entendu depuis que les FARC ont rendu les armes le voyage est plus sûr mais les groupes paramilitaires n’ont pas forcément désarmés et les cartels se font régulièrement la guerre. Enrique et son cousin ont réciproquement quarante trois et trente cinq ans, cela fait un peu moins de cinq ans qu’ils se sont improvisé chauffeur routier. Avant le premier était agriculteur mais sa ferme se trouvait à une poignée de kilomètres d’un vaste champ de coca que les américains ont défolié. Il a perdu sa récolte avant de réaliser que plus rien ne pousserait. Il déteste autant les américains que les cartels mais il n’a pas le choix c’est les premiers employeurs du pays, loin devant tout autre entreprise privée. La route est chaotique par endroit, emprunte le chemin de la jungle, de chaussée défoncée par les pluies, croise des accidentés, des camions ou des voitures déchiquetés sur le bord de la route, noyé derrière un monstrueux embouteillage, des flics et des militaires qui gueulent sur les automobilistes. A la radio une chanteuse pop chante son dégoût des foules, Do you want a piece of me ? La cargaison est finalement délivrée deux jours plus tard dans un casse de la banlieue de Carthagène, le paradis des narcos avec Saint Martin, Aruba, toute la Caraïbe. Elle va rejoindre une autre cargaison quelque part dans la jungle. Au total huit cent kilos dont les deux tiers ont été produit dans le Chaparé. La répartition est sous la responsabilité d’un courtier au Venezuela, ce dernier travaille pour les colombiens autant que leurs homologues vénézuéliens. Pour lui la cocaïne est un produit comme un autre qu’il traite par ailleurs à peu près comme il traite ses autres activités de courtages, légales celle-ci. Les dix kilos viennent s’ajouter au huit cent kilos que l’on doit bientôt faire appareiller. La moitié doit partir pour l’Europe via Saint Martin, l’autre moitié remontera jusqu’au Golfe du Mexique où elle doit être réceptionné par le Cartel del Golfo. Pour se faire on la charge à bord de deux semi submersibles furtifs. Le capitaine du premier est un ancien marin pêcheur. La première fois il a accepté de faire ce job pour de l’argent, une grosse somme, cinq mille dollars, plus que n’en verrait jamais un colombien moyen dans toute sa vie, la seconde les narcos lui ont collé un pistolet sur la tempe et lui ont donné le choix, ou il travaillait pour eux, ou sa cervelle arroserait la robe de sa femme après qu’ils l’aient violé et tué sous ses yeux. Ils sont cinq à bord, enfermés dans un minuscule réduit avec quatre cent kilos de cocaïne dans la chaleur infernale produite par les moteurs. Ca pue le kérosène et la drogue là-dedans, l’homme aussi. Pour plus de sécurité ils naviguent la nuit, ils se guident au GPS mais n’ont aucune idée s’ils sont ou non sous surveillance, à n’importe quel instant une vedette de la marine peut surgir alors ils n’auront d’autre choix que de couler le navire. C’est la consigne, on coule les engins pour que les douanes ne sachent rien sur les progrès technique qu’ils font en matière de submersible et surtout on coule la cargaison pour effacer toute preuve. Le capitaine n’a jamais vécu cette mésaventure mais il la craint au point de la paranoïa. Chaque voyage son ulcère s’approfondi, s’autorise, le torture, se cancérise. Au fond du submersible se tient un homme armé assis devant la cargaison. Ses ordres sont simples, tuer. Tuer ceux de l’équipage tentés de détourner la cargaison, tuer ceux que l’odeur rendrait fou ou malade, tuer ceux qui n’obéirait pas aux ordres, capitaine y compris. Tuer. Il sent la mort et ça a l’air de lui plaire, le capitaine essaye de l’ignorer. Un submersible, c’est ça que veulent les américains aussi, Paolito sait où en trouver, il en a vu il a travaillé sur un site sur la côte, il l’assure, cinq cent dollars tout de suite, cinq cent quand il aurait localisé précisément le lieu. Il ne ment pas, Paolito a en effet travaillé sur la côte, il peut faire un plan du site, situé où c’est sur la carte, mais il ne précise pas que c’était l’année dernière et qu’il n’a aucune idée si le sous-marin est toujours là-bas. Mais s’il veut gagner mille cette fois il va falloir se mouiller, prendre les coordonnées GPS sur place, c’est risqué, il n’a vraiment rien à faire là-bas. Sauf qu’il est cracké, qu’il se rêve plus grand qu’il n’est et qu’il va quand même tenter le coup en dépit du bon sens. Dans le semi submersible en direction de Saint Martin, le crâne du capitaine bourdonne des jacassements du moteur. Il transpire à grosse goutte, chaque voyage lui coûte environs deux à trois kilos. Heureusement l’engin est rapide, le voyage ne prend pas plus de trois heures. Trois heures pour être au large de la partie hollandaise de Saint Martin, la plaque tournante du trafic dans ce coin du globe avec Puerto Rico. Mais Puerto Rico est sous contrôle strict des américains, le 51 ème état n’est-ce pas. Alors la came est déchargée sur une plage et conditionnée dans un hangar alentours. Il faut encore qu’elle parte pour l’Europe. Pour se faire on bourre la quille de coke et toute les parties laissés libres dans la coque qu’on a entièrement démonté. Le navire s’appelle le Wellington, il navigue sous pavillon hollandais, il appartient officiellement à un certain Charles Smith, résidant à la Barbade qui le loue de temps à autre. En réalité Charles Smith réside dans un hospice, son identité a été usurpée. Il ignore que grâce à son nom numéro de sécurité sociale volé, une demi tonne de cocaïne prennent la direction de l’Espagne. Le capitaine lui repart vers son enfer, il n’en a pas fini avec les narcos, il le sait et son ulcère le lui rend bien. La destination du navire a été transmise à la capitainerie et aux douanes, Johannesburg, Afrique du Sud mais une fois dans les eaux internationales ils pourront prendre le cap qu’ils veulent. L’équipage se compose d’un skipper et d’un homme dans la quarantaine. L’homme est un habitué de ce genre de voyage, il sait qu’ils vont être contrôlé en route mais il s’en fiche. A moins d’un tuyau ils ne pourront rien faire sinon un contrôle sommaire. Le skipper s’appelle Jérémy, il est natif de Saint Martin, il ne connait pas l’homme avec lequel il s’apprête à traverser l’Atlantique, il espère juste qu’il ne sera pas raciste comme tous les blancs et qu’il connait quelque jeu de carte. Jérémy ignore que la quille est pleine de cocaïne mais il sait qu’il y à bord un chargement illégal. C’est pour ça qu’il est bien payé, il a déjà fait lui aussi ce genre de périple. Au même moment, alors que le Wellington appareille pour le large, un semi submersible atteint les côtes mexicaines. Il fait nuit, sur la plage brûle un brasero, des silhouettes vont et viennent jusqu’à une camionnette, porteuses de ballot. Ils travaillent vite quand soudain éclatent des coups de feu. Staccato des armes automatiques, flammes, des projectiles de 5,56 mm qui sillonnent l’air moite et massacrent. Le cartel del Golfo en guerre avec le Sinaloa a recruté des membres des forces spéciales mexicaines qui ont fini par former leur propre cartel, los Zetas, de réputation mondiale. Cette nuit los Zetas s’attaque à la cargaison de leurs anciens maitres. Le combat ne dure pas parce que ceux del Golfo sont complètement pris au dépourvu et c’est un carnage. Sept morts sur la plage en cinq minutes. Les blessés sont achevés à la machette parce que c’est plus marrant. Quelque part dans une bodéga borgne de Bogota, Paolito rêve à tout ce qu’il va faire avec l’argent de la DEA et des narcos additionné. Acheter une voiture, partir en voyage, transporter de la cocaïne à son compte jusqu’au Costa Rica et la revendre. Pourquoi le Costa Rica ? Parce que c’est toujours la terre privée des américains, et les américains raffolent de la cocaïne. Pour se faire il va remonter la transaméricaine qui traverse les deux continents du Canada à la Patagonie, comme le Che, un autre vieux rêve, suivre les pas du Che. Et tant pis s’il ne connait rien de la politique qu’il ne s’y intéresse même pas. L’image romantique du guerrieros le charme. Ses agents traitants de la DEA sont respectivement américano colombien et porto ricain naturalisé américain. Ils parlent donc tous les deux parfaitement espagnol. Ramon a l’air d’un indien parce que sa mère l’était, Steve est blond et porte en permanence des lunettes noires parce qu’il est photosensible des deux c’est celui qui ressemble le plus à un gringo. Ils n’ont pas confiance dans Paolito, la première rencontre les a laissé dubitatif même s’il a été riche en détail. C’est un cracker et ça se voit, il peut les vendre aussi facilement qu’il s’est vendu pour le sous-marin. Alors ils le surveillent de loin en loin, calés au fond d’une Ford K. Un mois auparavant un pseudo informateur a assassiné un agent de la DEA, la prudence est de mise, les cartels ne font pas de cadeau. Le Wellington, comme prévu, est contrôlé par la douane française. Les policiers trouvent suspect que l’homme de quarante ans se trompe sur le prénom de son skipper, il leur sort une excuse vaseuse qui elle ne trompe personne, mais en effet ils ne peuvent pas grand-chose à moins de tomber sur la cocaïne. Mais tout est en règle et il n’y a même pas un joint à bord. Quand le navire arrive à hauteur du Cap, la cocaïne volée par los Zetas est déjà en train de traverser la frontière du côté de Brownsville, Texas. Conditionné dans des portières de voitures, elle sera bientôt redistribuée à travers tous les Etats-Unis. Le Wellington dépasse l’Afrique du Sud, la Côte d’Ivoire et fait escale à Dakar avant de repartir vers l’Espagne et Marbella. Le voyage entre les deux hommes ne s’est pas trop mal passé, ils ont même réussi à sympathiser mais Jérémy a trouvé le blanc bien condescendant, comme tous les blancs qu’il connait du reste. En Espagne la coque est démontée. Ce sont deux colombiens et un espagnol qui s’en charge. Les deux colombiens ont suivi le tracé de leur marchandise pas à pas au départ de la Colombie jusqu’à maintenant à l’aide de Telegram l’application de messagerie sécurisé. La marchandise est divisé en deux lots, l’un des lots a déjà été acheté, il pèse deux cent kilos et doit partir par go fast à destination de Marseille. L’autre sera vendu plus tard à un acheteur hollandais qui s’est déjà manifesté. La pré vente est une pratique courante du trafic de drogue, elle repose sur la confiance, s’inscrit dans une relation d’affaire durable, part du principe que le sang coule aussi sur les billets, qu’on ne fait pas d’affaires avec des billets tâchés de sang. Les deux cent kilos ont été acheté à un prix d’amis, vingt milles le kilo au lieu des soixante mille prix européen, soit quatre millions d’euros en grosse coupures de deux cent et cent, le billet de cinq cent ayant été retiré de la circulation pour éviter ce genre de commodité et bien d’autres. Reste que les quatre millions tiennent dans une grosse pochette zippé qui sert d’habitude au grossiste marseillais à transporter l’herbe. Un go fast se compose de deux ouvreuses, d’un ou deux véhicules de transport et d’une voiture de queue pour les éventuelles filatures. La vitesse de déplacement oscille entre cent quatre-vingt et deux cent kilomètres heures, jamais en dessous souvent au-dessus, en quatre heures la marchandise peut être à Marseille. Les chauffeurs sont payés dix mille par voyage, ils communiquent par portable, ils sont toujours en binome, le binome touche la moitié. Un go fast coûte donc en moyenne soixante mille euros a organiser, soit le prix d’un kilo dans la rue. Sur les deux cent kilos, dans un rapport de un pour deux, le grossiste marseillais pourra multiplier ses kilos par deux, voir trois s’il insiste sur les coupes. Celle-ci sont généralement faites avec du lactose, du lait pour bébé, mais tout produit de couleurs blanche, en poudre, ne relevant pas de la pâtisserie (et encore) fera l’affaire. Paolito ignore toutes ces choses et serait bien en peine de situer Marseille sur une carte, il pense à la prime que lui ont promis les américains s’il parvient à géo localiser le sous-marin. Les américains rêvent de mettre la main sur un de ces engins, ils en salivent la nuit rien que d’y penser, mais pour le moment ils sont dans leur Ford K et le regardent entrer dans une bodéga. Paolito connait un type qui pourra le faire aller là-bas, le même qui lui avait proposé le job la dernière fois, le gars passe sa vie dans cette bodéga, une pute sur un genou, deux téléphones devant lui, un pétard coincé dans son pantalon.

