La Formation de l’acteur ou le roi est nu

Cher Emmanuel

Pardonnez par avance cette figure de familiarité qui m’entraîne ici à vous appeler par votre prénom, cher candidat à nos destinées, mais c’est ainsi que l’on fait dans le milieu du théâtre ou du cinéma. Or il m’apparaît urgent de vous donner par le présent article quelques conseils au sujet du travail d’acteur. J’ai au cours de ma carrière dirigé des comédiens, mis des mots dans leur bouche et ce que je n’ai pas appris auprès d’eux, je l’ai appris en les observant au travers d’une quantité industrielle de film. Il se trouve également que je suis un bon directeur d’acteur, je pense donc être tout à fait, sinon largement plus compétent dans ce domaine que le touriste qui actuellement vous fait travailler votre jeu de scène. Car de deux choses l’une, soit c’est un charlatan, soit vous n’écoutez aucun de ses conseils. Il y aurait bien une autre hypothèse, mais je n’oserais jamais le croire de la part de la coqueluche des Français des instituts de sondage, celle qui voudrait que vous soyez tellement arrogant et plein de vous-même qu’en dépit du fait que c’est votre première élection, vous vous êtes aventuré sans filet dans cette galère. Aussi permettez moi de vous rappeler en préambule cette vérité en or : en politique, l’image est tout.

Comment dire ? Comment exprimer au plus juste mon ressenti quand j’ai vu pour la première fois cette vidéo dans le confort d’une soirée sereinement ennuyeuse ? Quand sous mes yeux incrédules, je vous ai vu asséner vos quatre terribles vérités à Donald Trump ? Je sais, ce n’est pas charitable, mais je dois le confesser Emmanuel, en à peine trente secondes, vous avez transformé mon ennui en complète hilarité. Après l’épisode du poulet qui braille voici celui du poulet qui gronde.

 

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Évacuons tout d’abord la question du fond et glissons sur cette figure de lieu commun chez nos hommes politiques de relier dans une même phrase Lafayette et le Débarquement pour souligner notre soumission nos liens indéfectibles avec l’Amérique. Le lieu commun est un élément essentiel du langage d’un candidat, on ne vous en tiendra pas plus rigueur qu’à vos concurrents mais néanmoins collègues. En revanche puis je vous faire remarquer que d’évoquer l’un et l’autre quand on se déclare comme le candidat du renouveau, n’est pas forcément des plus judicieux. Considérant que cet élément de langage, cette idée qui n’en est pas une pour résumer notre histoire avec les Etats-Unis, a déjà été employée environs 250.000 fois depuis De Gaulle au plus obscur élu de la plus obscure circonscription occupé à inaugurer un Mc Do. Ceci fait, j’ajouterais que de rattacher ce lieu commun à l’Europe et à sa construction n’est pas non plus des plus à propos quand par ailleurs celui à qui on s’adresse détricote implicitement ce lien atlantiste qu’il estime dépassé. On ne lutte pas contre une idée nouvelle avec de vieux principes, on s’adapte.

Abordons maintenant la question essentielle à la posture de candidat, celle-là seule que retiendra l’électeur à l’heure de l’urne, la forme, l’apparence, l’emballage du yaourt. Mais pour commencer, à titre de préambule permettez-moi de vous présenter celui sur lequel je vais en partie m’appuyer pour vous initier au délicat travail d’acteur. Je veux parler de Constantin Stanislavski, auteur de la Formation de l’Acteur d’où seront tirées mes citations. Constantin Sergueïvitch Stanislavski, 1863-1938, de son vrai nom Alexeïev, est un comédien, metteur en scène et professeur d’art dramatique russe inventeur du système éponyme et qui est au jeu et au métier d’acteur un incontournable. Afin de répondre aux exigences naturalistes d’auteurs comme Tchekov ou Gorki, il mit au point ce système de jeu proposant au comédien non pas de ramener le personnage à hauteur d’homme comme avec la Méthode de Lee Strasberg, mais au contraire de mener le comédien vers le personnage afin de ne pas en diluer la dimension poétique et épique, ceci en se reposant essentiellement sur la mémoire émotionnel et l’intériorité, notamment en inventant un passé à celui qu’on incarne. Ou, dans le cas qui nous occupe, celui que vous vous proposez d’incarner. Car il faut bien entendre votre actuelle campagne, comme toutes celles de vos camarades, présents, à venir et passé, comme rien de plus qu’un très long et couteux casting durant lequel vous devez convaincre votre public de votre capacité à incarner un rôle. Attendu bien sûr qu’il ne pourrait vous être tenu rigueur de vous engager sur des décisions prise par d’autre, puisque tout ce qui vous est réclamé à ce poste, c’est d’être crédible, pas, surtout pas, d’avoir des convictions et la volonté de les mettre en application. De la crédibilité donc, et pour être tout à fait franc ce n’est pas le premier mot qui vient à l’esprit quand on vous regarde dans cette vidéo.

De l’assurance et de l’importance du centre de gravité

Pour commencer, je rappellerais cette vérité énoncée par le grand homme : « Dans un rôle qui n’est pas encore solidement construit sur des sentiments, que chaque vide soit comblé par des clichés, voilà le danger. » Et cette autre réalité : « Il suffit d’une bonne entrée, d’un mot et le public est pris ». Or se tenir de côté, un coude posé sur le pupitre, puis s’essuyer au passage discrètement le nez pour chercher ses mots, indiquer deux directions différentes pour placer un continent imaginaire et situer géographiquement votre interlocuteur en parlant de notre océan, n’est pas et ne sera jamais une forme d’introduction. Au mieux, il s’agit ici de votre part d’une improvisation autour de la notion d’affirmation de soi. Or on ne s’affirme pas si physiquement, on ne s’ancre pas. Et on ne fait pas figure de cette affirmation si on ne croit pas soi-même à cette posture. « Ne vous permettez jamais de représenter extérieurement quoi que ce soit que vous n’avez pas éprouvé vous-même intérieurement et qui ne vous intéresse pas » conseille Stanislavski. Regardez donc les vidéos de discours de Nicolas Sarkozy par exemple, il tient son public. Ses yeux sont fixés sur un point imaginaire, un membre imaginaire du public faisant figure de tout, c’est lui qu’il séduit, lui à qui il s’adresse. Du public traité comme individu unique.

Vous-même ici déclarez vouloir vous adresser à un homme tout en roulant maladroitement les mécaniques pour vos fans. En fait, ce que vous évoquez réellement ce n’est non pas un homme s’adressant franchement à un autre homme, mais à un vantard dans un bar racontant à ses copains ce qu’il dirait s’il avait le gros dur face à lui. Or implicitement se tenir de côté, c’est traduire par le langage du corps un manque de certitude, et même une forme d’insécurité qui vous pousse à dérober votre ventre. Et on ne se dérobe pas implicitement quand explicitement, on prétend ne pas le faire. Pas plus qu’on ne pose jamais son coude sur un pupitre comme vous le faites. L’ahuri qui vous sert de conseiller en image vous a peut-être expliqué que ça donnait effet de connivence, d’être proche de votre public, foutez le dehors et à nouveau prenez modèle sur ce grand comédien incompris qu’est Monsieur Sarkozy. Voilà un homme de petite taille, sans véritable pouvoir ni autre conviction que sa seule ambition personnelle et qui a fait de la trahison un mode d’ascension, qui pourtant a réussi à faire croire à un pays tout entier qu’il était un géant rugissant à qui nul ne savait résister et qu’il lui suffisait d’apparaitre et de parler pour résoudre tout ou partie d’un problème. Or c’est là tout le secret d’un bon comédien, faire croire à l’impossible. Savez-vous par exemple que quand David Bowie a repris à la scène le rôle de John Merrick, Elephant Man, il l’a fait sans maquillage et ne quittant pas le plus souvent une baignoire, et ce, en se reposant sur la seule diction de son personnage et son texte. Bowie l’adepte de Brecht.

