Le grand carnaval ou le bonheur des ogres.

Pour la première fois peut-être depuis l’instauration du suffrage universel, et certainement depuis le début de la 5ème République, la France est présidée par un homme qui n’a pas été élu par la majorité mais par une poignée de français.  En additionnant les vote blancs, les abstentions, et ceux qui ont préféré Le Pen, Emmanuel Macron, le nain-soleil, a été élu par 44% des français et encore moins si on fait la somme des deux tours. Pour la première fois depuis le début de la 5ème, non seulement ce vote a été purement et simplement volé par une comptabilité scélérate mais qui plus est les lois ne sont dans les faits pas respectées. Et absolument aucun responsable politique de Le Pen à Mélenchon pour relever l’escroquerie et demander une mesure de destitution.

Pour la destitution ça va être un peu compliqué parce que la loi de 2007 stipule qu’il peut-être destitué s’il manque à ses devoirs. Ce qui en soit est libre de toute interprétation selon le contexte. Par exemple, dans une entreprise, un cadre payé douze mille euros et qui se tire en vacance à peine trois mois après être rentré en fonction, manque clairement à ses devoirs. Pas au sommet de l’état, visiblement. Pour ce qui s’agit de relever l’escroquerie, considérant le peu d’électeurs avec 24,5% d’abstention et 11% de votes blancs on peut comprendre que ces deux caciques de l’opposition autorisée par le patronat ne soient pas chaud patate à l’idée de remettre en question un système qui les a portés de justesse. Et pareil pour les législatives. Apparemment la vieille soupe ne fait plus recettes. Quelque soit l’ingrédient magique que le patronat mettra dedans d’ailleurs. Nationalisme pseudo gaullien avec de vrais bouts de fascisme dedans pour faire très, très peur, à l’instant Macron. Ou marxisme pouet à la sauce éco-responsable et économie participative avec de vrai bout de diva 2.0 dedans, celui qui fait les gros yeux aux journalistes stagiaires, pour faire rire à l’instant Gattaz.

Remarquez ça donne un spectacle assez croquignolet en ce moment au Palais Brongnart. Je peux vous en parler moi mes muppets quand j’étais gamin c’était l’assemblée le mercredi. Bah ça a beaucoup changé hein. Aujourd’hui on a les cravates contre les sans cravates, c’est comme les sans culottes mais en plus poli. Les sans cravates râlent que c’est trop injuste qu’on retire cinq euros d’APL ou de supprimer les emplois aidés, les cravates disent, ah oui mais c’est comme ça, et la loi passe. Quelques cravates et sans cravates disent qu’il faudrait obliger les élus à avoir un casier judiciaire vierge, comme par exemple un agent technique dans une mairie, les autres cravates, unanimes se lèvent et font oui mais non ça serait anticonstitutionnel. Oh c’est pas du jeux répondent les sans cravates et quelques cravates, c’est toujours vous qui gagnez ! Bon d’accord, rétorquent les autres alors on va dire que si y disent nègre ou youpin bin y seront puni, même pas droit de venir. Pff même pas peur, répond Marine, et dans les tribunes, la Licra ouéééé bravo, vive la France ! C’est historique ! Tralala pouet ! Bien fait Marine, bien faaaait euh !

Vous n’avez pas un tout petit peu l’impression qu’on se fout de votre gueule ouvertement ? Pas les cravates et les sans cravates, enfin presque pas tous, non je parle de messieurs Bolloré, Pinaud, Lafarge, Lagardère, Niel, Arnaud, et notre président de la république bien aimé, Pierre Gattaz ?

Pour 12000 euros t’as plus rien.

Selon la garde des sceaux et tout plein d’expert, la loi confiance, comme les couches du même nom apparemment, présentait de fort risque d’inconstitutionnalité. Soit. Mais quand elle parle de « fort risque » elle parle de quoi exactement ? C’est important les mots, la façon dont on les présente à un public gogo. Admettons qu’ils aient voté la loi, pouf le conseil constitutionnel l’examine et fait ah non c’est pas bon, faut refaire. Et alors ? C’est ça le risque ? Qu’une loi soit retoquée par le conseil, comme par exemple la loi sur le logement que voulait faire passer Duflot et qui est ressortie remodelée et inoffensive à son second passage. ? Moi qui imaginais un genre d’explosion hollywoodienne, ou une épidémie biblique, c’est plutôt nul comme « fort risque. ». et sinon, je voulais savoir, niveau constitution justement, elle a été apportée par Moïse et gravée dans le marbre par le doigt divin ?  Ah oui mais non, la constitution de De Gaulle elle est magique. Elle donne au chef de l’état un pouvoir et une représentation de monarque, et ça monarque, ça lui plait bien l’employé du mois. Avec Maman ils ont même décidé sans rien demander à personne qu’elle ferait genre reine mais moderne quoi tu vois, first lady genre. Je ne sais pas pour vous mais quand j’entends le terme « Première Dame » je me demande, pourquoi il y en a d’autre ? Il tient un harem ? Première dame par rapport à qui exactement ? Par rapports aux autres dames du pays ? Pourquoi parce que c’est le fait du roi ? Qu’il va la baiser en premier et les autres doivent suivre la file ? Aaaah non je sais, parce qu’elle va aller serrer des louches dans des cocktails pour dame riches et généreuses pendant que leurs maris sont occupés à déposséder un peu plus leurs chers pauvres. Les pauvres, les malades, les affamés, les réfugiés sont à ces épouses là ce que les chiots sont à vos enfants. Et tous les ans on déplore autant de chiens abandonnés que de nouveaux affamés, de nouveaux pauvres, de nouvelles victimes du trafique humain. Et à propos de ce nouveau statut, cette charte de « transparence » qu’a émit l’Elysée pour Maman, vous avez entendu les cravates et les sans cravates mugir à l’assemblée ? Un vent de révolte a parcouru cette royale « démocratie » ? Non tu comprends c’est l’été tout ça… On verra pour les grèves à la rentrée, mais pas à Noël hein, on reçoit les Durand et y’aura dinde.

 Oui, elle est bien pratique cette constitution et ce principe du suffrage universel. Elle permet à des condamnés multirécidivistes comme Dassault ou Balkany de continuer de voter des lois scélérates en s’enrichissant. Elle autorise le CAC40 a faire élire son employé, après que leurs autres employés, les médias, aient orchestré la plus formidable campagne électorale en faveur du dit employé depuis Nicolas Sarkozy. Elle protège financièrement tout ce beau monde qui, en cas de coup dur, pourra non seulement toucher une rente à vie mais trouver un emploi dans la finance en cas de pépin. François Fillon, par exemple, un homme de conviction comme chacun sait, avait un certain talent pour la levée de fond mais guère pour ce qui s’agit de maquiller ses comptes. Ce pourquoi il va travailler bientôt pour une filiale de la Société Générale.  La Société Générale, pour maquiller les comptes, on le sait depuis les Panamas Paper aussi bien que Kerviel, c’est des as. Sarkozy aussi s’est fait une raison à son narcissisme, il parle également de bosser pour la finance et faire « plein de pognon » comme il aime le dire avec sa poésie coutumière. Narcisse 1er lui ronchonne un peu, à un gamin qui lui parlait de son salaire il répondait que c’était pas avec douze mille malheureux euros qu’il fallait compter s’enrichir. C’est vrai quoi, trois mois de salaire à 12000 euros pour partir en vacance à Marseille c’est nul. Les gens ne se rendent pas compte du prix de la bouillabaisse au caviar.

La France ou la corruption institutionnalisée

Le budget de la justice française est égal à celui de la Moldavie. Vous me direz comme on n’arrête que des voleurs de poule ça reste dans le ton. 60% des détenus sont des jeunes issus des couches populaires et ayant entre 16 et 19 ans. Et pour compenser sans doute on a créé 29 lois pénales depuis 2000, en durcissant les sanctions et la durée des peines. En revanche, le scandale du Médiator déclaré en 2010 ne sera jugé, peut-être qu’en 2018 ou 2019. On attend que tout le monde soit morts La prison de Fresnes est insalubre et surpeuplée à 200% de ses capacités, le Conseil d’Etat a refusé de faire quoi que ce soit. En revanche l’affaire Françoise Nicolas dont votre télé ne vous a jamais parlé, déclarée en 2009 et qui implique un détournement de fond avec l’aide de l’ambassade de France au Bénin et du Quai d’Orsay, menace de mort, et tentative de meurtre sur la personne de mademoiselle Nicolas n’a toujours pas été jugée en 2017. Où en sont les affaires Fillon et Sarkozy ? Je l’ignore comme vous, dans les limbes de l’oubli, des procédures baillons et des recours dilatoires à répétition. Les procédures baillons, vous savez comme dans l’affaire Kerviel quand ils lui ont réclamé quatre milliards de dommage. Ou dans l’affaire Clearstream quand la partie adverse réclamait 300 millions à Denis Robert.

Le CSA puni C8 de publicité pendant trois semaines en raison du sketch homophobe de son pitre vedette, Bolloré réclame 13 millions au CSA, trois semaines de bénéfices perdus selon lui. Il n’en a pas besoin bien entendu mais il est comme ça Vincent, il aime montrer qu’il en a une grosse et que c’est lui le chef. Il peut, lui comme toutes les holdings précités ou impliqués dans les scandales financiers qui émaillent régulièrement ce pays depuis des lustres, sont couverts par trois choses : une montagne d’argent, des armées d’avocats et un code de procédure pénale  épais comme un bottin et qui s’épaissit chaque année. En revanche, comme le fait remarquer le magistrat Eric Alt personne n’envisage de le simplifier, au contraire du code du travail. Pas plus qu’on ne parle de simplifier la fiscalité et les procédures judiciaires idoines.. D’ailleurs le parlement a voté contre la levée du verrou de Bercy, réclamé (pour une fois) par le Sénat. Touche pas au grisbi salope ! C’est nous qui disons qui on doit poursuivre en justice. Tiens, à propos de procédure, elle en est où Marine avec le Parlement Européen ? Les élections sont passées ça y est ils sont réconciliés ou bien Marine fait de l’obstruction ? Ou bien peut-être qu’on manque d’huissier, de juge disponible pour les affaires financières… Tu sais en Moldavie….

