Le capitalisme, la loi des parasites

Marxiste ! Assassin ! Anarchiste ! Islamo-communiste ! Calmes-toi, déjà je ne suis pas ton thérapeute, ensuite je me doute qu’avec un titre comme ça tu vas commencer par sortir ta petite grille de lecture bien délimitée par des années d’endoctrinement idéologique. Personnellement les idéologies, toutes les idéologies, ne m’ont jamais passionné. J’ai certes une affection pour l’anarchie mais pour l’expérience anarchiste et non pas la théorie, j’ai jamais lu Marx mais j’ai vu l’expérience soviétique de mes yeux, et je suis parfaitement d’accord avec de Tocqueville quand il dit ceci : je regarde comme impie et détestable cette maxime, qu’en matière de gouvernement la majorité d’un peuple a le droit de tout faire, et pourtant je place dans les volontés de la majorité l’origine de tous les pouvoirs (…). Lors donc que je vois accorder le droit et la faculté de tout faire à une puissance quelconque, qu’on appelle peuple ou roi, démocratie ou aristocratie, qu’on l’exerce dans une monarchie ou dans une république, je dis : là est le germe de la tyrannie, et je cherche à aller vivre sous d’autres lois. Ce que je reproche le plus au gouvernement démocratique, tel qu’on l’a organisé aux États-Unis, ce n’est pas, comme beaucoup de gens le prétendent en Europe, sa faiblesse, mais au contraire sa force irrésistible. Et personnellement je m’en arrêterais là parce que ça défini notre monde et le capitalisme dans son ensemble : le droit de tout faire parce qu’on est tous d’accord pour le faire, et c’est connu la majorité à toujours raison. La tyrannie du nombre.

 

C’est vrai après tout, dans l’Alabama des années cinquante ils étaient tous d’accord pour torturer, brûler vif et pendre le nègre. C’est donc qu’ils avaient raison.

 

C’est vrai quoi, on a tous voté pour machin qui nous a sucré notre liberté pour notre sécurité, c’est donc qu’on avait raison !

 

C’est vrai quoi on est tous d’accord pour avoir une voiture, plein d’argent, et des vacances avec un bon travail pas chiant, et tant pis si de consommer comme des porcs transforme notre monde en décharge, on doit quand même sûrement avoir raison, quelque part…

 

 

Dieu est mort, il faut que le commerce vive.

Dieu n’est pas mort avec Nietzches ou la Shoah, dieu est mort avec les Lumières. Dieu est mort avec Voltaire, Diderot, Hobbes, Newton, Dieu est mort avec l’Amérique, pas le moindre des paradoxes. Mais il n’allait déjà pas fort bien quand on l’a découverte, c’est-à-dire le jour de la naissance du capitalisme, le 13 octobre 1492 quand un marin génois s’est paumé dans les caraïbes en croyant avoir découvert l’Inde. Il n’était pas le premier à débarquer sur le continent, les vikings, les chinois et d’autres sans doute, mais aucun d’entres-eux n’était un marin génois ambitieux et endetté, qui avait promit mondes et merveilles à sa banque, la reine Isabelle, en échange de titre et de terre. L’enjeu était de taille. Et pas seulement au niveau des ambitions du marin. Constantinople avait été prise par les turcs emportant avec elle l’Empire Byzantin, la route des Indes et de la Chine était coupée, tout le socle commerciale qui s’était formé en Europe, à Venise, Florence, Gêne, Amsterdam, etc était en péril. Et de qui dépendaient monarchies et Eglise ? Rois, reines et pape ? Des banques, des usuriers, de ceux-là même dont le pouvoir reposait notamment sur le commerce avec l’est…

 

Et voilà que le marin et ses hommes débarquent sur une plage, accueilli par des autochtones qui leur offrent immédiatement des perroquets, du coton et d’autres verroteries. Pardon de la digression mais j’imagine le tableau… Qu’est-ce que ça vous ferait vous si soudain vous voyiez débarquer de trois gros bateaux l’air pas sympa, une horde de types pas du tout habillés pour la saison, mal rasés, crasseux, avec des semaines de mer dans les pattes, à demi affamés et armés ? Des perroquets et du coton me semble en effet l’option la plus pratique. Et quand le marin, à force de gesticulations et de mal entendue, vu que l’interprète sert à rien, réussi à brancher l’autochtone sur la question de l’or, qu’est-ce que celui-ci s’empresse de faire ? Vu comment le monsieur mal rasé et affamé insiste, bah de lui dire que ouh là oui y’a plein d’or par là, dans le sud, gardé par une tribu très méchante et cannibale qui arrête pas de nous emmerder.

 

Vous n’auriez pas fait la même chose vous ?

 

Le marin est reparti avec sa bande de clochard, a débarqué Cuba en se croyant au Japon, a découvert le tabac, et envoyé un de ses collègues dans les terres, chercher… le Grand Khan. Les cannibales ils les trouveront finalement en Dominique… et Ridley Scott attendra.

 

Et à partir de là la chasse a été ouverte.

 

Tout le monde a voulu venir pour l’or, les épices, les peaux, le grand cirque des marins-entrepreneurs, les conquistadores, comme on les appela. Des hommes qui avaient d’autant intérêt à piller et ravager tout sur leur passage qu’ils avaient une épée dans le dos, celle des banques et des prêteurs. Pas questions de revenir bredouille. Et puis Dieu était avec eux hein… enfin, l’Eglise qui trouva là un moyen formidable d’accroitre son pouvoir, et ses fonds. Mais il fallait aussi s’installer, construire des comptoirs, et donc qui dit construire, dit main d’œuvre. On commença par les locaux, mettre en esclavage les arawaks et tous les autres du continent. Jusqu’à la Controverse de Valladolid durant laquelle le dominicain Bartolomé De Las Casas et le théologien Juan Guinès de Sépulveda, à l’initiative de Charles Quin, débattirent sur la question suivante : les indiens ont-ils une âme ? Décidant que oui, on se rabattu sur l’Afrique de laquelle on importa les locaux qui eux heureusement étaient mi hommes mi bêtes. La traite négrière fit la fortune de l’Amérique et accessoirement des banques, des assurances, des compagnies maritimes comme la Compagnie des Indes ou la Compagnie Néerlandaise des Indes Orientales et donna à la ville de New York un essor qui l’a sorti de l’ornière dans laquelle elle végétait depuis Stuyvesant.  Les commerçants, les propriétaires terriens,  les banques, les prêteurs, les intermédiaires, les courtiers, avaient prit le pouvoir.

 

Et puis est arrivé le 18 octobre 1685. Révocation de l’Edit de Nantes, fin de la liberté de culte pour les protestants, début des persécutions. La suite on la connait, enfin surtout les natifs la connaissent. Une bande de fanatiques religieux débarquent sur la côte est, manque de crever de faim, les locaux leur apportent à manger parce qu’ils sont trop cons pour chasser la dinde qui les toise à vingt mètres, vu qu’ils se méfient de tout… Pour fêter ça les dingos appellent ce jour Thanksgiving, après quoi ils s’empressèrent de voler, tuer et piller leurs bienfaiteurs.

 

Oui le capitalisme est né à partir d’une foutue erreur de navigation. Il s’est théorisé avec les Lumières. Il s’est surdéveloppé avec la Révolution Industrielle, piétinant au passage et réinterprétant à la sauce de ses intérêts toutes les théories libérales de De Tocqueville à Adam Smith.

 

Et Dieu dans tout ça vous me direz ? Il a été remplacé par l’Objet.

 

La logique des termites.

 

Te fatigue pas je ne crois pas en Dieu. Je trouve la vie beaucoup plus cruelle, drôle, ironique, farceuse, multiple, et chatoyante que toute cette idée d’un barbu dans le ciel qui envoie en enfer ses enfants s’ils n’obéissent pas à ses lois, mais qui leur laisse le droit de le faire en appelant ça le libre-arbitre. Je ne crois ni en une force immanente et juste, la nature fait des conneries monumentales et s’en fout totalement, dixit les dinosaures. Ni en une justice du même acabit. Si je me souviens bien Staline est mort tout seul comme un con parce qu’on avait tellement peur de lui que personne n’était allé voir comment il allait. Après avoir fait tuer des millions de personnes, et mis en esclavage des millions d’autres dans les koulaks. Hitler à choisi sa mort, au contraire de mes arrières grands-parents. Et pendant ce temps à Charlottesville….

 

Mais il faut bien reconnaitre quelque chose au dieu des trois églises, il porta une construction intellectuelle. Il porta un savoir, un mode de pensée, il réforma les esprits, la façon dont les puissants et les seigneurs de guerres commencèrent à voir le monde. Plus seulement en termes de pillage, de vols, bien au contraire. L’église disciplina des guerriers et en fit des chevaliers et des rois, une aristocratie portée par une foi, quelque chose de plus grand qu’eux et leurs petites querelles. Oui je sais, tu vas me dire les croisades tout ça, mais il ne faut pas confondre le pouvoir spirituel et le pouvoir terrestre. La foi et les intérêts économiques et militaires de chacun. L’Eglise en tant qu’état et l’Eglise en tant que guide spirituel. La Torah n’est pas seulement le récit d’un exode, c’est un mode de pensée, une base de réflexion, un trait d’union entre le spirituel et un peuple. L’Islam s’est construit sur la conquête et a rayonné par le savoir et la tolérance. Etc…

 

Mais il y a eu les Indulgences, cette rançon qu’on payait pour racheter son âme auprès de l’Eglise. Commerce de la médiocrité. Il y a eu les bûchés qu’on a allumé pour un rien. Les femmes qu’on jetait dans la rivière attachée à une chaise. Si elle se noyait, son âme était sauve, si elle flottait, fallait la brûler c’était une sorcière. Il y a eu la vulgarisation de la Bible qui a fait comprendre à plein de gens que ce qui était écrit n’était pas trop conforme avec ce qui se passait dans l’Eglise Catholique Romaine. Il y a eut le courant protestant et bien d’autres avant, et la violence s’est déchainé comme elle se déchaine aujourd’hui entre chiites et sunnites.

 

Le prêchi-prêcha du croyant moyen ça sera de vous dire que ça c’est parce que l’homme il est très, très méchant mais que Dieu il leur pardonne quand même. Bref que le dogme, l’église et son mode de pensée n’ont strictement rien à voir à ce qu’en font ses ouailles. Responsable mais pas coupable quoi. Les textes ont beau être d’une violence sans nom, les interdits et les anathèmes multiples, c’est les gens qui lisent qui comprennent mal. Et ceux qui ont élaboré la Bible après deux cent ans de bagarres intellectuelles et de coupe-gorges, Ceux qui ont une idée précise et délimité du monde parce qu’ils sont persuadés qu’un berger illettré et mystique a écrit un bouquin de 600 pages sur les lois d’Allah, après avoir piqué sa crise et péter les idoles dans ce qui tenait lieu d’église dans son village. Ils ont mal compris ou c’est juste qu’on a voulu poser des mots et des lois sur des ressentis sans les comprendre ni les accepter ?

 

Je suis plus prêt de toi que ta veine jugulaire, nous dit le Coran. Voilà, c’est ça la foi. Et on aurait dû s’en arrêter là. Mais non, l’homme est un animal intellectuel, ce qu’il ne comprend il faut qu’il se l’explique. Il parle tout seul ou avec d’autres, il élabore des théories. Et elles le portent. Cette idée de quelque chose plus grand qu’eux a porté les hommes. Elle leur a donné la grosse tête aussi. Jusqu’à ce que la science commence à relativiser notre nombril. La terre a cessé d’être plate et au centre de l’univers. Et peu à peu tout a cessé d’être sacré, à commencé par l’homme lui-même. Du moins dans la conception que l’occident judéo-chrétien se fait du monde. Cet occident conquérant qui s’est déployé comme jamais à partir de cette fameuse erreur de navigation. Qui a soumis la Chine en l’intoxiquant avec de l’opium, s’est imposé au Japon par la force de sa marine, a réduit des millions de personnes en esclavage à l’instar des arabes et des romains qui les avaient précédé. Et dès lors, ce dieu qui avait été une explication, une interprétation du monde, un guide, devint un prétexte pour tout se permettre. Un commerce comme un autre quoi.

 

Depuis l’homo modernus est un animal vide dans lequel on a glissé un objet. Chaque fois qu’il bouge l’objet lui rappel qu’il est vide. Alors il le remplit d’autres objets, à force de se bourrer il arrivera peut-être à étouffer le vide…

 

Et ce qu’il y a de formidables avec ce système capitaliste c’est que nous en avons tous profité ! Face à la montée du socialisme, de l’anarchie, du communisme, les tenants du capital ont bien été obligé de lâcher du leste. D’autant mieux, comme l’a compris Ford, que payer mieux ses ouvriers et leur donner une participation dans l’entreprise en fera non seulement des ouvriers concernés, mais des clients heureux. Ford qu’admirait tant Hitler et réciproquement. Point Godwin me direz-vous ? Pas vraiment non, le Fordisme, le taylorisme est une des sources d’inspirations de la machine industrielle nazi, jusqu’à la Shoah, Organisation Scientifique du Travail cela s’appelle et elle s’est élaborée lors de la seconde révolution industrielle. D’ailleurs Ford était ouvertement antisémite. Et puisque plus rien n’est sacré, tout est permis. Comme disait Césaire, au fond Hitler n’a fait qu’appliquer le colonialisme sur l’Europe. Les mêmes méthodes, le même asservissement, même les camps de concentration qui avaient été inaugurés par les allemands en Afrique. Hitler avait aussi son idée du sacré. Une idée totalement délirante de psychopathe sado-maso mais passons. Qui a pourtant perdurer jusqu’à Charlottesville et la famille Le Pen. La religion du sang, de la race, de la couleur de peau, du sol. La religion du Peuple-Nation, du Peuple des Seigneurs. Qui a d’autant perduré qu’il est présent dans les archaïsmes de l’Europe et d’à peu près tous les peuples de la terre. Barres toi c’est nous qu’on est le Peuple Elu.