Pour vous aider à gagner en assurance et à en donner figure, il faut donc que vous cessiez de faire faire la girouette à votre corps, vous tenir de face, mieux, attrapez votre pupitre comme si vous attrapiez votre public par le col ou les épaules et faite comme si vous vouliez l’attirer physiquement à vous. Ensuite quand vous vous adressez à un Donald Trump imaginaire figurezle vous et inutile de nous indiquer la direction de « notre » océan ou du pays où il vit. Concrètement, Donald Trump ne vit pas aux Etats-Unis et il ne s’est jamais adressé au peuple américain. Il vit dans la télévision américaine et s’est adressé aux téléspectateurs. Il faut donc que vous fixiez la caméra comme s’il s’agissait du lieu où vivait l’intéressé et surtout que vous vous imaginiez l’avoir en face de vous.

Tout le secret d’une scène de dialogue, tout le secret même du métier du comédien tient, non pas dans de ce qui est dit ou montré, mais ce qui est suggéré. Ainsi dans un monologue comme par exemple la scène du balcon dans Cyrano de Bergerac, toute la valeur de la scène reposera autant sur la qualité d’interprétation du héros que sur la qualité d’écoute de son interlocuteur. Et si, comme par exemple, dans le cadre d’un hors champs, le comédien se verra le plus souvent en train de s’adresser à un point fixe dans le vide, tout son talent tiendra à la fois à la capacité d’écoute du metteur en scène, l’oreille faisant figure de réplique, mais surtout dans celle du comédien à se figurer son interlocuteur. Or, regardez donc Donald Trump. Physiquement, il évoque Shrek qui aurait croisé une lampe UV et un coiffeur pour animal de compagnie. C’est un ogre, un ogre d’un mètre quatre-vingts dix qui a fait de l’arrogance et de l’agressivité un mode de communication. Et ce n’est pas ici une critique, c’est seulement un constat d’image. Donald Trump c’est en somme le gros balaise qui à la Communale vous brimait avec ses copains, ricaneurs et agressifs. Et ne prétendez pas que ce genre de personne n’est jamais intervenu dans votre vie, car c’est exactement cette peur, cette inhibition, que traduit chez vous les maladresses de votre corps.

Or il existe plusieurs « trucs » pour donner figure d’assurance quand on en manque. D’une part, comme je le disais plus haut, s’ancrer physiquement qu’il s’agisse par le regard de fixer un point imaginaire et s’y figurer ce que l‘on veut ou de se tenir tranquille. D’autre part utiliser son ventre. C’est apparemment un de vos grands défauts, vous ne savez pas utiliser votre ventre et plus exactement votre plexus solaire. Par exemple quand l’autre fois, vous avez fait la risée du public en vous égosillant comme un poulet maladroit personne apparemment ne vous a dit que la voix, sa puissance, ne venait pas de la gorge ou du volume d’air de vos poumons, mais des muscles de votre diaphragme. Il faut que vous déplaciez votre centre de gravité vers le bas. Car la conviction ne s’exprime ni avec la bouche ni avec l’intellect, mais avec les tripes. Regardez par exemple Monsieur Trump, quand il se penche, il attire son pupitre vers lui et quand il se redresse, il parle avec le ventre en haranguant la foule comme un camelot de foire, et en levant un doigt sentencieux vers le ciel. Vous votre doigt, il fait quoi ? Il donne la direction de la coulisse comme si vous nous désignez votre directeur de campagne et que vous nous disiez, « c’est lui qui m’a dit de dire ça ».

Ensuite, l’usage du poing pour souligner chacun des éléments de langage que vous utilisez, comme « ambitieux » ou « amour de la liberté », c’est dans votre cas une déplorable idée. L’usage du poing sur la table peut fonctionner si c’est un Poutine qui l’utilise, car il peut notamment s’appuyer sur l’image de virilité qu’il a soigneusement cultivée dans les médias. Il est crédible dans l’exercice parce qu’on l’a vu sur un tatami ou torse nu sur un cheval tel un minotaure érotisé sorti des steppes sibériennes. Son poing sur la table accompagne son regard de tueur, c’est quasiment comme si on le sentait atterrir sur notre figure. Vous, c’est exactement l’inverse. Vous avez le poing d’un commis d’état habitué à serrer des mains et rien de plus. Vos phalanges n’ont jamais connu l’épreuve des coups, votre poignet est légèrement relâché, tout est mou. Donc surtout ne serrez jamais les poings, ils rappellent tout ce que vous n’êtes pas, un dur, et tout ce que vous êtes, un jeune homme sans expérience. Si vous voulez faire cet effet de soulignement, appuyez-vous sur le plat de votre main ou sur votre index. Non seulement cela vous permettra d’ancrer véritablement vos propos, mais surtout cela cachera l’un des reproches que l’on vous fait, à savoir que vous n’êtes qu’un banquier d’affaire, un gratte-papier aux paumes lisses et roses sans la moindre idée de nos réalités quotidiennes.

De la nécessité d’analyser la scène que l’on joue

Autre conseil que donne Stanislavski est celui-ci : « Demandez-vous quel est le nœud de la pièce, ce en quoi elle ne peut exister, puis passer en revue les points principaux sans rentrer dans les détails. ». Le nœud ici de la pièce qu’on vous demande de jouer est Donald Trump, mais également votre posture à son endroit, non pas en tant que candidat mais comme président.Et ici, nous allons approcher une première réalité de votre travail de comédien et que vous devez absolument garder en tête, vous ne devez pas, jamais, vous positionner comme candidat, mais comme si vous étiez déjà élu. Regardez par exemple cet homme que vous avez appris à mépriser et qui a si merveilleusement favorisé votre ascension, François Hollande. Voilà un individu dont la gouvernance laisse à penser qu’il n’a jamais été là, qu’il a présidé le Conseil des ministres en touriste. Pourtant quand il braillait que son ennemi, c’était la finance, ses électeurs y ont cru, et pourquoi ? Parce qu’avec son physique de notaire, il a réussi à faire avaler qu’il avait la dimension nécessaire pour lutter contre les requins de la finance ? Non pas. Et je suis certain que personne ne se l’est figuré à ce moment-là en train de remonter les bretelles de Bernard Arnaud comme à nouveau un Poutine quand il s’est mis en scène à jouer les durs à un conseil d’administration. Parce que son discours intervenait tout de suite après le mandat du bling-bling et du mauvais goût parvenu ? Sans doute, mais pas seulement. Car, comment séparer ce physique de rentier et cette carrière de figurant au sein de la gauche aux truffes du monde de l’argent ? Non, tout le secret de la posture est que bien qu’il ait parlé au futur, quand il s’affirmait « moi Président, je serais… » Il était déjà Président et non plus candidat. Dans son esprit, il incarnait, au sens prendre chair, le rôle. Vous, c’est exactement l’inverse. Vous faites figure de candidat et qui plus est, à cette façon de vous pencher sur votre pupitre comme si vous étiez à la buvette de l’assemblée, de candidat occupé à raconter une anecdote de bureau à ses copains.

Ensuite, venons en au nœud du drame, Donald Trump. Vous nous dites textuellement : « Et je veux dire ce soir à Monsieur Trump l’Américain qui depuis de l’autre côté de notre océan devrait avoir un peu plus d’humilité. » Comme il s’agit ici d’une ligne de dialogue, je vais donc faire appel à ma propre compétence d’auteur. Pour commencer supprimez les éléments superflus comme « je veux dire ce soir ». On sait que vous voulez le dire, on le sait et on entend même que votre public attend que vous le disiez, l’annoncer, c’est comme de prendre son élan, télégrapher son coup, sortir une arme et bavasser avant de s’en servir. C’est non seulement inutile, mais ça dénature la force de ce qui est censé suivre. Nicolas Sarkozy lui aurait dit quelque chose comme « Maintenant, parlons de ce cher Donald Trump » avec un sourire de connivence qui aurait immédiatement fait comprendre à son public que le tout petit allait mordre le grand balaise et que ça allait faire mal. De la supériorité de l’implicite sur l’explicite dans l’exercice du jeu d’acteur. Ensuite, vous faites une erreur de débutant en formulant ainsi : « Je veux dire à… ». Non monsieur, on ne s’adresse pas à une personne qui ignore votre existence, ne sait probablement même pas qui vous êtes et qui plus est ne donne pas spécialement l’impression d’écouter. S’adresser à lui, c’est lui donner une tangibilité, c’est se situer sur une même échelle, bref c’est ajouter de l’importance à une personne qui prend déjà une place faramineuse. Surtout si c’est pour ensuite tenter de le diminuer en le qualifiant d’Américain. J’entends bien qu’il s’agit à façon de vous mettre le public dans la poche, Trump l’Américain comme on dirait le crétin, mais ce n’est d’autant pas nécessaire que cette notion est déjà dans l’esprit de vos spectateurs, qu’il est américain et que c’est un con. Ajouter une évidence à une autre n’en fait pas une vérité ni n’ajoute de force à un discours, en fait cela en diminue la portée.

