Ready Player One, geek powa !

Nous sommes en 2045 et le monde est une poubelle où tous essayent de survivre dans une société déliquescente où plus rien ne compte sinon OASIS, l’univers virtuel où tous est possible, ses rêves les plus fous dans des espaces plus incroyables les uns que les autres créer par le génial James Halliday et son associé Ogden Morrow de la société Gregorian Games. Avant de mourir James Halliday décide qu’il léguera 500 milliards de dollars ainsi que son entreprise à celui qui trouvera l’easter egg caché dans son jeu. Pour se faire il faut trouver trois clefs et relever trois énigmes toutes liés à la vie et aux passions d’Halliday.  Et le monde entier est lancé dans la compétition à commencer par Wade Watts, Parzival dans OASIS, ainsi que l’entreprise IOI bien décidé à mettre la main sur l’héritage pour farcir OASIS de pub et démultiplier leurs gains.

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Finalement le film de Spielberg reprend là où le film le Congrès s’arrêtait. Constat terrifiant sur l’avenir de l’humanité autant que du cinéma que fait lui-même Spielberg même si sa vision est bien moins noire que celle développée par le Congrès. C’est sans doute que Spielberg est lui-même geek jusqu’au sang et que la perspective de vivre dans un monde d’illusion l’enchante plus qu’il ne l’effraie, surtout s’il est peuplé comme OASIS de références cinématographique de Kubrick à Bookaroo Banzaï, en passant par Retour vers le futur, King Kong ou les kaïju, les films de monstre japonais. Spielberg ne connait pas seulement son public, il a le réflexe geek type de nourrir son œuvre de tout ce qui l’a nourri lui-même, n’hésitant d’autant plus à faire des cross over entre Shining et le jeu vidéo avec une virtuosité rare que Reader Player One est un peu son OASIS à lui, avec les limites qu’imposent encore le cinéma et que bientôt dévorera la réalité virtuelle. Car c’est aussi de cela que nous parle Spielberg, de cinéma, de son avenir, et à travers lui l’art tout entier ou ce qu’il en reste. Le monde va à sa perte et nous n’y pouvons plus rien, il nous restera la virtualité pour nous évader comme le cinéma nous a permis et nous permet de nous évader depuis plus d’un siècle. Cependant comme dans le Congrès la menace est et demeure la seule présence des marchands qui dévorent déjà le monde et veulent acheter tout acheter, le talent pour commencer et en faire une énième marchandise. Comme dans cette scène où aidé de son équipe et d’une oreillette le PDG de IOI essaye de convaincre Parzival de les rejoindre. On croirait entendre un mogul d’Hollywood proposer à jeune talent de venir se brûler les ailes sous sa tutelle. Combien de fois Spielberg a lui-même dû vivre cette scène ? Et ici puisque l’art et le divertissement finiront par se mélanger dans ces mondes virtuelles qui nous attendent c’est bien un avertissement qu’il nous lance, l’art est notre dernier espace de liberté, ne les laissons pas nous l’acheter.

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Film à tiroir, comme un jeu vidéo remplit d’avatar et de bonus divers Ready Player One est également un film nostalgique tant d’un certain cinéma que d’une certaine époque où le jeu vidéo ne s’appelait encore qu’Atari, le temps des bidouilleurs de garage, des années 80, l’époque où Spielberg et Lucas surgissaient par la grande porte à Hollywood, où Steve Jobs et les créateurs de Google n’étaient encore que de jeunes prodiges ambitieux à la tête pleine d’idées créatives. A travers son personnage de démurge, James Hallyday c’est une interrogation que lance à tous ses contemporains, tout ceux qui comme Spielberg ont explosé dans les années 80, et l’industrie du jeu vidéo pour commencer, que sommes-nous devenus ?   Des démiurges d’industrie devenue folle et hors de contrôle, des Big Brother et ces hyper producteurs hollywoodiens que nous détestions déjà en ce temps-là, des mégas machines remâchant nos sucreries de gamin comme la série Star War lancé par Disney, bande dessinée sans consistance et surtout sans danger, comme Ready Player One lui-même (car ce film est également une autocritique finalement) et tout ce que la planète geek produit désormais à Hollywood puisque les geeks ont pris le pouvoir sur le monde. Le danger de se répéter à l’infinie des besoins d’un marché aveugle et sourd à l’art. Marvel par exemple. Mais bien d’autre encore. Sans le citer, mais on y pense, avec George Lucas et toujours la série Star War, le créateur en fini par détester l’œuvre qu’il a mis à jour, comme dans le film et la réalité Stephen King déteste l’adaptation de Shining par Kubrick. Doit-on en arriver là ? Ou bien faut-il compter sur l’héritage pour ne pas tomber dans les mêmes pièges, puisque ce film tant par sa cible, sa forme que son fond est également un film de transmission aux jeunes générations.

