Rien à voir

La diagonale du pire dans le métabolisme chimique d’un continent à la dérive sur des fleuves obliques striés comme des zèbres ondulants et clapoteux, parfumés de sacs plastiques multicolores, un printemps de supermarché. Tout doit disparaitre ! Le rayon dégueulant la marchandise au centuple des sillons creusés sur les mains des enfants du Bengale teintés de bleu jean comme des zoulous de l’espace en mode technicolor from Mars. La lapidation des consommatrices sous le joug du papier glacé des impératrices squelettiques aux yeux de chat porno, fendues sur des mousselines couteuses par des ongles pédés dans la garniture de vieilles bicoques frelatées par des milliardaires plastifiées sous les ors monegasque d’un été entre prélats de la même église. Rien à voir.

 

Le marocain nubile dans les grâces d’un marocain ministériel des fraises et de l’agitation en milieu tiède dodeline du cul près de la piscine miroir et vert de mer qui scintille sous la pastille de son importance toute relative, Un marocain camé de son dieu de cadavre repend son autosatisfaction de branleur sur les remparts d’un songe anarchiste, une marocaine violée se fait happer par une foule frustrée et pornographiée comme une sodomie en plan large, vive le viol, vive la mort. Rien à voir.

 

Langouste égarée dans un panier de crabes enlacés sous le lacet savant d’une ordonnance caractérisée de chrome et d’or sur la feuille de silicium d’un mage du papier dollar. Il charme la courbe insane d’une chiffrée pétrolière éclaboussant d’épaisseurs gluantes et fumantes la flaque de sang d’un cadavre frais de nègre Kivu. Il berce la cataracte mauve de l’œil de l’envie sous la latitude d’une plage off-shore en immondice d’or et de palmiers. Des femmes au cou gracile gribouillé de diamants juifs sur des comptes de Zoug mitraillent en cascade de rires insanes le minable qui sous-traite l’ultra comtesse faramineuse sabrant le Pérignon sur le crâne d’enfant-œuf au dos zébré d’esclaves tropicales. Rien à voir..

 

Le grouillant d’une masse bob et K-Way mugissant de leur satisfaction repus d’enfant de salaud pilleurs de poème en image désincarnée d’un souvenir de caca sur les collines d’un désert d’ivoire, bidule was here, in memoriam du néant retracé sur des pages électronique de milliardaire complexé par un sexe ordinaire. Des foules compactes d’imbéciles congés payés dégobillés des charters pour des retours de chaude-pisse tropicale à l’ombre des putes de Pataya. Ca rote des cames compliquées de chimie intelligente sur des drames sophistiqués de trentenaire tatoué au milieu du néant de sa différence stéréotypée par des fascicules du bien consommé glouglouté des bacs à vide d’un média consorsium. Pas cher, pas cher, viens voir mon tapis d’Orient qui rame à dix dirhams en opéra de boustifaille dégringolant des montagnes de viande sur des assiettes privilégiées de clampin sans dent dans le tournis vicié du tourisme de masse. Rien à voir.

 

Des freluquets encravatés de soie violette, coulés dans des uniformes sur mesures de césar de chenil, discourent de leur importance au nombril du monde d’un prime time de galerie pour vendre plus de coca charbonné de substituts usinés dans des cuves nazi de quelque projet de grandeur. Il borborygme sa satisfaction d’être lui, de n’avoir rien à dire mais de le dire bien dans la scolastique d’une langue en sapin. Enterrer les idées et en faire des sucreries à mâchonner pour les pouilleux qui s’entassent devant l’écran de leur ignorance. Des dimensions parallèles parasitées par l’absurdité élective d’un tour de passe-passe éventé comme une farce donnée et sans importance aux foules affamées d’idéal, fronçant l’œil sur le firmament d’un avenir en abime, et piaulant tel des chiots sans affection leur peur de laisser à l’héritage une longue agonie, derrière l’éclaté fluorescent d’une vitrine au dieu solde, et tout doit disparaitre. !. Rien à voir.

 

Des torrents synthétiques de sang graphique gicle en vomi aseptisé d’un cinéma pisseux, violence grisante et marketée comme une fille facile sur un lit panthère dans un fantasme glacé de parvenu libidineux dégénérant dans des jeux vidéo de tourisme casqué et d’anarchie facile de caïd cinématographique en mode couille et tergal. Des spectacles infantiles de monarchie sans enjeu juché sur les dragons rouges des tapis enroulés d’une aristocratie du toc en sourire qui claque sur les étals retouchés de marchandise de choc.  Rien à voir.

 

Verticales dominantes plaquées polychrome d’affamés cintrés de parachute d’or et golden shower sur les berges féroces d’infirmes sur le retour de contrées sauvages, jungle des bistourés cacochymes en plis étirés sur des clavicules décharnées de régimes sans glucides, jus de carotte transgényco-californienne, les dents porcelaines taillées au rasoir pour des jugulaires infantes dans les castels imaginaires des rives de la nouvelle économie. Rien à voir.

 

Chimères fantastiques d’opiacé constitué en gerbe dégarnies d’infanticides télévisés, l’œil calculés dans la lucarne des terreurs à la commande de quelques publicistes soda saupoudrés cocaïne, plantés dans la conserve de brique rose cinq cent de leur aptitude à dissimuler le cancer dans le colon du sacre-journal. Au jeu des miroir du pays d’Alice farubileuses et spermicides d’une sixième extinction d’oraison glacée au firmament d’une pourriture qui balbutie sur la peau verni des crocodiles sac à main. Rien à voir.

 

Le sac à main couteux des frères du bayou n’a rien perdu de ses mœurs sauvages, il s’enroule sur les turpitudes d’émeraude et rubis de la princesses décolorée, l’entraine dans les tréfonds d’un viol collectif de perroquet de salon soucieux d’étiquette dans l’absorption de pâtisserie en forme de plug anal pour gorge bourgeoise et bien garni de suceuses endormies sur les canapés ouatés à la fleur d’euros. Rien à voir.

 

Marchandises claironnées, plaquées en lumières électriques sur des boulevards griffés de vapeurs d’essence, poubelles obèses soulagées dans des rivières poétiques de reliquat de campagne champignonnée d’hypermarchés faramineux sous les lampions du semblant et de la paresse des foules gavées d’images en hyperboles de leur désastre intérieur, vissées sur des canapés suédois de quelques forêt ravagée statistiquement par des cadres soucieux de leurs enfants et du bien obéir dans le mugissements du troupeau satisfait d’une fin de l’histoire en forme d’agonie de soin palliatif. Rien à voir.

 

Canoë dérivant sur le clapotis enthousiaste, terrain de jeu des pédalos et des bouteilles de crème solaire vides. Embarcation ras la mer aplatie de futurs esclaves à la peau grise des maux de mers et des terreurs nocturnes sous les bombes high tech des princes dorées du triomphe impérial. Crevoir satisfait des périphéries niçoises sous le regard grognée de quelques épiciers du confis et de la corruption, déblatérant leur inutilité au micro attentif d’un stagiaire jaune de la réussite vedette qui courbe devant le paresseux donnant sa leçon de rien nombrilistique. Que ça peut pu aller toute cette mendianterie qui n’a même la décence de se laver dans le lisse d’un pavillon à crédit sur 100 ans. Et petits bruits de bouche sur les réseaux de l’antisociale sponsorisé par des marques de lavabos connectés. Ca grimaille ses théories nationales dans l’angoisse du remplacement de sa petite importance de face de craie et ça carême devant la main crevé du Rom négatif au rire d’or devant ce peuple d’émasculés. Rien à voir

 

Marmaille médusée sur des radeaux d’infortune cannibalisés par les objectifs voraces des médiamétries corporate. Grouillement de guenilles au regard déraillé sur le fil barbelé de l’Europe marchandise, Intermarché ferme ses portes à dix-neuf heures, les indigents sont priés de se présenter à la poubelle pour leur sirop de Javel. Suffisance emplâtrée sur des plateaux télé aseptisé comme des frigos d’abattoir, vernis à ongle de la civilisation bien née qui craquèle sur la couche grasse et juteuse de la bêtise primitive du petit propriétaire sans crédit, rentier de ses défécations satisfaites . Rien à voir.

