Apartheid français

Ce pays vit à deux vitesses, on le sait tous, et particulièrement depuis qu’un merdeux narcissique a volé démocratiquement le pouvoir au nom des gens de sa caste, respectant scrupuleusement l’esprit très XIXème du patronat français. Une justice à deux vitesses également. Une justice  des pauvres qui enferme à tour de bras (toutes les prisons françaises et les centres pour jeunes délinquants sont pleins à ras bord) dans un pays où on trouve légal et décent d’enfermer un gosse de treize ans. Et une justice des riches qui relaxe des délinquants jugés coupables, comme le sait si bien la très puissante et protégée Christine Lagarde. Au pays de l’abolition des privilèges ceux-ci ne se sont jamais si bien porté. Les français le savent, ils râlent, pleurnichent, en parlent… Ils sont très doués pour bavarder dans le vide et défiler sous des pancartes mais au fond ils s’en accommodent n’ayant visiblement jamais digéré d’avoir raccourci leur monarque. Ils sont en effet soumis au régime d’une constitution monarchique que s’était taillé sur mesure un homme qui se prenait pour Louis XIV, mais au moins il en avait la dimension puisqu’ils ont cessé d’avoir des chefs d’état à partir de Mitterrand. Pour les troquer par de médiocres affairistes plus préoccupés par leur enrichissement personnel et leur image dans la glace que par le destin de ce pays. Mais il faut reconnaitre que les français vivent dans une bulle.

Quand je dis les français, je parle des gens comme moi, bien que je ne le sois que sur papier. Des français blancs, nés dans une république qu’ils croient bienveillante, le plus souvent citadins, qui ne voient une vache que quand ils font l’effort de sortir de leurs murs et le plus souvent pour expliquer à l’autochtone que le coq ne doit pas chanter pendant leurs vacances. Ils vivent dans leurs villes séparés mentalement et physiquement d’une autre classe de citoyen, une sorte de sous prolétariat qui n’en n’est pas vraiment un mais qui est vécu et employé comme tel. Ces français-là, ce sous prolétariat fait la fortune de la police, le bonheur de la justice, et les réactionnaires leur doivent leur carrière. On pourrait en effet se demander où en serait Zemmour et De La Villiardière, le groupe Bouygues avec TF1, sans la jeunesse des quartiers. Sans compter tous les hommes politiques bien entendu qui ont prospéré sur « l’insécurité » en pointant d’abord du doigt les immigrés dans leur ensemble, la jeunesse des quartiers, puis les musulmans, le tout désormais assimilés à des terroristes potentiels ou avérés, le célèbre « ennemi de l’intérieur ».

Je me faisais cette réflexion ce soir en me promenant dans mon quartier. Samedi soir à Lyon, une ville étudiante, c’est deux jeunesses qui ne se croisent quasiment jamais qui s’amuse. Une en terrasse dans les étages, saoule, qui parle fort et sans prudence, probablement occupée à fumer le shit que leur ont vendu la jeunesse d’en bas, exclu de leur jeu, de leur confort, de leur avenir, de leur pays. Ceux-là, la « fête » ils la font tous les soirs ou presque, dans la rue, et toujours aux mêmes endroits. Ils vendent la matière première des fêtes des étages au-dessus, s’achètent kebab et pizza, boissons gazeuses et parfois du whisky ou de la vodka de marque. Ils adorent les marques, en porter et dépenser des fortunes pour un blouson ou un jean, ils font donc également le bonheur des milliardaires qui tiennent ce pays en coupe réglée. C’est à peu près leur quotidien. Discuter avec les potes, fumer, vendre, se saouler, jouer au foot et draguer. Ils vont faire ça également dans la journée éventuellement mais pas dans mon quartier. Dans mon quartier ils s’envisagent encore plus ou moins un avenir, ils ont parfois le bac, des parents mais pas tous, et vivent, ou du moins essayent de vivre légalement des seuls jobs que l’autre France ne leur proposera jamais, intérimaire, généralement pour la manutention, déchargement des quais, les préparations en magasin ou en entreprise. Rien d’autres. Bien entendu certain ont des casiers et tous, absolument tous sont à la merci constante de la police qui ne manque jamais de leur rappeler qu’ils ne sont pas des citoyens à part entière, la preuve ils n’ont pas la même couleur de peau. Pas de misérabilisme ici, c’est un fait, ces français-là n’ont aucun avenir. Pas plus qu’en n’ont les gamins des zones rurales qui font très exactement la même chose qu’eux, galérer pour trouver un petit boulot et se défoncer le soir, tous les soirs. Une jeunesse qui s’ennuie, et, dans le cas de mes citadins, dont la seule perspective d’emploi stable est d’aller à Marseille, se faire embaucher à la journée comme dealer dans un quartier. Voilà leur avenir, voilà comment la France les envisage, manutentionnaire-vendeur de shit et rien d’autre. Ils achètent un 25 à 80 euros. Se font cent, deux cent euros de bénéfices, ils ne sont que distributeur, le plus gros de l’argent va au grossiste et au semi grossiste. A Marseille on leur fixe des objectifs, mille euros de défonce, mille euros de bénéfice et tu touches cinq cent, mille deux, pour une journée ou deux de travail. Bien entendu c’est à risque. Le monde de la délinquance est un monde où tout le monde essaye de baiser son prochain. On se fait avoir sur la quantité et nous voilà en dette, on peut se retrouver au milieu d’une fusillade, à Marseille c’est sans limite. Et si je le sais c’est parce que je les ai écouté en parler de la même manière qu’ils parleraient d’aller se faire embaucher sur un chantier ou dans un supermarché.

C’est d’ailleurs l’extraordinaire paradoxe de ce pays fort d’une classe dirigeante corrompue, sa prohibition sur les drogues, mis en place depuis 47 ans, ne fonctionne pas et n’a jamais fonctionné. 47 ans d’une loi d’exception qui n’a strictement servi à rien de plus qu’à trouver un prétexte pour enfermer la jeunesse de ce pays et plus particulièrement la jeunesse du sous prolétariat des villes et des champs. Et de ce point de vue-là, la justice française est en pleine forme puisqu’on arrête et on enferme en masse aussi bien petit dealer que consommateur, les chiffres de la justice le démontrent.  Le plus cocasse là-dedans étant que naturellement non seulement la France est la plus grosse consommatrice d’anxiolytique d’Europe mais également de cannabis, la drogue qui rend fou. Je ne vais pas, à l’instar de la classe politique, revenir sur ce serpent de mer français, je sais parfaitement que de ce point de vue, il n’y a plus que la classe politique et la bourgeoisie qui tient ce pays pour s’intéresser à la question de la prohibition. On fait donc à la française, en douce, tout le monde, flic y comprit, et on laisse la mafia corso marseillaise s’enrichir avec l’aval des gouvernements qui se succèdent. Plus personne n’est dupe en réalité. On habille le débats moral avec l’argument sanitaire, on agite la menace d’une maladie mentale rare (oui la schizophrénie est une pathologie rare) et on permet au roi du Maroc et à d’autres de toucher leur dime sur l’or vert du Rif et de se la dorer à Marbella. On permet dans la foulée que des produits frelatés, du shit « Harry Potter » comme disent mes dealers en rigolant, de tomber entre les mains des gamins avec les risques sanitaires et psychiatriques afférant. Je rappelle tout de même qu’aujourd’hui le premier pétard c’est à partir de 12 ans…

