Soleil vert

Tout le monde se souvient de ce film avec Charlton Heston, où aidé d’Edward G. Robinson, il découvre la réalité atroce qui se cache derrière les nouvelles tablettes nutritives en vogue. Ce film a tellement marqué les esprits qu’aujourd’hui chaque fois qu’on évoque les effets de la malbouffe, comme ces granulés que le gouvernement brésilien se proposait de donner à ses indigents, on compare notre situation à celle décrite par le film. Une société qui s’auto-cannibalise une fois qu’elle a tout ravagé. Ca revient comme une forme de gimmick sur les réseaux sociaux, présentez le dernier steak de synthèse proposé par l’industrie et dans le commentaire quelqu’un lâchera l’immanquable « Soleil Vert ». Ca nous rassure les épithètes, ça nous évite surtout de nous responsabiliser. Car finalement c’est assez simple, aucune entreprise actuelle ne se lance dans la conception d’un produit sans une très sérieuse étude de marché, donc si on fabrique de la merde dites-vous que c’est uniquement parce que vous êtes disposé à en manger. Mais finalement dans tout ça tout le monde a un peu oublié qu’avant d’être un film, Soleil Vert est un roman de Harry Harrison qui situait lui la catastrophe vers 1999. Or la trame du roman n’a rien à voir avec celle du film, et pour cause. Pas de révélation extraordinaire, pas de « green soylent » cannibale, pas de complots c’est largement pire que ça. Le roman en réalité suit le quotidien d’un flic qui enquête sur un petit crime crapuleux au milieu d’une fournaise surpeuplée et affamée : New York. Une fournaise où demeurent naturellement quelques privilégiés qui monopolisent le peu de ressources qui reste, pendant que la population mondiale continue d’augmenter inexorablement. C’est du reste l’obsession du vieil ami du héros, l’augmentation de la population mondiale, point de vue qu’Harrison oppose à la petite amie qui rêve encore en couleur d’avoir des enfants et une petite vie installée. Soleil Vert est en réalité un roman extrêmement noir qui nous entraine dans le monde de bientôt voir de maintenant, où tous continuent de fonctionner dans un aveuglement comptable pendant que dans une canicule infernale on manque d’absolument tout, vêtement, nourriture, eau. La population augmente, les gouvernements refusant de mettre en place une politique de restriction des naissances, les principaux intéressés continuant de se comporter comme des enfants avec des droits et aucun devoir ni envers eux, ni envers le monde qui nous entoure. En réalité ce que nous montre ce roman écrit en 1966 c’est qu’en dépit de l’effondrement du monde, rien ne change, strictement rien, ni avant, ni après, ni pendant. Une vision sombre, voir totalement nihiliste de notre avenir et du comportement humain en général à ce sujet, un aveuglement complet de l’humanité qui ne cesse au fil des pages de se trouver de nouvelles raisons d’espérer à un avenir meilleur alors que tout démontre qu’en fait d’avenir il n’y a rien de plus qu’une longue agonie au soleil.

« Le nihilisme vert, le meilleur atout du capital »

La phrase en titre m’a encore été servi il y a peu par un réactionnaire très attachés, comme tous ceux de son espèce, a m’assortir cette affirmation d’épithètes d’un autre temps sur les « gauchistes » car tout ce qui ne permet pas à un réactionnaire de rester circonscrit à ses schémas de pensée limités est forcément qualifié de « gauchiste ». Et je dois admettre que si on écoute le discours moyen de l’écolo même de la dernière minute, le tableau est en effet catastrophique, voir complètement anxiogène, et qu’il est nettement plus rassurant de se dire que la solution est là, ou ici, qu’avec un petit effort de chacun et des réformes politiques on peut sauver le monde. On peut également se dire et se rassurer que ces réformes n’ont pas lieu à cause des « gauchistes ». Ou au contraire opposer que le monde est aux mains du libéralisme le plus aveugle et que les seuls complices idéologiques à chercher à la propagation de ce libéralisme catastrophique est le consommateur lui-même. On peut également croire ce que nous disent les responsables politiques réunis à la COP21, imaginer que les fameux accords de Paris sont un pas formidables en dépit de l’opposition du bouffon infantile qui menace la paix dans le monde à coup de tweet. On peut oublier, c’est notre droit, que par ailleurs les mêmes états à la vertu toujours renouvelés signent des accords commerciaux transcontinentaux qui sont en réalité en termes d’environnement rien de moins qu’un suicide collectif. Oui on peut tout ça. Le toit a déjà été emporté, le premier étage est en train de brûler, il ne nous restera bientôt plus qu’un placard enfumé pour nous chamailler au sujet de qui est responsable de l’incendie ou sur la meilleure méthode pour l’arrêter avec un mouchoir et un verre d’eau, mais la maison brûle quand même, et l’incendie s’accélère.

