Vive la France ! 3

Le lendemain on retrouvait un autre cadavre carbonisé dans un chantier à Villeurbanne. Rapidement identifié comme Latifa Royale. Il y avait une équipe en ville et elle était toujours en activité.

– C’est quoi cette carte de visite ?

On est en train de faire les affaires personnelles de la dame, valise, sac, portefeuille, sac à main, et tous ses papiers. Bordel et il y en a parce que dans ce putain de pays on adore ça. Une corvée du commandant qu’il croit, on est que nous quatre avec les adjoints du lieutenant. Ça suffit amplement mais c’est chiant comme un cul de bonne sœur.

– Tu connais ?

– Toute ma jeunesse, le Boléro, c’est à Meyzieu, mais c’est fermé, ça a brûlé.

– Il y a longtemps ?

– Deux ans. Pourquoi elle a cette carte ?

– Je sais pas, un souvenir.

Il achète pas et il a raison, on va l’apprendre plus tard. Mais en attendant on fouille les papiers et ça nous prend jusqu’au soir. Il n’y a pas de feuilles de salaire au nom du Boléro, autant pour la théorie du souvenir.

– Bon on verra ça demain, il fait. On va boire un verre ?

– Et ta femme ?

– Je l’ai appelée c’est cool.

Le couple moderne, il a de la chance, chez les flics c’est plutôt le divorce qui marche. Moi c’est pas pour moi ces trucs-là, l’amour, tout ça je m’en branle, et le mariage je te dis pas.

– T’as jamais essayé de te maquer avec une fille ? il me demande alors qu’on est devant des pintes dans un pub de sa connaissance, sur les quais du Rhone, le Wallace.

– Jamais venu à l’idée.

– Tu faisais quoi avant l’armée ?

Je me marre.

– J’étais délinquant. Je volais des voitures, ça marchait bien.

Il rigole lui aussi.

– Non je te crois pas !

– Si je te jure, je bossais avec une bande de yougos même.

– Et pourquoi t’as arrêté ?

– Les yougos se sont fait serrer, je me suis dit que ça serait une bonne idée de se faire oublier.

– Et tes parents ?

– Mon père est mort quand j’avais deux ans, ma mère s’est barrée quand j’en avais cinq, j’ai été élevé par mes grands-parents. Tu sais tout de la triste histoire de ma vie. Et toi ?

– Je suis resté chez mes parents jusqu’à 23 ans, l’Ecole de Police, j’ai passé une licence de droit, et voilà.

– Le petit saint et le démon.

– T’es pas un démon.

– Oh si crois-moi ! Je suis une bête, pire qu’une bête, pas le diable en personne mais pas loin.

– Mais non !

– Tu veux que je te le prouve ?

Il doit voir la lueur dans mon regard parce qu’il bat immédiatement en retraite. Ou alors c’est l’énergie que je dégage dans ces cas-là, moi-même je la sens, c’est palpable, ça sent la violence, ça sent la joie.

– Non, non, ça va, bois ton verre, il fait timidement.

Je vide mon godet d’une traite, rote.

– Et toi la pédale, je fais au barman qui se dandine derrière les pompes, sers moi le même !

– Comment vous m’avez appelé ?

– La pédale, c’est bien ce que t’es non !?

– Homophobe ! il s’éloigne des pompes et va se plaindre à sa chef. Putain de ta mère.

– Francis t’exagère, me fait Toussain.

– Quoi !? On peut plus rien dire de nos jours !

– Quand même, pédale…

– Bah tu veux que je l’appelle comment ?

– Monsieur ?

– Monsieur il y a un problème ? fait la responsable. Une brune aux cheveux court, pas jolie mais avec quelque chose.

– Non il y a pas de problème la radasse, je veux juste un autre verre.

– Dehors

– De quoi ?

– Dehors, elle répète.

Là-dessus devine qui se pointe, le mec que j’avais pas vu et qui sort de la cuisine, le videur, ou tout comme, enfin je suppose, parce qu’il fait :

– Elody !

La fille recule en voyant son air. Et puis, en me posant la main sur l’épaule, le malheureux, il rajoute :

– You out !

Je lui attrape les doigts et les lui plie dans le sens contraire, il hurle. Toussain intervient, il sort sa carte.

– Tout va bien, on est de la police, on se détend ! On va sortir…. Francis.

Je lâche ducon à regret, on sort.

– Putain j’ai encore soif, je fais.

On a de la chance on est dans le coin des bars, Lyon c’est une ville étudiante, il y des bars forcément, et forcément branchés jeunes. Celui où on va ensuite, juste à côté, c’est un bar de hardeux, ça me va super. Ils écoutent Rammstein là-dedans en buvant des pintes entre gothiques et cloutés chevelus. Ça sent la sueur, le maquillage et la pizza chaude. Je commande quatre pintes.

– Eh c’est trop pour moi !

– C’est pas pour toi, je fais en me marrant.

– Tu sais qu’on risque nos cartes avec tes conneries ? Beauvalais merde !

– Ah m’emmerde pas, Baillard est au-dessus de lui dans cette affaire, Baillard il cause avec le sinistre, le préfet, il cause avec tout le monde ! et moi je l’ai dans la poche le vieux.

– N’empêche, foutre le bordel dans un pub comme ça.

– Ah commence pas, je suis une bête je t’ai dit, tu veux pas me croire.

– Je suis sûr que tu es plus que ça.

Les gens sont bouchés des fois, mais comment lui reprocher, dans son petit monde douillet les mecs comme moi, comme les mercenaires, Amok, ça n’existe pas, c’est du conte de fée, même avec le tarbouif dessus il ne peut pas imaginer ce qui se passe dans la tête de gars comme nous autre. Et je lui souhaite pas. On picole un petit moment, je vais me poudrer le nez dans les chiottes pour pas faire de bordel pour une fois, et puis j’aime bien Toussain, il est naïf comme un mouton. Je veux pas qu’il ait cette image de moi en plus. Finalement on sépare vers deux heures, il me demande ce que je vais faire.

– Je vais me promener encore un peu, je lui fait Lyon by night j’ai envie de voir.

– Tu vas voir ça sera vite fait, c’est une petite ville de province tu sais, va du côté de Saint Jean, c’est sympa par là.

Je suis son conseil. J’arrive devant un pub, le Saint James, ils sont en train de fermer. Je sors ma carte.

– Sers moi un dernier verre.

– On ferme monsieur.

– Fais pas chier !

Ici c’est pas comme à panam, il y a pas un Bouba devant chaque pas de porte, le mec obéit et va me chercher un verre. Du coup il y a des trous du cul qui s’amènent et ils veulent un verre eux aussi. Ils sont trois, des casquettes, ça m’aurait étonné.

– Désolé on est fermé.

– Et lui ? fait un des ratons.

– Moi je suis un poulet, barrez-vous, j’explique en ressortant ma carte.

– Fils de pute va, grommelle un des gars.

Je lui balance mon verre dans la gueule, tout le verre, il hurle, j’enchaîne sur un crochet dans les flottantes, je pivote et cogne dans la gorge du second, avant de lancer mon talon dans l’estomac du troisième. Ils sont tous les trois par terre à s’étouffer, je réclame un autre verre au mec qui court presque le chercher.

– Vous avez dix secondes pour vous arracher après j’appelle les collègues, j’explique entre mes dents.

Ils se barrent l’un après l’autre.

– On va pas se faire emmerder par cette racaille hein ! je lance au mec.

Il a beau avoir la trouille je suis remonté dans son estime.

– Vous auriez dû les appeler, ils nous font assez chier comme ça.

– Vous croyez ? Ouais mais bon après c’est les collègues qui m’auraient fait chier moi.

– Ah ouais ? Pourquoi ?

– Pour que je fasse un rapport ! On adore ça la paperasse en France.

– Ah ça c’est bien vrai… eh dites, je peux me joindre à vous ? il me demande.

Mais je vous en prie.

Il revient avec deux autres pintes, une pour moi, une pour lui.

– Merci je lui fais.

– Enchanté, je m’appelle Franck, me fait le mec.

– Enchanté Franck, Francis.

– Ras le bol de tous ces petits connards, il me fait, on devrait les traiter tous comme vous venez de le faire.

– Ça je vous le fais pas dire, faut voter Marine la prochaine fois, je lui dis.

Là il hésite, je vois bien à sa tête que je viens d’évoquer le diable, ça me fait marrer. Tous ces petits enculés qui veulent plus d’ordre mais quand on leur parle d’en mettre, ils se défilent parce qu’ils ont peur d’être traité de quoi ? De raciste… Comment si on en avait quoi que ce soit à foutre. Ils trouvent qu’on est raciste ? Ils ont qu’à retourner dans leur pays de merde on verra comment ils sont accueillis dans leur bled toutes ces petites racailles !