–       Olà Paolito como esta !?

–       Muy bien Samon, muy bien.

Salomon dit Samon passe et reçoit des coups de fils, il ne fait que ça toute la nuit et la journée, parfois il envoie quelqu’un chercher un paquet, parfois il garde ce paquet jusqu’à ce que quelqu’un d’autre en prenne livraison. Il est un peu la poste des dealers du quartier. Les agents de la DEA le connaissent, ils sont surpris que leur indicateur le connaisse également. Dans une Coccinelle retapée à neuf un jeune homme à lunettes noires observe les deux types dans la Ford K garée un peu plus loin. Il en est certain il s’agit de deux gringos, et si c’est des gringos dans ce quartier c’est donc forcément des flics de la DEA. Certes, pour le jeune homme tous les gringos sont soit de la DEA soit de la CIA ce qui revient à peu près au même dans son esprit parce qu’il a vu trop de film. Mais qu’il ait vu trop de film ne change rien, vu qu’il fait le guet pour Samon, forcément sa paranoïa monte d’un coup.

–       Dis moi Samon il y a toujours du travail sur la côte ?

–       Pourquoi tu veux savoir ça Paolito ?

–       Pour savoir, j’ai besoin de gagner ma croûte moi.

–       Ah mais t’étais pas dans la jungle il y a pas longtemps ?

–       Si mais j’ai des frais tu comprends, je gagne pas assez.

–       Oui, je comprends, je comprends…. Mais je sais pas, tu n’as pas l’air d’aller très bien Paolito tu sais, on a besoin de gars solides là-haut.

–       Je suis solide ! Se défend Paolito, j’ai juste un peu été malade ces derniers temps.

–       Ah bon et j’espère que ça va mieux maintenant.

–       Oh oui et le sous-marin vous l’avez toujours, demande Paolito l’air de rien.

–       Tu poses beaucoup de question ce soir Paolito…

Le téléphone sonne, c’est le guetteur dans la Coccinelle.

–       T’aurais du produit ?

–       Tu veux quoi ? De la végé ou de la pharma ?

–       J’aime pas la pharma, il la coupe au speed, t’as de la végé ?

–       Ouais toute fraiche de Bogota mon ami !!!

–       Allez arrête, rigole Henry.

Henry est agent immobilier, il gagne un salaire moyen de 1200 euros plus les primes à chacune de ses ventes. Du temps de Don Pablo un garçon de son standing n’aurait jamais osé toucher à la cocaïne qui était alors réservé aux meilleures fortunes. Mais puisque le marché a explosé avec la mort d’Escobar, il s’est naturellement démocratisé et les prix se sont effondrés. La différence entre la cocaïne médicale et la cocaïne dites végétale tiens dans la qualité des produits de fabrication ainsi que l’aspect général. La cocaïne végétale est le plus souvent grumeleuse, grasse et jaunâtre alors que la première sera cassante et blanche.

–       Non je te jure je rigole pas, on l’a remonté d’Espagne hier !

Henry sort deux billets de cinquante, deux grammes pour son weekend.

La Jungle c’est cool, tout le monde y vient, il y a de la bonne zik et plein de jolies nanas, normal se dit Henry, pour elle tout est gratis. Tout est toujours gratis pour les princesses. Rush, rush give me yeyo, chante Debby Harry, rush, rush, giiii’ me yeyo, chante en cœur Henry devant l’écran, son micro à la main. Il est déchainé, de la poudre encore sur les narines. Il a sniffé avec la jolie gonzesse là-bas, elle le regarde comme une rock star, c’est la fête. Pendant ce temps là à Bogota la police découvre les têtes de trois hommes jetés dans le fossé, leurs corps disparu. Dans la bouche de Paolito traine quelques pesos froissés de sang. Les deux autres têtes ne sont pas identifiables, on les a longuement et savamment torturé avant. La DEA a déjà envoyé une équipe sur place…

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Ma petite entreprise 1.

La moralité n’est rien d’autre que l’attitude que nous adoptons envers les gens qui nous sont antipathique.

Oscar Wilde.

 

 

 

 

Faire des études, passer son bac ou un brevet, se former, avoir un métier, fonder une famille, partir en vacance à heure dite. Puis perdre son boulot, en chercher un autre, recommencer, peut-être se former à nouveau. Etre dans le coup, compétitif, affuté, ne jamais lâcher pour pouvoir s’acheter un canapé, deux, une belle armoire, une maison de campagne ou un pied à terre sur la côte. Se mettre à son compte, travailler quatorze heures par jour, payer ses impôts, râler contre les politiques parce qu’on paye trop d’impôts, trouver une école à ses enfants, organiser les goûters, les anniversaires. Avoir des amis, une famille, un statut social, partir en vacance au Maroc ou en Thaïlande, regarder la télé, aller au cinéma, rêver à ce qu’on fera et ne jamais le faire. Puis, bien épuisé, partir à la retraite s’ennuyer à deux ou tout seul, voyager pour ne rien faire mais au soleil, tomber malade, suivre sa tension, faire un check-up biannuel, aller mieux, voir la mort venir, comme ces fleurs en nylon toujours vives qui ornent les tombeaux.

