Le monde d’après

Un panache de fumée s’élevait encore de l’Elysée à demi calcinée dans l’aube laiteuse et évanescente d’un Paris qui se réveillait avec la gueule de bois.  Le pavé arraché était jonché de cadavres, des impacts de balles sur les murs haussmanniens, des barricades déglinguées, des secouristes de rue occupés à soigner les blessés qui gémissaient en écho dans les rues de la capitale, le monde d’après. Macron et sa femme étaient en fuite, on cherchait toujours Edouard Philippe. Dans la cour de Matignon, une longue file de prisonniers attendaient d’être tondu, Jean-Michel Apathie, Yves Calvi, Patrick Cohen, Michel Cymes, Roselyne Bachelot, Pascal Praud, Eric Zemmour… Le gars derrière la tondeuse était un ancien coiffeur-tatoueur branché dark rock et bondage japonais, il s’éclatait à leur faire des coupes improbables. Dans un coin Sibeth N’Diaye pleurait en tripotant la fraise rose qui lui avait taillé et qui flottait sur son crâne comme une enseigne, les gardiens, des flics passés du côté des insurgés, rigolaient bien. Sarkozy, Buzyn, Veran et Hollande n’avaient pas eu ce privilège. Ils attendaient tous ensemble à l’exception de Sarkozy, entassés dans une des cellules insalubres de la Santé, gardés par des voyous des quartiers armés jusqu’aux dents. L’ancien président et sa chanteuse de femme patientaient tous les deux à Roissy sous bonne garde, un vol qui devait bientôt les expulser du pays avec quelques-uns de leurs amis. Dans un coin un écran télé relatait les évènements de la journée dans le monde. La guerre civile qui avait également éclaté à New York et à Washington D.C et fait plusieurs dizaine de milliers de morts qui venaient s’ajouter à ceux de la pandémie qui avait précédé les événements. Poursuivi dans les rues de la capitale par une horde de féministe à la tête de laquelle se trouvait Melinda, Trump avait fini par être lynché et pendu par les couilles à un réverbère avec la totalité du staff de Fox News. La même chose ou presque était arrivé aux sièges de CNEWS et BFMTV, ravagés par les flammes, le personnel des journalistes diversement poursuivis dans les rues et mis en pièce.

  • Tu vois Carlitta on s’en sort plutôt bien, glissa l’ancien président à sa femme alors que la caméra filmait Ruth El Krieff courant dans les rues poursuivie par une horde de Gilets Jaunes à la veste éclaboussée de sang séché.
  • Vous deux, par ici, ordonna un grand costaud en s’approchant, un Famas en bandoulière, une veste camouflage volée sur le dos. Il portait un masque FFP2 avec dessiné dessus un crâne et deux tibias. Le couple obéit aussi tôt. Ils tiraient deux grosses valises Gucci avec eux, on les chargea à bord d’un jet privé.
  • Bonjour Monsieur le Président, fit le steward avec un sourire avenant.

C’était la première fois qu’on lui donnait du président depuis qu’on l’avait tiré de son sommeil l’avant-veille, il ne put s’empêcher de sourire.

  • Oh bonjour, où nous conduisez-vous ?
  • Je suis désolé Monsieur le Président je ne peux pas vous le dire.
  • Oh allons, nous sommes entre nous et à qui voulez-vous que je le raconte ? Insista Sarkozy en prenant son ton enjôleur de montreur de foire.
  • On avance et on ferme sa gueule ! Beugla le grand costaud derrière eux.

Le couple obéit et pénétra à l’intérieur, aussi tôt accueilli par la voix mélodieuse et mondaine d’Arielle Dombasle.

  • Bonjour chers amis !
  • Arielle !? tu es là ? Et toi aussi Bernard-Henri mais c’est merveilleux !

Bernard-Henri Levy releva son front haut et grave de penseur concerné du livre qu’il tenait entre ses mains. Il avait les cheveux tondus en une triple crête bleu blanc rouge. Ils lui avaient fait ça juste avant de prendre la direction de l’aéroport. Carla failli éclater de rire.

  • Comme c’est drôle non !? Fit Arielle avec son sourire parfait de vieille Barbie.
  • Je ne vois vraiment pas ce qu’il y a de drôle ! S’emporta le philosophe de salon.
  • Oh allons prenez les choses du bon côté, nous raserons tout ça à Marrakech !
  • A Marrakech ? Nous allons à Marrakech ? S’enquit Sarkozy.
  • Et bien où pourraient-ils nous envoyer d’autres ?
  • Bin je ne sais pas, dans un coin moins sympa…
  • Allumons la télévision nous verrons ce qui se dit sur nous, proposa le philosophe tout à fait certain que son enlèvement et sa tonte avait fait la une des magazines en continue.

Sauf qu’il n’y avait plus de chaine en continue, il y avait un canal unique avec Cyrill Hanouna en slip léopard au milieu d’un bain de boue avec de chaque côté du bain, Sibeth N’Diaye et sa fraise et Marlène Schiappas à qui le savant et facétieux coiffeur avait taillé un petit gilet jaune fluo sur l’arrière du crâne en guise de chevelure. Tout le reste avait été coupé ras. Les deux femmes portaient des bikinis rouges qui faisaient rebondir leurs formes replètes. Autour du bac de boue se tenait une foule hurlante derrière des grillages, ça huait, ça rigolait, ça faisait des commentaires salaces, la foule quoi, bête, avinée, et accessoirement heureuse. On avait renversé cette république de pourri, on allait tout reconstruire, tout, mais en attendant les divertissements avec les commentaires d’Hanouna en fond sonore. Obligé de s’égosiller et de trouver ça marrant. Il avait l’habitude mais là c’était des amies qu’on humiliait ainsi que lui et ça n’avait plus le même goût que lorsqu’il recouvrait ses animateurs de chocolat ou en remplissait le slip de nouilles.

  • Allez mais petites poulettes soyez pas darka comme ça, c’est marrant non ?

Une giclée de boue vola vers son visage.

  • Et celle-là tu la trouves marrante !? Hurla Sibeth
  • Eh mais oh l’autre il a rien fait ! Protesta Marlène.
  • Oh toi ta gueule ! On n’en serait pas là si vous m’aviez tous écouté !
  • Quoi ? T’écouter toi !? Mais t’as jamais dit que des conneries ma pauvre fille ! T’es même pas foutu de mettre un masque ! Railla l’ancienne Secrétaire d’Etat.

S’en fut trop pour l’ex porte-parole. Même ses enfants s’étaient moqué d’elle après cette dernière sortie, ça et toute la toile, des millions de personnes qui aujourd’hui la regardaient avec sa coupe ridicule foncer dans Marlène Schiappas.

  • Aaaah enfin ! S’anima l’animateur avec un sourire forcé.
  • Dix dollars sur la grosse Schiappas.
  • Tenu

Dans un des salons dévastés de l’Elysée, le gouvernement provisoire regardait la télé. Il y avait Momo d’Aubervilliers, l’avocat Gilet Jaune François Boulot, Madame Lucette, montée de la Drôme avec son mari, le colonel de gendarmerie Michaud, Abdel et Kader, Boris, maitre-chien et son fidèle berger malinois Patrick, le penseur Frank Lepage, et surtout il y avait Machin. C’était Machin qui avait appelé à l’émeute généralisé, Machin qui sur les réseaux sociaux s’était attaqué au gouvernement, une punch line par minute reprise par tous les médias comme le bon sens populaire. Machin que personne n’avait jamais vu jusqu’à ce qu’il se laisse inviter par Jean-Jacques Bourdin dans son émission hebdomadaire. Bourdin en fut pour ses frais, à peine l’interview avait commencé que des intermittents du spectacle déboulaient sur le plateau et le prenaient en otage à la pointe de leurs fusils. Les armes avaient été fournies par un escadron de gendarmerie à demi décimé par le covid-19. Depuis la pandémie s’était ralentie, on n’avait pas encore trouvé de vaccin mais tout le monde était à la chloroquine. Machin avait voulu inviter Raoult, interviewé l’ex ministre de la Santé mais l’éminent professeur avait ronchonné qu’il n’avait pas de temps pour ces bêtises.