– Pfff, de toute manière c’est tous les mêmes ! dit-il en essayant d’esquiver le sujet.

– Peut-être mais vous trouvez pas qu’avec ce genre de mentalité on finit par ne plus croire en rien ? je réponds pour l’emmerder.

– Possible, pourquoi vous y croyez encore vous ?

– J’aurais pas ma carte du Front si j’y croyais pas, je mens

Il reste évasif.

– Ouais, c’est possible, je ne sais pas…

J’ai rendu ma carte du Front il y a deux ans, à cause de Marine justement, moi je préférais son père, il avait des couilles le vieux, l’autre justement j’ai pas confiance, elle veut trop le pouvoir. Mais moi c’est moi, et dès que je peux je milite, même si c’est plus tout à fait le Front j’espère qu’elle va passer, et je suis loin d’être le seul dans la police. On en a marre de faire des heures pour rien, marre que la justice les refoute systématiquement en liberté, plein le cul de voir ces merdeux s’enrichir avec leur shit et en plus de taper leur frime partout où ils passent, et je parle pas du reste, tout le reste, comme ces armes qu’on voit débarquer maintenant. Si on fait rien, d’ici cinq ans ça sera le chaos.

– L’écoutez pas m’sieur, il y croit pas plus que vous, il croit en rien ce mec.

Je me retourne.

– Putain ! Amok !?

Il sourit, il a l’air fatigué, il a vieilli aussi, mais sinon c’est toujours cette même bonne vieille tête d’assassin exotique. Les yeux bridés et clairs, la peau bronzée, l’air d’un chinois avec des lentilles. Je me lève, je devrais l’arrêter sur le champ mais d’instinct on se donne l’accolade.

– Putain que c’est bon de te revoir, je fais sincèrement.

– Ça fait combien de temps exactement ?

– Depuis 2003.

– Putain, tant que ça !? Faut fêter ça !

– Je veux mon neveu.

Je finis mes deux godets coup sur coup, rote, demande au mec combien je lui dois.

– Non laissez, c’est pour moi.

– Ah cool, merci… et n’oubliez pas de voter Marine en 2017, je lui fais en partant.

– Je vous promets d’y réfléchir, il répond.

Tu parles…

– Alors raconte, il se passe quoi exactement ? je fais à Amok en le rejoignant.

– Tu veux pas qu’on aille picoler d’abord ?

– Bonne idée, je suis même pas encore saoul… tu veux de la coke ?

– T’en as ?

– Bah ouais sinon j’en proposerais pas andouille.

– Et moi qui pensais que t’étais devenu un flic exemplaire…

– Tu m’as bien regardé ?

On s’est marré et on s’est fait une prise devant l’église Saint Jean. Tous les bars et les restaurants fermaient, on a demandé à un mec s’il y avait des boîtes dans le coin, il nous en a indiqué une sur les quais, c’était pas loin, on y est allé.

– … J’ai fait mes cinq ans et je suis rentré à la BRI, voilà, tu sais tout…

On se raconte notre vie devant le bar, la boîte est divisée en deux pièces, une pour la piste de danse une autre pour le bar. Le videur est un tas de mou qui ne ferait pas de mal à une mouche et le DJ passe du Michael Jackson, cette espèce de mutant pédéraste, et du ragga de temps à autre, ce que j’aime bien, même si c’est de la musique de nègre parce que quand tu danses avec une fille là-dessus c’est hot. Amok n’a pas encore abordé le sujet qui fâche et je le laisse venir. Pour tout dire là tout de suite c’est juste bon de se retrouver avec un compagnon d’arme, quelqu’un qui peux te comprendre et le reste je m’en branle. Lui aussi a fait ses cinq ans et puis, comme je le savais déjà, il est rentré dans le privé. Il a travaillé pour les anglais, les américains, en Irak, en Afghanistan, en Colombie, au Mexique. Du boulot de sécurisation le plus souvent, parfois du sauvetage pour des enlèvements. Contractant comme on dit maintenant au royaume des euphémismes. Avant on disait chien de guerre, c’était plus imagé.

– Et ça te plaît d’être flic ?

Ça l’air de le surprendre.

– Bah ouais pourquoi, je casse des gueules gratos, je me fais du gras sur le dos des dealers, et si tu la ramènes je te fous un outrage et rébellion et je te réclame 1600 boules de dommages et intérêts.

– Et ça marche ?

– Parfois, la plupart du temps les juges s’en tapent, il y en a tellement…

Il doit deviner quelque chose dans mes réponses parce qu’il répond :

– Allez me raconte pas de crack je te crois pas que t’aimes ça.

– Je te jure, je prends mon pied, c’est juste que des fois j’aimerais que ça change.

– De quoi ?

– Tout ! Tout ce bordel ! Toute cette paperasse qu’on doit faire, les procédures, les droits des prévenus, la règle des gardav’, les fils de pute de l’IGPN, les test ADN pour les viols…

– Les test ADN ?

– Bah ouais mon con figure toi que c’est nous qui les payons et à l’état en plus !

– Ah ouais ?

– Ouais, on fait des appels d’offre même, et si c’est trop cher et que l’affaire vaut pas un clou, on laisse tomber. Alors t’imagines pour un viol, tout le monde s’en branle sauf si c’est la salope à Normal 1er. 78000 grognasses violées en France par an ! Y’a pas 78000 connards en taule non !? Tu comprends pourquoi maintenant ?

Là je reconnais que je commence à être bourré. Quand je commence à sortir les chiffres comme ça c’est un signe. Je fais mon révolutionnaire comme disait mon adjudant au 2ème REP.

– C’est la merde partout quoi… il répond, et j’ai clairement l’impression qu’il pense à tout autre chose.

– Allez, viens, je lui dis, on va voir à côté s’il y a de la salope à baiser.

Il y en a. Je la repère tout de suite, style brésilienne, avec un pantalon moulant en lycra qui danse rudement bien pour… je te le donne en le mille Emile, un melon. La vingtaine, genre petit connard sapé propre, je le calcule pas et commence à danser avec la fille. Je me démerde question danse. Je suis pas un champion mais c’est comme la baise, et la baise j’aime ça. Pendant ce temps Amok se tortille avec deux filles dans le fond, lui aussi il se démerde pas mal, même si c’est plus brutasse que moi. La fille répond à ma danse en s’approchant, elle sourit, elle a un joli sourire et un corps fantastique, le mec essaye de s’interposer en douceur en dansant à côté de nous, tout en me matant salement. La fille le sent, elle s’écarte, je m’en tape, j’ai la gaule, je m’approche et lui attrape délicatement le cou.

– Tu veux pas me sucer dans les chiottes maintenant ? tu m’as trop mis la gaule, je lui chuchote à l’oreille.

– De quoi ?

Elle en revient pas, je suis pourtant tout ce qu’il y a de sincère, et j’ai essayé d’être aussi délicat que possible.

– Non mais ça va pas !? elle me fait en se dégageant.

– Allez te fâche pas… On était bien là non ?

Là-dessus intervient le melon. Il se plante devant moi à trois millimètres et me regarde droit dans les yeux façons tueur. Je suis vachement impressionné. Surtout qu’il fait une tête de moins que moi et que pour ça il est obligé de lever les yeux comme un con.

– Tu fais quoi là !? il me demande entre ses dents.

Je lui flanque le coup de boule qui lui pendait au nez à s’approcher d’aussi près, il va rebondir dans les chaises le long de la piste, j’entends une claque derrière moi, c’est Amok qui vient de s’en prendre une d’une fille, décidément… Amok éclate de rire.

– Mais ils sont dingues ces mecs ! s’exclame ma brésilienne.

Là-dessus se lève deux gus qui étaient en train de cuver leur whisky dans le fond, ils sont bourrés, ils sont marseillais, ils ont envie de se battre. Super.

– Eh mon pote tu fais quoi là ? me demande le premier en aidant à se relever le melon. Je reconnais tout de suite l’accent.

– Je t’encule t’as d’autres questions ?

Il lâche aussitôt l’autre, son copain me fonce dessus. Je le prends dans l’estomac, il me fait tomber et commence à me bourrer de coups de poing pendant que son pote essaye de m’atteindre à la tête avec son talon. Je me marre. Amok arrive sur lui en une fraction de seconde et le détruit en trois coups de poing. Je bloque les bras de l’autre et le retourne avec une clé de jambe, après quoi je le détruis à son tour mais je lui mets un peu plus de pains.

– Ça va, arrête, arrête ! Tu va le tuer ! me fait Amok en m’arrachant à lui.