Mais revenons à cette sous classe de la société française. Donc pas la jeunesse protégée et blanche des villes mais celle qui subit l’apartheid à la française. Celui qu’on ne nomme pas, pire sur lequel des petits ambitieux comme Valls ont essayé de se faire du beurre. Lui aussi a dénoncé l’apartheid qui sévit dans ce pays, il essayait de se faire bien voir, la France blanche, celle qui a aboli les privilèges de l’aristocratie pour se les arroger, la bourgeoise, s’est emporté. L’apartheid ça n’existe pas en France, tout le monde a ses chances. Excepté pour trouver un appartement, un travail, poursuivre des études dans des conditions descentes, pour ne pas se faire harceler par la police, mais c’est interdit de le dire. C’est interdit parce que non seulement la France n’a jamais supporté la perte de son empire, ni plus que des gens pas de chez nous osent revendiquer leur droit dans un pays qu’ils ont construit et qu’ils enrichissent, clandestins y compris. Oui, même sans papier si on est embauché on cotise. Mais pour un Zemmour « on ne vit plus comme des français » c’est-à-dire comme dans les années 50 quand le bicot ne la ramenait pas. On est obligé de faire avec… et pour ces français là il est bien plus supportable de se faire rouler dans la farine continuellement par leur gouvernement que l’idée qu’un jeune des quartiers ait les mêmes droits qu’eux, ce qu’ils n’ont en réalité qu’en théorie. D’ailleurs c’est amusant de voir comment le racisme des réactionnaires se focalise sur cet apartheid là, mais pas une seconde sur celle qui touche les gamins des campagnes. Parce qu’en réalité ce pays a étendu son sectarisme autant aux gamins des quartiers qu’à ceux des champs au point où on ne parlera jamais d’eux.  Ce pays n’aime sa jeunesse que lorsqu’elle pense comme un vieux, veut devenir médecin ou avocat ou quand il s’agit de les enrôler dans une armée qui ne sait en réalité pas quoi faire d’eux. Car notre jouvenceau narcissique qui a des idées de vieux veut remettre le service militaire obligatoire, et 74% des français seraient d’accord, selon les sondages… A croire que ce pays adore les uniformes, avec un flic pour 265 habitants la France est bien le pays le plus fliqué d’Europe. Personnellement j’ai fait mon service, j’en parle , et à part se biturer, fumer du shit, ce qu’ils savent déjà parfaitement faire, et servir de petite main corvéable à souhait pour les professionnels je n’ai jamais vu l’intérêt de ce service. Mais la France puise ses idées dans les années 50 et 60, c’est la nostalgie d’un pays de vieux qui refuse d’évoluer.

L’apartheid français est à l’image de sa mentalité, on n’en parle pas, on a interdiction d’en parler, elle n’existe nulle part dans le cadre de la loi et partout dans le cadre du quotidien. Il est interdit de dire que la jeunesse hors des villes n’a pas la moindre chance de trouver autre chose qu’un petit boulot, si elle en trouve, que rien n’est prévu pour eux, ni structure ni encadrement. Tandis qu’apeuré, ce même pays offrira des bibliothèques et des centres sportifs dans les quartiers en espérant que ça les endorme. Créant de fait une différenciation entre deux sous classes de la jeunesse. On ne s’étonne dès lors guère du succès de la ploutocratie Le Pen dans les zones rurales et auprès des jeunes. Diviser pour mieux régner sur un asile de vieux est le crédo de tout bon politicien français. Comme il est interdit de dire qu’en s’appelant Mohammed ou Ada on aura toutes les peines du monde à se faire embaucher, et aucune si on ajoute qu’on vient d’un quartier « à problème » et encore moins de pouvoir louer un logement ailleurs que dans le dit quartier. Et parfaitement illusoire de se dire qu’on passera la journée sans se faire contrôler au moins une fois si on a l’imprudence de trainer dans les quartiers des français blancs. La France continue de croire à sa mythologie de l’égalité pour tous, dans un même pays où les représentants de la nation, les députés, viennent quasiment tous de la classe dominante avec une majorité de quadra et plus, beaucoup plus, comme c’est le cas au sénat, notre asile de vieux de luxe à nous. C’est interdit parce que ce pays déteste se remettre en question. Déteste l’idée qu’il n’est plus qu’un reflet peu reluisant d’une gloire passée.

Se remettre en question ça serait en effet admettre le grand mensonge de la libération avec sa résistance de la dernière heure qu’on a voulu faire passer pour une résistance de la première. Avec son patronat unilatéralement collaborateur et son antisémitisme qui a permis l’arrivée au pouvoir d’un vieillard narcissique. Ca serait également admettre que  la décolonisation a été une trahison pour pas mal de français, ajouté au mépris le plus complet qu’on a accordé aux hmongs et aux harkis puisque bien entendu ils n’étaient pas de chez nous. Ca serait admettre que la France a soigneusement tenu éloigné son immigration loin de toute force politique, de toute représentativité, de toute forme d’assimilation, préférant agir avec elle comme elle l’avait fait dans ses colonies. Avec paternalisme, absolument certaine de sa supériorité, essayant de nier complètement leur identité, leur spécificité. L’empire réduit à son propre territoire colonisera donc ses banlieues avec la même démarche qu’il a colonisé l’Afrique ou le Vietnam. Et aujourd’hui, comprenant son échec le plus total dans le domaine, ce pays accuse ses colonisés de ne pas vouloir s’intégrer. Ce qui est très pratique pour les exclure un peu plus, vu que c’est de leur faute…et Daesh qui a parfaitement compris sur quel ressentiment jouer ici, l’a utilisé pour diviser un peu plus cette société d’apartheid. Un apartheid dirigé autant vers la jeunesse des classes populaires que vers son immigration.

L’ennui avec ce sectarisme sociétal qui refuse de dire son nom, cette hypocrisie complète dans laquelle vit la société française c’est qu’à terme ça produit ce qui s’est passé le 13 novembre 2015. Pendant que la classe dominante à travers ses locuteurs certifiés « moi j’viens d’la banlieue moi » mais très grassement payés, nient l’identité voir même l’existence (je pense ici aux gamins de la cambrousse) de toute une jeunesse, un fossé est en train de se creuser de plus en plus profondément au sein même de cette société vieille et nostalgique de son passée. Une jeunesse populaire qui sait qu’elle ne sera jamais acceptée par la caste, sera refoulée vers les classes moyennes à titre d’épouvantail, commence elle à cesser de vouloir à faire quoi que ce soit avec cette société. Et deux mondes passent l’un à côté de l’autre sans jamais se voir que dans le ressenti. Je parle avec les gamins de mon quartier mais il est clair que dans la tête de quelques porteurs de barbe je suis l’ennemi, « Jean-Pierre » le Françoy. Ils pensent comme des colonisés qui voudraient s’affranchir de l’autorité paternaliste que je suis censé représenter, parfaitement soumis comme on attend qu’ils demeurent, mais ça il n’y a qu’eux et la réaction qui refusent de l’admettre. L’ennui c’est que la France est truffée de responsables racistes et/ou réactionnaires, de Boutledja la passionaria salafiste des Indigènes de la République à Narcisse 1er Roi des Banquiers, en passant par Marine Le Pen. Ca blague sur les comoriens qui se noient au large de Mayotte, ça parle de zone de non droit sans y avoir jamais mis les pieds, ça accuse telle couleur de peau, telle origine national d’être la faute de tous ses malheurs. Ca organise des camps d’été « interdit au blanc » dans le plus grand des calmes, parce que finalement la France s’accommode parfaitement de ce racisme ambiant, ce pays n’a jamais été pour le mélange des cultures surtout qu’il estime la sienne supérieure en tout point. L’ennui, surtout, c’est que dans le climat délétère qu’est en train de créer le merdeux de l’Elysée cette faille dans la société française va s’agrandir un peu plus chaque jour, et qu’à terme ça s’appelle la guerre civile.

 

N93TM

Les seuls sentiments que l’homme ait jamais réussi à inspirer au policier sont l’ambiguïté et la dérision.

Vidocq.