 

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Mais bien entendu Spielberg ne pouvait pas faire l’impasse sur cette dualité qu’induit le réel par rapport au monde virtuel. On ne souffre pas dans les rêves électroniques, on ne meure pas non plus de faim ni de soif, on ne meurt pas du tout, on perd ses pièces et ses bonus. Dans le monde réel IOI asservit les masses, dans le monde réel les marchands font la loi et leur loi est froide et comptable. C’est évidemment l’amour qui va révéler le héros à ce réel-là, lui démontrer qu’au fond il se perd dans un monde d’illusion et s’oublie comme James Halliday s’est oublié dans son monde au point de rater l’amour de sa vie, son Rosebud à lui d’un Citizen Kane d’un genre nouveau, guère moins tout puissant mais animé d’idéaux bien différents. Un réel qu’à vrai dire tous semble vouloir oublier et quand on l’observe telle qu’il nous est décrit on le comprend aisément. Il n’y a guère d’espoir au dehors d’OASIS. Sauf si on rencontre l’amour et surtout sauf si on accepte de s’y confronter au lieu de le fuir comme tous les geeks, les rêveurs. On ne peut faire l’impasse que nous sommes fait de chair et de sang et que cette planète est bien tangible sous nos pieds. Car après tout, comme le rappel en préambule le héros, on peut tout faire dans OASIS sauf remplir ses besoins vitaux.

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Film du méta langage propre aux films de geek, qu’on aura loisir d’analyser et de suranalyser comme le fait le personnage principal avec la vie et l’œuvre de son héros, Spielberg compose son film par la caméra plus encore que les dialogues, par une ambition et une animation qui confond à plus d’un titre prise réelle et image de synthèse, au point qu’on ne distingue plus au final qui est qui et qui trompe quoi. C’est une narration imbriqué à coup de référence de dialogue ou d’image, de moment d’exposition où l’interrogation est de mise tandis qu’on nous déroule l’avenir du réel dans notre société du virtuel. Un film complexe qui s’offre le luxe d’une narration fluide, tout à la fois nostalgique et joyeuse, comme un homme d’âge mur resté éternellement gamin. Une narration fluide qui ne cache pas son envie de happy end comme dans les films que produisait Amblin dans les années 80, s’adressant en priorité à un public jeune, confiant sur son intelligence plutôt que ses instincts primaires et l’on pense ici par exemple aux Goonies dans cette équipée de gamin prêt à tout pour gagner le fameux œuf. Mais on ne saurait noter toutes les références du film, tant il foisonne (je vous renvoie ici à sa page Wikipédia où des geeks se sont déjà lancé dans l’aventure). On retiendra surtout une oeuvre éminemment plus complexe qu’il n’y parait sous ses airs de film pour ado. Car c’est bien la maestria de Spielberg d’avoir réussi un film pour ado tout en abordant autant de sujet comme le cinéma, l’art, la réalité virtuelle, la réalité tout court, comme quand le PDG d’IOI se fait pirater son système par Parzival et vice versa quand l’hologramme de Parzival apparait dans le réel. Mais également les geeks et ce qu’ils sont devenus ainsi que leur création sitôt celle-ci devenu omnipotente. Un regard à la fois visionnaire teinté de pessimisme comme l’était IA en son temps, nostalgique et pourtant toujours amoureux de son médium quand bien même celui-ci sent déjà la naphtaline comparativement au progrès de la virtualité et de la réalité augmentée. C’est sans doute d’ailleurs en ça que Spielberg est un réalisateur exceptionnel, non seulement parfaitement capable de commettre des blockbusters intelligents, ce qui est très loin d’une gageure à Hollywood, que de durer dans le temps, largement au-delà de ses premiers succès tout en approfondissant chaque fois son style, sa forme, sa capacité de narration en utilisant la caméra comme d’un stylo, là où les meilleurs réalisateurs, comme Coppola ou Scorcese s’essoufflent avec les années. Un génie, rien de moins pour un film qui régalera les geeks du monde entier, et les autres pour peu qu’ils acceptent de se pencher sur cette sous culture devenu culture majeure.

 

 

 

 

 

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Rogue One, le désenchantement de l’Amérique

En 1977, la Guerre des Étoiles, apparaissait sous les yeux émerveillés d’une Amérique désenchantée par le conflit du Viêtnam, l’affaire du Watergate et globalement le délitement des espoirs qu’avaient suscité les années 60. Véritable phénomène de société au canevas simpliste d’un conte pour adulte avec chevalier servant, princesse et quête initiatique, la Guerre des Étoiles sera également un maître-étalon pour le modèle industriel d’Hollywood. Désormais le merchandizing sera parti prenante de toutes les grosses productions, au point même d’en devenir le moteur. Au point où il devient aujourd’hui difficile de distinguer ce cinéma-là des contingences de l’industrie du jouet. GI Joe, Tortue Ninja, Small Soldier, autant de titre démontrant de l’interaction permanente entre plusieurs industries. Et dont les franchises initiées par Marvel et DC Comics n’aident en rien à dégager ici le cinéma comme objet d’art et non plus simplement publicitaire. Et à ce jeu, George Lucas devint lui-même prestataire volontaire de cette machinerie, n’hésitant pas à réactualiser digitalement son propre travail. Non plus seul objet filmique, support artistique d’une démarche créative, mais support industriel d’une démarche commerciale. Autiste, étranger à sa propre œuvre, qu’il ne comprit jamais réellement, ni dans sa forme ni comme phénomène, il se pliera à l’exercice de la franchise après avoir passé la main à des réalisateurs plus sensible que lui au matériau filmique. Pour offrir une version boursouflée d’argent, de couleurs, d’effets digitaux incongrus de sa vision de cet univers qui en réalité ne lui appartenait plus depuis longtemps, et qu’au contraire, les fans de la première heure avaient fait leur. La seule scène finale d’introduction d’Anakin Skywalker en tant que lord Vader, essentiellement empruntée au Frankenstein de Boris Karloff, démontre à la fois d’une pauvreté dans la mise en scène et d’un manque d’interêt évident pour l’histoire qu’il a lui-même développé, et qu’à nouveau, les fans ont enrichi de mille façons. À vrai dire à ce jeu, Lucas aurait été plus inspiré de passer la main aux dis fans au lieu de se prendre pour le réalisateur qu’il a en réalité très vite cessé d’être. En lieu et place des chromos que sont les épisodes un deux et trois, nous aurions eu des films de la qualité d’un Rogue One.