Le mec à la tête comme une pastèque, les lèvres, le nez, les yeux explosés, du sang partout, un carnage. Le videur arrive sur ses entre fait avec une bombe lacrymo de police, et qu’est-ce qu’il fait ce con ? Il crache la purée sur nous ! Toute la boîte qui doit évacuer. Tout le monde qui hurle et sort en vrac, bon il y a pas beaucoup de monde, mais quand même. On en profite pour s’enfuir en rigolant comme des bossus. Evidemment après ils ont fait venir les flics, le Samu, les pompiers, et si ça se trouve ils en parleraient dans le journal local demain, mais nous on était déjà loin alors. On a traversé le Rhône, remonté jusqu’à la place des Terreaux, croisé des zonards avec qui on a partagé des bières, j’ai voulu aller aux putes mais Amok n’était pas chaud. Alors on a erré un moment sans trop savoir où on allait, bourrés, chauds comme la braise, cocaïnés, dans une ville bourgeoise, confinée et endormie, jusqu’à ce qu’on trouve un rade de nuit avec un billard. C’était parfait pour nous calmer les nerfs. Mais, ça devait être le destin ou un truc comme ça, voilà que rentre toute une tripotée de filles canons accompagnées d’étudiants ou du genre, bobo mes couilles. Qu’est-ce tu veux la brésilienne m’avait mis la gaule.

– Eh, t’as vu ? je fais à Amok en me marrant.

– Ouais, il me répond, en rigolant.

– On la fait comment ?

– Direct ?

– On a déjà essayé c’était pas terrible, je fais remarquer.

– Pas faux…. On leur paye un verre alors ?

– T’as du fric toi ?

– Non et toi ?

– J’ai tout dépensé dans le billard.

– Tu veux dire que les derniers verres ne sont pas payés ?

– Non

Il sourit.

– Cool… t’es quand même un drôle de flic toi hein…

J’hausse les épaules.

– Bah quoi ? Tu crois que je suis le seul à sortir sa carte pour se faire payer un verre ?

– Je voyais pas ça comme ça.

– On est en France mec, un pays de flics, cette carte c’est un sésame.

Ça me donne une idée. Je m’approche du barman, je sors discrètement ma carte et je lui souffle un truc à l’oreille avec mon haleine à un gramme et demi. Il me regarde suspicieux mais il a vu la carte avec la bande tricolore, mon matricule, le blaze, tout, alors qu’est-ce qui peut faire ? Me dire non ? J’aimerais bien voir ça. Un mot de moi et demain l’hygiène débarque le faire chier, ou encore ça sera pour sa terrasse trop large, ou ses comptes avec la financières. Il y a tellement de règles pour les débits de boissons et les restaurants en France, les entreprises privées en général, qu’on a même pas besoin de se pencher pour foutre le bordel. Et tout, ça en bon barman, il le sait. Je lui commande quatre autres pintes et vais offrir aux filles à la table des jeunes.

– Pour ces demoiselles, de la part de moi et mon pote, j’annonce en posant les verres.

– Oh mais non fallait pas ! me fait un des mecs.

Mais je le regarde même pas.

– En ce cas laissez nous vous en payer un aussi, fait une des filles.

– Volontiers !

Une salope moderne qui n’a pas peur de nos gueules, j’aime ça. Son copain nous invite à leur table, héhé…

– Tu lui a dit quoi au mec ? me demande Amok.

– Qu’on était en mission d’infiltration et qu’on enquêtait sur ceux là.

– Ah, ah, ah !

On se présente les uns les autres, comme prévu ils sont presque tous étudiants, il y a un cuisinier dans le lot, nous on dit qu’on est des touristes en vacance à Lyon, on n’a pas besoin de se concerter on est sur la même longueur d’onde. D’ailleurs d’une certaine manière c’est ce qu’on est lui comme moi. Mais comme on est tous bourrés et français, tôt ou tard ça manque pas on parle politique. Les gamins se moquent de toute la bande Sarko, Hollande, Valls, et quand on arrive évidemment à Marine c’est une salope de facho. Je peux pas laisser passer, je suis bourré je vous dis.

– Et alors ça ferait pas de mal en France un peu de fascisme, y’en a marre de toute cette racaille qui fait la loi.

– Normal, fait une fille, t’as vu où ils vivent, c’est normal qu’ils soient comme ça, ils sont parqués dans des ghettos comme en Palestine.

Elle a pété un câble la vache ou quoi ?

– Mais qu’est-ce que tu racontes toi !? ça fait trente ans qu’on lâche des milliards en banlieue à chaque émeute, trente ans ! Pour rien, c’est de pire en pire à chaque fois. Les bronzés virent les français, ils veulent pas se mélanger !

– Vous avez vu ce qui se passe dans le 93, dit l’un d’eux en essayant de détendre l’atmosphère, ça bouge !

– Sept morts c’est normal que ça bouge ! Les flics les ont massacré, fait la vache qui compare les quartiers à Gaza.

– Massacré ? je dis, ils leur tiraient dessus à l’arme de guerre !

– Tu parles, fait la fille très sûre d’elle, je suis sûre c’est un prétexte pour justifier le carnage.

– Et le flic qui est mort là-bas, t’y pense ?

– Rien à foutre ACAB

– ACAB, répète le mec à côté d’elle.

Putain je vais les défoncer, ACAB, All Cops Are Bastards, le grand mot de tous les révoltés à la mie de pain. Amok me fait signe de me calmer. J’ai bien du mal j’avoue.

– Il avait peut-être une famille non ça vous vient pas à l’idée ? C’est ça, faut laisser faire les bougnoules et rien dire !?

– Bon moi j’en ai marre d’écouter ce facho parler ! fait une des filles en se levant. Tu viens Marco ?

Le Marco c’est le cuisinier de la bande. Il hésite, il a pas envie d’abandonner ce verre qu’on leur a payé.

– Hélène, te fâche pas comme ça, on discute !

– Et alors ? Tu supportes toi d’entendre parler de bougnoules et cette salope de Le Pen qu’elle devrait gagner. Moi c’est bon, je rentre !

– Ooooh, fait la tablée.

– Allez te fâche pas ma shoot, fait Amok, y parle pour parler c’est tout.

– Tu parles ! rétorque la fille, d’ailleurs vous seriez flics tous les deux ça m’étonnerait pas !

Et sur ces bonnes paroles Jeanne d’Arc s’arrache, poursuivie par sa paire de couilles qui beugle son prénom alors qu’elle est déjà dans la rue. Deux minutes plus tard, devine quoi, on entend une altercation. C’est nos deux tourtereaux qui ont un souci avec, devinez quoi… Ils sont quatre, du genre sauvages ils sont en train d’embrouiller les autres. Amok s’approche.

– La vie est belle hein…

– La vie est belle, je confirme.

Il veut y aller de suite, je le retiens, j’ai envie de profiter du spectacle d’abord. Les jeunes y vont à notre place. L’ambassadrice des quartiers se prend une magistrale gifle d’une des racailles. Les garçons veulent se battre, je me dis qu’il est temps d’intervenir, on les a laissés assez s’amuser comme ça, c’est notre tour. Cinq minutes plus tard les quatre connards sont par terre à compter leurs dents. Rien de mieux qu’une bonne bagarre pour la cohésion de groupe. Du coup le Marco nous invite chez lui, et on se retrouve tous à l’écouter jouer de la gratte dans son appartement à fumer des joints et à picoler. Le lendemain je me réveille dans un lit inconnu avec une fille à poil à côté de moi. J’ai l’impression qu’on vient de distribuer un lot de cymbale à une bande de triso et qu’ils défilent dans ma tête en jouant Highway to Hell. C’est horrible. La chambre est à demi plongée dans le noir, je cherche mes fringues à tâtons en essayant de pas faire de bruit. Quand soudain ça me traverse l’esprit, putain Amok ! Il est passé où ? Je réveille la fille et je gueule presque.

– Amok ! Il est où !?

La fille chouine, essaye de se rendormir.

– AMOK BORDEL OU IL EST !?

– Mais c’est qui Amok ?

– Mon pote !

– Mais je sais pas où il est moi, il est resté chez Marco je suppose.

– Marco, c’est qui ça ?

– Tu te souviens de rien ?

Vaguement. Je me souviens des joints, d’une gratte, mais c’est tout. Elle m’explique qu’on a pris un x ensemble et qu’après on est parti chez elle pour niquer. Putain ! je lui demande l’adresse de son pote et j’y vais. Dehors il fait jour, environs midi je dirais à la lumière, et j’ai pas mes lunettes de soleil. Je cherche ma fiole à coke, bon Dieu ! Elle est vide… ça va être une très longue journée… Je prends un tacos, lui plante ma carte sous le nez et lui ordonne de me conduire à l’adresse. Arrivée sur place je tambourine à la porte, un jeune mec en short boxer m’ouvre, il a l’air de me connaître mais je le remets pas du tout.

– Ah salut Francis vous êtes bien ren… il commence à me demander.

– Amok il est où ?

– Amok ?

