Le Macronistan ou la tyrannie des médiocres.

.

« La dictature parfaite serait une dictature qui aurait les apparence d’une démocratie, une prison sans mur dont les prisonniers ne songeraient pas à s’évader. Un système d’esclavage où, grâce à la consommation et aux divertissements les esclaves auraient l’amour de leur servitude » Adous Huxley, le Meilleur des Mondes. 1932.

La Macronie, mot désormais commun dans la bouche des médias mainstream, est un système rodé et corrompu au service de la machinerie présidentielle. Un système qui blanchi et protège un jeune voyou à l’ambition d’un Rastignac dans le plus grand des calmes, ou un ministre démissionnaire ou encore le monarque lui-même avec la complicité avouée d’un préfet. En ceci finalement le nouveau monde ne change en rien de l’ancien, sinon que le verni a sauté. On assume avec arrogance se ficher totalement des aspirations populaires, on avance le menton en avant vers un avenir qu’on espère radieux, sans réaliser semble-t-il que chaque pas nous rapproche un peu plus du gouffre. Le ministre de l’intérieur, en dépit de la quarantaine de morts au sein de la police, et en à peine un an, des milliers de blessés et des centaines d’arrestations arbitraires, de ses nombreuses gaffes et autres contre-vérités assénées avec la conviction d’un bonimenteur, est toujours en place. Au même titre qu’un Benalla malgré la quantité ahurissante de délits dont il s’est rendu coupable n’est toujours pas en prison. Mais ce dont peu de gens semblent se rendre compte c’est que la Macronie tend à faire disparaitre la France au profit d’un pays plus tout à fait imaginaire, le Macronistan. Le Macronistan, messieurs, dames, est une nation qui envisage de permettre la chasse à 26 espèces d’oiseaux protégés tout en promettant de livrer l’ONF aux appétits des vendeurs de bois rares. Signe des accords marchands internationaux dans l’espoir de soumettre l’agriculture française aux mâchoires d’acier du libéralisme le plus dur. Bazarde l’industrie française au profit des intérêts étrangers. Et vend, sans que la population ne bouge une oreille, ses frontières et ses aéroports au privé. En effet le référendum concernant ADP n’a pas encore décollé du million, passé aux oubliettes de l’actualité, soigneusement effacé des médias totalement dévoyés au pouvoir. Le Macronistan se débarrasse lentement mais sûrement de tout ce qui faisait la spécificité de la France, à commencer par son modèle social, considéré comme obsolète par les neuf milliardaires qui ont mis le monarque au pouvoir. Mais également son agriculture donc, et surtout son esprit frondeur, désormais considéré comme «séditieux » alors que strictement aucune réponse n’a été apporté à la crise des Gilets Jaunes, eux même n’ayant réussi qu’à diviser un peu plus le pays sans qu’aucune de leur légitime revendication ne soit jamais entendu. Et pendant ce temps au comptoir de la beaufferie, de RMC à LCI s’invitent des locuteurs approximatifs pour critiquer sans talent ceux qui s’opposent à l’abrutissement général voulue par le système macronien. Hystérie des climato septiques qui défilent dans le poste débitant leurs âneries, dégueulis de fond de cour à propos de la mort pas du tout accidentelle de Steve Maia Caniço ou celle de Zineb Redouane. Concours de stupidité au sujet des Gilets Jaunes, de la réforme des retraites ou de l’assurance chômage vécu comme un poids mort au lieu d’un droit légitime puisque cotisé. Mais au Macronistan plus rien n’est légitime s’il n’est pas adoubé par le pouvoir lui-même, c’est que ce pays est bien une tyrannie, de celle qu’Huxley décrivait dans le Meilleur des Mondes, soumise volontairement à l’esclavage mou de la distraction et de la consommation, où il est interdit de se révolter, de se poser des questions, de réclamer son dossier comme Jérôme Rodriguez en a fait les frais et ce malgré l’injonction de la justice, bref d’exister autrement que selon les codes imposés par le pouvoir. Le Macronistan a des ambitions chinoises sans en avoir les moyens. Et aujourd’hui, ridiculisé par sa propre violence, il en est à recevoir des leçons de choses bien apprises des nations autoritaires comme la Russie ou le très fascisant Bolsonaro. Car si la France avait encore son mot à dire en tant que patrie des droits de l’homme, le Macronistan est une nation sans consistance, sans passé ni avenir, une nation de banquier et tout le monde se fiche de l’avis de quelques milliardaires, bankster ou pas. D’ailleurs le Macronistan ne s’intéresse pas à la France que si elle peut servir le label « luxe » de LVMH, ses homards géants et sa vaisselle à cinq cent mille euros. Le mot France n’est plus qu’un terme de prestige à vendre aux étrangers venu s’acheter des portions de notre territoire. Finalement le Macronistan n’appelle qu’à une chose, un réveil nationaliste qui risque d’être cinglant d’autant que l’impopularité du monarque est telle que plus aucun sondage n’ose en former les contours, que pas un seul de ses déplacements ne se fait sans le concours massif des forces de l’ordre et que les députés de la majorité avancent désormais dans un climat de peur, surtout depuis qu’ils ont eu la malencontreuse idée de se mettre les agriculteurs à dos en signant le CETA.

