La mort du travail, le travail jusqu’à la mort.

Je ne travaille plus depuis trois ans. Dans ma vie j’ai fait beaucoup de genre de travail. J’ai été standardiste à la sécu, gardien de nuit et chauffeur-livreur pour payer une partie de mes études. J’ai été graphiste papier, rédacteur-concepteur, scénariste de jeu vidéo, réceptionniste, serveur, animateur de minitel rose (si,si) formateur dans l’hygiène et le nettoyage, sondeur, et cuisinier. Je sais peindre, dessiner, écrire, faire la différence entre un filet de sole et un désosseur, fabriquer une duxelles ou un fond blanc, diriger des comédiens, former des gens, je sais ce que c’est qu’un montage, décrypter une image, fabriquer une affiche ou un logo et vendre une idée. J’apprends et je m’adapte vite. Et j’adore être submergé de boulot, charrette, la tête dans le guidon. Mais je ne travaille plus depuis trois ans.

 

Quand j’étais à la rue je travaillais pourtant, avec mon RSA et l’aide des Emmaüs je n’étais pas obligé mais je n’avais pas vocation à rester à l’hôtel au mois en crevant debout. Quand je logeais chez ce qui me tient lieu de mère, je travaillais également, « enquêteur » téléphonique, et j’ai même essayé de monter mon entreprise comme rédacteur. Et l’Urssaff m’a endetté de 5000 euros… à savoir ce que j’avais fait dans l’année…  Alors un jour j’en ai eu marre de téléphoner à des gens pour leur proposer des enquêtes marketing complètement connes et j’ai décidé de refaire des études. Oh pas grand-chose, un CAP de cuisine. Mais je me disais ce que tous les gars sans idée se disent à la sortie du lycée : on aura toujours besoin de cuisinier. C’était une idée à la con, j’aurais dû me méfier. Dès que je suis arrivé à l’école je suis tombé sur des cons. Des cons en cuisine, des cons parmi les élèves, des cons qui dirigeaient l’école de formation, un vrai rassemblement, un jumbory, venez nombreux plus on est de con plus on rit… Mais j’ai eu mon CAP et pendant deux ans je me suis fait engueuler par des gamins de vingt ans, mépriser par des chefs qui ne me connaissaient pas depuis une semaine, exploité de toute les manières qui soit. Un employeur a même poussé le vice, après m’avoir fait bosser comme un âne pendant un mois pour une misère, de me licencier… le lendemain de la signature de mon contrat. Et un autre, sur un salaire brut de 1400 euros… m’a accordé 975 euros, à raison de dix heures par jour, cinq jours par semaine durant un mois, et dans une ambiance de merde. En cuisine, les ambiances de merde on a l’air de trouver que ça aide pour débiter 100 couverts en deux heures… En effet, on aura toujours besoin de cuisinier… un s’en va, quinze attendent à la porte, plus jeunes, plus corvéables, prêt à se faire humilier par un chef hystérique parce qu’au bord du burn-out, qui fume son bédo dans la cuisine ou sniffe de la coke. C’est pas une image, c’est ce que j’ai vécu. Le flux tendu. Et croyez-moi je connais. Vous avez déjà travaillé en cuisine et en salle, fait la plonge avec une clavicule fêlée ? Moi si. Je ne le savais pas, j’avais mal, mais je serrais les dents. Vous avez déjà fait des découpes avec une main cassée ? Moi si. Je ne le savais pas, je venais de me paner dans les escaliers de la réserve, ma main enflait, j’avais mal, mais je tenais le coup parce que c’est mal de se plaindre en cuisine. Quand j’ai fini par m’installer un petit pot d’eau froide pour calmer ma main, le chef a daigné sortir de son mépris et m’a autorisé à aller à la pharmacie. Le lendemain je lui apprenais que main était pétée et j’apprenais que j’avais eu la clavicule fêlée… Il est tombé de son arbre, il croyait que je simulais. Simuler une main qui double de volume, un prodige, je suis un prodige….

 

Alors je ne travaille plus, je suis écœuré. Depuis 17 ans, depuis que je suis tombé malade je n’arrive pas à retrouver un boulot normal. Je vie donc de mon handicap, 800 euros plus APL, 1080 avec un loyer de 477 euros. En réalité je vis sur mon découvert. Je fais ce que je déteste le plus au monde, je vis de l’aide sociale. Je déteste l’aide sociale. Je déteste quémander à des fonctionnaires sans âme qui vont me réclamer 600 paperasses pour m’accorder une aumône. Parce qu’on sait jamais, je pourrais tricher… Sans compter que pour toucher l’AAH (Aide Adulte Handicapé) il faut non seulement remplir un dossier tous les deux ans mais pendant des mois on ne sait pas si on va ou non l’avoir. L’opacité la plus totale. Quand t’es bipolaire il y a des stress plus engageant… Remarque, je ne dois pas être si écoeuré que ça puisque l’année dernière je me suis dit que j’allais être Assistant de Vie Scolaire. J’adore les mômes et réciproquement, les gamins qui sont de travers ou qui ont des difficultés je connais bien et j’ai envie de donner de mon temps à des gens qui en ont besoin. Ah oui mais non, je suis con… l’employé du mois supprime les contrats aidés, et les AVS ne fonctionnent qu’avec des contrats aidés. Mais bon comme ça on va pouvoir se débarrasser de pleins d’associations gênantes, et le privé va pouvoir embaucher à bas prix. Après tout vous l’avez élu pour ça, pour qu’il obéisse au président de la république Pierre Gattaz non ? Non ? Alors pourquoi vous l’avez élu ? Pour faire barrage au FN ? Vous savez que les blagues les plus courtes sont souvent les meilleures ?