Ensuite proposer les termes de l’humilité à un homme qui a gagné des élections en ayant jamais eu la moindre responsabilité politique, en faisant scandale à coup de remarques grasses, de blagues vaseuses, de discrimination. Un homme qui plus est qui est devenu milliardaire en faisant de la vulgarité son credo et en accumulant un certain nombre d’échecs cuisant, ayant réussi à faire croire, lui le produit parfait du système, qu’il était un outsider, mieux, l’ami des petites gens, ne peut en aucun cas être humble. Je vous rappel ensuite que vous vous adressez à un homme de 70 ans et quand on a votre âge ce n’est pas faire soi-même démonstration d‘humilité, mais de suffisance, d’arrogance. Surtout quand en plus, vous ajoutez du possessif à océan et plus loin à terre ou à plage. Notre océan, nos terres comme si vous étiez roi d’un monde sur lequel le soleil ne se couche jamais. Or cette figure de style n’aide ni à réduire l’image de privilégié qui vous colle à la peau ni à diminuer cette prétention qu’on prête si souvent au Français, notamment les Américains, et dont vous vous faites ici le chantre. Car il faut bien être un Français pour oser affirmer que monsieur Trump nous doit son existence.

Ressentir, c’est faire ressentir

Cité par Stanislavski, le comédien Tommaso Salvini disait : « L’acteur vit, pleure et rit sur la scène, cependant qu’il observe ses propres larmes et ses sourires. C’est cette double fonction, cet équilibre entre la vie et le jeu, qui fait son art. ». Toute la base, la règle d’or même de la méthode de Stanislavski, repose sur la vérité intérieure, votre vérité intérieure, ce que vous vous ressentez réellement ou êtes capable de ressentir. La plus grande erreur que vous et vos concurrents faites, c’est de penser que le texte se suffit à lui-même, que la force des propos sans être soutenu par la force d‘une intention est amplement suffisante. Par exemple, quand vous dites « je sais les jeunes américains » vous n’évoquez pas un souvenir historique, vous évoquez un ressenti. Mieux, vous n’évoquez pas non plus une compréhension de ce ressenti, mais carrément un savoir. Vous savez les jeunes américains venus mourir ici comme si vous-mêmes, vous aviez été jeune, américain et qu’un jour, vous aviez pris d’autre risque que de vous lever de table sans demander la permission. Non monsieur vous ne savez pas les jeunes américains devant une rangée de mitrailleuses allemande le visage arrosé de la cervelle du gars d’à côté et prétendre à ce savoir, c’est non seulement insultant pour les survivants mais qui plus est parfaitement ridicule. Contentez-vous, donc, quitte à utiliser ce cliché éculé, de faire comme les centaines de candidats avant vous, de vous souvenir.

Enfin, on vous entend plusieurs fois reprendre votre souffle. Il y a à mon avis ici autant une tentative d’effet de style, comme si vous étiez submergé par l’émotion qu’une réelle difficulté à tenir la distance. Alors je ne vais pas revenir sur la nécessité d’aller chercher en soi un sentiment, j’ignore même si vous avez été capable un jour de la moindre passion tant vous semblez raisonnable comme un dimanche à l’église. Je vais plutôt vous donner deux trucs qui vous aideront d‘une part à placer votre respiration d’autre part à savoir si un texte sonne ou non. Le premier, c’est de prendre une longue tirade, si possible sur le ton de l’engagement et de la conviction, je vous conseillerais donc la tirade des « Non merci » dans Cyrano. Elle vous aidera à savoir ce que signifient l’affirmation de soi et l’indépendance frondeuse. Puis de la réciter tout en faisant des tours de piste. Courir tout en déclamant. Mais ne vous contentez pas d’un seul ton. Dites le sur celui de la confidence, puis comme si vous alliez raconter une blague, puis sur le mode de la colère. Laissez libre cours à votre imagination et essayez tout ce qui vous vient à l’esprit à force non seulement le texte rentrera tout seul, mais surtout vous saurez comment maîtriser votre respiration et, j’insiste, non pas avec le haut de vos poumons mais avec votre ventre. Le deuxième truc, c’est de répéter votre texte à voix haute et forte, si possible, devant la glace. D’une parce que vous vous connaissez, vous savez à quel moment vous êtes faux et à quel autre vous dévoilez vos failles. Ensuite parce que ce truc de faire sonner les mots à l’oreille, truc de Balzac que j’emploie moi-même quoi que sans les gueuler, vous permet instantanément de repérer les dissonances et les assonances malheureuses.

 

Voilà, il y aurait bien entendu plein d’autres choses à dire, notamment sur le fait de répéter « monsieur Trump » c’est non seulement lui prêter plus d’importance qu’il ne devrait en avoir dans votre discours, mais dans le cadre dénature totalement le départ de votre proposition et qui est de s’adresser à une personne en particulier. Scander son nom ne le fera pas venir ni ici ni autrement, ce n’est qu’un élément de relance. Vous expliquer également que vos mains comme le reste de votre corps doivent habiter le rôle et pas chasser les mouches. Vous avez des mains pour compter les billets faites en sorte qu’on ne le remarque pas plus que ça. Je pourrais donc développer, mais non seulement mes conseils sont gratuits et vous êtes de cette classe sociale qui estime que gratuit signifie méprisable, mais surtout, je ne sais même pas pourquoi les gens s’entêtent à aller aux urnes, question casting ça fait vingt ans qu’ils sont parfaitement nuls. Quant à croire que vous puissiez, vous et les autres, faire autre chose que du tourisme en milieu d’affaire, pardonnez, mais j’ai passé l’âge des fées et des licornes. Je vous laisse donc à cette réflexion autour de votre image, en vous souhaitant, cher Emmanuel, d’être plus assidu quant à son élaboration. En dépit du fait que monsieur Bolloré a fait savoir à travers un sondage CSA qu’il vous kiffait, soyons raisonnable il y a assez peu de chance que vous soyez élu, votre jeunesse s’affiche trop pour un pays de vieux, votre passif vous plombe à plus d’un titre. Et ni Monsieur Minc, ce piètre « économiste » pour les nuls ni Monsieur Attali, ce gourou pour les nuls aussi ne constituent un parrainage raisonnable. Mais qui sait, sur un malentendu… Hollande a bien été élu…

Jacqueline Sauvage, une étrange affaire

Ca y est c’est fait. Fidèle à son absence de caractère, après avoir gracié partiellement Madame Sauvage, l’homme qui n‘était pas là a accordé une grâce complète à l’intéressée, au désespoir d’une partie des magistrats. On se souvient déjà sur le mariage gay comment notre badaud sous la pluie avait déjà tergiversé, parlant d’abord d’âme et conscience des maires avant de tapoter de son poing mou et rose sur la table. Avec l’affaire Jacqueline Sauvage on a à la fois un cas à part juridiquement, et une affaire tout à fait symptomatique de notre époque et ce pour plusieurs raisons. A la fois symptomatique du mode de gouvernance de l’absent de l’Elysée, du rapport incestueux qu’entretient le pouvoir avec la justice, de la médiatisation. Mais également idiopathique tant au sujet de la place des femmes dans la société française, que sur le thème de la violence à leur encontre qu’enfin au sujet d’un certain féminisme dogmatique et doctrinaire.

Jacqueline Sauvage, un cas d’école.

