Rien à voir

La diagonale du pire dans le métabolisme chimique d’un continent à la dérive sur des fleuves obliques striés comme des zèbres ondulants et clapoteux, parfumés de sacs plastiques multicolores, un printemps de supermarché. Tout doit disparaitre ! Le rayon dégueulant la marchandise au centuple des sillons creusés sur les mains des enfants du Bengale teintés de bleu jean comme des zoulous de l’espace en mode technicolor from Mars. La lapidation des consommatrices sous le joug du papier glacé des impératrices squelettiques aux yeux de chat porno, fendues sur des mousselines couteuses par des ongles pédés dans la garniture de vieilles bicoques frelatées par des milliardaires plastifiées sous les ors monegasque d’un été entre prélats de la même église. Rien à voir.

 

Le marocain nubile dans les grâces d’un marocain ministériel des fraises et de l’agitation en milieu tiède dodeline du cul près de la piscine miroir et vert de mer qui scintille sous la pastille de son importance toute relative, Un marocain camé de son dieu de cadavre repend son autosatisfaction de branleur sur les remparts d’un songe anarchiste, une marocaine violée se fait happer par une foule frustrée et pornographiée comme une sodomie en plan large, vive le viol, vive la mort. Rien à voir.

 

Langouste égarée dans un panier de crabes enlacés sous le lacet savant d’une ordonnance caractérisée de chrome et d’or sur la feuille de silicium d’un mage du papier dollar. Il charme la courbe insane d’une chiffrée pétrolière éclaboussant d’épaisseurs gluantes et fumantes la flaque de sang d’un cadavre frais de nègre Kivu. Il berce la cataracte mauve de l’œil de l’envie sous la latitude d’une plage off-shore en immondice d’or et de palmiers. Des femmes au cou gracile gribouillé de diamants juifs sur des comptes de Zoug mitraillent en cascade de rires insanes le minable qui sous-traite l’ultra comtesse faramineuse sabrant le Pérignon sur le crâne d’enfant-œuf au dos zébré d’esclaves tropicales. Rien à voir..

 

Le grouillant d’une masse bob et K-Way mugissant de leur satisfaction repus d’enfant de salaud pilleurs de poème en image désincarnée d’un souvenir de caca sur les collines d’un désert d’ivoire, bidule was here, in memoriam du néant retracé sur des pages électronique de milliardaire complexé par un sexe ordinaire. Des foules compactes d’imbéciles congés payés dégobillés des charters pour des retours de chaude-pisse tropicale à l’ombre des putes de Pataya. Ca rote des cames compliquées de chimie intelligente sur des drames sophistiqués de trentenaire tatoué au milieu du néant de sa différence stéréotypée par des fascicules du bien consommé glouglouté des bacs à vide d’un média consorsium. Pas cher, pas cher, viens voir mon tapis d’Orient qui rame à dix dirhams en opéra de boustifaille dégringolant des montagnes de viande sur des assiettes privilégiées de clampin sans dent dans le tournis vicié du tourisme de masse. Rien à voir.

 

Des freluquets encravatés de soie violette, coulés dans des uniformes sur mesures de césar de chenil, discourent de leur importance au nombril du monde d’un prime time de galerie pour vendre plus de coca charbonné de substituts usinés dans des cuves nazi de quelque projet de grandeur. Il borborygme sa satisfaction d’être lui, de n’avoir rien à dire mais de le dire bien dans la scolastique d’une langue en sapin. Enterrer les idées et en faire des sucreries à mâchonner pour les pouilleux qui s’entassent devant l’écran de leur ignorance. Des dimensions parallèles parasitées par l’absurdité élective d’un tour de passe-passe éventé comme une farce donnée et sans importance aux foules affamées d’idéal, fronçant l’œil sur le firmament d’un avenir en abime, et piaulant tel des chiots sans affection leur peur de laisser à l’héritage une longue agonie, derrière l’éclaté fluorescent d’une vitrine au dieu solde, et tout doit disparaitre. !. Rien à voir.

 

Des torrents synthétiques de sang graphique gicle en vomi aseptisé d’un cinéma pisseux, violence grisante et marketée comme une fille facile sur un lit panthère dans un fantasme glacé de parvenu libidineux dégénérant dans des jeux vidéo de tourisme casqué et d’anarchie facile de caïd cinématographique en mode couille et tergal. Des spectacles infantiles de monarchie sans enjeu juché sur les dragons rouges des tapis enroulés d’une aristocratie du toc en sourire qui claque sur les étals retouchés de marchandise de choc.  Rien à voir.

 

Verticales dominantes plaquées polychrome d’affamés cintrés de parachute d’or et golden shower sur les berges féroces d’infirmes sur le retour de contrées sauvages, jungle des bistourés cacochymes en plis étirés sur des clavicules décharnées de régimes sans glucides, jus de carotte transgényco-californienne, les dents porcelaines taillées au rasoir pour des jugulaires infantes dans les castels imaginaires des rives de la nouvelle économie. Rien à voir.

 

Chimères fantastiques d’opiacé constitué en gerbe dégarnies d’infanticides télévisés, l’œil calculés dans la lucarne des terreurs à la commande de quelques publicistes soda saupoudrés cocaïne, plantés dans la conserve de brique rose cinq cent de leur aptitude à dissimuler le cancer dans le colon du sacre-journal. Au jeu des miroir du pays d’Alice farubileuses et spermicides d’une sixième extinction d’oraison glacée au firmament d’une pourriture qui balbutie sur la peau verni des crocodiles sac à main. Rien à voir.

 

Le sac à main couteux des frères du bayou n’a rien perdu de ses mœurs sauvages, il s’enroule sur les turpitudes d’émeraude et rubis de la princesses décolorée, l’entraine dans les tréfonds d’un viol collectif de perroquet de salon soucieux d’étiquette dans l’absorption de pâtisserie en forme de plug anal pour gorge bourgeoise et bien garni de suceuses endormies sur les canapés ouatés à la fleur d’euros. Rien à voir.

 

Marchandises claironnées, plaquées en lumières électriques sur des boulevards griffés de vapeurs d’essence, poubelles obèses soulagées dans des rivières poétiques de reliquat de campagne champignonnée d’hypermarchés faramineux sous les lampions du semblant et de la paresse des foules gavées d’images en hyperboles de leur désastre intérieur, vissées sur des canapés suédois de quelques forêt ravagée statistiquement par des cadres soucieux de leurs enfants et du bien obéir dans le mugissements du troupeau satisfait d’une fin de l’histoire en forme d’agonie de soin palliatif. Rien à voir.

 

Canoë dérivant sur le clapotis enthousiaste, terrain de jeu des pédalos et des bouteilles de crème solaire vides. Embarcation ras la mer aplatie de futurs esclaves à la peau grise des maux de mers et des terreurs nocturnes sous les bombes high tech des princes dorées du triomphe impérial. Crevoir satisfait des périphéries niçoises sous le regard grognée de quelques épiciers du confis et de la corruption, déblatérant leur inutilité au micro attentif d’un stagiaire jaune de la réussite vedette qui courbe devant le paresseux donnant sa leçon de rien nombrilistique. Que ça peut pu aller toute cette mendianterie qui n’a même la décence de se laver dans le lisse d’un pavillon à crédit sur 100 ans. Et petits bruits de bouche sur les réseaux de l’antisociale sponsorisé par des marques de lavabos connectés. Ca grimaille ses théories nationales dans l’angoisse du remplacement de sa petite importance de face de craie et ça carême devant la main crevé du Rom négatif au rire d’or devant ce peuple d’émasculés. Rien à voir

 

Marmaille médusée sur des radeaux d’infortune cannibalisés par les objectifs voraces des médiamétries corporate. Grouillement de guenilles au regard déraillé sur le fil barbelé de l’Europe marchandise, Intermarché ferme ses portes à dix-neuf heures, les indigents sont priés de se présenter à la poubelle pour leur sirop de Javel. Suffisance emplâtrée sur des plateaux télé aseptisé comme des frigos d’abattoir, vernis à ongle de la civilisation bien née qui craquèle sur la couche grasse et juteuse de la bêtise primitive du petit propriétaire sans crédit, rentier de ses défécations satisfaites . Rien à voir.

 

Micro processeurs aérodynamiques d’un super futur en forme de trip à l’acide des mauvais délires d’un singe de luxe dans une tour d’ivoire. Tripotis des combines humaines, s’absoudre de ses propres misères qui cherche le contact vers le ciel mais oublie de saluer les fleurs. Manger tous les jours des pâtes sous le luminaire éco-responsable d’un avenir de déchet radioactif sur les plages de Somalie, rajouter du fromage artificiel pour faire plus festif, enrichir la kémya, du sang plein les pattes d’avoir fait miroiter le bureau ingénieur des hommes du futur de tout de suite. Rien à voir..

 

Génie USB sirupant ses données fantastiques dans le système sanguin d’un appareil de distraction. De l’art en conserve consommable n’importe quand sans le grès d’un peu culture, pour soulager des chips. Je serais tous tes souhaits de fantasmes technicolor mais ne lit pas Steinbeck ça fait mal au crâne. Grimace autorisée de savonnés précieux au tour de cou de poulet, déblatérant leur inculture conflictuel pour faire dormir en réfléchissant. Spectacle de société mascarade qui ne sait plus rien mais le sait mieux que tout le monde. Tristesse infinie des fonds de tiroir qui attendent qu’on les débarrasse des derniers arguments en faveur de la stupidité. Rien à voir.