  • Ooooh ! S’exclama Machin alors que Shiappas venait de faire basculer N’Diaye dans la boue d’une savante prise de judo.
  • Dis donc elle assure la grosse.
  • Je t’avais dit elle a la niaque.

La grosse fraise plongea dans la boue et se releva comme un drapeau en berne gluante de boue rouge.

  • Je vais te niquer salope ! Hurla-t-elle avant de se jeter sur Schiappas qui la prit de plein fouet.

Les deux femmes roulèrent dans la gadoue sous les gueulantes joyeuses de la foule. Un sein s’échappa, un coup de poing parti, un autre, N’Diaye prit le dessus, mordant à pleine dent l’oreille de sa partenaire qui finalement la repoussa des deux pieds. N’Diaye cracha du sang et un bout de lobe. Les deux femmes étaient essoufflées, elles se jaugeaient attendant que la première tente quelque chose quand soudain deux tronçonneuses tombèrent au milieu de l’arène. . Un silence de mort enveloppa la foule, on passait aux choses sérieuse cette fois.

  • C’est quoi ces conneries ? Gronda Machin
  • C’est une idée des fonctionnaires qui travaillaient pour elles, expliqua l’avocat laconique.

Les moteurs des tronçonneuses étaient en train de démarrer quand Bernard-Henri ordonna qu’on coupe l’image.

  • Oh mais pourquoi !? Protesta Carla Bruni-Sarkozy. Ca commençait à devenir si drôle !
  • Si ce genre de spectacle vous amuse ma chère, je vous suggère les jeux du cirque ! Rétorqua Bernard-Henri Levy en retournant à sa lecture.
  • Oh allons BH même vous disiez que c’était deux parvenues, intervint Dombasle.
  • Ce n’est pas une raison pour accepter ce genre de chose !
  • Ah tient on décolle, fit remarquer Sarkozy.
  • Je me demande vraiment où ils nous emmènent, fit Carla en ouvrant distraitement une de ses valises pour sortir une splendide robe en mousseline verte de chez Dior. Tu crois que j’aurais encore l’occasion de la mettre ?
  • Ca m’étonnerait, grommela Sarkozy en se renfonçant dans son siège.
  • Allons Nicolas ne vous laissez pas aller aux mauvaises vibes, nous sommes en vie non !
  • Oui mais pour combien de temps !? glapit l’ancien président.

La triple crête du philosophe se redressa alors que le steward rentrait dans l’allée, poussant devant lui un chariot. Il y avait de tout, du champagne, du foie gras, du caviar, des œufs coqs tièdes saupoudrés de truffe.

  • Oh mais c’est fabuleux ! S’exclama Carla en se précipitant sur le champagne.
  • Attends !

Elle se retourna.

  • Bah quoi ?
  • Qui vous a demandé de nous servir ça ? Grogna Sarkozy.
  • Mais qu’est-ce qui te prends chéri ?
  • Machin monsieur le président.
  • Machin ? Et si c’était empoisonné ?
  • Oh allons Nicolas et ils nous feraient prendre l’avion exprès pour ça ?

L’argument se tenait mais Sarkozy se méfiait quand même.

  • Laisse le goûter d’abord ! Dit-il en désignant le steward du doigt.
  • Moi monsieur le Président ? Mais je n’ai pas le droit !
  • Alors nous n’y toucherons pas ! Menaça l’ex président

Le steward était ennuyé, il avait des ordres et ces ordres aussi curieux pouvaient-ils lui sembler c’était de leur servir cette collation.

  • Je vais voir avec mon chef de cabine

Quelques secondes plus tard il revenait avec une accorte jeune femme cintrée dans une tenue d’hôtesse qui minauda un sourire à faire grincer des dents les deux botoxées.

  • Un problème monsieur le Président ? Demanda-t-elle.

Sarkozy retrouva aussi tôt son ton d’enjôleur de foire, son épaule droite tressautant sous l’impeccable de l’alpaga.

  • Pourquoi on nous sert ça ?
  • C’est un cadeau d’adieu monsieur le Président. De la part de Machin en espérant, je cite, ne jamais revoir vos sales gueules.
  • Trop aimable, se crispa Sarkozy.
  • Tu vois chéri il espère ! Ca veut bien dire ce que ça veut dire !
  • Voulez-vous que nous trinquions tous ensemble ? Proposa la cheffe de cabine. Je serais tout à fait honoré d’être votre gouteur si vous le désirez.
  • Oh euh… mais non….
  • Allez, mais, si, bien sûr approuva Arielle Dombasle en s’approchant du chariot. Champagne for all and let’s be happy. Soyons joyeux ! Come on Nicolas…
  • Bon, bon….

La cheffe leur servit chacun une flute préalablement glacée, sortie d’un petit congélateur.

  • A quoi buvons nous ? Demanda la jeune femme.
  • Mais à la vie bien sûr ! S’écria Arielle, to life !

Ils trinquèrent à ça, à la vie, Carla se fendit même d’un petit lechaïm  avec BHL pour faire plus stylé. Et tant pis si elle n’était pas juive. A la vie donc. Après quoi ils dévalisèrent le chariot de ses victuailles sans remord.

  • Finalement il est plutôt sympa ce Machin, fit Arielle entre deux bouchées de caviar.
  • Sympa ? S’insurgea BHL Dois-je vous rappeler ce qu’ils ont fait subir à nos amis et à nous-même ?
  • Drahi, Bolloré, Niels, Lagardère, Dassault, Arnault, à Fresnes ! Rappela Sarkozy qui avait vu les images à la télé comme tout le monde.
  • Jacques et Jack lynchés ! S’insurgea BHL.
  • Alain Minc pareil !
  • Oui, oui, bon, bon, mais nous, nous sommes en vie non !?
  • Oh mais attendez, qu’est-ce que c’est que ça ? Demanda soudain Carla qui venait de découvrir un nouveau compartiment dans le chariot. Elle l’ouvrit et tomba sur une boite en argent. Mais qu’est-ce que c’est ?

La boite était pleine d’une poudre blanche et de pétards bien roulés

  • Vous ne croyez tout de même pas que c’est….
  • Bah voilà autre chose ! S’exclama Sarkozy.

Arielle Dombasle et son mari s’approchèrent l’œil brillant.

  • Et si c’était empoisonné ? Insista à nouveau Sarkozy.
  • Oh Nico tu nous embête avec tes histoires de poison, dit Carla en se mettant de la poudre blanche sur les gencives. Ouh c’est de la bonne !

Quelque part dans Paris Sibeth N’Diaye et Marlène Schiappas croisaient le fer, lame de tronçonneuse contre lame, des gerbes d’étincelles illuminant le bain de boue. Sibeth avait le dessous, le ventre entaillé. Quand Machin et le gouvernement provisoire tout entier entra.

  • Non mais ça va pas bande de connard ! Vous croyez qu’il y a pas assez eu de morts ! Arrêtez moi ça tout de suite !
  • C’est pas toi qui commande ! d’abord t’es même pas un vrai Gilet Jaune, protesta quelqu’un dans la foule.
  • J’en ai rien à branler de ton gilet jaune ! C’est pas avec des gilets qu’on va reconstruire ce pays c’est tous ensembles !
  • Tous ensembles ? Nous ont veut pas d’elles ! Qu’elles crèvent elles nous ont assez fait chier ! Protesta un autre, médecin urgentiste de son état.
  • Mais vous aviez piscine à la distribution de cerveau ou quoi ? Je veux pas d’elles non plus mais moi je veux pas les voir par petits bouts à quoi ça va nous servir !?
  • De toute façon pour ce qu’elles servaient avant remarque, fit Frank Lepage dans son coin.
  • Bin justement on n’a qu’à les mettre au turbin.
  • Oui mais quoi ?
  • On trouvera bien.

Dans l’avion l’ambiance s’était considérablement réchauffée depuis la découverte de la drogue. Carla avait sorti la guitare et chantonnait de sa voix aphone en partageant un joint avec Arielle, Nicolas et Bernard-Henri devisaient en s’essuyant le nez de la coke qu’ils venaient de priser avec ces dames.