1596 pages d’un accord que les députés de la majorité se sont empressés de voter sans en lire probablement une ligne. 1596 pages d’un traité qui part sa fonction va mathématiquement aggraver les émissions de gaz à effet de serre mais au-delà de ça, industrialiser le vivant au seul profit des multinationales, et ce sans principe de précaution, comme si l’épidémie de la vache folle n’avait jamais existé. Une industrie agricole qui ne se propose pas moins de faire du cannibalisme un moyen de croissance à coup de farine carnée, et de big pharma le futur de notre agriculture. Sans compter les tribunaux d’arbitrage, pourtant abandonné par les Etats-Unis et le Canada dans le cadre de l’ALENA mais réintroduit dans l’accord avec l’Union Européenne selon un mécanisme « crépusculaire » qui prévoit que ces tribunaux pourraient exister encore pendant vingt ans même si l’accord est dénoncé. Enfin le chapitre 19 qui prévoit des obligations dans la passation des marchés publics, principe de non-discrimination et de transparence qui poussera les acteurs publics à ne retenir que le prix comme seul critère, au détriment de la plus-value social et environnementale. Le CETA n’est pas seulement l’expression du cynisme le plus pur selon la définition de Wilde, qui connait le prix de toute chose et la valeur d’aucune c’est une autre tyrannie que nous a imposé la tyrannie macroniste puisque c’est désormais les euros députés seuls qui décideront des volets commerciaux des futurs et présents accords Le CETA c’est le nihilisme du libéralisme dans un monde multipolaire qui croit encore que l’histoire est finie sous prétexte que le communisme s’est effondré. Et cela ne fait que commencer puisque l’Union Européenne veut également signer le MERCOSUR, un autre monstre du nihilisme libéral qui, n’en doutons pas, achèvera définitivement notre agriculture au profit des seuls pays sud-américains. Avec comme conséquence corolaire de voir l’Amazonie dévorée par la déforestation au profit du soja de laboratoire et des bœufs aux hormones de croissance. Et pour seul défense, Gilles Legendre, imbécile frelaté de fond de slip, de nous expliquer que le CETA est écologique parce qu’un super tanker venant du Canada sera compensé par un autre venant d’Europe. Et peu importe si un tanker représente 7200 bêtes dont la moitié crève en mer, peu importe le bien-être animal, la qualité même de la viande pour les amateurs d’antibiotiques, ce qui compte n’est-ce pas au Macronistan c’est les bénéfices. Pas les vôtres, les leurs.