 

Un type passe les poches trouées dans ses poings crevés, le poil gras des nuits sur le parvis d’une église éclairée toute la nuit comme un concessionnaire motos dans un quartier élu, ça gargouille dans son bide, objectif kebab. Sur le devant de sa scène un mégot de joint à peine dégarni par quelques coyotes en survêtement pimpant. Il le ramasse, il l’allume, sa journée est faite. Rien avoir.

 

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Le capitalisme, la loi des parasites

Marxiste ! Assassin ! Anarchiste ! Islamo-communiste ! Calmes-toi, déjà je ne suis pas ton thérapeute, ensuite je me doute qu’avec un titre comme ça tu vas commencer par sortir ta petite grille de lecture bien délimitée par des années d’endoctrinement idéologique. Personnellement les idéologies, toutes les idéologies, ne m’ont jamais passionné. J’ai certes une affection pour l’anarchie mais pour l’expérience anarchiste et non pas la théorie, j’ai jamais lu Marx mais j’ai vu l’expérience soviétique de mes yeux, et je suis parfaitement d’accord avec de Tocqueville quand il dit ceci : je regarde comme impie et détestable cette maxime, qu’en matière de gouvernement la majorité d’un peuple a le droit de tout faire, et pourtant je place dans les volontés de la majorité l’origine de tous les pouvoirs (…). Lors donc que je vois accorder le droit et la faculté de tout faire à une puissance quelconque, qu’on appelle peuple ou roi, démocratie ou aristocratie, qu’on l’exerce dans une monarchie ou dans une république, je dis : là est le germe de la tyrannie, et je cherche à aller vivre sous d’autres lois. Ce que je reproche le plus au gouvernement démocratique, tel qu’on l’a organisé aux États-Unis, ce n’est pas, comme beaucoup de gens le prétendent en Europe, sa faiblesse, mais au contraire sa force irrésistible. Et personnellement je m’en arrêterais là parce que ça défini notre monde et le capitalisme dans son ensemble : le droit de tout faire parce qu’on est tous d’accord pour le faire, et c’est connu la majorité à toujours raison. La tyrannie du nombre.

 

C’est vrai après tout, dans l’Alabama des années cinquante ils étaient tous d’accord pour torturer, brûler vif et pendre le nègre. C’est donc qu’ils avaient raison.

 

C’est vrai quoi, on a tous voté pour machin qui nous a sucré notre liberté pour notre sécurité, c’est donc qu’on avait raison !

 

C’est vrai quoi on est tous d’accord pour avoir une voiture, plein d’argent, et des vacances avec un bon travail pas chiant, et tant pis si de consommer comme des porcs transforme notre monde en décharge, on doit quand même sûrement avoir raison, quelque part…

 

 

Dieu est mort, il faut que le commerce vive.

Dieu n’est pas mort avec Nietzches ou la Shoah, dieu est mort avec les Lumières. Dieu est mort avec Voltaire, Diderot, Hobbes, Newton, Dieu est mort avec l’Amérique, pas le moindre des paradoxes. Mais il n’allait déjà pas fort bien quand on l’a découverte, c’est-à-dire le jour de la naissance du capitalisme, le 13 octobre 1492 quand un marin génois s’est paumé dans les caraïbes en croyant avoir découvert l’Inde. Il n’était pas le premier à débarquer sur le continent, les vikings, les chinois et d’autres sans doute, mais aucun d’entres-eux n’était un marin génois ambitieux et endetté, qui avait promit mondes et merveilles à sa banque, la reine Isabelle, en échange de titre et de terre. L’enjeu était de taille. Et pas seulement au niveau des ambitions du marin. Constantinople avait été prise par les turcs emportant avec elle l’Empire Byzantin, la route des Indes et de la Chine était coupée, tout le socle commerciale qui s’était formé en Europe, à Venise, Florence, Gêne, Amsterdam, etc était en péril. Et de qui dépendaient monarchies et Eglise ? Rois, reines et pape ? Des banques, des usuriers, de ceux-là même dont le pouvoir reposait notamment sur le commerce avec l’est…

 

Et voilà que le marin et ses hommes débarquent sur une plage, accueilli par des autochtones qui leur offrent immédiatement des perroquets, du coton et d’autres verroteries. Pardon de la digression mais j’imagine le tableau… Qu’est-ce que ça vous ferait vous si soudain vous voyiez débarquer de trois gros bateaux l’air pas sympa, une horde de types pas du tout habillés pour la saison, mal rasés, crasseux, avec des semaines de mer dans les pattes, à demi affamés et armés ? Des perroquets et du coton me semble en effet l’option la plus pratique. Et quand le marin, à force de gesticulations et de mal entendue, vu que l’interprète sert à rien, réussi à brancher l’autochtone sur la question de l’or, qu’est-ce que celui-ci s’empresse de faire ? Vu comment le monsieur mal rasé et affamé insiste, bah de lui dire que ouh là oui y’a plein d’or par là, dans le sud, gardé par une tribu très méchante et cannibale qui arrête pas de nous emmerder.

 

Vous n’auriez pas fait la même chose vous ?

 

Le marin est reparti avec sa bande de clochard, a débarqué Cuba en se croyant au Japon, a découvert le tabac, et envoyé un de ses collègues dans les terres, chercher… le Grand Khan. Les cannibales ils les trouveront finalement en Dominique… et Ridley Scott attendra.

 

Et à partir de là la chasse a été ouverte.

 

Tout le monde a voulu venir pour l’or, les épices, les peaux, le grand cirque des marins-entrepreneurs, les conquistadores, comme on les appela. Des hommes qui avaient d’autant intérêt à piller et ravager tout sur leur passage qu’ils avaient une épée dans le dos, celle des banques et des prêteurs. Pas questions de revenir bredouille. Et puis Dieu était avec eux hein… enfin, l’Eglise qui trouva là un moyen formidable d’accroitre son pouvoir, et ses fonds. Mais il fallait aussi s’installer, construire des comptoirs, et donc qui dit construire, dit main d’œuvre. On commença par les locaux, mettre en esclavage les arawaks et tous les autres du continent. Jusqu’à la Controverse de Valladolid durant laquelle le dominicain Bartolomé De Las Casas et le théologien Juan Guinès de Sépulveda, à l’initiative de Charles Quin, débattirent sur la question suivante : les indiens ont-ils une âme ? Décidant que oui, on se rabattu sur l’Afrique de laquelle on importa les locaux qui eux heureusement étaient mi hommes mi bêtes. La traite négrière fit la fortune de l’Amérique et accessoirement des banques, des assurances, des compagnies maritimes comme la Compagnie des Indes ou la Compagnie Néerlandaise des Indes Orientales et donna à la ville de New York un essor qui l’a sorti de l’ornière dans laquelle elle végétait depuis Stuyvesant.  Les commerçants, les propriétaires terriens,  les banques, les prêteurs, les intermédiaires, les courtiers, avaient prit le pouvoir.

 

Et puis est arrivé le 18 octobre 1685. Révocation de l’Edit de Nantes, fin de la liberté de culte pour les protestants, début des persécutions. La suite on la connait, enfin surtout les natifs la connaissent. Une bande de fanatiques religieux débarquent sur la côte est, manque de crever de faim, les locaux leur apportent à manger parce qu’ils sont trop cons pour chasser la dinde qui les toise à vingt mètres, vu qu’ils se méfient de tout… Pour fêter ça les dingos appellent ce jour Thanksgiving, après quoi ils s’empressèrent de voler, tuer et piller leurs bienfaiteurs.

 

Oui le capitalisme est né à partir d’une foutue erreur de navigation. Il s’est théorisé avec les Lumières. Il s’est surdéveloppé avec la Révolution Industrielle, piétinant au passage et réinterprétant à la sauce de ses intérêts toutes les théories libérales de De Tocqueville à Adam Smith.

 

Et Dieu dans tout ça vous me direz ? Il a été remplacé par l’Objet.

 

La logique des termites.

 

Te fatigue pas je ne crois pas en Dieu. Je trouve la vie beaucoup plus cruelle, drôle, ironique, farceuse, multiple, et chatoyante que toute cette idée d’un barbu dans le ciel qui envoie en enfer ses enfants s’ils n’obéissent pas à ses lois, mais qui leur laisse le droit de le faire en appelant ça le libre-arbitre. Je ne crois ni en une force immanente et juste, la nature fait des conneries monumentales et s’en fout totalement, dixit les dinosaures. Ni en une justice du même acabit. Si je me souviens bien Staline est mort tout seul comme un con parce qu’on avait tellement peur de lui que personne n’était allé voir comment il allait. Après avoir fait tuer des millions de personnes, et mis en esclavage des millions d’autres dans les koulaks. Hitler à choisi sa mort, au contraire de mes arrières grands-parents. Et pendant ce temps à Charlottesville….

 

Mais il faut bien reconnaitre quelque chose au dieu des trois églises, il porta une construction intellectuelle. Il porta un savoir, un mode de pensée, il réforma les esprits, la façon dont les puissants et les seigneurs de guerres commencèrent à voir le monde. Plus seulement en termes de pillage, de vols, bien au contraire. L’église disciplina des guerriers et en fit des chevaliers et des rois, une aristocratie portée par une foi, quelque chose de plus grand qu’eux et leurs petites querelles. Oui je sais, tu vas me dire les croisades tout ça, mais il ne faut pas confondre le pouvoir spirituel et le pouvoir terrestre. La foi et les intérêts économiques et militaires de chacun. L’Eglise en tant qu’état et l’Eglise en tant que guide spirituel. La Torah n’est pas seulement le récit d’un exode, c’est un mode de pensée, une base de réflexion, un trait d’union entre le spirituel et un peuple. L’Islam s’est construit sur la conquête et a rayonné par le savoir et la tolérance. Etc…

 

Mais il y a eu les Indulgences, cette rançon qu’on payait pour racheter son âme auprès de l’Eglise. Commerce de la médiocrité. Il y a eu les bûchés qu’on a allumé pour un rien. Les femmes qu’on jetait dans la rivière attachée à une chaise. Si elle se noyait, son âme était sauve, si elle flottait, fallait la brûler c’était une sorcière. Il y a eu la vulgarisation de la Bible qui a fait comprendre à plein de gens que ce qui était écrit n’était pas trop conforme avec ce qui se passait dans l’Eglise Catholique Romaine. Il y a eut le courant protestant et bien d’autres avant, et la violence s’est déchainé comme elle se déchaine aujourd’hui entre chiites et sunnites.