 

Oui, nous en avons tous profité. Comme nous avons profité de nos guerres, de nos ennemis, du nazisme, du génocide indien, de l’esclavage, de la Shoah, de la Guerre Froide, de la Guerre de l’Opium. Les marchands, les commerçants, les usuriers, banques, propriétaires terriens ont envoyé la paysannerie grossir les villes et remplir les usines au point où aujourd’hui pratiquement plus aucun d’entres-nous n’est auto-suffisant alimentairement. Nous vivons dans des lieux qui appartiennent à d’autres et nous passons notre vie à courir après l’argent parce qu’un jour Adam Smith a décidé que l’économie du troc avait été l’économie de nos ancêtres. Ce qui n’a jamais été le cas nulle part sur terre. Dans les tribus primitives nécessité faisait loi. On partageait le produit de la chasse. Aujourd’hui on le vend pour s’acheter à manger… Et en effet il s’est produit ce que ne cessent de nous vanter les libéraux modernes, tout le monde en a profité, un peu. Tout le monde s’est enrichi, un peu. On a été en meilleur santé, vécu plus longtemps, etc, Merci saint Capitalisme de tes bien faits ruisselants !

 

Et on est tous devenus des rongeurs, des termites bouffant notre unique domicile, la terre. Sans le savoir ou en pleine conscience. Tous voulu notre voiture, notre ordinateur, notre Ipod, notre petite maison rien qu’à nous à crédit sur 20 ans. Tous. Et aujourd’hui ça se démultiplie parce que l’occident triomphant a imposé ce système de pensée à l’ensemble de la planète. Tout le monde veut connaitre son petit confort 2017 mais comme dans les années 70 chez nous. Et pourquoi pas ? Pourquoi on y aurait pas tous droit hein !? Il existe un site qui pourrait vous éclairer sur ce qu’implique ce droit : http://slaveryfootprint.org. Vous pouvez tester par rapport à ce que vous consommer le nombre d’esclaves dans le monde qui travaillent pour vous. Bon vu ce que je consomme avec le peu d’argent que je gagne, je suis très déçu mais j’ai zéro esclave qui travaille pour moi. C’est une affaire d’échelle bien entendu, en réalité il y a bien un gamin dans le sud Kivu qui s’est crevé la vie dans un trou pour que je puisse taper ce texte sur mon ordinateur. Six millions de morts en RDC depuis la fin de l’Opération Turquoise. Turquoise c’est plus joli qu’Abattoir à Ciel Ouvert. Ca fait printanier.

 

Oui, c’est ça qui est formidable avec le fameux ruissellement du capitalisme magique, il nous a rendu tous complices involontaires ou non. Et voilà la loi du nombre, voilà la théorie de l’offre et de la demande.

 

The pusher don’t care

 

C’est une des paroles d’une célèbre chanson de Steppenwolf, The Pusher. Un pusher en argot américain c’est le revendeur de drogue qui pousse à la consommation, celui qui appuie sur le piston de la seringue pour vous aider à vous shooter la première fois. La première dose est gratuite ! Comme pour nous autres, la première dose a été gratuite.  La machine industrielle s’est emballée. Notamment avec la Guerre de Sécession qui sera le premier conflit industriel de l’histoire, puis plus globalement avec les deux grandes guerres faisant des Etats-Unis une puissance économique sans précédent. De plus en plus de monde a eu accès à de plus en plus de confort au point où aujourd’hui on trouve dans une Twingo plus de technologie, de confort et de sécurité qu’en rencontrera jamais un soudanais ou un bengali moyen dans toute sa (courte) existence. Plus en plus de monde, donc plus en plus de demandes, et d’offres. C’est la logique claironné par le capitalisme, la loi de l’offre et de la demande. Le mantra sacré. Ce pourquoi du reste les trafiquants de drogue ne comprennent pas pourquoi on leur fait la chasse, eux aussi répondent à une demande. Une demande dont s’est du reste parfaitement accommodé l’Empire Britannique et Français quand on s’est proposé de forcer la Chine à s’ouvrir au commerce avec l’occident. Et si je fais l’analogie avec le revendeur, celui qui vous file la première dose gratuite, vous tape dans le dos et vous dit à la prochaine fois, c’est parce que c’est exactement comme ça que fonctionne le capitalisme moderne. Non il ne s’agit pas de la loi de l’offre et de la demande. Il s’agit de la demande créée, suscitée, provoquée, de la demande créée de toute pièce à partir d’une offre qui ne répond plus à aucun besoin réel mais à des nécessités strictement commerciales. Apple ne sort pas un appareil tous les deux ans pour répondre à un besoin technique ou pratique mais pour entretenir ses clients dans une dépendance technologique, et ses actions en haut de la liste. Et quand je parle de dépendance, combien d’entre vous cherchez encore votre chemin sur une carte IGN ? Combien d’entre-vous êtes même capable de la lire ?  Combien d’entre nous serait capable de tuer ou cultiver pour vivre ? Pas besoin, le groupe Carrefour vous propose son large choix de viande à un euro le kilo, pour pas que ce qui reste d’éleveurs et de cultivateurs ne se suicide tout de suite. La première dose est gratuite on vous dit ! Reagan, Thatcher, les fers du lance de ce capitalisme là, nous l’ont dit, enrichissez-vous, il y en aura pour tout le monde ! Du pétrole ? Pff à l’infini qu’on vous dit ! Et d’ailleurs pourquoi pas puisque tout le monde le fait…

 

Pourquoi pas puisque tout le monde achète le dernier album de machin c’est que ça doit être bien, et pourquoi pas puisque ma star préférée utilise Avon, ça doit être bien. Pourquoi pas voter pour lui puisque les sondages me disent que tout le monde va voter pour lui, ça doit être bien. La logique du nombre, du suffrage universel, pas seulement appliquée à la politique, non à tout, à l’art, à la mode, au mode de vie. On y revient, si tout le monde le fait c’est que c’est bien. Et on a appelé ça la démocratie. Le droit tout avoir parce que tout le monde l’avait donc forcément c’était bien. Pourquoi pensez-vous que les Etats-Unis et l’Europe ne cessent de faire la guerre au nom de la « Démocratie » ? Pour que plus de monde ait accès à tout ce qu’il veut. En terme commerciale on appel ça élargir sa clientèle. En terme militaire, une stratégie de conquête. Et si vous en doutez demandez aux irakiens.

 

Le capitalisme est né les deux pieds dans le sang, un fouet dans une main et une Bible dans l’autre. Il a survécu à lui-même et s’est prorogé par la guerre. A la fin de la Guerre Sécession les Etats-Unis étaient déjà une puissance qui comptait, et dès la fin du XIXème siècle ils se sont empressé de coloniser, par la guerre leurs environs immédiats et plus si affinités. Chaque guerre a été le motif d’un bond industriel. Et la guerre c’est bon pour les affaires quand on fabrique à la chaîne et produit en masse. Voilà ce que raconte le général Smedley Butler du US Marine Corp, à la fin de sa carrière : J’ai effectué 33 ans et 4 mois de service actif, et durant cette période, j’ai passé la plupart de mon temps en tant que gros bras pour le monde des affaires, pour Wall Street, et pour les banquiers. En bref, j’étais un racketteur, un gangster au service du capitalisme. J’ai aidé à sécuriser le Mexique, plus particulièrement la ville de Tampico, au profit des groupes pétroliers américains en 1914. J’ai aidé à faire de Haïti et de Cuba un endroit convenable pour que les hommes de la National City Bank puissent y faire des profits. J’ai aidé au viol d’une demi-douzaine de républiques d’Amérique centrale au bénéfice de Wall Street. J’ai aidé à purifier le Nicaragua au profit de la banque américaine Brown Brothers de 1902 à 1912. J’ai apporté la lumière en République dominicaine au profit des entreprises sucrières américaines en 1916. J’ai livré le Honduras aux entreprises fruitières américaines en 1903. En Chine, en 1927, j’ai aidé à ce que l’entreprise Standard Oil fasse ses affaires en paix. Quand je repense à tout ça, je pourrais donner à Al Capone quelques conseils. Le mieux qu’Al Capone pouvait faire, c’était de racketter trois quartiers. Moi, j’agissais sur trois continents.

 

Vous voyez ce que je veux dire ?

 

La farandole des parasites.

 

Laurent de Médicis était laid comme un pou, avait une voix nasillarde, orbitait dans une ville remplit de clan familiaux qui mourraient d’envie de s’entre-tuer, mais il avait autant d’argent que d’éducation et de goût. Il a révélé Michel-Ange, Léonard de Vinci, Botticelli et d’autres. Et tout le monde raffolait de le fréquenter, pas seulement pour son or. En gros il a accouché de la Renaissance. Aujourd’hui Laurent de Médicis s’appel François Pinaud, il ne révèle rien, n’accouche d’aucun renouveau artistique, philosophique et scientifique, il collectionne. Il s’exonère fiscalement en plaçant dans le marché de l’art, car l’art est devenu un marché comme un autre.  Et tout le monde veut le fréquenter autant pour son or que son pouvoir.

 

Un jour un espagnol au nom interminable, dit Picasso, s’installe à Paris sans un rond, il boit un coup avec un certain Max Jacob, rencontre un poète du nom de Guillaume Apollinaire, c’est avant la grande boucherie de 14 de laquelle le même Apollinaire finira par mourir. Modigliani n’est pas loin, Cézanne a déjà dit adieu à la perspective italienne et a jeté les premières bases du cubisme avec les Joueurs de Cartes. Pourquoi sont-ils à Paris à ce moment là, pourquoi passent-ils tous par là ? Parce que Paris c’est la ville où on fait la fête, où on peut encore se loger pour pas cher, où toute l’Europe se croise, alors qu’à Londres ont fait des affaires. Aujourd’hui Picasso, loge en banlieue parce que Paris c’est trop cher, monte un blog vu qu’il rame avec les galeries qui pensent cotation avant de penser art, correspond avec un gars qui a fanzine et qui s’appel Max Jacob, ils décident de s’auto produire pour vendre leur travail, montent une chaine de crow funding, payable par Paypal uniquement, font du buzz dans les magazines en ligne mais vu qu’il défile déjà des millions d’images et de poème sur la toile, tout le monde s’en carre… sauf, sauf si un gars décide de poser un plug anal vert sapin de sept mètres sur la place de la Concorde. Alors Picasso lâche l’affaire et laisse la place à Jeff Koonz.

Louis Ferdinand Céline envoi un manuscrit épais comme un bottin à un certain Gaston Gallimard, ils s’engueulent pendant toute la durée de la correction et même après. Le livre rate le Goncourt dont du reste personne ne se souvient. Il devient un monument littéraire sans passer à la télé. Il inspire des milliers d’écrivains et d’artistes en général jusqu’à aujourd’hui, sans répondre à un interview dans les Inrocks. Et pourtant on y dit des mots comme nègre, foutre et youtre. Son livre se vend partout dans le monde, Céline ronchonne parce qu’il ne touche rien. Les intermédiaires sont déjà là. Les agents, les éditeurs, les législateurs qui décident si oui ou non vos droits d’auteurs s’appliquent chez eux et à quel taux. Aujourd’hui Céline envoie son manuscrit à 15847 maisons d’éditions qui le refusent en raison de sa taille, ou de son style, ou parce que il y a Game of Thrones à la télé. Fini par se publier à compte d’auteur et quand il veut expédier son livre à l’étranger, la banque lui pique 20 boules pour les cartes bleues plus 25 sur les chèques, le tout pour un livre qu’il mit à dix-huit pour arriver à le vendre…

 

Avec le capitalisme et la bourgeoisie qui en est né, se sont créée toute sorte de métiers. Et toutes sortes de lois, de règles, de règlements, et de taxes diverses et variées ce qui n’est pas non plus le moindre des paradoxes quand on écoute les défenseurs de la « libre entreprise ». Sur un produit, sur le fruit d’un travail, quelque soit le travail, tout le monde veut sa part. Je décide de vendre des chouchous dans la rue il me faudra une patente commerciale, un numéro d’Urssaf ou d’auto-entrepreneur, une autorisation préfectorale, une conformité d’hygiène répondant à des normes décidées dans des bureaux où on a jamais vu de sa vie un vendeur de chouchou ni n’a la moindre idée de comment ça se fabrique. Sur la vente de mon chouchou l’état prendra sa part à hauteur de 20%, ça s’appelle la TVA, c’est légal. Et si jamais j’ai emprunté pour m’acheter le matériel, la banque prendra la sienne. Après quoi je devrais repayer l’état que j’ai fait ou non des bénéfices, c’est pas nos oignons, ça s’appelle les cotisations sociales ou patronales si je suis mon propre boss. Et si je ne le fais pas ça s’appelle un délit. Par contre les milliards d’arriérés de cotisations patronale du CAC40 ce n’est pas un délit c’est favoriser la compétitivité. D’ailleurs eux ils appellent ça des charges, parce que c’est lourd de payer l’hôpital à des pauvres. Et quand vous achetez votre paquet de café deux euros, vous ne payez ni le travail du gars qui a ramassé, vu que proportionnellement il n’est pas vraiment payé, ni celui qui a fait poussé, vu que c’est le même. Pas même les marins qui vont le transporter jusqu’à vos côtes, d’autant que l’automatisation se porte bien dans les transports maritimes, ou le chauffeur routier qui trime plus qu’il ne vit. Vous payez la longue chaine d’intermédiaire qui vous sépare de la plantation. Mieux, vous payez l’autre longue chaine d’intermédiaires qui ont fixé le court du café x au moment y. Vous payez une foultitude de gens, et pourtant le plus gros de ce que vous payez va dans la poche d’une poignée d’individus.

 

Vous me direz que ce que j’ai dit plus haut sur les chouchous est la preuve que l’état grève l’initiative et que Smith avait raison. Je vous répondrais que mis face à une holding qui me vend mon huile de friture, ma pâte, mon matériel à crédit, et le crédit qui va avec, peut produire vingt fois en une journée ce que je fabrique en deux semaines et sans que quasiment ça ne lui coûte un rond, je suis un peu le dos au mur. Surtout que si je fais les meilleurs chouchous du monde de la terre, qu’ils deviennent une marque, la holding me la rachètera et si je refuse de vendre cassera les prix pour me ruiner. Elle n’a rien à perdre, elle a déjà tout.