Et pourquoi se gêner, le prix de l’essence est revenu au même tarif qu’au début de la crise des Gilets Jaunes, et l’électricité a augmenté de plus de 7% en deux mois. Steve est mort noyé et l’IGPN a déjà tiré ses conclusions blanchissant d’office la police, les urgences de la France entière sont en grève depuis plus d’un mois dans le silence coupable et complice des médias, la croissance plafonne à 0,2% avec une dette qui s’est amplifiée de 15 milliards. Et Benalla est toujours libre de donner des interviews comme si cette brute sans cervelle avait quelque chose à dire. Le Meilleur des Mondes vous dis-je. Ou plus exactement une idiocratie savamment orchestrée par quelques montreurs d’ours aux poches pleines de pognon, avec à sa tête un monarque narcissique totalement déconnecté du réel, bercé aux inflexions du mépris de classe. Sans compter le ramassis de bras cassés qui forme la majorité. Comme Claire O Petit qui bat des records d’abstentionnisme à l’assemblée ou Corinne Vignon, députée LREM et « ambassadrice » du projet de réforme des retraites qui s’est ridiculisée au micro de LCI en tentant d’expliquer la dites réforme. A ce compte de médiocrité politique on peut sans mal juger de la médiocrité du monarque qui règne sans se fatiguer sur un troupeau de bêtes de somme plus abruties les unes que les autres. Et augurer également sans mal du boulevard que cette majorité est en train de concocter pour les Le Pen aux prochaines élections. Car il n’est en aucun cas certain que les neufs qui gouvernent en réalité ce pays à travers leurs petites marionnettes de papier, leur monarque de pacotille, les supportent encore comme une alternative à celle qui veut faire de ce pays un camp retranché contre le Grand Remplacement fantasmé des délires verbeux d’un Finkielkraut. On l’a vu aux dernières élections, la voix des Gilets Jaunes est allée en réaction majoritairement à cette famille de mafieux. Offrant à un imbécile certifié comme BHL le loisir de se rengorger de sa propre bêtise. Et ils ne furent pas les seuls puisque LREM est arrivée second à cette course sans victoire. La bourgeoisie et à forcerie la très haute bourgeoisie n’a aucune morale, elle s’accommodera sans mal de l’extrême droite puisque celle-ci ne s’est jamais proposé pour autre projet que de défendre les intérêts bourgeois tout en portant le masque du peuple. Alors le Macronistan deviendra le Lepenistan, une autre boursouflure de médiocrité aux accents racialistes et autoritaires, héritant de toute les difficultés créées par la gouvernance catastrophique de l’actuel monarque et nous irons droit vers une guerre civile de basse intensité. Adieu la France, je ne t’aimais pas beaucoup mais je te regretterais quand même un peu.

Le burn-out, la maladie du libéralisme.

« Le burn-out c’est pas à cause du travail la preuve je connais des chômeurs qui sont en burn-out » c’est par ces mots ou à peu près qu’un ahuri m’interpellait il y a peu sur un réseau asocial. Parfois on se demande sur ces réseaux si les gens réfléchissent deux secondes à ce qu’ils racontent. D’ailleurs c’est simple tous les médecins du travail sont d’accord à ce sujet, toujours selon cette même « source », le burn-out est la conséquence de différent facteurs, dont notamment le travail. Un bon moyen de déresponsabiliser le management moderne en somme, d’ailleurs Muriel Pericaud notre ministre du travail est d’accord là-dessus, c’est dire si elle a forcément raison au gouvernement des lobbies. Et Agnès Buzyn notre ministre de la santé, toujours du gouvernement des lobbies, de surenchérir le burn-out n’est pas une maladie c’est un symptôme. Il parait que l’OMS l’a dit, c’est dire si on doit avoir confiance. Pourtant un travailleur sur deux et un encadrant sur trois travaillant dans des entreprises de plus cent salariés avouent subir le stress au travail. Et selon un rapport de la Cegos publié en 2017 54% des salariés admettent également subir le stress au travail comme 66% des managers. Au Japon le « karoshi » qui pourrait se définir littéralement comme se tuer à la tâche est considéré comme un accident du travail depuis les années 70. En France ces symptômes ne sont pas considérés comme une maladie professionnelle ou à peu près, fermez le banc. Pourtant tous les spécialistes sont d’accord sur le sujet, le burn-out est forcément lié au travail puisqu’il se caractérise par un sur engagement professionnel doublé d’un épuisement émotionnel. Et pour l’ahuri qui dort au fond cela vaut également pour un chômeur affolé à l’idée de se trouver à la rue s’il ne retrouve pas très vite un travail. Le management moderne compte bien là-dessus, c’est ce qu’on appelle à raison la compétitivité. La compétitivité entre les travailleurs bien entendu pas entre les produits qui sont en réalité tous les mêmes d’un bout à l’autre de l’Occident et de ses suiveurs. Et je sais de quoi je parle puisque c’est un burn-out qui m’a fait notamment sortir de ma petite route pas toute tracée.