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Rogue One, fan film

On ne compte plus aujourd’hui les mille et une déclinaisons autour du phénomène Guerre des Etoiles. Entre la bande dessinée, les films d’animation, les parodies et la quantité de films amateurs, mais de qualité professionnelle réalisés autour du seul univers, Star Wars est devenue la chose de son public. Spielberg avait raison quand il déclarait à forme de boutade à son vieil ami qu’il aurait pu créer une religion s’il l’avait voulu. Au lieu de quoi, insensible à la communication comme le décrivait Carrie Fisher, il préféra se lancer dans une guéguerre avec ces mêmes fans et dont le documentaire People vs George Lucas traduit assez bien l’absurdité. Car si Lucas décrit lui-même Star War comme étant sa malédiction à tout point de vue, faisant notamment de lui celui qu’il détestait quand il était jeune, pour ces fans il s’agit bien plus que de simples films. Il s’agit d’un univers dans toute son acceptation physique voir astrophysique. Plus encore qu’un simple objet de culte. Combien d’entres-nous avons exécuté ce petit geste de la main que fait Yoda pour soulever l’appareil de Luke sur Dagoba devant une porte automatique ? A avoir porté le masque du Wookie ou tenté la coiffure de Leïla? Et tel fan de mettre au point un authentique sabre laser comme ici : http://www.phonandroid.com/il-cree-un-vrai-sabre-laser-capable-de-bruler-nimporte-quoi.html ou surnommer les planètes à deux soleils comme Kepler-16b, des planètes Tatooines. Une sorte d’univers parallèle en quelque sorte, cohabitant avec la réalité, ouvrant la porte à toutes les imaginations. Un phénomène sociétal qu’a au contraire parfaitement intégré Disney, aujourd’hui propriétaire de la franchise.

 Car si le Réveil de la Force est bien un Star War dans son acceptation historique, comme l’on pourrait le dire de Spectre ou Quantum of Solace pour la série des Bond. Rogue One est avant tout un film de Guerre des Etoiles, un film explorant l’univers en soit. Comme à nouveau Skyfall ou Casino Royale le sont à James Bond. Et si le Réveil de la Force respecte en tout point le canevas d’origine au point de faire appel aux interprètes de la première heure jusqu’à l’absurde, comme l’apparition de Marl Hamill à la fin (une présence minimaliste que reprochera du reste l’acteur) Rogue One s’en échappe et à plus d’un titre.

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La guerre, c’est sale.

C’est sans doute Christopher Nolan avec Batman Begins qui eu l’idée le premier d’interroger le parcours de son héros avant qu’il ne devienne le personnage que nous connaissons. Une idée qui sera reprise par la famille Broccoli pour Casino Royale dans une sorte de reboot de ce vieux héros qu’est Bond, où le personnage devient la créature fabriquée des femmes qui l’entourent. Mais ne nous y trompons pas, si l’inspiration de Nolan vient notamment de bande dessinée comme celles d’Alan Moore, ce principe d’exploration retient pour l’essentiel du phénomène geek dans son ensemble. Les geeks authentiques sont des collectionneurs qui aiment vivre dans leur monde borné de créatures et de chimères dont ils réinventent les aventures, et qui explique notamment cet effet de cristallisation autour de la Guerre des Étoiles. C’est donc à cette réalité à la fois sociétale et commerciale que Disney entend répondre. Cependant, l’intérêt de cette démarche, comme celle de geek tel qu’Alan Moore lui-même, offre le notable avantage dans le cadre limité d’un univers déjà connu, d’explorer des réalités parallèles et d’interroger à travers un principe narratif déjà cadré, à la fois le dit univers et notre propre monde. Comme avec Watchmen par exemple ou dans un autre registre, la série Kamelott. Et à ce sujet Rogue One ne fait pas exception.