 

Et c’est pareil pour absolument tous les produits du capitalisme. Même le shit ! Une barrette de deux à trois grammes de haschich est vendue dans la rue vingt euros. Sur cet argent, la moitié paye le transport, la sécurité, la récolte et la culture, la fabrication, les autorités solvables. Le reste emprunte le circuit bancaire pour blanchiment. Et sur lequel le dit circuit prendra une commission de manière parfaitement illégal… mais quand on s’appelle HSBC, illégal c’est un mot pour les pauvres.

 

La bourgeoisie née du capitalisme a fait de ses employés, des artistes, de ses ouvriers, agriculteurs et artisans, des clients. Des clients que le capitalisme s’est ingénié à exploiter de la naissance à la mort comme d’une matière première. Et le procédé s’accélère puisque peu à peu nous devenons des marques, des individualités à vendre sur notre page Facebook… L’offre dépassant rapidement la demande, la publicité est intervenu pour attiser cette demande, la démultiplier, parce que tout le monde a besoin de onze sortes de yaourt différents bien entendu. Et comme ça coûte cher, que ça ne suffit pas, que Bernard Arnaud ne vend pas assez de sac à main en peau de crocodile écorché, on veille à uniformiser les goûts, aseptiser l’offre, la rendre non plus accessible pour tous mais rendre tout le monde accessible à l’offre. Coca Cola dépense des milliards en budget publicitaire, monopolise des sources d’eau potables dans des régions où on en manque. Créer une dépendance au sucre et des problèmes d’obésité et il n’existe pas un coin sur la planète où n’en trouve pas. « Joshua Tree » de U2 passe une fois toutes les six secondes sur les radios européennes depuis sa sortie dans les années 90, l’album s’est vendu des millions de fois, donc totalement par hasard, et Bono peut faire le mariole au sujet de la faim dans le monde et les petits indiens d’Amazonie… ah non ça c’est Sting… Un exemple criant ? Comparez le cinéma américains des années 60/70 et celui actuel. Comparez un Hollywood ruiné, des studios au bord de la tombe qui décident de faire le pari fou de faire confiance à des  artistes.  Et le Hollywood d’aujourd’hui des banques et des consorsiums, des agents et des publicistes, des distributeurs, des éditeurs, de la foultitude de nouveaux intermédiaires qui produisent à la chaine… des films de super héros. La médiocrité marchande. Réduire tout à une transaction, une marchandise, une valeur décidée moins par un marché que quelques possédants. Quelques possédants et leur aréopages, leur cour,  leur armée idéologique, celle qui défendra ce droit à posséder à tout posséder, et accessoirement à tout se permettre au nom de la liberté d’entreprendre, la bourgeoisie.

 

Et nous voilà donc tous dans ce même bain, tous maillons d’une vaste chaine de bénéfices. De bénéfices et de productions. La première bouchée est gratuite. Mais comme on dit en anglais, free lunch doesn’t exist. On rase pas gratis. Et nous sommes en train de nous en rendre compte. En regardant les ours polaire flotter comme des cons sur un morceau de glace. En puisant de plus en plus profond et de plus en plus loin dans l’océan. En se menaçant du pire à la frontière sino-indienne parce que les barrages les chinois ça va bien ! En étant obligé d’aller piquer l’eau des piscines pour éteindre la pinède, en penchant son nez au-dessus de la rivière et en sentant l’essence ou le chlore…En prenant un bol de gaz à Shanghai ou Pékin. Mais quand même ça suffit pas, le capitalisme en veut plus, et encore plus. Il veut des accords commerciaux transcontinentaux, il veut que chaque petit chinois soit « libre » de s’acheter sa paire de Nike. Il veut que les européens soient « libre » de manger du poulet au chlore et rouler grâce au gaz de schiste. Il veut que ses actionnaires touchent leurs 7% et soit « libres » de licencier pour ça une région au complet. Libre de faire ce qu’il veut, quand il veut, où il veut. Et le plus possible, parce que l’argent ça se mange.

 

Et tout ça à cause d’une foutue erreur de navigation…

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L’homme qui puait

C’était comme ça, il avait beau faire, se laver quatre fois par jour, il puait. Il puait l’homme qui pourri. Une odeur écœurante de fruit rance, poisseuse, tenace, impossible à ignorer même si à la longue il s’y était fait. Il avait bien essayé un temps de masquer cette puanteur avec du parfum mais c’était pire. Les sucs de la fragrance amplifiaient les saveurs du fumet qui le suivait partout comme une malédiction.  Socialiser dans ces conditions devenait compliqué, pour ne pas dire impossible. Aussi loin qu’il s’en souvenait il avait toujours été seul, sa famille aussi avait fini par ne plus le supporter. Pendant longtemps, exercer même un métier avait été compliqué. Qui a envie d’avoir comme collègue un homme qui attire les mouches et les charognards ? Rien d’une métaphore. Les autres espèces l’observaient avec méfiances quand elles ne devenaient pas plus simplement agressives. Mais les corbeaux, les rats, certains chiens et chats errants, semblaient vouloir le suivre partout où il allait. Et ce n’était pas de l’affection. Les plus distraits poussaient parfois même le vice jusqu’à tenter de le mordre. C’était inconvenant. Comme il fallait bien vivre il avait d’abord travaillé comme abatteur de bestiau. Au moins l’odeur des cadavres masquait la sienne propre. Hélas pour lui, peut-être parce que personne ne voulait de lui, il avait développé une certaine sensibilité, une empathie aux choses et aux êtres. Les autres se refusaient peut-être à s’approcher mais lui les sentait de loin et les comprenait. Bientôt, à force de tuer, il n’en pu plus et dû abandonner le couteau. La souffrance des bêtes lui était proche, leur détresse sienne. Il devint par la suite éboueur, à nouveau son odeur n’était plus qu’un détail et il parvint même à se faire quelques camarades. Cela ne dura qu’un temps. Sorti du strict périmètre professionnel son odeur reprenait le dessus et ses nouveaux copains prenaient le large. Impossible d’avoir une conversation avec lui à moins de trente mètres, et encore sans vent contraire. A une époque, et bien qu’il n’ait jamais eu le moindre stigmate, on l’avait même considéré comme un lépreux. Il sentait pareil. Alors pendant longtemps il avait dû vivre à l’écart des autres. La maison la plus éloignée du village c’était toujours immanquablement la sienne et tout aussi immanquablement celle sur laquelle les enfants défoulaient leur curiosité et leur méchanceté. De fait quand on cherchait sa maison ce n’était pas difficile de la reconnaitre, c’était celle qui était toujours maculée de boue et d’œuf, les alentours jonchés de légumes et de fruits pourris. Ce n’était pas que les gens avaient des raisons de le haïr, jamais il ne s’imposait ou tentait de se faire entendre, mais c’était comme ça, sa puanteur attirait l’hostilité, la méfiance et le dégoût. Il aurait dû s’y faire le temps faisant, s’habituer à sa solitude, et même, puisqu’il comprenait les autres, puisqu’il était capable de se mettre dans leur peau, accepter sa situation. Mais il ne s’y était jamais vraiment fait. Oh la solitude est une chose à laquelle on pouvait s’habituer, et même parfois il l’appréciait comme un genre de privilège. Quand il voyait les vedettes par exemple, toujours entourées, harcelées, leurs moindres faits et gestes scrutés à la loupe du scoop, du croustillant, du scandaleux. Lui il n’y avait que son odeur qui était scandaleuse. Seulement il y a un monde entre la solitude et se sentir seul. Et il se sentait terriblement seul. Depuis aussi longtemps qu’il s’en souvenait, du moins depuis aussi longtemps qu’il puait. Ca n’avait pas toujours été le cas. Dans son enfance il sentait normalement. Il avait grandit insouciant des questions de différence, ignorant l’ostracisme, l’opprobre, le rejet. Et il avait cru qu’il en serait toujours ainsi. Bien sûr dans son village ils n’étaient pas assez pour en venir à rejeter l’un des leurs, on peut même dire qu’avant même de puer il avait grandit comme un solitaire déjà, mais rien de comparable à ce qu’il vivrait dans l’avenir. Une solitude de caillou. Il ne voyait jamais personne, ne parlait à personne, prenait ses repas seul et bien sûr n’avait jamais connu l’amour. Sa plus cruelle blessure. Alors un jour il en avait eu assez de la vie. Il savait que Dieu désapprouvait le suicide mais en ce qui le concernait il n’avait rien à faire avec ce personnage et le haïssait même avec une telle énergie, une telle conviction que l’idée d’être désapprouvé et même puni par cet être lui sembla un plus grand réconfort que la vie qu’il menait depuis si longtemps. Un jour il emporta un tabouret et une corde au fond de son jardin. Il noua la corde comme il faut à la branche, se passa la corde autour du cou, jeta un dernier coup d’œil à la ronde, se disant qu’il allait mourir comme il avait vécu, seul, et se jeta dans le vide. La branche craqua. La seconde fois, il trouva un nouvel arbre dans la forêt non loin de chez lui et où il aimait parfois flâner, quand il n’était pas dérangé par les corbeaux qui le suivaient à la trace. Il s’assura cette fois de sa solidité, procéda comme la première fois et quand il aperçu le corbeau au-dessus de lui qui l’observait avec un œil rond d’intérêt gourmand, il ne pu s’empêcher de sourire et se dire que cette fois au moins il ne serait pas seul, mieux que sa mort servirait au moins à quelqu’un. Avoir les yeux arrachés par un corbeau n’était certes pas une perspective nécessairement réjouissante, même à titre posthume, mais au moins quelqu’un serait là pour s’occuper de lui. Il se jeta dans le vide. La corde cassa. Il essaya d’autres choses. Se noyer. Se jeter du haut d’une falaise, et même s’ouvrir les veines. Au lieu de se noyer il se retrouva bêtement au fond de l’eau, lesté, à apprécier la curiosité des poissons sans comprendre comment il parvenait à faire ça sans respirer. De la falaise il se releva avec des bosses et des contusions qui le firent souffrir pendant une semaine, mais pas un seul os brisé. La lame, pourtant assez effilée pour avoir tranché la fine feuille de papier sur laquelle il l’avait testé, ne parvint même pas à l’entailler, comme si sa peau était faite d’un cuir particulier. Il avait eu beau tout faire, tout essayer, si les vivants ne voulaient pas de lui, la mort pas plus.  Cette révélation l’emplit d’abord de misère. Pendant de longues semaines il s’oublia. Se laissa pousser la barbe, cessa de se changer, de jeter ses ordures, de sorte que bientôt toute sa maison s’en remplit. L’odeur ou la vue ne le gênait pas, ne se sentait-il pas lui-même comme un déchet, un rejet de tout ? Au fond n’était-il pas à sa seule place ici au milieu des ordures, et la vermine qui s’y précipitait n’était-elle pas sa seule amie, son seul peuple ? Fortuitement c’est ainsi qu’il se fit son premier ami. Il avait la gueule couturée, un œil crevé qui vous toisait derrière le lait de sa pupille avec un air accusateur, et avait un talent sans égal pour le chapardage. Il était costaud aussi. De ce genre de carrure qui fait réfléchir même les plus valeureux et gare à celui qui voulait le tester. Il ne faisait pas de quartier. Un rat. Un rat de quatre kilos bien pesé. La première fois qu’ils se rencontrèrent, rat et homme se jaugèrent avec une égale méfiance. Tant de ces rongeurs avaient tenté d’emporter un bout de lui qu’il n’hésitait jamais à frapper le premier. Mais pas cette fois. Etait-ce parce qu’il était borgne ? Etait-ce parce qu’il l’observait mais ne semblait pas intéressé à l’attaquer comme un vieux morceau de viande avarié ? Etait-ce parce qu’au-delà de la méfiance il lui semblait lire de la curiosité ? Il n’aurait su dire, ni pourquoi au lieu de le chasser il le laissa aller. Au début leur amitié se circonscrit à une observation mutuelle, distante, mais bienveillante. Parfois il lui arrivait de lui parler et le rat s’arrêtait parfois de farfouiller dans les débris pour le considérer de son œil de lait, ses oreilles tournées dans sa direction, comme s’il comprenait, écoutait. Ou voulait faire mine. Petit à petit, à force de friandise, de parole rassurante, il l’attira à lui, et s’il fallu un autre temps pour qu’il ose caresser du bout du doigt ses cicatrices et ses oreilles en dentelle, il réalisa bientôt qu’au contraire de tous ses congénères, le rat ne le prenait pas pour une charogne, ne tentait pas de le goûter. Il suffit parfois d’un peu de chaleur pour rasséréner une âme abimée, lui donner un motif de se lever, de veiller sur son logis et elle-même. Comme un rayon de soleil qui passe à travers une fenêtre et nous rappelle l’existence de l’été, le rat lui rappela qu’il avait une valeur, une raison de vivre, et que peu importe s’il était rejeté par la plus part, pour certains êtres, des êtres d’autant précieux qu’ils étaient rares, il comptait. Peu à peu et tant bien que mal, il se reprit en main. Il se rasa, se changea et réaménagea sa maison de sorte que plus aucune vermine ne s’y sente chez elle, que le rat soit seul bénéficiaire des privilèges. Et ainsi pendant presque une année le rongeur et lui vécurent en bonne intelligence et affection mutuelle. Ils dormaient et mangeaient ensemble, fort de sa corpulence le rat chassait les intrus et même un chat une fois. Parfois il venait se réfugier sur ses genoux ou contre sa poitrine, et après avoir vérifier une dernière fois qu’il n’était pas en territoire hostile, ronflait comme un bien heureux, la bouche ouverte, avec un petit bruit de sifflet tout à fait attendrissant. Mais les rats n’ont pas une grande espérance de vie et celui-ci était déjà vieux. Un jour, alors qu’il l’appelait pour sa friandise du matin, il le retrouva raide mort étendu dans le couloir. Ce n’était pas sa première colère contre la vie, pas la première fois qu’il criait au ciel son injustice, qu’il maudissait Dieu et tous ses anges, mais cette fois là fut plus terrible que toutes les autres. Lui ne pouvait pas mourir mais celui qu’il aimait, le seul qui l’acceptait comme il était, le seul pour qui il n’était ni une anomalie ni un moyen de subsistance, pouvait crever. Quitter ce monde de misère et le ramener à sa solitude éternelle. Etre pleuré par un homme qui aurait pleuré tous les jours si cela avait servi à quoique ce soit. Qu’avait-il fait pour mériter cela ? Pourquoi lui ? Qu’avait-il fait de si mal pour mériter un pareil sort ? Cet enfer de son vivant ? Rien ! Il n’avait rien fait ! Aussi loin qu’il s’en souvenait il avait toujours été juste et bon. Même enfant il n’avait jamais levé la main sur qui que ce soit. Et ce n’était parce qu’il avait tué quelque bête non plus puisque sa malédiction non seulement datait d’avant mais surtout on en tuait des centaines chaque jour sans que Dieu ne sourcille. Le monde entier s’entre-tuait même sans que le Père ne réagisse ! Ses enfants ? Une immense crèche ruisselante de sang. Ou bien c’était simplement qu’il n’existait plus, qu’il était mort, que l’Autre avait menti. Jésus le beau parleur….

