Élection yaourt

En ce moment, j’évite tant que faire se peut de m’intéresser à ce qui se passe dans l’actualité immédiate de ce pays. Ça me déprime trop. Déjà que j’étouffe ici, déjà que tout ici me donne motif à prier d’avoir les moyens de m’enfuir de cet asile à ciel ouvert, je n’ai pas besoin de m’abîmer dans la contemplation de ces médias. Car à les croire, c’est plié, l’élection se fera entre un ancien banquier et une châtelaine de l’Ancien Régime. Entre le Lexomil et la France de Pétain. Entre un Tony Blair Camembert et la Jeanne d’Arc des rallyes du XVIème. Et, tout le monde semble d’accord, ou tout au moins y croire dur comme fer, ça sera la châtelaine et sa tribu d’aristo-voyous qui va gagner. De petits et de grands escrocs confinés entre Versailles et Saint-Cloud, qui vont remporter cette farce qu’on appelle le suffrage universel. Bref, en ce qui me concerne, un motif supplémentaire de m’enfuir ventre à terre et sans me retourner. Un vieil ami à moi envisage le Canada, un autre l’Amérique du Sud. L’un est de droite, mais ne voit aucun avenir ici, l’autre est de gauche, mais il a vu la prise de pouvoir de Pinochet. Chacun ses affinités, mais surtout ses moyens. Moi avec les miens, le peu que je peux espérer, c’est la Belgique en stop, avant que les frontières soient fermées par la milice. Nous verrons, j’ai du répondant, je suis débrouillard, je me suis sorti seul ou presque de la rue, avec un peu de chance, je me sortirais de ce cul-de-sac qui s’appelle la France.

 

Votez inculte.

De par mes positions, j’ai souvent à faire sur Agoravox au fan de club de la châtelaine. Le plus souvent de pauvres anonymes acculturés et remplit de rancœur qui faute d’avoir un semblant de bagage intellectuel, passent beaucoup de temps sur internet pour me démontrer que tout le monde est d’accord avec leur ignorance. Signe des temps, si vous affirmez quelque chose sur la base de vos lectures, d’un travail que vous avez pu faire sur plusieurs années, il n’existe simplement pas, si votre interlocuteur n’en trouve pas la preuve sur Internet. Saint Wikipédia priez pour nous. Mieux, si vous citez tel ou tel auteur, l’électeur moyen de la châtelaine, qui a l’âme procureure, soupçonnera ce dernier d’avoir des motifs politiques cachés. Et malheur à cet auteur si un jour il s’est déclaré pour tel ou tel parti ou tendance, le petit procureur invalidera tous ses propos sur sa seule certitude que ceux-ci sont influencés, pire, qu’il cherche à détourner sa pensée déjà limitée. Et force est de constater qu’en effet, ces élections, révèlent au grand jour le remugle d’une France imbécile et raciste, peureuse, méfiante, lâche, qui se réjouit d’avance de la grande revanche que représentera l’élection d’une bourgeoise à la présidence de leur destin sans avenir. Cette partie de la France qui depuis les années 70 n’a pas varié d’un pouce, n’a pas évolué, grandit, juste un peu plus médiocre chaque décennie, en étant intimement certaine de son exception. C’est dans les années 60 et 70 que cette France décomplexée s’en est donné à cœur joie en ratonnade, en bavure policière, en injustice de toute sorte, jusqu’à la Marche des Beurs (dont le motif initial était une énième bavure policière) et surtout jusqu’à ce que le très douteux Mitterrand manipule tout ça pour en faire son outil de destruction du Parti socialiste et de la droite traditionnelle. Et en trente ans, la rancœur et le racisme du français moyen pu s’épanouir proprement, non plus à l’ombre de quelque lynchage, mais dans l’intimité de l’isoloir. Jusqu’au coup de pub de la châtelaine, son pseudo-nettoyage des écuries d’Augias, jusqu’à ce que ce parti de bricolos et de fascistes revendiqués apparaisse solvable aux yeux du téléspectateur frileux à l’idée de voter pour des antisémites et des racistes. Rien n’a en réalité changé dans ce parti, en fait les choses se sont même très probablement empiré puisqu’il avance masqué et que la garde rapprochée est formée d’admirateurs d’ancien SS et de négationnistes. Mais peu importe, ce qui compte ce n’est pas la réalité, mais le sentiment qu’on en a. Encore l’autre jour, je notais que la page Facebook « stop immigration » réunissait cinquante mille personnes. Cinquante mille abrutis gavés d’émission sur la police, de reportage beauf’ de Bernard de la Villardière, des élucubrations mysogino-racialistes de Zemmour. Bref de télé et d’inculture qui ne réalisent bien entendu pas que si la châtelaine remporte ces élections, elle le devra surtout au massacre de Charlie et du 13 novembre, bref à Al Qaida et à Daech. D’ailleurs en auraient-ils conscience, je crois que ça ne changerait rien, ce pays est dans une logique nihiliste.

Rien n’est vrai sauf ce que je pense.

L’autre jour, à l’occasion d’un zapping, je regardais une dame affirmer qu’elle ne croyait pas les deux journalistes qui avaient pondu le dernier ouvrage sur la république pas si irréprochable de l’homme invisible. L’escroc Fillon avait assuré qu’on y relatait l’existence d’un « cabinet noir » (expression qui date des idées de Fillon du reste, du XVIème siècle) totalement démenti par les deux journalistes. Mais peu importe, pour cette dame, les auteurs mentaient, car bien entendu, tous les médias mentent, c’est dans leur intérêt. La châtelaine et ses complices sont jusqu’au cou dans des affaires de détournement et de blanchiment, mais pour ses électeurs, c’est le pouvoir « aux abois » qui cherche à la salir, d’ailleurs la châtelaine l’a dit, assorti de menaces, donc c’est vrai. Or il est évident que jamais pouvoir n’a été aussi peu aux abois justement. Le PS est en vrac, l’homme qui n’était pas là est en vacance permanente (mais apparemment pas en Guyane, cette île mystérieuse et lointaine) Hollande est l’antithèse d’un Mitterrand et l’ensemble de son mandat a surtout démontré de sa plus complète incompétence tant en matière de politique générale qu’en terme de politique intérieure. Mais l’électeur de la châtelaine se persuade d’un complot parce qu’au fond sans doute ça le rassure. Il n’est pas complètement un loser, il ne va pas à nouveau voter pour des incompétents et des voleurs. Et quand bien même, quand on lui met le nez devant l’évidence, son argument ultime, c’est d’avancer : « Oui, ils ne sont sûrement pas mieux que les autres, mais on les a jamais essayés et ça peut pas être pire » Ce sur quoi cet électeur se trompe, ça peut et ça va être pire, mais peu importe, ce que je retiens ici c’est l’argument « on les a jamais essayé » ou le néant de la conscience politique.