burn-out2

J’ai toujours considéré le travail comme une nécessité, une extension de moi-même, indifféremment des divers métiers que j’ai exercés. Comme mon père qui n’existait que par son travail j’avais le sentiment que si je n’avais pas les deux mains dans le cambouis à faire ce que je savais faire j’étais nul, sans intérêt, bon à jeter. Combien de personne sont dans ce cas ? Combien de caissière, publicitaire, mécano ou cadre d’une quelconque entreprise ne se sent pas comme ça ? Et partant combien de chômeurs se sentent dès lors sans rôle à jouer dans la société, abandonnés d’eux-mêmes, nul, foireux, honteux de ne plus travailler ? J’ai été chômeur, et je le suis aujourd’hui techniquement même si je n’envisage plus les choses sous cet angle. Aujourd’hui je suis en stand-by avec mon statut merdique d’handicapé, mon 100% et mon AAH en attendant que le roitelet qui nous gouverne décide de le supprimer. Mais comme j’ai été chômeur je vois bien la perspective d’autant qu’il fut donc un temps où le travail était pour moi un tout, qu’il me virilisait, me donnait un statut d’homme dans la société. Je travaillais je n’étais donc plus un enfant ou un adolescent mais un adulte responsable, mieux un alpha. Et puis est arrivé le burn-out…

A l’époque ma vie affective était d’autant compliquée que j’étais partagé entre deux femmes dont une qui travaillait avec moi et une autre avec laquelle je m’ennuyais à mourir. Je vous passe les détails mais en plus de tout ça je bataillais pour adopter des enfants, quasiment seul, ma compagne de l’époque ayant cette fabuleuse facilité de se désinvestir de tout quand ça l’arrangeait. A l’époque donc j’étais épuisé émotionnellement et là-dessus mon travail prenait une place d’autant importante que j’étais au milieu d’un banc de requins, tous à s’entre dévorer dans une agence de pub qui sentait la fin de règne. Ma patronne était un numéro. Entourée de ses favoris elle faisait régner le chaud et le froid tant auprès des créatifs (auprès de qui elle dealait de l’herbe) que des commerciaux ou ses associés. Hystérique dans toute l’acceptation du terme elle m’avait d’autant dans le nez que je réussissais à merveille au sein de l’agence, là où ses mignons se vautraient à chaque compétition. Et de faire rentrer un des plus gros budgets de l’agence, changeant dans la foulée durablement l’image d’une grande marque de la grande distribution. Mes collègues bien entendu étaient jaloux et je vivais sous leur constante pression. Ajouté à ça que je fumais trop de cannabis à l’époque, que j’avais été fragilisé par une longue période de chômage et un échec professionnel précédent. Ajouté enfin que, publicité oblige, nous travaillions dans une ambiance « à l’américaine » avec une fête tous les jeudis et fausse complicité entre patrons et employés, je ne pouvais faire qu’un burn-out. D’ailleurs j’avais failli en faire un après deux ans de chômage c’est dire encore une fois si le lien est tangible quand on était comme moi si attaché à la « valeur travail ». Vous savez cette valeur dont nous bassine les pantouflards qui nous gouvernent…

