Ma petite entreprise 6.

La première chose que lui et moi on devait faire si on voulait continuer sainement c’était nous barrer de chez nos parents. D’une, pour qu’ils ne soient pas impliqués si jamais on avait des emmerdes, de deux parce que de toute façon c’était ce qu’on rêvait de faire lui et moi depuis au moins deux ans. Avec cinquante mille boules c’était faisable. On se louait un appart en colloc, plus un studio pour s’aménager un coin fabrique pour entreposer, couper, conditionner la coke. Qu’est-ce qu’on allait raconter à nous reups ? Des cracks en jouant sur leurs préjugés. Driss a dit à son père que j’avais hérité d’un appart de ma grand-mère qu’est morte j’avais deux ans, j’ai dit à mes darons que Driss avait un cousin au pays qui nous sous-louait pour une bouchée de pain. J’étais riche parce que j’étais blanc, il avait des cousins sympas parce qu’il était sénégalais. Pour l’argent en soi, comme on ne peut pas payer son loyer cash en France sans que ça fasse louche, on l’a déposé tout simplement à la banque sous un nom de société. Oui, je me suis mis auto entrepreneur. C’est vite fait pour s’inscrire à l’Urssaf et la première année tu payes rien. C’était qu’une solution provisoire, je savais qu’il faudrait tôt ou tard faire mieux et sans doute avec l’aide d’un expert. Comme je savais que personne ne mettrait le nez dans nos comptes du moins pour les premiers cinquante mille balles. Qu’est-ce que mon entreprise faisait ? Du coaching. J’ai eu l’idée en regardant une émission d’Elise Lucet sur la grande arnaque des formations. Comme ça j’avais rien besoin de produire à part de faux contrats de société bidon si jamais on venait nous renifler le cul. Et question déplacement j’étais libre comme l’air. Pour l’appart on a trouvé quelque chose à la limite de Paname, à Levallois, chez les Balkany, t’y crois ça ? Un trois pièces, mille boules par mois, et pour le studio, l’immeuble à côté, ajoute 500, plus trois mois de caution chaque, et les deux au nom de la société toujours. Après on a commencé à couper. Samir voulait encore deux cent g, on a prit un kilo et on a fait deux tiers un tiers, deux tiers de lactose et de Diantalvic, un tiers de coke, hop magique on avait maintenant cinq kiles de plus et c’était encore de la meilleure C. que ce qu’on trouvait sur le marché en moyenne. Test : brun clair, 50%. Puis avec un autre kilo on en a fait le double que précédemment, test :: beige nicotine 30%. Au total on avait maintenant 19 kilos, dont quatre « cuvée spéciale » à 90% de test de pureté. A Samir je lui ai vendu de la N°2 au prix de départ, et il la coupait cinq fois comme moi. Je suis sûr que personne n’a vu la différence. Je précise que cette fois on avait des masques, des gants, qu’on a travaillé en slip pour éviter que la coke se dépose sur nos fringues. Pour le conditionnement, on s’est pas fait chier, sac poubelle et chatterton pour la résistance. De toute manière ils voyageaient en ballon, c’était juste pour faciliter le rangement et la propreté, ce qui peu sembler paradoxale quand tu voyais à côté de ça l’état de notre appart au bout d’un mois, mais hein, on peut pas être bon partout non plus. Ah et si tu te demandes comment deux jeunes dont un noir ont réussi à convaincre deux proprios de nous céder un bail, c’est que tu ne connais pas le pouvoir instantané du cash quand tu verses une caution de presque trois mille euros.

 

Le business, le fric c’est bien, mais si tu peux pas te faire plaisir avec ça sert à rien. Et qu’est-ce tu crois, deux copains d’enfance, pour la première fois chez eux, on a fait venir tout nos potes, et vas-y la fête tous les weekends. Pour s’éviter les jaloux et les rageux on a dit comme au daron de Driss, que j’avais hérité. Pour les dépenses en plus, qu’on avait fait un peu de business par ci par là. On sait comment ça tourne le monde. Mais surtout personne ne devait savoir pour la dope, on avait prévenu nos acheteurs, s’ils racontaient qu’on bossait ensemble, c’était mort. Parfois les lyonnais montaient nous voir, et repartait mulet. Une fois on est descendu à Barcelone avec la bande, on a fait la fête pendant trois jours, craqué trois mille euros en régalant tout le monde. On est aussi parti pendant une semaine en Thaïlande parce que c’était un de nos vieux rêves. A Bangkok, dans un troquet qu’on nous avait recommandé pour sa bectance, on a fait connaissance avec Régis, un français installé sur place avec une thaï comme des centaines d’occidentaux qui vivent ici. Faut dire que les petites thaïs, pour parler direct, c’est des pièges à bite. Je l’ai déjà dit, je ne suis pas porté sur les tapins, mais j’avoue que quand t’as une bombinette sur les genoux, prête à faire tout ce que tu veux, même t’épouser si tu fais d’elle une femme honnête, tu craques facile. Régis c’était le hippy attardé. La quarantaine fêtarde, propriétaire d’un bar de plage dans les iles, connaissant tous les expats à la cool comme lui à Bangkok. Il nous a invité chez lui, nous a présenté sa femme et ses mômes, on est même allé à un match de boxe avec lui. Ils font combattre les enfants là-bas, bin crois moi, il y avait des petits de sept ans t’aurais été contant de les avoir comme garde du corps dans une bagarre. De vraies furies. Et puis deux jours avant le départ il a commencé à nous entreprendre, savoir si on voudrait faire les mules pour lui, que c’était facile, qu’il avait une combine avec un pélo des douanes…. On lui a rit au nez… s’il avait su… Mais passé un mois de fête à craquer notre blé sans compter, on s’était fait un trou de quinze mille euros dans notre réserve et on avait jamais eu autant d’amis tout prêt à venir squatter le canapé à la maison. Oui l’argent c’est bien, mais comme tu sais ça déforme les rapports, et puis qu’on le veuille ou non, les gens commençait à parler. Tu peux compartimenter au maximum t’empêcheras jamais les suceurs de sang de se poser des questions et surtout d’en poser. La nature humaine donc. Un jour on a apprit que Melvine avait fouiné du côté de Claude. L’ambianceur l’avait gentiment remit à sa place mais tu crois qui se passe quoi dans la tête d’un curieux quand tu commences à faire des mystères avec lui ?

–       Putain de Melvine ! De quoi qu’il se mêle putain ! A explosé un jour Driss en apprenant qu’il poukavait sur nous. Il avait dit à sa sœur qu’on était dans la came qui l’avait répété à une des cousines de Driss.

–       Faut qu’on le calme.

–       Putain mais je te jure je vais le défoncer !

–       Reste tranquille, c’est un con, si tu le déchires ça va être pire. Pour le moment y sait pas et y se pose des questions, si on le tape il s’en posera plus. J’ai pas besoin que ce con se mêle de notre business.

–       Tu veux rien faire ? Eh gros c’est ma cousine, elle, elle dira rien, mais tôt ou tard ça va tomber dans l’oreille de mes reups !

–       J’ai pas dit qu’il fallait rien faire, j’ai dit que le taper c’était pas la soluce.

–       Ah ouais ? Et tu proposes quoi alors ?

J’ai réfléchi et puis je lui ai demandé si on pourrait aller causer à son oncle voleur. On allait lui refaire le coup du ticket gagnant mais cette fois avec le loto, histoire qu’il me fasse pas le plan de mon père. Le loto c’est comme de la magie pour un pauvre, tu grattes, et hop t’es riche, il y a pas plus d’explication à ça. Ou tu restes pauvre, mais ça, dans la tête d’un pauvre c’est déjà un truc qu’il connait, il est conditionné à le rester. Donc je me disais qu’on allait passer un savon à ce crétin et qu’ensuite on lui produirait le fameux ticket d’or des poches à Willy Wonka. Monsieur Diallo, Mohamed pour les intimes, qui pourtant était un des frères de sa mère, me faisait beaucoup penser au père de Driss dans le genre raide comme la justice. Lunette en demi lune, cheveux poivre et sel, visage long, anguleux et sérieux comme une déclaration de guerre, avec un de ces regards qui vous cernait en quelques secondes. Mais il nous a invité à prendre le thé et m’a dit quelques mots en français avant de palabrer avec son neveu en ouolof. Puis il m’a regardé par-dessus ses lunettes, comme un prof devant une mauvaise copie et il a déclaré :

–       Sale boulot

Je savais pas de quoi il parlait alors je lui ai demandé.