– Mon pote !

– Ah je sais pas.

– Il est parti avec une fille ou quoi ?

– Non, je sais pas, franchement je te jure… dis donc je voulais te demander…

– Quoi !?

– Elle était bonne ta coke hier soir, t’en aurais pas d’autre ?

Putain j’ai partagé ma coke avec ces petits cons ! Putain et Amok qui a disparu alors que je l’avais dans mes pognes. Qu’est-ce que je vais raconter à Toussain moi ? Rien, je vais rien lui raconter, pas un mot, de toute façon il comprendrait pas, trois bagarres, une mini émeute dans une boîte de nuit, c’est pas son genre de fun. Quand j’arrive c’est le branle-bas de combat à la préf, on aurait repéré le Charcutier à Venissieux. Evidemment Toussain et moi on est pas convié, ça nous arrange, il veut visiter cette boîte à Meyzieu. Le Boléro porte encore les traces de l’incendie qui l’a fait fermer, mais il est en travaux quand on arrive. Bâche en plastique, pots de peinture, et des gros bras qui ont autant l’air dans le bâtiment que moi j’ai une gueule à lécher des culs. On sort nos cartes, bonjour, votre responsable est-il là ? Les deux mecs ont pas l’air de capter ce qu’on dit, on entend une voix dans le fond qui fait :

– Je suis là inspecteur…

Le mec à un accent de l’est que je connais bien, après la guerre d’ex-Yougoslavie on s’est retrouvé avec tout un tas de serbes et de croates dans la Légion. Rien que des durs à cuire. Il porte une chemise et un costard noir, il a une cicatrice sous l’œil droit qui pourrait bien avoir été fait par un bout de métal. Il nous invite à nous assoir et demande ce qu’il peut faire pour nous aider. Toussain lui demande son nom.

– Monsieur Slopiti.

– Serbe ? je demande.

– Croate…

– C’est vous le chef de chantier ?

– Je suis le nouveau propriétaire, précise-t-il.

Et mon cul c’est du beurre ?

– Ah, en ce cas vous pourrez peut-être nous expliquer, fait Toussain, nous travaillons sur une affaire d’homicide, et il se trouve que la victime avait une de vos cartes…

– Ah oui ? Nous en avons distribué beaucoup vous savez, nous cherchons du personnel.

Toussain sort une photo. C’est Latifa Royale avant grillade.

– Connaissez-vous cette personne ?

Il examine à peine la photo.

– Non ça ne me dit rien.

– Je me permets d’insister, voilà ce qui lui est arrivé…

Il sort une autre photo, la même après… Pourquoi il se prend la tête comme ça ? Il n’a pas compris qu’on les a en face de nous là ? Le croate a l’air de s’en foutre comme de son premier cadavre. Je ne peux pas lui en vouloir.

– Non vraiment pas, je suis désolé… puis je me permettre toute fois une observation.

– Je vous en prie, fait Toussain.

– Une personne capable de telles atrocités doit être très dangereuse, je serais vous je ferais très attention…

Tu parles, sa petite phrase pouvait pas mieux tomber, parce que moi aussi j’ai des photos, et celle-là je suis sûr qu’elles vont lui causer.

– Vous marquez un point, je lui fais en retour, avant de poser les photos une par une devant lui. Mais si j’étais cette personne, je ferais quand même attention à ce que sont parfois capable de simples petits flics.

C’est les clichés qu’on a pris des cadavres de Feyzin, et là il affiche carrément.

– Eh bien nous n’allons pas vous déranger plus longtemps…

Toussain me fait signe qu’on s’arrache, dehors il me demande à quoi ça rime d’énerver des tueurs. Je lui demande en retour ce qu’il espérait en lui montrant la photo du cadavre.

– Je ne sais pas, il avoue, je crois que je voulais voir si ça le ferait réagir.

– Si ça se trouve il s’en est chargé lui-même, alors qu’est-ce que tu veux que ça lui foute ?

Je suis de mauvais poil mais je peux pas lui dire pourquoi. Je m’en veux pour Amok, c’est toujours comme ça quand je commence à picoler, j’oublie le reste, que je suis flic par exemple. Amok… où il peut être maintenant cet enfoiré ? Si seulement je me souvenais de la soirée, peut-être qu’il m’a dit un truc important. Mais j’ai beau chercher, tout ce qu’il y a dans ma tête c’est de la semoule et ces connards avec leurs cymbales.

Publicités

Zemmour vs le CRAN, Guignol’s band.

 

Eric Zemmour ou l’histoire pour les nuls.

J’aime beaucoup les saillies d’Eric Zemmour. Il n’en rate jamais une pour balancer une énormité qui le dépasse apparemment de très loin. En Mars de l’année dernière il déclarait sans faillir que les femmes tuaient le pouvoir, qu’elles étaient incapables de l’incarner faisant fi des innombrables femmes de pouvoir qui mieux que l’incarner le portait à bout de bras. Qu’il s’agisse d’Anne d’Autriche, de la Reine Victoria, Cléopâtre  ou Isabelle la Catholique, autant de figures historiques réduisant les affirmations de ce pseudo intellectuel à des approximations digne de Nabila.  Hélas c’est une figure médiatique, donc plutôt que de lui opposer un véritable discours cultivé, démontrer la nullité crasse de ses propos, toujours assenés sur le ton populiste de l’évidence incontestable, on préfère lui faire un procès. Ce que le CRAN s’apprête à faire, demandant carrément la démission du trublion de RTL. Et pour quelle raison ? Parce que dans un de ses délires xénophobes comme il est coutumier, ce grand ami du Front National – et qui ne s’en cache même plus- notre professeur d’histoire pour les nuls affirmait le 6 mai à l’antenne de RTL que toutes les civilisations ayant fermé ses frontières aux étrangers avaient été épargnées par la violence exogène. A ce sujet, incapable d’en citer plus d’une, notre clown triste, de faire référence au Japon comme digne exemple de sa démonstration. Ce n’est pas une théorie très neuve, à vrai dire on l’a déjà entendue dans la bouche du Front National, et pour tout dire dans une des affirmations des Lepen. Or qui a étudié l’histoire du Japon sait parfaitement que la violence exogène y était remplacée par la violence des seigneurs de guerre, qu’il a fallu attendre Ieasu Tokugawa et le XVIIème siècle pour voir un Japon à peu près homogène dans sa configuration politique. Mais plus encore, le Japon est en réalité un contre-exemple total puisque c’est précisément l’arrivée des « étrangers » qui a permis la modernisation du Japon.

Alors bien entendu la vérité historique n’est pas le propos du locuteur favori du FN, l’important est de frapper l’imaginaire, et ici de nous asséner, sans le moindre chiffre à l’appui, que les hordes de huns de l’Empire Romain avaient été remplacées par des hordes de tchétchènes, kosovars et autres venus détrousser les bonnes familles endogènes, littéralement terrorisées et réduites au silence par un pouvoir toujours plus complotiste semble-t-il. Dans l’imaginaire étrange de Monsieur Zemmour il n’y a donc pas de criminalité franco française, et nous sommes assaillis par des hordes de barbares qui finiront, n’en doutons pas, par détruire le nouvel empire romain, la civilisation occidentale dans son ensemble. En dehors du fait que la comparaison n’est pas très flatteuse pour l’occident moderne c’est à nouveau une contre vérité que de lier délire xénophobe et déchéance de l’Empire romain puisqu’à nouveau qui a étudié un minimum la chute de l’Empire sait qu’il n’est pas dû aux invasions qui l’ont achevé mais bien à une déliquescence du pouvoir sans équivalence actuelle qui a permis ces invasions. Donc pour résumer afin de justifier ses propos délirants, Monsieur Zemmour d’assener comme des vérités des contre sens historiques que personne n’ira contredire, on préférera lui faire un procès sur le sens même de son discours.

 

Le CRAN une farce raciste ?

Mais quel est donc l’intérêt de priver de parole ce pitre, lui faire quitter RTL alors qu’une véritable leçon d’histoire en face à face suffirait à le décrédibiliser pour un bon moment. Pourquoi le CRAN, plutôt que de faire un procès, ne demande pas un droit de réponse, non pas sur le sujet nébuleux et indémontrable des hordes de barbares composant la criminalité en France, mais sur le socle même de la pseudo démonstration de notre pseudo écrivain. Pourquoi, plutôt que d’ajouter une nouvelle médaille au goût de la provocation de Zemmour et à nouveau lui faire un procès dont il se servira pour se positionner en martyr,  ne pas mettre le roi à nu et démontrer devant tous de sa nullité crasse. De deux choses l’une, soit le CRAN est à peu près aussi nul pour lutter contre le racisme que Zemmour pour faire des leçons d’histoire, soit il a besoin d’un Zemmour pour justifier de son existence. Comme le pouvoir a besoin d’idiots utiles comme Alain Bonnet de Soral, le fils de notaire au service du peuple, ou Dieudonné, les deux stars de Youtube, à seul fin de faire de la lèche à la LICRA et au CRIF et de passer pour des défenseurs de la démocratie. Et j’ai peur que ça soit la seule réponse valable. Zemmour n’existe que parce que le CRAN le veut bien, le CRAN n’aurait aucune justification si de temps à autre il ne pouvait s’en prendre à la France poujadiste.

