Gilet jaune, comme une odeur de pâté.

Qu’est-ce qu’on se régale en ce moment en France, du nanan ! En Marche dans la panique on dirait. Gérard Darmanin, chien servile à son maitre qui moutonne que pour 200 boules t’as même pas le vin et que c’est pas possible quand même. Faut dire qu’il a pas inventé le fil à couper l’eau tiède celui-là, comme son collègue le joueur de carte, Castaner le toto de l’Intérieur, selon eux, le jaune est brun, même que ça serait la Marine qui aurait fomenté le coup avec les Insoumis, d’ailleurs BHL, le grand spécialiste des révolutions arabes l’a dit, c’est rien que des irresponsables. Ah la belle salade que voilà ! On attend avec hâte l’analyse d’Attali à moins qu’il ne se prépare déjà à rejoindre New York, Londres ou Berlin, ces capitales du festif et de l’argent roi. Et BFM TV en flonflon qui se fait agresser de tous les côtés parce que notre Fox News à nous en rajoute des couches dans l’hystérie pro gouvernementale. Ah oui quel beau spectacle de les voir tous ces bouts de gras dodeliner de la gélatine à essayer d’éteindre l’incendie qui menace de tout côté. Analyser, décrypter, digérer et vomir leur mépris depuis leurs bulles parisiennes.

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Même pas des élites, comme ils aimeraient qu’on les distingue, non juste des profiteurs, notre petite mafia à nous, toute cette clique de bourgeois des ors parisiens et même de province qui ont si délicieusement cultivé ce mépris depuis quarante ans. Mépris des jacqueries et des révoltes, mépris de la colère pour commencer qui depuis quarante piges couve et se cabre dans ce pays face à ce ramassis de pantouflards de l’ENA à Science Po. Mépris du petit bonhomme dans sa petite tuture harassé par son boulot et à qui nos pantouflards demandent toujours plus de blé parce que ça se mange et que c’était pas comme s’ils ne partaient pas avec nos meubles chaque fois qu’un de ces cons change de ministère. Mépris de l’agriculteur qui se suicide par paquet douze pendant que la FNSEA se goberge avec ses copains des lobbies. Mépris du boulanger, de l’épicier, du petit employé qui se tape tous les jours ces deux heures de bagnoles pour faire bouffer sa famille. Mépris du vieux à qui on dit maintenant que sa retraite est un privilège auquel il n’a plus vraiment droit, et tant pis s’il s’est cassé au travail de toute façon le roitelet l’a dit le travail n’est pas pénible, lui qui n’a jamais qu’attendu bien confortablement que ses amis le portent au pouvoir. Mépris de tous et de toutes qui chantaient à Paris et à tue-tête la Marseillaise à répétition comme pour se persuader, se réveiller qu’il y avait bien comme une odeur de révolution. Et c’est bien ça qui les fait paniquer là-haut, dans la stratosphère de leur importance, les 1,3 millions d’euros d’augmentation de la sécurité du roitelet c’est pas pour des nèfles. Paniqué par cette quasi non-violence, cette pression constante et partout, cette colère qui pour le moment évite comme la peste de détonner. Tellement paniqué qu’ils n’en ratent pas une pour remarquer tous les incidents qui se déroulent, 2 morts, 500 blessés et cette histoire de réfugiés livrés aux poulets comme pour mieux assoir la légende brune, le story telling qu’on essaye de nous fourrer par tous les trous du cathodique. Et pourquoi il en aurait été autrement ? Ce n’est pas la peur du Grand Remplacement qui les agite les gens, ce n’est même pas la terreur islamiste venu de je ne sais quelle zone de guerre, c’est leur reflet. Ce qu’ils voient dans toute cette misère qui essaye d’échapper à l’enfer c’est eux, comme ils flippent chaque fois qu’ils voient les SDF s’accumuler autour de la Gare du Nord ou ailleurs. Je sais, je l’ai été SDF, je voyais bien les regards, j’écoutais les chuchotis des petits cœurs flippés à l’idée de perdre leur boulot, leur vie et de se retrouver comme moi à zoner d’hôtel en hôtel, leur rejet. Et il m’en fallait de l’énergie pour les rassurer, qu’ils ne seraient jamais comme moi.

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Mais ça Darmanin et ses copains c’est pas leur sphère, le métro, les odeurs, s’ils l’ont jamais pris ils ont oublié, l’humanité, la vraie, ils connaissent plus et le bitume ils ont jamais connu. Dans leur monde on va pas chez Carrefour, on fait pas trente bornes pour trouver un hôpital, on panique pas parce qu’on va perdre son taf et que le chef de service vous fait les gros yeux en vous mettant la pression tous les jours un peu plus. Dans leur monde on mange au restaurant et le repas est gratis, on ne paye pas la CSG, on a des appartements de fonction et des double emplois, on cumule les mandats et on n’est jamais condamné quoi qu’on fasse, même violer si on veut, qu’est-ce qu’on s’en fout si le juge est un ami. « Ils veulent un responsable, qu’ils viennent me chercher. » braillait le roitelet un jour d’inconscience, à se demander si Benalla le faisait pas chanter avec du croquignolesque. Il se disait que personne n’allait le faire, que les gens n’ont pas la mémoire du mépris qu’on leur porte, que l’impunité voulu sous Chirac allait passer comme une lettre à la poste, comme le vol du référendum en 2005 par Sarkozy deux ans plus tard, comme la lente privation de nos libertés et de nos droits, tous nos droits voulu sous Monsieur Normal et amplifié par le roitelet ad nauséam. Et pourquoi pas ? Jusqu’ici c’est bien passé, jusqu’ici le gaulois s’est cabré et puis il est rentré chez lui après avoir vaguement fait reculer le bestiau, jusqu’ici…. L’important dans cette histoire, disait la Haine, ce n’est pas la chute, c’est l’atterrissage. Ce n’est pas ce qui ne se déroule, pas encore, mais qui va se dérouler dans les mois à venir, que le mouvement s’essouffle ou non, que la dinde et le sapin sacrifié par la société du consumérisme morbide auront effacé comme ressentiment. L’important c’est la suite, parce que le mouvement fait des vagues en Europe comme lors du Printemps Arabe, quelque chose de confus, de vague même, mais qui est un signe aussi voyant que ces affreux gilet fluo. Ca brille dans le noir comme un signal d’alerte, ça crame sur les routes, ça immobilise des accès. Plus rien acheter qu’ils disent les gilets, plus de pétrole pour personne et les péages gratos, c’est quand même formidable pour un mouvement soi-disant brun, toute cette prise de conscience que l’argent dort dans leur caisse que c’est à leur source qu’il faut les faucher, que la finance a moins peur d’une vitrine pétée que d’un serf qui ne remplit plus ses devoirs devant la caissière.