–       La dope, sale boulot, a-t-il précisé.

Ca y est c’était reparti pour la leçon de morale.

–       J’ai fait ça autrefois, il a ajouté comme s’il devinait dans mes pensées, trop d’emmerdeurs. Vous avez pas fini, faut vous muscler.

J’ai souri, j’étais certes pas gros mais je savais me défendre, et puis il y avait Driss, et lui c’était un morceau. De toute façon c’était pas la question, la question était est-ce qu’il avait ce qu’on cherchait ou pas.

–       Vous inquiétez pas monsieur Diallo, votre neveu personne l’emmerde ou alors pas longtemps.

–       Je parle pas de ça.

–       Oh…

–       Je vais appeler Tonton.

–       C’est qui Tonton ?

Il m’a fait signe de me taire et a composé un numéro sur son portable.

–       Allo Tonton ? Tu fais quelque chose tout de suite ?… Tu peux être là dans dix minutes ?… Un quart d’heure ? Ca marche.

Et pendant le quart d’heure qui a suivi il a continué de parler en ouolof avec Driss, j’avais l’impression d’être une chaise. J’avais finalement compris où il voulait en venir et je m’attendais à voir débarquer un colosse que je m’apprêtais à remercier, je ne voulais pas faire du mal à Melvine je voulais juste qu’il nous lâche les baskets. Finalement il est arrivé et j’ai involontairement eu un coup de flippe. Il était de taille et de corpulence moyenne, rebeu avec des yeux de fou et une tête ravagée par les cicatrices d’acné et les cicatrices tout court. Je ne suis pas un expert et certainement pas flic mais je sais reconnaitre des cicatrices faites par une lame. Qui que fut ce type, un jour il s’était fait taillader le visage. Est-ce que ça expliquait ses yeux de dingues, je ne sais pas, mais sur le moment on m’aurait dit que ce type était un tueur psychopathe je l’aurais cru sur parole.

–       Tonton, ces jeunes gens ont un problème, j’ai pensé que tu pourrais les aider. Vas-y jeune homme, explique-lui.

J’étais embarrassé, je ne savais pas par où commencer et surtout je savais déjà que je ne voulais pas de ce type dans mon environnement.

–       Euh… écoutez… c’est un copain et je ne veux pas…

Tonton s’est tourné vers l’oncle l’air de ne pas comprendre.

–       Non, ce n’est plus ton copain, m’a coupé l’oncle avec son air sévère de prof, tu n’as pas de copain dans ce business, tu as éventuellement des partenaires ou des emmerdeurs. Alors tu choisis, et tu ne nous fait pas perdre notre temps, ce type, c’est un partenaire ou c’est un emmerdeur ?

–       Euh…

Il y a toujours un moment dans la vie, une situation où tu sais que tu dois répondre vite et bien ou tu vas tout perdre. Un instant où tu dois basculer très vite dans une autre forme de raisonnement, sortir de ta zone de confort et agir en conséquence. Ce moment par exemple où un type dans une bagarre sort un couteau et où tu dois choisir entre t’enfuir ou te battre. Cet instant où tu es avec la fille de tes rêves et tu sens que si tu ne dis rien très vite tu rêveras d’elle le restant de tes jours sans l’avoir touché. C’était un moment comme ça et il a été très bref, comme tous ces moments là.

–       Un emmerdeur, j’ai répondu, mais je ne veux pas qu’on lui fasse du mal. Juste qu’il nous foute la paix.

–       Pourquoi ? M’a demandé l’oncle en me fixant dans les yeux.

–       Pourquoi quoi ?

–       Pourquoi tu ne veux pas lui faire du mal ?

–       Parce que j’ai pas besoin de faire d’un emmerdeur des ennemis. Ca fera des histoires, les gens vont parler, c’est ce qu’on veut éviter justement.

Il n’a rien dit, il m’a regardé pendant quelques secondes et puis il s’est tourné vers Driss et lui a parlé en ouolof. Driss a       sourit et m’a regardé à son tour sans un mot, impossible de dire à quoi il pensait. Qu’est-ce qu’ils avaient ces deux là ?

–       Donnez-moi son nom et son adresse, je m’en charge, a dit simplement Tonton.

–       Euh… je peux savoir comment ?

–       Est-ce que je te fais peur petit ?

–       Euh…

–       Alors tu sais comment.

C’était le même moment que précédemment, ou je disais une autre connerie ou je balançais Melvine en espérant qu’il se contenterait de lui faire peur comme il nous faisait peur, et comme il devait faire peur à tout le monde. J’ai balancé l’adresse et advienne que pourra, j’avais plus le choix, ces deux là c’était du sérieux, je jouais dans la cour des grands maintenant, du moins c’est ce que venait de me faire comprendre Monsieur Diallo. Tonton est parti comme il était venu, sans rien demander, quand la porte s’est refermée, l’oncle a dit :

–       Tu n’entendras plus jamais parler de ce petit con, crois moi jeune homme.

–       Il ne va pas…

–       Il me semble qu’il a été clair, Tonton ne fait pas mal aux gens, il leur parle, crois moi ça suffit.

J’étais presque rassuré mais je voulais savoir combien ça nous couterait, pas question que quelqu’un prenne encore un pourcentage. Monsieur Diallo a sourit et s’est tourné vers Driss.

–       Tu vois ce que je te disais ?… puis en s’adressant à moi. Tu verras ça avec lui quand il viendra te voir

–       Je ne lui ai pas donné notre adresse, vous la voulez ?

–       Ne t’en fais pas, quand il aura besoin de te trouver, il te trouvera.

Merde, j’avais l’impression d’être dans un film avec le chef de la mafia. Quand on est parti j’ai demandé à Driss ce qu’il avait dit sur moi.

–       Que t’étais un mec intelligent.

–       Ah cool.

–       Mais que t’avais un cœur de crocodile.

–       Oh… c’est moins cool ça.

–       Pour lui c’est un compliment.

–       Et pour toi ?

Il a hésité, et puis il a répondu :

–       Disons que je suis contant d’être ton pote et pas ton pire ennemi.

Non pour lui ça n’en n’était pas un. Plus tard j’ai fini par lui demander s’il le pensait aussi, il ne m’a pas répondu, ça m’a mis mal à l’aise. Ce n’était presque rien, une virgule, un espace minuscule mais j’ai senti qu’à partir de ce jour il y eu comme une distance entre lui et moi, comme s’il se faisait un écran de protection à mon endroit. Ca m’a travaillé la tête pendant bien quinze jours et puis Usman est revenu à Paris et j’ai eu une tonne d’autres trucs à penser. Melvine ? On l’a croisé un jour, il n’a pas seulement changé de trottoir, il s’est enfui en courant. Qu’est-ce qu’avait pu lui dire Tonton, pas la moindre idée, tout ce que je sais c’est qu’un jour, comme l’avait prédit l’oncle, il était devant notre appartement avec sa tête de cimetière et ses yeux de dingue. Je n’avais pas la moindre idée de combien il allait nous soutirer, ni même si lui aussi réclamerait sa part, j’ai été un peu surpris parce qu’il nous a demandé en guise de paiement.

–       Il veut qu’on fasse de quoi ? S’est écrié un peu plus tard Driss.

–       Qu’on garde ses mômes pendant un weekend.

–       Mais il est pété lui on est pas des nounous !

–       Je suis pas certain qu’on ait le choix tu vois.

Même quand il te demandais ça t’avais l’impression qu’il allait te déchirer en deux et y prendre plaisir, j’ai pas cherché, j’ai accepté. Ce que j’ignorais c’est que les trois mômes avaient entre huit mois et trois ans, je ne sais pas ce qu’il cherchait à faire en confiant des mômes aussi jeunes à des mecs comme nous mais ce qui est sûr c’est qu’on avait sérieux intérêt à assurer. Ce que j’ignorais également, c’est que mon pote était terrifié par les bébés. Et crois moi il y a de quoi.