Merde qu’est-ce que j’en ai à foutre de ça ? Qu’est-ce que j’en ai à foutre d’un diplôme, d’un salaire, du chômage, de leurs petits machins de besogneux ? Qu’est-ce que j’en ai à foutre de faire une famille, il y a déjà bien assez de connards sur terre comme ça. Qu’est-ce que j’en ai à foutre de leur monde en carton avec le mot espoir en hameçon ? Qu’est-ce que j’en ai à foutre de pas être dans les platebandes si l’herbe y est plus grasse. Je vais crever de toute façon non ? Toi aussi, nous tous ! Il parait que depuis le monde est monde et l’homme debout on est déjà cent mille milliards sous la terre. Alors qu’est-ce que j’en ai à foutre ? Les règles ? La loi ? C’est pour les pauvres.

 

Crois pas ce qu’on te dit. Qu’il y a une justice, que ceux qui transgressent la loi sont punis, que tôt ou tard on se fait gauler. Que le crime ne paie pas. C’est des conneries. Il n’y a pas de règle, de loi, de société, de république, de démocratie, de dictature ou de monarchie. Il n’y a pas de haut et de bas, de pouvoir ou de contre-pouvoir. Rien n’est vrai et tout l’est. La vie est un flux, une roue qui bat en rythme avec toi-même. Si tu t’écoutes, la vie t’écoute. Le reste ? Tu l’emmerdes. J’ai vingt deux piges, pas le pet d’un diplôme, je gagne une brique et demi à deux par mois, je roule en Porsche parce que les Ferrari c’est pour les émirs, j’ai deux appartements en location dans le XVIème, je vis dans un loft à L.A et je me fais construire une maison au Maroc face à la mer. A dix-huit ans j’avais pas un rond et zéro projet, deux ans plus tard j’avais un réseau de vendeur qui s’étendait de Lille à Ajaccio, en passant par Londres West End à Peshawar, Pakistan. J’ai fait deux fois le tour du monde. J’ai des clients dans les Caraïbes, en Amérique du Sud, sur toute la côte ouest de l’Afrique, de Dakar à Abidjan, et même à Shanghai et Hong Kong. J’ai des comptes à Monaco, Zurich, Hong Kong, Singapour, Saint Martin. Je suis nul en math, en informatique, j’aime pas les smartphones, j’encule les nouvelles technologies mais j’ai une page Facebook parce que dans ma partie c’est un miracle ce truc là.  J’en ai aussi chez Instagram, Twitter, Tinder, toujours pour les mêmes raisons. Je passe l’été en Europe, l’hiver aux States ou en Afrique, je fais du ski deux fois de l’an, et globalement je ne travaille pas plus de quatre heures par jour parce que plus ça serait pas prudent. Comment j’ai fait ? Je me suis é-cou-té je te dis ! J’ai écouté cette petite voix qui me disait : tout ça c’est des conneries, les études, le boulot, la petite vie qu’on veut nous faire vivre en regardant la télé, la morale, les règles, les lois, la seule chose qui compte c’est le blé. T’as le blé t’as tout le reste.

 

Il existe trois moyens de se faire rapidement de l’argent dans ce monde, beaucoup d’argent. Braquer une banque, jouer en bourse avec le fric des autres, vendre de la came. J’aime pas les armes et je ne suis pas violent, je parle anglais comme un sac et je comprends queue dalle aux cours de la bourse, qu’est-ce qui me restait ? Gagner au loto ? Enrichir la Française des Jeu en grattant du papier ? Tu sais combien de gens grattent du papier tous les jours ? Rien que le vendredi 31 mars 2017, 27 millions de personnes on remplit une case d’Euromillion. Presque la moitié du pays ! Tu vas pas gagner rapidement ta vie en jouant au loto, tu vas juste te faire rapidement un cal au bout du pouce à force de gratter. Et ton blé il ira où ? Au même endroit où je mets le mien aujourd’hui, à Saint Martin ou à Monaco. Sauf que moi ça me rapporte encore plus de pognon et que toi ça t’en fait perdre. Le loto c’est de la came légale, sans douleur, ludique même. Le gogo croit qu’il gagne parce qu’il a ramassé le pactole, le dealer s’en fait dix fois plus en faisant croire aux autres que ça allait être leur tour. La seule différence avec mon business c’est que dans mon business il n’y a que moi qui gagne.

–       Monsieur le député ? Monsieur le conseiller va vous recevoir.

–       Je vous remercie.

Tu vois ce que je veux dire ?

 

 

–      Comment devenir entrepreneur –

 

Bon, je peux pas vraiment dire que j’avais tout prévu. En fait même pour tout raconter, au départ, j’étais pas parti gagnant. Pas de bac vu que j’avais strictement rien branlé pendant l’année, pas de talent particulier qui aurait pu me diriger vers une solution pas trop alternative, redoublant sans avenir, aucune envie de me chercher du boulot pour m’emmerder sept heures par jour et une paye de stagiaire. Ni plus de suivre je ne sais quelle énième formation à la con histoire qu’on me retire des chiffres du chômage. Et question combine, eh bien considérant la concurrence et les risques quand on vit dans la banlieue parisienne, non seulement il m’apparaissait plus raisonnable de laisser ça à des esprits plus disposés, mais je n’avais aucune envie de grossir les statistiques de suroccupation des prisons françaises. Non, rien, wallou, nada, un cul-de-sac. Et comme c’était la seconde fois que je panais mon bac, Driss et moi on s’est dit que ça serait bien d’aller fêter ça à Dam. Nous deux ça date de la communale, quand j’étais le seul blanc de la classe et que ça ne se passait pas forcément bien. Sa famille est native de Casamance, il a des cousins dans tous les coins, c’est l’un d’eux qui nous a prêté sa vieille 206 pour aller là-haut. C’est comme ça que tout a commencé.

 

–       Tu sais ce que ça sent ? Ca sent l’herbe coupée, en été. J’adore cette odeur, ce parfum.

–       T’es fou ! Tu sais ce que ça sent, ça sent la chatte qui mouille, genre quand tu l’as bien chauffé et qu’elle en peut plus, qu’elle veut ton chibre au fond d’elle et dare que dare.

–       Arrête tu vas me faire bander.

–       C’est la beuh ça mec, faut qu’on aille aux putes.

–       J’aime pas aller aux putes. C’est trop vite fait, c’est du vide-couille, moi il me faut le temps, l’ambiance, qu’est-ce que tu veux que je me fasse l’ambiance avec une radasse qui dix minutes avant s’est fait fendre par une petite bite pressée.

–       Mais t’es gueudin toi ! C’est le pied le tapin, tu rentres, tu sors, merci, au revoir, tu peux choisir et t’es même pas obliger de l’emmener chez Mc Do.

–       Whâ l’autre chez Mc Do, v’la la sortie !

–       Bah quoi ?

De quoi ça cause deux français à table ? De bouffe. Bin les fumeurs c’est pareil. Sauf que les fumeurs, les camés, ils ne s’arrêtent jamais. C’est notre conversation numéro un, la dope, les différentes qualités de beuh, de shit, et pour ça Dam c’est paradis. Tu fais tes courses et au lieu de te faire chier à fumer dans la rue, tu fais ça dans ta chambre. C’est pas légal, rapport à leurs lois anti tabac à la con, mais personne va vérifier ou aller faire chier des touristes dans leur chambre. J’ai acheté de la Northern Light, une indica vert foncé, presque noire comme du thé russe, Driss a fait dans le classique, Amnésia, mais j’adore les effets, tu vois fluo ! La nuit en plein jour ! Dam le soir sous Amnésia c’est Van Gogh. Alors voilà on était comme ça pépère dans notre pension de famille en train de vanter les mérites comparés de nos beuh quand ça a frappé à la porte. Un gars d’une trentaine d’année, l’air mariole, habillé Emmaus, est-ce qu’on avait des feuilles ? Après il a dit.

–       Ca sentir dans couloir ! Ah, ah, ah, indica, Northern Light, j’adore !

Un connaisseur, je l’ai regardé mieux, il était déjà refait mais les pupilles en tête d’épingle et ça fait pas ça normalement la weed. Je lui ai sourit.

–       Et ça sent quoi d’après toi ?

–       Ca ? Il a demandé en montrant mon spliff. Comme chatte mouillée.

–       Ah tu vois ! S’est exclamé Driss.

–       Arrêtez vos conneries les gars ! J’ai protesté, et c’est comme ça qu’on est devenu pote.

Il s’appelait Amir, un turc de passage comme il disait lui-même, voyageur de commerce soit disant, mais on a tout de suite capté. C’est un monde la dope, on se calcule vite mais on voulait pas savoir. Ca se fait pas, chacun ses oignons. Dieu sait comment il avait les clefs pour aller sur le toit. On a donc fait ça. C’était le printemps, faisait beau et tiède, les étoiles brillaient au-dessus de nous comme dans une comédie romantique, et devines de quoi qu’on causait ? Non pas dope, pute, parce que quand Driss a une idée dans le crâne et des envies de chatte y’a plus rien qui compte. Les deux gars comparaient les putes qu’ils avaient déjà coxé, celles d’ici et celles de chez nous, à croire Amir, la meilleure c’était Marysa, une fille du quartier rouge qui faisait des trucs insensés.

