L’Amérique ce fake news

En préambule et avant que l’on me fasse un procès en anti américanisme primaire j’aimerais éclaircir deux choses, d’une je suis un enfant des années soixante, élevé dans le mythe d’une Amérique triomphante. Mon héros enfant s’appelait John Wayne et pas une seconde durant toute la Guerre Froide je n’ai remis en question le conte de fée imposé par la Pax Americana sur la moitié du monde. De deux je me suis rendu sur place il y a une trentaine d’année, j’ai baigné comme nous tous dans la culture américaine et peut-être plus que nous tous puisque ma cinéphilie m’a entrainé à voir quantité de films américains, à en constater l’évolution funeste, à en admirer certain de ses plus grands auteurs. Mais aussi mes goûts littéraire qui ont longtemps été presque exclusivement américains. Comme tout le monde je suis fasciné par l’Amérique, ses paysages, sa folie, et même son histoire parce qu’elle n’est fabriqué que de violence et la violence fait de bonnes histoires. Les américains plus encore que n’importe qui l’ont compris depuis longtemps.

La violence fait de bonnes histoires parce qu’elle engage des passions, une geste, une cause, bonne ou mauvaise. Elle bouleverse, renverse et bâtit aussi. L’Amérique a bâti son histoire sur cette violence. Il y a eu d’abord la guerre d’indépendance, puis la guerre de sécession et tout du long, sporadique ou en continue, les guerres indiennes. Puis la guerre contre les espagnols à Cuba, la guerre au Mexique, aux Philippines, dans les Caraïbes, en Chine, etc… bientôt deux cent cinquante ans d’existence et guère plus de vingt ans de paix, et encore…. L’Amérique a un casque sur la tête et elle ne le quitte même pas pour dormir. Et tous les américains sont élevés, dressés, avec pour seul horizon cet imaginaire guerrier. Regardez comme Hollywood glorifie la guerre, comment les médias magnifient les militaires, le drapeau et leurs « sacrifices » comment les guerriers, soldats, espions et tueurs sont constamment représenté dans la culture pop américaine. Pourquoi imaginer qu’une organisation comme Daesh plus particulièrement maligne que tout le monde dans sa propagande ? Puisqu’ils ont adapté et copié la propagande américaine à leur cause avec force spectaculaire. Force violence, explosion, musique ronflante, message simple promettant toujours des absolus. Je ne m’intéresse pas à la propagande de Daesh mais j’ai baigné dans celle américaine, et combien de fois j’ai pu entendre que l’Amérique défendait la liberté dans le monde, la démocratie, la justice ou que Dieu était avec elle ? Et cette propagande et tellement rentré dans les mœurs du monde et dans l’ADN des américains eux-mêmes qu’ils le répètent sans le moindre recul, sans le moindre doute qui au Pentagone, à la Maison Blanche, à la CIA et bien entendu dans les médias, américains ou européens. Car nous avons pris le pli de la colporter, particulièrement en France où l’intransigeance d’un De Gaulle n’a connu d’équivalence que la compromission de ses successeurs. Et tout le monde, en Europe, en Amérique même, et maintenant dans le monde a pour ambition de devenir cet américain des publicités et des films, cet américain qui n’existe pas d’un pays qui n’est en réalité bâtit que sur du vent, de l’esbroufe, un mensonge.

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Le rêve américain ou l’opium des consommateurs.

Le terme a été inventé en 1931 par l’écrivain et historien James Tuslow Adams et définissait l’accès aux libertés fondamentales et à l’ascension sociale par le mérite. L’Amérique éternelle terre d’opportunités infatigables offrira gloire et fortune à tous ceux qui mettront les mains dans le cambouis. Promis juré. Le culte protestant du travail et du mérite, de la sueur et du droit que doit conférer la richesse. Car si j’ai de l’argent c’est que j’ai réussi et si j’ai réussi c’est donc que Dieu est avec moi, que je suis un exemple à suivre. Et qu’importe au fond les moyens. L’Amérique admire à égalité ses voyous et ses génies, et transforme tous ses bandits en légende, de Billy The Kid à Henry Ford. Et elle en est à croire tellement à sa propre mystification qu’elle en vient à confondre un personnage de télé réalité avec un homme d’état, qui s’appuiera tout au long de sa campagne sur l’affection que les américains portent aux voyous, aux démagogues, aux caractères violents. Donald Trump ne communique pas, il balance des punch lines plus ou moins médiocres et qui révèlent essentiellement son infantilisme. Mais l’essentiel c’est qu’il marque les esprits. Cinq ans d’outrances et de menaces ? A voir puisqu’il n’est là après tout que pour la galerie d’un état profond qui a totalement perverti ce droit au bonheur légitimé par la constitution de 1776 pour en faire ce fameux rêve américain, un songe creux dont personne ne semble réaliser qu’un rêve, par définition, c’est dans la tête et seulement dans la tête.

C’est au fond Sigmund Freud et ses découvertes qui a empoisonné ce droit au bonheur pour le transformer en en droit du consommateur. Ou du moins son neveu Edward Bernays, publiciste austro-américain et rien de moins que père de la propagande moderne. En s’appuyant sur les recherches de son oncle il fera fumer les femmes, renversera des gouvernements, fera élire des présidents, adopter des politiques et à vrai dire bouleversera totalement la société américaine à son insu. Le père de l’ingénierie du consentement, l’inspirateur de Goebbels qui le citera au cours d’une interview. Au reste si on compare la mise en scène d’un rassemblement nazi et d’un rassemblement militaire américain, il n’y a guère de différence que dans les salut et les drapeaux, et je parle ici non pas seulement d’image mais même d’idéologie. L’Allemagne d’Hitler défendait le Lebensraum, l’espace vital, celle de Théodore Roosevelt défendra le Destin Manifeste. Mais peut-être est-ce les racines allemandes de nombreux américains puisque ce concept de lebenstraum est antérieur à l’Allemagne d’Hitler. Les nazi exaltaient la jeunesse, la force, le déterminisme, l’Amérique a exactement les mêmes valeurs Et quand Hitler enivrait les foules de ses discours de haine il n’y mélangeait pas moins le même cocktail de menaces et d’exaltation, d’appel à la liberté, à la force et au courage et du droit des allemands à gouverner le monde, qu’un président américain moyen en exercice. Bien entendu le motif de haine n’est plus le juif puisque le juif par la grâce d’Hitler est devenu un intouchable un saint, dans la fiction américaine. Il a été communiste, il est musulman, il menace ou menaçait la liberté et la sécurité du monde et pour votre bien nous allons dépenser 657 milliards de budget militaire dont une bonne part aujourd’hui au-dessus de vos têtes, invisible, inconnu et foutrement dangereux, on y compte bien.

Pour autant c’est bien la monstruosité du régime nazi qui a fait paniquer les dirigeants américains, de la Maison Blanche à Goldman Sach. Paniquer devant l’irrationalité des foules qu’il faudrait désormais veiller à canaliser, discipliner, en un mot contrôler, par la marchandise, reliant la dites marchandise à des valeurs « positives » l’expression du moi comme forme de bonheur, seule liberté, j’ai donc je suis, je suis donc j’ai droit, et pour avoir il faut que je travaille et me conforme. Et pourquoi pas me conformer puisque je peux acheter ce que je veux, puisqu’il y a du travail si on retrousse les manches, puisqu’après tout, tout le monde le fait. C’est l’Amérique des années 50, la même qui depuis 1865 fait comme si les noirs n’existaient pas que l’Amérique était uniformément blanche, et peut-être la même au fond aujourd’hui si on regarde ce qui s’est produit à Charlottesville, Compton, Watts, Baltimore, dans les années 60, à la Nouvelle Orléans pendant Katrina, dans toute l’Amérique après Rodney King. Ces noirs indociles, incompréhensibles, qui n’obéissent pas à l’injonction implicite du rêve américain ou le droit au bonheur devient un devoir exclusivement circonscrit à certaines valeurs impulsives comme se reproduire, fonder une famille, avoir de l’argent, manger, manger à satiété et au-delà… où implicitement on ne parle plus jamais de citoyen mais de consommateur. Et où donc forcément une population composant 40% des prisons américaines, où l’espérance de vie est dans certain quartier moitié moins importante que dans un quartier blanc, où le crack, introduit sciemment par une administration dévoyée, a ravagé une génération au complet de l’ouest à l’est, ne peut se sentir concerné. Ni même par l’existence supposé de ce rêve, ni par son accès. Obama me direz-vous ? De la poudre aux yeux pour les bobos.

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Le mensonge du melting pot.

