Cocaïne

Pour Mélissa et Mélanie

 

Elle entra dans le corridor en roulant des épaules, fait pas chier inscrit sur son front. Elle portait le teeshirt informe du zonzon et leur espèce de pantalon connard numéroté comme une bestiole d’une espèce à part orange vif violent et blanc ta mère. Elle avait les avant-bras fins et musclés l’intérieur du bras droit occupé par deux dragons enlacés rouge et bleu, et le poignet gauche sur les veines une tête de mort, Punisher style. Elle avait un visage triangulaire, pommette haute, les yeux fendus noirs noisettes selon l’inclinaison de la lumière et son humeur. L’automne ou la nuit froide. La peau pain d’épice. Trois filles en tombèrent instantanément amoureuses. L’une d’elle avait un dos de catcheur avec une interminable ribambelle de roses tatouée sur ses muscles de forçat, une par fille qu’elle avait violé. Celle là serait pour elle tout spécialement, pas question que qui ce soit passe avant, on passa le mot, X avait posé sa marque, pas touche au bétail d’X.

En anglais le x se prononce ex et puisqu’on était dans un pénitencier américain du fin fond de l’Arkansas pour tous elle était Eks. Un mètre quatre vingt dix, cent vingt kilos de muscles, le crâne lisse, la peau crémeuse couverte de grains de beauté, des seins lourds et pendouillant avec un cul bas et laid comme celui d’une truie, quelques croix gammées du temps où elle était mariée à la cause avant de lui faire exploser le crâne une nuit avec du plomb de douze ; et les roses. Quand Eks en voulait une ça se savait vite, ça se sentait. Dans la cour, dans les douches, à l’atelier, au sport. Eks poussait, grognait, louchait parfois aussi et quand elle croisait sa future victime avait une espèce de sourire tordu, fou, effrayant qui renseignait vite l’intéressée sur ses intentions, son avenir. La nouvelle semblait s’en foutre totalement. Elle mangeait du chewing-gum ou chiquait parfois à la façon des vieux cowboys, crachant de long filet de salive jaune noir nicotine sur les pigeons et les rats qui s’aventuraient dans la cour, ses yeux indifférents lancés sur un point connue d’elle seule. Elle parlait peu, n’aimait pas s’épancher et quand on lui demandait d’où elle venait elle répondait invariablement « Fuck You ville, je te déconseille ». Le délit qu’il avait amené ici ? Complicité dans un braquage mais à dire vrai elle faisait chicanos des grands boulevards de L.A et ça ne posait pas plus de question de ça, pas plus que la colonne de feuille tatouée qui lui descendait depuis la nuque sur les omoplates. Tout le monde pensait toujours qu’il s’agissait de feuille de ganja, tout le monde se trompait. Mais c’était au gymnase que les filles se régalaient encore plus que sous la douche ; où l’attendaient déjà Eks et ses complices. Souple, musclée, toujours à mâcher ses chewing-gums tout en poussant la fonte et en frappant sec dans le sac qui en avait pourtant vu d’autres mais qui cette fois balançait comme s’il recevait les nouvelles d’une camionnette. On sentait le fauve, et la transpiration sur ses muscles longs et fins avaient une vertu encore plus érotique que l’eau crasseuse des douches. Pourtant Eks ne disait rien quand elle la voyait, même pas les yeux qui louchaient, elle attendait comme un boa qui mesure sa proie avant de l’avaler, caressant du regard cette musculature sinueuse qu’elle se promettait de nouer comme un nœud gordien jusqu’à ce que son cul, sa chatte, son clito n’en puissent plus de souffrance. Sur sa feuille d’entrée il y avait écrit qu’elle s’appelait Juanita Maria Uriquez Da Costa, on s’était renseigné sur elle, apparemment une première peine en dépit de ce qui se dégageait d’elle, un coup de pas de bol quoi, mais ça Eks s’en fichait bien que ça soit sa première ou dernière fois, elle était à elle. La nuit, dans le confinement de sa cellule elle regardait le plafond fixement en se passant sa grosses langue rugueuse sur ses lèvres mauves, chaque mouvement serpentant dans son imaginaire taré sur les courbes de la gamine comme un crapaud carnivore qui s’impatienterait sur le menu. Pourtant elle voulait attendre, rien qu’un peu, qu’elle soit mûre, qu’elle sente sa trouille monter doucement et elle savait que ce moment approchait. La petite avait beau crâner elle ne pouvait ignorer la rumeur la concernant pas plus qu’il y avait des paris sur ses chances de survie. Eks aimait broyer les filles parfois ; elle en faisait de la chair à pâté après lui avoir écrasé les reins avec sa prise spéciale que son con de mari lui avait appris. Juanita travaillait ses lombaires comme ses dorsaux tout en surveillant ses arrières à la façon d’un chat en terre inconnue. Parfois elle surprenait un ricanement, un rire ou une grimace de vice sur le visage des autres et sentait son pouls s’accélérer, l’adrénaline monter et ses nerfs avec. Alors elle chiquait et crachait de plus belle sa carotte de tabac, frappant les volatiles et les rats de la cour comme un cobra furax et attendait. Les jours passaient. La neige qui commençait à tomber sur le béton, l’eau crasseuse et grasse sur la peau rougie par le feu de l’exercice. La bouffe plate en splotch grisâtre dans des écuelles quadrillées, plastique blanc. Les matonnes vachardes et les autres, les lèches-cul, les gens. La puanteur des corridors, la promiscuité puis seule avec sa cellule, pas de livre, verboten, rien, elle seule qui continuait ses exercices. Une, deux, une, deux, sur les coudes, en poirier. Après quoi elle s’endormait comme une masse. Puis il y avait les gangs, les Aryan Sisters, Las Muertas del Norte, les Soul Sharks. Chacune sa race, ses codes, ses lois. Évidemment Eks était la patronne des A.S. Les ordures qui s’amoncelaient dans la cour et les corbacs. Las Muertas l’avait approché mais elle n’était pas du genre à se barbouiller la gueule de tatouage pour être dans un gang, pression ou pas. L’atelier couture avec le casque jaune batman sur le crâne pour pas entendre la vrille des machines à coudre. Et sa voisine de cellule Allison, une tête rose posée sur un flanc de cent kilos qui savait et se demandait pourquoi elle avait des feuilles de coca tatouées sur la nuque. Allison avait fait la mule pour des colombiens, elle connaissait. Elle essayait de lui parler mais la gamine n’était pas loquace. Les Aryans étaient les plus puissantes de la prison, Allison les renseignait comme elle pouvait, cette fille était sérieuse, cette fille était une tueuse, Allison en avait la certitude, mais Eks s’en fichait. Elle en avait fait cracher de plus balaises qu’elle-même, Eks savait se battre, et pas des coups de son mari con, elle avait fait du Kempo, du combat de rue… et la taule. Elle avait de l’expérience, et elle c’était une brindille.

