Théorie d’un complot ou coup d’état mode d’emploi 3ème partie.

N’oubliez pas qu’obtenir l’honneur d’al istishhad* (du martyr) est un devoir national sacré et une possibilité présente.

Saddam Hussein 1977.

 Deux situations peuvent se présenter. Soit le gouvernement loyaliste a déjà pris des mesures conservatoires contre l’insurrection (même en l’absence de pression) assorties de pouvoirs spéciaux et de lois spéciales. Dans ce cas le principal problème est d’agir sans fournir de publicité inutile à l’insurgé, ce qui est particulièrement important si la cause de l’insurgé est très populaire. Si les loyalistes ne se sont pas donné par avance les moyens nécessaires, lancer des attaques directes contre l’insurrection revient à ouvrir la boite de Pandore.

David Galula. Contre-insurrection : Théorie et pratique

De l’art de faire stationner judicieusement ses troupes dépend la plus grande partie des succès militaires.

Sun Tzu. L’art de la guerre

 

Ca force sur l’euphémisme mais les Etats-Unis semblent ne jamais rien retenir de leurs erreurs, et finalement pas beaucoup plus de leurs victoires. La pauvreté de l’éducation politique de sa population et de facto de ses forces armées. Le manichéisme simpliste de sa propagande qui fait adhérer sans mal le troufion à un discours d’évidence qui se révèle rapidement non seulement faux mais totalement perverti par la réalité du terrain. L’absence de formation autre que technique et strictement militaire de ses soldats de troupe. La prodigalité des moyens souvent disproportionnés ou inadaptés tant au terrain qu’aux conditions nécessaire pour maintenir un esprit combattif chez l’homme de corps. Sans compter la fabuleuse capacité des américains à se croire absolument partout en terrain conquis, chez eux, ambassadeur d’une culture forcément universelle et à laquelle on ne peut donc que se soumettre sans passer pour un sauvage ou un arriéré. Cet ensemble semble véhiculer dans le sillage de l’armée américaine un sentiment constant d’invasion, de rouleau compresseur à la fois militaire et culturel. La Pax Americana sent le Coca et le chewing-gum gum, a la couleur d’un blockbuster vendu en prime time, et laisse dans son sillage des montagnes de cadavres.

Au Vietnam, au départ, la situation devait rester sous contrôle. Les américains avaient choisi avec leur discernement coutumier un fervent catholique pour gouverner un pays à majorité bouddhiste. Parfaitement corrompu et dont l’épouse se moquait à la télévision, dans un français parfait, de ces bonzes qui ne s’immolaient pas correctement. Ils finiront par s’en débarrasser au profit d’une junte militaire, qui elle-même se fera jeter dehors par une autre. Il est difficile de faire régner l’ordre quand ceux que vous soutenez ne le respectent pas, qu’ils sont corrompus et ne connaissent que les lois de l’arbitraire. Votre propre cause semble soudain indéfendable et si en plus vous vous arrangez pour laisser à l’ennemi le choix de sa communication et assurez vous-même sa propagande par cet usage de l’arbitraire, vous vous retrouvez rapidement avec autant d’ennemis physiques que moraux. Vous n’êtes plus soutenu par votre propre population, alors qu’en revanche l’insurrection si. Essayant de gagner les cœurs et les esprits, selon l’expression consacrée, avec la balourdise et la brutalité d’un footballeur américain sous stéroïde. Déplaçant des populations sédentaires dans des lieux réservés pour mieux désherber au napalm et à la dioxine des fantômes et un paysage presque sacré dans la perception bouddhiste. Jouant à l’humanitaire d’une main et au boucher de l’autre, le tout en transformant Saïgon, comme plus tard Bagdad, en un vaste bordel à soldat, repère à bandit, espions de tout poil, assassins où pour tout dire l’ennemi est comme un poisson dans l’eau. Avec en surplus un intense trafique de drogue dont les premières victimes seront les GI’s eux mêmes. A vrai dire, c’est même une véritable armée de camés dont hérite l’Amérique à la fin de la guerre. En 74 92% des soldats ont le nez dans la bouteille, 69% tête du joint, 38% sont à l’opium, 34% se shootent, 25% préfèrent les amphétamines (fourni par l’armée) et 23% les barbituriques. Une armée de drogués seulement entamée de 58000 de ses membres, essentiellement des gamins, alors qu’en face c’est près de trois millions d’individus qui vont disparaitre durant le conflit et dans l’immédiate après-guerre. Le Vietnam n’a pas été une guerre ça été un génocide.

Un génocide avorté à la fois en raison d’erreur de stratégie militaire mais également de stratégie de communication. Une guerre motivée par la crainte de voir le sud-est asiatique tomber aux mains du communisme, et qui pourtant va s’ingénier à le propager à coup de bombardements massifs et de politiciens fantoches, fort d’un déploiement militaire sans précédent et de sept millions de tonnes de bombes balancées sur un pays moitié moins grand que la France. Le tout contre trois millions durant la totalité de la Seconde Guerre Mondiale, du Japon à l’Europe. Sept millions d’objets détonants qui n’ont pas forcément détonés et qui rouillent aujourd’hui au fond des rizières, sans compter la pollution à l’Agent Orange. Actuellement le Vietnam est le pays qui connait le plus haut taux d’enfants handicapés au monde, avec un total de 6,7 millions d’handicapés pour une population de près de 90 millions d’habitants (je vous rassure, en France, c’est 12 millions). Sans compter le génocide qui suivra au Cambodge dans le sillage de la déconfiture américaine et qui fera 3 millions de morts supplémentaires en ajoutant les 350.000 de la guerre civile laotienne, un peu plus de six millions de morts. Et pourtant vous avez remarqué, au cinéma c’est toujours l’Amérique qui pleurniche sur son trauma guerrier et le cambodgien qui rejette la faute sur Pol Pot.

La guerre qui va commencer en Afghanistan n’obéit pas à un objectif stratégique, c’est une guerre de vengeance, entamé contre un homme que tout le monde accuse avec un naturel déconcertant. Alors qu’il ne revendiquera jamais formellement l’attentat, et qu’il fut mis en cause par son instigateur après plus d’une centaine de séance de « water boarding » ce qu’en français nous appelons plus simplement le supplice de la baignoire. Car c’est bien connu la torture ça marche, surtout s’il s’agit de vous faire avouer ce que l’on a envie d’entendre. D’ailleurs dans un premier temps, le nom de l’opération emprunte à la série B « Justice sans Limite ». on dirait un film de Seagal… avant de sombrer dans le théâtrale avec « Liberté Immuable. ». En revanche durant treize ans de conflit les afghans ne verront ni justice ni liberté mais bien une violence sans limite, pour un résultat également immuable depuis que les anglais tentèrent de les mettre au pas à la bataille de Gandamak. Les afghans ayant ceci de commun avec les vietnamiens de foutre systématiquement dehors les envahisseurs. Les vietnamiens feront décamper chinois, cambodgien, français et américains et mettront fin eux-mêmes au régime de Pol Pot. L’Afghanistan mettra à l’amende trois des plus grands empires de la sphère occidentale, et quand ils n’ont plus personne sur qui tirer, ils se tapent dessus entre eux. Un comble on ne sait toujours pas aujourd’hui le nombre de victimes civiles lors de l’invasion. Ce que l’on sait en revanche c’est que si les talibans avaient mit un sérieux frein à la production d’opium, elle repartira de plus belle à partir de l’invasion. Aujourd’hui le pays fourni 90% de l’héroïne dans le monde… Au point où le ministre de l’agriculture réclama un temps de rentrer dans le cercle fermé des pays producteurs d’opium légal comme l’Inde ou la Turquie, recevant un refus poli mais ferme des américains, il ne s’agirait pas non plus de retirer le pain de la bouche de la mafia turc… Reste que cette invasion attirera les bouderies de Wolfowitz qui trouve qu’il n’y a rien à bombarder d’intéressant dans les montagnes, il salive déjà au sujet du point Godwin des conspirationnistes et de l’administration américaine, Saddam Hussein le nouveau Docteur No de la propagande US.

