Apartheid français

Ce pays vit à deux vitesses, on le sait tous, et particulièrement depuis qu’un merdeux narcissique a volé démocratiquement le pouvoir au nom des gens de sa caste, respectant scrupuleusement l’esprit très XIXème du patronat français. Une justice à deux vitesses également. Une justice  des pauvres qui enferme à tour de bras (toutes les prisons françaises et les centres pour jeunes délinquants sont pleins à ras bord) dans un pays où on trouve légal et décent d’enfermer un gosse de treize ans. Et une justice des riches qui relaxe des délinquants jugés coupables, comme le sait si bien la très puissante et protégée Christine Lagarde. Au pays de l’abolition des privilèges ceux-ci ne se sont jamais si bien porté. Les français le savent, ils râlent, pleurnichent, en parlent… Ils sont très doués pour bavarder dans le vide et défiler sous des pancartes mais au fond ils s’en accommodent n’ayant visiblement jamais digéré d’avoir raccourci leur monarque. Ils sont en effet soumis au régime d’une constitution monarchique que s’était taillé sur mesure un homme qui se prenait pour Louis XIV, mais au moins il en avait la dimension puisqu’ils ont cessé d’avoir des chefs d’état à partir de Mitterrand. Pour les troquer par de médiocres affairistes plus préoccupés par leur enrichissement personnel et leur image dans la glace que par le destin de ce pays. Mais il faut reconnaitre que les français vivent dans une bulle.

Quand je dis les français, je parle des gens comme moi, bien que je ne le sois que sur papier. Des français blancs, nés dans une république qu’ils croient bienveillante, le plus souvent citadins, qui ne voient une vache que quand ils font l’effort de sortir de leurs murs et le plus souvent pour expliquer à l’autochtone que le coq ne doit pas chanter pendant leurs vacances. Ils vivent dans leurs villes séparés mentalement et physiquement d’une autre classe de citoyen, une sorte de sous prolétariat qui n’en n’est pas vraiment un mais qui est vécu et employé comme tel. Ces français-là, ce sous prolétariat fait la fortune de la police, le bonheur de la justice, et les réactionnaires leur doivent leur carrière. On pourrait en effet se demander où en serait Zemmour et De La Villiardière, le groupe Bouygues avec TF1, sans la jeunesse des quartiers. Sans compter tous les hommes politiques bien entendu qui ont prospéré sur « l’insécurité » en pointant d’abord du doigt les immigrés dans leur ensemble, la jeunesse des quartiers, puis les musulmans, le tout désormais assimilés à des terroristes potentiels ou avérés, le célèbre « ennemi de l’intérieur ».

Je me faisais cette réflexion ce soir en me promenant dans mon quartier. Samedi soir à Lyon, une ville étudiante, c’est deux jeunesses qui ne se croisent quasiment jamais qui s’amuse. Une en terrasse dans les étages, saoule, qui parle fort et sans prudence, probablement occupée à fumer le shit que leur ont vendu la jeunesse d’en bas, exclu de leur jeu, de leur confort, de leur avenir, de leur pays. Ceux-là, la « fête » ils la font tous les soirs ou presque, dans la rue, et toujours aux mêmes endroits. Ils vendent la matière première des fêtes des étages au-dessus, s’achètent kebab et pizza, boissons gazeuses et parfois du whisky ou de la vodka de marque. Ils adorent les marques, en porter et dépenser des fortunes pour un blouson ou un jean, ils font donc également le bonheur des milliardaires qui tiennent ce pays en coupe réglée. C’est à peu près leur quotidien. Discuter avec les potes, fumer, vendre, se saouler, jouer au foot et draguer. Ils vont faire ça également dans la journée éventuellement mais pas dans mon quartier. Dans mon quartier ils s’envisagent encore plus ou moins un avenir, ils ont parfois le bac, des parents mais pas tous, et vivent, ou du moins essayent de vivre légalement des seuls jobs que l’autre France ne leur proposera jamais, intérimaire, généralement pour la manutention, déchargement des quais, les préparations en magasin ou en entreprise. Rien d’autres. Bien entendu certain ont des casiers et tous, absolument tous sont à la merci constante de la police qui ne manque jamais de leur rappeler qu’ils ne sont pas des citoyens à part entière, la preuve ils n’ont pas la même couleur de peau. Pas de misérabilisme ici, c’est un fait, ces français-là n’ont aucun avenir. Pas plus qu’en n’ont les gamins des zones rurales qui font très exactement la même chose qu’eux, galérer pour trouver un petit boulot et se défoncer le soir, tous les soirs. Une jeunesse qui s’ennuie, et, dans le cas de mes citadins, dont la seule perspective d’emploi stable est d’aller à Marseille, se faire embaucher à la journée comme dealer dans un quartier. Voilà leur avenir, voilà comment la France les envisage, manutentionnaire-vendeur de shit et rien d’autre. Ils achètent un 25 à 80 euros. Se font cent, deux cent euros de bénéfices, ils ne sont que distributeur, le plus gros de l’argent va au grossiste et au semi grossiste. A Marseille on leur fixe des objectifs, mille euros de défonce, mille euros de bénéfice et tu touches cinq cent, mille deux, pour une journée ou deux de travail. Bien entendu c’est à risque. Le monde de la délinquance est un monde où tout le monde essaye de baiser son prochain. On se fait avoir sur la quantité et nous voilà en dette, on peut se retrouver au milieu d’une fusillade, à Marseille c’est sans limite. Et si je le sais c’est parce que je les ai écouté en parler de la même manière qu’ils parleraient d’aller se faire embaucher sur un chantier ou dans un supermarché.

C’est d’ailleurs l’extraordinaire paradoxe de ce pays fort d’une classe dirigeante corrompue, sa prohibition sur les drogues, mis en place depuis 47 ans, ne fonctionne pas et n’a jamais fonctionné. 47 ans d’une loi d’exception qui n’a strictement servi à rien de plus qu’à trouver un prétexte pour enfermer la jeunesse de ce pays et plus particulièrement la jeunesse du sous prolétariat des villes et des champs. Et de ce point de vue-là, la justice française est en pleine forme puisqu’on arrête et on enferme en masse aussi bien petit dealer que consommateur, les chiffres de la justice le démontrent.  Le plus cocasse là-dedans étant que naturellement non seulement la France est la plus grosse consommatrice d’anxiolytique d’Europe mais également de cannabis, la drogue qui rend fou. Je ne vais pas, à l’instar de la classe politique, revenir sur ce serpent de mer français, je sais parfaitement que de ce point de vue, il n’y a plus que la classe politique et la bourgeoisie qui tient ce pays pour s’intéresser à la question de la prohibition. On fait donc à la française, en douce, tout le monde, flic y comprit, et on laisse la mafia corso marseillaise s’enrichir avec l’aval des gouvernements qui se succèdent. Plus personne n’est dupe en réalité. On habille le débats moral avec l’argument sanitaire, on agite la menace d’une maladie mentale rare (oui la schizophrénie est une pathologie rare) et on permet au roi du Maroc et à d’autres de toucher leur dime sur l’or vert du Rif et de se la dorer à Marbella. On permet dans la foulée que des produits frelatés, du shit « Harry Potter » comme disent mes dealers en rigolant, de tomber entre les mains des gamins avec les risques sanitaires et psychiatriques afférant. Je rappelle tout de même qu’aujourd’hui le premier pétard c’est à partir de 12 ans…