 

La nouvelle organisation scientifique du travail : le profit à tout prix.

L’OST, ou organisation  scientifique du travail a été élaborée durant la seconde révolution industrielle par un contremaitre du nom de Frederick Winslow Taylor qui se plaignait que ses ouvriers glandaient. L’OST ou taylorisme propose d’organiser de manière scientifique le travail, et plus exactement le travail à la chaine. Les gestes sont rationnalisés, le temps chronométré, l’aliénation précise au millimètre prêt. Le taylorisme donnera naissance au fordisme qui fera les beaux jours des usines du même nom, des fabricants du Messerschmitt, des usines d’armements, de l’agro-alimentaire et de Steve Job… Le taylorisme et le fordisme ont notamment trouvé des alliés à travers la technologie moderne, par exemple l’usage systématique du code barre. Comme ça ton produit passe deux fois plus vite à la caisse, la dame que tu ne regardes jamais n’a pas besoin de lire l’étiquette, t’attends plus et tu peux vite courir consommer un autre truc ailleurs. La dame elle par contre soulève du coup… une tonne par jour, tous les jours. Remarque, les grandes enseignes ont trouvé mieux : les robots, et hop plus besoin d’employer ces vieilleries qui râlent pour un oui ou pour un non, voir qui tombe enceinte et qu’on appel des êtres humains. En plus un robot ça ne réclame pas de salaire, et ça c’est encore mieux, on peut faire encore plus de pognon. Vous comprenez c’est la crise et la famille Mulliez veut s’acheter un nouveau château…

 

Je me moque mais ça n’a rien de drôle. Chaque année 500 personnes se donnent la mort en France en raison de leur travail. Les spécialistes pensent que ce chiffre est minoré notamment parce que personne n’ose parler. En fait c’est même pire que ça, entre les suicides et les accidents, il y a dans le monde 2,3 millions de personnes qui meurent de leur boulot chaque année, au point où l’Organisation Internationale du Travail en association avec l’OMS a tiré la sonnette d’alarme. Et en 2007 23 millions d’européens sont tombés malades à cause de leur travail. Mais heureusement en France, pour s’occuper des millions de salariés qui sont en détresse moral, blessés ou souffrant d’une maladie professionnelle nous pouvons compter sur 5524 médecins exactement, pas un de plus. Et un conseil, évitez de tomber malade en Picardie, ils sont 71… J’ai travaillé une fois dans un restaurant, six accidents du travail en un mois, pas un inspecteur, pas un médecin, rien… Et pourquoi ? Parce que c’était un restau à touriste qui proposait de débiter 160 couverts en une heure à six, entrée, plat, dessert pour les tours operators, pendant qu’on servait 80 à 100 couverts en terrasse. Nous avions un serveur comme ça qui a lui seul assurait 80 couverts. 80 personnes à servir et desservir en un temps record, son secret ? Le secret de tout le restaurant : l’alcoolisme. Alors les accidents s’enchainaient, et mieux, la direction encourageait cet alcoolisme. 10% des hommes gère leur stress au travail par l’alcool, les femmes préfèrent les psychotropes. Et puisque vous ne posez pas la question, le coût social de l’alcool en France est de… 120 milliards. Heureusement que c’est l’égal.

 

Le travail devient de plus en plus inhumain, les cadences de plus en plus infernales, et les investisseurs veulent du profit, toujours plus de profit. Alors on réduit les effectifs et on demande aux survivants d’assurer le boulot de quatre personnes. Méthode de management désormais valable dans le public comme dans le privé, comme le savent toutes les infirmières, aides-soignantes, tous les médecins, les flics, etc. Nos gouvernants ont cessé de gouverner pour devenir les super dirigeants de l’entreprise France. Et comme l’employé du mois n’a pas encore détruit le code du travail afin de facilité les licenciements et de rendre la mise en servage plus pratique, les tribunaux croulent sous les dossiers. Bah oui, c’est pas toujours simple de virer comme le souligne régulièrement le président de la République Pierre Gattaz. Faut inventer des raisons, harceler l’employé, l’accuser de vol, de ne pas travailler, etc… Heureusement, si en France nous avons un policier pour six cent habitants, nous pouvons nous enorgueillir d’avoir un inspecteur du travail pour… dix milles salariés. Tenez, vous savez combien ils sont pour s’occuper de l’ensemble du secteur de la Défense, un des pôles économique de notre pays, où sont installés des dizaines d’entreprises souvent colossales ? Pour s’occuper des milliers d’affaires de litige, en plus de surveiller les chantiers et le désamiantage ? Cinq.

 

Et là j’entends déjà mugir le réac devant sa télé. En France on fout plus rien, on a trop de vacance, on fait tout le temps grève, on a plus le goût du travail, et comme disait Arnaud Mondebourg qui s’y connait vu qu’il n’a jamais rien ramé de sa vie à part serrer des pinces, il faut remettre la France au travail !… immédiatement suivi du fameux travailler plus pour gagner plus, parce que les semaines de 50 heures ça avait quand même son charme (ce que fait un routier en moyenne, rassurez vous). Evidemment si on dit que la France est 3ème en termes de productivité horaire derrière la Norvège et les Etats-Unis ça fait tout de suite moins feignasse. Mais faut pas le dire trop fort, c’est aussi Pierre Gattaz qui décide de ce qu’on doit dire ou non aux 20 heures. En attendant, les pays européens dépensent entre 4 à 5% de leur PIB sur la seule question de la santé au travail.

