Élection yaourt

En ce moment, j’évite tant que faire se peut de m’intéresser à ce qui se passe dans l’actualité immédiate de ce pays. Ça me déprime trop. Déjà que j’étouffe ici, déjà que tout ici me donne motif à prier d’avoir les moyens de m’enfuir de cet asile à ciel ouvert, je n’ai pas besoin de m’abîmer dans la contemplation de ces médias. Car à les croire, c’est plié, l’élection se fera entre un ancien banquier et une châtelaine de l’Ancien Régime. Entre le Lexomil et la France de Pétain. Entre un Tony Blair Camembert et la Jeanne d’Arc des rallyes du XVIème. Et, tout le monde semble d’accord, ou tout au moins y croire dur comme fer, ça sera la châtelaine et sa tribu d’aristo-voyous qui va gagner. De petits et de grands escrocs confinés entre Versailles et Saint-Cloud, qui vont remporter cette farce qu’on appelle le suffrage universel. Bref, en ce qui me concerne, un motif supplémentaire de m’enfuir ventre à terre et sans me retourner. Un vieil ami à moi envisage le Canada, un autre l’Amérique du Sud. L’un est de droite, mais ne voit aucun avenir ici, l’autre est de gauche, mais il a vu la prise de pouvoir de Pinochet. Chacun ses affinités, mais surtout ses moyens. Moi avec les miens, le peu que je peux espérer, c’est la Belgique en stop, avant que les frontières soient fermées par la milice. Nous verrons, j’ai du répondant, je suis débrouillard, je me suis sorti seul ou presque de la rue, avec un peu de chance, je me sortirais de ce cul-de-sac qui s’appelle la France.

 

Votez inculte.

De par mes positions, j’ai souvent à faire sur Agoravox au fan de club de la châtelaine. Le plus souvent de pauvres anonymes acculturés et remplit de rancœur qui faute d’avoir un semblant de bagage intellectuel, passent beaucoup de temps sur internet pour me démontrer que tout le monde est d’accord avec leur ignorance. Signe des temps, si vous affirmez quelque chose sur la base de vos lectures, d’un travail que vous avez pu faire sur plusieurs années, il n’existe simplement pas, si votre interlocuteur n’en trouve pas la preuve sur Internet. Saint Wikipédia priez pour nous. Mieux, si vous citez tel ou tel auteur, l’électeur moyen de la châtelaine, qui a l’âme procureure, soupçonnera ce dernier d’avoir des motifs politiques cachés. Et malheur à cet auteur si un jour il s’est déclaré pour tel ou tel parti ou tendance, le petit procureur invalidera tous ses propos sur sa seule certitude que ceux-ci sont influencés, pire, qu’il cherche à détourner sa pensée déjà limitée. Et force est de constater qu’en effet, ces élections, révèlent au grand jour le remugle d’une France imbécile et raciste, peureuse, méfiante, lâche, qui se réjouit d’avance de la grande revanche que représentera l’élection d’une bourgeoise à la présidence de leur destin sans avenir. Cette partie de la France qui depuis les années 70 n’a pas varié d’un pouce, n’a pas évolué, grandit, juste un peu plus médiocre chaque décennie, en étant intimement certaine de son exception. C’est dans les années 60 et 70 que cette France décomplexée s’en est donné à cœur joie en ratonnade, en bavure policière, en injustice de toute sorte, jusqu’à la Marche des Beurs (dont le motif initial était une énième bavure policière) et surtout jusqu’à ce que le très douteux Mitterrand manipule tout ça pour en faire son outil de destruction du Parti socialiste et de la droite traditionnelle. Et en trente ans, la rancœur et le racisme du français moyen pu s’épanouir proprement, non plus à l’ombre de quelque lynchage, mais dans l’intimité de l’isoloir. Jusqu’au coup de pub de la châtelaine, son pseudo-nettoyage des écuries d’Augias, jusqu’à ce que ce parti de bricolos et de fascistes revendiqués apparaisse solvable aux yeux du téléspectateur frileux à l’idée de voter pour des antisémites et des racistes. Rien n’a en réalité changé dans ce parti, en fait les choses se sont même très probablement empiré puisqu’il avance masqué et que la garde rapprochée est formée d’admirateurs d’ancien SS et de négationnistes. Mais peu importe, ce qui compte ce n’est pas la réalité, mais le sentiment qu’on en a. Encore l’autre jour, je notais que la page Facebook « stop immigration » réunissait cinquante mille personnes. Cinquante mille abrutis gavés d’émission sur la police, de reportage beauf’ de Bernard de la Villardière, des élucubrations mysogino-racialistes de Zemmour. Bref de télé et d’inculture qui ne réalisent bien entendu pas que si la châtelaine remporte ces élections, elle le devra surtout au massacre de Charlie et du 13 novembre, bref à Al Qaida et à Daech. D’ailleurs en auraient-ils conscience, je crois que ça ne changerait rien, ce pays est dans une logique nihiliste.