Je ne vais pas te mentir. J’aime ça. J’aime ça quand je t’entends gueuler parce que je te tire par les cheveux, ou que je t’arrache les bras jusqu’entre les omoplates. Je m’éclate quand t’es à plusieurs et que tu veux faire le malin, qu’on peut bien sentir le tonfa siffler dans tes côtes, et les os craquer. Je kiffe quand tu m’as donné une raison. Te coller bien plat par terre, te faire bouffer le trottoir. Et d’ailleurs même si tu ne m’en donne pas, qu’est-ce que j’en ai à foutre moi, je suis assermenté. Toi t’es qu’un pauvre connard sur qui je peux faire pleuvoir la merde si ça me chante parce qu’on me paye pour ça et rien d’autre. Et j’adore ce job.  Et en plus si je trouve du chichon dans tes poches, je peux me faire du gras. Si c’est pas lier l’utile à l’agréable ça je vois pas ce que c’est. Ouais, no surprise, je me fais du beurre sur ta gueule citoyen, et qu’est-ce que j’en ai à foutre ? Qu’est-ce que j’en ai foutre de ces bidons qui jouent les durs en bas des tours ? De tous ces petits trous du cul qui nous emmerde la vie en se prenant pour Scarface ? Qu’est-ce que j’en ai à branler de ta gueule pépé avec ta bourgeoise qui me tape un scandale parce que je pisse dehors avec mon brassard ? Qu’est-ce que tu veux que ça me foute trou du cul que t’ais fêté le mariage de ta cousine ? Ou même que t’existe, que t’as des droits tout ça. Bande de connards ici, la loi c’est moi !

Alors allez-vous faire enculer.

Allez vous faire enculer les branleurs qui tiennent les murs et se prennent pour des gens, on devrait tous vous cramer ! Allez vous faire enculer les petits pédés sapé ethnique, piercing, tatouages, bobo mes burnes qui achetez du shit coupé à la colle en causant éco responsable ! On devrait vous envoyer faire les putes pour les macros qui tiennent ce business, ça vous apprendrait la vie ! Allez vous faire enculer les vieux qui nous appelez parce que votre voisin fait du bruit, nous c’est la BAC, pas silence on dort. Et surtout gueule pas parce que je te colle une prune, ça va me saouler. Allez vous faire enculer tous les négros, les bougnoules qui nous cassez les couilles avec vos droits et nos devoirs, votre Islam mes burnes, mais qui fument le pétard dans le train genre on est chez nous partout. Une balle dans le crâne ouais, ça calmerait les autres ! Allez vous faire enculer la Ferro, les gendarmes, les bleus, l’IGS, nos soit disant collègues. La moitié de ces fils de pute ne trouverait pas le chemin de leur bite sans un plan. On a n’a pas besoin d’eux pour mettre les cons au pas. Allez vous faire enculer les juges et les avocats qui nous refoutez systématiquement la racaille dans la rue parce que les taules sont pleines à ras bord. Qu’est-ce que ça peut bien me foutre moi qu’ils soient à 15 dans 9 m² ? On a qu’à agrandir les cages. Comme en Thaïlande, au Mexique. Comme ça on pourra en mettre plus. Va te faire enculer monsieur le ministre qui nous donne plus d’ordres que de moyens, un jour ça va te péter à la gueule et tes bandits on va te les traiter à l’ancienne. Allez vous faire enculer les gens qui se plaignent parce qu’on aplatit un connard, brutalité policière putain de ta mère ! Tu veux quoi petit citoyen ? Que je lui récite un poème ? Et alors c’est un bicot tocard ? Tu lis pas les statistiques ? Tous les flics sont racistes, c’est prouvé. Allez-vous faire enculer les citoyens, tous ces français qui veulent plus de sécurité et moins d’arabe mais qui gueuleront dès qu’on aura éclaté le crâne d’un dealer. Vas te faire enculer la France.

Moi je chante jamais la Marseillaise. Pas question. Je sais pas c’est la France de qui mais c’est pas la mienne. Qu’ils la gardent leur Révolution, leur liberté égalité mes noix, leur Droit de l’Homme. Tout ça c’est des foutaises. Une légende urbaine. La démocratie ? A quoi ça sert ? Les gens sont des veaux. Et on laisse à des veaux le droit de choisir leur chef. Le chef des veaux. C’est ça qui nous gouverne. J’ai des collègues qui n’aiment pas ça que je ne chante pas leur connerie d’hymne. J’ai même reçu des avertissements à cause de ça, mais je m’en branle. Je l’ai assez chanté pour mille ans de toute façon

3 ans. 6ème RPIMA, mon con ! Spécialisé tireur d’élite, brevet commando, ma couille ! Et ailes d’argents. Je les portes toujours, sous mon blouson. Un porte-bonheur. Avec le Sig Sauer, la gazeuse, une paire de menottes, deux chargeurs supplémentaire, et ma botte secrète… De temps à autre je prends un tonfa aussi. C’est bien quand tu veux faire un Auswitch.

Dimitri regarde sa montre qu’il a pas au poignet et me demande comme s’il proposait de s’en jeter un :

–          On s’fait un petit Auswitch avant de partir ?

Je souris.

–          T’es gourmant aujourd’hui…

J’attrape nos tonfas entre les sièges.

–          Avec un peu de chance un de ces enculés on ramassé… j’ai besoin de fraiche, ma femme veut de nouveaux rideaux.

–          Encore ?

–          Tu parles, on change de salon tous les mois avec elle. Et encore elle sait même pas que Marie Claire existe…

On s’approche des tours, le brassard bien visible, il y a une bande de branlos dans le hall, grande surprise ! Survet Tachini, pochette Vuitton, casquette Nike ou Adidas avec des « wallah » et des « sur le Coran » « sur la Mecque » plein la bouche. Rien qu’avec ce qu’ils portent, tout leur attirail made in Vintimille, on pourrait les coffrer pour trois ans ! Et je parle pas de ce qu’ils se mettent dans les poumons !

–          Eh les connards les murs tiennent tout seul, c’est pour ça qui sont fait, décollez votre cul et amenez-vous ici.

–          Qu’est-ce qu’on a fait m’sieur ?

–          J’aimes pas ta gueule négro, ça te vas ?

–          Eh mais comment vous parlez m’sieur ! Eh ça se fait pas de traiter les gens comme ça !

Je me tourne vers Dimitri hilare.

–          Eh Dim, on a des clients !

Ensuite ça va très vite, on rentre dans le tas, on tabasse tout ce qui bouge, zone rouge de préférence, on les enferme dans leur hall, et on fait cracher la gazeuse. C’est ça un Auswitch. Parfois, avec ça si on est assez rapide on peut trouver des papiers, et porter plainte, juste pour leur péter les couilles. Mais c’est surtout les dealers qui nous branches, les vrais, pas juste des moules couilles sur la boite au lettre, on peut se faire dans les 300 boules rien qu’en leur faisant les poches. Vas-y qu’ils portent plaintes ces tartes. On combine avec leurs grands frères. En général vaut mieux être trois ou quatre, c’est plus pratique. Mais avec Dimitri on se défend bien. Dimitri était dans la Légion avant d’immigrer chez nous. Pour un mec de près de deux mètres il est drôlement agile. Moi c’est à la frappe que je me défends. Vice champion de boxe d’Île de France de la police, catégorie moyen lourd, s’il vous plait.

Mais faut pas croire on fait pas ça seulement pour les rideaux de madame, on fait ça surtout pour le fun. Pour arrondir les fins de mois et mettre de la graisse dans les nouilles y’a mieux.

Déjà y’a les extras. Les trucs qu’on fait pour les officiels, les soirées, quand un gros se pointe, politique, show biz… 100 boules de l’heure sur la caisse grise comme on dit, celle du syndicat, le patron prend 20% on se partage le reste, c’est pas chien. Et puis surtout y’a le gibier. C’est ce que c’est jalouse le voyous, ca balance sec si tu y mets le ton. Si tu sais amadouer l’imbécile, il va te balancer un ou deux collègues vite fait, et hop on se le fait à la Marseillaise. C’est comment à la Marseillaise ? Bah c’est comme là-bas cousin, à l’envers et à l’endroit.

Le collègue on le saute pas, enfin pas tout de suite. Lui on s’en fout tu vois, ce qu’on veut qu’on nous balance d’abord c’est où il entrepose. Cave, box, hangar, bagnole, came, télé tombée du cametard, arme, peu importe la spécialité, on est pas bégueule.

Après, pillage. C’est Kevin et Anto qui s’en occupent. Ils ont la méthode, des spécialistes, c’est ce qu’ils faisaient déjà avant d’entrer dans la police, voleurs. Un jour, à 16 ans, ils ont arraché une Ferrari à un gus, leur coup d’éclat.