En ce qui concerne l’Irak, l’opération « liberté irakienne » ne s’embarrasse pas de signifier ses intentions réelles. Pendant qu’une équipe du service média du Pentagone réunit une petite foule autour du déboulonnage d’une statue choisie au hasard, l’armée fonce sur le ministère du pétrole et les zones d’exploitation. Alors que Bagdad est l’objet de pillage de presque tous les sites officiels dans l’anarchie la plus complète, il devient presque instantanément impossible de s’approcher du ministère du pétrole sans lever les mains bien haut en l’air et si possible en gueulant qu’on adore le Texas (le Texas est un des plus gros pourvoyeurs en homme de l’armée). Le site est ultra protégé comme le sera bientôt toute la zone verte. Il est d’ailleurs « amusant » de remarquer, si on a le cynisme facile, que non seulement les américains vont installer leur base de commandement et s’y retrancher, précisément là ou Hussein avait regroupé physiquement le pouvoir. Mais qu’en plus un des hauts lieux du régime tortionnaire du même Hussein, va devenir le haut lieu du régime tortionnaire de l’Oncle Sam en Irak : Abu Ghraib. Un diable chasse l’autre, et Hussein a averti les américains, la victoire est très loin d’être acquise, la vraie guerre va débuter après la fin officielle des hostilités. De toute manière l’invasion n’a pas du tout été conçue dans un autre but que de virer Saddam Hussein et s’emparer de son trésor de guerre au plus vite du coup d’état qui a lieu à Washington. La question de l’occupation, de l’organisation du pays après la guerre, n’a pas été une seule seconde abordée. Quand aux marines ils n’ont tout simplement pas été formés au travail de police ou de sécurisation, au contraire de leurs homologues anglais qui vont s’y coller. Résultat, à peine un mois après la petite parade de Bush en tenue de pilote, les prédictions d’Hussein se réalisent. Mieux, le 19 août 2003, 3 mois après la ronflante déclaration américaine, Abu Moussab al Zarqaoui dit « l’Homme vert » en raison de ses nombreux tatouages (il a un passé de voyou) fait sauter l’immeuble de l’ONU à Bagdad, tuant 22 personnes. Comme de toute manière tout le monde, à commencé par Bush, s’est essuyé les pieds sur les Nations Unies, ça reste dans le ton. Dix jours plus tard c’est une mosquée chiite qu’il fait sauter, avec un meilleur score, près de cent morts. Enfin en 2006, quelque mois après que l’Amérique toute fière ait pendu un homme de 69 ans pour avoir trop bien collaboré avec elle, Daesh se forme et une nouvelle bombe provoque la première guerre civile irakienne. A vrai dire, à certain moment durant ce conflit qui aura finalement duré huit ans et qui a abouti à la destruction de l’Irak, on atteint des scores de 25 morts par jour !

 

Canaris de l’Empereur et Caesarea

 

Il ne faut s’attacher avec outrance ni à des armes ni à des outils. Excès, insuffisance sont pareil. Inutile d’imiter les autres. Possédez des armes et des outils qui sont à votre portée.

Myamoto Musachi. Le Traité des Cinq Roues

Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple le plus sacré et le plus indispensable des devoirs

Robespierre.

Canaris de l’Empereur : Loc (Vx) – A cause de leur culotte de daim jaune, surnom collectif donné sous l’Empire aux gendarmes d’élite chargés de combattre les conspirateurs. On les appelait aussi les Immortels.

Bruno Fuligni, le livre des espions.

Caesarea : N.pr. – En référence à la ville de Césarée en Palestine, nom de code d’une unité d’élite du Mossad israélien, chargée d’éliminer physiquement les terroristes pro-palestiniens.

Bruno Fuligni, le livre des espions.

 

Si David Petraeus, l’ancien patron de l’Afghanistan et de l’Irak américaine, préface la nouvelle édition du livre de David Galula, Contre Insurrection : Théorie et Pratique, le moins que l’on puisse dire c’est que les méthodes que l’Amérique va en retenir ne porteront pas leur fruit. Que ce soit en terme tactique, stratégique ou théorique. Car si le Vietnam aurait dû alerter les forces américaines sur la nécessité de ne pas disperser son armement au quatre vent, munitions en particulier, la leçon ne sera retenu absolument nulle part. Cela va être vite le règne de ce que les américains appellent IED, Improvise Electronic Device. L’ajout de l’électronique en plus, c’est une variante de ce que les GI’s au Vietnam appelleront les « booby trap » plus vulgairement appelé chez nous « piège à con ». Bref des engins détonant improvisés, reliant généralement un portable et des obus non détonné ou tout ce qui peut faire un gros boum. En Europe en revanche, où il est moins compliqué de se procurer un AK47 neuf que des explosifs, le stratège de Daesh, le concepteur de cette organisation, l’ex colonel des renseignements irakiens Samir Abd Muhammad al-Khlifawi dit Haji Lakr, va recommander l’usage de toutes les armes potentielles mis à la disposition des civiles européens et dans le monde, camion, couteau et tout autre moyen de propager la mort. Le terrorisme étant l’arme des pauvres par excellence, cette méthodologie, accompagnée d’une propagande soignée, va venir porter la violence vers tous ceux engagés auprès des américains. Avec des résultats sociétaux extraordinaires.

Car il faut bien saisir que la base de la stratégie de Daesh en Europe ou aux Etats-Unis est de diviser les populations civiles, en se servant des musulmans comme bouc émissaire désigné. Ce ressenti, ajouté au choix d’une stratégie de communication par et pour la violence en technicolor et musique, permettra d’accentuer le ressenti des musulmans eux même et d’exalter la jeunesse dans son ensemble. Les occidentaux ayant depuis longtemps délaissé l’éducation de leurs enfants au profit des experts, des profs et des écrans, la propagation de la propagande se fera sans mal. Car il faut bien comprendre que Daesh n’est pas une organisation terroriste mais une organisation militaire très structurée comme le montre ce schéma issu de Daesh lui-même, de la structure de son service de renseignement.

daesh

Le terrorisme n’est qu’un moyen tactique et stratégique pour parvenir à ses fins. Dans ce cadre, sur le terrain, la Charia ne sera pas seulement utilisé comme moyen de coercition mais également de chantage. Selon les consignes de Lakr, les espions chargés de surveiller un village doivent également repérer toute activité contraire à la loi islamique afin de s’en servir comme levier. Et ici pas question de les éliminer, au contraire, mais de se servir des plus intelligents, notamment comme juge dans le cadre de la Charia. Il faut bien saisir que le stratège de Daesh n’est pas et n’a jamais été un islamiste mais un nationaliste. Il ne croit pas aux convictions religieuses fanatisées mais il sait qu’on peut s’en servir, et c’est ainsi qu’Abu Bakr El Baghadi sera choisi par un groupe d’officier du renseignement irakien, afin de donner une image de légitimité au groupe. Ainsi en s’attaquant à l’Irak, les Etats-Unis ont ouvert une boite de Pandore inédite, celle dont ont souffert les irakiens pendant tout le règne de terreur d’Hussein : les services de renseignement irakiens.