Il existe une autre institution, en dehors de l’état et du CAC40 qui peut compter sur la justice française pour la protéger, la grande criminalité. Si la marmaille des petits dealers continue d’être enfermé par wagon entier par une police du chiffre, le trafique de drogue se porte fort bien, et les mafias également merci. Au Havre les affaires de cocaïne se multiplient au rythme du trafic, à Grenoble les magistrats tirent la sonnette d’alarme. L’ex patron des stups, François Thierry a été mis en examen pour avoir protégé et aidé à s’enrichir son tonton, un très gros trafiquant de marocain. L’implantation mafieuse est forte en Ile de France, dans la Loire Atlantique, en Isère, Rhône Alpe, Alsace et équivalente à celle du sud de l’Italie où sévissent quatre mafias, dans la région PACA. Et tiens dis donc c’est justement dans cette région que Maman et son prodige sont allés se reposer après la terrible épreuve des discours vaseux et des serrages de mains. Bon, ne soyons pas mauvaise langue, le fait qu’un journaliste ait fait de la garde à vue, son appareil fouillé, parce qu’il avait osé photographier le couple royal n’a rien à voir. Que deux ministres d’état louent pour leur vacance une villa appartenant à un ancien trafiquant de drogue non plus. C’est le hasard, la faute à pas de bol, tu comprends en cette saison en Corse c’est super dur de louer une villa avec piscine. Et puis Marseille c’est si charmant, Maman adore ! C’est génial ! Comment ça je porte des accusations calomnieuses ? Comment ça l’état français ne fricote pas avec les voyous, jamais, parce que c’est pas républicain. Et si on parlait d’Etienne Léandri, de Charles Pasqua, d’Elf et du réseau corso-africain ? Ah ils sont tous morts, c’est le passé ! Même Elf a été racheté par Total… Bon plus prêt de nous, les beaux costumes au beau François offert par maitre Bourgi. Pour situer, Robert Bourgi c’est la nouvelle courroie de transmission de la France Afrique après Foccard et Pasqua. Une courroie qui les relie aux parrains du sud de la Corse. Mafia corse qui au demeurant contrôle la plus grande part du trafique de stupéfiant en France. Une vieille tradition française qui remonte à l’avant-guerre, les parrains corses et la drogue. Une vieille amitié avec les politiques également. Heureusement les saisies sont spectaculaires, la consommation également. Comme le fait remarquer Fabrice Rizzoli membre d’Anticor et de CrimHALT, auteur du Petit Dictionnaire Énervé de la Mafia on préfère faire des grosses saisies simplement parce qu’on manque de greffier et que ça fait des jolis photos. Comparution immédiate, instruction courte, pas d’écoute tout ça, et puis d’abord pour écouter quoi ? On a attendu 2004 en France pour admettre l’implantation mafieuse, et encore du bout des lèvres. Les témoins ? Les repenti ? Institué en 2000 le programme de protection des témoins marche sur une jambe. La jeune femme qui avait balancé Abdelhamid Abaaoud s’est retrouvée sans protection, son identité révélée. Grâce à sa loi sur les biens mal acquis, l’Italie prend six milliards par an à la mafia. Une loi sur les biens mal acquis ? Au pays de Patrick Balkany et de sa villa Pamplemousse ? Au pays de Serge Dassault, des costumes à cinquante milles boules et des frais de maquillages à 26.000 euros ? Vous êtes fous ? Et le château que notre bon président de la république Pierre Gattaz vient de s’offrir pour 11 millions d’euros, vous y pensez !? Bande d’ingrats ! La France d’en bas n’existerait pas sans celle d’en haut, si, c’est monsieur Dassault qui l’a dit. Tiens à ce propos de cette note de maquillage de 26.000 euros. Pourquoi les gens trouvent ça trop cher ? Personne n’a jamais entendu parlé du terme fausse facture dans ce pays ? Double comptabilité ? Non ? Pourtant c’est un vocabulaire que Jacques Chirac, Alain Juppé, François Fillon, Nicolas Sarkozy, Edouard Balladur, etc… nous ont bien apprit..

Mais enfin rassurons nous, pour en revenir au seul trafique de drogue, le vieux monsieur de l’Intérieur a une super idée. Faire comme si la loi de 2015 sur les amendes envers les usagers avait été votée cette année à son initiative. Comme ça c’est pratique d’une main on enferme les enfants de pauvre et de l’autre on racket leur client. Et hop, pas d’émeutes, pas de brasier de 2005, ils sont tous déjà au trou.. d’ailleurs le porte-parole de notre firmament indépassable, Christophe Castaner, l’a dit : « Rien ne menace la liberté si cela permet de lutter efficacement contre le terrorisme ». Kim Jong Il n’aurait pas dit mieux. George Orwell par contre doit hurler dans sa tombe.

La guerre des classes est engagée et les patrons sont en train de la gagner.

Du début du siècle aux années soixante, la guerre des classes a été engagé à l’initiative des ouvriers et de quelques intellectuels bourgeois et ouvriers. Cette guerre des classes, cette lutte sociale a accordé un salaire en propre aux femmes, leur droit de vote, les congés payés, la sécu, la semaine de quarante heures, la fin du travail des enfants, etc…Ce que l’on appelle aujourd’hui avec mépris mâtiné de condescendance le « gauchisme » a porté absolument tous les progrès sociaux de nos sociétés moderne. Entendant que l’on englobe dans le gauchisme absolument tout et n’importe quoi du féminisme au Che 2.0 l’hologramme marxiste, en passant par le Jurassik Park de la rue Solférino. Sans tenir compte ni que le socialisme est passé de la cause populaire à la cause bancaire en un siècle, que le féminisme  a d’abord été porté par des dames fort chrétiennes et qu’il a d’autant embrassé d’autres causes que les femmes sont une force économique et sociale de notre pays. Que l’anarchie a été abattue autant par le communisme que le fascisme et les forces du capital. Que le communisme est devenu une expérience intéressante pour qui aime les hôpitaux psychiatriques. Bref… On occulte surtout que depuis les années 50 à aujourd’hui, lentement, scientifiquement, posément le patronat s’est ingénié à vider de tout contenu la lutte sociale, de tout pouvoir. On oublie surtout que la guerre des classes est aujourd’hui engagée par les milliardaires de ce monde et qu’ils ont en train de la gagner.

De quoi s’est fabriquée cette lutte sociale, de quoi s’est-elle nourri ? De sang et de martyr, certes. D’essais et de manifestes politiques également.. Mais avant tout des écrits de Zola, Dickens, d’un rejet de l’académisme bourgeois chez les impressionnistes, de la démocratisation du beau pour le Bauhaus. Elle s’est nourri du théâtre de Brecht, des Raisins de la Colère, du cinéma de Pasolini, de Camus, Sartre, de la Nouvelle Vague. Bref d’une culture, d’une pensée artistique et culturelle subversive qui témoignait, militait, inséminait la société avec une pensée humaniste et sociale au lieu d’être exclusivement tourné vers la libre entreprise et le marché. Cette réalité n’a pas du tout échappé à la CIA dans les années 50 et 60, pas plus qu’elle n’a échappé aux tenants de l’économie de marché. En Allemagne, Italie, France, dans toute l’Europe de l’ouest les Etats-Unis ont exercé un travail de sape sur les intellectuels, cinéastes, peintres, écrivains de sensibilité de gauche. Favorisant bien entendu les défenseurs de la libre entreprise. On a défendu un certain art abstrait qui ne disait plus rien, on a encensé les reproductions de Warhol, et l’art contemporain est né. Un art de la transgression et non plus de la subversion. Un art dont on pouvait décider la valeur immédiatement sans créer de la richesse. Un art consommable. Et aujourd’hui un Velasquez vaut moins cher qu’un placard plein de flacons rempli par un quelconque génie élu du marché.de l’art. François Pinaud est contant, il peut jouer à Laurent de Médicis et les Aventures de l’Abattement Fiscal.

Observez notre paysage culturel actuel, vous n’avez pas l’impression qu’il y a quelque chose qui manque ? BHL, le chevalier blanc de ce programme américain de détricotage culturel, traite le Monde Diplomatique de rouge-brun parce qu’ils ont osé faire un dossier à charge sur lui. Immédiatement soutenu par Philippe Val, qui était Charlie mais depuis tu comprends Carla est une amie. Eric Zemmour se prend pour la France et se rengorge de sa plus complète bêtise en nous assommant de sa violence verbale raciste et misogyne. Alain Soral et Dieudonné se tirent les cheveux pour savoir qui va dire le plus souvent « youtre » dans une seule phrase. Michel Onfray parle de Michel Onfray, tout comme Finkielkraut, Emmanuel Todd et tous ces messieurs qui adorent poser devant des bibliothèques chargées pour bien montrer que eux ils pensent. Le cinéma français continue de faire des fours remboursés par TF1 et l’avance sur recette à coup de comédie vachement marrante dans un camping on dirait et y’aurait plein de beauf ridicules. Le théâtre est en train de mourir, François Rollin a décidé d’arrêter au lieu de bosser à perte et les intermittents du spectacle sont priés de présenter leur papier à la soupe populaire, pas de resquilleur ! la Chambre des Arts et Métiers déplore la pénurie grandissante d’artisan d’art. Et question musicale ? Le rap de consommation courante ? Bouba le rebelle de Boulogne Billancourt ? Shab frère je suis un tueur mon daron c’est un baveux ! Ou bien la bande des quadras aphasiques, les amants à Carla ? De toute façon ça sert à rien la culture, l’employé du mois préfère poser avec un maillot de foot que de s’emmerder devant Picasso. T’as vu récemment un président en exercice occupé dans un musée, recevoir un grand poète, distinguer un peintre, un chorégraphe ? Et le dernier Goncourt, tu te souviens de quoi il parlait ? Une nounou tue les marmots qu’elle a en garde. Je suis absolument certain que Céline aurait trouvé ça passionnant et que Camus aurait fumé une cigarette à la lecture de ce drame engagé….