Intervenant avant l’épisode quatre, initiateur de la série, Rogue One nous propose de suivre les aventures de Jyn Erso (Felicity Jones) fille de Galen Erso, concepteur de la désormais fameuse Etoile Noire. Une jeune femme abandonnée après la mort de sa mère et la disparition de son père, enlevé par les forces impériales, et sauvée par le mercenaire Saw Gerrero, ici joué par le toujours très habité Forrest Whitaker. En quelque sorte, un décalque de l’idée de départ d’un Luke Skywalker fuyant devant l’Empire, moins la Force, moins la magie. Et à l’instar d’une princesse Leïla, elle finira dans les geôles impériales. Cependant, et c’est ici que le film prend toute sa « méta » dimension, si Leïla faisait face à un Vader impérial et un objet de torture sous forme d’un joli robot volant, c’est à Abu Ghraib qu’atterrit notre héroïne. Confinée dans une cellule minuscule en compagnie d’une créature endormie, avec en fond sonore, les hurlements des prisonniers torturés. En effet, comment ne pas faire le parallèle avec l’invasion en Iraq et la révolte des insurgés quand se présente les forces de l’empire dans la ville qui marquera le départ des aventures de la jeune héroïne. Même engin militaire relooké pour la circonstance, même méthode des stormtroopers, ici largement meilleur tireurs que dans tous les épisodes de la série, et même embuscade par des forces de résistances enturbannés et se battant avec les moyens de la guérilla. Mais au-delà même du parallèle où les camps du bien et du mal ne semblent plus si distincts, c’est vers un certain regard sur la guerre elle-même et ses conséquences que semble tendre le film lui-même.

Où la Force n‘apparaît plus que comme une croyance à laquelle se raccroche certain et où les rebelles ne sont plus des êtres uniformes et vierges de mauvaises intentions. Pour la première fois dans la série, on parlera de service de renseignements, d’assassinat ciblé, de torture, et même de syndrome post-traumatique, notamment dans l’espèce de semi-folie qui semble habiter le personnage de Whitaker. Saw Gerrero est paranoïaque et n’hésite pas à livrer son prisonnier aux mains d’un tortionnaire particulier afin de savoir s’il lui tend un piège ou non. Un Saw Gerrero qui plus est physiquement diminué par la guerre, accompagné d’un acolyte dont le masque n’est pas sans rappeler celui du personnage d’Immortan Joe dans Mad Max Fury Road. Une sorte de désenchantement permanent qui risque de déstabiliser les amoureux de la fraicheur et de l’innocence des autres épisodes de la série. Car si les prouesses martiales d’un Donnie Yen rappellent immédiatement celles des Jedi, son personnage est non seulement aveugle mais simplement croyant en une Force disparue, et priant à l’instant du sacrifice comme le chrétien livré aux lions. Si tous les personnages côté rebelle se comportent en héros, c’est à nouveau par le sacrifice que ce solde cet héroïsme. Et si l’Empire garde toute sa dimension de fascisme technologique (notamment beaucoup trop appuyé dans le film d’Abraham) la menace semble cette fois autrement plus réelle et lourde de conséquence. Pour preuve, ce final où Darth Vader est d’abord signifié par l’éclairage de son sabre-laser, et où la terreur des soldats devant l’affronter semble réel. A côté de ça le personnage de Carrie Fisher, recrée digitalement, fait effet d’innocence perdue à jamais d’une Amérique vécu désormais par bien des peuples comme l’est l’Empire avec les rebelles. Il y a bien un nouvel espoir, mais celui-ci est de l’ordre de la fiction alors que parallèlement la guerre et la destruction semblent être de celui du réel. Un épisode qui bien qu’obéissant aux codes des autres films avec quelques clins d’œil très léger à l’appui, et avec une débauche de technologie comme seul peut en produire un complexe militaro-industriel comme celui de l’Empire, reste toujours à hauteur d’homme. Car c’est là où se distinguent les antagonistes, l’Empire est froid et mécanique là où la rébellion est terriblement humaine tant dans ses réactions que dans ses individualités.

Servi par un collège d’acteur connus, trimballant avec eux leur dimension dramatique, comme Whitaker ou Mads Mikkelsen, Gareth Edwards a veillé à ne pas répéter les mêmes erreurs que Lucas sur les épisodes un, deux et trois. D’une part faire de ses comédiens au mieux des figurants prestigieux au milieu des fonds verts. D’autre part à explosé la colorimétrie au point où les sabre-laser ressemblaient à des sucres d’orge (chacun son parfum, vert anis, rouge fraise, bleu coca) et les tenues de Nathalie Portman à un défilé de mode à l’usage exclusif de Björk. Au contraire, cette fois dirigés et habités par leur rôle (notamment Donnie Yen largement meilleur que dans la plus part de ses films) les comédiens évoluent au milieu d’un univers délibérément assombri, à la chromatique choisi et limitée, où la violence intervient, certes aseptisé pour les besoins de la franchise, mais largement plus traumatique que dans les épisodes tournés par son créateur. Bref, un retour à des fondamentaux initiés dans l’Empire contre-attaque et le Retour du Jedi. Autant de qualité qui ne pourront que plaire tant aux fans authentiques de la série qu’aux cinéphiles. Alors ne vous fiez pas à la bande-annonce qui donne effet qu’on va assister à une aventure de super boy-scouts du camp du Bien et, si ce n’est pas déjà fait courez-y.