Mais revenons à cette sous classe de la société française. Donc pas la jeunesse protégée et blanche des villes mais celle qui subit l’apartheid à la française. Celui qu’on ne nomme pas, pire sur lequel des petits ambitieux comme Valls ont essayé de se faire du beurre. Lui aussi a dénoncé l’apartheid qui sévit dans ce pays, il essayait de se faire bien voir, la France blanche, celle qui a aboli les privilèges de l’aristocratie pour se les arroger, la bourgeoise, s’est emporté. L’apartheid ça n’existe pas en France, tout le monde a ses chances. Excepté pour trouver un appartement, un travail, poursuivre des études dans des conditions descentes, pour ne pas se faire harceler par la police, mais c’est interdit de le dire. C’est interdit parce que non seulement la France n’a jamais supporté la perte de son empire, ni plus que des gens pas de chez nous osent revendiquer leur droit dans un pays qu’ils ont construit et qu’ils enrichissent, clandestins y compris. Oui, même sans papier si on est embauché on cotise. Mais pour un Zemmour « on ne vit plus comme des français » c’est-à-dire comme dans les années 50 quand le bicot ne la ramenait pas. On est obligé de faire avec… et pour ces français là il est bien plus supportable de se faire rouler dans la farine continuellement par leur gouvernement que l’idée qu’un jeune des quartiers ait les mêmes droits qu’eux, ce qu’ils n’ont en réalité qu’en théorie. D’ailleurs c’est amusant de voir comment le racisme des réactionnaires se focalise sur cet apartheid là, mais pas une seconde sur celle qui touche les gamins des campagnes. Parce qu’en réalité ce pays a étendu son sectarisme autant aux gamins des quartiers qu’à ceux des champs au point où on ne parlera jamais d’eux.  Ce pays n’aime sa jeunesse que lorsqu’elle pense comme un vieux, veut devenir médecin ou avocat ou quand il s’agit de les enrôler dans une armée qui ne sait en réalité pas quoi faire d’eux. Car notre jouvenceau narcissique qui a des idées de vieux veut remettre le service militaire obligatoire, et 74% des français seraient d’accord, selon les sondages… A croire que ce pays adore les uniformes, avec un flic pour 265 habitants la France est bien le pays le plus fliqué d’Europe. Personnellement j’ai fait mon service, j’en parle , et à part se biturer, fumer du shit, ce qu’ils savent déjà parfaitement faire, et servir de petite main corvéable à souhait pour les professionnels je n’ai jamais vu l’intérêt de ce service. Mais la France puise ses idées dans les années 50 et 60, c’est la nostalgie d’un pays de vieux qui refuse d’évoluer.

L’apartheid français est à l’image de sa mentalité, on n’en parle pas, on a interdiction d’en parler, elle n’existe nulle part dans le cadre de la loi et partout dans le cadre du quotidien. Il est interdit de dire que la jeunesse hors des villes n’a pas la moindre chance de trouver autre chose qu’un petit boulot, si elle en trouve, que rien n’est prévu pour eux, ni structure ni encadrement. Tandis qu’apeuré, ce même pays offrira des bibliothèques et des centres sportifs dans les quartiers en espérant que ça les endorme. Créant de fait une différenciation entre deux sous classes de la jeunesse. On ne s’étonne dès lors guère du succès de la ploutocratie Le Pen dans les zones rurales et auprès des jeunes. Diviser pour mieux régner sur un asile de vieux est le crédo de tout bon politicien français. Comme il est interdit de dire qu’en s’appelant Mohammed ou Ada on aura toutes les peines du monde à se faire embaucher, et aucune si on ajoute qu’on vient d’un quartier « à problème » et encore moins de pouvoir louer un logement ailleurs que dans le dit quartier. Et parfaitement illusoire de se dire qu’on passera la journée sans se faire contrôler au moins une fois si on a l’imprudence de trainer dans les quartiers des français blancs. La France continue de croire à sa mythologie de l’égalité pour tous, dans un même pays où les représentants de la nation, les députés, viennent quasiment tous de la classe dominante avec une majorité de quadra et plus, beaucoup plus, comme c’est le cas au sénat, notre asile de vieux de luxe à nous. C’est interdit parce que ce pays déteste se remettre en question. Déteste l’idée qu’il n’est plus qu’un reflet peu reluisant d’une gloire passée.

Se remettre en question ça serait en effet admettre le grand mensonge de la libération avec sa résistance de la dernière heure qu’on a voulu faire passer pour une résistance de la première. Avec son patronat unilatéralement collaborateur et son antisémitisme qui a permis l’arrivée au pouvoir d’un vieillard narcissique. Ca serait également admettre que  la décolonisation a été une trahison pour pas mal de français, ajouté au mépris le plus complet qu’on a accordé aux hmongs et aux harkis puisque bien entendu ils n’étaient pas de chez nous. Ca serait admettre que la France a soigneusement tenu éloigné son immigration loin de toute force politique, de toute représentativité, de toute forme d’assimilation, préférant agir avec elle comme elle l’avait fait dans ses colonies. Avec paternalisme, absolument certaine de sa supériorité, essayant de nier complètement leur identité, leur spécificité. L’empire réduit à son propre territoire colonisera donc ses banlieues avec la même démarche qu’il a colonisé l’Afrique ou le Vietnam. Et aujourd’hui, comprenant son échec le plus total dans le domaine, ce pays accuse ses colonisés de ne pas vouloir s’intégrer. Ce qui est très pratique pour les exclure un peu plus, vu que c’est de leur faute…et Daesh qui a parfaitement compris sur quel ressentiment jouer ici, l’a utilisé pour diviser un peu plus cette société d’apartheid. Un apartheid dirigé autant vers la jeunesse des classes populaires que vers son immigration.

L’ennui avec ce sectarisme sociétal qui refuse de dire son nom, cette hypocrisie complète dans laquelle vit la société française c’est qu’à terme ça produit ce qui s’est passé le 13 novembre 2015. Pendant que la classe dominante à travers ses locuteurs certifiés « moi j’viens d’la banlieue moi » mais très grassement payés, nient l’identité voir même l’existence (je pense ici aux gamins de la cambrousse) de toute une jeunesse, un fossé est en train de se creuser de plus en plus profondément au sein même de cette société vieille et nostalgique de son passée. Une jeunesse populaire qui sait qu’elle ne sera jamais acceptée par la caste, sera refoulée vers les classes moyennes à titre d’épouvantail, commence elle à cesser de vouloir à faire quoi que ce soit avec cette société. Et deux mondes passent l’un à côté de l’autre sans jamais se voir que dans le ressenti. Je parle avec les gamins de mon quartier mais il est clair que dans la tête de quelques porteurs de barbe je suis l’ennemi, « Jean-Pierre » le Françoy. Ils pensent comme des colonisés qui voudraient s’affranchir de l’autorité paternaliste que je suis censé représenter, parfaitement soumis comme on attend qu’ils demeurent, mais ça il n’y a qu’eux et la réaction qui refusent de l’admettre. L’ennui c’est que la France est truffée de responsables racistes et/ou réactionnaires, de Boutledja la passionaria salafiste des Indigènes de la République à Narcisse 1er Roi des Banquiers, en passant par Marine Le Pen. Ca blague sur les comoriens qui se noient au large de Mayotte, ça parle de zone de non droit sans y avoir jamais mis les pieds, ça accuse telle couleur de peau, telle origine national d’être la faute de tous ses malheurs. Ca organise des camps d’été « interdit au blanc » dans le plus grand des calmes, parce que finalement la France s’accommode parfaitement de ce racisme ambiant, ce pays n’a jamais été pour le mélange des cultures surtout qu’il estime la sienne supérieure en tout point. L’ennui, surtout, c’est que dans le climat délétère qu’est en train de créer le merdeux de l’Elysée cette faille dans la société française va s’agrandir un peu plus chaque jour, et qu’à terme ça s’appelle la guerre civile.

 

Publicités

En Marche ! 2.

« Le monde et l’Europe ont aujourd’hui, plus que jamais, besoin de la France. Ils ont besoin d’une France forte et sûre de son destin. Ils ont besoin d’une France qui porte haut la voix de la liberté et de la solidarité. Ils ont besoin d’une France qui sache inventer l’avenir. Le monde a besoin de ce que les Françaises et les Français lui ont toujours enseigné : l’audace de la liberté, l’exigence de l’égalité, la volonté de la fraternité… » L’avocat coupa la radio, un homme tapait à la vitre. Il était garé au pied d’une bretelle d’autoroute, quelque part en proche banlieue, il pleuviotait, il aperçu le visage d’un trentenaire, beau garçon qui lui souriait. Qu’est-ce qu’il lui voulait ? L’avocat appuya sur le bouton de la télécommande, abaissant la vitre.

–       Salut, fit le type sans lâcher son sourire.

–       Oui, je peux vous aider ?