 

Le prêchi-prêcha du croyant moyen ça sera de vous dire que ça c’est parce que l’homme il est très, très méchant mais que Dieu il leur pardonne quand même. Bref que le dogme, l’église et son mode de pensée n’ont strictement rien à voir à ce qu’en font ses ouailles. Responsable mais pas coupable quoi. Les textes ont beau être d’une violence sans nom, les interdits et les anathèmes multiples, c’est les gens qui lisent qui comprennent mal. Et ceux qui ont élaboré la Bible après deux cent ans de bagarres intellectuelles et de coupe-gorges, Ceux qui ont une idée précise et délimité du monde parce qu’ils sont persuadés qu’un berger illettré et mystique a écrit un bouquin de 600 pages sur les lois d’Allah, après avoir piqué sa crise et péter les idoles dans ce qui tenait lieu d’église dans son village. Ils ont mal compris ou c’est juste qu’on a voulu poser des mots et des lois sur des ressentis sans les comprendre ni les accepter ?

 

Je suis plus prêt de toi que ta veine jugulaire, nous dit le Coran. Voilà, c’est ça la foi. Et on aurait dû s’en arrêter là. Mais non, l’homme est un animal intellectuel, ce qu’il ne comprend il faut qu’il se l’explique. Il parle tout seul ou avec d’autres, il élabore des théories. Et elles le portent. Cette idée de quelque chose plus grand qu’eux a porté les hommes. Elle leur a donné la grosse tête aussi. Jusqu’à ce que la science commence à relativiser notre nombril. La terre a cessé d’être plate et au centre de l’univers. Et peu à peu tout a cessé d’être sacré, à commencé par l’homme lui-même. Du moins dans la conception que l’occident judéo-chrétien se fait du monde. Cet occident conquérant qui s’est déployé comme jamais à partir de cette fameuse erreur de navigation. Qui a soumis la Chine en l’intoxiquant avec de l’opium, s’est imposé au Japon par la force de sa marine, a réduit des millions de personnes en esclavage à l’instar des arabes et des romains qui les avaient précédé. Et dès lors, ce dieu qui avait été une explication, une interprétation du monde, un guide, devint un prétexte pour tout se permettre. Un commerce comme un autre quoi.

 

Depuis l’homo modernus est un animal vide dans lequel on a glissé un objet. Chaque fois qu’il bouge l’objet lui rappel qu’il est vide. Alors il le remplit d’autres objets, à force de se bourrer il arrivera peut-être à étouffer le vide…

 

Et ce qu’il y a de formidables avec ce système capitaliste c’est que nous en avons tous profité ! Face à la montée du socialisme, de l’anarchie, du communisme, les tenants du capital ont bien été obligé de lâcher du leste. D’autant mieux, comme l’a compris Ford, que payer mieux ses ouvriers et leur donner une participation dans l’entreprise en fera non seulement des ouvriers concernés, mais des clients heureux. Ford qu’admirait tant Hitler et réciproquement. Point Godwin me direz-vous ? Pas vraiment non, le Fordisme, le taylorisme est une des sources d’inspirations de la machine industrielle nazi, jusqu’à la Shoah, Organisation Scientifique du Travail cela s’appelle et elle s’est élaborée lors de la seconde révolution industrielle. D’ailleurs Ford était ouvertement antisémite. Et puisque plus rien n’est sacré, tout est permis. Comme disait Césaire, au fond Hitler n’a fait qu’appliquer le colonialisme sur l’Europe. Les mêmes méthodes, le même asservissement, même les camps de concentration qui avaient été inaugurés par les allemands en Afrique. Hitler avait aussi son idée du sacré. Une idée totalement délirante de psychopathe sado-maso mais passons. Qui a pourtant perdurer jusqu’à Charlottesville et la famille Le Pen. La religion du sang, de la race, de la couleur de peau, du sol. La religion du Peuple-Nation, du Peuple des Seigneurs. Qui a d’autant perduré qu’il est présent dans les archaïsmes de l’Europe et d’à peu près tous les peuples de la terre. Barres toi c’est nous qu’on est le Peuple Elu.

 

Oui, nous en avons tous profité. Comme nous avons profité de nos guerres, de nos ennemis, du nazisme, du génocide indien, de l’esclavage, de la Shoah, de la Guerre Froide, de la Guerre de l’Opium. Les marchands, les commerçants, les usuriers, banques, propriétaires terriens ont envoyé la paysannerie grossir les villes et remplir les usines au point où aujourd’hui pratiquement plus aucun d’entres-nous n’est auto-suffisant alimentairement. Nous vivons dans des lieux qui appartiennent à d’autres et nous passons notre vie à courir après l’argent parce qu’un jour Adam Smith a décidé que l’économie du troc avait été l’économie de nos ancêtres. Ce qui n’a jamais été le cas nulle part sur terre. Dans les tribus primitives nécessité faisait loi. On partageait le produit de la chasse. Aujourd’hui on le vend pour s’acheter à manger… Et en effet il s’est produit ce que ne cessent de nous vanter les libéraux modernes, tout le monde en a profité, un peu. Tout le monde s’est enrichi, un peu. On a été en meilleur santé, vécu plus longtemps, etc, Merci saint Capitalisme de tes bien faits ruisselants !

 

Et on est tous devenus des rongeurs, des termites bouffant notre unique domicile, la terre. Sans le savoir ou en pleine conscience. Tous voulu notre voiture, notre ordinateur, notre Ipod, notre petite maison rien qu’à nous à crédit sur 20 ans. Tous. Et aujourd’hui ça se démultiplie parce que l’occident triomphant a imposé ce système de pensée à l’ensemble de la planète. Tout le monde veut connaitre son petit confort 2017 mais comme dans les années 70 chez nous. Et pourquoi pas ? Pourquoi on y aurait pas tous droit hein !? Il existe un site qui pourrait vous éclairer sur ce qu’implique ce droit : http://slaveryfootprint.org. Vous pouvez tester par rapport à ce que vous consommer le nombre d’esclaves dans le monde qui travaillent pour vous. Bon vu ce que je consomme avec le peu d’argent que je gagne, je suis très déçu mais j’ai zéro esclave qui travaille pour moi. C’est une affaire d’échelle bien entendu, en réalité il y a bien un gamin dans le sud Kivu qui s’est crevé la vie dans un trou pour que je puisse taper ce texte sur mon ordinateur. Six millions de morts en RDC depuis la fin de l’Opération Turquoise. Turquoise c’est plus joli qu’Abattoir à Ciel Ouvert. Ca fait printanier.

 

Oui, c’est ça qui est formidable avec le fameux ruissellement du capitalisme magique, il nous a rendu tous complices involontaires ou non. Et voilà la loi du nombre, voilà la théorie de l’offre et de la demande.

 

The pusher don’t care

 

C’est une des paroles d’une célèbre chanson de Steppenwolf, The Pusher. Un pusher en argot américain c’est le revendeur de drogue qui pousse à la consommation, celui qui appuie sur le piston de la seringue pour vous aider à vous shooter la première fois. La première dose est gratuite ! Comme pour nous autres, la première dose a été gratuite.  La machine industrielle s’est emballée. Notamment avec la Guerre de Sécession qui sera le premier conflit industriel de l’histoire, puis plus globalement avec les deux grandes guerres faisant des Etats-Unis une puissance économique sans précédent. De plus en plus de monde a eu accès à de plus en plus de confort au point où aujourd’hui on trouve dans une Twingo plus de technologie, de confort et de sécurité qu’en rencontrera jamais un soudanais ou un bengali moyen dans toute sa (courte) existence. Plus en plus de monde, donc plus en plus de demandes, et d’offres. C’est la logique claironné par le capitalisme, la loi de l’offre et de la demande. Le mantra sacré. Ce pourquoi du reste les trafiquants de drogue ne comprennent pas pourquoi on leur fait la chasse, eux aussi répondent à une demande. Une demande dont s’est du reste parfaitement accommodé l’Empire Britannique et Français quand on s’est proposé de forcer la Chine à s’ouvrir au commerce avec l’occident. Et si je fais l’analogie avec le revendeur, celui qui vous file la première dose gratuite, vous tape dans le dos et vous dit à la prochaine fois, c’est parce que c’est exactement comme ça que fonctionne le capitalisme moderne. Non il ne s’agit pas de la loi de l’offre et de la demande. Il s’agit de la demande créée, suscitée, provoquée, de la demande créée de toute pièce à partir d’une offre qui ne répond plus à aucun besoin réel mais à des nécessités strictement commerciales. Apple ne sort pas un appareil tous les deux ans pour répondre à un besoin technique ou pratique mais pour entretenir ses clients dans une dépendance technologique, et ses actions en haut de la liste. Et quand je parle de dépendance, combien d’entre vous cherchez encore votre chemin sur une carte IGN ? Combien d’entre-vous êtes même capable de la lire ?  Combien d’entre nous serait capable de tuer ou cultiver pour vivre ? Pas besoin, le groupe Carrefour vous propose son large choix de viande à un euro le kilo, pour pas que ce qui reste d’éleveurs et de cultivateurs ne se suicide tout de suite. La première dose est gratuite on vous dit ! Reagan, Thatcher, les fers du lance de ce capitalisme là, nous l’ont dit, enrichissez-vous, il y en aura pour tout le monde ! Du pétrole ? Pff à l’infini qu’on vous dit ! Et d’ailleurs pourquoi pas puisque tout le monde le fait…

 

Pourquoi pas puisque tout le monde achète le dernier album de machin c’est que ça doit être bien, et pourquoi pas puisque ma star préférée utilise Avon, ça doit être bien. Pourquoi pas voter pour lui puisque les sondages me disent que tout le monde va voter pour lui, ça doit être bien. La logique du nombre, du suffrage universel, pas seulement appliquée à la politique, non à tout, à l’art, à la mode, au mode de vie. On y revient, si tout le monde le fait c’est que c’est bien. Et on a appelé ça la démocratie. Le droit tout avoir parce que tout le monde l’avait donc forcément c’était bien. Pourquoi pensez-vous que les Etats-Unis et l’Europe ne cessent de faire la guerre au nom de la « Démocratie » ? Pour que plus de monde ait accès à tout ce qu’il veut. En terme commerciale on appel ça élargir sa clientèle. En terme militaire, une stratégie de conquête. Et si vous en doutez demandez aux irakiens.