La prison n’est pas l’école du courage ni de la solidarité si on n’appartient pas à un gang. La rencontre se déroula dans le gymnase alors que les gardiennes avaient toutes miraculeusement tournées le dos, Eks tenait la taule. Et toutes les filles étaient là pour assister à la curée. Juanita ou quelque fut son nom savait ce qui l’attendait, elle avait vu les autres s’écarter et Eks s’arrêter derrière elle alors qu’elle soulevait une barre de vingt kilos. La barre vola sans heurt et retomba lourdement en roulant sur ses poids. Eks l’attira par les cheveux et la retourna comme une crêpe de sa force énorme, sans un mot. Juanita pensa trop tard qu’elle aurait dû aller chez le coiffeur. Elle senti son cuir chevelu craquer avant d’être balancée contre une barrière d’haltères de toute taille. Ca fit kling et blang avant qu’elle ne parvienne à se redresser, un genou à terre, du sang plein le nez et la bouche. Elle cracha puis se releva, prête à se battre. Eks grimaçait son sourire tordu, les pognes qui claquaient comme des mâchoires de pitt bull. La fille évita le premier crochet qui passa au-dessus de sa tête comme un boulet avant d’accueillir le second en plein dans le foie. Grimace, deux pas en arrière, bras levés, déplacement, elle frappe en retour dans les côtes de toutes ses forces, sans l’ombre d’un mal. Elle frappe à nouveau, danse, Mohammed Ali et George Forman, Kinshasa. Le poing d’Eks part en gauche, trompe l’œil, c’est une droite qui lui arrive à l’orée de la mâchoire, la fille tombe en roulant, la tête qui bourdonne, les dents qui branlent, elle s’est coupée la langue et crache un mélange de sang, de salive et de reste de tabac à chiquer Red Man. Eks ne lui laisse pas le temps, coup de pied dans les côtes puis le menton, la fille pousse son premier cri à la grande satisfaction de son bourreau.

–       Je vais te défoncer la chatte salope, lui promet-elle en louchant, puis elle l’attrape par son teeshirt et la fait valser sur les appareils de musculation. Elle roule sur elle-même et se redresse, chasseresse. Eks ricane.

–       Mais avant ça je vais te bousiller ta belle petite gueule de pétasse, et balance du bout du pied une haltère de cinq kilos.

L’engin file grande vitesse, very shone, une belle courbe, elle a tout juste le temps de l’éviter et de la prendre en plein sur l’épaule, elle t’entend qui craque, grogne, alors qu’en deux bonds le monstre est déjà sur elle ! Comment elle arrive à se déplacer aussi vite avec son poids ? Elle n’a pas le temps d’attendre la réponse qu’Eks la saisie par le crâne et lui maroufle la gueule massif, un coup, deux, trois, une pommette s’écrase et se fend, son nez ploie et une narine se déchire avant qu’elle n’arrive à se dégager, hip hop capoeira, une main au sol, un pied qui débarque de nulle part comme un fouet à l’os et au muscle sur le gras de sa grosse nuque de gouine nazi. Une roue, la nazi gueule.

