Silence on massacre

Poutine a lâché la bête, Obama a refusé d’intervenir quand il en avait l’occasion, le boucher d’Ankara, l’homme qui a monté un coup d’état de toute pièce pour boucler son pays sous le poing de sa dictature de mafieux et d’islamistes, Erdogan la crevure, a jeté ses cannibales sur les kurdes de Syrie. Le vieux rêve de sang de cette Turquie décidément si portée sur le génocide, en finir avec le « problème kurde » comme elle l’a fait des arméniens, vient d’être livré en buffet froid au meurtrier d’Ankara.  Vous vous souvenez hein les kurdes… toutes ces jolies femmes qu’on nous vendait mettant la déculotté aux cinglés de Daesh, les mêmes auprès des qu’elle le pimpant BHL aimait s’embraser au mieux de sa suffisance et de son narcissisme. Cet occident si exemplaire, si propret, qui se gonflait de l’exemple kurde contre le monstre du désert. Cet occident de média et de réseaux sociaux, de bavardages médiocres, d’indignation de slip, fond de cabinet des opinions tièdes, pendant que dehors, dans le monde réel on tue en prenant son pied. Pendant que dans le monde réel, un autre occident, des hommes et des femmes j’imagine, ni barbouze ni Rambo, vont se battre au côté de ces mêmes kurdes contre lesquels nous venons donner la permission de tuer au même qui trafiquait du pétrole avec Daesh. L’islamiste acceptable des salons pourpres de l’occident frelaté, de notre petit commis de banque, qui s’est empressé de frotter ses chaleurs de marchand à la cuisse du tyran, entre tyran n’est-ce pas, on s’excite un peu. Le brûlant violeur turc et ses Allah Akbar d’infâme et le comptable poisson froid du petit technocrate franchouillard que des imbéciles ont élu, béats de télé, obèses de propagande d’état qu’ils sont. Depuis samedi l’opération cyniquement appelé « Rameaux d’Olivier » s’est déchainé sur le kurdistan syrien. Belles images de chars gravissant des collines dans les médias, militaires en progression, lointaine canonnade, ouh que la guerre est esthétique. Ah non pardon ici on n’en parle pas, à peine. Les zozos de l’assemblée jouent à qui pisse le plus loin attendu qu’on ne leur demande de toute manière pas leur avis, juste leur soumission. Bidule a pas fait exprès de tuer sa femme et de la cramer, et CNN dramatise sur le viol des stars. Silence on massacre.

Cela fait des décennies que la Turquie veut la peau des kurdes, et ils ne sont pas les seuls, les kurdes doivent mourir et surtout ne jamais obtenir leur indépendance. Les kurdes n’existent qu’à l’heure dite des indignations stratégiques d’un occident de marchand de chair humaine. Comme les hmongs, les karènes, les harkis avant eux, après s’être battu contre notre ennemi commun, ils sont lâchés aux mains des assassins. Et comme après la libération du Vietnam, de la Birmanie, de l’Algérie, c’est la curée, au sens propre. La jeune femme qui illustre cet article s’appelait Barin Kobané, les alliés des turcs l’ont prise vivante, torturé, mutilé, tué, violé, battue, les seins découpés au son d’Allah Akbar… juste après avoir reçu le blanc seing de l’enfant de pute de l’Elysée, la France a recommandé à la Turquie de la retenue. Enfants éviscérés, brûlés vifs, femmes violées et dépecées…. Et le quai d’Orsay parle la retenue. Le boucher d’Ankara qualifie les kurdes de « croute de terreur », les combattants de l’YPG et les guerrières de l’YPJ dont faisait partie cette jeune femme sont les alliés objectifs du PKK que les turcs combattent depuis trente ans, il est hors de question qu’ils puissent réunir les enclaves kurdes, d’ailleurs apparemment c’est simple le dictateur nie l’existence même des kurdes, leur droit, leur terre, leur culture. Et on comprend bien pourquoi vu que c’est l’Islam imbécile et tyrannique que défend le boucher. La société kurde est une société du partage et de l’égalité homme femme, et si l’Islam sunnite y est bien majoritaire, il y a également des kurdes chrétiens, animistes, zorozastrien, juifs, yizédines… Vous savez ces fameux yizédines que Daesh a massacrés sous les yeux sidérés de l’occident repus. Non, vous ne voyez pas ? C’est vrai qu’au terme de tous les génocides dont se rendent directement ou indirectement responsable nos gouvernements on perd un peu le fil. Pas de panique Erdogan va vous rafraichir la mémoire. C’est que cette saloperie a bien compris le chantage à l’immigration clandestine qu’il pouvait mener contre l’Europe des coffres forts. Les employés du CAC40 qui gouvernent, ici, à Bruxelles, Londres ou Bonn ont également bien compris la bombe électorale que représente cette immigration massive qu’ils ont eux-mêmes provoqué avec leur inconséquence et leurs projets mégalomanes et le vieux salopard qui tyrannise la Turquie et aujourd’hui la Syrie en joue d’autant qu’il connait par cœur la médiocrité et le faible pouvoir de ces pseudos dirigeants. Silence on massacre.

En occident voyez-vous on est occupé ailleurs. A filmer des bites qui court sur fond de témoignage de harcèlement, à balancer son porc mais puisqu’il est présumé coupable à l’applaudir à tout rompre à l’assemblée. Bref à défendre l’honneur de la Femme en Péril en s’appuyant sur une hystérie collective d’obsédé moins du cul que de la frustration sexuelle tout en continuant sur le même son de flûte. Barin n’aura droit à aucune dénonciation ou alors à peine des quelques voix par laquelle l’atroce vidéo de son massacre est passé. Les fous ont été lâchés sur la Syrie depuis longtemps mais le psychopathe d’Ankara ne compte pas s’en arrêter là. Il veut repousser « la croute » jusqu’aux frontières irakiennes. Car la partie du Kurdistan qui se trouve sur le territoire turc depuis que l’occident en a décidé ainsi en 1919 et dont l’autonomie est rejetée depuis la conférence de Lausanne en 1923, n’appartient simplement pas aux kurdes dans l’esprit très limités de l’imitateur islamiste de l’Atatürk. Et depuis trente ans c’est ainsi. Hier la Guerre Froide faisait les beaux jours de l’alliance turco-américaine contre les communistes du PKK, aujourd’hui le soutien de Washington face aux forces kurdes a considérablement refroidi les relations entre les deux pays et le turc promet de massacrer jusqu’aux derniers la force de sécurisation de la coalition, 30.000 hommes, composés pour moitié de kurde de l’YPG, qualifié par Ankara « d’armée de terroriste » et qui se trouve dans les zones nettoyées et empêche le retour des djihadistes. Une tension qui arrange bien les affaires de Poutine, on s’en doute, pendant que les caméras du monde entier filment la constipation d’Ivana la cocue internationale. Silence on massacre.

 

Vous savez quoi ? J’ai hâte que toute cette société s’effondre. Au revoir madame, reposez vous bien.

 

 

 

 

 

 

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Théorie d’un complot ou coup d’état mode d’emploi 3ème partie.

N’oubliez pas qu’obtenir l’honneur d’al istishhad* (du martyr) est un devoir national sacré et une possibilité présente.

Saddam Hussein 1977.

 Deux situations peuvent se présenter. Soit le gouvernement loyaliste a déjà pris des mesures conservatoires contre l’insurrection (même en l’absence de pression) assorties de pouvoirs spéciaux et de lois spéciales. Dans ce cas le principal problème est d’agir sans fournir de publicité inutile à l’insurgé, ce qui est particulièrement important si la cause de l’insurgé est très populaire. Si les loyalistes ne se sont pas donné par avance les moyens nécessaires, lancer des attaques directes contre l’insurrection revient à ouvrir la boite de Pandore.