–       Elle aimer ça, d’habitude putain s’en foutre zizi panpan pas…

–       « Zizi panpan » ? J’ai répété en rigolant, j’avais jamais entendu cette expression.

–       Zizi panpan, il a confirmé en rigolant à son tour.

–       Tu connais cette expression toi ? J’ai demandé à mon pote.

–       Pfff, tout le monde connait !

–       ZIZI PANPAN ! A hurlé Amir comme un loup à la lune.

–       ZIZI PANPAAAAANG ! J’ai hurlé en retour.

–       Complètement malade, a jugé Driss qui décidément avait envie de baiser.

J’aime pas les tapins, notamment parce que ça va trop vite et que c’est aussi mécanique qu’un porno, mais pas seulement. Je trouve ça bizarre de mettre sa bite dans une chatte que tu connais pas, c’est limite un viol vu que si la fille devait pas crouter elle te sucerait jamais. J’en étais sûr, la plus part des putes étaient lesbiennes.

–       T’es fou toi ! Elles feraient pas ça si c’était des goudous ! Protesta Driss qui avait un problème avec les homos, fille ou garçon. Ca le dégoutait qui disait.

–       Qu’est-ce t’en sais, y’a plein d’actrice porno qui sont lesb.

Mais ce que je pensais ou pas, mes deux lascars ils en avaient rien à battre. Après avoir terminé les spliffs sur le toit, ils ont voulu absolument se vider les couilles. Alors comme des milliers de connard à Dam on est allé faire du lèche-vitrine dans le quartier rouge. Marysa travaillait dans un bordel appelé la Maison de Poupée qui avait une façade en verre de sorte qu’on pouvait voir les filles sur deux étages, chacune leur studio, chaque studio une couleur. Mais elle ne travaillait pas ce soir là, comme par hasard. Ce qui n’empêcha pas Amir d’essayer de nous entrainer. Mais je voulais vraiment pas, d’ailleurs j’avais plus de thune, alors je les ai attendu. Un quart d’heure… Merde tu fais quoi en un quart d’heure !? C’est tout juste ce qu’il me faut pour commencer à me chauffer. Mais je suppose que pour Amir aller aux putes avec des gars, ça le mettait en confiance, parce qu’à notre retour il nous a montré ce qu’il trimballait le VRP. Une valise à roulette pleine de coke. J’en avais jamais vu autant de ma vie, comme dans les films ou les documentaires sur TF1.

–       Popopopo ! Mon frère ! s’est écrié Driss, putain y’a combien ?

–       Huit kilos.

–       Whâ ! Man c’est du sérieux ça, tu sais combien ça fait ? Je lui ai demandé.

–       Ca pas acheté par moi, il a fait, moi transporter.

–       Et tu fais ça souvent ?

Il a fait le signe de la victoire.

–       Deux fois par mois.

–       Et tu livres où si c’est pas indiscret.

–       Belgique.

–       Combien on te donne ? A demandé Driss.

–       Mille par voyage.

–       Pas mal, j’ai reconnu

Mais comparé à ce que faisaient les mecs qui la vendaient c’était peanuts, même pas un pourboire.

–       Tu fais comment ?

Il nous a sourit l’air mariole.

–       Ca dépend.

On a compris qu’on n’en saurait pas plus, on n’a pas insisté. J’ai regardé les briques dans leur cello, huit briques, je me demandais combien ça faisait à la revente, une fois coupé.

–       C’est de la bonne tu sais ?

–       Oui très bonne, veux goûter ?

Driss et moi on a échangé un regard, on était pas amateur, mais une fois de temps à autre…

–       On peut ?

–       Oui bien sûr !

Il  a sorti un opinel de sa poche et a perçé un des paquets, assez pour en arracher un gros caillot. Il l’a cassé en deux puis en quatre, pilonné et nous a fait une bonne ligne chacun. Ni l’un ni l’autre on l’a fini, c’était pas de la bonne, c’était des missiles atomiques. D’un coup j’avais mille idées géniales à la seconde, je découvrais des lois inconnues d’astrophysique, c’était faribuleux comme un lapin électrique dans un champ la nuit, je regardais les colis et je rêvais cocotte minute au blé, aux montagnes de blé qu’ils se feraient les enfoirés de belge, ou Dieu sait qui était en bout de chaine. Et à moi ce que j’en ferais si je l’avais eu cette maille. Et tout se mettait en place comme par magie. Quand j’y repense maintenant c’est peut-être finalement à ce moment là que tout s’est décidé. Amir a fini nos lignes et puis nous a proposé de ressortir, il connaissait une super boite en ville. Mais ni moi ni Driss on était chaud, peut-être parce qu’on s’était fait refouler trop de fois, qu’on avait pas la culture boite, ou qu’on sentait qu’avec Amir un endroit cool c’était une boite remplis ras la gueule de turcs à gourmette. Finalement on est allé refumer un bédo sur le toit et puis chacun est reparti dans son coin. Il prendrait la route dans deux jours, on pourrait continuer à s’éclater demain. Mais en fait non parce que le lendemain Amir était mort. C’est moi qui l’ai découvert. Je m’étais réveillé comme un ressort, j’avais encore le goût de la C. dans la bouche,, et je me serais bien prit une ligne pour le petit dej’ sauf qu’Amir était en travers de son lit, torse nu, pâle comme du poisson cru, les yeux révulsé, la bouche grande ouverte. Sur le moment mon esprit a refusé de comprendre. Il y avait le paquet de coke sur la table de chevet, de la coke sur le plateau, de la coke par terre et Amir tout raide. Je lui ai demandé si ça allait avant de trouver que c’était quand même une question à la con. Je l’ai touché, il était froid rosbif, adios Amir, il avait abusé de sa came et le cœur avait pas tenu. Dix minutes plus tard j’étais de retour dans notre piaule avec la valise.

–       Hey mais qu’est-ce que tu fais avec ça ?

–       Amir est mort, dépêche faut qu’on s’arrache.

–       De quoi ? Il est mort ? Mais comment ?

–       Le cœur ! Grouille, fais ton sac !

Pas question qu’on reste là en attendant les poulets avec toute la C. qui trainait dans sa chambre. J’ai commencé à entasser mes affaires dans mon sac à dos, Driss n’avait pas bougé, à mater la valise.

–       Mais qu’est-ce que tu fous ? Tu veux lui piquer la dope ? Il s’est écrié.

–       Hein ? Je lui pique pas, il est mort.

–       Mais elle appartient à quelqu’un !

–       T’inquiète, le temps qu’il s’en aperçoit on sera loin.

–       T’es malade, tu sais le genre de mec qui peut se payer huit kiles !? Tu veux avoir la mafia sur le dos ?

–       La mafia oh l’autre ! Arrête de délirer et remballe.

Mais il remballait toujours pas.

–       Pas question qu’on ramène ça dans la caisse du cousin, si on se fait gauler…

–       On se fera pas gauler !

–       Qu’est-ce t’en sais !?

Putain, il voulait pas lâcher l’affaire !

–       Parce que gros ça fait quinze fois que je ramène des quetru et que je me suis jamais fait gauler.

–       Et si cette fois c’était la bonne ? Avec huit kilos de coke ? T’es sérieux là ?

–       Tu comprends pas que c’est la chance de notre vie ? Tu sais combien on peut se faire là ?

–       Nan mais je sais combien on peut prendre, dix piges facile.

–       Arrête de délirer putain ! Tu veux qu’on laisse tout ça ici ?

Mon Driss n’aurait pas été mon Driss s’il n’avait pas jeté un coup d’œil à la dope et de dire d’un air emmerdé :

–       Putain fait chier !

–       Mais non ! On l’embarque et c’est tout !

Toute la détresse du monde se lisait dans son regard. D’un côté il y avait le Driss de la raison, celui qui savait bien comme moi que c’était assez dingue de faire ça et qu’on y risquait de laisser des plumes et de l’autre le Driss qui fonçait quand ils se mettaient à cinq contre moi avec aucune autre question que qui veut manger du rab de baffe.

–       Et putain tu veux le vendre à qui ? On connait personne qui a cette maille.

–       T’inquiète j’ai mon idée.

–       Putain mais où on va la mettre ?

–       T’inquiète, ça aussi j’ai mon idée.

Il a fini par se laisser convaincre parce que c’est mon pote et que tout risque prit, on avait rarement vu une martingale pareille. Je vais pas mentir, j’avais quand même un brin le trac, toute cette dope, si on se faisait sauter par la volante on était bon. D’un autre côté j’avais déjà emprunté cette route quelque fois, en évitant l’autoroute on réduisait par deux nos chances de tomber sur les pandores. Mais deux jeunes, un blanc, un noir, en provenance de Hollande, quand même il aurait mieux valu pas que l’on croise des flics, même pas douanier. Ca fait une petite trotte Amsterdam-Paris, sept heures sans passer par l’A1 et en roulant normalement, et croyez-moi j’ai jamais paru plus normal que ce jour là. Parce qu’on a beau savoir tous les deux conduire, Driss n’a pas son permis et c’était pas le moment de risquer le moindre contrôle. On est arrivé j’étais rincé. La tension, la conduite, la trouille, et pas un condé sur le chemin. Huit kilos de coke comme une lettre à la poste. Restait à les caler quelque part et surtout les vendre. Quand tu vis chez tes parents c’est pas le genre de truc que tu peux coller sous le matelas mais dans l’immeuble de Driss il y a une chiée de caves qui sert à personne, alors c’est là qu’on a planqué. Restait à trouver un acheteur, et comme je l’ai dit j’avais ma petite idée.