–       Salope je vais te tuer !

Eks ne parle jamais en l’air, cette rose là ça sera un massacre pré et post mortem, et il faudra qu’elles regardent tout ! La fille se remet le nez en place et se mouche de sang. Toujours pas un mot, juste quelques halètement et les pupilles en tête d’épingle, l’adrénaline au maximum. Eks fonce, elle bouscule tout, avant d’attraper une haltère et la lui la balancer à toute force exactement sur son épaule une nouvelle fois et là elle hurle, l’épaule brisée, aile disloquée, fini la capoeira et les roues savantes, Eks avance un autre poids dans la main et cogne avant que la gamine ait le temps de se redresser. Le crâne fait un bruit sourd, le front se fend, elle est étourdie, Eks lui arrache son teeshirt d’une seule main et lui empoigne un sein comme pour le lui déchirer.  La fille hurle, le coude qui part de lui-même comme un réflexe de ressort mais le coup rebondit sur les muscles de titan de la nazi qui la projette au loin tout en lui arrachant son pantalon d’une seule main ; petite culotte et hématomes. La môme voit double, titube, Eks se jette sur elle le genou boxe thaï qui s’enfonce dans son estomac en la faisant gerber, souillant le sol d’une bile jaune et noir. Elle est furieuse et épuisée mais elle sait qu’elle n’en a plus pour longtemps avant de sentir ses doigts lui déchirer la chatte. Eks rigole et la fait valser de la cheville Kempo, ses côtes craquent. Elle l’attrape par la taille, le moment qu’elles attendent toutes, le moment ou elle va la serrer jusqu’à lui disloquer la colonne. La môme gonfle ses muscles du mieux qu’elle peut mais elle étouffe déjà, Eks lui assène un coup de tête qui fait craquer son nez, puis un autre tout en resserrant sa prise de toutes ses forces. D’autres côtes explosent, littéralement, elle va mourir et elle le sent. Un autre coup de tête et encore un autre, elle a le nez en sang et la peau du crâne qui montre l’os, puis soudain il se passe l’impensable. Soudain elle lui mord le nez de toutes les forces qu’elle a accumulé à force de mâcher et de chiquer. Elle savait qu’une arme n’aurait servit à rien, Eks l’aurait su et s’en aurait servit contre elle, alors elle mord et mord encore faisant couiner la pute avant de lui arracher. Eks hurle et relâche légèrement sa prise, assez pour qu’elle glisse son bras par-dessus le sien et lui plonge la main dans la plaie béante de son nez. Elle l’enfonce, creuse, elle gueule tout en mâchonnant le bout de viande et de cartilage.

–       CHINGA DE TU MADRE !

Le bout de ses doigts s’enfoncent dans la matière cérébrale puis elle tire, dénichant un morceau de cervelle avant que la géante ne tombe à la renverse devant l’assemblée tétanisée. Plus un mot dans pièce, Eks git le visage dans une flaque de sang rosée, on entend la gamine reprendre son souffle, l’une après l’autre les filles quittent la salle sans un regard.

Deux semaines d’infirmerie puis la sortie, officiellement la nazi était morte en tombant dans les escaliers et apparemment la gamine avait des amis haut placés à en juger par la rapidité de sa peine. Et de la limousine qui l’attendait à sa sortie. Moulée dans un ensemble noir, boitant et le visage couvert de bleu, le nez aplati. Le chauffeur portait des lunettes noires, la peau fraiche, le visage carré, il démarra sans un mot et s’enfonça dans le paysage enneigé. Le type dans son gros manteau en poil de chameau gris souris attendait sur le bord de la route devant une Mercedes, une sacoche à la main. Il entra dans la limousine et poussa un petit bruit en apercevant son visage tuméfié.

–       Vous allez bien ?

–       L’argent.

–       Oui, bien sûr, dit-il en ouvrant aussi tôt la sacoche. Cent mille dollars en petite coupure. Elle n’avait pas besoin de compter, elle savait que madame la sénateur ne jouait pas. Sa fille avait croisé Eks….Sa fille était dans un hôpital psychiatrique, catatonique.

Il regarda les formes de son corps, il l’avait déjà rencontré, il était l’intermédiaire et rêvait de se la faire en dépit que c’était une tueuse professionnelle.

–       Je peux vous inviter à déjeuner ? On vous doit bien ça… Demanda-t-il comme si ça le concernait. Le chauffeur se retourna et enleva ses lunettes, des yeux de filles.

–       Casses toi toto t’es pas du club.

Une voix de femme, il reparti sans demander son reste. Elles attendirent en silence que la Mercedes disparaisse puis la première dit.

–       Bah toi qui voulais te faire refaire le nez….

–       Ta gueule, emmène moi chez le tatoueur.

La limousine démarra.

–       Tu sais un jour Cocaïne ça va mal tourner et tu l’auras pas volé.

La gamine se marra.

–       Ca tombe bien je ne suis pas une voleuse.