Jacqueline Sauvage est le portrait type de la femme battue. Soumise pendant plus de 20 ans à un mari violent qui l’a envoyé quatre fois aux urgences entre 2007 et 2012, elle est également le portrait type d’une femme née en 1947. Mariée à dix-huit ans, et mère un an plus tard. Sans diplôme, d’abord ouvrière dans l’industrie pharmaceutique puis dans la confection, elle est déjà maman de trois enfants alors qu’elle a à peine vingt-trois ans. En 81 son mari chauffeur routier est licencié, il décide de se mettre à son compte, achète un camion et sa femme occupe le poste de conjointe-collaboratrice, sans toucher de salaire. En 89 son fils et sa fille entrent dans l’affaire familiale qui fini par péricliter en 2012, année du drame. C’est d’ailleurs au cours d’une dispute sur la dites entreprise que trois coups de fusils partent. Madame a tiré dans le dos du mari, effrayée, selon elle, par l’éventualité qu’il redevienne violent. Ses filles attestent de sa violence et affirment même des attouchements sexuels. Il n’est pas seulement violent et incestueux, il est alcoolique. En garde à vue, cerise sur ce gâteau à la merde, Jacqueline Sauvage apprend que le jour même son fils s’est pendu. Son fils aussi souffrait de la violence de son père. Une violence qu’il reproduisait lui-même d’ailleurs sur sa femme, comme bien d’enfants dans ce cas. Espérant atténuer sa peine, Madame Sauvage invoqua la légitime défense. Mais pour les magistrats et les deux équipes de jurés qui ont successivement condamné et confirmé en appel la condamnation les choses ne sont pas aussi simples. Et mieux, la veille de la journée contre la violence faites aux femmes, avec un sens du timing délicat, la cour d’appel de Paris, rejetait sa demande de liberté conditionnelle. La raison invoquée par la justice pour rejeter l’argument de la légitime défense et la demande de conditionnelle était que la condamnée adoptait une position victimaire, qu’elle ne réfléchissait pas assez sur son crime, sans s’interroger sur la place qu’elle prenait dans le fonctionnement pathologique de son couple. Et le 24 novembre que sa « réflexion demeure pauvre et limitée puisqu’elle peine encore à ce jour à accéder au réel et authentique sentiment de culpabilité  ». Je ne sais pas pour vous mais je trouve que cette dernière phrase à un côté liturgique qui n’est pas sans évoquer l’acte de contrition réclamé à la sorcière sur son buché. Nous y reviendrons. La justice reproche notamment à Madame Sauvage de ne jamais avoir porté plainte même après les épisodes aux urgences, remet en doute le témoignage de ses filles quand elles invoquent des attouchements, mieux le personnel de la prison se plaint que madame se rebelle, on y reviendra également. Bref elle présente à la fois le portait mêlé d’une femme indocile mais soumise, se sentant à la fois non coupable de son geste mais apparemment assez coupable pour avoir caché la violence de son mari à la justice, aux services sociaux.

François Hollande, un autre cas d’école

Par une sorte d’antithèse asymétrique, François Hollande présente également à la fois le portrait d’un homme indocile et soumis. Indocile parce qu’il hésite tout en même temps à céder à l’opinion et à déplaire aux magistrats, ménageant tout d’abord la chèvre et le chou avec sa grâce partielle. Insoumis parce que déclarant avec un aplomb de touriste de sa propre lâcheté que les magistrats manquent de courage. Et soumis parce qu’alors qu’il ‘n’a plus rien à perdre, qu’il espère encore piètrement rentrer dans l’histoire autrement que par la porte de sortie, il fait une nouvelle fois preuve de la seule gouvernance dont il n’a jamais été capable : le sociétal, le cosmétique, et ce essentiellement pour satisfaire un féminisme doctrinaire et victimaire. Le féminisme de la bourgeoisie à conscience, de la maman et de la putain. De cette même bourgeoisie qui réclame à Madame Sauvage après près de quatre ans dans l’enfer carcérale français, pour des raisons qu’elle récuse, de se montrer docile, soumise, obéissante et surtout pénitente. Pour autant j’ai moi-même signé la pétition, je ne peux donc que le remercier pour l’intéressée. Pour le seul titre de la question juridique par contre c’est un autre sujet.

Légitime défense et rapport de perversion.

Toucher au principe de légitime défense c’est toucher à la boite de Pandore, Riposte Laïque, l’amicale des petits blancs mal dans leur peau, réclame déjà qu’on accorde la même grâce à Luc Fournier, le buraliste qui a fusillé un jeune voleur de 17 ans, Jonathan Lavignasse, et qui invoque aussi la légitime défense. Attendu qu’il savait que quelque chose se préparait, avait alerté la gendarmerie, tendu des fils pièges dans son commerce et campait à l’intérieur avec son fusil, la justice évoque plutôt l’autodéfense. Or l’autodéfense est également un thème de prédilection de la France apeurée, particulièrement en cette époque de terrorisme sauvage et quasi pathologique. On se souviendra par exemple de la tentative du maire de Bézier de créer une milice civile à seul dessin de troller les réseaux sociaux et les médias, et de faire les gros yeux aux immigrés. Mais pour en revenir à madame Sauvage, il ouvre peut-être un autre débat plus intéressant, celui dit de la légitime défense différée, comme il est intégré dans le droit Canadien. Ce qu’on pourrait presque inscrire comme une légitime défense spécifique aux femmes et enfants battus et qui s’appuie notamment sur ce qu’on appel le Syndrome de la Femme Battue ou SFB. Le SFB n’est pas une de ces nouvelles maladies inventées par la psy ou le féminisme américain. C’est un ensemble de signes cliniques que connaissent bien les travailleurs sociaux et les urgentistes privant la personne de trouver une solution raisonnable à la situation de terreur et de danger véritable dans laquelle elle se trouve. La victime se concentre alors sur les moyens pour se prévaloir de la violence du conjoint ce qui, sur le long terme, alterne son jugement. Une situation que connaissent également parfois les enfants eux même, à qui on ajoutera une sidération face à l’autorité induite par les parents et les adultes en général, plus le fait que leur parole peut être mis en doute et qui les conduit eux, plus souvent vers le suicide, l’automutilation ou la polytoxicomanie. Quand ils ne reproduisent pas sur d’autre leur martyr. Pour autant le SFB ne semble pas intégrer un autre facteur qui n’est pas rare dans ce genre de rapport de couple. Et un facteur que ne semble pas avoir non plus intégré la justice à l’endroit de Madame Sauvage, et qui est celui du pervers narcissique. Je n’ai pas choisi mon titre par hasard, dans une Etrange Affaire de Pierre Granier-Deferre, Gérard Lanvin tombe sous la coupe de Michel Piccoli sous l’œil médusé et impuissant de Nathalie Baye. Lentement mais sûrement, jouant le chaud et le froid, la séduction et la destruction, Piccoli exerce une emprise complète sur Lanvin au point de son implosion. Freud craignait déjà que ses concepts deviennent grand public et alimente nos babillages. Il avait raison. Le terme de harcèlement a été dévoyé, celui de pervers également, le terme de pervers narcissique devient une formulation à la mode pour de la psychologie de bas étage au service du victimaire, éludant par la même le caractère bien réel du drame. Le harcèlement est relativisé, le fauve se fond dans la foule du banal, à force de traiter tout le monde de facho, de crier systématiquement au loup, quand il survient personne ne fait plus attention. Or le pervers narcissique (à entendre ici en terme « clinique ») est une réalité. Il s’inscrit dans une relation de dépendance à coup de yoyo émotionnel, mélangeant gratification et douche froide jusqu’à se lasser de sa victime quand il l’a totalement dominé car c’est avant tout le pouvoir sur l’autre qui est son moteur à l’instar du psychopathe et du violeur. D’une intelligence plus souvent limitée qu’on ne le croit, elle est cependant concentrée sur le fonctionnement propre de la victime. Son narcissisme même (car nous le sommes tous à titre varié) son manque d’estime d’elle-même, et le rapport alternée contenu dans le triangle de Karpman, bourreau, victime, sauveur. Le bourreau pourra ainsi tenir à la fois les deux autres rôles et vice versa pour sa victime. Ainsi tel mari violent reprochera, après la baffe, à sa femme de le pousser à bout jusqu’à ce qu’elle finisse par se sentir elle-même coupable et donc bourreau des sautes d’humeur de son mari, quitte à se reprocher à elle-même son attitude et s’en excuser, devenant son propre tortionnaire. Ce qui laissera au pervers narcissique tout loisir d’étendre son pouvoir, par exemple en quittant le domicile, en se faisant supplier, en menaçant de divorcer. Inversant totalement le rapport jusqu’à prendre le rôle consolateur en revenant sur ses menaces et en « pardonnant » sa victime. Ce mécanisme intentionnel est fort bien décrit par le proxénète Iceberg Slim dans son autobiographie Pimp. A noter que d’une part si le pervers narcissique est une personne instable qui aime changer de victime sitôt l’une sous sa domination et se lasse vite, c’est également un maniaque du contrôle qui appuiera sur tous les ressorts possibles pour tenir sa victime sous sa domination, au point d’un rapport de dépendance – toujours inscrit dans le principe de Karpman – à assimiler à la toxicomanie (morbidité et toxicité du rapport). Mais qu’à l’instar à nouveau du psychopathe violent c’est un être profondément vide, avec généralement une vision nihiliste du monde, une incapacité empathique à comprendre les autres et lui-même autrement que sous le strict mécanisme de la domination, et surtout qui se cache. Car par essence il a goût à ce qu’il fait aux autres, c’est un pervers donc, cela remplit en soit le vide de lui-même en satisfaisant son narcissisme pathologique. C’est ici que le SFB ne fait pas cas de cette réalité, si la victime cache elle-même ses bosses, le pervers narcissique, à l’instar cette fois du sociopathe, saura présenter un verni social qui dupera absolument tout le monde. Si dans le cas de Madame Sauvage, l’agressivité et l’alcoolisme de son mari laissait peu de doute au voisinage et à l’entourage extérieur, il est à noté qu’on ne passe pas 47 ans avec une personne violente sans entretenir et être entretenu dans un rapport pervers de dépendance. La justice en reprochant à Madame Sauvage son rôle dans le fonctionnement pathologique de son couple reproche peut-être finalement à la victime d’un pervers narcissique de s’être laissé soumettre. Et si je dis ici peut-être c’est que Madame Sauvage reste un mystère pour la justice, que les allégations d’attouchement de ses filles n’ont pas fait l’objet de constat médical ou de plainte, au plus d’une main courante qui, comme toute les mains courantes, finie par s’effacer si aucune plainte ne vient la soutenir. En soit donc on voit que le principe de légitime défense différée pose question d’autant que si le SFB regroupe des signes cliniques, le terme « pervers narcissique » est une notion psychanalytique et non clinique. Bien moins simple à démontrer dans un tribunal. Et ce même si selon le psychiatre, psychanalyste Alberto Eiguer il s’agit d’un cas particulier de la pathologie narcissique.