–       Je ne suis pas venu pour le paysage vous savez, et il pleut.

L’avocat ouvrit brièvement la bouche de surprise.

–       Vous êtes Estéban c’est ça ?

–       Pourquoi vous venez ici pour le paysage vous ?

–       Euh…

–       Ouvrez la porte je vous prie, j’ai horreur de la pluie.

En entrant il s’aperçut que l’homme était plus jeune qu’il ne l’avait d’abord cru, peut-être à cause de sa tenue. Vingt cinq ans tout au plus, vêtu d’une veste en daim et d’un pantalon beige, chaussure de sport élégante, teeshirt noir. Les choses ne trainait jamais avec le Sacristain, il avait déjà délégué des gens à la salle de jeu, des gens qui avaient posé des questions, fait concorder les témoignages, des gens dont ce jeune homme à côté de lui et en qui le Sacristain avait parait-il entière confiance.

–       Pardon, je ne vous avais pas vu.

–       Il n’y a pas de mal.

–       Le Sacristain a dit que vous étiez l’homme qui nous fallait.

–       S’il l’a dit…

–       Comment va-t-il ?

–       Pas terrible.

L’avocat avait l’air sincèrement désolé,

–       Aucune amélioration en vue ?

Estéban soupira.

–       Les médecins veulent tenter une opération de la dernière chance mais il en marre de se faire charcuter.

–       Je comprends… et Marie comment va-t-elle ?

–       Ca va elle tient le coup, c’est une fille de la montagne, fit le jeune homme comme si ça expliquait tout, mais l’avocat savait de quoi il parlait, il était corse lui-même.

–       Nous avons ce problème donc…

–       Oui.

–       Qu’est-ce qui s’est passé exactement ?

–       Deux petits mecs, des jeunes, avec des gants Mappa et des cagoules de moto, un blanc, un méditerranéen.

–       Des gants Mappa ?

–       Oui, roses.

–       Roses ? Misère… Des amateurs.

–       Sans doute.

–       Vous croyez qu’ils ont eu de la chance ou qu’il y a quelqu’un derrière ?

–       Je pense que des garçons qui sont assez idiots pour jeter leurs gants dans la cour, passer sans cagoule devant quatre témoins, repasser devant ces quatre témoins avec deux sacs et des mines à faire peur, ne sont pas assez malin pour ne pas avoir quelqu’un pour leur dire quoi faire.

L’avocat sourit.

–       Je vois, de vraies brelles, vous croyez que Costa est derrière tout ça ?

–       Non, je connais Costa, il est beaucoup trop malin pour faire deux fois la même bêtise. Et il n’engagerait certainement pas ce genre d’amateur.

–       Une équipe indépendante donc.

–       Sans aucun doute, raison pour laquelle il faut que Costa parte.

L’avocat ne comprenait plus rien.

–       Hein, mais si c’est des indépendants pourquoi il faut qu’il parte ?

–       Quand ils ont fermé les salles et les cercles suite à son braquage, au bout de trois semaines les gars ont commencé à ruer dans les brancards, obligé à rester chez eux avec bobonne c’était trop pour leurs nerfs, la discipline a commencé à se relâcher. Vous vous souvenez de ça ?

Oui, il s’en souvenait mais il était surpris que ce jeune homme en parle comme s’il l’avait vécu, quel âge avait-il exactement ?

–       On ne peut pas se permettre que ça se reproduise, pas en ce moment. Or si ça s’ébruite, qu’il s’est fait braquer deux fois, qu’il soit coupable ou pas, il y a forcément une bande qui va vouloir tenter sa chance. Vous savez comment c’est, quand un animal est blessé, il vaut mieux l’achever que le laisser aux charognards non ?

Il entendait son point de vue et ça se tenait mais les choses n’était pas aussi simple, lui aussi avait des obligations et des ordres. Avocat, conseillé, messager pour des clients très variés mais dans un nombre restreint de domaines et avec de considérables moyens.

–       J’ai peur que ça ne soit pas aussi simple.

–       Comment ça ?

–       C’est les Hautes Seines vous comprenez, ils sont un peu pointilleux sur le sujet des disparitions.

–       Les Hautes Seines ? c’est eux qui tiennent ?

–       J’en ai peur, l’argent était à eux.

–       Ah… et donc ?

–       Ils veulent que vous parliez à Costa.

–       Quoi ? Mais pourquoi vous voulez faire ça !? Le pauvre gars, il n’a rien fait je vous dis.

–       Ils ont insisté, juste une discussion.

Estéban le dévisagea.

–       Sévère comment ?

L’avocat soupira.

–       Comme vous estimerez nécessaire.

Le jeune secoua la tête, visiblement contrarié parce qu’on lui demandait.

–       Mais pourquoi vous ne pouvez pas le laisser partir proprement !? Pourquoi il faut que ça passe par là !?

–       Juste une discussion, insista l’avocat.

–       Ah mais arrêtez, vous savez comme comment ça va se terminer pour lui alors pourquoi lui infliger ça !? C’est pas suffisant de se retrouver à porter le chapeau pour des amateurs !? Vous voulez en plus lui faire mal ?

–       Je sais, je connais Costa vous savez, ça ne me plait pas plus qu’à vous, mais ils sont comme ça, ils ne prennent jamais ce genre de décision à la légère, il leur faut des évidences, des certitudes…

–       Et la seule certitude qu’ils auront au bout du compte c’est qu’ils seront obligés d’éliminer un innocent.

L’avocat ne sut quoi répondre à ça, le jeune homme le quitta sans ajouter un mot.

 

 

Il pleuvait abondamment cette nuit là quand les frères Angelo, Tony et Marco pénétrèrent dans la rue où vivait Antoine Costa. Ils se connaissaient raison pour laquelle Marco prédisait que ça allait bien se passer, qu’il connaissait les règles. Avis que contestait l’ainé derrière ses lunettes carrés, ses muscles taillés à la fonte, son cou de taureau et sa mauvaise humeur du soir. Qui les aurait croisé par cette nuit pluvieuse n’aurait vu que deux jeunes hommes saints et sportifs aux cheveux courts dont un portant des lunettes de vue. Tony avait perdu aux courses deux fois de suite dans l’après-midi et sa petite amie ne s’était même pas montrée disponible pour le sucer. Et puis il pleuvait, et puis ils étaient montés de Marseille et il détestait Paris, bref Marco connaissait la chanson, si rien ne se passait droit il ferait tout de travers rien que pour faire chier le grand, Estéban.

–       Bon Dieu tu me cagues tu sais, tiens met la radio plutôt au lieu de te passer les nerfs sur moi.

Comme cela arrive quelque fois dans les fratries quand le petit est plus malin que le grand, Marco avait de l’ascendant sur son frère. Tony obéit sans réfléchir.

–       « Je convaincrai nos compatriotes que la puissance de la France n’est pas déclinante, mais que nous sommes à l’orée d’une extraordinaire renaissance, parce que nous tenons entre nos mains tous les atouts qui feront et qui font les grandes puissances du XXIᵉ siècle. Pour cela, je ne céderai sur rien des engagements pris vis-à-vis des Français. Tout ce qui concourt à la vigueur de la France et à sa prospérité sera mis en œuvre : le travail sera libéré, les entreprises seront soutenues, l’initiative sera encouragée… »

–       Ah putain de Macron ! S’exclama Marco en coupant net la radio.

–       Putain d’enfoiré, il nous a volé la victoire !

–       Che victoire ? de quoi tu parles ?

–       Marine de qui d’autres, il nous a volé la victoire, Fillon c’est un coup des socialistes pardi !

–       Mais arrête un peu tes conneries, tout ça c’est de la merde, qu’est-ce que ça aurait changé qu’elle passe tu veux me dire ?

–       Tout, dit Tony d’un ton catégorique.

Le cadet pouffa.

–       Tout pour qui ? Pour les Le Pen ou pour le pays ?

–       Pour le pays évidemment !

–       Mais mon pauvre Tonio tu sais pas qu’ils sont pourris, tu sais avec qui ils fricotent les Le Pen quand même ! Tu vas pas m’obliger à être mal élevé en disant les noms quand même !?