 

Quand tu vois sa tête t’imagines pas qu’un mec comme ça puisse avoir femme et enfant, plutôt qu’il les mange. Il vivait à Paris dans le XVIII, près de Marx Dormoy, il m’avait juste expliqué que le père de sa femme était tombé malade et qu’ils devaient d’urgence se rendre au Maroc. Elle s’était la petite beurette effacée et mignonne comme un bonbon, encore un truc que t’avais du mal à imaginer en le regardant, qu’il puisse attirer les jolies filles. Elle ne nous a pas posé de questions sur qui on était ou comment on connaissait son mari, seulement expliqué quoi faire, où était les biberons d’avance et les pots pour bébé, les couches, la crème pour les fesses du marmot si elles étaient irritées, etc. Et nous voilà tous les cinq avec la petite Samia, trois piges, Mounir, dix huit mois, et Amin qui se tortillait dans son couffin en attendant de se transformer en sirène pour le reste de l’après-midi. D’entrée la petite nous a calculé.

–       Vous, vous vous êtes jamais occupé de bébé, elle nous a balancé, ses parents partis.

–       Pourquoi tu dis ça, lui il a plein de frère et sœur, j’ai répondu en essayant d’avoir l’air le plus enthousiaste du monde

Elle a soupesé mon pote du regard et puis elle a fait :

–       Bof.

–       Bon, tu veux faire quoi, tu veux jouer à quelque chose ?

Elle nous a toisé et puis elle a regardé son petit frère qui était en train de se carapater vers la cuisine.

–       Vous feriez mieux de vous occuper des deux autres, moi j’ai à faire.

Et sur ce, elle nous a tourné le dos et est parti dans sa chambre faire dieu sait quoi avec un air de pape en visite.

–       Pooo ! Comment elle t’a tué frère ! S’est écrié Driss en rigolant.

–       Comment elle nous a tués, j’ai précisé, je te rappel que toi c’est bof.

Là dessus j’ai senti un truc rebondir sur ma cuisse, c’était l’autre qui me balançait ses cubes dessus en poussant des petits cris de joies.

–       Pas beau ! Il a fait en terminant sa déclaration d’un bruit de ventouse fatiguée.

–       Mouais… je vais te dire un truc frère, on est dans la merde.

J’avais pas idée comment.

 

Déjà faut savoir qu’à tout âge, à partir du moment où ça a compris comment fonctionnait ses bras et ses jambes un gamin ça bouge. Tout le temps ! Tu poses l’un dans sa chaise que t’es en train de faire chauffer son petit pot, la petite se pointe, critique ta façon de faire, ouvre le frigo, grimpe carrément dedans pour attraper le berlingot de jus d’orange ouvert, gros comme elle, tu sautes pour la rattraper qu’elle foute pas le jus en l’air en plus, t’as une main qui tient le berlingot, une autre qui retient la môme et pendant ce temps le petit frère est en train d’escalader sa chaise que dans moins une seconde il va se fracasser. Tu hurles, ton pote arrive pile poil pour ramasser le gamin qui s’est vautré, sans même hurler et qui se carapate en rigolant. Tu prends l’un et l’autre, tu les remets à leur place, tu dis à la gamine que la prochaine faudra demander et pas se servir comme ça, elle t’envois rebondir en te disant que t’es pas son papa, t’essayes de faire bouffer le petit, il s’en colle la moitié un peu partout sauf dans la bouche, fait des bulles avec son pot poulet carotte et je passe vingt minutes et toutes les ruses qui me traversent la tête pour éviter qui me colle le tout dans la figure. Sans compter l’autre dans son couffin qui hurle comme une alarme depuis que ton pote a arrêté de faire areuh areuh et coucou qui est là avec lui. La petite qui réclame un steak haché purée avec un œuf, alors qu’il n’y pas de purée ni d’œuf, et quand tu lui expliques te dis d’aller faire les courses. Ton pote y va parce que sinon tu sais que tu lui feras rien bouffer tellement elle est butée qu’on dirait un CRS, et évidemment quand tout est prêt, la princesse n’en veut plus et passe une heure à table pour finalement n’avaler qu’un peu de steak, une cuillère de purée le tout en évitant soigneusement de toucher au jaune d’œuf parce qu’il y a une tâche orange dedans. Et comme en plus ton pote panique à l’idée de prendre un môme dans les bras et manque de tourner de l’œil quand il ouvre une couche, c’est toi qui te paye l’usine à merde. Parce que c’est ça des mômes de cet âge, des usines à merde ambulantes. La petite encore, elle allait aux toilettes elle-même, mais fallait venir l’essuyer ! Quand aux deux autres, oublie. J’avais jamais fait ça moi, changer une couche. La première fois t’as l’impression de déminer un truc, tu ouvres n’importe comment, tu t’en fous plein les doigts, le môme se barbouille dedans, t’as envie de vomir et quand t’as enfin réussi à lui retirer sans tout saloper, que tu vas pour lui en enfiler une autre, tu vois sa petite bite se dresser et avant que t’es dit ouf il te pisse dans bouche ! La première fois j’ai eu envie de le tuer, la seconde je l’avais prit dans mes bras et la couche était mal mise, hop mon sweat préféré niqué à la pisse de bébé, la troisième j’ai évité de peu de me le reprendre dans la figure mais on n’a pas évité le dessus de lit des parents, la quatrième j’ai piqué un masque de Mickey à la petite et je l’ai changé avec. Il a commencé par me regarder comme un genre de trésor inédit avant de glousser de joie et de se mettre à babiller et à rigoler, c’était apparemment le truc le plus marrant et inventif qu’il ai jamais vu. L’ennui c’est qu’après ça, dès que j’enlevais le masque il piquait une crise. Impossible de le faire dormir, à brailler en boucle… sauf si je remettais mon masque…. Samia nous a fait jouer à la dinette et puis au docteur avec son frère comme cobaye, elle m’a montré également comment on faisait avec une couche, indiqué la bonne température des biberons et des pots, une vraie petite bonne femme au foyer. Et ça c’était que le premier jour ! On est tombé rincé… entre neuf heures du soir et deux heures du matin, après quoi Amin est rentré en mode alarme. Bon tu le changes, tu lui donne son bibe, tu le dorlotes avec ton masque et quand tu crois qu’il dort, que le machin va pas repéter un scandale, à peine t’as posé un cul sur le canapé qu’il remet ça. Et comme ça jusqu’à quatre heures du matin par intervalle réguliers de dix minutes. Là-dessus la petite Samia se lève, et comme si les pleurs de son frère l’encourageaient, Amin s’y colle aussi. Je peux te dire que cette nuit là, le Melvine on aurait pas été fâché que Tonton le désosse. Finalement je me suis retrouvé à raconter une histoire à Samia, Amin dans les bras et mon masque sur la face pendant que Driss faisait faire des tours de poussette à Mounir. C’était la petite qui nous avait dit que ça le faisait dormir. Ce qu’elle n’avait pas dit c’est que si tu t’arrêtais il en remettait une couche. Trois heures de sommeil, et hop ils étaient tous sur le pont, remontés comme des pendules. Et la smala qui a reprit. Mounir qui veut recommencer ses exploits de la veille et manque de se vautrer, la petite qui boude devant ses céréales parce qu’il y a pas de miel dans cette formule, il n’y a que le plus petits qui a bien roté et a babillé un moment avant de roupiller une heure. Et puis c’est pas tout, faut nettoyer le chantier. La cuisine que tu retournes deux fois parce que t’essayes de faire manger trois gosses, le salon où les gosses ont amené tous leurs jouets tellement il y en a t’as l’impression qu’ils ont fêté Noël tous les jours depuis leur naissance, la chambre de la petite et de son frère, celle des parents avec la couverture constellée de pisse. Heureusement il y a un truc magique et universel en ce monde, la baguette magique pour hypnotiser grands et petits, le vide-crâne multi usage : la télé. Tu colles deux mômes devant Gulli, t’as une heure, une heure et demie de paix absolue. Après quoi faut au moins trouver un film pour la petite qui sera sans doute trois fois le même pour le reste de la journée. C’est pas compliqué un môme tout ce qu’il veut c’est rester le plus longtemps possible avec ses amis de dedans l’écran. C’est presque comme si tu l’emmenais dans le plus génial parc d’attraction de la terre et que tu l’y laissais pour qu’il fasse éternellement la même chose. C’est pour ça que ça marche aussi bien les séries et les films de super héros avec les adultes, ça titille leur côté marmot qui veut regarder 250 fois le Roi Lion en boucle. Mais bien sûr on pouvait pas rester enfermé comme des cons. Rester à la maison avec trois mômes de cet âge c’est comme de jouer avec des grenades à main sur un baril de poudre si tu le fais pas pour eux tu le fais au moins pour toi de peur d’imploser. Mais quand même, ça peut pas être aussi simple. Sortir avec un môme de huit mois, un autre d’un an et demi et la troisième avec ses exigences… c’est une vraie expédition. La petite m’a fait retourner son placard deux fois et s’est changé trois fois avant de trouver the tenue que miss Monde voulait porter pour aller au square. Après quoi évidemment il a fallu habiller les deux autres, mais en fait non parce qu’Amin a trouvé le moyen de faire dans sa couche, alors hop tu le change, tu le rhabille, et au moment de partir c’est Mounir qui s’y met, rebelote, et puis il y a aussi les jouets, essayer de faire comprendre à Samia qu’il va falloir faire une sélection parmi ses poupées et que non on ne peut pas emporter la maison de Barbie, résultat elle te tape un scandale à rameuter tout l’immeuble alors que l’un est déjà dans son landau et l’autre dans sa poussette, et tu passes dix minutes à négocier en ayant l’impression d’avoir à faire à Pablo Escobar tellement elle t’enfumes. Tu finis par décoller environs une demi-heure après le premier faux départ. Mais comme t’es dans un putain de grand ensemble, faut que t’attendes que l’ascenseur soit libre parce que tu rentres pas dedans avec un landau, une môme, deux adultes et une poussette si t’as plus d’une personne de plus dans la cabine, et une fois ça, faut sortir de l’immeuble avec personne pour t’ouvrir la porte, bref la moindre manœuvre te prends entre cinq et dix minutes parce qu’un ahuri d’architecte a eu l’idée de mettre un escalier après le hall, et deux portes à la con qui se referment toute seule. Putain, en vingt quatre heures j’étais à la fois devenu féministe et bien déterminé à ne jamais de ma vie avoir de môme. Je pensais à toutes les mères de famille qui se tapaient ce genre de sport tous les jours, certaine sans l’aide du moindre mec et à tous les mecs qui trouvaient déjà que de se lever le matin pour le taf c’était dur ou qui pleurnichaient leur mère parce qu’il fallait faire le ménage, moi et Driss y compris. Je pensais à tous ces couillons qui se croyaient forts parce qu’ils avaient des muscles, un flingue ou les deux et qui auraient été incapables de gérer ces trois là au quotidien. A tous ces tocards qu’on voyait dans le poste avec leurs belles dents, leurs costards d’important, leurs airs d’expert en tout qui expliquaient au monde ce qui était bien ou non pour nous, les philosophes mes doigts, les spécialistes, les journalistes et par-dessus tout la crème de la suffisance, les hommes politiques… Quelle tête y ferait avec de la pisse de bébé dans la bouche, pour négocier la poupée ou le goûter à la petite Samia sans 49,3 ni gros discours d’enflé ?