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Mais le plus grave il n’est même pas là, le plus grave c’est qu’une partie du pays est également contre ce mouvement spontané dont la hausse du carburant n’est qu’une goutte d’eau dans la piscine et qu’à force de jouer sur les fractionnement on pourrait causer des affaires plus grave, une guerre civile par exemple. Ca sent le soufre en France, c’est pas pour rien que Collomb s’est retranché à Lyon, il l’a dit, les rapports sont alarmants, et puis on l’a fait taire, ses propos étouffé comme une péripétie de vieux blessé. Un détail, un détail que pourtant les flics voient bien, eux qui multiplient les arrêts maladie et les suicides… eux à qui on demande, n’en déplaise au roitelet de balancer des grenades détonantes sur la population, à Paris un gilet jaune a eu les mains arrachées (et Rémi Fraisse est mort). Eux surtout à qui on demande de ne pas intervenir en cas de coup dur comme si on essayait de décrédibiliser le mouvement. Mais le comble là-dedans c’est que les vendeurs de soupe se servent de l’écologie pour nous faire avaler leur mesure, alors qu’en Guyane le projet Montagne d’Or n’étouffe pas des masses les relents pseudo écolos d’un gouvernement de petits bourgeois arrivistes et à dire vrai totalement amateur. C’est pourtant une partie des gilets jaunes qui ont voté pour eux, faut bien, et les autres partis bien sûr puisque ce mouvement est indifférent de toute cette classe de gobergeurs qui roupillent à l’assemblée et fait semblant d’avoir encore du pouvoir face aux ordonnances de sa seigneurie. La preuve, les représentants du mouvement veulent la dissolution de l’assemblée nationale, qu’on vire tous ces foireux et qu’on vote pour ceux qui les représenteront réellement, sans peur de s’opposer au roitelet retranché dans son palais. Qui cesseront de les assommer de taxe pendant que le CAC 40 se fait du bide avec le CICE qui ne rapporte rien mais coûte 40 milliards à un pays endetté à raison de deux mille milliards et dont la fraude fiscale représente pas loin de 100 milliards, sans compter les près de 140 milliards de cotisation non payée par les mêmes entreprises du Medef.

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Mais non nous dit le toto de l’intérieur, tout ça c’est donc de la faute de « séditieux de l’ultra droite » comme si l’ultra droite en France ne représentait autre chose que le trou du cul dont elle est issue.  Mais j’avoue le terme « séditieux » j’avais pas entendu ça depuis… oh une époque où je n’étais même pas né et au fond il va bien à l’ensemble du mouvement. Parce que c’est bien ça, une sédition avec cette France qui se croit en haut alors qu’en réalité est à la ramasse complet de ce que ressent le populo. L’injustice qui lui est faite à longueur de jour, le mépris de classe, l’ignorance et l’arrogance avec laquelle le roitelet se comporte vis-à-vis des riens comme il disait lors d’une de ses nombreuses et irresponsables saillies, lui l’admirateur des milliardaires. Comme si on avait tous vocation à cumuler, comme si même on pouvait. Tout le monde n’est pas un sociopathe comme Arnaud ou Bolloré. Parce que ce ne sont rien d’autres que ces gens-là, des miséreux de l’esprit, des pervers du bénéfice, des obsessionnels de l’accumulation, des tarés du pouvoir et de l’argent. Ils n’ont plus besoin de rien mais ils en veulent encore plus. Pour faire la nique à leur contemporain, pas vous, pas moi, mais les autres zilliardaires de ce pays qui aujourd’hui bouillonne de ressentiment comme un lion de cirque qui en aurait trop pris plein la gueule. Trop de numéro de manège, trop de fausse promesse, trop de paresse à l’assemblée, trop de faveur, de privilège, il parait même que c’est pour ça qu’on a fait 1789, l’abolition des privilèges…. Mais ça c’était avant hein, avant que la bourgeoisie française ne s’empare de la question, avant que Thiers n’avance le suffrage universel comme meilleur moyen de faire taire la foule. Avant que De Gaulle, par soucis d’unité nationale, laisse revenir aux affaires tout un ramassis de bandits. Ramassis de bandits aujourd’hui remplacé par d’autres, sans compétence aucune, la bouche en cœur à lécher à tour de rôle la rondelle de sa majesté. Même Benalla l’a dit, là-haut c’est à qui sera dans les faveurs du nain soleil, Jupiter de foire, champion de la terre de pacotille. En attendant j’attends avec hâte la suite, j’ai déjà les popcorns, pour une fois que ça bouge vraiment dans ce pays, je sens que je vais me régaler. Et je vous laisse avec cette vidéo d’un flic courageux, si jamais t’es dans la police fait tourner.

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Apartheid français

Ce pays vit à deux vitesses, on le sait tous, et particulièrement depuis qu’un merdeux narcissique a volé démocratiquement le pouvoir au nom des gens de sa caste, respectant scrupuleusement l’esprit très XIXème du patronat français. Une justice à deux vitesses également. Une justice  des pauvres qui enferme à tour de bras (toutes les prisons françaises et les centres pour jeunes délinquants sont pleins à ras bord) dans un pays où on trouve légal et décent d’enfermer un gosse de treize ans. Et une justice des riches qui relaxe des délinquants jugés coupables, comme le sait si bien la très puissante et protégée Christine Lagarde. Au pays de l’abolition des privilèges ceux-ci ne se sont jamais si bien porté. Les français le savent, ils râlent, pleurnichent, en parlent… Ils sont très doués pour bavarder dans le vide et défiler sous des pancartes mais au fond ils s’en accommodent n’ayant visiblement jamais digéré d’avoir raccourci leur monarque. Ils sont en effet soumis au régime d’une constitution monarchique que s’était taillé sur mesure un homme qui se prenait pour Louis XIV, mais au moins il en avait la dimension puisqu’ils ont cessé d’avoir des chefs d’état à partir de Mitterrand. Pour les troquer par de médiocres affairistes plus préoccupés par leur enrichissement personnel et leur image dans la glace que par le destin de ce pays. Mais il faut reconnaitre que les français vivent dans une bulle.