David Galula. Contre-insurrection : Théorie et pratique

De l’art de faire stationner judicieusement ses troupes dépend la plus grande partie des succès militaires.

Sun Tzu. L’art de la guerre

 

Ca force sur l’euphémisme mais les Etats-Unis semblent ne jamais rien retenir de leurs erreurs, et finalement pas beaucoup plus de leurs victoires. La pauvreté de l’éducation politique de sa population et de facto de ses forces armées. Le manichéisme simpliste de sa propagande qui fait adhérer sans mal le troufion à un discours d’évidence qui se révèle rapidement non seulement faux mais totalement perverti par la réalité du terrain. L’absence de formation autre que technique et strictement militaire de ses soldats de troupe. La prodigalité des moyens souvent disproportionnés ou inadaptés tant au terrain qu’aux conditions nécessaire pour maintenir un esprit combattif chez l’homme de corps. Sans compter la fabuleuse capacité des américains à se croire absolument partout en terrain conquis, chez eux, ambassadeur d’une culture forcément universelle et à laquelle on ne peut donc que se soumettre sans passer pour un sauvage ou un arriéré. Cet ensemble semble véhiculer dans le sillage de l’armée américaine un sentiment constant d’invasion, de rouleau compresseur à la fois militaire et culturel. La Pax Americana sent le Coca et le chewing-gum gum, a la couleur d’un blockbuster vendu en prime time, et laisse dans son sillage des montagnes de cadavres.

Au Vietnam, au départ, la situation devait rester sous contrôle. Les américains avaient choisi avec leur discernement coutumier un fervent catholique pour gouverner un pays à majorité bouddhiste. Parfaitement corrompu et dont l’épouse se moquait à la télévision, dans un français parfait, de ces bonzes qui ne s’immolaient pas correctement. Ils finiront par s’en débarrasser au profit d’une junte militaire, qui elle-même se fera jeter dehors par une autre. Il est difficile de faire régner l’ordre quand ceux que vous soutenez ne le respectent pas, qu’ils sont corrompus et ne connaissent que les lois de l’arbitraire. Votre propre cause semble soudain indéfendable et si en plus vous vous arrangez pour laisser à l’ennemi le choix de sa communication et assurez vous-même sa propagande par cet usage de l’arbitraire, vous vous retrouvez rapidement avec autant d’ennemis physiques que moraux. Vous n’êtes plus soutenu par votre propre population, alors qu’en revanche l’insurrection si. Essayant de gagner les cœurs et les esprits, selon l’expression consacrée, avec la balourdise et la brutalité d’un footballeur américain sous stéroïde. Déplaçant des populations sédentaires dans des lieux réservés pour mieux désherber au napalm et à la dioxine des fantômes et un paysage presque sacré dans la perception bouddhiste. Jouant à l’humanitaire d’une main et au boucher de l’autre, le tout en transformant Saïgon, comme plus tard Bagdad, en un vaste bordel à soldat, repère à bandit, espions de tout poil, assassins où pour tout dire l’ennemi est comme un poisson dans l’eau. Avec en surplus un intense trafique de drogue dont les premières victimes seront les GI’s eux mêmes. A vrai dire, c’est même une véritable armée de camés dont hérite l’Amérique à la fin de la guerre. En 74 92% des soldats ont le nez dans la bouteille, 69% tête du joint, 38% sont à l’opium, 34% se shootent, 25% préfèrent les amphétamines (fourni par l’armée) et 23% les barbituriques. Une armée de drogués seulement entamée de 58000 de ses membres, essentiellement des gamins, alors qu’en face c’est près de trois millions d’individus qui vont disparaitre durant le conflit et dans l’immédiate après-guerre. Le Vietnam n’a pas été une guerre ça été un génocide.

Un génocide avorté à la fois en raison d’erreur de stratégie militaire mais également de stratégie de communication. Une guerre motivée par la crainte de voir le sud-est asiatique tomber aux mains du communisme, et qui pourtant va s’ingénier à le propager à coup de bombardements massifs et de politiciens fantoches, fort d’un déploiement militaire sans précédent et de sept millions de tonnes de bombes balancées sur un pays moitié moins grand que la France. Le tout contre trois millions durant la totalité de la Seconde Guerre Mondiale, du Japon à l’Europe. Sept millions d’objets détonants qui n’ont pas forcément détonés et qui rouillent aujourd’hui au fond des rizières, sans compter la pollution à l’Agent Orange. Actuellement le Vietnam est le pays qui connait le plus haut taux d’enfants handicapés au monde, avec un total de 6,7 millions d’handicapés pour une population de près de 90 millions d’habitants (je vous rassure, en France, c’est 12 millions). Sans compter le génocide qui suivra au Cambodge dans le sillage de la déconfiture américaine et qui fera 3 millions de morts supplémentaires en ajoutant les 350.000 de la guerre civile laotienne, un peu plus de six millions de morts. Et pourtant vous avez remarqué, au cinéma c’est toujours l’Amérique qui pleurniche sur son trauma guerrier et le cambodgien qui rejette la faute sur Pol Pot.

La guerre qui va commencer en Afghanistan n’obéit pas à un objectif stratégique, c’est une guerre de vengeance, entamé contre un homme que tout le monde accuse avec un naturel déconcertant. Alors qu’il ne revendiquera jamais formellement l’attentat, et qu’il fut mis en cause par son instigateur après plus d’une centaine de séance de « water boarding » ce qu’en français nous appelons plus simplement le supplice de la baignoire. Car c’est bien connu la torture ça marche, surtout s’il s’agit de vous faire avouer ce que l’on a envie d’entendre. D’ailleurs dans un premier temps, le nom de l’opération emprunte à la série B « Justice sans Limite ». on dirait un film de Seagal… avant de sombrer dans le théâtrale avec « Liberté Immuable. ». En revanche durant treize ans de conflit les afghans ne verront ni justice ni liberté mais bien une violence sans limite, pour un résultat également immuable depuis que les anglais tentèrent de les mettre au pas à la bataille de Gandamak. Les afghans ayant ceci de commun avec les vietnamiens de foutre systématiquement dehors les envahisseurs. Les vietnamiens feront décamper chinois, cambodgien, français et américains et mettront fin eux-mêmes au régime de Pol Pot. L’Afghanistan mettra à l’amende trois des plus grands empires de la sphère occidentale, et quand ils n’ont plus personne sur qui tirer, ils se tapent dessus entre eux. Un comble on ne sait toujours pas aujourd’hui le nombre de victimes civiles lors de l’invasion. Ce que l’on sait en revanche c’est que si les talibans avaient mit un sérieux frein à la production d’opium, elle repartira de plus belle à partir de l’invasion. Aujourd’hui le pays fourni 90% de l’héroïne dans le monde… Au point où le ministre de l’agriculture réclama un temps de rentrer dans le cercle fermé des pays producteurs d’opium légal comme l’Inde ou la Turquie, recevant un refus poli mais ferme des américains, il ne s’agirait pas non plus de retirer le pain de la bouche de la mafia turc… Reste que cette invasion attirera les bouderies de Wolfowitz qui trouve qu’il n’y a rien à bombarder d’intéressant dans les montagnes, il salive déjà au sujet du point Godwin des conspirationnistes et de l’administration américaine, Saddam Hussein le nouveau Docteur No de la propagande US.