 
« Oh chéri, tu as vu, ils les font parfum fraise, on n’a jamais essayé ça, parfum fraise », « Oh regarde, elle existe en orange, on n’a jamais essayé ça, orange » Ce genre d’argument, argument sur lequel repose nombre de propositions commerciales d’un marketing essoufflé à cours de rhétorique, on les entend au supermarché, chez le concessionnaire, dans la bouche d’un enfant devant une nouvelle marque de céréale. C’est celui du consommateur désœuvré. Devant l’absence de choix, la taylorisation des goûts et des couleurs, l’uniformisation de l’offre et à forcerie de la demande, le consommateur n’a plus qu’à se rabattre sur la valeur ajoutée qu’aura bien voulu mettre l’industriel pour justifier la hausse de prix. Ce sera toujours du papier toilette, mais celui-ci sera « molletonné » et celui-là parfumé de sorte que l’anus sente toujours un savant mélange de merde et de rose chimique. C’est le vote, au fond, du désespoir et de l’ignorance. Le vote subordonné à la télé et à Youtube. Il y a-t-il une raison tangible d’être à ce point de désespoir que le français de base imagine nécessaire de voir une politique d’apartheid instauré en France sous le doux nom de « préférence nationale » ? Non aucune. Je vis sous le seuil de pauvreté dans un quartier mixte socialement et ethniquement, et en dépit de ça, je ne vis pas trop mal. Et la majorité n’est pas non plus composée d’un sous-prolétariat vivant dans des tours- crevoirs. Mais ils s’en sont persuadé parce que ce pays qui a peur de tout, de sa jeunesse, du changement, de l’avenir, regarde et vit dans son passé et morigène sur ce qu’il a été et ne sera plus jamais. Une vieille gloire. Une vieille gloire qui s’auto-persuade que le pays est envahi par des hordes barbares et qui va s’en remettre une fois de plus à sa caste de grand bourgeois « au nom du peuple »…. Quand je lis le slogan de campagne de la châtelaine, elle qui en tout et pour tout a travaillé quatre ans durant sa vie… Je me demande toujours si elle est venue avec ses brioches.

La corruption triomphante

Eric Zemmour qui est à la droite ce que le roquet est au jardin privatif, justifiait la corruption de la caste dominante par l’élucubration suivante, la France n’était pas la Suède, les Français étaient des « machiavélistes ». Néologisme qui n’a d’autant moins de sens que pas une seule ligne du Prince n’est consacrée à la corruption, que Machiavel prévaut le réalisme en politique sur la vertu et que nulle part, il n’assortit ce réalisme d’une invitation à s’en mettre plein les poches. Mais Zemmour se prend pour la France et sa culture est une blague pour inculte sur laquelle il prospère. J’ai au contraire le sentiment que devant la corruption d’une Le Pen ou d’un Fillon, un certain nombre se rabattront sur un vote sans espoir, Hamon, Mélenchon et autre amuseur public, ou le Lexomil que propose Macron, voir, feront comme moi et d’autres, marqueront leur rejet de cette élection de l’ego roi, en s’abstenant totalement puisque le vote blanc n’est pas comptabilisé comme le réclame 86 % de nos concitoyens. Bref que quel que soit le ou la gagnante, partisane de l’apartheid ou du libéralisme le plus aveugle, il ou elle règne sur un pays divisé, sans majorité réelle, sans autre assise électorale qu’une élection truquée à coup de sondages bidons, alimenté par l’argent noir que les uns auront siphonné à l’Europe et à leurs élus à coup de kit de campagne sur facturé, et les autres auront soutiré à leurs relations africaines. En fait, c’est même pire que ça, puisque selon un énième sondage, le taux d’abstention risque d’exploser celui de 2012. Et si l’on tient compte du fait que l’élection de la châtelaine n’est pour 44 % (toujours selon cette étude) de ses électeurs qu’un vote de rejet des partis traditionnels, comme celui de Mélenchon, cela veut dire que quel que soit l’ego enflé qui prendra le pouvoir, il le fera sur les restes d’un pays qui le rejette quoiqu’il arrive. Dans ces conditions gouverner risque de devenir un peu plus impossible que d’habitude. D’autant qu’une autre menace se profile à l’horizon et dont n’ont d’autant pas conscience les Français que les médias sont à l’ouest de leur narcissisme, et que les politiques ignorent superbement le sujet. Et cette menace propose une double combinaison, la surpopulation carcérale dans des prisons poubelles, et le retour des anciens combattants du pseudo Etat Islamique. La menace est bien réelle, la DCRI le sait d’autant mieux qu’il y a un précédent en France, la fin des Bataillons d’Afrique en tant que bataillon disciplinaire. Un fait peu connu sauf si on s’intéresse à l’histoire de la criminalité française, mais qui signa la vague de violence et de braquage qui marqua les années 20 et 30, et sera le point de départ de la fortune de la mafia Corse, puisque Paul Carbone, futur parrain de Marseille, sera formé dans les célèbres Bat’ d’Af’. Si la châtelaine et ses admirateurs du nazisme d’amis prennent le pouvoir, je vous laisse imaginer la volatilité de la situation dans un contexte d’apartheid. Ça tombe bien, Serge Ayoub, le grand copain de la châtelaine, déjà condamné pour trafic de drogue. Celui-là même à qui les amis de la famille Le Pen louait leur château pour que ses copines du porno puissent tourner (Vous savez la droite moral du Mariage pour tous…) quand il sortait avec une starlette de l’époque (Tabata Cash). Ayoub, donc, comparait au tribunal avec ses copains du White Wolf Klan pour complicité de violence aggravé. Le WWK lui est accusé de rien de moins que 35 délits divers allant du vol à violence avec arme et incendie volontaire. On ne s’étonne plus à ce niveau pourquoi un Zemmour déclarait son admiration des moines-soldats de Daech, puisque dans cette mouvance-là, ils ont exactement la même mentalité, le même besoin morbide de pureté à expurger dans la violence. L’un dans l’autre avec cet heureux mariage d’extrémistes de tous bords, ajouté au fait qu’une majorité de policier se déclare pour la bourgeoise de Saint-Cloud, la France risque de ne pas seulement devenir ce mouroir pour vieux qu’elle est déjà.