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Ciel gris-bleu, la clarté d’hiver caresse les murs de brique noire des entrepôts qui dominent le port. Leurs reflets massifs se dessinent sur la surface de l’eau, tout est calme, silencieux, quelques oiseaux dans le ciel magnifient le paysage. Je passe la porte du toit, j’avance jusqu’à l’échelle de secours, silencieux. Je suis un assassin, je suis un pro, je n’ai qu’un objectif, et tout ce qui se mettra en travers de mon chemin disparaitra. Je monte, il doit faire froid mais je l’ignore, je suis concentré, je suis centré, je sais ce qui m’attend, je connais ça, cette sensation, l’adrénaline qui court comme un shoot.

 

Putain ! T’es encore en train de jouer à ce jeu vidéo ! Tu passes combien de temps là-dessus putain !? Eh ! Y’a une vie dehors tu sais !?

 

Une sentinelle, fusil d’assaut M4, lunette de tir, deux chargeurs en quinconce scotchés avec du gaffer, il regarde devant lui en piétinant sur place. Un peu de buée s’échappe de sa bouche. Je choisi la strangulation, pas de sang, pas de trace. Le lacet d’acier se referme sur sa gorge en même temps que je l’attire derrière la cheminée d’aération. Mais la strangulation n’est qu’un moyen pour le distraire, en toute fin, mis au sol, je lui brise la nuque d’un coup sec. Puis je tire son cadavre jusqu’en bas et le cache derrière les escaliers. Je remonte, prends le M4 et son matériel d’écoute, autour de moi le silence règne toujours.

 

Y’a vraiment un truc qui tourne pas rond dans ton crâne hein ! C’est ça ton ambition dans la vie ? Jouer à des jeux vidéo toute la journée ? Hein ! Qu’est-ce tu fous bordel ! Ouais, t’as raison, les jeux vidéo ça abime le cerveau, j’ai lu ça l’autre jour dans un mag. Ca rend les gens violent à ce qui parait, quand tu joues trop de fois tu sais plus ce qui est vrai ou pas.

 

Une sentinelle à une heure qui fait les cent pas. Bonnet marin, blouson de cuir, jeans, tennis, AR15. Il porte la main à son oreille. Je connais ça, je suis déjà passé par là, c’est minuté et chronique comme une horloge, garde un, deux, trois, c’est mon tour, une voix dans l’oreillette que j’ai piqué à l’autre. Numéro quatre ? Check. Je porte mes lunettes vers les bâtiments en face, j’aperçois le fusil du sniper qu’un pinceau de lumière éclaire chichement dans l’entrebâillement d’une lucarne. C’est bon, l’autre est rentré à l’intérieur, je braque le fusil vers la fenêtre du quatrième étage, là où la sentinelle fait les cent pas. Un peu à droite j’aperçois le reflet d’une tête. Dans ma visée c’est un type assis devant un écran. Je respire doucement et j’appuie sur la détente. Le verre éclate, sa tête s’ouvre et se referme, c’est délicieux.

 

Non mais je te jure ! C’est quoi ces mecs de nos jours qui se fantasme en train de jouer à la guerre sur des écrans à la con !? Hein !? Génération de zombie ! Ouais, t’as trop raison z’ont plus rien dans le crâne ces mecs ! Et tu les as vu tous dans la rue en train de mater leurs écrans !? Pareil ! Ouais tu l’as dit pareil ! Eh machin ! Réveil tu sors quand de ton délire ?

 

La sentinelle se retourne, je tire, une balle, pleine tête, et de deux ! je pivote, sans visée, tir d’instinct, le sniper, trois cartouches l’une sur l’autre, je me baisse, pas de réponse, c’est bon. J’ai éliminé le gars à la surveillance des caméras et deux sentinelles, la voie est libre pour cette partie du bâtiment. Je maitrise, je n’ai pas peur, je n‘improvise pas, je suis un pro et je suis bien renseigné. Je redescends, passe une porte, une autre, entre dans un couloir éclairé par une veilleuse jaune, le coin habituel des traquenards. Ca rate pas, il sort de nulle part, un pistolet-mitrailleur Skorpio suspendu à son holster d’épaule. Brrraaa ! Je l’abats d’une rafale en pleine poitrine, purée de sang et de viande qui gicle sur le mur et la veilleuse, c’est bon, c’est cool, je passe.

 

Oh mais putain t’as vu ça ? il nous entends pas ou quoi !? Eh t’as entendu !? Lâche ce jouet bordel ! Ouais, mec t’es en train de te foutre en l’air là, lâche ça !

 

Entrepôt ouest, quatre hommes, deux à l’étage, deux en bas qui patrouillent entre les containers, caméra porte nord et est, tir croisé, angle large. Je me glisse entre deux containers, sort mon poignard de survie en acier noir anti reflet et j’attends le gibier. Son ombre le précède, je me faufile dans son angle mort et je le frappe à la gorge. La lame entre facilement, tranche la jugulaire et perce la trachée, ressort en gerbant un flot de sang avec un gargouillis de marais. Il s’amolli par terre, je le traine dans l’ombre. Le second ne me voit pas plus venir, tassé dans l’obscurité derrière des barils de plastique bleu, produit toxique, étiquette orange. Je lui enfonce la lame à la base du crâne, il n‘a pas le temps de prendre conscience qu’il meurt, tombe sur moi et à nouveau je l’entraine à l’abri des regards. Là-haut les autres vont et viennent.