–       Je vais te dire gros, les vrai héros de cette planète c’est les parents, et le chef des héros c’est nos daronnes, j’ai dit à Driss alors qu’on était enfin assis au square, maté par toutes les mères de famille, alors que les schtroumpfs se pougnaient la face pour un ballon, une petite voiture, la première place sur le toboggan.

–       T’as trop raison frère, plus jamais j’oublierais la fête des mères ! M’a confirmé mon pote.

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Prison : joyeux Noël les pauvres !

Tous les ans, on ne va pas y couper, on nous rappelle que pendant que la famille Tartempion se régale de saumon fumé au mercure, les SDF crèvent dans la rue. Cet automne on a même eu droit à la version réac, « et nos SDF d’abord » quand une horde de trente mille réfugiés a envahi ce pays de soixante six millions d’habitants… Pas une seule fois on a une pensée pour les près de 70.000 prisonniers qui vont passer Noël au chaud, comme aiment à dire les amis des SDF, et qui vont en réalité les passer au milieu des ordures, des odeurs de merde, des rats, des puces, des cafards et des dépressifs. Noël à trois dans neuf mètres carrés dans la moyenne des cas, soit deux mètres carré de plus qu’une poule pondeuse dans un élevage intensif. Peut-être que Madame Lagarde y pensera en retournant à New York mais c’est pas sûr. Je vous propose donc de changer un peu la tradition et d’avoir une pensée pour eux.

 

Prison française, ça déborde.

Soyons juste la France n’est pas, contrairement à ce que l’on affirme ici le pire élève de l’Europe, les prisons belges et italiennes sont également dans le rouge sans compter les grecs ou les hongrois. Mais les politiques pénales ne sont également pas les mêmes et la densité de population non plus. Concrètement la France c’est une surpopulation carcérale moyenne de 117% dont 150% pour une quarantaine d’établissements, 200% pour Fresnes et 300% à Perpignan. Mais les statistiques ne disent pas grand-chose en réalité. A ce compte là le Lichtenstein est le plus mauvais élève d’Europe avec un taux de plus de 300% Or on doute que la criminalité au Lichtenstein soit endémique ou même que les conditions de détention soient les mêmes. D’ailleurs à ce compte toujours, si l’on se réfère à la seule question des places, la réponse facile et simple des politiques à ce jour est la réponse immobilière. Construire toujours plus de prison. Et pour cause, c’est devenue un business. En 87 le taux d’occupation moyen était de 160%, Albin Chalandon, Garde des Sceaux lança le Plan 13000 visant à augmenter le parc pénitencière de 13000 places et dans la foulée ouvrit le domaine au privé. Le même qui avait privatisé la gestion des autoroutes…. Résultat depuis 1990 le parc pénitencier a augmenté de 60%, la moitié est aux mains de trois groupes (Sodexo, Engie, Bouygue) et l’état devra verser pour treize contrats en PPP (Partenariat Public-Privé) un milliard et demi au secteur privé jusqu’en… 2040. Autant d’argent qui n’ira ni à la réinsertion, ni au recrutement du personnel, ni à l’aménagement des peines. Or plus les investissements en gestion déléguée augmentent plus les fonds pour une nouvelle politique carcérale diminuent. Mais reste qu’il n’y a pas seulement la question des places, il y a les conditions de vie. En février dernier deux détenus de la prison de Fresnes étaient admis à l’hôpital pour leptospirose, une maladie rare transmise par les rats. En fait la situation est telle que l’Observatoire International des Prisons a saisi le tribunal de Melun en raison de l’insalubrité qui y règne et dont se plaint également le personnel pénitencier. Action que l’OIP avait déjà menée aux Baumettes il y a cinq ans. Une situation qui est devenue commune en France puisque nous avons déjà été condamnés en 2013 par la Cour Européenne des Droits de l’Homme pour « traitement inhumain » en raison de l’insalubrité de la Maison d’Arrêt de Nancy fermée en 2009. Et on se souvient tous du scandale qu’avait suscité le film fait par les prisonniers à Fleury sur l’état de leur prison. Quoiqu’en France le scandale tenait plus dans le fait que les prisonniers aient des portables plutôt qu’ils vivent dans un dépotoir… Ca ne déborde pas seulement du côté des prisonniers mais également du côté des ordures.

 

Logique de la violence.