La première et seul fois où j’ai débarqué à Chicago, je logeais chez des amis à mes parents, blancs tout comme moi. Leur rue était bien délimitée, d’un côté des maisons coquettes occupées par des blancs, de l’autre des  maisons moisies occupées par des noirs, c’était dans les années 80. Les Wasp n’ont jamais supportés, par principe, tout ceux arrivé après eux. Comme le raconte Gang of New York et tout le récit de la formation des mafias et autres gangs d’Amérique, la même histoire se répète. Celle d’une vague de migrants contre une autre, précipitées par le puritanisme et le rejet des premiers arrivants qui après avoir massacré les premiers occupants comptaient bien garder leur royaume rien que pour eux. Les italiens furent également les nègres de l’Amérique, tout comme les chinois, les irlandais, les juifs d’Europe de l’est. Et à chaque fois l’Amérique Wasp réagit à cette nouvelle vague d’arrivant par la répression et la violence. Les premières lois sur la prohibition de l’opium, en 1887 à San Francisco visait la communauté chinoise. Allemand et japonais furent systématiquement interné pendant les deux secondes guerres mondiales, et le maccarthysme, cette usine à fantasme inventés par Hoover, visait notamment les étrangers. Les étrangers et globalement tous ceux que John Edgard le travelo considérait comme déviant, juif, noir, homosexuel… Mais les noirs ont ajouté à ce supplément d’âme pour des protestants qui est la culpabilité. En rompant les chaines de l’esclavage l’Amérique Wasp ne pouvait faire face à ces millions d’individus importés, maltraités, battus, castrés, pendus, vendus comme du mobilier pour bâtir cet empire naissant. Alors elle les a ignorés, et quand les noirs se sont soulevés elle a tué ses leaders. Aujourd’hui l’Amérique Wasp leur a accordé Barack Obama, les droits civiques, des montagnes d’or pour capter l’industrie du divertissement de Sammy Davis Junior en passant par Tupac, Will Smith ou Prince. Et l’espérance de vie d’un noir est pourtant 7% inférieure à celle d’un blanc en 2018 tandis que 50% des jeunes noirs pensent qu’ils ne dépasseront pas 35 ans. C’est la fabrique à consentement, le rêve américain. Celui qui consiste à faire croire et se faire croire que les choses ont changé dans les têtes parce que qu’Obama a eu le prix Nobel.

Ce rêve, comme tous les rêves, se tisse de légendes. Tout est transformé, magnifié, de tout il faut tirer une gloire, de rien il ne faut prendre de leçon, il ne faut comprendre, accepter, voir, comme ces camés, ces alcooliques qui refusent d’admettre leur addiction ; Comme des enfants effrayés par le noir et qui s’inventent un ami imaginaire. Pour l’Amérique ce sera Ronald Reagan, Donald et Mickey, Walt Disney, William Randolph Hearst ou Bonnie and Clyde. Et quand les choses finissent par la dépasser que sa volonté de diriger le monde rejoint son incompétence à le faire, elle se fabrique des supers ennemis, la drogue, les noirs, le communisme, Ben Laden, l’Islam, le terrorisme. Des supers ennemis pour des combats perdus d’avance parce qu’on ne l’emporte jamais sur les chimères. Des catalyseurs en réalité sur lequel l’Amérique marchande compte pour conserver son pouvoir. Car après tout comme le dit l’écrivain noir américain James Baldwin, blanc ça n’existe pas, blanc c’est seulement le symbole du pouvoir. Il n’y a pas de pouvoir blanc pour le redneck de l’Alabama, il n’y a en réalité que Wall Street.

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La fabrique à mensonge.

Tout le monde connait cette statue, en réalité immonde de gigantisme pompier, elle termine le film de Stone, JFK, celle d’Abraham Lincoln, avec sa barbe de pasteur méthodiste qui regarde droit vers le Monument Washington, ses mains gigantesques posées sur ses cuisses comme un bon père invitant les petits sur ses genoux. Cette statue comme le mythe entourant tant la guerre de sécession que la personne de Lincoln a fait croire à une Amérique abolitionniste contre une Amérique raciste, une Amérique du progrès, celle qui a voté Obama dans l’imaginaire européen et français contre une Amérique attardée et forcément d’extrême-droite du sud blanc. Le fameux redneck dont le monde entier se moque grâce à la vision complaisante et méprisante qu’en donne la bourgeoisie américaine. Celle du sud rural, de la Bible Belt, la majorité mugissante des mall et des show d’Oprah Winfrey, de la malbouffe et du patriotisme primitif, de Trump. Mythe qui a d’autant rejailli sur Lincoln lui-même qu’il a été assassiné lui conférant l’indispensable aura des martyrs. Oubliant dans la foulée que Lincoln n’était initialement pas pour l’abolition de l’esclavage, que le gros des troupes qui se battait dans le sud ne le faisait certainement pas pour le maintien de l’esclavage vu que la plus part étaient à la limite eux-mêmes de l’esclavage, paysans pauvres qui craignaient pour leurs emplois, leur existence même au rebus de la société de l’époque. Et qu’enfin la politique d’une acre et une mule pour tous les noirs qui se rangeraient au côté de l’Union n’avait en réalité que pour but de priver le sud de main d’œuvre gratuite et de pousser à la révolte cette main d’œuvre. Une tactique de déstabilisation plus qu’une mesure humaniste. Mais bien entendu il en est ainsi de tous les pays. La France perdure sur ce mythe du « pays des droits de l’homme » en dépit de la guerre d’Algérie et d’Indochine, de l’empire coloniale, du massacre des vendéens, de la France Afrique, ou de la collaboration. Sauf qu’aucun pays n’a entièrement bâti sa légende sur une suite ininterrompue de mensonge, à l’exception de l’Amérique.

Quelques exemples. Toute la carrière de Hoover va démarrer et s’enrichir en mythe dès les années 20/30 tant avec la mort de bandit célèbre comme John Dillinger ou Bonnie and Clyde ou l’arrestation du parrain de Chicago Al Capone. Alors que le FBI n’a jamais eu aucun rapport avec ces morts ou l’arrestation de Capone, que Hoover refusa personnellement la candidature d’Eliott Ness, que les seuls qui n’agirent jamais contre la mafia furent des juristes et des policiers indépendants du FBI, qu’il faudra attendre Bobby Kennedy pour que le FBI enquête enfin sur une Cosa Nostra dont Hoover nia l’existence jusqu’à la réunion d’Appalaches en 57. Edison passe pour être l’inventeur de l’électricité et Westinghouse de l’air conditionnée alors que l’un et l’autre doivent leur fortune à un inventeur fou et polonais, Nicolas Tesla, qui ne tira jamais le moindre bénéfice véritable de ses pas moins 300 inventions. Sorte de Léonard de Vinci autiste de la technologie, l’art en moins, Tesla est devenu au fil du temps le mythe des geeks et des conspirationnistes qui lui prêtent la paternité de projet grandiose et mégalomane comme le projet Haarp ou ce laser ultra puissant que construit l’armée et qui aurait la capacité de détruite un satellite depuis la terre. John Wayne a bâti la totalité de sa carrière sur le patriotisme, l’héroïsme américain, la patrie des braves, la gloire de la politique américaine d’Alamo aux Bérets Verts. Tellement symbolique, incarnant tellement bien cette figure masculine et paternelle, sorte de Monument Valley à lui seul que Staline tenta de le faire assassiner pas moins de trois fois. Alors que Wayne a soigneusement évité de s’engager dans les forces armées en 41 pour ne pas handicaper sa carrière, ce que lui reprochera toujours John Ford. Et ainsi d’incarner toutes les figures héroïques laissées vacantes par ses collègues masculins partis distraire les troupes ou se battre, au point de devenir la figure de référence. Comme Reagan est devenue une référence en incarnant l’American Way of Life dans les publicités General Electric. Ce paternaliste connard qui faisait la morale aux « indiens » et que l’Amérique a dispensé de grandir. Comme elle-même s’est dispensé de le faire. Wayne mourra symboliquement dans le Dernier des Géants et dans True Grit en héros vieillissant et insoumis, joyeusement alcoolique comme il sied à tout bon mâle américain. Il n’aura jamais de compte à rendre aux « indiens » du massacre de Sand Creek ou de Wounded Knee, ni aux deux millions de morts vietnamiens ni aux mexicains qui crèvent dans les maquiladoras à la frontière de l’Alena et des Etats-Unis, d’Alamo, Texas. Cette même bataille présentée par Wayne comme formule ultime de la bravoure américaine, alors qu’Alamo, historiquement, est surtout le témoignage de leur rapine, d’une colonie implantée de force en territoire mexicain et chassée par la force avant que cette portion du Mexique ne devienne Texas.