Deuxième axe du mouvement social les partis politiques. Là c’était facile, par la grâce du suffrage universel les partis ont besoin d’argent pour leur campagne. Beaucoup. Et plus le discours s’est vidé, plus la lutte sociale a laissé place au « care », comme disait Martine Aubry, plus les candidats ont été lancés comme des lessives, et les campagnes ont coûté de plus en plus cher. Des budgets cinématographiques. Sans compter que les candidats sont recrutés exclusivement dans le même cercle social, avec le même cursus. Macron a fait Science Po et l’ENA pourtant quand on l’écoute parler on regretterait presque qu’il ne soit pas footballeur.

Troisième axe l’idéologie elle-même. Certes l’effondrement de l’Union Soviétique a largement aidé au démantèlement de la gauche. Mais l’invention du Front National également. On ne cesse de nous répéter que Mitterrand s’est servit de Le Pen pour diviser la droite. Pourquoi seulement la droite ? Les communistes ont perdu leur base populaire au profit du FN et ce qui reste du PS s’est mis a entonné le discours identitaire à coup de « les Roms n’ont pas vocation à rester en France » ; Au reste plus un seul de nos intellos autorisés ne parlent de lutte des classes, ils ont la bouche pleine d’islamophobie, de guerre des civilisations, de communautarisme divers et variés, de bavardage sur le voile et de Grand Remplacement.

Quatrième et dernier canal des mouvements sociaux, leur bras armé si j’ose dire, les syndicats. Pour contrer l’influence communiste et socialiste les américains, encore eux, créèrent et financèrent le syndicat Force Ouvrière. La CFTC, l’ami des patrons, tel que nous la connaissons, a été créée après la scission de 64, lorsque Delors et ces copains fondèrent la CFDT, décidèrent de se rapprocher de la question de la lutte des classes, et de déconfessionnalisé leur mouvement. Afin notamment d’emmerder les communistes de la CGT. Le syndicat Sud est une déclinaison de FO. Bref avec le temps, à force de jouer les uns contre les autres, d’assurer des rentes à des délégués syndicaux, d’empêcher la création de syndicat dans les entreprises, de diviser et subdiviser les intérêts de chacun, le patronat est parvenu à rendre impuissant les dits syndicats en France. Oh oui, bien entendu, on adore parler des grèves ici, qu’on la fait tout le temps, et même qu’on prend en otage les usagers tout ça. Bon d’accord on fait moins grève que le Danemark et Chypre, mais ça compte pas. 80 jours de grève sur 1000 salariés sur les dix dernières années, c’est dire si c’est grave. Alors que l’Allemagne seulement 16 jours ! Les Allemands c’est des gens biens, c’est des gens sérieux, ils devraient revenir. .Et qu’est-ce que ces grèves ont changé ? Absolument rien. La loi de cette pauvre victime d’El Kohmri, dit « la cible idéale » ? Manu la Terreur a sorti son joker, et fuck la lutte des classes.

Je trouve ça curieux quand même cette lutte sociale qui répète les mêmes recettes sans résultat. Quand une entreprise créait de la richesse, quand son avenir dépendait de sa production et de sa qualité, les ouvriers en grève c’était gênant. Ford en grève c’était de l’argent perdu, beaucoup mais aujourd’hui ? Aujourd’hui Mital délocalise et il vous emmerde. Aujourd’hui  Bolloré rachète votre entreprise, vire tout le monde et la revend plus cher au bout de deux ans. Qu’est-ce qu’ils peuvent bien en avoir à foutre à la SNCF que les cheminots ne travaillent pas puisqu’ils veulent justement démanteler et privatiser ? Et qu’en plus c’est les cheminots qui payent la grève de leur poche !? Puisque à coup de rachat en LBO une holding se fera plus d’argent que Disney, Coca et Microsoft réuni avec leur production, pourquoi il n’est jamais venu à l’idée des syndicats de faire, par exemple, la grève des contrôleurs, ou la gratuité des transports. Taper directement aux portefeuilles des actionnaires. L’argument de la prise d’otage en prendrait un coup non ? Et si par exemple un syndicat , composé de magistrats, d’intellectuels et de citoyens décidait de faire la grève de l’impôt tant que l’affaire Servier n’est pas jugée, les responsables condamnés et les victimes indemnisées, ça aurait une autre gueule question désobéissance civile que de se pointer à l’Assemblée sans cravate.non ?

Et si vous remplissiez les petites cases de votre imagination pour vous demander comment conserver vos congés payés et vos droits les plus élémentaires. Vous savez, les congés payés que l’on parle de supprimer avec les RTT. ? Pour éviter que Vincent choisissent pour vous ce que vous devez voir ou non à la télé. Pour qu’Eric Zemmour ferme de temps à autre sa gueule au profit d’un véritable intellectuel, un historien, un auteur, un magistrat, un poète, quelqu’un qui vous nourrisse d’autre chose que de haine et de mépris. Et si on se demandait cinq minutes si livrer une société tout entière aux lois du marché et à la voracité du CAC40 n’était pas assimilable à de la haute trahison, on pourrait virer Maman et son petit homme sans lui refaire la coupe de cheveux. Et si ce pays grandissait un peu ?

Etat de la justice en France

Affaire Françoise Nicolas

Programme culturel de la CIA

Carte de l’implantation mafieuse en France et en Europe

 

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Futurama

Hang Zook s’étalait entre les usines chimiques de Moebiuz Haallona Korp, la centrale à gaz de Long River et une zone d’exploitation minière d’où on arrachait par jour trois tonnes de tryrium 480, indispensable à plus d’un titre. Situé au milieu d’une cuvette qui avait été dans un passé érodé un cratère d’astéroïde, et traversé par le fleuve Long, la ville semblait avoir été taillée dans un seul et même bloc de béton brut. Une silhouette verticale et massive nimbée d’un halo permanent de poussière noirâtre et moite à travers lequel perçait l’œil d’un soleil blafard. Un emploi stable est la garantie d’un environnement harmonieux.  Un monde bichrome nuancé des couleurs acidulés des enseignes lumineuses, publicités au néon, hologrammes animés, sur les façades grises des galeries marchandes, des salles de jeu, bars, cantines, casinos, peep show, striptease, bordel en ligne, et qui éclaboussait la cité de leur vice électrique. Certains hologrammes chantaient également, solitaires, dans le lugubre d’une avenue déserte, des chansons à la gloire de la marchandise. Réclame soda, aboyeur virtuel, voix d’astroport, comme celle d’un fantôme plaintif errant dans la ville. Ube vivait là depuis qu’il était enfant. Elevé dans les grands ensembles cage à poule qui caparaçonnaient Hang Zook comme un coffrage de ciment rose, jaune, bleu, vert mer. Une couleur par zone, ouest, est, nord, sud. Hootan, Zombie Canyon, Sifu-Jakarta, Tao. Une zone par corps de population, Tao, les employés échelon quatre, Zombie Canyon, ouvrier et manutentionnaires du secteur gazier, Hootan, les mineurs, Sifu, les ouvriers de la chimie. Travailler depuis l’enfance augmente vos chances de garder un travail. Des Maquiladoras-kwan rayonnaient tout le long du Ring, le périphérique suspendu entre la cité et sa carapace-dortoir. Dizaine de hangars métalliques vibrant et bourdonnant des machines à coudre, perforer, cintrer, mouler, polir de l’industrie de la confection et du jouet discount. Pleins de gamins des deux sexes, entre sept et quatorze ans, tous issus des cages à poules. Et comme tous ceux de sa génération et des générations présentes et à venir, Ube y avait également travaillé. Entre huit et quatorze heures par jours, selon les commandes, les retards. Deux poses de dix minutes, rien de plus, un repas, payant, menu unique, nouilles Prom et boisson énergisante sucré Karamel, parfum amphétamine et taurine. Le savoir n’est pas un droit, c’est un choix. Ceux qui remplissaient ou dépassaient leurs objectifs mensuels avaient accès à l’école où des professeurs automatiques leur dispensaient un savoir générique. Lire, écrire, compter. Les meilleurs étaient encore écrémés envoyés en stage de l’autre côté du Ring, découvrir l’entreprise dans sa réalité, comme disaient les dépliants que tous les élèves recevaient à l’occasion. C’était le BAP, le Brevet d’Aptitude Professionnel. Et tous les gamins avaient intérêt à l’avoir s’ils ne voulaient pas retourner trimer dans les hangars. Les stagiaires étaient appelé Oyo, jargon sinobusiness pour zéro, rien. Et leur stage était rituellement initié par trois jours de coups et d’humiliations, parfois de viols. Ube se souvenait. Le premier jour ils l’avaient coincé dans le couloir menant aux machines à copier. Des employés de niveau cinq, agent technique, presque rien quoi. Ils l’avaient tabassé à coup de canne en bambou, à la façon des anciens maitres. Mais il avait tenu le choc, résiliant. Il avait eu son BAP et, puisqu’il était un vert mer, un de Tao, naturellement confié au travail de bureau. Un meilleur travail c’est plus de responsabilités mais aussi de meilleur loisir, soyons ambitieux. Onze millions sept cent vingt cinq mille et deux cent quarante deux d’habitants, emmitouflés dans des combinaisons étanches, le visage diversement masqué, enfermés dans des tours à demi aveugle aux fenêtres barrées par des grilles de filtrage. Dans les boyaux souterrains du métro, les rames atomiques, les boites en plastique composite des speeder et des aérojets, des barges, les cercueils transparents des ruches étanches des DomoticHôtel qui cernaient l’astroport. Onze millions sept cent vingt cinq mille et deux cent quarante deux d’habitants, et deux millions de visiteurs chaque mois en moyenne, essentiellement des voyageurs de commerce, hommes d’affaires, contremaitres entre deux chantiers. Autant de ventres à satisfaire, de l’aine au nombril, de poches à délester, d’hommes et de femmes à distraire, stupéfier, éventuellement dorloter pour les plus échelonnés. Une industrie essentiellement confié à la gestion du Syndicat Wang. Initialement syndicat des transporteurs qui sous l’impulsion des Gens du Fleuve prit des parts de plus en plus importantes dans tout ce que la cité cessa de vouloir gérer ou entretenir. Les Gens du Fleuve ce n’était qu’un euphémisme, une manière imagée et culturelle de désigner la pègre. Il y avait trois grands clans en ville, Wang-Sh’ ou Syndicat Wang qui dominait le jeu et la prostitution et touchait sa dime sur chaque bar et cantine de la ville. L’Ichiwanigumi, monde des affaires, blanchiment et trafique. Et l’Anati, plus spécialisé dans le meurtre sur commande, les enlèvements et la traite humaine. Les entreprises légales, Socotex, L’Oréal-Chemical, Saisonna, Hong-Kong City Bank, Automat se partageaient le reste du gâteau. Hygiène, fourniture, alimentation, etc… Uben travaillait au Bureau des Régulations du Secrétariat à l’Entreprise et au Travail. Le Bureau avait un double rôle, à la fois diplomatique et répressif, et agissait sur ordre d’un juge des conciliations quand intervenait un litige entre domaine légal et non légal. Entre par exemple un VRP rond comme une pelle, une prostituée du Singing Princess et ses souteneurs. Une dispute à propos du nombre de bouteilles qu’il avait éclusé. Quand ils arrivèrent, ils étaient en train de le bourrer de coups de pied et l’insulter tandis que Masazumi tentait de lui faire entendre raison. Masazumi avait la fonction de juge de paix, son homologue de l’autre rive en quelque sorte. Chaque clan avait le sien. C’était lui qui l’avait appelé et lui avait expliqué la situation. Le temps qu’Uben trouve un juge pour lui délivrer un permis d’intervention on en était visiblement plus à la question des bouteilles. La carte de crédit rouge du VRP se dandinait dans la main de Masazumi, Masa pour les intimes. Il le sermonnait, lui reprochait d’avoir été mal élevé avec la fille. Le VRP n’était plus vraiment saoul maintenant il pleurnichait, les joues rouges de coups, les lèvres fendues, le nez barbouillé de sang et de morve. Ube s’approcha et demanda à son homologue se qui s’était passé.