–          Putain il voulait pas lâcher l’mec, je lui ai mit dix patates dans la tête, il lâchait rien, j’lai tiré, y s’accrochait comme une moule ! L’a fallu que j’y aille à coup de pied !

C’est Kevin qui raconte mais je sais qu’Anto tapait aussi. Et j’imagine la gueule du type avec ces deux énervés sur le dos entrain de lui mettre l’avoine de sa vie. Je l’imagine mais ça dure pas, c’est très rapide, très violent, je sais je l’ai vu faire. On peut pas savoir ce que le mec se dit, juste qu’il se retrouve sur le macadam, sonné, saignant de la bouche en train de se demander pourquoi lui. C’est presque bon à voir. Maintenant il sait. Il sait pourquoi des mecs comme nous il en faut. Pourquoi il a besoin de nous. Et la prochaine fois qu’il nous verra entrain de serrer des scooters, bin y mouftera pas le citoyen, parce qu’il sait. Il sait ce que ça fait de se faire taper, et peut-être même que ça lui fera plaisir.

–          Vous en avez fait quoi ?

–          On l’a vendu.

–          Combien ?

–          1500, répond Anto’ on voulait s’acheter des scooters.

–          Ah putain c’est tout ! je rigole

–          Bah ouais ! T’imagine la maille qu’on aurait pu s’faire à l’époque si on avait su ? rigole Kevin en retour.

–          Ah on était des couilles qu’est-ce tu veux… D’après toi il en prendrait combien maintenant Untel ? il demande à Dim.

Dim hausse les épaules.

–          Dans les sept. Peut-être dix, répond-t-il en roulant sur le r avec son accent polonais.

–          Putain j’aurais pu en faire des trucs avec dix en ce temps-là, rêva Kevin.

–          T’aurais pu te payer du placard ouais, répond Anto, t’aurais acheté du shit et des putes comme un Scarface et on aurait fini par se faire serrer.

Kevin ricane, c’était bien possible oui. Heureusement à 17 ans il est devenu papa. C’est ça qui l’a emmené chez les flics, sa régulière. Elle voulait qu’il fasse un travail sérieux, fini les magouilles. Elle sait faire avec ses couilles, c’est pour ça qu’il l’écoute. Il a une petite fille de huit ans aujourd’hui et un second en route.

On est dans le bureau, les pieds sur la table, on cause, on mangeaille et on boit du café. Un peu la pause.

On attend.

On peaufine.

Une Marseillaise c’est une science.

Le pigeon dévalisé, faut jamais le pécher soi. Jamais. Faut qu’il se demande d’abord. Qu’il se ronge. Si y s’embrouille avec ses potes, si ca fait du buzz comme y disent les connards à la tévé, c’est encore mieux. Y balance sans savoir, suffit de filocher sa panique, il embrouille, avec un peu de bol y’a une paire de Montana qui vont monter aux bataillons et ca va se fumer dans la bonne ambiance. Nous on s’en branle, drame de la banlieue tout ça, mes regrets aux familles ta mère. Et puis après on le balance à des collègues, anonyme.  Dès qu’ils le sautent, on le convoque chez nous, un retapissage soit disant, l’histoire d’une heure, et là on le pause. Un gars invite l’escorte à boire un café, remplir de la paperasse, et le gars attends. Un quart d’heure, vingt minutes… Dim agite son poignet et la montre qui ne s’y trouve toujours  pas.

–          C’est l’heure, y nous fait.

Il se lève, prend l’AK47 dans le plastique et passe dans la pièce à côté avec ses deux mètres au garrot de polonais des mines.

–          Qu’est-ce qui fout là çui-là ?

Surprise, ni Mouloud ni Mamadou, c’est Viko, le Rom trop gentil. Un pro du billet de retour, le champion des raccompagnements à la frontière. Viko le dur à cuir mon gars, des poulets dans notre genre ça lui rappelle à peine le pays, y voit immédiatement où le grand veut en venir avec sa Kalach’, y sait, il a l’œil du voleur le Rom gentil avec ses doigts plein de bagouzes chromées or. Viko importe des guns tu vois. Un petit réseau rien qu’à lui. Fait vivre la famille, les cousins. Il travaille sûrement pour un gros de là-bas mais on s’en branle. Nous ce qu’on veut c’est son stock, et son slip s’il fait chier. Et il le sait. Mais c’est un mariole hein, il en a vu d’autres, et puis crève, il préféra te vendre ses mômes que son stock. Pauvre mange dalle qui vend des kalach’ à 300 boules pièce et des RPG à 1500 roquettes comprises. De la came russe, tchèque, chinoise. On savait tous d’où ca venait de toute façon, et c’était pas de Roumanie. Souvenir du Kosovo, Bon Baiser à Sebrenijca, Dr Slobodan t’encule à Sarajevo… Sans compter ce qui sortait d’Ukraine, de Russie, on attend avec impatience les souvenirs du Printemps Melon.

Dim lui fait ses yeux de tarés des steppes et lui dit un truc en polsky. Mais le mec fait celui qui capte pas le numéro, ou bien c’est que vraiment il a jamais vu un film avec un méchant russe du KGB et une pince coupante. Enfin bon, Dim pose son bidule sur le bureau, et hop il fait l’impulsif. Vlan une baffe dans la gueule. Pleine poire. Bien entendu, le gus qui en a vu d’autres, se met à gueuler on sait pas trop quoi, Dim le renverse lui et sa chaise et lui coince le cou sous son genoux façon UFC.

–          Bon connard, il lui dit en francais, toi pas emmerder moi avec traducteur d’accord ? Toi comprendre ?

–          Y se passe quoi ? fait Anto en entrant avec deux RPG et un rack de roquettes.

–          Y se passe que ce cette sous-race m’emmerde la slavitude si tu veux savoir.

–          Pourquoi ?

–          Parce que y’en a partout de ces cafards !

–          Allons, allons, soit pas négatif comme ca. Il y en a des bons parfois. Des partageurs, je fait en entrant à mon tour avec Kevin et une partie du stock. C’est qui d’abord ?

–          Aucune idée.

Il lui donne une petite tape sur le crâne.

–          T’es qui toi d’abord ?

Le gars lui jette des coups d’œil de fou, il a envie d’exploser ses menottes et de le tuer mais faudrait respirer pour ca. Dim le soulève d’un coup, tout entier, comme si ca pesait que dalle, et le remet droit.

–          Deuxième chance, t’es qui toi ?

–          Quoi toi vouloir !? abois le Viko.

–          Oh t’as vu, il parle comme toi tout à l’heure, fait Kevin extasié, t’as vraiment le don des langues mon Dim.

–          Qu’est-ce tu veux ils parlent tous pareil ces cafards.

Et hop, rebaffe.

–          C’est pas ça la réponse coco, ton nom !?

Le gars se rebiffe.

–          Toi vouloirs Kalach’ ? Moi faire bon prix !

Le Dim le rerebaffe.

–          Toujours pas toto, ton nom !?

Le mec se rerebiffe…

–          Toi va te faire enculer !

–          Ouh là ! je fais, sujet sensible.

–          Eh, eh, fait Anton en sortant le tonfa.

Là le gars commence à se demander en général. On sourit, on dit rien, c’est moi qui prend le relais.

–          Allez les gars, soyez cool, voyez pas qui se croit au pays ? On va lui faire peur.

–          Mais je veux pas lui faire peur moi, je veux qu’il me dise son nom, Kevin, passes moi la graisse tu veux.

Kevin prend une boite de graisse d’arme dans le tiroir et lui lance. Je me penche vers le mec, je lui fais :

–          Moi je serais toi, je lui dirais, quand il commence à avoir une mauvaise idée dans la tête… c’est un polack tu comprends, l’alcool, tout ca, tu vois…

C’est le moment que je préfère, quand ca devient marrant. Quand 80% des mecs reculent sur leur chaise et tombe. Il est pas tombé parce que Dim la retenue par la jambe, avec son gros sourire de golgoth gentil-tu-vas-voir-ca-va-aller-tout-seul.

–          Viko Romanescu ! il a beuglé ! Romanescu ! Viko ! Viko ! Vrai nom ! Juré ! Oui !