La feuille de coca était tatouée à la pointe de son omoplate droit. Elle avait fait ajouter une morsure, un coup de dent dans la feuille. L’autre secoua la tête désabusée, elles s’embrassèrent à pleine bouche puis retournèrent dans la limo, Cocaïne avait une faim de louve, elle rêvait d’un T-Bone bien saignant.

 

 

 

 

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Psychiatrie, changement d’air

Il y a quatre ans de ça j’étais hospitalisé au Vinatier le plus grands asile d’aliéné de France, aujourd’hui tristement célèbre à cause d’un tueur d’enfant qui y a été bouclé. J’y avais été jeté pèle mêle avec des malades et des repris de justice, dans des conditions d’usage que je connaissais depuis que je suis tombé dans cette maladie il y a dix-huit ans aujourd’hui. Des conditions faites pour écraser et nier, heureusement depuis l’asile est devenu hôpital et on y assure de véritable soin et plus cette logique de l’isolement et de la sédation dont je parlais dans mon premier article à ce sujet. C’est une décompensation, qui m’y a fait retourner. Je ne vais pas m’étendre sur la raison qui m’y a mené mais disons que le schéma qui consiste à croire qu’une allocation adulte handicapé suffit à un adulte relativement isolé est dans mon cas dramatiquement fausse. C’est la théorie de la feignasse si cher à Macron et à ses prédateurs, à toute la classe politique qui à vrai dire en matière de cossardise et de privilèges de robe s’y entendent mieux que personne. En réalité je rêve de retrouver un travail, de me sortir de cette logique du malade à tout prix et qui doit le rester. Je ne suis pas malade, je suis un patient désormais stabilisé qui voudrait être autre chose qu’uniquement ça. Bref, j’ai décompensé et me voilà de retour dans ce qu’il ne faut plus appeler un asile mais un véritable hôpital. Terminé les locaux crasseux et anxiogènes, les zombies en mode bruit de pantoufle au son de « t’as pas une cigarette ? » Les malades toujours en crise mais jamais pris en compte, shootés comme des coureurs cyclistes à deux de tension. Aujourd’hui nous avons des locaux neufs qui ressemblent à un hôpital et pas en mode mouroir, et surtout un personnel et des psys attentifs aux besoins des malades. Sont également proscrits les ménages à deux par chambre, la longue file indienne devant le réfectoire pour la prise de médoc publique avec prise de tête éventuelle. Aujourd’hui les choses se font au calme en tête à tête dans l’intimité d’une chambre individuelle. C’est bien simple on se croirait dans le privé. Et pour cause, selon le syndicat FO, le principe de la loi Tournier est de peu à peu solder l’hôpital public au privé, comme on le fait déjà des barrages hydroélectriques, dans la plus grande passivité de ce pays fatigué et fatiguant.

Évidemment avec la logique propre à nos gouvernants de privilégiés et de cost killer cela a été fait au détriment autant des patients, pas suffisamment de lit, et du personnel soignant qui s’est vu privé de droits élémentaires pendant qu’on rénovait le machin. Privation sur lequel ils restent naturellement discrets mais les syndicats sont là et à fond, d’où une mobilisation le 7 mars de 28,51% du personnel soignant en grève. Aujourd’hui la place est à l’initiative et à une envie toute particulière non seulement de soigner mais également de s’améliorer d’année en année puisque nous sommes même invités en fin de séjour à noter nos soignants et le cadre général. C’est vrai que ce n’est pas tous les jours que vous pouvez dire à un soignant, et j’insiste sur le terme, qu’il vous a réveillé et qu’il soit plus embêté qu’autre chose comme je viens de le faire, à l’heure où j’écris ces lignes, à sept heures moins dix du matin. A une autre époque on m’aurait renvoyé dans mes quarts en m’expliquant que hein ho en gros je faisais chier. Maintenant j’ignore si cette donne est valable dans tous les hôpitaux psy et dans le cadre de se que rapportait François Ruffin, je ne pense pas que ça soit hélas le cas. Mais en ce qui me concerne je dois à nouveau renouveler ma surprise et mon « plaisir » à me savoir prit en main par une équipe qui cherche réellement le bien être bien difficile de malades en dérive. Du coup au lieu de passer un séjour triste à pleurer je peux exister sans me morfondre entre un assassin et un schizophrène paranoïaque  comme ce fut le cas lors de mon premier séjour.

