Insurrection maintenant

La révolution française est un de nos mythes fondateurs. Si on en croit la légende, le peuple a pris le pouvoir contre les privilégiés, renversé un roi incompétent et installé une république sous la bannière des Droits de l’Homme et du Citoyen. Evidemment la réalité est un peu différente. Louis XV puis son successeur avaient tout deux tenté des réformes sur l’impôt de sorte de le rendre égal pour tous, se heurtant de front à l’opposition à la fois du clergé et de la noblesse. Noblesse qui ne représentait que 1% de la population et cumulait en effet privilège, charge spéciale, droits divers par un jeu combiné d’alliances, de flatteries de cours, et de positions auprès de la famille royale. Devant sa propre indécision et les divers tentatives de ses ministres à réformer l’impôt, Louis XVI fut obligé de faire appel au Tiers Etats, à savoir les bourgeois et les commerçants qui s’y étaient fait élire, bref le commun, et ce avec les conséquences qu’on connait, serment du jeu de paume, etc… En gros la révolution ne fut pas menée par le peuple mais par la bourgeoisie qui s’ingénia jusqu’à aujourd’hui à cumuler exactement les mêmes privilèges que leur prédécesseurs au pouvoir. Et bien entendu ce fut le cas de toutes les révolutions de part le monde. Menées par des gens ayant eu accès à l’éducation, soustrait à l’obligation de travailler comme un forcené pour vivre, ils avaient tout loisir de réfléchir à des réformes. Pour autant on ne peut pas soustraire l’importance des masses ouvrières et/ou paysannes dans la conduite de ces réformes. De Danton à Rosa Luxembourg en passant par Marx, Proudhon ou de Tocqueville, pas de révolution de mouvement sociaux de réforme sans la mobilisation des principaux intéressés. C’est par la grève et la lutte sociale au sens premier et secondaire de lutte que les enfants sont sortis des usines et des mines, que les femmes ont pu disposer d’un salaire en propre, et la Bastille n’a pas été prise avec des mots fleuris et une pensée choisie mais avec du sang, de l’acier et des larmes.

 