Ecocide

Il y a quatre ans de ça, un été, une abeille s’est introduite chez moi et a piqué ma chatte qui s’est retrouvé avec une chique fameuse et qui ne comprenait pas pourquoi je riais. Les animaux ne se plaignent pas de leurs douleurs, je ne sais même pas si elle s’est rendu compte de ce qui se passait sur son museau, mais toujours est-il que c’est la dernière abeille que j’ai vu depuis. Quand je vivais à Paris, été comme hiver, le paysage le plus commun en dehors des pigeons c’était les moineaux qui s’ébattaient dans la poussière, n’avaient peur de rien même pas d’aller piquer des miettes de votre sandwich sous votre nez. Quand je me rends dans le square à côté de chez moi aujourd’hui, c’est rare que j’aperçois encore des oiseaux, et c’est bien normal ils sont morts. En Angleterre c’est 50% de la population des moineaux domestiques qui a disparu et en France 11%. On a du mal avec ce mot en occident « mort ». Nous avons tellement évacué la question, nous y sommes si peu physiquement confronté, nous avons tellement glamourisé la mort et la violence à travers le cinéma que quand on parle de 6ème extinction de masse, quand on souligne que 52% des animaux sauvages sont morts on préfère utiliser le mot  « disparus » et d’ajouter que par contre la population de panda a augmenté. La Chine utilisant les pandas comme moyen de communication politique leur préservation n’a rien de surprenante. Oui « disparus » comme s’il s’agissait d’un tour de magie avec aucun responsable ni coupable. Comme si les deux tiers des espèces vertébrés qui vont mourir d’ici 2020, d’ici 3 ans, n’avaient pas supporté l’inéluctabilité de la croissance qui doit continuer coute que coute et avaient décidé de s’évaporer dans un nuage de fumée. Et je pense que si on en entassait devant l’assemblée nationale la montagne de cadavres d’animaux morts que cela représente, et ce sans y ajouter les millions qu’on tue chaque année pour notre alimentation et surtout le seul bénéfice de l’industrie agro-alimentaire, la seule chose que retiendrait le monde c’est le scandale sanitaire, la violence de la provocation et éventuellement de gueuler sur des réseaux sociaux qu’il faut faire quelque chose. Bref l’animal le plus dangereux et le plus stupide de la planète s’en remet à la fatalité pour discuter de son avenir. Les abeilles disparaissent ? Pas grave on les remplacera par des drones pollinisateurs. Ce qu’on trouve dans nos assiettes est de plus en plus pollué, c’est pas grave on va manger des légumes achetés en circuit court. Le pétrole pollue tout et contribue au réchauffement planétaire, c’est pas grave on va fabriquer des millions de panneaux solaires et d’éoliennes qui n’ont d’écolo que le nom pour pouvoir continuer de faire tourner les millions d’appareils électroniques que nous produisons et jetons chaque jour. Car tout doit continuer comme avant, comme dans les années 50, 60, 70, 80… il suffit juste d’affiner nos besoins, segmenter les datas, et hop voilà la « croissance verte » ce formidable oxymore que nous a inventé le capitalisme cette idéologie de mort.

Aliénation globale

J’ai toujours rêvé d’avoir des enfants et en inconsolable romantique je me dis toujours qu’un jour, en dépit de mon âge, ça pourrait me tomber dessus. Je sais déjà que je ferais un excellent père mais je ne suis pas certain que la femme avec qui je les aurais serait disposée à ce qu’ils ne se rendent dans aucune école de la République pour apprendre à en faire de bon consommateur avec l’espoir d’un plan de carrière en CDI. Qu’au lieu de ça ils apprennent des boulots manuels, à être autonome alimentairement donc apprendre à cultiver, à chasser et dépecer (autant de chose que je serais également moi-même obligé d’apprendre, je précise), à être solidaire également et en toute circonstance, indépendamment de ses moyens, et surtout apprennent à faire sans au lieu d’avec. Apprennent à se rationner en eau, en viande, en plaisir divers et donc apprennent également d’autres formes de loisir que l’hébétude devant un écran de contrôle. Je crains que dans notre société  de babillement, une telle éducation soit comprise comme une contrainte briseuse d’enfance alors qu’à mes yeux c’est aujourd’hui la seule éducation valable si l’on souhaite à ses enfants un avenir pas trop mal commode, si simplement on les aime. Je sais également que dans l’esprit de biens de mes concitoyens c’est juste de la paranoïa, une forme de survivalisme, un truc d’américain fou quoi. Mais de toute manière, je l’ai déjà dit, je me sens de moins en moins concerné par votre société, vos petites agitations sans importance, vos débats politiques sans fin, les épithètes que vous vous lancez à la figure pour ranger telle personne dans un camp idéologique, vos chamailleries sur l’immigration ou la gouvernance du nouveau roi de France. Je vis au milieu d’une société malade, narcissique, qui n’a de cesse de regretter son passé, bref une société qui a le nez collé sur l’index qui lui montre la lune, j’en suis conscient et plus ça va moins je suis effaré par l’ignorance dans laquelle vous vous maintenez coûte que coûte de peur de lever la tête du guidon et de réaliser que le mur est à vingt mètres et que les freins sont cassés. D’ailleurs pourquoi le feriez-vous ? Les constats alarmistes se multiplient mais tout ça est généralement assorti de date lointaine 2050 et du conditionnel « on pourrait voir les espèces disparaitre ». Or il n’y aura plus de terre arable sur terre dans exactement 13 ans et des millions d’hectares sont déjà appelé à mourir.  Or la Californie brule depuis le mois de juillet et donc 52% des espèces animales du globe sont mortes. Non, ce qui compte c’est qu’un chanteur alcoolique est parti et que ça permette à un escrosophe de nous faire part de son sectarisme qui sera repris en boucle absolument partout. Ce qui compte c’est que le nouveau roi de France a fait de l’agitation indignée à propos de l’environnement tout en se proposant de continuer exactement comme avant sous le label « Nicolas Hulot approved-le logo est vert donc on peut avoir confiance » sous le label du green washing. Et quand un cinéaste filme l’image insoutenable d’un ours polaire crevant de faim, efflanqué comme s’il venait de sortir d’un camp, la planète média reprend la vidéo en boucle, tout le monde pleurniche et passe à autre chose, c’est bientôt Noël. Le camp lui reste ouvert et pour le moment ce sont les ours blancs, la faune aquatique, et les oiseaux marins les premières victimes. En fait cette vidéo m’a fait penser à une autre, cette petite fille victime d’une catastrophe naturelle, coincée dans la boue, accrochée à un bout de bois, les yeux noyés par la terreur et que le monde entier a regardé crever lentement entre la poire et le fromage. Tout en se scandalisant que de telles images soient disponibles. Je me suis obligé à regarder cet ours, à ne pas l’oublier, jamais et j’ai allumé un bâton d’encens pour lui. C’est parfaitement dérisoire, parfaitement pathétique mais c’est le seul moyen que j’ai trouvé pour exorciser moins ma peine que ma rage et mon mépris pour mes semblables.