En ce qui concerne l’Irak, l’opération « liberté irakienne » ne s’embarrasse pas de signifier ses intentions réelles. Pendant qu’une équipe du service média du Pentagone réunit une petite foule autour du déboulonnage d’une statue choisie au hasard, l’armée fonce sur le ministère du pétrole et les zones d’exploitation. Alors que Bagdad est l’objet de pillage de presque tous les sites officiels dans l’anarchie la plus complète, il devient presque instantanément impossible de s’approcher du ministère du pétrole sans lever les mains bien haut en l’air et si possible en gueulant qu’on adore le Texas (le Texas est un des plus gros pourvoyeurs en homme de l’armée). Le site est ultra protégé comme le sera bientôt toute la zone verte. Il est d’ailleurs « amusant » de remarquer, si on a le cynisme facile, que non seulement les américains vont installer leur base de commandement et s’y retrancher, précisément là ou Hussein avait regroupé physiquement le pouvoir. Mais qu’en plus un des hauts lieux du régime tortionnaire du même Hussein, va devenir le haut lieu du régime tortionnaire de l’Oncle Sam en Irak : Abu Ghraib. Un diable chasse l’autre, et Hussein a averti les américains, la victoire est très loin d’être acquise, la vraie guerre va débuter après la fin officielle des hostilités. De toute manière l’invasion n’a pas du tout été conçue dans un autre but que de virer Saddam Hussein et s’emparer de son trésor de guerre au plus vite du coup d’état qui a lieu à Washington. La question de l’occupation, de l’organisation du pays après la guerre, n’a pas été une seule seconde abordée. Quand aux marines ils n’ont tout simplement pas été formés au travail de police ou de sécurisation, au contraire de leurs homologues anglais qui vont s’y coller. Résultat, à peine un mois après la petite parade de Bush en tenue de pilote, les prédictions d’Hussein se réalisent. Mieux, le 19 août 2003, 3 mois après la ronflante déclaration américaine, Abu Moussab al Zarqaoui dit « l’Homme vert » en raison de ses nombreux tatouages (il a un passé de voyou) fait sauter l’immeuble de l’ONU à Bagdad, tuant 22 personnes. Comme de toute manière tout le monde, à commencé par Bush, s’est essuyé les pieds sur les Nations Unies, ça reste dans le ton. Dix jours plus tard c’est une mosquée chiite qu’il fait sauter, avec un meilleur score, près de cent morts. Enfin en 2006, quelque mois après que l’Amérique toute fière ait pendu un homme de 69 ans pour avoir trop bien collaboré avec elle, Daesh se forme et une nouvelle bombe provoque la première guerre civile irakienne. A vrai dire, à certain moment durant ce conflit qui aura finalement duré huit ans et qui a abouti à la destruction de l’Irak, on atteint des scores de 25 morts par jour !

 

Canaris de l’Empereur et Caesarea

 

Il ne faut s’attacher avec outrance ni à des armes ni à des outils. Excès, insuffisance sont pareil. Inutile d’imiter les autres. Possédez des armes et des outils qui sont à votre portée.

Myamoto Musachi. Le Traité des Cinq Roues

Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple le plus sacré et le plus indispensable des devoirs

Robespierre.

Canaris de l’Empereur : Loc (Vx) – A cause de leur culotte de daim jaune, surnom collectif donné sous l’Empire aux gendarmes d’élite chargés de combattre les conspirateurs. On les appelait aussi les Immortels.

Bruno Fuligni, le livre des espions.

Caesarea : N.pr. – En référence à la ville de Césarée en Palestine, nom de code d’une unité d’élite du Mossad israélien, chargée d’éliminer physiquement les terroristes pro-palestiniens.

Bruno Fuligni, le livre des espions.

 

Si David Petraeus, l’ancien patron de l’Afghanistan et de l’Irak américaine, préface la nouvelle édition du livre de David Galula, Contre Insurrection : Théorie et Pratique, le moins que l’on puisse dire c’est que les méthodes que l’Amérique va en retenir ne porteront pas leur fruit. Que ce soit en terme tactique, stratégique ou théorique. Car si le Vietnam aurait dû alerter les forces américaines sur la nécessité de ne pas disperser son armement au quatre vent, munitions en particulier, la leçon ne sera retenu absolument nulle part. Cela va être vite le règne de ce que les américains appellent IED, Improvise Electronic Device. L’ajout de l’électronique en plus, c’est une variante de ce que les GI’s au Vietnam appelleront les « booby trap » plus vulgairement appelé chez nous « piège à con ». Bref des engins détonant improvisés, reliant généralement un portable et des obus non détonné ou tout ce qui peut faire un gros boum. En Europe en revanche, où il est moins compliqué de se procurer un AK47 neuf que des explosifs, le stratège de Daesh, le concepteur de cette organisation, l’ex colonel des renseignements irakiens Samir Abd Muhammad al-Khlifawi dit Haji Lakr, va recommander l’usage de toutes les armes potentielles mis à la disposition des civiles européens et dans le monde, camion, couteau et tout autre moyen de propager la mort. Le terrorisme étant l’arme des pauvres par excellence, cette méthodologie, accompagnée d’une propagande soignée, va venir porter la violence vers tous ceux engagés auprès des américains. Avec des résultats sociétaux extraordinaires.

Car il faut bien saisir que la base de la stratégie de Daesh en Europe ou aux Etats-Unis est de diviser les populations civiles, en se servant des musulmans comme bouc émissaire désigné. Ce ressenti, ajouté au choix d’une stratégie de communication par et pour la violence en technicolor et musique, permettra d’accentuer le ressenti des musulmans eux même et d’exalter la jeunesse dans son ensemble. Les occidentaux ayant depuis longtemps délaissé l’éducation de leurs enfants au profit des experts, des profs et des écrans, la propagation de la propagande se fera sans mal. Car il faut bien comprendre que Daesh n’est pas une organisation terroriste mais une organisation militaire très structurée comme le montre ce schéma issu de Daesh lui-même, de la structure de son service de renseignement.

daesh

Le terrorisme n’est qu’un moyen tactique et stratégique pour parvenir à ses fins. Dans ce cadre, sur le terrain, la Charia ne sera pas seulement utilisé comme moyen de coercition mais également de chantage. Selon les consignes de Lakr, les espions chargés de surveiller un village doivent également repérer toute activité contraire à la loi islamique afin de s’en servir comme levier. Et ici pas question de les éliminer, au contraire, mais de se servir des plus intelligents, notamment comme juge dans le cadre de la Charia. Il faut bien saisir que le stratège de Daesh n’est pas et n’a jamais été un islamiste mais un nationaliste. Il ne croit pas aux convictions religieuses fanatisées mais il sait qu’on peut s’en servir, et c’est ainsi qu’Abu Bakr El Baghadi sera choisi par un groupe d’officier du renseignement irakien, afin de donner une image de légitimité au groupe. Ainsi en s’attaquant à l’Irak, les Etats-Unis ont ouvert une boite de Pandore inédite, celle dont ont souffert les irakiens pendant tout le règne de terreur d’Hussein : les services de renseignement irakiens.

Face à ça, en Irak, les américains vont s’appuyer sur la minorité chiite pour contrer l’influence sunnite d’Al Qaïda et de Daesh. Et pour ça vont s’assurer de mettre en place les méthodes employé en Amérique Centrale au plus fort de l’ère Reagan. Et voici que, recommandé par Rumsfeld, entre en scène un vétéran de la sale guerre au Salvador, lui-même impliqué dans le scandale de l’Iran Gate, l’ex colonel James Steele. Les néo conservateurs, je le répète, ne cachent pas leurs intentions. Passé dans le privé à titre de conseillé militaire, il va activement souffler ses bonnes idées aux paramilitaires chiites, le Special Police Commando, également surnommé… la Brigade des Loups. A toute fin je rappel qu’au Salvador, la méthodologie se concentrait sur deux points : torture et exécution sommaire. Mais il ne sera pas le seul sur lequel va s’appuyer les forces de la coalition et le gouvernement US. A Abu Ghraib, le personnel mis en cause dans le scandale des prisonniers torturés n’appartient en réalité pas à l’armée, mais à une des innombrables organisations militaires privées qui vont se partager ce phénoménal pactole. C’est simple, si en 2003 le bénéfices des SMP grimpe à 100 milliards de dollars, six ans plus tard il est de plus de 400 milliards de dollars (je vous renvois ici à mon article sur les SMP : Contractor, les prolos de la guerre ) Le tout sous la férule d’une des plus vastes organisations en matière d’opération spéciale, fondée après l’échec d’Eagle Claw, le Joint Special Operation Command. Une force qui va se composer des Delta Force, de l’ISA, du 24ème escadron tactique de l’Air Force, du 75ème Régiment de Reconnaissance des Rangers et du Seal équipe 6. Tout ceci bien entendu, en se reposant sur une autre machinerie dénoncée depuis par Snowden : le NSA et plus pratiquement la surveillance globale.