Face à ça, en Irak, les américains vont s’appuyer sur la minorité chiite pour contrer l’influence sunnite d’Al Qaïda et de Daesh. Et pour ça vont s’assurer de mettre en place les méthodes employé en Amérique Centrale au plus fort de l’ère Reagan. Et voici que, recommandé par Rumsfeld, entre en scène un vétéran de la sale guerre au Salvador, lui-même impliqué dans le scandale de l’Iran Gate, l’ex colonel James Steele. Les néo conservateurs, je le répète, ne cachent pas leurs intentions. Passé dans le privé à titre de conseillé militaire, il va activement souffler ses bonnes idées aux paramilitaires chiites, le Special Police Commando, également surnommé… la Brigade des Loups. A toute fin je rappel qu’au Salvador, la méthodologie se concentrait sur deux points : torture et exécution sommaire. Mais il ne sera pas le seul sur lequel va s’appuyer les forces de la coalition et le gouvernement US. A Abu Ghraib, le personnel mis en cause dans le scandale des prisonniers torturés n’appartient en réalité pas à l’armée, mais à une des innombrables organisations militaires privées qui vont se partager ce phénoménal pactole. C’est simple, si en 2003 le bénéfices des SMP grimpe à 100 milliards de dollars, six ans plus tard il est de plus de 400 milliards de dollars (je vous renvois ici à mon article sur les SMP : Contractor, les prolos de la guerre ) Le tout sous la férule d’une des plus vastes organisations en matière d’opération spéciale, fondée après l’échec d’Eagle Claw, le Joint Special Operation Command. Une force qui va se composer des Delta Force, de l’ISA, du 24ème escadron tactique de l’Air Force, du 75ème Régiment de Reconnaissance des Rangers et du Seal équipe 6. Tout ceci bien entendu, en se reposant sur une autre machinerie dénoncée depuis par Snowden : le NSA et plus pratiquement la surveillance globale.

Or si à mesure du temps la guerre va faire moins de morts parmi les militaires que parmi les civiles, la Guerre contre le Terrorisme ayant fait 6717 morts officiels contre les 750.000 de la guerre de sécession, c’est bien à un carnage gigantesque auquel nous assistons depuis le début des hostilités contre l’Irak et l’Afghanistan dans les années 90. Rien que pour les seuls musulmans c’est près de quatre millions de morts, et je parle ici d’estimations basses. On a calculé en effet que la guerre en Afghanistan va faire au minimum plus de 200.000 morts. En fait on estime que le seul programme de Guerre au Terrorisme aurait fait à lui seul, toutes confessions confondues, entre 1,5 et 2 millions de morts. Rien que dans la seule Irak, les sanctions prises contre le régime de Saddam, aurait fait selon les estimations non contestées de l’ONU, près de 1,9 millions de morts… dont la moitié était des enfants. Et si on ajoute tout ceux qui sont morts en Afghanistan (rappelons également à toute fin que dans les années 90 les talibans seront financés et armés… par les Etats-Unis), les chiffres les plus élevés depuis que l’Amérique néo conservatrice a décidé de s’en prendre au monde à travers l’Irak et à l’Afghanistan, annonce un bilan se situant entre 6 et 8 millions de morts. Hitler, petit joueur. Dans ce cadre, déclarer que « les musulmans nous détestent passque on est lib’ nous et qu’on boit du pinard et on mange du porc » me semble pour le moins léger.

 

Débriefing

 

La nécessité ne connait pas de loi

Saint Augustin

Un genre très spécialisé de dépendance est la conséquence de technologie moderne, et on le trouve en dehors de la sphère néo-coloniale. C’est la lourde hypothèque qui grève l’indépendance politique d’un pays, quand il achète à l’étranger des armes modernes… Quand des pays se trouvent dans une telle dépendance matérielle et directe, il faut que les organisateurs d’un coup d’état intègrent dans leurs plans une nouvelle politique étrangère, à mettre en œuvre dès la prise de pouvoir. Si le coup d’état est politiquement inspiré par des adversaires du grand « allié », il y a de fortes chances pour qu’il échoue à moins qu’il ne parvienne à cacher cette tendance.

Edward N. Luttwak, Coup d’état mode d’emploi.

Le contrôle de toutes les informations du centre politique du pays visé sera notre meilleure arme pour assoir notre autorité après la réussite du coup d’état. Par conséquent, la prise des principaux moyens de communication avec les masses populaire sera pour nous une tâche d’une extrême importance.

Coup d’état mode d’emplois.

La révolution est au bout du fusil.

Mao

 

Le mouvement néo conservateur (néo dans le sens nouveau) est. Issu de la gauche progressiste à la fin des années 60. Ou plus précisément de l’évolution politique d’un ancien trotskyste, Irving Kristol, dont le mode de raisonnement se fonde à la fois sur son éducation politique, et sur son expérience militaire durant la Seconde Guerre. Comme il le dira lui-même, il y a été « agressé par la réalité » comme d’autre le seront bien plus tard, rejoignant de facto un mode de pensée parallèle, avec l’Archipel du Goulag d’Alexandre Soljenitsyne, et ici je pense notamment à Bernard Henri Levy ou André Glucksman. Deux « intellectuels » comme on dit en France très largement soutenus par le mouvement de réforme culturel initié par les Etats-Unis sur l’Europe et notamment par la CIA (non, je ne sous-entend pas que BHL est un agent de la CIA, ni même qu’il sait qui ont été ses soutiens financiers en dehors de son très riche papa).  Avec sa logique trotskyste Kristol est contre l’aide sociale qui ne pousse pas les pauvres à la lutte et rejette le mouvement contestataire qui s’inscrit selon lui dans une logique nihiliste défendue par les premiers anarchistes. Par ailleurs devenu farouche anticommuniste, comme de nombreux trotskystes et anarchistes au demeurant, il reproche leur mollesse au démocrate, exactement comme le fera lui-même Reagan. Sa rupture complète avec la gauche va s’exercer à partir de Lyndon Johnson.

Il est vrai que l’Amérique de Roosevelt n’a rien à voir avec celle dont va hériter Johnson. L’Amérique de Roosevelt jusque dans l’immédiate après guerre croit encore à son idéal de liberté défendu par son extraordinaire constitution. C’est elle qui va dans un premier temps armer Ho Chi Minh et les Viet Minh contre la France. D’ailleurs dans un premier temps, Ho Chi Minh se revendique moins du communisme que du nationalisme. Il cite la déclaration d’indépendance et la Révolution française et déclare que ses forces sont américano vietnamienne. Tout va changer avec l’arrivée d’un petit homme sans envergure, élevé dans l’ombre de sa mère, poussé au pouvoir par des bandits, Harry Truman. Le même Truman qui va user et abuser de l’arme atomique pour soi disant pousser les japonais à la réédition, alors que les japonais ont déjà commencé des pourparlers dans ce sens. La réalité est plus cruelle. Truman a besoin de démontrer qu’il n’est pas le petit homme sans envergure qu’il est en réalité et surtout il doit en remontrer à l’ogre rouge, le terrifiant Staline. Le concours de bite est lancé et il va durer…. Jusqu’à aujourd’hui. A partir de 84 le discours de Krystol se durci quand à la défense d’Israël, prônant une alliance qui va s’avérer funeste pour le reste du monde entre juifs et évangélique, entre le sionisme chrétien et la droite évangéliste. Mais il est vrai qu’un partie discours néo conservateur ne se serait jamais construit sans ce qu’Hitler a fait subir à l’Europe et plus particulièrement aux juifs. Cette position politique va considérablement pousser la droite israélienne vers une certaine radicalisation du discours. Un discours qui va encore se muscler avec l’immigration massive des juifs d’Europe de l’est jusqu’au meurtre d’Yitzhak Rabin, et même au-delà. Mais également grever sérieusement la paix au Moyen Orient d’autant que les intérêts pétroliers rentrent en jeu.

Le néo conservatisme américain va se propager et influencer toute la politique américaine de Reagan à Obama, et même aujourd’hui Trump. Car, en dépit des analyses de certain universitaire français qui aimeraient qu’on trouve une certaine grâce au nationalisme de façade de Donald Trump. En dépit même que nombre de républicain ont critiqué la position du président des Etats-Unis qu’il a, comme à son habitude, résumé par un slogan « no more globalism, only americanism », et qui ne pouvait que séduire la droite réactionnaire de notre pays et du sien. Il faut bien garder en tête que le maître à penser de Trump, Steve Bannon, récemment éjecté pour des affaires d’égo et suite aux émeutes de Charlottesville, défend un discours plus extrémiste que les néo conservateurs mais qui n’en reste pas moins attaché à cette même droite évangélique, à cette même impératif à défendre Israël et l’occident contre le nouvel hydre, le nouveau marxisme de l’occident, l’Islam et le monde musulman en général. Le plus inquiétant demeurant dans les fantasmes d’Apocalypse de Bannon qui lui ne cache pas dans ses films sa vision millénariste et simpliste du monde, appelant précisément à un affrontement entre les nouvelles forces antagonistes, exactement comme les fanatiques du camp adverse en appellent au djihad. Et quand on observe l’espèce de folie collective à base de prière, de fake news, et de tweets farfelus qui s’est emparé de la Maison Blanche depuis l’investiture de Trump, au regard de la politique américaine en Asie, en Ukraine ou en Syrie, on a le droit d’être fortement inquiet pour l’avenir.