Suicide collectif

Dans le film Soleil Vert il y a deux moments qui m’ont irrémédiablement marqué. Quand Charlton Heston découvre un dérisoire pot de confiture et s’en régale comme un assoiffé qui n’aurait pas vu d’eau depuis une semaine. Et quand Sol, va volontairement mourir en regardant des paysages passés sur fond de Pastorale. Depuis je ne cesse d’associer la Pastorale à ce moment, et à la beauté de la nature qu’il filme. Beethoven voulait décrire le printemps musicalement c’est donc un printemps magnifiques que j’ai dans la tête chaque fois que j’écoute cette musique découverte à l’occasion de ce film. J’ai 53 ans en 2017, je n’avais pourtant jamais envisagé que si j’atteins ou dépasse les 70 ans je vais un jour me trouver exactement dans la situation que Heston pour la confiture et Robinson pour l’inconsolable mort programmée, que j’allais probablement vieillir entre Soleil Vert le film et Soleil Vert le livre.  Et que pendant que je vieillirais sur un caillou désolant, les autres naufragés continueront de se lancer des épithètes idéologiques à la tête et d’imaginer qu’ils ont encore un avenir. Je ne me fais aucune illusion à ce sujet, il me suffit de me balader dans mon quartier ou un réseau asocial pour observer l’inconscience générale. Et on ne peut même pas parler d’ignorance puisqu’on ne cesse de nous le répéter, l’environnement se dégrade à vue d’œil. Non c’est une aliénation volontaire, conscientisée et systématiquement renouvelée chaque fois que vous allumez votre poste. Ou peut-être est-ce que c’est même pire peut-être que vous êtes vous-même tellement empoté que vous n’avez pas été foutu d’élever vos gosses à savoir faire des choses élémentaires comme cuire des œufs, ou faire renouveler sa carte de crédit. Ce n’est pas des exemples prit au hasard, l’autre jour un gamin de mon quartier, 19 ans, petit dealer intérimaire de son état, m’avouait que quand il voulait des œufs il demandait à sa petite sœur. Et je viens de perdre 20 minutes à la poste parce que non seulement le gamin devant moi voulait faire changer sa carte de crédit sans justificatif de domicile et juste avec une carte d’identité à la mauvaise adresse, et voyant que la dame faisait juste son travail en le ramenant dans le monde réel, d’aller pleurnicher auprès de papa qui s’est mis à pourrir l’employée au nom de son lombric de fils.

Oui c’est sans doute pire. Depuis 17 ans, depuis que je suis tombé malade, je vis dans la précarité. J’ai appris à faire beaucoup sans et en fait même si ce n’est ni volontaire ni agréable, même si je ne suis pas parti en vacance depuis 16 ans, même si je ne participe à aucune de vos réjouissances ritualisées, Noël, Jour de l’an, vacance d’été, Pâques, que sais-je, je suis contant de connaitre ça, moi je suis prêt à ce qui va suivre. Ca n’a pas toujours été le cas. Quand je me suis retrouvé à la rue la première fois j’étais terrorisé à l’idée de sombrer, et pourtant j’ai survécu et aujourd’hui je n’y suis plus. J’ai découvert que j’avais infiniment plus de ressources que je ne le croyais, voir que tous ceux qui au cours de ma vie ont voulu me faire mon éducation. En fait en ce moment je me sens comme quelqu’un qui aurait vu deux fois la Seconde Guerre Mondiale, assisté deux fois au procès de Nuremberg et qui à la veille de la vivre une troisième entendrait des gens dire « plus jamais ça ».  L’autre jour, fait rarissime j’ai voulu regarder la télé, n’importe quoi comme fond sonore pendant que je cuisinais. Je me retrouvais devant une émission de consommation, infomerciale déguisé en reportage sur les « fous de Noël » où un animateur expliquait que c’était de plus en plus tendance de dépenser des fortunes pour décorer cette pitoyable fête. Et de nous faire part de deux aliénés, l’une visiblement nantis qui se proposait de s’offrir un conifère de deux mètres le temps de cette farce, car après tout les arbres sont des objets jetables, et un autre, simple employé, qui chaque année dépense des montagnes d’argent pour illuminer sa baraque d’un festival son et lumière, comme aux Etats-Unis où ce gâchis formidable d’énergie et d’argent est également une tradition. Comme toutes ces émissions celle-ci n’avait qu’un but, mettre dans la tête des gens  l’achat indispensable de décoration pas moins indispensable à un événement sacré (chaque année de terribles disputes pour savoir si crèche ou pas en raison de la loi de 1905) tout en mettant en lumière des comportements déviants à seul fin que le consommateur puisse se dire « ah non moi je ne suis pas comme ça, je n’achèterais que cinq guirlandes au lieu de dix ». Mais ce que j’ai retenu c’est que pas une seule seconde quelqu’un se scandalise qu’on coupe des arbres dans le seul but de les voir crever dans son salon sous des tonnes de saloperies à base d’énergie fossile. Et que comme chaque année mon quartier va se retrouver avec des arbres morts sur le trottoir. Parce que c’est censé être la fête des enfants, qu’il faut enchanter nos petits, les faire rêver comme il sied au temps de l’enfance. Après tout c’est pas tous les jours qu’un enfant occidental peut manger à sa faim, traverser une rue sans être bombardé, avoir de l’eau potable ou chier dans cette même eau. C’est pas tous les jours qu’ils peuvent s’acheter 50 jeux vidéo ou poupée Star War ou passer 8h devant un écran. Il est normal donc que Noël leur soit consacré, important de respecter des traditions idiotes au sujet de superstitions pas moins absurdes car après tout c’est le moment magique que toute la société de consommation attend, l’orgie généralisée, autorisée, mieux, institutionnalisée. Au fait est-ce que quelqu’un s’est amusé à calculer le bilan carbone d’un Noël moyen en occident ?

Allez, puisque c’est la saison je vais vous faire un cadeau, je vous prévient c’est très long, très déprimant et si vous n’êtes pas convaincu par la catastrophe en cours vous ne le lirez simplement pas, mais ça me semble plus utile de lire ça que la dernière recette tendance pour la dinde « écoresponsable », bonne lecture : https://partage-le.com/2017/12/8414/

 

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Opération Verte Vallée

Bureau de la World Company, réunion du comité générale, 9h00 GMT, quelque part dans le monde.

–       Messieurs c’est la merde. Grâce à Maggy et Ronald, que le Très Saint Père de l’Indice Dow Jones les honore, on s’est gavé, on se gave, et on se gavera encore ! Mais c’est la merde. On commence à manquer de flotte, de terre cultivable, et le pétrole on sait même pas où on en est tellement les arabes nous enfumes !

Dans la salle quelques émirs protestent.

–       Fermez là ! L’heure est grave ! On est dans la merde je vous dis !