 

Driss et moi on ne fréquente pas les dealers, du moins plus que nécessaire. On a bien un pote ou deux qui vendent pour leur conso personnelle, rentabiliser notre sale manie, mais les mecs qui font ça du soir au matin dans les quartiers, on connait pas et on n’a pas envie de connaitre. C’est pas notre philosophie du cannabis. Parce que basiquement il existe deux sortes de fumeur. Les comme nous qui ont gardé la vista des années 70, celle des rastas et des hippies du partage et de la fume en bande. Et ceux qui sont apparu avec le boom des années 90, quand le shit a commencé à devenir un truc courant dans tous les lycées et collèges de France. Le fumeur compulsif, solitaire, pour qui le shit n’a valeur que de défonce et donc a un rapport au cannabis qui retient de la seule économie, en gros le même que tout camé entretient avec son paradis. Le shit est son obsession, il ne peut pas fonctionner sans et en général, tôt ou tard il fini chez le psy à pleurer qu’il n’arrive pas arrêter. Si vous voulez savoir à quelle catégorie appartient le fumeur que vous croisez dans la rue. Demandez-lui s’il n’aurait pas un bédo pour vous. Huit fois sur dix ça sera non parce que ceux de notre espèce ont tendance à disparaitre. Les autres n’hésiteront pas, ils comprennent cette envie, il la partage, et le shit n’a pas pour eux valeurs d’or. En fait même c’est comme une sorte de dress code secret entre « vrais » fumeurs, et si tu sais pas partager t’es pas un vrai fumeur, juste un défoncé. Et pour les citoyens de plus de dix huit ans, si vous ne comprenez toujours pas la distinction, c’est que vous ne distinguez pas la différence qui existe entre un amateur de vin et un alcoolique. Les vendeurs des quartiers, surtout à Paname et sa région, ils débitent, le shit pour eux c’est pas une culture c’est des billets, voir éventuellement une balle. Alors qu’est-ce que tu veux qu’on traine avec eux ? Mais pour vendre de la coke, et de cette qualité c’était les plus qualifiés, du moins leur patron. Cela dit, même si on ne les appréciait pas, on était bien obligé de passer par ces crevards parce que nos potes n’avaient pas toujours un truc à vendre. Et comme vaut mieux toujours se rendre auprès des mêmes pour éviter les mauvais plans, tu finis par connaitre des mecs au moins de vue. Je savais pas le nom de celui-ci, il se faisait appeler Kader, Karim, Mohammed, selon s’il se gourait pas, lui ou ses potes. La multiplication des prénoms pour le dealer de rue c’est comme la multiplication des portables chez les bons truands, embrouiller les condés c’est tout ce qui compte. Et si je l’avais choisi c’était juste parce que c’était le plus « sympa » des dealers qu’on connaissait pour autant qu’un pharmacien puisse être sympa.  Te la raconte pas je me soigne par les plantes là hein, un pharmacien c’est une expression, ça vient d’Algérie parce que là-bas les médocs coûte un œil. C’est pas que ses taros fussent différents de ceux de la concurrence ni qu’il carottait, mais franchement payer vingt boules pour un truc de trois grammes qui au départ en valait quinze…. Ah oui, les dealers ont fait comme les autres, ils se sont pas foulé, ils ont arrondis à vingt, et vingt euros ça a l’air moins cher que cent francs, ça fait presque moins peur niveau investissement. Un coup de génie cet euro, pour les banquiers en tout cas. Franchement la prohibition n’empêche, c’est génial. Ca donne une valeur pas possible à un produit qui à la base ne coûte rien à fabriquer, de l’or en barre. Opium, cannabis, coca, suffit de cultiver ! Et encore, le cannabis ça pousse absolument n’importe où. De l’or en culture, un rêve d’alchimiste. Bref on va l’appeler Kader et voilà comment j’en suis venu à lui proposer un biz.

 

A part les fumeurs débutant, tout le monde sait que t’entames pas un dealer que tu connais pas en lui demandant un vingt-cinq ou un cinquante. C’est comme avec une fille, tu lui proposes pas la botte en premier. D’ailleurs quand tu vas voir un dealer de rue pour la première fois, t’as beau avoir acheté un millier de fois, connaitre les rituels, un coup sur deux, si t’abordes le gars au lieu de le laisser t’aborder, il te demandera si t’es pas un dek. Et là, à moins d’avoir la tchatche, c’est mort parce que t’as juste cassé un truc : c’est lui le maitre du jeu et toi t’es seulement un connard dans le besoin. Règle commerciale N°1, toujours laisser venir le client, règle commerciale N°1 bis toujours lui donner l’impression qu’il contrôle la situation. Kader dealait du côté de Plaisir, cité du Valibou. Driss et moi on l’avait croisé une fois ou deux aux Halles, et vu qu’on n’habitait pas loin de Trappes c’était à un saut de puce de chez nous. Autre règle, mais ça c’est une règle de voyou : jamais chier dans son assiette. Autrement dit si tu t’apprêtes à faire une connerie fait la ailleurs que dans un endroit où on connait ta gueule. Et on allait pas réveiller les morfales de Trappes parce que certain savaient qui on était. Ces morfales là étaient en guerre avec ceux de Plaisir, guerre des boutons, mais guerre quand même, on risquait pas que quelqu’un bave.

–       Tu prends de la C. toi ? j’ai glissé en même temps que je prenais ma barrette.

–       D’la C ? C’est quoi la C ?

–       Bah la coke quoi.

–       Ah ouais, non pourquoi t’en veux ?

Entre 80 et 60 euros le gramme la coke s’est méchamment démocratisé par rapport au boom des années 80. Et ça tu penses ça a pas échappé aux mecs des quartiers. C’est à ça qui passerons quand ils ont auront légalisé. Parce qu’un jour l’hospice se réveillera et ils seront obligé d’y passer, j’y travaille moi-même en ce moment, mais en attendant ça se gave de plus en plus des deux côtés. Donc qu’il m’en propose ça surprenait personne, que je dise que j’en avais à vendre, un peu plus.

–       Tu vends d’la coke toi ?

–       Ouais j’en ai touché récemment, pourquoi ça t’intéresse ?

–       Wallah j’touche pas à ça moi !

–       Bah c’est pas grave, c’est de la bombe ça va partir assez vite.

Il a masqué mais j’ai vu dans son regard comme une pensée positive, je dirais. Je savais qu’il touchait pas à ça, mais je savais aussi que c’était un produit d’appel dans le quartier. Pour les chefs de chantier, les commerciaux dans l’immobilier, les serveurs, les cuistots… A la portée de la petite classe moyenne je vous dis ! Et ça n’a pas raté. On avait pas fait dix mètres, qu’un gars nous hélait.

–       Eh cousin !

J’ai regardé le gars, je ne l’avais jamais vu, il roulait des épaules, n’avait pas l’air commode et me dépassait d’une bonne tête. Une chance sur deux que ça vire à l’embrouille, je me suis dit. Il s’est approché, presque collé à moi, en me toisant.

–       C’est quoi ça tu viens vendre de la C. ici toi ?

–       Mais vas-y tranquille…

–       Quoi tranquille ? C’est quoi cette histoire ? T’es qui toi d’abord ?

Heureusement j’ai mon joker, ma carte « babtou politiquement correct » depuis l’école. C’est d’ailleurs pour ça qu’on est venu ensemble.

–       Vas-y frère pourquoi tu fais des embrouilles ? A fait Driss en s’interposant avec son mètre quatre-vingt dix, il deal pas, on voulait juste savoir si un vendeur voulait acheter, c’est tout.

Il a arrêté de faire le caïd et nous a regarder l’un après l’autre. Il savait qu’on était des habitués, parce que c’est la première question qu’il avait sans doute posé à Kader. Du coup l’explication de Driss pour autant curieuse était-elle nous excluait dans sa tête qu’on puisse être flic. A Marseille, certaine cité d’Aulnay ou de Saint Denis on se serait fait dépouillés sec, pour le principe.

–       Un vendeur ?

–       Ouais. C’est tout, t’inquiètes, si tu connais personne, on va trouver, a fait Driss comme si on partait faire du shopping.

J’adore ce mec, il est d’un naturel quand il embrouille les gens… La prof d’espagnol, Madame Almeda, devenait dingo avec lui.

–       Euh… attends, vous en avez sur vous là ?

–       Un échantillon ouais.

Il a jeté un bref coup d’œil autour de lui.

–       Vas-y fait voir.