Quand je dis les français, je parle des gens comme moi, bien que je ne le sois que sur papier. Des français blancs, nés dans une république qu’ils croient bienveillante, le plus souvent citadins, qui ne voient une vache que quand ils font l’effort de sortir de leurs murs et le plus souvent pour expliquer à l’autochtone que le coq ne doit pas chanter pendant leurs vacances. Ils vivent dans leurs villes séparés mentalement et physiquement d’une autre classe de citoyen, une sorte de sous prolétariat qui n’en n’est pas vraiment un mais qui est vécu et employé comme tel. Ces français-là, ce sous prolétariat fait la fortune de la police, le bonheur de la justice, et les réactionnaires leur doivent leur carrière. On pourrait en effet se demander où en serait Zemmour et De La Villiardière, le groupe Bouygues avec TF1, sans la jeunesse des quartiers. Sans compter tous les hommes politiques bien entendu qui ont prospéré sur « l’insécurité » en pointant d’abord du doigt les immigrés dans leur ensemble, la jeunesse des quartiers, puis les musulmans, le tout désormais assimilés à des terroristes potentiels ou avérés, le célèbre « ennemi de l’intérieur ».

Je me faisais cette réflexion ce soir en me promenant dans mon quartier. Samedi soir à Lyon, une ville étudiante, c’est deux jeunesses qui ne se croisent quasiment jamais qui s’amuse. Une en terrasse dans les étages, saoule, qui parle fort et sans prudence, probablement occupée à fumer le shit que leur ont vendu la jeunesse d’en bas, exclu de leur jeu, de leur confort, de leur avenir, de leur pays. Ceux-là, la « fête » ils la font tous les soirs ou presque, dans la rue, et toujours aux mêmes endroits. Ils vendent la matière première des fêtes des étages au-dessus, s’achètent kebab et pizza, boissons gazeuses et parfois du whisky ou de la vodka de marque. Ils adorent les marques, en porter et dépenser des fortunes pour un blouson ou un jean, ils font donc également le bonheur des milliardaires qui tiennent ce pays en coupe réglée. C’est à peu près leur quotidien. Discuter avec les potes, fumer, vendre, se saouler, jouer au foot et draguer. Ils vont faire ça également dans la journée éventuellement mais pas dans mon quartier. Dans mon quartier ils s’envisagent encore plus ou moins un avenir, ils ont parfois le bac, des parents mais pas tous, et vivent, ou du moins essayent de vivre légalement des seuls jobs que l’autre France ne leur proposera jamais, intérimaire, généralement pour la manutention, déchargement des quais, les préparations en magasin ou en entreprise. Rien d’autres. Bien entendu certain ont des casiers et tous, absolument tous sont à la merci constante de la police qui ne manque jamais de leur rappeler qu’ils ne sont pas des citoyens à part entière, la preuve ils n’ont pas la même couleur de peau. Pas de misérabilisme ici, c’est un fait, ces français-là n’ont aucun avenir. Pas plus qu’en n’ont les gamins des zones rurales qui font très exactement la même chose qu’eux, galérer pour trouver un petit boulot et se défoncer le soir, tous les soirs. Une jeunesse qui s’ennuie, et, dans le cas de mes citadins, dont la seule perspective d’emploi stable est d’aller à Marseille, se faire embaucher à la journée comme dealer dans un quartier. Voilà leur avenir, voilà comment la France les envisage, manutentionnaire-vendeur de shit et rien d’autre. Ils achètent un 25 à 80 euros. Se font cent, deux cent euros de bénéfices, ils ne sont que distributeur, le plus gros de l’argent va au grossiste et au semi grossiste. A Marseille on leur fixe des objectifs, mille euros de défonce, mille euros de bénéfice et tu touches cinq cent, mille deux, pour une journée ou deux de travail. Bien entendu c’est à risque. Le monde de la délinquance est un monde où tout le monde essaye de baiser son prochain. On se fait avoir sur la quantité et nous voilà en dette, on peut se retrouver au milieu d’une fusillade, à Marseille c’est sans limite. Et si je le sais c’est parce que je les ai écouté en parler de la même manière qu’ils parleraient d’aller se faire embaucher sur un chantier ou dans un supermarché.

C’est d’ailleurs l’extraordinaire paradoxe de ce pays fort d’une classe dirigeante corrompue, sa prohibition sur les drogues, mis en place depuis 47 ans, ne fonctionne pas et n’a jamais fonctionné. 47 ans d’une loi d’exception qui n’a strictement servi à rien de plus qu’à trouver un prétexte pour enfermer la jeunesse de ce pays et plus particulièrement la jeunesse du sous prolétariat des villes et des champs. Et de ce point de vue-là, la justice française est en pleine forme puisqu’on arrête et on enferme en masse aussi bien petit dealer que consommateur, les chiffres de la justice le démontrent.  Le plus cocasse là-dedans étant que naturellement non seulement la France est la plus grosse consommatrice d’anxiolytique d’Europe mais également de cannabis, la drogue qui rend fou. Je ne vais pas, à l’instar de la classe politique, revenir sur ce serpent de mer français, je sais parfaitement que de ce point de vue, il n’y a plus que la classe politique et la bourgeoisie qui tient ce pays pour s’intéresser à la question de la prohibition. On fait donc à la française, en douce, tout le monde, flic y comprit, et on laisse la mafia corso marseillaise s’enrichir avec l’aval des gouvernements qui se succèdent. Plus personne n’est dupe en réalité. On habille le débats moral avec l’argument sanitaire, on agite la menace d’une maladie mentale rare (oui la schizophrénie est une pathologie rare) et on permet au roi du Maroc et à d’autres de toucher leur dime sur l’or vert du Rif et de se la dorer à Marbella. On permet dans la foulée que des produits frelatés, du shit « Harry Potter » comme disent mes dealers en rigolant, de tomber entre les mains des gamins avec les risques sanitaires et psychiatriques afférant. Je rappelle tout de même qu’aujourd’hui le premier pétard c’est à partir de 12 ans…