  • Je dois reconnaitre que ce Machin est de la race des Rebatet et des Doriot, un dangereux réactionnaire mais il sait vivre.
  • J’avoue. Tu crois qu’Emmanuel va s’en sortir ?
  • Il est parti se réfugier en Allemagne comme De Gaulle en 68, chez son ami Cohn Bendit, il espère faire le même coup que le Général.
  • Retourner l’opinion en sa faveur et revenir ?
  • J’en ai peur.
  • Mais s’il revient il se fera lyncher !
  • J’en ai peur aussi mais tu sais comment est Brigitte une indécrottable optimiste, et puis ils sont parti avec une partie du staff des communicants qui conseillaient l’Elysée…
  • Les mêmes qui lui ont conseillé de poursuivre la réforme hospitalière après le déconfinement ?

La triple crête s’agita gravement.

  • Oui les mêmes…
  • Des génies…
  • Et c’est pourtant pas faute de lui parler mais il ne m’écoutait pas comme toi…
  • Et puis est arrivé Machin.
  • Balthus de Malepasse tu veux dire ?
  • C’est son vrai nom ?
  • D’après Médiapart oui, Plenel espérait que révéler ses origines nobles réduirait son influence mais venant d’un SDF forcément….
  • Un SDF avec une grande gueule qui a suffisamment fait de petits boulots et connu de galère pour pouvoir parler au nom de tous.
  • Un petit fasciste tu veux dire. Un petit fasciste qui ne tardera pas à dégager quand leur révolution dévorera ses enfants, toutes les révolutions le font.
  • Oui mais où serons-nous d’ici là ?
  • Ne t’inquiètes pas Nicolas, je connais très bien le roi du Maroc.
  • Mais moi aussi je connais très bien Mohamed VI mais qui te dis qu’on va au Maroc ?

Le philosophe montra le chariot.

  • Et bien ça ! Il nous envoie en exil c’est évident sinon nous serions à la Santé ou à Fresnes…. Surtout toi Nicolas si je puis me permettre.

L’épaule tressauta sous la veste en alpaga.

  • Qu’est-ce que ça veut dire ça, surtout moi ?
  • Bah quand même tu n’es pas blanc bleu tu as quelques affaires sur le dos…
  • Des racontars et des coups montés ! Se défendit l’ancien président.
  • Oh allons Nicolas, nous ne sommes plus devant les caméras !
  • Oui bon ça va pourquoi t’en n’as pas des affaires toi peut-être !? Et Botul ?

Le philosophe ne répondit rien, agitant ses trois crêtes comme s’il avait encore ses belles boucles de penseur.

  • Qu’est-ce qui se passe boys vous vous disputez ? Demanda Arielle alors que Carla, défoncée, accumulait les fausses notes.
  • Mais non, mais non, je rappelais juste à BH que nous avions tous les deux quelques casseroles aux fesses.
  • Oh la, la mais quel importance ! Tout ça ne compte plus maintenant ! Seule la postérité est juge Nicolas.
  • C’est pas de toi ça.
  • Non c’est de moi, confirma BHL.
  • La postérité tu parles ! Railla Carla qui en plus d’être défoncée était saoule. C’est des conneries de péteux de salon !
  • Carla ma chère vous devenez vulgaire, dit BHL avec hauteur.
  • Et alors ça te défrise le cul ? Tu t’es vu avec tes crêtes ? Elle où ta postérité là ? Celle de Bozo le clown ?
  • Carla ça suffit ! Intervint son mari.
  • Bah quoi, j’ai pas raison peut-être ?
  • Non et je ne te permets pas de te moquer de Bernard-Henri ce qui lui est arrivé est horrible !
  • Oh la, la une pauvre coupe de cheveux, ça repousse les cheveux !
  • Pas des implants à quatre mille euros le cheveu ! Explosa soudain le philosophe.
  • Quatre mille euros ! Mais vous êtes allé où ? S’exclama Carla en arrêtant de gratter sur sa guitare des mélodies sans queue ni tête.
  • Chez moi au Mexique, précisa Arielle.
  • Bin mon con !
  • J’y pense, dit BHL avec l’œil du soupçon pourquoi ça t’es pas arrivé à toi Nicolas ?
  • Arrivé quoi ?

Le philosophe par intérim montra sa coupe de punk à chien d’un geste mou et suffisant. Le visage de l’ex-président se décomposa.

  • Oh… euh eh bien je ne sais pas….
  • Mais si y sait ! Intervint Carla agacée, j’ai sucé.
  • Tu as quoi ? S’exclama Dombasle.
  • J’ai su…
  • Carla ça suffit ! Et maintenant arrête avec ce champagne.

Il attrapa la bouteille qu’elle buvait au goulot et la replaça dans le seau d’autorité.

  • Nico t’es pas grand mais question faux cul et chieur t’es un géant ! rétorqua-t-elle avant d’expliquer aux autres : J’ai sucé nos gardiens l’un après l’autre, huit bites !
  • Et ça lui évité le coiffeur !? S’exclama Dombasle.
  • Bah j’suce bien !
  • Si j’avais su….
  • Oh regardez la mer ! Fit soudain le philosophe en carton en regardant par le hublot.

Ils se précipitèrent tous les trois pour aller regarder.

  • C’est laquelle ? La Manche ou la Méditerranée vous croyez ? Demanda Sarkozy
  • Difficile à dire à cette distance, fit remarquer BHL.
  • Vous croyez qu’on peut voir des migrants se noyer d’ici ? gloussa Carla
  • Carla tu n’es pas drôle ! Tança son mari.
  • Oh la, la, et toi tu manques d’humour !
  • Il a raison, vos blagues sont de mauvais goût, jugea BHL. C’est un véritable drame humain vous savez.

Elle haussa les épaules.

  • Comment si tu en avais eu jamais quoi que ce soit à foutre.
  • Oh Carla, BH a toujours été très concerné par…. Commença par protester la femme du penseur.
  • Son petit nombril on sait.

Et sur ce elle s’accorda une nouvelle ligne.

  • Ah putain je pète la forme moi ! Vous voulez que je vous interprète quoi ? Demanda-t-elle en reprenant sa guitare.
  • Oh tu connais « Time are changing » de Bob Dylan ? Demanda Dombasle
  • Bien sûr !

Elle commença à jouer, chantant de sa voix aphone, bientôt reprise en chœur par sa consœur tandis que les deux hommes contemplaient les vagues qui défilaient sous les ailes de l’avion.

  • Tu crois qu’on sera bien accueilli où qu’on aille ?
  • Bien entendu, il n’y a pas de raison, je te rappelle que nous comptons encore dans le monde.
  • Tu crois ?

Sarkozy avait l’air d’en douter.

  • Bien sûr, assura avec confiance l’intellectuel au front haut. D’ailleurs je compte bien faire un appel dès que nous serons en territoire ami.
  • Un appel ?
  • Eh bien oui à la contre révolution ! A renverser ce Machin et ses acolytes, nous comptons encore de nombreux partisans là-bas tu sais.
  • Comme De Gaulle en Juin 40 ? Ironisa Sarkozy.

Mais l’ironie échappa complètement au philosophe.

  • C’est un bon exemple, accorda-t-il mais je préfère le J’accuse de Zola, car il est temps que nous dénoncions cette chienlit qui s’est emparé de la France.
  • Je te rappel que tu as déjà essayé, combien d’articles tu as écrit contre Machin et ses copains, quatre, six ?
  • Sept, reconnu piteusement le philosophe de salon mais cette fois ce sera différent, assura-t-il. Je connais mieux mon sujet et ce Machin sera beaucoup trop occupé dans les mois à venir pour me railler en publique.
  • Mouais, grommela l’ancien président pas convaincu.

Derrière le deux épouses massacraient allègrement la chanson de Bob Dylan, drogue aidant elles chantaient assez fort pour casser les oreilles à tout le monde, le philosophe arrêta de philosopher pour les apostropher.

  • Serait-il possible que vous mettiez en pause cinq minutes mesdames ?
  • Oh mais quel mauvais coucheur vous faites aujourd’hui, rétorqua sa femme avec un grand sourire froid.