 
Les lecteurs me trouveront peut-être méprisant vis-à-vis de la France, ou haineux, ou je ne sais quel qualificatif sans imagination qui ne seront jamais que le reflet de ce qui les dérange ici. Mais croyez-moi, c’est surtout du désespoir. Mon abstention, mon envie de partir d’ici, le sentiment de déprime que m’offre le spectacle d’un pays soumis à sa caste comme des larbins, c’est surtout le désespoir de pouvoir me revendiquer aussi français que je me sens anglo-saxon un peu plus chaque année. Pour différente raison, parce que c’est une moitié de ma culture d’une part, parce que je pratique la langue autant que j’en saisi les subtilités, que j’en connais l’histoire et son indépendance frondeuse… Et bien aise sera celui qui saura ici de quelle culture je parle… Je désespère que ce pays se décide enfin à se débarrasser de cette caste qui la maintient dans l’illusion de son passé. Je désespère de le voir se mettre enfin à la page des énergies renouvelables et cesse d’avaler les couleuvres du lobby du nucléaire et des politiques qu’il s’est payés. Qu’il arrête de prendre l’écologie pour un gadget à usage des gogos, et l’agriculture pour une machine à cash. Qu’il cesse de se prendre pour l’Amérique en couvrant son paysage de supermarchés. D’adopter des réformes saines sur la législation du cannabis. De s’obséder sur des sujets aussi cosmétiques que le port du voile ou une islamisation qui appartient surtout au domaine du fantasme de quelque narcisse de télé. Qu’il fasse confiance à sa jeunesse et qu’il la mette en avant. Qu’il fasse la paix avec son histoire, sans honte, mais surtout sans cette fierté déplacé autour de l’abomination coloniale. Et surtout qu’il arrête de regarder en arrière, évoquer De Gaulle ou Louis XIV pour se demander comment aborder le présent comme l’avenir. Les Trente Glorieuses ne reviendront jamais, le plein-emploi, c’est du passé, il est temps de grandir et d’aller de l’avant. Et pour le moment, la France fait du sur place en attendant de reculer et se regarde le passé comme on se renifle le cul. Et ça ne date pas d’hier, ça fait trente ans que ça dure. Alors pardon pour les petites âmes recroquevillées de ce pays, mais moi, je fatigue

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République Bananière de France

François Fillon, qui n’a jamais travaillé de sa vie, et pourtant futur candidat pôle emploi, l’a sans doute parfaitement compris, il est fini. Grillé, foutu, caramélisé, et pas seulement pour les élections, son avenir politique tout entier. C’est à mon avis la seule raison psychologique décente pour expliquer son obstination. Le baroud d’honneur au lieu du déshonneur qui de toute manière l’a déjà éclaboussé jusqu’à ses fameux sourcils. Il peut toujours sans doute compter sur des électeurs à la larme facile, quelques âmes caniches, vieilles dames patronnesses qui voteront pour lui juste pour le beau geste, pour avoir voulu participer jusqu’au bout comme un candidat olympique sans avenir, rendant ses belles-lettres à la maxime de Pierre de Coubertin. Mais en l’état, aussi émouvante soit cette posture d’obstination à sa propre destruction, non seulement, elle ne nourrit qu’un peu plus la candidature de ses opposants, mais surtout, elle risque d’être totalement préjudiciable à l’avenir de sa formation, déjà violemment mis à mal par la mafia des Hautes Seines. Et j’emploie ce terme à dessin. Car tout dans la structure de cooptation mise en place par le noyau dur des Républicains sur le département correspond à la définition d’une mafia, selon celle qu’en donne Jean-François Gayraud dans son ouvrage de référence « le Monde des Mafias, géopolitique du crime organisé ». « Une mafia est une société secrète et fraternelle à caractère criminel, permanente et hiérarchisée, fondée sur l’obéissance, à recrutement ethnique, contrôlant un territoire, dominant les autres espèces criminelles et s’adossant à une mythologie ». Si l’entreprise n’est pas plus secrète dans son existence que Cosa Nostra, et si la vocation n’est probablement pas seulement criminelle (enrichissement personnel et corruption) mais également électoraliste, le caractère permanent et hiérarchisé de ce clan n’est plus hélas à démontrer. Quant à la fraternité, elle y est tout autant relative que dans la Camorra. Pour autant l’obéissance au chef est bien réelle jusqu’à ce que le chef soit mis en examen, à nouveau comme avec la Ndranghetta. Le recrutement se fait dans un même groupe social, à dominante blanche et masculine, le clan contrôle en effet un territoire, les Hautes Seines donc, et s’adosse sur la mythologie du gaullisme. On ne tue pas, on « tue » c’est une mafia en col blanc, tout dans le feutré. Après la volée de bois vert que réservent les élections à l’obstination de son « champion » le clan gardera sans doute la main mise sur son territoire beaucoup moins sur les adhérents et les sympathisants qui avaient déjà commencé à quitter le navire après la catastrophe Sarkozy.

 De son côté, et très exactement comme je le prévoyais, les egos de gauche n’ont pas trouvé de programme assez large pour faire place à deux. Et c’est parfaitement normal, quand il y a deux cadors dans une même pièce, il y en a forcément un de trop. L’un est une vieille diva sur le retour dont c’est probablement une des dernières sinon la dernière occasion de briller aux présidentielles. L’autre est un jeune requin comme sait en produire le PS, démagogique, consensuel et soumis au capital. Le premier est comme Fillon, mais pour d’autres raisons, dans le baroud d’honneur. Le second dans l’échauffement, il ne gagnera pas celle-ci, et il le sait sans doute comme les autres, puisque son parti est en miette, mais peu importe, il est dans une logique rentière de carrière. Comme tout animale politique français qui se respecte.

Les Français en effet ne votent pas pour des programmes ou des convictions qui sont de toute manière toujours sur jouées, ils votent pour une caste. Ils votent pour le maintien de cette caste au pouvoir, quoiqu’il en coûte à commencer par leur liberté. Les Français votent pour leur maintien en servitude, et ils appellent ça le suffrage universel.