 

Le travail formaté pour gagner plus.

Le secteur industriel en France s’effondre lentement mais sûrement, non pas à cause de la conjoncture mais grâce aux commis du patronat pour lequel vous votez et qui se sont empressé de le brader en se faisant une fortune au passage. En revanche un secteur qui se porte bien partout dans le  monde c’est le secteur du service. Rien que le seul e-commerce à généré globalement la somme fabuleuse de 1915 milliards en 2016. Mais qui dit gros chiffre d’affaire dit également grosse concurrence. Une concurrence globale et qui touche tous les secteurs. Alors on rationnalise, et on rachète. Les holdings rachètent des sociétés à la chaine, réorganise la production pour la rendre encore plus efficace avec encore moins de monde, exigeant d’un employé qui faisait 350 pièces en une heure de passer à 1500, le transformant littéralement en robot en attendant de le licencier pour le remplacer par une vraie machine. On reproduit des usines et des boites à l’identique, on réclame un service identique, et où que vous soyez dans le monde, Starbuck aura strictement le même décor. Proposera les mêmes produits, servit avec le même sourire et les mêmes mots dit dans une autre langue à l’autre bout de la terre, ça s’appel une charte. On met le personnel sous pression permanente et surtout on veille à n’engager que des employés dociles, en état de fragilité sociale qui vous remercieront à genou d’avoir un CDI, vendront leur âme pour le conserver, et peu importe si le salaire leur laisse à peine de quoi vivre, ils ont l’impression que c’est à vie parce qu’il y a écrit « à durée indéterminé ». L’emploi à vie ça fait rêver, surtout dans un pays où il n’y a officiellement que 3 millions de chômeurs, et officieusement le double et où un chômeur sur quatre ne touche pas d’indemnité. Heureusement tout va changer puisque le CDI est en train de mourir de sa belle mort. On veut de la compétitivité, de la flexibilité. Et pour faire passer la pilule on a demandé au personnel pour lequel vous votez d’inventer un mot qui n’a aucun sens : la flexisécurité. En gros on vous propose de vous la mettre profond mais avec le sourire. Car le sourire c’est important.

 

Les sociétés de services et quelques autres font appel à d’autres sociétés de service pour connaitre la satisfaction de leurs clients. Elles font appel à des instituts, généralement délocalisé au Maghreb ou en Espagne parce que 8,50 euros de l’heure c’est encore trop payé. Ces instituts ont ce qu’on appel des call center. Tous les call center se ressemblent, qu’il s’agisse de votre abonnement Orange, de savoir si vous êtes très satisfait, plutôt satisfait ou pas du tout satisfait de telle marque, ou pour vous écouter gueuler parce que EDF a encore fait une connerie. Ces call center sont l’essence même de la nouvelle organisation scientifique du travail, et je peux en parler, j’ai été « enquêteur »  téléphonique pendant trois ans. Vous répétez inlassablement ce que vous lisez à l’écran, même si ça n’a strictement aucun sens et même si la personne fini par répondre par automatisme. Si vous tombez sur un bavard, généralement une personne âgée, vous tâchez d’écourter, et si on vous insulte, ce qui est fréquent, vous devez répondre aimablement. Des individus qui sont payés un euro de plus que vous, surveillent ce que vous dites, ce que vous faites et selon si la personne est dans le même lieux géographique que vous, elle vous engueulera directement dans le casque ou devant tout le monde, si possible en vous ramenant plus bas que terre. On les a choisi pour ça, comme vous avez été choisi en fonction de votre soumission. Chez Téléperformance, une des plus grosse boite de France dans le domaine, la méthode de management c’est la gueulante sept heures par jour. Dans un autre institut de sondage j’ai entendu un superviseur bramer « ne vous croyez pas plus intelligent que les questionnaires » traduire : lisez strictement ce que vous voyez à l’écran. Dans un autre encore, un superviseur de 20 ans m’a demandé de me tenir droit sur ma chaise pour répondre au téléphone, et ailleurs, on me surveillait par l’intermédiaire de mon micro même quand j’étais hors ligne…  Les sociétés font donc des centaines de ce genre de questionnaire par an, réparti sur un panel d’environs 1500 à 3000 personnes de 18 à 80 ans et de toute origine social et région. Si jamais les quotas par tranche d’âge ou profession ne sont pas remplit, ce qui arrive d’autant que par exemple les 18-25 ans détestent répondre à ce genre d’enquête, les responsables s’arrangent pour « ventiler » les chiffres, en français on dit bidouiller. On annonce généralement des temps d’enquête de dix minutes un quart d’heure, pour éviter de dire que ça va durer vingt minutes et plus si la personne vous raconte sa vie, ce qui est une constante. Toutes les questions se ressemblent, toutes les réponses également, et vous savez comme moi, si vous avez déjà répondu à une « enquête-qualité » qu’au bout de cinq minutes on décroche et on répond sans réfléchir en espérant terminer au plus vite le supplice. Et c’est à partir de ça que toutes ces marques vont choisir de mettre la pression sur leurs employés. Car elles en sont aussi persuadés que les politiques, les sondages, les statistiques, sont infaillibles. Et ce même si ça ne correspond à aucune réalité humaine, même si le « service qualité » du client-roi s’arrêtera en réalité aux dividendes, même si les critères déterminés par ces enquêtes sont humainement irréalisables. En culpabilisant un employé ou en le poussant au bord du suicide on peut faire de grandes choses.