A la surpopulation et à l’insalubrité il faut également ajouter un manque criant de personnel que dénonce régulièrement les organisations syndicales. Manque de personnel et surpopulation qui conduisent obligatoirement à des situations comme un accès restreint aux médicaments, un défaut d’intervention dans les cas d’urgence (violence, automutilation, suicide, arrêt cardiaque, etc…) avec des conséquences souvent dramatiques. En 2007 dans la mal nommée prison Bonne Nouvelle à Rouen, un détenu tuait et dévorait les organes d’un de ses codétenus qu’il avait prit le temps…. de cuisiner. La victime était un petit délinquant légèrement retardé mentale, le tueur, reconnu coupable de ses actes en dépit du fait que son avocat avait de multiple fois signalé ses problèmes psychiatriques, a prit dix ans. Le troisième codétenu qui avait assisté à la scène impuissant s’est suicidé deux ans plus tard. Bref deux morts et un malade mental qui n’est clairement pas à sa place. Et ce n’est même pas un cas à part puisque dans la même prison un autre psychotique égorgeait purement et simplement sa psy. Or en 2006 une étude démontrait que 35 à 42% des détenus étaient considérés comme manifestement ou gravement malades psychiquement et que 80% de la population carcérale était atteint de troubles psychiques. Pour ceux qui s’inquiète encore du sort des SDF dans ce cadre, c’est 40% de la population des sans domicile qui souffre de troubles. Or non seulement il y a déficit de personnel médical spécialisé mais l’accès au soin est à la fois compliqué et stigmatisé par les prisonniers. Etre un « cachetonneur » en prison c’est l’assurance de passer pour un moins que rien. Et quand l’administration ne sait plus quoi faire elle expédie le détenu dans un hôpital qui s’empressera… de le mettre à l’isolement. C’est-à-dire le plus souvent, sanglé sur un lit et oublié jusqu’aux heures de repas. Car il y aurait également long à dire sur la régression que connait la psychiatrie française depuis 15 ans mais ce n’est pas le sujet. Le sujet est que dans cette logique de la violence la France détient un des records d’Europe du taux de suicide, 15,7 suicides pour 10.000 détenus pour la moitié moins ailleurs en 2012, soit environs une centaine de suicide par an. Et qu’à ça il faut ajouter 60 % de récidive. Sachant que les voleurs, les trafiquants de stupéfiants et les automobilistes constituent la majorité des récidivistes. 44% pour les seuls automobilistes, comme quoi à nouveau il faut faire attention avec les chiffres surtout si on tient compte du discours sécuritaire commun. Ajoutons enfin que l’usage du « mitard » comme mode de punition commun, la promiscuité, la faible quantité et de qualité des parloirs comme la libre circulation de presque toutes les drogues (l’alcool étant plus difficile d’accès) ne peuvent en aucun cas améliorer la situation psychique. Car si l’on est capable de chiffrer les suicides en prison on ne chiffre pas tous ceux qui interviennent dans les deux ans après la libération. Une dépression pas soignée ne se guéri pas instantanément au contact d’un papier de libérable.

 

Ecole de la misère

Pour commencer il y a en prison deux catégories de prisonniers, ceux qui ont de l’argent et les autres. Ceux qui ont de la famille, des économies ou qui peuvent travailler au sein de la prison et les indigents. Les uns pourront « cantiner » à savoir payer une fortune un paquet de gâteau vendu par la prison, les autres mangeront des patates à l’eau. En moyenne en prison tout coûte plus de 27% plus cher que dans un supermarché. Mais attention ça ne veut pas dire que parce que vous voulez travailler qu’on va vous y autoriser. C’est à la discrétion de la direction et ça peut donner des situations ubuesques comme à Toulouse où quatre délinquants sexuels se sont vu proposer de monter… des sex toys. Ainsi non seulement les places sont rares mais les prisonniers sont généreusement exploités. Sur une fiche de paie on peut lire pour 56 heures de travail effectué la somme astronomique de… 78 euros. En moyenne un détenus gagne 337 euros pour un temps complet, soit moins qu’un RSA. Sans contrat de travail, de droit au chômage, d’indemnité en cas d’arrêt maladie ou d’accident du travail et bien entendu sans pouvoir faire appel au droit du travail en cas de licenciement abusif. Quelque soit le motif et la nature de la peine, il est apparent qu’en France la punition prévue par la loi n’est pas seulement la privation de liberté mais la privation des droits les plus élémentaires. Dans cette logique on voudrait encourager les trafiques et une prison à deux vitesses on ne s’y prendrait pas mieux. S’inscrivant dans le fonctionnement racialiste qui est le sien, Eric Zemmour bramait il y a quelques années que c’était toujours les mêmes derrière les barreaux. Il a raison, ce sont toujours les mêmes, 63% de la population carcérale est sans emplois ou originaire d’un milieu ouvrier et 62% a entre 16 et 19 ans…. Et même si les statistiques ethniques sont interdites en France on sait quand même que seuls 17% des détenus sont étrangers. On le voit donc pour l’essentiel le profil type du délinquant français est un jeune pauvre, urbain puisque les agriculteurs ne représentent qu’un pourcent de cette population. Il est difficile d’obtenir des chiffres exacts qui soient exemptés d’idéologie sur la criminalité en France. On constate seulement qu’elle est en augmentation dans le domaine de la violence, notamment dans celui des homicides et de l’atteinte à l’autorité publique (+8%). Mais surtout que cette violence intervient dans une majorité des cas… au sein des familles les plus démunies. Si on ajoute l’évidente justice de classe qui autorise donc une madame Lagarde a être dispensée de peine et un SDF a faire deux mois pour avoir eu le toupet d’avoir faim, on peut effectivement faire ce constat, en France ce sont toujours les même qui vont en prison : les pauvres et les jeunes. Sachant que sur cette population 30% est en préventive, à savoir encore considéré comme innocent jusqu’au jour du procès (compter en moyenne trois mois et demi d’attente). Et ne comptez pas sur une maladie ou une fin de vie pour bénéficier d’une dispense de peine, celle accordée à Maurice Papon est l’exception qui confirme la règle, elles sont quasi inexistantes.

 

 Une cruelle réalité

La prison c’est une accumulation de petites brimades, valable pour tous. Qui est déjà allé à un parloir a pu constater que les gardiens s’adressent aux familles des détenus comme si elles s’étaient également rendue coupable de quelque chose. A Villepinte, notoirement connue pour sa sévérité, un ancien prisonnier me racontait que les gardiens arboraient fièrement leur pin’s du Front National. On peut y trouver sans peine du shit ou du Subutex mais les épices comme le café sont interdits par l’administration. On a peur que les détenus s’excitent… Dans l’acceptation de la logique populaire et populiste, non seulement ils l’ont mérité mais qui plus est on puni de moins en moins notamment « à cause de Taubira ». Durant toute la durée de son mandat et même après la Garde des Sceaux a été le cauchemar de la réaction et ceci au nom de ce que celle-ci appel le réel. Etant convenu par avance qu’on n’est pas assez sévère, qu’on met de moins en moins de monde en prison et que paf le chien, tel permissionnaire a violé et tué telle victime. Victime dont on ne parle bien entendu jamais. Pour ces amateurs de réalité disons que les faits sont un peu plus cruels. En fait on enferme plus, plus longtemps. Depuis 2005 la population carcérale a augmenté de 12% et la durée moyenne des peines est passée de 8,6 mois en 2006 à 11 mois en 2013. Ceci notamment grâce aux lois sur la récidive voulu par le mis en examen Nicolas Sarkozy. Le nombre de permissionnaire qui profitent de leur liberté pour filer ou commettre un délit est de seulement 0,5%. Quand aux dispositions de la loi Taubira, sur 122.805 peines prononcée en 2014, elles ne concernaient qu’un peu plus de… deux milles détenus, dont madame la député Sylvie Andrieux…. Quand à l’augmentation des places de prison non seulement on le voit ça ne change strictement rien ni aux nombres de condamnation ni à la surpopulation mais trois mois à peine après son ouverture, la prison de Corbas installait des matelas en cellule. Car oui c’est aussi une réalité de nos prisons, les moins chanceux peuvent dormir par terre. Et pour ceux qui s’attacheraient coûte que coûte à cette idée de punition et d’exemplarité, je rappellerais que ce régime a été également celui des accusés d’Outreau, et de quantité de mis en examen qui furent soit innocentés soit leur peine invalidée en non-lieu, ce qui ne les a pas empêché de passer des mois voir des années en préventive. En 2003, sur 47000 mis en examen, 4000 se sont soldés par des non-lieux. Mais en réalité on ne sait pas exactement le nombre de personne qui ont fini par être libéré en cours de procédure (ce qui est très fréquent) ou enfermé à tort. Sur le sujet de la révision des procès, la justice française n’est pas la championne. Seulement 33 affaires ont été révisées depuis 1989 et seulement six ont été reconnues comme des « erreurs judiciaires » depuis… 1945. Autant de vicissitude que ne connaitrons sans doute jamais les Balkany et qui n’a que très rarement effleuré les très nombreux hommes et femmes politiques condamnés en France. Au reste on parle de « carré VIP » à la Santé, sans qu’on sache très bien pourquoi un criminel de l’envergure du Général Noriega ou d’un terroriste comme Carlos ont droit à des cellules individuelles de onze mètres carrés, là où Yassine ou Kevin du 93 vont croupir dans une cellule surpeuplée et crasseuse pour possession de deux plaquettes de shit. Mais il est vrai que ni l’un ni l’autre ne peuvent se payer les services de feu Maitre Verges. Car c’est une autre constante de la justice. Si vous n’avez pas d’argent la loi vous désignera un avocat commis d’office. Encore faudra-t-il que celui-ci ne soit pas a)un débutant b)qu’il soit motivé par cette obligation qui lui ai faite c)qu’il soit compétent. Trois conditions qui ne coulent pas de source. Pour un certain nombre d’amende de transport je suis passé au tribunal. Dix minutes avant mon avocat commis d’office m’affirmait qu’il ne m’arriverait rien, dix minutes plus tard le tribunal se déclarait incompétent et me renvoyait en correctionnel. Et si je n’ai jamais été condamné c’est uniquement parce que la partie adverse (la SNCF) n’avait produit ni de procès verbal, ni même envoyé un avocat la représenter. Pour le même exact délit un SDF a pris quatre mois ferme…