C’est ici la véritable escroquerie qui se joue à guichet fermé depuis 30 ans en France, depuis l’invention d’Harlem Désir et la Marche des Beurs. Une espèce de constants allers retours entre les gentils de l’anti racisme, et les méchants d’une droite extrémiste qui ne veut plus dire son nom. Sans que rien ne vienne jamais l’arbitrer sinon quelques penseurs en velours côtelé comme Finkielkraut qui a un avis sur absolument tout, des chansonniers à Tarantino, et n’a jamais vu un quartier de son existence, ce que Causeur n’avait pas peur d’intituler récemment « la revanche de la pensée » avec le savant « philosophe » en couverture. L’ennui dans tout ça c’est que la xénophobie progresse tout de même, et moins parce que les français sont forcément racistes –ce qui serait absurde de l’affirmer- ou parce que Zemmour a une influence quelconque, mais bien parce que ce pays frileux a peur de perdre son statut de grand pays –déjà perdu mais la France aime se bercer d’illusion- et que les crises ont toujours le même effet sur les peuples. Surtout quand en face les politiques jouent à touche-pipi avec des personnages insignifiants comme le triumvirat Soral-Zemmour-Dieudonné, tout en laissant leur maître à penser dispenser son discours hypocrite dans les médias au nom de la même démocratie… C’est à se demander si finalement toute ces organisations anti racistes, toute cette pause pleine de cris outragés, parfois vedette à l’appui, ne sont pas la plus belle blague involontaire que n’auront jamais faite les Lepen à ce pays qu’en réalité ils méprisent.

Exception culturelle

Ça n’aura pas échappé à ceux qui me lisent j’écris en ce moment une série de nouvelles autour du trafic de stupéfiants. Tous les stupéfiants, sauf un, le légal, l’alcool. Cette idée de nouvelles m’est venue un jour de colère et de frustration. Après m’être à nouveau fait lourder d’une cuisine, pour aucune raison valable, je me suis dit que j’aurais plus intérêt à devenir dealer. J’ai déjà une clientèle possible, et pour l’achat, je n’ai qu’à me tourner vers un des innombrables dealers de mon quartier pépère. Pratiquement, sans trop de risque, en utilisant mon seul RSA, je pourrais arrondir mes fins de mois à raison de 500 à 1000 euros par mois. Pour atteindre 1000, il faudrait que je vende 50 barrettes, sachant qu’en théorie pour l’achat d’un 250 grammes je peux en tailler 125… Si ce trafic ne dépasse pas les frontières de mon immeuble, et si je sais gérer ma clientèle, il n’y a aucune chance que la police s’en mêle. Pas plus qu’elle ne se mêle de l’existence de tous les dealers de mon quartier. Les lyonnais que je connais ici et que je ne vois jamais ne décolleraient plus, et une quantité de filles me trouveraient d’un coup sexy au seul fait que je peux fournir. J’en profiterais pour acheter légalement des dérivés des ectas, livrables par la poste, et sans risque, puisque ces dérivés ne sont pas encore recensés sur le tableau de la mort des produits illégaux. A raison de 10 euros le cachet, je risque de rentabiliser vite fait (prix unitaire : 4,50 euros) surtout si je le fais passer pour un ecta pur… j’en commande 10, 45 euros, je les revends disons 20, bénéfice 155 euros sans bouger de chez moi. Ici pas de risque de me faire virer, et pas le moindre impôt, Urssaf, RSI sur le dos. Quand je dis que les dealers ont plus de latitude que le moindre entrepreneur en France, je sais de quoi je parle. Donc, fort de ce texte, je me documente sur le sujet, et j’avoue que plus j’en apprends, plus… c’est tentant.

Mais il est probable que je ne le ferais jamais. Depuis 35 ans que je fume je vis dans un camp d’internement qui s’appelle la France. La dernière fois que des flics m’ont pris avec un joint à la main, ils m’ont simplement expliqué que j’aurais dû faire ça chez moi, avant de repartir avec mon joint pour se le fumer.  Oui, chez moi, en me cachant, comme depuis 35 ans. Or en 35 ans, il n’aura échappé à personne que le trafic a littéralement explosé en France, et ceci malgré la loi la plus répressive de toute l’Europe. Mais il est vrai que je vis dans un pays exceptionnel, il est normal donc que nous soyons en toute chose l’exception. Ainsi l’article L670 interdit notamment  le prosélytisme en matière de drogue, toute drogue confondue, ainsi que la vente de tout produit relatif à sa consommation, papier, pipe, etc. C’est-à-dire tout ce qu’actuellement vous pouvez trouver dans n’importe quel magasin pour jeune, et dans la plupart des bureaux de tabac, vendu par la marque OCB. OCB a été revendu par le groupe Bolloré, auquel il appartenait, à un leader de la clope à rouler américain (et accessoirement, contrairement à ce que prétend la légende, n’a jamais financé le FN). Considérant les difficultés financières de notre exceptionnel pays, aucune chance qu’on essaye d’appliquer la loi à son niveau. Quant aux pipes à eau, zipsi, shilom et autres blender qu’on peut voir dans les vitrines, aucune chance non plus que les centaines de magasins qui en vendent en France se voient légalement fermer par la police. Car en réalité nous ne vivons pas dans un pays d’exception, mais de corruption, ça rime, mais c’est moins joli.

 

L’alcool, la drogue dure légale.

Ainsi l’article L670 a été voté par une petite dizaine de députés, il y a 40 ans, à une époque où le nombre de condamnation sur ce sujet n’atteignait même pas les 1000. Quarante ans plus tard, il y a 13,5 millions de français qui déclarent avoir fumé au moins une fois dans leur vie, dont 3,5 millions d’usagers courants, et là-dedans 45% des 15-35 ans. Un million et demi déclarant avoir pris de la coke, dont  500.000 seraient des consommateurs réguliers, et il y aurait entre 140 et 170.000 usagers réguliers d’héroïne. Le tout contre environ 44 millions de consommateurs d’alcool. Et c’est bien là où le bât blesse.  En France, en réalité la seule exception qui compte, c’est l’argent. L’argent pour nos députés s’entend. Ainsi la très influente  Association Nationale des Elus du Vin (ça s’invente pas) avait déjà réussi à alléger la loi Evin, et elle fait ardemment campagne pour nous faire croire que le vin est bon pour le coeur, qu’à raison de 3 verres par jour, on est même dans la pratique de santé parce qu’on lutte contre le cholestérol….Or d’une ce que ne disent jamais les études payées par les lobbies du vin, c’est qu’en réalité cette vertu dépend totalement de la provenance du vin, le blanc par exemple ne présente quasiment pas ces caractéristiques, pas plus que les vins jeunes. Et de deux, considérant le nombre de pesticides et de sulfates utilisés, rassurez-vous, votre cancer du pancréas ne se doublera pas d’un excès de cholestérol…  Mais ce qu’on ne dit surtout jamais en France, c’est que le coût social de l’alcool s’élève ici à 17,6 milliards d’euros… que l’indice addictogène de l’alcool est de 10 à 15% c’est-à-dire le même que le cannabis… et que la coke, contre 60% en ce qui concerne le tabac et l’héroïne. Qu’enfin, si on nous tanne chaque année avec les dangers du cannabis, relayé par une presse totalement aux ordres, on ne nous donne jamais l’avis des médecins concernant l’alcool, cette drogue que les neurobiologistes appellent « la drogue sale ». Et oui, car l’éthanol  s’insinue dans des dizaines de circuits du cerveau et interfère avec de nombreux systèmes chimiques cérébraux à la différence d’autres drogues comme la cocaïne ou les opiacées qui ne s’attaquent qu’à un seul système. Je cite un médecin, le docteur Loweinstein : « elle interfère avec de nombreux systèmes chimiques cérébraux. Pas seulement le système dopaminergique, mais aussi les systèmes sérotoninergiques (souvent impliqués dans les régulations de l’humeur et les processus dépressifs), GABAergiques, ou encore ceux du glutamate (qui jouent un rôle clé dans le contrôle de l’anxiété et des émotions). De plus, l’alcool agit directement sur les membranes de la plupart des cellules cérébrales. Cela explique, en partie, les grandes variations d’effets neuropsychiatriques de l’alcool d’un individu à l’autre, mais aussi l’étendue de ces méfaits sur les équilibres émotionnels, sentimentaux et relationnels ». Mais bon, n’oublions pas que selon je ne sais quel ministre de l’agriculture, l’alcool n’est tout simplement pas une drogue. D’ailleurs, ni le tabac qui est donc aussi addictif que l’héroïne, ni l’alcool ne sont sous le coup de la loi de 70, faut pas déconner non plus avec les lobbies et leurs amis députés.