–       Cet imbécile à traité d’Azumi de salope.

Le type se mit à brailler comme si on venait de le condamner à mort. Uben le regarda à peine, les pigeons dans son genre c’était deux fois par semaine minimum.

–       Combien ?

–       On peut plus rien lui prendre, il était déjà dans le rouge en arrivant, je viens de vérifier.

Uben poussa une espèce de soupir guttural.

–       Tu veux le marquer ? Pourquoi faire ? C’est qu’un sans grade !

Masa haussa les épaules.

–       C’est pas moi qui décidé j’attends les ordres.

Dans le jargon des gangs « marquer » pouvait signifier deux choses, soit que la personne était désormais en dette et devrait tôt ou tard rembourser par un service, soit qu’avant de la laisser filer on lui laisserait la marque du clan gravée sur la peau. Et puis soudain il y eu une espèce de glapissement terminé par un gargouillis. Ils se retournèrent juste à temps pour voir le malheureux s’effondrer, la gorge percée par une paire de baguettes. Les deux lampistes qui accompagnaient Uben se précipitèrent à son secours. Cependant impossible de retirer les baguettes sans provoquer une hémorragie. Ils le regardèrent mourir, impuissant, s’asphyxiant lentement. Masazumi était furieux.

–       Pourquoi tu as fait ça imbécile !?

–       C’est pas d’ma faute Aki il s’est avancé !

Le responsable était un noueux et trapu souteneur dans une combinaison en latex rouge et bleu discrète comme un lampion.

–       Crétin ! Il s’est avancé ! Tu me prends pour qui !? T’as cru que t’étais en prison ou quoi connard !?

–       Non Aki ! Pardon ! Supplia le type en se pliant en deux.

Mais pour Masa c’était beaucoup trop tard pour s’excuser, et son poing atterri sur la figure du bariolé qui tomba face contre sol.

–       CONNARD !

 

Uben voulait bien compatir. Maintenant il allait devoir faire un rapport écrit et qui aime les traces écrites de ses erreurs ? Surtout qu’à partir de là, la famille du défunt pourrait réclamer légalement réparation. Tout ce que détestaient uniformément les clans. Harmoniser ses relations c’est faciliter les échanges, faciliter les échanges c’est flexibiliser le commerce. Voyons loin.  Le bureau d’Uben était situé au sixième étage nord du Secrétariat à l’Entreprise et au Travail, le SET comme on disait entre initiés. Rien d’extraordinaire, six mètres carrés délimités par des parois de plastique au bout d’un alignement d’autres bureaux du même genre quoique plus petits. Il avait pourtant mis prés de six ans pour parvenir là. Employé d’échelon sept, grade d’enquêteur terrain classe B. Tout le monde commençait à l’échelon quatre, et tous les échelons quatre étaient strictement assignés à des tâches subalternes desquels on ne s’arrachait que par chance. L’une de ces missions consistait à vérifier des segments comptables, que les résultats chiffrés rendus par les calculateurs ne soient témoins d’aucune occurrence. Bien entendu les machines ne se trompaient pas, les résultats qu’elles donnaient des bilans de production de la ville et des bénéfices, tenaient compte de ce que les entreprises détournaient ou plaçaient dans les ZDS, les Zones de Défiscalisation Spéciales, et saupoudraient les résultats en fonction. Mais par le jeu des ETHF ou Echange à Très Haute Fréquence sur le marché du bien fiscalaire, où l’on pouvait négocier des packages de sociétés écrans et de montages financier en double aveugle, il arrivait que ce qu’on appelait des nuages fiscaux et qui regroupaient des norias d’entreprises éphémères et de comptes bancaires à tiroir, suivant la volatilité d’un flux financier constant, les machines laissent trainer quelques erreurs, poignée de cents ci et là qui, sous le regard d’un expert, pourrait sembler suspect. Un jour il était tombé sur une occurrence de ce genre comme une pépite. Il existait une expression commune dans le jargon des échelons quatre « la machine est parfaite » si courante même que s’en était devenu d’abord un acronyme dont on biffait parfois les marges des rapports puis mot tiroir à la fois verbe adverbe ou adjectif selon la circonstance. Mep pour ne te mêle pas de ça, pas mon problème, ce n’est pas ma faute, mepper ou être meppé pour se mêle de ce qui ne le regarde pas, fout le bordel ou va se faire virer. La machine est parfaite, remettre en question cette vérité intangible, un risque et une attitude qui pouvait vous faire perdre votre emploi. Pourtant il l’avait prit, la curiosité, l’envie d’en découdre avec les chiffres et les machines sans doute aussi, le plaisir de la transgression. Il avait découvert plusieurs erreurs de huit centimes et d’autre montant jusqu’à vingt. Sur l’échelle continentale et même global cela pouvait faire des trous de plusieurs millions. Alors il avait remonté le courant des milles et un ruisseau du flux financier et avait mis à jour non pas ce qu’il pensait être une erreur des machines mais plus simplement une escroquerie portant sur plusieurs millions et qui était le fait d’un cadre moyen d’une banque. Cette découverte lui avait valu son affectation au SET et une promotion. Il ignorait en revanche si le coupable avait été puni ou non. Son rapport terminé et envoyé à son supérieur par le canal interne, il alla pointer, il avait terminé sa journée, il était temps de rentrer chez lui. Il vivait près de l’astroport dans un studio au dixième d’une tour aux flancs noircis par la pollution. De sa cuisine il pouvait apercevoir par le grillage filtrant une portion de la zone d’embarquement, les appareils en partance pour les confins. Ca le faisait rêver. Il aurait adoré monter un jour dans un de ces monstres et partir à l’aventure vers de nouvelle planète. Un rêve de cadre malheureusement, et avec ses origines sociales il y avait très peu de chance que ça lui arrive un jour. Il alluma son écran mural et jeta un œil sur l’actualité en continue tout en plongeant un auto-plat dans une casserole d’eau salé. Cinq minutes plus tard il dévorait ses nouilles Zok à la sinosauce tout en écoutant Mélanie Wank relater les derniers évènements sur Eiropa où se déroulait actuellement une guerre à échelle majeure. Dans un bandeau latéral défilait le cours des actions, l’industrie chimique se portait à merveille, celle de l’armement également. Le malheur des uns faisait comme toujours le bonheur des autres. Le marché ne faisait jamais que répondre à cette réalité.  Le libre-échange est état naturel de l’homme comme l’activité sexuelle ou la guerre, on ne saurait l’entraver au risque de perdre son humanité. Son repas terminé, il hésita entre une partie de combat virtuelle sur la plateforme Azylum et aller se balader à Paradiso, la cité en réalité augmenté à laquelle on pouvait accéder contre un abonnement de vingt unités par mois plus deux par entrée. Mais finalement il réalisa qu’il avait oublié de payer son abonnement et Azylum était saturé. Autant aller boire un verre dehors. Il enfila sa combinaison, son masque filtrant, sa cagoule de protection et sorti.

 

Masazumi était là, posé sur un tabouret devant un verre de whisky à la violette. Il buvait sa liqueur mauve par petites lampées un œil sur l’écran face à lui. Un jeu télévisé avec plein de couleurs et de filles à grosses mamelles. Ube se posa à côté de lui et commanda un alcool de riz.

–       Je me demande comment tu fais pour boire cette saloperie, dit-il en regardant le verre de whisky.

–       C’est pas mal. Sucré.

Ube s’empara du verre que le barman glissa devant lui et en bu la moitié. Ca le fit grimacer.

–       T’as fait ton rapport ?

Ube haussa les épaules.

–       Bah tu sais bien que je suis obligé.

Oui, il le savait bien. Les avocats des clans avaient imposé que les régulateurs soient équipés de matériel d‘enregistrement pour éviter les litiges ou plus exactement pour pouvoir en créer sur les termes d’une arrestation par exemple. Mais il ne put s’empêcher de jurer.

–       Fais chier.

–       Ouais je sais… sacré connard ton mec quand même.

–       Une pointure, confirma Masazumi.

Mais ce n’était pas ça le problème. Enfin pas seulement.