 

La prison ne sert à rien

Pour les détenus récidivistes, s’il ne s’agit pas d’une « école du crime » selon l’expression consacrée ou d’un moyen de promotion au sein d’un milieu marginal, il s’agit surtout d’un cercle vicieux dont on ne se sort pas. Et plus le détenu est jeune, plus ses chances de récidive sont grandes. Et l’on parle ici du noyau dur de la récidive, à savoir les délits concernant le trafic de stupéfiant, le vol ou les violences volontaires. Si on aborde la récidive en termes de délit routier on obtient un taux de 70% sur 500.000 prisonniers. Peu importe les quatre lois concernant la récidive, peu importe l’aggravation des peines ou l’application des peines plancher, en l’état ça ne sert à rien du tout, ça ne résout rien. Pas plus que l’usage de la peine de mort n’a jamais freiné aucun criminel, la prison n’est un motif ni de dissuasion, ni de prévention, ni d’exemplarité. Pour les uns c’est un enfer dans lequel ils vont se faire écraser, pour les autres une occasion de retrouver les copains, et d’autre encore, les deux à la fois. Elle ne l’est d’autant pas si la réinsertion n’est pas préparée. Dans les cas des sorties sèches (sortie sans aménagement, soit 80% des cas), le taux de récidive est quasiment garanti, et plus le détenus est jeune donc… Or comme on l’a vu c’est bien les jeunes qui sont majoritairement enfermés en prison en France. Je me risquerais bien un parallèle avec les prisons américaines qui ont enfermé 40% de la population noire mais ça serait dire que ce pays vieillissant se défie de sa jeunesse et ça serait mal. La prison voulue comme un lieu où faire amende honorable est en réalité tout au mieux un endroit où parquer ses criminels pour un temps donné en espérant que ce temps ne profite pas plus au criminel qu’à la société. Au début des années 90 Farid Berrahma était un petit dealer de Marseille sans envergure, à sa mort en 2006 il était le « Rôtisseur » flamboyant trafiquant des quartiers nord et ex homme de main de Francis le Belge… Or pour qu’il y ait réinsertion, notamment pour trouver un emploi, les permissions et les aménagements de peine sont indispensables. Mais pas seulement, il faut également qu’il y ait possibilité de se former, s’éduquer et la volonté qui va avec. Or il ne va pas de soi quand on a tout juste 18 ans, qu’on a connu comme seul environnement la précarité et le chômage, ni d’aller à l’école pour s’en sortir, ni d’apprendre un métier. Et d’autant moins quand en terme d’exemplarité on apprend qu’un casier judiciaire vous interdit l’accès à plus de 300 professions… excepté celle de député… D’autant quand en terme d’exemplarité toujours on vous fait vivre dans un taudis surpeuplé en espérant que ça vous inspire autre chose que de la haine et de la révolte. 30% des détenus sortent sans un sou, sans emploi, et tient justement, SDF… Dans ces conditions la récidive devient parfois simplement une question de survie.

 

Quelle solution pour quelle prison ?

Globalement il existe deux modèles phares, américain ou scandinave. La logique américaine est bien entendu à l’initiative privée. La majorité du parc pénitencier est sous gestion privée avec des conséquences juridiques catastrophiques. Certains établissements ayant accepté des clauses d’occupation, l’état paiera des pénalités si les prisons sont remplies à moins de 100%. Le budget lobbying de cette industrie a augmenté de 138% avec pour double conséquence la création de nouvelle loi pour enfermer plus de monde, et une population carcérale de plus deux millions d’individus. Faisant des Etats-Unis le pays enfermant le plus ses citoyens, devant la Chine et la Russie, alors que dans le même temps, la criminalité a globalement diminué aux Etats-Unis. La logique des pénalités existe également en France, mais ici l’état paye des pénalités si le taux d’occupation dépasse 120%… En Scandinavie, au Danemark par exemple, la question est abordée autrement. Pour les peines inférieures à cinq ans et ceux qui ont déjà effectué un tiers de leur peine en milieu carcéral classique, il existe les prisons ouvertes. Dans un environnement sain c’est l’autonomie des détenus qui est visée. Ils se lèvent à sept heures et entre 8 et 15h ont obligation soit de travailler, soit de suivre des études. Après quoi ils peuvent aménager leurs temps librement, gèrent eux même leur vie domestique et peuvent recevoir leur famille au parloir le temps qu’il leur plait. Le weekend les enfants peuvent venir et séjourner avec eux dans l’unité familiale des prisons. Résultat un taux de récidive généralement bas dans les pays où les prisons ouvertes ont été installées. Dans le cas des vols et recels il est de 28% au Danemark, contre 43% en France. Cependant quand on site l’exemplarité scandinave il faut toujours mettre en perspective deux faits, la faible densité de la population et une économie qui se porte bien. Avec seulement 8,5% de chômeurs pour cinq millions de finlandais contre nos 10,5% pour soixante six millions d’habitants, c’est sûr que nos voisins du nord s’en sortent mieux. Reste qu’en tenant compte des préventives, des malades psy et des petites peines on a calculé que c’est un tiers de la population carcérale française qui devrait être réorienté vers des aménagements de peine. Chose qu’avait tenté Madame Taubira avec le succès auprès des réactionnaires que l’on connait… Mais il n’y a pas seulement l’aménagement des peines qui pourrait jouer, il y a également la modification de certaines lois. Je pense notamment à la consommation de stupéfiant. Sur la base de la très dispensable loi de 70, 14,1% des détenus sont enfermés pour infraction sur la législation des stupéfiants en 2013, dont la majorité pour simple usage (plus de 150.000 cas d’usager contre 17000 cas de deal). Or rien qu’en 2015, la France a consommé près de 284 tonnes de cannabis. 40% des jeunes de 17 ans déclarent avoir consommé une fois et 6,5% en fait un usage régulier. Et près de 14 millions de français déclarent être des usagers irréguliers.

Hélas dans un pays en crise, et particulièrement un pays conservateur comme la France, il est autrement plus populaire de faire un discours sécuritaire à vue courte qu’un discours réfléchi à vue longue. Ainsi un amendement vient d’être voté autorisant d’expulser de son logement un simple usager condamné, ainsi que sa famille au complet. Cet amendement qui concerne en théorie également les dealers ne pénalisera en réalité que les plus démunis puisque non seulement un criminel avisé ne possède rien en son nom propre, mais surtout il a les moyens. En résumé, en France, non seulement on fabrique des détenus mais également des SDF, on y revient…