Car c’est là toute l’habileté des américains, et c’est sans doute la première, leur art consommé du marketing, de transformer un échec, une disgrâce, une injustice américaine en conte de fée moral et magnifique. Combien de films américains pour pleurnicher sur le « terrible-traumatisme-de-la-guerre-du-Vietnam » comme si celle de Corée avait été une partie de plaisir pour ses vétérans. Combien de film en échange pour parler des millions de victimes vietnamiennes, cambodgiennes, laotiennes ? Et quand elle en parle c’est pour dénoncer les charniers de Pol Pot et glorifier l’indéfectible amitié entre un journaliste américain et son guide cambodgien. Le mythe colonial revisité. Comme si l’héroïsme d’un personnage de fiction ou de deux êtres d’exception pouvait racheter le fait que Pol Pot est le résultat objectif de la guerre du Vietnam et de la colonisation à l’américaine. Et ainsi il en est de toute les guerres modernes de l’Amérique hollywoodienne, la seule finalement que reconnait le public et fini par assimiler à des réalités historiques, comme le D Day, le débarquement en Normandie. Dans l’imaginaire français et européen c’est l’annonciation, le 6 juin 44, le jour où les braves sont venus bravement se faire massacrer pour nous sauver du joug nazi. Mythe qui a tellement perduré que l’Amérique elle-même le ressort à heure dite selon les besoin de son calendrier militaire. Et comme il n’y a rien de mieux qu’un film pour souligner les actes de bravoures, des années 50 à Spielberg et Eastwood, des kilomètres de pellicules sur ce seul sujet, tous soulignant la bravoure, l’héroïsme, le courage, qu’il fallait ou qu’il faut pour aller au feu, se battre pour une cause auquel on croit ou pour laquelle on est obligé. La Pax Americana ne se contente pas de faire la propagande de son pays, elle fait propagande d’un mode de pensée. Et dans ce marasme de virilité et d’honneur, de fantasme de courage, et de bravoure de fiction, un seul réalisateur ne parlera jamais de la guerre tant du point de vue de sa crasse qu’autrement que du seul « trauma » du soldat américain, Sam Peckinpah avec Croix de Fer. Dans la foulée donc, oublier les 50 millions de morts russes, Stalingrad, Moscou, Leningrad. Oublier la famine à l’est, oublier Staline qui du bout de son long fusil obligea son peuple à se battre jusqu’à la mort. Oublier que tactiquement juin 44 n’aurait jamais été possible sans l’ouverture d’un deuxième front et surtout la ténacité des seuls russes. Oublier surtout, et c’est le plus important, que Ford inspira Hitler, que IBM fourni les fiches perforées et les méthodes de calculs qui organisèrent les camps, que les pétroliers américains fournirent l’Allemagne nazi en carburant de substitution, et les financiers en fond sans qu’aucun ne soit jamais traduit à Nuremberg. Oublier que le cinéaste favori d’Hitler était Walt Disney et le maitre à penser de Goebbels un publicitaire américain qui fabriqua la psyché américaine de l’après-guerre. Oublier que Klaus Barbie fut exfiltré et protégé avec l’aide de la CIA comme Wernher Von Braun ancien SS et père du programme Appolo et du V2. Oublier que le débarquement en Sicile n’aurait jamais été possible sans les accords que l’armée avait pris avec Cosa Nostra aux Etats Unis à travers Lucky Luciano et que c’est sur cette même mafia que l’Amérique se reposa longtemps pour faire régner son ordre dans l’Italie de l’après-guerre. Oublier enfin que le père de JFK n’était pas seulement un ancien comptable de la mafia, mais également un partisan d’Hitler ce qui lui valut des ennuis avec Roosevelt, ou que Auschwitz ne fut pas bombardé, alors qu’on savait ce qui s’y passait parce que l’on estimait que l’objectif n’était pas prioritaire. Et ainsi à l’identique de toute leur guerre.

L’Irak implose, plus de neuf millions de morts rien qu’avec l’embargo ? L’Amérique oscarise American Sniper et en fait des tonnes sur les traumas de leurs vétérans que par ailleurs elle abandonne dans ses rues. La plus grande densité d’enfants handicapés au monde dans le seul Vietnam, 6 millions de tonnes de bombes balancées pendant dix ans, dont 300.000 sur la seule Plaine des Jarres au Laos, et de Stanley Kubrick à Oliver Stone une longue litanie de pleurnicheries sur la guerre ou la machine à tuer américaine.  Les cent mille morts des guerres des cartels, la surconsommation de drogue aux Etats-Unis, les centaines de milliers de morts de la guerre à la drogue et les millions de prisonniers, si possible noirs ou latinos, enfermés pour dix ans et deux grammes de coke ? Tous traduit en image pour soit souligner le caractère impitoyable des trafiquants soit vanter leur modèle de réussite comme parallèle au mythe du self made man si cher à l’Amérique. Car l’Amérique au fond est elle-même fascinée par les voyous, les rebelles ; c’est l’expression de l’envie, et tout en même temps du dégoût qu’incarne la non-conformité aux yeux du protestant. Nullement celle de l’esprit pionnier comme le colportent ses suiveurs. Du reste si on examine l’Amérique de ce seul point de vue, du pionnier, comme disait un chef natif, il s’agissait plutôt d’une bande de foutus pillards que de pionniers.

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La contamination du monde

 Cette mystification d’elle-même, l’Amérique ne s’est pas contenté de la prolonger auprès de tous ces alliés. Ce n’est ni par hasard que tous les GI avaient des paquets de cigarettes, du soda et des chewing-gums à offrir, se transformant le temps d’une libération en VRP de l’Amérique marchande. Ni pour le seule mythe d’une Amérique triomphante que toute la culture européenne est désormais teintée de culture américaine. Il fallait, pour l’état profond qui a fait l’Amérique, son rêve, sa chimère et s’est enrichi sur le dos du monde entier, pour les bankster de Wall Street, les successeurs des empires coloniaux français, allemands, anglais, les maitres de forge du XXème et XXIème siècle du capitalisme financier, établir des ponts idéologiques, des modes de pensées commun et notamment l’art consommé de la mystification, de la propagande, du fake news. Ce phénomène s’est amplifié en Europe avec les tenants de la nouvelle économie dans les années 90. Avec les révolutions oranges, roses, bleues, que sais je. Les chefs d’états ont assumé leur seul rôle de showman glamour, affichette pour dépliant de politique d’entreprise, représentant légale de la firme république, du consortium national, avec Tony Blair, Sarkozy, Berlusconi et aujourd’hui notre petit tyran local, Macron 1er. Et dans une même démarche qu’aux Etats Unis tous les états d’y aller de leur mystification nationale. Ici le pays des droits de l’homme donc mais également la France résistante, le martyr juif qui par un effet pervers devient le roman français par lequel ce pays se fait systématiquement plus philosémite qu’un rabbin sioniste Ashkénaze chaque fois qu’il se sent plus antisémite qu’un antidreyfusard.  Et enfin le patronat, l’entreprise, glorifié, défendue avec l’éternel antienne qu’ici on n’aime pas les riches, que les français sont jaloux de la réussite, alors que comme partout ailleurs on a d’yeux et d’oreilles que pour les célébrités d’où qu’elles viennent et quelques soit les raisons de leur célébrité, gros nichon et tête creuse ou talent pour pousser un ballon. Dans le même pays où on s’est empeigné pour des vers où des centaines de milliers de badauds pleurèrent à l’enterrement de Victor Hugo…

L’Amérique, disait Oscar Wilde, est ce pays qui est passé de la barbarie à la décadence sans avoir connu la civilisation. Je crois surtout que l’Amérique a toujours refusé de grandir, d’admettre, de se regarder en face et se dire que son projet, aussi formidable était-il reposait sur un fabuleux mensonge, que la terre sous les pieds des américains était à eux dès lors qu’ils y avaient installé leur cabane en rondin. Qu’il s’agissait d’une terre vierge et que tout y était possible. Le péché originel du mensonge américain se trouve là, et comme chacun de ses mensonges l’Amérique a tenté le glisser sous le tapis. En le magnifiant avec la fête de Thanksgiving, par la propagande véhiculé par le cinéma, qu’il soit réactionnaire ou progressiste, par surtout le massacre, la négation des cultures natives, leur globalisation (les « indiens ») et aujourd’hui la mise au ban de la société, comme l’Amérique met au ban tous ceux et celles qui ne se conforment à sa propre mystification, qu’il s’agisse des pauvres, des vétérans, et de tout étranger victime de sa politique et donc de facto susceptible de discuter non pas de la dites politique mais du goût du soda qu’essaye de faire avaler l’Amérique au monde entier. Qui peut décemment croire qu’une nation qui s’arme à hauteur de 657 milliards et arme le monde à 80% a autre chose que des intentions belliqueuses, la paranoïa redoutable et la gâchette facile ?