Féminisme victimaire et tabou social

Il y a toujours eu deux justices, en France ou ailleurs. La justice populaire et la justice d’état, les deux ont pour trait commun d’être humaines, en ceci qu’elles se trompent. S’il appartient aux juristes, avocats et magistrats d’examiner les erreurs de la seconde, la justice populaire refuse de se soumettre à l’examen, elle a raison par la voix du nombre et peu importe si ce jugement est sous l’influence de l’air du temps. Dans le cas qui nous occupe, je peux en témoigner en tant que signataire, ça été le cœur des âmes en détresse, des pleureuses de la cause des femmes, rendez-vous compte il battait sa femme et violait ses enfants. Et peu importe donc s’il n’y a aucune preuve formelle de ce fait, il faut les croire car ce sont des femmes, et les femmes sont nécessairement martyres du genre masculin, le si mal nommé sexe fort. Il y a trois ans, dans un grand élan vibrant d’indignation frelatée, Madame Belkacem se lançait comme défi d’abolir rien de moins que la prostitution et dans la foulée, car en France toute loi doit être assortie d’une taxe non forfaitaire, de pénaliser les clients. Bramant que le corps n’étaient pas une marchandise, et en appelant à la dignité bafouée des femmes par l’avilissante pulsion sexuelle du mâle uniforme. Allégation sur le corps qui a bien dû faire rire tous les publicitaires et autres vendeurs de produits pas forcément nécessaires, de la berline sport aux soutiens-gorge coquins. Du télé-achat pour appareil de musculation en passant par les tablettes de chocolat de Brad Pitt ou les tatouages et la chute de rein de son ex. Position sur la dignité féminine typique de ce féminisme de victime et castrateur qui consiste à uniformiser tant les hommes que leur rapport à la sexualité. Et qui par la même occasion évacue d’un revers de la main tous les hommes et transgenres qui sont eux-mêmes travailleurs sexuels. Et ce à seul fin de ne pas aborder un premier tabou social, celui de la misère sexuelle. Un tabou social qui fait également le succès des sites pornographique sans pour autant faire la fortune de cette industrie en crise, et qui est elle-même victime d’un autre phénomène de misère sexuel : la violence, notamment initié par des comédiens comme Rocco Siffredi ou James Deen. Enfin, une loi qui conduit en réalité non pas à arrêter ce commerce mais à le rendre un peu plus clandestin, et terme d’abolition d’une fatuité assez typique de Madame Belkacem (comme du reste de Madame Royale). Dans une Europe sans frontière où fleurissent les bordels, en Espagne, Belgique, Allemagne, Pays-Bas, etc… Et pour ceux que ça intéresse l’OCRTEH, l’Office Centrale pour la Répression du Trafique d’Êtres Humains c’est un total de 50 fonctionnaires pour l’ensemble du territoire. Autant pour l’immigration clandestine que les réseaux de prostitutions… Ce même féminisme victimaire et petit bourgeois qui fait dire à Caroline Haas qu’il faut oser le clitoris et partager les tâches ménagères dans un pays où 53000 femmes sont excisés (dont une majorité avant l’âge de dix ans) et où 37% des violeurs sont les conjoints eux-mêmes. Car il ne s’agit non pas de nier ici, bien au contraire, mais de mettre le doigt sur un autre tabou social le rapport que la société française entretien avec les femmes.

La Maman et la Putain

Ce n’est pas à l’idée développée par Jean Eustache dans son film de 73 auquel je me réfère ici mais à celle commune dix ans plus tôt au sujet des mères célibataires. Cette perception qui leur valait le titre de mère indigne, de putain donc puisque célibataire et objectivement femme. Dans la psyché française il y a un mythe persistant qui veut que non seulement nous avons inventé l’égalité entre les citoyens et les citoyennes mais que puisque nous avons inventé également le libertinage nous avons élaboré la femme libérée. Bien entendu tout ça n’est qu’une légende urbaine. De Coco Chanel à Bardot, des cocottes aux suffragettes en passant par Louise Michel et Arletty nous sommes persuadés d’être en avance dans le domaine de leur « libération ». Déjà partir du principe qu’une société va libérer les femmes, c’est partir du principe qu’elles ne peuvent pas le faire elles-mêmes. C’est donc une logique non pas de société féministe mais patriarcale et paternaliste. Et bien entendu cette logique s’étend aux hommes eux-mêmes, c’est donc une société qui prend ses citoyens pour des enfants. Ensuite il serait également nécessaire de rappeler qu’il a fallu attendre 1907 pour qu’elles aient droit de toucher un salaire en propre, et soixante ans de plus pour avoir un compte courant sans l’autorisation de monsieur. Que si elles ont obtenu le droit de vote qu’à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, l’Uruguay l’accordait dès 1926… quand à l’avortement il était déjà en vigueur depuis 1920 en URSS quand Simone Veil a réussi à faire plier la société de 1974 et à l’imposer. Et ceci au terme seulement d’un intense et violent débat médiatique. Débat qui est encore d’actualité semble-t-il quand on entend le FN user du terme infâme « d’avortement de confort », et remettre en question son droit au parlement européen. Or le FN est dans l’esprit de beaucoup de français aujourd’hui. Dans la continuité de cette projection déformée et flatteuse que les français se font d’eux-mêmes, celle-là même qui l’autorise à se poser en juge de la misogynie et de la violence de l’Islam vis-à-vis des femmes et dans la foulée de se lancer dans des débats stériles vis-à-vis des interdits vestimentaires des plus intégristes, nous nous glorifions de nos progrès, de notre féminisme et pourquoi pas même de notre adoration du genre. Et là disons que la réalité est moins pimpante. Pour 20% des français un non équivaut à un oui. En 2015, 223.000 femmes étaient victimes de violences conjugales, et 84.000 étaient victimes de viol ou de tentative dont 54% par leur conjoint ou un membre de la famille. Que la France c’est une moyenne de 206 viols, par jour (des deux sexes) pour seulement 12768 plaintes déclarés…que le viol conjugale n’est même pas clairement défini par la jurisprudence de 90 alors que paradoxalement il est plus sévèrement puni que le viol d’une (ou d’un) inconnue. Et je masculinise à dessin la question car c’est un autre tabou, le viol masculin. D’une part scellé par la honte de l’acte lui-même (comme chez toute personne violée) que par la difficulté à l’assumer pour un hétéro ou un homo. D’autre part mis au rencard tant par le fait qu’il est moindre comparé à celui des femmes, que par l’action de ce même féminisme dogmatique et en réalité masculinisé. Et puis il y a la réalité du terrain également. La police ce n’est pas les Experts. Une analyse ADN est confiée à un laboratoire privé, au frais de l’enquête, or comme dans bien des affaires, si le cas n’est pas suffisamment gros, le juge d’instruction rejettera la demande de fond. Si la peine prévue est de 15 ans maximum dans les faits c’est très relatif. J’ai le cas personnel d’une amie qui s’est faite violer deux jours durant à domicile, qui a été contaminée par le virus du Sida dans la foulée, et qui a vu son agresseur ressortir libre après un séjour de convenance en psychiatrie. Et ceci après avoir eu à faire à des policiers indifférents et limite insultants. Mais il est vrai que les parents du coupable sont des notables… De plus la procédure dure en moyenne deux ans avec ce que ça sous-entend comme remises en question, doutes et peurs. Le harcèlement de rue peut devenir commun mais une femme qui se rebiffe ça passe moins. Une relation pour avoir osé faire face s’est fait casser le poignet, et quand elle a eu le malheur d’en faire part sur les réseaux sociaux, elle s’est fait insulter et continue de se faire insulter parce qu’elle a eu le tort de préciser que son agresseur était un bon blanc…Racisme et sexisme dans un même paquet cadeau. Harcèlement et violence dont j’ai été moi-même témoin sans qu’aucun défenseur de la femme en péril ne se lève. Et vous pourrez toujours m’avancer que la foule est lâche et indifférente, je vous défie de faire ça en Afrique, au Maroc ou à Dakar pays musulmans s’il en est, mettre une baffe à une femme mûre comme je l’ai vu ici et vous vous ferez défoncer sinon par ces messieurs au moins par ces dames. D’ailleurs si vous n’êtes toujours pas convaincu je vous rappellerais qu’une fois de plus nos députés (de gauche, un comble !) se sont distingués en rejetant un amendement prévoyant d’interdire d’exercice un élu condamné pour viol ou violence. Faisant de facto de l’assemblée et du sénat le seul lieu en France où les agresseurs de femme sont protégés… par la loi. Et un DSK de pouvoir tranquillement violer une prostituée sans qu’une partie de la population ne s’en émeuve plus que ça, pire en appelant au complot, au regret éternel quand à ce qu’aurait put être la gouvernance de ce pervers en lieu et place de celle de demi-molle.