 

Com-plè-te-ment à la masse ce gamin ! Encéphalogramme plat ! Eh oh le tueur de pixel ! A quoi ça te sert de passer tes journées là-dessus tu veux me dire !? C’est quoi l‘intérêt ? Tu crois que c’est ça qui va te nourrir ou quoi !? Ouais zombie, c’est ça le mec, il est plus avec nous.

 

Je suis un pro, je suis bien renseigné, mes sources vérifiées, je connais la marque des caméras et conséquemment leur périmètre de portée, leur capacité avec cette lumière en demi teinte. A un pas du trait de clarté couché sur le sol en béton, je braque mon fusil en direction de la sentinelle à neuf heures.  Rafale de trois. Une en haut de la cuisse, fémorale, une dans l’abdomen, intestins, une autre dans la poitrine, poumon. Le choc le couche au sol, le second garde s’agite, trop tard. Sa tête apparait dans ma lunette, un coup de chance, le doigt s’écrase sur la détente. Blam ! Grosse tâche sur le mur derrière lui.

 

Blam ! Bang ! Piiiiooouuu ! Putain de merde ! T’as vu ça ? Tou-te la journée ! Et c’est quoi le but du jeu tu veux me dire ? Hein c’est quoi ? Tuer le plus grand nombre de gus ? C’est ça ? Whâ c’est super enrichissant ça ! C’est un jeu d’infiltration. Hein ? Un jeu d’infiltration, c’est un jeu d’infiltration. Ah ça y est tu parles maintenant ? Et alors ça change quoi ? Faut réfléchir. Faut réfléchir !? Oh putain t’as vachement l’air de réfléchir depuis tout à l’heure ! Hein t’en penses quoi ? Oh, oh, oh ! Oh ouais t’as trop raison, un zombie qui réfléchi, ouh, ouh, ouh !

 

Le reste est facile, je suis chaud. Je prend l’escalier de secours et grimpe sur la plateforme sans me faire voir des caméras, une porte, une salle remplit de carton, une autre porte, mais au moment où je tourne la poignée j’entends des voix. Deux, peut-être trois. J’ai le pouls qui grimpe, une mince goutte de sueur qui rigole le long de ma tempe, si je rate ce coup là, cette étape, c’est foutu. Si je relâche la poignée ils vont le voir, si je bouge ils vont l’entendre. La main dessus, j’attrape en douceur mon arme d’appuis, 45 USCOM avec silencieux intégré et visée laser. Je ne peux pas me permettre de faire du bruit à ce niveau, pas le luxe d’une fusillade non plus, peu importe le nombre il faut que ça soit rapide et en silence. Je respire un coup. Ca fait longtemps que je fais ça. Chaque fibre de mon corps est entrainé à l’exercice, mes nerfs sont des capteurs sensibles, mes gestes coulés dans l’instinct, l’expression de mon intention et de ma personnalité.

 

Putain mais merde ! La ferme ! Vous allez me faire tout foirer ! Si je passe pas ce niveau faut tout que je recommence ! Oh le pauvre chéri ! Non mais comme si ça vie en dépendait putain ! T’as vu ça ? Ah, ah, ah, ouais, complètement siphon l’gars !

 

La porte s’ouvre en large, je fais feu d’une main, ambidextre. Le point rouge se pose sur une gorge, une poitrine, un front. Ils sont quatre. Les étuis de cartouche fumant rebondissent sur les murs avec des tintements de verre. L’ogive arrache un morceau du cou du premier qui arrose de sang son voisin avant de s’effondrer. La seconde fait une tâche sombre sur la chemise du dit voisin qui tombe en arrière avec un cri étranglé. La troisième un trou bien net au milieu du crâne du gars juste derrière, mais le dernier s’esquive, il prend sur la droite, le couloir des monte-charges, tête basse, tout en faisant basculer la bandoulière de son arme. Une fraction de seconde et sa tête n’est déjà plus dans mon angle de tir, je baisse le canon, le point lumineux de la visée glisse sur ses jambes, feu. Il s’effondre, pousse un cri, j’avance de deux pas et l’achève. Le silencieux aboi deux fois, ça ne fait pas le bruit de pet de souris qu’on entend dans les films. Plutôt un pot d’échappement au loin, un gros livre qui tombe. S’il y en a d’autres dans le secteur ils ne vont pas tarder. J’avise les monte-charges et flingue les commandes des deux premiers. Lève la grille du troisième et me colle dans le fond tandis qu’il monte. Je porte une cotte de combat noire, gilet pare-balle, bottes de saut renforcée, brelage avec deux chargeurs supplémentaire et deux grenades étourdissantes, visage barbouillé nuit, gants en Gortex noir extra moulant, pager glissé dans une pochette au cas où je serais perdu. Je suis équipé pro, ce qui se fait de mieux, je connais mes outils et mes atouts. J’ai commencé tôt. A cet âge où la mort est encore une chose esthétique. Et comme tout ceux de ma génération j’ai été bercé par les exploits de quelque guerrier de cinéma, fasciné et prenant pour mon compte la virilité et les affirmations d’étoiles mâles. Je voulais être comme elles et je ne craignais pas l’épreuve. Je savais ce que cela pouvait coûter, du moins je le croyais. Du pain béni pour mes instructeurs.