Les privilèges n’ont pas été abolis mais renforcés

Pour autant est-ce que l’on peut dire que les privilèges ont été abolis quand 1% de la population mondiale possède 50% des richesses de ce même monde ? Quand dans cette France à l’origine de tous ces beaux principes, les familles les plus riches du pays ont augmenté leur capital de 25% sous la présidence d’un pseudo gouvernement de gauche ? Quand le pouvoir et ses ressorts sont cooptés par une même classe sociale, les mêmes élèves des mêmes grandes écoles ? Quand les médias, la culture sont aux mains de quelques happy few et autre capitaine d’industrie qui ont beau jeu de s’arranger avec la liberté de la presse en y ajoutant l’obligation d’augmenter les dividendes d’actionnaires toujours plus gourmands d’une année sur l’autre. Et dans ce jeu quelle latitude pourraient avoir quelques réformateurs, penseurs du siècle sur par exemple l’économie quand non seulement leur temps de parole et leur exposition sont soumis à l’obligation des marchés (merci Médiamétrie) mais que l’économie elle-même devient totalement hors de contrôle. Prendre la Bourse de Paris comme on prendrait la Bastille ne changera plus rien puisque le Palais Grognard est vide tout comme Wall Street. Aujourd’hui ce sont les algorithmes qui dirigent les échanges commerciaux et la Bourse de Paris se trouve dans une zone sécurisée de la banlieue de Londres, entièrement gérée par des machines. Les échanges commerciaux ne se calculent plus en jour ou en minute mais quelques microsecondes, c’est le système des transactions à haute fréquence, un système qui favorise ce que l’on appelle des darks pools ou des opérateurs du marché peuvent assurer des transactions hors des limites des réglementations et dans le plus parfait anonymat. Pratique autorisée par la Commission Européenne depuis 2007 et on comprend d’autant pourquoi qu’en 2012 les darks pools (qui ne représente qu’un sixième du marché) ont dégagé un volume d’échange de cent milliards d’euros… par mois. Alors il reste, en principe, le pouvoir, la volonté politique et de partout de réclamer des hommes forts comme par exemple un Poutine, mafieux d’entre les mafieux qui en s’appuyant sur un réseau bien entretenue a mis en coupe réglée son pays, faisant de Gazprom à la fois sa machine financière et géopolitique, plaçant ses amis aux postes clefs de l’industrie et des médias et éliminant physiquement tout ceux s’opposant à sa volonté. Un de ses intimes, notre Depardieu national, le dit sans calcul Poutine est un ancien voyou, il en a gardé toutes les « qualités ». Et bien entendu en France nous avons notre propre modèle en la personne de la très rouée Marine Lepen. Issue d’une des plus riches familles du monde politique, élevée dans le meilleur milieu, ayant à peine travaillé de sa vie mais qui s’y entend, comme l’ensemble de la classe politique à laquelle elle appartient pleinement et moulée dans le même moule, pour nous expliquer la réalité du quotidien des français, tout en étant financée et inféodée aux fameux Poutine. Une réalité qu’elle ignore aussi parfaitement que ses bailleurs à venir, de Bolloré à Lagardère et autre membre du CAC40. Pierre Gattaz ne déclarait-il pas récemment, je cite « Je reste persuadé que des milliers de salariés sont prêts à se sacrifier pour sauver leurs entreprises d’une délocalisation brutale. Les clichés du passé comme « tout travail mérite salaire » c’est dépassé, c’est ringard en temps de crise », le même Gattaz dont le salaire brut est de 37500 euro par mois. Il suffit de voir avec quel morgue et quel mépris Bolloré traite l’accusation qui lui est faite d’employer des enfants dans ses exploitations agricoles au Cameroun pour réaliser à quel point cette nouvelle aristocratie vit dans une bulle hors de notre monde. Pour avoir moi-même été élevé dans un milieu privilégié, j’ai pu largement le constater, une large part de la haute bourgeoisie française n’a pas la moindre idée des réalités de la majorité de la population. Elle vit en cercle fermé, respecte un même code vestimentaire, obéit aux même mœurs, est imperméable à toute idée nouvelle et n’envisage rien d’autre que la prorogation de privilèges qu’elle estime non seulement éternel mais comme un due. Pierre Gattaz, encore lui, ne déclarait-il pas que le cadeau de 40 milliards que lui a fait le gouvernement Hollande à travers le Pacte de Compétitivité était insuffisant, qu’il leur fallait cent milliards que c’était eux les créateurs de richesse, que c’était leur argent qui faisait avancer les choses ? Fi donc des employés, ouvriers, et paysans qui travaillent pour eux et sans qui rien ne serait produit et peu importe qu’en réalité ces fameux quarante milliards sont non seulement autant d’argent en moins pour les écoles et les hôpitaux, la sécurité, mais qu’ils vont remplir les poches des dirigeants du CAC40 sans qu’une seule seconde la casse sociale soit entravée.

 

La mort des idéologies, la fin du pouvoir politique.