–       D’eau !? Mais allons voyons la terre est composée à 70% d’eau ! Je le sais je l’ai appris en cours avec Maman. D’ailleurs la dernière fois au golf… s’exclame le chef de la Macronie

–       Louis XVI ferme ta gueule et écoute… Jim s’il te plait.

Jim, jeune homme svelte au visage bronzé et énergie comme une pub dentifrice, s’avance sur scène et actionne le mini rétroprojecteur de son portable CIA qui lance dans un hologramme chatoyant un ensemble de jolis schémas propres comme un dépliant Areva.

–       En raison de la répartition géographique réelle de l’eau sur terre, des contrastes entre l’eau solide et l’eau liquide qui renforcent les disparités dans le partage de l’eau atmosphérique, des différences de rayonnement solaire, et selon les courants atmosphériques, l’ea…

–       Attends, attends tu les perds là…

Jim lève ses yeux d’acier sur l’assemblée. Emmanuel Macron a bugée, le vide intersidéral a envahi son regard bleu Photoshop, Donald, la tête rejetée en arrière, la mèche rabattue, a la bouche qui bée, un léger filet de bave lui coule sur sa peau orange, Bernard Arnaud sourit, dans ce sourire brille l’éclat de la folie, dans son œil bleu layette celui de la stratosphère. Seul Vincent fixe Jim avec l’air de vouloir le bouffer, il sourit d’ailleurs. C’est pas bon signe.

–       Oui, bon, fait Jim confus. Concrètement nous ne pouvons utiliser que moins d’un pourcent de l’eau douce présente sur terre, soit au total 0,028% de la totalité de l’eau du globe.

–       Quoi ? Comment ? Mais comment est-ce possible pourtant l’autre jour au golf… Fait l’assemblée (quelqu’un a réveillé Donald)

–       Vous avez entendu bande de con ! Moins de 1% de l’eau potable sur terre ! Pensez-y la prochaine fois que vous irez chier dans votre petit 15 pièces avec piscine ! Jim continue !

–       Un tiers de la population mondiale est privée d’eau potable, un milliard réparti sur 80 pays n’ont pas accès à de l’eau salubre. Dans certain pays comme le Cambodge ou la Mauritanie moins de 40% de la population a accès à de l’eau potable. Heureusement 60% des ressources naturelles renouvelable d’eau se trouve de notre côté.

–       Bon et alors ? Je vois pas le problème en ce cas, intervient Vincent agacé.

Jim ne se démonte pas.

–       L’OMS estime qu’il y a stress hydrique si un être humain dispose de moins de 1700 mètres cube par an et pénurie avec moins de 1000 mètre cube par an… 1,4 milliards de personnes vivent avec moins de 1000 mètres cubes par an.

Vincent s’énerve.

–       Et alors ! Je vois toujours pas le problème !

–       Alors ça veut dire que ça va péter, intervient le Directeur.

–     YEPEEE KAÏ MOTHERFUCKER ! ON VA FAIRE PLEIN D’BIZNESS ! Hurle Donald Trump extatique.

Consternation dans l’assemblée, tout le monde le regarde, Donald les regarde.

–       Bah quoi ?

–       D’après toi, on est là pourquoi ? Lui répond du tac au tac Emmanuel.

Vincent souris, il lui tape sur l’épaule. Il apprend vite le petit. Maman avait raison.

–       Ah putain t’es lourd des fois Donald, ronchonne le Directeur. Evidemment qu’on va faire du biz ! C’est pas la question, là on te parle bizness plan gros ! Tu suis ? De stratégie ! Tu veux plus savoir où mettre tes billes ou quoi !?

Une vague d’hébétude parcoure le visage orangée, Bill Gates, pose sa main sur le bras de l’homme orange, il sourit.

–       Non vous avez parfaitement raison de nous implémenter ces données, Mélinda et moi sommes très concernées par le financement de notre fondation pour les appauvris et l’état de la matrice. Problèmes d’approvisionnement, circulation des biens entravés par le processus de dégradation de la biosphère, situation politique à fort capital risque. Oui, vraiment, merci de nous ajouter ces données.

Le Directeur lève les yeux au ciel et soupire.

–       Bon, en voilà déjà un qui suit, Jim…

–       Pour essayer de faire court, les pays les plus à risque actuellement, où la pénurie a déjà lieu sont la Lybie, l’Algérie, Egypte et l’ensemble du Moyen-Orient. Mais en 2007 déjà en Asie Centrale, Afrique Australe et subsaharienne, au Moyen Orient, et dans le centre de l’Inde était en état de stress hydrique ou de pénurie. Mais comme vous pouvez le voir sur cette carte, à terme cela pourrait signifier une déstabilisation de l’ensemble de l’Asie. D’une partie du nord de l’Europe et de l’Afrique. Avec les conséquences sociaux-économiques que je vous laisse imaginer en sus des conflits armés. Et nous ne parlons pas d’un avenir lointain ! Selon nos estimations, dans huit ans 63 % de la population mondiale souffrira de stress hydrique ou de pénurie !

eau

–       Oh merde ! Ne peut s’empêcher de s’exclamer Donald. Les pauvres.

–       Bon, intervient Vincent, et nous dans tout ça, ça peut nous rapporter quoi ?

–       Il faut investir dans la communication.

–       C’est déjà fait.

–       Il faut développer le concept de « développement durable » l’élargir.

Vincent qui n’est pas un as de la communication se retourne vers Nicolas.

–       Tu vois ce qu’il veut dire ?

Nicolas Hulot fronce les sourcils avec un air concerné qu’il aime bien quand il passe à la télé.

–       Mmmh… faire une jolie pub avec moi en voix off, on filme une belle rivière dans un beau paysage chlorophylle ? Oui je vois bien le message, « l’eau est notre ami préservons là »… mmmh qu’en pensez vous ?

–       Eh mais j’y pense ! S’exclame soudain Donald, surprenant l’assemblée par l’usage de ce verbe. C’est quoi stress hydrique ? ca veut dire qu’ils tremblent et qui deviennent fou genre…

Donald fait l’enfant en tirant la langue, les bras croisés comme un tétraplégique en pleine forme.

–       Non ça veut dire qu’ils n’on pas assez d’eau pour subvenir à leurs besoins.