 

Regarde-le ! Non mais regarde-le ! Je parie qu’il se fait son cinéma ! Alors t’es qui ? c’est qui ton personnage ? Super Rambo ? Hein ? Jason Bourne mes couilles ? James Bond le super tralala des chattes !? Oh ta gueule ! Ah, ah, ah ! Il aime pas ça trop tu lui dis la vérité ! Trop c’est ça ! comme un gosse ! ouais, un putain de gamin ! Eh connard ! t’as vingt-deux piges ! Tu te sors quand la tête du nuage !?

 

Putain ils ne vont pas me lâcher ! Je me dis en les entendant radoter derrière moi. J’ai abattu les deux qui gardaient l’entrée du monte-charge. Une balle chacun. Je suis à cent cinquante mètres de mon objectif, ce n’est pas le moment de flancher, de me déconcentrer. A partir d’ici je ne sais pas ce qui m’attend, mes renseignements ont des limites et ceux qui m’emploient ne fournissent pas de drone de surveillance, de vue satellite, de hacker surdoué capable d’arracher en deux commandes clavier l’ensemble des infrastructures électriques du quartier. Je suis seul avec mon talent et mon instinct. Et ces deux là qui parlent derrière moi. Je les entends à peine et d’ailleurs je me fous de ce qu’ils racontent mais ils me gênent. J’ai repéré une caméra probablement à infrarouge, si je la descends maintenant ça peut déclencher l’alerte et je ne préférais pas. A partir d’ici, à moins d’y être contraint, je veux éviter l’affrontement. Quand on ignore les forces en présence on se manifeste le moins possible. Le moindre faux pas peut-être fatal. Mais je maitrise, il y a toujours une solution, sans quoi il n’y a pas de problème. Et maitriser pour le moment c’est attendre. Pas bouger. Attendre que leurs voix s’éloignent, attendre de me retrouver avec moi-même. Les nerfs à fleur de peau, les muscles souples et chauds, fauve, en alerte, patient, coulé par terre le long d’un tas de gravas, quasi en pleine lumière, immobile comme une nature morte. Au-dessus de moi, par un jeu de persiennes un ciel délavé balaye la pièce, les voix se rapprochent.

 

Oh tu m’entends !? Non y m’entends plus ! Ca y est il re perché ! Eh oh je t’ai dit d’arrêter de jouer ! Bordel tu vas écouter oui ou merde !? Tu parles il est parti l’mec ! T’as raison ! Eh gros ! Ecoute c’qu’on t’dit c’est pour ton bien ! Mais putain qu’est-ce que ça peut vous foutre !? Je vous emmerde moi quand vous matez la télé !? Qu’est-ce que tu compares la télé à ces conneries !? A la télé y’a les infos ! Y’a le monde ! Le vrai ! Pas celui de tes jeux de commando mes couilles ! Le vrai… ha ! Tu parles !

 

Ouf ! Je suis passé ! Pas de soucis. Pendant une seconde ou deux  je me suis dit que c’était foutu, que j’allais y passer mais la mécanique a repris le dessus. La peur, le doute, sont des choses naturelles et utiles, preuve de conscience. Elles peuvent être paralysantes si on se laisse submerger ou un combustible à son courage si on a été bien formé. Et puis il y a l’expérience qui joue bien entendu. Les stratégies déjà employés, expérimentés. J’abats le boitier d’alarme et file ventre à terre. Combien de temps avant que quelqu’un s’aperçoit qu’il est hors d’usage ? Et la caméra ? Je l’ignore. Combien sont-ils à partir d’ici, je l’ignore aussi. Tout ce que je sais c’est où se trouve mon objectif, son identité, son visage est imprimé dans ma tête. Anton Vilosky, fils de Leonid Sergeivitch Vilosky parrain de la bravta Souliapovskaïa de Saint Petersbourg. Mais en réalité son identité, son âge, qui il est, innocent ou coupable, ça ne m’intéresse pas, La raison pour laquelle on le veut mort je l’ignore également et je m’en fiche. Je suis payé, c’est tout ce qui m’importe, et cher, c’est tout ce qui compte. Lui n’est qu’un objectif, une cible, le but de ma venue et il disparaitra de ma tête au moment même où je repartirais. Ce n’est pas le premier mort qu’on fait qu’on retient le plus, le mieux, le pire. Ni le second, ou le troisième. Ce n’est pas forcément à ce moment là que la mort vous atteint. Soit parce que vous n’avez pas le temps d’y penser, soit que l’adversaire est assez loin pour n’apparaitre que comme une pantomime, soit que vous êtes si débordant d’adrénaline, de colère, de volonté d’en finir que vous ne voyez même pas la figure de l’homme dont vous poignarder le visage. C’est la mort de l’autre qui vous atteint surtout Du collègue, du pote, de la connaissance, du frère d’arme, de la mascotte de la compagnie. L’affect. Par n’importe quelle brèche il se faufile. Et on ne peut pas, on ne doit pas se murer. Sans affect, empathie, l’instinct marche sur une patte. Alors on fait avec, on apprend. La vie est courte mec, autant la prendre à la coule non ? Même sur le terrain ? Surtout sur le terrain mec, surtout sur le terrain. Mais il y a un moment où on se dit que ce n’est plus la question, les proches au combat meurent et on y peut rien. Ils meurent par inadvertance, inattention, parce que quelqu’un n’a pas fait son travail, ou qu’un autre a prit la grosse tête. Victimes de tir amis, comme ils disent pour rire ou bien jetés, sous équipés, au milieu d’un traquenard parce que les imbéciles aussi font la guerre. Que dire ? A ce moment précis on bascule et on se demande si le jeu en valait la peine. L’armée m’a envoyé partout, engagez vous qu’ils disaient, et vous verrez du pays, et c’est vrai. J’ai tué des gens de toute les nationalités et officiellement toujours pour d’excellentes raisons. J’ai baisé des putes de tous les coins du monde. Vu des choses incroyables et d’autres abominables, des paysages fabuleux, et suis allé à la rencontre de l’autochtone. Mais questions tour operator c’est moyen. Il y a moins risqué et considérablement mieux payé. C’est pour ça que je suis parti, j’en avais marre de faire le fusil pour le Big Business, les cravates du gouvernement, et les abrutis quatre étoiles.