L’historique des lois d’exception face au terrorisme dans la sphère occidentale et « démocratique » ne date pas d’hier. Face à l’IRA, Thatcher appliqua un régime draconien à l’Irlande du Nord, notamment en s’appuyant sur l’aile très, très à droite du révérend extrémiste Ian Paisley et les terroristes de l’UVF. Et surtout en rejetant le statut de prisonniers politiques à des hommes qui n’étaient rien de plus, ni n’avaient jamais commis comme d’autre faute que d’être soutenu politiquement par l’IRA et le Sean Feinn. Et qu’on laissa mourir de faim. Un même régime d’exception qu’on retrouvera en Allemagne face à la Fraction Armée Rouge. Ou en France durant la guerre d’Algérie mais également contre les usagers de drogue jusqu’à aujourd’hui, ce qui est paradoxale pour un pays qui a été (et est sans doute encore) si actif dans le domaine du trafic Cependant, jamais jusqu’ici ces mesures n’avaient été prise de façon permanente, subornant non seulement les lois, violant les droits les plus élémentaire des individus, mais se moquant jusqu’à la constitution. Or ce projet aux Etats-Unis n’est pas nouveau, il était dans les espérances de la droite américaine dès Kennedy, et il manqua de se réaliser sous Nixon. Après tout qu’était-ce donc que l’Opération Chaos, sinon les prémisses de cette surveillance globale qui fait fantasmer les agences de renseignement, et surtout les gouvernements. Car la situation est également critique pour nos gouvernements, et ils en ont parfaitement conscience. Les Printemps Arabes ont prit tout le monde par surprise, à commencer par les dictatures sanguinaires qui règnent sur les émirats.

Cependant ce projet aujourd’hui s’appuie sur une nouvelle idéologie, celle du conflit des civilisations, comme au bon vieux temps des croisades. Une croisade cette fois globale qui ne peut que rejoindre les fantasmes conjoint des djihadistes et de l’extrême droite occidentale. Le même rêve de sang avec au bout du compte l’espoir absurde en la venue d’un sauveur magique mettant tout le monde d’accord. Mahdi ou Christ, peu importe. Or quand les fous commencent à diriger le mode de pensée du monde, ce qui suit n’encourage pas à investir dans un autre avenir que celui de la sécurité et de l’armement. Et c’était bien l’intention du gouvernement Bush et de ces suiveurs, Obama y comprit. Car derrière eux c’est bien ce que les américains appellent le deep state, qui pousse. Un état profond qui ne se compose pas seulement de la CIA, des agences de sécurités américaines en général ou du Pentagone, mais de la sphère très influente des méta holdings comme KKR, Carlyle Group, KBR, Halliburton, ou encore Cerberus Capital Management qui a racheté DynCorp. Cerberus dont le directeur fut un des conseillers économique de Trump durant la campagne… Un changement de politique étrangère organisé à partir d’un attentat utile, opportun, et connu à l’avance, qui a permit et permet de détricoter un peu plus les Etats-Unis mais également l’Europe des idées inspirées des Lumières, et laminer totalement le discours traditionnellement universaliste de la gauche, où qu’elle soit, pour n’en faire qu’un succédané, un substitut, laissant encore durer un vague espoir, puisque l’espoir est si utile à endormir les foules.

Espérer ce n’est pas agir, juste un souffle d’inspiration mais guère beaucoup plus. Espérer c’est attendre.

Et pendant que nous attendons, stupéfaits spectateurs d’un monde que l’on veut voir mourir, l’exception, la surveillance et la militarisation s’imposent partout mettant les pays en interdépendance complète. Nous irons désormais chercher nos fusils en Allemagne, nous compterons sur l’OTAN pour subvenir à nos insuffisances, nous laisserons gentiment pourrir le paquebot Dassault dans la corruption de son dirigeant, jusqu’au jour où on nous annoncera que l’armée n’a plus les moyens de se payer des avions français. Ce qu’elle n’a d’ailleurs déjà plus, puisque nous ne pouvons même pas entretenir ceux que la gabegie commerciale du groupe Dassault et la complaisance de l’état nous a fait acheter. Et puisque l’Amérique dirigeante ne sait pas faire autrement, bien entendu cet assaut idéologique et militaire s’accompagne d’un volet économique. Les médias cooptés depuis Mitterrand nous bombardent du discours de la guerre des civilisations, alors qu’il n’y a que pour l’essentiel en terme réel de guerre qu’un conflit entre agences de renseignement au travers d’armées de mercenaires et de groupes armées autonomes ou non. Le tout plus ou moins subornées par des armées régulières. Bref que nous sommes en réalité en rien concerné par cette guerre idéologique qu’on veut nous mettre dans le crâne quelque soit notre confession ou notre système de pensée. Passant au sable et dans la foulée l’assaut économique que nous subissons à travers les accords transatlantique que nous a vendu le très consensuel directeur de marketing à la tête du Canada, le joli et si tolérant Justin Trudeau. Les médias nous tabassent avec des mots tiroirs comme « mondialisation » « compétitivité » « baisse des charges », tandis que notre narcissique « chef » d’état s’en revient de Las Vegas avec sa feuille de route. Et la boucle est bouclée. Et elle va d’autant se resserrer que la technologie de la surveillance se développe, aussi bien que les entreprises militaires privées, ajouter à cela des pénuries qui vont de plus en plus se faire sentir, et dans absolument tous les domaines, ne nous leurrons pas.

D’où qu’ils partent, le seul sursaut ne peut venir que d’une repolitisation de ce que les marxistes appellent les masses. Mais également une réappropriation de nos langues, de nos mots. Ecoutez s’exprimer un badaud des années 50 sur la politique intérieure de son pays et comparez le à aujourd’hui, tant sur le vocabulaire que l’opinion et vous verrez la marge qui nous sépare, la décadence tant du verbe que du discours. Il va falloir tôt ou tard choisir de notre avenir, et avant que la boucle se referme complètement.

 

Nota Bene : pour les amateurs de super complot si vous cherchez des complicités possibles avec Al Qaïda pour l’organisation de l’attentat, et sans aller chercher midi à quatorze heures. En 1979, en Iran, il faut retenir deux choses pendant la prise d’otage. D’une elle était le fait des Gardiens de la Révolution à qui on ne pouvait rien dire et l’administration iranienne, en particulier le ministère des Affaires Etrangères étaient  en réalité scandalisé par cette action. Ce pourquoi Argo est une affabulation d’Hollywood, les iraniens savaient parfaitement qu’il y avait des américains à l’ambassade Canadien, vu que l’ambassadeur des Etats-Unis lui-même l’avait confié à ses homologues iraniens. La seconde c’est qu’il a bien eu une opération de sauvetage réussi et beaucoup plus musclée. L’instigateur était Newt Gringrich, un des papes du néocon, qui se fit aider d’un mercenaire ex-béret vert au Vietnam et de son équipe pour libérer des membres de son entreprise. L’affaire a été relatée dans un livre dont Clint Eastwood devait faire l’adaptation. Aujourd’hui il y a des myriades d’équipes de ce genre, mais si j’étais vous je m’intéresserais de près à Intelligence Support Activity qui fait parti du JOSC. Il faut toujours se défier d’une organisation qui change cinquante fois de nom…

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La nuit du chien 6.