–       Ah c’est tout ! Oh la la, ils ont qu’à économiser !

Le Directeur le regarde consterné. Emmanuel tapote agacé sur son pupitre, Angela Merkel a la tête dans sa main et essaye d’oublier qu’elle est là. Bill Gates prend des notes sur son pad. Vincent sourit.

–       Bon, où on en était… à oui le développement durable…. Ouais faut élargir… vas-y explique leur Bob pourquoi faut élargir.

Bob a un catogan argenté et porte un costume Armani uniformément noir comme quand il était jeune dans les années 80, à la belle époque. Il a les yeux pochés par les excès, le teint bronzé toute l’année, il ressemble à un vieux pirates de salon, entre BHL pour le côté baroudeur et DSK pour le côté partouze. Il se lève.

–       Ouais en gros voyez là, y’a déjà trop de monde sur la planète et en plus l’eau n’est pas répartie équitablement. Et genre ça va pas s’améliorer parce qu’on sera plus de neufs milliards dans huit ans. Alors, bon, on a déjà fait un bon boulot pour leur apprendre à économiser, on a appelé ça « la gestion durable de l’eau » Mais là va falloir qu’on fasse un choix de comm’ parce qu’on va pas pouvoir leur dire arrêtez tout, interdit de baise pour tout le monde, et adieu la petite famille avec le pavillon.

–       Oui, non en effet, fait Emmanuel Macron, mais nous pouvons déjà demander à nos amis noirs de faire un peu de place non ?

–       Ca réglera pas le problème. Nulle part. Selon les cultures, les besoins, les situations sociales, les taux de natalité diffèrent d’un pays à un autre et à moins de faire une politique mondiale de stérilisation, il faudra beaucoup de temps avant que les pays revoient leur politique de natalité. Non le vrai problème maintenant c’est la répartition et la consommation ! 250 litres par jour et par habitants en Amérique du nord ! 100 à 230 en Europe, 150 en France, et moins de dix chez les bougnoules.

–       Ouais mais les bougnoules on s’en fout ! Grogne Donald

Abou Bakr al Baghdadi s’avance sur son pupitre et sourit, coupant comme un cimeterre sous la lune.

–       Ne t’inquiètes pas, nous en revanche, nous ne nous foutons pas de vous.

Donald lui jette un coup d’œil oblique, Emmanuel relâche un gaz, Vladimir sourit. Un ange passe dans une camionnette, vroom.

–       Oui donc, euh, je disais, élargir le concept de développement durable, leur apprendre à économiser c’est bien, mais faut pas, surtout pas aborder la question de la répartition.

–       Bé pourquoi ? Fait Emmanuel.

–       Parce que non seulement ça risque d’amener des problèmes sociaux au sein des pays riches, mais cela remettrait en cause le principe de la privatisation.

–       Comment ça remettre en cause, intervient Bernard Arnaud, on ne leur demande rien à ces gens !

–       Oui mais eux ils vont peut-être venir vous demander à vous. Vous n’avez  pas envie de passer vos vacances au bord de la piscine avec vue sur les miradors et les gardes armés, si ?

–       Non en effet, ça serait de mauvais goût, concède le milliardaire.

–       Donc on ne parle que de « gestion durable de l’eau » et de rien d’autre, d’économie, faites des économies d’eau !

–       Oui, oui, bon d’accord, faire des économies les français ont l’habitude, et quoi d’autre ? Intervient la planète.

–       La répartition est une question également régionale au sein même des pays. Réduire le nombre de région vous permettra de diviser la répartition, et vous pourrez choisir de privilégier des régions plus que d’autres. D’où la nécessité absolu de maintenir le système de privatisation, et encore, une fois, ne jamais l’aborder en aucun cas dans les médias courant. Ou nous pourrions avoir un plus gros problème, la remise en question de la propriété privée !

–       Ca jamais ! Tonne en chœur l’assemblée.

–       Messieurs, le développement durable doit faire rêver, pas réfléchir.

L’assemblée se regarde d’un air entendu, faire rêver, ça y savent faire. Bob laisse la place au Directeur.

–       On a un autre problème, et un gros. Les terres cultivables.

–       Quoi encore ! Là aussi ça va mal !? S’exclame Louis SL

–       Plutôt oui.

–       Dites moi là, vous ne seriez pas en train de nous faire un peu de catastrophisme à l’américaine ? Intervient Pierre Gattaz, ramassé sous sa bosse comme une caricature du XIXème..

Jim et le Directeur échangent un coup d’œil. Le Directeur fixe les deux hommes.

–       Comment dire…. Et si tu fermais ta gueule toi aussi ? hein les français, fermez vos gueules, juste une fois, vos-gueules ! Et écoutez. Jim, vas-y.

–       Pour faire simple, et sous réserve que nous fassions une consommation raisonnable de produit d’origine animale, que nous observions un accroissement modéré d’agro-carburants, et que nous entamions rapidement une politique mondiale de contrôle des naissances, doubler la production agricole d’ici trente ans ne sera pas possible à moins de mettre tous les moyens humains et matériel disponibles, et donc dépenser des fortunes en investissement. Des moyens qui ne sont pas à la portée des chefs d’exploitation privés, et qui nécessiteront des engagements forts des états et des organismes internationaux. Et cette mobilisation générale devra s’orienter autour de trois points : la préservation des sols agricoles dont l’extension va être rapidement limitée. Réduire les risques de perte de production, et augmenter très significativement le rendement des récoltes.

Silence stupéfait dans l’assemblée. Les uns et les autres se regardent ahuris, une mouche passe, tout le monde l’entend. Soudain la voix un peu fluette, Emmanuel Macron demande.

–       Euh, une mobilisation générale vous dites ?

–       Oui je le crains.

–       De tous les moyens humains et matériel disponible. Tout le monde agricole ? Du monde entier ? En contrôlant les naissances ?

–       J’en ai peur.

–       Mais vous êtes fou !

Jim hausse les épaules.

–       Je n’ai pas dit que c’est ce que nous devions faire, je vous dis ce qui devrait être fait.

–       Ah bon j’ai eu peur ! Je viens de dire que nous avions besoin de 850 millions d’euros pour fonctionner correctement ça nous a permit de récupérer l’aide de la filière bio.