Rien n’est vrai sauf ce que je pense.

L’autre jour, à l’occasion d’un zapping, je regardais une dame affirmer qu’elle ne croyait pas les deux journalistes qui avaient pondu le dernier ouvrage sur la république pas si irréprochable de l’homme invisible. L’escroc Fillon avait assuré qu’on y relatait l’existence d’un « cabinet noir » (expression qui date des idées de Fillon du reste, du XVIème siècle) totalement démenti par les deux journalistes. Mais peu importe, pour cette dame, les auteurs mentaient, car bien entendu, tous les médias mentent, c’est dans leur intérêt. La châtelaine et ses complices sont jusqu’au cou dans des affaires de détournement et de blanchiment, mais pour ses électeurs, c’est le pouvoir « aux abois » qui cherche à la salir, d’ailleurs la châtelaine l’a dit, assorti de menaces, donc c’est vrai. Or il est évident que jamais pouvoir n’a été aussi peu aux abois justement. Le PS est en vrac, l’homme qui n’était pas là est en vacance permanente (mais apparemment pas en Guyane, cette île mystérieuse et lointaine) Hollande est l’antithèse d’un Mitterrand et l’ensemble de son mandat a surtout démontré de sa plus complète incompétence tant en matière de politique générale qu’en terme de politique intérieure. Mais l’électeur de la châtelaine se persuade d’un complot parce qu’au fond sans doute ça le rassure. Il n’est pas complètement un loser, il ne va pas à nouveau voter pour des incompétents et des voleurs. Et quand bien même, quand on lui met le nez devant l’évidence, son argument ultime, c’est d’avancer : « Oui, ils ne sont sûrement pas mieux que les autres, mais on les a jamais essayés et ça peut pas être pire » Ce sur quoi cet électeur se trompe, ça peut et ça va être pire, mais peu importe, ce que je retiens ici c’est l’argument « on les a jamais essayé » ou le néant de la conscience politique.

 
« Oh chéri, tu as vu, ils les font parfum fraise, on n’a jamais essayé ça, parfum fraise », « Oh regarde, elle existe en orange, on n’a jamais essayé ça, orange » Ce genre d’argument, argument sur lequel repose nombre de propositions commerciales d’un marketing essoufflé à cours de rhétorique, on les entend au supermarché, chez le concessionnaire, dans la bouche d’un enfant devant une nouvelle marque de céréale. C’est celui du consommateur désœuvré. Devant l’absence de choix, la taylorisation des goûts et des couleurs, l’uniformisation de l’offre et à forcerie de la demande, le consommateur n’a plus qu’à se rabattre sur la valeur ajoutée qu’aura bien voulu mettre l’industriel pour justifier la hausse de prix. Ce sera toujours du papier toilette, mais celui-ci sera « molletonné » et celui-là parfumé de sorte que l’anus sente toujours un savant mélange de merde et de rose chimique. C’est le vote, au fond, du désespoir et de l’ignorance. Le vote subordonné à la télé et à Youtube. Il y a-t-il une raison tangible d’être à ce point de désespoir que le français de base imagine nécessaire de voir une politique d’apartheid instauré en France sous le doux nom de « préférence nationale » ? Non aucune. Je vis sous le seuil de pauvreté dans un quartier mixte socialement et ethniquement, et en dépit de ça, je ne vis pas trop mal. Et la majorité n’est pas non plus composée d’un sous-prolétariat vivant dans des tours- crevoirs. Mais ils s’en sont persuadé parce que ce pays qui a peur de tout, de sa jeunesse, du changement, de l’avenir, regarde et vit dans son passé et morigène sur ce qu’il a été et ne sera plus jamais. Une vieille gloire. Une vieille gloire qui s’auto-persuade que le pays est envahi par des hordes barbares et qui va s’en remettre une fois de plus à sa caste de grand bourgeois « au nom du peuple »…. Quand je lis le slogan de campagne de la châtelaine, elle qui en tout et pour tout a travaillé quatre ans durant sa vie… Je me demande toujours si elle est venue avec ses brioches.