Mais revenons à cette sous classe de la société française. Donc pas la jeunesse protégée et blanche des villes mais celle qui subit l’apartheid à la française. Celui qu’on ne nomme pas, pire sur lequel des petits ambitieux comme Valls ont essayé de se faire du beurre. Lui aussi a dénoncé l’apartheid qui sévit dans ce pays, il essayait de se faire bien voir, la France blanche, celle qui a aboli les privilèges de l’aristocratie pour se les arroger, la bourgeoise, s’est emporté. L’apartheid ça n’existe pas en France, tout le monde a ses chances. Excepté pour trouver un appartement, un travail, poursuivre des études dans des conditions descentes, pour ne pas se faire harceler par la police, mais c’est interdit de le dire. C’est interdit parce que non seulement la France n’a jamais supporté la perte de son empire, ni plus que des gens pas de chez nous osent revendiquer leur droit dans un pays qu’ils ont construit et qu’ils enrichissent, clandestins y compris. Oui, même sans papier si on est embauché on cotise. Mais pour un Zemmour « on ne vit plus comme des français » c’est-à-dire comme dans les années 50 quand le bicot ne la ramenait pas. On est obligé de faire avec… et pour ces français là il est bien plus supportable de se faire rouler dans la farine continuellement par leur gouvernement que l’idée qu’un jeune des quartiers ait les mêmes droits qu’eux, ce qu’ils n’ont en réalité qu’en théorie. D’ailleurs c’est amusant de voir comment le racisme des réactionnaires se focalise sur cet apartheid là, mais pas une seconde sur celle qui touche les gamins des campagnes. Parce qu’en réalité ce pays a étendu son sectarisme autant aux gamins des quartiers qu’à ceux des champs au point où on ne parlera jamais d’eux.  Ce pays n’aime sa jeunesse que lorsqu’elle pense comme un vieux, veut devenir médecin ou avocat ou quand il s’agit de les enrôler dans une armée qui ne sait en réalité pas quoi faire d’eux. Car notre jouvenceau narcissique qui a des idées de vieux veut remettre le service militaire obligatoire, et 74% des français seraient d’accord, selon les sondages… A croire que ce pays adore les uniformes, avec un flic pour 265 habitants la France est bien le pays le plus fliqué d’Europe. Personnellement j’ai fait mon service, j’en parle , et à part se biturer, fumer du shit, ce qu’ils savent déjà parfaitement faire, et servir de petite main corvéable à souhait pour les professionnels je n’ai jamais vu l’intérêt de ce service. Mais la France puise ses idées dans les années 50 et 60, c’est la nostalgie d’un pays de vieux qui refuse d’évoluer.

L’apartheid français est à l’image de sa mentalité, on n’en parle pas, on a interdiction d’en parler, elle n’existe nulle part dans le cadre de la loi et partout dans le cadre du quotidien. Il est interdit de dire que la jeunesse hors des villes n’a pas la moindre chance de trouver autre chose qu’un petit boulot, si elle en trouve, que rien n’est prévu pour eux, ni structure ni encadrement. Tandis qu’apeuré, ce même pays offrira des bibliothèques et des centres sportifs dans les quartiers en espérant que ça les endorme. Créant de fait une différenciation entre deux sous classes de la jeunesse. On ne s’étonne dès lors guère du succès de la ploutocratie Le Pen dans les zones rurales et auprès des jeunes. Diviser pour mieux régner sur un asile de vieux est le crédo de tout bon politicien français. Comme il est interdit de dire qu’en s’appelant Mohammed ou Ada on aura toutes les peines du monde à se faire embaucher, et aucune si on ajoute qu’on vient d’un quartier « à problème » et encore moins de pouvoir louer un logement ailleurs que dans le dit quartier. Et parfaitement illusoire de se dire qu’on passera la journée sans se faire contrôler au moins une fois si on a l’imprudence de trainer dans les quartiers des français blancs. La France continue de croire à sa mythologie de l’égalité pour tous, dans un même pays où les représentants de la nation, les députés, viennent quasiment tous de la classe dominante avec une majorité de quadra et plus, beaucoup plus, comme c’est le cas au sénat, notre asile de vieux de luxe à nous. C’est interdit parce que ce pays déteste se remettre en question. Déteste l’idée qu’il n’est plus qu’un reflet peu reluisant d’une gloire passée.

Se remettre en question ça serait en effet admettre le grand mensonge de la libération avec sa résistance de la dernière heure qu’on a voulu faire passer pour une résistance de la première. Avec son patronat unilatéralement collaborateur et son antisémitisme qui a permis l’arrivée au pouvoir d’un vieillard narcissique. Ca serait également admettre que  la décolonisation a été une trahison pour pas mal de français, ajouté au mépris le plus complet qu’on a accordé aux hmongs et aux harkis puisque bien entendu ils n’étaient pas de chez nous. Ca serait admettre que la France a soigneusement tenu éloigné son immigration loin de toute force politique, de toute représentativité, de toute forme d’assimilation, préférant agir avec elle comme elle l’avait fait dans ses colonies. Avec paternalisme, absolument certaine de sa supériorité, essayant de nier complètement leur identité, leur spécificité. L’empire réduit à son propre territoire colonisera donc ses banlieues avec la même démarche qu’il a colonisé l’Afrique ou le Vietnam. Et aujourd’hui, comprenant son échec le plus total dans le domaine, ce pays accuse ses colonisés de ne pas vouloir s’intégrer. Ce qui est très pratique pour les exclure un peu plus, vu que c’est de leur faute…et Daesh qui a parfaitement compris sur quel ressentiment jouer ici, l’a utilisé pour diviser un peu plus cette société d’apartheid. Un apartheid dirigé autant vers la jeunesse des classes populaires que vers son immigration.