Il éclate de rire. Vincent se tourne vers Emmanuel.

–       Et eux ils ont besoin de combien pour tourner ?

–       250.

–       Petits joueurs.

–       Fuck ! Fuck them all ! Hurle soudain Henry Kravis. Mobilisation générale ! Et quoi encore !? Qu’ils se démerdent ! On va tout racheter ! Tout !

Le Directeur secoue la tête.

–       Oui c’est l’idée, oui, merci captain obvious, pas la peine de s’exciter, la question est pas là, la question est comment on va pouvoir les enfumer plus longtemps. On se paye sur la bête là ! Tu comprends là ?

–       Je les emmerde ! Crache le mogul de la finance.

Le Directeur secoue la tête.

–       Vas-y Jim moi ils me fatiguent.

–       Pour la question des terres encore cultivables nous avons une marge de treize ans, après terminé. Même en rajoutant les terres abandonnées et les terres destinées à l’urbanisation nous compenseront tout juste les besoins. La bonne terre se fait rare, surtout si on veut préserver la forêt tropicale.

–       Pourquoi la préserver ? Ca j’ai jamais vraiment compris, c’est lequel des deux, à cause de l’atmosphère qui se réchauffe ou parce que c’est mal de tuer des arbres ? Rigole Donald.

–       Les deux.

–       Boah arrêtez un peu ! Y’en a plein des arbres ! Tiens regardez l’autre jour j’ai vu sur Youtube qu’un type je sais pas où avait fait pousser des arbres toute sa vie, et même que maintenant il a une forêt !

Soudain une voix d’outre-tombe se soulève de l’obscurité, elle a les accents de  Sainte Mère Russie.

–       Donald ?

–       Ouais quoi !?

–       Encore un mot et je t’arrache la langue, da ?

L’Agent Orange essaye de faire mine de rien mais on sent qu’il cherche où est le sniper.

–       Poursuivez, je vous en prie Jim, invite l’agent du SMERCH.

–       Pour parenthèse, si vous me permettez il disparait 350 millions d’hectares de forêt chaque année et le processus s’accélère. Et ceci n’est pas plus une fiction que le réchauffement de notre atmosphère.

Dans la tribune les émirs s’agitent.

–       Bien, bien, on en reparlera Jim, intervient le Directeur. Continue.

–       La répartition des terres cultivables n’est pas égales d’une région à une autre, sans compter que 20% des terres cultivées actuellement, soit 300 millions d’hectares sont gravement dégradées et leur fertilité décroit dangereusement. Nous allons devoir abandonner certaines zones, ajoutons que les changements climatiques risquent d’accélérer leur dégradation. Il va falloir également grandement accroitre la production. Et c’est là que nous avons un premier problème avec le concept de développement durable comme le perçois le public actuellement. Nous en avons un autre concernant les pertes après récolte, particulièrement dans les pays aux faibles infrastructures. Une perte qui englobe de multiples facteurs transport, systèmes de stockage…etc. Enfin il y a la filière agro-alimentaire…

On entend un gros soupir.

–       Qu’est-ce qu’il y a encore !

C’est Gérard Mulliez qui grince de ses fausses dents au bord coupant de vieux carnassier orange.

–       Hein qu’est-ce qu’on a fait encore ?

–       Il y a beaucoup trop de gaspillage alimentaire, la gestion des déchets devient un peu plus problématique chaque jour.

–       Les gens sont des porcs, oui je l’ai toujours dit, et alors ?

–       Pour réduire les déchets et les volumes excédentaires nous pourrions redistribuer.

–       Redistribuer ? Hors de question ! Ils veulent ils achètent ! C’est notre argent ! Ces endroits sont à nous ! A nous vous entendez !

–       Oui, oui, je comprends bien.

–       Redistribuer… non mais et puis quoi encore.

–       C’est pourquoi nous avons décidé de mettre en place une opération de communication d’urgence, intervient Bob. Nous avons appelé ça Opération Verte Vallée… Elle a été élaborée par un de nos meilleurs agents opérationnels à ce jour… Michèle si tu veux bien…

Michèle Obama, tailleur et veste gris technocrate, lunettes noires sur le nez s’avance à son tour devant l’assemblée.

–       Gentlemen, au début des années 2000 le groupe Omnicom a mis en place un programme de surveillance et de collecte des données baptisé Intelligence Action. Ce programme consiste et consistait à placer des agents au sein des réseaux sociaux afin de repérer la perception que le publique avait des marques, noter les questions soulevées, les informations diffusées, et concevoir des modes d’action et de sécurité en conséquence. Evidemment ce programme comprenait un volet informatique qui nous également permit de surveiller et de trier les données échangés sur les blockchains. Et avant que vous me posiez la question, les blockchains sont des bases de données contenant toutes les échanges d’un groupe d’utilisateurs. Il peut être privé ou public. Ils sont anonymes et infalsifiables. Ainsi grâce à l’Intelligence Action nous avons pu dégager un certain nombre de tendance et déterminer des modes d’action

Michèle Obama actionne à son tour le rétroprojecteur de son portable Pentagone, l’hologramme projette des images d’abattoir et de manifestation devant des sites agricoles et les bureaux de Monsanto.

–       Les accords transatlantiques et transpacifiques vont nous permettre de regrouper et de concentrer nos efforts. Les phytosanitaires ont mauvaise presse, on ne doit plus leur en laisser le choix. Nous devons imposer des normes sanitaires et de productivité exponentielle, ceux qui ne peuvent plus suivre, selon l’état de leur sol, doivent être rachetés ou laissés de côté. La filière des fast-food et de la vente à emporter nous a permis de faire de grand progrès dans le domaine des aliments de synthèse mais le public n’est pas prêt à accepter les substituts, nous devons leur imposer. A terme les produits d’origine animale devront être réservés aux couches supérieures, nous veillerons à ce compte à préserver des fermes modèles pour nos plus fidèles clients, dans le respect des traditions. Pour se faire, dans le cadre d’un élargissement de la notion de développement durable nous devons dans un premier déclencher une guerre dont les acteurs seront le public eux-mêmes. C’est le but de notre opération.

Michèle actionne une autre commande de son appareil NSA, l’hologramme s’amplifie et s’empare de toute la scène dans un chambard de musique militaire.