 

Micro processeurs aérodynamiques d’un super futur en forme de trip à l’acide des mauvais délires d’un singe de luxe dans une tour d’ivoire. Tripotis des combines humaines, s’absoudre de ses propres misères qui cherche le contact vers le ciel mais oublie de saluer les fleurs. Manger tous les jours des pâtes sous le luminaire éco-responsable d’un avenir de déchet radioactif sur les plages de Somalie, rajouter du fromage artificiel pour faire plus festif, enrichir la kémya, du sang plein les pattes d’avoir fait miroiter le bureau ingénieur des hommes du futur de tout de suite. Rien à voir..

 

Génie USB sirupant ses données fantastiques dans le système sanguin d’un appareil de distraction. De l’art en conserve consommable n’importe quand sans le grès d’un peu culture, pour soulager des chips. Je serais tous tes souhaits de fantasmes technicolor mais ne lit pas Steinbeck ça fait mal au crâne. Grimace autorisée de savonnés précieux au tour de cou de poulet, déblatérant leur inculture conflictuel pour faire dormir en réfléchissant. Spectacle de société mascarade qui ne sait plus rien mais le sait mieux que tout le monde. Tristesse infinie des fonds de tiroir qui attendent qu’on les débarrasse des derniers arguments en faveur de la stupidité. Rien à voir.

 

Un type passe les poches trouées dans ses poings crevés, le poil gras des nuits sur le parvis d’une église éclairée toute la nuit comme un concessionnaire motos dans un quartier élu, ça gargouille dans son bide, objectif kebab. Sur le devant de sa scène un mégot de joint à peine dégarni par quelques coyotes en survêtement pimpant. Il le ramasse, il l’allume, sa journée est faite. Rien avoir.

 

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Le capitalisme, la loi des parasites

Marxiste ! Assassin ! Anarchiste ! Islamo-communiste ! Calmes-toi, déjà je ne suis pas ton thérapeute, ensuite je me doute qu’avec un titre comme ça tu vas commencer par sortir ta petite grille de lecture bien délimitée par des années d’endoctrinement idéologique. Personnellement les idéologies, toutes les idéologies, ne m’ont jamais passionné. J’ai certes une affection pour l’anarchie mais pour l’expérience anarchiste et non pas la théorie, j’ai jamais lu Marx mais j’ai vu l’expérience soviétique de mes yeux, et je suis parfaitement d’accord avec de Tocqueville quand il dit ceci : je regarde comme impie et détestable cette maxime, qu’en matière de gouvernement la majorité d’un peuple a le droit de tout faire, et pourtant je place dans les volontés de la majorité l’origine de tous les pouvoirs (…). Lors donc que je vois accorder le droit et la faculté de tout faire à une puissance quelconque, qu’on appelle peuple ou roi, démocratie ou aristocratie, qu’on l’exerce dans une monarchie ou dans une république, je dis : là est le germe de la tyrannie, et je cherche à aller vivre sous d’autres lois. Ce que je reproche le plus au gouvernement démocratique, tel qu’on l’a organisé aux États-Unis, ce n’est pas, comme beaucoup de gens le prétendent en Europe, sa faiblesse, mais au contraire sa force irrésistible. Et personnellement je m’en arrêterais là parce que ça défini notre monde et le capitalisme dans son ensemble : le droit de tout faire parce qu’on est tous d’accord pour le faire, et c’est connu la majorité à toujours raison. La tyrannie du nombre.

 

C’est vrai après tout, dans l’Alabama des années cinquante ils étaient tous d’accord pour torturer, brûler vif et pendre le nègre. C’est donc qu’ils avaient raison.

 

C’est vrai quoi, on a tous voté pour machin qui nous a sucré notre liberté pour notre sécurité, c’est donc qu’on avait raison !

 

C’est vrai quoi on est tous d’accord pour avoir une voiture, plein d’argent, et des vacances avec un bon travail pas chiant, et tant pis si de consommer comme des porcs transforme notre monde en décharge, on doit quand même sûrement avoir raison, quelque part…

 

 

Dieu est mort, il faut que le commerce vive.

Dieu n’est pas mort avec Nietzches ou la Shoah, dieu est mort avec les Lumières. Dieu est mort avec Voltaire, Diderot, Hobbes, Newton, Dieu est mort avec l’Amérique, pas le moindre des paradoxes. Mais il n’allait déjà pas fort bien quand on l’a découverte, c’est-à-dire le jour de la naissance du capitalisme, le 13 octobre 1492 quand un marin génois s’est paumé dans les caraïbes en croyant avoir découvert l’Inde. Il n’était pas le premier à débarquer sur le continent, les vikings, les chinois et d’autres sans doute, mais aucun d’entres-eux n’était un marin génois ambitieux et endetté, qui avait promit mondes et merveilles à sa banque, la reine Isabelle, en échange de titre et de terre. L’enjeu était de taille. Et pas seulement au niveau des ambitions du marin. Constantinople avait été prise par les turcs emportant avec elle l’Empire Byzantin, la route des Indes et de la Chine était coupée, tout le socle commerciale qui s’était formé en Europe, à Venise, Florence, Gêne, Amsterdam, etc était en péril. Et de qui dépendaient monarchies et Eglise ? Rois, reines et pape ? Des banques, des usuriers, de ceux-là même dont le pouvoir reposait notamment sur le commerce avec l’est…

 

Et voilà que le marin et ses hommes débarquent sur une plage, accueilli par des autochtones qui leur offrent immédiatement des perroquets, du coton et d’autres verroteries. Pardon de la digression mais j’imagine le tableau… Qu’est-ce que ça vous ferait vous si soudain vous voyiez débarquer de trois gros bateaux l’air pas sympa, une horde de types pas du tout habillés pour la saison, mal rasés, crasseux, avec des semaines de mer dans les pattes, à demi affamés et armés ? Des perroquets et du coton me semble en effet l’option la plus pratique. Et quand le marin, à force de gesticulations et de mal entendue, vu que l’interprète sert à rien, réussi à brancher l’autochtone sur la question de l’or, qu’est-ce que celui-ci s’empresse de faire ? Vu comment le monsieur mal rasé et affamé insiste, bah de lui dire que ouh là oui y’a plein d’or par là, dans le sud, gardé par une tribu très méchante et cannibale qui arrête pas de nous emmerder.

 

Vous n’auriez pas fait la même chose vous ?

 

Le marin est reparti avec sa bande de clochard, a débarqué Cuba en se croyant au Japon, a découvert le tabac, et envoyé un de ses collègues dans les terres, chercher… le Grand Khan. Les cannibales ils les trouveront finalement en Dominique… et Ridley Scott attendra.

 

Et à partir de là la chasse a été ouverte.

 

Tout le monde a voulu venir pour l’or, les épices, les peaux, le grand cirque des marins-entrepreneurs, les conquistadores, comme on les appela. Des hommes qui avaient d’autant intérêt à piller et ravager tout sur leur passage qu’ils avaient une épée dans le dos, celle des banques et des prêteurs. Pas questions de revenir bredouille. Et puis Dieu était avec eux hein… enfin, l’Eglise qui trouva là un moyen formidable d’accroitre son pouvoir, et ses fonds. Mais il fallait aussi s’installer, construire des comptoirs, et donc qui dit construire, dit main d’œuvre. On commença par les locaux, mettre en esclavage les arawaks et tous les autres du continent. Jusqu’à la Controverse de Valladolid durant laquelle le dominicain Bartolomé De Las Casas et le théologien Juan Guinès de Sépulveda, à l’initiative de Charles Quin, débattirent sur la question suivante : les indiens ont-ils une âme ? Décidant que oui, on se rabattu sur l’Afrique de laquelle on importa les locaux qui eux heureusement étaient mi hommes mi bêtes. La traite négrière fit la fortune de l’Amérique et accessoirement des banques, des assurances, des compagnies maritimes comme la Compagnie des Indes ou la Compagnie Néerlandaise des Indes Orientales et donna à la ville de New York un essor qui l’a sorti de l’ornière dans laquelle elle végétait depuis Stuyvesant.  Les commerçants, les propriétaires terriens,  les banques, les prêteurs, les intermédiaires, les courtiers, avaient prit le pouvoir.

 

Et puis est arrivé le 18 octobre 1685. Révocation de l’Edit de Nantes, fin de la liberté de culte pour les protestants, début des persécutions. La suite on la connait, enfin surtout les natifs la connaissent. Une bande de fanatiques religieux débarquent sur la côte est, manque de crever de faim, les locaux leur apportent à manger parce qu’ils sont trop cons pour chasser la dinde qui les toise à vingt mètres, vu qu’ils se méfient de tout… Pour fêter ça les dingos appellent ce jour Thanksgiving, après quoi ils s’empressèrent de voler, tuer et piller leurs bienfaiteurs.