 

Le capitalisme est né les deux pieds dans le sang, un fouet dans une main et une Bible dans l’autre. Il a survécu à lui-même et s’est prorogé par la guerre. A la fin de la Guerre Sécession les Etats-Unis étaient déjà une puissance qui comptait, et dès la fin du XIXème siècle ils se sont empressé de coloniser, par la guerre leurs environs immédiats et plus si affinités. Chaque guerre a été le motif d’un bond industriel. Et la guerre c’est bon pour les affaires quand on fabrique à la chaîne et produit en masse. Voilà ce que raconte le général Smedley Butler du US Marine Corp, à la fin de sa carrière : J’ai effectué 33 ans et 4 mois de service actif, et durant cette période, j’ai passé la plupart de mon temps en tant que gros bras pour le monde des affaires, pour Wall Street, et pour les banquiers. En bref, j’étais un racketteur, un gangster au service du capitalisme. J’ai aidé à sécuriser le Mexique, plus particulièrement la ville de Tampico, au profit des groupes pétroliers américains en 1914. J’ai aidé à faire de Haïti et de Cuba un endroit convenable pour que les hommes de la National City Bank puissent y faire des profits. J’ai aidé au viol d’une demi-douzaine de républiques d’Amérique centrale au bénéfice de Wall Street. J’ai aidé à purifier le Nicaragua au profit de la banque américaine Brown Brothers de 1902 à 1912. J’ai apporté la lumière en République dominicaine au profit des entreprises sucrières américaines en 1916. J’ai livré le Honduras aux entreprises fruitières américaines en 1903. En Chine, en 1927, j’ai aidé à ce que l’entreprise Standard Oil fasse ses affaires en paix. Quand je repense à tout ça, je pourrais donner à Al Capone quelques conseils. Le mieux qu’Al Capone pouvait faire, c’était de racketter trois quartiers. Moi, j’agissais sur trois continents.

 

Vous voyez ce que je veux dire ?

 

La farandole des parasites.

 

Laurent de Médicis était laid comme un pou, avait une voix nasillarde, orbitait dans une ville remplit de clan familiaux qui mourraient d’envie de s’entre-tuer, mais il avait autant d’argent que d’éducation et de goût. Il a révélé Michel-Ange, Léonard de Vinci, Botticelli et d’autres. Et tout le monde raffolait de le fréquenter, pas seulement pour son or. En gros il a accouché de la Renaissance. Aujourd’hui Laurent de Médicis s’appel François Pinaud, il ne révèle rien, n’accouche d’aucun renouveau artistique, philosophique et scientifique, il collectionne. Il s’exonère fiscalement en plaçant dans le marché de l’art, car l’art est devenu un marché comme un autre.  Et tout le monde veut le fréquenter autant pour son or que son pouvoir.

 

Un jour un espagnol au nom interminable, dit Picasso, s’installe à Paris sans un rond, il boit un coup avec un certain Max Jacob, rencontre un poète du nom de Guillaume Apollinaire, c’est avant la grande boucherie de 14 de laquelle le même Apollinaire finira par mourir. Modigliani n’est pas loin, Cézanne a déjà dit adieu à la perspective italienne et a jeté les premières bases du cubisme avec les Joueurs de Cartes. Pourquoi sont-ils à Paris à ce moment là, pourquoi passent-ils tous par là ? Parce que Paris c’est la ville où on fait la fête, où on peut encore se loger pour pas cher, où toute l’Europe se croise, alors qu’à Londres ont fait des affaires. Aujourd’hui Picasso, loge en banlieue parce que Paris c’est trop cher, monte un blog vu qu’il rame avec les galeries qui pensent cotation avant de penser art, correspond avec un gars qui a fanzine et qui s’appel Max Jacob, ils décident de s’auto produire pour vendre leur travail, montent une chaine de crow funding, payable par Paypal uniquement, font du buzz dans les magazines en ligne mais vu qu’il défile déjà des millions d’images et de poème sur la toile, tout le monde s’en carre… sauf, sauf si un gars décide de poser un plug anal vert sapin de sept mètres sur la place de la Concorde. Alors Picasso lâche l’affaire et laisse la place à Jeff Koonz.

Louis Ferdinand Céline envoi un manuscrit épais comme un bottin à un certain Gaston Gallimard, ils s’engueulent pendant toute la durée de la correction et même après. Le livre rate le Goncourt dont du reste personne ne se souvient. Il devient un monument littéraire sans passer à la télé. Il inspire des milliers d’écrivains et d’artistes en général jusqu’à aujourd’hui, sans répondre à un interview dans les Inrocks. Et pourtant on y dit des mots comme nègre, foutre et youtre. Son livre se vend partout dans le monde, Céline ronchonne parce qu’il ne touche rien. Les intermédiaires sont déjà là. Les agents, les éditeurs, les législateurs qui décident si oui ou non vos droits d’auteurs s’appliquent chez eux et à quel taux. Aujourd’hui Céline envoie son manuscrit à 15847 maisons d’éditions qui le refusent en raison de sa taille, ou de son style, ou parce que il y a Game of Thrones à la télé. Fini par se publier à compte d’auteur et quand il veut expédier son livre à l’étranger, la banque lui pique 20 boules pour les cartes bleues plus 25 sur les chèques, le tout pour un livre qu’il mit à dix-huit pour arriver à le vendre…

 

Avec le capitalisme et la bourgeoisie qui en est né, se sont créée toute sorte de métiers. Et toutes sortes de lois, de règles, de règlements, et de taxes diverses et variées ce qui n’est pas non plus le moindre des paradoxes quand on écoute les défenseurs de la « libre entreprise ». Sur un produit, sur le fruit d’un travail, quelque soit le travail, tout le monde veut sa part. Je décide de vendre des chouchous dans la rue il me faudra une patente commerciale, un numéro d’Urssaf ou d’auto-entrepreneur, une autorisation préfectorale, une conformité d’hygiène répondant à des normes décidées dans des bureaux où on a jamais vu de sa vie un vendeur de chouchou ni n’a la moindre idée de comment ça se fabrique. Sur la vente de mon chouchou l’état prendra sa part à hauteur de 20%, ça s’appelle la TVA, c’est légal. Et si jamais j’ai emprunté pour m’acheter le matériel, la banque prendra la sienne. Après quoi je devrais repayer l’état que j’ai fait ou non des bénéfices, c’est pas nos oignons, ça s’appelle les cotisations sociales ou patronales si je suis mon propre boss. Et si je ne le fais pas ça s’appelle un délit. Par contre les milliards d’arriérés de cotisations patronale du CAC40 ce n’est pas un délit c’est favoriser la compétitivité. D’ailleurs eux ils appellent ça des charges, parce que c’est lourd de payer l’hôpital à des pauvres. Et quand vous achetez votre paquet de café deux euros, vous ne payez ni le travail du gars qui a ramassé, vu que proportionnellement il n’est pas vraiment payé, ni celui qui a fait poussé, vu que c’est le même. Pas même les marins qui vont le transporter jusqu’à vos côtes, d’autant que l’automatisation se porte bien dans les transports maritimes, ou le chauffeur routier qui trime plus qu’il ne vit. Vous payez la longue chaine d’intermédiaire qui vous sépare de la plantation. Mieux, vous payez l’autre longue chaine d’intermédiaires qui ont fixé le court du café x au moment y. Vous payez une foultitude de gens, et pourtant le plus gros de ce que vous payez va dans la poche d’une poignée d’individus.

 

Vous me direz que ce que j’ai dit plus haut sur les chouchous est la preuve que l’état grève l’initiative et que Smith avait raison. Je vous répondrais que mis face à une holding qui me vend mon huile de friture, ma pâte, mon matériel à crédit, et le crédit qui va avec, peut produire vingt fois en une journée ce que je fabrique en deux semaines et sans que quasiment ça ne lui coûte un rond, je suis un peu le dos au mur. Surtout que si je fais les meilleurs chouchous du monde de la terre, qu’ils deviennent une marque, la holding me la rachètera et si je refuse de vendre cassera les prix pour me ruiner. Elle n’a rien à perdre, elle a déjà tout.

 

Et c’est pareil pour absolument tous les produits du capitalisme. Même le shit ! Une barrette de deux à trois grammes de haschich est vendue dans la rue vingt euros. Sur cet argent, la moitié paye le transport, la sécurité, la récolte et la culture, la fabrication, les autorités solvables. Le reste emprunte le circuit bancaire pour blanchiment. Et sur lequel le dit circuit prendra une commission de manière parfaitement illégal… mais quand on s’appelle HSBC, illégal c’est un mot pour les pauvres.