–       Donnes lui, m’a ordonné Driss.

J’ai sorti la pochette que j’avais préparé, il a trempé un doigt dedans, l’a fait aller sur ses gencives. Effet garanti et immédiat. C’est pour ça que ça me fait rire quand je vois les flics goûter dans les films. C’est un peu comme s’il se faisait un petit rail par les muqueuses. Essayez vous verrez…

–       T’en as combien à vendre ?

Vous avez compris notre petite embrouille ? Le babtou sert d’appât, le nègre fait l’hameçon et ces putains de colonisés dans la tête, ne voient même pas quand on les ferre.

–       Ca dépend, j’ai dit. Combien on veut payer. Cent, cinq cent, un kilo…

–       Un kilo ?

Il n’avait pas l’air de me croire, mais donc Driss…

–       On a deux kilos à vendre, il a ajouté.

Pourquoi deux ? Parce que c’était déjà beaucoup et qu’on n’écoulerait pas tout d’un coup sans contact sérieux.

–       Il a ton num Kader ? Il m’a demandé.

–       Ouais.

–       Je vous appel, je vous dirais. Moi c’est Wallid.

–       Okay Wallid, ça marche, moi c’est Seb, Sébastien.

On s’est checké et puis on est reparti comme on était venu. Il nous a rappelés deux jours plus tard.

Cannabis, contes, mythes et légendes

Comme à chaque élection depuis l’invention de François Mitterrand l’arlésienne préférée des politiques français est de retour dans le débat… jusqu’aux prochaines élections….Je veux bien sûr parler de la légalisation du cannabis, l’herbe qui rend fou. Et comme chaque année, les « journalistes » ou plutôt les animateurs des talk show du pré-à-penser du 20 heures inviteront ou invitent son lot de partisans du oui contre ceux du non. Selon un plan de table bien rodé, les oui à gauche, car le plus souvent de gauche, et les non à droite car le plus souvent de droite. C’est plus facile à comprendre pour la moyenne des téléspectateurs de plus de 60 ans à qui ces débats sont en réalité destinés. J’avais moi-même déjà rédigé un article à ce sujet pour la même occasion, un serpent de mer donc. Comme chaque année à gauche on aura donc un homme le plus souvent seul, député si possible, parfois maire d’une commune, au hasard Sevran, ou quelque fois accompagné d’un journaliste, soit vaguement économiste, le plus souvent « spécialiste » du phénomène mafieux. Tandis qu’à droite on aura en plus du député cacochyme et si possible connu, un représentant syndical de la police, au hasard le président d’Alliance, et un médecin, généralement psychiatre, neurologue, parfois spécialiste des addictions. Le débat est bien rôdé et je peux vous en donner d’avance la substance. A gauche on avancera qu’il faut légaliser pour couper l’herbe sous le pied aux mafias, qui pourtant depuis trente ans n’opèrent officiellement pas en France ni n’existent. Attendu que la criminalité corse n’est pas mafieuse, au plus une bande de sympathiques figures du voyou à l’ancienne, dans la grande tradition du polard Duhamel. Ensuite ça évacuera la délinquance des quartiers, où de véritables cartels de la drogue s’installent devant les boites au lettres, comme au Mexique mais en plus petit. Enfin avec l’aide de taxes progressives, comme dans le cas de l’alcool, on pourra se faire plein de sous. Comme par exemple ce fameux Colorado avec ses cinq millions d’habitants et ses lois fiscales particulières, même qu’ils en avaient tellement d’argent qu’ils ont été obligé d’en redistribuer aux gens ! De quoi faire rêver en France où les mots « taxe » et « argent » ont semblent-ils des propriétés magiques. Car bien entendu, loi Evin oblige, il faut mettre nicotine, cannabis, et alcool sur un même plan d’égalité. C’est rien que des drogues, ça sert à rien, si les gens veulent se foutre en l’air ça les regarde, mais pas question que ça soit avec mes sous à moi de ma Sécurité Sociale à moi. A droite, les arguments seront les suivant : si on légalise les voyous des quartiers se jetteront sur la vente de produit dix fois plus dangereux, de plus, soutiendra le médecin, il y a des risques de schizophrénies, c’est scientifiquement démontré, ce à quoi ajoutera le policier, à l’initiative de l’animateur, que les taux de THC augmente, et que le cannabis d’hier c’est plus le cannabis d’aujourd’hui. On conclura donc que ce serait irresponsable de légaliser même si on s’accordera sur le fait que la loi de 70 n’est plus très adaptée et qu’en fait on enferme presque plus pour simple usage, ce pourquoi on devrait se contenter de mettre une amende quand on croise un hippy… euh un jeune homme devant la boite au lettre. Voilà, et comme ça tous les ans depuis 1981, depuis que Mitterrand le facétieux avait lancé l’idée d’en parler sans rien faire. Logique parallèle à ces débats stériles, les réseaux sociaux se remplissent de discussions également oiseuses où tout et absolument n’importe quoi est dit à ce sujet et que personnellement j’entends colporter depuis que je me suis intéressé à la question, il y a maintenant 38 ans. Je vous propose donc de les lister. Mais pour commencer, en préambule, parce qu’il me semble qu’au-delà de la simple question morale, sanitaire ou judiciaire, nous sommes face à un préjugé culturel et quasi xénophobe, je vais commencer non pas par le cannabis, mais l’alcool.

« La prohibition c’était une idée des puritains, résultat il y a eu la mafia »  : C’est vrai, le Volstead Act promulgué en 1920 et abrogé treize ans plus tard a été porté par les ligues de vertus américaines, d’inspiration puritaines et protestantes et il a en effet fait la fortune des gangs américains. On notera cependant que les ligues de vertus étaient les seules à se préoccuper d’un mal qui rongeait et ronge toujours l’Amérique (notamment les femmes), l’alcoolisme. En 1919 l’alcoolisme est endémique aux Etats-Unis, et nombre des députés et sénateurs qui ont porté cette loi étaient eux-mêmes des alcooliques notoires, mais ça ne semble pas préoccuper plus que ça le monde médical. Du reste, contrairement à ce qu’on pense il y avait de nombreuse exceptions et arrangements sur le sujet de l’amendement, notamment celui autorisant un médecin à prescrire du whisky pour une dose limité. L’American Medical Association demanda donc qu’on augmente les doses, et questionna les politiques sur leur capacité à savoir la valeur thérapeutique de la moindre substance. Ces exceptions ont bien naturellement servi les intérêts des gangs. Et je dis bien gang car contrairement à ce qu’on prétend, la mafia telle qu’on la connaitra n’existait techniquement pas, et ce n’est pas la prohibition qui y a donné naissance mais son abrogation ! Voilà de quoi alimenter le moulin du président d’Alliance, nous y reviendrons. A noter également que non seulement elle a enrichi les gangsters mais provoqué pas mal de drame, les gens se livrant à leur propre production d’alcool avec à peu près n’importe quoi.

« L’alcool n’est pas une drogue » L’inénarrable Nicolas Sarkozy, en présence de quelques gros producteurs de vin, l’a dit en 2007, « le vin n’est pas une drogue ». Et considérant qu’il n’en boit pas lui-même, d’alcool en général, il était bien placé pour en parler. Un alcoologue qui participait à un débat au Sénat sur l’abrogation de l’interdit concernant l’absinthe racontait qu’il avait été stupéfait de constater que dans l’esprit de nombre de sénateurs, l’alcool n‘était pas une drogue non plus. Les faits bien entendu sont plus cruels. Cette drogue, car c’est donc évidemment de quoi il s’agit au même titre que le tabac, l’opium ou le cannabis, et que certain neurologue vont même jusqu’à appeler la « molécule sale » concerne 86,4% de la population nationale, avec une moyenne déclarée de cinq verres et demi par semaine. Et sur ces 86,4% 9,3% se mettent une race régulièrement. Pour un total de 49000 morts par an. Car rappelons qu’en plus de tuer sur la route, l’alcool provoque cirrhose et hépatite alcoolique, AVC, désordre neurologique, plus une belle collection de cancer. Qu’enfin, d’où son surnom de « molécule sale » l’alcool et l’alcoolisme s’inscrit dans les gènes, dans une même famille, à une ou deux générations près, on va retrouver des cas d’alcoolisme avéré. On ajoutera des problèmes psychiatriques également avérés et un phénomène d’addiction équivalent à l’héroïne. Et c’est pour toutes ces raisons que l’alcool est légal. Et pour des raisons éminemment culturelles on s’en doute. En 2011 les français consacraient en effet 19 milliards d’euros aux boissons alcooliques soit environs 9% de leur budget alimentation. En 2006 le budget publicitaire en faveur des boissons alcooliques était d’un peu plus de trois cent millions d’euros, et dans notre balance commerciale, en terme d’exportations c’est un montant de dix milliards, sur lequel l’état prélève trois milliards en taxe. Comparé à ça les 830 millions que dégage le trafique et le petit milliard qu’on pense tirer des taxes sur le cannabis c’est beaucoup moins culturel… car donc je le rappel pour les oublieux, le cannabis, l’alcool et la cigarette c’est la même merde nocive pour la santé.