L’inconvénient majeur de cette mystification sur elle-même comme sur le monde s’est qu’elle s’est prorogé par la marchandise. L’Amérique s’est gavé de sucre, d’objet de confort, de fabrique d’inutile, de bouffe facile et pas cher, pour oublier le vide objectif qui berce l’existence d’un américain moyen et que traduit l’appétit gargantuesque des mêmes américains pour les drogues, de l’alcool aux métamphétamines. Que la marchandise comme cette sanctification protestante du travail et de la réussite financière, de la productivité et du productivisme, et qui rejoint l’élan confucéen de la Chine pour cette même réussite, ce même respect de la conformité, a totalement contaminé le monde et est en train de le conduire à sa perte, si ce n’est pas déjà trop tard. C’est la folie du crédit d’une Amérique consommatrice qui a déclenché la crise de 2008, c’est la philosophie du mérite qui pousse les étudiants américains à ouvrir des crédits faute de bourse et qui va prochainement nous faucher lors d’une nouvelle crise économique. C’est ce productivisme effréné, le pied à fond sur la pédale d’accélération qui envoie les ours polaire aux poubelles de l’histoire. Et la seule chose que retiennent désormais les états de la fonte polaire c’est qu’ils vont pouvoir encore plus jouer les termites et exploiter encore, dix, vingt, trente ans les dernières réserves d’un songe. Pas le nôtre, pas celui de monsieur tout le monde qui espère tout au plus manger à sa faim et sourire une fois dans sa journée, non le rêve de l’Amérique des années 50, comment elle voyait déjà le futur. A coup de conquête spatiale, de super technologie, de ville formidable. Il lui faut son rêve à cette Amérique là, absolument, envers et contre tout, et le monde doit le lui donner, sans quoi ça signifiera qu’elle s’est trompé de bout en bout, que tout ce qu’elle s’est raconté pendant trois cent ans n’était qu’un vaste mensonge. Et c’est insupportable. Alors tant pis si les métaux rares commencent à manquer, tant pis si les réserves de pétroles et d’eau commence à engager des guerres et des déplacements de population, que les terres arables se font de plus en plus rares, peu importe du moment que le monde, le présent et l’avenir se conforme au rêve américain.

On compare souvent la Pax Americana et la civilisation américaine à la paix romaine, à l’empire qui dirigea la moitié du monde quand l’Amérique n’en faisait pas encore partie. On a tort. La chute de l’empire romain n’entraina pas la chute du monde, j’ai bien peur que cela ne soit pas le cas quand le rêve américain implosera comme une bulle de savon.

 

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Théorie d’un complot ou coup d’état mode d’emploi 3ème partie.

N’oubliez pas qu’obtenir l’honneur d’al istishhad* (du martyr) est un devoir national sacré et une possibilité présente.

Saddam Hussein 1977.

 Deux situations peuvent se présenter. Soit le gouvernement loyaliste a déjà pris des mesures conservatoires contre l’insurrection (même en l’absence de pression) assorties de pouvoirs spéciaux et de lois spéciales. Dans ce cas le principal problème est d’agir sans fournir de publicité inutile à l’insurgé, ce qui est particulièrement important si la cause de l’insurgé est très populaire. Si les loyalistes ne se sont pas donné par avance les moyens nécessaires, lancer des attaques directes contre l’insurrection revient à ouvrir la boite de Pandore.

David Galula. Contre-insurrection : Théorie et pratique

De l’art de faire stationner judicieusement ses troupes dépend la plus grande partie des succès militaires.

Sun Tzu. L’art de la guerre

 

Ca force sur l’euphémisme mais les Etats-Unis semblent ne jamais rien retenir de leurs erreurs, et finalement pas beaucoup plus de leurs victoires. La pauvreté de l’éducation politique de sa population et de facto de ses forces armées. Le manichéisme simpliste de sa propagande qui fait adhérer sans mal le troufion à un discours d’évidence qui se révèle rapidement non seulement faux mais totalement perverti par la réalité du terrain. L’absence de formation autre que technique et strictement militaire de ses soldats de troupe. La prodigalité des moyens souvent disproportionnés ou inadaptés tant au terrain qu’aux conditions nécessaire pour maintenir un esprit combattif chez l’homme de corps. Sans compter la fabuleuse capacité des américains à se croire absolument partout en terrain conquis, chez eux, ambassadeur d’une culture forcément universelle et à laquelle on ne peut donc que se soumettre sans passer pour un sauvage ou un arriéré. Cet ensemble semble véhiculer dans le sillage de l’armée américaine un sentiment constant d’invasion, de rouleau compresseur à la fois militaire et culturel. La Pax Americana sent le Coca et le chewing-gum gum, a la couleur d’un blockbuster vendu en prime time, et laisse dans son sillage des montagnes de cadavres.

Au Vietnam, au départ, la situation devait rester sous contrôle. Les américains avaient choisi avec leur discernement coutumier un fervent catholique pour gouverner un pays à majorité bouddhiste. Parfaitement corrompu et dont l’épouse se moquait à la télévision, dans un français parfait, de ces bonzes qui ne s’immolaient pas correctement. Ils finiront par s’en débarrasser au profit d’une junte militaire, qui elle-même se fera jeter dehors par une autre. Il est difficile de faire régner l’ordre quand ceux que vous soutenez ne le respectent pas, qu’ils sont corrompus et ne connaissent que les lois de l’arbitraire. Votre propre cause semble soudain indéfendable et si en plus vous vous arrangez pour laisser à l’ennemi le choix de sa communication et assurez vous-même sa propagande par cet usage de l’arbitraire, vous vous retrouvez rapidement avec autant d’ennemis physiques que moraux. Vous n’êtes plus soutenu par votre propre population, alors qu’en revanche l’insurrection si. Essayant de gagner les cœurs et les esprits, selon l’expression consacrée, avec la balourdise et la brutalité d’un footballeur américain sous stéroïde. Déplaçant des populations sédentaires dans des lieux réservés pour mieux désherber au napalm et à la dioxine des fantômes et un paysage presque sacré dans la perception bouddhiste. Jouant à l’humanitaire d’une main et au boucher de l’autre, le tout en transformant Saïgon, comme plus tard Bagdad, en un vaste bordel à soldat, repère à bandit, espions de tout poil, assassins où pour tout dire l’ennemi est comme un poisson dans l’eau. Avec en surplus un intense trafique de drogue dont les premières victimes seront les GI’s eux mêmes. A vrai dire, c’est même une véritable armée de camés dont hérite l’Amérique à la fin de la guerre. En 74 92% des soldats ont le nez dans la bouteille, 69% tête du joint, 38% sont à l’opium, 34% se shootent, 25% préfèrent les amphétamines (fourni par l’armée) et 23% les barbituriques. Une armée de drogués seulement entamée de 58000 de ses membres, essentiellement des gamins, alors qu’en face c’est près de trois millions d’individus qui vont disparaitre durant le conflit et dans l’immédiate après-guerre. Le Vietnam n’a pas été une guerre ça été un génocide.

Un génocide avorté à la fois en raison d’erreur de stratégie militaire mais également de stratégie de communication. Une guerre motivée par la crainte de voir le sud-est asiatique tomber aux mains du communisme, et qui pourtant va s’ingénier à le propager à coup de bombardements massifs et de politiciens fantoches, fort d’un déploiement militaire sans précédent et de sept millions de tonnes de bombes balancées sur un pays moitié moins grand que la France. Le tout contre trois millions durant la totalité de la Seconde Guerre Mondiale, du Japon à l’Europe. Sept millions d’objets détonants qui n’ont pas forcément détonés et qui rouillent aujourd’hui au fond des rizières, sans compter la pollution à l’Agent Orange. Actuellement le Vietnam est le pays qui connait le plus haut taux d’enfants handicapés au monde, avec un total de 6,7 millions d’handicapés pour une population de près de 90 millions d’habitants (je vous rassure, en France, c’est 12 millions). Sans compter le génocide qui suivra au Cambodge dans le sillage de la déconfiture américaine et qui fera 3 millions de morts supplémentaires en ajoutant les 350.000 de la guerre civile laotienne, un peu plus de six millions de morts. Et pourtant vous avez remarqué, au cinéma c’est toujours l’Amérique qui pleurniche sur son trauma guerrier et le cambodgien qui rejette la faute sur Pol Pot.

La guerre qui va commencer en Afghanistan n’obéit pas à un objectif stratégique, c’est une guerre de vengeance, entamé contre un homme que tout le monde accuse avec un naturel déconcertant. Alors qu’il ne revendiquera jamais formellement l’attentat, et qu’il fut mis en cause par son instigateur après plus d’une centaine de séance de « water boarding » ce qu’en français nous appelons plus simplement le supplice de la baignoire. Car c’est bien connu la torture ça marche, surtout s’il s’agit de vous faire avouer ce que l’on a envie d’entendre. D’ailleurs dans un premier temps, le nom de l’opération emprunte à la série B « Justice sans Limite ». on dirait un film de Seagal… avant de sombrer dans le théâtrale avec « Liberté Immuable. ». En revanche durant treize ans de conflit les afghans ne verront ni justice ni liberté mais bien une violence sans limite, pour un résultat également immuable depuis que les anglais tentèrent de les mettre au pas à la bataille de Gandamak. Les afghans ayant ceci de commun avec les vietnamiens de foutre systématiquement dehors les envahisseurs. Les vietnamiens feront décamper chinois, cambodgien, français et américains et mettront fin eux-mêmes au régime de Pol Pot. L’Afghanistan mettra à l’amende trois des plus grands empires de la sphère occidentale, et quand ils n’ont plus personne sur qui tirer, ils se tapent dessus entre eux. Un comble on ne sait toujours pas aujourd’hui le nombre de victimes civiles lors de l’invasion. Ce que l’on sait en revanche c’est que si les talibans avaient mit un sérieux frein à la production d’opium, elle repartira de plus belle à partir de l’invasion. Aujourd’hui le pays fourni 90% de l’héroïne dans le monde… Au point où le ministre de l’agriculture réclama un temps de rentrer dans le cercle fermé des pays producteurs d’opium légal comme l’Inde ou la Turquie, recevant un refus poli mais ferme des américains, il ne s’agirait pas non plus de retirer le pain de la bouche de la mafia turc… Reste que cette invasion attirera les bouderies de Wolfowitz qui trouve qu’il n’y a rien à bombarder d’intéressant dans les montagnes, il salive déjà au sujet du point Godwin des conspirationnistes et de l’administration américaine, Saddam Hussein le nouveau Docteur No de la propagande US.