 

La servitude ou la mort

Ce n’est pas la première fois que je remarque ce trait particulier d’un peuple qui s’imagine rebelle, se pense même culturellement exceptionnel (la fameuse exception culturelle française). Si exceptionnel que nous sommes tous de fins politologues, géopoliticiens, théoriciens et « intellectuels » capables de disserter sur tous les sujets, du conflit en Ukraine, au Coran en passant par le fauvisme sans pour autant jamais, une seule seconde remettre en question la caste dominante et sa cooptation de tous les pouvoirs. D’un point de vue ontologique, je trouve même ça assez fascinant pour un pays qui ne cesse de citer sa Révolution, ses Lumières. Je me demande par exemple ce qu’auraient pensé Diderot ou Beaumarchais, de ce texte lu sur Agoravox, défendant avec une vibrante indignation l’habituelle posture de cabale adoptée par Marine Le Pen. Ceci au nom de la fameuse liberté d’opinion. Fabuleux. J’ignore où sont enterrés ces augustes auteurs, mais ça doit faire des sauts périlleux dans les ossements, du cliquetis dans le caveau. Pour Marine Le Pen, en revanche, la liberté d’opinion est apparemment limitée à la sienne propre. Comme toujours, pleine d’elle-même et de la certitude qu’elle va faire d’une bouchée du jeune banquier, elle a récemment déclaré :   « Je veux dire aux fonctionnaires, à qui un pouvoir politique aux abois demande d’utiliser les pouvoirs d’État pour surveiller les opposants, organiser à leur encontre des persécutions, des coups tordus, des cabales d’État, de se garder de participer à de telles dérives. Dans quelques semaines, ce pouvoir politique aura été balayé par l’élection. Mais ces fonctionnaires, eux, devront assumer le poids de ces méthodes illégales. Ils mettent en jeu leur propre responsabilité. L’État que nous voulons sera patriote. »

 

 On sait donc maintenant deux choses, Marine Le Pen se prend pour Vladimir Poutine avec un vagin et qu’un patriote dans son esprit est quelqu’un qui ne s’oppose pas à elle. Nonobstant, bien entendu que les fonctionnaires en question ne font rien de plus que le travail pour lequel ils sont payés, elle utilise rien de moins que la menace contre ceux qui osent actuellement se mettre en travers son chemin, à commencer par le Parlement européen. Et cela en les invitant implicitement à désobéir autant à la loi qu’à leur hiérarchie. Je me demande comment ça se passe en ce moment dans la tête des défenseurs réactionnaires de la liberté de parole réactionnaire. Mais je commence à mieux cerner ce qu’ils appellent un « Bisounours ». Un être tout mou qui défend ses chaînes et le droit de son tortionnaire à lui couper les couilles ? Ça doit être ça.

La peste ou le Medef.

Finalement dans cette logique de servitude, Pierre Gattaz présente, sur une idée de François Pinaud, Vincent Bolloré, Bernard Arnaud, Arnaud Lagardère et Xavier Niels, les élections 2017. Avec à la droite de ma gauche, un banquier et à la droite de ma droite, une héritière. Car ils sont de plus en plus, même à gauche ou ailleurs, à se dire qu’ils vont refaire avec Macron le coup qu’ils avaient fait au FN avec Chirac. Le fascisme libéral plutôt que le fascisme tout court. C’est un calcul. Mais non seulement, il cristallisera le FN dans sa posture favorite et facile d’éternel opposant, crieur de marché dégoisant au coin du vingt heure des vérités de comptoir. Mais encore faudra-t-il que le gendre idéal soit à la hauteur parce que contenu de l’état d’exaspération du pays, le fascisme tout court pourrait revenir en force façon batte de baseball et plus seulement sous la forme de discours de menace. Pendant que Marine Le Pen joue sur la même et sempiternelle corde du complot politique, comme son père avant elle et comme globalement l’extrême droite depuis Charles Maurras, on gonfle à loisir la réalité des émeutes au sujet de l’affaire Théo. Dix articles autour du sujet sur Agoravox, ce qui ne peut-être que le reflet d’une actualité télévisée en boucle. Et pourtant rien de comparable à 2005, pas même une poubelle brûlée de Vaux en Vélin à Vénissieux. La carte de la peur n’est même plus scénarisée par l’agenda des ambitions politiques, mais par les médias eux-mêmes, à savoir les milliardaires susnommés, le patronat. Est-ce à dire qu’ils ont déjà choisi leur candidate ? Le libéralisme pur et dur n’aime pas la concurrence et surtout pas celle d’un libéralisme xénophobe, comme on peut le voir actuellement aux Etats-Unis. Mais par nature le capitalisme a une morale élastique. À l’instar d’un Bernard Arnaud allant faire des courbettes au troll de la Maison Blanche, ne doutons pas une seconde que quelques yachts se tiendront à disposition des vacances de Marine Le Pen. C’est bien pour toutes ces raisons que je souhaite qu’ils l’élisent enfin leur championne, qu’on rigole.

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République bananière de France, pour un nouvel ordre des poches.

Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que l’élection de Marine Le Pen va être concomitante d’une redistribution des richesses. Que les épiciers et les turfistes se rassurent, ils vont pouvoir continuer d’engraisser la Française des Jeux. L’argent changera de poche, sans jamais passer par la leur. Simplement, les amis des Le Pen et associés remplaceront aux Hautes Seines, qui sait, ou ailleurs, les argentiers et les escrocs d’aujourd’hui. Cela a d’ailleurs déjà commencé. Et dans les bonnes combines, laissant espérer une continuation dans le changement, les Balkany, encore eux. Associés par un cousin d’Isabelle à Marc Etienne Lansade, maire frontiste de Cogolin (Var…) et proche de Marine Le Pen. Avec pour conséquence, la fracassante démission de dix membres de son équipe, écœurés par ses méthodes, déni de démocratie, intimidation et petits arrangements immobiliers. Même ambiance à Marseille ou devant les accusations d’autoritarismes, le maire du 7ème, Stéphane Ravier évoque le manque de patriotisme de ses opposants et d’absence de culture de parti. Une rhétorique idoine à celle de sa patronne, qu’il faudra donc accepter, et comme je le prédis, les chômeurs seront très vite anti-patriotiques s’ils n’acceptent le premier job chez Mc Do venu. Tout ce qui contrariera la politique de Marine Le Pen et associés sera qualifié d’anti-patriotique d’ailleurs. Que ceux qui rêvaient avec elle d’une justice qui ne soit plus aux ordres se rassurent, ce sera bien le cas. Seulement aux ordres stricts du patriotisme, et du patronat s’il met la main à la poche. Ainsi à Hayange ou Bézier, pour les mêmes raisons, les conseilles municipaux démissionnent dégouté par des méthodes strictement identiques à ceux d’en face, le petit truc autoritaire, pardon, patriote en plus. En tout 400 démissions en deux ans sur 1500 élus et qui dénote d’une certaine fébrilité dans l’ancrage tant espéré par l’entourage des Le Pen fille et nièce. C’est notamment pour cette raison que je souhaite sa victoire. Terminé, la posture du « mains propres et tête haute », car si les affaires se voient déjà, elles se verront d’autant plus. Terminé, l’alibi perpétuel du complot perpétuel, on saura désormais qu’il s’agit bien de rien de plus que de diversion. La question restant à quel prix nous le saurons. Si Marine Le Pen se prend effectivement pour Poutine in utero, Elise Lucet et autre lanceur d’alerte trop curieux peuvent par avance demander asile à Londres. Toujours, bien entendu, au nom du patriotisme. La question étant également qui sera désigné comme bouc-émissaire, en dehors des suspects habituels. Certains fonctionnaires occupés à faire leur travail apparemment et qui d’autre ? Ajoutons l’interprétation que chacun fera de « la préférence nationale » au quotidien. La discrimination à l’emploi et au logement que connaissent déjà la banlieue risque de vivre des moments d’autant exaltants que les associations de droit au logement ont assez peu de chance de passer l’examen de patriotisme. Sans compter bien entendu les tensions communautaires nées de ce que les mimiles de tous les bords voudront bien comprendre des ordres de la chef. Et donc implicitement terminé l’angélisme induit autour de la normalisation du Front National, ce que j’appel la xénophobie acceptable, le racisme décomplexé, festif, d’un bord ou d’un autre d’ailleurs, comme dans l’affaire Medhi Mektat ou dans chaque déclaration des Indigènes de la République. Bref, ce pays verra le Front National tel qu’en lui-même, un parti comme les autres, le désordre en plus. Et si Daech n’est pas complètement occupé ailleurs à défendre les bouts d’un Califat imaginaire, gageons qu’ils se feront un plaisir d’ajouter de l’huile sur le feu.

Alors de deux choses l’une, soit ce pays se soulèvera, et chassera enfin la caste qui le maintient dans cette servitude volontaire, soit il brûlera. Étant bien entendu que je ne souhaite pas que ça soit le cas. Une guerre civile en France serait, en plus du coût humain, tant une victoire pour l’islam radicale qu’une défaite pour les démocraties occidentales dans leur ensemble.

 

En attendant, parce qu’il n’y a pas de raisons qu’il n’y ait que les fonctionnaires qui soient emmerdés, et simplement pour que la justice soit la même pour tous, si vous voulez que l’immunité parlementaire de Marine Le Pen soit levé, et qu’elle réponde simplement à ses convocations comme n’importe lequel justiciable, c’est par ici : Contrairement à ce que semble penser les défenseurs de la liberté d’opinion réactionnaires, une démocratie n’est pas une maison de tolérance. Contrairement à ce que voudraient croire Madame Le Pen et tant d’autre, comme Maitre Collard, une élection ce n’est pas la trêve des confiseurs.

Déchéance d’une nation

Quand je vivais à Paris j’avais un voisin, un vieux marocain et sa femme. Il m’invitait à boire le café, avait gardé un double de mes clefs en cas où j’aurais oublié ou perdu les miennes, et de temps à autre on causait de la pluie et du beau temps. Des relations de bon voisinage en somme. Aujourd’hui mes voisins sont français on se croise parfois et il m’est même arrivé de leur demander un service. Mais jamais ils ne m’inviteront à boire un café, ne me disent jamais bonjour quand on se croise dans la rue, ils se méfient. Ils n’ont aucune raison de le faire, mais c’est comme ça, c’est dans leur nature, leur culture, l’autre est louche quoiqu’il arrive. Ce n’est pas la première fois que je fais ce constat. J’ai fait la manche en Angleterre, j’ai été nourri, on m’a donné de l’argent (environs 60 livres) et des cigarettes. Ici ne serait-ce que demander l’heure est une galère. Les français sont un peuple méfiant, conservateur, absolument plus curieux de l’autre, orgueilleux au-delà du raisonnable, et qui, quand on leur explique que leur pays va mal vous répondent que si vous n’êtes pas content vous n’avez qu’à vivre ailleurs. Soit, c’est les plus gênés qui s’en vont et je me ferais un plaisir de leur être gré dès que mes moyens ou une occasion me le permettront.Comprenez bien j’étouffe dans votre pays. Je dis bien votre pays parce que par ma naissance je peux demander la double nationalité, et j’ai hâte de la demander. Hâte de m’offrir un choix que les français n’auront bientôt plus, celui de la liberté.

 