L’ennui avec ce sectarisme sociétal qui refuse de dire son nom, cette hypocrisie complète dans laquelle vit la société française c’est qu’à terme ça produit ce qui s’est passé le 13 novembre 2015. Pendant que la classe dominante à travers ses locuteurs certifiés « moi j’viens d’la banlieue moi » mais très grassement payés, nient l’identité voir même l’existence (je pense ici aux gamins de la cambrousse) de toute une jeunesse, un fossé est en train de se creuser de plus en plus profondément au sein même de cette société vieille et nostalgique de son passée. Une jeunesse populaire qui sait qu’elle ne sera jamais acceptée par la caste, sera refoulée vers les classes moyennes à titre d’épouvantail, commence elle à cesser de vouloir à faire quoi que ce soit avec cette société. Et deux mondes passent l’un à côté de l’autre sans jamais se voir que dans le ressenti. Je parle avec les gamins de mon quartier mais il est clair que dans la tête de quelques porteurs de barbe je suis l’ennemi, « Jean-Pierre » le Françoy. Ils pensent comme des colonisés qui voudraient s’affranchir de l’autorité paternaliste que je suis censé représenter, parfaitement soumis comme on attend qu’ils demeurent, mais ça il n’y a qu’eux et la réaction qui refusent de l’admettre. L’ennui c’est que la France est truffée de responsables racistes et/ou réactionnaires, de Boutledja la passionaria salafiste des Indigènes de la République à Narcisse 1er Roi des Banquiers, en passant par Marine Le Pen. Ca blague sur les comoriens qui se noient au large de Mayotte, ça parle de zone de non droit sans y avoir jamais mis les pieds, ça accuse telle couleur de peau, telle origine national d’être la faute de tous ses malheurs. Ca organise des camps d’été « interdit au blanc » dans le plus grand des calmes, parce que finalement la France s’accommode parfaitement de ce racisme ambiant, ce pays n’a jamais été pour le mélange des cultures surtout qu’il estime la sienne supérieure en tout point. L’ennui, surtout, c’est que dans le climat délétère qu’est en train de créer le merdeux de l’Elysée cette faille dans la société française va s’agrandir un peu plus chaque jour, et qu’à terme ça s’appelle la guerre civile.

 

N93TM

Les seuls sentiments que l’homme ait jamais réussi à inspirer au policier sont l’ambiguïté et la dérision.

Vidocq.

Je ne vais pas te mentir. J’aime ça. J’aime ça quand je t’entends gueuler parce que je te tire par les cheveux, ou que je t’arrache les bras jusqu’entre les omoplates. Je m’éclate quand t’es à plusieurs et que tu veux faire le malin, qu’on peut bien sentir le tonfa siffler dans tes côtes, et les os craquer. Je kiffe quand tu m’as donné une raison. Te coller bien plat par terre, te faire bouffer le trottoir. Et d’ailleurs même si tu ne m’en donne pas, qu’est-ce que j’en ai à foutre moi, je suis assermenté. Toi t’es qu’un pauvre connard sur qui je peux faire pleuvoir la merde si ça me chante parce qu’on me paye pour ça et rien d’autre. Et j’adore ce job.  Et en plus si je trouve du chichon dans tes poches, je peux me faire du gras. Si c’est pas lier l’utile à l’agréable ça je vois pas ce que c’est. Ouais, no surprise, je me fais du beurre sur ta gueule citoyen, et qu’est-ce que j’en ai à foutre ? Qu’est-ce que j’en ai foutre de ces bidons qui jouent les durs en bas des tours ? De tous ces petits trous du cul qui nous emmerde la vie en se prenant pour Scarface ? Qu’est-ce que j’en ai à branler de ta gueule pépé avec ta bourgeoise qui me tape un scandale parce que je pisse dehors avec mon brassard ? Qu’est-ce que tu veux que ça me foute trou du cul que t’ais fêté le mariage de ta cousine ? Ou même que t’existe, que t’as des droits tout ça. Bande de connards ici, la loi c’est moi !

Alors allez-vous faire enculer.

Allez vous faire enculer les branleurs qui tiennent les murs et se prennent pour des gens, on devrait tous vous cramer ! Allez vous faire enculer les petits pédés sapé ethnique, piercing, tatouages, bobo mes burnes qui achetez du shit coupé à la colle en causant éco responsable ! On devrait vous envoyer faire les putes pour les macros qui tiennent ce business, ça vous apprendrait la vie ! Allez vous faire enculer les vieux qui nous appelez parce que votre voisin fait du bruit, nous c’est la BAC, pas silence on dort. Et surtout gueule pas parce que je te colle une prune, ça va me saouler. Allez vous faire enculer tous les négros, les bougnoules qui nous cassez les couilles avec vos droits et nos devoirs, votre Islam mes burnes, mais qui fument le pétard dans le train genre on est chez nous partout. Une balle dans le crâne ouais, ça calmerait les autres ! Allez vous faire enculer la Ferro, les gendarmes, les bleus, l’IGS, nos soit disant collègues. La moitié de ces fils de pute ne trouverait pas le chemin de leur bite sans un plan. On a n’a pas besoin d’eux pour mettre les cons au pas. Allez vous faire enculer les juges et les avocats qui nous refoutez systématiquement la racaille dans la rue parce que les taules sont pleines à ras bord. Qu’est-ce que ça peut bien me foutre moi qu’ils soient à 15 dans 9 m² ? On a qu’à agrandir les cages. Comme en Thaïlande, au Mexique. Comme ça on pourra en mettre plus. Va te faire enculer monsieur le ministre qui nous donne plus d’ordres que de moyens, un jour ça va te péter à la gueule et tes bandits on va te les traiter à l’ancienne. Allez vous faire enculer les gens qui se plaignent parce qu’on aplatit un connard, brutalité policière putain de ta mère ! Tu veux quoi petit citoyen ? Que je lui récite un poème ? Et alors c’est un bicot tocard ? Tu lis pas les statistiques ? Tous les flics sont racistes, c’est prouvé. Allez-vous faire enculer les citoyens, tous ces français qui veulent plus de sécurité et moins d’arabe mais qui gueuleront dès qu’on aura éclaté le crâne d’un dealer. Vas te faire enculer la France.

Moi je chante jamais la Marseillaise. Pas question. Je sais pas c’est la France de qui mais c’est pas la mienne. Qu’ils la gardent leur Révolution, leur liberté égalité mes noix, leur Droit de l’Homme. Tout ça c’est des foutaises. Une légende urbaine. La démocratie ? A quoi ça sert ? Les gens sont des veaux. Et on laisse à des veaux le droit de choisir leur chef. Le chef des veaux. C’est ça qui nous gouverne. J’ai des collègues qui n’aiment pas ça que je ne chante pas leur connerie d’hymne. J’ai même reçu des avertissements à cause de ça, mais je m’en branle. Je l’ai assez chanté pour mille ans de toute façon

3 ans. 6ème RPIMA, mon con ! Spécialisé tireur d’élite, brevet commando, ma couille ! Et ailes d’argents. Je les portes toujours, sous mon blouson. Un porte-bonheur. Avec le Sig Sauer, la gazeuse, une paire de menottes, deux chargeurs supplémentaire, et ma botte secrète… De temps à autre je prends un tonfa aussi. C’est bien quand tu veux faire un Auswitch.