La chute du Mur de Berlin et la fin des illusions concernant l’expérience communiste a révélé deux choses. Que les partis de gauche étaient en réalité entièrement inféodés à un système politique dictatorial, et que le fameux monde libre, celui du capitalisme, ne faisait bonne figure, comme l’affirmait l’extrême gauche, qu’en raison de l’existence de l’Union soviétique. Bref, chasser le naturel il revient au galop. Sitôt les années 90, le PS français aux mains de l’élite de la nation, se mettait à penser comme leurs nouveaux maitres du capital, et la droite ne proposait plus comme idéal politique non plus le gaullisme mais…. La consommation. Et en toute logique après le très corrompu Chirac d’élire un affairiste totalement obsédé par son égo et l’argent, puis un indécis sans la moindre autorité, servilement soumis aux exigences infinies du Medef. Medef dont la seule obsession depuis 30 ans est qu’on baisse les charges à savoir en réalité ce qui paye nos écoles, nos hôpitaux, notre armée, etc… et d’autant mieux qu’en réalité, parvenus aux années 2000 ces mêmes secteurs sont soumis à une privatisation massive. Pour autant peut-on dire que toute volonté politique a été retirée ? Prenons un exemple Nicole Bricq, ministre de l’environnement en 2012 a voulu réformer le code minier qui date des années 50 et ne répond absolument plus aux exigences environnementales actuelles. Et dans la foulée de vouloir réviser les droits d’exploitation d’entreprise comme Total ou Areva. Résultat des courses, investie le 16 mai 2012 elle était débarquée à la demande express des compagnies le 21 juin. Un autre exemple la lutte contre les paradis fiscaux et l’harmonisation fiscale. Tout le monde le sait, la fuite des capitaux vers les paradis fiscaux représente en France un trou de 50 à 80 milliards dans les caisses de l’état. Donc en toute logique nos hommes politiques de s’agiter pour que cela change, et Sarkozy de pérorer comme à son habitude dès 2009 que le secret bancaire c’est terminé. Résultat en 2012 si les avoirs des particuliers en Suisse chutent de 25% à 11% celui des sociétés écrans grimpent à plus de 60%. Sous la pression des mêmes politiques l’OCDE établi deux listes de paradis fiscaux, une noire pour les vilains méchants et une grise pour ceux qui font preuve d’une vague transparence. Pour en sortir, c’est très simple il suffit de signer au moins douze conventions fiscales avec d’autre pays. Du coup Monaco signe les fameuses conventions dont sept… avec d’autres paradis fiscaux et idem pour la Belgique qui sont ainsi désormais sur la liste blanche. La volonté politique est constamment battue en brèche par les forces du capital dont le seul et unique but est l’augmentation perpétuelle d’une croissance voulue comme illimitée dans un monde pourtant limité. Et cela ne va pas aller en s’améliorant si l’on considère des accords transnationaux comme TAFTA qui proposent de remplacer lois et tribunaux, juridictions nationales par des arbitrages entre les états et les compagnies, entre des nations dépourvues de plus en plus de moyens financiers et au crochet des banques et des holdings surpuissantes. Et de la le groupe suédois Vatenfall de réclamer 4,7 milliards à l’Allemagne en raison de sa volonté de sortir à terme du nucléaire. Ce n’est même plus l’allégorie du pot de terre contre le pot de fer c’est le potier contre deux division de blindés. C’est l’histoire qui se répète, en dépit de certains efforts pour réformer la répartition des richesses et abolir les privilèges indues d’un cercle réduit, rien n’avance, pire on s’enfonce, jusqu’à la récente casse du code du travail qui ne propose rien d’autre que de reculer en matière de droit de 50 ans. Et la tâche est d’autant plus compliquée pour nos élus, quand ils ne sont pas là juste à titre d’épouvantail à moineau, comme notre actuel gouvernement, que ce n’est plus à une caste localisée qu’ils ont à faire mais mondialisée. Une caste qui si elle ne trouve pas son comptant dans tel pays ira s’exporter sans remord dans un autre où les règles en matière de travail sont nettement moins exigeantes. On comprend donc la fameuse loi El Khomri qui se propose finalement d’assurer le tiers monde à domicile, ou l’énième réforme de l’école qui n’entend plus assurer un enseignement à nos enfants mais du personnel exploitable pour les entreprises. Sans compter la récente loi sur la santé qui se propose de supprimer 2% des effectifs d’un secteur déjà au bord de la rupture. Bref ce n’est plus la volonté politique ni la pensée philosophique et idéologique qui bâtissent les nations aujourd’hui mais le business plan de holdings internationaux.

 

Corruption et dénis.