J’ai 51 ans et j’ai vu comment ce pays a évolué. Il n’a pas toujours été comme ça. Je me souviens d’un pays où la politesse « vieille France » était purement exquise, où les gens, pour autant qu’ils voyageaient peu, étaient curieux des autres, où la culture bouillonnait assez pour réunir des millions de spectateurs devant Apostrophe, les émissions de Chancel, Droit de Réponse ou Téléchat, etc et rameuter le banc et l’arrière banc de sa société incivile à travers HaraKiri, puis Charlie avant qu’il vire réactionnaire de gauche et enfin martyr bien commode de la droite réac. J’ai vu aussi un pays qui avait du mal avec son immigration qui tant qu’elle se tenait tranquille et silencieuse, ne l’observait pas, l’ignorait. Puis il y a eu la Marche des Beurs, que Mitterrand s’est empressé de manipuler pour en faire SOS Racisme, tout en veillant à faire grossir la voix de l’extrême droite à seul fin de court-circuiter les gêneurs. C’était les années 80 et dès cette époque là les français ont voulu devenir des américains ordinaires.   C’est dans ces mêmes années que nos médias sont passés entre les mains des holdings, que les premières lois hygiénistes contre le tabac, l’alcool, sont apparues, qu’on a commencé à se dresser les uns contre les autres pour un mot, une idée, parce qu’elle n’était plus « politiquement correcte » et que les tensions entre les communautés ont commencé. Dans les mêmes années 80 que l’on tressait des lauriers à Djian, pâle imitateur de la littérature américaine moderne. Et dans la décennie suivante ce phénomène a littéralement explosé. Pire, il a atteint l’état lui-même. Qu’on les apprécie ou non De Gaulle, Pompidou, Giscard et Mitterrand étaient d’authentiques hommes d’état. Beaucoup plus intéressés par laisser leur nom dans l’histoire de leur nation que par la seule perspective de gagner une élection. Une main dans notre poche, on peut même y inclure Chirac là dedans, ne serait-ce que par son refus de participer à une guerre criminelle fomentée par des voyous. Et puis nos hommes d’état sont devenus des hommes politiques. Des intérêts de leur nation ils sont passés aux intérêts de leur minuscule carrière. Ils ont gouverné à coups de slogan et pour le compte exclusif de leurs donateurs de campagne, le Medef, le CAC40. Des gestionnaires naviguant à vue à coups de sondages. Des gestionnaires totalement déconnectés du monde réel, vivant en cercle fermé, repliés sur eux-mêmes et s’arrogeant privilèges sur privilèges comme au meilleur temps de la monarchie. Une caste. Un entre soit de politiques, d’artistes d’intellectuels, de journalistesde leurs amis qui jouent depuis 40 ans aux chaises musicales dans un pays où le cumule des mandats concerne aussi bien politiques que vedettes. Et les français ont laissé faire en étant intimement persuadés que c’était ça être moderne, mondialisé…

 

Selon les Cassandres zélotes et scabreux de ce pays la faute à 68. La génération 68 a pris le pouvoir et elle a renversé les vraies valeurs de la vraie France de souche. Ça doit pas être complètement faux et si vous voulez mon avis c’est pas plus mal. Cette génération a fait rentrer la France dans le monde, la modernisée, dépoussiérée, bref la vraie France de la vraie valeur de souche c’est pas plus vers 1950 qu’après ou pendant 68. La réalité c’est que ce pays s’est laissé séduire par les sirènes de la globalisation à l’américaine, libéralisme économique et démocratie arrangés main dans la main. Et pas seulement la génération 68, tous les français. Dans les années 80 on voulait tous devenir des américains ou des anglais avec les dents longues, greedis good, et dans les années 90 on a surfé sur la vague économique en causant éco-responsable et respect des communautés… Chacun la sienne, les tunisiens, les français, les musulmans, les chrétiens, les bobos, les marocains, les SDF, les quartiers, les sénégalais ou que sais-je. La si fameuse et si glorieuse civilisation catholique et française a tendu son cul à la civilisation anglo-saxonne et protestante et elle a aimé ça jusqu’au 11 Septembre.

 

A partir de là, à partir de cette guerre globale contre le terrorisme dans laquelle nous nous sommes tous laissés prendre à la traine d’une Amérique dévoyée, tout nous est revenu en pleine face à commencer par l’haleine fétide des locuteurs communautaristes d’une France qu’on croyait périmée et dont on pourrait résumer le message en mot d’enfant par « immigrés caca ». Le message se précisant à mesure des années à « musulmans caca ». Mais pour le moins en réalité c’est la même chose puisque ce relent nous vient du discours du FN qui depuis sa création n’a pas digéré la perte de l’Algérie française et de l’empire idoine. Et le discours est devenu d’autant plus sophistiqué, brassant d’autant plus large que non seulement l’héritière veut le pouvoir mais qu’il est repris de la droite à la gauche, à la fois érodée sur leur propre terrain, le social et l’économie et encalamitéedans un discours globalisant à base de conflit des civilisations, de libéralisme économique et d’interventions militaire de plus en plus fréquentes. Ajouté à ça une énième crise financière et l’âme française se resserre comme un zizi à la baignade. Vous me direz que l’inflation du discours réactionnaire a commencé avant l’attentat, je vous répondrais certes, mais celui-ci lui a donné une formidable chambre d’écho. Et une chambre d’écho d’autant plus puissante que si hier (comme aujourd’hui dans une certaine mesure) l’antisémitisme, à savoir une construction mentale, était le crédo de l’extrême droite, la phobie de l’Islam, du monde musulman en général, et par extension des maghrébins, repose non plus sur un raisonnement biaisé et ou malade mais une peur qui a toute raison d’être. Une peur qui touche tout le monde et qui est en train de confiner à la panique pure et simple. Etat d’urgence, déchéance de la nationalité, « ennemi de la Nation » et non terroriste inscrit dans la constitution, loi sur le renseignement… Comme si la menace ne concernait que les vrais français de souche nés de vrais parents français, blonds avec les oreilles bien dégagées. Comme si les 130 morts étaient tous de bons français bien blancs pure souche….

 

Depuis ce fameux et funeste vendredi 13 les Cassandres de la droite réac de se frotter les mains, les bourreaux ont exactement le profil de leurs ennemis séculaires : la jeunesse et la jeunesse des quartiers. La racaille comme ils disent. Ils nous avaient averti, braillent-ils en se tapant sur le ventre, le réel messieurs mesdames, le réel, car ce sont des experts en réalité. Et pourtant… Et pourtant dans les années 90 un film intitulé la Haine nous prévenait déjà, l’important c’est pas la chute c’est l’atterrissage… et pan Bataclan. La droite réac a détesté, on présentait mal les policiers et bien les haineux des quartiers. Et pourtant de NTM à Assassin tous nous disaient, la génération qui arrive, les petits, est pire que la nôtre. Et pourtant Fadela Amara avant qu’elle ne vende sa culotte pour un siège, fondait Ni Pute Ni Soumise et pas pour des nèfles. Et pourtant il y a eu les émeutes des années 80, 90, 2005…. Les français ont dormi, unanimement, et après avoir freiné des quatre fers sur toute les mesures qui aurait pu améliorer la situation, la droite réac et son corolaire du FN de beugler que fallait les écouter que eux ils savent, qu’ils incarnent la France à eux tout seuls, la vraie, de souche, la réelle…

 