Voila, occupons nous maintenant des clichés concernant le cannabis…

« Si on légalise les dealers vont se tourner vers des produits plus dangereux » : l’argument favori des prohibitionnistes repose sur un premier préjugé, l’uniformité des usagers de drogues et un second qui veut que la prohibition par voie de conséquence a freiné la production de produit dangereux. Or d’une part il n’y a pas une toxicomanie mais des toxicomanies et un usager de cannabis ne va pas nécessairement se mettre à la cocaïne, alors qu’il a été démontré que l’usage de la nicotine tend à entrainer vers d’autres produits, notamment la cocaïne… Pour autant si vous vous tapez vos 20 clopes par jours vous savez bien que vous ne pensez pas immédiatement à mettre le nez dans le produit qui a fait la fortune d’Escobar. Et là on en revient au second préjugé. Escobar qui était un gros consommateur de cannabis, et ses amis, gagnaient leur vie avec le cannabis qu’ils importaient massivement vers les Etats-Unis via la Floride. En 73, espérant mettre de son côté l’Amérique conservatrice face à l’Amérique contestataire, Nixon décréta la guerre à la drogue. Et c’est précisément suite à cette guerre que les producteurs et importateurs de cannabis se mirent… à la cocaïne, plus rentable et plus facilement transportable. On le voit donc la prohibition a posé exactement le problème qu’elle se propose de combattre. Cependant on le sait tous, l’économie du cannabis fait en effet la fortune et la vitalité de certaine cité, et c’est bien là que le problème se pose, faire sauter l’interdit reviendra dans certain cas à faire imploser quelques cités et à ruiner des centaines de familles. Ce pourquoi je suis résolument contre cette idée de cannabis d’état, de Seita du cannabis. De plus, pour en revenir à la prohibition sur l’alcool c’est en sentant l’évolution du marché que Luciano et ses amis décidèrent de s’organiser en mafia afin de coopter le marché du jeu, de la prostitution et de la drogue. Or si nous n’avons pas en France de tête de réseau de l’envergure de Luciano, ni de gang au sens américain du terme, on peut en effet craindre une explosion de la criminalité dans certains endroits dû au déficit. Ce pourquoi il serait plus réfléchi de faire une politique du retour à l’emploi en dirigeant les dealers vers la production et la vente légale.

 

« Si on légalise la consommation va exploser »  : Toujours dans l’acceptation des préjugés au sujet des consommateurs, ce vieil argument prohibitionniste tend à faire croire que la liberté de consommer va pousser les gens à se livrer à des orgies de drogue. A nouveau les faits sont moins simples. La France, qui possède l’arsenal législatif le plus sévère d’Europe peut s’enorgueillir également de posséder les lois moins dissuasives de la dites Europe. Nous arrivons en effet en tête en termes de consommation, 284 tonnes en 2015, et elle est en hausse, et 14 millions de français déclarent être des usagers occasionnels. A côté de ça les fumeurs aux Pays-Bas représentent… 2% de la population… En réalité une étude a démontré (voir mon autre article sur le sujet) que quelque soit la logique législative, répression ou légalisation, ça ne change rien à la consommation. Mais il serait à mon sens intéressant de se demander pourquoi les français qui sont déjà les premiers consommateurs d’antidépresseurs d’Europe expriment également le besoin de fumer en plus de consacrer une part significative de leur budget nourriture à l’alcool. Sachant que non seulement fumer les contraint autant à la clandestinité qu’à la délinquance de facto. J’ai donc plutôt tendance à penser que la légalisation leur rendrait un peu le sourire qu’ils ont dans leur poche, du moins pour 14 millions d’entres eux ce qui serait déjà pas mal.

« Le cannabis ça peut rendre schizophrène »  : Vieux serpent de mer de la prohibition, argument considéré comme massue pour interdire, et qui est en réalité utilisé depuis 1937, depuis le Marijuana Act. Il fut même le thème central de Reefer Madness, le film de référence de la prohibition, qui fut longtemps la seule source « scientifique » des forces de l’ordre aux Etats-Unis. Et accessoirement qui fait généralement hurler de rire les fumeurs. On ajoutera dans les désordres mentaux, une pathologique avidité de sexe et un comportement violent (…) et ne croyez pas que ces arguments soient hors d’âge, j’ai encore lu l’année dernière un ophtalmo (donc un spécialiste…) les ressortir dans une tribune dans le Figaro. En réalité on ne sait pas grand-chose avec certitude sinon qu’à priori cet argument ne tient que sur certain terrain favorable. Or non seulement la schizophrénie n’est pas une pathologie répandue mais qui plus est, comme le faisait remarquer un psychiatre addictologue, ça dépend du parcours de vie de chacun. Certain avec un potentiel pathologique ne sombreront jamais parce que leur vie les épargne. Je suis moi-même bipolaire, le cannabis ne me transforme pas en fou hurlant la bite à la main et en 38 ans de consommation j’ai fait un total de trois mauvaises réactions (« bad trip » en langage fumeur). Et sur les 6,5% d’usager régulier des 15-20 ans rares sont les cas qui finissent en psychiatrie. Cependant, il est entendu qu’il s’agit d’une drogue et pas d’un jouet comme on tendance à le croire les jeunes consommateurs notamment mal informés du fait de la prohibition. Le cannabis a des effets sur la motivation et il accentuera les états dépressifs. De plus il faut noter que les habitudes de consommation changent, entrainant de plus en plus les uns et les autres vers une consommation chronique et problématique. Ce pourquoi je suis parfaitement d’accord sur une approche médicale, que l’on puisse orienter les dosages et sur les produits. Car il n’y a pas un cannabis mais des cannabis et l’on peut sans mal, dans ce contexte, comparer cette culture à celle du vin, on va y revenir. En attendant je recommanderais vivement aux malades psychiatriques d’éviter le produit s’ils ne veulent pas favoriser une rechute et à toute personne entre 14 et 22 ans de ne pas commencé à consommer. Votre cerveau est en formation, ne faites pas l’erreur que j’ai faites, grandir avec le cannabis c’est le garder en soi peut-être pour le restant de ses jours.

 

« Le cannabis d’aujourd’hui est beaucoup plus fort »  : Argument corolaire du précédent, les taux de THC augmentent notamment à cause des produits chimiques et des OGM c’est pour ça que c’est risqué…. Manque plus que les chem trail et on est bon. Dans les faits, les progrès techniques et le développement légale ont tout juste permis de passer d’une herbe à 8% de THC dans les années 70 à une herbe à 11% dans la moyenne. Il existe bien une espèce qui monte jusqu’à 51,2% c’est la Kurupt’s Moonrock, la plus puissante au monde. Cependant elle n’est disponible que dans certain dispensaire californien, car utilisée avant tout à usage… médicale. De plus elle est horriblement chère entre 25 et 30 dollars le gramme. Pour ceux qui ignorent les tarifs, une barrette de shit pèse entre deux et trois grammes en moyenne et coûte 20 euros pièce. Pour le haschich justement nous sommes dans un autre registre puisque l’on parlera de « presse » première, seconde et troisième presse. La qualité se dégradant à mesure. La première presse atteint rarement le marché grand public, en raison notamment de son prix, généralement réservée soit au marché intérieur, soit à la commercialisation en boutique. Car les fumeurs sont beaucoup plus exigeants qu’on ne le croit, et vous pouvez oublier la vieille légende du « pneu » notamment parce que les petits dealers moyens ne sont pas des imbéciles et qu’ils savent comment s’attacher une clientèle mais qu’en plus ils sont consommateurs eux-mêmes. Cependant, toujours en raison de la prohibition, à Naples on coupe volontiers le shit avec des médicaments afin de rendre dépendant les consommateurs, et ce phénomène apparaît de plus en plus en France. Ajoutons que si le gros des consommateurs ne touchent pas des résines dépassant les 12%, chiffre valable en 2010, en 2018 les chiffres des saisies indiquent des taux dramatiquement haut observé, de 35% de THC, ce qui est aberrant dans la mesure où je rappel qu’à 100% de THC une souris meurt  A nouveau donc la prohibition produit exactement l’effet inverse qu’elle est censé défendre. Pour ceux qui serait inquiet et n’aurait aucun moyen de contrôler leur produit, vous pouvez compenser, rééquilibrer le THC en vous procurant du CBD, c’est légal. Reste que dans ces conditions la prohibition fait courir largement plus de risque aux consommateurs qu’elle ne les protège, et ceux, n’en doutons pas au nom de la morale et de la paix sociale. Une cité qui survit grâce au shit c’est une cité qui ne réclame plus des emplois qu’on ne peut leur offrir.