En ce qui concerne l’Irak, l’opération « liberté irakienne » ne s’embarrasse pas de signifier ses intentions réelles. Pendant qu’une équipe du service média du Pentagone réunit une petite foule autour du déboulonnage d’une statue choisie au hasard, l’armée fonce sur le ministère du pétrole et les zones d’exploitation. Alors que Bagdad est l’objet de pillage de presque tous les sites officiels dans l’anarchie la plus complète, il devient presque instantanément impossible de s’approcher du ministère du pétrole sans lever les mains bien haut en l’air et si possible en gueulant qu’on adore le Texas (le Texas est un des plus gros pourvoyeurs en homme de l’armée). Le site est ultra protégé comme le sera bientôt toute la zone verte. Il est d’ailleurs « amusant » de remarquer, si on a le cynisme facile, que non seulement les américains vont installer leur base de commandement et s’y retrancher, précisément là ou Hussein avait regroupé physiquement le pouvoir. Mais qu’en plus un des hauts lieux du régime tortionnaire du même Hussein, va devenir le haut lieu du régime tortionnaire de l’Oncle Sam en Irak : Abu Ghraib. Un diable chasse l’autre, et Hussein a averti les américains, la victoire est très loin d’être acquise, la vraie guerre va débuter après la fin officielle des hostilités. De toute manière l’invasion n’a pas du tout été conçue dans un autre but que de virer Saddam Hussein et s’emparer de son trésor de guerre au plus vite du coup d’état qui a lieu à Washington. La question de l’occupation, de l’organisation du pays après la guerre, n’a pas été une seule seconde abordée. Quand aux marines ils n’ont tout simplement pas été formés au travail de police ou de sécurisation, au contraire de leurs homologues anglais qui vont s’y coller. Résultat, à peine un mois après la petite parade de Bush en tenue de pilote, les prédictions d’Hussein se réalisent. Mieux, le 19 août 2003, 3 mois après la ronflante déclaration américaine, Abu Moussab al Zarqaoui dit « l’Homme vert » en raison de ses nombreux tatouages (il a un passé de voyou) fait sauter l’immeuble de l’ONU à Bagdad, tuant 22 personnes. Comme de toute manière tout le monde, à commencé par Bush, s’est essuyé les pieds sur les Nations Unies, ça reste dans le ton. Dix jours plus tard c’est une mosquée chiite qu’il fait sauter, avec un meilleur score, près de cent morts. Enfin en 2006, quelque mois après que l’Amérique toute fière ait pendu un homme de 69 ans pour avoir trop bien collaboré avec elle, Daesh se forme et une nouvelle bombe provoque la première guerre civile irakienne. A vrai dire, à certain moment durant ce conflit qui aura finalement duré huit ans et qui a abouti à la destruction de l’Irak, on atteint des scores de 25 morts par jour !

 

Canaris de l’Empereur et Caesarea

 

Il ne faut s’attacher avec outrance ni à des armes ni à des outils. Excès, insuffisance sont pareil. Inutile d’imiter les autres. Possédez des armes et des outils qui sont à votre portée.

Myamoto Musachi. Le Traité des Cinq Roues

Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple le plus sacré et le plus indispensable des devoirs

Robespierre.

Canaris de l’Empereur : Loc (Vx) – A cause de leur culotte de daim jaune, surnom collectif donné sous l’Empire aux gendarmes d’élite chargés de combattre les conspirateurs. On les appelait aussi les Immortels.

Bruno Fuligni, le livre des espions.

Caesarea : N.pr. – En référence à la ville de Césarée en Palestine, nom de code d’une unité d’élite du Mossad israélien, chargée d’éliminer physiquement les terroristes pro-palestiniens.

Bruno Fuligni, le livre des espions.

 

Si David Petraeus, l’ancien patron de l’Afghanistan et de l’Irak américaine, préface la nouvelle édition du livre de David Galula, Contre Insurrection : Théorie et Pratique, le moins que l’on puisse dire c’est que les méthodes que l’Amérique va en retenir ne porteront pas leur fruit. Que ce soit en terme tactique, stratégique ou théorique. Car si le Vietnam aurait dû alerter les forces américaines sur la nécessité de ne pas disperser son armement au quatre vent, munitions en particulier, la leçon ne sera retenu absolument nulle part. Cela va être vite le règne de ce que les américains appellent IED, Improvise Electronic Device. L’ajout de l’électronique en plus, c’est une variante de ce que les GI’s au Vietnam appelleront les « booby trap » plus vulgairement appelé chez nous « piège à con ». Bref des engins détonant improvisés, reliant généralement un portable et des obus non détonné ou tout ce qui peut faire un gros boum. En Europe en revanche, où il est moins compliqué de se procurer un AK47 neuf que des explosifs, le stratège de Daesh, le concepteur de cette organisation, l’ex colonel des renseignements irakiens Samir Abd Muhammad al-Khlifawi dit Haji Lakr, va recommander l’usage de toutes les armes potentielles mis à la disposition des civiles européens et dans le monde, camion, couteau et tout autre moyen de propager la mort. Le terrorisme étant l’arme des pauvres par excellence, cette méthodologie, accompagnée d’une propagande soignée, va venir porter la violence vers tous ceux engagés auprès des américains. Avec des résultats sociétaux extraordinaires.

Car il faut bien saisir que la base de la stratégie de Daesh en Europe ou aux Etats-Unis est de diviser les populations civiles, en se servant des musulmans comme bouc émissaire désigné. Ce ressenti, ajouté au choix d’une stratégie de communication par et pour la violence en technicolor et musique, permettra d’accentuer le ressenti des musulmans eux même et d’exalter la jeunesse dans son ensemble. Les occidentaux ayant depuis longtemps délaissé l’éducation de leurs enfants au profit des experts, des profs et des écrans, la propagation de la propagande se fera sans mal. Car il faut bien comprendre que Daesh n’est pas une organisation terroriste mais une organisation militaire très structurée comme le montre ce schéma issu de Daesh lui-même, de la structure de son service de renseignement.

daesh

Le terrorisme n’est qu’un moyen tactique et stratégique pour parvenir à ses fins. Dans ce cadre, sur le terrain, la Charia ne sera pas seulement utilisé comme moyen de coercition mais également de chantage. Selon les consignes de Lakr, les espions chargés de surveiller un village doivent également repérer toute activité contraire à la loi islamique afin de s’en servir comme levier. Et ici pas question de les éliminer, au contraire, mais de se servir des plus intelligents, notamment comme juge dans le cadre de la Charia. Il faut bien saisir que le stratège de Daesh n’est pas et n’a jamais été un islamiste mais un nationaliste. Il ne croit pas aux convictions religieuses fanatisées mais il sait qu’on peut s’en servir, et c’est ainsi qu’Abu Bakr El Baghadi sera choisi par un groupe d’officier du renseignement irakien, afin de donner une image de légitimité au groupe. Ainsi en s’attaquant à l’Irak, les Etats-Unis ont ouvert une boite de Pandore inédite, celle dont ont souffert les irakiens pendant tout le règne de terreur d’Hussein : les services de renseignement irakiens.

Face à ça, en Irak, les américains vont s’appuyer sur la minorité chiite pour contrer l’influence sunnite d’Al Qaïda et de Daesh. Et pour ça vont s’assurer de mettre en place les méthodes employé en Amérique Centrale au plus fort de l’ère Reagan. Et voici que, recommandé par Rumsfeld, entre en scène un vétéran de la sale guerre au Salvador, lui-même impliqué dans le scandale de l’Iran Gate, l’ex colonel James Steele. Les néo conservateurs, je le répète, ne cachent pas leurs intentions. Passé dans le privé à titre de conseillé militaire, il va activement souffler ses bonnes idées aux paramilitaires chiites, le Special Police Commando, également surnommé… la Brigade des Loups. A toute fin je rappel qu’au Salvador, la méthodologie se concentrait sur deux points : torture et exécution sommaire. Mais il ne sera pas le seul sur lequel va s’appuyer les forces de la coalition et le gouvernement US. A Abu Ghraib, le personnel mis en cause dans le scandale des prisonniers torturés n’appartient en réalité pas à l’armée, mais à une des innombrables organisations militaires privées qui vont se partager ce phénoménal pactole. C’est simple, si en 2003 le bénéfices des SMP grimpe à 100 milliards de dollars, six ans plus tard il est de plus de 400 milliards de dollars (je vous renvois ici à mon article sur les SMP : Contractor, les prolos de la guerre ) Le tout sous la férule d’une des plus vastes organisations en matière d’opération spéciale, fondée après l’échec d’Eagle Claw, le Joint Special Operation Command. Une force qui va se composer des Delta Force, de l’ISA, du 24ème escadron tactique de l’Air Force, du 75ème Régiment de Reconnaissance des Rangers et du Seal équipe 6. Tout ceci bien entendu, en se reposant sur une autre machinerie dénoncée depuis par Snowden : le NSA et plus pratiquement la surveillance globale.