–       Vous allez faire quoi ?

Il ne répondit rien. Si seulement il savait. En temps ordinaire, avec un autre que ce connard, il aurait fini dans le fleuve. Mais lui c’était différent, lui c’était le neveu d’un patron. Pas intouchable mais pas loin.

–       Laisse tomber. Ca me regarde pas, au pire le bureau lui collera du sursis. Ce gars qui est mort, j’ai vérifié, c’était personne.

–       Déjà ça, reconnu Masa. T’as vu Onya récemment, demanda-t-il pour changer de sujet.

–       Elle m’a licencié.

–       Non ! Merde quand ?

–       J’ai reçu le message il y a deux jours, rupture d’incompatibilité.

–       Incompatibilité ? Au bout de deux mois ? Y’a pas un délai de carence comme vous dites vous autres ? C’est légal ?

–       Si on ne s’est pas engagé par écrit avant oui. Et le délai de carence n’est valable qu’au bout d’un an et vingt jours.

–       Pourquoi vingt jours ?

Ube haussa des épaules.

–       Va savoir, les avocats…

 

Ils bavardèrent encore un petit moment en se payant des verres. Ils se connaissaient depuis l’adolescence, depuis qu’ils avaient été voisins de chaine sur l’usine de montage Stinky Toyz. Masa était le plus vieux des deux. Il avait été recalé une première fois au BAP, tempérament asocial, mauvais Oyo. La seconde il avait carrément défoncé les échelons cinq chargés de l’accueillir. Tous les cinq. Un autre que lui ils l’auraient envoyé en rééducation cognitive. Mais il était d’Hootan, son père avait été mineur avant son cancer, il serait mineur ou rien. Mais rien dans une société productive ça n’a pas de sens, tout doit être utile, recyclé, utilisé au risque de disparaitre définitivement. Et encore… Les cadavres qu’ils jetaient dans le fleuve était ramassé par la ville qui les livrait aux usines chimiques après autopsie, parfois avant, c’est selon. Transformés en farine animal, vendus sur les autres continents, les autres planètes. Quelque part un bœuf transgénique bouffait de l’homme. Bon Dieu… quand il y pensait… Alors ils l’avaient proposé au service du Syndicat, voir si son agressivité et son asociabilité pourrait être utile à quelqu’un avant qu’on lui fasse une injection létale. Masazumi avait gravit les échelons plus vite qu’Uben, mais dans son monde ce n’était pas pareil. Son monde était bâti sur une hiérarchie rigide avec des règles strictes. Mais parfois il suffisait de tuer quelqu’un pour grimper. Tant que c’était la bonne personne, le bon moment. Tant que cette mort ne soldait pas la vôtre… Mais maintenant que ce connard avait dépassé les bornes…  Un Frère ne doit pas mal se comporter, en toute circonstance son attitude sera honorable et juste. Il avait enfreint la troisième loi mais il savait qu’en raison de sa position d’Aki, il serait d’abord tenu pour responsable. Les Frères veillent les uns sur les autres. Le chauffeur du speeder se plia en deux en lui ouvrant la portière.

–       Au club, dit-il sèchement à travers son masque respiratoire.

Il avait retardé le moment où il devrait aller voir l’Oyabee, le chef du clan pour lui expliquer ce qui s’était passé. Le connard lui était au frais en attendant qu’il sache quoi faire de lui. Mais maintenant le patron devait être au courant et voudrait savoir.

 

L’Oyabee était installé dans son salon privé au premier étage du club, entouré d’une noria de vestales ailées et nues pas plus grandes qu’une main. Occupées à le bichonner, le pomponner tout en chantant et en riant à ses blagues grasses. De la pure biotechnologie de luxe, une seule de ces créatures valait deux mille unités. Il était plongé dans une baignoire en latte, pleine d’eau chaude, rose et parfumée, ses tatouages intelligents dansant sous sa peau comme des chimères luisantes.

–       Ah te voilà enfin ! Je me demandais ce qui te retardait de la sorte.

–       Pardon boss, les affaires, s’excusa Masa en s’inclinant.

–       Mouais, dis plutôt que tu avais honte de ce qui s’est passé avec ce crétin d’Hakkan.

Il ne répondit rien, la honte n‘était pas au programme et ne l’avait jamais été dans son ADN pollué mais pour la hiérarchie il était préférable de ne pas l’afficher.

–       Où est-il d’abord ?

–       Il est consigné à son bloc.

–       Fais le venir, je veux qu’il s’explique.

–       Oui seigneur.

Masazumi passa ses consignes par l’intermédiaire de son bracelet de communication.

–       Et le régulateur, il a fait son rapport ?

–       Oui.

–       Hum, je n’aime pas ça, cela va faire des histoires.

A nouveau il garda le silence, il connaissait les accords qui avaient été passé avec le monde civil et leur raison. La pure et simple logique productiviste. Puisqu’on ne pouvait pas aller contre le crime, puisque la transgression des lois constituait en soi un ressort du comportement humain, et une soupape de sureté dans le cadre de la normalisation nécessaire à l’économie, il fallait aller avec. Rien ni personne ne pouvait, ne devait échapper à cette logique. Ils avaient même donné un nom à cette organisation parallèle et subordinatrice des comportements sociaux,  l’Alliance des Deux Mondes ou ADM. Et l’ADM assurait une harmonie que rien ne saurait troubler.

–       Tu connais ce garçon ?

–       Le régulateur ? Oui c’est un ami d’enfance.

–       Si son rapport disparait que fera-t-il ?

–       Rien Oyabee il sait où est sa place.

Le patron hocha la tête.

–       je l’espère Masa, je l’espère…

Hakkan entra encadré de trois hommes, se pliant en deux immédiatement en hurlant presque d’une voix suppliante.

–       Pardon Oyabee pour ma très grande faute, pardon je ferais yubistsume, donner moi juste un couteau !

–       Ferme ta gueule connard ! Aboya en retour le patron. J’ai pas besoin d’un doigt !

Sitôt qu’ils étaient entrés les vestales s’étaient alignées en suspension, leurs parties intimes couvertes de tissu nanologique, les yeux vides et noirs qui fixaient le coupable comme si elles s’apprêtaient à se jeter sur lui. Et si cet abruti n’avait pas été un fils de, ça aurait bien put être le cas. Ces petites machines érotisantes étaient un peu plus qu’elles semblaient, des geishas volantes avec un appétit féroce. Masa ne les avaient jamais vu en action mais elles avaient une horrible réputation qui n’avait d’égal que leur fidélité biologique au code ADN du maître auquel elles étaient attachées.

–       Expliques toi ! Qu’est-ce qui s’est passé !?

–       Il s’est avancé Oyabee, c’est un horrible accident ! Continua d’hurler l’autre, plié jusqu’aux genoux.

Le verre atterri sur sa tête avant d’éclater par terre.

–       Racontes pas de conneries connard ! La vérité !

Hakkan n’osait plus rien dire, le crâne dégoutant d’alcool, le front entaillé d’une blessure sans gravité. Qu’est-ce qu’il pouvait dire de toute manière ? Qu’il était imbécile doublé d’un sadique ? N’était-ce pas pour ça qu’on le payait justement ? L’Oyabee fit signe à Masa.

–       Tu peux y aller.

Masazumi s’inclina sans un mot et sorti. Les premiers signes. Un étranger à leur monde, un novice, n’aurait rien remarqué, mais qu’il fut congédié de la sorte ne signifiait rien de plus que la disgrâce. Rien de grave peut-être, rien qu’il ne puisse réparer d’une façon ou d’une autre mais la marque d’une distance. Il n’avait pas réussi à faire respecter le Code, pire, il avait mis dans l’embarras l’Oyabee et l’oncle de cet abruti. Oh bien entendu celui-ci serait mis à l’amende, on lui demanderait probablement de dédommager la famille de la victime. Une somme qu’il remettrait à l’Oyabee qui en profiterait pour l’écrémer avant d’envoyer un de ses lieutenants s’excuser au nom du clan. Mais le responsable c’était l’Aki, pas ce connard. Il avait besoin de se changer les idées, il ordonna au chauffeur de le conduire chez sa maitresse. Kazoo était native d’Eiropa, une longue fille à voyou, gaulée comme un fantasme, toujours frusquée à la dernière mode du plus cher qu’elle puisse lui faire claquer, et il ne la privait pas. Bien entendu il était marié, parce qu’il était un homme respectable et que les hommes respectables sont aussi des maris. En toute chose et en tout endroit un Frère doit se montrer exemplaire. Mais personne n’aurait compris qu’il n’ait pas au moins une ou deux maîtresses. Kazoo était sa numéro un. Elle avait la trentaine, s’était fait refaire les seins, le nez, les pommettes, le front, le menton, allonger les jambes de trois centimètres, son ancien amant avait tout réglé, et le résultat était merveilleux. Le nec plus ultra de la bioplastie. Aujourd’hui le généreux donateur nourrissait peut-être des bœufs transgéniques quelques part dans la galaxie, pour ce qu’il en savait quelqu’un s’était emparé de son business, et Masa s’était chargé du bonhomme. Kazoo c’était le bonus. Elle baisait comme une reine, et elle ne faisait pas semblant d’aimer ça. Toujours accueillante, toujours disponible, tant qu’il savait la gâter, et avec elle pas de « rupture d’incompatibilité » comme Ube avec son ex. Ces choses là n’existaient pas dans son monde alors qu’elles étaient obligatoires dans celui du régulateur. Ils avaient codifiés les relations sexuelles comme le reste. Une manière de contrôler les naissances mais pas seulement, de contrôler simplement toute relation intime. Dès que deux civiles voulaient sortir ensemble, ils signaient ce que les juristes appelaient un contrat interrelationnel qui les obligeait à respecter un certain nombre de règles, comme d’assurer le bien être de son partenaire pour commencer. Pas question pour les compagnies qu’un employé soit distrait par des affaires de petit(es) ami(es). Tout devait rouler sur du velours. Pas le choix ou bien les avocats se mettaient en ordre de bataille. Et ceux là était à l’autre rive du fleuve ce que les soldats étaient à cette rive ci.