burn-out3

Aujourd’hui les choses ont changé dans ma tête. Probablement parce que près de 20 ans après mon burn-out je n’ai jamais réussi à remonter en selle professionnellement. J’ai collectionné les petits boulots jusqu’à saturation, jusqu’à comprendre que je n’étais qu’un outil jetable dans le grand marché tout plein de concurrence que nous propose le libéralisme. Un outil aujourd’hui fatigué de cette tromperie qu’est le travail moderne et qui n’a plus aucune envie ou ambition de le demeurer. Si je retrouve du travail ça sera à ma convenance dans un emploi que j’aurais choisi et non pas auquel je serais forcé pour survivre. L’allocation me donne ce « luxe » parce qu’en réalité je vis très mal et très chichement mais au moins je ne suis plus l’obligé d’un milieu esclavagiste. La question reste à savoir jusqu’à quand ? La question reste à savoir également est-ce que je pourrais retravailler un jour. A mon âge je suis dispensable comme un gamin de vingt ans à qui on propose de s’uberiser « pour par vendre de la drogue à Stain » pour reprendre notre petit roi si plein de son mépris et de son ignorance de classe. Cinquante-quatre ans n’est pas l’âge de l’embauche, même si aujourd’hui on peut se demander quel est l’âge correct. Il suffit de regarder les annonces et les exigences ahurissantes des employeurs. Encore l’autre jour je recevais une annonce d’une agence d’intérim pour être assistant de vie sociale, la seule liste des compétences réclamées remplissait dix lignes et c’était tout juste si on ne demandait pas au candidat de savoir piloter un avion de chasse. Des murs infranchissables voilà ce que le libéralisme dresse entre les employeurs et les employés, de sorte que seul la division et l’angoisse de perdre son boulot règne. Chez moi le burn-out a réveillé une maladie dont je me serais bien passé et qui devait couver depuis un moment puisqu’en général elle se diagnostique assez tôt, la bipolarité. Est-ce à dire que sans ce burn-out je n’aurais jamais a eu à en souffrir, c’est difficile à dire sans refaire l’histoire, la mienne. Reste qu’il est probable que j’aurais « tenu » si en quelques années le travail ou son absence ne m’avait pas à ce point rongé. Reste à savoir également pourquoi, comment il a pu prendre une telle importance dans ma vie jusqu’à me foutre en l’air. Je l’ai dit, le travail pour moi faisait moins valeur qu’il me donnait un sens, une place. Ca d’ailleurs été une des choses les plus difficile à avaler quand je me suis retrouvé dans mes petits boulots, au bas de l’échelle sociale, et particulièrement quand j’ai fini à la rue. La valeur réelle j’avais énormément du mal à la voir en tant que publicitaire ou scénariste de jeu vidéo. Je faisais des métiers futiles à mes yeux qui n’ont pris de sens qu’après un séjour en Martinique où la publicité permet réellement aux entreprises de se sauver de la ruine. J’ai alors compris le sens de ma fonction et cela m’a notablement réussi par la suite, hélas pas longtemps… Mais au fond ce n’est que la toile de fond du problème. La réalité c’est que si je n’accordais pas réellement de valeur à mon métier, le milieu professionnel n’en accorde aucune à mon savoir-faire. Et ça c’est valable pour absolument tout le monde. La fameuse « valeur » travail n’existe dans les faits que dans la bouche des politiciens et du Medef. Ce que je sais faire de mieux, que je maitrise le mieux, à savoir écrire, n’a aucune espèce de valeur pour le patronat et ses commis. Et pas plus quand j’étais cuisinier. Nous sommes tous jetables parce que ce que nous ne sommes pas employés pour notre savoir-faire mais notre soumission. Et là-dessus le marché s’y entend pour soumettre tout à chacun, qu’on soit employé ou au chômage la pression est en réalité la même. Avec ce supplément d’âme avec lequel menace tout à chacun la société capitaliste et ses valets, la misère, se retrouver à la rue, sortir complètement des rails et ne jamais y revenir. Et c’est bien ce qui menace de plus en plus de français puisque c’est ce qui est en train de se produire et se multiplier jour après jour dans ce pays. La paupérisation de la classe ouvrière et celle des petits employés, tandis que la pression fiscale et professionnelle est exercée sur la classe moyenne, la vache à lait nationale. Selon ce que l’on appelle pauvre, quelqu’un dans mon cas par exemple ou une personne vivant dans un hôtel au mois ou encore dans un placard à balais sans chauffage, il y a entre 5 à 8 millions de pauvres en France avec une augmentation de 600.000 personnes depuis dix ans. C’est dire si la menace est bien réelle, et dans ce contexte on comprend la crispation presque mécanique vis-à-vis de l’immigration  Le même phénomène s’est produit dans les années trente avec des conséquences qu’on peut déjà constater en Italie, en Allemagne et ailleurs, la planète devient peu à peu brune, j’y reviendrais dans un autre article.