 

La bourgeoisie née du capitalisme a fait de ses employés, des artistes, de ses ouvriers, agriculteurs et artisans, des clients. Des clients que le capitalisme s’est ingénié à exploiter de la naissance à la mort comme d’une matière première. Et le procédé s’accélère puisque peu à peu nous devenons des marques, des individualités à vendre sur notre page Facebook… L’offre dépassant rapidement la demande, la publicité est intervenu pour attiser cette demande, la démultiplier, parce que tout le monde a besoin de onze sortes de yaourt différents bien entendu. Et comme ça coûte cher, que ça ne suffit pas, que Bernard Arnaud ne vend pas assez de sac à main en peau de crocodile écorché, on veille à uniformiser les goûts, aseptiser l’offre, la rendre non plus accessible pour tous mais rendre tout le monde accessible à l’offre. Coca Cola dépense des milliards en budget publicitaire, monopolise des sources d’eau potables dans des régions où on en manque. Créer une dépendance au sucre et des problèmes d’obésité et il n’existe pas un coin sur la planète où n’en trouve pas. « Joshua Tree » de U2 passe une fois toutes les six secondes sur les radios européennes depuis sa sortie dans les années 90, l’album s’est vendu des millions de fois, donc totalement par hasard, et Bono peut faire le mariole au sujet de la faim dans le monde et les petits indiens d’Amazonie… ah non ça c’est Sting… Un exemple criant ? Comparez le cinéma américains des années 60/70 et celui actuel. Comparez un Hollywood ruiné, des studios au bord de la tombe qui décident de faire le pari fou de faire confiance à des  artistes.  Et le Hollywood d’aujourd’hui des banques et des consorsiums, des agents et des publicistes, des distributeurs, des éditeurs, de la foultitude de nouveaux intermédiaires qui produisent à la chaine… des films de super héros. La médiocrité marchande. Réduire tout à une transaction, une marchandise, une valeur décidée moins par un marché que quelques possédants. Quelques possédants et leur aréopages, leur cour,  leur armée idéologique, celle qui défendra ce droit à posséder à tout posséder, et accessoirement à tout se permettre au nom de la liberté d’entreprendre, la bourgeoisie.

 

Et nous voilà donc tous dans ce même bain, tous maillons d’une vaste chaine de bénéfices. De bénéfices et de productions. La première bouchée est gratuite. Mais comme on dit en anglais, free lunch doesn’t exist. On rase pas gratis. Et nous sommes en train de nous en rendre compte. En regardant les ours polaire flotter comme des cons sur un morceau de glace. En puisant de plus en plus profond et de plus en plus loin dans l’océan. En se menaçant du pire à la frontière sino-indienne parce que les barrages les chinois ça va bien ! En étant obligé d’aller piquer l’eau des piscines pour éteindre la pinède, en penchant son nez au-dessus de la rivière et en sentant l’essence ou le chlore…En prenant un bol de gaz à Shanghai ou Pékin. Mais quand même ça suffit pas, le capitalisme en veut plus, et encore plus. Il veut des accords commerciaux transcontinentaux, il veut que chaque petit chinois soit « libre » de s’acheter sa paire de Nike. Il veut que les européens soient « libre » de manger du poulet au chlore et rouler grâce au gaz de schiste. Il veut que ses actionnaires touchent leurs 7% et soit « libres » de licencier pour ça une région au complet. Libre de faire ce qu’il veut, quand il veut, où il veut. Et le plus possible, parce que l’argent ça se mange.

 

Et tout ça à cause d’une foutue erreur de navigation…

Futurama

Hang Zook s’étalait entre les usines chimiques de Moebiuz Haallona Korp, la centrale à gaz de Long River et une zone d’exploitation minière d’où on arrachait par jour trois tonnes de tryrium 480, indispensable à plus d’un titre. Situé au milieu d’une cuvette qui avait été dans un passé érodé un cratère d’astéroïde, et traversé par le fleuve Long, la ville semblait avoir été taillée dans un seul et même bloc de béton brut. Une silhouette verticale et massive nimbée d’un halo permanent de poussière noirâtre et moite à travers lequel perçait l’œil d’un soleil blafard. Un emploi stable est la garantie d’un environnement harmonieux.  Un monde bichrome nuancé des couleurs acidulés des enseignes lumineuses, publicités au néon, hologrammes animés, sur les façades grises des galeries marchandes, des salles de jeu, bars, cantines, casinos, peep show, striptease, bordel en ligne, et qui éclaboussait la cité de leur vice électrique. Certains hologrammes chantaient également, solitaires, dans le lugubre d’une avenue déserte, des chansons à la gloire de la marchandise. Réclame soda, aboyeur virtuel, voix d’astroport, comme celle d’un fantôme plaintif errant dans la ville. Ube vivait là depuis qu’il était enfant. Elevé dans les grands ensembles cage à poule qui caparaçonnaient Hang Zook comme un coffrage de ciment rose, jaune, bleu, vert mer. Une couleur par zone, ouest, est, nord, sud. Hootan, Zombie Canyon, Sifu-Jakarta, Tao. Une zone par corps de population, Tao, les employés échelon quatre, Zombie Canyon, ouvrier et manutentionnaires du secteur gazier, Hootan, les mineurs, Sifu, les ouvriers de la chimie. Travailler depuis l’enfance augmente vos chances de garder un travail. Des Maquiladoras-kwan rayonnaient tout le long du Ring, le périphérique suspendu entre la cité et sa carapace-dortoir. Dizaine de hangars métalliques vibrant et bourdonnant des machines à coudre, perforer, cintrer, mouler, polir de l’industrie de la confection et du jouet discount. Pleins de gamins des deux sexes, entre sept et quatorze ans, tous issus des cages à poules. Et comme tous ceux de sa génération et des générations présentes et à venir, Ube y avait également travaillé. Entre huit et quatorze heures par jours, selon les commandes, les retards. Deux poses de dix minutes, rien de plus, un repas, payant, menu unique, nouilles Prom et boisson énergisante sucré Karamel, parfum amphétamine et taurine. Le savoir n’est pas un droit, c’est un choix. Ceux qui remplissaient ou dépassaient leurs objectifs mensuels avaient accès à l’école où des professeurs automatiques leur dispensaient un savoir générique. Lire, écrire, compter. Les meilleurs étaient encore écrémés envoyés en stage de l’autre côté du Ring, découvrir l’entreprise dans sa réalité, comme disaient les dépliants que tous les élèves recevaient à l’occasion. C’était le BAP, le Brevet d’Aptitude Professionnel. Et tous les gamins avaient intérêt à l’avoir s’ils ne voulaient pas retourner trimer dans les hangars. Les stagiaires étaient appelé Oyo, jargon sinobusiness pour zéro, rien. Et leur stage était rituellement initié par trois jours de coups et d’humiliations, parfois de viols. Ube se souvenait. Le premier jour ils l’avaient coincé dans le couloir menant aux machines à copier. Des employés de niveau cinq, agent technique, presque rien quoi. Ils l’avaient tabassé à coup de canne en bambou, à la façon des anciens maitres. Mais il avait tenu le choc, résiliant. Il avait eu son BAP et, puisqu’il était un vert mer, un de Tao, naturellement confié au travail de bureau. Un meilleur travail c’est plus de responsabilités mais aussi de meilleur loisir, soyons ambitieux. Onze millions sept cent vingt cinq mille et deux cent quarante deux d’habitants, emmitouflés dans des combinaisons étanches, le visage diversement masqué, enfermés dans des tours à demi aveugle aux fenêtres barrées par des grilles de filtrage. Dans les boyaux souterrains du métro, les rames atomiques, les boites en plastique composite des speeder et des aérojets, des barges, les cercueils transparents des ruches étanches des DomoticHôtel qui cernaient l’astroport. Onze millions sept cent vingt cinq mille et deux cent quarante deux d’habitants, et deux millions de visiteurs chaque mois en moyenne, essentiellement des voyageurs de commerce, hommes d’affaires, contremaitres entre deux chantiers. Autant de ventres à satisfaire, de l’aine au nombril, de poches à délester, d’hommes et de femmes à distraire, stupéfier, éventuellement dorloter pour les plus échelonnés. Une industrie essentiellement confié à la gestion du Syndicat Wang. Initialement syndicat des transporteurs qui sous l’impulsion des Gens du Fleuve prit des parts de plus en plus importantes dans tout ce que la cité cessa de vouloir gérer ou entretenir. Les Gens du Fleuve ce n’était qu’un euphémisme, une manière imagée et culturelle de désigner la pègre. Il y avait trois grands clans en ville, Wang-Sh’ ou Syndicat Wang qui dominait le jeu et la prostitution et touchait sa dime sur chaque bar et cantine de la ville. L’Ichiwanigumi, monde des affaires, blanchiment et trafique. Et l’Anati, plus spécialisé dans le meurtre sur commande, les enlèvements et la traite humaine. Les entreprises légales, Socotex, L’Oréal-Chemical, Saisonna, Hong-Kong City Bank, Automat se partageaient le reste du gâteau. Hygiène, fourniture, alimentation, etc… Uben travaillait au Bureau des Régulations du Secrétariat à l’Entreprise et au Travail. Le Bureau avait un double rôle, à la fois diplomatique et répressif, et agissait sur ordre d’un juge des conciliations quand intervenait un litige entre domaine légal et non légal. Entre par exemple un VRP rond comme une pelle, une prostituée du Singing Princess et ses souteneurs. Une dispute à propos du nombre de bouteilles qu’il avait éclusé. Quand ils arrivèrent, ils étaient en train de le bourrer de coups de pied et l’insulter tandis que Masazumi tentait de lui faire entendre raison. Masazumi avait la fonction de juge de paix, son homologue de l’autre rive en quelque sorte. Chaque clan avait le sien. C’était lui qui l’avait appelé et lui avait expliqué la situation. Le temps qu’Uben trouve un juge pour lui délivrer un permis d’intervention on en était visiblement plus à la question des bouteilles. La carte de crédit rouge du VRP se dandinait dans la main de Masazumi, Masa pour les intimes. Il le sermonnait, lui reprochait d’avoir été mal élevé avec la fille. Le VRP n’était plus vraiment saoul maintenant il pleurnichait, les joues rouges de coups, les lèvres fendues, le nez barbouillé de sang et de morve. Ube s’approcha et demanda à son homologue se qui s’était passé.