–       Je te prépare une pipe mon chéri, allonge-toi.

Elle avait l’habitude de ses visites impromptues, savait se montrer disponible quand il le désirait, et surtout ce que ça coutait quand on était une fille comme elle de perdre un riche amant et protecteur. Il s’allongea sur le canapé tandis qu’elle fourrait la pipe d’opiulight, drogue de synthèse, la mariage harmonieux entre l’opiacé classique et la nécessité de rester affuté à tout instant. Avec ça on partait pour des substrats de rêve semi dimensionnels, comme d’être entre deux nuages à six cent pieds tout en s’assurant de pouvoir redescendre à tout moment. Les avantages de la fortune et de vivre dans un monde où tout était permis tant qu’on ne se faisait pas prendre. Un Frère n’usera ni ne vivra de la drogue, avec l’alcool et les femmes il sera modéré.

 

Le supérieur d’Ube était un homme inquiet de ses prérogatives, sérieux, très attaché à conserver les dix mètres carrés de bureau que lui donnait droit son grade de cadre, et d’un naturel légèrement anxieux, notamment souligné par cette même position. Quand il lu le rapport sa nervosité monta d’un cran. Il était à six mois d’une promotion assurée, l’idée d’avoir un problème avec un des syndicats les plus puissants du continent ne l’enchantait pas. Bien entendu ce rapport pouvait être aisément enterré, cependant il faudrait d’abord qu’il en réfère au Contrôleur du 3ème Echelon. Pour se faire il devrait préalablement remplir une grille d’analyse évaluant les risques et les avantages d’une telle situation. Selon un ratio mêlant à la fois coûts et bénéfices, optimisation des rapports dit ADM, et stratégie juridique si le conflit était déclaré entre le Secrétariat à l’Entreprise et au Travail et le Syndicat Wang. Son rapport devait prendre compte de trois facteurs, l’enregistrement filmé en vue subjective de la scène, le résumé qu’en avait fait Ube, et sa propre connaissance des protagonistes. De ceux du Syndicat il ne savait rien de plus que ce que les services de sécurité avaient en fichier. Il ne voulait rien à voir avec ces gens là, c’était le travail des régulateurs. Il estimait que son emploi et sa position ne lui autorisait pas ce genre de licence, d’ailleurs, comme tous ceux de son rang, il n’avait que mépris pour ce monde là. Il avait simplement parfaitement intégré pourquoi on les avait associés à l’entreprise légale, à façon de les contrôler, le reste ne l’intéressait pas. La grille d’analyse était chiffrée sur cinq, chaque ligne correspondant à un comportement, une action, un risque, etc. Dans la case correspondant à l’option « dossier égaré » était associé le potentiel d’incertitude concernant les protagonistes. Plus la note était basse, moins le risque était grand que quelqu’un cherche à déterrer l’affaire. Il hésita quelques instants sur le cas d’Ube, un ou deux sur cinq ? C’était un bon employé sans histoire, il ne discutait jamais les ordres,  savait arranger les affaires. Puis il se rappela cette histoire de cents détournés, elle avait mit tellement de gens dans l’embarras qu’on l’avait promu en dépit d’une manque évident d’ambition. Il nota trois sur cinq.

 

Le rapport fut traité par un super calculateur, digéré, et rendu de sorte qu’il n’exigeait qu’une lecture superficielle au Contrôleur du 3ème Echelon qui le transmit, biffé, à son supérieur. Il recommandait qu’on ait Ube à l’œil. Le supérieur se réunit avec quelques autres responsables, Oyabee et CEO. Quarante-huit heures plus tard Masazumi était convoqué au club. Sans surprise Hakkan se tenait maintenant au côté de l’Oyabee, la poitrine gonflé, avec cet air d’arrogance que portent ceux qui croient leur nouvelle position immuable.

–       Masa, ton ami d’enfance…. Comment se nomme t-il ?

–       Ube, patron, répondit-il d’une voix rauque.

–       Mes amis pensent qu’il pourrait poser un problème.

Masazumi se raidit.

–       Non, je vous assure Oyabee, il connait sa place, et il sait à qui il la doit.

–       Justement… On dirait qu’il ne la doit qu’à lui-même. Sais tu comment il a eu ce poste ?

–       Oui, il m’a raconté.

–       Un homme qui se sert de sa tête, qui a du courage, qui doit sa réussite à sa seule compétence, c’est très bien.

–       Oui Oyabee, Ube est un garçon sur lequel on peut se reposer.

–       Mais c’est également un homme dangereux, continua le patron sans l’écouter. Sais tu pourquoi ?

Masa regarda Hakkan puis l’Oyabee.

–       Pardon patron mais Ube n’est pas…

–       Parce qu’un homme qui ne doit son succès qu’à lui-même est un homme qu’on ne peut contrôler. Tu sais ça n’est-ce pas ?

Ce n’était pas vraiment une question, mais Hakkan la ramena quand même.

–       Répond enfoiré !

Les yeux de Masazumi se figèrent sur lui, il osait l’insulter une nouvelle fois et il le séchait sur place.

–       Pardon patron mais Ube n’est pas comme ça, il sait à qui il doit sa place, il est trop intelligent pour ignorer les règles.

Il sut au même instant qu’il venait de commettre une erreur.

–       C’est bien de défendre son ami comme cela, c’est honorable, mais tu viens de le dire toi-même, il est trop intelligent. Qui sait quel idée folle peut passer dans l‘esprit d’un homme brillant, qu’elle ambition…

–       Ube n’est pas… commença Masazumi avant que le patron ne lui fasse signe de se taire.

–       Il doit partir Masa.

Comme de recevoir un seau de glace sur les épaules.

–       Oui Oyabee.

Il n’y avait plus rien à dire, sauf s’il voulait également y passer. C’était le prix à payer, sa fidélité au clan avant tout. Il obéissait et il rentrerait à nouveau en grâce. Ou pas. Après tout qu’en savait-il ? Mais ce dont il était certain c’est que s’il ne le faisait pas, il le suivrait dans la tombe. Ce soir là Masazumi se saoula plus que de raison, et Kazoo en subit l’humeur. Si fou de colère et de chagrin qu’il cessa de la frapper que  lorsqu’elle tomba dans les pommes.

 

Il pleuvait quand Ube rentra chez lui. Il avait emprunté l’auto-jet jusqu’à l’arrêt 42 B de la ligne rose parce qu’il voulait passer à l’épicerie de nuit s’acheter ses pastilles d’iode. La pluie le surpris alors qu’il ressortait de la boutique avec un paquet de biscuit Yoyo aux algues transgéniques goût cerise en plus de sa prescription. Une pluie acide qui fumait en s’écrasant sur le revêtement lisse et noir de la rue, des traits d’eau jaunâtre, comme de la pisse, fruit chimique d’une atmosphère saturée en métaux lourds. Sans les barres de lumière disposées le long de la rue, il n’y aurait pas vu grand-chose. Il était fatigué et ravis de rentrer chez lui. La journée avait été longue, son supérieur n’avait cessé de le presser pour qu’il termine les dossiers en cours. Des affaires qui avaient parfois plus de six mois parce que selon les nécessités on pouvait aussi faire trainer un traitement. La compétitivité est une question de rythme. Ni trop ni pas assez, il y a un temps pour observer et un temps pour agir, soyons perspicaces. Des plaintes pour vol, escroquerie, des conflits interpersonnels entre des hôtesses et leur client, des accusations de triche, un établissement qui sans raison apparente avait vu sa clientèle disparaitre, on soupçonnait un cas de concurrence déloyale. Son travail ne consistait pas nécessairement à résoudre toutes ces questions. Il devait faire des propositions d’approche, orienter éventuellement une enquête ou contacter un juge. C’était très varié finalement, même si la méthodologie était monotone. Soudain il aperçu une silhouette un peu plus loin, près de son immeuble, presque instantanément il reconnu la broche qui brillait sur la poitrine, l’insigne du Syndicat Wang qui clignotait en rouge et bleu. Une blague qu’il avait offert à Masa pour l’anniversaire de son admission dans le clan. Qu’est-ce qu’il faisait ici ? Sa voix raisonna dans le communicateur.

–       Masa ?

–       Je suis désolé mon ami.

–       Désolé ? Pourquoi ?

Il sentit des mains se rabattre sur ses épaules et ses bras. Deux silhouettes noires et hautes qui le saisissaient et lui renversaient la tête en arrière. Puis il vit Masazumi au-dessus de lui. Il reconnu ses beaux yeux graves à travers les verres de son masque quand il saisit le bas de sa cagoule de protection et tira d’un coup sec. Ube poussa un cri sourd et inarticulé, son visage soudain à nu. La pluie marqua instantanément sa peau de zébrures rougeâtres, puis de brûlures tandis qu’il ouvrait grand la bouche, les yeux exorbités, larmoyant, sanglant. Masazumi lui caressait la tête tendrement, ses cheveux s’en allait par poignées fondues.

–       Respire mon ami, respire un grand coup, laisses toi aller.

Ses poumons le brûlaient, sa trachée et son œsophage étaient en feu, ses oreilles bourdonnaient et sa peau commençait à cloquer. Être compétitif demande des sacrifices. Se sacrifier pour l’entreprise quoi de plus noble ? La douleur était à son paroxysme, des millions d’aiguilles surchauffées lui lacérant le cerveau, la chair, du dehors et du dedans. En toute circonstance garder son sang-froid, soyons professionnel. Les phrases programmées dans sa puce intracrânienne clignotaient comme des néons défaillant, crachotaient, les mots perdant peu à peu leur sens. D’ailleurs est-ce que tout ça en avait ? Est-ce que tout ça en valait la peine ? Masazumi reposa doucement le cadavre au visage pelé de son ami et se détourna. Cette nuit, c’était décidé, il embarquait. Cette nuit il quittait ce monde. Il regarda le ciel cotonneux et noir au-dessus de lui, la pluie qui s’écrasait sur les verres, on ne voyait même pas les étoiles.