En France il est difficile de se dire que la solution viendra de nos créatures politiques. Anne Lauvergeon qui pendant dix ans a mené Areva à la banqueroute actuelle (7000 suppressions de postes prévues) pointée du doigt directement par la cour des comptes, soupçonnée de corruption dans le cas de rachats d’exploitation sud africaine et de délits d’initié a attendu trois ans pour être virée par Sarkozy, fut décorée de la légion d’honneur par Hollande et a retrouvé une place dans une officine d’état. L’absence d’indépendance réelle de la justice permet aux Balkany d’être impliqués dans six affaires de délit en col blanc tout en restant libre et en poste. Et en dépit de l’implication de la Société Générale dans l’affaire des Panama Papers et du mensonge éhonté de celle-ci, son directeur ne sera pas jugé pour parjure. Il existe au sein de notre république une aristocratie des grandes écoles qui s’y entend pour que strictement rien ne bouge. De là l’ONG Transparency International de classer la France 26ème pays le plus corrompu au monde…. Entre l’Arabie Saoudite et le Qatar… Et cette solution ne viendra d’autant pas de cette aristocratie qu’elle a comme credo le travail et la croissance. Le travail pour eux, la croissance pour leur compte bancaire. Or entre l’automatisation et la spéculation, le travail est devenue non seulement une figure de rhétorique mais pire encore un privilège que cette même aristocratie agite comme une menace pour mieux pressuriser les travailleurs, augmenter le capital des actionnaires et mettre en coupe réglée la population. Résultat quatre mois de mobilisation contre la loi El Khomri, des grèves à n’en plus finir et un million de personnes dans la rue récemment. D’autant plus que le travail a toujours été au cœur des préoccupations des organisations syndicales et leur fond de commerce quand bien même celui-ci tend à disparaitre complètement de certains secteurs, remplacé par l’automatisation et que la fameuse création de richesse si chère à Pierre Gattaz dépend en réalité pour l’essentiel de la capitalisation et de la spéculation. Une entreprise comme Facebook ne crée rien, sa force ne repose que sur la cumulation d’informations qu’elle vend aux compagnies au complet mépris des droits sur la vie privée (et avec notre plein accord, un comble) et c’est là-dessus qu’elle peut être cotée au Nasdaq et faire des bénéfices phénoménaux. Demain un incident prive les Etats Unis d’électricité pendant deux heures et c’est tout un pan de son économie qui boit la tasse et adieu le « créateur de richesse » Facebook. Sans compter que la question environnementale pose et posera de plus en plus de problème à mesure du temps, entre la raréfaction des énergies non renouvelables, la désertification, le réchauffement planétaire et la disparition croissante des espèces, population humaine exceptée qui atteindra bientôt les huit milliards. Là-dessus c’est surtout le secteur de l’armement qui risque de connaitre une croissance florissante (ce qui est déjà le cas).

 

Quelles solutions pour quel avenir ?