Là il était en panique. Plus rien à foutre du stock, on pouvait le prendre et le vendre pour nous, il voulait bien même nous payer pour ça si on voulait. Dim m’a regardé, ravis, comme s’il venait de faire une bonne farce.

–          Bin tu vois quand tu veux gros ! je lui ai fait doucement..

–          Bon maintenant toi et nous on va bosser ensemble d’accord ? lui annonce Dim.

Il le regarde à la fois stupéfait et effrayé, qui passe la boite de graisse à Anto. Anto l’ouvre en se marrant, les yeux dans les yeux. Le mec transpire maintenant, mais il a quand même le courage de dire que non, non pas travailler avec police, Viko jamais travailler avec police ! Verboten !

–          Verboten ? Voilà qui nous cause le Germain, dis donc ! nous fait Dim en rigolant.

–          Verboten par qui tonton ? fait Kevin comme s’il s’attendait à ce qu’il se raconte.

–          On s’en branle ! a râler Anto en graissant le tonfa.

–          Là-dessus il a par tort, je fais remarquer à Viko, on s’en branle.

D’un coup Dim se jette sur lui et le retourne sur le ventre. Il lui souffle à l’oreille.

–          On s’en branle complet ! Et t’sais pourquoi Roumainmescouilles ? Parce que maintenant t’es nôtre pute à nous, tu panes ? et on va t’enculer.

Il lui arrache le bène d’un coup, le slip itou, le mec se bagarre, son petit cul tout bien tendu, y brâme, y cause toutes les langues, y se cabre, Dim lui plaque le crâne par terre, Anto s’approche en faisant siffler le tonfa.

–          Oh, oh, oh, ca va sentir le cul de Romano cramé ! fait Kevin en se marrant.

Je me penche et je lui dis à l’oreille.

–          C’est pas toi qui décide connard, tu vas bosser pour nous, tu comprends ?

Le gars évidemment y supplie là, y veut plus jouer les gros durs à bagouze, mais bon Anto il écoute plus, et le mec se met à beugler.

–          Tu la sens ? Tu la sens bien ? je lui fais, t’aimes ?

Il hurle de plus belle.

–          Profite bien mon gars, on veut que tu te souviennes. Tu bosses pour nous, t’essayes de nous niquer, tu causes à tes cousins, t’oublies de raquer, on vient et on fera la même avec ta femme, ta sœur, tes gosses, ta grand-mère, et tu regarderas.

Dim il appel ca marquer le bétail. C’est sûr qu’après ca le mec il marche le cul de travers mais il file droit. Mais on le fait pas à toutes les Marseillaise hein, juste pour nos potes. Les melons, les négros, les roms. Parfois on les tabasse en plus. Mais pas de trace hein, sauf le boule, mais y dira pas. Pas le gnoule, ni le singe ou le roumain. Le mariage pédé chez eux c’est haram. On s’encule entre pote dans les douches mais sinon c’est peine de mort. Chez les corses c’est pareil, sauf que eux on peut pas faire ca ou alors faut vraiment une bonne raison, faut connaitre ses limites quand même.

On est pas gourmant, on est sévère, mais juste.  On prend que 30%. 5 pour le syndicat du crime, 10 pour le boss et le reste on se le partage entre nous en plus du matos. On a un fourgue pour ca, un sympathisant, J. qu’on l’appelle. Il est  pas spécialisé, il bricole un peu de cana à droite gauche, mais il a un gros relationnel, comme qui dirait.

–          Jacques-Henry Lanssac, où est le matériel ?

Une tête, des pelures, la complète du Versaillais sur mesure. Le mocassin british, la veste de chasse molletonnée vert forêt, revers rouge, les cheveux claqués en arrière, la mèche impliable. La chemise rayée bleu blanc, le jean avec le plis, la petite serviette croute de cuir, manquait plus que la Fleurs de Lys et le chapelet. Un courtier à ce qui parait. Un déceleur de bonnes affaires. Il trouvait un produit, cherchait un acheteur, et vis versa. Flingues, matière première, ce qui paye et ce qui peut passer par les filières légales. Lanssac connait du monde lui aussi, du vernis coquet. Ca se voit tout de suite. Il ouvre une caisse, deux, examine un RPG.

–          Russe ?

–          Chinois.

–          C’est bon je prends.

–          Et là on a quoi ?

Il pousse un couvercle, écarte un emballage, papier huilé, AK47, état neuf, jamais servit, quarante chargeurs par caisses, 20 fusils.  Il en soulève un autre.

–          Les Vz je les prends pas.

–          Pourquoi ?

–          Parce que là où je vais les envoyer ils ne vont pas me les acheter.

–          Ah ouais ? c’est des bonnes armes pourtant, fait Dim qui s’y connait comme moi.

–          Oh oui, des outils tout à fait correct, je soustrais, cependant nous sommes ici devant un phénomène bien connu de la médecine.

–          La médecine ?

–          Oui, il a fait en continuant de visiter le stock, c’est comme avec les médicaments génériques, vous savez bien, les gens préfèrent l’original, même si la copie est parfaite en tout point. Ah je vois que vous avez des 61 par contre, ceux-là peuvent m’intéresser.

Il a sorti un pistolet-mitrailleur sans chargeur et il l’a armé dans le vide pour tester la glissière.

–          Ce n’est pas fort précis mais dans un combat urbain c’est parfois tout à fait appréciable.

–          Vous les expédiez où ? a demandé Kevin.

Il l’a regardé deux secondes comme si le chien avait pété et puis il a demandé si on avait du mortier. Non on n’avait pas, mais on avait de la Minimi. Des occases. Il a pris quand même.

La caisse grise, elle rentre et elle sort par les comptes de l’APN, Alliance, on s’en sert pour les coups d’achats, les tontons, quand on a besoin de métal pas orthodoxe, qu’on monte un coup. Mais on se fait plaisir avec aussi. On s’est payé un comptoir dans la salle de repos, avec un canapé Ikéa et le grand écran, vu qu’on traine plus à notre boulot que chez bobonne. Et on s’est acheté une fusée aussi. Audi TT, immatriculé presque poulet N93TM, mais enregistré à la Pref s’il te plais, la plaque perso. C’est le big boss qui l’a offert au commissaire pour l’anniversaire de la brigade. La plaque hein, faut pas déconner non plus.

On est descendu une fois en Espagne avec. On a dit que c’était pour sauter une équipe GF mais en fait on s’est payé un week-end mazette à Barcelone. Pute et coke, tu vois le trip. Pourquoi on s’emmerderait la vie. Notre boulot après tout c’est de faire plaisir aux statistiques, pas autre chose.