Mais il y aurait et il y a encore tant à faire, et pour commencer sortir de cette logique toute française du diplômé qui sait mieux que l’infirmière ou que le patient. On pourrait presque les lister et les chiffrer tant cela ne coûterait presque rien ni en temps, ni en effectif ou argent. Par exemple l’achat de sac de frappe qui permettrait d’éviter certain passage à l’acte mais également de compenser. Les psys qui n’envisagent le monde en binaire imaginent que la violence ne se traite pas avec de la violence alors que la violence n’a rien à voir là-dedans. D’abord frapper dans un sac ça s’apprend, c’est une discipline, ensuite pour une personne qui a subi la violence physique et/ou moral c’est un excellent moyen de se réapproprier tant du point de vue physique que psychique, au même titre qu’un psy vous encourage à porter plainte même si vous avez subi un viol dans votre enfance. Les groupes de parole qui sont totalement absent et qui pourtant sont un bon moyen d’avancer dans la compréhension de son mal. Côté cuisine également vu que nombre de patient on fait de la restauration ou de l’hôtellerie, encadrés, les encourager à cuisiner pour le service ou les patients dans le cadre du goûté (car oui désormais on a droit à une collation l’après-midi et le soir une verveine) ou encore, comme l’hôpital de jour qui cultive son propre potager qui pourrait être consommé par les patients et faire faire des économies au lieu de nous fourguer des poires hors saisons et des tomates de conserve. Mais il y a sans doute encore mieux à faire comme par exemple ne pas mélanger des pathologies qui n’ont strictement rien à faire ensemble et considérer qu’un handicapé incontinent a sa place dans un service classique ou qu’un toxicomane ou un alcoolique doivent être mélangés avec des schizophrènes et des bipolaires. Ou encore ce phénomène qu’on rencontre chez tous les patients qui est la perte de la notion du temps et contre lequel rien n’est fait, au détriment de notre propre mémoire. La psychiatrie française a encore cette tendance à considérer la maladie mentale comme un fourre-tout où le traumatisme que représente objectivement une première ou une seconde hospitalisation ne représente rien dans le recouvrement d’une stabilité mentale. Alors qu’en tant que « routier » de ce genre de phénomène je peux largement témoigner que c’est exactement le contraire. Les premières hospitalisations sont totalement anxiogènes notamment si on passe par la contention ou la chambre d’isolement. A ce propos quel profit espère-t-on tirer d’un malade qu’on laisse deux mois en isolement sinon aggraver au final son cas ? Au fait pas plus que je ne comprendrais jamais pourquoi on sépare par une grille deux services du même secteur alors que par ailleurs on peut y alterner les patients ? Depuis les années 60 les malades psys sont systématiquement enfermés parce que la psy française a peur de ses « fous » et que cette peur régresse à la vitesse d’une tortue alors qu’une aide soignante témoignait voir des patients circuler en pyjama d’unité dans le marché de sa ville et qu’à dire vrai on peut sortir du Vinatier comme d’un moulin, n’en déplaise au préfet qui m’a récemment supprimé une permission. Et là je vais en venir à la petite senteur de paranoïa et de pétainisme que nous a laissé ce brave cinglé cocaïné de Nicolas Sarkozy, l’omnipotence des préfets (invention de Pétain, tout s’explique….) en France sur la psychiatrie.

Hôpital ou prison psychiatrique ?

Concrètement j’ai été arrêté en train de faire l’andouille dans les rues de ma ville avec un push dagger, un couteau, autour du cou. Je n’ai agressé personne à commencé par les flics qui sont passés chez moi plus tard, ont constaté ma collection de couteau sans rien ne voir à redire à ça, ma passion personnelle et sans danger sauf pour les imbéciles et les cinglés, ce que en aucune façon je ne suis, n’en déplaise. Pour ce fait j’ai été placé en ce qu’on appelait avant Hospitalisation d’Office et ce qu’on nomme aujourd’hui Soin Psychiatrique à la Demande d’un Représentant de l’Etat…. L’administration quoi, ce que l’on perd en simplicité on le gagne en stupidité, vu qu’à titre de « représentant de l’état » je n’ai croisé que des pandores ahuris qui ne m’ont pas posé de question. Donc en gros actuellement peu importe l’avis médical, peu importe l’équipe soignante, on considère sans m’avoir vu ou consulté que j’étais inapte à une permission. Concrètement cela revient à dire que je subis un délit de démocratie, ne suis plus à l’hôpital mais en prison. Et ça peut durer, croyez moi. J’ai déjà fait trois mois inutiles à cause d’un préfet, trois interminables mois dont je suis ressorti rincé et absolument pas plus soigné, alors que présentement je suis parfaitement stabilisé et que je ronge mon frein de sortir sans devenir le dingue que je n’ai jamais été. C’est le pouvoir absolu que le mis en examen Nicolas Sarkozy a donné en 2012 sur la base d’un fait divers sinistre au préfet déjà fort garni en terme d’omnipotence et de retraite somptuaire. Bref, la France… En attendant moi je pense à mes chats qui n’ont rien demandé à personne. Ils me manquent, je leur manque, la prochaine fois j’enverrais une toph à l’imbécile qui m’a sucré ma perm, faute de l’attendrir ça lui fera un souvenir.