Ce genre de sourire qu’elle lui faisait quand lui-même prenait trop de drogue dans l’intimité de son bureau, persuadé qu’il était que ça influençait son génie, ou quand il cherchait à la trousser sous l’influence de ces mêmes drogues. Mais cette fois il ne se laissa pas faire.

  • Ma chère de nous quatre je crois bien que je suis celui qui a le plus de raison d’être de mauvaise humeur, ne pensez-vous pas ?

Carla Bruni-Sarkozy leva les yeux au ciel.

  • Ca y est il recommence avec ses cheveux !
  • Carla….
  • Bah quoi c’est vrai il nous saoule à la fin !

Ce fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase, d’un coup BHL fut debout et se précipitait sur elle, lui arrachait sa guitare des mains et fracassait par terre avec une ardeur que sa femme ne lui avait pas connu souvent.

  • MAIS IL EST DINGUE CE CON ! LA GUITARE QUE M’A OFFERTE MICK ! Hurla Carla s’emparant de la bouteille de champagne pour frapper le philosophe.

Heureusement son mari se jeta sur elle juste à temps, la bouteille vola pour exploser entre les sièges, éclaboussant tout le monde de champagne.

  • LÂCHE-MOI CONNARD ! JE VAIS LE BUTER !
  • Carla calme toi !

Il lui avait enserré les bras, appuyant de toutes ses forces, elle se débattait la bave aux lèvres, les yeux hors de la tête. Le philosophe avait prudemment reculé vers la cabine de pilotage, sa femme dans l’autre sens vers les toilettes. Derrière la porte de la cabine le steward voulu aller voir, sa cheffe lui fit signe de ne pas bouger.

  • On a reçu des ordres, on n’intervient pas quoi qu’il arrive.
  • Même s’ils cassent tout ?
  • Même s’ils cassent tout.

BHL avait levé les poings, prêt à en découdre.

  • Lâches-là Nicolas cette putain ne me fait pas peur.
  • Eh oh tu parles meilleur de ma femme le punk à chien !

Il lâcha sa femme qui partit comme un dard empoignant les couilles du philosophe avant qu’il n’ait esquissé une droite, il hurla alors qu’elle les serrait de toutes ses forces quand Arielle Dombasle s’en mêla en poussant un rugissement de lionne.

  • SALOPE LACHE BERNARD !

Elle se jeta sur sa proie toute griffe dehors, les deux roulèrent par terre, se labourant mutuellement le botox, Sarkozy tenta d’arracher Dombasle de la mêlé, provoquant aussi tôt l’hydre de BHL qui lui tomba dessus à bras raccourci. La bagarre dura jusqu’à ce que les écrans s’allument d’eux même, montrant des images d’eux en train de se battre.

  • Mais c’est nous ! S’exclama soudain Carla, l’œil poché et le visage lacéré.

Soudain la face édenté de Machin apparu en surimpression, souriant, l’écharpe présidentiel autour de la tête comme un turban, la grande croix de la Légion d’Honneur au-dessus de l’œil tel un Jack Sparrow de prestige.

  • Salut les riens, les incapables, les séditieux, les haineux, ici le patron qui vous cause mais je vous rassure je ne serais pas le patron longtemps. Pas pour moi ces trucs là. On va quand même pas répéter les mêmes erreurs que ces cons n’est-ce pas. Ca fait déjà quatre siècles qu’ils nous enculent et quarante ans qu’on leur a donné les clefs du garde-manger. Ya basta comme on dit dans le sud. Les bourgeois vont trimer maintenant et à nous les dividendes. En attendant on traduira en justice ceux qui doivent l’être et pas question de peine de mort ou de découpage en rondelle, les conneries c’est terminé. Le Référendum d’Initiative Populaire sera mis en place dans les prochaines semaines pour vous permettre de voter pour vos représentants et vos lois et d’abolir une bonne fois pour toute cette foutue Vème République. Maintenant je m’adresse aux quatre tocards dans l’avion. Comme vous venez de le comprendre votre petite fête et tout le reste la France entière vient de la regarder. A ce propos merci pour les huit queues on a bien rigolé ici. Vous vous demandez sans doute pourquoi on vous relâche comme ça avec le buffet et tout, c’est une bonne question mais avant de vous dire pourquoi j’aimerais vous dire ce qu’on pense de vous, ce que JE pense de vous. Vous n’êtes pas important mais vous avez des ambitions de piranhas, vous nous avez volé, abusé, insulté et par-dessus le marché vous êtes responsables de centaine de morts et je ne parle pas que de la Libye bande d’enfoirés. Je pense notamment à mon pote Saïd condamné à une peine planché, quatre piges dont il s’est jamais remis, il s’est suicidé deux ans après sa sortie. Et c’est toi fils de pute de Sarkozy qui a mis en place ce système, toi qui nous a enculés sur le Traité de Lisbonne, hein Paul Bismuth, l’ami de Kadhafi…Et toi le philosophopouet de mes deux, bavard de salon, narcissique connard qui nous a chié sa pensée pendant des années, à poser en costard de ville en zone de guerre, Hemingway de pacotille, Malraux de ruelle mal famée, on va te ramener à ta vie de raté sous amphétamine. Ras de terre tu vas voir. La coupe c’était que le début. Quand à vous les radasses botoxées je vous parle même pas, je vous ignore, vous avez voulu être la reine du bal des salopes ? Vous allez être servit. Direction le turbin l’aphone et c’est pas huit bites cette fois, tu vas avoir les lèvres gercées ma poule, c’est moi qui te le dis. Bref il est grand temps que je vous annonce où on vous envoie en vacance. Désolé le punk à chien pour ton appel du 18 Juin ça va pas être possible… dans environs trente-cinq minutes vous serez au large des côtes libyenne où vous attend un comité d’accueil du cru.

Il sourit largement et avança la tête vers l’objectif :

  • Bon voyage…

Et l’image se coupa net.

Les trois aveugles marchaient à la queue leu leu. On leur avait arraché les globes oculaires, ils portaient des bandages sanglant sur les cavités de leurs yeux perdus. En tête se trouvait Christophe Castaner, le préfet Lallemand suivait, Nuñez terminait la marche. Ils passèrent devant un réverbère auquel était suspendu un cadavre. Les cheveux taillés avec science, en pompons comme les caniches, on aurait presque dit une Pompadour avec le visage violet, on l’avait pendu avec sa célèbre écharpe rouge. Castaner tenait une canne télescopique qu’il faisait aller et venir maladroitement devant lui, le manque d’habitude. Il heurta la porte du supermarché. Un grand noir avec un pull marqué sécurité en travers sa vaste poitrine s’approcha avec trois sacs de course. Il les fourra dans leurs mains.

  • Tenez c’est pour vous sac à merde maintenant caltez.  
  • Euh mais on vous… vous… doit combien ? Bégaya Didier Lallemand
  • Rien, en ce moment c’est gratuit pour les handicapés et les SDF, vous êtes les deux, alors…
  • Oh euh mer… merci… en… en… ce cas.
  • Dégagez !

Dans le supermarché une caissière bavardait avec sa voisine de rangée. Bavardait avec les clients, minaudait, en faisait des tonnes. Un tract électoral à la place du sourire. Soudain sa cheffe se pointa tout juste derrière elle, l’œil sévère sur l’écran de la caisse.

  • Madame Schiappas vous n’êtes pas là pour raconter votre vie. Veuillez cesser de jacasser je vous prie.

L’ex Secrétaire d’Etat fit le dos rond dans sa blouse rose.

  • Oui madame, oui.

Et ainsi alla la vie dans la nouvelle république française, comme promis Machin quitta le sommet de l’état pour aller vivre à la campagne, ceux qui devaient être jugé le furent et cette fois dûment enfermés, le Ministère de l’Economie, auto géré, fit la chasse au gros fraudeur et récupéra des milliards on finança avec les services publiques, l’agriculture, on nationalisa les entreprises du CAC 40, On quitta l’Europe et on s’organisa en communes, et bien entendu, puisqu’on était en France on s’engueula beaucoup, chacun y allant de sa revendication.. Y eu-t-il d’autres morts ? Certes, mais on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs n’est-ce pas. L’exemple français, son exception fut à nouveau cité à l’honneur, dans le nouvelle Amérique, à Hong Kong et Beyrouth, en Afrique et donna des ailes à d’autres peuples avec plus ou moins de succès. Le covid-19 avait abattu le projet néo libérale pour des décennies, la révolte des français fini de l’achever.