 

Non mais regarde le en train de se faire son cinéma lui… Il est pas vrai Trump peut-être ? Et Poutine il est pas vrai !? Hein ! Et dans le monde t’as vu ce qui se passe !? Les guerres, tout ça ! La Syrie, c’est pas vrai tout ça !? Ah tu m’emmerdes, tu comprends rien. Comment ça je comprends rien monsieur super ninja-pixel ? Explique vas-y ça m’intéresse. Mouais, ouais…. Attends deux minutes que j’passe là et je t’explique… Non mais je le crois pas ! T’as vu ça ? Je t’ais dit d’arrêter de jouer PUTAIN !

 

J’entends des éclats de voix, un long couloir devant moi qui bifurque sur la droite, les derniers cinquante mètres. A gauche j’aperçois par une fenêtre un toit plat et goudronné. Une nuée s’éloigne vers la mer, à peine si je perçois le cri des mouettes, les moteurs des chalutiers au départ. J’adore ce genre d’ambiance. C’est beau, c’est mystérieux, c’est presque aussi parfait qu’un bon film de super assassin. Oui c’est puéril, mais quoi ? je vais me mettre à réfléchir peut-être ? C’est pas le moment de penser, je suis pas là pour ;;; PUTAIN ! Mais qu’est-ce qu’ils foutent là ces deux là !? Ils avancent vers moi sur le toit, M4 et fusil à pompe Remington spécial police. Discutent. Si je bouge je suis foutu, si je ne bouge pas je suis foutu. Vite ! Un, deux ! Deux, deux, trois !. Les balles explosent la fenêtre, la première et le faisceau du laser suit, cinq fois. Deux dans la poitrine, une dans la tête, Mozambique ! Le premier touche terre avant le second. Le second porte un gilet et la tête nue. Qui gicle merveilleusement. Un bruit sur ma droite, je fais volte-face, un gamin d’une vingtaine d’année en survêtement tricolore, tennis noire, tête pouponne et rose, un AK47 entre les mains. Je le regarde dans les yeux, il est sidéré, stupéfait, il n’a pas l’entrainement ou l’expérience, il a peur peut-être, j’aime ça. Stump, stump, stump ! Les ogives de 11,43 millimètres à tête creuse lui défoncent la poitrine et crachent ses poumons sur le mur, la violence du choc le repousse comme un pantin sans fil. Il s’écrase comme une merde, les yeux ouverts qui me regardent dans le vide, la langue sorti, violette, sanglante. Ouais, c’est bon ! je suis une machine à tuer et j’aime ça ! Ouais je suis le meilleur et j’aime ça ! Je les nique tous ces enculés !

 

Oh mais ça va ! Qu’est-ce que ça peut te foutre putain ! Tu vois pas que c’est pas le moment ! Attends merde ! Non ! ca suffit ! Eh mais lâche ça ! Oh, oh, les gars, vous battez pas calmez vous !

 

La porte s’ouvre à la volée, la serrure qui valse avec un morceau du chambranle. Le bruit lourd d’une grenade neutralisante qui roule à l’intérieur. Eclair de tungstène, elle éclate avec un bruit sec en hurlant un son suraigu Trois individus à l’intérieur, deux à dix heures, un à midi, assis sur un canapé, une télécommande dans les mains et un casque sur la tête. II me regarde hypnotisé, terrorisé, je ne sais pas  Sa tête me dit quelque chose, je crois que c’est le jeune frère de ma cible, je crois que j’ai vu sa photo dans le dossier. Je l’abat d’une balle qui lui emporte la moitié gauche du crâne. Puis je passe à son frère et au garde du corps. Trois pour l’un, deux pour le second, je change de chargeur. J’ajoute une balle dans la tête des deux derniers pour le compte, lève les yeux sur l’écran inondé de sang, d’esquilles d’os collés et de grumeaux de matière grise. Le canon d’un HK MP5 prolongé d’un réducteur de son et pointé vers un paysage de rêve. Un peu plus loin des silhouettes cagoulés et armés. Je crois reconnaitre la baie de Rio au loin, le ciel est parfaitement bleu, la végétation luxuriante. Je souris, engagez-vous qu’ils disaient, vous verrez du pays…