–       Arrête, c’est pas pareil ça, c’est pas comme les autres, c’est pour le bien du pays, on est des patriotes nous !

–       Je dis pas que vous pensez pas à la Corse, je dis que vous vous trompez d’allié.

–       Et alors tu crois que c’est mieux lui ! Fit rageusement son ainé en montrant la radio.

–       Tant que c’est pas pire, soupira Marco alors que le 4×4 de Costa passait devant eux.

–       Le voilà.

–       Il est rentré directement chez lui.

–       Il a peut-être eu une longue journée.

–       Fais chier cette pluie, putain l’a pas intérêt à faire chier, dit Tony en sortant de la voiture.

C’était Marco qui tenait l’arme, ils étaient censés l’emmener en promenade, le secouer un peu et le laisser sur place pour lui faire les pieds. Rien de plus. Mais cela ne se passa pas comme prévu. Oui Costa connaissait les règles et c’était bien pour cette raison, parce qu’il avait merdé une fois qu’il savait que ce moment pourrait arriver. Mais allons donc, qui pouvait le croire assez bête pour commettre deux fois la même erreur ? Se voler lui-même alors qu’il avait des parts ailleurs et que le manque à gagner lui couterait plus que ce qu’ils avaient ramassé ? C’était stupide et même presque insultant.

–       Pourquoi vous faites ça les gars ? Vous savez que j’y suis pour rien merde !

Mains en l’air, un pied hors du 4×4 essayant de trouver de la compréhension dans l’œil de Marco.

–       Tu vois je t’avais qu’il ferait chier, dit Tony. Il pleut mec, descend de là et suis nous !

Bien entendu qu’ils se doutaient qu’il n’y était pour rien cette fois. Il était joueur mais pas suicidaire, mais qu’est-ce qu’ils y pouvaient eux ? Ils n’étaient que des employés, des presse-boutons, pourquoi il essayait de parlementer avec eux ? Pourquoi il ne se contentait pas de prendre les choses comme un homme, encaisser et qu’on en reste là ?

–       Mais j’ai rien fait je vous dis ! Vous le savez !

–       Descends et ferme là, ordonna Marco.

Costa obéit à contre cœur, on lisait de la peur maintenant dans ses yeux, de la peur sans fard, aussi sincère que les mots qui sortaient de sa bouche.

–       Pourquoi j’aurais fait un truc aussi stupide, ça va me couter plus cher que tout ce qu’on a perdu !

–       Ta gueule et avance !

Ils le firent grimper à l’arrière de la voiture et démarrèrent.

–       C’est dingue, c’est complètement dingue, le Sacristain me connait, pourquoi je ferais ça !?

Marco se retourna, pistolet pointé vers sa poitrine.

–       Tu fermes ta bouche oui ou merde !?

Dit d’une voix suffisamment forte, avec assez de conviction dans le regard pour qu’il se tue le restant du voyage. Ils l’emmenaient, pas pour le tuer sans quoi ils ne l’auraient pas emmené du tout, ils l’auraient séché dans la rue pour l’exemple. Autant ne pas tenter le diable. Il n’avait pas envie de se faire secouer, taper ou rien, mais certainement encore moins de mourir. Tony alluma la radio, encore Macron.

–       « Nos institutions, décriées par certains, doivent retrouver aux yeux des Français l’efficacité qui en a garanti la pérennité. Car je crois aux institutions de la Vᵉ République et ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour qu’elles fonctionnent selon l’esprit qui les a fait naître. Pour cela, je veillerai à ce que notre pays connaisse un regain de vitalité démocratique. Les citoyens auront voix au chapitre. Ils seront écoutés…. »

–       A propos d’institution j’espère que le commissaire va nous pistonner à la brigade, fit Tony en coupant la radio.

–       Y’a pas de raison on est bien noté, tiens gare toi là.

Un parking de supermarché désert quelque part aux alentours de la capitale. La pluie continuait de tomber, invariablement, froide, drue comme elle pouvait être à cette saison.

–       Sort, dit Marco en lui faisant signe du bout du canon, la pluie qui dégoulinait sur les lunettes de son frère derrière lui.

–       Mais ça sert à rien, vous savez bien les gars, c’est des conneries, j’ai rien fait ! Insista Costa.

–       Sort et ferme là.

–       Mais putain pourquoi ?

Cette fois Tony perdit patience, l’arrachant de son siège par les épaules et le jetant par terre.

–       Parce qu’on te le dis !

–       Bordel Costa, pourquoi tu fais des histoires ? tu sais comment ça se passe ! Protesta son frère.

–       J’ai rien fait, soliloqua l’autre en baissant la tête.

–       Oh putain y me casse les couilles fit Tony en le relevant et le jetant contre la portière. Costa se rattrapa au rétroviseur.

–       Bon alors c’est qui ? Fit Marco.

–       Je sais pas, j’ai rien…

Il ne termina pas sa phrase, le souffle coupé par le coup de poing que Tony venait de lui flanquer dans le foie.

–       C’est toi ? Dis nous que c’est toi qu’on en finisse.

–       N… non… c’est pas moi…

Cette fois le coup de poing le cueilli au visage, lui faisant éclater la lèvre inférieure et le renvoyant par terre sous le choc.

–       C’est qui si c’est pas toi ?

–       Je sais pas, j’ai rien fait ! Gémit Costa, je vous jure putain.

Cette fois ce fut Marco qui perdit patience.

–       Oh putain, relève le, relève le !

Tony l’attrapa par les cheveux et l’obligea à se redresser avant de lui bloquer les bras derrière la tête. Marco frappa de toute ses forces, une fois, deux fois dans l’estomac, avec pour résultat de le faire vomir. Une belle gerbe qu’il évita de justesse alors que Tony le laissait retomber sur ses genoux. Il dégueulait tout en pleurant.

–       Arrêtez ! j’ai rien fait je vous dis ! J’ai rien fait s’il vous plait arrêtez !

–       Putain de salope ! Il sait même pas se tenir ! Fit Tony.

–       Y me dégoute.

Il lui flanqua son pied en pleine figure avant de se mettre à le frapper à coup de talon, dans les côtes, au visage, dans les épaules. Costa se protégeait comme il pouvait, il ne protestait même plus, il gémissait, pleurait, vomi, sang et morve barbouillant son visage mêlé à la pluie. Marco s’accroupi et continua de le frapper, lui écartant les bras pour mieux atteindre son beau visage bronzé et parfait, lui faire sauter les dents de devant, lui pocher les deux yeux, jusqu’à ce que ses bras commencent à lui faire mal, qu’il finisse par réaliser qu’il était trempé jusqu’à l’os. Tony se marra.

–       Putain heureusement que c’est moi qui était de mauvaise humeur.

–       Oh ça va.

Ils remontèrent dans la voiture, l’abandonnant là, secoué de sanglot, le visage et les mains maculés de sang, de bleus, d’écorchures, sa chemise déchirée et souillée.

 

 

Quelque part dans la rue une télé raisonnait, le nouveau président parlait.

–       « Les Françaises et les Français qui se sentent oubliés par ce vaste mouvement du monde devront se voir mieux protégés. Tout ce qui forge notre solidarité nationale sera refondé, réinventé, fortifié. L’égalité face aux accidents de la vie sera renforcée. Tout ce qui fait de la France un pays sûr, où l’on peut vivre sans avoir peur, sera amplifié. La laïcité républicaine sera défendue, nos forces de l’ordre, notre renseignement, nos armées, réconfortés. »

Rachid marchait tranquillement dans la rue quand les flics très réconfortés débarquèrent de nulle part. Des mecs de la BAC avec tout leur attirail de cowboy bien visible. L’égalité face aux accidents de la vie hein ? ca faisait son troisième contrôle depuis le début de la journée, trois accidents de la vie comme qui dirait, bien que dans son cas ça aurait de ne pas être contrôlé une seule fois dans une journée qui aurait été un accident, une étrangeté, une occurrence. Les flics ne firent pas dix pas avant de le regarder bizarrement, l’air dégouté.

–       Eh toi là ! T’as tes papiers ? lui fit un des flics avec un signe pour qu’il s’arrête.