La corruption triomphante

Eric Zemmour qui est à la droite ce que le roquet est au jardin privatif, justifiait la corruption de la caste dominante par l’élucubration suivante, la France n’était pas la Suède, les Français étaient des « machiavélistes ». Néologisme qui n’a d’autant moins de sens que pas une seule ligne du Prince n’est consacrée à la corruption, que Machiavel prévaut le réalisme en politique sur la vertu et que nulle part, il n’assortit ce réalisme d’une invitation à s’en mettre plein les poches. Mais Zemmour se prend pour la France et sa culture est une blague pour inculte sur laquelle il prospère. J’ai au contraire le sentiment que devant la corruption d’une Le Pen ou d’un Fillon, un certain nombre se rabattront sur un vote sans espoir, Hamon, Mélenchon et autre amuseur public, ou le Lexomil que propose Macron, voir, feront comme moi et d’autres, marqueront leur rejet de cette élection de l’ego roi, en s’abstenant totalement puisque le vote blanc n’est pas comptabilisé comme le réclame 86 % de nos concitoyens. Bref que quel que soit le ou la gagnante, partisane de l’apartheid ou du libéralisme le plus aveugle, il ou elle règne sur un pays divisé, sans majorité réelle, sans autre assise électorale qu’une élection truquée à coup de sondages bidons, alimenté par l’argent noir que les uns auront siphonné à l’Europe et à leurs élus à coup de kit de campagne sur facturé, et les autres auront soutiré à leurs relations africaines. En fait, c’est même pire que ça, puisque selon un énième sondage, le taux d’abstention risque d’exploser celui de 2012. Et si l’on tient compte du fait que l’élection de la châtelaine n’est pour 44 % (toujours selon cette étude) de ses électeurs qu’un vote de rejet des partis traditionnels, comme celui de Mélenchon, cela veut dire que quel que soit l’ego enflé qui prendra le pouvoir, il le fera sur les restes d’un pays qui le rejette quoiqu’il arrive. Dans ces conditions gouverner risque de devenir un peu plus impossible que d’habitude. D’autant qu’une autre menace se profile à l’horizon et dont n’ont d’autant pas conscience les Français que les médias sont à l’ouest de leur narcissisme, et que les politiques ignorent superbement le sujet. Et cette menace propose une double combinaison, la surpopulation carcérale dans des prisons poubelles, et le retour des anciens combattants du pseudo Etat Islamique. La menace est bien réelle, la DCRI le sait d’autant mieux qu’il y a un précédent en France, la fin des Bataillons d’Afrique en tant que bataillon disciplinaire. Un fait peu connu sauf si on s’intéresse à l’histoire de la criminalité française, mais qui signa la vague de violence et de braquage qui marqua les années 20 et 30, et sera le point de départ de la fortune de la mafia Corse, puisque Paul Carbone, futur parrain de Marseille, sera formé dans les célèbres Bat’ d’Af’. Si la châtelaine et ses admirateurs du nazisme d’amis prennent le pouvoir, je vous laisse imaginer la volatilité de la situation dans un contexte d’apartheid. Ça tombe bien, Serge Ayoub, le grand copain de la châtelaine, déjà condamné pour trafic de drogue. Celui-là même à qui les amis de la famille Le Pen louait leur château pour que ses copines du porno puissent tourner (Vous savez la droite moral du Mariage pour tous…) quand il sortait avec une starlette de l’époque (Tabata Cash). Ayoub, donc, comparait au tribunal avec ses copains du White Wolf Klan pour complicité de violence aggravé. Le WWK lui est accusé de rien de moins que 35 délits divers allant du vol à violence avec arme et incendie volontaire. On ne s’étonne plus à ce niveau pourquoi un Zemmour déclarait son admiration des moines-soldats de Daech, puisque dans cette mouvance-là, ils ont exactement la même mentalité, le même besoin morbide de pureté à expurger dans la violence. L’un dans l’autre avec cet heureux mariage d’extrémistes de tous bords, ajouté au fait qu’une majorité de policier se déclare pour la bourgeoise de Saint-Cloud, la France risque de ne pas seulement devenir ce mouroir pour vieux qu’elle est déjà.