 

Oui le capitalisme est né à partir d’une foutue erreur de navigation. Il s’est théorisé avec les Lumières. Il s’est surdéveloppé avec la Révolution Industrielle, piétinant au passage et réinterprétant à la sauce de ses intérêts toutes les théories libérales de De Tocqueville à Adam Smith.

 

Et Dieu dans tout ça vous me direz ? Il a été remplacé par l’Objet.

 

La logique des termites.

 

Te fatigue pas je ne crois pas en Dieu. Je trouve la vie beaucoup plus cruelle, drôle, ironique, farceuse, multiple, et chatoyante que toute cette idée d’un barbu dans le ciel qui envoie en enfer ses enfants s’ils n’obéissent pas à ses lois, mais qui leur laisse le droit de le faire en appelant ça le libre-arbitre. Je ne crois ni en une force immanente et juste, la nature fait des conneries monumentales et s’en fout totalement, dixit les dinosaures. Ni en une justice du même acabit. Si je me souviens bien Staline est mort tout seul comme un con parce qu’on avait tellement peur de lui que personne n’était allé voir comment il allait. Après avoir fait tuer des millions de personnes, et mis en esclavage des millions d’autres dans les koulaks. Hitler à choisi sa mort, au contraire de mes arrières grands-parents. Et pendant ce temps à Charlottesville….

 

Mais il faut bien reconnaitre quelque chose au dieu des trois églises, il porta une construction intellectuelle. Il porta un savoir, un mode de pensée, il réforma les esprits, la façon dont les puissants et les seigneurs de guerres commencèrent à voir le monde. Plus seulement en termes de pillage, de vols, bien au contraire. L’église disciplina des guerriers et en fit des chevaliers et des rois, une aristocratie portée par une foi, quelque chose de plus grand qu’eux et leurs petites querelles. Oui je sais, tu vas me dire les croisades tout ça, mais il ne faut pas confondre le pouvoir spirituel et le pouvoir terrestre. La foi et les intérêts économiques et militaires de chacun. L’Eglise en tant qu’état et l’Eglise en tant que guide spirituel. La Torah n’est pas seulement le récit d’un exode, c’est un mode de pensée, une base de réflexion, un trait d’union entre le spirituel et un peuple. L’Islam s’est construit sur la conquête et a rayonné par le savoir et la tolérance. Etc…

 

Mais il y a eu les Indulgences, cette rançon qu’on payait pour racheter son âme auprès de l’Eglise. Commerce de la médiocrité. Il y a eu les bûchés qu’on a allumé pour un rien. Les femmes qu’on jetait dans la rivière attachée à une chaise. Si elle se noyait, son âme était sauve, si elle flottait, fallait la brûler c’était une sorcière. Il y a eu la vulgarisation de la Bible qui a fait comprendre à plein de gens que ce qui était écrit n’était pas trop conforme avec ce qui se passait dans l’Eglise Catholique Romaine. Il y a eut le courant protestant et bien d’autres avant, et la violence s’est déchainé comme elle se déchaine aujourd’hui entre chiites et sunnites.

 

Le prêchi-prêcha du croyant moyen ça sera de vous dire que ça c’est parce que l’homme il est très, très méchant mais que Dieu il leur pardonne quand même. Bref que le dogme, l’église et son mode de pensée n’ont strictement rien à voir à ce qu’en font ses ouailles. Responsable mais pas coupable quoi. Les textes ont beau être d’une violence sans nom, les interdits et les anathèmes multiples, c’est les gens qui lisent qui comprennent mal. Et ceux qui ont élaboré la Bible après deux cent ans de bagarres intellectuelles et de coupe-gorges, Ceux qui ont une idée précise et délimité du monde parce qu’ils sont persuadés qu’un berger illettré et mystique a écrit un bouquin de 600 pages sur les lois d’Allah, après avoir piqué sa crise et péter les idoles dans ce qui tenait lieu d’église dans son village. Ils ont mal compris ou c’est juste qu’on a voulu poser des mots et des lois sur des ressentis sans les comprendre ni les accepter ?

 

Je suis plus prêt de toi que ta veine jugulaire, nous dit le Coran. Voilà, c’est ça la foi. Et on aurait dû s’en arrêter là. Mais non, l’homme est un animal intellectuel, ce qu’il ne comprend il faut qu’il se l’explique. Il parle tout seul ou avec d’autres, il élabore des théories. Et elles le portent. Cette idée de quelque chose plus grand qu’eux a porté les hommes. Elle leur a donné la grosse tête aussi. Jusqu’à ce que la science commence à relativiser notre nombril. La terre a cessé d’être plate et au centre de l’univers. Et peu à peu tout a cessé d’être sacré, à commencé par l’homme lui-même. Du moins dans la conception que l’occident judéo-chrétien se fait du monde. Cet occident conquérant qui s’est déployé comme jamais à partir de cette fameuse erreur de navigation. Qui a soumis la Chine en l’intoxiquant avec de l’opium, s’est imposé au Japon par la force de sa marine, a réduit des millions de personnes en esclavage à l’instar des arabes et des romains qui les avaient précédé. Et dès lors, ce dieu qui avait été une explication, une interprétation du monde, un guide, devint un prétexte pour tout se permettre. Un commerce comme un autre quoi.

 

Depuis l’homo modernus est un animal vide dans lequel on a glissé un objet. Chaque fois qu’il bouge l’objet lui rappel qu’il est vide. Alors il le remplit d’autres objets, à force de se bourrer il arrivera peut-être à étouffer le vide…

 

Et ce qu’il y a de formidables avec ce système capitaliste c’est que nous en avons tous profité ! Face à la montée du socialisme, de l’anarchie, du communisme, les tenants du capital ont bien été obligé de lâcher du leste. D’autant mieux, comme l’a compris Ford, que payer mieux ses ouvriers et leur donner une participation dans l’entreprise en fera non seulement des ouvriers concernés, mais des clients heureux. Ford qu’admirait tant Hitler et réciproquement. Point Godwin me direz-vous ? Pas vraiment non, le Fordisme, le taylorisme est une des sources d’inspirations de la machine industrielle nazi, jusqu’à la Shoah, Organisation Scientifique du Travail cela s’appelle et elle s’est élaborée lors de la seconde révolution industrielle. D’ailleurs Ford était ouvertement antisémite. Et puisque plus rien n’est sacré, tout est permis. Comme disait Césaire, au fond Hitler n’a fait qu’appliquer le colonialisme sur l’Europe. Les mêmes méthodes, le même asservissement, même les camps de concentration qui avaient été inaugurés par les allemands en Afrique. Hitler avait aussi son idée du sacré. Une idée totalement délirante de psychopathe sado-maso mais passons. Qui a pourtant perdurer jusqu’à Charlottesville et la famille Le Pen. La religion du sang, de la race, de la couleur de peau, du sol. La religion du Peuple-Nation, du Peuple des Seigneurs. Qui a d’autant perduré qu’il est présent dans les archaïsmes de l’Europe et d’à peu près tous les peuples de la terre. Barres toi c’est nous qu’on est le Peuple Elu.

 

Oui, nous en avons tous profité. Comme nous avons profité de nos guerres, de nos ennemis, du nazisme, du génocide indien, de l’esclavage, de la Shoah, de la Guerre Froide, de la Guerre de l’Opium. Les marchands, les commerçants, les usuriers, banques, propriétaires terriens ont envoyé la paysannerie grossir les villes et remplir les usines au point où aujourd’hui pratiquement plus aucun d’entres-nous n’est auto-suffisant alimentairement. Nous vivons dans des lieux qui appartiennent à d’autres et nous passons notre vie à courir après l’argent parce qu’un jour Adam Smith a décidé que l’économie du troc avait été l’économie de nos ancêtres. Ce qui n’a jamais été le cas nulle part sur terre. Dans les tribus primitives nécessité faisait loi. On partageait le produit de la chasse. Aujourd’hui on le vend pour s’acheter à manger… Et en effet il s’est produit ce que ne cessent de nous vanter les libéraux modernes, tout le monde en a profité, un peu. Tout le monde s’est enrichi, un peu. On a été en meilleur santé, vécu plus longtemps, etc, Merci saint Capitalisme de tes bien faits ruisselants !