–       Cet imbécile à traité d’Azumi de salope.

Le type se mit à brailler comme si on venait de le condamner à mort. Uben le regarda à peine, les pigeons dans son genre c’était deux fois par semaine minimum.

–       Combien ?

–       On peut plus rien lui prendre, il était déjà dans le rouge en arrivant, je viens de vérifier.

Uben poussa une espèce de soupir guttural.

–       Tu veux le marquer ? Pourquoi faire ? C’est qu’un sans grade !

Masa haussa les épaules.

–       C’est pas moi qui décidé j’attends les ordres.

Dans le jargon des gangs « marquer » pouvait signifier deux choses, soit que la personne était désormais en dette et devrait tôt ou tard rembourser par un service, soit qu’avant de la laisser filer on lui laisserait la marque du clan gravée sur la peau. Et puis soudain il y eu une espèce de glapissement terminé par un gargouillis. Ils se retournèrent juste à temps pour voir le malheureux s’effondrer, la gorge percée par une paire de baguettes. Les deux lampistes qui accompagnaient Uben se précipitèrent à son secours. Cependant impossible de retirer les baguettes sans provoquer une hémorragie. Ils le regardèrent mourir, impuissant, s’asphyxiant lentement. Masazumi était furieux.

–       Pourquoi tu as fait ça imbécile !?

–       C’est pas d’ma faute Aki il s’est avancé !

Le responsable était un noueux et trapu souteneur dans une combinaison en latex rouge et bleu discrète comme un lampion.

–       Crétin ! Il s’est avancé ! Tu me prends pour qui !? T’as cru que t’étais en prison ou quoi connard !?

–       Non Aki ! Pardon ! Supplia le type en se pliant en deux.

Mais pour Masa c’était beaucoup trop tard pour s’excuser, et son poing atterri sur la figure du bariolé qui tomba face contre sol.

–       CONNARD !

 

Uben voulait bien compatir. Maintenant il allait devoir faire un rapport écrit et qui aime les traces écrites de ses erreurs ? Surtout qu’à partir de là, la famille du défunt pourrait réclamer légalement réparation. Tout ce que détestaient uniformément les clans. Harmoniser ses relations c’est faciliter les échanges, faciliter les échanges c’est flexibiliser le commerce. Voyons loin.  Le bureau d’Uben était situé au sixième étage nord du Secrétariat à l’Entreprise et au Travail, le SET comme on disait entre initiés. Rien d’extraordinaire, six mètres carrés délimités par des parois de plastique au bout d’un alignement d’autres bureaux du même genre quoique plus petits. Il avait pourtant mis prés de six ans pour parvenir là. Employé d’échelon sept, grade d’enquêteur terrain classe B. Tout le monde commençait à l’échelon quatre, et tous les échelons quatre étaient strictement assignés à des tâches subalternes desquels on ne s’arrachait que par chance. L’une de ces missions consistait à vérifier des segments comptables, que les résultats chiffrés rendus par les calculateurs ne soient témoins d’aucune occurrence. Bien entendu les machines ne se trompaient pas, les résultats qu’elles donnaient des bilans de production de la ville et des bénéfices, tenaient compte de ce que les entreprises détournaient ou plaçaient dans les ZDS, les Zones de Défiscalisation Spéciales, et saupoudraient les résultats en fonction. Mais par le jeu des ETHF ou Echange à Très Haute Fréquence sur le marché du bien fiscalaire, où l’on pouvait négocier des packages de sociétés écrans et de montages financier en double aveugle, il arrivait que ce qu’on appelait des nuages fiscaux et qui regroupaient des norias d’entreprises éphémères et de comptes bancaires à tiroir, suivant la volatilité d’un flux financier constant, les machines laissent trainer quelques erreurs, poignée de cents ci et là qui, sous le regard d’un expert, pourrait sembler suspect. Un jour il était tombé sur une occurrence de ce genre comme une pépite. Il existait une expression commune dans le jargon des échelons quatre « la machine est parfaite » si courante même que s’en était devenu d’abord un acronyme dont on biffait parfois les marges des rapports puis mot tiroir à la fois verbe adverbe ou adjectif selon la circonstance. Mep pour ne te mêle pas de ça, pas mon problème, ce n’est pas ma faute, mepper ou être meppé pour se mêle de ce qui ne le regarde pas, fout le bordel ou va se faire virer. La machine est parfaite, remettre en question cette vérité intangible, un risque et une attitude qui pouvait vous faire perdre votre emploi. Pourtant il l’avait prit, la curiosité, l’envie d’en découdre avec les chiffres et les machines sans doute aussi, le plaisir de la transgression. Il avait découvert plusieurs erreurs de huit centimes et d’autre montant jusqu’à vingt. Sur l’échelle continentale et même global cela pouvait faire des trous de plusieurs millions. Alors il avait remonté le courant des milles et un ruisseau du flux financier et avait mis à jour non pas ce qu’il pensait être une erreur des machines mais plus simplement une escroquerie portant sur plusieurs millions et qui était le fait d’un cadre moyen d’une banque. Cette découverte lui avait valu son affectation au SET et une promotion. Il ignorait en revanche si le coupable avait été puni ou non. Son rapport terminé et envoyé à son supérieur par le canal interne, il alla pointer, il avait terminé sa journée, il était temps de rentrer chez lui. Il vivait près de l’astroport dans un studio au dixième d’une tour aux flancs noircis par la pollution. De sa cuisine il pouvait apercevoir par le grillage filtrant une portion de la zone d’embarquement, les appareils en partance pour les confins. Ca le faisait rêver. Il aurait adoré monter un jour dans un de ces monstres et partir à l’aventure vers de nouvelle planète. Un rêve de cadre malheureusement, et avec ses origines sociales il y avait très peu de chance que ça lui arrive un jour. Il alluma son écran mural et jeta un œil sur l’actualité en continue tout en plongeant un auto-plat dans une casserole d’eau salé. Cinq minutes plus tard il dévorait ses nouilles Zok à la sinosauce tout en écoutant Mélanie Wank relater les derniers évènements sur Eiropa où se déroulait actuellement une guerre à échelle majeure. Dans un bandeau latéral défilait le cours des actions, l’industrie chimique se portait à merveille, celle de l’armement également. Le malheur des uns faisait comme toujours le bonheur des autres. Le marché ne faisait jamais que répondre à cette réalité.  Le libre-échange est état naturel de l’homme comme l’activité sexuelle ou la guerre, on ne saurait l’entraver au risque de perdre son humanité. Son repas terminé, il hésita entre une partie de combat virtuelle sur la plateforme Azylum et aller se balader à Paradiso, la cité en réalité augmenté à laquelle on pouvait accéder contre un abonnement de vingt unités par mois plus deux par entrée. Mais finalement il réalisa qu’il avait oublié de payer son abonnement et Azylum était saturé. Autant aller boire un verre dehors. Il enfila sa combinaison, son masque filtrant, sa cagoule de protection et sorti.

 

Masazumi était là, posé sur un tabouret devant un verre de whisky à la violette. Il buvait sa liqueur mauve par petites lampées un œil sur l’écran face à lui. Un jeu télévisé avec plein de couleurs et de filles à grosses mamelles. Ube se posa à côté de lui et commanda un alcool de riz.

–       Je me demande comment tu fais pour boire cette saloperie, dit-il en regardant le verre de whisky.

–       C’est pas mal. Sucré.

Ube s’empara du verre que le barman glissa devant lui et en bu la moitié. Ca le fit grimacer.

–       T’as fait ton rapport ?

Ube haussa les épaules.

–       Bah tu sais bien que je suis obligé.

Oui, il le savait bien. Les avocats des clans avaient imposé que les régulateurs soient équipés de matériel d‘enregistrement pour éviter les litiges ou plus exactement pour pouvoir en créer sur les termes d’une arrestation par exemple. Mais il ne put s’empêcher de jurer.

–       Fais chier.

–       Ouais je sais… sacré connard ton mec quand même.

–       Une pointure, confirma Masazumi.

Mais ce n’était pas ça le problème. Enfin pas seulement.

–       Vous allez faire quoi ?

Il ne répondit rien. Si seulement il savait. En temps ordinaire, avec un autre que ce connard, il aurait fini dans le fleuve. Mais lui c’était différent, lui c’était le neveu d’un patron. Pas intouchable mais pas loin.

–       Laisse tomber. Ca me regarde pas, au pire le bureau lui collera du sursis. Ce gars qui est mort, j’ai vérifié, c’était personne.

–       Déjà ça, reconnu Masa. T’as vu Onya récemment, demanda-t-il pour changer de sujet.

–       Elle m’a licencié.

–       Non ! Merde quand ?

–       J’ai reçu le message il y a deux jours, rupture d’incompatibilité.