Psychiatrie, changement d’air

Il y a quatre ans de ça j’étais hospitalisé au Vinatier le plus grands asile d’aliéné de France, aujourd’hui tristement célèbre à cause d’un tueur d’enfant qui y a été bouclé. J’y avais été jeté pèle mêle avec des malades et des repris de justice, dans des conditions d’usage que je connaissais depuis que je suis tombé dans cette maladie il y a dix-huit ans aujourd’hui. Des conditions faites pour écraser et nier, heureusement depuis l’asile est devenu hôpital et on y assure de véritable soin et plus cette logique de l’isolement et de la sédation dont je parlais dans mon premier article à ce sujet. C’est une décompensation, qui m’y a fait retourner. Je ne vais pas m’étendre sur la raison qui m’y a mené mais disons que le schéma qui consiste à croire qu’une allocation adulte handicapé suffit à un adulte relativement isolé est dans mon cas dramatiquement fausse. C’est la théorie de la feignasse si cher à Macron et à ses prédateurs, à toute la classe politique qui à vrai dire en matière de cossardise et de privilèges de robe s’y entendent mieux que personne. En réalité je rêve de retrouver un travail, de me sortir de cette logique du malade à tout prix et qui doit le rester. Je ne suis pas malade, je suis un patient désormais stabilisé qui voudrait être autre chose qu’uniquement ça. Bref, j’ai décompensé et me voilà de retour dans ce qu’il ne faut plus appeler un asile mais un véritable hôpital. Terminé les locaux crasseux et anxiogènes, les zombies en mode bruit de pantoufle au son de « t’as pas une cigarette ? » Les malades toujours en crise mais jamais pris en compte, shootés comme des coureurs cyclistes à deux de tension. Aujourd’hui nous avons des locaux neufs qui ressemblent à un hôpital et pas en mode mouroir, et surtout un personnel et des psys attentifs aux besoins des malades. Sont également proscrits les ménages à deux par chambre, la longue file indienne devant le réfectoire pour la prise de médoc publique avec prise de tête éventuelle. Aujourd’hui les choses se font au calme en tête à tête dans l’intimité d’une chambre individuelle. C’est bien simple on se croirait dans le privé. Et pour cause, selon le syndicat FO, le principe de la loi Tournier est de peu à peu solder l’hôpital public au privé, comme on le fait déjà des barrages hydroélectriques, dans la plus grande passivité de ce pays fatigué et fatiguant.

Évidemment avec la logique propre à nos gouvernants de privilégiés et de cost killer cela a été fait au détriment autant des patients, pas suffisamment de lit, et du personnel soignant qui s’est vu privé de droits élémentaires pendant qu’on rénovait le machin. Privation sur lequel ils restent naturellement discrets mais les syndicats sont là et à fond, d’où une mobilisation le 7 mars de 28,51% du personnel soignant en grève. Aujourd’hui la place est à l’initiative et à une envie toute particulière non seulement de soigner mais également de s’améliorer d’année en année puisque nous sommes même invités en fin de séjour à noter nos soignants et le cadre général. C’est vrai que ce n’est pas tous les jours que vous pouvez dire à un soignant, et j’insiste sur le terme, qu’il vous a réveillé et qu’il soit plus embêté qu’autre chose comme je viens de le faire, à l’heure où j’écris ces lignes, à sept heures moins dix du matin. A une autre époque on m’aurait renvoyé dans mes quarts en m’expliquant que hein ho en gros je faisais chier. Maintenant j’ignore si cette donne est valable dans tous les hôpitaux psy et dans le cadre de se que rapportait François Ruffin, je ne pense pas que ça soit hélas le cas. Mais en ce qui me concerne je dois à nouveau renouveler ma surprise et mon « plaisir » à me savoir prit en main par une équipe qui cherche réellement le bien être bien difficile de malades en dérive. Du coup au lieu de passer un séjour triste à pleurer je peux exister sans me morfondre entre un assassin et un schizophrène paranoïaque  comme ce fut le cas lors de mon premier séjour.

Mais il y aurait et il y a encore tant à faire, et pour commencer sortir de cette logique toute française du diplômé qui sait mieux que l’infirmière ou que le patient. On pourrait presque les lister et les chiffrer tant cela ne coûterait presque rien ni en temps, ni en effectif ou argent. Par exemple l’achat de sac de frappe qui permettrait d’éviter certain passage à l’acte mais également de compenser. Les psys qui n’envisagent le monde en binaire imaginent que la violence ne se traite pas avec de la violence alors que la violence n’a rien à voir là-dedans. D’abord frapper dans un sac ça s’apprend, c’est une discipline, ensuite pour une personne qui a subi la violence physique et/ou moral c’est un excellent moyen de se réapproprier tant du point de vue physique que psychique, au même titre qu’un psy vous encourage à porter plainte même si vous avez subi un viol dans votre enfance. Les groupes de parole qui sont totalement absent et qui pourtant sont un bon moyen d’avancer dans la compréhension de son mal. Côté cuisine également vu que nombre de patient on fait de la restauration ou de l’hôtellerie, encadrés, les encourager à cuisiner pour le service ou les patients dans le cadre du goûté (car oui désormais on a droit à une collation l’après-midi et le soir une verveine) ou encore, comme l’hôpital de jour qui cultive son propre potager qui pourrait être consommé par les patients et faire faire des économies au lieu de nous fourguer des poires hors saisons et des tomates de conserve. Mais il y a sans doute encore mieux à faire comme par exemple ne pas mélanger des pathologies qui n’ont strictement rien à faire ensemble et considérer qu’un handicapé incontinent a sa place dans un service classique ou qu’un toxicomane ou un alcoolique doivent être mélangés avec des schizophrènes et des bipolaires. Ou encore ce phénomène qu’on rencontre chez tous les patients qui est la perte de la notion du temps et contre lequel rien n’est fait, au détriment de notre propre mémoire. La psychiatrie française a encore cette tendance à considérer la maladie mentale comme un fourre-tout où le traumatisme que représente objectivement une première ou une seconde hospitalisation ne représente rien dans le recouvrement d’une stabilité mentale. Alors qu’en tant que « routier » de ce genre de phénomène je peux largement témoigner que c’est exactement le contraire. Les premières hospitalisations sont totalement anxiogènes notamment si on passe par la contention ou la chambre d’isolement. A ce propos quel profit espère-t-on tirer d’un malade qu’on laisse deux mois en isolement sinon aggraver au final son cas ? Au fait pas plus que je ne comprendrais jamais pourquoi on sépare par une grille deux services du même secteur alors que par ailleurs on peut y alterner les patients ? Depuis les années 60 les malades psys sont systématiquement enfermés parce que la psy française a peur de ses « fous » et que cette peur régresse à la vitesse d’une tortue alors qu’une aide soignante témoignait voir des patients circuler en pyjama d’unité dans le marché de sa ville et qu’à dire vrai on peut sortir du Vinatier comme d’un moulin, n’en déplaise au préfet qui m’a récemment supprimé une permission. Et là je vais en venir à la petite senteur de paranoïa et de pétainisme que nous a laissé ce brave cinglé cocaïné de Nicolas Sarkozy, l’omnipotence des préfets (invention de Pétain, tout s’explique….) en France sur la psychiatrie.

Hôpital ou prison psychiatrique ?