burn-out

En attendant pour répondre techniquement à l’ahuri qui m’a inspiré cet article, si le burn-out est bien considéré comme une maladie professionnel par l’assurance sociale, si celui-ci se prolonge sur le temps et comme un accident du travail si cela est spontané et limité dans le temps. Alors faites valoir vos droits avant que la Macronie vous en débarrasse.

La marchandise humaine

A vingt ans le monde est une ligne droite qu’on se propose de franchir avec l’appétit d’un immortel et si tout se fracasse sur l’autel de nos illusions d’en accuser ses géniteurs, la société tout entière ou tout autre hydre que nos jeunes années nous ont appris à vomir, les vieux, les autres jeunes, les femmes, les hommes… Puis passé trente ans l’on comprend que non la ligne n’est pas toute droite et même pire qu’il n’y a pas de ligne du tout, ni manuel et que ce que nous ont enseigné nos parents ne vaut pas tripette moins face à ce qu’on appelle les réalités de la vie que la réalité de notre vie. En général cela provoque un choc qu’on appelle communément la crise de la quarantaine. On veut rouler en Porsche, on veut sauter ou se faire sauter par des bipèdes moitiés moins âgés que soi-même, on rêve en grand et en couleurs tout en sachant qu’il faudra un jour rêver en petit, tout petit, de la taille d’un cercueil. Les femmes sont moins attachées à cette crise. Elles ont appris très tôt qu’elles avaient un temps de péremption qui les dispensait par avance de toute forme de puérilité face à la mort. Passé le cap de la quarantaine une autre angoisse les prend, rester baisable aussi longtemps que possible. Mais finalement cela revient au même. Le chirurgien esthétique remplace la Porsche, le gigolo remplace la midinette émoustillée par le grand homme. Nous vivons dans une société patriarcale après tout, l’homme y fait sa loi, imposant ses règles jusqu’au féminisme bourgeois de nos sociétés fatiguées. Les femmes n’y écartent pas les cuisses à leur grès sans être jugées et celle qui le font malgré tout veilleront à avoir une solide colonne vertébrale et le verbe féroce. Elles veilleront surtout à être jolies sans quoi ce sera double peine. Une belle qui mange les hommes c’est pardonnable, voir même flatteur, une moche c’est une faute de goût. D’ailleurs la ou le moche, le quelconque, l’adipeuse, n’a aucune espèce de valeur dans notre société de la représentation et de la performance. Ils ne s’exhibent pas sur Instagram ceux-ci, ou alors par bout, ils n’existent pas dans les médias et certainement pas dans la publicité où les femmes comme les hommes ne sont là que pour mettre en valeur le produit. On ne prend pas un boudin pour vendre des saucisses, c’est redondant.

 

La marchandise humaine que nous sommes dans l’œil du capitalisme n’a de représentation générale que si elle ajoute une valeur au corpus du capital lui-même. Si elle l’honore de son existence et lui permet ainsi de se justifier, de s’auto-sanctifier et donc de se proroger. C’est bien pourquoi on utilise cette expression de « laissé pour compte » pour désigner des femmes et des hommes qui au quotidien vivent et meurent comme il en est de l’élite. Chient, pleurent, aiment au même titre que les possédants. Pour autant ils sont laissés pour le compte parce que dans l’œil de ces possédants ils n’existent simplement pas. Les classes moyennes sont les serfs des classes dirigeantes, les autres ne sont rien comme s’est si magnifiquement trahi Emmanuel Macron ; et ce au-delà même de son mépris de classe.