 

Et on est tous devenus des rongeurs, des termites bouffant notre unique domicile, la terre. Sans le savoir ou en pleine conscience. Tous voulu notre voiture, notre ordinateur, notre Ipod, notre petite maison rien qu’à nous à crédit sur 20 ans. Tous. Et aujourd’hui ça se démultiplie parce que l’occident triomphant a imposé ce système de pensée à l’ensemble de la planète. Tout le monde veut connaitre son petit confort 2017 mais comme dans les années 70 chez nous. Et pourquoi pas ? Pourquoi on y aurait pas tous droit hein !? Il existe un site qui pourrait vous éclairer sur ce qu’implique ce droit : http://slaveryfootprint.org. Vous pouvez tester par rapport à ce que vous consommer le nombre d’esclaves dans le monde qui travaillent pour vous. Bon vu ce que je consomme avec le peu d’argent que je gagne, je suis très déçu mais j’ai zéro esclave qui travaille pour moi. C’est une affaire d’échelle bien entendu, en réalité il y a bien un gamin dans le sud Kivu qui s’est crevé la vie dans un trou pour que je puisse taper ce texte sur mon ordinateur. Six millions de morts en RDC depuis la fin de l’Opération Turquoise. Turquoise c’est plus joli qu’Abattoir à Ciel Ouvert. Ca fait printanier.

 

Oui, c’est ça qui est formidable avec le fameux ruissellement du capitalisme magique, il nous a rendu tous complices involontaires ou non. Et voilà la loi du nombre, voilà la théorie de l’offre et de la demande.

 

The pusher don’t care

 

C’est une des paroles d’une célèbre chanson de Steppenwolf, The Pusher. Un pusher en argot américain c’est le revendeur de drogue qui pousse à la consommation, celui qui appuie sur le piston de la seringue pour vous aider à vous shooter la première fois. La première dose est gratuite ! Comme pour nous autres, la première dose a été gratuite.  La machine industrielle s’est emballée. Notamment avec la Guerre de Sécession qui sera le premier conflit industriel de l’histoire, puis plus globalement avec les deux grandes guerres faisant des Etats-Unis une puissance économique sans précédent. De plus en plus de monde a eu accès à de plus en plus de confort au point où aujourd’hui on trouve dans une Twingo plus de technologie, de confort et de sécurité qu’en rencontrera jamais un soudanais ou un bengali moyen dans toute sa (courte) existence. Plus en plus de monde, donc plus en plus de demandes, et d’offres. C’est la logique claironné par le capitalisme, la loi de l’offre et de la demande. Le mantra sacré. Ce pourquoi du reste les trafiquants de drogue ne comprennent pas pourquoi on leur fait la chasse, eux aussi répondent à une demande. Une demande dont s’est du reste parfaitement accommodé l’Empire Britannique et Français quand on s’est proposé de forcer la Chine à s’ouvrir au commerce avec l’occident. Et si je fais l’analogie avec le revendeur, celui qui vous file la première dose gratuite, vous tape dans le dos et vous dit à la prochaine fois, c’est parce que c’est exactement comme ça que fonctionne le capitalisme moderne. Non il ne s’agit pas de la loi de l’offre et de la demande. Il s’agit de la demande créée, suscitée, provoquée, de la demande créée de toute pièce à partir d’une offre qui ne répond plus à aucun besoin réel mais à des nécessités strictement commerciales. Apple ne sort pas un appareil tous les deux ans pour répondre à un besoin technique ou pratique mais pour entretenir ses clients dans une dépendance technologique, et ses actions en haut de la liste. Et quand je parle de dépendance, combien d’entre vous cherchez encore votre chemin sur une carte IGN ? Combien d’entre-vous êtes même capable de la lire ?  Combien d’entre nous serait capable de tuer ou cultiver pour vivre ? Pas besoin, le groupe Carrefour vous propose son large choix de viande à un euro le kilo, pour pas que ce qui reste d’éleveurs et de cultivateurs ne se suicide tout de suite. La première dose est gratuite on vous dit ! Reagan, Thatcher, les fers du lance de ce capitalisme là, nous l’ont dit, enrichissez-vous, il y en aura pour tout le monde ! Du pétrole ? Pff à l’infini qu’on vous dit ! Et d’ailleurs pourquoi pas puisque tout le monde le fait…

 

Pourquoi pas puisque tout le monde achète le dernier album de machin c’est que ça doit être bien, et pourquoi pas puisque ma star préférée utilise Avon, ça doit être bien. Pourquoi pas voter pour lui puisque les sondages me disent que tout le monde va voter pour lui, ça doit être bien. La logique du nombre, du suffrage universel, pas seulement appliquée à la politique, non à tout, à l’art, à la mode, au mode de vie. On y revient, si tout le monde le fait c’est que c’est bien. Et on a appelé ça la démocratie. Le droit tout avoir parce que tout le monde l’avait donc forcément c’était bien. Pourquoi pensez-vous que les Etats-Unis et l’Europe ne cessent de faire la guerre au nom de la « Démocratie » ? Pour que plus de monde ait accès à tout ce qu’il veut. En terme commerciale on appel ça élargir sa clientèle. En terme militaire, une stratégie de conquête. Et si vous en doutez demandez aux irakiens.

 

Le capitalisme est né les deux pieds dans le sang, un fouet dans une main et une Bible dans l’autre. Il a survécu à lui-même et s’est prorogé par la guerre. A la fin de la Guerre Sécession les Etats-Unis étaient déjà une puissance qui comptait, et dès la fin du XIXème siècle ils se sont empressé de coloniser, par la guerre leurs environs immédiats et plus si affinités. Chaque guerre a été le motif d’un bond industriel. Et la guerre c’est bon pour les affaires quand on fabrique à la chaîne et produit en masse. Voilà ce que raconte le général Smedley Butler du US Marine Corp, à la fin de sa carrière : J’ai effectué 33 ans et 4 mois de service actif, et durant cette période, j’ai passé la plupart de mon temps en tant que gros bras pour le monde des affaires, pour Wall Street, et pour les banquiers. En bref, j’étais un racketteur, un gangster au service du capitalisme. J’ai aidé à sécuriser le Mexique, plus particulièrement la ville de Tampico, au profit des groupes pétroliers américains en 1914. J’ai aidé à faire de Haïti et de Cuba un endroit convenable pour que les hommes de la National City Bank puissent y faire des profits. J’ai aidé au viol d’une demi-douzaine de républiques d’Amérique centrale au bénéfice de Wall Street. J’ai aidé à purifier le Nicaragua au profit de la banque américaine Brown Brothers de 1902 à 1912. J’ai apporté la lumière en République dominicaine au profit des entreprises sucrières américaines en 1916. J’ai livré le Honduras aux entreprises fruitières américaines en 1903. En Chine, en 1927, j’ai aidé à ce que l’entreprise Standard Oil fasse ses affaires en paix. Quand je repense à tout ça, je pourrais donner à Al Capone quelques conseils. Le mieux qu’Al Capone pouvait faire, c’était de racketter trois quartiers. Moi, j’agissais sur trois continents.

 

Vous voyez ce que je veux dire ?

 

La farandole des parasites.

 

Laurent de Médicis était laid comme un pou, avait une voix nasillarde, orbitait dans une ville remplit de clan familiaux qui mourraient d’envie de s’entre-tuer, mais il avait autant d’argent que d’éducation et de goût. Il a révélé Michel-Ange, Léonard de Vinci, Botticelli et d’autres. Et tout le monde raffolait de le fréquenter, pas seulement pour son or. En gros il a accouché de la Renaissance. Aujourd’hui Laurent de Médicis s’appel François Pinaud, il ne révèle rien, n’accouche d’aucun renouveau artistique, philosophique et scientifique, il collectionne. Il s’exonère fiscalement en plaçant dans le marché de l’art, car l’art est devenu un marché comme un autre.  Et tout le monde veut le fréquenter autant pour son or que son pouvoir.

 

Un jour un espagnol au nom interminable, dit Picasso, s’installe à Paris sans un rond, il boit un coup avec un certain Max Jacob, rencontre un poète du nom de Guillaume Apollinaire, c’est avant la grande boucherie de 14 de laquelle le même Apollinaire finira par mourir. Modigliani n’est pas loin, Cézanne a déjà dit adieu à la perspective italienne et a jeté les premières bases du cubisme avec les Joueurs de Cartes. Pourquoi sont-ils à Paris à ce moment là, pourquoi passent-ils tous par là ? Parce que Paris c’est la ville où on fait la fête, où on peut encore se loger pour pas cher, où toute l’Europe se croise, alors qu’à Londres ont fait des affaires. Aujourd’hui Picasso, loge en banlieue parce que Paris c’est trop cher, monte un blog vu qu’il rame avec les galeries qui pensent cotation avant de penser art, correspond avec un gars qui a fanzine et qui s’appel Max Jacob, ils décident de s’auto produire pour vendre leur travail, montent une chaine de crow funding, payable par Paypal uniquement, font du buzz dans les magazines en ligne mais vu qu’il défile déjà des millions d’images et de poème sur la toile, tout le monde s’en carre… sauf, sauf si un gars décide de poser un plug anal vert sapin de sept mètres sur la place de la Concorde. Alors Picasso lâche l’affaire et laisse la place à Jeff Koonz.