–       Pourquoi ? J’ai rien fait !

–       Je te demandes pas si t’as fait quelque chose, je te demande si t’as tes papiers.

Rachid en avait assez, il avait passé une nuit et une matinée de merde, littéralement pour ainsi dire, Avait déjà eu deux fois affaires aux pandores, deux fois à monter des bateaux, subit leur question et il ne s’était pas encore fait un shoot de la journée.

–       Ouais, ouais je les ai, z’avez qu’à les prendre.

–       Pardon ?

–       Je dis vous z’avez qu’à vous servir c’est dans ma poche de dedans.

Les deux flics échangèrent un regard puis le premier demanda pourquoi il puait autant.

–       T’es en manque ? t’as chié dans ton benne ?

Pourquoi ils avaient besoin d’être désobligeant comme ça ? Pourquoi c’était toujours sur eux, les arabes, les africains en général que ça tombait ? Salaud de racistes ! Il parait qu’ils avaient tous voté pour Le Pen chez les poulets, ça ne le surprenait pas plus que ça.

–       Non je suis clean en ce moment, c’est à cause que je travaille dans un élevage.

Pas la peine leur raconter des cracks sur le fait qu’il se défonçait, il savait que ça se voyait.

–       Un élevage ? Où ça ton élevage ?

Oh, la, la mais qu’est-ce qu’ils étaient chiants aujourd’hui !

–       A Trappes, dit-il sans réfléchir.

–       T’es en train de nous raconter que tu vas jusqu’à Trappe pour bosser ?

–       Bah ouais.

–       Arrête de nous prendre pour des jambons et radines toi par là.

Il se raidit, il n’avait pas du tout envie qu’on le fouille, il avait même fait exprès de pas se changer pour que ça les décourage. Il hésita, réfléchissant à ses chances de s’enfuir devant ces deux là. Putain ils le rattraperaient en moins de deux. Et puis soudain, sauvé par le gong.

–       Alpha j’écoute…

Un appel visiblement urgent, avant de filer ils lui lancèrent d’aller se laver que ce n’était pas acceptable de puer autant et de prendre les transports. Rachid les regarda partir en soupirant de soulagement. Il avait un ballon sous les couilles remplit de la poudre qu’il s’était acheté avec sa part du braquage. La dope était cachée dans une cave d’un immeuble dont il avait le code, il avait hâte de la tester. Le mec avec qui il avait acheté était un gitan, un gars de confiance qui avait toujours de la bonne. De la turc, directement importée des Balkans, il en salivait d’avance. L’ascenseur était en panne, comme d’habitude, il se tapa les six étages jusque chez Frank en maudissant celui qui avait bousillé l’ascenseur, l’office HLM qui ne l’avait pas fait réparer et le pays tout entier de permettre à des mecs comme eux de vivre leur tiers monde à domicile. Il parvint devant la porte de l’appartement presque violet, le souffle aphasique, les yeux hors de la tête.

–       Putain mais tu pues la merde !

–       Ah m’en parle pas, c’est bon, là faut que je me pose !

–       Tu m’excuses si j’ouvre la fenêtre c’est pas tenable, c’est une infection t’es arrivé quoi putain ?

–       Ah c’est à cause de ce crétin de Jacky…

–       Alors vous êtes descendu finalement ?

–       Ouais. Cet abruti devait se pointer avec une camionnette, il a pas réussi à en trouver une alors tu sais quoi sa super brillante idée ?

Frank sourit par avance, Jacky était une buse de réputation nationale, méchant, brutal, et con comme un orchestre de trisomique.

–       Non vas-y.

–       Un break Volvo ! Un putain de break Volvo, tu sais comment ça se traine ces veaux là !?

–       Ouais je vois, répondit Frank en rigolant. Combien vous aviez de clebs ?

Rachid arracha sa ceinture des passants de son pantalon.

–       Douze !

–       Douze !?

–       Douze putain de clebs dans un putain de break Volvo t’y crois ça !?

Il voyait déjà ça d’ici, la meute avec lequel il l’avait vu entrain de japper, pisser, chier avec ces deux ahuris en route pour Cannes.

–       Me dit pas que vous les avez pas fait pisser au moins !

Rachid extirpa la seringue sous blister qu’il cachait toujours dans sa chaussette, encore un truc qu’il n’aurait pas aimer que les flics découvrent.

–       Mes fesses oui, c’est tout juste s’il voulait bien qu’on s’arrête pour prendre de l’essence !

–       Putain quel malade !

Il ramena délicatement le ballon de ses couilles et l’ouvrit avec précaution. Versa la poudre dans une cuillère remplit d’un peu d’eau et chauffa le tout.

–       Je te jure, même quand on est arrivé il a pas voulu se poser à l’hôtel !

–       Il avait prit de la C. ou quoi ?

–       Nan y se poudre pas le nez Jacky, l’est né comme ça ce connard, speed c’est pas normal.

Rachid se garrotta le bras puis touilla encore un peu le liquide brun dans la cuillère jusqu’à ce qu’il n’y ai plus de bulle ou de grumeau. Il salivait, les yeux exorbités, excité comme s’il tenait devant lui le plus beau cul de la terre.

–       Vous les avez vendu combien finalement ?

–       Le tout ? Trois mille.

–       Tu vois je t’avais dit, il allait vous carotter.

–       Nan, y parait que c’est les tarifs d’après Jacky.

–       Bah tient.

–       Qu’est-ce tu veux, c’est la vie…

Il enfonça l’aiguille dans son bras et poussa doucement le piston. Le flash lui sauta à la figure et au ventre, violent, délicieux, orgasmatique, une montée violente et colorée comme il les aimait. Ouais c’était de la bonne, il ne s’était pas fait niquer sur ce coup là.

–       Vous êtes remonté quand ?

–       … hein ?

–       Vous êtes remonté quand ?

–       … c’matin…

–       Vous avez dormi là-bas alors ?

La came lui faisait piquer du nez, la voix de Frank le repêchait par à coup brusque, il ouvrit les yeux, dit d’une voix pataude.

–       Ouais, ouais, j’ai payé l’hôtel….

Sa tête repartait vers le bas.

–       Avec ta part sur les clebs ? A Cannes ? Putain t’as dû douiller.

Il se releva brusquement, le regarda, sourit, bref instant de lucidité

–       Nan, j’avais prit du fric avec moi

–       Ah… et Jacky t’as pas posé de question ? Je veux dire que t’ais du blé ?

Frank détestait quand il se shootait comme ça. Impossible dès lors d’avoir une conversation descente avec lui, l’attention d’un hamster, la capacité de concentration d’un poisson rouge. Frank en avait tâté autrefois, au sortir de l’adolescence, pour voir, mais il n’avait pas beaucoup aimé la sensation. La perte de contrôle, le coma, même le côté enveloppant, protecteur de l’héroïne ne l’avait pas convaincu. Mais au-delà de ça, il avait assez d’égo, de fierté personnelle pour refuser de tourner comme ça. Comme Rachid et tous les autres toxicos qu’il avait connu dans sa vie. Les crises de manque, les fièvres, les embrouilles, c’était pas son idée d’une bonne dope. La réponse mis quelques secondes de plus à parvenir jusqu’à sa conscience engourdie, il bavait un peu aux coins des lèvres.

–       Hein…. T’inquiètes, je lui ai dit que j’avais fait un coup….

Frank se raidit. Pourquoi il lui disait de ne pas s’inquiéter ?

–       Tu lui as dit quoi ?

–       Que j’avais fait un coup, répéta son copain comme un robot hors batterie.

–       Comment ça ? qu’est-ce que tu lui as raconté exactement ?

–       Pff rien, juste que j’avais braqué un…. Pfff.

Sa tête puis son tronc se mirent lentement à plonger vers ses genoux.

–       Un quoi Rachid ?

–       Hein ?

–       Un quoi qu’est-ce que tu lui as dit exactement ? Jacky travaille pour le Sacristain putain !

–       Hein ?

–       Qu’est-ce que tu as raconté à Jacky ?

–       …

–       Putain Rachid réveil !

–       Hé ?

–       Qu’est-ce que tu as dit à Jacky exactement ?