 

L’argent, la véritable exception culturelle française.

Les français ont cette image bien arrêtée des Etats-Unis qu’il s’agit d’un pays où l’argent a le dernier mot, toujours. L’image rassurante que la valeur numéro un aux USA est le fric, et que les américains ne pensent tous qu’à ça. Ils sont l’inventeur du capitalisme paraît-il, et pire les chantres du fameux « ultra libéralisme » les salauds. Si on s’arrête sur le sujet unique de la drogue, par exemple, malheureusement il semblerait que la France soit beaucoup plus portée sur les bénéfices que nos cousins d’outre atlantique. Ainsi si l’opium fut finalement interdit en 1903 sur notre territoire, il fallut attendre 1947 pour qu’il cesse d’être légal en Indochine, il faut dire qu’il rapportait des montagnes d’argent. Tellement que suite à cette interdiction, la SDECE va utiliser l’opium pour financer sa guerre de contre insurrection en Indochine, jusqu’en 54… exactement comme le feront du reste les mêmes USA à partir de 63, dans le même contexte. Mais ce n’est pas là où nous sommes réellement exceptionnels donc. C’est dans le rapport très particulier que nos élus ont avec la loi et l’argent. Et ici le mieux ce n’est pas de faire le détail mais une liste, elle est édifiante. Vous la trouverez à la fin de ce texte. J’ai sélectionné dans ces listes copiées sur le net, uniquement les élus condamnés pour abus de confiance, prise illégale d’intérêts, fraudes diverses. J’ai, et la liste est déjà interminable, exclu les mises en examen qui n’ont abouti nulle part ainsi que les politiques condamnés, pour violence, proxénétisme, viol, pédophilie, non respect du droit du travail, diffamation… En tout, ça fait juste un peu moins de 80 députés ou sénateurs qui ont été condamnés, et parmi les figures de proue, comme Juppé, Balkany, Pasqua, Mauroy ou Emmanuelli, pas un seul n’a fait ne serait-ce qu’une minute de prison, et tous ont gardé leur statut très privilégié de député, ex ministre et/ou sénateur.

 

La France, le pays des privilèges légitimés

Récemment une minuscule poignée de députés avides de se faire bien voir pas l’électorat ont demandé l’abolition de leurs privilèges… réponse de la majorité de leurs collègues, le mépris, il n’y a simplement pas de privilèges… pour autant… un ministre au chômage touchera pendant six mois jusqu’à 12000 euros, c’est-à-dire le maximum en terme de plafond d’allocation chômage, là où un cadre bénéficiant d’un salaire de 10000 euros ne touchera que la moitié en indemnité. La retraite d’un député s’élève à 1553 euros, s’il n’a fait qu’un mandat, et jusqu’à 6192 (le plafond) selon le nombre de mandat (au pays des cumulards…). D’ailleurs qu’on se rassure, même battu aux élections un député peut toucher pendant 6 mois environ 5400 euros (c’est-à-dire ce qu’il toucherait s’il était encore à l’assemblée). Somme dégressive, certes, qui 4 ans plus tard ne représentera que 20% de ces 5400, soit : 1080 euros… Et s’il trouve un boulot moins bien payé, le pauvre, on pourra lui accorder le différentiel… Et rappelons que la retraite commence pour eux à 60 ans. Il faut ajouter que si la retraite d’un salarié représente 2,4% de sa paye, les députés eux ne cotisent qu’à hauteur de 0,5%…on ajoutera à ce pactole, 7100 euros brut d’indemnités mensuelles, 6412 euros d’indemnités représentatives de frais de mandat, plus une ligne de crédit de 9138 euros pour rémunérer ses collaborateurs (14000 pour le président de l’assemblée) plus la gratuité des transports en 1er classe, le remboursement intégral des frais téléphoniques et d’internet. Auquel on devra toutefois ajouter jusqu’à 2757 euros, imputables aux autres éventuels mandats que nos cumulards pourraient avoir. Bien entendu on ne comptera pas en plus, les voitures et les appartements de fonction, les voyages gratuits (enfin pour eux, pas gratuits pour les administrés) le personnel de maison, les repas à l’œil… etc. On comprend mieux pourquoi l’ex ministre, sénateur, député européen, « hors système » Mélenchon ne veut pas voyager avec la plèbe en classe éco. Moralité en France, si tu veux gagner ta vie correctement deux solutions : député ou dealer. Sachant bien entendu que l’un n’empêche pas l’autre.

 

La révolution selon les français : voter pour le FN

Fort du nombre de scandales financiers, de l’état déplorable des finances, et de la complète inaction de nos hommes politiques autre que dans le cosmétique, les français, peuple de droite avec le cœur à gauche, menacent régulièrement leurs privilégiés de voter pour les très méchants fascistes des rentiers Jean-Marie et Marine Le Pen. Ça fait peur, hou ! Ça m’a toujours semblé bizarre comme réaction. Depuis l’ère Mitterrand, le FN passe pour le grand méchant loup, et à chaque élection les privilégiés de nous bramer, c’est moi ou la dictature. Visiblement un jeu qui amuse beaucoup les électeurs puisqu’ils menacent régulièrement leur député de préférer ladite dictature. En plus ils sont racistes dis donc, trop la honte… mais la question que je me pose toujours c’est concrètement pourquoi ils voteraient exactement. Parce que soyons clairs, politiquement parlant, le FN est un fourre-tout de frustrés. Vous avez les monarchistes, les identitaires, les Maurrassiens, les nationalistes, les néo nazis, les chrétiens ultra, tout ça dans un même groupe. Les identitaires et les néo nazis sont généralement paganistes, les maurrassiens et les monarchistes haïssent la république, les ultra cathos également. Sans compter les amis du régime syrien (le chargé de com de Marine Le Pen) les danseuses du grand mytho Serge Aouib dit Badskin dont l’heure de gloire n’a jamais eu lieu que dans sa tête, et dont la seule condamnation fut pour trafic d’anabolisants, lui qui se vante tellement d’avoir mis les Halles en coupe réglée dans les années 80. Exploit qu’apparemment tous ceux qui s’affrontaient là-bas dans les mêmes années ignorent totalement. Là-dessus on ajoutera que la droite nationale, comme elle s’intitule elle-même, de Rivarol au Crapouillot en passant par Minute, récuse totalement le discours de la très rouée Marine Le Pen qu’ils méprisent autant pour ses amitiés que pour son discours, mélange de socialisme allégé, et de droite classique. Pour le coup Marine retourne aux fondamentaux du parti, à savoir le poujadisme, puisque c’est en quittant le parti de Poujade que Le Pen père fonda son parti. Passant en 40 ans du borgne à béret rouge et bandeau de pirate gonflant la poitrine dans les meetings, au gendre idéal, cheveux teints et œil de verre, costume sur mesure. Donc pour qui ils voteront ? En réalité personne. Ils voteront comme toujours pour un discours, du bavardage entonné cette fois avec des gros bras. Il faut dire que le parti de la tête haute et des mains propres, cumule (parti, représentant politique et membre) un total de 51 condamnations dont 5 pour meurtres, et pour le seul Jean Marie Le Pen, 24 condamnations… En gros, par esprit de révolte contre des corrompus, les français menacent de voter… pour des repris de justice… ça semble logique finalement, plutôt que d’élire des criminels sans casier, voter pour des criminels avec casier…

 

La culture, l’autre exception financière.