–       Pendant des siècles les hommes se sont nourris des produits d’origine animale sans se poser de question, ils vivaient en harmonie avec leur environnement et leurs bêtes et au travers de la tradition culinaire apprirent à retraiter la plupart de leurs déchets alimentaires.

L’hologramme fait défiler des images de gravures anciennes, de reconstitutions télé et cinéma, de scènes bucoliques, d’images d’archives de l’agriculture traditionnelle.

–       Aujourd’hui nous devons leur faire percevoir négativement cette forme d’alimentation.

Un couperet tombe sur la tête d’un veau et le décapite, un homme égorge un mouton, des abatteurs abattent des porcs à la sauvage, l’assistance est horrifiée.

–       Mais arrêtez ça voyons ! Hurle François Pinaud, cet homme de goût. Ce sont des images pour les pauvres !

–       Exactement ! Nous devons diffuser ces images le plus possible, intensifier les actions, nous servir de toutes les images réelles ou supposés de maltraitance afin de dégoutter le grand public des produits d’origine animal. Ensuite nous devons mettre notre armée en marche.

De l’hologramme surgit… Michèle Obama en train d’apprendre à faire pousser des citrouilles derrière la maison blanche.

–       Vous ? S’égosille un émir.

–       Non pas moi les femmes !

–       Les femmes ? S’étrangle un autre. C’est quoi les femmes ?

Le Directeur.

–       Bon les Mohamed, on se tait et on écoute !

–       Oui les femmes messieurs ! Les femmes sont naturellement portée à protéger le vivant, et savez vous combien de femmes sont frustrées dans le désir de mère !? Savez-vous combien de trentenaires nos magazines parviennent à faire culpabiliser de ne pas être une bonne épouse, mère de trois enfants !? Savez-vous combien d’entre-elles reportent cette frustration sur les animaux !? Combien d’hommes et de femmes préfèrent leur chat à l’humanité tout entière !? Des millions messieurs ! Des millions de personnes bercés par les émissions animalières, les vidéos de chats rigolos, de dauphins trop intelligents tellement on dirait qu’ils nous ressemblent ! Avez-vous idées du nombre d’heures d’hébétudes que les gens tolèrent devant des documentaires consacrés aux suricates !? Des millions messieurs ! Et c’est cette armée, menée par les femmes sous la bannière de la souffrance animale, qui réduira en miette la tradition séculaire de consommation des produits du vivant.

–       Mais pourquoi pas les hommes !? Intervient un émir un brin décontenancé.

–       Oh mais ne vous inquiétez pas ! Vous serez également mis à contribution ! Lors des opérations de sauvetage dans les abattoirs, les manifestations devant les grosses exploitations, les opérations de sabotage.

–       De sabotage !? Mais vous n’y pensez pas !? S’exclame le directeur de Lactalis. Et nous alors !

–       Pourquoi vous croyez qu’on vous a fait signer le CETA bande de brèle ! Va falloir vous réveiller les fromages qui puent ! Pendant qu’ils s’attaquent aux moyennes et petites exploitations, nous regrouperons nos forces. Terminé le pâturage, parc d’engraissement pour tout le monde !

–       Mais… mais ils vont les attaquer aussi ! S’écrie Louis Soleil.

–       De quoi ?

–       Nos parcs de… de graisse là.

–       Je ne crois pas non, quand ils se retrouveront face à 400 bœufs de deux tonnes chacun je ne pense pas qu’ils feront les malins très longtemps.

L’assemblée échange des coups d’œil approbateurs.

–       Par ailleurs, nous allons populariser la coutume du substitut en utilisant la branche végan et végétarienne de notre armée. Apprendre à tout à chacun à se passer de viande, d’œuf, de lait au profit de tout le secteur agricole que nous n’avons pas développé. « Sans gluten » sera le maitre mot pour désigner tout ce qui n’aura pas attrait notre production. Nous leur feront préférer les graines, les tubercules comme le sorgho, terminé pour eux le maïs, le blé, le colza, le lait pasteurisé ! De la même manière pour les fruits et légumes que nous exportons, ils devront être perçus négativement. Tout ce qui aura fait plus de dix kilomètres devra être considéré comme mauvais pour la planète ! Ce qui nous permettra d’augmenter les prix en magasin et sur les marchés en raison des taxes anti pollutions que vous aurez l’amabilité d’inventer. Enfin, pour les couches supérieures nous dispenseront des cours de cuisine pour leur apprendre à retraiter leurs déchets en s’amusant.

–       Oh mais c’est génial ! S’exclame Bernard Arnaud. Quand est-ce que commence cette opération ?

–       Elle a déjà commencé.

Nota Bene : Au début des années 2000 un patron d’agence qui dépendait du groupe Omnicom m’avait demandé de traduire ce terme d’Intelligence Action. Or il n’y a pas d’équivalent en français à « intelligence » sinon le terme renseignement. En réalité ce que pratique Omnicom pourrait se traduire par « écoute active » et qui consiste à faire parler les gens pour tirer des renseignements sur eux, leurs besoins etc, et comment y répondre au profit des marques. Technique autant employée dans le commerce que le renseignement. Le reste, la partie informatique sort de mon imagination, mais les blockchains sont bien une priorité des grosses entreprises.

Okja

Mirando Corporation lance son nouveau super cochon, 26 serons élevés de part le monde durant dix ans jusqu’à ce que l’un d’eux soit élu comme le plus beau spécimen. Mija vit dans les montagnes de Corée du sud en compagnie de son grand-père et d’un de ces cochons, une truie prénommée Okja. Un jour la compagnie vient récupérer son bien.

 

Raconté du point de vue d’une enfant en guerre pour récupérer son amie, Okja n’est pas seulement un conte écologique et un plaidoyer contre l’élevage industriel, c’est l’odyssée d’un paradigme dans un monde adulte dysfonctionnant et taré. Le paradigme que propose l’éthologie au regard du spécisme. Ce même spécisme qui nous autorise à nous extasier devant des chatons et à massacrer les veaux. A nous fasciner pour les dauphins tout en avalant des millions de tonnes de thon. Le paradigme de la sensibilité animale auquel le film nous convoque à travers la relation entre la jeune fille et sa truie, et qui commence seulement à effleurer les foules carnivores et obsédés. Enfin Okja est un récit initiatique et militant avec ses méchantes sorcières qui nous conduira jusqu’au porte d’un enfer concentrationnaire où les êtres ont moins de valeurs que ce qu’ils rapportent, un monde d’objets, de morts debout, d’adultes débiles, le nôtre.