Médiatisation et dilution.

Comme toutes les affaires touchant à un point sensible et clivant de notre société celle-ci a connu les affres de la médiatisation, avec son lot de scandales, d’outrances, de certitudes assénées, et le concours gourmand d’une classe politique toujours plus prompte à se faire bien voir de ses employeurs, nous, qu’à faire son travail. Dans le rapport ambigu et conflictuel qu’entretient depuis toujours état et justice en France, justice de cour et cour de justice, et particulièrement dans un contexte toujours plus dégradé depuis le début de l’état d’urgence, les décisions des uns ont des conséquences dont on pourrait se passer. Ainsi on peut aisément voir dans la décision du 24 novembre une réponse de la bergère mal aimée au berger également mal aimé. La déclaration sur la lâcheté évidente de la justice a été suivie d’un mot d’excuse du cancre de l’Elysée, d’autant bien venue que la classe politique passe régulièrement au tourniquet. Or comme nous l’a rappelé l’inénarrable Christine Lagarde ou Jérôme « les yeux dans les yeux » Cahuzac sa bonne grâce vis-à-vis de la caste dominante dépend d’un rapport tacite de non-agression. Cahuzac a plongé pour avoir fraudé sur de l’argent personnel et osé mentir à ses « amis » alors qu’il n’a jamais été grand-chose, là ou au contraire, participant à un détournement massif d’argent public au profit d’un repris de justice multi récidiviste, la puissante Madame Lagarde a été dispensée. Ce qui l’autorise apparemment à déclarer sans complexe qu’il faut s’atteler à la lutte contre les inégalités dans un ensemble Dior du meilleur goût pour qui aime les vieilles en habit de croquemort à paillette. Or sans la grâce du premier magistrat de France, celui censé garantir l’indépendance de la justice, Madame Sauvage n’aurait été libérable qu’en 2018 ce qui fait au total pas mal d’année de prison depuis 2012 et onze mois de préventive pour une personne qui a cherché à mettre fin à son martyr. Or cette dilution des décisions, cette dispersion du discours, ce battage qui finalement ne satisfera que les féministes de pacotilles et les hystériques de la victimisation va surtout avoir pour conséquence d’endormir les uns et les autres dans l’autosatisfaction que justice a été rendue pendant que des tribunaux surchargés rendront des décisions hâtives. Pendant que le budget de la justice française est équivalent à celui de la Moldavie, 37ème sur 43 pays européen. Or je rappel ces chiffres, 223000 femmes victimes de violences conjugales, 75000 viols pour l’année 2016, pas même 13000 plaintes enregistrées, 206 viols par jour. Le 24 novembre dernier, alors que Jacqueline Sauvage était renvoyée en cellule, la 68ème femme de l’année était tuée par son ex conjoint.

En attendant bonne et heureuse année madame, à vous et à vos filles, et bon courage pour vous reconstruire.

Je suis un assisté

Jean-Michel Apatie, qui est au journalisme ce que la brosse à reluire est aux chaussures d’un ministre, soutenait récemment, devant un Barthès naturellement goguenard, que les hommes politiques n’étaient pas assez payés et que cela expliquait pourquoi la plus part avait un second emploi. Et d’affirmer avec morgue que lui, à la place de Hollande, se serait augmenté. Bien entendu tout le monde sait que l’homme qui n’était pas là n’a prit cette mesure que par pure démagogie. Et en effet on n’oublie pas que c’est suite à ses défaites électorales que Jean-François Copé s’est empressé de prendre un boulot d’avocat, ainsi que son ami Sarkozy, ça tombe bien il va en avoir besoin… On pourrait répondre qu’en 1961 déjà, Michel Audiard dans le film le Président, dénonçait la collusion public/privé dans les emplois occupés par les députés. Je cite : « La Politique, messieurs, devrait être une vocation. Je suis sûr qu’elle l’est pour certains d’entre vous. Mais pour le plus grand nombre, elle est un métier. Un métier qui ne rapporte pas aussi vite que beaucoup le souhaiteraient et qui nécessite de grosses mises de fonds. Une campagne électorale coûte cher. Mais pour certaines grosses sociétés, c’est un placement amortissable en quatre ans. Et pour peu que le protégé se hisse à la présidence du conseil, alors là, le placement devient inespéré. Les financiers d’autrefois achetaient des mines à Djelizer ou à Bazoa. Eh bien ceux d’aujourd’hui ont compris qu’il valait mieux régner à Matignon que dans l’Oubangui, et que de fabriquer un député coûtait moins cher que de dédommager un roi nègre. »… et à vrai dire on va s’arrêter là. Pas un seul français n’ignore la somme ahurissante de privilège que s’est arrogé notre caste politique. Les chiffres des salaires, des préretraites et retraites, indemnités diverses et variées, sans compter la faramineuse somme d’avantages en nature sont régulièrement publiés et dénoncés au point de devenir un phénomène de société en soi. La suroccupation des postes à responsabilité verrouille totalement la vie politique où trois gros partis se partagent le crachoir, avec le FN dans le rôle de l’épouvantail à moineau. La cooptation des pouvoirs et la main mise de la classe dominante, celle de la moyenne et grande bourgeoisie sur les « grandes écoles » ainsi que l’assemblée comme le sénat créer un effet de plafond de verre. Quand à la justice elle semble faite pour le seul usage du citoyen ordinaire comme nous l’a rappelé Madame Lagarde en embarquant pour New York. Bref en gros, nous en sommes à peu près revenus à ce qui se passait avant la nuit du 4 aout, avant que ceux qui dominent aujourd’hui n’abolissent les privilèges…

Il est temps de remettre les français au travail !