Dans ce cadre il devrait être entendu que la démocratie représentative française a vécue si elle n’a jamais existée. Moins de 4% des élus de ‘l’assemblée ont entre 25 et 40 ans alors que cette même tranche d’âge représente 19% de la population. Là où 32% des députés ont entre 60 et 70 ans alors que cela ne représente que 11% de la population. Sans parler du cumul des mandats qui devrait prendre fin en 2017 selon la loi…. Si celle-ci est réellement appliquée. Or on sait ce qu’il en est de l’application des lois en France et de la lenteur de la justice surtout quand il s’agit des élus. Quand au suffrage universel on voit également ce qu’il en est quand on mesure le taux croissant pour ne pas dire endémique d’abstention. Ou mieux quand on mesure les discours de campagne et leur réalité une fois l’élection terminée. Le gouvernement Hollande est un exemple criant de trahison idéologique et sociétal comme fut celui de son prédécesseur. Nos hommes et femmes politiques s’occupent plus de marketing et de cosmétique que de solutions pérennes, et plus leurs responsabilités sont grandes plus ils semblent baisser les bras, excepté quand il s’agit de faire passer des lois en faveur de leurs amis et bailleurs du CAC40. En Suisse ou en Islande la démocratie participative, par le biais du référendum et/ou du tirage au sort a au contraire démontré d’une certaine efficacité. A partir de 50.000 signatures et dans un délai imparti, les suisses peuvent demander un référendum et retoquer une loi. Ici nous avons le 49,3. Bien entendu cette forme de démocratie a ses limites. Il semble bien plus facile de mobiliser les trois cent mille islandais pour un tirage au sort, ou les 8 millions de Suisse dans le cadre d’un référendum que soixante millions de français. Surtout quand le sentiment national, la fierté d’appartenir à une nation est si pauvre et presque honteux dans notre pays qu’on en vient à douter de tout et surtout de nous même. Et ce n’est pas la xénophobie pathologique d’un FN soumis au pouvoir des marchés (voir leurs votes à la Commission Européenne) et à la volonté de Poutine qui y changera quoique ce soit. On ne bâti pas l’amour de soi sur la haine de l’autre. Pour autant les quatre mois de mobilisation récente contre la casse du code du travail ou celle qu’avait motivée le mariage pour tous démontre que quand il s’agit de se défendre d’une loi qu’ils trouvent injuste ou inopportune, les français s’y entendent. Le développement encore timide des coopératives bio et des circuits courts idoines démontrent également que d’autres solutions sont recherchées par les citoyens. Comme celui du photovoltaïque, la bonne santé du secteur informatique ou, dans le domaine médiatique, le développement et le succès des podcasts sur des sujets aussi divers que l’économie, la politique ou l’histoire, le succès d’une émission comme Cash Investigation, démontrent non seulement d’une réelle demande mais également une volonté de se proposer un autre avenir. Et les près de un million d’auto entrepreneurs actuellement en activité que cette volonté n’est pas qu’un mot. De par leur culture et leur histoire les français sont un peuple légaliste et régalien, pour autant cette même histoire a démontré à maintes reprises qu’en matière de légalisme et de reconnaissance d’une souveraineté ils savent parfaitement faire des entorses à leurs principes et n’hésitent pas à renverser leurs dirigeants si besoin est. Les français sont indociles, rebelles, les réformateurs divers et variés qui ont émaillés l’histoire même récente de la France le savent bien. Est-ce à dire qu’il faudrait une nouvelle révolution ? Peut-être mais pour autant les révolutions fabriquent bien souvent des bains de sang et engendrent maintes désillusions. Les révolutions ne brisent un système qu’au profit d’un autre. La noblesse contre les bourgeois. Et 1789 contre le Directoire et Napoléon. En revanche la concertation régionale, la constitution de comités citoyens choisissant de chercher des solutions locales avant d’être nationales et ce hors de la bipolarité gauche/droite qui ne signifie plus rien sauf pour les extrémistes. La désobéissance civile, le refus unilatéral de se rendre aux urnes, la communication des idées au profit de groupes travaillant autour de ces idées, les lanceurs d’alertes, la pratique du hors circuit des médias traditionnels peut faire bouger les lignes. Par exemple une grève ça peut être momentanément utile pour se faire entendre mais ça fini par lasser et ça coute aussi cher à ceux qui la font qu’à ceux qui la subissent. Au contraire décider de ne plus faire payer son électricité aux foyers les plus pauvres ou offrir la gratuité des transports pour tous a non seulement toutes les chances d’être pris comme une mesure populaire mais tape là où ça fait mal, le portefeuille des actionnaires. Manifester c’est bien quand on veut montrer combien on est contre ou pour telle ou telle chose, refuser totalement de se rendre aux urnes bien plus inquiétant pour ceux qui ont la prétention de gouverner ce pays et ses institutions. Bref il ne s’agit pas seulement de repenser notre pays mais les moyens d’en reprendre le contrôle. Car il y a urgence et notre fenêtre d’opportunité s’étale sur à peine quinze ans. Parce que n’en doutons pas une seconde dans quinze ans l’Europe sera un vaste marché dont la majorité des acteurs vivront dans des sphères interdites au commun avec des millions de travailleurs pauvres et précaires, des états totalement impuissants et ruinés mais avec des supermarchés plein à craquer et tout plein de guerres et de divertissements histoire d’alterner deux émotions la peur et le soulagement. La peur et le besoin compulsif de consommer. Alors certes l’esprit chagrin, propre également aux français, pourrait arguer que des moyens d’actions citoyens n’ont aucune chance de se produire en France et que quand bien même cela n’aurait aucun poids face à la mondialisation. Ces esprits là feraient mieux d’observer leur histoire. L’idée de révolution et de la constitution d’une république nous est venu des Etats-Unis, et en 1789 absolument toute l’Europe était sous un régime monarchique, à vrai dire le monde entier respirait empire, dynastie et pouvoir absolu, excepté en France justement et aux USA. Doit-on encore attendre que l’exemple nous vienne d’ailleurs pour que ça bouge ? Doit-on vraiment encore se demander si on est de gauche ou de droite pour avancer ?  Est-ce encore le temps de laisser le destin de ce pays entre les mains de cette monarchie républicaine qui nous a offert sept mois d’état d’urgence et se propose aujourd’hui d’interdire les manifestations à Paris ? Faire l’autruche, dormir, n’a jamais été une solution, l’insurrection c’est maintenant… ou plus jamais.