Le ciel de l’après-midi, s’épaississait, gargantuesque, d’une ligne d’outremer qui dansait sous l’onde de chaleur. La poussière le long de la route formait comme une écume qui léchait les pieds de l’étranger. Il marchait sans but, cherchant un peu d’air à son tête à tête. Parker le vit alors qu’il se rendait chez le juge Johnson. Instinctivement il eu envie de freiner et de faire demi tour mais il s’abstint. Ce fichu crâne qui ne voulait pas quitter le sien. Il n’était pas facilement impressionnable d’habitude ou était-ce ce qui était arrivé à Kid ?, Il avait le sentiment que quelque chose s’était déréglé. Il chassa cette idée de son cerveau et se concentra sur la route alors que Laro rentrait chez Barry, la mine atterrée. Il s’était rendu chez Kid, la maison était silencieuse, froide, et le pick-up n’était pas là. Il n’y avait pas grand monde à cette heure, le ramassis d’ivrogne habituel. Gueule cuite au mauvais whisky et au T-Bird, front buté et petits yeux étroits qui vous cherchaient dans la pénombre comme un chien avec un os. Il n’y avait plus de Barry ici depuis vingt ans mais personne n’avait eu apparemment assez d’imagination ou d’envie pour rebaptiser cet abreuvoir, ni beaucoup de goût ou de moyen pour le décorer. Trois tables en formica, un bar en faux bois, une pauvre lettrine au néon pour une marque de bière disparue, deux tabourets de bar qui avaient connu des jours meilleurs et servit à l’occasion d’arme par destination. Même le barman, Gustavo, avait l’air au rabais. Avec son faciès d’olive, sa petite moustache délabrée, sa bouche étroite, petit et rond gros cul comme une quille. Qui adorait s’habiller en survêtement comme si le sport qu’il n’ait jamais fait de sa vie n’avait été qu’essuyer les verres et nettoyer le dégueulis des ivrognes. Mais l’alcool n’était pas cher et les habitués pas emmerdants, alors avec Kid ils venaient souvent là. Est-ce que quelqu’un l’avait vu ? Il coupa une conversation où intervenait un crâne de femme et des mythes de la frontière. Des yeux rougies le dévisagèrent un moment avant que le verbe déblatèrent par les bouches édentés et molles. On l’avait vu là, un autre disait que non que le shérif l’avait arrêté, et Carson quelqu’un savait où était Carson ?

–       Mais vas-t-en vas t’y voir l’shérif, si tu veux savoir où qu’il est l’adjoint, lui fit dire Gustavo qui n’aimait ni Laro, ni qu’on dérange ses clients dans leur tête à tête avec leur alcoolisme.

Le dealer leva les yeux sur le mexicain qui s’arrachait un poil de sa moustache avant de le suçoter nerveusement. Une vieille manie qu’il avait, que tout le monde trouvait dégoutante et bizarre, et expliquait l’état de la touffe de poils épars qu’il avait au-dessus de la bouche. Ouais, c’était pas plus con. Il ressorti sans payer sa tournée, ce que d’aucun trouva mal élevé.

–       Le shérif ? Non il est parti chez le juge, lui expliqua Louise. Pourquoi ?

–       Bayonne m’a dit que Carson a tué Kid.

–       C’est un accident.

Sa bouche s’ouvrit et se referma plusieurs fois, à ce stade le shoot ne faisait plus effet.

–       Alors c’est vrai il est mort ?

–       Oui, je suis désolé Hernando.

Si choqué qu’il ne s’arrêta même pas sur le prénom, quand une voix retenti de derrière la porte de séparation, le prisonnier avait faim. Le visage de Laro se défit à nouveau, les yeux effarés.

–       Enrique ? Ne put-il s’empêcher de s’exclamer.

–       Tu le connais ? ll était avec Kid.

Tout son potentiel d’ex taulard refoula au bon moment.

–       Hein ? Mais non je viens juste de me rappeler d’un gars que je dois voir.

D’un air si mariole que Louise se rappela instantanément d’en parler au shérif. Assis dans sa cellule, Enrique avait lui aussi reconnu la voix du gars qu’il fournissait, et avait veillé à ce qu’il le sache. Ce fichu shérif ne lui avait pas encore autorisé à appeler et lui avait confisqué son portable. Il savait que les autres finiraient par s’inquiéter de ne pas le voir revenir, mais moins de temps il resterait dans ce trou, mieux il se porterait. Qu’est-ce qui n’allait pas avec ce flic ? Pourquoi il faisait des histoires ? C’était son adjoint le responsable de tout ça, qu’est-ce que lui avait à faire avec ce qui s’était passé ? Enrique n’aimait pas la tournure qu’avait prit les choses. Il était confiant, ils le sortiraient de là sans mal, mais ce flic faisait des histoires dans un bled où il était en affaire, et ça ce n’était jamais bon. Il fallait s’entendre sur un prix, et il n’avait pas encore situé le sien. Louise entra lui demander ce qu’il voulait comme sandwich, il saisi sa chance.

–       Je ne comprends pas madame, pourquoi le shérif ne m’a pas autorisé à passer mon coup de fil, mes avocats vont être furieux.

–       Oh ça je ne sais pas, il faut voir ça avec lui, moi je suis juste la secrétaire, alors vous avez choisi ? Pastrami ou rosbif ?

–       Rosbif, je vous remercie, fit Enrique avec un sourire qu’il espérait élégant. Puis je vous poser une question en retour ? Ajouta-t-il alors qu’elle faisait demi-tour.

–       Oui ?

–       Si je vous donnais disons cinq cent dollars, vous pourriez me rendre mon portable ?

Louise le fixa un instant de ses petits yeux bleus pâle.

–       Non monsieur je ne ferais pas ça. Ni contre cinq cent ni contre mille.

Elle pensait aux dix milles dollars que le shérif avait trouvés dans le pick-up et qu’il avait finalement entassés dans le placard où il gardait ses fusils. Plus d’argent qu’elle n’en n’avait jamais vu de toute sa vie, et qui par atavisme autant que par instinct éveillait sa méfiance sinon ça crainte. Autant et aussi près de la frontière c’était louche, surtout à Baker.

–       Et pourquoi ? s’enquit Enrique un rien surpris.

–       Parce que le shérif a confiance en moi et que je suis une femme honnête.

–       Je ne vois pas le rapport, c’est un simple service !

–       Si le shérif a décidé que vous n’appelleriez pas ce n’est plus un service, c’est un délit. Pardonnez moi mais sans façon.

Elle s’en alla avant qu’il n’ait trouvé quoi répondre. Madre Dio mais ils avaient quoi tous ici ? Enrique était à la limite du scandale, un graffiti attira son regard, taillé dans le mur sous la lucarne. « Parker chinga de tu madre » ça disait, avec un dessin de pendu. Apparemment ce shérif cherchait les ennuis par vice.

 

Le juge Johnson vivait à l’écart entre Hamon et Baker, avec sa femme Elda, leur deux chiens Wolf et Mister Jones dans une grande maison en pin blanc au pied d’une colline rocailleuse, et au milieu de plusieurs dizaine d’hectares de vergers, péchés et pommiers, entretenus par une petite armée d’illégaux et de légaux sur lesquels le shérif évitait sagement de poser un regard. Le juge entretenant un rapport pour le moins conflictuel avec la technologie, qui avait valu une mort prématurée à deux ordinateurs et un fax, Parker avait préféré se rendre lui-même sur place. Il avait besoin d’un mandat pour fouiller la maison de Kid. Pour le crâne il avait faxé une demande d’enquête auprès des autorités d’El Paso, même s’il se doutait par avance du résultat. Comme à son habitude Elda lui fit un accueil délicieux en femme du sud bien élevée, lui offrant orangeade et petits gâteaux, et pas question de refuser, lui aussi était un garçon du sud bien élevé, d’ailleurs il n’était pas certain d’être seulement venu ici pour les papiers. Ce petit réconfort, cette façon désuète et charmante de l’accueillir, quelque chose dont-il avait sans doute besoin après les désordres de la journée. En sorte, manière de se laver l’esprit. Le juge déboula avec ses chiens sur la véranda alors qu’il attaquait un biscuit parfumé à la rose, son stetson poliment posé à côté de lui. Wolf était un gros berger belge au bec usé par le temps et couturé de cicatrice, pas un coyote pour s’aventurer avec lui. Un chien timide qui laissa la priorité à Mister Jones, Golden naturellement enthousiaste qui faisait la fête à tout le monde et qui pour une raison qui lui appartenait adorait le shérif.