Ce jour là il tua Dieu. Ce jour là sa présence s’évapora de sa conscience et comme il en voulait à la Création tout entière, que sa colère et son chagrin étaient aussi immenses que sa vie serait longue, que la mort ne voulait rien de lui sauf ceux qui lui étaient cher, il sorti de sa maison, massacra tous les habitants du village jusqu’au dernier. Hommes, femmes, enfants et animaux de compagnie, avant de mettre le feu. Naturellement il fut poursuivi par les autorités et rapidement il se rendit compte que pour échapper aux chiens il suffisait qu’il mette entre lui et son odeur un cadavre. Il se rendit également rapidement compte qu’il existe une frange de la société pour qui le parfum compte moins que la propension à faire le mal. Que si l’argent n’a pas d’odeur il peut bien avoir celui de la pourriture, on en voudra pas à celui qui vous en fait gagner. Trouvant refuge auprès des proscrits et des criminels, il devint d’autant rapidement chef de bande qu’il n’était pas seulement sans peur et féroce, il semblait invincible. Bientôt il fut connu autant pour ses méfaits que ses surnoms. Maitre Corbeau, Frère la Mort, le Ravageur, Vermine ou encore le Dieu de la Guerre. Or si l’argent n’a pas d’odeur, le pouvoir n’a pas d’odorat et de fil en aiguille sa bande de malandrins fut diversement cooptée et payée par autant d’armées. Qu’il s’agisse de mettre à sac une ville ou faire les poches des morts, soutenir un bataillon ou harceler l’ennemi, ils étaient de tous les coups. Pendant des années sa colère ne trouva pas d’exutoire. Pendant des années, qu’importe sa connaissance des autres, la compassion qui avait été sienne, son dégoût de tuer, il s’était acharné sans répit sur tous et chacun au point parfois d’effrayer le pire de ses capitaines. En fait il semblait même que c’était précisément cette empathie qui amplifia sa cruauté. Etait-ce seulement sa colère qui s’exprimait ici ? Non, bien entendu, il fallait bien compter sur une solide base de désespoir. Celui d’être seul, unique, à jamais, avec cette certitude qu’il ne serait jamais aimé. Mais le temps est assassin même des plus grandes détresses. Et s’il ne les éteint pas, il en détourne l’objet. Un jour il s’était lassé de massacrer, lasser que son nom évoque la terreur, un jour le spectacle de la mort l’avait si bien écœuré qu’il avait abandonné les armes. Il avait changé de nom, de pays, de continent. Avait refait sa vie.

Les grandes villes ont ceci de loisible qu’on peut s’y noyer, s’y perdre, disparaitre dans la foule sans qu’on remarque votre absence ou le cas échéant votre présence. Votre odeur peut-être ignorée de vos voisins aussi bien que votre décès d’une semaine. Et pour peu que vous trouviez un travail en rapport sinon avec vos compétences du moins en fonction de votre handicap, vous pouvez y vivre sans jamais qu’un voisin ne s’aventure à vous saluer, un commerçant ne retienne votre visage. Il avait fini par trouver un boulot comme manipulateur-préparateur dans une morgue. La vue des cadavres lui était forcément familière, leur odeur était sienne, et puis c’était paisible, les morts au moins ne vous jugeaient pas, ne faisaient aucune remarque désobligeante. Il y avait bien parfois les familles qui se montraient embarrassantes mais dans l’ensemble il n’avait pas à faire à eux. En fait même il enviait les morts, de part  leur condition qui lui était semble t-il interdite, et surtout du fait que les vivants semblaient souvent plus attachés à eux qu’à leurs semblables. Dans les enterrements on avait toujours un mot gentil pour eux, même la pire des ordures. Même Hitler, il en était certain avait dû bénéficier des larmes de quelques uns de ses proches. Alors que du vivant d’une personne, on trouvait systématiquement quelqu’un pour en dire du mal. Et puis les morts on les célébrait, on fleurissait leur tombe, on s’en souvenait, parfois trop même de sorte que le deuil devenaient un travail. Les vivants n’intéressaient pas les vivants, pire ils en venaient à se rejeter les uns les autres. Personne ne rejetait jamais un cadavre pas même pour son odeur. Pour les esprits scientifiques elle était même un motif d’intérêt éventuel. Donnait une idée de l’avancement des travaux ou indiquait parfois la cause du décès. Oui les morts avaient de la chance, et ils ne le savaient peut-être même pas. Il aimait passer du temps avec eux, les laver, les soigner, il avait ses préférés. Le monsieur tout rond, un peu marbré, qui dormait dans le tiroir 47 et qu’on avait retrouvé un matin dans sa cour au milieu des bouteilles. La jeune femme du 104 avec ses cheveux roux flamboyant et sa toison délicate, des plaies noircies au niveau des poignets. Comment une jolie fille comme ça pouvait en venir à vouloir mourir, elle sentait mauvais elle aussi ? Non probablement pas ou peut-être dans sa tête, peut-être pour elle. Les vivants n’aimaient pas plus les vivants qu’ils ne s’aimaient eux. Et comment aimer si on ne s’aime pas soi ? C’est pour ça qu’il avait renoncé depuis longtemps sur l’amour. Un rêve impossible. Parfois c’était aussi des enfants. Ca ne changeait rien en ce qui le concernait. Il en avait déjà vu tant mourir, et si souvent de sa main qu’il les considérait tous, tous les morts comme une seule et même communauté. Un seul groupe sans âge, juste des différences de taille, d’état, de couleurs de peau, de sexe. Il se les imaginait discutant entre eux dans le silence de la mort, se demandait ce qu’ils pensaient d’eux ici, les choses qui les préoccupaient.

–       Ils vont m’ouvrir !?

–       Bah il faut bien si on veut savoir de quoi vous êtes mort.

–       Mais je me suis noyé dans ma baignoire ! Regardez ma tête c’est bien une tête de noyé non ? Mais regardez donc ! Je crache encore de l’eau et je sens le chlore !

–       Certes, certes mais que voulez-vous c’est la loi. Qui sait, vous ne vous en souvenez pas mais on vous a peut-être assassiné.

–       Moi ? Pourquoi faire !? J’étais pauvre et vieux.

–       Des fois les gens n’ont pas besoin de raison pour tuer…

–       Mais je ne veux pas qu’on m’ouvre bon Dieu !

Le mort du 2, la soixantaine sédentaire,  l’air reposé en dépit de ses traits déformés par l’eau. Ils avaient souvent cet air mais pas toujours. On lisait aussi la peur, l’incompréhension, il en avait même vu un avec un sourire une fois. Ca n’avait pas lassé de l’intriguer pendant des semaines jusqu’à ce qu’un légiste lui explique que la rigidité cadavérique pouvait parfois mener à ça. N’empêche il en avait vu des cadavres et c’était la première fois. Parfois aussi ils n’avaient plus d’air du tout. Défiguré, écrabouillé, pourris jusqu’à la moelle à mi sentier du liquide. Alors il s’adressait à leurs mains, à leurs pieds, à quelque chose d’intact sur lequel focaliser.

–       A qui vous parlez ?

Il se retourna en sursautant. Une jeune femme dans une blouse blanche.les cheveux longs auburn, un visage quelconque mais un regard et une bouche expressive. Elle était pâle, les mains plaquées sur la porte qui les séparait du bloc.

–       Oh… euh à personne….

–       Il a raison.

–       Qui ça ?

–       Lui, le noyé, il a raison, c’est horrible là dedans !

Il la reconsidéra quelques instants. Ce n’était pas la première fois qu’il voyait des stagiaires, des premières années de médecine. Qu’il les trouvait sortant des toilettes pâles comme les morts. Et pas la première fois non plus qu’il entendait le chef légiste les traiter de tous les noms parce qu’ils n’étaient pas capable de tenir.

–       C’est votre première autopsie ?

–       J’en ai peur….

–       Et votre dernière ?

Elle leva les yeux vers lui, incertaine, presque suppliante qu’il lui dise quoi faire. Ca l’amusa.

–       Je peux vous posez une question ?

–       Allez-y, dit-elle intriguée.

–       Fermez les yeux et dites moi l’image qui vous vient tout de suite en tête.

–       Pas la peine de fermer les yeux, dit-elle en faisant une grimace, jamais j’aurais pensé que la clope faisait ça aux poumons !

–       Vous fumez ?

–       Plus maintenant…

Il vit qu’elle tripotait nerveusement quelque chose dans sa poche.

–       Qu’est-ce que vous a dit le légiste ?

–       De ne plus revenir à moins d’avoir une bonne raison.

Il sourit.

–       Allez vous en griller une, et quand vous reviendrez, montrez lui votre paquet de cigarette.

–       Je ne reviendrais pas.

–       Oh que si.

Elle fronça les sourcils.

–       Qu’est-ce que vous en savez ?

Il posa l’éponge et lâcha la main abimée du mort.

–       Parce que vous n’êtes pas la première à qui je pose cette question.

–       Et alors ?

–       Alors il y a deux catégories de réponses. Ceux qui ne se souviennent de rien et qui me demandent comment je fais pour supporter ça  et les autres comme vous. Quand vous vous rappelez d’un détail c’est que vous êtes intrigué.

–       Et alors ?

–       Alors n’est-ce pas ce qui anime un esprit scientifique, la curiosité ?

Elle le regarda l’air de réfléchir puis sorti sans un mot. Il ne la revit pas avant quelques jours. Plantée dans l’encadrement de la porte qui le regardait ranger ses morts. Il ne l’avait pas remarqué, il souriait en couvrant le visage d’une vieille femme avant de le glisser dans son tiroir.

–       Qu’est-ce qui vous fait sourire ?

Cette fois il ne sursauta pas. Reconnaitre sa voix l’amusa.

–       Elle a eu une mort paisible.

–       Qu’est-ce que vous en savez ?

–       Ca se lit sur son visage, elle étaite contant de partir.

Elle resta un moment silencieuse puis dit :

–       Merci pour l’autre jour, vous aviez raison.

–       De rien.

–       Je peux vous poser une question à mon tour ?

–       Je vous en prie.

–       Vous avez peur de la mort ?

Il ne pouvait pas lui dire la vérité, il le savait. Répondre qu’il désespérait de ne l’avoir pas plus connu que l’amour. Qu’elle lui était aussi interdite que cet échange en dehors de l’environnement confiné de la morgue. Elle ne le croirait pas et puis à quoi bon.

–       Non, elle m’intrigue.

–       Vous aussi vous êtes curieux alors.

Il devait bien admettre que oui, il se demandait par exemple ce qu’on ressentait à l’instant fatal de la bascule. Quelle sensation vous envahissait d’abord. L’angoisse ou le soulagement que ce moment si redouté soit enfin là ?

–       J’avoue.

–       Jamais été tenté par une carrière scientifique ?

–       Oh non, je ne suis pas assez intelligent pour ça !

Il le pensait réellement même si bien entendu ce n’était pas son premier motif. Qui supporterait sa présence dans un laboratoire, dans un amphithéâtre ? Ici il était protégé par l’odeur caractéristique d’une morgue. Mélange de savon antiseptique, de produit chimique et donc de mort. Ici sa propre puanteur était un détail dans le paysage olfactif.

–       Ah oui ? Bin c’est pas mon avis.

Il sourit, ce n‘était pas souvent qu’on lui avait fait un compliment, et encore moins une femme.

–       Qu’est-ce que vous en savez ? Vous ne me connaissez pas.

–       Parce que moi je suis intelligente.

C’était une bonne réponse, et c’était probablement vrai.