–       Hein…

–       Rachid !

–       Hein ?…. rien, rien, je lui ai rien dit, pas un mot putain !

Frank le regardait inquiet.

–       T’es sûr hein ?

–       Ouiiiii putain, chuis pas une buse putain…. Pffff…

Il le laissa là, à s’effondrer lentement sur sa chaise et alla se coller devant la télé pour se changer les idées.

–       « Affronter la réalité du monde nous fera retrouver l’espérance », ce sont les premiers mots du livre du président Macron, qu’il a pompeusement appelé Révolution, ce sont de belles paroles mais quand seront-elles suivit de fait ?

–       Marine Le Pen êtes vous entrain de dire qu’Emmanuel Macron ne regarde pas la réalité en face ?

–       Ca me parait évident non ? Les derniers attentats de Londres le démontrent ! Combien de temps encore allons nous laisser faire le massa…

Il appuya paresseusement sur le bouton de la télécommande. Il l’affrontait la réalité lui, et tous les jours encore, et ça ne l’aidait pas particulièrement à retrouver l’espoir. C’était l’inverse même. Oui ils avaient gagné une jolie somme, plus de cinquante mille euros à trois, avec ça il avait remboursé l’avance pour la bagnole, pourrait peut-être aller à Amsterdam se payer des petites vacances, ou dans le sud, et puis après quoi ? Seize mille euros c’était finalement pas grand-chose de nos jours et en même temps beaucoup trop quand on avait aucune idée de comment le dépenser intelligemment. Ou bien des idées d’ados, shit, pute, alcool, restau, ces conneries là, et il savait que d’ici même pas un mois il serait encore à sec. Investir dans la dope comme Rachid ? Il ne les sentait pas ces plans là, la came, le deal, c’était pas son genre de truc. Il avait bien vendu du shit en bas de sa tour à une époque mais c’était encore au temps béni où tout le monde n’avait pas sa Kalachnikov et des ambitions à la Tony Montana. Il se sentait à la fois trop vieux pour ces conneries et trop jeune pour réussir à faire ça sérieusement. Prendre une licence Uber, se faire du fric légitimement ? Beaucoup de gars du quartier s’y étaient mis. Un bon prétexte pour eux d’avoir une voiture neuve et pouvoir la justifier auprès des flics. Un moyen idéal également pour s’endetter jusqu’aux yeux et bosser douze heures par jour pour rembourser. La baise magique, tu payes pour bosser et t’es obligé de bosser pour payer tes dettes.  Peut-être que s’il réussissait à prendre des parts dans un kebab… seize mille boules, il ne lui en restait déjà plus que dix avec la Golf et l’assurance, est-ce que ça suffirait ? Il irait voir demain, il connaissait quelques gars.

 

 

–       C’est pas vrai !?

Estéban éclata de rire.

–       Je vous jure que si, et il lui a tout raconté en chemin, voulait montrer à son copain comment il assurait. Le vrai caïd.

–       Incroyable…. Douze chiens… Où ils vont chercher des combines pareilles ?

L’avocat souriait. De belles dents limées légèrement bleutées.

–       Aucune idée mais la bêtise n’a jamais entravé l’imagination au dernière nouvelle.

–       Vous trouvez ? Je crois plutôt que l’imagination demande une certaine part de génie au contraire.

–       Les publicitaires font bien des efforts d’imagination pour nous vendre leurs produits, vous y avez décelé récemment une trace d’intelligence ?

–       Certes, concéda l’avocat sans se départir de son sourire, et comment vous l’avez appris finalement ? C’est Jacky qui vous l’a dit je suppose.

–       Pour les chiens ou le gars ?

–       Les chiens.

–       L’odeur pardi !

–       Ah mon dieu, ah, ah, ah !

–       Je me dis des fois que ces gars font tout pour se faire coincer. Et vous savez quoi ?

–       Non ?

–       Il voulait que je l’aide à placer son argent à la banque, acheter des actions….

–       A la banque ? Oh c’est pas vrai.

L’autre rit de plus belle.

–       Incroyable hein ? Des bêtes de concours.

–       Mais quelle idée…

–       La folie des grandeurs je suppose.

–       Bon alors ils sont trois vous me dites ?

–       Oui, un certain Frank, Rachid, le tout piloté par Roger Karrouchi.

–       C’est pas ce libanais qui a prit six ans pour complicité dans un cambriolage qui a mal tourné ?

–       Pied-noir, pas libanais mais c’est lui oui.

–       Quelle idée lui a prit ? Tout le monde sait qu’il n’a pas les épaules pour ça, même lui je suppose ! En plus il a une famille je crois non ?

–       Oui… mais il a pensé que Costa ferait le pigeon idéal et qu’on ne chercherait pas plus loin….

L’avocat se rembruni.

–       A ce propos, qu’est-ce qui s’est passé avec lui ? On avait parlé d’une discussion ! Je suis allé le voir vous savez.

–       Oui je sais, ils ont eu la main un peu lourde.

–       Un peu ? Trois côtes cassées, une fracture du nez, la clavicule fêlée, dix points de sutures, le pauvre, c’était vraiment nécessaire ?

–       Je vous avais dit que ça serait inutile, et qu’est-ce qu’on a obtenu ? Rien.

–       Ce n’est pas lui.

–       Bah non, et ce n’est pas en discutant qu’on l’a appris.

–       Sauf que maintenant ils sont dans une situation intenable.

–       Ils l’étaient de toute façon, je vous l’avais dit.

–       Les législatives approchent, il va falloir de l’argent.

–       Bah oui, et beaucoup même, sinon terminé la boite au chocolat.

Estéban sorti une cigarette et l’alluma sans rien demander.

–       Ca vous dérangerait de ne pas fumer dans ma voiture s’il vous plait.

Le jeune homme le fixa, comment il comptait l’en empêcher exactement ? L’avocat serra les lèvres, contrarié.

–       Vous pouvez vous occuper de Costa ?

–       Oui.

–       Combien ?

–       Quinze mille.

–       Et pour les autres ?

–       Je vous fait les petits à dix, mais je ne fais pas Karrouchi.

–       Pourquoi ?

–       Je le connais , je connais sa fille, j’ai été témoin à son mariage.

–       Oh, et alors ?

Le jeune homme regarda l’avocat. La cinquantaine soignée, tempes grises, bronzé aux UV dans un élégant costume trois pièces visiblement sur mesure. Le genre qui devait aussi bien faire attention à sa ligne qu’à la courbe probablement ascendante de ses dividendes. Il traitait de la mort de personne comme il réglait les derniers litiges d’un divorce, une formalité tarifée. Et il devait en être ainsi de tout ce pourquoi les autres l’employaient, qu’il s’agisse d’aider un député à se dépatouiller d’une affaire judiciaire, placer un ami auprès d’un autre, organiser une évasion fiscale ou un marché truqué. Mais ce qui se passait en bout de chaine, comment ça se passait, il n’en n’avait probablement pas la moindre idée.

–       Vous avez déjà tué quelqu’un ? Demanda Estéban au bout d’un silence pensif.

–       Non.

–       La charge émotionnelle, elle est importante vous savez. Qu’on le veuille ou non, on retient des détails qu’on aurait préféré oublier, on garde des visages en mémoires, c’est invivable à la longue croyez moi. Et quand c’est une personne que vous connaissez c’est bien entendu pire.

L’avocat était surpris, il n’était pas le premier tueur à gage qu’il rencontrait mais bien le seul à lui avoir jamais fait ce genre de confidence. Par nature, ces gars là étaient généralement assez fermés, secrets, et totalement verrouillés au sujet de ce qu’ils ressentaient ou non.

–       Mes confrères donnent une fausse image d’eux-mêmes, continua Estéban comme s’il avait deviné dans ses pensées. Ca les rassure. Tout bien garder cloitré à l’intérieur pour ne surtout pas à avoir à penser à ce qu’on a fait. Je ne parle pas des malades mentaux ici bien sûr, les psychopathes c’est autre chose. Moi je préfère garder mes distances vous comprenez, tuer de loin, en douceur et vite.

–       Je vois. Vous proposez quoi en ce cas ?