Or si à mesure du temps la guerre va faire moins de morts parmi les militaires que parmi les civiles, la Guerre contre le Terrorisme ayant fait 6717 morts officiels contre les 750.000 de la guerre de sécession, c’est bien à un carnage gigantesque auquel nous assistons depuis le début des hostilités contre l’Irak et l’Afghanistan dans les années 90. Rien que pour les seuls musulmans c’est près de quatre millions de morts, et je parle ici d’estimations basses. On a calculé en effet que la guerre en Afghanistan va faire au minimum plus de 200.000 morts. En fait on estime que le seul programme de Guerre au Terrorisme aurait fait à lui seul, toutes confessions confondues, entre 1,5 et 2 millions de morts. Rien que dans la seule Irak, les sanctions prises contre le régime de Saddam, aurait fait selon les estimations non contestées de l’ONU, près de 1,9 millions de morts… dont la moitié était des enfants. Et si on ajoute tout ceux qui sont morts en Afghanistan (rappelons également à toute fin que dans les années 90 les talibans seront financés et armés… par les Etats-Unis), les chiffres les plus élevés depuis que l’Amérique néo conservatrice a décidé de s’en prendre au monde à travers l’Irak et à l’Afghanistan, annonce un bilan se situant entre 6 et 8 millions de morts. Hitler, petit joueur. Dans ce cadre, déclarer que « les musulmans nous détestent passque on est lib’ nous et qu’on boit du pinard et on mange du porc » me semble pour le moins léger.

 

Débriefing

 

La nécessité ne connait pas de loi

Saint Augustin

Un genre très spécialisé de dépendance est la conséquence de technologie moderne, et on le trouve en dehors de la sphère néo-coloniale. C’est la lourde hypothèque qui grève l’indépendance politique d’un pays, quand il achète à l’étranger des armes modernes… Quand des pays se trouvent dans une telle dépendance matérielle et directe, il faut que les organisateurs d’un coup d’état intègrent dans leurs plans une nouvelle politique étrangère, à mettre en œuvre dès la prise de pouvoir. Si le coup d’état est politiquement inspiré par des adversaires du grand « allié », il y a de fortes chances pour qu’il échoue à moins qu’il ne parvienne à cacher cette tendance.

Edward N. Luttwak, Coup d’état mode d’emploi.

Le contrôle de toutes les informations du centre politique du pays visé sera notre meilleure arme pour assoir notre autorité après la réussite du coup d’état. Par conséquent, la prise des principaux moyens de communication avec les masses populaire sera pour nous une tâche d’une extrême importance.

Coup d’état mode d’emplois.

La révolution est au bout du fusil.

Mao

 

Le mouvement néo conservateur (néo dans le sens nouveau) est. Issu de la gauche progressiste à la fin des années 60. Ou plus précisément de l’évolution politique d’un ancien trotskyste, Irving Kristol, dont le mode de raisonnement se fonde à la fois sur son éducation politique, et sur son expérience militaire durant la Seconde Guerre. Comme il le dira lui-même, il y a été « agressé par la réalité » comme d’autre le seront bien plus tard, rejoignant de facto un mode de pensée parallèle, avec l’Archipel du Goulag d’Alexandre Soljenitsyne, et ici je pense notamment à Bernard Henri Levy ou André Glucksman. Deux « intellectuels » comme on dit en France très largement soutenus par le mouvement de réforme culturel initié par les Etats-Unis sur l’Europe et notamment par la CIA (non, je ne sous-entend pas que BHL est un agent de la CIA, ni même qu’il sait qui ont été ses soutiens financiers en dehors de son très riche papa).  Avec sa logique trotskyste Kristol est contre l’aide sociale qui ne pousse pas les pauvres à la lutte et rejette le mouvement contestataire qui s’inscrit selon lui dans une logique nihiliste défendue par les premiers anarchistes. Par ailleurs devenu farouche anticommuniste, comme de nombreux trotskystes et anarchistes au demeurant, il reproche leur mollesse au démocrate, exactement comme le fera lui-même Reagan. Sa rupture complète avec la gauche va s’exercer à partir de Lyndon Johnson.

Il est vrai que l’Amérique de Roosevelt n’a rien à voir avec celle dont va hériter Johnson. L’Amérique de Roosevelt jusque dans l’immédiate après guerre croit encore à son idéal de liberté défendu par son extraordinaire constitution. C’est elle qui va dans un premier temps armer Ho Chi Minh et les Viet Minh contre la France. D’ailleurs dans un premier temps, Ho Chi Minh se revendique moins du communisme que du nationalisme. Il cite la déclaration d’indépendance et la Révolution française et déclare que ses forces sont américano vietnamienne. Tout va changer avec l’arrivée d’un petit homme sans envergure, élevé dans l’ombre de sa mère, poussé au pouvoir par des bandits, Harry Truman. Le même Truman qui va user et abuser de l’arme atomique pour soi disant pousser les japonais à la réédition, alors que les japonais ont déjà commencé des pourparlers dans ce sens. La réalité est plus cruelle. Truman a besoin de démontrer qu’il n’est pas le petit homme sans envergure qu’il est en réalité et surtout il doit en remontrer à l’ogre rouge, le terrifiant Staline. Le concours de bite est lancé et il va durer…. Jusqu’à aujourd’hui. A partir de 84 le discours de Krystol se durci quand à la défense d’Israël, prônant une alliance qui va s’avérer funeste pour le reste du monde entre juifs et évangélique, entre le sionisme chrétien et la droite évangéliste. Mais il est vrai qu’un partie discours néo conservateur ne se serait jamais construit sans ce qu’Hitler a fait subir à l’Europe et plus particulièrement aux juifs. Cette position politique va considérablement pousser la droite israélienne vers une certaine radicalisation du discours. Un discours qui va encore se muscler avec l’immigration massive des juifs d’Europe de l’est jusqu’au meurtre d’Yitzhak Rabin, et même au-delà. Mais également grever sérieusement la paix au Moyen Orient d’autant que les intérêts pétroliers rentrent en jeu.

Le néo conservatisme américain va se propager et influencer toute la politique américaine de Reagan à Obama, et même aujourd’hui Trump. Car, en dépit des analyses de certain universitaire français qui aimeraient qu’on trouve une certaine grâce au nationalisme de façade de Donald Trump. En dépit même que nombre de républicain ont critiqué la position du président des Etats-Unis qu’il a, comme à son habitude, résumé par un slogan « no more globalism, only americanism », et qui ne pouvait que séduire la droite réactionnaire de notre pays et du sien. Il faut bien garder en tête que le maître à penser de Trump, Steve Bannon, récemment éjecté pour des affaires d’égo et suite aux émeutes de Charlottesville, défend un discours plus extrémiste que les néo conservateurs mais qui n’en reste pas moins attaché à cette même droite évangélique, à cette même impératif à défendre Israël et l’occident contre le nouvel hydre, le nouveau marxisme de l’occident, l’Islam et le monde musulman en général. Le plus inquiétant demeurant dans les fantasmes d’Apocalypse de Bannon qui lui ne cache pas dans ses films sa vision millénariste et simpliste du monde, appelant précisément à un affrontement entre les nouvelles forces antagonistes, exactement comme les fanatiques du camp adverse en appellent au djihad. Et quand on observe l’espèce de folie collective à base de prière, de fake news, et de tweets farfelus qui s’est emparé de la Maison Blanche depuis l’investiture de Trump, au regard de la politique américaine en Asie, en Ukraine ou en Syrie, on a le droit d’être fortement inquiet pour l’avenir.