Elle s’appelait Alice. Elle était donc étudiante en première année de médecine et se tâtait pour son avenir. Pas celui d’être médecin, c’était un vieux rêve d’enfant, mais sur la spécialité. La chirurgie lui faisait un peu peur et la thanatologie l’intriguait. Elle avait fait un stage dans un service d’oncologie et elle avait su qu’elle ne pourrait pas gérer les fins de vie. Mais face à un enfant mort elle se sentait mal. Elle se posait beaucoup de question. Il lui dit que c’était normal, que même les légistes avaient du mal avec les enfants, ou les très jolies filles parce que ça appelait certaines émotions. L’innocence, la pureté, le sentiment d’injustice, ça évoquait toujours quelque chose aux vivants. Il parlait ainsi, il divisait le monde en deux catégories, les vivants et les morts. Comme si l’un et l’autre étaient des membres égaux de la communauté, comme si les individus ne se distinguaient pour lui que par la position couché ou debout. Il ne disait jamais les gens par exemple. Ca l’intriguait, comme l’intriguait le fait qu’elle ne le voyait jamais au dehors des salles de préparation et de rangement. Toujours occupé avec un corps ou à nettoyer la pièce. Comme on ne peut pas s’empêcher d’avoir des pensées irrationnelles elle se prit à l’imaginer comme une sorte d’Anubis, de Dieu du passage. Sa présence était à la fois rassurante et étrange. Il vous donnait par exemple souvent l’impression de savoir des choses que personne ne savait. Les gens qui parlent peu sont comme ça. Les gens qui ne font rien pour vous attirer vous attire instinctivement. Peut-être le savait-elle mais elle avait quand même envie de le connaitre mieux. D’autant que personne ici n’avait vraiment l’air de savoir qui il était en dehors de sa fonction. A peine si même on était capable de citer son nom. Les jours passant elle vint le voir pendant ses pauses, lui payer un café, essayer de le faire parler. La première fois il refusa, qu’on n’avait pas le droit de consommer dans les salles et qu’il avait du travail. Elle avait décelé de la crainte chez lui et avait prit ça pour de la timidité. Il n’était pas vilain garçon pourtant, plutôt dans la catégorie normal passable. Brun, la peau foncée, l’air d’un italien ou d’un arabe avec des yeux noirs qui semblaient sans âge. Elle insista, il fini par céder. Mais c’était très curieux, sitôt hors de la pièce, rendu dans le hall d’entrée devant la machine à café, il perdait tout ses moyens. Se tenait loin d’elle, un pied dehors comme près à s’enfuir, jetant des coups d’œil nerveux autour de lui, ne répondant que par mono syllabes.Ca l’intrigua d’autant. Elle lui proposa de déjeuner avec elle dans le réfectoire qu’on avait sommairement arrangé à deux salles des tiroirs et des morts. Il prétexta d’abord qu’il avait trop de travail, à nouveau, puis qu’il ne déjeunait pas ou rarement et chaque fois elle avait l’impression que quelque chose de redoutable l’attendait là-bas, que cette pièce avait quelque chose d’interdite pour lui. Elle en alla même à se demander s’il n’était pas psychotique ou quelque chose comme ça, qu’il avait peur de réagir étrangement s’il se trouvait en tête à tête avec elle. On se faisait un de ces cinémas à propos des autres… Mais elle n’était pas le genre de fille à se laisser tenir la dragée haute par un mystère. N’y tenant plus elle lui demanda si c’était elle le motif de sa gène. S’il était gay elle comprendrait très bien, ça ne lui posait aucun problème. Il n’eut même pas l’air de savoir ce que gay voulait dire. Il la regarda ahuris et puis s’exclama que non pas du tout, elle ne le gênait pas, voyons !

–       Alors pourquoi à chaque fois que je vous invite, vous vous excusez ? Chaque fois qu’on est dehors c’est à peine si vous osez me regarder.

Que répondre à ça ? Il ne savait même pas comment s’y prendre avec une femme. De sa vie, dans le meilleur des cas, tout ce qu’il avait connu c’était l’amour tarifé. Et puis les relations professionnelle il savait déjà où ça menait : nulle part. Finalement il s’en sorti avec ce qu’il espérait être une réponse raisonnable. Il ne voulait pas la perdre non plus. Pour une fois que le sexe opposé s’intéressait à lui… Il expliqua qu’il s’excusait, sa nature sauvage, sa timidité, qu’il ne fallait pas lui en vouloir. Sur quoi il inventa un bobard sur une relation douloureuse du passé en espérant que le tout glisse sans un pli. C’était mal la connaitre. Elle lui demanda pourquoi il avait si peur du jugement des autres, pourquoi il laissait si peu les gens entrer dans son cercle. S’en fut trop. Trop d’émotions d’un coup et trop de question. Trop attendu également. Jamais aucune femme n’avait insisté de la sorte, jamais personne à dire vrai.

–       Parce que je pue ! Voilà pourquoi !

Devant son air incrédule d’abord puis vexé il comprit qu’il n’y avait plus qu’un seul moyen, et tant pis si ce moyen était également le meilleur pour la faire fuir une bonne fois. Cette torture ne pouvait pas durer. Il l’entraina au dehors du bâtiment et se tint devant elle à quelques centimètres, laissant sa nature agir. Ses yeux s’arrondir d’incrédulité avant qu’instinctivement elle ne recule.

–       Là ! Vous voyez ! Personne ne supporte.

–       Oh…. Euh… c’est vos vêtements ils sont imprégnés…

–       Non ! C’est moi ! Ma peau ! Moi ! Pourquoi vous croyez que je travail dans une morgue !?

–       Oh !

Sur le moment ça la déçu un peu. Peut-être avait-elle trop fantasmé sur lui mais elle avait voulu croire qu’il était venu ici par vocation. Comme une sorte de mission qu’accomplirait un homme sage et ancien. Mais il n’en n’était rien et elle comprenait maintenant pourquoi. Cette puanteur… comment était-ce possible ? Puis elle se souvint de son séjour en oncologie, de ce qu’elle y avait appris sur les dérèglements endocriniens. Elle essaya d’être rassurante, sans savoir exactement si c’était pour elle ou lui. Lui dit que ce devait être un problème hormonale, que ce genre de chose se soignait aujourd’hui.

–       Y’a rien qui soigne de ça, bougonna-t-il, rien, même pas la mort.

–       Je vous demande pardon ?

Il jeta un coup d’œil au crucifix qu’il y avait suspendu au dessus de la réception et qu’on apercevait à travers la vitre de l’entrée. Il n’avait jamais aimé les signes religieux mais il haïssait de tout son cœur celui-ci.

–       Je ne peux pas mourir, avoua-t-il avec un air de fatalité.

–       Allons, vous et moi sommes bien placés pour savoir que tout le monde…

Il fit un signe d’impatience.

–       Lazare ! Le premier ressuscité de l’histoire ! C’est moi !

Elle resta quelques secondes interdite. A la fois ça rejoignait ses fantasmes, son ressenti et en même temps ça semblait si incroyable, irrationnel comme certitude qu’elle ne pu s’empêcher de s’exclamer :

–       Et alors ?

Il brandit son bras furieux en direction du Jésus cloué.

–       Et alors !, Quatre jours ! Ca faisait quatre jours que j’étais enterré dans ce trou quand ce crétin m’en a sorti ! Vous avez idée de la chaleur qu’il faisait ?

Emily Blake vous salut bien-Part 1-

Balle noire et luisante d’acier atomique filant sur le périphérique, le bolide trace un sillon de lumière dans l’œil aveuglé du radar qui flash, en vain. Cuir sur les mains, cagoule, regard sombre porté au travers d’un pare-brise d’une demie seconde, vitesse enclenchée, il déboite alors qu’elle appuit sur la commande d’ouverture. Elle est blonde inoxydable, moulée noir lycra, gilet de combat, elle arrache l’automatique qu’elle a à la ceinture et compte. Uno, due, tre, quatro, cinque… C’est Marco qui lui avait appris à compter rital. Marco… Oublié celui-là, et pourtant… Soudain ils surgirent dans le rétro. Deux 4×4 bleu marine et des types armés aux portières. Elle braqua son HK et tira. La crosse bondissant dans sa main comme un ours affamé, la tension qui roulait dans son poignet jusqu’à son avant-bras tendu et finement musclé. Cinq balles de neuf millimètres à haute vélocité, saccade d’acier qui gicla dans la taule et la viande comme une brûlure. Le chauffeur du 4×4 de droite prend deux projectiles froids, dans la tête, l’autre en pleine poitrine qui lui fait croiser les bras et envoyer le véhicule dans le décor, heurtant la rambarde de sécurité et partant en tonneau alors que les autres répliquaient. Fusil d’assaut FN Herstal, 5,56 Otan, munitions légères et extrêmement véloces. La Porsche était blindée, les balles s’écrasaient sur l’acier dynamique en crachats de feu jaune orangé. Elle répliqua, indifférente aux flammes et aux rugissements des armes, au danger, à la mort, froide, souple, à la fois pleine et vide, calme, presque sereine, et tout en même temps  concentrée, tendue comme  l’arc du funambule. Blam ! Blam ! Blam ! Blam ! les ogives sifflaient dans le tunnel alors que la Porsche déboitait d’une camionnette Renaud blanche. Trous dans le pare-brise, étoile dans le bleu et le sang glaireux qui inonde le volant. Le 4×4 zigzag avant de percuter la camionnette par l’arrière. Tête à queue, carambolage, le bolide est déjà loin. Il conduisait d’une main maitrisée, vingt et un an, spécialiste du go fast, fou de vitesse et d’adrénaline. Son film préféré, Point Break avec Keanu Reeves. Beau gosse en plus, dommage qu’il ait un nom si con, Gevin…

Le fond de l’air avait un gout pale et mentholé, la Porsche immobilisée devant une usine désaffectée, elle ouvrit le sac Nylon et sortit des liasses de billets roses. Elle posa sa part sur le capot, il la fit glisser dans son sac à dos, la cagoule toujours sur le crâne. On remet ça quand tu veux, c’était fun ! Elle ne répondit rien, enfourna le sac sur son épaule comme d’un rien et s’éloigna vers une Polo garée un peu plus loin, rose-mauve, très girly. Débarrasse t’en, dit-elle en parlant de la Porsche. Ouais, ouais, t’inquiète. Ils avaient tous la même expression, t’inquiète. Comme si elle était du genre à s’inquiéter depuis l’accident. Elle se défit du sac et du gilet de combat qu’elle jeta dans le coffre de la voiture avant d’enfiler une robe blanche tachetée de lilas grand-mère. Trois cent cinquante deux kilomètres jusqu’au cour Saint Omer de Lisieux, dans une petite rue bordée d’arbres. Des grilles noires, une cour écolière où jouaient quelques garçons et Colibri, la petite peste des quatrièmes de lancer docilement et bien fort, bonjour madame. Colibri, je te jure… Hi Blake ! Blake t’es sûr que t’es pas anglaise ou américaine, et non toujours pas Jean-Pierre. Jean-Pierre Studieux, qui portait bien son nom, le prof d’anglais la draguait depuis un an qu’elle était en poste. Bien lourd comme il faut. Elle entra en classe, les enfants étaient déjà là, studieusement rangés. Bonjour madame ! Clamèrent-ils en chœur. Bonjour, bonjour. Elle était heureuse, elle adorait son métier. Mais ça n’avait pas toujours été le cas.

Mado ! Viens ici ! La fille glissa de son tabouret, soumise jusqu’au sous la frange Louise Brooks qu’il lui faisait porter, ombre à paupière et peur jusqu’au nerf de son nombril. Silence dans le rouge mascara bardé néon pute des boulevards. Oui Marco ? Ramasse. Il y avait de la monnaie par terre. Elle obéit sans réfléchir, il posa son mocassin pourpre sur son dos. Il était comme ça Marco, assez tape à l’œil. Qu’est-ce que je t’ais dit hier ? Je sais pas Marco. Putain ! Gronda-t-il en appuyant sur son dos avec le talon. Tu te souviens jamais de rien ! Je t’ai dis pas avec les blackos ! Ah oui c’est vrai tu m’as dit ça. Il appuya un peu plus fort. Ramasse salope ! Elle obéit docilement avant que de son pied il la repousse contre le lino. Il était beau Marco, mais il était dur, comme le lino. Elle s’y écrasa le nez. Connasse !

Parfois Mado pleurait, en silence, comme pour ne pas faire peur aux mouches, Mado avait très peur des mouches, dans la Bible le Diable, Belzebuth était le Seigneur des Mouches. Une des Sept Plaies. Quand elle pensait aux mouches, elle les voyait qui lui rentraient sous la peau à vif par une coupure cutter. Alors elle allait se foutre dans un coin, arrachait sa foutue perruque et redevenait un temps Emily, la petite de province, descendu avec armes et bagages pour devenir danseuse. Emily, la gamine tenace. Elle avait tout encaissé, les castings empoigne, les humiliations, les directeurs de ballet hystériques et pédés, les producteurs à la main baladeuse, et puis un soir, avec une copine, elle était descendu à Pigalle, et elle l’avait rencontré. Son beau Marco. Grand brun au visage italien, la peau mat, le sourire facile, les lèvres épaisses, les yeux allongés et rieurs, un piège à fille. Et des liasses dans les poches claquées dans un fermoir serpent aux yeux rubis, pur argent. Ca et les pompes croco ça l’avait beaucoup impressionné. Il lui avait soutiré son numéro, s’étaient revus, et de fil en aiguille… Mado essuya ses larmes, ça servait à rien, rien ne servait à rien, même pas pleurer, ça ne la soulageait même plus. Alors elle serra les dents une fois de plus et attendit que ses tremblements de peur et de rage cessent. Marco était bon dans ce qu’il faisait, un rabatteur de première, en plus d’elle il avait six autres filles, toutes avec le même genre d’histoire, le même genre de profil. Sortie de leur province, souffrant d’un père absent ou falot, pauvre, enfant de prolo ou de la DASS,  et affligée généralement d’un complexe quelconque. Marco s’y entendait pour savoir où et comment faire mal. Il n’y avait pas que les gifles savantes qui ne laissaient pas de marques mais un sale souvenir, les humiliations publiques, il y avait aussi ceux des coups qu’il savait faire pleuvoir à l’intérieur avec sa seule bouche, son seul mauvais esprit. Ma pauvre t’es trop grosse ! Qu’est-ce que t’espère faire de la danse avec des jambes de haricot, on dirait un poteau sur deux autres poteaux plus petit. Aahahaha ! Mado encaissait. Quand elle n’avait pas de client, qu’il n’était pas dans le coin, elle continuait étirement et échauffement dans la salle de bain étroite de son studio, mais elle ne dansait plus. Trop petit ici. Comme un oiseau s’ébrouant dans sa cage. Prisonnière de sa balance. Son poids, une obsession, et ses vêtements aussi, ses perruques, ses chaussures, les robes et les choses qu’il lui faisait porter. Elle était sa petite poupée et drôlement intérêt à tenir son rang. C’est qu’elle ne tapinait pas toujours en bas dans le bar à Janine, des fois il l’emmenait dans le monde, présentait sa pute à quelque richard qu’elle faisait cracher en deux deux rien qu’avec son truc de la langue sous leur bite quand elle les suçait. Marco l’appelait sa bouche dans ces cas là. Ce soir tu vas faire ta bouche sale pute, t’as compris ? Qu’il lui susurrait à l’oreille une main dans la culotte quand il était de bonne humeur. Elle adorait être sa bouche et qu’il la traite de sale pute. Se sentir sale, avilie avec lui c’était tout bon, rose, juteux. Pourquoi elle avait besoin de ça en amour pour se sentir vivante ? Quand elle était gamine, une fois un garçon lui avait dit qu’elle était vicieuse. Du coup elle avait regardé… Vicieux, qui a une disposition naturelle a faire le mal. C’était donc que c’était dans son sang, plus fort qu’elle, et son mal à elle c’était le sexe. Son mâle. Sa côte d’Adam, sa plaie ouverte, son flanc troué qui suintait foutre et cyprine. Mais c’était si bon. Se sentir disparaitre enfin, s’abandonner totalement, gicler son désir, mangée. Comme de retourner à un état cosmique avec tout en même temps le cordon ombilical d’une bite amicale dans le cul, la chatte, la bouche. C’était si bon d’appartenir, se sentir possédée. Si bon d’être à lui. Chaine, chienne. Sale pute de chienne à genou. C’était finalement si sexuel pour une femme, si proche de sa seule condition physiologique pourquoi ne pas plier ? Plier…. Oooh elle en avait des papillons dans le ventre, comme elle disait, s’imaginant pliée à genou devant sa braguette impératrice, et lui les mains sur les hanches. Suce bouche ! Oooh….