 

La financiarisation du travail

Le monde du travail a changé notamment au courant des années 80 sous l’égide de Reagan et Thatcher, les charognards de la finance, et de fond de pension comme KKR et le milliardaire Henry Kraviz. L’objectif de ces fonds de pension est de racheter des boites, les optimiser et les revendre dans les quatre à cinq ans. Comme avec Adidas et notre mimile national, Tapie la gourmette. Pour se faire ces fonds de pension font des montages en LBO ou leverage buy out. En gros on met un peu de ses fonds propres et énormément d’emprunt dans un rapport de un pour cent. Six cent millions d’investissement propre et des milliards d’emprunt. Seulement il faut rembourser ces emprunts, et dans un temps record, et en plus il faut rendre l’entreprise encore plus bénéficiaire avant de la vendre, le tout en quatre à cinq ans. Et pour ça on pressurise au maximum les salariés et leurs patrons, sans une seule seconde tenir compte ni du capital humain ni même de la réalité concrète du terrain. Il faut faire de l’argent, énormément, très vite, et à tout prix, Henry Kraviz ne gagne après tout que 5400 dollars par secondes. On est plus dans le cadre du capitalisme à la papa où une entreprise mettait une décennie à acquérir une position leader sur le marché. On est dans le cadre d’un capitalisme financier qui n’hésitera sur aucun sacrifice, aucune destruction pour gagner encore plus d’argent que les montagnes d’argent qu’il gagne déjà. Et on appelle ça des « créateurs de richesse » et le président de la république Pierre Gattaz adore ça. La richesse. La création par contre ça coûte cher, raison pour laquelle tous les départements Recherche et Développement de l’industrie sont en très net recul, et pourquoi on préfère licencier en masse. D’ailleurs pourquoi s’emmerder ? Un monsieur comme Kraviz, avec ces rachats et ses reventes fait par an plus que Microsoft, Coca et Disney réuni ! Ne vous demandez pas pourquoi les ventes de Viagra explosent et la recherche contre le cancer stagne. Le cancer ça rapporte et le zizi aussi. C’est la seule chose qui compte : les bénéfices, toujours plus de bénéfices. Et si demain les trithérapies ne rapportent plus assez, le fond de pension balancera le labo aux orties et passera à autre chose sans le moindre scrupule. Mais je vous rassure, non seulement cette tendance va notamment s’accélérer avec les accords comme le CEITA mais le trading à haute fréquence la développe à la vitesse de la lumière. Des millions de titres échangés en une nano seconde de part le monde. La bourse de Paris ? Cette vieillerie ? Wall Street ? Cette antiquité ? Aujourd’hui les échanges se font à travers des serveurs informatiques, d’ailleurs la bourse de Paris se trouve désormais… dans la banlieue de Londres. D’autant que dans le courant des années soixante dix est apparu une nouvelle forme d’OST, après le taylorisme et le fordisme, vint le temps du toyotisme. Inspiré de ce qui se passait alors dans les usines Toyota, l’idée a été non plus d’organiser le travail dans une logique de haut vers le bas, par le poids de la hiérarchie mais de faire participer l’esclave à l’amélioration de son esclavage. Le rendre optimum en le faisant adhérer aux « valeurs » de l’entreprise, et ceci bien sûr en lui vendant l’idée qu’il participe lui-même à l’amélioration de ses conditions de travail. Un peu comme quand on vous dit que la France va financièrement mal et que vous trouviez logique, normal et nécessaire de perdre vos protections sociales au profit… du président de la république Pierre Gattaz. Et ainsi, dans une entreprise comme Fenwick, optimisée par le toyotisme et les exigences de la holding qui la possède (Kraviz, au hasard) les accidents du travail ont augmenté en 2009 de 25%. Heureusement l’employé de Pierre Gattaz va simplifier le code du travail pour le rendre encore moins contraignant pour les négriers. Et le sublime de tout ça c’est que si vous êtes le meilleur vendeur de la terre parce que vous avez des méthodes personnelles et pas du tout dans le manuel de l’entreprise, on vous enverra une bande de flagorneur qui soutirera tout votre mode de fonctionnement pour en faire un nouveau modèle de vente auquel tous les autres vendeurs seront soumis… jusqu’à ce qu’on vous licencie pour faute grave. C’est ça le toyotisme, produire plus avec moins d’effectifs et faire participer l’employé… à son futur licenciement. Un peu comme vous quand vous votez pour un commis de banque dont une des premières actions aura été de réduire les aides aux plus pauvres, le tout en vous vendant au choix la dette qui est très, très méchante où la compétitivité globale qui est très, très féroce…

 

Les réactionnaires adorent répéter que la valeur travail se perd. Qu’on méprise le travail. Ils n’ont pas tort, excepté que les réactionnaires ont la mémoire courte. A Rome, dans la Grèce antique le travail était réservé aux esclaves, puis plus tard aux serfs, et ensuite il y a eu le taylorisme, le fordisme et le toyotisme. Aucune de ces organisations ne plaçaient ou ne placent l’employé au centre de l’entreprise, son travail, son excellence ne compte pas, c’est sa rentabilité qui prime. Et ce même mépris se traduit dans la financiarisation de l’entreprise. Pourquoi avoir des salariés quand on peut faire de l’argent en se débarrassant des travailleurs ? Pourquoi s’emmerder avec un esclave quand on peut utiliser un robot ? Et en attendant on se sert de la conjoncture et du chômage pour prendre tout le monde en otage. Le but final ? Faire disparaitre totalement le travail, nous mettre sous dépendances financières avec un revenu minimum de sortes que nous ne soyons plus que des machines à consommer ce que les robots nous fabriquerons, le tout en permettant à une poigné d’individu de gagner 5 smic par seconde. Un bien bel avenir nous attend.