Louis Ferdinand Céline envoi un manuscrit épais comme un bottin à un certain Gaston Gallimard, ils s’engueulent pendant toute la durée de la correction et même après. Le livre rate le Goncourt dont du reste personne ne se souvient. Il devient un monument littéraire sans passer à la télé. Il inspire des milliers d’écrivains et d’artistes en général jusqu’à aujourd’hui, sans répondre à un interview dans les Inrocks. Et pourtant on y dit des mots comme nègre, foutre et youtre. Son livre se vend partout dans le monde, Céline ronchonne parce qu’il ne touche rien. Les intermédiaires sont déjà là. Les agents, les éditeurs, les législateurs qui décident si oui ou non vos droits d’auteurs s’appliquent chez eux et à quel taux. Aujourd’hui Céline envoie son manuscrit à 15847 maisons d’éditions qui le refusent en raison de sa taille, ou de son style, ou parce que il y a Game of Thrones à la télé. Fini par se publier à compte d’auteur et quand il veut expédier son livre à l’étranger, la banque lui pique 20 boules pour les cartes bleues plus 25 sur les chèques, le tout pour un livre qu’il mit à dix-huit pour arriver à le vendre…

 

Avec le capitalisme et la bourgeoisie qui en est né, se sont créée toute sorte de métiers. Et toutes sortes de lois, de règles, de règlements, et de taxes diverses et variées ce qui n’est pas non plus le moindre des paradoxes quand on écoute les défenseurs de la « libre entreprise ». Sur un produit, sur le fruit d’un travail, quelque soit le travail, tout le monde veut sa part. Je décide de vendre des chouchous dans la rue il me faudra une patente commerciale, un numéro d’Urssaf ou d’auto-entrepreneur, une autorisation préfectorale, une conformité d’hygiène répondant à des normes décidées dans des bureaux où on a jamais vu de sa vie un vendeur de chouchou ni n’a la moindre idée de comment ça se fabrique. Sur la vente de mon chouchou l’état prendra sa part à hauteur de 20%, ça s’appelle la TVA, c’est légal. Et si jamais j’ai emprunté pour m’acheter le matériel, la banque prendra la sienne. Après quoi je devrais repayer l’état que j’ai fait ou non des bénéfices, c’est pas nos oignons, ça s’appelle les cotisations sociales ou patronales si je suis mon propre boss. Et si je ne le fais pas ça s’appelle un délit. Par contre les milliards d’arriérés de cotisations patronale du CAC40 ce n’est pas un délit c’est favoriser la compétitivité. D’ailleurs eux ils appellent ça des charges, parce que c’est lourd de payer l’hôpital à des pauvres. Et quand vous achetez votre paquet de café deux euros, vous ne payez ni le travail du gars qui a ramassé, vu que proportionnellement il n’est pas vraiment payé, ni celui qui a fait poussé, vu que c’est le même. Pas même les marins qui vont le transporter jusqu’à vos côtes, d’autant que l’automatisation se porte bien dans les transports maritimes, ou le chauffeur routier qui trime plus qu’il ne vit. Vous payez la longue chaine d’intermédiaire qui vous sépare de la plantation. Mieux, vous payez l’autre longue chaine d’intermédiaires qui ont fixé le court du café x au moment y. Vous payez une foultitude de gens, et pourtant le plus gros de ce que vous payez va dans la poche d’une poignée d’individus.

 

Vous me direz que ce que j’ai dit plus haut sur les chouchous est la preuve que l’état grève l’initiative et que Smith avait raison. Je vous répondrais que mis face à une holding qui me vend mon huile de friture, ma pâte, mon matériel à crédit, et le crédit qui va avec, peut produire vingt fois en une journée ce que je fabrique en deux semaines et sans que quasiment ça ne lui coûte un rond, je suis un peu le dos au mur. Surtout que si je fais les meilleurs chouchous du monde de la terre, qu’ils deviennent une marque, la holding me la rachètera et si je refuse de vendre cassera les prix pour me ruiner. Elle n’a rien à perdre, elle a déjà tout.

 

Et c’est pareil pour absolument tous les produits du capitalisme. Même le shit ! Une barrette de deux à trois grammes de haschich est vendue dans la rue vingt euros. Sur cet argent, la moitié paye le transport, la sécurité, la récolte et la culture, la fabrication, les autorités solvables. Le reste emprunte le circuit bancaire pour blanchiment. Et sur lequel le dit circuit prendra une commission de manière parfaitement illégal… mais quand on s’appelle HSBC, illégal c’est un mot pour les pauvres.

 

La bourgeoisie née du capitalisme a fait de ses employés, des artistes, de ses ouvriers, agriculteurs et artisans, des clients. Des clients que le capitalisme s’est ingénié à exploiter de la naissance à la mort comme d’une matière première. Et le procédé s’accélère puisque peu à peu nous devenons des marques, des individualités à vendre sur notre page Facebook… L’offre dépassant rapidement la demande, la publicité est intervenu pour attiser cette demande, la démultiplier, parce que tout le monde a besoin de onze sortes de yaourt différents bien entendu. Et comme ça coûte cher, que ça ne suffit pas, que Bernard Arnaud ne vend pas assez de sac à main en peau de crocodile écorché, on veille à uniformiser les goûts, aseptiser l’offre, la rendre non plus accessible pour tous mais rendre tout le monde accessible à l’offre. Coca Cola dépense des milliards en budget publicitaire, monopolise des sources d’eau potables dans des régions où on en manque. Créer une dépendance au sucre et des problèmes d’obésité et il n’existe pas un coin sur la planète où n’en trouve pas. « Joshua Tree » de U2 passe une fois toutes les six secondes sur les radios européennes depuis sa sortie dans les années 90, l’album s’est vendu des millions de fois, donc totalement par hasard, et Bono peut faire le mariole au sujet de la faim dans le monde et les petits indiens d’Amazonie… ah non ça c’est Sting… Un exemple criant ? Comparez le cinéma américains des années 60/70 et celui actuel. Comparez un Hollywood ruiné, des studios au bord de la tombe qui décident de faire le pari fou de faire confiance à des  artistes.  Et le Hollywood d’aujourd’hui des banques et des consorsiums, des agents et des publicistes, des distributeurs, des éditeurs, de la foultitude de nouveaux intermédiaires qui produisent à la chaine… des films de super héros. La médiocrité marchande. Réduire tout à une transaction, une marchandise, une valeur décidée moins par un marché que quelques possédants. Quelques possédants et leur aréopages, leur cour,  leur armée idéologique, celle qui défendra ce droit à posséder à tout posséder, et accessoirement à tout se permettre au nom de la liberté d’entreprendre, la bourgeoisie.

 

Et nous voilà donc tous dans ce même bain, tous maillons d’une vaste chaine de bénéfices. De bénéfices et de productions. La première bouchée est gratuite. Mais comme on dit en anglais, free lunch doesn’t exist. On rase pas gratis. Et nous sommes en train de nous en rendre compte. En regardant les ours polaire flotter comme des cons sur un morceau de glace. En puisant de plus en plus profond et de plus en plus loin dans l’océan. En se menaçant du pire à la frontière sino-indienne parce que les barrages les chinois ça va bien ! En étant obligé d’aller piquer l’eau des piscines pour éteindre la pinède, en penchant son nez au-dessus de la rivière et en sentant l’essence ou le chlore…En prenant un bol de gaz à Shanghai ou Pékin. Mais quand même ça suffit pas, le capitalisme en veut plus, et encore plus. Il veut des accords commerciaux transcontinentaux, il veut que chaque petit chinois soit « libre » de s’acheter sa paire de Nike. Il veut que les européens soient « libre » de manger du poulet au chlore et rouler grâce au gaz de schiste. Il veut que ses actionnaires touchent leurs 7% et soit « libres » de licencier pour ça une région au complet. Libre de faire ce qu’il veut, quand il veut, où il veut. Et le plus possible, parce que l’argent ça se mange.