 
Les lecteurs me trouveront peut-être méprisant vis-à-vis de la France, ou haineux, ou je ne sais quel qualificatif sans imagination qui ne seront jamais que le reflet de ce qui les dérange ici. Mais croyez-moi, c’est surtout du désespoir. Mon abstention, mon envie de partir d’ici, le sentiment de déprime que m’offre le spectacle d’un pays soumis à sa caste comme des larbins, c’est surtout le désespoir de pouvoir me revendiquer aussi français que je me sens anglo-saxon un peu plus chaque année. Pour différente raison, parce que c’est une moitié de ma culture d’une part, parce que je pratique la langue autant que j’en saisi les subtilités, que j’en connais l’histoire et son indépendance frondeuse… Et bien aise sera celui qui saura ici de quelle culture je parle… Je désespère que ce pays se décide enfin à se débarrasser de cette caste qui la maintient dans l’illusion de son passé. Je désespère de le voir se mettre enfin à la page des énergies renouvelables et cesse d’avaler les couleuvres du lobby du nucléaire et des politiques qu’il s’est payés. Qu’il arrête de prendre l’écologie pour un gadget à usage des gogos, et l’agriculture pour une machine à cash. Qu’il cesse de se prendre pour l’Amérique en couvrant son paysage de supermarchés. D’adopter des réformes saines sur la législation du cannabis. De s’obséder sur des sujets aussi cosmétiques que le port du voile ou une islamisation qui appartient surtout au domaine du fantasme de quelque narcisse de télé. Qu’il fasse confiance à sa jeunesse et qu’il la mette en avant. Qu’il fasse la paix avec son histoire, sans honte, mais surtout sans cette fierté déplacé autour de l’abomination coloniale. Et surtout qu’il arrête de regarder en arrière, évoquer De Gaulle ou Louis XIV pour se demander comment aborder le présent comme l’avenir. Les Trente Glorieuses ne reviendront jamais, le plein-emploi, c’est du passé, il est temps de grandir et d’aller de l’avant. Et pour le moment, la France fait du sur place en attendant de reculer et se regarde le passé comme on se renifle le cul. Et ça ne date pas d’hier, ça fait trente ans que ça dure. Alors pardon pour les petites âmes recroquevillées de ce pays, mais moi, je fatigue

L’atterrissage sera plus dur que la chute

« Un peuple qui élit des corrompus, des renégats, des imposteurs, des voleurs et des traitres, n’est pas victime, il est complice » George Orwell.

 