Du mise en examen Serge Dassault, dont l’incompétence industrielle nous a déjà coûté 47 milliards sur le Rafale, au sémillant Laurent Wauquiez, en passant par François Fillon ou l’héritier Pierre Gattaz, tous nous le répètent, les français ne foutent rien, il est temps d’en finir avec l’assistanat. Prenons par exemple Laurent Wauquiez, voilà un homme qui s’y connait en travail. N’est-il pas à la fois président du conseil régional, député, premier vice-président des Républicains, et maitre des requêtes au Conseil d’Etat ? Sans compter deux postes de ministre, un comme secrétaire d’état et un autre comme porte-parole, un de maire, plus ses fonctions au sein de son parti, et donc une vie publique forcément riche. Ajouter à cela qu’il est père de deux enfants et j’ose imaginer que cet homme a de nombreux amis et une vie privée. A mon avis, il doit y avoir une explication astrophysique géo localisée dans ce prodige, en France  le temps se distord à mesure que le pouvoir grandit. Et comme nous avons à faire à des surhommes, forcément leur perception de nos petites vies est celle de Zeus sur l’Olympe. D’ailleurs Serge Dassault ne le déclarait-il pas avant que ses amis ne lèvent son impunité parlementaire : « la France d’en bas n’existerait pas sans la France d’en haut ». ? Bref, entendre un homme politique ou le patron du Medef parler du travail ça fait à peu près le même effet que d’entendre le pape parler de sexe.  Pourtant, il faut bien l’admettre la part des prestations sociales n’a cessé d’augmenter avec le temps, +35% en 2015 et en 2014 il y avait environs quatre millions d’assistés au RSA et tout ça a déjà couté plus de 25 milliards d’euros en 2015. C’est dire si on n’a plus les moyens de payer des vacances aux Bahamas aux feignasses. D’autant qu’en plus il y a les fraudeurs ! Rendez-vous compte, en 2013, la fraude aux prestations sociales représentait la somme astronomique de 350 millions d’euros ! Alors que la fraude aux cotisations sociales ne se situait qu’entre 20 à 25 milliards d’euros, une paille ! Ah mais oui nous dit la classe politique, mais toutes ces aides, quand même ça motive pas à chercher du travail. Et vous savez quoi, ils n’ont pas complètement tort. Petite explication.

 

L’assistanat, un drame dont on se passerait bien.

Evacuons tout de suite la question, 68% des travailleurs pauvres ayant droit au RSA activité n’y ont pas recours. Et moins de 1% des bénéficiaires d’aide ont déclaré que ne pas travailler était plus avantageux. Corolaire inhérent à une dépression et une psychopathologie déclarée tardivement, à 40 ans je me suis retrouvé sans domicile fixe et pour une durée de trois ans. Les gens ayant souvent un portrait fantasmé et souvent misérabiliste de la situation de SDF, je précise que comme beaucoup d’autres de mes camarades d’alors je vivais techniquement à l’hôtel au mois et que je travaillais ainsi que 30% des sans domicile. J’ai été successivement sondeur, serveur et réceptionniste. Je vivais à l’hôtel mais mon adresse légale était 1 Places Mazas, adresse commune à tous les SDF de Paris ne pouvant justifier d’un endroit où réceptionner leur courrier, en face de la morgue… Des emplois précaires et mal payés qui m’ont obligé à demander une aide aux Emmaüs. J’ai également vécu chez des « amis » et testé les limites de la solidarité quand on a fait de la psychiatrie, et comme je ne pouvais pas faire de demande de RSA au départ – j’avais bien trop gagné avant de plonger, et absolument tout claqué sous l’effet de ma pathologie – que j’ai quitté mon emploi de serveur, par exemple, pour ne pas sombrer dans l’alcoolisme encouragé par la direction, il m’est arrivé de ne pas avoir un sou pour me payer l’hôtel. Mais je me suis débrouillé avec les moyens du bord. Je me suis reconstitué un réseau relationnel en fréquentant un bar et à dessin. Evitant l’alcool à nouveau je me suis fait des relations et des amis. Pour retrouver un équilibre je me suis mis au sport, et en trois ans je n’ai finalement dormi qu’une seule fois dans un parc. Quand je n’avais pas les moyens de l’hôtel ou que le mien m’avait enfermé dehors (fermeture 22h) soit je passais la nuit dans un bar à tenir le crachoir des buveurs soit je me débrouillais pour qu’on me paye une chambre pour la nuit. J’ai même fini par me trouver un appartement par un ami connu dans ce bar. Hélas ma pathologie m’a rattrapé et je suis retourné à l’hôpital, détruisant dans la foulée tout ce que j’avais péniblement construit. Appelons ça de l’orgueil je n’aime pas faire appel à l’aide public, mais surtout je déteste les administrations, les files d’attente, et les paperasses. Pourtant j’y ai fait appel, et j’y ai appris à faire une chose, pleurer sur commande. Il n’y a que ça qui fonctionne à tout les coups. Faire pitié, donner l’impression qu’on est démuni, et à part avec quelques fonctionnaires et associatifs triés sur le volet ne jamais faire état de ses ressources pour ne pas sombrer. C’est mal vu de faire du sport, de chercher du travail, de tenter de se faire un entourage. Ca fait pas assez humilié sans doute. Mais l’ennui voyez-vous avec le RSA c’est que si vous gagnez un peu plus tel mois dans votre emploi précaire, le mois suivant votre RSA diminue. Et puisque par exemple un contrat de sondeur court d’une journée à une semaine voir deux pour 8,50 de l’heure, rien ne vous dit que le mois suivant vous travaillerez. A ce régime là si vous êtes SDF vous n’avez aucun moyen de refaire surface. Et si d’aventure vous gagnez la somme faramineuse de 800 euros comme réceptionniste à temps partiel comme je le fut, oubliez le RSA. Sachant que l’hôtel où vous vivez coûte 547 euros par mois, que telle association prend en charge là-dessus 350, il vous reste environs six cent euros pour vous nourrir, vous habiller, vivre. Sachant que bien évidemment il faut ajouter deux euros par jour pour la douche dans certains hôtels, et que vous mangerez dans tous les bouibouis du quartier faute de pouvoir cuisiner dans votre chambre. Et ici je parle d’une situation « confortable » je doute qu’un SDF de Rouen ou de Clermont Ferrant trouve facilement, emploi, hôtel, structure et moyen de locomotion. Bref ça douille d’être pauvre et en effet dans ce contexte on a plus intérêt à rien foutre qu’à vivre sur la corde voulu par des énarques qui n’ont pas la moindre idée de la réalité du terrain.

Créez votre entreprise, vous m’en direz des nouvelles

Oui mais non. Vivre du RSA ce n‘est pas vivre. Une fois sorti de l’hôpital j’ai réussi à convaincre ma famille que eux aussi il pouvait se comporter en être humain. On m’a accordé un délai de deux semaines avant de retourner dans la rue, finalement je me suis suffisamment effacé pour que pendant cinq ans on me considère comme une nuisance supportable. Je suis passé de la catégorie des 700.000 SDF en 2013 à celle des 3 millions de « mal logés ». Je vivais alors en grande banlieue et je continuais péniblement à travailler toujours comme sondeur. Et puis j’en ai eu assez et je me suis dit, tiens si je créais mon entreprise. Je me suis tourné vers mon métier d’origine, concepteur-rédacteur dans la publicité et me suis mis à mon compte. L’Urssaf m’a donné un numéro en urgence après que j’ai poussé mon premier coup de gueule, m’associant à la convention collective…. des traducteurs. En effet pour une raison qui n‘appartient qu’à le seule administration seul les graphistes sont associés à la communication. Et c’est alors que j’ai fait connaissance avec le fameux RSI. Créé en 2005 pour faciliter les relations entre les indépendants et les organisations de protection sociale, le régime social des indépendants les a, en réalité, kafkaïsé. Quelques exemples. En 2010, 20 000 dossiers attendaient toujours d’être dûment immatriculés depuis deux ans : 20.000 entreprises ne pouvaient exercer légalement.… Certains administrés qui tentent de communiquer depuis trois ans avec le RSI se retrouvent avec 18 000 euros de cotisations en retard et 4 000 euros de frais de retard, faute de n’avoir jamais reçu de rappel de cotisation, faute également que leurs courriers parviennent où que ce soit. Car si les exigences du RSI sont immenses, son mode de communication tient de l’autisme, quand il ne s’agit pas simplement de déni. Résultat des courses : en 2007, 6,1 milliards d’euros de cotisations attendaient d’être payés ; en 2011 14,2 milliards, avec au moins 1,3 milliards pour la seule période 2008-2010. En ce qui me concerne en un an j’ai fait un misérable total de 5000 euros et le RSI m’en a prit 3700. J’ai donc naturellement laissé tomber. Quatre ans plus tard la Cipav, qui s’était imposé à moi, me réclamait encore 1700 euros qu’elle refusait que je paye par échelonnement ! Passé automatiquement du régime général au régime privé, je suis resté un an et demi sans sécurité sociale, et sans le savoir, le RSI ayant omis de signaler que j’avais cessé mon activité auprès de la CPAM. En gros en créant mon entreprise je me suis endetté à hauteur d’environs 5000 euros…et j’en étais au même point : un fichu assisté du RSA….