Cannabis, contes, mythes et légendes

Comme à chaque élection depuis l’invention de François Mitterrand l’arlésienne préférée des politiques français est de retour dans le débat… jusqu’aux prochaines élections….Je veux bien sûr parler de la légalisation du cannabis, l’herbe qui rend fou. Et comme chaque année, les « journalistes » ou plutôt les animateurs des talk show du pré-à-penser du 20 heures inviteront ou invitent son lot de partisans du oui contre ceux du non. Selon un plan de table bien rodé, les oui à gauche, car le plus souvent de gauche, et les non à droite car le plus souvent de droite. C’est plus facile à comprendre pour la moyenne des téléspectateurs de plus de 60 ans à qui ces débats sont en réalité destinés. J’avais moi-même déjà rédigé un article à ce sujet pour la même occasion, un serpent de mer donc. Comme chaque année à gauche on aura donc un homme le plus souvent seul, député si possible, parfois maire d’une commune, au hasard Sevran, ou quelque fois accompagné d’un journaliste, soit vaguement économiste, le plus souvent « spécialiste » du phénomène mafieux. Tandis qu’à droite on aura en plus du député cacochyme et si possible connu, un représentant syndical de la police, au hasard le président d’Alliance, et un médecin, généralement psychiatre, neurologue, parfois spécialiste des addictions. Le débat est bien rôdé et je peux vous en donner d’avance la substance. A gauche on avancera qu’il faut légaliser pour couper l’herbe sous le pied aux mafias, qui pourtant depuis trente ans n’opèrent officiellement pas en France ni n’existent. Attendu que la criminalité corse n’est pas mafieuse, au plus une bande de sympathiques figures du voyou à l’ancienne, dans la grande tradition du polard Duhamel. Ensuite ça évacuera la délinquance des quartiers, où de véritables cartels de la drogue s’installent devant les boites au lettres, comme au Mexique mais en plus petit. Enfin avec l’aide de taxes progressives, comme dans le cas de l’alcool, on pourra se faire plein de sous. Comme par exemple ce fameux Colorado avec ses cinq millions d’habitants et ses lois fiscales particulières, même qu’ils en avaient tellement d’argent qu’ils ont été obligé d’en redistribuer aux gens ! De quoi faire rêver en France où les mots « taxe » et « argent » ont semblent-ils des propriétés magiques. Car bien entendu, loi Evin oblige, il faut mettre nicotine, cannabis, et alcool sur un même plan d’égalité. C’est rien que des drogues, ça sert à rien, si les gens veulent se foutre en l’air ça les regarde, mais pas question que ça soit avec mes sous à moi de ma Sécurité Sociale à moi. A droite, les arguments seront les suivant : si on légalise les voyous des quartiers se jetteront sur la vente de produit dix fois plus dangereux, de plus, soutiendra le médecin, il y a des risques de schizophrénies, c’est scientifiquement démontré, ce à quoi ajoutera le policier, à l’initiative de l’animateur, que les taux de THC augmente, et que le cannabis d’hier c’est plus le cannabis d’aujourd’hui. On conclura donc que ce serait irresponsable de légaliser même si on s’accordera sur le fait que la loi de 70 n’est plus très adaptée et qu’en fait on enferme presque plus pour simple usage, ce pourquoi on devrait se contenter de mettre une amende quand on croise un hippy… euh un jeune homme devant la boite au lettre. Voilà, et comme ça tous les ans depuis 1981, depuis que Mitterrand le facétieux avait lancé l’idée d’en parler sans rien faire. Logique parallèle à ces débats stériles, les réseaux sociaux se remplissent de discussions également oiseuses où tout et absolument n’importe quoi est dit à ce sujet et que personnellement j’entends colporter depuis que je me suis intéressé à la question, il y a maintenant 38 ans. Je vous propose donc de les lister. Mais pour commencer, en préambule, parce qu’il me semble qu’au-delà de la simple question morale, sanitaire ou judiciaire, nous sommes face à un préjugé culturel et quasi xénophobe, je vais commencer non pas par le cannabis, mais l’alcool.

« La prohibition c’était une idée des puritains, résultat il y a eu la mafia »  : C’est vrai, le Volstead Act promulgué en 1920 et abrogé treize ans plus tard a été porté par les ligues de vertus américaines, d’inspiration puritaines et protestantes et il a en effet fait la fortune des gangs américains. On notera cependant que les ligues de vertus étaient les seules à se préoccuper d’un mal qui rongeait et ronge toujours l’Amérique (notamment les femmes), l’alcoolisme. En 1919 l’alcoolisme est endémique aux Etats-Unis, et nombre des députés et sénateurs qui ont porté cette loi étaient eux-mêmes des alcooliques notoires, mais ça ne semble pas préoccuper plus que ça le monde médical. Du reste, contrairement à ce qu’on pense il y avait de nombreuse exceptions et arrangements sur le sujet de l’amendement, notamment celui autorisant un médecin à prescrire du whisky pour une dose limité. L’American Medical Association demanda donc qu’on augmente les doses, et questionna les politiques sur leur capacité à savoir la valeur thérapeutique de la moindre substance. Ces exceptions ont bien naturellement servi les intérêts des gangs. Et je dis bien gang car contrairement à ce qu’on prétend, la mafia telle qu’on la connaitra n’existait techniquement pas, et ce n’est pas la prohibition qui y a donné naissance mais son abrogation ! Voilà de quoi alimenter le moulin du président d’Alliance, nous y reviendrons. A noter également que non seulement elle a enrichi les gangsters mais provoqué pas mal de drame, les gens se livrant à leur propre production d’alcool avec à peu près n’importe quoi.

« L’alcool n’est pas une drogue » L’inénarrable Nicolas Sarkozy, en présence de quelques gros producteurs de vin, l’a dit en 2007, « le vin n’est pas une drogue ». Et considérant qu’il n’en boit pas lui-même, d’alcool en général, il était bien placé pour en parler. Un alcoologue qui participait à un débat au Sénat sur l’abrogation de l’interdit concernant l’absinthe racontait qu’il avait été stupéfait de constater que dans l’esprit de nombre de sénateurs, l’alcool n‘était pas une drogue non plus. Les faits bien entendu sont plus cruels. Cette drogue, car c’est donc évidemment de quoi il s’agit au même titre que le tabac, l’opium ou le cannabis, et que certain neurologue vont même jusqu’à appeler la « molécule sale » concerne 86,4% de la population nationale, avec une moyenne déclarée de cinq verres et demi par semaine. Et sur ces 86,4% 9,3% se mettent une race régulièrement. Pour un total de 49000 morts par an. Car rappelons qu’en plus de tuer sur la route, l’alcool provoque cirrhose et hépatite alcoolique, AVC, désordre neurologique, plus une belle collection de cancer. Qu’enfin, d’où son surnom de « molécule sale » l’alcool et l’alcoolisme s’inscrit dans les gènes, dans une même famille, à une ou deux générations près, on va retrouver des cas d’alcoolisme avéré. On ajoutera des problèmes psychiatriques également avérés et un phénomène d’addiction équivalent à l’héroïne. Et c’est pour toutes ces raisons que l’alcool est légal. Et pour des raisons éminemment culturelles on s’en doute. En 2011 les français consacraient en effet 19 milliards d’euros aux boissons alcooliques soit environs 9% de leur budget alimentation. En 2006 le budget publicitaire en faveur des boissons alcooliques était d’un peu plus de trois cent millions d’euros, et dans notre balance commerciale, en terme d’exportations c’est un montant de dix milliards, sur lequel l’état prélève trois milliards en taxe. Comparé à ça les 830 millions que dégage le trafique et le petit milliard qu’on pense tirer des taxes sur le cannabis c’est beaucoup moins culturel… car donc je le rappel pour les oublieux, le cannabis, l’alcool et la cigarette c’est la même merde nocive pour la santé.

Voila, occupons nous maintenant des clichés concernant le cannabis…

« Si on légalise les dealers vont se tourner vers des produits plus dangereux » : l’argument favori des prohibitionnistes repose sur un premier préjugé, l’uniformité des usagers de drogues et un second qui veut que la prohibition par voie de conséquence a freiné la production de produit dangereux. Or d’une part il n’y a pas une toxicomanie mais des toxicomanies et un usager de cannabis ne va pas nécessairement se mettre à la cocaïne, alors qu’il a été démontré que l’usage de la nicotine tend à entrainer vers d’autres produits, notamment la cocaïne… Pour autant si vous vous tapez vos 20 clopes par jours vous savez bien que vous ne pensez pas immédiatement à mettre le nez dans le produit qui a fait la fortune d’Escobar. Et là on en revient au second préjugé. Escobar qui était un gros consommateur de cannabis, et ses amis, gagnaient leur vie avec le cannabis qu’ils importaient massivement vers les Etats-Unis via la Floride. En 73, espérant mettre de son côté l’Amérique conservatrice face à l’Amérique contestataire, Nixon décréta la guerre à la drogue. Et c’est précisément suite à cette guerre que les producteurs et importateurs de cannabis se mirent… à la cocaïne, plus rentable et plus facilement transportable. On le voit donc la prohibition a posé exactement le problème qu’elle se propose de combattre. Cependant on le sait tous, l’économie du cannabis fait en effet la fortune et la vitalité de certaine cité, et c’est bien là que le problème se pose, faire sauter l’interdit reviendra dans certain cas à faire imploser quelques cités et à ruiner des centaines de familles. Ce pourquoi je suis résolument contre cette idée de cannabis d’état, de Seita du cannabis. De plus, pour en revenir à la prohibition sur l’alcool c’est en sentant l’évolution du marché que Luciano et ses amis décidèrent de s’organiser en mafia afin de coopter le marché du jeu, de la prostitution et de la drogue. Or si nous n’avons pas en France de tête de réseau de l’envergure de Luciano, ni de gang au sens américain du terme, on peut en effet craindre une explosion de la criminalité dans certains endroits dû au déficit. Ce pourquoi il serait plus réfléchi de faire une politique du retour à l’emploi en dirigeant les dealers vers la production et la vente légale.