Nous vivons des moments fabuleux dans ce pays quand même. Alors que c’était plié, reparti pour le petit manège avec notre ami Sarkozy à la batterie et Juppé dans un show très retour des morts-vivants, voilà que Droopy remportait le racket organisé à la mode américaine par le parti qui change de nom à chaque embrouille. Et puis non finalement, c’est le Droopy gate. Monsieur Propre dit Catho les Gros Sourcils, piqué la main dans la boite à bonbon. Et dans la foulée, toute la volaille de l’assemblée aux vieux conseillers liquide à la Alain Minc de chouiner que c’est trop injuste. Les portefeuilles ne sont pas encore assez gros et on n’a pas à fouiller dans leurs tambouilles. Dehors les pandores ! La liberté des députés, c’est la liberté des citoyens, c’est de Tocqueville qui l’a dit. Et pourquoi se gêner ? Droopy, qui est visiblement le seul à ne pas avoir compris qu’il est caramélisé, joue la partition de l’honneur bafoué, avec madame en mode face de carême. Pendant que le voyou de Levallois rembourse l’argent qu’il a volé à sa ville tout en proposant un plan B, une alternative aux carbonisés, Sarkozy et Fillon, cocaïne et Prozac. Oui, on croyait que c’était plié. Valls a joué la partition sarkozyenne pendant tout son mandat à l’Intérieur et à Matignon, il savait que la France est un pays de flic. Manque de bol le 49,3 n’est pas passé. Ou bien est-ce le toupet de réclamer après coup son abrogation ? Et voilà le Caudillo de la rue Solférino renvoyé à ses chères études par un Hamon qui joue la carte djeunz décontracté. Plié, on vous dit, la Le Pen serait en tête, Daech a bien fait son boulot et tous les autres, on fait campagne à sa place ! Le premier parti de France, mamy lave plus blanc, le parti aux mains propres, messieurs dames. Le parti en réalité le plus condamné de France qui se prend les pieds dans le tapis avec l’assemblée européenne, emplois fictifs, comme les autres. Et enfin Macron. Tous les sondages sont unanimes, il est en tête ! Tous les sondages se trompent depuis toujours, et avec une belle constance, mais peu importe. La vérité du chiffre à qui on fait dire ce que l’on veut. Et puis lui aussi, il y a des affaires qui lui pendent au nez.

On n’a jamais cru que c’était plié avec Mélenchon, parce qu’on a jamais cru réellement dans le vieil apparatchik, le Che du marché. Bon client pour les plateaux télé, récemment révélé à l’écologie participative et à la légalisation, hâbleur et orateur syndiqué. On ne s’attendait pas que ce vieux défenseur de la dictature cubaine, et de la politique catastrophique de Chavez, dérape aussi vite dans le culte de la personnalité avec un hologramme de sa personne. Jean-Luc 2.0, la nouvelle rock star de la vieille gauche en mode lifting. Et pendant ce temps-là, les Français continuent de piapiater. Les discussions politiques en France sont à la révolte ce que Facebook est à la procrastination. Un moyen de rester assis et de remettre le ménage au lendemain.

 

Les Français n’écoutent plus leurs politiques parce que leur discours est interchangeable, et ils ont tort. Parce que s’ils écoutaient les conclusions que ces messieurs dames tirent de cette campagne en forme de grand striptease, ils comprendraient. S’ils écoutaient les appels à la modération des uns, à l’honneur bafoué ou au plan B des autres. S’ils s’intéressaient à cette évocation de rapprochement entre Hamon et le Che 2.0, qu’elle se solde ou non par un combat d’ego, ils saisiraient la substantielle moelle de ce qui anime les politiques en France : la captation du pouvoir et rien, strictement rien d’autre. Dans son refus d’abandonner une campagne perdue d’avance ou dans l’acharnement à se faire passer pour la pucelle de la république, Fillon ou Marine Le Pen nous disent la même chose, c’est eux contre nous. Nous, la classe dominante, les propriétaires à vie de tous les leviers de pouvoirs de ce pays, contre ce peuple qui de toute façon ne demande qu’une chose, dormir le plus longtemps possible. Continuer à rêver plein emplois et Trente Glorieuse. Et en attendant personne n’a l’air de comprendre la volatilité de la situation. Que, qui que ce soit se présentera à la présidence, il est parti pour régner sans majorité réelle, dans un pays qui préfère s’abstenir plutôt que faire confiance à l’un ou l’autre des bonimenteurs. Car le comble, c’est que dans ce cloaque où les uns promettent une lune qu’ils n’ont jamais offerte durant tous les mandats qu’ils ont assumés, tel un Mélenchon devant le cannabis. Pendant que les autres jouent la partition de la vierge effarouchée, il reste des Français pour aller voter. Pour écouter les journalistes politiques se répandre en servilité comme on ne doit en voir qu’au Diner du Siècle. Pour participer, cautionner, ce grand ragout de corruption généralisé et de démagogie claironné. Incroyable, le pouvoir de l’atavisme quand même, exemplaire même pour ce qui s’agit de la France. Surtout si on se dit que nous sommes en réalité assis sur un baril de poudre et qu’en ce moment, la police joue déraisonnablement avec les allumettes.