Or si à mesure du temps la guerre va faire moins de morts parmi les militaires que parmi les civiles, la Guerre contre le Terrorisme ayant fait 6717 morts officiels contre les 750.000 de la guerre de sécession, c’est bien à un carnage gigantesque auquel nous assistons depuis le début des hostilités contre l’Irak et l’Afghanistan dans les années 90. Rien que pour les seuls musulmans c’est près de quatre millions de morts, et je parle ici d’estimations basses. On a calculé en effet que la guerre en Afghanistan va faire au minimum plus de 200.000 morts. En fait on estime que le seul programme de Guerre au Terrorisme aurait fait à lui seul, toutes confessions confondues, entre 1,5 et 2 millions de morts. Rien que dans la seule Irak, les sanctions prises contre le régime de Saddam, aurait fait selon les estimations non contestées de l’ONU, près de 1,9 millions de morts… dont la moitié était des enfants. Et si on ajoute tout ceux qui sont morts en Afghanistan (rappelons également à toute fin que dans les années 90 les talibans seront financés et armés… par les Etats-Unis), les chiffres les plus élevés depuis que l’Amérique néo conservatrice a décidé de s’en prendre au monde à travers l’Irak et à l’Afghanistan, annonce un bilan se situant entre 6 et 8 millions de morts. Hitler, petit joueur. Dans ce cadre, déclarer que « les musulmans nous détestent passque on est lib’ nous et qu’on boit du pinard et on mange du porc » me semble pour le moins léger.

 

Débriefing

 

La nécessité ne connait pas de loi

Saint Augustin

Un genre très spécialisé de dépendance est la conséquence de technologie moderne, et on le trouve en dehors de la sphère néo-coloniale. C’est la lourde hypothèque qui grève l’indépendance politique d’un pays, quand il achète à l’étranger des armes modernes… Quand des pays se trouvent dans une telle dépendance matérielle et directe, il faut que les organisateurs d’un coup d’état intègrent dans leurs plans une nouvelle politique étrangère, à mettre en œuvre dès la prise de pouvoir. Si le coup d’état est politiquement inspiré par des adversaires du grand « allié », il y a de fortes chances pour qu’il échoue à moins qu’il ne parvienne à cacher cette tendance.

Edward N. Luttwak, Coup d’état mode d’emploi.

Le contrôle de toutes les informations du centre politique du pays visé sera notre meilleure arme pour assoir notre autorité après la réussite du coup d’état. Par conséquent, la prise des principaux moyens de communication avec les masses populaire sera pour nous une tâche d’une extrême importance.

Coup d’état mode d’emplois.

La révolution est au bout du fusil.

Mao

 

Le mouvement néo conservateur (néo dans le sens nouveau) est. Issu de la gauche progressiste à la fin des années 60. Ou plus précisément de l’évolution politique d’un ancien trotskyste, Irving Kristol, dont le mode de raisonnement se fonde à la fois sur son éducation politique, et sur son expérience militaire durant la Seconde Guerre. Comme il le dira lui-même, il y a été « agressé par la réalité » comme d’autre le seront bien plus tard, rejoignant de facto un mode de pensée parallèle, avec l’Archipel du Goulag d’Alexandre Soljenitsyne, et ici je pense notamment à Bernard Henri Levy ou André Glucksman. Deux « intellectuels » comme on dit en France très largement soutenus par le mouvement de réforme culturel initié par les Etats-Unis sur l’Europe et notamment par la CIA (non, je ne sous-entend pas que BHL est un agent de la CIA, ni même qu’il sait qui ont été ses soutiens financiers en dehors de son très riche papa).  Avec sa logique trotskyste Kristol est contre l’aide sociale qui ne pousse pas les pauvres à la lutte et rejette le mouvement contestataire qui s’inscrit selon lui dans une logique nihiliste défendue par les premiers anarchistes. Par ailleurs devenu farouche anticommuniste, comme de nombreux trotskystes et anarchistes au demeurant, il reproche leur mollesse au démocrate, exactement comme le fera lui-même Reagan. Sa rupture complète avec la gauche va s’exercer à partir de Lyndon Johnson.

Il est vrai que l’Amérique de Roosevelt n’a rien à voir avec celle dont va hériter Johnson. L’Amérique de Roosevelt jusque dans l’immédiate après guerre croit encore à son idéal de liberté défendu par son extraordinaire constitution. C’est elle qui va dans un premier temps armer Ho Chi Minh et les Viet Minh contre la France. D’ailleurs dans un premier temps, Ho Chi Minh se revendique moins du communisme que du nationalisme. Il cite la déclaration d’indépendance et la Révolution française et déclare que ses forces sont américano vietnamienne. Tout va changer avec l’arrivée d’un petit homme sans envergure, élevé dans l’ombre de sa mère, poussé au pouvoir par des bandits, Harry Truman. Le même Truman qui va user et abuser de l’arme atomique pour soi disant pousser les japonais à la réédition, alors que les japonais ont déjà commencé des pourparlers dans ce sens. La réalité est plus cruelle. Truman a besoin de démontrer qu’il n’est pas le petit homme sans envergure qu’il est en réalité et surtout il doit en remontrer à l’ogre rouge, le terrifiant Staline. Le concours de bite est lancé et il va durer…. Jusqu’à aujourd’hui. A partir de 84 le discours de Krystol se durci quand à la défense d’Israël, prônant une alliance qui va s’avérer funeste pour le reste du monde entre juifs et évangélique, entre le sionisme chrétien et la droite évangéliste. Mais il est vrai qu’un partie discours néo conservateur ne se serait jamais construit sans ce qu’Hitler a fait subir à l’Europe et plus particulièrement aux juifs. Cette position politique va considérablement pousser la droite israélienne vers une certaine radicalisation du discours. Un discours qui va encore se muscler avec l’immigration massive des juifs d’Europe de l’est jusqu’au meurtre d’Yitzhak Rabin, et même au-delà. Mais également grever sérieusement la paix au Moyen Orient d’autant que les intérêts pétroliers rentrent en jeu.

Le néo conservatisme américain va se propager et influencer toute la politique américaine de Reagan à Obama, et même aujourd’hui Trump. Car, en dépit des analyses de certain universitaire français qui aimeraient qu’on trouve une certaine grâce au nationalisme de façade de Donald Trump. En dépit même que nombre de républicain ont critiqué la position du président des Etats-Unis qu’il a, comme à son habitude, résumé par un slogan « no more globalism, only americanism », et qui ne pouvait que séduire la droite réactionnaire de notre pays et du sien. Il faut bien garder en tête que le maître à penser de Trump, Steve Bannon, récemment éjecté pour des affaires d’égo et suite aux émeutes de Charlottesville, défend un discours plus extrémiste que les néo conservateurs mais qui n’en reste pas moins attaché à cette même droite évangélique, à cette même impératif à défendre Israël et l’occident contre le nouvel hydre, le nouveau marxisme de l’occident, l’Islam et le monde musulman en général. Le plus inquiétant demeurant dans les fantasmes d’Apocalypse de Bannon qui lui ne cache pas dans ses films sa vision millénariste et simpliste du monde, appelant précisément à un affrontement entre les nouvelles forces antagonistes, exactement comme les fanatiques du camp adverse en appellent au djihad. Et quand on observe l’espèce de folie collective à base de prière, de fake news, et de tweets farfelus qui s’est emparé de la Maison Blanche depuis l’investiture de Trump, au regard de la politique américaine en Asie, en Ukraine ou en Syrie, on a le droit d’être fortement inquiet pour l’avenir.