 

 

 

 

 

 

 

Insurrection maintenant

La révolution française est un de nos mythes fondateurs. Si on en croit la légende, le peuple a pris le pouvoir contre les privilégiés, renversé un roi incompétent et installé une république sous la bannière des Droits de l’Homme et du Citoyen. Evidemment la réalité est un peu différente. Louis XV puis son successeur avaient tout deux tenté des réformes sur l’impôt de sorte de le rendre égal pour tous, se heurtant de front à l’opposition à la fois du clergé et de la noblesse. Noblesse qui ne représentait que 1% de la population et cumulait en effet privilège, charge spéciale, droits divers par un jeu combiné d’alliances, de flatteries de cours, et de positions auprès de la famille royale. Devant sa propre indécision et les divers tentatives de ses ministres à réformer l’impôt, Louis XVI fut obligé de faire appel au Tiers Etats, à savoir les bourgeois et les commerçants qui s’y étaient fait élire, bref le commun, et ce avec les conséquences qu’on connait, serment du jeu de paume, etc… En gros la révolution ne fut pas menée par le peuple mais par la bourgeoisie qui s’ingénia jusqu’à aujourd’hui à cumuler exactement les mêmes privilèges que leur prédécesseurs au pouvoir. Et bien entendu ce fut le cas de toutes les révolutions de part le monde. Menées par des gens ayant eu accès à l’éducation, soustrait à l’obligation de travailler comme un forcené pour vivre, ils avaient tout loisir de réfléchir à des réformes. Pour autant on ne peut pas soustraire l’importance des masses ouvrières et/ou paysannes dans la conduite de ces réformes. De Danton à Rosa Luxembourg en passant par Marx, Proudhon ou de Tocqueville, pas de révolution de mouvement sociaux de réforme sans la mobilisation des principaux intéressés. C’est par la grève et la lutte sociale au sens premier et secondaire de lutte que les enfants sont sortis des usines et des mines, que les femmes ont pu disposer d’un salaire en propre, et la Bastille n’a pas été prise avec des mots fleuris et une pensée choisie mais avec du sang, de l’acier et des larmes.

 

Les privilèges n’ont pas été abolis mais renforcés

Pour autant est-ce que l’on peut dire que les privilèges ont été abolis quand 1% de la population mondiale possède 50% des richesses de ce même monde ? Quand dans cette France à l’origine de tous ces beaux principes, les familles les plus riches du pays ont augmenté leur capital de 25% sous la présidence d’un pseudo gouvernement de gauche ? Quand le pouvoir et ses ressorts sont cooptés par une même classe sociale, les mêmes élèves des mêmes grandes écoles ? Quand les médias, la culture sont aux mains de quelques happy few et autre capitaine d’industrie qui ont beau jeu de s’arranger avec la liberté de la presse en y ajoutant l’obligation d’augmenter les dividendes d’actionnaires toujours plus gourmands d’une année sur l’autre. Et dans ce jeu quelle latitude pourraient avoir quelques réformateurs, penseurs du siècle sur par exemple l’économie quand non seulement leur temps de parole et leur exposition sont soumis à l’obligation des marchés (merci Médiamétrie) mais que l’économie elle-même devient totalement hors de contrôle. Prendre la Bourse de Paris comme on prendrait la Bastille ne changera plus rien puisque le Palais Grognard est vide tout comme Wall Street. Aujourd’hui ce sont les algorithmes qui dirigent les échanges commerciaux et la Bourse de Paris se trouve dans une zone sécurisée de la banlieue de Londres, entièrement gérée par des machines. Les échanges commerciaux ne se calculent plus en jour ou en minute mais quelques microsecondes, c’est le système des transactions à haute fréquence, un système qui favorise ce que l’on appelle des darks pools ou des opérateurs du marché peuvent assurer des transactions hors des limites des réglementations et dans le plus parfait anonymat. Pratique autorisée par la Commission Européenne depuis 2007 et on comprend d’autant pourquoi qu’en 2012 les darks pools (qui ne représente qu’un sixième du marché) ont dégagé un volume d’échange de cent milliards d’euros… par mois. Alors il reste, en principe, le pouvoir, la volonté politique et de partout de réclamer des hommes forts comme par exemple un Poutine, mafieux d’entre les mafieux qui en s’appuyant sur un réseau bien entretenue a mis en coupe réglée son pays, faisant de Gazprom à la fois sa machine financière et géopolitique, plaçant ses amis aux postes clefs de l’industrie et des médias et éliminant physiquement tout ceux s’opposant à sa volonté. Un de ses intimes, notre Depardieu national, le dit sans calcul Poutine est un ancien voyou, il en a gardé toutes les « qualités ». Et bien entendu en France nous avons notre propre modèle en la personne de la très rouée Marine Lepen. Issue d’une des plus riches familles du monde politique, élevée dans le meilleur milieu, ayant à peine travaillé de sa vie mais qui s’y entend, comme l’ensemble de la classe politique à laquelle elle appartient pleinement et moulée dans le même moule, pour nous expliquer la réalité du quotidien des français, tout en étant financée et inféodée aux fameux Poutine. Une réalité qu’elle ignore aussi parfaitement que ses bailleurs à venir, de Bolloré à Lagardère et autre membre du CAC40. Pierre Gattaz ne déclarait-il pas récemment, je cite « Je reste persuadé que des milliers de salariés sont prêts à se sacrifier pour sauver leurs entreprises d’une délocalisation brutale. Les clichés du passé comme « tout travail mérite salaire » c’est dépassé, c’est ringard en temps de crise », le même Gattaz dont le salaire brut est de 37500 euro par mois. Il suffit de voir avec quel morgue et quel mépris Bolloré traite l’accusation qui lui est faite d’employer des enfants dans ses exploitations agricoles au Cameroun pour réaliser à quel point cette nouvelle aristocratie vit dans une bulle hors de notre monde. Pour avoir moi-même été élevé dans un milieu privilégié, j’ai pu largement le constater, une large part de la haute bourgeoisie française n’a pas la moindre idée des réalités de la majorité de la population. Elle vit en cercle fermé, respecte un même code vestimentaire, obéit aux même mœurs, est imperméable à toute idée nouvelle et n’envisage rien d’autre que la prorogation de privilèges qu’elle estime non seulement éternel mais comme un due. Pierre Gattaz, encore lui, ne déclarait-il pas que le cadeau de 40 milliards que lui a fait le gouvernement Hollande à travers le Pacte de Compétitivité était insuffisant, qu’il leur fallait cent milliards que c’était eux les créateurs de richesse, que c’était leur argent qui faisait avancer les choses ? Fi donc des employés, ouvriers, et paysans qui travaillent pour eux et sans qui rien ne serait produit et peu importe qu’en réalité ces fameux quarante milliards sont non seulement autant d’argent en moins pour les écoles et les hôpitaux, la sécurité, mais qu’ils vont remplir les poches des dirigeants du CAC40 sans qu’une seule seconde la casse sociale soit entravée.