 

Votez mafia

Les amateurs de théorie du complot adorent employer le terme « d’état profond ». Ça fait mystérieux, force souterraine, groupe de pression au nom exotique, Bieldberger, Diner du Siècle, Bones and Skull, et j’en passe. Et pas seulement eux à vrai dire, puisque la presse mainstream reprend ce terme d’autant volontiers que peu à peu, à force de lanceurs d’alerte, de suspicions, d’affaires et de corruptions plus ou moins avérées, le public réalise avec confusion que son destin politique, économique et social est en réalité entre les mains d’intérêts opaques où son bulletin de vote n’a le poids que ces groupes veulent bien lui donner, à savoir aucun. C’est du reste une des raisons pour laquelle je ne vote pas. Il ne faut pas être grand clerc pour deviner que Fillon est un imbécile utile dont le maintien surjoué à la présidentielle est parfait pour mettre en valeur les deux candidats du capital : Marine Le Pen et Emmanuel Macron. L’une divise et ment de sorte que la politique libérale à laquelle elle est soumise soit imposée par une forme de Théorie du Choc, à la manière d’un Donald Trump du pauvre. L’autre endort, soulage, caresse dans le sens du poil, de sorte que des mesures parallèles soient adoptées par un pays sous Lexomil. Bien entendu, je n’imagine pas une seconde que ce soit strictement les mêmes qui soutiennent l’un et l’autre, il est même plus probable que deux écoles d’influences soit ici à l’œuvre et en concurrence, l’une visant à briser l’Europe et l’autre à s’y soumette. L’une rêvant d’une grande guerre sainte et totale, à l’instar d’un Steve Bannon, le gourou de Trump, et l’autre d’un grand marché dérégulé et global. Mais comme notre pays fonctionne par réseaux et noyautage, tout peut laisser à penser que c’est la même poignée d’individus qui tirent les ficelles à travers les commis d’état. Exactement comme ce fut le cas durant toute l’ère gaullienne et jusqu’à Nicolas Sarkozy où, entre autres, les noms de Pasqua, Léandri, Elf, Foccard, Deferre, et les parrains de la mafia Corse reviendront régulièrement dans des affaires d’argent, de meurtre, de délit en col blanc, de trafic de drogue, comme la fameuse French Connection qui fut à n’en pas douter une aubaine pour les partis politiques. Jusqu’en 70, date à laquelle, les Etats-Unis firent de graves accusations envers les autorités françaises, et qui aboutis, dans la précipitation et la confidentialité (votée de nuit par une poignée de députés), à notamment la fameuse loi de 70, puis à la fin de la French, ou disons plutôt à sa restructuration. Il n’y a en effet guère besoin de chercher loin pour qui imaginent « un état profond » il suffit de regarder du côté de la Corse, de l’Italie, « l’état profond » s’appelle mafia, ou plutôt les mafias puisque ce phénomène d’influence s’étendant jusqu’au sommet du pouvoir se retrouve aussi bien aux Etats-Unis qu’en Russie ou en Chine. Je reste d’ailleurs convaincu qu’il est impossible de comprendre l’économie moderne, l’évolution des conflits, et même l’élection « d’homme fort » à la tête de pays clefs si l’on ne saisit pas le paradigme mafieux dans son ensemble. Tant dans son économie que dans sa géopolitique.

 

La mafia et le pouvoir, une veille romance.

Arte, à qui on ne saurait reprocher de ne pas être avec son temps, a encore une fois très finement programmé deux documentaires, l’un en trois parties, démontrant précisément de ce thème tellement sulfureux que jusqu’en 2004 les autorités françaises niaient la présence d’une ou plusieurs mafias sur le territoire. Et un autre relatant (Enfin ! En ce qui me concerne) les relations étroites que Reagan entretint avec le crime organisé à travers l’agence MCA, elle-même émanation de la mafia de Chicago (en partie finance par Al Capone notamment sous le contrôle de Sidney Korshak, avocat de la mafia.) et à qui il doit une grande partie de sa réussite. Le documentaire est basé sur une enquête et un livre « Dark Victory » qui a failli valoir à son auteur, Dan Moldea, la fin de sa carrière. Reagan passe en effet pour un saint auprès des Républicains, toute remise en question du mythe forcément très mal vu pas l’establishement. Et pourtant…

 De même, le documentaire en trois parties au sujet de l’épopée qui relie la mafia corse et le pouvoir français. Des années vingt avec les célèbres Carbone et Spirito, rois de Marseille jusqu’à la Libération, notamment liés à l’affaire Stavisky. Puis avec la famille Guérini et leur relation « respectueuse » avec Gaston Deferre, mais surtout à travers le pouvoir gaullien. Le SAC, le Service d’Action Civique, la police privée du Général de Gaulle, en passant par la France Afrique, Foccard, et surtout Charles Pasqua qui fut la courroie de transmission bienveillante entre le pouvoir, la mafia corse et les réseaux africains. Des relations sulfureuses qui mèneront notamment à l’affaire Elf et surtout au massacre d’Auriol qui sonnera la dissolution du SAC. Un documentaire important en ceci qu’il nomme expressément les liens tissés par le RPR puis l’UMP, jusqu’à l’actuelle mouture de ce parti douteux autant avec la corne d’abondance Africaine qu’avec la pègre corse, auquel, bien entendu, sont également intimement lié les nationalistes, et Cosa Nostra. A travers Etienne Léandri, dandy, playboy, ancien gestapiste et relais indispensable de Luciano en Sicile. Un imbroglio d’influence entre les cercles de jeu parisiens et africain, les parrains du sud de la Corse, la bande organisée de la Brise de Mer dans le nord, et qui aboutiront à la non moins très douteuse affaire Erignac. Puisque, si j’en crois une de mes relations, ancien haut fonctionnaire et proche de Philippe Séguin, le coupable désigné est un arrangement avec la vérité.

Je vous ferais grâce de revenir en détail sur les relations qu’entretenaient Joe Kennedy avec la mafia de Chicago, et son influence certaine dans l’élection du fils. Ellroy le romance très bien dans American Tabloïd, Youtube est rempli ras la gueule de documentaire sur le sujet, sans omettre les dérives complotistes qu’on imagine. Cosa Nostra et le pouvoir américain, c’est une relation de longue date qui commencera notamment avec le naufrage du Normandie, coulé par un incendie criminel dans le port de New-York. Elle se prolongera avec l’exil de Luciano en Sicile qui assurera un débarquement « facile » à l’armée américaine. En échange de quoi, les mafieux se retrouveront à des postes clefs. Cette association et le marché noir de l’après-guerre, cultiveront le champ d’une Cosa Nostra mis au pas par Mussolini et trouvera sa cause dans la lutte contre le communisme. Arrangement qui fera la fortune de Démocratie Chrétienne et d’Andreotti jusqu’au maxi procès et à la guerre que mena Toto Riina. Mais le maxi procès n’a pas eu la peau de la pieuvre qu’on retrouvera cette fois dans l’entourage proche de Silvio Berlusconi, lui qui n’a jamais voulu révéler l’origine de sa fortune…

 En Russie, cela tient de l’institution comme en Chine. Les industriels et les banques ayant investi dans la république russe le savent bien, pas d’avenir sans grichka, littéralement le toit, la protection. Quant aux investisseurs occidentaux en Chine, ils se heurtent cette fois au gwanxi, le réseau régionale et familiale que les Chinois cultivent avec soin et qui favorise à loisir les triades qui ne sont, depuis leur apparition jusqu’à aujourd’hui, qu’associations et réseaux « d’entraide ». La grichka de Poutine avait un surnom, la Famille, l’entourage proche d’Elstine, dont il se débarrassera après avoir été porté au pouvoir par ceux-là même. L’opacité du régime chinois interdit de connaitre l’étendue exacte de la pénétration de ces mêmes triades au sein de Pékin. Il ne peut toutefois éviter l’écueil des scandales pour corruption qui s’enchaînent, des accidents industriels majeurs, des scandales financiers qui émaillent tant la presse chinoise que coréenne ou japonaise. Des dysfonctionnements comme l’Italie du Sud en connaît depuis trop longtemps, mais aux proportions de l’Asie…

 
Cette relation intime n’est pas le seul fait de politiciens facilement corruptibles, elle se déroule également dans cette zone grise que partagent barbouze et voyous, cette même relation de proximité qui relie la criminalité à la police, par exemple une préfecture de Paris à dominante corse et la pègre des jeux. Mais si la Guerre Froide a été propice à ces arrangements, du Japon à l’Italie en passant par la France, elle perdure parce que par définition, les voyous sont des sources et des ressources quand il s’agit de peser qui en Afrique, qui en Europe ou en Amérique nord et sud. Sur les syndicats notamment, mais bien entendu auprès des gouvernements. Une relation qui repose moins sur la notion de corruption que de celle de services communs, de retour d’ascenseur.

 

Mythe et propagande.