Le désir c’est le mal n’est-ce pas ? Le mâle…

Notre Père qui êtes aux cieux, pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensé, ne nous soumettez pas à la tentation et délivrez nous du mal, car c’est à  vous qu’appartient le règne, la puissance et la gloire, au siècle des siècles amen.

 Marco

J’y peux rien, c’est comme ça, moi dès que je vois un truc pour faire du pèze, faut que je me branche. Et putain les radasses c’est du jus. Trop fastoche comme elles sont connes. T’as pas idée frère comme c’est facile. La salope ça se tient et ça se baise mais jamais tu lui donnes son sucre, ou trop tard. Tu vois c’est ce que t’as pas pigé. Une pute ça se tient, tu la laisse pas s’écraser contre un mur juste parce que t’en as marre de ta branleuse à couilles. Tu l’utilises, tu la rabougris, tu la traine comme une merde sur le trottoir de tes vices mecs ! Oh putain, se dit l’Antillais, v’la qu’il fait de la phrase. Ouais j’sais, mais qu’est-ce tu veux, elle m’a mit les boules. Cause à quoi ? Bah putain elle m’a tapé dans ma C. bordel ! Cette pute, elle vient chez moi et elle tape dans la caisse ! Oh la salope ! Ah ouais je comprends…. Mais je m’en branle, je calcule le costard qu’il porte, veste cintrée pied de poule, créateur mes noix, la cravate en soie violette, la chaine. Putain de sapeur je me dis. Il porte des dreads aussi, longs, fins et soyeux qui se déploient sur ses épaules de guadeloupéen cossus comme l’aile et la plume d’une corneille. Derrière lui l’Afghan prend sa bière. La gueule ravagée par la guerre, la folie, les yeux en colère vers le vide de la rue devant lui, derrière la baie vitrée du troquet. Paris 18, Marx Dormoy, Place de la Rontonde. Il fait peur à tout le monde ce mec là. Mais c’est pas plus mal. Et toi alors, t’en est où ? Faut que je vende une fille. Ca peut plus durer. Pourquoi ? Bah je te dois cinquante, et j’ai paumé aux cartes l’autre jour. Combien ? Vingt cinq. Eh soixante-quinze mille ça se trouve ; Ouais mais j’en ai marre, je veux me débarrasser mais je sais pas laquelle. Faut que j’en termine une, ça peut plus durer. Pourquoi ? Qu’est-ce qui peut plus durer ? Mon mec, faut que je t’explique comment ça se gère une écurie. Voilà qu’il faisait son expert, pensa l’Antillais, discrètement il regarda sa montre incrustée de zircons. J’ai les trois slovaques, sont jeunes, dix-neuf piges la chatte étroite, tout ce qu’il faut, elle ramène le jus, une ancienne d’il y a longtemps, qui me connait à fond et qui sait comment me gérer les putes. Et puis il y a les deux autres qui vont arriver en fin de course. Jeanne et Mado. Je les gardes pour les barbons, les soirées, chez la Janine. Mais c’est bon faut que je fasse un exemple. Faut pas qu’elles oublient ces salopes que c’est moi leur vie, toute leur vie, tu piges ? Que je fais ce que je veux avec elles, qu’elles m’appartiennent. Les trois slovaques par exemple, elles me prennent un peu pour un touriste parce que je suis pas brutus comme les yougos. L’ancienne faut pas qu’elle perde de vue qu’elle est miraculée, et les autres… bin c’est tant pis parce que je sais pas laquelle c’est.que je vais lourder. Si tu veux je t’allèges de Jeanne, l’Afghan a besoin d’une gonzesse, c’est plus possible. Et pis il l’aime bien la petite Jeanne. L’Afghan me retourna un sourire jaune avec ses dents longues et ses yeux brûlants cernés de marron. Non ça me disait rien, il allait me la casser en deux deux. Nan, j’ai fait, ça se termine pas comme ça une pute, c’est comme en cuisine, ça se recycle. Je pensais à ma pétasse, Mado. Que celle là je lui recyclerais bien la perruque jusqu’au sang. J’en peux plus de ses mines boudeuses et de son côtés petite fille de trente piges ou quasi. Et puis elle est conne ! C’est pas possible ! Trop conne, faut que je la largue c’est pas de mon niveau. Mon standing, mon style. Moi j’assure.

Sale pute viens là ! Oui mon chéri. J’ai la bite dure et rouge, veineuse, dressée de la braguette, fumante d’autorité virile poing sur les hanches. Tu sais ce qui te reste à te faire !? Oui. Elle m’avale d’un coup et pompe sans me lâcher du regard. Je la mate, putain de merde, cette gourde m’astique plus comme j’aime, elle sait plus, pauvre merde va ! Je lui balance une claque dans la gueule et mon chibre qui s’arrache de sa joue, elle tombe, la perruque de travers. Elle couine. Mais Marco… Ta gueule salope, de toute façon c’est pas de ça dont j’ai envie. Ouvre la bouche. Elle obéit, je pisse dedans. Ferme pas putain ! Ouvre ! Elle obéit, elle pleure. Je me termine et je lui écrase bien salement la main. Elle gémit puis hurle. Qu’est-ce j’en ai à foutre ? Habille toi on sort..

Emily descendit de la Subaru, des lunettes de soleil sur le nez, cintrée dans une robe d’été qui moulait son corps musclé et nerveux. Luther attendait sur le porche de la maison en bord de lac. Haut, chauve, la soixantaine, des lunettes à tour d’acier sur son nez aquilin, les sourcils broussailleux comme un vampire de cinéma. Il sourit porcelaine, bien limée rangée, ah ces anglais de la côte… Salut ma chérie, t’as fait bon voyage ? C’était un peu long mais ça va, avoua-t-elle avant de lui claquer une bise rapide. Luther la précéda à l’intérieur. Il y avait un ordinateur portable allumé sur la toile cirée de la cuisine, au milieu de dossiers cartonnés. Tu veux un café ? Pas de refus. Deux fois sans sucre et amer s’il vous plait. C’est sur l’écran, lui indiqua-t-il pendant qu’il leur préparait le café. Elle tourna l’ordinateur vers elle. Une photo d’une entrée d’immeuble type haussmannien. Elle fit aller la souris. Crédit Commerciale Rivière et Carré, banque privée, adresse cis à Lyon. Une des banques par laquelle ils font rapatrier leur argent en France. Comment ? Ca serait trop long à t’expliquer. Okay, c’est quoi le loup ? Il eu son demi sourire qu’il avait déjà la première fois quand ils s’étaient rencontrés, celui qui disait, je suis comptant t’es malin, maintenant dis moi quoi. Comment t’as deviné ? Tu veux pas m’expliquer c’est qu’il y a un loup. Il regarda quelques secondes sans rien dire, puis marmonna, je suis désolé ils m’ont obligé. Probable que s’il n’avait pas dit ça comme ça elle n’aurait pas remarqué ses yeux qui coulissaient sur la porte de côté. Et qu’elle serait morte aujourd’hui. La porte vola, il entra un SRM Arms Model 1216, capacité seize cartouches calibre douze automatique, au même instant où elle s’aplatissait par terre et arrachait le 357 canon court modèle 327 de son sac à main,  sept cent cinquante gramme de bon acier, balle téflon. Et faisait feu. Le pied qui éclate et le mollet qui se brise, le tueur décharge sa chevrotine dans la poitrine de Luther qui rebondit contre l’évier alors qu’un second assassin surgit derrière elle. HK MP5, il a un instant de distraction en voyant Luther tomber, braque son arme vers elle alors qu’elle lui décharge la sienne dans les couilles. Deux, qui font une bouillie de son bas ventre qui volète en geyser de jean et de sang, bout de zob. Krrrrrrraaaaaa ! La Kalachnikov arrose la cuisine, fait voler la table au-dessus d’elle en copeaux de bois, de verre, papier, plastique et silicium, l’ordinateur pulvérisé par les lignes d’acier cuivre des balles de 7,62 mm qui dégueulent sur le mur en trous de plâtre et béton, arrachant au passage cadre et image, étagères assiettes, couverts, un poivrier explose. Elle roule sur elle-même, se met sur les genoux qui dérapent sur le verre alors qu’elle se carapate de la pièce à quatre pattes, le monde explosant autour d’elle comme un 14 juillet en enfer. Roulé boulé dans le salon, un type qui surgit, le 357 qui saute dans son poing, Baoum ! Baoum ! Elle s’économise, plus que deux cartouches. Celles-ci lui traversent la poitrine et le dos, locomotives qui recrachent du poumon poudreux dans la foulée. Elle se redresse et cour jusqu’à l’arrière de la maison. Elle n’est jamais venu dans cette partie là ignore même si elle trouvera une issue quand elle reçoit une pleine crosse dans la figure. Le monde s’éteint d’un coup, ça fait un mal de chien, elle sent ses dents branler, silence. Flash, on la soulève comme un sac. Noir. Elle ne sent plus rien, n’entend plus rien, elle est fatiguée, terriblement fatiguée, et ça serait si bon de se laisser aller. Flash, elle est dehors, elle sent encore la chaleur du soleil contre sa peau, aperçoit des hommes, des ombres armées, trois peut-être quatre. L’une d’elle s’approche de son corps recroquevillé, se penche… elle aperçoit son visage, la quarantaine, beau gosse, enfin le genre qu’elle aime, avec une belle tête de salaud comme Marco. Elle sent la douleur vive de ses lèvres éclatées, son souffle court. Entend les types qui parlent autour d’elle. Noir. Sent une main agripper ses cheveux, sent le manche en plastique sous ses ongles, soudain son bras se détend…

Marco

Salut, est-ce que vous laisseriez une andouille qui bave sur vous depuis une heure vous offrir un verre ? La fille me mate sans piger, puis regarde derrière moi parce que je lui fais mon plus beau sourire. Tu comprends c’est pas possible que la grosse andouille ce soit moi, je suis si beau… Qu’elle bande de connasse… Je fais signe au barman en lui montrant le verre de la fille. Il sort le Moët et nous sert deux coupes, il me connait le Paulo, il sait comment je suis quand je suis en chasse. La fille regarde la coupe qu’il pose devant elle. Oh merci… mais… Un problème ? Euh… je n’aime pas le champagne… Putain, une chieuse je me dis. Pas de soucis ! Qu’est-ce que je peux vous offrir d’autre ? Un Baileys ? Elle me demande avec un petit sourire timide. Je fais signe à l’autre qui enchaine sans un mot. On trinque puis on boit. Je la baratine comme il faut, elle glousse la pute, se la raconte, s’y crois déjà avec le beau Marco, et moi pendant ce temps qui calcule la marchandise, soupèse où je la vendrais, à qui, comment, combien. Bon il faudra qu’elle perde un peu des hanches, je la mettrais au sport, dans trois semaines elle est sur le trottoir, deux si je me donne du mal. L’Antillais se pointe avec l’Afghan et Jeanne. Ca m’assure un 10% de remise sur ce que je lui dois, j’ai juste demandé que l’autre dingue attende un peu pour me la mettre petite. Mais à l’air terrifiée qu’a la salope je me dis qu’il était super impatient de lui faire profiter de ses fantasmes de tordu. Je lui demanderais c’est quoi, c’est toujours utile de savoir sur quoi un mec bande. Je présente ma nouvelle copine au négro qui lui fait le baise main très vieille classe. Enchantée Mademoiselle, mes amis m’appel Toussain. Encore une fois elle glousse puis me dit alors qu’il s’éloigne, il est charmant votre copain. Mais l’autre il fait drôlement peur. Et encore t’as rien vu, je me dis en lui rendant un sourire beau gosse. Ah oui ? Mais faut pas avoir peur comme ça, je suis là moi. Elle rigole encore comme une gosse et trempe les lèvres dans son Baileys, je lui essuie doucement le haut de la lèvre du bout de l’index, elle me regarde, déjà conquise. Quelle conne. Elles sont paumées de nos jours, qu’est-ce que vous voulez c’est comme ça. Elles veulent faire les salopes mais elles n’assument pas. Elles se la racontent indépendantes et tout le tralala mais elles rêvent toutes de finir avec Mister Prince de ses dames, en cloque mémère, avec le petit pavillon. Et quand c’est pas ça quand c’est la radasse libre dans son slip, la femelle moderne, qui choisi ses amants et s’assure la vie toute seule, suffit que tu l’asticotes à la bonne mesure pour que tu trouves un petit cœur écrasé de solitude qui saigne de ne pas trouver le gardien de ses nuits, comme dit la chanson. Alors suffit de la cueillir comme un petit oisillon et clac, une bonne sérénade et en deux deux tu la mets au boulot. C’est des putes, c’est dans leur nature, se donner au plus offrant, moi je fais que l’intermédiaire dans cette affaire.

Le bras d’Emily se détend, la lame fait un bruit de coupure sur la chemise du type lui ouvrant l’avant-bras avant de se planter dans sa gorge. Elle arrache la lame, giclée de sang alors qu’elle tranche dans le tendon d’Achille du gars le plus proche, il tombe, lui plante dans l’œil jusqu’à la garde, arrache l’arme qu’il a à la ceinture et abat les deux autres avant qu’ils ne réalisent ce qui se passe. Elle se relève, elle a mal aux dents, vérifie dans un rétro qu’elle n’en a perdu aucune, ramasse ses affaires, retourne dans la maison et défait le disque dur des débris de l’ordinateur ainsi que ce qu’elle trouve comme dossier à peu près intact. Puis repart. La colère tremble encore en elle, et les souvenirs défilent à mesure du décor qui file autour d’elle. Marco, l’Antillais, l’Afghan, et les autres, tous les autres. Fils de pute….