 

La mort des idéologies, la fin du pouvoir politique.

La chute du Mur de Berlin et la fin des illusions concernant l’expérience communiste a révélé deux choses. Que les partis de gauche étaient en réalité entièrement inféodés à un système politique dictatorial, et que le fameux monde libre, celui du capitalisme, ne faisait bonne figure, comme l’affirmait l’extrême gauche, qu’en raison de l’existence de l’Union soviétique. Bref, chasser le naturel il revient au galop. Sitôt les années 90, le PS français aux mains de l’élite de la nation, se mettait à penser comme leurs nouveaux maitres du capital, et la droite ne proposait plus comme idéal politique non plus le gaullisme mais…. La consommation. Et en toute logique après le très corrompu Chirac d’élire un affairiste totalement obsédé par son égo et l’argent, puis un indécis sans la moindre autorité, servilement soumis aux exigences infinies du Medef. Medef dont la seule obsession depuis 30 ans est qu’on baisse les charges à savoir en réalité ce qui paye nos écoles, nos hôpitaux, notre armée, etc… et d’autant mieux qu’en réalité, parvenus aux années 2000 ces mêmes secteurs sont soumis à une privatisation massive. Pour autant peut-on dire que toute volonté politique a été retirée ? Prenons un exemple Nicole Bricq, ministre de l’environnement en 2012 a voulu réformer le code minier qui date des années 50 et ne répond absolument plus aux exigences environnementales actuelles. Et dans la foulée de vouloir réviser les droits d’exploitation d’entreprise comme Total ou Areva. Résultat des courses, investie le 16 mai 2012 elle était débarquée à la demande express des compagnies le 21 juin. Un autre exemple la lutte contre les paradis fiscaux et l’harmonisation fiscale. Tout le monde le sait, la fuite des capitaux vers les paradis fiscaux représente en France un trou de 50 à 80 milliards dans les caisses de l’état. Donc en toute logique nos hommes politiques de s’agiter pour que cela change, et Sarkozy de pérorer comme à son habitude dès 2009 que le secret bancaire c’est terminé. Résultat en 2012 si les avoirs des particuliers en Suisse chutent de 25% à 11% celui des sociétés écrans grimpent à plus de 60%. Sous la pression des mêmes politiques l’OCDE établi deux listes de paradis fiscaux, une noire pour les vilains méchants et une grise pour ceux qui font preuve d’une vague transparence. Pour en sortir, c’est très simple il suffit de signer au moins douze conventions fiscales avec d’autre pays. Du coup Monaco signe les fameuses conventions dont sept… avec d’autres paradis fiscaux et idem pour la Belgique qui sont ainsi désormais sur la liste blanche. La volonté politique est constamment battue en brèche par les forces du capital dont le seul et unique but est l’augmentation perpétuelle d’une croissance voulue comme illimitée dans un monde pourtant limité. Et cela ne va pas aller en s’améliorant si l’on considère des accords transnationaux comme TAFTA qui proposent de remplacer lois et tribunaux, juridictions nationales par des arbitrages entre les états et les compagnies, entre des nations dépourvues de plus en plus de moyens financiers et au crochet des banques et des holdings surpuissantes. Et de la le groupe suédois Vatenfall de réclamer 4,7 milliards à l’Allemagne en raison de sa volonté de sortir à terme du nucléaire. Ce n’est même plus l’allégorie du pot de terre contre le pot de fer c’est le potier contre deux division de blindés. C’est l’histoire qui se répète, en dépit de certains efforts pour réformer la répartition des richesses et abolir les privilèges indues d’un cercle réduit, rien n’avance, pire on s’enfonce, jusqu’à la récente casse du code du travail qui ne propose rien d’autre que de reculer en matière de droit de 50 ans. Et la tâche est d’autant plus compliquée pour nos élus, quand ils ne sont pas là juste à titre d’épouvantail à moineau, comme notre actuel gouvernement, que ce n’est plus à une caste localisée qu’ils ont à faire mais mondialisée. Une caste qui si elle ne trouve pas son comptant dans tel pays ira s’exporter sans remord dans un autre où les règles en matière de travail sont nettement moins exigeantes. On comprend donc la fameuse loi El Khomri qui se propose finalement d’assurer le tiers monde à domicile, ou l’énième réforme de l’école qui n’entend plus assurer un enseignement à nos enfants mais du personnel exploitable pour les entreprises. Sans compter la récente loi sur la santé qui se propose de supprimer 2% des effectifs d’un secteur déjà au bord de la rupture. Bref ce n’est plus la volonté politique ni la pensée philosophique et idéologique qui bâtissent les nations aujourd’hui mais le business plan de holdings internationaux.