lobotomie

Lourd et léger, futile et conséquent à vingt ans l’on quitte le monde concret de l’enfance pour rentrer dans celui imaginaire des adultes. Celui où il faut être quelque chose ou quelqu’un sans que pour autant on sache ni quoi, ni réellement comment ni surtout pourquoi puisqu’on est déjà soi. Le moment où on doit trouver une place dans la société selon l’expression consacrée alors que jusqu’ici on avait toujours eu le sentiment d’en avoir une. On était le fils ou la fille de quelqu’un, la chère tête blonde qu’il fallait protéger contre toute sorte de prédateurs réels ou imaginés par le substrat médiatique. Bref un enfant dans toute son acceptation sacré de nos sociétés du confort et de la déresponsabilisation. Pour se faire le capitalisme a façonné l’école à ses besoins. Hier, quand il s’agissait d’éduquer les masses, les hussards noirs enrégimentaient les écoliers jusqu’à leurs humanités, aujourd’hui des fonctionnaires harassés fabriquent du consommateur docile. C’est que la classe dirigeante n’a plus les mêmes préoccupations. Hier la bourgeoisie avait la prétention de connaitre l’homme et de vouloir l’éduquer pour son bien, civiliser la masse en somme, afin qu’elle la serve mieux. Aujourd’hui la masse ne l’intéresse plus, la classe dirigeante se replis dans sa tour d’ivoire, persuadée d’avoir gagné tous ses combats. Et la voilà qui regarde le bateau couler sans lever le petit doigt, psychopathes jouisseurs, attendus dans leurs datchas blindées, armées privées s’il vous plait. Passé la trentaine il est largement trop tard pour remettre en question ce conditionnement ne serait-ce parce que le capital nous absorbe par le travail et le besoin incessant d’argent. L’acte de consommer devient une finalité et non plus un moyen, une religion du moi comme unique expression et non plus un acte répondant à une quelconque utilité objective. Jusqu’à ce que l’expression de l’âge nous fasse revoir nos objectifs sans que pour autant nous quittions le formatage voulu par la classe dirigeante puisqu’à nouveau l’alpha et l’oméga de notre société doit se circonscrire à la mécanique de l’achat. Nous achetons nos vies en somme, au lieu de la vivre. Nous prions l’Objet de nous remplir de ce vide qui nous travaille dès lors qu’on nous a programmés à l’entreprise consumériste et à l’entreprise tout court. Phénomène qui va en s’accélérant puisque au-delà du consommateur c’est un outil que réclame le capitalisme pour ses entreprises et industries, jetable au reste comme un gobelet en plastique.

transhumanisme-posthumanisme

Bref, au fond, à vingt, trente ans et plus tout est retenu à l’interaction que nous entretenons avec la mort. C’est le propre de l’humanité dans son ensemble, nous sommes à la fois conscient que nous allons tous mourir tout en développant des stratégies de contournement. Des stratégies que le capital en tant que système, et les classes dirigeantes en tant que bénéficiaires uniques de ce système, instrumentalisent en acte de consommation. C’est ici que le transhumanisme intervient comme acteur et producteur ultime de cette stratégie de contournement et donc d’exploitation extrême de l’homme comme marchandise, cette fois non plus au sens semi métaphorique du terme mais plein et entier. Que les mouvements transhumains viennent pour commencer de l’élite de la Silicone Valley appuyé par les efforts de l’armée américaine ne doit rien au hasard puisque dans l’esprit de cette élite-là, la mort et le vieillissement sont déjà considérés comme des anomalies, des contreperformances et non pas comme des faits nécessaires à notre équilibre. Car si l’humain mortel et intellectuellement limité a déjà tendance à adopter un comportement suicidaire en se prenant pour un immortel vivant sur une planète aux ressources infinies, il est raisonnable de se questionner sur la folie furieuse qui s’emparera de lui dès lors qu’il se saura techniquement immortel. Dès lors qu’il se sentira définitivement détaché de la nature elle-même. Notamment vis-à-vis de ses semblables non augmentés. On ne parlera plus alors d’inégalité sociale mais de murs technologiquement infranchissables. Quel genre d’avenir radieux cela nous promet-il sachant que la rapidité des progrès dans ce domaine rentre aujourd’hui en concurrence avec la dégradation non moins rapide de notre environnement et la raréfaction de ce qu’on appelle les terres rares. Dans ce cadre le transhumanisme n’est pas comme il le prétend une forme d’humanisme reposant sur la raison et sur la science mais bien une version utilitaire et libérale du dit humanisme. C’est au fond la forme la plus aboutie et technologique de l’eugénisme du XIXème siècle, celle qui aboutira au nazisme par l’intermédiaire de l’aryanisme. S’il ne s’agit plus de considérer certains individus comme impur dans un sens néo romantique et une vision frelatée et fantasmée de l’homme mais bien de tous nous considérer comme impur dès lors que nous sommes perfectibles et mortels. C’est le fantasme de l’homme-objet à remodeler selon les besoins de la société.