L’historique des lois d’exception face au terrorisme dans la sphère occidentale et « démocratique » ne date pas d’hier. Face à l’IRA, Thatcher appliqua un régime draconien à l’Irlande du Nord, notamment en s’appuyant sur l’aile très, très à droite du révérend extrémiste Ian Paisley et les terroristes de l’UVF. Et surtout en rejetant le statut de prisonniers politiques à des hommes qui n’étaient rien de plus, ni n’avaient jamais commis comme d’autre faute que d’être soutenu politiquement par l’IRA et le Sean Feinn. Et qu’on laissa mourir de faim. Un même régime d’exception qu’on retrouvera en Allemagne face à la Fraction Armée Rouge. Ou en France durant la guerre d’Algérie mais également contre les usagers de drogue jusqu’à aujourd’hui, ce qui est paradoxale pour un pays qui a été (et est sans doute encore) si actif dans le domaine du trafic Cependant, jamais jusqu’ici ces mesures n’avaient été prise de façon permanente, subornant non seulement les lois, violant les droits les plus élémentaire des individus, mais se moquant jusqu’à la constitution. Or ce projet aux Etats-Unis n’est pas nouveau, il était dans les espérances de la droite américaine dès Kennedy, et il manqua de se réaliser sous Nixon. Après tout qu’était-ce donc que l’Opération Chaos, sinon les prémisses de cette surveillance globale qui fait fantasmer les agences de renseignement, et surtout les gouvernements. Car la situation est également critique pour nos gouvernements, et ils en ont parfaitement conscience. Les Printemps Arabes ont prit tout le monde par surprise, à commencer par les dictatures sanguinaires qui règnent sur les émirats.

Cependant ce projet aujourd’hui s’appuie sur une nouvelle idéologie, celle du conflit des civilisations, comme au bon vieux temps des croisades. Une croisade cette fois globale qui ne peut que rejoindre les fantasmes conjoint des djihadistes et de l’extrême droite occidentale. Le même rêve de sang avec au bout du compte l’espoir absurde en la venue d’un sauveur magique mettant tout le monde d’accord. Mahdi ou Christ, peu importe. Or quand les fous commencent à diriger le mode de pensée du monde, ce qui suit n’encourage pas à investir dans un autre avenir que celui de la sécurité et de l’armement. Et c’était bien l’intention du gouvernement Bush et de ces suiveurs, Obama y comprit. Car derrière eux c’est bien ce que les américains appellent le deep state, qui pousse. Un état profond qui ne se compose pas seulement de la CIA, des agences de sécurités américaines en général ou du Pentagone, mais de la sphère très influente des méta holdings comme KKR, Carlyle Group, KBR, Halliburton, ou encore Cerberus Capital Management qui a racheté DynCorp. Cerberus dont le directeur fut un des conseillers économique de Trump durant la campagne… Un changement de politique étrangère organisé à partir d’un attentat utile, opportun, et connu à l’avance, qui a permit et permet de détricoter un peu plus les Etats-Unis mais également l’Europe des idées inspirées des Lumières, et laminer totalement le discours traditionnellement universaliste de la gauche, où qu’elle soit, pour n’en faire qu’un succédané, un substitut, laissant encore durer un vague espoir, puisque l’espoir est si utile à endormir les foules.

Espérer ce n’est pas agir, juste un souffle d’inspiration mais guère beaucoup plus. Espérer c’est attendre.

Et pendant que nous attendons, stupéfaits spectateurs d’un monde que l’on veut voir mourir, l’exception, la surveillance et la militarisation s’imposent partout mettant les pays en interdépendance complète. Nous irons désormais chercher nos fusils en Allemagne, nous compterons sur l’OTAN pour subvenir à nos insuffisances, nous laisserons gentiment pourrir le paquebot Dassault dans la corruption de son dirigeant, jusqu’au jour où on nous annoncera que l’armée n’a plus les moyens de se payer des avions français. Ce qu’elle n’a d’ailleurs déjà plus, puisque nous ne pouvons même pas entretenir ceux que la gabegie commerciale du groupe Dassault et la complaisance de l’état nous a fait acheter. Et puisque l’Amérique dirigeante ne sait pas faire autrement, bien entendu cet assaut idéologique et militaire s’accompagne d’un volet économique. Les médias cooptés depuis Mitterrand nous bombardent du discours de la guerre des civilisations, alors qu’il n’y a que pour l’essentiel en terme réel de guerre qu’un conflit entre agences de renseignement au travers d’armées de mercenaires et de groupes armées autonomes ou non. Le tout plus ou moins subornées par des armées régulières. Bref que nous sommes en réalité en rien concerné par cette guerre idéologique qu’on veut nous mettre dans le crâne quelque soit notre confession ou notre système de pensée. Passant au sable et dans la foulée l’assaut économique que nous subissons à travers les accords transatlantique que nous a vendu le très consensuel directeur de marketing à la tête du Canada, le joli et si tolérant Justin Trudeau. Les médias nous tabassent avec des mots tiroirs comme « mondialisation » « compétitivité » « baisse des charges », tandis que notre narcissique « chef » d’état s’en revient de Las Vegas avec sa feuille de route. Et la boucle est bouclée. Et elle va d’autant se resserrer que la technologie de la surveillance se développe, aussi bien que les entreprises militaires privées, ajouter à cela des pénuries qui vont de plus en plus se faire sentir, et dans absolument tous les domaines, ne nous leurrons pas.

D’où qu’ils partent, le seul sursaut ne peut venir que d’une repolitisation de ce que les marxistes appellent les masses. Mais également une réappropriation de nos langues, de nos mots. Ecoutez s’exprimer un badaud des années 50 sur la politique intérieure de son pays et comparez le à aujourd’hui, tant sur le vocabulaire que l’opinion et vous verrez la marge qui nous sépare, la décadence tant du verbe que du discours. Il va falloir tôt ou tard choisir de notre avenir, et avant que la boucle se referme complètement.

 

Nota Bene : pour les amateurs de super complot si vous cherchez des complicités possibles avec Al Qaïda pour l’organisation de l’attentat, et sans aller chercher midi à quatorze heures. En 1979, en Iran, il faut retenir deux choses pendant la prise d’otage. D’une elle était le fait des Gardiens de la Révolution à qui on ne pouvait rien dire et l’administration iranienne, en particulier le ministère des Affaires Etrangères étaient  en réalité scandalisé par cette action. Ce pourquoi Argo est une affabulation d’Hollywood, les iraniens savaient parfaitement qu’il y avait des américains à l’ambassade Canadien, vu que l’ambassadeur des Etats-Unis lui-même l’avait confié à ses homologues iraniens. La seconde c’est qu’il a bien eu une opération de sauvetage réussi et beaucoup plus musclée. L’instigateur était Newt Gringrich, un des papes du néocon, qui se fit aider d’un mercenaire ex-béret vert au Vietnam et de son équipe pour libérer des membres de son entreprise. L’affaire a été relatée dans un livre dont Clint Eastwood devait faire l’adaptation. Aujourd’hui il y a des myriades d’équipes de ce genre, mais si j’étais vous je m’intéresserais de près à Intelligence Support Activity qui fait parti du JOSC. Il faut toujours se défier d’une organisation qui change cinquante fois de nom…