–       C’est quoi ces histoires, Carson a tué le fils Monroe ?

–       Un accident, mais j’attends le rapport de Dalton.

–       Un accident ? Alors pourquoi un mandat ?

–       J’ai des doutes, je vais ouvrir une enquête mais j’attends une confirmation d’Alpine.

–       A quel sujet ?

Johnson était sans doute le plus petit homme qu’il n’ait jamais vu, un mètre cinquante huit au plus. Plus petit que lui certainement qui frisait le mètre quatre-vingt-dix et plus petit que sa femme. Le premier blanc qu’il rencontrait plus petit même qu’un indios moyen. Pourtant que ce soit au tribunal ou dans la vie, personne ne faisait le malin avec lui. Il y avait une telle énergie, une telle force dans son regard, que le seul espace qui vous restait prenait la direction de vos pieds ou de quelque part très vague, mais surtout pas yeux dans les yeux. Il lui raconta le type avec Kid, son air de mac, sa façon de mentir, si Dalton confirmait la déclaration de Carson, Kid était peut-être mêlé à des histoires louches. Il voulait en avoir le cœur net.

–       Mouais, moi je serais vous je laisserais tomber.

–       Et pourquoi ça ?

Ce n’était généralement pas le registre du juge, le désordre il n’aimait pas ça, surtout dans son comté.

–       Ce Monroe… vous saviez que sa mère était mexicaine ?

–       Oui et alors ?

–       Alors, vous savez comment ils les adorent de l’autre côté les binationaux.

–       Qui ça ils ?

Le juge fit une drôle de grimace.

–       Ca fait combien de temps que vous êtes le shérif de ce comté Parker ?

–       Sept ans pourquoi ?

–       A votre avis qui nous envoie les mules et les wetbacks ?

La réponse se fit bien entendu dans sa tête sans qu’il ait besoin de le répéter à haute voix.

–       Vous croyez que mon gars là est un des leurs ?

–       Ma main à couper.

Il regarda la main du juge et une pensée morbide.

–       Ils se sont connus en Iraq selon lui.

–       Soit, l’un n’empêche pas l’autre il me semble. Vous avez lu cet article dans le Post sur les délinquants engagés là-bas ? Des membres de gang à qui nous avons appris l’art de la guerre ? Ce pays est devenu fou.

–       Il l’a toujours été, ne put s’empêcher de déclarer Parker.

Le juge lui jeta un regard songeur.

–       Peut-être bien mon garçon, mais il fut un temps où cette folie croyait en quelque chose. Elle avait un but…. Aujourd’hui notre but c’est plus de pizza pour nos soldats, et un avatar à la Maison Blanche.

Parker ne répondit pas. Il ne savait plus quoi penser de son pays lui non plus mais est-ce qu’il l’avait jamais su ? Ces choses le dépassait, lui ce qu’il remarquait c’était ce qui se passait sous son nez, et pour autant limité cet horizon lui avait toujours fait l’effet d’un pays attardé entre l’adolescence et le crépuscule. Une lente agonie qui retournait de la première fois où un blanc avait mis une balle dans la tête d’un indien, le premier bison qu’on avait tué juste parce qu’on le pouvait, la première mine d’or découverte. Les gens étaient partis d’Europe avec un rêve et ils en avaient fait un cauchemar pollué de violence et de junk food. La discussion se porta sur la découverte à l’usine parce que les nouvelles couraient avec le vent par ici. Là-dessus ils étaient d’accord, c’était à El Paso de s’en occuper.

–       Monroe, il lui restait de la famille ?

–       Plus, depuis que son frère ainé a sauté sur une mine.

–       Oui je me souviens de cette malheureuse histoire, Monroe avait déclenché une bagarre au Stardust qui s’est presque terminée en émeute.

–       Et vous l’avez condamné à six mois.

–       Et à rembourser Harry pour les dégâts, ce qu’il n’a jamais fait. Cette famille n’a jamais eu de chance, j’ai voulu être clément.

–       Une bonne affaire pour notre maire.

–       Hughsum rachèterait sa mère si elle était à vendre et qu’il pouvait en tirer un bénéfice, rétorqua le juge.

Ils discutèrent des projets du maire de dénuder ses serveuses et d’installer un karaoké au Stardust, le bar le plus fréquenté de Baker et qui tenait déjà lieu de boite de nuit pour tous les bouseux du coin, jusqu’à deux heures parce qu’il avait fait pression sur le conseil. Puis la conversation dériva sur ce qui se passait à Hamon. Elda était retournée à l’intérieur en s’excusant, elle revint avec un pichet frais d’orangeade alors que le juge tempêtait à propos des politiciens texans, et de la clique de crétinoïdes qui gravitait autour du gouverneur Abbott. Elle échangea un regard avec le shérif et leva les yeux au ciel. Parker se retint de sourire.

SMP Thank you Mister Bin Ladin 3.

A ce stade de la journée tu te dis que t’as épuisé tout le stock de farces, insister ça ferait trop. T’avais neuf vies, t’es passé à trois, faut pas abuser de la rigolade. Pas de bombes jusqu’à Samarra, pas de pistoléros halal pour nous souhaiter la bienvenue en ville, comme du velours. Alors tu commences à reprendre confiance et t’as tort. T’arrives devant une grosse bicoque grise avec une enceinte en béton et barbelés, des mecs nous ouvrent la grille. Barbes, lunettes de soleil à la nuit tombée, teeshirt et jean, PM à l’épaule, tronche de robot… super nous voilà dans un des quartiers généraux de nos potes de la CIA.

–       Pute vierge ! s’exclame Gaston en voyant le matos dans la cour.

Antennes relais comme à la NASA, camion transmission sorti d’un film de science-fiction, des centaines de caisses de munitions, des flingues partout, le tout dans une cour qui doit pas dépasser les deux cent mètres carrés. Par la porte d’entrée on peut apercevoir un hall éclairé façon aquarium avec des dizaines d’ordinateurs allumés sur des enfilades de tables sur tréteaux. Il y a des gus qui vont et viennent à l’intérieur, des civils, des militaires, tous l’air vachement occupés comme s’ils allaient faire décoller une fusée pour Mars. Quand je pense au matos qu’on avait au 13 alors qu’on était censé être à la pointe du renseignement militaire… Faut voir que nous autres, jusqu’à la 1er Guerre du Golfe on n’avait même pas de satellite dans le ciel assez correct pour distinguer un camion à frite d’un char blindé. C’est Tonton qui nous a équipés quand il a vu les jolies images en couleurs des ricains. Mais on en a que trois engins dans le ciel nous, les ricains ils en ont trente, et tous les ans ils te sortent une nouvelle génération. Nous autres c’est Hélios et ses variantes, point barre. En gros on n’est pas aidé. Le chef de groupe qui s’appelle Chief Squadron et rien d’autre, nous dit d’attendre dans la cour et se barre avec les caïds à lunettes. Quelque part par un soupirail un type se met à hurler le nom d’Allah, sur tous les tons de la gégène, l’ambiance… Ça me rend nerveux toute cette merde, je m’en allume une pendant que les autres cousins parle entre eux. Ils déblatèrent sur leur performance autoroutière, comme des gosses qui se raconteraient leur dernière sortie à Disneyland.  A les écouter on dirait que c’est la première fois qu’ils jouent à rock in the cashba, ils en reviennent pas de leur puissance de feu, je vais finir par comprendre pourquoi plus tard, quand on repart finalement, et toujours à quatre véhicules comme un putain de convoi de la mort.