 

Corruption et dénis.

En France il est difficile de se dire que la solution viendra de nos créatures politiques. Anne Lauvergeon qui pendant dix ans a mené Areva à la banqueroute actuelle (7000 suppressions de postes prévues) pointée du doigt directement par la cour des comptes, soupçonnée de corruption dans le cas de rachats d’exploitation sud africaine et de délits d’initié a attendu trois ans pour être virée par Sarkozy, fut décorée de la légion d’honneur par Hollande et a retrouvé une place dans une officine d’état. L’absence d’indépendance réelle de la justice permet aux Balkany d’être impliqués dans six affaires de délit en col blanc tout en restant libre et en poste. Et en dépit de l’implication de la Société Générale dans l’affaire des Panama Papers et du mensonge éhonté de celle-ci, son directeur ne sera pas jugé pour parjure. Il existe au sein de notre république une aristocratie des grandes écoles qui s’y entend pour que strictement rien ne bouge. De là l’ONG Transparency International de classer la France 26ème pays le plus corrompu au monde…. Entre l’Arabie Saoudite et le Qatar… Et cette solution ne viendra d’autant pas de cette aristocratie qu’elle a comme credo le travail et la croissance. Le travail pour eux, la croissance pour leur compte bancaire. Or entre l’automatisation et la spéculation, le travail est devenue non seulement une figure de rhétorique mais pire encore un privilège que cette même aristocratie agite comme une menace pour mieux pressuriser les travailleurs, augmenter le capital des actionnaires et mettre en coupe réglée la population. Résultat quatre mois de mobilisation contre la loi El Khomri, des grèves à n’en plus finir et un million de personnes dans la rue récemment. D’autant plus que le travail a toujours été au cœur des préoccupations des organisations syndicales et leur fond de commerce quand bien même celui-ci tend à disparaitre complètement de certains secteurs, remplacé par l’automatisation et que la fameuse création de richesse si chère à Pierre Gattaz dépend en réalité pour l’essentiel de la capitalisation et de la spéculation. Une entreprise comme Facebook ne crée rien, sa force ne repose que sur la cumulation d’informations qu’elle vend aux compagnies au complet mépris des droits sur la vie privée (et avec notre plein accord, un comble) et c’est là-dessus qu’elle peut être cotée au Nasdaq et faire des bénéfices phénoménaux. Demain un incident prive les Etats Unis d’électricité pendant deux heures et c’est tout un pan de son économie qui boit la tasse et adieu le « créateur de richesse » Facebook. Sans compter que la question environnementale pose et posera de plus en plus de problème à mesure du temps, entre la raréfaction des énergies non renouvelables, la désertification, le réchauffement planétaire et la disparition croissante des espèces, population humaine exceptée qui atteindra bientôt les huit milliards. Là-dessus c’est surtout le secteur de l’armement qui risque de connaitre une croissance florissante (ce qui est déjà le cas).

 

Quelles solutions pour quel avenir ?