 

« Si on légalise la consommation va exploser »  : Toujours dans l’acceptation des préjugés au sujet des consommateurs, ce vieil argument prohibitionniste tend à faire croire que la liberté de consommer va pousser les gens à se livrer à des orgies de drogue. A nouveau les faits sont moins simples. La France, qui possède l’arsenal législatif le plus sévère d’Europe peut s’enorgueillir également de posséder les lois moins dissuasives de la dites Europe. Nous arrivons en effet en tête en termes de consommation, 284 tonnes en 2015, et elle est en hausse, et 14 millions de français déclarent être des usagers occasionnels. A côté de ça les fumeurs aux Pays-Bas représentent… 2% de la population… En réalité une étude a démontré (voir mon autre article sur le sujet) que quelque soit la logique législative, répression ou légalisation, ça ne change rien à la consommation. Mais il serait à mon sens intéressant de se demander pourquoi les français qui sont déjà les premiers consommateurs d’antidépresseurs d’Europe expriment également le besoin de fumer en plus de consacrer une part significative de leur budget nourriture à l’alcool. Sachant que non seulement fumer les contraint autant à la clandestinité qu’à la délinquance de facto. J’ai donc plutôt tendance à penser que la légalisation leur rendrait un peu le sourire qu’ils ont dans leur poche, du moins pour 14 millions d’entres eux ce qui serait déjà pas mal.

« Le cannabis ça peut rendre schizophrène »  : Vieux serpent de mer de la prohibition, argument considéré comme massue pour interdire, et qui est en réalité utilisé depuis 1937, depuis le Marijuana Act. Il fut même le thème central de Reefer Madness, le film de référence de la prohibition, qui fut longtemps la seule source « scientifique » des forces de l’ordre aux Etats-Unis. Et accessoirement qui fait généralement hurler de rire les fumeurs. On ajoutera dans les désordres mentaux, une pathologique avidité de sexe et un comportement violent (…) et ne croyez pas que ces arguments soient hors d’âge, j’ai encore lu l’année dernière un ophtalmo (donc un spécialiste…) les ressortir dans une tribune dans le Figaro. En réalité on ne sait pas grand-chose avec certitude sinon qu’à priori cet argument ne tient que sur certain terrain favorable. Or non seulement la schizophrénie n’est pas une pathologie répandue mais qui plus est, comme le faisait remarquer un psychiatre addictologue, ça dépend du parcours de vie de chacun. Certain avec un potentiel pathologique ne sombreront jamais parce que leur vie les épargne. Je suis moi-même bipolaire, le cannabis ne me transforme pas en fou hurlant la bite à la main et en 38 ans de consommation j’ai fait un total de trois mauvaises réactions (« bad trip » en langage fumeur). Et sur les 6,5% d’usager régulier des 15-20 ans rares sont les cas qui finissent en psychiatrie. Cependant, il est entendu qu’il s’agit d’une drogue et pas d’un jouet comme on tendance à le croire les jeunes consommateurs notamment mal informés du fait de la prohibition. Le cannabis a des effets sur la motivation et il accentuera les états dépressifs. De plus il faut noter que les habitudes de consommation changent, entrainant de plus en plus les uns et les autres vers une consommation chronique et problématique. Ce pourquoi je suis parfaitement d’accord sur une approche médicale, que l’on puisse orienter les dosages et sur les produits. Car il n’y a pas un cannabis mais des cannabis et l’on peut sans mal, dans ce contexte, comparer cette culture à celle du vin, on va y revenir. En attendant je recommanderais vivement aux malades psychiatriques d’éviter le produit s’ils ne veulent pas favoriser une rechute et à toute personne entre 14 et 22 ans de ne pas commencé à consommer. Votre cerveau est en formation, ne faites pas l’erreur que j’ai faites, grandir avec le cannabis c’est le garder en soi peut-être pour le restant de ses jours.

 

« Le cannabis d’aujourd’hui est beaucoup plus fort »  : Argument corolaire du précédent, les taux de THC augmentent notamment à cause des produits chimiques et des OGM c’est pour ça que c’est risqué…. Manque plus que les chem trail et on est bon. Dans les faits, les progrès techniques et le développement légale ont tout juste permis de passer d’une herbe à 8% de THC dans les années 70 à une herbe à 11% dans la moyenne. Il existe bien une espèce qui monte jusqu’à 51,2% c’est la Kurupt’s Moonrock, la plus puissante au monde. Cependant elle n’est disponible que dans certain dispensaire californien, car utilisée avant tout à usage… médicale. De plus elle est horriblement chère entre 25 et 30 dollars le gramme. Pour ceux qui ignorent les tarifs, une barrette de shit pèse entre deux et trois grammes en moyenne et coûte 20 euros pièce. Pour le haschich justement nous sommes dans un autre registre puisque l’on parlera de « presse » première, seconde et troisième presse. La qualité se dégradant à mesure. La première presse atteint rarement le marché grand public, en raison notamment de son prix, généralement réservée soit au marché intérieur, soit à la commercialisation en boutique. Car les fumeurs sont beaucoup plus exigeants qu’on ne le croit, et vous pouvez oublier la vieille légende du « pneu » notamment parce que les petits dealers moyens ne sont pas des imbéciles et qu’ils savent comment s’attacher une clientèle mais qu’en plus ils sont consommateurs eux-mêmes. Cependant, toujours en raison de la prohibition, à Naples on coupe volontiers le shit avec des médicaments afin de rendre dépendant les consommateurs, et ce phénomène apparaît de plus en plus en France. Ajoutons que si le gros des consommateurs ne touchent pas des résines dépassant les 12%, chiffre valable en 2010, en 2018 les chiffres des saisies indiquent des taux dramatiquement haut observé, de 35% de THC, ce qui est aberrant dans la mesure où je rappel qu’à 100% de THC une souris meurt  A nouveau donc la prohibition produit exactement l’effet inverse qu’elle est censé défendre. Pour ceux qui serait inquiet et n’aurait aucun moyen de contrôler leur produit, vous pouvez compenser, rééquilibrer le THC en vous procurant du CBD, c’est légal. Reste que dans ces conditions la prohibition fait courir largement plus de risque aux consommateurs qu’elle ne les protège, et ceux, n’en doutons pas au nom de la morale et de la paix sociale. Une cité qui survit grâce au shit c’est une cité qui ne réclame plus des emplois qu’on ne peut leur offrir.

« Le shit c’est plein de saloperie et de produit chimique »  : Parlons en justement. Dans les années 90 est née la pas tout à fait légende urbaine du « pneu » dit également « Tchernobyl ». Un shit qui n’en avait que le nom et qui en plus d’être infumable puait en effet le pneu brûlé. De ce mythe est née l’idée que le shit était plein de saloperies, henné, colle, crotte de souris. Si ce propos peut faire rire les connaisseurs, il m’a quand même été servi par un policier qui venait de me confisquer mon joint et qui tentait de me faire peur avec ses arguments… tout en tassant le joint pour sa consommation personnelle (authentique !). Dans les faits, cette saloperie a toujours été rare et motif en réalité d’escroquerie. D’une part les fumeurs veulent se faire plaisir, pas s’intoxiquer, au même titre que l’amateur de vin (on y revient) ne va pas se rabattre sur du vin de cuisine faute d’un bon Bourgogne. D’autre part pour parvenir à un tel résultat il faut le couper et ce n’est pas chose aisé quand on a le produit fini. En fait c’est encore moins simple que d’ajouter du sucre au vin. Mais comment ça se fabrique ? Il existe essentiellement trois méthodes. Roulé à la main, le criblage horizontal et la méthode dite du mélangeur. La première méthode est la plus fastidieuse et la troisième relève de la démerde. En réalité c’est la seconde qui est le plus couramment utilisée, notamment au Maroc. Elle nécessite un tamis et de n’importe quel moyen de faire presse. Ce sont les parties résineuses qui feront l’agglomérat et la plaquette que l’on connait (d’où le terme de résine de cannabis). Les producteurs ne gagnent pas grand-chose mais croyez-moi ils se tirent la bourre pour savoir qui fera le meilleur haschich du Rif, ne serait-ce que parce que justement ils ne gagnent pas beaucoup et qu’ils ont intérêt à séduire les trafiquants. Quand à la réalité sur le terrain, si l’herbe de qualité est hélas rare et chère le shit de qualité est plus facile d’accès, notamment l’afghan, très odorant mais pas très puissant, ou donc le marocain. Dans les années 80, guerre et prohibition aidant, c’est le libanais qui avait la faveur du marché (rouge ou jaune) remplacé massivement par le marocain à partir des années 90. Et de mon expérience de fumeur, en 38 ans, je n’ai croisé la route du « pneu » que…. Deux fois.