–       Incompatibilité ? Au bout de deux mois ? Y’a pas un délai de carence comme vous dites vous autres ? C’est légal ?

–       Si on ne s’est pas engagé par écrit avant oui. Et le délai de carence n’est valable qu’au bout d’un an et vingt jours.

–       Pourquoi vingt jours ?

Ube haussa des épaules.

–       Va savoir, les avocats…

 

Ils bavardèrent encore un petit moment en se payant des verres. Ils se connaissaient depuis l’adolescence, depuis qu’ils avaient été voisins de chaine sur l’usine de montage Stinky Toyz. Masa était le plus vieux des deux. Il avait été recalé une première fois au BAP, tempérament asocial, mauvais Oyo. La seconde il avait carrément défoncé les échelons cinq chargés de l’accueillir. Tous les cinq. Un autre que lui ils l’auraient envoyé en rééducation cognitive. Mais il était d’Hootan, son père avait été mineur avant son cancer, il serait mineur ou rien. Mais rien dans une société productive ça n’a pas de sens, tout doit être utile, recyclé, utilisé au risque de disparaitre définitivement. Et encore… Les cadavres qu’ils jetaient dans le fleuve était ramassé par la ville qui les livrait aux usines chimiques après autopsie, parfois avant, c’est selon. Transformés en farine animal, vendus sur les autres continents, les autres planètes. Quelque part un bœuf transgénique bouffait de l’homme. Bon Dieu… quand il y pensait… Alors ils l’avaient proposé au service du Syndicat, voir si son agressivité et son asociabilité pourrait être utile à quelqu’un avant qu’on lui fasse une injection létale. Masazumi avait gravit les échelons plus vite qu’Uben, mais dans son monde ce n’était pas pareil. Son monde était bâti sur une hiérarchie rigide avec des règles strictes. Mais parfois il suffisait de tuer quelqu’un pour grimper. Tant que c’était la bonne personne, le bon moment. Tant que cette mort ne soldait pas la vôtre… Mais maintenant que ce connard avait dépassé les bornes…  Un Frère ne doit pas mal se comporter, en toute circonstance son attitude sera honorable et juste. Il avait enfreint la troisième loi mais il savait qu’en raison de sa position d’Aki, il serait d’abord tenu pour responsable. Les Frères veillent les uns sur les autres. Le chauffeur du speeder se plia en deux en lui ouvrant la portière.

–       Au club, dit-il sèchement à travers son masque respiratoire.

Il avait retardé le moment où il devrait aller voir l’Oyabee, le chef du clan pour lui expliquer ce qui s’était passé. Le connard lui était au frais en attendant qu’il sache quoi faire de lui. Mais maintenant le patron devait être au courant et voudrait savoir.

 

L’Oyabee était installé dans son salon privé au premier étage du club, entouré d’une noria de vestales ailées et nues pas plus grandes qu’une main. Occupées à le bichonner, le pomponner tout en chantant et en riant à ses blagues grasses. De la pure biotechnologie de luxe, une seule de ces créatures valait deux mille unités. Il était plongé dans une baignoire en latte, pleine d’eau chaude, rose et parfumée, ses tatouages intelligents dansant sous sa peau comme des chimères luisantes.

–       Ah te voilà enfin ! Je me demandais ce qui te retardait de la sorte.

–       Pardon boss, les affaires, s’excusa Masa en s’inclinant.

–       Mouais, dis plutôt que tu avais honte de ce qui s’est passé avec ce crétin d’Hakkan.

Il ne répondit rien, la honte n‘était pas au programme et ne l’avait jamais été dans son ADN pollué mais pour la hiérarchie il était préférable de ne pas l’afficher.

–       Où est-il d’abord ?

–       Il est consigné à son bloc.

–       Fais le venir, je veux qu’il s’explique.

–       Oui seigneur.

Masazumi passa ses consignes par l’intermédiaire de son bracelet de communication.

–       Et le régulateur, il a fait son rapport ?

–       Oui.

–       Hum, je n’aime pas ça, cela va faire des histoires.

A nouveau il garda le silence, il connaissait les accords qui avaient été passé avec le monde civil et leur raison. La pure et simple logique productiviste. Puisqu’on ne pouvait pas aller contre le crime, puisque la transgression des lois constituait en soi un ressort du comportement humain, et une soupape de sureté dans le cadre de la normalisation nécessaire à l’économie, il fallait aller avec. Rien ni personne ne pouvait, ne devait échapper à cette logique. Ils avaient même donné un nom à cette organisation parallèle et subordinatrice des comportements sociaux,  l’Alliance des Deux Mondes ou ADM. Et l’ADM assurait une harmonie que rien ne saurait troubler.

–       Tu connais ce garçon ?

–       Le régulateur ? Oui c’est un ami d’enfance.

–       Si son rapport disparait que fera-t-il ?

–       Rien Oyabee il sait où est sa place.

Le patron hocha la tête.

–       je l’espère Masa, je l’espère…

Hakkan entra encadré de trois hommes, se pliant en deux immédiatement en hurlant presque d’une voix suppliante.

–       Pardon Oyabee pour ma très grande faute, pardon je ferais yubistsume, donner moi juste un couteau !

–       Ferme ta gueule connard ! Aboya en retour le patron. J’ai pas besoin d’un doigt !

Sitôt qu’ils étaient entrés les vestales s’étaient alignées en suspension, leurs parties intimes couvertes de tissu nanologique, les yeux vides et noirs qui fixaient le coupable comme si elles s’apprêtaient à se jeter sur lui. Et si cet abruti n’avait pas été un fils de, ça aurait bien put être le cas. Ces petites machines érotisantes étaient un peu plus qu’elles semblaient, des geishas volantes avec un appétit féroce. Masa ne les avaient jamais vu en action mais elles avaient une horrible réputation qui n’avait d’égal que leur fidélité biologique au code ADN du maître auquel elles étaient attachées.

–       Expliques toi ! Qu’est-ce qui s’est passé !?

–       Il s’est avancé Oyabee, c’est un horrible accident ! Continua d’hurler l’autre, plié jusqu’aux genoux.

Le verre atterri sur sa tête avant d’éclater par terre.

–       Racontes pas de conneries connard ! La vérité !

Hakkan n’osait plus rien dire, le crâne dégoutant d’alcool, le front entaillé d’une blessure sans gravité. Qu’est-ce qu’il pouvait dire de toute manière ? Qu’il était imbécile doublé d’un sadique ? N’était-ce pas pour ça qu’on le payait justement ? L’Oyabee fit signe à Masa.

–       Tu peux y aller.

Masazumi s’inclina sans un mot et sorti. Les premiers signes. Un étranger à leur monde, un novice, n’aurait rien remarqué, mais qu’il fut congédié de la sorte ne signifiait rien de plus que la disgrâce. Rien de grave peut-être, rien qu’il ne puisse réparer d’une façon ou d’une autre mais la marque d’une distance. Il n’avait pas réussi à faire respecter le Code, pire, il avait mis dans l’embarras l’Oyabee et l’oncle de cet abruti. Oh bien entendu celui-ci serait mis à l’amende, on lui demanderait probablement de dédommager la famille de la victime. Une somme qu’il remettrait à l’Oyabee qui en profiterait pour l’écrémer avant d’envoyer un de ses lieutenants s’excuser au nom du clan. Mais le responsable c’était l’Aki, pas ce connard. Il avait besoin de se changer les idées, il ordonna au chauffeur de le conduire chez sa maitresse. Kazoo était native d’Eiropa, une longue fille à voyou, gaulée comme un fantasme, toujours frusquée à la dernière mode du plus cher qu’elle puisse lui faire claquer, et il ne la privait pas. Bien entendu il était marié, parce qu’il était un homme respectable et que les hommes respectables sont aussi des maris. En toute chose et en tout endroit un Frère doit se montrer exemplaire. Mais personne n’aurait compris qu’il n’ait pas au moins une ou deux maîtresses. Kazoo était sa numéro un. Elle avait la trentaine, s’était fait refaire les seins, le nez, les pommettes, le front, le menton, allonger les jambes de trois centimètres, son ancien amant avait tout réglé, et le résultat était merveilleux. Le nec plus ultra de la bioplastie. Aujourd’hui le généreux donateur nourrissait peut-être des bœufs transgéniques quelques part dans la galaxie, pour ce qu’il en savait quelqu’un s’était emparé de son business, et Masa s’était chargé du bonhomme. Kazoo c’était le bonus. Elle baisait comme une reine, et elle ne faisait pas semblant d’aimer ça. Toujours accueillante, toujours disponible, tant qu’il savait la gâter, et avec elle pas de « rupture d’incompatibilité » comme Ube avec son ex. Ces choses là n’existaient pas dans son monde alors qu’elles étaient obligatoires dans celui du régulateur. Ils avaient codifiés les relations sexuelles comme le reste. Une manière de contrôler les naissances mais pas seulement, de contrôler simplement toute relation intime. Dès que deux civiles voulaient sortir ensemble, ils signaient ce que les juristes appelaient un contrat interrelationnel qui les obligeait à respecter un certain nombre de règles, comme d’assurer le bien être de son partenaire pour commencer. Pas question pour les compagnies qu’un employé soit distrait par des affaires de petit(es) ami(es). Tout devait rouler sur du velours. Pas le choix ou bien les avocats se mettaient en ordre de bataille. Et ceux là était à l’autre rive du fleuve ce que les soldats étaient à cette rive ci.

–       Je te prépare une pipe mon chéri, allonge-toi.