Dimitri regarde sa montre qu’il a pas au poignet et me demande comme s’il proposait de s’en jeter un :

–          On s’fait un petit Auswitch avant de partir ?

Je souris.

–          T’es gourmant aujourd’hui…

J’attrape nos tonfas entre les sièges.

–          Avec un peu de chance un de ces enculés on ramassé… j’ai besoin de fraiche, ma femme veut de nouveaux rideaux.

–          Encore ?

–          Tu parles, on change de salon tous les mois avec elle. Et encore elle sait même pas que Marie Claire existe…

On s’approche des tours, le brassard bien visible, il y a une bande de branlos dans le hall, grande surprise ! Survet Tachini, pochette Vuitton, casquette Nike ou Adidas avec des « wallah » et des « sur le Coran » « sur la Mecque » plein la bouche. Rien qu’avec ce qu’ils portent, tout leur attirail made in Vintimille, on pourrait les coffrer pour trois ans ! Et je parle pas de ce qu’ils se mettent dans les poumons !

–          Eh les connards les murs tiennent tout seul, c’est pour ça qui sont fait, décollez votre cul et amenez-vous ici.

–          Qu’est-ce qu’on a fait m’sieur ?

–          J’aimes pas ta gueule négro, ça te vas ?

–          Eh mais comment vous parlez m’sieur ! Eh ça se fait pas de traiter les gens comme ça !

Je me tourne vers Dimitri hilare.

–          Eh Dim, on a des clients !

Ensuite ça va très vite, on rentre dans le tas, on tabasse tout ce qui bouge, zone rouge de préférence, on les enferme dans leur hall, et on fait cracher la gazeuse. C’est ça un Auswitch. Parfois, avec ça si on est assez rapide on peut trouver des papiers, et porter plainte, juste pour leur péter les couilles. Mais c’est surtout les dealers qui nous branches, les vrais, pas juste des moules couilles sur la boite au lettre, on peut se faire dans les 300 boules rien qu’en leur faisant les poches. Vas-y qu’ils portent plaintes ces tartes. On combine avec leurs grands frères. En général vaut mieux être trois ou quatre, c’est plus pratique. Mais avec Dimitri on se défend bien. Dimitri était dans la Légion avant d’immigrer chez nous. Pour un mec de près de deux mètres il est drôlement agile. Moi c’est à la frappe que je me défends. Vice champion de boxe d’Île de France de la police, catégorie moyen lourd, s’il vous plait.

Mais faut pas croire on fait pas ça seulement pour les rideaux de madame, on fait ça surtout pour le fun. Pour arrondir les fins de mois et mettre de la graisse dans les nouilles y’a mieux.

Déjà y’a les extras. Les trucs qu’on fait pour les officiels, les soirées, quand un gros se pointe, politique, show biz… 100 boules de l’heure sur la caisse grise comme on dit, celle du syndicat, le patron prend 20% on se partage le reste, c’est pas chien. Et puis surtout y’a le gibier. C’est ce que c’est jalouse le voyous, ca balance sec si tu y mets le ton. Si tu sais amadouer l’imbécile, il va te balancer un ou deux collègues vite fait, et hop on se le fait à la Marseillaise. C’est comment à la Marseillaise ? Bah c’est comme là-bas cousin, à l’envers et à l’endroit.

Le collègue on le saute pas, enfin pas tout de suite. Lui on s’en fout tu vois, ce qu’on veut qu’on nous balance d’abord c’est où il entrepose. Cave, box, hangar, bagnole, came, télé tombée du cametard, arme, peu importe la spécialité, on est pas bégueule.

Après, pillage. C’est Kevin et Anto qui s’en occupent. Ils ont la méthode, des spécialistes, c’est ce qu’ils faisaient déjà avant d’entrer dans la police, voleurs. Un jour, à 16 ans, ils ont arraché une Ferrari à un gus, leur coup d’éclat.

–          Putain il voulait pas lâcher l’mec, je lui ai mit dix patates dans la tête, il lâchait rien, j’lai tiré, y s’accrochait comme une moule ! L’a fallu que j’y aille à coup de pied !

C’est Kevin qui raconte mais je sais qu’Anto tapait aussi. Et j’imagine la gueule du type avec ces deux énervés sur le dos entrain de lui mettre l’avoine de sa vie. Je l’imagine mais ça dure pas, c’est très rapide, très violent, je sais je l’ai vu faire. On peut pas savoir ce que le mec se dit, juste qu’il se retrouve sur le macadam, sonné, saignant de la bouche en train de se demander pourquoi lui. C’est presque bon à voir. Maintenant il sait. Il sait pourquoi des mecs comme nous il en faut. Pourquoi il a besoin de nous. Et la prochaine fois qu’il nous verra entrain de serrer des scooters, bin y mouftera pas le citoyen, parce qu’il sait. Il sait ce que ça fait de se faire taper, et peut-être même que ça lui fera plaisir.

–          Vous en avez fait quoi ?

–          On l’a vendu.

–          Combien ?

–          1500, répond Anto’ on voulait s’acheter des scooters.

–          Ah putain c’est tout ! je rigole

–          Bah ouais ! T’imagine la maille qu’on aurait pu s’faire à l’époque si on avait su ? rigole Kevin en retour.

–          Ah on était des couilles qu’est-ce tu veux… D’après toi il en prendrait combien maintenant Untel ? il demande à Dim.

Dim hausse les épaules.

–          Dans les sept. Peut-être dix, répond-t-il en roulant sur le r avec son accent polonais.

–          Putain j’aurais pu en faire des trucs avec dix en ce temps-là, rêva Kevin.

–          T’aurais pu te payer du placard ouais, répond Anto, t’aurais acheté du shit et des putes comme un Scarface et on aurait fini par se faire serrer.

Kevin ricane, c’était bien possible oui. Heureusement à 17 ans il est devenu papa. C’est ça qui l’a emmené chez les flics, sa régulière. Elle voulait qu’il fasse un travail sérieux, fini les magouilles. Elle sait faire avec ses couilles, c’est pour ça qu’il l’écoute. Il a une petite fille de huit ans aujourd’hui et un second en route.