Le disque dur n’était pas totalement irrécupérable et les dossiers portaient sur des cibles potentielles pour cambrioleur chevronné. Luther avait été à la source de pas mal d’affaires parce que c’était son job et qu’il se faisait payer pour les renseignements collectés. Mais il n’y avait qu’un objectif qui l’intéressait, leur banque d’affaire à Lyon. Madame vous avez quoi à la bouche ? Une porte dans la figure Aurelien, c’est très douloureux, je ne te recommande pas. Mais comment vous avez fait votre compte ? Demanda Caroline avec un je ne sais quoi dans le ton qui sous-entendait que quand même la maitresse était un peu gourde, qu’allo quoi on n’avait pas idée de faire un truc aussi stupide. Je lisais ta copie ma chère, et comme tu vois je n’ai pas seulement été frappée par sa nullité.  Mener une double vie, pas une sinécure, surtout avec la curiosité naturelle des gamins mais heureusement il y avait les vacances scolaires. Le Crédit Commercial Rivière et Carré était situé entre la bourse du commerce et l’hôtel de ville dans une rue tranquille et peu passante. Deux caméras à l’entrée, un commissariat pas loin, et une géographie de quartier qui autorisait au moins trois points de fuite. Les documents de Luther étaient incomplets, l’objectif était un lot de bons au porteur pour une valeur de cent dix million d’euros, mais aucune idée d’où se trouvait le coffre, il faudrait faire des repérages dans un endroit où elle devait déjà être connu. Peu importe, ce n’était pas la première fois qu’elle faisait des repérages sous leur nez. Elle s’acheta perruque et lentille de couleurs dans un magasin spécialisé dans les déguisements, ainsi qu’un dentier qui lui faisait les incisives proéminentes. Danseuse, ex prostituée, elle connaissait bien son visage et bien des fois hélas avait dû maquiller les traces de coups. Elle passa son visage sous un fond de teint mêlé de couleur chair et de blanc gris perlé, assombri le dessous de ses yeux avec du fard à paupière brun et s’inventa des départs de rides à l’aile du nez et au coin de la bouche avec un crayon. Recouvrit ses paupières de mascara, aminci sa bouche et la traça en rouge grenat. Elle avait bien prit dix ans. Puis elle entreprit de bander ses seins, se choisi une tenue discrète et passe partout, jupe plissée bleu marine sous le genou, pull gris raz du cou et veste, des collants gris banales et son sac à main ajusté, avec un minuscule trou pour laisser l’objectif filmer.

Mado ajusta sa perruque et se jeta un coup d’œil dans la glace. Elle n’était pas trop mal ce soir. Un bel éclat de peau, l’œil vif, qui se tenait l’encolure bien droite. Ca allait lui plaire. Et puis sa robe safran rouge bien coupée pour mettre en valeur son décolleté et son dos de princesse. Elle savait bien pourquoi il la sortait ce soir et ce n’était pas pour faire des mondanités dans la haute. Elle s’alluma une cigarette et alla à la fenêtre en l’attendant. Elle jetait sur une petite rue de Pigalle à deux pas de Blanche. Des filles, un ou deux clients, des immigrés au visage inquiet et curieux, des touristes au spectacle et le bruit de fond de la ville la nuit. En amont de la rue, claquait un néon blanc acide marqué Domina Plaza, et même pas un hôtel de passe. Elle recracha la fumée alors que son téléphone sonnait, Mado décrocha. Oui ? C’était lui, le code en bas avait été changé, il n’avait pas la combinaison.  1243A, dit-elle. Une minute plus tard il se tenait dans son salon, avec des fleurs. Des lys, il savait que c’était ses favorites. Blanc, pur, racé, élégant et sa peau cuivrée, son parfum poivré, son sourire facile, elle chavira presque immédiatement. Il était comme ça Marco. Parfois cruel, méchant, violent, et d’autres fois absolument adorable, exactement comme quand ils avaient commencé à se fréquenter. Il l’embrassa dans le cou puis derrière l’oreille juste comme elle aimait tout en faisant glisser ses mains puissantes sur son torse. Elle se senti chavirer alors qu’il dégrafait lentement son corsage. Il la baisa lentement, avec science, surveillant son plaisir comme un vigile et jouant avec jusqu’à ce qu’elle n’en puisse plus et se mette à hurler de plaisir. Son cris saccadé dépassa le bord de la fenêtre et alla se perdre dans l’écho de la rue en bas. Quelques tête se levèrent en se marrant, et puis alors qu’ils fumaient, blottie contre son torse, se passant la cigarette, il lui dit de se rhabiller, qu’on sortait. Sur le moment elle fut un peu déçue, elle aurait préférée se prélasser avec lui au lit, mais après tout c’était prévu qu’ils sortent. Où on va ? Tu verras, c’est une surprise. Elle adorait les surprises et il le savait. L’Audi roulait sur le périphérique direction la banlieue nord. Il avait mis un de ses CD préféré, la bande originale du Parrain en sourdine et il discutait avec elle de sa belle voix grave. Lui parlant de ses projets, de leur avenir, qu’il avait décidé d’alléger son écurie et qu’il ferait bientôt d’elle sa reine, qu’il allait l’installer, un bar, peut-être une petite boite de nuit, il avait un rachat en vue, on verrait. Et elle ronronnait. La voiture dépassa une église et s’enfonça dans les rues et avenues d’une banlieue anonyme. Où allaient-ils ? Une affaire à régler et ils iraient au restaurant, il avait quelqu’un à lui présenter. Qui ? Demanda-t-elle avec le ton d’une môme, un ami à moi, un gars du Lady Crazy. Un cabaret striptease pour clientèle chic et cher. Elle manqua d’envoyer dans le décor en lui sautant au cou. Il se fâcha aussi tôt. Eh tu peux pas faire gaffe connasse ! Excuse moi chéri ! Ouais, ouais… putain de merde t’as failli nous envoyer dans le décor ! Elle se replia sur elle-même, plus mortifiée par sa bêtise que ses insultes. Il ne dit plus un mot jusqu’à ce qu’ils arrivent près d’un stade éclairé. Un gros bloc de béton surplombé par des spots étincelant claquant dans la nuit. Amène-toi, dit-il en sortant de la voiture. Elle obéit, intriguée et encore désolée d’avoir gâché le moment. Ils passèrent une enceinte grillagée jusqu’à une entrée comme à dérobée où se tenait deux blackos crâne ras et blouson de toile bleu sécu. Attends là. Mado s’immobilisa comme un petit robot tandis qu’il cheminait jusqu’à eux. Salut, serrage de main, Marco qui parlait et le plus grand des blackos qui balança un regard neutre vers elle, puis Marco entrait à l’intérieur avec l’autre gars et disparaissait. Par ici mademoiselle, fit le grand en s’approchant avec un sourire. Mais… Il ne sera pas long, vous serez mieux à l’intérieur, venez. Elle le suivit, incertaine, ils passèrent la porte, prirent à droite jusqu’à une pièce décorée d’un pouf en mousse bicolore, d’un canapé deux places, d’un baby foot des années soixante dix en bois jaune et de quelques affiches de 98 à la gloire de Zidane et de l’équipe de France. Il la laissa entrer, puis referma la porte. A poil, ordonna-t-il avec un sourire badin. Elle s’écarta de lui le regard farouche. Je vous demande pardon ? A poil ! Non mais va te faire…. En deux pas il était sur elle et lui flanquait son poing dans l’estomac. Le souffle coupé, au bord de l’évanouissement, pliée en deux de douleurs. A poil, répéta t-il simplement. Lentement, reprenant son souffle et ses esprits elle obéit. Effrayée, attendant maintenant qu’il la viole. Marco pensa-t-elle, il allait revenir, il l’attraperait, la sauverait de ce mauvais pas. Oui si Marco savait ça, il le tuerait ! Et elle lui dit, presque en grognant, comme si elle était Marco lui-même, et se prit une gifle. Ta gueule, à poil. Il prit ses affaires et sorti. La laissant seule et nue dans cette pièce anonyme. Elle n’osait crier, alla à la porte mais il l’avait fermé à clé, alors elle s’assit sur un pouf et attendit le cœur battant, glacée, parce qu’elle était en train de comprendre. La belle soirée, les fleurs, l’amour tendre, les promesses… Ils entrèrent en se marrant, onze jeunes hommes vigoureux en survêtement d’équipe, Marco et un type en arbitre derrière eux. La voilà messieurs, passez une bonne soirée. Comprendre et réaliser en même temps, sa bouche s’ouvrit comme par suffocation, les yeux vers Marco qui scintillaient de larmes, et les douze paires d’yeux lubriques posés sur ses rondeurs. Non, non, non… souffla-t-elle, sa voix prenant de l’ampleur d’un coup. Elle bondit soudain vers Marco, en hurlant d’une voix stridente. Ils se contentèrent de la repousser de leurs mains grossières tandis que la porte se refermait sur lui.

Les yeux, les yeux humides, vicieux, noirs, bleus. Les mains, calleuses, souples, intrusives, qui dans sa bouche, tirant sur sa mâchoire, qui dans son sexe, son anus, qui arrachant sa perruque lui tirant les cheveux en arrière, lentement, salement. Elle gémit, gargouille à cause des doigts qui s’enfoncent dans sa gorge. Elle les sent qui s’agrippe à ses seins, les pinces, les malaxes, se la dispute mollement comme un morceau de viande qui soudain tombe sur les genoux, brutalisé d’une secousse qui lui arrache une touffe de blondeur. Elle prend un coup de genoux dans le front, la douleur la sonne, ils ricanent, elle entend les zips qui descendent, et puis il lui en rentre une dans la bouche, petite, avec un gros gland champignon rouge et qui pue la pisse et le chlore, ça lui racle le palais, la main qui l’attrape par l’arrière de la tête et la force, avant de l’attirer vers un autre sexe avide et gros celui-là qui lui fonce dedans avec un arrière goût de peau savonné et ne s’arrête que lorsqu’on l’arrache à nouveau à la prise, la retournant toujours en empoignant ses cheveux sous les suce sale pute, regarde moi la vache, je veux l’enculer putain ! Attend ton tour on va tous l’enculer cette chienne, bouffe mes couilles connasse ! Et elle sait qu’ils parlent d’elle mais c’est comme si son esprit se désolidarisait de son corps, qu’elle les regardait faire. Les regardait la trainer de queue en queue, la gifler, la pousser du pied, ricaner, lui forcer le palais, la gorge, les dents, et puis la baiser à trois, un par orifice. Trois par trois, se relayant, se branlant quand il n’était pas dans un trou ou un autre, raclant la viande, sèche, forcée, bientôt suintante de sang rose brun. Et les cris qui lui sortent de la gorge, cette fille aux yeux révulsés, les cheveux gras de leurs sales mains, arrachés par poignées, et les convulsions de son ventre et de sa gorge quand ils déchargent leurs couilles, la barde de leurs saucisse comme d’un poulet brocheté, ce n’est pas elle, c’est une autre. C’est une victime, une femme qu’on tue, une chose qu’on massacre, un objet de consommation jetable sans autre forme de procès. Et elle hurle, ils tirent sur ses tétons comme s’ils voulaient les lui arracher, mordent à belle dent dans le cartilage de ses oreilles, les tendons de son cou, les muscles de son dos que des mains griffues, brutales, labourent comme un fouet de papier de verre. Mais bien sûr rapidement ils l’empêchent aussi de crier, la giflent, lui plaquent la bouche dans un étau de doigts qui tirent sur ses lèvres, ou lui gicle au visage, sperme frais et chaud dont l’odeur sature la pièce avec celle de la testostérone, de la sueur, des chaussettes et des slips sales. Puis elle sent les doigts qui s’agrippent au bord de son cul, tirent comme s’il voulait la déchirer et le goulot de verre qui pousse sur son anneau anal par saccade de coup de pied, les rires, les regarde cette truie, ah elle prend bien ! sale pute ! Champagne ! Ils forcent, ils poussent, ils chantent en chœur la Marseillaise, ils finissent de se branler sur elle. Son esprit vogue au-dessus des cris, de son corps meurtri, de cette bande déloquée, affamée, babouine, carnivore. Paw ! soudain elle sent le verre qui explose d’un coup de pied ajusté. BUUUUUUUUUUUuuuut, le bord coupant qui lui taille le gras de la fesse. Et quelqu’un qui lui écarte une jambe haut en l’air avant de forcer son con. Elle sent le cuir rugueux du gant de gardien, sent qu’en même temps on lui force les dents avec un sifflet. Siffle salope ! Siffle ! Elle essaye, il pousse, aucun son ne vient, il pousse encore mais ça ne rentre pas, plus, les muscles de son vagin contracté. Laisse tomber ça va jamais l’faire. Siffle putain ! elle réessaye mais à vrai dire ce n’est pas elle, c’est son cerveau qui est en mode automatique, son cerveau qui trouve la voie du grelot, elle siffle, souffle, crache le sifflet et expulse de l’air par en bas. Il en profite. Le sifflet heurte une nouvelle fois ses dents, siffle ! Elle pousse sur ses poumons, sent la douleur lui déchirer le ventre, le cuir la forcer, l’écarteler, comme s’il comptait lui agripper l’utérus, tirer d’un coup sec. Mais non il sort, sans ménagement, elle siffle, siffle, prend un coup de pied dans le ventre, crache le sifflet. Ils s’éloignent, se désintéressent, picolent et s’organise un baby. Elle rampe sur la moquette, comme à demi morte. On l’attrape par la cheville, on la retourne, il se plante en elle. Il est jeune, pressé, fait une grimace, les yeux froids, remplis de mépris, il taque taque dans ses hanches et le goulot qui se fixe dans la chair de son anneau. Elle pousse un cri guttural et soudain, s’arcboute, alors qui lui tort un sein, puis force la bouche avec l’embout métallique du sifflet, un long sifflement aphasique lui sort de la gorge, des rires gras, le claquement de la bille de baby contre la plaque de bois. Son esprit est comme assis dans un coin qui regarde et qui pleure pour cette chose là-bas. Cette chose qui ne se tord même plus, les yeux fixes vers le plafond, sifflant, bavant, puis plus rien. Plus rien. Ils s’en vont, en se ventant, en se marrant, en lui lançant merci sale chienne, en lui crachant dessus. Puis ils arrivent, les deux blackos, avec ses affaires. Tu veux te la faire ? Après eux ? Non merci. Ah tant pis pour ta gueule. Alors commence un nouveau genre de séance. Il est monté comme un cheval, il déteste les blanches et les putes, il va lui faire payer. Ah les connards, grogne t-il en lui ôtant le goulot cassé pour l’enculer à sec et sans qu’un cri ne réussisse même à la libérer de l’énorme douleur qui soudain l’empale. Même son esprit ne sait plus quoi faire, il essaye de sortir de la pièce, fuir le cauchemar de viande et de rage qui s’écartèle sur la moquette, rampante sous ses coups de burin, de poing, de gifles dans le crâne qui se balance d’une épaule à l’autre comme une poire de boxe. T’aime ça être une pute hein ! T’aime ça hein ! Salope ! sale enculé de pute ! Je vais t’apprendre moi hein ! Mohamed passe moi une garo. L’autre se marre, le paquet, une cigarette, le gros se la jette entre les lèvres et l’allume. Puis il l’attrape par la cheville en se retirant sèchement. Ca fait un bruit de succion, elle grimace de douleurs, et son esprit est dans le couloir qui la regarde désemparé. A côté de lui, sur la droite il y a un rayon de lumière, un bain, même, qui miroite sur le mur, comme un arc-en-ciel dans la brume, c’est Dieu que se dit l’esprit et Dieu dit à l’esprit, n’ai pas peur, ce n’est rien, décompose, respire, calme toi, ça va aller je suis là, pas loin jamais. Je t’aime. Alors le gros la retourne et ses vertèbres claquent brutalement, puis il lui tombe dessus, sac de ciment, découvre sa nuque, et du bout incandescent, lui troue la peau. La douleur lui irradie la nuque, les oreilles jusqu’aux tempes, sa mâchoire vissée, un gémissement strident qui perce son fond de gorge comme une trachéotomie à l’aiguille à tricoter. Elle hurle mais il l’ignore, il ne la baise même plus, il la brûle, la marque, des lettres le long de sa nuque, sur le haut du dos, Sale Pute.