 

Simulation d’asphyxie et viol accidentel.

 Le 19 juillet de l’année dernière, après un contrôle d’identité mouvementé, Adama Traoré mourait asphyxié menottes au poignet. Quand les pompiers remarquèrent que l’interpellé se tenait mains dans le dos et face contre terre, qu’il ne respirait plus, on leur répondu qu’il simulait. D’ailleurs, le légiste ne parle pas d’asphyxie pure et simple, mais de syndrome d’asphyxie sans qu’aucun des deux experts nommés par la cour puisse déterminer la raison. Sûrement, la mauvaise santé d’Adama, ou le cannabis qu’on a trouvé dans son sang. Ah ce terrible cannabis… C’est vrai qu’un placage ventral avec trois gaillards sur le dos (selon l’un des gendarmes) ce n’est pas déterminant comme cause de syndrome. Placage ventral banni en Suisse et en Belgique, à New-York et Los Angeles, et selon l’Action Chrétienne pour l’Abolition de la Torture, responsable de huit morts en dix ans. Et non-assistance à personne en danger, on en parle ? Le prévenu se plaint de problèmes de respiration, urine sur lui et les gendarmes ne réagissent pas ? Ils prétendent l’avoir mis en position latérale de sécurité alors que le compte-rendu des pompiers dément. Et quand la famille demande une troisième expertise, indépendante celle-ci, la justice refuse. Mais c’est vrai que dans cette affaire le parquet de Pontoise s’est montré exceptionnel. Alors que le contrôle d’identité visait originellement Bagui, le grand frère d’Adama et que Valeurs Actuelles aime à décrire comme un « caïd », le procureur lance une instruction à l’encontre d’un mort. Les rapports indiquent asphyxie, le procureur communique sur un problème de lésion infectieuse, la faute à pas de chance en somme. Quand au rapport des pompiers, comme c’est ballot on l’a perdu. Et les gendarmes ne sont pas en reste pour arranger la vérité, comme ce gendarme qui se blesse tout seul dans sa chute et que les rapports décrivent comme suit : « Un gendarme blessé, suspect en fuite. ». L’affaire est en cours et tout le monde porte plainte contre tout le monde. En attendant Pontoise a passé la main à Paris.

 
Direction la plaine Saint-Denis cette fois un jeune homme de vingt de deux ans qui prend pour les autres. Un jeune homme qui n’apprécie pas qu’on gifle un de ses copains… Ah ce manque de respect de l’autorité chez la jeunesse des cités… Le jeune est emmené à l’écart et hop, accident devant tous les Iphones et caméras du quartier, dix centimètres de bon acier dans le fondement. Pas deux ou trois d’un faux mouvement dans un échange brutal, non dix, à travers le slip, comme une chouette vaseline mais à sec. Soixante jours d’arrêt, des lésions graves dans le rectum et l’IGPN de conclure dans un premier temps à l’accident. Ce que nie bien entendu l’intéressé. Si la conclusion des uns et des autres n’est pas surprenante, en attendant le remue-ménage n’a pas tardé à commencer. Ou recommencer, faut voir…re re re re recommencer. En 2005, je m’en souviens comme si c’était hier, à l’instant où j’ai appris cette affaire avec Zyed et Bouna à Clichy-sous-bois, j’ai su que le pays allait s’embraser. Encore un Traoré, encore la Plaine Saint-Denis. Les députés s’en souviennent eux aussi apparemment. Ils ont voté le 8 un amendement permettant à la police de faire usage de leurs armes de la même manière que les militaires. De la militarisation de la police… En attendant de s’entendre avec le sénat sur la militarisation de la police municipale, une mesure qui va assurément faire plaisir à Robert Ménard.