L’historique des lois d’exception face au terrorisme dans la sphère occidentale et « démocratique » ne date pas d’hier. Face à l’IRA, Thatcher appliqua un régime draconien à l’Irlande du Nord, notamment en s’appuyant sur l’aile très, très à droite du révérend extrémiste Ian Paisley et les terroristes de l’UVF. Et surtout en rejetant le statut de prisonniers politiques à des hommes qui n’étaient rien de plus, ni n’avaient jamais commis comme d’autre faute que d’être soutenu politiquement par l’IRA et le Sean Feinn. Et qu’on laissa mourir de faim. Un même régime d’exception qu’on retrouvera en Allemagne face à la Fraction Armée Rouge. Ou en France durant la guerre d’Algérie mais également contre les usagers de drogue jusqu’à aujourd’hui, ce qui est paradoxale pour un pays qui a été (et est sans doute encore) si actif dans le domaine du trafic Cependant, jamais jusqu’ici ces mesures n’avaient été prise de façon permanente, subornant non seulement les lois, violant les droits les plus élémentaire des individus, mais se moquant jusqu’à la constitution. Or ce projet aux Etats-Unis n’est pas nouveau, il était dans les espérances de la droite américaine dès Kennedy, et il manqua de se réaliser sous Nixon. Après tout qu’était-ce donc que l’Opération Chaos, sinon les prémisses de cette surveillance globale qui fait fantasmer les agences de renseignement, et surtout les gouvernements. Car la situation est également critique pour nos gouvernements, et ils en ont parfaitement conscience. Les Printemps Arabes ont prit tout le monde par surprise, à commencer par les dictatures sanguinaires qui règnent sur les émirats.

Cependant ce projet aujourd’hui s’appuie sur une nouvelle idéologie, celle du conflit des civilisations, comme au bon vieux temps des croisades. Une croisade cette fois globale qui ne peut que rejoindre les fantasmes conjoint des djihadistes et de l’extrême droite occidentale. Le même rêve de sang avec au bout du compte l’espoir absurde en la venue d’un sauveur magique mettant tout le monde d’accord. Mahdi ou Christ, peu importe. Or quand les fous commencent à diriger le mode de pensée du monde, ce qui suit n’encourage pas à investir dans un autre avenir que celui de la sécurité et de l’armement. Et c’était bien l’intention du gouvernement Bush et de ces suiveurs, Obama y comprit. Car derrière eux c’est bien ce que les américains appellent le deep state, qui pousse. Un état profond qui ne se compose pas seulement de la CIA, des agences de sécurités américaines en général ou du Pentagone, mais de la sphère très influente des méta holdings comme KKR, Carlyle Group, KBR, Halliburton, ou encore Cerberus Capital Management qui a racheté DynCorp. Cerberus dont le directeur fut un des conseillers économique de Trump durant la campagne… Un changement de politique étrangère organisé à partir d’un attentat utile, opportun, et connu à l’avance, qui a permit et permet de détricoter un peu plus les Etats-Unis mais également l’Europe des idées inspirées des Lumières, et laminer totalement le discours traditionnellement universaliste de la gauche, où qu’elle soit, pour n’en faire qu’un succédané, un substitut, laissant encore durer un vague espoir, puisque l’espoir est si utile à endormir les foules.

Espérer ce n’est pas agir, juste un souffle d’inspiration mais guère beaucoup plus. Espérer c’est attendre.

Et pendant que nous attendons, stupéfaits spectateurs d’un monde que l’on veut voir mourir, l’exception, la surveillance et la militarisation s’imposent partout mettant les pays en interdépendance complète. Nous irons désormais chercher nos fusils en Allemagne, nous compterons sur l’OTAN pour subvenir à nos insuffisances, nous laisserons gentiment pourrir le paquebot Dassault dans la corruption de son dirigeant, jusqu’au jour où on nous annoncera que l’armée n’a plus les moyens de se payer des avions français. Ce qu’elle n’a d’ailleurs déjà plus, puisque nous ne pouvons même pas entretenir ceux que la gabegie commerciale du groupe Dassault et la complaisance de l’état nous a fait acheter. Et puisque l’Amérique dirigeante ne sait pas faire autrement, bien entendu cet assaut idéologique et militaire s’accompagne d’un volet économique. Les médias cooptés depuis Mitterrand nous bombardent du discours de la guerre des civilisations, alors qu’il n’y a que pour l’essentiel en terme réel de guerre qu’un conflit entre agences de renseignement au travers d’armées de mercenaires et de groupes armées autonomes ou non. Le tout plus ou moins subornées par des armées régulières. Bref que nous sommes en réalité en rien concerné par cette guerre idéologique qu’on veut nous mettre dans le crâne quelque soit notre confession ou notre système de pensée. Passant au sable et dans la foulée l’assaut économique que nous subissons à travers les accords transatlantique que nous a vendu le très consensuel directeur de marketing à la tête du Canada, le joli et si tolérant Justin Trudeau. Les médias nous tabassent avec des mots tiroirs comme « mondialisation » « compétitivité » « baisse des charges », tandis que notre narcissique « chef » d’état s’en revient de Las Vegas avec sa feuille de route. Et la boucle est bouclée. Et elle va d’autant se resserrer que la technologie de la surveillance se développe, aussi bien que les entreprises militaires privées, ajouter à cela des pénuries qui vont de plus en plus se faire sentir, et dans absolument tous les domaines, ne nous leurrons pas.

D’où qu’ils partent, le seul sursaut ne peut venir que d’une repolitisation de ce que les marxistes appellent les masses. Mais également une réappropriation de nos langues, de nos mots. Ecoutez s’exprimer un badaud des années 50 sur la politique intérieure de son pays et comparez le à aujourd’hui, tant sur le vocabulaire que l’opinion et vous verrez la marge qui nous sépare, la décadence tant du verbe que du discours. Il va falloir tôt ou tard choisir de notre avenir, et avant que la boucle se referme complètement.

 

Nota Bene : pour les amateurs de super complot si vous cherchez des complicités possibles avec Al Qaïda pour l’organisation de l’attentat, et sans aller chercher midi à quatorze heures. En 1979, en Iran, il faut retenir deux choses pendant la prise d’otage. D’une elle était le fait des Gardiens de la Révolution à qui on ne pouvait rien dire et l’administration iranienne, en particulier le ministère des Affaires Etrangères étaient  en réalité scandalisé par cette action. Ce pourquoi Argo est une affabulation d’Hollywood, les iraniens savaient parfaitement qu’il y avait des américains à l’ambassade Canadien, vu que l’ambassadeur des Etats-Unis lui-même l’avait confié à ses homologues iraniens. La seconde c’est qu’il a bien eu une opération de sauvetage réussi et beaucoup plus musclée. L’instigateur était Newt Gringrich, un des papes du néocon, qui se fit aider d’un mercenaire ex-béret vert au Vietnam et de son équipe pour libérer des membres de son entreprise. L’affaire a été relatée dans un livre dont Clint Eastwood devait faire l’adaptation. Aujourd’hui il y a des myriades d’équipes de ce genre, mais si j’étais vous je m’intéresserais de près à Intelligence Support Activity qui fait parti du JOSC. Il faut toujours se défier d’une organisation qui change cinquante fois de nom…