Concrètement j’ai été arrêté en train de faire l’andouille dans les rues de ma ville avec un push dagger, un couteau, autour du cou. Je n’ai agressé personne à commencé par les flics qui sont passés chez moi plus tard, ont constaté ma collection de couteau sans rien ne voir à redire à ça, ma passion personnelle et sans danger sauf pour les imbéciles et les cinglés, ce que en aucune façon je ne suis, n’en déplaise. Pour ce fait j’ai été placé en ce qu’on appelait avant Hospitalisation d’Office et ce qu’on nomme aujourd’hui Soin Psychiatrique à la Demande d’un Représentant de l’Etat…. L’administration quoi, ce que l’on perd en simplicité on le gagne en stupidité, vu qu’à titre de « représentant de l’état » je n’ai croisé que des pandores ahuris qui ne m’ont pas posé de question. Donc en gros actuellement peu importe l’avis médical, peu importe l’équipe soignante, on considère sans m’avoir vu ou consulté que j’étais inapte à une permission. Concrètement cela revient à dire que je subis un délit de démocratie, ne suis plus à l’hôpital mais en prison. Et ça peut durer, croyez moi. J’ai déjà fait trois mois inutiles à cause d’un préfet, trois interminables mois dont je suis ressorti rincé et absolument pas plus soigné, alors que présentement je suis parfaitement stabilisé et que je ronge mon frein de sortir sans devenir le dingue que je n’ai jamais été. C’est le pouvoir absolu que le mis en examen Nicolas Sarkozy a donné en 2012 sur la base d’un fait divers sinistre au préfet déjà fort garni en terme d’omnipotence et de retraite somptuaire. Bref, la France… En attendant moi je pense à mes chats qui n’ont rien demandé à personne. Ils me manquent, je leur manque, la prochaine fois j’enverrais une toph à l’imbécile qui m’a sucré ma perm, faute de l’attendrir ça lui fera un souvenir.

La Formation de l’acteur ou le roi est nu

Cher Emmanuel

Pardonnez par avance cette figure de familiarité qui m’entraîne ici à vous appeler par votre prénom, cher candidat à nos destinées, mais c’est ainsi que l’on fait dans le milieu du théâtre ou du cinéma. Or il m’apparaît urgent de vous donner par le présent article quelques conseils au sujet du travail d’acteur. J’ai au cours de ma carrière dirigé des comédiens, mis des mots dans leur bouche et ce que je n’ai pas appris auprès d’eux, je l’ai appris en les observant au travers d’une quantité industrielle de film. Il se trouve également que je suis un bon directeur d’acteur, je pense donc être tout à fait, sinon largement plus compétent dans ce domaine que le touriste qui actuellement vous fait travailler votre jeu de scène. Car de deux choses l’une, soit c’est un charlatan, soit vous n’écoutez aucun de ses conseils. Il y aurait bien une autre hypothèse, mais je n’oserais jamais le croire de la part de la coqueluche des Français des instituts de sondage, celle qui voudrait que vous soyez tellement arrogant et plein de vous-même qu’en dépit du fait que c’est votre première élection, vous vous êtes aventuré sans filet dans cette galère. Aussi permettez moi de vous rappeler en préambule cette vérité en or : en politique, l’image est tout.

Comment dire ? Comment exprimer au plus juste mon ressenti quand j’ai vu pour la première fois cette vidéo dans le confort d’une soirée sereinement ennuyeuse ? Quand sous mes yeux incrédules, je vous ai vu asséner vos quatre terribles vérités à Donald Trump ? Je sais, ce n’est pas charitable, mais je dois le confesser Emmanuel, en à peine trente secondes, vous avez transformé mon ennui en complète hilarité. Après l’épisode du poulet qui braille voici celui du poulet qui gronde.

 

https://www.facebook.com/EmmanuelMacron/videos/1901064366792807/

 

Évacuons tout d’abord la question du fond et glissons sur cette figure de lieu commun chez nos hommes politiques de relier dans une même phrase Lafayette et le Débarquement pour souligner notre soumission nos liens indéfectibles avec l’Amérique. Le lieu commun est un élément essentiel du langage d’un candidat, on ne vous en tiendra pas plus rigueur qu’à vos concurrents mais néanmoins collègues. En revanche puis je vous faire remarquer que d’évoquer l’un et l’autre quand on se déclare comme le candidat du renouveau, n’est pas forcément des plus judicieux. Considérant que cet élément de langage, cette idée qui n’en est pas une pour résumer notre histoire avec les Etats-Unis, a déjà été employée environs 250.000 fois depuis De Gaulle au plus obscur élu de la plus obscure circonscription occupé à inaugurer un Mc Do. Ceci fait, j’ajouterais que de rattacher ce lieu commun à l’Europe et à sa construction n’est pas non plus des plus à propos quand par ailleurs celui à qui on s’adresse détricote implicitement ce lien atlantiste qu’il estime dépassé. On ne lutte pas contre une idée nouvelle avec de vieux principes, on s’adapte.

Abordons maintenant la question essentielle à la posture de candidat, celle-là seule que retiendra l’électeur à l’heure de l’urne, la forme, l’apparence, l’emballage du yaourt. Mais pour commencer, à titre de préambule permettez-moi de vous présenter celui sur lequel je vais en partie m’appuyer pour vous initier au délicat travail d’acteur. Je veux parler de Constantin Stanislavski, auteur de la Formation de l’Acteur d’où seront tirées mes citations. Constantin Sergueïvitch Stanislavski, 1863-1938, de son vrai nom Alexeïev, est un comédien, metteur en scène et professeur d’art dramatique russe inventeur du système éponyme et qui est au jeu et au métier d’acteur un incontournable. Afin de répondre aux exigences naturalistes d’auteurs comme Tchekov ou Gorki, il mit au point ce système de jeu proposant au comédien non pas de ramener le personnage à hauteur d’homme comme avec la Méthode de Lee Strasberg, mais au contraire de mener le comédien vers le personnage afin de ne pas en diluer la dimension poétique et épique, ceci en se reposant essentiellement sur la mémoire émotionnel et l’intériorité, notamment en inventant un passé à celui qu’on incarne. Ou, dans le cas qui nous occupe, celui que vous vous proposez d’incarner. Car il faut bien entendre votre actuelle campagne, comme toutes celles de vos camarades, présents, à venir et passé, comme rien de plus qu’un très long et couteux casting durant lequel vous devez convaincre votre public de votre capacité à incarner un rôle. Attendu bien sûr qu’il ne pourrait vous être tenu rigueur de vous engager sur des décisions prise par d’autre, puisque tout ce qui vous est réclamé à ce poste, c’est d’être crédible, pas, surtout pas, d’avoir des convictions et la volonté de les mettre en application. De la crédibilité donc, et pour être tout à fait franc ce n’est pas le premier mot qui vient à l’esprit quand on vous regarde dans cette vidéo.

De l’assurance et de l’importance du centre de gravité

Pour commencer, je rappellerais cette vérité énoncée par le grand homme : « Dans un rôle qui n’est pas encore solidement construit sur des sentiments, que chaque vide soit comblé par des clichés, voilà le danger. » Et cette autre réalité : « Il suffit d’une bonne entrée, d’un mot et le public est pris ». Or se tenir de côté, un coude posé sur le pupitre, puis s’essuyer au passage discrètement le nez pour chercher ses mots, indiquer deux directions différentes pour placer un continent imaginaire et situer géographiquement votre interlocuteur en parlant de notre océan, n’est pas et ne sera jamais une forme d’introduction. Au mieux, il s’agit ici de votre part d’une improvisation autour de la notion d’affirmation de soi. Or on ne s’affirme pas si physiquement, on ne s’ancre pas. Et on ne fait pas figure de cette affirmation si on ne croit pas soi-même à cette posture. « Ne vous permettez jamais de représenter extérieurement quoi que ce soit que vous n’avez pas éprouvé vous-même intérieurement et qui ne vous intéresse pas » conseille Stanislavski. Regardez donc les vidéos de discours de Nicolas Sarkozy par exemple, il tient son public. Ses yeux sont fixés sur un point imaginaire, un membre imaginaire du public faisant figure de tout, c’est lui qu’il séduit, lui à qui il s’adresse. Du public traité comme individu unique.