 

Et tout ça à cause d’une foutue erreur de navigation…

La Putain et le Bourgeois

Qu’on le veuille ou non, dans le rapport implicite de domination qu’installe la pulsion d’achat, l’individu n’est qu’au bout de sa carte bleue. Il ne peut se sentir, exister, se revendiquer comme membre actif de la société, qu’en répondant à un certain nombre de critères ne relevant uniquement que de son pouvoir d’achat. Et ce qu’il achètera reflétera moins ses goûts, sa personnalité que sa position sur l’échelle du social. Ce n‘est pas par hasard si on aime faire parader les marques dans les quartiers populaires et si on les efface dans les milieux aisés, où la marque compte pourtant tout autant sinon plus. Du riche au pauvre, l’objet devient notre définition, notre introduction au monde, mon mobile Haier 25 euros acheté dans un cyber contre ton IPhone 7 à partir de 769 euros, s’il vous plaît, dans son bel emballage monochrome satiné. Jusque dans l’éducation où le pouvoir d’achat rejoint la notion de réussite dans son acceptation patriarcale, et de là la célèbre proposition de notre désormais immortel philosophe de la société du marché, Jacques Séguéla : à cinquante ans si tu n’as pas… L’un dans l’autre la séduction, l’éventualité d’un rapport sexuel, déjà naturellement borné par une relation dominant-dominé plus que par une complicité fortuite, sera intuitivement défini par ce même pouvoir d’achat. Ma voiture est mon pénis. Ma voiture, ma maison, mes vêtements, mes pots de crème sont mes ovaires. Plus on monte haut sur l’échelle alimentaire, plus ce rapport devient aussi implicite qu’essentiel, plus on descend, plus il devient aussi explicite que superflu. Les riches paradent au bras de leur trophée sur les tapis rouges de la nouvelle aristocratie. Les pauvres se masturbent devant des films pornographiques. Les riches fréquentent les alcôves feutrées des putains sur catalogue, les pauvres sillonnent le pavé, prostituant leur morale étriquée pour dix minutes d’aller-retour et un peu de vide-couille. C’est-à-dire le même rapport que l’on entretient avec un produit selon notre situation dans la hiérarchie sociale. Et dans ce cadre l’amour est un luxe qui retient du seul hasard et plus de nos trajectoires.

De Mata Hari à Marthe Richard, de la cocotte à la putain vertueuse.

Née Margaretha Geertruida Zelle dit Grietje à Leeuwarden, Pays-Bas, le 7 août 1876, Mata Hari est une figure emblématique de la pensée bourgeoise au sujet des Cocottes et des prostituées en général. Putains de luxe et demi-mondaines, souvent actrices, tragédiennes, comme Sarah Bernard ou danseuses comme notre héroïne, les Cocottes feront à la fois le bonheur et le scandale de la classe dominante du début du XXème siècle. Resucée bourgeoise de la courtisane, la Cocotte se vend à tous, épouse, fait fortune ou se ruine, et parfois comme Mata Hari se perd. C’est Carla Bruni-Sarkozy, Naomi Campbell, ou Ivana Trump. Mata Hari est jolie, on l’a prend souvent pour une eurasienne à cause de son teint mat, et elle aime les hommes. Ca lui cause des ennuis dès l’adolescence, renvoyée pour avoir eu une liaison avec le directeur de son école. C’est aussi une fille un peu fantasque qui essaye de survivre dans une société masculine, raconte beaucoup d’histoire, fabule. Quand elle débarque à Paris, elle a déjà perdu ses deux enfants, morts empoisonnés, et divorcé une première fois d’un mari violent et alcoolique. Installée à Java où son officier de mari était stationné, elle connaît les danses javanaises dont elle va se servir pour se faire connaitre dans un spectacle dénudé et orientaliste. Jusqu’à la consécration. La bourgeoisie, qui a besoin d’intellectualiser ses vices pour les apprivoiser, en faire chose et matière naturellement noble, l’invite à se produire au Musée Guimet.

Aujourd’hui, c’est Clara Morgane sur un plateau télé. Les curiosités d’alors se portaient sur les collections d’objets volés des colonies, les rituels exotiques et l’orientalisme. L’audience moderne est à la qualité d’image, les destins singuliers et les spectacles sans conséquence. On a l’époque qu’on mérite, j’imagine. Le spectacle au musée fait sensation notamment parce qu’elle y apparaît les seins légèrement couverts de coupelles d’argent. Rien ne change finalement. Combien de quarts d’heure wharolien pour tout ou partie d’un corps ? Combien de magazines peoples pleins de clichés d’inconnus connus qui à la plage, qui sur un yacht, bout de fesse, bout de sein et Kim Kardashian. Du musée Guimet à l’Olympia, puis en tournée européenne, « Œil du Matin » (Mata Hari) collectionne les succès et les amants dont un officier allemand avec qui elle reste un temps. Mais la gloire est éphémère et deux ans plus tard la voilà réduite à la prostitution et aux spectacles sans prestige. Elle a 39 ans quand elle décide de vendre son hôtel particulier et de rentrer au pays. C’est là que sa vie va réellement basculer.

Elle est polyglotte, elle a fréquenté les cercles de pouvoir, la coqueluche du tout Paris, le consul d’Allemagne lui propose de payer ses dettes en échange d’espionner pour son compte. Elle retourne en France, elle est désormais l’agent H21. Est-ce qu’elle a vraiment conscience de ce dans quoi elle s’embarque ? Pas réellement, elle est inconséquente, passionnée, elle aime la vie mondaine, les belles robes, et les hommes en uniforme. Du reste, elle n’est guère compétente. A 40 ans, elle tombe folle amoureuse d’un gamin, moitié son âge, Vadim Maslov, un officier russe lui-même couvert de dette. Blessé au front, elle fait des démarches pour pouvoir le visiter à l’hôpital. C’est comme ça qu’un officier du renseignement français l’approche à son tour. H21 devient agent double contre la promesse d’émoluments faramineux, qui bien entendu ne lui seront jamais payé.  Mata Hari est ce qu’on appelle dans le jargon du renseignement un piège à miel. La confidence sur l’oreiller est son métier. En mai 1916, elle est à Madrid où elle fréquente d’autres membres de la communauté du renseignement français, dont Marthe Richard. Elle sera finalement sacrifiée par les Allemands qui s’arrangeront pour dévoiler son identité et sa fonction d’espionne. Le 15 octobre 1917, elle est fusillée au fort de Vincennes et son mystère, sa légende va désormais obséder les foules. Dans l’entre-deux guerre, c’est près d’un livre par an qui est publié sur elle. Un comble, l’officier qui l’avait recruté pour la France est plus tard accusé d’intelligence avec l’ennemi.

Marthe Richard est un autre archétype de la putain dans son acceptation bourgeoise, elle en est même le socle vertueux en somme, et à plus d’un titre. Née Marthe Betenfeld dans une famille pauvre le 15 avril 1889, avec un père alcoolique et violent, très vite, elle fugue pour finalement tomber amoureuse d’un bel italien qui s’avéra proxénète. Il lui fait goûter les joies des bordels à soldats à raison de 50 passes par jours. Elle contracte la syphilis, infecte un soldat qui la dénonce aux autorités. Elle s’enfuit à Paris fréquente cette fois une maison de passe de standing jusqu’à ce que comme dans la bluette Pretty Woman, elle rencontre un riche industriel, Henry Richer qui l’épousera en 1915. Entre-temps elle devient une pilote émérite puis, à la mort de son mari, dans les tranchées de 1916, elle est recrutée par le capitaine Ladoux, celui-là même qui a recruté Mata Hari, et l’envoi en Espagne avec la même tâche, piège à miel. Sa carrière sera cependant de courtes durée, notamment parce qu’elle est grillée par l’Action Française suite à un scandale mondain qu’il la surprend avec un attaché d’ambassade allemand impliquée dans un accident de la route.

Mais si Mata Hari est une écervelée victime essentiellement de sa naïveté autant que de la société de son temps, Marthe Richard est une ambitieuse. Bien déterminée à ne pas se laisser absorber par cet oubli qui semble frapper les femmes de la société spectaculaire dès lors qu’elles ne sont plus jeunes et fraiches. Quand le capitaine Ladoux sort de prison finalement réhabilitée, il écrit un livre romancé sur ses propres exploits et consacre tout un chapitre à cette femme à qui il prête un habit bien plus grand que réel. Entre-temps Marthe Richard est devenu Marthe Crompton, citoyenne britannique et veuve d’un des directeurs financiers de la fondation Rockfeller qui va par testament lui assurer grand train. Elle commence par réclamer à Ladoux qu’il partage les droits d’auteur sur son livre, puis on lui conseille d’écrire elle-même sa biographie.