On est dans le bureau, les pieds sur la table, on cause, on mangeaille et on boit du café. Un peu la pause.

On attend.

On peaufine.

Une Marseillaise c’est une science.

Le pigeon dévalisé, faut jamais le pécher soi. Jamais. Faut qu’il se demande d’abord. Qu’il se ronge. Si y s’embrouille avec ses potes, si ca fait du buzz comme y disent les connards à la tévé, c’est encore mieux. Y balance sans savoir, suffit de filocher sa panique, il embrouille, avec un peu de bol y’a une paire de Montana qui vont monter aux bataillons et ca va se fumer dans la bonne ambiance. Nous on s’en branle, drame de la banlieue tout ça, mes regrets aux familles ta mère. Et puis après on le balance à des collègues, anonyme.  Dès qu’ils le sautent, on le convoque chez nous, un retapissage soit disant, l’histoire d’une heure, et là on le pause. Un gars invite l’escorte à boire un café, remplir de la paperasse, et le gars attends. Un quart d’heure, vingt minutes… Dim agite son poignet et la montre qui ne s’y trouve toujours  pas.

–          C’est l’heure, y nous fait.

Il se lève, prend l’AK47 dans le plastique et passe dans la pièce à côté avec ses deux mètres au garrot de polonais des mines.

–          Qu’est-ce qui fout là çui-là ?

Surprise, ni Mouloud ni Mamadou, c’est Viko, le Rom trop gentil. Un pro du billet de retour, le champion des raccompagnements à la frontière. Viko le dur à cuir mon gars, des poulets dans notre genre ça lui rappelle à peine le pays, y voit immédiatement où le grand veut en venir avec sa Kalach’, y sait, il a l’œil du voleur le Rom gentil avec ses doigts plein de bagouzes chromées or. Viko importe des guns tu vois. Un petit réseau rien qu’à lui. Fait vivre la famille, les cousins. Il travaille sûrement pour un gros de là-bas mais on s’en branle. Nous ce qu’on veut c’est son stock, et son slip s’il fait chier. Et il le sait. Mais c’est un mariole hein, il en a vu d’autres, et puis crève, il préféra te vendre ses mômes que son stock. Pauvre mange dalle qui vend des kalach’ à 300 boules pièce et des RPG à 1500 roquettes comprises. De la came russe, tchèque, chinoise. On savait tous d’où ca venait de toute façon, et c’était pas de Roumanie. Souvenir du Kosovo, Bon Baiser à Sebrenijca, Dr Slobodan t’encule à Sarajevo… Sans compter ce qui sortait d’Ukraine, de Russie, on attend avec impatience les souvenirs du Printemps Melon.

Dim lui fait ses yeux de tarés des steppes et lui dit un truc en polsky. Mais le mec fait celui qui capte pas le numéro, ou bien c’est que vraiment il a jamais vu un film avec un méchant russe du KGB et une pince coupante. Enfin bon, Dim pose son bidule sur le bureau, et hop il fait l’impulsif. Vlan une baffe dans la gueule. Pleine poire. Bien entendu, le gus qui en a vu d’autres, se met à gueuler on sait pas trop quoi, Dim le renverse lui et sa chaise et lui coince le cou sous son genoux façon UFC.

–          Bon connard, il lui dit en francais, toi pas emmerder moi avec traducteur d’accord ? Toi comprendre ?

–          Y se passe quoi ? fait Anto en entrant avec deux RPG et un rack de roquettes.

–          Y se passe que ce cette sous-race m’emmerde la slavitude si tu veux savoir.

–          Pourquoi ?

–          Parce que y’en a partout de ces cafards !

–          Allons, allons, soit pas négatif comme ca. Il y en a des bons parfois. Des partageurs, je fait en entrant à mon tour avec Kevin et une partie du stock. C’est qui d’abord ?

–          Aucune idée.

Il lui donne une petite tape sur le crâne.

–          T’es qui toi d’abord ?

Le gars lui jette des coups d’œil de fou, il a envie d’exploser ses menottes et de le tuer mais faudrait respirer pour ca. Dim le soulève d’un coup, tout entier, comme si ca pesait que dalle, et le remet droit.

–          Deuxième chance, t’es qui toi ?

–          Quoi toi vouloir !? abois le Viko.

–          Oh t’as vu, il parle comme toi tout à l’heure, fait Kevin extasié, t’as vraiment le don des langues mon Dim.

–          Qu’est-ce tu veux ils parlent tous pareil ces cafards.

Et hop, rebaffe.

–          C’est pas ça la réponse coco, ton nom !?

Le gars se rebiffe.

–          Toi vouloirs Kalach’ ? Moi faire bon prix !

Le Dim le rerebaffe.

–          Toujours pas toto, ton nom !?

Le mec se rerebiffe…

–          Toi va te faire enculer !

–          Ouh là ! je fais, sujet sensible.

–          Eh, eh, fait Anton en sortant le tonfa.

Là le gars commence à se demander en général. On sourit, on dit rien, c’est moi qui prend le relais.

–          Allez les gars, soyez cool, voyez pas qui se croit au pays ? On va lui faire peur.

–          Mais je veux pas lui faire peur moi, je veux qu’il me dise son nom, Kevin, passes moi la graisse tu veux.

Kevin prend une boite de graisse d’arme dans le tiroir et lui lance. Je me penche vers le mec, je lui fais :

–          Moi je serais toi, je lui dirais, quand il commence à avoir une mauvaise idée dans la tête… c’est un polack tu comprends, l’alcool, tout ca, tu vois…

C’est le moment que je préfère, quand ca devient marrant. Quand 80% des mecs reculent sur leur chaise et tombe. Il est pas tombé parce que Dim la retenue par la jambe, avec son gros sourire de golgoth gentil-tu-vas-voir-ca-va-aller-tout-seul.

–          Viko Romanescu ! il a beuglé ! Romanescu ! Viko ! Viko ! Vrai nom ! Juré ! Oui !

Là il était en panique. Plus rien à foutre du stock, on pouvait le prendre et le vendre pour nous, il voulait bien même nous payer pour ça si on voulait. Dim m’a regardé, ravis, comme s’il venait de faire une bonne farce.

–          Bin tu vois quand tu veux gros ! je lui ai fait doucement..