Le Principe Totalitaire

Cinquante degrés centigrade, des ombres violettes qui suivent le dessin arraché des murs en ruine, courent en bordant les ruelles défoncées, chargées de gravas, parsemés de cadavres, certain là depuis plusieurs jours, largement entamés par la charogne. La colère, la peur, l’odeur du sang vibrent dans l’air, dansent dans l’onde de chaleur qui trouble l’horizon. Les combattants sont tapis dans les ruines. Brelage, dix chargeurs, veste, pantalon et foulard noirs, AR15, AK47, PKM, M4, M16, M60, lance-grenade, RPG 17, Sig Sauer P226, 357 Magnum, Makarov, HKG4… etc, etc…. Dix jours qu’ils sont là, cernés par environs dix mille hommes. Dix mille contre huit cent, plus les drones, les AC130. Mais rien n’y fait. Au nord les russes, à l’ouest le Hezbollah et les syriens, à l’est les kurdes, au sud les irakiens, et la Coalition. Et personne ne s’entend. Les hommes ont faim, soif, ils craignent qu’on cherche à les affamer, leur commandant en chef, le cheik Ahmed ibn Husseini al Faransia voudrait tenter une percée du côté irakien mais pour le moment ils sont cloués au sol par un bombardement. Le sol tremble sous leurs pieds, les murs et les immeubles mâchonnés par le shrapnel et les projectiles grommellent, un épais nuage de poussière ocre s’étiole en s’engouffrant dans les rues. A une époque qui lui semble lointaine aujourd’hui, Al Faransia, le Français, s’appelait Rémy Ergelet, natif d’Orléans, converti à 17 ans, en route pour le jihad deux ans plus tard. Il se souvient de ses premières semaines, la tête collée contre la paroi du bunker. Comment on les avait prit en main en leur faisant égorger des animaux pour commencer. Pour les occidentaux en général c’était une épreuve. La plus part n’avait jamais tué quoi que ce soit à par leur ennuis à coup de Playstation, n’avait jamais vu du sang, un cadavre de près. Pas lui. Il tuait des chats, des chiens, depuis qu’il avait douze ou treize ans. Le plus marrant c’était d’attacher la queue de deux chats et les regarder s’écharper jusqu’à la mort. Aujourd’hui il ne tuait plus les chats, parfois un chien, mais jamais un chat, c’était haram, le chat c’était l’animal favori du Prophète. Il en avait même adopté un à une époque, mais il avait été tué dans un bombardement. Un de ses lieutenants s’approcha, les irakiens avaient reculé vers l’ancien souk, ils étaient en train de déplacer leur artillerie. Une erreur tactique, le souk était truffé d’IED comme disaient les américains, Improvised Explosive Device, tout le monde le savait, pourquoi ils faisaient ça, aucune idée mais il fallait en profiter. Il passa ses ordres, à une centaine de mètres de là ses hommes mirent en activité leur mortier de campagne. Un tube, un bipied, une plaque en acier, des obus de 40 mm russes. On tire autant que possible, deux, trois, quatre engins avant de se déplacer. Toutes les grenades ne fonctionnent pas, certaine éclate trop tôt ou pas du tout, tombant comme des œufs de Pâque avec des bruits d’acier en furie. Les autres claquent sèchement crachant leur shrapnel  en postillons mortels. A plat ventre dans les ruines, quatre étages au-dessus du sol, allongé sous une bâche poussiéreuse, crouteuse de tâches douteuses, l’épaule calée contre la crosse évidée de son vieux SDV Dragunov, Al Siyniu, comme les autres l’appellent dans cette section, abat tout ceux qui apparaissent dans sa lunette de précision. Il a les yeux bridés et noirs, les pommettes hautes et la peau cuivrée, d’où son surnom de Chinois, mais pour lui ce n’est pas un surnom c’est une insulte. Il ne dit rien parce que c’est le commandant qui a commencé à l’appeler comme ça mais il haï les chinois. Il les hait au point de regretter qu’il n’y en ai pas en face. Il s’appel Nurgul, il est natif du Xinjiang et chaque fois qu’il abat un homme il pense à un soldat chinois. Un de ceux qui sont rentré un jour chez lui pour tout saccager, battre ses parents et enlever sa sœur pour la violer. Son index ne quitte pas la détente, affleurant, patient. Dans la confusion des obus de mortier qui éclatent, il accroche tous ceux qui hésitent, fuient, paniquent, méthodiquement. C’est un des meilleurs de sa section. Dix jours, plus de quarante victimes. Trois Rafales passent dans le ciel en rugissant et balancent leurs bombes cent mètres trop tôt. Des immeubles éclatent en chapelet, le monde se trouble, gris-ocre, masquant le disque solaire dans des volutes noueuses à l’odeur de phosphore. Lourd parfum chimique qui s’engouffre dans les narines tendues et frémissantes de Cebrail, adossé contre un tas de ferraille qui a été un jour un 4×4 Toyota, son arme plaquée contre son torse osseux. Il sent le métal s’enfoncer entre ses côtes, il a l’estomac qui gargouille, la gorge sèche, le visage et le crâne enveloppé de noir, des lunettes de marine sur le nez, volé sur une de ses victimes. Sa main droite est emmaillotée dans un bandage de fortune, il s’est blessé bêtement durant la dernière manœuvre. Quand ils ont prit une première fois les irakiens à revers, les repoussant vers l’est. Depuis il a peur. Irrationnellement peur. Il y a longtemps qu’il n’avait pas connu cette sensation, depuis les cadets. Depuis l’époque où avec ses camarades ils se faisaient rudoyer, frapper, humilier par les sous-officiers de l’école. Une tradition, turc, syrien, russe, une épreuve de survie et d’endurance. Cebrail a déserté l’armée turque pour le Shâm quand Mossoul est tombé. Il est d’une famille fervente, il a toujours eu la foi chevillée, rejeté l’occident et ses perversions, mais aujourd’hui ça se lézarde comme les murs du bâtiment d’en face. Aussi irrationnellement qu’elle l’a saisi alors qu’il avait à peine sept ans, sa foi est en train de l’abandonner à cause d’une stupide coupure. Alors il s’accroche, il prie frénétiquement en fermant les yeux derrière ses verres pare-éclats, La Illah I Allah Mohamed Rasoul Allah, cinq fois. Mais dans le fond de sa tête, dans le fond de ses oreilles, il l’entend s’approcher et il est terrorisé. C’est comme un ronflement lointain. Un vague bruit de moteur qui semble partout et nulle part à la fois. Et dans la fureur des explosions, des tirs en rafale, on ne le perçoit que si l’on s’enferme en soi, si l’on arrive à se séparer du monde et de sa rage. Il vole à plus de deux mille mètres, long tube d’acier à tête camus avec de courtes ailes fines, télécommandé depuis le Golfe d’Aden. L’opérateur est un civil, assis derrière un écran 24 pouces, sur le pont inférieur d’un navire de guerre américain. La guerre en couleur et en stéréo, Wagner, la Walkyrie, qui beugle dans le centre d’opération. Derrière l’opérateur, un autre civil dans une tenue sport Ralf Lauren, pantalon crème, teeshirt mauve, visage bronzé et énergique, main dans les poches. A côté de lui un général deux étoiles, et le commandant du navire. Derrière eux des sous-officiers autorisés à assister à la démonstration. Sur le côté droit de l’écran des chiffres défilent, vitesse du vent, distance de la cible, altimètre, vitesse. Si quelqu’un depuis la terre pouvait le voir, il remarquerait qu’il est plus imposant qu’un drone Raptor, un peu plus long, un peu plus large, plus aérodynamique. Mille huit cent cinquante mètres de la cible, le vieux quartier, l’opérateur effleure la commande de lancement. La coque d’acier du drone se sépare avec les ailes, elle se déploie dans le ciel comme des copeaux de soleil, découvrant douze missiles à tête rouge resserrés autour d’une masse métallique noire. L’opérateur appuie sur une autre commande, les missiles se déploient alors que le corps amorce sa chute. Le volume musical baisse, l’autre civil fait l’article sur un ton détendu. Douze missiles à détection thermique, branchés sur la température du corps humain, indifférents au four dans lequel ils viennent de pénétrer, ils sifflent en se séparant, dessinant une fleur complexe et lumineuse dans le ciel saturé de poussière. L’un d’eux traverse comme une motte un des immeubles où s’est réfugié une dizaine de combattants, le missile éclate en plusieurs fois. Cinq explosions consécutives qui ravagent tout sur leur passage.