Dans ce cadre il devrait être entendu que la démocratie représentative française a vécue si elle n’a jamais existée. Moins de 4% des élus de ‘l’assemblée ont entre 25 et 40 ans alors que cette même tranche d’âge représente 19% de la population. Là où 32% des députés ont entre 60 et 70 ans alors que cela ne représente que 11% de la population. Sans parler du cumul des mandats qui devrait prendre fin en 2017 selon la loi…. Si celle-ci est réellement appliquée. Or on sait ce qu’il en est de l’application des lois en France et de la lenteur de la justice surtout quand il s’agit des élus. Quand au suffrage universel on voit également ce qu’il en est quand on mesure le taux croissant pour ne pas dire endémique d’abstention. Ou mieux quand on mesure les discours de campagne et leur réalité une fois l’élection terminée. Le gouvernement Hollande est un exemple criant de trahison idéologique et sociétal comme fut celui de son prédécesseur. Nos hommes et femmes politiques s’occupent plus de marketing et de cosmétique que de solutions pérennes, et plus leurs responsabilités sont grandes plus ils semblent baisser les bras, excepté quand il s’agit de faire passer des lois en faveur de leurs amis et bailleurs du CAC40. En Suisse ou en Islande la démocratie participative, par le biais du référendum et/ou du tirage au sort a au contraire démontré d’une certaine efficacité. A partir de 50.000 signatures et dans un délai imparti, les suisses peuvent demander un référendum et retoquer une loi. Ici nous avons le 49,3. Bien entendu cette forme de démocratie a ses limites. Il semble bien plus facile de mobiliser les trois cent mille islandais pour un tirage au sort, ou les 8 millions de Suisse dans le cadre d’un référendum que soixante millions de français. Surtout quand le sentiment national, la fierté d’appartenir à une nation est si pauvre et presque honteux dans notre pays qu’on en vient à douter de tout et surtout de nous même. Et ce n’est pas la xénophobie pathologique d’un FN soumis au pouvoir des marchés (voir leurs votes à la Commission Européenne) et à la volonté de Poutine qui y changera quoique ce soit. On ne bâti pas l’amour de soi sur la haine de l’autre. Pour autant les quatre mois de mobilisation récente contre la casse du code du travail ou celle qu’avait motivée le mariage pour tous démontre que quand il s’agit de se défendre d’une loi qu’ils trouvent injuste ou inopportune, les français s’y entendent. Le développement encore timide des coopératives bio et des circuits courts idoines démontrent également que d’autres solutions sont recherchées par les citoyens. Comme celui du photovoltaïque, la bonne santé du secteur informatique ou, dans le domaine médiatique, le développement et le succès des podcasts sur des sujets aussi divers que l’économie, la politique ou l’histoire, le succès d’une émission comme Cash Investigation, démontrent non seulement d’une réelle demande mais également une volonté de se proposer un autre avenir. Et les près de un million d’auto entrepreneurs actuellement en activité que cette volonté n’est pas qu’un mot. De par leur culture et leur histoire les français sont un peuple légaliste et régalien, pour autant cette même histoire a démontré à maintes reprises qu’en matière de légalisme et de reconnaissance d’une souveraineté ils savent parfaitement faire des entorses à leurs principes et n’hésitent pas à renverser leurs dirigeants si besoin est. Les français sont indociles, rebelles, les réformateurs divers et variés qui ont émaillés l’histoire même récente de la France le savent bien. Est-ce à dire qu’il faudrait une nouvelle révolution ? Peut-être mais pour autant les révolutions fabriquent bien souvent des bains de sang et engendrent maintes désillusions. Les révolutions ne brisent un système qu’au profit d’un autre. La noblesse contre les bourgeois. Et 1789 contre le Directoire et Napoléon. En revanche la concertation régionale, la constitution de comités citoyens choisissant de chercher des solutions locales avant d’être nationales et ce hors de la bipolarité gauche/droite qui ne signifie plus rien sauf pour les extrémistes. La désobéissance civile, le refus unilatéral de se rendre aux urnes, la communication des idées au profit de groupes travaillant autour de ces idées, les lanceurs d’alertes, la pratique du hors circuit des médias traditionnels peut faire bouger les lignes. Par exemple une grève ça peut être momentanément utile pour se faire entendre mais ça fini par lasser et ça coute aussi cher à ceux qui la font qu’à ceux qui la subissent. Au contraire décider de ne plus faire payer son électricité aux foyers les plus pauvres ou offrir la gratuité des transports pour tous a non seulement toutes les chances d’être pris comme une mesure populaire mais tape là où ça fait mal, le portefeuille des actionnaires. Manifester c’est bien quand on veut montrer combien on est contre ou pour telle ou telle chose, refuser totalement de se rendre aux urnes bien plus inquiétant pour ceux qui ont la prétention de gouverner ce pays et ses institutions. Bref il ne s’agit pas seulement de repenser notre pays mais les moyens d’en reprendre le contrôle. Car il y a urgence et notre fenêtre d’opportunité s’étale sur à peine quinze ans. Parce que n’en doutons pas une seconde dans quinze ans l’Europe sera un vaste marché dont la majorité des acteurs vivront dans des sphères interdites au commun avec des millions de travailleurs pauvres et précaires, des états totalement impuissants et ruinés mais avec des supermarchés plein à craquer et tout plein de guerres et de divertissements histoire d’alterner deux émotions la peur et le soulagement. La peur et le besoin compulsif de consommer. Alors certes l’esprit chagrin, propre également aux français, pourrait arguer que des moyens d’actions citoyens n’ont aucune chance de se produire en France et que quand bien même cela n’aurait aucun poids face à la mondialisation. Ces esprits là feraient mieux d’observer leur histoire. L’idée de révolution et de la constitution d’une république nous est venu des Etats-Unis, et en 1789 absolument toute l’Europe était sous un régime monarchique, à vrai dire le monde entier respirait empire, dynastie et pouvoir absolu, excepté en France justement et aux USA. Doit-on encore attendre que l’exemple nous vienne d’ailleurs pour que ça bouge ? Doit-on vraiment encore se demander si on est de gauche ou de droite pour avancer ?  Est-ce encore le temps de laisser le destin de ce pays entre les mains de cette monarchie républicaine qui nous a offert sept mois d’état d’urgence et se propose aujourd’hui d’interdire les manifestations à Paris ? Faire l’autruche, dormir, n’a jamais été une solution, l’insurrection c’est maintenant… ou plus jamais.