C’est en quelque sorte l’élément déclencheur qui va la conduire après la guerre au Conseil de Paris. Marthe Richard va dès lors devenir dans l’esprit du public la super espionne qu’elle n‘a jamais été, un film va même être produit sur son compte. Une affabulation à laquelle elle semble elle-même croire ou au moins s’accrocher coûte que coûte, puisque quand les nazis envahissent la France, vexée d’être royalement ignorée par un renseignement allemand qui n‘a en réalité jamais entendu parler d’elle à part au cinéma, elle se rend à la Gestapo en déclarant « messieurs je suis Marthe Richard, celle qui vous a fait tant de mal lors de la dernière guerre. » Et la suite est à l’avenant d’une résistance française plus mythifiée que réel. Car non seulement, elle va se rapprocher de la Gestapo et du gangster, collaborateur et mafieux marseillais François Spirito mais elle se fera intégrer dans les FFI, comme des milliers d’autres, qu’en… 1944.

Rappelons à ce sujet, pour parenthèse à propos des flatulences de madame Morano, reprises à loisir par la réaction et la petite pensée commune à propos des réfugiés syriens, que concrètement, la résistance en France, ce n’est pas plus de 3000 personnes avant le débarquement, 40.000 dans les derniers mois de la guerre et plus de deux cent mille après la guerre…

Et évidemment dans cette logique, fort de la confusion au sujet de la raison réel de sa Légion d’Honneur, et qu’elle doit surtout à ses relations et à feu son mari, elle va assortir son habit de super espionne de celui de super résistante. Or, si on sait depuis 2015 qu’elle a bien hébergé des paras américains, le reste de sa carrière de résistante est largement objet de polémique. Reste que finalement, en 1945, « l’héroïne des deux guerres » comme la qualifie la presse est élu conseillère à la mairie du IVème arrondissement de Paris, et le 13 décembre propose un amendement au sujet de la fermeture des maisons closes. Amendement qui va se généraliser à l’ensemble du territoire notamment sous son influence et celle du ministère de la Santé. Mais 6 ans plus tard, dans son livre l’Appel des Sexes, elle reviendra sur cette décision et dira qu’elle a obéi à la pression de ses amis politiques. Reste que Marthe Richard l’ambitieuse demeure encore pour beaucoup la vertueuse putain qui après avoir connu l’enfer des maisons d’abattage traversera deux guerres sur le modèle idéal de la femme moderne et indépendante, aviatrice, espionne, résistante et femme politique. Or non seulement son élection n’est même pas légale puisqu’elle est toujours citoyenne anglaise, mais son indépendance ne reposera que sur ses riches maris et amants et leur capacité à obéir à ses caprices. Elle meurt en 1982, toujours au cœur d’une polémique autour de son rôle réel dans la résistance, et est enterrée sous le nom de Crompton au Père-Lachaise.

La putain, réservoir à fantasme

Lors du débat sur « l’abolition » de la prostitution et la pénalisation des clients, deux écoles de la bourgeoisie se sont affrontées. Bourgeoisie conservatrice et réactionnaire, notamment portée par le magazine Causeur en mal de coup publicitaire, et celle du progrès et de la morale représenté par les associations comme le Nid et Madame Belckacem en mal de cause universelle à fort potentiel droit de l’hommiste. En réalité, deux incorrigibles conceptions fantasmées de la prostituée qu’illustrent notamment les deux héroïnes sus nommées. D’un côté, la sympathique gagneuse avec laquelle l’homme de bon goût laissera aller sa frivolité. De l’autre, l’esclave exploitée et abusée, victime du rut d’une société patriarcale à laquelle se plient pourtant nos féministes avec un zèle comptable. C’est Moi Christiane F contre Mémoire de mes putains tristes. Une vision littéraire, imagée autant qu’imaginaire et notamment hétérosexuel et hétérodoxe tant de la prostitution que de la sexualité tarifée. Car dans ce cadre seront exclu travailleuses et travailleurs indépendants, femme au foyer arrondissant les fins de mois, étudiant(es) payant ses études (40.000 selon le syndicat Sud-étudiants) employé(es) essayant de doubler leur salaire, gigolo, homosexuel, transsexuel, et côté client un champ vaste qui va du passant de la rue Saint-Denis à l’handicapé. Du père de famille qui n’assume pas son attirance pour les hommes, à la dame d’un certain âge qui refuse de mettre un terme à sa sexualité parce que la nature et/ou la société lui explique qu’il est temps pour elle de s’intéresser plus à Julien Lepers qu’à son clitoris. C’est également une perception qui nie l’âge réel des prostitué(es) et implicitement nie de fait leur condition sociale réelle. Car des putes, il y en a de tous les âges jusqu’au troisième, et faute souvent de retraite, de protection sociale crédible, il n’est pas rare que certaine retournent sur le trottoir alors qu’elles ont l’âge de la camomille. N’en doutons pas ce n‘est pas à elles que l’inqualifiable Frédéric Beigbéder pensa quand il signa la pétition de Causeur entre deux lignes de coke. Et ce n’est pas non plus à ce gigolo de mes amis que pensait la ministre en imposant une amende aux clients de ces dames puisque bien entendu, pas plus que Madame Belkacem ne pète au lit, les femmes ne payent pour le sexe. Et par ailleurs, dans le cadre de la pénalisation des clients un déni sans appel de l’économie réelle de cette profession.

Moraline et négation

Puisque l’économie, le nouveau goupillon de l’épée libérale et bourgeoise, impose de percevoir la réalité par la statistique et les chiffres, offrons cette première grille de lecture. Dans les faits, la prostitution en France, c’est 36000 travailleurs et travailleuses du sexe officiellement, avec 85% de femmes, 10% d’hommes et 5% transgenres. C’est 30% de prostitué(es) de rue, 8% en salon ou en bar… et 62% à domicile, sur internet, autant pour la pénalisation des clients. Mais c’est également un chiffre d’affaires de 3,2 milliards d’euros et un coût social d’un milliard et demi. Que peut-on déjà conclure au sujet de cette fameuse loi qui prévoit une amende de 1500 euros pour le client et du double pour le récidiviste ? Qu’elle ne tient nullement compte de cette réalité : la transaction se fera d’abord dans les secrets d’alcôves du net. Donc si cette loi ne peut contrôler ni pénaliser le client qui possède une connexion et un domicile qui tente-t-elle de punir si lourdement ? Le client de rue, à savoir les pauvres. Cette même bourgeoisie de gauche qui se refuse désormais à pénaliser le racolage, à savoir le gagne-pain des prostitué(es) de rue, s’engage non seulement à la priver du gros de sa clientèle, mais mieux, à punir celle-ci d’avoir des besoins sexuels. Le message est clair dans l’imaginaire narcissique du progressiste, la prostituée n’est pas fautive, c’est le client, qui, à moins de s’appeler DSK et d’en avoir les moyens, ne doit pas vivre au-dessus de sa condition. Ami pauvre, reste chez toi et branle toi, c’est mieux. Sur l’autre versant c’était l’ami des Cocottes, Nicolas Sarkozy, qui avait proposé de punir le racolage. C’est la conception conservatrice de l’ordre bourgeois, celle du pas vu pas prit. Celle qui condamne en priorité les prostitué(es) et ne réclame rien de plus que leur vue soit cachée de tous. Cette bourgeoisie-là prétend donc ne pas faire de moral, seulement de la préserver. Mais ce qu’elle refuse en réalité de condamner, c’est ses propres pulsions sexuelles. Et c’est donc tout naturellement que se dégage la réponse des réactionnaires contre les progressistes. L’une plébiscite la prostitution, ou plus exactement sanctifie ses propres besoin sexuel en l’enrobant de l’habillage culturel, comme avec Mata Hari au musée Guimet, tandis que l’autre la condamne. L’une accepte l’homme dans son désordre, l’autre se propose de le réformer, et par le seul langage que connaît en réalité uniformément la bourgeoisie : la répression. Mais il y a bien une raison à tout ça, notamment à ce soudain intérêt des « socialistes » de se pencher sur un sujet qu’ils ont si parfaitement méprisé depuis Marthe Richard : le goupillon, le vrai, cette fois. Car on notera au passage dans ce débat qui n’est pas sans rappeler celui de la législation sur le cannabis, que cette fois la bourgeoisie compassionnelle ne parle pas du profit qu’on pourrait tirer en légiférant avec la prostitution et non contre, elle met exclusivement en avant les réseaux, la traite et bien entendu, l’exploitation de la femme dans une tentative en réalité de punir ce qu’elle considère comme une sexualité déviante, la sexualité masculine. Car d’une, il serait parfaitement immoral de la part de l’état de profiter des prostitué(es) de deux la prostitution n’est ni autorisé ni interdite, elle est reconnue. Comme on reconnaît un fait, par exemple : tiens, j’ai tâché mon pantalon.