 

Mija et Okja sont amies pour la vie. Mija est une adolescente et sa confidente est une truie géante, leur monde est simple et heureux. Mais quand Okja est finalement enlevée c’est une plongée dans l’univers des adultes que la jeune fille fait. Un monde où tous mentent, manipulent, où un morceau d’or a plus de valeur qu’un être vivant, un univers à la fois terriblement stupide et désespéré. La directrice de la compagnie est une cinglée manipulée, enfant gâtée voulant prendre sa revanche sur un monde qui ne lui a rien demandé. L’animateur et vétérinaire vedette et un alcoolique égocentrique qui a trahi ses idéaux. Les militants écologistes, aussi braves et engagés sont-ils sont dépeint comme des paumés courant après une cause désespérée et sans lendemain. Jusqu’au grand-père qui ment et manipule sa petite-fille pour qu’elle préfère un jouet en or à son amie. Car pour Mija, peu importe qu’Okja soit d’une autre espèce, elle l’aime et la respecte comme une semblable. Et c’est bien là le tour de force du film, nous finissons par nous identifier aussi bien à l’une qu’à l’autre. Faisant d’une séance d’insémination une insoutenable scène de viol, d’un parc d’élevage un camp de concentration où tous sont condamnés et le savent, comme les vaches sentent l’abattoir en montant dans le camion, comme les porcs ressentent et comprennent ce qui les attends en se chiant et en se pissant dessus avant d’être dépecé.

 

Au temps des prouesses technologiques plus vrai que nature ce n’était tout de même pas la moindre des gageurs de nous faire aimer et comprendre un animal de synthèse, une chimère comme symbole de tous les animaux que nous massacrons autant que nous les aimons selon s’ils nous sont utiles ou non. Il faut une finesse d’observation dans le comportement animal, dans ses réactions, son regard toujours plus bavard qu’on ne l’admet. Un savant dosage dans sa relation avec la jeune fille où le merveilleux et le réalisme s’alternent comme ils peuvent s’alterner quand on est proche des animaux. Et ça sans jamais tomber ni dans la caricature larmoyante ni dans l’angélisme benêt. Au contraire, la caricature et l’angélisme benêt Bong Joon-Ho le réserve pour dépeindre une société occidentale et un monde adulte narcissique, manipulateur, parfois plein de bonnes intentions mais toujours désespérant d’immaturité, d’humanité plaquées sur des idéaux rigides. Si Mirando Corporation est un clin d’œil évident à Monsanto, sa direction est un nœud de névrose, de brutalité, de toc marketé pour occulter l’horreur, Bong Joon-Ho n’y va pas par quatre chemin, pour lui ces gens, ces groupes industriels comme Monsanto, l’industrie de l’agroalimentaire dans son ensemble sont tenus par des psychopathes, des cryptos nazis, lignée de marchands de morts.  A l’opposé les militants de la cause animale sont présentés comme une bande de zozos farceurs et immatures pour qui la fameuse cause est surtout le témoignage de leur névrose et de leur inadaptation. Nulle part entre ses antagonistes il n’y a réellement la place pour l’animal, objet de convoitise pour les uns, instrument politique pour les autres. Seul Mija, véritable jeune enragée, démontre tout entière de son humanité, seule elle observe Okja comme une personne à part entière et pas un objet transactionnel, une chose. Et c’est bien tout le message du film, les animaux sont des personnes, des individus à part entière avec la pleine conscience de leur destin et dont les attentions, les gestes, les regards, la raison et les souffrances sont autant de ponts communs avec nous-mêmes. Une réalité dont s’est écarté la société moderne et qui dans le film apparait comme un monde sans consistance, réalité, vide, tout l’opposé de celui dans lequel vit la jeune fille et son amie.

 

Porté de bout en bout par la jeune Ahn Seo-Hyeon, 13 ans, Okja est raconté comme une course poursuite avec ses scènes d’actions spectaculaires, dont un enlèvement rocambolesque, et ses moments de pure farce délibérément destiné à un public d’enfant et d’adolescent. Un habile compromis entre le conte pour adulte et la fable enfantine, la collusion entre deux conceptions de la vie où les uns retiendront le message écologiste et les autres tomberont amoureux de cette relation intime entre cet animal imaginaire et son amie. Un film qui m’a d’autant parlé que j’ai toujours été entouré d’animaux, que je les ai toujours considéré comme des individus à part entière avec lesquels il était parfaitement normal de communiquer. Quand Okja et Mija se racontaient des chuchotis je me retrouvais avec mes chats, d’où la prouesse filmique remarquable ici, et le défit technique que cela représentait de non pas donner vie à un animal fantastique (jusqu’à quand ?) mais à cette sensibilité pas si muette et si particulière que l’on devine dans le regard d’une vache, d’un chien, d’un singe pour peu que l’on soit attentif. Cependant les parents amateurs de viande doivent être avertis, bonne chance pour faire avaler une tranche de jambon à vos chers têtes blondes après ça. Et même vous, qui sait, pourriez vous réfléchir la prochaine fois avant de vous bâfrer de cadavre.

 

Produit par Netflix le film n’est malheureusement quasiment pas distribué chez nous. La maison de production ayant décidé de lancer le film autant dans les salles qu’en streaming les confiseurs nationaux qui nous abreuvent de popcorn et de blockbuster à la nullité abyssale, boudent. C’est que le cinéma les concerne beaucoup moins que les placements publicitaires et les tonnes de maïs transgénique vendu aux imbéciles. Après un Iron Sky trop finlandais pour leur manque de curiosité, un Billy Lynn trop high tech pour les installations en salle, et un Hatefull Height trop 70 mm pour leur goût du lucre, les distributeurs français démontrent une fois encore leur stupéfiante capacité à faire fuir les spectateurs et se tirer une balle dans le pied. Continuez comme ça les gars, vous tenez le bon bout.