En fait ils savent pas vraiment si Dark Vador est là-bas, ou non. Les mecs de la CIA d’ici ont eu un tuyau, avant de risquer l’hallali, ils veulent être sûrs. Alors en théorie on est censé se pointer en sioux, se faufiler, fureter, et en gros se planquer en attendant que le faisan sorte du bois. On doit rien faire si jamais on le voit ou on le sent, juste appeler la cavalerie. Sauf que je sais bien que s’il a le moindre soupçon Chief Squadron voudra se le payer tout seul. Ouais, je dis bien en théorie… parce que le mode sioux ces mecs là ils en ont une version télé. Ou plus exactement chasse, pêche et tradition vu qu’on dirait qu’ils sont à la chasse au caribou dans les rues de Samarra,. Ils font quoi ? Ils roulent au pas en matant salement tout le monde. Et puis quand on arrive dans la zone, ils sautent de voiture, claquent les portières, branchent leur pétard, font claquer les culasses et les chargeurs, enfilent leurs lunettes de vision nocturne et hop passe en mode silencieux en se faisant des gestes comme dans films. Autant dire qu’à ce stade, dans un pays en guerre, les insomniaques sont au courant que ça va friter, et les autres en train de se réveiller. Pour le déplacement en plus, ils sont trop fortiches. Ils passent d’un bond d’une porte à l’autre pour rester à l’abri dans une rue déserte, étroite et où de toute manière on les repère au bruit que fait leur brélage. Moscou me regarde sans dire un mot mais j’ai pas besoin de traduction, on est tous les trois dans la merde et il y a plus qu’à espérer que le tuyau soit crevé et que surtout on ne tombe pas sur un barbu…

Ces mecs ont tout le matériel mais pas la moindre idée de ce qu’ils font. Qui a engagé ces guignols ? D’après Gaston, qui me racontera ça plus tard, ça toujours été comme ça dans ce boulot. Avant, au temps des Bob Denard, quand on recrutait, il arrivait régulièrement de se retrouver en compagnie de branquignoles ayant vu trop de films ou lu trop de récit guerrier, pas la moindre expérience, et devenant rapidement des voyous armés au milieu d’une guerre civile. D’ailleurs Denard lui-même n’avait d’expérience que celle de la libération et pas le moindre grade. On aurait pu espérer qu’avec l’avènement des SMP ça se professionnalise un peu, ce qui a bien été le cas. Mais le principe d’une entreprise privée étant de faire des bénéfices, la moyenne employée sur le terrain n’a de l’expérience des armes que celle apprise dans la police. Pour la bonne et simple raison qu’un ancien Delta Force avec toutes ses compétences ça coûte cher et que dans le contexte on préfère l’employer soit à la formation, soit à la seule protection des grosses légumes. En fait, on l’apprendra plus tard par Fazir, sur les douze mecs, huit sont d’anciens flics de Chicago, inspecteurs à la criminelle, shérif, ou chief détective à l’inspection générale, et que les autres sont d’anciens formateurs de la NRA, tous issus d’un club de tir ou d’un autre, et pas la plus petite formation militaire autre que celle qu’on leur a dispensée avant de partir, trois semaines au centre d’entraînement de Blackwater. Et visiblement ils n’en n’ont retenu que le côté Rambo.

L’ennui avec le matériel militaire, en dehors des armes, c’est qu’il demande toujours une certaine habitude pour en faire usage correctement. Des lunettes de vision de nuit sont tout à fait utiles mais quand on ne s’est jamais durablement déplacé avec, elles paraissent un peu encombrantes au visage. Sans compter qu’elles n’offrent jamais la même vue globale qu’on pourrait avoir en plein jour, on voit en vert. Leur fonctionnement repose sur une optimisation des sources lumineuses disponibles la nuit. Plus la source est elle-même optimum, moins en réalité on voit. Ce ne sont pas des lunettes faites pour un éclairage de ville par exemple, même si cette ville est comme celle-ci au trois quart plongée dans le noir. Un seul lampadaire peut complètement aveugler une zone. Bien entendu, ces machins intelligents se règlent sur l’intensité, jusqu’à un certain point, et ce n’est pas immédiat. Pas plus qu’une pupille peut immédiatement faire le point quand soudain une porte s’ouvre, éclairant violemment les Rambo qui passent. Et c’est comme ça qu’on passe d’une opération commando foireuse, à une catastrophe.

Consigne de sécurité élémentaire numéro un dans un déplacement, à moins d’avoir une cible identifiée en vue, le doigt jamais sur la détente. Deuxième consigne, si l’arme possède un sélecteur de tir, le garder en position coup par coup, au pire rafale de trois. Pas sur tir continu. Sans quoi vous avez 25 balles de calibre 5,56 qui vont s’éparpiller selon leur nature particulière dans le petit corps d’une fillette, et diversement dans le hall derrière elle, traversant les murs comme du beurre et pour certaines, la tête du grand-père qui dort là. Troisième consigne de sécurité élémentaire, quand vous portez des lunettes de vision nocturne, ne jamais regarder directement une source lumineuse du type ampoule de 100 watts. Sans quoi vous vous retrouvez aveugle pendant quelques secondes, et au lieu de réagir correctement, vous allez percuter votre voisin que vous n’avez pas vu et qui se trouve à peu près aussi buse que vous sur la question militaire. Il a aussi le doigt sur la détente, son arme sur rafale de trois, et pim pam poum, l’aveugle se retrouve estropié à cause de son pote qu’il a bousculé.

–       CIESE FIRE ! CIESE FIRE ! hurle le Chief Squadron.

Consigne ultime et élémentaire également, et celle-là elle est pour nous, avant de partir à l’aventure dans une ville hostile par nature, s’assurer que ses compagnons de voyage ne sont pas des foireux de première main.

Parce que quand les parents de la petite se pointent, ainsi qu’une bonne moitié du voisinage, tu te retrouves dans la situation inédite pour toi de devoir cavaler devant une meute de civils en furie, avec un blessé, tandis que tes petits potes canardent au hasard. Ils espéraient sans doute que les 4×4 allaient nous sauver les Rambo, mais ils ont oublié qu’ils sont dans un pays non seulement en guerre, mais qui est en train d’attirer comme des mouches tous les dingos de la planète ayant un compte à régler avec l’Amérique et l’Occident en général. Donc quand on arrive les cocktails Molotov pleuvent d’un peu partout, se mette à cramer sur les Mitsubichi, et comme nos indomptables connards à gâchette ont peur du feu, ils essayent de se replier vers une maison en défonçant la porte tout en rafalant en continu les toits d’où partent les bouteilles. Les occupants de la maison se pointent, les femmes hurlent, les hommes hurlent, et bien entendu tu as là l’adolescent de service, en révolte contre le monde entier et les ricains tout spécialement, qui sort la kalach familiale et dégomme un des Rambo. Les autres évidement répliquent, à trois, dans un couloir d’un peu plus d’un mètre vingt de largeur sur trois mètres de profondeur, comptant, en plus de l’ado, deux femmes, un homme d’une soixantaine d’années, et cinq Rambo plus Gaston et moi…

Heureusement quand le monde devient un peu plus fou que d’habitude, on peut compter sur d’autres fous, totalement inadaptés à la vie courante mais qui se sentent normalement à leur aise dans le chaos. Moscou fracasse une des vitres d’un 4×4 en flamme, ouvre la portière de l’intérieur, passe derrière le volant et nous hurle de nous pointer. Bon, ces bidules sont assez gros pour contenir huit bonhommes format US, à quinze, dont désormais un tué et deux blessés depuis la dernière fusillade, c’est étroit. Le 4×4 est en feu, la température à l’intérieur est montée comme dans un four, mais tant que les flammes n’ont pas encore rongé les pneus, Moscou peut faire marche arrière, un tête à queue et nous sortir de là pendant qu’on nous arrose joyeusement.