Pour en savoir plus :https://www.youtube.com/watch?v=AtI_CQuBxlI

Le capitalisme est un crime contre l’humanité

Il y a peu au cours d’une conversation Facebook  au sujet de la condition misérable des taulards en France un monsieur me déclara au nom de la nécessité d’appliquer strictement la loi, je cite : « Les prisonniers doivent faire amende honorable, prendre conscience de leur erreur et purger leur peine ». Amen. On dirait le discours d’un curé du XIXème qui expliquerait les vertus du fouet dans le cadre des enfants désobéissants. Traduction les prisonniers doivent se soumettre au système qui les a conduits là, dire merci et réfléchir au sens moral que se donne la société française dans son hypocrisie la plus rampante.  Sarkozy, Lagarde, Juppé, Balkany, Tapie, DSK, etc ne vont pas en prison parce qu’ils ont volé l’argent des hôpitaux, des service de police, des pompiers, des services sociaux, des vieux à 400 euros de retraite loyer non déduit, de la sécurité sociale, de la CMU, du RSA, et tout le fric dont ils se gavent en trichant et mentant ou même parce qu’ils ont violé une femme de chambre ou une prostituée, mais toi tu y vas. Eh monsieur ! Personne ne va faire la morale et demander de réfléchir à leurs actes à quatre dans 9 m² à ces gars, et tant pis si par leur faute il va manquer 22.000 lits dans les hôpitaux et que des gens vont crever la gueule ouverte parce qu’on manque de personnel, parce que les flics ne peuvent arriver à temps vu qu’ils ont une seule voiture pour 30.000 habitants, et que 90 milliards disparaissent par an dans les paradis fiscaux mais toi si. Et mieux que ça tu dois réfléchir à tes fautes ! Tu dois demander pardon ! Tu dois montrer comment tu es un bon et docile citoyen qui se fait enculer tous les jours par le Medef et les hommes politiques en gardant le sourire ! Si tu veux récupérer ton droit à voter pour ce même petit système parfaitement corrompu. Et mieux encore tu dois faire amende honorable d’être né dans un quartier pourris avec des parents à peine lettrés dans une école manquant totalement de moyen où circule de la came dont les bénéfices vont directement dans les poches des banques. Tu dois t’excuser, te battre la coulpe, comprendre que toi tu n’as pas le droit de trouver ta solution, aussi minable et niquée soit-elle, que tu dois obéir ! Parce que c’est ça et seulement ça que propose la prison : l’obéissance servile et jamais discutée à un ordre établi qui décide que de massacrer des Libyens au nom de la démocratie est plus noble que de massacrer un vieux pour lui piquer ses économies. Que de bombarder des hôpitaux est plus justifié et productif que de dealer du shit ! Que d’escroquer une paire de riches bourgeois ou de petits bourgeois c’est pire que de voler une société tout entière ! Tu comprends gros ? C’est toi le problème, pas eux ! Et attention on veut en plus que tu en chies ! Et tu sais pourquoi ? Parce que c’est là conception judéo-chrétienne de la justice, il faut faire pénitence ! Rien de plus, le chemin de croix, l’opprobre, la crucifixion et en plus tu dois dire merci !…. Alors on va m’opposer que hein oh le laissé-faire c’est pas une solution viable mais de quel laisser-faire on parle quand tous les 5 ans on vote pour reproduire l’exact même système en espérant juste qu’on a trouvé le bon homme politique alors que la seule chose que fait un individu qui veut le pouvoir c’est au plus de formuler le bon discours selon la mode du moment ? Ou on va me sortir que les délinquants savent très bien jouer de l’excuse qu’ils sont victimes de la société pas beau. Ah oui donc si je comprends bien on leur refuse le droit à la mauvaise foi mais on l’autorise à l’ensemble d’une société qui explique c’est mal l’islamophobie mais super d’être laïc. Qui raconte qu’on va tuer au nom de la démocratie et qui justifie d’inviter un boucher à sa table au nom de la « réal politique » ? Vous savez ce que c’est la « réal politique » ? C’est la politique réelle, à savoir pas celle qu’on vend au gogo à toutes élections, mais celle des puissants et uniquement la leur. Le pauvre n’a pas droit à la mauvaise foi mais le puissant si ? Et du reste de quel délinquant on parle ? Les dealers de drogue ne disent pas qu’ils sont victimes du système ils profitent du système mis en place par les mêmes qui par ailleurs refuserons de mettre des banquiers en taule en dépit qu’ils ont blanchis l’argent des dealers. Les violeurs ne disent pas qu’ils sont victimes de la société, ils racontent que la salope l’a bien cherché et 20% des français sont d’accord avec cette idée qu’une femme qui dit non c’est oui. Femmes violées auxquelles du reste on ne reconnait qu’un statut de victime très relatif puisque quand les peines ne sont pas simplement ridicules on se pose d’abord la question de savoir si elles l’auraient pas un peu cherché des fois, si sa minijupe était pas trop courte de 5 cm et ses nichons trop tentant. Et pendant qu’on condamne le violeur la même société se repait d’images pornographiques où des malheureuses doivent s’enfiler 25 cm de viande turgescente au fond de la gorge pour satisfaire les pulsions dominatrice de mâles impuissants… Mais attention on n’appellera pas ça du viol puisque la dame se fait payer ! Et peu importe les conditions de travail de cette fille, peu importe qu’elle n’a pas forcément conscience de la violence qu’elle s’impose vu qu’elle a entre 18 et 21 ans considérant qu’une fois payer, on a tous les droits sur elle. D’ailleurs c’est tellement vrai que quand une prostituée parle de viol et de sodomie forcée, DSK s’en sort sans problème… bah ouais elle a été payé et bien, de quoi elle se plaint !? Tout ça ce n’est rien de plus que de l’hypocrisie d’un ordre bourgeois qui décide selon ses besoins ce qui est ou non admissible, si jamais un criminel ment comme un homme politique vous allez le condamner au fait « qu’il en profite pour baiser le système judiciaire » ? Plus ou moins que les Balkany ?

Alors on va me sortir que j’attends des fortunés qu’ils soient exemplaires en toute circonstance. Mais en réalité l’exemplarité inhumaine c’est pour les pauvres. Et bien entendu, parfaitement conditionné par un système on  vous explique que « la culture de l’excuse » (c’est pas une culture au fait, c’est une manie) est inadmissible quand il s’agit d’un pauvre mais admissible quand il s’agit d’un homme politique. « C’est pas de ma faute messieurs dames, c’est la crise » : bien. « C’est pas de ma faute messieurs dame c’est la société » : pas bien. Et dans cette logique binaire si on pointe ce parfait dénis de justice c’est qu’on n’aime pas les riches et qu’on veut la dictature du prolétariat. Bah non désolé je n’aime pas les individus dont le seul but dans la vie est l’accumulation surnuméraire de bien, la cooptation des pouvoirs et la prorogation de sa seule espèce, de sa seule classe au détriment de tous les autres. Surtout pas quand ces mêmes individus perpétuellement impunis prétendent à « nettoyer au karcher la racaille » à savoir le pauvre connard en bas de la tour qui avec son shit enrichi le paradis fiscal où le même ira planquer son blé parce qu’en dépit du fait qu’il ne paye pas 1% d’impôts grâce à « l’optimisation », un autre mot pour dire frauder légalement, il en paye déjà trop.  Ces gens qui réclament toujours plus d’efforts en bas de l’échelle mais qui refusent de contribuer autrement à la société qu’en imposant des lois qui ne font que proroger la criminalité ordinaire, comme la prohibition ou cette culture du viol et bien entendu leur offre le loisir de s’enrichir un peu plus. Mais est-ce que j’ai dit pour autant que je souhaitais qu’un prolo me dicte ma conduite et ce que je dois ou non faire de ma vie ? Le même qui par ailleurs réclamera la castration des pédo mais qui chouinera clairement si on propose la même chose pour les curés amateur d’enfant de choeur et les musulmans se croyant revenu au VIIème siècle ? Le même populo qui réclame la peine de mort pour les suicidaires du califat, qui haï le possédant tout en rêvant de toucher l’Euromillion ? Je ne veux aucun des deux ! Et surtout pas de lois merdeuses qui se reposent sur des jugements moraux hypocrites.