–       Chaque section du KM80 relâche en éclatant huit mines composées de dix huit billes de céramique sur un noyau de semtex. La tête, en revanche fonctionne par effet perforant. La température dégagée permet alors de faire éclater la cellule d’anthrax qui se trouve en son cœur.

–       De l’anthrax ? Ce n’est pas très bon pour les médias ça, fit remarquer le commandant.

–       Il s’agit d’une souche mutante que nous avons développée en collaboration avec Pentagone. Elle a un temps de vie de quarante-huit heures et son rayonnement est limité à une dizaine de mètres.

Le corps dénudé du drone s’enfonce dans la terre avec un bruit sourd, bloc d’acier noir noué d’articulations et de pistons, deux bras en surgissent, puis deux jambes qui prennent appui sur le sol déchiré pour dégager le reste du corps et la tête. Son reflet brille dans l’œil éteint de Nurgui. L’œil est posé sur un bord de fenêtre comme une offrande. Le reste est dégueulé en bouillie d’os et de viande sur deux mètres, truffé de millions d’aiguilles de céramique.

–       Et voici messieurs nôtre fierté, le ALAMO  « Vélociraptor » AA1.0

–       Alamo ? Fit un des sous-officiers derrière lui.

–       Air Land Autonomous Military Operator.

–       Autonome ? C’est un robot ? Demanda le général surpris.

–       Je préfère parler d’intelligence artificielle, le Alamo prend des décisions et choisis ses cibles en fonction de la stratégie qu’il aura déterminé.

–       Mais là c’est lui qui le fait fonctionner non ?

–       En effet, mais si pour une raison ou une autre nous souhaitons passer les commandes à la machine, il nous suffit de faire ceci…

Il lui montra l’opérateur qui ôtait sa main des commandes.

La machine se redressa comme si elle n’attendait que ce moment. Elle mesurait un peu plus de trois mètres avec une tête reptilienne, elle n’avait pas de queue mais sinon elle faisait bien penser à un dinosaure. Un dinosaure bardé de canons, de roquettes, de mitrailleuses de 20 millimètres rotatives. Les premiers à l’apercevoir s’enfuient en courant. Cela fait des années qu’ils se battent, ils ont prit cette ville à des forces bien supérieures en nombre et ils y résistent de la même manière, mais ça c’est trop. Ca c’est une machine du Sheïtan, une de ces choses comme on n’en voit que dans les films, ça c’est impossible. Tout en bondissant la machine braque ses rotatives d’épaule sur le groupe qui s’éparpille. Le tir est précis, au poil près, une poignée de seconde et ils ne sont plus que des morceaux dépiautés de barbaque arrosant la rue. Trois roquettes partent depuis son dos, décrivant une arabesque descendante jusqu’à environs trois cent mètres, liaison satellite, ce que le satellite voit il le voit. Les roquettes à fragmentation éclatent à l’intérieur d’un bloc d’immeuble où sont réfugiés des servants de mortier. Ca hurle de partout, ça mitraille aussi, par rafales longues, tir de suppression qui s’éparpille sur la carlingue sans dommage. Un homme surgit au coin d’une rue, l’épaule alourdie d’un lance-roquette. Il appuie sur la détente, le recul le rejette en arrière, l’engin file droit sur la créature mécanique qui lève le bras comme pour se protéger. La roquette éclate à mi chemin, foudroyée par le faisceau invisible d’un laser, les rotatives rentrent en route, poursuivant le combattant à travers le mur qu’elles dépècent.

–       Le squelette est en acier ?

–       Non, un nano polymère de notre fabrication, je suis désolé, je ne peux pas vous en dire plus.

–       Et pourquoi ?

–       Parce que je tiens à garder certain de mes brevets à l’abri des regards.

–       Hum, je comprends, dit le général qui n’a pourtant pas l’air d’apprécier.

La machine continue sa progression dans les rues décavées, bondit, court, parfois attrape même un combattant et l’écrase contre un mur. Les roquettes pleuvent de son dos, les mitrailleuses tirent sur tout ce qui bouge.

–       Quel autonomie pour les munitions ?

–       Ce que vous avez devant vous c’est l’équivalent d’une unité blindée, munitions comprises en basse intensité. Maintenant si vous permettez…

Il chuchote à l’oreille de l’opérateur qui se met à clapoter sur son clavier. Trois autres drones Alamo prennent leur envol. Et bientôt c’est l’enfer sur terre. Rémy Ergelet… Ce nom qu’il avait appris à détester. Ce nom plat, moche, de français plat, pâle et moche, de mécréant. Il se souvient comment il a embrassé la cause avec fierté, ce qu’il avait ressentit dans le bus en passant la frontière turque. L’appel de l’aventure, le mystère, le danger et enfin le paradis, le pays saint, le Shâm, immense, majestueux, qui tout de suite pour lui s’était soldé par une solide amitié avec les irakiens. Il était dur et féroce comme eux, il était intelligent et avait assez de charisme pour se faire obéir. Rémy Ergelet, il a disparu depuis longtemps celui-là, à dix-sept ans il avait changé de nom, ses parents avaient fait un scandale, voulu l’emmener chez le psy, et avant qu’ils alertent la police il avait fugué chez un ami, un autre converti comme lui. Mort depuis. Il en avait vingt-quatre aujourd’hui et pourtant ce vieux nom rebondissait dans son crâne à mesure qu’il toussait et crachait du sang, de la bile, tout le contenu de son estomac et de son nez. L’ogive a éclaté juste l’étage au-dessus du bunker. Le toit de celui-ci s’est fendu comme un œuf sur le trottoir, les spores d’anthrax son en train de tuer tout le monde. Rémy Ergelet… D’abord Cebrail a été paralysé, les cuisses tremblantes, incapable de se lever, assourdi par la fureur qui se déchainait autour de lui, et puis au-delà de la peur, au-delà de la terreur, il y a la panique pure et simple. La panique instinctive, celle du rat, du cafard. Les machines avancent dans les rues et il se terre sous un bloc de béton effondré, il s’enfonce au plus profond de cette faille sombre, chaude, ramasse ses jambes sur lui-même et attend. Il a perdu ses lunettes, déchirés son foulard, il serre son arme contre lui comme un enfant. Il a arrêté de prier. Il crie sans crier. La bouche béante, la gorge crispée, mais aucun son ne sort alors que dans son esprit il hurle. Peu à peu les détonations se font éparses, les tirs sporadiques, peu à peu les machines reprennent possession de la ville suivit des forces de la coalition et des seigneurs de la guerre irakien. Les russes et les syriens qui ont compris qu’ils sont en train de se faire déborder, bombardent au nord pour essayer d’empêcher tout replis, tandis que deux colonnes de chars foncent occuper le terrain tant que c’est possible. La fin de l’après-midi se couche sur le quartier en ombres profondes et fraiches, Cebrail entend des soldats irakiens passer, ils rigolent, ils parlent de ces drôles de machine à nettoyer, comme ils disent. La panique, la peur, a disparu avec le sommeil qui l’a subitement prit. Il ne sait pas combien de temps il a dormi mais dehors la lumière est ocre et la poussière est retombée. Ils doivent être tous morts, se dit-il, et il est au beau milieu de ses ennemis, sans eau, sans nourriture, avec quoi ? Quatre chargeurs pleins et trois grenades ? Il sait qu’il n’a aucune chance, même pas d’approcher l’ennemi et de se faire sauter avec, d’ailleurs il n’y pense même pas. Il veut juste quitter cet enfer, cette ruine qui pue la charogne sur des hectares. Il attend que les soldats s’éloignent et commence à se dégager.