Porté par l’imagerie populaire du cinéma, notamment, des médias paresseux, et bien sûr, ses faits d’armes, le mot même de mafia est relié dans l’esprit du public à une nébuleuse de violence captivée par le secret. Une entité ne poursuivant qu’un seul but, les bénéfices, éventuellement objet de fantasme pour qui rêve à la mythologie du « bandit d’honneur ». Un groupe ou plutôt des groupes portés sur les armes automatiques, les gourmettes de mauvais goût et les règlements de comptes. Or, si le phénomène mafieux ne se limitait qu’à sa branche armée il aurait disparu de lui-même depuis longtemps. Si le trafic de cocaïne s’était arrêté à la seule représentation, tout à fait commode, de Pablo Escobar et ses outrances, Miami n’aurait jamais connu le boum économique que la ville a rencontré à partir des années 80, le Panama n’aurait pas été envahi, la guerre civile qui ne dit pas son nom au Mexique n’aurait jamais eu lieu. En réalité, on estime que pour la seule Cosa Nostra sicilienne, la branche armée ne représente que 30% des effectifs. Sachant que d’une part ces communautés fonctionnent en réalité avec une poignée d’individus, qui par le biais d’une myriade d’associés contrôlent des organisations globales. D’une petite ville de la côte pacifique mexicaine à Manille, en passant par Madrid, Dakar, Londres, et Milan. Si Salvatore « Lucky » Luciano et Meyer Lansky sont connus pour la création d’une véritable holding du crime organisé, c’est à Miguel Angel Felix Gallardo que le Mexique et les Etats-Unis doivent l’organisation de cartels et la distribution de la cocaïne colombienne via la frontière. Cartels qui débuteront naturellement sur le ton de l’entente cordiale avant de connaitre le destin moderne d’une guerre qui a déjà fait plus de morts que le Vietnam en a fait dans les rangs américains. Débarrassé du paramètre « communisme » états et mafias n’ont d’autant pas pris leurs distances que la globalisation du marché est un terreau fabuleux pour le crime organisé, la dérégulation une aubaine, et qu’il ne s’agit plus seulement de gagner une guerre économique, mais de capter des ressources ou de les maintenir sous son contrôle dans un contexte de plus en plus vorace. Le cas d’école de la PS2 est un exemple parfait de cette voracité concomitante d’un boom technologique. Le succès mal anticipé de la console a fait exploser les cours du coltan, du cuivre et de l’or avec pour conséquence une intensification de la violence au Katanga et au sud Kivu. Soumis à des contingences parallèles au marché légal, les circuits de la cocaïne s’orientent aujourd’hui vers l’Afrique afin de distribuer l’Europe, faisant par la même des Caraïbes une plaque tournante, et de la corne ouest de l’Afrique une zone à risque. Un marché légal auquel le crime organisé s’est toujours attaché et qui aujourd’hui ne peut tellement pas faire l’impasse sur l’argent noire injecté dans son économie, qu’on en vient à vouloir l’intégrer dans les chiffes du PIB. Un marché légal qui après tout fréquente les mêmes banques off shore, quand ce n’est pas plus simplement le pouvoir politique qui se plie au rêve des voyous. Bref en réalité les mafias sont aux mains d’hommes réfléchis, ayant des vues stratégiques et économiques, fabriqué de cadres, de médecins, de personnalités bien sous tous rapports, poursuivant non pas seulement une course au bénéfice mais également au pouvoir. Contrôler les syndicats pour Cosa Nostra USA, c’était contrôler des pans entiers de l’économie du pays. Aider à faire élire un président, c’est s’assurer que la justice regardera ailleurs quand cela sera nécessaire. Et ainsi par exemple une série de très grosses enquêtes menées contre la mafia américaine seront purement et simplement fermées dans les années 80, à l’initiative même de la Maison Blanche…

La part d’ombre.

Seul le temps, l’histoire, et le décès de quelques-uns, permettent de délier les langues, dévoiler le petit théâtre d’ombres qui se déroule dans les arcanes du pouvoir. Les morts ne font pas de procès, ni ne vous expédient leurs assassins. Les campagnes électorales en revanche vous laissent entrevoir ce qui se profile. En demi-teinte, au travers des affaires et des informations qui transpirent, se dessinent des associations sans qu’on sache avec certitude quel projet cela recouvre. Comme cela est détaillé ici , il est impossible que Donald Trump ait fait fortune sans l’aide sinon de la famille Gambino, au moins celle d’Atlantic City. Dans les années quatre-vingt Paul Castelano, patron de la famille Gambino avait imposé une taxe de quelques dollars sur l’ensemble des fenêtres des immeubles en construction à New-York. À vrai dire dans les années 70/80, les cinq familles régnaient sans partage sur la ville et toute la côte est jusqu’en Floride. Côté français, au travers de cette affaire de costume que se saurait fait offrir François Fillon, c’est à nouveau l’école Foccard qu’on retrouve, du moins son héritier, le sulfureux maître Bourgi. Passé au service successif d’à peu près toute la famille des Républicains, de Chirac à Sarkozy en passant par Villepin et aujourd’hui Fillon. Il est un des pivots du réseau africain, mais il n’est sans doute pas le seul si l’on considère les intérêts du groupe Bolloré dans tous les ports de la corne ouest, d’Abidjan à Dakar… La mafia, les mafias ne s’intéressent à la politique que dans la seule mesure de leurs intérêts. Et les intérêts de la mafia tendent vers des marchés déréglementés, des systèmes économiques de captation, une justice relâchée, et l’opacité financière. Soit exactement vers quoi tendait, curieusement, l’ère Reagan, et ce, vers quoi aspire l’économie libérale comme l’envisage Donald Trump, ou comme elle conceptualisé au travers d’accord tel que le CETA. Les tribunaux d’arbitrage ne sont finalement qu’un décalque des réunions mafieuses ou deux clans cherchent l’arrangement plutôt que la guerre. Et si vous trouvez que vous ne vivez pas réellement en démocratie, attendez de connaitre la suite. Quand sur la décision d’un de ces tribunaux la France sera condamnée à payer x milliards à tel compagnie privée. Le racket à l’échelle globale. Comme c’est déjà arrivé au Canada et à l’Allemagne.

Ce phénomène de symbiose entre le crime organisé et le monde des affaires, n‘est probablement pas une volonté consciente mais un facteur pratique pour les deux parties. Comment d’ailleurs imaginer que si 62 personnes les plus riches dépassent en patrimoine 99% de la population mondiale, elles ne se connaissent pas, ne s’arrangent pas entre elles, ne se font pas éventuellement la guerre, et ce avec des moyens qui dépassent largement ceux des états. Des moyens qui ne reposent pas seulement sur une puissance économique mais des réseaux, exactement comme dans la logique mafieuse. Et de même comment ne pas penser que des banques comme HSBC n’emprunte pas la même démarche, quand fort de sa position de « trop gros pour couler » elle reçoit une amende ridicule de deux milliards contre des montagnes d’argent blanchis pour le compte du crime organisé. Et qui plus est dans un contexte d’actionnaires toujours plus gourmands qui l’autorise dans la foulée à licencier en masse pour dégager quatre milliards. Or la tendance qui se profile à travers le trading à haute fréquence c’est un flot quotidien et astronomique d’argent sur un marché parfaitement volatile et opaque. Ce mariage presque naturel entre le légal et l’illégal, entre les industriels du nord de l’Italie et la Camorra ne peut non seulement qu’aggraver le problème sanitaire et écologique, comme l’a révélé, par exemple, le scandale de la mozzarella à la dioxine, mais s’opère par ailleurs sur une dissolution, un retrait de l’état-nation, attaqué de toute part par le capital, et une privatisation de la guerre et de la sécurité. Où les mercenaires finissent par intervenir partout, des rangs de Daech aux compagnies privée chargées de sécuriser les sites sensibles, transport, logistique, personnel, quitte à servir de supplétif aux états, comme en Irak et en Afghanisan. A savoir qu’une question géo localisée et exceptionnel durant la Guerre Froide tend à se généraliser aujourd’hui dans une logique du tous contre tous. Combien de temps, dans cette acceptation totalitaire d’un capitalisme mafieux allons nous attendre avant de voir des holdings ne plus simplement se contenter d’OPA hostile et de tirer les ficelles en sous-main mais s’agresser frontalement pour, au hasard, le contrôle d’un oléoduc, un accès à l’eau ou la main mise sur le minerais katangais ? N’est-ce pas d’ailleurs déjà le cas, tant les liens entre les affaires et le pouvoir sont étroits. Gazprom n’est-il pas le moteur financier et l’arme géostratégique de la politique de Vladimir Poutine, en Ukraine mais également vis-à-vis de l’Allemagne. Les intérêts de la nation alignés sur les intérêts des holdings, ceux là même allant finalement jusqu’à les supplanter, les débarrasser de leur pouvoir de décision jusqu’à ne plus être que des coquilles vides de lois scélérates décidées par un parlement européen comme un conseil d’administration et une assemblée nationale asservie.

Dans ce contexte, l’argument de souveraineté nationale fait figure de cachet pour la toux. Les angoisses millénaristes d’un grand remplacement de fiction, de gentille distraction pour xénophobe pathologique. La question du voile, un épiphénomène auquel on accordera l’importance d’un leurre, à manière d’occuper les esprits pendant que des réseaux sont à la manœuvre de leurs seuls et uniques intérêts. S’il y a bien nécessité de rupture, c’est avec un système qui s’auto-alimente et se proroge dans la corruption à la seule force d’un suffrage universel truqué, tronqué, à coup de sondage opportunistes et de slogans de campagne vide de sens. S’il y a bien nécessité de rupture, il est dans la société civile uniquement, dans la volonté de reprendre son destin en main sans passer par celle d’un prestidigitateur à voix de prophète, de mettre à jour à la manière des lanceurs d’alerte. D’en finir avec cette naïveté qui consiste à penser que la France est forcément ruinée parce que des milliardaires et leurs commis nous l’affirment. Que la protection de nos intérêts énergétiques ne repose que sur une « réal politique » jamais en difficulté pour s’arranger avec les faits, et non pas essentiellement sur le montant des rétros commissions et leur versement. Que je ne sais quel groupe de penseur de l’ombre planifient, on ne sait quel ordre mondial, quand ce qui se profile, c’est un plus grand désordre mondial, un désordre feutré émaillé de conflits armés. Que les commis du capital qui se pressent au portillon du pouvoir ont à cœur le destin de leur compatriote et non pas la seule fortune de leurs réseaux. En finir avec cette croyance qui consiste à penser qu’à partir d’un certain montant, d’un certain pouvoir, un individu ne perd pas pied avec la réalité, pour finir par devenir ce parfait sociopathe qui ruine des régions entière uniquement pour payer 100 euros moins cher la production d’une chemise qu’il lui en rapportera 1000. Des comportements aberrants du toujours plus comme on peut le voir dans Merci Patron, justifié par le dévoiement de la philosophie libérale, et que dénonçait déjà en son temps rien de moins qu’Adam Smith. Justifié par un discours économique mortifère si l’on considère les prévisions de la courbe d’Hubbert, reposant notamment sur la fin du régime communiste et le sentiment mêlé d’impunité et de fin de l’histoire, déclaré par un capitalisme triomphant, arrogant, mais jamais en reste de réclamer plus, toujours plus.

 
Berlusconi et la mafia

Pour les relations entre mafia et république française

Reagan et la mafia