Reste un domaine où nous sommes censés exceller, et même être une figure de proue, un phare pour le monde, notre culture. Elle est riche, certes, mais à l’heure actuelle elle est surtout riche en euros et totalement cooptée par une poignée de privilégiés. Prenons l’exemple du cinéma. Toutes les productions peuvent bénéficier d’une aide de l’état qu’on appelle l’avance sur recette délivrée par la CNC. Il ne s’agit rien de plus que du dumping pour faire face à la très pugnace concurrence américaine. Dumping que d’ailleurs dénonce l’immensément riche Hollywood qui déteste perdre le moindre centime. Il ne vient bien entendu pas à l’idée ni des producteurs, ni du ministère de la culture qu’avant de pleurer il faudrait avoir des idées et fabriquer des films qui puissent dépasser le seul territoire français. Or cette année pas une seule des grosses productions françaises n’a fait le plus petit bénéfice, et sans la CNC et la télévision, il est probable que les maisons Gaumont et UGC boiraient la tasse comme est en train de la boire Besson qui lui se sauve uniquement avec ses films d’action cheaps qui sont les seuls à se vendre à l’international (et pour cause, Besson utilise des vedettes d’outre atlantique). Pour autant depuis 20 ans ce sont les mêmes acteurs, réalisateurs, scénaristes et producteurs que nous voyons se pavaner, la plupart totalement inconnus hors de France, et pourtant tous extrêmement bien payés en dépit de leurs insuccès chroniques. On se souvient de la polémique sur le salaire de Depardieu (qui lui tourne à l’international) modéré par certains producteurs qui dénoncent justement ce système, qui veulent que sans CNC et sans rachat par les télés, eh bien le cinéma français, en l’état, serait mort. Même chose pour la littérature. Pendant que Grasset et Gallimard s’arrogent chacun leur tour les prix littéraires, il y a environ une cinquantaine d’auteurs en France qui vivotent grâce à leur plume et seulement une dizaine qui gagnent très bien leur vie, en cumulant généralement à l’instar des politiques, émissions télé, métiers d’éditeur, de scénariste ou directeur de collection, et le tout en vendant des livres médiocres que la presse relaiera absolument partout au même titre que la grande distribution. Dans ce lot d’écrivains, pas un seul ne sort des classes populaires bien entendu, et aucun, au contraire des écrivains américains, n’a jamais fait grand-chose de sa vie. Oui je sais Beigbéder à été pubard dans la même et unique agence pendant 10 ans… et Nothomb fut vaguement traductrice il y a fort longtemps, avant de recevoir un prix pour un livre à l’écriture scolaire. Que reste-t-il ? La Sacem ? La Sacem est la plus magnifique machine à voler le travail des artistes. Un contrat Sacem ça court sur dix ans, et pendant 70 ans elle pourra percevoir des droits sur ta musique, sachant qu’en plus, en signant avec la Sacem on lui cède la totalité de ses droits de gestion sur sa musique. Concrètement si pour une raison ou une autre la Sacem décide de faire interdire ta musique, ici ou ailleurs, elle le peut ! Et pas question de faire ce que tu veux de ta musique, décider de la laisser diffuser par un pote par exemple, elle appartient désormais à la Sacem et ce pour une période complète de 10 ans. Ajoutons que si vous possédez un établissement où vous voulez diffuser de la musique, il faudra également payer la Sacem et ce même si l’artiste ne vit pas en France, ne paye pas d’impôts en France, n’est même pas français et qu’il n’a jamais entendu parler de la Sacem. Pareil pour la SACD qui contre une cinquantaine d’euros protègera, tout manuscrit pendant… 4 ans. Au-delà, si tu ne renouvelles pas ta cotisation, ton manuscrit tombe dans le domaine public…

Quant aux médias dans leur ensemble… la réalité c’est que les médias français sont cooptés par une cinquantaine de journalistes et d’experts auto proclamés, qui passent sur l’ensemble des chaînes radio et télé (toute propriété soit de Bolloré, Bouygues, Serge Dassault ou Lagardère) pour relayer le discours officiel contre de très, très juteux salaires (salaires + « ménage » au compte des très grosses entreprises). Discours de leurs amis d’enfance et relations, puisque seulement 10% des élèves des écoles de journalisme viennent des classes populaires… Face à ça, régulièrement, le statut des intermittents du spectacle est remis en cause, ici traité comme des privilégiés… Or tout le monde sait parfaitement dans ce milieu que par exemple un simple cadreur (affilié à la fameuse caisse donc) pourra sur un plateau remplir 3 postes différents, pour deux ou trois jours de boulot, et qu’il ne sera pas question pour lui de protester qu’il n’est pas payé pour monter le décor sans quoi au revoir et merci. Et que dire des centaines de milliers de pigistes et d’auteurs divers qui remplissent les colonnes de nos journaux, signées par d’autres, et écrivent les livres de plus célèbres qu’eux qui en échangent passeront pour des hommes de lettres (PPDA par exemple, mais il est loin d’être le seul)

 

A ce genre de constat les francais ont toujours ce même réflexe, ce même discours : c’est pas mieux ailleurs. Hélas je suis au regret… que ce soit au Royaume Uni ou en Allemagne, ou encore dans les pays du nord, un député ou un ministre pris la main dans le sac à bonbons, n’est pas forcément condamné, mais démissionne forcément. Le Portugal, l’Espagne, les Pays-Bas, l’Italie ont dépénalisé l’usage du cannabis et même au Portugal de toutes les drogues, et dans un certain nombre de pays c’est parfaitement légal et normal de consommer. Même au Mexique qui a signé comme nous la convention de 61, et qui est en proie à une guerre des narco trafiquants, on peut en posséder jusqu’à 5 grammes… Aux Etats-Unis, un film qui fait un four n’a pas de CNC ni de télé derrière pour racheter ses pertes, ça peut même mettre fin à la carrière d’un acteur, d’un réalisateur ou d’un producteur qu’il soit connu et célébré et puissant, ou non. Les plus grands auteurs américains, à quelques exceptions près ont tous un deuxième métier, et surtout ont généralement bossé toute leur vie et n’ont jamais ou rarement été couverts de prix, ce qui ne les empêche pas d’être lus dans le monde entier (une dizaine d’auteurs en France sont traduits…)

 

Bref, en gros, la fameuse révolution française n’a abouti… qu’à très exactement les mêmes problèmes qu’avant. Les bourgeois ont pris la place des aristocrates, ils se sont distribués le pouvoir, et 224 ans plus tard strictement rien n’a bougé. Ah si, un truc, Diderot a plusieurs lycées à son nom, et s’il était encore de ce monde, il passerait 700 fois par an à la télé. Toucherait 50.000 euros pour une émission hebdomadaire, un million en avance sur recette pour écrire un ouvrage de 130 pages qui surtout ne ressemblerait pas à Jacques le fataliste, sans quoi l’éditeur lui expliquerait sans doute qu’on ne comprend rien et qu’il n’y a aucune scène de cul. Je ne sais pas si c’est vraiment mieux ailleurs, mais ça va quand même être difficile de trouver pire, Corée du Nord, Chine et républiques bananières exceptées.

 

Liste des élus condamnés en France.

 

Alain Carignon (UMP) 1999, condamné pour corruption, abus de biens sociaux et subornation de témoins.
Alain Ferrand (UMP) 2006, condamné pour faux et usage de faux. 1998, condamné pour prises illégales d’intérêts et condamné pour fraude fiscale.

Alain Juppé (UMP) 2007, condamné pour abus de confiance, recel d’abus de biens sociaux, et prise illégale d’intérêts.

Bruno Sandras (UMP) 2011, condamné pour détournement de fonds publics et prise illégale d’intérêts.
Charles Pasqua (UMP) 2009 à 2010, condamné pour trafic d’influence, pour favoritisme, pour faux, financement illégal de campagne et abus de confiance. Il est cité dans l’affaire de recel d’abus de biens sociaux pour l’association France Afrique Orient. Il également mentionné dans l’affaire du financement occulte du ministère de l’Intérieur et de l’Union des groupements d’achats publics.
Claude Polony (UMP) 2001-2009, reconnu coupable de prise illégale d’intérêts, favoritisme et détournements de fonds.
Daniel Simonpieri (FN puis UMP), condamné pour favoritisme, fausses factures et emploi fictif. Il avait déjà été condamné pour harcèlement moral.

Denis Jacquat (UMP) 2011, condamné pour abus de confiance et infraction à la législation sur le financement des campagnes électorales.

Didier Schuller (RPR-UMP) 1994, il s’enfuit aux Bahamas après la révélation d’une tentative de déstabilisation du juge Éric Halphen puis il continue sa cavale en Dominique Républicaine où il bénéficie d’une protection diplomatique, avant de revenir en France.> 2005, condamné pour financement illégal de sa campagne.> 2007, condamné pour avoir fait financer de façon occulte des activités politiques.

Dominique Paillé (UMP) 2004, condamné pour abus de confiance.

Gaston Flosse (UMP) 2011, alias monsieur 10%, condamné pour détournement de fonds publics et prise illégale d’intérêts.

Gérard Larrat (UMP) 2011, condamné pour constitution de partie civile abusive ou dilatoire dans le but de nuire à son adversaire socialiste.> 2011, mis en examen pour complicité d’atteinte à la sincérité du scrutin, complicité de faux administratif et usage et complicité de manœuvre frauduleuse tendant à l’exercice irrégulier du vote par procuration, son élection a été annulée.
Gilles Forray (UMP) 2006, condamné pour corruption passive et recel d’abus de biens sociaux.
Guy Drut (UMP) 2005, condamné pour avoir bénéficié d’un emploi fictif.
Henry Chabert (UMP) 2002, condamné pour recel d’abus de biens sociaux.