 

Terrorisme ou autodéfense ?

La violence se banalise. Un cinglé du Prophète se jette à la machette sur des militaires qui lui trouent la peau, tout le monde s’en fout. Après Nice, Paris, Charlie c’est de la petite bière. Nous sommes en train de devenir comme ces Libanais qui me racontaient que lorsqu’ils allaient à la plage, ils regardaient les navires américain bombarder les positions du Hezbollah. Les obus passés au-dessus de leur tête. Dans cette acceptation, cette sidération devant la violence, nous laissons tout faire, tout passer. La loi sur le Renseignement est voté sans sourcillement, l’état d’urgence est prolongé ad vitam, bien qu’il ait démontré de sa plus complète inefficacité dans le cadre de Nice. Un individu seul peut être convaincu de délit d’entreprise terroriste, et maintenant, ça, les policiers autorisés à tirer à vue ou presque. Puisqu’on est aussi, au pays des airsofts où les marques distinctives ne sont pas obligatoires. Autrement dit comment juger d’une menace ? La tactique terroriste employée par Daech est géniale en ceci qu’elle ne requiert aucun moyen, presque aucune infrastructure, mais surtout elle porte le flanc à l’intérieur même de la société française ou allemande. Elle frappe à la fois sa schizophrénie multiculturaliste, elle s’en prend au cœur même d’une association historique, fondatrice de l’Europe comme puissance économique. Et enfin, elle envoie un message à tous, la violence peut frapper n’importe où et elle vous vise-vous. Ce n’est pas le terrorisme comme acte politique, revendicatif mais comme tactique militaire avec une seule et unique direction, déstabiliser la France comme l’Allemagne déstabiliser la Belgique, cet axe européen, ce cordon ombilical sans qui l’Europe volera en éclats. L’ennui, et nos amis politiques l’ont bien intégré, à commencé par les socialistes à la sauce Medef, c’est que ces dispositions peuvent à égalité tenter de répondre à une menace terroriste, ou glisser vers le totalitarisme comme un Rémi Fraisse sur une grenade. Or nous sommes précisément dans un contexte sensible qui pourrait tenter un candidat mal représenté. Précisément à cette charnière de l’histoire où n’importe qui pourrait glisser du statut de citoyen en colère à terroriste en un rien de temps. Les manifestations contre la loi travail étaient déjà bien une « prise d’otages ». À partir de quel degré d’incertitude politique, un individu déterminé à ne lâcher ni sa place ni surtout ses privilèges, est près à glisser du figuratif au propre ? Qu’on le veuille ou non ce grand déballage d’une république corrompue, ajouté aux tensions communautaires exacerbés tant par Daech, le FN qu’aujourd’hui la police rappel un moment précis de notre histoire, quand Stavisky s’est suicidé à l’insu de son plein grès. Cette affaire nous a coûté la troisième république et a permit à une extrême-droite désunie de frôler le coup d’état dont rêve aujourd’hui une Marine Le Pen. Mais il y avait alors un mouvement ouvrier puissant qui débouchera sur le Front Populaire. Aujourd’hui le seul front populaire et ouvrier est un parti d’essence bourgeoise et intrinsèquement fasciste, n’en déplaise à ses contempteurs et dont la seule finalité est de satisfaire les bas instincts de la petite bourgeoisie.

 

À partir de quel moment tous les haineux du rouge brun au brun tout court vont comprendre qu’ils sont les idiots objectifs de la classe dirigeante ? À quel moment les électeurs vont prendre conscience que leur vote est non seulement démocratiquement volé, mais qu’en l’état, il n’a servi et ne servira jamais qu’à proroger un système, qu’on l’appelle 6ème république ou mes genoux ? À quel moment, on comprendra qu’il n’y a qu’une raison pour laquelle on a besoin d’un nouveau berger, se faire tondre la laine, et aller à l’abattoir. Quand un peuple commence à se conduire comme du bétail, il ne faut pas qu’il s’étonne d’avoir l’un et l’autre, la tonte et l’abattoir, au prix d’une présidence.