transhumanisme-UNE1

Utile, nécessaire, besoin. L’individu dans le corpus libéral n’est et ne doit être rien de plus qu’utile, répondre à un besoin comme on répond à une offre dans une société marchande. Ce pourquoi on réclame au sortir de l’enfance que l’individu trouve sa place dans la société, entendre en réalité qu’il trouve par lui-même le segment de marché où il pourra inscrire sa propre valeur ajoutée. Il n’y a pas de place ici pour l’épanouissement intérieur ni plus pour un développement durable de ses propres valeurs face aux contingences du marché. Baste de toute philosophie qui n’examine pas l’homme et la femme sous une autre forme qu’utilitaire –et ici on en revient au transhumanisme. Baste de toute forme d’économie qui ne permette pas au marché de se prolonger. Baste de la société telle que nous la connaissons puisqu’elle entrave par ses aspirations humanistes la mise en système du processus marchand. Baste de la nature même si elle ne répond pas aux aspirations de croissance du marché, et tel groupe indien de proposer comme slogan de campagne de ne pas laisser aux seules abeilles le monopole de la pollinisation. Ce n’est même plus la vision cynique du capitalisme du XIXème qui intoxiquait les chinois dans toute l’Asie à force d’opium au fait qu’il ne fallait pas aller contre l’offre et la demande. C’est une vision purement puérile et symptomatique de l’homme dans son ensemble. Symptomatique des sociopathes qui nous dirigent.

Le pouvoir rend fou. Fort de ce constat il n’est pas surprenant que la classe dirigeante nous précipite dans le mur des catastrophes au prix d’une croissance toujours exponentielle. Les serfs doivent remplir leur rôle jusqu’à extinction, les terres rares doivent être exploitées au fil du rasoir du progrès technologique de la Silicone Valley. Et le reste, tout le reste, la biosphère dans son ensemble d’être soumis à égalité au productivisme capitaliste, qui n’a rien à offrir mais nous le fera payer cher.

Il n’y a et n’aura aucun moyen de lutter contre cette idéologie de mort qu’est le libéralisme que le plastiquage. Plastiquage pour commencer de ses prétentions à un humanisme frelaté. Plastiquage de son formatage scolaire et universitaire. Plastiquage de son ivresse mégalomane d’être au-dessus de la nature et de l’homme dans son ensemble. Sabotage de tous les moyens mis en œuvre par la machine capitaliste pour soumettre l’individu à cette vision marchande des êtres. Mais non pas à travers des actes de violence, du terrorisme qui ne fera que le jeu de l’ennemi mais à travers la culture. Reprendre notre destin en main doit passer par la littérature, la philosophie, la pensée dans son ensemble en lieu et place des lieux communs mis en place par la société marchande. Un effort constant et qui ne peut venir que de nous-même. C’est à ce prix et à ce prix seulement que nous échapperons peut-être à la marchandisation de nos corps et de nos êtres. L’on pourra bien entendu opposer que ce n’est qu’une utopie, qu’il est trop tard pour saboter les racines libérales et abattre son arbre mais comme disait Michel Eléftériadès ce sont des utopies que sont nés les plus grandes choses. Et dans ce monde de médiocrité libérale nous avons plus que jamais besoin de grande chose, de grande pensée, de grandes utopies qui envisagent autrement l’individu que comme une marchandise. Alors à vos écrits, vos livres, vos humanités, il y a urgence.