L’apprentissage c’est l’avenir

Toujours François Fillon, sans emploi connu, définissait l’apprentissage comme « la voie royale du retour à l’emploi » et François Hollande futur rentier, expliquait que c’était « l’espoir ». Pas plus convaincu que Laurent Wauquiez de la pérennité d’un RSA j’ai donc décidé de me reconvertir au beau métier de cuisinier, et je précise sans avoir jamais cuisiné de ma vie. Bénéficiant du statut enviable de chômeur longue durée, ma formation assurée par le Greta était assortie d’un revenu indexé sur mes heures de présence en cours. La formation en France c’est un marché de 25 milliards d’euros assuré par les collectivités, l’état et les entreprises, et j’ai de la chance parce qu’en réalité c’est un marché tellement juteux et tellement abusé que seul 13% de cette somme va expressément aux chômeurs. Le Greta lui est une émanation de l’état son budget est annexé au budget de l’établissement support de la formation (EPLE) en concurrence avec l’Afpa, l’autre organisme de formation de l’état. En 2010 pour un demi-million de stagiaire il dégageait un volume d’activité de 459 millions d’euros dont une partie est censé revenir aux établissements  accueillant, ce qui, si l’on en croit les responsables des comptes des dits établissements ne va pas de soit, avec parfois des retards de 10 ans… N’ayant pas mon bac, à la différence de François Fillon et de Jean François Copé, on m’indiqua donc qu’en plus des cours de cuisine théorique et pratique je suivrais des cours d’anglais, de français et de mathématique. Ca me convenait, un petit rafraichissement de mémoire ne me ferait pas de mal. Dans les faits, étant bilingue, la prof d’anglais passait le plus clair de son temps à me demander de valider ce qu’elle disait, et je lui servais d’assistant. La prof de français était tellement à la ramasse qu’elle nous confia à des logiciels en ligne d’apprentissage de français. Et quand je lui expliquais que je n’avais pas exactement besoin d’apprendre à faire une dissertation mais de cours de grammaire, me riait au nez et me forçait à faire un exposé (…) sur un thème imposé. Vous pouvez le lire, il s’agit de l’article sur le Tibet… Quand au cours pratique et théorique, disons que pratiquement ils enseignaient à peu près tout excepté ce à quoi nous allions être réellement confrontés en cuisine. Je sais faire en théorie une pâte feuilleté ou une crème anglaise, de la glace ou tailler et nettoyer une truite, et faire un fond brun  Dans les faits, aucun restaurant excepté gastronomique ne fait de pâte feuilleté, de glace ou de crème anglaise, les poissons sont déjà préparés sinon congelés et il est interdit de garder un fond brun plus de douze heures et seulement à condition d’avoir une cellule de refroidissement. Or comme ça prend environs trois bonnes heures, la plus part des restaurants n’ont pas les moyens ni le temps de s’y consacrer. En réalité l’apprentissage se fait en stage et à la dur. Que vous ayez cinquante ou 15 ans on vous parlera de la même manière, et si je connaissais assez l’univers en cuisine pour l’avoir fréquenté, si avant ma formation j’avais fait déjà quatre mois en cuisine comme commis et second (et toujours sans rien y connaitre, d’où la nécessité d’une formation) j’avoue que se faire hurler dessus par un gamin de 20 ans pour une tâche insignifiante sur un mur ne va pas de soi. Pas plus que de devoir travailler dans un restaurant où le patron ramène les courses pile poil en plein service, ou vous impose un chef sans diplôme, sans méthode, sans hygiène mais corvéable et pas cher. J’ai fini par trouver le moyen de me casser la main en allant chercher des produits à la cave d’un restaurant, le chef pensait que je simulais… J’ai tout de même eu mon diplôme. Reste que le Greta étant déplorablement organisé, on nous faisait sauter des cours mais on nous obligeait à rester pour justifier le budget. Nos emplois du temps changeaient constamment et tant pis pour ceux qui avaient des enfants à l’école. Qu’il pouvait arriver qu’on nous renvois chez nous comme des enfants parce qu’on avait oublié de se raser ou tel couteau de découpe, autant d’argent qui n’entrait pas à la fin du mois, mais ça le Greta n’en n’avait cure. Sans compter le prix d’une valise de couteaux et les tenues, compter environs deux cent euros. Et qu’à nouveau on n’était absolument pas préparé, que nos professeurs de cuisine étaient, de leur propre aveu, payé  12 euros de l’heure pour faire du tourisme et de la garderie, en gros. Mais donc j’avais un métier et me voilà lancé dans la grande aventure… de la précarité et de l’escroquerie en bande organisée. En deux ans, je n’ai jamais travaillé plus d’un mois d’affilé. Dans un pub, à raison de 10 heures par jour, cinq jours sur sept, j’ai touché la somme folle de 947 euros… pour 1400 brut. Dans une brasserie, engagé comme chef de parti, j’ai été plongeur pendant un mois, uniquement parce que le chef de parti qui faisait office de chef ne m’aimait pas, et quand j’ai fini par protester je me suis fait virer. Dans un bistronomique j’ai assuré jusqu’à 13 heures de travail par jours comme chef de parti froid (dessert et entrée) et je dormais aux environs de quatre heures par nuit après deux kilomètres de marche (plus de transport). Le lendemain de la signature de mon CDI, j’étais viré, ils avaient trouvé une commis qui ferait l’affaire pour moins cher… il y aurait très long à dire sur la réalité des cuisines et de la restauration, je ne m’attarderais pas dessus. Disons qu’en temps que cuisinier, si vous aimez la cuisine faites la dans un gastronomique sinon chez vous. En temps que professionnel si votre but est de vous faire exploiter et sous-payé vous avez décroché le gros lot. Et en tant que client, si vous voulez manger quelque chose qui a été fait dans des conditions d’hygiène acceptables, évitez comme le diable les restaurants en continue. En deux ans je me suis fait exploiter, escroquer abuser, hurler dessus, j’ai bien failli me battre deux ou trois fois avec des commis mal élevés. Je me suis cassé une main, j’ai travaillé avec une clavicule fêlée, me suis taillé les doigts et brûlé un nombre incalculable de fois, le tout en étant atteint d’une pathologie où le stress et contre indiqué. Alors quand enfin j’ai accepté de me voir comme un handicapé, que j’ai fait ma demande d‘allocation d’assisté handicapé et que le faramineux montant (1080 euros avec l’aide au logement pour un loyer de 477 euros…) m’a permit de me payer cocaïne et call girl, j’ai totalement cessé de travailler pendant deux ans. Vous comprenez maintenant ce que je disais quand j’expliquais que Laurent Wauquiez avait raison, mon allocation ne m’a pas incité à rechercher du travail mais à rester chez moi écrire gratuitement des articles… quelle honte. Reste que je suis indécrottablement têtu et que j’ai pour projet cette fois, puisque mon allocation a été renouvelé, de trouver un travail, et pire, un projet fou, un travail qui me plait, bosser avec les gosses comme AVS (auxiliaire de vie scolaire). Au mois de septembre sur la base d’un CV généraliste et d’une lettre de motivation une directrice d’établissement a voulu me rencontrer. Hélas entre temps l’éducation nationale avait bloqué les embauches. Ce mois ci, sur la base du même CV et de la même lettre un employé de Pole Emploi a décrété qu’’il ne pouvait pas les présenter, qu’aucun chef d’établissement n’en voudrait… Bref je suis un salaud d’assisté et au fond le seul statut qu’on veut bien me reconnaitre c’est celui d’handicapé.