« Le shit c’est plein de saloperie et de produit chimique »  : Parlons en justement. Dans les années 90 est née la pas tout à fait légende urbaine du « pneu » dit également « Tchernobyl ». Un shit qui n’en avait que le nom et qui en plus d’être infumable puait en effet le pneu brûlé. De ce mythe est née l’idée que le shit était plein de saloperies, henné, colle, crotte de souris. Si ce propos peut faire rire les connaisseurs, il m’a quand même été servi par un policier qui venait de me confisquer mon joint et qui tentait de me faire peur avec ses arguments… tout en tassant le joint pour sa consommation personnelle (authentique !). Dans les faits, cette saloperie a toujours été rare et motif en réalité d’escroquerie. D’une part les fumeurs veulent se faire plaisir, pas s’intoxiquer, au même titre que l’amateur de vin (on y revient) ne va pas se rabattre sur du vin de cuisine faute d’un bon Bourgogne. D’autre part pour parvenir à un tel résultat il faut le couper et ce n’est pas chose aisé quand on a le produit fini. En fait c’est encore moins simple que d’ajouter du sucre au vin. Mais comment ça se fabrique ? Il existe essentiellement trois méthodes. Roulé à la main, le criblage horizontal et la méthode dite du mélangeur. La première méthode est la plus fastidieuse et la troisième relève de la démerde. En réalité c’est la seconde qui est le plus couramment utilisée, notamment au Maroc. Elle nécessite un tamis et de n’importe quel moyen de faire presse. Ce sont les parties résineuses qui feront l’agglomérat et la plaquette que l’on connait (d’où le terme de résine de cannabis). Les producteurs ne gagnent pas grand-chose mais croyez-moi ils se tirent la bourre pour savoir qui fera le meilleur haschich du Rif, ne serait-ce que parce que justement ils ne gagnent pas beaucoup et qu’ils ont intérêt à séduire les trafiquants. Quand à la réalité sur le terrain, si l’herbe de qualité est hélas rare et chère le shit de qualité est plus facile d’accès, notamment l’afghan, très odorant mais pas très puissant, ou donc le marocain. Dans les années 80, guerre et prohibition aidant, c’est le libanais qui avait la faveur du marché (rouge ou jaune) remplacé massivement par le marocain à partir des années 90. Et de mon expérience de fumeur, en 38 ans, je n’ai croisé la route du « pneu » que…. Deux fois.

« Le cannabis fait des morts sur la route »  : le nouvel argument massue franco français, soutenu par les chiffres des accidents de la route. Et là on va tout de suite balayer la question. En France on a déterminé qu’à partir du moment où on a relevé du cannabis dans votre sang, quel que soit le taux, il était la cause de l’accident si l’alcool n’était pas en jeu. Or il faut environs trois semaines pour que votre organisme élimine le pétard que vous aurez fumé. De plus si pour l’alcool on parle de gramme, pour le cannabis on recherche les nano grammes. Peu importe donc si vous n‘avez ni fumé le jour même, ni la veille, la loi est intraitable, le cannabis est fautif. Au Canada où la question de la légalisation est également en train d’être examinée, les discussions s’orientent plutôt sur le taux déterminant à un comportement dangereux au volant. Et c’est loin d’être simple, puisqu’au Colorado, si une limite a été déterminée, cette question fait encore débat. Cependant il faut être clair, ce n’est pas responsable de conduire quand on est défoncé, et surtout pas si on y ajoute de l’alcool qui va amplifier les effets. Hélas comme je n’ai jamais été raisonnable de ma vie j’ai très souvent conduit sous l’emprise du cannabis et parfois sur de longue distance (Paris-Amsterdam notamment…) or la seule fois où j’ai eu un accident qui aurait pu me coûter la vie (et seulement la mienne je précise) j’étais sous l’emprise… de l’alcool. D’ailleurs depuis 35 ans que j’ai mon permis j’ai eu un total… de deux accidents et ne mettant en danger que moi seul.

« On enferme plus les gens à cause d’un joint » : On aimerait bien que ça soit vrai mais non, la tendance serait même d’autant à l’inverse qu’on est dans la logique du chiffre. En 2013 150.000 personnes étaient enfermées pour simple usage. En 2015, faute d’abroger la loi, on décida qu’une taxe sur les drogués serait une bonne idée. Cette transaction pénale d’un montant forfaitaire de 300 euros ne s’applique toute fois pas en cas d’accident de la route, et il y avait 28000 dossiers pour simple usage en attente. De plus cette amende ne rentre en jeu qu’à seule condition d’avoir un casier vierge. Enfin, un amendement vient d’être voté par notre gauche si de droite, autorisant les propriétaires à expulser un simple usager condamné et sa famille… Non seulement donc on invente de la délinquance pour des prisons surpeuplées, mais on y ajoute de la misère. Et puis à nouveau, toujours pour parler d’expérience, la réalité est plus douloureuse. Dans ma vie de consommateur j’ai été contrôlé six fois. Une seule fois j’ai été arrêté et relâché au bout de deux heures après avoir monté un bateau en forme de tuyau aux deux policiers qui m’avaient coincé avec quatre grammes. Une fois j’ai été arrêté à la douane par erreur parce que le chien avait reniflé une odeur résiduelle. Une autre un juge fatigué m’a fait un rappel à la loi par fort convaincu lui-même. En réalité la seule fois où j’ai eu chaud je venais d’en acheter, mais celui qui a été contrôlé, chaussure retirée, dûment fouillé c’était celui qui venait de me vendre, même pas un dealer, juste un gars qui voulait bien me dépanner. Car voyez-vous j’ai un notable avantage : je suis blanc, je n’ai pas 17 ans et je ne viens pas d‘un quartier. Et là on risque de rentrer dans un débat sur qui est en réalité visé par la répression sur le cannabis : les jeunes des cités. Mais ça serait dire que police et loi agissent autant par hostilité atavique que racisme, et je n’oserais jamais porter de telles accusations.

« Le cannabis ça ne soigne pas, ça soulage »  : Argument que j’ai pu entendre de la part d’un pompier pas fort informé. Argument sanitaire qui est d’ailleurs régulièrement récusé par toutes nos sommités locales. Pas une seule fois le sujet est abordé en France et quand il l’est c’est tout à fait confidentiellement. On pourrait croire qu’il s’agit d’un tabou relatif à l’interdiction sur le prosélytisme voulu par la loi de 70 mais auquel cas, si cette interdiction étaient encore une réalité tangible, il faudrait faire fermer tous les tabacs et magasins qui vendent des produits dérivés, des bang, pipes, en passant par les blunts et les feuilles longues, à savoir la quasi-totalité des tabacs de France et de Navarre. Reste qu’un policier est parfaitement autorisé à vous faire enlever votre tee-shirt « cannabis » si l’envie lui en prend et que le Sativex n’est toujours pas sur le marché, en dépit qu’il ait reçu l’autorisation de commercialisation…. Il y a déjà 3 ans. En vente dans 17 pays le Sativex, médicament à base de cannabis donc, est prescrit dans le cadre de la sclérose en plaque contre les contractions musculaires. Hélas en France autorité morale et laboratoire ne s’entendent pas sur le prix. Les malades attendront ou iront en Suisse où, cependant et en dépit des lois internationales sur la santé, une ordonnance médicale prescrivant du cannabis à titre thérapeutique n’est plus valable sitôt franchi nos frontières. La réalité scientifique des uns n’est pas celle des autres, la science française sait mieux. Or, le cannabis, qui est dans la pharmacopée chinoise depuis… 4000 ans, possède les propriétés thérapeutiques suivantes : analgésiques, antiémétiques, antispasmodiques, neuroprotectrices, anti-inflammatoires, et contre certaines pathologies psychiatriques, notamment l’autisme et… la schizophrénie. En fait on a recensé environs 200 propriétés médicales différentes, et croyez bien que les laboratoires sont activement sur le coup. Et récemment, on a découvert qu’il empêchait les cellules cancéreuses de se développer, il ne soulage pas seulement donc, il soigne. Reste que 1) sur une personne jeune il va ralentir le développement tant physique que neurologique. 2) que ces effets ne sont aucunement valable en cas de combustion, et notablement nocif à cause… du tabac auquel la plus part des fumeurs le mélangent. Donc encore une fois il ne s’agit ni d’un hochet, ni de la panacée universelle que veulent bien prétendre les béats du cannabis.

Voilà on pourrait ajouter qu’avant l’interdiction voulu par la convention de 61 la France était productrice de chanvre (d’où le nom canebière par exemple) que celui-ci est utilisé par l’industrie automobile avec l’usage des plastiques composites plus légers (notamment les constructeurs allemands) et qu’en dehors de rapporter plein de sou-sous à nos seuls députés, il pourrait créer des emplois tant dans la filière purement récréative, qu’industriel et médical. Reste qu’en France toute idée neuve qui ne soit pas datée de 1950 semble devoir être examinée à la loupe de la suspicion, rendez-vous donc en 2030 pour très exactement le même débat stérile…

Un lien pour se cultiver un peu plus sur le sujet : https://www.youtube.com/watch?v=JS-bdEToFKc

Un autre sur les effets « soulageant » du cannabis :

http://www.lematin.ch/vivre/L-effet-du-cannabis-therapeutique-sur-un-patient-atteint-de-Parkinson/story/27288609