Apartheid français

Ce pays vit à deux vitesses, on le sait tous, et particulièrement depuis qu’un merdeux narcissique a volé démocratiquement le pouvoir au nom des gens de sa caste, respectant scrupuleusement l’esprit très XIXème du patronat français. Une justice à deux vitesses également. Une justice  des pauvres qui enferme à tour de bras (toutes les prisons françaises et les centres pour jeunes délinquants sont pleins à ras bord) dans un pays où on trouve légal et décent d’enfermer un gosse de treize ans. Et une justice des riches qui relaxe des délinquants jugés coupables, comme le sait si bien la très puissante et protégée Christine Lagarde. Au pays de l’abolition des privilèges ceux-ci ne se sont jamais si bien porté. Les français le savent, ils râlent, pleurnichent, en parlent… Ils sont très doués pour bavarder dans le vide et défiler sous des pancartes mais au fond ils s’en accommodent n’ayant visiblement jamais digéré d’avoir raccourci leur monarque. Ils sont en effet soumis au régime d’une constitution monarchique que s’était taillé sur mesure un homme qui se prenait pour Louis XIV, mais au moins il en avait la dimension puisqu’ils ont cessé d’avoir des chefs d’état à partir de Mitterrand. Pour les troquer par de médiocres affairistes plus préoccupés par leur enrichissement personnel et leur image dans la glace que par le destin de ce pays. Mais il faut reconnaitre que les français vivent dans une bulle.

Quand je dis les français, je parle des gens comme moi, bien que je ne le sois que sur papier. Des français blancs, nés dans une république qu’ils croient bienveillante, le plus souvent citadins, qui ne voient une vache que quand ils font l’effort de sortir de leurs murs et le plus souvent pour expliquer à l’autochtone que le coq ne doit pas chanter pendant leurs vacances. Ils vivent dans leurs villes séparés mentalement et physiquement d’une autre classe de citoyen, une sorte de sous prolétariat qui n’en n’est pas vraiment un mais qui est vécu et employé comme tel. Ces français-là, ce sous prolétariat fait la fortune de la police, le bonheur de la justice, et les réactionnaires leur doivent leur carrière. On pourrait en effet se demander où en serait Zemmour et De La Villiardière, le groupe Bouygues avec TF1, sans la jeunesse des quartiers. Sans compter tous les hommes politiques bien entendu qui ont prospéré sur « l’insécurité » en pointant d’abord du doigt les immigrés dans leur ensemble, la jeunesse des quartiers, puis les musulmans, le tout désormais assimilés à des terroristes potentiels ou avérés, le célèbre « ennemi de l’intérieur ».

Je me faisais cette réflexion ce soir en me promenant dans mon quartier. Samedi soir à Lyon, une ville étudiante, c’est deux jeunesses qui ne se croisent quasiment jamais qui s’amuse. Une en terrasse dans les étages, saoule, qui parle fort et sans prudence, probablement occupée à fumer le shit que leur ont vendu la jeunesse d’en bas, exclu de leur jeu, de leur confort, de leur avenir, de leur pays. Ceux-là, la « fête » ils la font tous les soirs ou presque, dans la rue, et toujours aux mêmes endroits. Ils vendent la matière première des fêtes des étages au-dessus, s’achètent kebab et pizza, boissons gazeuses et parfois du whisky ou de la vodka de marque. Ils adorent les marques, en porter et dépenser des fortunes pour un blouson ou un jean, ils font donc également le bonheur des milliardaires qui tiennent ce pays en coupe réglée. C’est à peu près leur quotidien. Discuter avec les potes, fumer, vendre, se saouler, jouer au foot et draguer. Ils vont faire ça également dans la journée éventuellement mais pas dans mon quartier. Dans mon quartier ils s’envisagent encore plus ou moins un avenir, ils ont parfois le bac, des parents mais pas tous, et vivent, ou du moins essayent de vivre légalement des seuls jobs que l’autre France ne leur proposera jamais, intérimaire, généralement pour la manutention, déchargement des quais, les préparations en magasin ou en entreprise. Rien d’autres. Bien entendu certain ont des casiers et tous, absolument tous sont à la merci constante de la police qui ne manque jamais de leur rappeler qu’ils ne sont pas des citoyens à part entière, la preuve ils n’ont pas la même couleur de peau. Pas de misérabilisme ici, c’est un fait, ces français-là n’ont aucun avenir. Pas plus qu’en n’ont les gamins des zones rurales qui font très exactement la même chose qu’eux, galérer pour trouver un petit boulot et se défoncer le soir, tous les soirs. Une jeunesse qui s’ennuie, et, dans le cas de mes citadins, dont la seule perspective d’emploi stable est d’aller à Marseille, se faire embaucher à la journée comme dealer dans un quartier. Voilà leur avenir, voilà comment la France les envisage, manutentionnaire-vendeur de shit et rien d’autre. Ils achètent un 25 à 80 euros. Se font cent, deux cent euros de bénéfices, ils ne sont que distributeur, le plus gros de l’argent va au grossiste et au semi grossiste. A Marseille on leur fixe des objectifs, mille euros de défonce, mille euros de bénéfice et tu touches cinq cent, mille deux, pour une journée ou deux de travail. Bien entendu c’est à risque. Le monde de la délinquance est un monde où tout le monde essaye de baiser son prochain. On se fait avoir sur la quantité et nous voilà en dette, on peut se retrouver au milieu d’une fusillade, à Marseille c’est sans limite. Et si je le sais c’est parce que je les ai écouté en parler de la même manière qu’ils parleraient d’aller se faire embaucher sur un chantier ou dans un supermarché.