Crise, la Mafia fait la morale.

Nous sommes peut-être à la veille d’une catastrophe dont nous n’envisageons pas encore la portée. Une catastrophe dont on peut pourtant apercevoir les reliquats dans l’Italie du Sud, ou sur les côtes africaines. Une catastrophe écologique, politique, financière et judiciaire. Cette catastrophe porte un nom nébuleux, objet de tous les fantasmes, la mafia. Selon Jean-Francois Gayraud, auteur du Monde des Mafias (Odile Jacob), il existe environ 9 entités mafieuses dans le monde, à distinguer des organisations criminelles transnationales. S’il existe différents critères pour distinguer ces groupes (implantation territoriale, usage du secret et du rituel, antériorité historique, etc.), l’on reprendra un mot de Xavier Raufer, écrivain et criminologue qui les compare à des vins. Ainsi les premières seraient des Château Latour 47, les autres du beaujolais. Et pourtant…

Dans l’imaginaire du public, relayée par une presse peu intéressée à faire son travail, les mafias sont un superlatif cinématographique désignant des messieurs habillés comme des cochons et dispensant la violence et le crime partout où ils passent. Dans l’esprit des parlementaires européens et français, qui y ont consacré plusieurs rapports, il s’agit d’un danger bien réel, qui menace la société dans son ensemble et qui, à terme, pourrait bien nous emporter tous.

Mafia, le meilleur ami de dérégulation des marchés

En France, l’évasion fiscale, ce sont 51 milliards de pertes sèches, soit peu ou prou le montant du déficit de notre pays. Pour le public, l’évasion fiscale est une affaire presque normale. Selon l’opinion politique, il s’agit soit de pauvres riches harcelés par les impôts, soit de salauds de riches cherchant à s’en mettre plein les poches. L’un dans l’autre, quelque chose de compréhensible si l’on tient compte de la nature humaine. Les faits sont autrement plus graves. Qui dit évasion fiscale dit paradis fiscaux – des paradis recensés et même listés selon des critères normatifs. Or, comme tous les spécialistes du sujet s’accordent à le dire, les principaux réseaux d’évasion fiscale et de blanchiment d’argent se trouvent à New York et à Londres, à Wall Street et à la City. Les deux sujets, évasion et blanchiment ne sont pas isolés l’un de l’autre, bien au contraire, comme le démontre Philippe Jurgensen, président de la COLB lors de son audition auprès du Sénat le 10 avril 2012. En fait, ils sont même étroitement liés, tant la mafia est actuellement impliquée dans la société civile. Tous se retrouvent dans les paradis fiscaux, auxquels on ne s’intéresse réellement que depuis le 11 septembre 2001. Le terrorisme, plus que les mafias, est apparemment un sujet que l’on peut volontiers agiter pour faire bouger les lignes.

Les diverses enquêtes sur le 11 septembre ayant démontré l’usage des paradis fiscaux dans le financement des organisations terroristes, la sphère internationale s’est soudain sentit dans l’urgence de s’intéresser au sujet d’autant pressé par les scandales bancaires de 2008. Le G20 en avait fait une priorité. Et on se souvient tous des déclarations fanfaronnes d’un Nicolas Sarkozy, bramant que les paradis fiscaux c’était terminé. Or, comme en fait état Jurgensen, le financement du terrorisme par ce biais n’est en réalité qu’un épiphénomène très difficile à tracer puisque portant sur des sommes minimes et empruntant des circuits en complète zone grise. En revanche, les bénéfices estimés des mafias pour l’ensemble du monde représenteraient la somme astronomique de 600 à 700 milliards par an.