Vous-même ici déclarez vouloir vous adresser à un homme tout en roulant maladroitement les mécaniques pour vos fans. En fait, ce que vous évoquez réellement ce n’est non pas un homme s’adressant franchement à un autre homme, mais à un vantard dans un bar racontant à ses copains ce qu’il dirait s’il avait le gros dur face à lui. Or implicitement se tenir de côté, c’est traduire par le langage du corps un manque de certitude, et même une forme d’insécurité qui vous pousse à dérober votre ventre. Et on ne se dérobe pas implicitement quand explicitement, on prétend ne pas le faire. Pas plus qu’on ne pose jamais son coude sur un pupitre comme vous le faites. L’ahuri qui vous sert de conseiller en image vous a peut-être expliqué que ça donnait effet de connivence, d’être proche de votre public, foutez le dehors et à nouveau prenez modèle sur ce grand comédien incompris qu’est Monsieur Sarkozy. Voilà un homme de petite taille, sans véritable pouvoir ni autre conviction que sa seule ambition personnelle et qui a fait de la trahison un mode d’ascension, qui pourtant a réussi à faire croire à un pays tout entier qu’il était un géant rugissant à qui nul ne savait résister et qu’il lui suffisait d’apparaitre et de parler pour résoudre tout ou partie d’un problème. Or c’est là tout le secret d’un bon comédien, faire croire à l’impossible. Savez-vous par exemple que quand David Bowie a repris à la scène le rôle de John Merrick, Elephant Man, il l’a fait sans maquillage et ne quittant pas le plus souvent une baignoire, et ce, en se reposant sur la seule diction de son personnage et son texte. Bowie l’adepte de Brecht.

Pour vous aider à gagner en assurance et à en donner figure, il faut donc que vous cessiez de faire faire la girouette à votre corps, vous tenir de face, mieux, attrapez votre pupitre comme si vous attrapiez votre public par le col ou les épaules et faite comme si vous vouliez l’attirer physiquement à vous. Ensuite quand vous vous adressez à un Donald Trump imaginaire figurezle vous et inutile de nous indiquer la direction de « notre » océan ou du pays où il vit. Concrètement, Donald Trump ne vit pas aux Etats-Unis et il ne s’est jamais adressé au peuple américain. Il vit dans la télévision américaine et s’est adressé aux téléspectateurs. Il faut donc que vous fixiez la caméra comme s’il s’agissait du lieu où vivait l’intéressé et surtout que vous vous imaginiez l’avoir en face de vous.

Tout le secret d’une scène de dialogue, tout le secret même du métier du comédien tient, non pas dans de ce qui est dit ou montré, mais ce qui est suggéré. Ainsi dans un monologue comme par exemple la scène du balcon dans Cyrano de Bergerac, toute la valeur de la scène reposera autant sur la qualité d’interprétation du héros que sur la qualité d’écoute de son interlocuteur. Et si, comme par exemple, dans le cadre d’un hors champs, le comédien se verra le plus souvent en train de s’adresser à un point fixe dans le vide, tout son talent tiendra à la fois à la capacité d’écoute du metteur en scène, l’oreille faisant figure de réplique, mais surtout dans celle du comédien à se figurer son interlocuteur. Or, regardez donc Donald Trump. Physiquement, il évoque Shrek qui aurait croisé une lampe UV et un coiffeur pour animal de compagnie. C’est un ogre, un ogre d’un mètre quatre-vingts dix qui a fait de l’arrogance et de l’agressivité un mode de communication. Et ce n’est pas ici une critique, c’est seulement un constat d’image. Donald Trump c’est en somme le gros balaise qui à la Communale vous brimait avec ses copains, ricaneurs et agressifs. Et ne prétendez pas que ce genre de personne n’est jamais intervenu dans votre vie, car c’est exactement cette peur, cette inhibition, que traduit chez vous les maladresses de votre corps.

Or il existe plusieurs « trucs » pour donner figure d’assurance quand on en manque. D’une part, comme je le disais plus haut, s’ancrer physiquement qu’il s’agisse par le regard de fixer un point imaginaire et s’y figurer ce que l‘on veut ou de se tenir tranquille. D’autre part utiliser son ventre. C’est apparemment un de vos grands défauts, vous ne savez pas utiliser votre ventre et plus exactement votre plexus solaire. Par exemple quand l’autre fois, vous avez fait la risée du public en vous égosillant comme un poulet maladroit personne apparemment ne vous a dit que la voix, sa puissance, ne venait pas de la gorge ou du volume d’air de vos poumons, mais des muscles de votre diaphragme. Il faut que vous déplaciez votre centre de gravité vers le bas. Car la conviction ne s’exprime ni avec la bouche ni avec l’intellect, mais avec les tripes. Regardez par exemple Monsieur Trump, quand il se penche, il attire son pupitre vers lui et quand il se redresse, il parle avec le ventre en haranguant la foule comme un camelot de foire, et en levant un doigt sentencieux vers le ciel. Vous votre doigt, il fait quoi ? Il donne la direction de la coulisse comme si vous nous désignez votre directeur de campagne et que vous nous disiez, « c’est lui qui m’a dit de dire ça ».

Ensuite, l’usage du poing pour souligner chacun des éléments de langage que vous utilisez, comme « ambitieux » ou « amour de la liberté », c’est dans votre cas une déplorable idée. L’usage du poing sur la table peut fonctionner si c’est un Poutine qui l’utilise, car il peut notamment s’appuyer sur l’image de virilité qu’il a soigneusement cultivée dans les médias. Il est crédible dans l’exercice parce qu’on l’a vu sur un tatami ou torse nu sur un cheval tel un minotaure érotisé sorti des steppes sibériennes. Son poing sur la table accompagne son regard de tueur, c’est quasiment comme si on le sentait atterrir sur notre figure. Vous, c’est exactement l’inverse. Vous avez le poing d’un commis d’état habitué à serrer des mains et rien de plus. Vos phalanges n’ont jamais connu l’épreuve des coups, votre poignet est légèrement relâché, tout est mou. Donc surtout ne serrez jamais les poings, ils rappellent tout ce que vous n’êtes pas, un dur, et tout ce que vous êtes, un jeune homme sans expérience. Si vous voulez faire cet effet de soulignement, appuyez-vous sur le plat de votre main ou sur votre index. Non seulement cela vous permettra d’ancrer véritablement vos propos, mais surtout cela cachera l’un des reproches que l’on vous fait, à savoir que vous n’êtes qu’un banquier d’affaire, un gratte-papier aux paumes lisses et roses sans la moindre idée de nos réalités quotidiennes.

De la nécessité d’analyser la scène que l’on joue

Autre conseil que donne Stanislavski est celui-ci : « Demandez-vous quel est le nœud de la pièce, ce en quoi elle ne peut exister, puis passer en revue les points principaux sans rentrer dans les détails. ». Le nœud ici de la pièce qu’on vous demande de jouer est Donald Trump, mais également votre posture à son endroit, non pas en tant que candidat mais comme président.Et ici, nous allons approcher une première réalité de votre travail de comédien et que vous devez absolument garder en tête, vous ne devez pas, jamais, vous positionner comme candidat, mais comme si vous étiez déjà élu. Regardez par exemple cet homme que vous avez appris à mépriser et qui a si merveilleusement favorisé votre ascension, François Hollande. Voilà un individu dont la gouvernance laisse à penser qu’il n’a jamais été là, qu’il a présidé le Conseil des ministres en touriste. Pourtant quand il braillait que son ennemi, c’était la finance, ses électeurs y ont cru, et pourquoi ? Parce qu’avec son physique de notaire, il a réussi à faire avaler qu’il avait la dimension nécessaire pour lutter contre les requins de la finance ? Non pas. Et je suis certain que personne ne se l’est figuré à ce moment-là en train de remonter les bretelles de Bernard Arnaud comme à nouveau un Poutine quand il s’est mis en scène à jouer les durs à un conseil d’administration. Parce que son discours intervenait tout de suite après le mandat du bling-bling et du mauvais goût parvenu ? Sans doute, mais pas seulement. Car, comment séparer ce physique de rentier et cette carrière de figurant au sein de la gauche aux truffes du monde de l’argent ? Non, tout le secret de la posture est que bien qu’il ait parlé au futur, quand il s’affirmait « moi Président, je serais… » Il était déjà Président et non plus candidat. Dans son esprit, il incarnait, au sens prendre chair, le rôle. Vous, c’est exactement l’inverse. Vous faites figure de candidat et qui plus est, à cette façon de vous pencher sur votre pupitre comme si vous étiez à la buvette de l’assemblée, de candidat occupé à raconter une anecdote de bureau à ses copains.