C’est d’ailleurs l’extraordinaire paradoxe de ce pays fort d’une classe dirigeante corrompue, sa prohibition sur les drogues, mis en place depuis 47 ans, ne fonctionne pas et n’a jamais fonctionné. 47 ans d’une loi d’exception qui n’a strictement servi à rien de plus qu’à trouver un prétexte pour enfermer la jeunesse de ce pays et plus particulièrement la jeunesse du sous prolétariat des villes et des champs. Et de ce point de vue-là, la justice française est en pleine forme puisqu’on arrête et on enferme en masse aussi bien petit dealer que consommateur, les chiffres de la justice le démontrent.  Le plus cocasse là-dedans étant que naturellement non seulement la France est la plus grosse consommatrice d’anxiolytique d’Europe mais également de cannabis, la drogue qui rend fou. Je ne vais pas, à l’instar de la classe politique, revenir sur ce serpent de mer français, je sais parfaitement que de ce point de vue, il n’y a plus que la classe politique et la bourgeoisie qui tient ce pays pour s’intéresser à la question de la prohibition. On fait donc à la française, en douce, tout le monde, flic y comprit, et on laisse la mafia corso marseillaise s’enrichir avec l’aval des gouvernements qui se succèdent. Plus personne n’est dupe en réalité. On habille le débats moral avec l’argument sanitaire, on agite la menace d’une maladie mentale rare (oui la schizophrénie est une pathologie rare) et on permet au roi du Maroc et à d’autres de toucher leur dime sur l’or vert du Rif et de se la dorer à Marbella. On permet dans la foulée que des produits frelatés, du shit « Harry Potter » comme disent mes dealers en rigolant, de tomber entre les mains des gamins avec les risques sanitaires et psychiatriques afférant. Je rappelle tout de même qu’aujourd’hui le premier pétard c’est à partir de 12 ans…

Mais revenons à cette sous classe de la société française. Donc pas la jeunesse protégée et blanche des villes mais celle qui subit l’apartheid à la française. Celui qu’on ne nomme pas, pire sur lequel des petits ambitieux comme Valls ont essayé de se faire du beurre. Lui aussi a dénoncé l’apartheid qui sévit dans ce pays, il essayait de se faire bien voir, la France blanche, celle qui a aboli les privilèges de l’aristocratie pour se les arroger, la bourgeoise, s’est emporté. L’apartheid ça n’existe pas en France, tout le monde a ses chances. Excepté pour trouver un appartement, un travail, poursuivre des études dans des conditions descentes, pour ne pas se faire harceler par la police, mais c’est interdit de le dire. C’est interdit parce que non seulement la France n’a jamais supporté la perte de son empire, ni plus que des gens pas de chez nous osent revendiquer leur droit dans un pays qu’ils ont construit et qu’ils enrichissent, clandestins y compris. Oui, même sans papier si on est embauché on cotise. Mais pour un Zemmour « on ne vit plus comme des français » c’est-à-dire comme dans les années 50 quand le bicot ne la ramenait pas. On est obligé de faire avec… et pour ces français là il est bien plus supportable de se faire rouler dans la farine continuellement par leur gouvernement que l’idée qu’un jeune des quartiers ait les mêmes droits qu’eux, ce qu’ils n’ont en réalité qu’en théorie. D’ailleurs c’est amusant de voir comment le racisme des réactionnaires se focalise sur cet apartheid là, mais pas une seconde sur celle qui touche les gamins des campagnes. Parce qu’en réalité ce pays a étendu son sectarisme autant aux gamins des quartiers qu’à ceux des champs au point où on ne parlera jamais d’eux.  Ce pays n’aime sa jeunesse que lorsqu’elle pense comme un vieux, veut devenir médecin ou avocat ou quand il s’agit de les enrôler dans une armée qui ne sait en réalité pas quoi faire d’eux. Car notre jouvenceau narcissique qui a des idées de vieux veut remettre le service militaire obligatoire, et 74% des français seraient d’accord, selon les sondages… A croire que ce pays adore les uniformes, avec un flic pour 265 habitants la France est bien le pays le plus fliqué d’Europe. Personnellement j’ai fait mon service, j’en parle , et à part se biturer, fumer du shit, ce qu’ils savent déjà parfaitement faire, et servir de petite main corvéable à souhait pour les professionnels je n’ai jamais vu l’intérêt de ce service. Mais la France puise ses idées dans les années 50 et 60, c’est la nostalgie d’un pays de vieux qui refuse d’évoluer.