Elle avait l’habitude de ses visites impromptues, savait se montrer disponible quand il le désirait, et surtout ce que ça coutait quand on était une fille comme elle de perdre un riche amant et protecteur. Il s’allongea sur le canapé tandis qu’elle fourrait la pipe d’opiulight, drogue de synthèse, la mariage harmonieux entre l’opiacé classique et la nécessité de rester affuté à tout instant. Avec ça on partait pour des substrats de rêve semi dimensionnels, comme d’être entre deux nuages à six cent pieds tout en s’assurant de pouvoir redescendre à tout moment. Les avantages de la fortune et de vivre dans un monde où tout était permis tant qu’on ne se faisait pas prendre. Un Frère n’usera ni ne vivra de la drogue, avec l’alcool et les femmes il sera modéré.

 

Le supérieur d’Ube était un homme inquiet de ses prérogatives, sérieux, très attaché à conserver les dix mètres carrés de bureau que lui donnait droit son grade de cadre, et d’un naturel légèrement anxieux, notamment souligné par cette même position. Quand il lu le rapport sa nervosité monta d’un cran. Il était à six mois d’une promotion assurée, l’idée d’avoir un problème avec un des syndicats les plus puissants du continent ne l’enchantait pas. Bien entendu ce rapport pouvait être aisément enterré, cependant il faudrait d’abord qu’il en réfère au Contrôleur du 3ème Echelon. Pour se faire il devrait préalablement remplir une grille d’analyse évaluant les risques et les avantages d’une telle situation. Selon un ratio mêlant à la fois coûts et bénéfices, optimisation des rapports dit ADM, et stratégie juridique si le conflit était déclaré entre le Secrétariat à l’Entreprise et au Travail et le Syndicat Wang. Son rapport devait prendre compte de trois facteurs, l’enregistrement filmé en vue subjective de la scène, le résumé qu’en avait fait Ube, et sa propre connaissance des protagonistes. De ceux du Syndicat il ne savait rien de plus que ce que les services de sécurité avaient en fichier. Il ne voulait rien à voir avec ces gens là, c’était le travail des régulateurs. Il estimait que son emploi et sa position ne lui autorisait pas ce genre de licence, d’ailleurs, comme tous ceux de son rang, il n’avait que mépris pour ce monde là. Il avait simplement parfaitement intégré pourquoi on les avait associés à l’entreprise légale, à façon de les contrôler, le reste ne l’intéressait pas. La grille d’analyse était chiffrée sur cinq, chaque ligne correspondant à un comportement, une action, un risque, etc. Dans la case correspondant à l’option « dossier égaré » était associé le potentiel d’incertitude concernant les protagonistes. Plus la note était basse, moins le risque était grand que quelqu’un cherche à déterrer l’affaire. Il hésita quelques instants sur le cas d’Ube, un ou deux sur cinq ? C’était un bon employé sans histoire, il ne discutait jamais les ordres,  savait arranger les affaires. Puis il se rappela cette histoire de cents détournés, elle avait mit tellement de gens dans l’embarras qu’on l’avait promu en dépit d’une manque évident d’ambition. Il nota trois sur cinq.

 

Le rapport fut traité par un super calculateur, digéré, et rendu de sorte qu’il n’exigeait qu’une lecture superficielle au Contrôleur du 3ème Echelon qui le transmit, biffé, à son supérieur. Il recommandait qu’on ait Ube à l’œil. Le supérieur se réunit avec quelques autres responsables, Oyabee et CEO. Quarante-huit heures plus tard Masazumi était convoqué au club. Sans surprise Hakkan se tenait maintenant au côté de l’Oyabee, la poitrine gonflé, avec cet air d’arrogance que portent ceux qui croient leur nouvelle position immuable.

–       Masa, ton ami d’enfance…. Comment se nomme t-il ?

–       Ube, patron, répondit-il d’une voix rauque.

–       Mes amis pensent qu’il pourrait poser un problème.

Masazumi se raidit.

–       Non, je vous assure Oyabee, il connait sa place, et il sait à qui il la doit.

–       Justement… On dirait qu’il ne la doit qu’à lui-même. Sais tu comment il a eu ce poste ?

–       Oui, il m’a raconté.

–       Un homme qui se sert de sa tête, qui a du courage, qui doit sa réussite à sa seule compétence, c’est très bien.

–       Oui Oyabee, Ube est un garçon sur lequel on peut se reposer.

–       Mais c’est également un homme dangereux, continua le patron sans l’écouter. Sais tu pourquoi ?

Masa regarda Hakkan puis l’Oyabee.

–       Pardon patron mais Ube n’est pas…

–       Parce qu’un homme qui ne doit son succès qu’à lui-même est un homme qu’on ne peut contrôler. Tu sais ça n’est-ce pas ?

Ce n’était pas vraiment une question, mais Hakkan la ramena quand même.

–       Répond enfoiré !

Les yeux de Masazumi se figèrent sur lui, il osait l’insulter une nouvelle fois et il le séchait sur place.

–       Pardon patron mais Ube n’est pas comme ça, il sait à qui il doit sa place, il est trop intelligent pour ignorer les règles.

Il sut au même instant qu’il venait de commettre une erreur.

–       C’est bien de défendre son ami comme cela, c’est honorable, mais tu viens de le dire toi-même, il est trop intelligent. Qui sait quel idée folle peut passer dans l‘esprit d’un homme brillant, qu’elle ambition…

–       Ube n’est pas… commença Masazumi avant que le patron ne lui fasse signe de se taire.

–       Il doit partir Masa.

Comme de recevoir un seau de glace sur les épaules.

–       Oui Oyabee.

Il n’y avait plus rien à dire, sauf s’il voulait également y passer. C’était le prix à payer, sa fidélité au clan avant tout. Il obéissait et il rentrerait à nouveau en grâce. Ou pas. Après tout qu’en savait-il ? Mais ce dont il était certain c’est que s’il ne le faisait pas, il le suivrait dans la tombe. Ce soir là Masazumi se saoula plus que de raison, et Kazoo en subit l’humeur. Si fou de colère et de chagrin qu’il cessa de la frapper que  lorsqu’elle tomba dans les pommes.

 

Il pleuvait quand Ube rentra chez lui. Il avait emprunté l’auto-jet jusqu’à l’arrêt 42 B de la ligne rose parce qu’il voulait passer à l’épicerie de nuit s’acheter ses pastilles d’iode. La pluie le surpris alors qu’il ressortait de la boutique avec un paquet de biscuit Yoyo aux algues transgéniques goût cerise en plus de sa prescription. Une pluie acide qui fumait en s’écrasant sur le revêtement lisse et noir de la rue, des traits d’eau jaunâtre, comme de la pisse, fruit chimique d’une atmosphère saturée en métaux lourds. Sans les barres de lumière disposées le long de la rue, il n’y aurait pas vu grand-chose. Il était fatigué et ravis de rentrer chez lui. La journée avait été longue, son supérieur n’avait cessé de le presser pour qu’il termine les dossiers en cours. Des affaires qui avaient parfois plus de six mois parce que selon les nécessités on pouvait aussi faire trainer un traitement. La compétitivité est une question de rythme. Ni trop ni pas assez, il y a un temps pour observer et un temps pour agir, soyons perspicaces. Des plaintes pour vol, escroquerie, des conflits interpersonnels entre des hôtesses et leur client, des accusations de triche, un établissement qui sans raison apparente avait vu sa clientèle disparaitre, on soupçonnait un cas de concurrence déloyale. Son travail ne consistait pas nécessairement à résoudre toutes ces questions. Il devait faire des propositions d’approche, orienter éventuellement une enquête ou contacter un juge. C’était très varié finalement, même si la méthodologie était monotone. Soudain il aperçu une silhouette un peu plus loin, près de son immeuble, presque instantanément il reconnu la broche qui brillait sur la poitrine, l’insigne du Syndicat Wang qui clignotait en rouge et bleu. Une blague qu’il avait offert à Masa pour l’anniversaire de son admission dans le clan. Qu’est-ce qu’il faisait ici ? Sa voix raisonna dans le communicateur.

–       Masa ?

–       Je suis désolé mon ami.

–       Désolé ? Pourquoi ?

Il sentit des mains se rabattre sur ses épaules et ses bras. Deux silhouettes noires et hautes qui le saisissaient et lui renversaient la tête en arrière. Puis il vit Masazumi au-dessus de lui. Il reconnu ses beaux yeux graves à travers les verres de son masque quand il saisit le bas de sa cagoule de protection et tira d’un coup sec. Ube poussa un cri sourd et inarticulé, son visage soudain à nu. La pluie marqua instantanément sa peau de zébrures rougeâtres, puis de brûlures tandis qu’il ouvrait grand la bouche, les yeux exorbités, larmoyant, sanglant. Masazumi lui caressait la tête tendrement, ses cheveux s’en allait par poignées fondues.

–       Respire mon ami, respire un grand coup, laisses toi aller.

Ses poumons le brûlaient, sa trachée et son œsophage étaient en feu, ses oreilles bourdonnaient et sa peau commençait à cloquer. Être compétitif demande des sacrifices. Se sacrifier pour l’entreprise quoi de plus noble ? La douleur était à son paroxysme, des millions d’aiguilles surchauffées lui lacérant le cerveau, la chair, du dehors et du dedans. En toute circonstance garder son sang-froid, soyons professionnel. Les phrases programmées dans sa puce intracrânienne clignotaient comme des néons défaillant, crachotaient, les mots perdant peu à peu leur sens. D’ailleurs est-ce que tout ça en avait ? Est-ce que tout ça en valait la peine ? Masazumi reposa doucement le cadavre au visage pelé de son ami et se détourna. Cette nuit, c’était décidé, il embarquait. Cette nuit il quittait ce monde. Il regarda le ciel cotonneux et noir au-dessus de lui, la pluie qui s’écrasait sur les verres, on ne voyait même pas les étoiles.