–       Prendre quelqu’un pour Karrouchi, je me charge des autres.

–       Vous avez un nom en tête ?

–       Le Nantais

–       Le Nantais ? il est cher !

–       Pas en ce moment, je peux l’avoir pour dix milles.

–       Vous êtes sûr ? on dit qu’il a un peu baissé ces derniers temps.

–       Karrouchi ne lui donnera pas de mal

L’avocat ne semblait pas beaucoup plus convaincu mais puisque le Sacristain s’en remettait à son jugement…

–       Donc trois fois dix milles pour Karrouchi et ses zozos, et quinze pour Costa, Quarante cinq milles au total, c’est ça ?

–       Voilà.

–       C’est raisonnable. Je vais leur en parler.

–       Vous ne pouvez pas valider vous-même ?

L’avocat leva les yeux au ciel.

–       Si seulement… ils sont très… comment dire… administratif dans les Hautes Seines, vous voyez.

–       Bon, bon, okay, faites moi signe quand vous aurez le feu vert.

Élection yaourt

En ce moment, j’évite tant que faire se peut de m’intéresser à ce qui se passe dans l’actualité immédiate de ce pays. Ça me déprime trop. Déjà que j’étouffe ici, déjà que tout ici me donne motif à prier d’avoir les moyens de m’enfuir de cet asile à ciel ouvert, je n’ai pas besoin de m’abîmer dans la contemplation de ces médias. Car à les croire, c’est plié, l’élection se fera entre un ancien banquier et une châtelaine de l’Ancien Régime. Entre le Lexomil et la France de Pétain. Entre un Tony Blair Camembert et la Jeanne d’Arc des rallyes du XVIème. Et, tout le monde semble d’accord, ou tout au moins y croire dur comme fer, ça sera la châtelaine et sa tribu d’aristo-voyous qui va gagner. De petits et de grands escrocs confinés entre Versailles et Saint-Cloud, qui vont remporter cette farce qu’on appelle le suffrage universel. Bref, en ce qui me concerne, un motif supplémentaire de m’enfuir ventre à terre et sans me retourner. Un vieil ami à moi envisage le Canada, un autre l’Amérique du Sud. L’un est de droite, mais ne voit aucun avenir ici, l’autre est de gauche, mais il a vu la prise de pouvoir de Pinochet. Chacun ses affinités, mais surtout ses moyens. Moi avec les miens, le peu que je peux espérer, c’est la Belgique en stop, avant que les frontières soient fermées par la milice. Nous verrons, j’ai du répondant, je suis débrouillard, je me suis sorti seul ou presque de la rue, avec un peu de chance, je me sortirais de ce cul-de-sac qui s’appelle la France.

 

Votez inculte.

De par mes positions, j’ai souvent à faire sur Agoravox au fan de club de la châtelaine. Le plus souvent de pauvres anonymes acculturés et remplit de rancœur qui faute d’avoir un semblant de bagage intellectuel, passent beaucoup de temps sur internet pour me démontrer que tout le monde est d’accord avec leur ignorance. Signe des temps, si vous affirmez quelque chose sur la base de vos lectures, d’un travail que vous avez pu faire sur plusieurs années, il n’existe simplement pas, si votre interlocuteur n’en trouve pas la preuve sur Internet. Saint Wikipédia priez pour nous. Mieux, si vous citez tel ou tel auteur, l’électeur moyen de la châtelaine, qui a l’âme procureure, soupçonnera ce dernier d’avoir des motifs politiques cachés. Et malheur à cet auteur si un jour il s’est déclaré pour tel ou tel parti ou tendance, le petit procureur invalidera tous ses propos sur sa seule certitude que ceux-ci sont influencés, pire, qu’il cherche à détourner sa pensée déjà limitée. Et force est de constater qu’en effet, ces élections, révèlent au grand jour le remugle d’une France imbécile et raciste, peureuse, méfiante, lâche, qui se réjouit d’avance de la grande revanche que représentera l’élection d’une bourgeoise à la présidence de leur destin sans avenir. Cette partie de la France qui depuis les années 70 n’a pas varié d’un pouce, n’a pas évolué, grandit, juste un peu plus médiocre chaque décennie, en étant intimement certaine de son exception. C’est dans les années 60 et 70 que cette France décomplexée s’en est donné à cœur joie en ratonnade, en bavure policière, en injustice de toute sorte, jusqu’à la Marche des Beurs (dont le motif initial était une énième bavure policière) et surtout jusqu’à ce que le très douteux Mitterrand manipule tout ça pour en faire son outil de destruction du Parti socialiste et de la droite traditionnelle. Et en trente ans, la rancœur et le racisme du français moyen pu s’épanouir proprement, non plus à l’ombre de quelque lynchage, mais dans l’intimité de l’isoloir. Jusqu’au coup de pub de la châtelaine, son pseudo-nettoyage des écuries d’Augias, jusqu’à ce que ce parti de bricolos et de fascistes revendiqués apparaisse solvable aux yeux du téléspectateur frileux à l’idée de voter pour des antisémites et des racistes. Rien n’a en réalité changé dans ce parti, en fait les choses se sont même très probablement empiré puisqu’il avance masqué et que la garde rapprochée est formée d’admirateurs d’ancien SS et de négationnistes. Mais peu importe, ce qui compte ce n’est pas la réalité, mais le sentiment qu’on en a. Encore l’autre jour, je notais que la page Facebook « stop immigration » réunissait cinquante mille personnes. Cinquante mille abrutis gavés d’émission sur la police, de reportage beauf’ de Bernard de la Villardière, des élucubrations mysogino-racialistes de Zemmour. Bref de télé et d’inculture qui ne réalisent bien entendu pas que si la châtelaine remporte ces élections, elle le devra surtout au massacre de Charlie et du 13 novembre, bref à Al Qaida et à Daech. D’ailleurs en auraient-ils conscience, je crois que ça ne changerait rien, ce pays est dans une logique nihiliste.

Rien n’est vrai sauf ce que je pense.

L’autre jour, à l’occasion d’un zapping, je regardais une dame affirmer qu’elle ne croyait pas les deux journalistes qui avaient pondu le dernier ouvrage sur la république pas si irréprochable de l’homme invisible. L’escroc Fillon avait assuré qu’on y relatait l’existence d’un « cabinet noir » (expression qui date des idées de Fillon du reste, du XVIème siècle) totalement démenti par les deux journalistes. Mais peu importe, pour cette dame, les auteurs mentaient, car bien entendu, tous les médias mentent, c’est dans leur intérêt. La châtelaine et ses complices sont jusqu’au cou dans des affaires de détournement et de blanchiment, mais pour ses électeurs, c’est le pouvoir « aux abois » qui cherche à la salir, d’ailleurs la châtelaine l’a dit, assorti de menaces, donc c’est vrai. Or il est évident que jamais pouvoir n’a été aussi peu aux abois justement. Le PS est en vrac, l’homme qui n’était pas là est en vacance permanente (mais apparemment pas en Guyane, cette île mystérieuse et lointaine) Hollande est l’antithèse d’un Mitterrand et l’ensemble de son mandat a surtout démontré de sa plus complète incompétence tant en matière de politique générale qu’en terme de politique intérieure. Mais l’électeur de la châtelaine se persuade d’un complot parce qu’au fond sans doute ça le rassure. Il n’est pas complètement un loser, il ne va pas à nouveau voter pour des incompétents et des voleurs. Et quand bien même, quand on lui met le nez devant l’évidence, son argument ultime, c’est d’avancer : « Oui, ils ne sont sûrement pas mieux que les autres, mais on les a jamais essayés et ça peut pas être pire » Ce sur quoi cet électeur se trompe, ça peut et ça va être pire, mais peu importe, ce que je retiens ici c’est l’argument « on les a jamais essayé » ou le néant de la conscience politique.