–          Bon maintenant toi et nous on va bosser ensemble d’accord ? lui annonce Dim.

Il le regarde à la fois stupéfait et effrayé, qui passe la boite de graisse à Anto. Anto l’ouvre en se marrant, les yeux dans les yeux. Le mec transpire maintenant, mais il a quand même le courage de dire que non, non pas travailler avec police, Viko jamais travailler avec police ! Verboten !

–          Verboten ? Voilà qui nous cause le Germain, dis donc ! nous fait Dim en rigolant.

–          Verboten par qui tonton ? fait Kevin comme s’il s’attendait à ce qu’il se raconte.

–          On s’en branle ! a râler Anto en graissant le tonfa.

–          Là-dessus il a par tort, je fais remarquer à Viko, on s’en branle.

D’un coup Dim se jette sur lui et le retourne sur le ventre. Il lui souffle à l’oreille.

–          On s’en branle complet ! Et t’sais pourquoi Roumainmescouilles ? Parce que maintenant t’es nôtre pute à nous, tu panes ? et on va t’enculer.

Il lui arrache le bène d’un coup, le slip itou, le mec se bagarre, son petit cul tout bien tendu, y brâme, y cause toutes les langues, y se cabre, Dim lui plaque le crâne par terre, Anto s’approche en faisant siffler le tonfa.

–          Oh, oh, oh, ca va sentir le cul de Romano cramé ! fait Kevin en se marrant.

Je me penche et je lui dis à l’oreille.

–          C’est pas toi qui décide connard, tu vas bosser pour nous, tu comprends ?

Le gars évidemment y supplie là, y veut plus jouer les gros durs à bagouze, mais bon Anto il écoute plus, et le mec se met à beugler.

–          Tu la sens ? Tu la sens bien ? je lui fais, t’aimes ?

Il hurle de plus belle.

–          Profite bien mon gars, on veut que tu te souviennes. Tu bosses pour nous, t’essayes de nous niquer, tu causes à tes cousins, t’oublies de raquer, on vient et on fera la même avec ta femme, ta sœur, tes gosses, ta grand-mère, et tu regarderas.

Dim il appel ca marquer le bétail. C’est sûr qu’après ca le mec il marche le cul de travers mais il file droit. Mais on le fait pas à toutes les Marseillaise hein, juste pour nos potes. Les melons, les négros, les roms. Parfois on les tabasse en plus. Mais pas de trace hein, sauf le boule, mais y dira pas. Pas le gnoule, ni le singe ou le roumain. Le mariage pédé chez eux c’est haram. On s’encule entre pote dans les douches mais sinon c’est peine de mort. Chez les corses c’est pareil, sauf que eux on peut pas faire ca ou alors faut vraiment une bonne raison, faut connaitre ses limites quand même.

On est pas gourmant, on est sévère, mais juste.  On prend que 30%. 5 pour le syndicat du crime, 10 pour le boss et le reste on se le partage entre nous en plus du matos. On a un fourgue pour ca, un sympathisant, J. qu’on l’appelle. Il est  pas spécialisé, il bricole un peu de cana à droite gauche, mais il a un gros relationnel, comme qui dirait.

–          Jacques-Henry Lanssac, où est le matériel ?

Une tête, des pelures, la complète du Versaillais sur mesure. Le mocassin british, la veste de chasse molletonnée vert forêt, revers rouge, les cheveux claqués en arrière, la mèche impliable. La chemise rayée bleu blanc, le jean avec le plis, la petite serviette croute de cuir, manquait plus que la Fleurs de Lys et le chapelet. Un courtier à ce qui parait. Un déceleur de bonnes affaires. Il trouvait un produit, cherchait un acheteur, et vis versa. Flingues, matière première, ce qui paye et ce qui peut passer par les filières légales. Lanssac connait du monde lui aussi, du vernis coquet. Ca se voit tout de suite. Il ouvre une caisse, deux, examine un RPG.

–          Russe ?

–          Chinois.

–          C’est bon je prends.

–          Et là on a quoi ?

Il pousse un couvercle, écarte un emballage, papier huilé, AK47, état neuf, jamais servit, quarante chargeurs par caisses, 20 fusils.  Il en soulève un autre.

–          Les Vz je les prends pas.

–          Pourquoi ?

–          Parce que là où je vais les envoyer ils ne vont pas me les acheter.

–          Ah ouais ? c’est des bonnes armes pourtant, fait Dim qui s’y connait comme moi.

–          Oh oui, des outils tout à fait correct, je soustrais, cependant nous sommes ici devant un phénomène bien connu de la médecine.

–          La médecine ?

–          Oui, il a fait en continuant de visiter le stock, c’est comme avec les médicaments génériques, vous savez bien, les gens préfèrent l’original, même si la copie est parfaite en tout point. Ah je vois que vous avez des 61 par contre, ceux-là peuvent m’intéresser.

Il a sorti un pistolet-mitrailleur sans chargeur et il l’a armé dans le vide pour tester la glissière.

–          Ce n’est pas fort précis mais dans un combat urbain c’est parfois tout à fait appréciable.

–          Vous les expédiez où ? a demandé Kevin.

Il l’a regardé deux secondes comme si le chien avait pété et puis il a demandé si on avait du mortier. Non on n’avait pas, mais on avait de la Minimi. Des occases. Il a pris quand même.

La caisse grise, elle rentre et elle sort par les comptes de l’APN, Alliance, on s’en sert pour les coups d’achats, les tontons, quand on a besoin de métal pas orthodoxe, qu’on monte un coup. Mais on se fait plaisir avec aussi. On s’est payé un comptoir dans la salle de repos, avec un canapé Ikéa et le grand écran, vu qu’on traine plus à notre boulot que chez bobonne. Et on s’est acheté une fusée aussi. Audi TT, immatriculé presque poulet N93TM, mais enregistré à la Pref s’il te plais, la plaque perso. C’est le big boss qui l’a offert au commissaire pour l’anniversaire de la brigade. La plaque hein, faut pas déconner non plus.

On est descendu une fois en Espagne avec. On a dit que c’était pour sauter une équipe GF mais en fait on s’est payé un week-end mazette à Barcelone. Pute et coke, tu vois le trip. Pourquoi on s’emmerderait la vie. Notre boulot après tout c’est de faire plaisir aux statistiques, pas autre chose.