Les français ont dormi et continuent de dormir parce que les supermarchés sont encore pleins et qu’on peut y aller avec sa petite auto. Plus vraiment les Trente Glorieuses mais encore comme un goût. Votant toutes les x années pour un moule, une caste de carriéristes politiques, en espérant que l’autre fera mieux que les prédécesseurs alors qu’il est évident que de droite à gauche ils suivent tous exactement la même politique, la même feuille de route, celle de l’Europe marchande, celle du CAC40, tout en veillant à dorloter leur électorat à coups de mesures rarement mises en application ou bien à la faveur d’un lobby. A coup d’artifices sociaux comme le Mariage pour Tous, de grands discours sur le thème de la République Laïque et Indivisible… du royaume de France. A coups d’effets de manche populistes et de petites phrases. Ils ont voté pour des lessives interchangeables et immédiatement ils pensent avoir trouvé la solution à tous leurs maux en la personne d’une autre lessive, d’autres yakafokon, parfaitement assujettis à une caste dans laquelle ils sont nés, et prétendant comme toujours connaître le peuple mieux que tout le monde. Parce que ne nous leurrons pas, ce n’est pas parce que le FN embauche des pieds nickelés issus de la société civile qu’il fait œuvre sociale ou que sa tête n’appartient pas à exactement la même bourgeoisie que celle des Copé, Sarkozy, Hollande et sa courge impériale. Le même système, le même cénacle, la même éducation à peu de choses près, les mêmes écoles, rallyes, lieux de vacances. Je le sais d’autant que j’ai été élevé dans ce milieu et que je suis à peu de choses près de leur génération.

 

Or les faits sont là, les français votent en réalité pour des individus qui, uniformément et quelque soit la couleur politique vivent dans un autre monde. Ils ne le font même pas exprès, c’est dans leur éducation, inscrit dans leur parcours. Ils se sont hissés soigneusement à l’abri des contraintes que connaissent leurs concitoyens, à l’abri de la société. La plupart n’ont même pas eu à gagner leur vie et n’ont même pas essayé. Et on ne devrait même plus se surprendre. Prenons un exemple au hasard, Madame la ministre du Nutella qui se vante sans vergogne de faire un excellent travail et même d’être indispensable, que déclare-t-elle quelques semaines après les attentats de Paris ? Que les français devraient arrêter de regarder le mauvais côté des choses qu’il y a plein de trucs qui vont bien en France. Pendant que les mêmes, toujours plus soumis à l’impôt regardent les évadés fiscaux multiplier leur fortune, que décident l’assemblée ? De voter une loi fiscale favorisant l’opacité dans ce domaine. Alors que le paysrejette par référendum une constitution, son sémillant nano président lui ressert tout chaud et sans lui demander son avis, c’est pour son bien. Tel député LR affirme que les lois anti tabac favorisent le djihadisme et Henri Guaino, diva outrée, de déclarer que les députés exercent dans des conditions épouvantables et qu’ils sont très mal payés… Et ne parlons pas des élucubrations des frontistes, entre l’invasion des djihadistes qui ne poussent pas dans le bocage et le Grand Remplacement on nage en plein fantasme paranoïaque. Un fantasme qui par ailleurs s’auto alimente de l’actualité. Bien entendu, et c’est la le pire peut-être, médias, intellectuels, auteurs, artistes, dans leur large majorité prennent le même pli, vivant et parlant d’un monde qui n‘existe que dans la lucarne de leur narcissisme. Zemmour se prend pour la France et vend des millions d’exemplaires en parlant d’un pays qui n’a jamais existé que dans la nostalgie de sa seule enfance. Yann Barthes est tout à fait certain de son impertinence. Finkielkraut radote sur l’incompatibilité de l’Islam avec la république, comme si ce même Islam était une génération spontanée, une nouveauté en France et qu’il fallait absolument s’en débarrasser. Le cinéma ne produit que des films ressemblant à ceux qui les réalisent, bourgeois, franco-français, complaisants. La littérature bégaye entre l’à peu près et le one man show multi tâches. Et ne parlons même pas des médias nationaux qui ‘hésitent plus à bidonner leurs reportages pour faire de l’audience.

 

Pour une raison qui m’échappe complètement non seulement les français semblent accepter sans hausser le ton toutes les mesures qu’on prend au nom de leur « sécurité » et de la « défense de la nation » mais ont l’air de croire qu’une lessive qui n’a jamais servi fera mieux que les lessives déjà utilisées. Si les américains votent la plupart du temps pour celui qui assure le mieux le show, confondant politique et entertainement, les français votent pour celui ou celle qui fait le plus sérieux, le plus monarque et leur idée d’un vote moderne, du renouveau en politique et d’aller chercher dans un remugle de fond de tiroir d’idées et de positions qui n’ont en réalité pas évoluées depuis les années 50, mieux, des idées et des concepts qui imaginent toujours la France au XXème siècle. Un petit exemple, une des obsessions du FN et de redonner à l’armée sa puissance et son prestige. Une des raisons invoquée parmi tous les périls qui menacent la France, le réarmement chinois… La France fantasmée des Le Pen et de leurs admirateurs compte-t-elle se mesurer à la première puissance économique et bientôt militaire du monde ? Pense-t-elle seulement qu’en allant faire les yeux doux à Poutine et en se faisant financer par lui elle aura une petite place à la table des grands ? Ah non c’est vrai, la France est déjà grande…. Historiquement membre du Conseil de Sécurité et France Afrique… Sauf que la France Afrique n’est plus que la prébende de Bolloré et de ses amis affairistes africains, que nous sommes plongés au milieu d’un système économique de captation qui n’hésite plus à déclencher une guerre, voir plusieurs, que le Moyen Orient et nos « amis » émirs sont en train de se déliter entre chaos et déficit économique. Et qu’en l’occurrence nos « amis » chinois ont un sens de la négociation guère plus accommodant que nos « partenaires » américains et qui se résume à « fait ce que je dis ou je t’écrase ».

