The Highwaymen manos arribas !

Bonny Parker et Clyde Barrow vous connaissez n’est-ce pas. Ce couple de gangster mythique, jeune, beau, intrépide et qui seront lâchement massacré par la police comme décrit dans le très beau film d’Arthur Penn. Apprenez donc la véritable histoire et cette fois non plus vu du couple rebelle mais des vils policiers qui ont fini par les fusiller dans leur voiture. Deux ex Texas Rangers ici lancés dans une course contre la montre contre deux tueurs de flics plus psychopathes que rebelles. Des Texas Rangers vieillissant, véritable dinosaures sorti de l’époque de l’ouest sauvage, ici joué par un Woody Harrelson flamboyant et un Kevin Costner plus Eastwoodien que jamais. Des flics coriaces, traceurs de piste, rusés et vieux copains que l’on oppose aux fédéraux, obséquieux connards chargés d’attraper le couple avant eux. On est ici dans le registre du western moderne, avec un face à face moins entre deux couples de tueurs qu’entre deux époques, deux conceptions de la vie et du monde. Celle dure et tranchée mais toujours humaine de Hamer, le flic dur à cuire et authentique personnage joué par Cosner, contre celle pleine de regret et d’humanité d’un Maney Gault (Woody Harrelson) loin du cliché des tueurs pistoleros du Texas Ranger tel que présenté tant dans le Arthur Penn qu’ici. Une opposition qui est faite par le creux face à un trio d’assassins sans loi ni pitié qui massacrent sauvagement quiconque leur barre la route, tout en se la jouant gentil petit couple durant les étapes de leur périple. Une violence qui pourtant ne frappe jamais le public, bercé par la légende forgée par Parker et Barrow eux même, des nouveaux Jesse James, Robin des Bois de la Grande Dépression, qui prennent aux riches pour donner aux pauvres. Et à nouveau nos deux héros sorti de leur propre western passé de se confronter à une nouvelle époque, une époque comme un reflet de la nôtre, celle de la sur médiatisation. Celle où deux assassins inspirent jusqu’à la mode et sont si populaires qu’ils sont accueillis comme des stars de ciné dès lors qu’on les reconnait. Une situation qui dépasse et outrage ces deux hommes pour qui chaque vie en réalité compte, pour qui il s’agit moins une affaire de loi que d’arrêter deux malfaisants. Pendant qu’autour d’eux, l’époque, futile se pâme devant la légende. Car c’est moins le prétexte de la Grande Dépression qui est mis en avant ici pour expliquer cette célébrité que celui d’une époque sans conscience qui préfère croire à la fable des bandits au grand cœur plutôt que la cruelle réalité de deux salauds.

Comme dit le personnage joué par Woody Harrelson, avant il fallait avoir du talent pour être publié dans le journal maintenant il suffit de tuer des gens, et de relire la prose indigente de Parker qui sera reprise des années plus tard par Gainsbourg. Mais au-delà de la simple dénonciation d’une époque comme reflet de la nôtre, comme une façon de nous faire remarquer que nous n’avons rien inventé avec notre avide besoin de célébrité pas cher ou nôtre manie de tout filmer, c’est tout un basculement auquel assistent nos deux limiers vieillissants. Celui d’une époque où l’on met sur écoutes les citoyens, où les drones n’existent pas encore, remplacés par les avions et où ces deux cowboys avec leurs méthodes de pisteurs semblent aussi anachroniques et déplacé qu’un vélo dans une course de dragster. C’est l’âge. Le temps où on se rappelle qu’on est plus aussi bon tireur et où le gros calibre devient le recours ultime contre une jeunesse sans pitié. Où courir après un gamin devient problématique, le temps des regrets aussi où une vie humaine compte désormais double à une époque où elle compte pour rien sinon comme évènement d’article à sensation. Jamais le réalisateur John Lee Hancock, auteur de l’excellent le Fondateur, n’excuse le couple Bonny, Parker pour être ce qu’ils sont, il conserve strictement le point de vue des deux policiers chargé de les chasser. Deux flics qui vont de campement en campement traquer le couple, confronter à la misère qui elle se fiche plus des tabloïdes que d’un bon paquet de tabac. Deux flics qui en dépit du portrait que la mort du couple en a fait ne se montre lâches ou abusant de leur autorité pour obtenir des informations. Et on les suit jusqu’à la toute fin où à nouveau l’auteur insiste pour remettre les pendules à l’heure, Bonny and Clyde n’ont pas été lâchement assassiné par une bande de flics planqués avec du gros calibre, ils ont été mis devant un choix, ils ont préféré faire le mauvais. Mais comme disait John Ford dans qui a tué Liberty Valance si la légende est meilleure que l’histoire, publiez la légende, et les foules sont hystériques. Hamer et Gault disparaitrons du paysage après leur exploit, passant pour longtemps auprès du monde pour des salauds de flics texan ayant massacré les jeunes héros tandis que le FBI tirera toute la gloire de la fin de Bonny et Clyde.

Après le Fondateur où il s’ingéniait à déconstruire la légende Mac Donald et l’entrepreneuriat à l’américaine, c’est donc à une autre légende américaine, et à un autre genre de voyou que s’attaque John Lee Hancock avec son Highwaymen. Se gardant de valoriser le fameux couple autrement que par le résultat des crimes qu’ils commettent, par leur victime, opposant deux conception de l’humanité. L’une pour qui rien ne compte plus sinon la célébrité et une autre où la vie même a un sens, Hancock se garde pourtant de tout jugement. En creux c’est même un portrait plutôt touchant qui est fait de cette jeunesse meurtrière. Ses personnages ne décrivent jamais le couple comme des salauds mais comme ils étaient, des gamins à la dérive qui ont mal tourné et fini par basculer. A cela il oppose une conception humaniste de deux flics sur le retour, une conception dépassée par l’époque comme un reflet de celle qu’on apercevait chez le personnage interprété par Tommy Lee Jones dans le crépusculaire No Country for Old Men. Une époque qu’on ne comprend plus pas plus qu’elle ne se comprend elle-même, une époque vide et nihiliste comme les personnages qu’elle glorifie. Construit logiquement comme un road-movie mâtiné de buddy movie avec la présence savoureuse d’Harrelson en flic à la fois mariole et plein de remords, The Highwaymen traverse l’Amérique rurale, et l’Amérique de la Grande Dépression, ses paysage énorme et désert comme une entité anxiogène, à la vitesse d’une ballade contre la mort et l’oubli. Si on peut regretter parfois une mise en image un peu plate et conventionnelle, il faut sans doute voir là les standards désormais connus de Netflix producteur et distributeur du film. On pense notamment à la série True Detective dans la mise en image alors que le film lorgne plutôt du côté du western. Une erreur de jugement qui ne retire rien à cet excellent petit film, et bonne surprise dans la carrière d’un Cosner vieillissant.