Alors j’entends déjà l’argument en béton : je crache sur tout le monde et ce simplement  parce que je ne me plie pas au pré à penser. Bah oui il parait que statistiquement on a plus de chance de se faire agresser par un gamin des quartiers qu’emmerder par la famille Mulliez. Ah bon ? Et depuis quand ce n’est pas du vol avec violence que de niquer la retraite d’un individu déjà en état de précarité et qui n’aura aucune chance de trouver du boulot à partir de 55 ans et ceci au seul fait qu’on veut la confier au fond de pension de ses amis ? C’est quoi d’autre que de l’agression physique que de devoir manger une fois tous les deux jours parce que Bernard Arnaud s’enrichit à en crever sur votre licenciement ? Et c’est quoi d’autre un plan de licenciement qui met sur le carreau 2500 salariés pauvres parce que pour vendre un costard à mille euros on préfère payer des ouvriers 30 euros plutôt que 100 et qu’on court de pays en pays pour trouver où on paye le moins l’esclave moderne sinon de la violence en réunion et du vol qualifiée ? Je ne sais pas pour vous mais depuis que je suis sur le marché du travail et que je suis en âge de payer des impôts j’ai statistiquement beaucoup plus subi la violence des possédants que celle du criminel de base. D’ailleurs c’est simple en 53 ans je me suis fait agresser dans la rue un totale de…. une fois… Alors que les licenciements je les ai collectionnés au fait que « c’est la crise » la manie de l’excuse étant ici tolérée mais pas quand le mec invoque son enfance misérable pour expliquer son larcin…. Et la culture du viol instaurée comme ressort commercial c’est une vue de l’esprit ? Elle est absolument partout ! A commencer dans l’industrie du sexe. Pourquoi vous croyez que 20% des français pensent qu’un non vaut un oui ? Les magazines féminins disent aux filles comment être une femme libre et indépendante tout en les cultivant dans cette idée qu’il faut absolument avoir des orgasmes et une vie sexuelle épanouie pour plaire aux mecs sinon c’est pas des femmes libérées. Que la beauté intérieur est plus importante et qu’à 40 ans on est encore sexe tout en mettant des gamines pré pubère de 40 kilos pour vendre des yaourts. Qui titre « je suis une petite vicieuse » comme cette couverture de magazine féminin que je n’oublierais jamais avec une adolescente en illustration. Culture du viol qui permet à DSK de s’en sortir allégro pendant qu’on soupçonnera la femme de chambre de vouloir se faire du blé sur son dos et qui incite les jeunes mâles à croire que sodomie et éjaculation faciale sont un standard obligatoire d’une sexualité épanouie. Vous me trouvez en colère ? Non sans blague ? Mais vous savez ce que c’est que la colère ? La démonstration de sa capacité à ressentir une émotion plutôt qu’à avaler les couleuvres d’une société puante d’hypocrisie dans une indifférence poli. Et si tant est qu’on ne se fait pas bouffer par elle, c’est elle qui fait qu’un jour les choses bougent, certainement pas la docile acceptation de faits établis par d’autres.

Et là de m’opposer que l’idée c’est de faire appliquer strictement la loi et que ça constitue une méthode pour que tout aille mieux. Mais de quelle idée on parle, de quelle méthode exactement ? il n’y a ni méthode ni idée ici, il n’y a que la réclamation de l’application de lois iniques au nom d’une justice édictée par des gens qui s’arrangent toujours pour y échapper. Bien sûr vous me direz que tous les pauvres ne sont pas des criminels en puissance, pas plus que les riches, que le déterminisme a ses limites. Mais qui a dit que les pauvres étaient des criminels en puissance ? Ce ne sont pas des criminels en puissance ils sont constamment criminalisés, vous êtes constamment criminalisé, je suis constamment criminalisé ! Pas Rotschild ou Bill Gates, eux c’est « les créateurs de richesses » et comme disait Dassault « la France d’en bas n’existerait pas sans la France d’en haut »… ah bon ? C’est donc monsieur Dassault qui monte ses avions ? Qui les dessine ? Qui les pense, les teste et risque sa vie pour bombarder au nom des intérêts… euh des holdings et des groupes industriels ? Qui paye 44 milliards pour des avions invendus ? Non c’est nous. Monsieur Dassault s’est contenté d’hériter et de proroger sa fortune avec l’appui de ses amis politiques en échange d’un poste dans le privé si leur carrière calanchait. Par contre oui tous les riches sont des criminels en puissance tous !!!! Ils cooptent biens, force de travail, dictent leur lois aux états, décident ce qui est bien ou mal, à qui et où on doit absolument faire la guerre. C’est pas vous ou moi qui faisons de l’armement la seconde entreprise la plus lucrative au monde derrière la prohibition sur les drogues, mais c’est clair que si vous ou moi on utilise des armes à des fins personnelles on ira en taule alors que si on les utilise à fin de servir les intérêts de Bill Gates ou de Lagardère on aura une médaille. Depuis quand ce n’est pas criminel de posséder 50% des richesses de la planète quand on représente 1% de sa population ? Depuis quand ce n’est pas criminel de toucher 300.000 euros par mois ou 250 fois un smic pendant qu’à cent mètres un SDF ne trouve même pas un abri où poser son cul cinq minutes parce qu’on a fait en sorte qu’on ne puisse plus s’assoir sur un banc d’abris-bus ? Depuis quand ce n’est pas criminel de faire le beau dans les médias avec sa généreuse fondation pour les indigents tout en veillant à payer zéro impôts quitte à foutre en l’air l’hôpital public qui pourrait soigner ce même pauvre gratuitement et sans l’aide du généreux milliardaire ? Depuis quand ce n’est pas criminel de faire du lobbying pour empêcher que les gens ne s’empoisonnent pas avec des cigarettes ? Depuis quand ce n’est pas criminel de bourrer des lycées d’amiante alors qu’on sait depuis 1890 que c’est nocif pour la santé !? D’interdire de fumer dans un lieu public alors que précisément l’isolant de ce même lieu est cancérigène ? Hein depuis quand ? Depuis qu’on a autorisé des gens à penser à notre place parce qu’ils étaient plus habiles à nous déposséder et c’est bien le problème. Ce n’est pas criminel de balancer de l’agent orange sur des populations civiles mais ça l’est si ces mêmes civiles décident de porter la guerre chez l’agresseur. Ce n’est pas criminel de jeter des gens à la rue au nom des bénéfices des actionnaires mais ça l’est de vouloir voler une banque. Ce n’est pas criminels de prohiber au nom de préjugé raciaux mais ça l’est de profiter de la dites prohibition, du moins jusqu’à ce qu’HSBC blanchisse votre fric mais hein, on va criminaliser le trafiquant mais jamais la banque qui bénéficie de son travail. C’est criminel d’arracher sa chemise à un PDG mais ça ne l’est pas d’arracher le pain des mains d’un mec qui a à peine les moyens de s’en acheter. C’est criminel de vouloir échapper à la misère et à la violence en allant vivre dans un pays riche, mais ça ne l’est pas de mettre à feu et à sang un pays pauvre. Le capitalisme est un crime contre l’humanité tout entière point barre !

Et j’entends déjà les soyeux propriétaires à crédit sur 30 ans couiner que j’ai qu’à en parler aux familles des victimes. Ah oui les victimes, les fameuses victimes, on se fout totalement de leur sort avant de claquer, mais après ouh la énorme, la petite vieille qui s’est fait défoncer pour ses économies n’existe qu’à partir du moment où elle devient martyr de la violence d’un pauvre. Les députés et Pierre Gattaz peuvent gentiment lui sucrer la moitié de sa retraite au point où elle n’aura droit qu’à finir sa vie dans un hospice malmenée par des infirmiers sous payés et à flux tendus, elle pourra agoniser pendant des jours dans la plus complète solitude d’une unité de soin palliatif désertée faute de personnel, mais si jamais un salaud la trucide avant pour lui piquer ses seules économies et pas celle de l’ensemble des économies des retraités, soudain on se rappelle de son existence et de celui de sa famille qui ne va plus la voir depuis des lustres. Les victimes…. quelle farce !  Et de là de m’expliquer que j’ai qu’à assumer mes choix et vivre comme l’anarchiste qu’ils m’imaginent être, que je verrais bien si c’est pas une utopie au sein de notre société. Mais la question n’est pas de savoir si c’est possible ou non de vivre en anarchiste au sein d’une société capitaliste, la question n’est absolument pas là, mais plutôt est-ce que le capitalisme survivrait dans une société anarchiste, une société qui respecterait les individus au lieu de leur demander toujours plus, de s’humilier pour avoir le droit de vivre décemment. Et la réponse c’est : no way José. Mais, mais… me répondra l’heureux propriétaire d’une carte de crédit, pourquoi on n’a jamais adopté ce système s’il était viable ? Comment on sait qu’un projet est ou non viable si on ne l’a jamais testé ? Les bourgeois de 1789 ont mis plus de deux siècles à se tâter pour savoir s’ils préféraient la monarchie, la république ou l’empire avant de trouver un point de compromis qui leur convienne. Et puis je vais vous répondre pourquoi, parce que ça fout la trouille et pas seulement au possédant ! Fini le culte de l’excuse justement, du c’est pas moi c’est l’autre, le riche, le pauvre, l’immigré, le musulman, les femmes, que sais je. Terminé de chouiner tous les cinq ans que machin n’a pas tenu ses promesses et bienvenue dans un monde d’adulte. C’est vrai quoi si on foire qui est-ce qu’on va pouvoir blâmer à part nous même ? Que voulez-vous la liberté c’est autrement plus anxiogène que la prison. Surtout quand on a pour ambition principale de rester planté devant sa télé en espérant que quelque part quelqu’un fasse son travail….