La banque Wachovia, un cas d’école

Stupéfiants, contrefaçons, trafics d’êtres humains, d’espèces rares ou de matière première, sans compter le trucage des marchés publics et la fraude aux subventions, les mafias n’acceptent ni les chèques, ni les cartes de crédit. Et rapidement, comme tous les trafiquants, d’Al Capone à Pablo Escobar, s’en rendent compte, ils se retrouvent avec des montagnes de billets qui viennent à poser de simples problèmes de stockage… Le phénomène n’est pas nouveau : le terme même de blanchiment vient d’une idée d’un des comptables d’Al Capone, qui décida d’acheter des blanchisseries afin de permettre à ce flot d’argent de circuler et de retrouver une nouvelle jeunesse et une figure légale. En 2006, la DEA épinglait la banque américaine Wachovia au sujet d’un cas massif de blanchiment pour le compte du cartel de Sinaola. Or, Wachovia était d’autant parfaitement au courant que des opérations de blanchiment étaient effectuées sur son compte qu’un de ses employés, Martin Woods, ancien membre de la brigade des stupéfiants anglaise délégué au service antiblanchiment de la banque, avait lancé nombre d’alertes. Non seulement il ne fut pas écouté, mais il fut ostracisé, puis opportunément renvoyé, au point où il fallut le hasard d’une réunion organisée par Scotland Yard pour qu’il en vienne à parler avec des représentants de la DEA. On sut plus tard que la banque Wachovia avait déjà été l’objet de 6000 assignations pour demande d’information portant sur des transactions douteuses au Mexique.

On découvrira finalement que le montant global blanchi par la banque s’élève à la somme phénoménale de 378 milliards de dollars. Depuis, la banque a été rachetée par le groupe Wells Fargo, et les responsables n’ont jamais été jugés. Mieux : la banque s’en est tirée avec une amende de 110 millions de dollars, une peccadille, réglée du reste par Wells Fargo. Wells Fargo qui par ailleurs finance des prisons privées… La raison évoquée pour cette absence de jugement se trouve sans doute dans la crise financière de 2008, et les scandales Leman Brother, et consor. Personne n’ayant envie de voir une nouvelle grande banque américaine couler. Rappelons toutefois que la Wachovia n’est pas un cas isolé, HSBC, la BCCI et la Bank of New York furent également épinglée pour le même type de scandale, impliquant le cartel de Medellin et Cosa Nostra USA, et gouvernement américain….

« Moraliser » la finance internationale

Les chantres du libéralisme, et plus particulièrement les partisans de la dérégulation financière, apôtres convaincus de l’idéologie méphitique d’une Thatcher et d’un Reagan, se dressent sitôt que l’expression « moraliser la finance » est employée. Probablement convaincus que l’argent est vécu par les jaloux comme un mal absolu, ils critiquent aussitôt le terme impropre de « morale », argumentant que les dépenses publiques sont en constante augmentation et que les gouvernements ne sont pas les mieux placés pour faire la morale.

Selon les spécialistes, les débuts de l’implication des mafias sur la place financière datent de la fin des années 1970 et du début des années 1980. Le phénomène explosa littéralement à la chute du Mur Berlin. Un rapport d’écoute de la police italienne raconte comment un ponte de la mafia italienne ordonnait à l’un de ses banquiers d’acheter absolument tout ce qu’il y avait à acheter à l’est de l’ancien rideau de fer. Ce qui explique sans doute aujourd’hui l’implantation massive de la mafia calabraise en Allemagne (à travers, entre autres, de simples pizzerias), mais également l’implication diverse et variée des mafias italiennes et russes dans l’ensemble des anciens pays de l’Est, dont la Transtrinie, la Macédoine, le Kosovo et l’Albanie sont aujourd’hui de tristes exemples. A ce fait, vient s’ajouter les accords de Schengen – une véritable aubaine pour les trafiquants – et la volonté d’élargir l’Europe à 27, sans tenir compte ni des finances, ni de l’état de corruption des nouveaux membres. L’état d’alerte est aujourd’hui engagé.