Jacques Masdeu-Arus (UMP) 2006 à 2009, condamné pour corruption passive et recel d’abus de biens sociaux.

Jean Reynaud (UMP) 2004, condamné pour prise illégale d’intérêts. 2006, condamné pour harcèlement moral et dégradation des conditions de travail.
Jean Tiberi (UMP) 2009, condamné pour occupation illégale des locaux de sa permanence et fraude aux électeurs.

Jean-Louis Garnier (UMP) 2011, condamné pour coups et blessures.

Jean-Louis Masson (UMP) 1997, condamné pour avoir financé la campagne d’un concurrent afin d’affaiblir sa rivale à droite.

Jean-Paul Alduy (UMP) 2008, son élection est annulée pour fraude.

Jean-Paul Fournier (UMP) 2009 à 2010, condamné pour prise illégale d’intérêts.

Joëlle Ferrand (UMP) 2010, condamnée pour prise illégale d’intérêts et malversations.

Laurence Spicher-Bernier (UMP) 2010 à 2011, condamnée pour exercice illégal de la profession d’avocat et escroquerie.
Lucette Michaux-Chevry (UMP) 2002, condamnée pour favoritisme dans l’attribution de marchés publics.
Manuel Aeschlimann (UMP) 2009, condamné pour favoritisme dans l’attribution d’un marché public.
Marie-Jeanne Bozzi (UMP) 2002, condamnée pour proxénétisme aggravé, association de malfaiteurs et dissimulation de travail clandestin.> 2007, condamnée pour soustraction au paiement de l’impôt, omission de déclaration et fraude fiscale.> 2009, mise en examen pour association de malfaiteurs en vue de la commission d’un homicide en bande organisée.
Michel Buillard (UMP) 2011, condamné pour détournement de fonds publics et prise illégale d’intérêts.
Patrick Balkany (UMP) 2003, condamné pour injure publique et pour diffamation. 1999, condamné pour avoir rémunéré aux frais du contribuable trois personnes désignées comme des employés municipaux mais qui ne s’occupaient que de son appartement de Levallois-Perret et de sa résidence secondaire près de Giverny.
Philippe Brun (UMP) 2011, condamné pour fraudes et multiples abus de biens sociaux. Pierre Bédier (UMP) 2009, condamné pour corruption passive et recel d’abus de biens sociaux.
Renaud Donnedieu de Vabres (UMP) 2004, condamné pour blanchiment d’argent.> 2011, mis en examen dans le cadre de l’affaire Karachi.

René Vestri (UMP) 2009, condamné pour travail dissimulé.> 2010, mis en examen pour blanchiment à titre habituel et en bande organisée, trafic d’influence et association de malfaiteurs.
Richard Cazenave (UMP) 1999, condamné pour abus de biens sociaux.> 2004, condamné pour recel et complicité d’abus de biens sociaux.

Serge Dassault (UMP) 1998, condamné pour corruption. 2010, condamné pour procédure abusive.> 2009, condamné pour avoir acheté des voix lors des municipales.
Thérèse Aillaud (UMP) 2002, condamnée pour détournement de fonds publics.

Vincent Toni (UMP) 2008 et 2011, condamné pour corruption passive.

Xavier Dugoin (UMP) 1997, condamné pour trafic d’alcool, salaires fictifs et corruption.> 1999 à 2000, condamné pour abus de confiance, détournement de fonds publics, falsification de documents administratifs et prise illégale d’intérêts.

Alain Gouriou (PS) : reconnu coupable d’abus de confiance mais dispensé de peine en 2008.

Bernard Granié (PS): condamné en 2011 pour corruption. Peine confirmée par la Cour de cassation en mars 2013.

Bernard Tapie (Divers Gauche): condamné en 1996 pour corruption et subordination de témoin.

Charles Josselin (PS): reconnu coupable d’abus de confiance mais dispensé de peine en 2008.

Christian Bourquin (affilié PS): condamné en 2012 pour délit de favoritisme.

Christian Cuvilliez (PCF): condamné en 2000 puis confirmé en 2004 pour détournement de fonds publics et recel et une seconde fois en 2001 pour diffamation.

Claude Hoarau (PCR): condamné en 1ère instance à 1 an d’inéligibilité et 4 mois de prison avec sursis pour complicité de prise illégale d’intérêts et achat de voix. Le condamné a fait appel: jugement rendu en décembre 2012.

Claude Pradille (PS): condamné en 1995 pour corruption.

Claudie Lebreton (PS) : reconnu coupable de prise illégal d’intérêts mais dispensé de peine en 2008.

Élie Hoarau (PCR):, condamné en 2000 à un an d’emprisonnement avec sursis et de cinquante mille francs d’amende ainsi qu’à l’interdiction du droit de vote et à la privation du droit d’éligibilité pour une durée de trois ans suite à une affaire de fraude électorale.

Elie Pigmal (PS): condamné en 2012 pour délit de favoritisme.

François Bernardini (ex/de nouveau? PS): condamné en 2001 pour ingérence, détournement de fonds publics, abus de confiance et abus de biens sociaux.

François Xavier Bordeaux (PS): condamné en 2011 pour abus de faiblesse

Gilbert Annette (PS): condamné en 1996 à 200 000 francs d’amende, cinq ans de privation de ses droits civiques et trente mois de prison dont douze avec sursis pour corruption dans des procédures de marchés publics à la ville de Saint-Denis.

Harlem Desir (PS): condamné en 1998 pour recel d’abus de confiance.

Henri Emmanuelli (PS): condamné en 1997 pour trafic d’influence

Jeanine Ecochard (PS): condamnée en 1998 dans l’affaire Urba (financement occulte du PS).

Jean-Christophe Cambadélis (PS) : condamné en 2006 pour l’affaire de la MNEF.

Jean-Christophe Mitterrand: condamné en 2009 pour recel d’abus de bien sociaux.

Jean-Marc Ayrault (PS): condamné en 1997 pour délit de favoritisme.

Jean-Michel Baylet (PRG): condamné en 2003 pour abus de biens sociaux.

Jean-Paul Huchon (PS): condamné en 2007 pour prise illégale d’intérêts et en 2011 par le Conseil d’Etat.

Jean-Pierre Destrade (PS): condamné en 2005 pour escroquerie et trafic d’influence.

Jean-Pierre Kucheida (PS): Condamné le 21 mai 2013 à 30 000 € d’amende dans une affaire d’abus de biens sociaux.

Jérôme Cahuzac (PS) : Condamné sans peine ni inscription au casier judiciaire en 2007 pour avoir employé, entre juillet 2003 et novembre 2004, une femme de ménage philippine, sans papiers,  rémunérée en liquide pour 40h mensuelles à 250€/mois.

Joël Marion (PCF) condamné en décembre 2012 à 1 500 € d’amende pour prise illégale d’intérêts.

Khadija Aram (ex PS): condamnée en 2011 pour trafic d’influence et abus de confiance.

Laurence Pommier (PCF?) : condamnée en décembre 2012 à 1 500 € d’amende pour prise illégale d’intérêts.

Lionel Colling (LO) : condamné en 2006 pour avoir employé ses proches parents au sein des services de la mairie.

Line Cohen Solal (PS): condamnée en 2011 dans la même affaire que celle touchant Pierre Mauroy.

Maurice Gironcel (PCR): condamné en 2008 à 1 an de prison et 1 an d’inéligibilité pour détournement de fonds.

Melba Ngalouo-Bocquet (PCF) : condamnée en octobre 2012 pour fraudes.

Michel Laignel (PS): Condamné en 2006 pour faux, usage de faux, délit de favoritisme, prise illégale d’intérêts, et détournement de fonds.

Michel Pezet (PS): condamné en 1998 pour recel de fonds utilisés [pour un financement politique] en dehors de tout enrichissement personnel.

Mohamed Abdi (PS): Condamné en 2007 pour escroquerie.

Olivier Spithakis (???) : condamné en 2005 dans l’affaire de la MNEF

Philippe Sanmarco (PS): condamné en 1997 pour complicité de trafic d’influence dans l’affaire du financement occulte du PS, l’Affaire Urba.

Pierre Mauroy (PS): condamné en 2011 pour emploi fictif.

René Teulade (PS): condamné en juin 2011 pour abus de confiance.

Richard Laude : condamné en 2005 après avoir confié une mission à une société dont il était le gérant.

Robert Gaïa (PS): condamné en 2002 pour favoritisme.

Sylvie Adam (PCF?) : condamnée en décembre 2012 à 1 500 € d’amende pour prise illégale d’intérêts.

Sylvie Andrieux (apparentée PS): condamnée à 3 ans de prison dont 2 avec sursis, 100 000 € d’amende et 5 ans d’inéligibilité le 22 mai 2013 dans une affaire de détournement de fonds publics. Elle a fait appel de cette décision.