Les cratères de l’infamie étaient dispersés dans une anamorphose grouillante de crânes et qui de loin, sous une certaine lumière rasante, laissait apercevoir l’ombre d’une corneille dévoilant ses ailes le long de ses épaules luisantes de sueur, le muscle délié. Czar était un grand artiste, incontestablement, et plus encore. Tu retournes quand à Lisieux ? Quand j’aurais refourgué la came. Elle jeta une droite suivi d’un jab dans le sac, un crochet du gauche avant de faire un pas chassé en arrière, balancer trois ou quatre fois le tibia dans le cuir et les quinze kilos qui se balançait au bout de la chaine. Souple, hargneuse, un cobra-rage. Czar la connaissait depuis ce tatouage, il connaissait son histoire, l’histoire de ces cicatrices. Après ça ils l’avaient balancé dans la rue à demi rhabillé. Et puis les flics l’avaient fait hospitaliser. Liaisons multiples, contusions, vertèbres déplacés, déchirures, et ces brûlures que la médecine ne pouvait pas totalement faire disparaitre. Elle était tombée dans le coma en arrivant à l’hôpital, deux mois et demi. Il parait que quand Marco avait appris ce qu’ils lui avaient fait, il était rentré dans une rage folle, qu’il avait fait tuer les deux blackos. Même que c’était l’Afghan qui s’en était chargé. A la scie et au burin. Enfin c’est ce que lui dirait plus tard Jeanne, mais bien sûr à ce moment là elle était ailleurs à causer de la déportation avec Dieu. Dieu était très gêné quand on abordait le sujet. Emily s’en souvenait encore en sortant du coma, ses conversations avec Lui. Tout ce dont elle se rappelait en plus, mais elle ne se savait pas si c’était vrai ou faux, c’était Marco à son chevet avec toutes les filles, tenant des bouquets de lys, et lui qui discourait elle ne savait plus quoi. Emily, Mado, Mado, Emily, elle ne savait plus non plus qui elle était. Et puis il était arrivé comme un sauveur. Toussain Marguerite alias l’Antillais. Il alla la voir quelques jours après sa sortie du coma alors que le neurologue venait de la féliciter pour sa résilience. Là où quatre jours de coma pouvaient laisser des séquelles à vie, Emily était sortie de là comme la princesse des contes, fraiche et disponible mais peut-être pas tout à fait inchangée. L’Antillais était là, au pied du lit qui la regardait, apprêté, un bouquet de fleurs jaunes dans la main, l’air vaguement anxieux, attentif. Quand elle ouvrit les yeux elle venait juste de rêver qu’elle faisait feu avec un pistolet dans chaque main sur des silhouettes en couleur. Des silhouettes anonymes, floues et elle sortait de ce rêve rassérénée. Elle vit d’abord les fleurs et pensa qu’elle n’aimait pas le jaune sur des pétales que c’était bon pour les cocus puis le beau visage lisse de Toussain, son sourire timide, ses bagues aux doigts, son costume sur mesure. Oh bonjour ! dit-elle d’une voix rauque de sommeil. Bonjour Emily, tu vas comment ? Bien, dit-elle comme hésitante. T’es sûr ? Oh oui. Soudain elle se souvenait des cibles de son rêve, et sans les distinguer savait qui elles représentaient. Treize cibles. C’est horrible ce qui t’es arrivé, ce salaud ne te méritait vraiment pas. Elle pensa à Marco, peut-être mais elle aurait préféré qu’il soit là à sa place, avec des lys. Or il y avait bien un vase sur la table de chevet mais il était vide, elle devait avoir encore rêvé… Merci pour les fleurs, dit-elle d’une voix tenue et douce d’enfant effacée. C’est la moindre des choses, déclara t-il en les plantant dans le vase. Sans eau, remarqua-t-elle pour elle-même. Puis elle ajouta, c’est gentil d’être venu. Il eut un air embarrassé. J’ai jamais supporté comment il te traitait, avoua-t-il. Elle ne répondit rien, laissant ses yeux vaquer sur sa personne comme si elle cherchait un indice de la présence de Marco. Puis finalement répondit, tu ne me l’as jamais dit. Non, ni à toi ni à lui, et je n’ai jamais prit ta défense mais tu sais comment c’est dans notre monde…  Oui elle savait, les julots ne se mêlaient jamais des affaires des autres julots et les beaux mecs évitaient de se marcher sur les pieds faute de quoi on avait tôt fait de terminer plombé. Ce n’est pas grave, souffla-t-elle avec une sorte de sourire désenchanté, tu ne pouvais pas faire autrement. Sans doute mais j’aurais dû, ça ne serait jamais arrivé. Le viol collectif, la tournante, oui… et son esprit lui refusait l’accès à ses souvenirs. Mais c’était mieux ainsi, mieux d’avoir treize silhouettes à abattre. Peut-être que c’est tout ce que je méritais après tout ne put-elle s’empêcher d’énoncer à voix haute comme d’une fatalité. Toussain se raidi sur sa chaise. Personne ne mérite ça ! Je suis une pute, lui fit-elle remarquer. Et alors ? C’est pas une raison ! Sans doute mais c’est comme ça qu’elle avait été dressée. Et sans doute avant même Marco. Soit belle et tais toi, soumet toi aux ordres et désirs de ton homme, ne lui manque pas de respect… toutes ces conneries inculquées à travers une éducation sans ambition de parents sans envergure, mais également au travers des hommes qui avaient croisés sa route jusqu’à Marco. L’Antillais revint fréquemment, toujours avec des fleurs, mais jamais des lys, il avait de belles mains aux longs doigts fins et puissants, cerclé d’anneaux d’or blanc, ongles précis et nacrés. Toujours élégant, gentil, prévenant avec elle, et même un peu précieux parfois. Pourtant il n’était pas homo, de ça elle en était certaine, rien qu’à sa façon de la regarder parfois, il avait envie d’elle. Il la désirait. Comment pouvait-on désirer une femme telle qu’elle ? Putain livrée à la violence des mâles ? Souillée, battue, torturée, humiliée et la désirer quand même. Il fallait bien que cela soit une forme d’amour non ? Et les femmes tombent aisément amoureuse de l’amour non ?…. Oui elle tomba amoureuse de l’Antillais, de son élégance, de son côté sérieux, posé, de ses façons et même de son désir.

L’italien avait le visage baissé sur son entre cuisse, les yeux rivés sur la liasse dans le sac ouvert à ses pieds, des bons au porteur, cent dix millions qu’il reprenait à soixante dix mille. Ciento, gronda Blake, cent. Pas un centime de moins, elle en avait trop chié. Rentrer dans la banque, faire des repérages, se grimer, surveiller seule les rondes du quartier, localiser l’emplacement des bons selon les reliefs de documentation qu’elle avait en sa possession. Se trouver une planque, se préparer, cette fois elle ferait ça seule. La salle du coffre était située au quatrième étage de la banque, elle passa par les toits en mode monte-en-l’air et manqua de se faire refaire par leur système d’alarme. Mais la petite était vive et surtout elle savait percer un coffre. C’était Shérif qui lui avait appris, un client, un gentil, qui aurait pu l’épouser, hélas…

Mado

Il est cool Toussain, il m’a trouvé une bonne place. 147 rue Blanche, le Jockey Rouge. Un bar à fille qui appartient à un de ses amis marseillais. Je tiens la caisse et j’assure l’accueil. C’est gentil. Les clients sont pas chiants, les filles couchent pas, ça aide. Lap danse, champagne et beau sourire. Mais pas touche à la marchandise. S’ils veulent se dégourdir les couilles il y a des hôtels de passe un peu plus haut, des salons de massage, ou bien le bon vieux boulard dans une cabine à pièce. Même à l’heure d’internet ça marche encore ces conneries. Le Peep Show… faut pas croire ça a toujours du succès aussi. Côté cœur avec Toussain c’est l’idylle, pas à dire. Il est gentil, prévenant, mais bon… au lit c’est pas aussi bien qu’avec Marco. Je sais, c’est horrible de dire ça, contenu de ce qu’il m’a fait mais il me manque encore parfois. Toussain me paye le psy, après ce qui m’est arrivé il pense que c’est nécessaire et je crois qu’il n’a pas tort, il me traite bien. J’ai parlé au psy de Marco, il dit que c’est le Syndrome de Stockholm. Je ne sais pas, moi je crois que lui et moi c’est encore autre chose, que je l’ai dans la peau pour toujours. Je me demande si lui pense à moi des fois. En tout cas Toussain ne m’en parle jamais. Il dit que Marco et lui c’est terminé les affaires. Je ne sais pas, c’est possible. Parfois l’Afghan se pointe avec Jeanne, il est effrayant ce type, mais Jeanne sait rien sur Marco, elle le voit plus non plus, ou bien elle a peur du fou. Il parait qu’il est même pas afghan d’ailleurs… mais algérien. L’Afghan c’est juste un surnom qu’on lui donne parce que pendant la guerre civile, il était un des pires du G.I.A. Il veut que Jeanne se convertisse d’ailleurs. Elle qu’est si catho ! Bonsoir messieurs… Ils sont quatre, des beaux mecs, ça se voit de suite à leurs façons, leurs costards à cinq cent balles, avec derrière Tony le proprio qui les pousse en avant avec son putain de sourire de crocodile. Je fais signe à deux filles qui vont à leur rencontre, charme et déhanchement ; J’y tiens, Tony aussi, parfois on fait des séances de défilé dans le salon derrière. Tony hoche de la tête dans ma direction, il n’a pas besoin de parler, on sait ce que ça veut dire tous les deux. Je sors le Dom Perignon, cinq cent cinquante boules la bouteille… Même pas du vrai…. Made in China, un plan du marseillais… Ahahahah….  Il s’approche alors que je sers les coupes. Tu peux t’occuper du gros ? Il me fait à l’oreille. Je lève la tête, je sais qui il appel comme ça, le plus costaud de la bande. Costume clair, cheveux gris fer court, peau café au lait, chevalière en or. C’est Shérif, je le saurais plus tard. Il est tranquille gentil lui aussi, et il n’a pas la main baladeuse. Très chic gentleman tunisien. Quand je ne travaille pas il vient me chercher pour aller déjeuner. Toussain ne dit rien, il sait que je l’aime lui, même si… même si Marco quoi… enfin… Shérif fait des affaires à ce qu’il dit mais ils disent tous la même. Il est blindé en tout cas, jamais à cours. Mais je le trouve rassurant, apaisant presque. Et puis il est cultivé avec ça. Toussain c’est pas son truc la culture, j’ai essayé de l’emmener une fois à un ballet classique, il a détesté, il est parti au bout de dix minutes et m’a fait la gueule pendant deux heures ! Shérif c’est autre chose, son truc c’est la peinture. Surtout les impressionnistes, et Lautrec, l’école de Montmartre, tout ça…Il a même un petit Monet chez lui. Mais je crois qu’il les vole. Je crois que c’est pour ça qu’il connait aussi bien.

Je me lève un peu raide, étourdie. Dieu que c’était bon. Dieu que c’est mal ! Pourquoi j’ai fait ça ? Il tend la main vers ma hanche. S’amuse avec les plis de mon ventre, j’ai grossi depuis l’accident…enfin le viol… je préfère l’accident. Ca se reproduira plus. Même si ça se trouve Marco on lui a pas laissé le choix ! Il était drôlement joueur suffit d’un impayé… Ca va ? Il me demande. Je remets mon soutien-gorge et me lève du lit. Oui, oui, très bien. Je jette à peine un coup d’œil dans le miroir, attrape la perruque et la remet sur ma tête. Tu sais, je crois que je t’aime, me dit-il. Je le regarde. Shérif a le visage posé sur son bras musclé, ses yeux noirs langoureux. Je me détourne. C’était une erreur, on aurait jamais dû, je dis. T’es dur. Je sers les dents, oui, il a raison mais c’est mal… non ?