En France, depuis le rapport rendu par François Aubert, il s’agit d’un sujet de premier plan. Un sujet qui l’est également pour le Sénat et le Parlement Européen. Entre 2009 et 2011, pas moins de 17 rapports relatifs au blanchiment ont été rendus en France. Un travail relayé tant par l’OCDE, la TRACFIN ou la COBL ou des associations comme FLARE . Et qui dit blanchiment dit systématiquement mafia, crime organisée. Ainsi tandis qu’ailleurs on se dispute en terme d’idéologie et de « morale », ici une mise en alerte générale sur le flux des transactions financières et sur la nécessité de légiférer est faite par des parlementaires, à qui, cette fois on ne peut reprocher de ne pas faire leur travail. Un travail de fourmis. Comme le rapporte Jurgensen, non seulement la COLB n’a même pas les moyens de se payer un billet de train pour rencontrer ses homologues européens ou internationaux, mais la TRACFIN manque autant de personnel que de financement. Sans compter l’absence complète de coordination internationale sur ce sujet. Un travail de fourmis, contrecarré qui plus est par des Etats comme la Suisse – et plus particulièrement le canton de Zoug, qui refuse obstinément la moindre surveillance concernant le blanchiment. Un manque de moyens qui ne risque pas de s’améliorer, considérant la crise financière actuelle et les restrictions budgétaires réclamées par le corps de la finance internationale. Or, si au lendemain de la chute du Mur de Berlin et de l’effondrement de l’économie des pays frères, tout était à acheter à l’Est, que peut-on penser de l’équation actuelle qui veut que l’économie des pays du sud de l’Europe est en train de s’effondrer, tandis que l’euro vacille sérieusement ? Rappelons ce seul chiffre : 600 à 700 milliards de dollars par an, tous les ans, sans le moindre risque de crise.

Plomo o plata ?

Plomo o plata. C’était, parait-il, la devise de Pablo Escobar, le plomb ou l’argent. Hélas, la mafia ne propose en réalité jamais l’un ou l’autre, comme le dit Martin Woods : « C’est simple : si vous ne voyez pas le rapport entre le blanchiment de l’argent sale et les 40 000 per­sonnes tuées au Mexique, c’est que vous n’avez vraiment rien compris. » Qui a lu le magnifique livre de Roberto Salviano, Gommorra, ou s’est promené dans les rues de Naples ou certains quartiers de Trapani et de Palerme peut voir de ses yeux l’extrémité de cette dérégulation qui a permis de ravager le sud de l’Italie à coup d’ordures et de déchets toxiques, de marchés truqués et d’appels d’offres frelatés, de subventions européennes généreusement accordées à une agriculture fantôme en Sicile ou des usines de recyclage fictives en Roumanie. La mafia agit exactement de la même manière qu’un parasite. Un parasite qui a besoin de la société civile pour gagner de l’argent et doit donc la maintenir en vie. Or, pour se faire, elle ne connaît que deux méthodes : la corruption et l’intimidation. La violence étant son argument ultime, d’autant mieux que cette violence ne répond en réalité qu’à une seule loi, celle du profit. La question aujourd’hui n’est donc plus à l’idéologie. Se demander si tel ou tel système vaut mieux que l’autre. Le socialisme matérialiste a, de toute manière, démontré son impuissance économique et sociale. Et si le capitalisme s’est fait sur le dos de millions d’individus, incontestablement et paradoxalement, il a démontré sa capacité à enrichir les peuples et à développer les sociétés modernes. Alors, en attendant la société idéale, ouverte et coopérative, il nous revient de nous poser la question du capitalisme que nous voulons.

600 à 700 milliards de dollars par an, en temps de crise, avec un système et un marché en complète roue libre. Et une mafia dont le principe essentiel est que rien ne sera jamais gratuit : si elle vous rend service, vous êtes son obligé.

Ce que nous devons donc décider, et très vite, c’est la définition que nous voulons donner au libéralisme. S’agit-il d’une société libre de s’enrichir et responsable, adulte, comme la voulait un Diderot, ou s’agit-il d’entendre la liberté comme le laisser-faire et la responsabilité comme un objet à rejeter sur autrui. Parce qu’à terme, ce n’est pas les banques qui paieront les milliards injectés par la mafia dans l’économie, c’est la société tout entière. Bref, le seul enjeu de la moralisation de la finance, ce n’est pas le mal ou le bien, le plomb ou l’argent, c’est notre liberté.

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