Bon, il faudra quand même compter avec l’intervention de la cavalerie US qui n’est heureusement jamais loin dans ce pays, et on rajoutera une dizaine de cadavres à cette fantastique soirée pleine de rebondissements riches en émotions. Le lendemain, et toute la semaine, pas un mot dans les médias locaux ou internationaux sur la petite sauterie. Les anciens flics ont tous été évacués de Samarra et à ma connaissance, à part le Chief Squadron, évacué d’Irak également. Surtout quand un responsable d’Halliburton exige que nos lui expliquions ce qui s’est passé. Si on peut rendre service… pour le capitaine qui a eu cette fabuleuse initiative, il en chie tellement sous lui de ce qui se passerait si sa hiérarchie apprenait la bavure (au décompte final il y aura trente et un morts), que désormais c’est notre pute. Quant aux supers espions de la CIA, pas de nouvelle, même pas un petit mot doux, cette affaire n’a jamais eu lieu, ils ne savent même plus qui est Zarqaoui. Et pour cause… puisque pendant qu’on s’arsouillait à Samarra, ils l’ont volatilisé juste à côté de Bagdad… Comment se fait-il que des opérationnels de la CIA n’étaient pas au courant ? Si ça se trouve ils l’étaient mais voulaient quand même tenter le coup avec leur info bidon.

Oncle Sam a compris la leçon depuis le Vietnam, c’est la seule qu’il a retenue, ils tiennent les journalistes en laisse, mais dans ce genre de guerre chacun essaye de se servir de l’autre pour parvenir à ses fins. Alors le massacre finit par venir aux oreilles de la presse, Al Jaazira se met sur le coup, et le Département d’Etat se met en quatre pour trouver des coupables pas trop emmerdants. Mais à ce stade de l’affaire, on n’en a plus rien à secouer parce que Bob a retrouvé l’ami Stone…

Enfin retrouver c’est un grand mot. Le petit père s’est effectivement tiré chez la concurrence, et ils l’ont envoyé chasser des têtes au Kurdistan, à la frontière iranienne.

–       Cet enculé nous a vendu à Apple ! bouillonne Bob alors que je rentre dans la pièce avec une pleine caisse de Jack Daniel’s, cadeau du capitaine foireux

–       De quoi ? je demande.

Il m’explique. Pour retrouver notre pote, Bob est allé poser des questions au fameux Desmond qui se trouve être installé à l’hôtel où ont posé leur cul tous les journalistes accrédités d’Europe et d’Amérique. Et Bob a justement une copine reporter. Ces deux là s’aiment pour de vrai, aussi invraisemblable que ca soit de tomber amoureux au milieu d’un carnage. Alors quand Bob lui a causé de ce qui s’était passé, Ann a fait son enquête de son côté… et Desmond a reçu une visite. Le type travaille donc pour la boite de Job et l’idée c’était bien entendu d’avoir le fameux jeu avant les autres. Merde, on a risqué notre vie pour un putain de jeu vidéo. Et un jeu de quoi en plus ? Un jeu de guerre…

–       On peut pas laisser passer ca, annonce Moscou lugubre.

–       Et tu veux faire quoi ? demande Gaston, il est chez les indiens.

Je suis d’accord, on ne peut pas laisser ce connard s’en tirer comme ca. Dans ce boulot, trahir son employeur est une chose qui peut se produire. Un mercenaire travaille pour l’argent pas pour la patrie, une idéologie ou une cause. Enfin, sauf exception Gastonienne… C’est la loi de l’offre et de la demande, après chacun vois les choses comme il veut. Mais trahir ses camarades, risquer de les faire tuer, ca, c’est une règle, ca ne se fait pas. Jamais. Je mate la caisse de Jack.

–       Attends, j’ai une idée…

Quand les gens pensent Irak, ils pensent systématiquement à Saddam, Al Qaïd, au pétrole et à la famille Bush. Sans tout ca, si Prescott Bush ne s’était pas lancé dans les affaires, cette guerre n’aurait jamais eu lieu, et un certain nombre d’autres non plus. Mais ils oublient tous deux éléments de taille, le Kurdistan et les deux frontières avec l’Iran et la Syrie. Le PKK et les kurdes en général ne sont pas les amis des turcs, qui sont les amis des américains. Mais en fait ils ne sont pas les amis de grand monde, en Iran, en Syrie, c’est le même mode qu’ailleurs, et ici même, après la 1er Guerre du Golfe, Saddam en a fait massacré parce que comme partout, leur indépendance n’arrange personne. Surtout si on redécoupe les frontières à leur avantage. Des millions de tonnes de pétrole iranien tomberaient naturellement entre leurs mains. Le carnage qu’a commis Saddam a été un genre de coup de pouce pour eux finalement, le Kurdistan est passé au statut de région autonome, reconnu par la communauté internationale comme on dit, à savoir les yanks et l’europe trop contant de faire chier l’As de Pique. Du coup ils sont d’accord pour aider les ricains ici, sans trop croire à leurs promesses, tout le monde sait ce que vaut la parole des grandes puissances. Les brits ont fait le même coup aux karènes, et au Vietnam, les Hmongs ont été les pigeons de tout le monde. Mais le problème c’est que la guerre est un bon prétexte pour les voisins d’envahir le territoire. Les syriens, les iraniens, les turcs et tous les djihadistes en veine de carnage. C’est la fête par ici, le chaos par intermittence. Raid de nuit, opération commando, massacre au petit matin… la région est branchée Force Spéciale et SAS. Ca passe les frontières en douce, se met au courant du programme nucléaire des uns, fourni des armes aux kurdes de Syrie, et à tous les mécontents du régime globalement. Ca fait tellement longtemps qu’ils veulent se faire El Assad… Et puis ca chasse aussi, le terro, et pour ca ils se font donc aider des kurdes. C’est des bons pisteurs ces mecs, des pointures et durs comme des cailloux, patient aussi comme des cailloux.

Dommage…

Ca fait deux jours qu’ils ont passé la frontière avec l’Iran, ils marchent en file indienne, espace réglementaire, ils ne suivent pas une piste, ils se rendent quelque part. On dit que Téhéran a installé des camps d’entrainement près de la frontière, pourquoi pas ? A 300 mètres ce sont des silhouettes humaines se découpant sur une ligne d’horizon trouble, on ne distingue aucun visage, tous enturbannés, des uniformes identiques, des armes couleur sable… A 500 mètres ce sont des pipes sur un stand de tir trop vaste, à peine des ombres naines se déplaçant sur un plan incertain. A 800 mètres c’est comme de dégommer des fourmis avec un arc. A 1200 mètres c’est abusé.

Dans la lunette de visée c’est des flocons dispersé dans le soleil. Gaston respire lentement avec le ventre, jusqu’à obtenir le calme complet. Je viens de lui indiquer la force du vent, la distance, l’air n’est ni trop lourd ni trop chaud, a vrai dire c’est le temps idéal pour ce genre de chasse.

Les flocons se dispersent. Le fusil claque, se ramasse contre son épaule, troisième cartouche engagée. Ils savent qu’ils ont déjà passé la frontière, en plein territoire indien, ils savent qu’ils sont dans la merde. Et il n’y aucune espèce de chance qu’ils ne nous voient jamais, même s’ils sont relié par satellite pouet.  Deux anciens du 13 ? Même pas dans tes rêves.

Le cinquième étui me retombe brûlant sur l’épaule, Gaston engage un nouveau chargeur.

Après on est allé à pied jusqu’aux cadavres, et on s’est filmé en faisant les barbus. J’ai décapité Stone pour le style, on a envoyé ca à l’agence… de la part du Vengeur masqué du Prophète Al Qaïda BP Kaboul en direct du Hezbollah cousin. J’imagine qu’ils ont gobé, on baragouine l’arabe Gaston et moi.