Ensuite, venons en au nœud du drame, Donald Trump. Vous nous dites textuellement : « Et je veux dire ce soir à Monsieur Trump l’Américain qui depuis de l’autre côté de notre océan devrait avoir un peu plus d’humilité. » Comme il s’agit ici d’une ligne de dialogue, je vais donc faire appel à ma propre compétence d’auteur. Pour commencer supprimez les éléments superflus comme « je veux dire ce soir ». On sait que vous voulez le dire, on le sait et on entend même que votre public attend que vous le disiez, l’annoncer, c’est comme de prendre son élan, télégrapher son coup, sortir une arme et bavasser avant de s’en servir. C’est non seulement inutile, mais ça dénature la force de ce qui est censé suivre. Nicolas Sarkozy lui aurait dit quelque chose comme « Maintenant, parlons de ce cher Donald Trump » avec un sourire de connivence qui aurait immédiatement fait comprendre à son public que le tout petit allait mordre le grand balaise et que ça allait faire mal. De la supériorité de l’implicite sur l’explicite dans l’exercice du jeu d’acteur. Ensuite, vous faites une erreur de débutant en formulant ainsi : « Je veux dire à… ». Non monsieur, on ne s’adresse pas à une personne qui ignore votre existence, ne sait probablement même pas qui vous êtes et qui plus est ne donne pas spécialement l’impression d’écouter. S’adresser à lui, c’est lui donner une tangibilité, c’est se situer sur une même échelle, bref c’est ajouter de l’importance à une personne qui prend déjà une place faramineuse. Surtout si c’est pour ensuite tenter de le diminuer en le qualifiant d’Américain. J’entends bien qu’il s’agit à façon de vous mettre le public dans la poche, Trump l’Américain comme on dirait le crétin, mais ce n’est d’autant pas nécessaire que cette notion est déjà dans l’esprit de vos spectateurs, qu’il est américain et que c’est un con. Ajouter une évidence à une autre n’en fait pas une vérité ni n’ajoute de force à un discours, en fait cela en diminue la portée.

Ensuite proposer les termes de l’humilité à un homme qui a gagné des élections en ayant jamais eu la moindre responsabilité politique, en faisant scandale à coup de remarques grasses, de blagues vaseuses, de discrimination. Un homme qui plus est qui est devenu milliardaire en faisant de la vulgarité son credo et en accumulant un certain nombre d’échecs cuisant, ayant réussi à faire croire, lui le produit parfait du système, qu’il était un outsider, mieux, l’ami des petites gens, ne peut en aucun cas être humble. Je vous rappel ensuite que vous vous adressez à un homme de 70 ans et quand on a votre âge ce n’est pas faire soi-même démonstration d‘humilité, mais de suffisance, d’arrogance. Surtout quand en plus, vous ajoutez du possessif à océan et plus loin à terre ou à plage. Notre océan, nos terres comme si vous étiez roi d’un monde sur lequel le soleil ne se couche jamais. Or cette figure de style n’aide ni à réduire l’image de privilégié qui vous colle à la peau ni à diminuer cette prétention qu’on prête si souvent au Français, notamment les Américains, et dont vous vous faites ici le chantre. Car il faut bien être un Français pour oser affirmer que monsieur Trump nous doit son existence.

Ressentir, c’est faire ressentir

Cité par Stanislavski, le comédien Tommaso Salvini disait : « L’acteur vit, pleure et rit sur la scène, cependant qu’il observe ses propres larmes et ses sourires. C’est cette double fonction, cet équilibre entre la vie et le jeu, qui fait son art. ». Toute la base, la règle d’or même de la méthode de Stanislavski, repose sur la vérité intérieure, votre vérité intérieure, ce que vous vous ressentez réellement ou êtes capable de ressentir. La plus grande erreur que vous et vos concurrents faites, c’est de penser que le texte se suffit à lui-même, que la force des propos sans être soutenu par la force d‘une intention est amplement suffisante. Par exemple, quand vous dites « je sais les jeunes américains » vous n’évoquez pas un souvenir historique, vous évoquez un ressenti. Mieux, vous n’évoquez pas non plus une compréhension de ce ressenti, mais carrément un savoir. Vous savez les jeunes américains venus mourir ici comme si vous-mêmes, vous aviez été jeune, américain et qu’un jour, vous aviez pris d’autre risque que de vous lever de table sans demander la permission. Non monsieur vous ne savez pas les jeunes américains devant une rangée de mitrailleuses allemande le visage arrosé de la cervelle du gars d’à côté et prétendre à ce savoir, c’est non seulement insultant pour les survivants mais qui plus est parfaitement ridicule. Contentez-vous, donc, quitte à utiliser ce cliché éculé, de faire comme les centaines de candidats avant vous, de vous souvenir.

Enfin, on vous entend plusieurs fois reprendre votre souffle. Il y a à mon avis ici autant une tentative d’effet de style, comme si vous étiez submergé par l’émotion qu’une réelle difficulté à tenir la distance. Alors je ne vais pas revenir sur la nécessité d’aller chercher en soi un sentiment, j’ignore même si vous avez été capable un jour de la moindre passion tant vous semblez raisonnable comme un dimanche à l’église. Je vais plutôt vous donner deux trucs qui vous aideront d‘une part à placer votre respiration d’autre part à savoir si un texte sonne ou non. Le premier, c’est de prendre une longue tirade, si possible sur le ton de l’engagement et de la conviction, je vous conseillerais donc la tirade des « Non merci » dans Cyrano. Elle vous aidera à savoir ce que signifient l’affirmation de soi et l’indépendance frondeuse. Puis de la réciter tout en faisant des tours de piste. Courir tout en déclamant. Mais ne vous contentez pas d’un seul ton. Dites le sur celui de la confidence, puis comme si vous alliez raconter une blague, puis sur le mode de la colère. Laissez libre cours à votre imagination et essayez tout ce qui vous vient à l’esprit à force non seulement le texte rentrera tout seul, mais surtout vous saurez comment maîtriser votre respiration et, j’insiste, non pas avec le haut de vos poumons mais avec votre ventre. Le deuxième truc, c’est de répéter votre texte à voix haute et forte, si possible, devant la glace. D’une parce que vous vous connaissez, vous savez à quel moment vous êtes faux et à quel autre vous dévoilez vos failles. Ensuite parce que ce truc de faire sonner les mots à l’oreille, truc de Balzac que j’emploie moi-même quoi que sans les gueuler, vous permet instantanément de repérer les dissonances et les assonances malheureuses.

 

Voilà, il y aurait bien entendu plein d’autres choses à dire, notamment sur le fait de répéter « monsieur Trump » c’est non seulement lui prêter plus d’importance qu’il ne devrait en avoir dans votre discours, mais dans le cadre dénature totalement le départ de votre proposition et qui est de s’adresser à une personne en particulier. Scander son nom ne le fera pas venir ni ici ni autrement, ce n’est qu’un élément de relance. Vous expliquer également que vos mains comme le reste de votre corps doivent habiter le rôle et pas chasser les mouches. Vous avez des mains pour compter les billets faites en sorte qu’on ne le remarque pas plus que ça. Je pourrais donc développer, mais non seulement mes conseils sont gratuits et vous êtes de cette classe sociale qui estime que gratuit signifie méprisable, mais surtout, je ne sais même pas pourquoi les gens s’entêtent à aller aux urnes, question casting ça fait vingt ans qu’ils sont parfaitement nuls. Quant à croire que vous puissiez, vous et les autres, faire autre chose que du tourisme en milieu d’affaire, pardonnez, mais j’ai passé l’âge des fées et des licornes. Je vous laisse donc à cette réflexion autour de votre image, en vous souhaitant, cher Emmanuel, d’être plus assidu quant à son élaboration. En dépit du fait que monsieur Bolloré a fait savoir à travers un sondage CSA qu’il vous kiffait, soyons raisonnable il y a assez peu de chance que vous soyez élu, votre jeunesse s’affiche trop pour un pays de vieux, votre passif vous plombe à plus d’un titre. Et ni Monsieur Minc, ce piètre « économiste » pour les nuls ni Monsieur Attali, ce gourou pour les nuls aussi ne constituent un parrainage raisonnable. Mais qui sait, sur un malentendu… Hollande a bien été élu…