Le phare

La lune était floue. Imperceptiblement floue comme une mise au point ratée. La lune était ivre. Elle oscillait de façon infime, une toupie finissant sa course dans la nuée nocturne. Il avala une gorgée de sa bouteille à demi vide, la téquila remplit son ventre d’un feu réconfortant. Un peu au-dessus de la ligne d’horizon brillait une tâche rouge. On avait piqué la nuit d’une aiguille mystique.  Poussière des télescopes, détail répertorié d’une carte du ciel, à peine deux lettres et un chiffre dans le codex astronomique, WR104. Sept mille années lumières de la terre. Une goutte de sueur courue le long de sa tempe. Nul ne savait exactement quand l’incident s’était produit, sept mille ans peut-être, et on en voyait le résultat seulement aujourd’hui, ou plus longtemps et l’étoile avait finie de s’effondrer. La poussière dans les télescopes avait grossi comme une tumeur, assez pour qu’elle apparaisse dans le ciel. Une bille de feu, une minuscule bille de flamme qui au couchant prenait des teintes sanglantes. Son teeshirt en coton était trempé de sueur, de larges tâches à l’entrejambe dessinaient des chimères sur la soie de son caleçon rouge. Le point de feu indiquait l’ouest, parfois quand un navire se perdait en mer, il retrouvait sa route en poursuivant l’astre disparu qui flambait jour et nuit à sept mille années lumière de là. Le thermomètre digitale sur le mur indiquait 50° centigrades, et il pouvait s’estimer heureux, la nuit était fraiche, il avait plu la veille. Des pluies acides. Cinquante degrés et ce n’était pas fini, l’été approchait, leur premier été depuis le jour fatal, s’ils parvenaient jusque là…. Il se leva et tituba jusqu’à la fenêtre. Il se tenait dans son vaste bureau, clinquant d’or et de velours, meubles français, marbre italien, un majestueux lustre en cristal de Venise pour coiffer l’ensemble. Il avait réussi au-delà de tout ce qui était inimaginable. Certifié par une confiance en lui borné de narcissisme, il avait conquit le monde en commençant par cette ville. Fils d’un prospère entrepreneur, il avait donné à son nom et à l’entreprise familiale une dimension planétaire, et marqué son territoire de cette tour emblématique dans laquelle il suait aujourd’hui. Soixante quatorze ans consacrés à s’élever au-dessus des autres, au-dessus de son père, de tous les hommes du globe. Et son nom claquait désormais avec la bannière étoilée au firmament de l’histoire. Donald Trump, un modèle pour certain, un scandale pour d’autre, que lui importait du moment qu’on parlait de lui. Du moment que lui donnait de la voix et gare à ceux qui se mettraient en travers de sa route. Il les avait tous vaincu. Tous. Il leva les yeux sur la tumeur dans le ciel. Mais qu’est-ce qu’on pouvait contre ça ? Contester les rapports ? Affirmer comme il l’avait fait durant la campagne que le réchauffement planétaire était une légende urbaine propagée par la Chine. Qu’est-ce qu’il s’en fichait de toute manière ? Il n’avait jamais cru au catastrophisme, que bobardaient les écolos et les libéraux pour empêcher les hommes comme lui de prospérer. Mais les faits étaient là. Les faits flottaient au pied de la tour de verre et d’acier, dans l’écume fluorescente des vagues qui se brisaient contre les étages. Des cadavres. Des centaines de cadavres, animaux, humains qui pourrissaient dans l’océan entre les sacs poubelles, les meubles démantibulés, les troncs d’arbres arrachés du parc durant le dernier ouragan. Les scientifiques de la Nasa appelaient ça un sursaut gamma  Les résultats de l’explosion de WR104, l’étoile de la mort comme l’appelait aujourd’hui une partie du monde. Un rayonnement si violent et si puissant qu’il atteignait aujourd’hui la terre par vagues. Un flot invisible contre lequel on ne pouvait rien faire et qui avait presque entièrement détruit la couche d’ozone en à peine quelques mois. Toute sa vie Donald Trump avait cru en Donald Trump. Il avait fait confiance à son instinct, suivi sa voie propre sans s’inquiéter de savoir ce qu’on en pensait. Il s’était parfois magistralement trompé mais les échecs ne comptaient pas. Les échecs étaient le fait des autres, de la conjoncture, d’une mauvaise gestion, d’une confiance mal placée. Au final seul le résultat importait. Oh oui, les médias, l’intelligentsia de Washington à Londres en passant par Paris ou même Pékin s’étaient moqué de lui avaient raillé ses manières, son plaisir coupable du tweet, son goût pour l’or, s’était scandalisé de son rapport aux femmes, de ses propos racistes mais que lui importait ? Il avait prit toutes les attaques comme autant de défit personnel, relevé presque à chaque fois le gant, comme de lancer une saucisse à un chien. Steve, son directeur de campagne et conseillé, l’avait parfaitement compris et avait nourri son goût pour le pugilat au point d’emporter les élections. Après tout il avait toujours été un homme de défit. Mais cette fois… cette fois c’était le ciel en personne qui le provoquait, les défiait tous autant qu’ils étaient, et pour la première fois de sa vie, il se sentait impuissant, déprimé, vieux. Pour la première fois de sa vie la peur n’était pas un motif d’excitation, un challenge, elle n’était plus qu’elle-même, ce pâle mur froid qu’il sentait contre son dos, l’inexorable cul de sac contre lequel il ne parvenait même plus à lutter. Pour la première fois de son existence, il partageait les craintes communes de milliards d’individus, peur millénaire, antique de la fin du monde. Pour la première fois de sa vie depuis la mort de son frère, il buvait. Qu’est-ce qu’il restait à faire ? Se mettre à l’abri comme les autres dans le bunker présidentiel pendant que Washington avait les pieds dans l’eau ? Vivre enfermé, protégé, en goutant aux derniers plaisirs d’une civilisation à l’agonie ? Il regarda la lune floue un peu au-dessus du point rouge. Ils avaient annoncé la nouvelle peu après les premiers constats alarmants concernant la couche d’ozone. Quelque chose clochait dans le ciel, quelque chose de plus contre lequel on ne pouvait strictement rien, depuis un bunker ou pas. Et il avait vu le résultat sur le comportement des gens. D’abord sur sa femme, puis sur son staff, en fait toute la Maison Blanche s’était mis à devenir folle. Ca l’avait écoeuré. La couche d’ozone ? On doit pouvoir s’en passer. C’est ce qu’il avait déclaré un peu avant la dernière annonce de la Nasa. Si on restait à l’abri, si les scientifiques se mettaient au travail sérieusement, si tout le monde mettait la main à la poche, on trouverait un moyen. Il croyait beaucoup à la valeur du travail, un puritain dans l’âme, alors ce qui devait se dérouler actuellement dans le bunker présidentiel, très peu pour lui. Une orgie romaine probablement, une gigantesque partouze avec Mélanie au milieu, et Ivanka… Il ferma les yeux en essayant de chasser cette vision de son esprit. Oh bien entendu il avait eu ses moments, les chattes étaient attirées par le fric, le pouvoir mais rien à voir avec ce qu’il avait vu dans le bureau ovale deux jours après la fameuse nouvelle. Steve, ce chrétien pur et dur, ce fou de Dieu, entrain d’enculer sa propre femme ! Il l’avait fait abattre. Tous fous, ils étaient devenus tous fous. Il avait été élevé dans les valeurs chrétiennes mais il n’avait jamais eu qu’un rapport formel à Dieu. Il priait par convenance sociale, porté par une foi largement modéré parce qu’il avait vu du monde. Quand on lui parlait du retour du Sauveur, il restait sceptique comme on peut l’être devant une théorie. Maintenant on savait qu’il n’y en avait pas. Aucun sauveur parce que l’univers en entier était en train de basculer. Du moins pas en entier, seulement le leur, la portion de galaxie dans lequel se trouvait la terre, et s’était bien suffisant. Le 11 septembre 2020, ils n’avaient pas trouvé un meilleur jour pour annoncer la nouvelle, le cataclysme des cataclysmes, comme si la couche d’ozone ne suffisait pas. Comme si de risquer de crever à cause des radiations, des incendies, des ouragans, des cyclones, de la famine ne suffisait pas. WR104 avait laissé place à un trou noir de la taille d’une planète qui était entré dans leur système. Pour le moment il était encore loin, les scientifiques n’étaient pas d’accord sur sa vitesse d’approche, certain disaient même que l’inévitable était encore évitable. Mais la plus part, la plus grande part de la communauté scientifique s’accordait sur la fin. Et alors soit la terre serait absorbée par le trou noir, soit elle sortirait de son orbite pour dériver dans l’espace. Il n’y avait rien à faire qu’à attendre, qu’à prier, ou mourir tout de suite. Le 12 septembre à minuit, l’une après l’autre les sociétés modernes s’étaient effondrées. Londres, Paris, New York, Shanghai,… partout des émeutes, des gens qui devenaient fous. La destruction de la couche d’ozone avait déjà bien rompu les digues, aidé d’internet, des rumeurs les plus folles. Que WR104 n’était qu’un mensonge, que la communauté scientifique avait minimisé le désastre que dénonçaient les écologistes depuis des lustres. Et tout était de la faute aux américains, aux chinois, aux pays européens. Des ambassades avait été prit d’assaut, des ambassadeurs lynchés. Bien entendu tout le monde n’avait pas eu la même attitude, des millions de gens priaient, les églises étaient pleines mais dans l’ensemble il n’y avait plus de temps pour les suppliques, seulement la survie. Alors à quoi bon se mettre à l’abri ? Quitter New York et ses tempêtes.  La moitié de la ville s’était réfugié dans les terres, certain allant même jusqu’aux Appalaches en espérant trouver il ne savait quoi. Même les animaux devenaient fous, mourir pour mourir autant ne pas finir dévorer par un ours rendu cinglé par une planète elle-même cinglée. Restait quelques irréductibles new yorkais comme lui, mais il était un des seuls à avoir encore le courant. Le sommet de la tour brillait comme un phare au milieu des ruines et des vagues déchainées. Sa façon à lui de faire encore flamber le rêve américain jusqu’au bout.  Il aurait bien tweeté quelques mots d’adieu mais Tweeter ne fonctionnait plus depuis que la Californie avait prit feu. Il se demanda ce que faisaient les autres dirigeants en ce moment même ? Est-ce que Poutine priait ? Est-ce qu’il était avec ses enfants ? Il pensa aux siens. A la folie qui s’était emparé d’eux comme les autres. Non ce n’était pas pour lui. Il préférait son tête à tête avec cette lune floue. Le trou noir était en train de la sortir de sa rotation, c’était l’explication que leur avaient donné les scientifiques. Et ça le fascinait. Cette puissance, cette force immanente dont ils ignoraient l’existence jusqu’à l’année dernière et qui les terrassaient en quelques mois. Pas seulement eux, misérables humains, non la planète, le système solaire en entier. Ce qui avait mit des millions d’années à se former, balayé en un battement de cil. Pour la première fois de sa vie Donald Trump réalisait du fond de sa bouteille de téquila qu’il n’était rien, pire qu’il n’avait jamais été quoique ce soit au regard du cosmos. Ni lui, ni Poutine, ni le petit Macron, ni ce snobinard d’Obama. Rien, même pas un souvenir pour les civilisations à venir. Et ça le fit pleurer, comme une fille.