« Le cannabis fait des morts sur la route »  : le nouvel argument massue franco français, soutenu par les chiffres des accidents de la route. Et là on va tout de suite balayer la question. En France on a déterminé qu’à partir du moment où on a relevé du cannabis dans votre sang, quel que soit le taux, il était la cause de l’accident si l’alcool n’était pas en jeu. Or il faut environs trois semaines pour que votre organisme élimine le pétard que vous aurez fumé. De plus si pour l’alcool on parle de gramme, pour le cannabis on recherche les nano grammes. Peu importe donc si vous n‘avez ni fumé le jour même, ni la veille, la loi est intraitable, le cannabis est fautif. Au Canada où la question de la légalisation est également en train d’être examinée, les discussions s’orientent plutôt sur le taux déterminant à un comportement dangereux au volant. Et c’est loin d’être simple, puisqu’au Colorado, si une limite a été déterminée, cette question fait encore débat. Cependant il faut être clair, ce n’est pas responsable de conduire quand on est défoncé, et surtout pas si on y ajoute de l’alcool qui va amplifier les effets. Hélas comme je n’ai jamais été raisonnable de ma vie j’ai très souvent conduit sous l’emprise du cannabis et parfois sur de longue distance (Paris-Amsterdam notamment…) or la seule fois où j’ai eu un accident qui aurait pu me coûter la vie (et seulement la mienne je précise) j’étais sous l’emprise… de l’alcool. D’ailleurs depuis 35 ans que j’ai mon permis j’ai eu un total… de deux accidents et ne mettant en danger que moi seul.

« On enferme plus les gens à cause d’un joint » : On aimerait bien que ça soit vrai mais non, la tendance serait même d’autant à l’inverse qu’on est dans la logique du chiffre. En 2013 150.000 personnes étaient enfermées pour simple usage. En 2015, faute d’abroger la loi, on décida qu’une taxe sur les drogués serait une bonne idée. Cette transaction pénale d’un montant forfaitaire de 300 euros ne s’applique toute fois pas en cas d’accident de la route, et il y avait 28000 dossiers pour simple usage en attente. De plus cette amende ne rentre en jeu qu’à seule condition d’avoir un casier vierge. Enfin, un amendement vient d’être voté par notre gauche si de droite, autorisant les propriétaires à expulser un simple usager condamné et sa famille… Non seulement donc on invente de la délinquance pour des prisons surpeuplées, mais on y ajoute de la misère. Et puis à nouveau, toujours pour parler d’expérience, la réalité est plus douloureuse. Dans ma vie de consommateur j’ai été contrôlé six fois. Une seule fois j’ai été arrêté et relâché au bout de deux heures après avoir monté un bateau en forme de tuyau aux deux policiers qui m’avaient coincé avec quatre grammes. Une fois j’ai été arrêté à la douane par erreur parce que le chien avait reniflé une odeur résiduelle. Une autre un juge fatigué m’a fait un rappel à la loi par fort convaincu lui-même. En réalité la seule fois où j’ai eu chaud je venais d’en acheter, mais celui qui a été contrôlé, chaussure retirée, dûment fouillé c’était celui qui venait de me vendre, même pas un dealer, juste un gars qui voulait bien me dépanner. Car voyez-vous j’ai un notable avantage : je suis blanc, je n’ai pas 17 ans et je ne viens pas d‘un quartier. Et là on risque de rentrer dans un débat sur qui est en réalité visé par la répression sur le cannabis : les jeunes des cités. Mais ça serait dire que police et loi agissent autant par hostilité atavique que racisme, et je n’oserais jamais porter de telles accusations.

« Le cannabis ça ne soigne pas, ça soulage »  : Argument que j’ai pu entendre de la part d’un pompier pas fort informé. Argument sanitaire qui est d’ailleurs régulièrement récusé par toutes nos sommités locales. Pas une seule fois le sujet est abordé en France et quand il l’est c’est tout à fait confidentiellement. On pourrait croire qu’il s’agit d’un tabou relatif à l’interdiction sur le prosélytisme voulu par la loi de 70 mais auquel cas, si cette interdiction étaient encore une réalité tangible, il faudrait faire fermer tous les tabacs et magasins qui vendent des produits dérivés, des bang, pipes, en passant par les blunts et les feuilles longues, à savoir la quasi-totalité des tabacs de France et de Navarre. Reste qu’un policier est parfaitement autorisé à vous faire enlever votre tee-shirt « cannabis » si l’envie lui en prend et que le Sativex n’est toujours pas sur le marché, en dépit qu’il ait reçu l’autorisation de commercialisation…. Il y a déjà 3 ans. En vente dans 17 pays le Sativex, médicament à base de cannabis donc, est prescrit dans le cadre de la sclérose en plaque contre les contractions musculaires. Hélas en France autorité morale et laboratoire ne s’entendent pas sur le prix. Les malades attendront ou iront en Suisse où, cependant et en dépit des lois internationales sur la santé, une ordonnance médicale prescrivant du cannabis à titre thérapeutique n’est plus valable sitôt franchi nos frontières. La réalité scientifique des uns n’est pas celle des autres, la science française sait mieux. Or, le cannabis, qui est dans la pharmacopée chinoise depuis… 4000 ans, possède les propriétés thérapeutiques suivantes : analgésiques, antiémétiques, antispasmodiques, neuroprotectrices, anti-inflammatoires, et contre certaines pathologies psychiatriques, notamment l’autisme et… la schizophrénie. En fait on a recensé environs 200 propriétés médicales différentes, et croyez bien que les laboratoires sont activement sur le coup. Et récemment, on a découvert qu’il empêchait les cellules cancéreuses de se développer, il ne soulage pas seulement donc, il soigne. Reste que 1) sur une personne jeune il va ralentir le développement tant physique que neurologique. 2) que ces effets ne sont aucunement valable en cas de combustion, et notablement nocif à cause… du tabac auquel la plus part des fumeurs le mélangent. Donc encore une fois il ne s’agit ni d’un hochet, ni de la panacée universelle que veulent bien prétendre les béats du cannabis.

Voilà on pourrait ajouter qu’avant l’interdiction voulu par la convention de 61 la France était productrice de chanvre (d’où le nom canebière par exemple) que celui-ci est utilisé par l’industrie automobile avec l’usage des plastiques composites plus légers (notamment les constructeurs allemands) et qu’en dehors de rapporter plein de sou-sous à nos seuls députés, il pourrait créer des emplois tant dans la filière purement récréative, qu’industriel et médical. Reste qu’en France toute idée neuve qui ne soit pas datée de 1950 semble devoir être examinée à la loupe de la suspicion, rendez-vous donc en 2030 pour très exactement le même débat stérile…

Un lien pour se cultiver un peu plus sur le sujet : https://www.youtube.com/watch?v=JS-bdEToFKc

Un autre sur les effets « soulageant » du cannabis :

http://www.lematin.ch/vivre/L-effet-du-cannabis-therapeutique-sur-un-patient-atteint-de-Parkinson/story/27288609