L’apartheid français est à l’image de sa mentalité, on n’en parle pas, on a interdiction d’en parler, elle n’existe nulle part dans le cadre de la loi et partout dans le cadre du quotidien. Il est interdit de dire que la jeunesse hors des villes n’a pas la moindre chance de trouver autre chose qu’un petit boulot, si elle en trouve, que rien n’est prévu pour eux, ni structure ni encadrement. Tandis qu’apeuré, ce même pays offrira des bibliothèques et des centres sportifs dans les quartiers en espérant que ça les endorme. Créant de fait une différenciation entre deux sous classes de la jeunesse. On ne s’étonne dès lors guère du succès de la ploutocratie Le Pen dans les zones rurales et auprès des jeunes. Diviser pour mieux régner sur un asile de vieux est le crédo de tout bon politicien français. Comme il est interdit de dire qu’en s’appelant Mohammed ou Ada on aura toutes les peines du monde à se faire embaucher, et aucune si on ajoute qu’on vient d’un quartier « à problème » et encore moins de pouvoir louer un logement ailleurs que dans le dit quartier. Et parfaitement illusoire de se dire qu’on passera la journée sans se faire contrôler au moins une fois si on a l’imprudence de trainer dans les quartiers des français blancs. La France continue de croire à sa mythologie de l’égalité pour tous, dans un même pays où les représentants de la nation, les députés, viennent quasiment tous de la classe dominante avec une majorité de quadra et plus, beaucoup plus, comme c’est le cas au sénat, notre asile de vieux de luxe à nous. C’est interdit parce que ce pays déteste se remettre en question. Déteste l’idée qu’il n’est plus qu’un reflet peu reluisant d’une gloire passée.

Se remettre en question ça serait en effet admettre le grand mensonge de la libération avec sa résistance de la dernière heure qu’on a voulu faire passer pour une résistance de la première. Avec son patronat unilatéralement collaborateur et son antisémitisme qui a permis l’arrivée au pouvoir d’un vieillard narcissique. Ca serait également admettre que  la décolonisation a été une trahison pour pas mal de français, ajouté au mépris le plus complet qu’on a accordé aux hmongs et aux harkis puisque bien entendu ils n’étaient pas de chez nous. Ca serait admettre que la France a soigneusement tenu éloigné son immigration loin de toute force politique, de toute représentativité, de toute forme d’assimilation, préférant agir avec elle comme elle l’avait fait dans ses colonies. Avec paternalisme, absolument certaine de sa supériorité, essayant de nier complètement leur identité, leur spécificité. L’empire réduit à son propre territoire colonisera donc ses banlieues avec la même démarche qu’il a colonisé l’Afrique ou le Vietnam. Et aujourd’hui, comprenant son échec le plus total dans le domaine, ce pays accuse ses colonisés de ne pas vouloir s’intégrer. Ce qui est très pratique pour les exclure un peu plus, vu que c’est de leur faute…et Daesh qui a parfaitement compris sur quel ressentiment jouer ici, l’a utilisé pour diviser un peu plus cette société d’apartheid. Un apartheid dirigé autant vers la jeunesse des classes populaires que vers son immigration.

L’ennui avec ce sectarisme sociétal qui refuse de dire son nom, cette hypocrisie complète dans laquelle vit la société française c’est qu’à terme ça produit ce qui s’est passé le 13 novembre 2015. Pendant que la classe dominante à travers ses locuteurs certifiés « moi j’viens d’la banlieue moi » mais très grassement payés, nient l’identité voir même l’existence (je pense ici aux gamins de la cambrousse) de toute une jeunesse, un fossé est en train de se creuser de plus en plus profondément au sein même de cette société vieille et nostalgique de son passée. Une jeunesse populaire qui sait qu’elle ne sera jamais acceptée par la caste, sera refoulée vers les classes moyennes à titre d’épouvantail, commence elle à cesser de vouloir à faire quoi que ce soit avec cette société. Et deux mondes passent l’un à côté de l’autre sans jamais se voir que dans le ressenti. Je parle avec les gamins de mon quartier mais il est clair que dans la tête de quelques porteurs de barbe je suis l’ennemi, « Jean-Pierre » le Françoy. Ils pensent comme des colonisés qui voudraient s’affranchir de l’autorité paternaliste que je suis censé représenter, parfaitement soumis comme on attend qu’ils demeurent, mais ça il n’y a qu’eux et la réaction qui refusent de l’admettre. L’ennui c’est que la France est truffée de responsables racistes et/ou réactionnaires, de Boutledja la passionaria salafiste des Indigènes de la République à Narcisse 1er Roi des Banquiers, en passant par Marine Le Pen. Ca blague sur les comoriens qui se noient au large de Mayotte, ça parle de zone de non droit sans y avoir jamais mis les pieds, ça accuse telle couleur de peau, telle origine national d’être la faute de tous ses malheurs. Ca organise des camps d’été « interdit au blanc » dans le plus grand des calmes, parce que finalement la France s’accommode parfaitement de ce racisme ambiant, ce pays n’a jamais été pour le mélange des cultures surtout qu’il estime la sienne supérieure en tout point. L’ennui, surtout, c’est que dans le climat délétère qu’est en train de créer le merdeux de l’Elysée cette faille dans la société française va s’agrandir un peu plus chaque jour, et qu’à terme ça s’appelle la guerre civile.