 
« Oh chéri, tu as vu, ils les font parfum fraise, on n’a jamais essayé ça, parfum fraise », « Oh regarde, elle existe en orange, on n’a jamais essayé ça, orange » Ce genre d’argument, argument sur lequel repose nombre de propositions commerciales d’un marketing essoufflé à cours de rhétorique, on les entend au supermarché, chez le concessionnaire, dans la bouche d’un enfant devant une nouvelle marque de céréale. C’est celui du consommateur désœuvré. Devant l’absence de choix, la taylorisation des goûts et des couleurs, l’uniformisation de l’offre et à forcerie de la demande, le consommateur n’a plus qu’à se rabattre sur la valeur ajoutée qu’aura bien voulu mettre l’industriel pour justifier la hausse de prix. Ce sera toujours du papier toilette, mais celui-ci sera « molletonné » et celui-là parfumé de sorte que l’anus sente toujours un savant mélange de merde et de rose chimique. C’est le vote, au fond, du désespoir et de l’ignorance. Le vote subordonné à la télé et à Youtube. Il y a-t-il une raison tangible d’être à ce point de désespoir que le français de base imagine nécessaire de voir une politique d’apartheid instauré en France sous le doux nom de « préférence nationale » ? Non aucune. Je vis sous le seuil de pauvreté dans un quartier mixte socialement et ethniquement, et en dépit de ça, je ne vis pas trop mal. Et la majorité n’est pas non plus composée d’un sous-prolétariat vivant dans des tours- crevoirs. Mais ils s’en sont persuadé parce que ce pays qui a peur de tout, de sa jeunesse, du changement, de l’avenir, regarde et vit dans son passé et morigène sur ce qu’il a été et ne sera plus jamais. Une vieille gloire. Une vieille gloire qui s’auto-persuade que le pays est envahi par des hordes barbares et qui va s’en remettre une fois de plus à sa caste de grand bourgeois « au nom du peuple »…. Quand je lis le slogan de campagne de la châtelaine, elle qui en tout et pour tout a travaillé quatre ans durant sa vie… Je me demande toujours si elle est venue avec ses brioches.

La corruption triomphante

Eric Zemmour qui est à la droite ce que le roquet est au jardin privatif, justifiait la corruption de la caste dominante par l’élucubration suivante, la France n’était pas la Suède, les Français étaient des « machiavélistes ». Néologisme qui n’a d’autant moins de sens que pas une seule ligne du Prince n’est consacrée à la corruption, que Machiavel prévaut le réalisme en politique sur la vertu et que nulle part, il n’assortit ce réalisme d’une invitation à s’en mettre plein les poches. Mais Zemmour se prend pour la France et sa culture est une blague pour inculte sur laquelle il prospère. J’ai au contraire le sentiment que devant la corruption d’une Le Pen ou d’un Fillon, un certain nombre se rabattront sur un vote sans espoir, Hamon, Mélenchon et autre amuseur public, ou le Lexomil que propose Macron, voir, feront comme moi et d’autres, marqueront leur rejet de cette élection de l’ego roi, en s’abstenant totalement puisque le vote blanc n’est pas comptabilisé comme le réclame 86 % de nos concitoyens. Bref que quel que soit le ou la gagnante, partisane de l’apartheid ou du libéralisme le plus aveugle, il ou elle règne sur un pays divisé, sans majorité réelle, sans autre assise électorale qu’une élection truquée à coup de sondages bidons, alimenté par l’argent noir que les uns auront siphonné à l’Europe et à leurs élus à coup de kit de campagne sur facturé, et les autres auront soutiré à leurs relations africaines. En fait, c’est même pire que ça, puisque selon un énième sondage, le taux d’abstention risque d’exploser celui de 2012. Et si l’on tient compte du fait que l’élection de la châtelaine n’est pour 44 % (toujours selon cette étude) de ses électeurs qu’un vote de rejet des partis traditionnels, comme celui de Mélenchon, cela veut dire que quel que soit l’ego enflé qui prendra le pouvoir, il le fera sur les restes d’un pays qui le rejette quoiqu’il arrive. Dans ces conditions gouverner risque de devenir un peu plus impossible que d’habitude. D’autant qu’une autre menace se profile à l’horizon et dont n’ont d’autant pas conscience les Français que les médias sont à l’ouest de leur narcissisme, et que les politiques ignorent superbement le sujet. Et cette menace propose une double combinaison, la surpopulation carcérale dans des prisons poubelles, et le retour des anciens combattants du pseudo Etat Islamique. La menace est bien réelle, la DCRI le sait d’autant mieux qu’il y a un précédent en France, la fin des Bataillons d’Afrique en tant que bataillon disciplinaire. Un fait peu connu sauf si on s’intéresse à l’histoire de la criminalité française, mais qui signa la vague de violence et de braquage qui marqua les années 20 et 30, et sera le point de départ de la fortune de la mafia Corse, puisque Paul Carbone, futur parrain de Marseille, sera formé dans les célèbres Bat’ d’Af’. Si la châtelaine et ses admirateurs du nazisme d’amis prennent le pouvoir, je vous laisse imaginer la volatilité de la situation dans un contexte d’apartheid. Ça tombe bien, Serge Ayoub, le grand copain de la châtelaine, déjà condamné pour trafic de drogue. Celui-là même à qui les amis de la famille Le Pen louait leur château pour que ses copines du porno puissent tourner (Vous savez la droite moral du Mariage pour tous…) quand il sortait avec une starlette de l’époque (Tabata Cash). Ayoub, donc, comparait au tribunal avec ses copains du White Wolf Klan pour complicité de violence aggravé. Le WWK lui est accusé de rien de moins que 35 délits divers allant du vol à violence avec arme et incendie volontaire. On ne s’étonne plus à ce niveau pourquoi un Zemmour déclarait son admiration des moines-soldats de Daech, puisque dans cette mouvance-là, ils ont exactement la même mentalité, le même besoin morbide de pureté à expurger dans la violence. L’un dans l’autre avec cet heureux mariage d’extrémistes de tous bords, ajouté au fait qu’une majorité de policier se déclare pour la bourgeoise de Saint-Cloud, la France risque de ne pas seulement devenir ce mouroir pour vieux qu’elle est déjà.

 
Les lecteurs me trouveront peut-être méprisant vis-à-vis de la France, ou haineux, ou je ne sais quel qualificatif sans imagination qui ne seront jamais que le reflet de ce qui les dérange ici. Mais croyez-moi, c’est surtout du désespoir. Mon abstention, mon envie de partir d’ici, le sentiment de déprime que m’offre le spectacle d’un pays soumis à sa caste comme des larbins, c’est surtout le désespoir de pouvoir me revendiquer aussi français que je me sens anglo-saxon un peu plus chaque année. Pour différente raison, parce que c’est une moitié de ma culture d’une part, parce que je pratique la langue autant que j’en saisi les subtilités, que j’en connais l’histoire et son indépendance frondeuse… Et bien aise sera celui qui saura ici de quelle culture je parle… Je désespère que ce pays se décide enfin à se débarrasser de cette caste qui la maintient dans l’illusion de son passé. Je désespère de le voir se mettre enfin à la page des énergies renouvelables et cesse d’avaler les couleuvres du lobby du nucléaire et des politiques qu’il s’est payés. Qu’il arrête de prendre l’écologie pour un gadget à usage des gogos, et l’agriculture pour une machine à cash. Qu’il cesse de se prendre pour l’Amérique en couvrant son paysage de supermarchés. D’adopter des réformes saines sur la législation du cannabis. De s’obséder sur des sujets aussi cosmétiques que le port du voile ou une islamisation qui appartient surtout au domaine du fantasme de quelque narcisse de télé. Qu’il fasse confiance à sa jeunesse et qu’il la mette en avant. Qu’il fasse la paix avec son histoire, sans honte, mais surtout sans cette fierté déplacé autour de l’abomination coloniale. Et surtout qu’il arrête de regarder en arrière, évoquer De Gaulle ou Louis XIV pour se demander comment aborder le présent comme l’avenir. Les Trente Glorieuses ne reviendront jamais, le plein-emploi, c’est du passé, il est temps de grandir et d’aller de l’avant. Et pour le moment, la France fait du sur place en attendant de reculer et se regarde le passé comme on se renifle le cul. Et ça ne date pas d’hier, ça fait trente ans que ça dure. Alors pardon pour les petites âmes recroquevillées de ce pays, mais moi, je fatigue