 

Un jour je discutais avec un biterrois, un habitant de Bézier, des mesures de leur sémillant maire, fichage des administrés par appartenance religieuse, création d’une milice, réarmement de la police municipale, hommage aux héros de l’Algérie Française… Et de lui de me répondre que tout ça ne les concernait pas, qu’ils appelaient leur maire « Bobby » et que de toute façon ils avaient la tête dans le guidon à cause de l’endettement de la commune suite à l’incompétence des prédécesseurs. Et je crois que c’est bien ça le drame de ce pays, il manque totalement de maturité. Quand les lois sur le renseignement furent votées, à peine si ça chouina, manifestations faméliques au milieu de l’indifférence et bavardages creux dans le poste. La prolongation de l’état d’urgence ? Approuvée massivement, déchéance de la nationalité pour les suicidaires du califat ? Super idée, les sondages sont formels et infaillibles. D’ailleurs ils vont bientôt gouverner le temps d’antenne des politiques qu’un projet de loi propose de réformer « éthiquement ». Bientôt ce ne sera plus la seule représentation de chaque parti, mais la représentation par intention de vote. Pour être sûr que seuls les trois gros partis puissent tenir le crachoir en toute quiétude.Et quand le petit gros mal fagoté leur a braillé que son ennemi c’était la finance ils l’ont cru juste parce qu’ils n’en pouvaient plus de l’obsession du nano président pour l’argent. Les français sont immatures et ont la tête dans le guidon d’une économie et d’une société qui pensent-ils se délite sous leur pied. Calais est rempli de réfugiés, les rues de Paris et d’ailleurs de SDF et de roms, les quartiers nord de Marseille comme bien d’autres quartiers de France… et de Corse… sont une jungle où l’autorité de l’état n’a plus court et pendant ce temps les familles les plus riches de France voient leur capital augmenter de 25%…

 

Les stratèges de Daesh ont été formés au cuir des redoutables services de renseignements de Saddam Hussein. Ils n’agissent pas au hasard, jamais. De Merah aux attentats de Paris, l’expression de leur violence se repose sur un même état des lieux que l’extrême droite. Une jeunesse apatride et nihiliste issue de quartiers défavorisés. Leurs cibles symbolisent tout ce que déteste égalitairement l’extrême droite, les bobos, le sionisme, les juifs, la frivolité, et les musulmans « intégrés », la « sociale démocratie». Et leur stratégie militaire, leur méthode, obéit à la fois à la porosité de la société française en matière de trafic d’armes et de délinquance, à sa schizophrénie vis-à-vis de l’Islam, et l’art et la manière de frapper l’imagination. Leur but est moins d’imposer la terreur que la guerre. D’accélérer la déchéance d’un pays qu’ils considèrent à juste titre comme le ventre mou de l’Europe. Et qu’on le veuille ou non, qu’on l’accepte ou pas, cette stratégie ne peut qu’arranger et favoriser l’extrême droite. Du reste, il suffit d’écouter leurs locuteurs périphériques, Zemmour, Levy, Finkielkraut ou Soral pour s’en convaincre, ils nous l’avaient dit que ça allait arriver, qu’il fallait arrêter de faire de l’angélisme et blablabla. Dans ce pays on peut apparemment faire carrière rien qu’en braillant qu’on est les premiers à avoir vu les cadavres dans la rivière. Et dans ce cadre on pourrait même être tenté de se dire que ce glorieux pays va être battu à son propre jeu par un ramassis de voyous et de tortionnaires fanatisés. Et si vous pensez qu’au cœur de l’extrême droite ne se trouve pas exactement le même genre d’individus, repensez encore. Très finement Arte a reprogrammé récemment l’un des chefs d’œuvre de Lang, M le maudit. Remplacez le psychopathe pédophile par des psychopathes entrainés à la guerre et aux combines et vous avez au sein de la population exactement le même processus que nous vivons actuellement. Or rappelons, ce n’est pas le maudit que dénonçait ici Lang mais la montée du nazisme, la fascisation de la société. Est-ce que je pense que le FN est composé des nazis en herbe ? Ben sûr que non. Leur cœur va d’ailleurs plutôt du côté de Pétain que d’Hitler. Mais il va de toute façon vers ce qu’on appel pudiquement des « régimes forts ». C’est-à-dire dans le contexte actuel, non pas drapeaux et oriflammes au son des bottes, mais des régimes tel que la Chine et la Russie, sans pour autant en avoir et d’aucune manière les moyens. Sur ce constat, la succession d’échecs prévisibles à la politique illusoire du FN trouvera tout naturellement son explication, son issue, dans l’immigration, les musulmans, la délinquance ordinaire, et pourquoi pas le manque de patriotisme des chômeurs….

 

Pourtant la Pompadour du ministère de l’écologie des lobbies n’a pas complètement tort, la France va encore plutôt bien. En dépit de l’état d’urgence et de la fatigue qui s’accumulentles fonctionnaires chargés de ces questions n’ont pas encore viré Tcheka. Le morale est assez bon pour que les gens soient motivés « à faire quelque chose » même s’ils ne savent pas exactement quoi. Nous sommes à la pointe dans certains domaines industriels, comme l’informatique, notre économie se tient la tête hors de l’eau cahincaha en dépit de l’incompétence et de la corruption de la classe dirigeante. Et malgré la somme ahurissante de taxes et d’insuffisances émanant du RSI, et autres comités Théodule, spécialités franco-françaises, on continue d’entreprendre, d’y croire, de vouloir se réaliser à travers un projet. Et comme je disais plus haut, les supermarchés sont pleins et la cohésion sociale encore assez forte pour que mon quartier socialement mixte soit paisible, n’en déplaise à nos Cassandre de la guerre civile en devenir. La France va plutôt bien parce que son histoire, sa civilisation, sa culture, est solide. Et qu’en dépit de ce qu’on veut bien nous dire, les gens ont un cerveau et des projets. Pour toutes ces raisons, et quelques autres, il est possible que la stratégie de délitement de Daesh soit un échec, que l’espoir que fonde le FN sur ce délitement pour être appelé au secours soit remisé à des fantasmes. Que l’immaturité politique de ce pays d’un bout à l’autre de la chaîne alimentaire finisse par se heurter à la reprise en main de la société civile. Mais en l’état ce pays se laisse lentement prendre, lentement enfermé dans un carcan de mesures répressives, de différenciation entre ses citoyens, et quand il n’entend plus se laisser faire, il se retourne, comme en Corse, contre l’ennemi désigné. Ce n’est plus l’absence de l’autorité de l’état qui pose problème, ce n’est plus la précarité sociale, ce n’est pas 40 ans de gabegie politique ni le morcellement d’une société, c’est les musulmans, unanimement.

 

L’important dans cette histoire ce n’est pas la chute, c’est l’atterrissage…