 

Il est dehors sur le pont supérieur du navire de guerre, il téléphone en fumant une cigarette. Sa petite fille à l’autre bout du fil qui fait des caprices pour avaler ses céréales matinales. Entre deux jérémiades elle lui demande quand est-ce qu’il rentre. Il répond bientôt ma chérie, bientôt, et il pense à ce qui l’attend demain et les prochains jours, un voyage à Istanbul pour rencontrer des acheteurs russes, puis retour à New York pour la conférence de presse, une escale à Washington, rencontrer le secrétaire d’état, et enfin Indian Creek, Floride où il vit dans une splendide maison au cœur d’un jardin de plusieurs hectares avec sa femme et ses deux enfants. Il a quarante cinq ans, wonder boy de l’armement, diplômé du MIT, cybernétique et informatique, il a lancé sa boite en mettant au point un système de guidage révolutionnaire, démultiplié sa fortune en déclinant ses brevets militaires en applications civiles. Il vient de déposer un brevet pour le premier nano drone de l’histoire, pas plus gros qu’un moustique. Un marché multimilliardaire, son entreprise annonce un taux de croissance chinois, presque 8% par an. Certain le qualifie de génie du mal, son quotient intellectuel avoisine les 185, sa secrétaire, elle, l’admire presque comme un dieu. Elle se tient à quelques mètres, pendues au téléphone, regardant le crépuscule par-dessus le bastingage, la poudrée d’étoiles qui éclabousse les limites cramés de l’horizon. Blonde, les cheveux serrés en chignon, le visage agréable et énergique, mince comme un fil, moulée dans un tailleur noire, chaussée de tennis blanches, elle passe ses instructions aux opérateurs chargés de récupérer les quatre Alamo. Des contractants d’Academi ex Black Water avec qui son entreprise travaille régulièrement. Elle entend son patron rire, elle lève les yeux, admire son sourire, solaire, franc, carré.

 

Ahmed ibn Husseini al Faransia n’a plus vraiment mal. Il a la nausée. Ou quelque chose qui y ressemble. La nausée mais plus rien dans l’estomac, et la tête qui lui tourne. Il a arrêté de se vider. Il sent à peine sa gorge, son thorax, l’impression d’avoir gonflé. Il se soulève péniblement, tâte son larynx, c’est mou et enflé en même temps. Il a les bras qui tremblent, il regarde alentours, ses yeux voilés. Il aperçoit des silhouettes autour de lui. Certaine bouge encore. Il essaye de se rappeler de ce qui s’est passé mais c’est le brouillard, comme devant ses yeux laiteux. Il sent quelque chose bouger dans sa bouche, il fourre ses doigts à l’intérieur et en sort un gros cafard bien gras avec une dent. Il grimace et jette le tout par-dessus son épaule. Puis il pousse un grognement qui se termine dans gargouillis écoeurant et se lève en titubant. Il ne sent pas le froid qui s’est emparé de la nuit mais parfaitement l’odeur entêtante de mort et de produit chimique autour de lui. Et il distingue les sons également. Le bruit des pas au loin, le craquèlement des branches dans le feu, le cliquetis des brelages, des armes, le sifflement léger du vent, putride. Il a soif, très soif, mais surtout il a faim, affreusement faim. Il n’a quasiment rien avalé depuis quatre jours, alors il commence à mettre un pied devant l’autre en suivant l’odeur de la viande fraiche. Derrière lui d’autres silhouettes se lèvent. Cebrail trottine entre les ruines du souk. Il sait que c’est dangereux par là mais il n’a pas le choix. Les russes ont coupé la route du nord, les kurdes occupent le centre ville et il vient de passer derrière les forces de la coalition qui patrouillent un peu partout. La nuit est étoilée, la lune est haute, il se dirige tant bien que mal à la lueur blafarde du ciel. Il essaye de ne pas penser à ce qu’il a vu aujourd’hui, aux machines, seulement à ses pas, à sa destination, aux pièges qui pourraient croisés son chemin. A la frontière. Il voulait retourner chez lui. Quitter le Shâm, revoir ses parents, ses sœurs, son frère.  Il veut se mettre en accord avec Dieu aussi, faire le pèlerinage, Dieu l’a protégé, Dieu a posé sur lui sa main bienveillante, son heure n’est pas venu a-t-Il dit. Soudain il s’immobilise, il a entendu un bruit suspect dans les ruines qui se dressent devant lui. Des grognements peut-être ou des paroles. Il se baisse brusquement, attend en tendant l’oreille, son fusil en position de tir. Maintenant on dirait comme quelque chose qui mastique, piétine… Des chiens sauvages ? Des chiens sauvages occupés à dépouiller les cadavres ? il a prit l’habitude de s’en méfier, ces chiens sont dangereux, imprévisibles, souvent rendus fous par la guerre. Il patiente en écoutant les bruits horribles.

 

Dans un laboratoire militaire de l’Arkansas un virologue refait ses équations, le nez sur son spectrogramme. Il y a quelque chose qui ne va pas dans les calculs qu’on lui a demandé de vérifier. Quelque chose qui s’observe dans les boites pétri de l’autre côté de la vitre blindée. Quelque chose qui ne peut normalement pas se produire, comme un défi à la vie elle-même. C’est à la fois fascinant, extraordinaire et terrifiant. Mais apparemment si, c’est possible. Alors il repense à ses premières années quand il hésitait encore entre la biologie et la mécanique quantique. L’infiniment petit l’a toujours fasciné. Il se souvient du Principe Totalitaire de Gell-Mann, « tout ce qui n’est pas interdit est obligatoire » ce principe qui veut que ce qui n’enfreint pas les lois physiques peut et doit se produire, comme une particule avec une masse imaginaire. Comme un tachyon, cette particule supposée qui dépasserait la vitesse de la lumière, ce qui est en théorie impossible. Il pense aussi à cette réalité quantique qu’une particule n’est tangible, existante qu’à l’instant où on l’observe. Comme si la réalité n’était rien de plus que le fruit de nos pensées. Une fabrication. Une fabrication qui peut varier, muter, qu’est-ce qui a provoqué au fond la mutation qu’il observe ? Un accident moléculaire, une protéine en trop ? Ou le désir puéril et inconscient des hommes ?

 

Cebrail marche à pas comptés dans les ruines, son fusil prêt à faire feu. Il essaye d’apercevoir les chiens. Au lieu de ça il aperçoit le sommet d’une tête et les reflets roux d’une barbe. La silhouette est penchée sur quelque chose, un corps apparemment, et elle mastique. Un frisson de peur parcoure son dos, il braque son fusil dans sa direction et s’approche encore un peu. Il aperçoit quelque chose pendre au poignet de l’homme à barbe rousse, un chapelet de perles vertes, il manque de crier de surprise et de joie. C’est son commandant, al Faransia, il regarde autour de lui, personne, il commence à s’approcher en appelant son chef d’une voix étouffée. Soudainement ce dernier braque son visage vers lui, à demi éclairé par la lune, alors Cebrail a un choc. Ses yeux. Ses yeux sont voilés, éteints, c’est les yeux d’un mort. D’un mort avec le crâne ouvert et une grimace affreuse qui lui tord le visage sur un alignement de dents à demi arrachées et barbouillées de sang. Ce n’est pas, plus al Faransia qu’il a devant lui, c’est autre chose, et cette chose n’existe pas plus dans leur monde que les robots n’y avaient leur place jusqu’à cette après-midi. Cette chose c’est le diable, c’est l’enfer qui ouvre ses portes. Il sait maintenant que Dieu l’a abandonné, qu’il ne reverra jamais son pays. Il hurle.