Nid contre Strass.

La réalité comme toujours est différente. Dans les faits la loi interdit de tirer profit financier de son corps afin de satisfaire des besoins sexuels. Dans les faits donc, la loi française interdit de tirer librement profit de son propre corps, adulte consentant ou pas. Ainsi fait, pas question d’être salarié pour le travailleur du sexe et s’il veut se mettre à son compte, il devra se faire enregistrer comme travailleur indépendant. Car bien entendu, l’ordre bourgeois qui n’aime pas la concurrence, interdit au proxénète de tirer profit des putains, mais s’autorisera à le faire au nom de la chose publique. Et toujours dans cette acceptation de cet ordre qui domine la société française, l’aide sociale reversée par prostitué(e) s’élève à la somme farubileuse de  65 euros, par an. Concrètement qu’est-ce que toute ces démarches pour une fille qui voudrait précisément sortir des réseaux pour se mettre à son compte ? Un frein voir un mur infranchissable pour qui connaît l’épreuve de force qui est déjà complexe pour un Français, alors une Kosovare ou une Nigériane… Oui, car figurez vous qu’il existe sur cette planète des femmes qui, pour une raison ou une autre, ne pensent pas spécialement à sortir de la prostitution, ne serait ce que parce qu’elle leur offre une indépendance que ne leur ménagerait pas une autre forme de prostitution, bien connue des cocottes comme Marthe Richard, le mariage. Pire, il existe des femmes et des hommes qui y trouvent leur compte et pas seulement financier. Ce sont ceux-là, travailleurSE du sexe dans leur ensemble, prostitué(es) acteurs et actrices du porno ou opérateurs de téléphone rose que le Syndicats du Travail Sexuel ou Strass se propose d’aider et de défendre. Proche d’Act Up, ce syndicat autogéré de professionnels et qui se réclame d’un féminisme pro sexe, a été fondé en 2009 avec l’appui de l’Assise européenne de la prostitution et plusieurs réseaux professionnels d’aide comme le International Committee for the Rights of Sex Workers in Europe ou le Global Network of Sex Work Project. En lutte contre la pénalisation des clients, le Strass reporte également régulièrement la réalité du terrain tel que vécue notamment par les prostituées chinoises dans le cadre de la loi. Car en réalité abolir, dans l’esprit, c’est arrêter et expulser. Pas de ça chez nous allez racoler ailleurs, le délit de racolage à l’échelle du monde, une certaine idée de l’Europe à la mode « socialiste ». Mais le Strass c’est également un minuscule syndicat fort d’à peine 500 membres, face à un mastodonte, le Nid, ou plus exactement le Mouvement du Nid.

 
Crée en 1937 suite à la rencontre entre Germaine Campion, prostituée aux Halles malade alcoolique et le père André-Marie Talvas, proche de l’Action Catholique Ouvrière, le Nid, organisation abolitionniste, sera nommé expert es prostitution pour l’élaboration de Vatican II et l’église élèvera la prostitution au rang « d’offense à la dignité humaine. ». Mais ce n’est pas nouveau puisque en réalité cette conception bourgeoise et victimaire de la prostitution ne nous vient non pas des pays scandinaves comme nous l’avait vendu madame la ministre, ni de Marguerite Yourcenar ou autre héroïne de la gauche pensante, Louise Michel ou même Marthe Richard, mais de Joséphine Butler, 1828-1906. Féministe historique, militante pour l’éducation des femmes, n’hésitant pas à aller faire campagne contre les MST et parler sexualité en public au scandale d’une Angleterre victorienne. Elle militera contre la prostitution enfantine et la régulation étatique de la prostitution. Lutte qu’elle mènera à un niveau international. Cependant, elle est profondément chrétienne, femme de pasteur, et tout à fait convaincue que les prostituées sont victimes des pulsions mâles. Une conception tout à fait relative à la seule morale chrétienne, dans son acceptation bourgeoise, n’en déplaise. Puisque si on s’en réfère à la fameuse affaire de la lapidation, le Christ dit « que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre » pas « han non mais trop pas quoi vous les mecs, vous pensez qu’avec votre bite »

 
On notera cependant que tout catho chrétienne et abolitionniste, le Nid est, il a fait appel de la décision dans l’affaire du Carlton, en cas où tout le monde aurait oublié que l’une des filles parle de sodomie forcée et de viol. Et que ses moyens lui ont également autorisé à commander une étude sur la prostitution en France et que c’est par elle que j’ai ces précieux chiffres. On notera également que même en gonflant le discours et la tête de madame la ministre, le combat de Joséphine Butler pour l’abolition et la non-régulation de la prostitution par l‘état, intervenait dans un contexte qu’on peut facilement qualifier de sauvage en ce qui concernait les couches populaires. Pour faire un nouveau parallèle avec la législation sur le cannabis, à l’époque du Volstead Act l’Amérique souffrait réellement d’alcoolisme et seules les autorités religieuses se sont inquiétées. Comme à l’époque de Miss Butler la prostitution était si atroce et sans limite, en réalité, que l’abolir et la tenir loin des mains d’un état marchand pouvait paraitre comme la seule solution descente.

 
Reformulé sous les airs proprets d’une sociale démocratie à la suédoise, qui comme le Royaume-Uni ou l’Islande ont également pénalisé le client, la bourgeoisie compassionnelle se garde bien d’associer le pragmatisme hollandais, pas plus qu’elle ne le fera dans le cas du cannabis du pragmatisme portugais. Au Pays-Bas la prostitution est légale et encadrée par une loi-travail classique qui protège de travailleurSE du sexe. Et pour lutter notamment contre les réseaux, en 2009 le cadre législatif a été renforcé, avec par exemple la mise en place de licence pour les agences d’escort girl. Peut-être est-ce à cause de la présence des putains d’Amsterdam si chère au belge d’une nation maritime, mais la prostitution n’a jamais été un crime chez nos voisins néerlandais. J’oserais bien proposer à Madame Belkacem d’aller vivre dans un port, et d’y rester, mais j’aurais trop peur qu’on me traite de sexiste.

J’achète donc je baise.

L’affirmation quasi-darwinienne et régulièrement assénée que le pouvoir est sexe, et que l’argent est le moteur du pouvoir, conditionne à poursuivre l’un pour avoir l’autre. Notre grade de reproducteur alpha offert par l’accumulation de biens, le nombre de verre de cristal en notre possession comme affirmation de notre empire sur le monde. Je suis parce que j’ai et parce que j’ai, je peux, j’ai le droit. Et en toute logique, ne plus posséder quand on a eu inhibe. Conditionné par cette pensée normative où chacun est finalement appelé à rester à sa place, on se refuse à des rencontres parce que sans argent, possession, machin de marque, on se dit qu’on assure plus. C’est nos plumes de paon à nous, le billet en guise de parade amoureuse. Avec, en cas où on tenterait de faire abstraction, jamais loin, une réclame, une proposition assortie d’un peu de sexualité pour vous érotiser en permanence. Car la publicité n’active jamais que nos pulsions de survie, manger, se reproduire, se loger et s’habiller. Et ce qui n’est plus de l’ordre de la survie, mais de la civilisation et des relations humaines, comme l’amitié, l’amour ou la famille, sont rattaché au même modèle. Il faut avoir des amis, il faut tomber amoureux dans sa vie pour connaitre la félicité, il faut avoir une belle et heureuse famille avec plein de gens qui sourient dedans. Au ressort de ça, le lambda sort sa carte bleue faute de pouvoir glisser autre chose dans la fente, et faites votre code pin… Non le pouvoir n’est pas plus sexe qu’autre chose, parfois, il est simplement effrayant, autant pour celui qui le possède que pour celui qui le désire. Et parfois, il est même inhibant. Non l’argent n’est pas synonyme de pouvoir. Marthe Richard ou Joséphine Butler ont fait montre d’un très grand pouvoir sur le féminisme bourgeois qui comme à son habitude n’en a retenu que les interdits et non la réflexion, la démarche et sa raison objective. Mais on est conditionné à le penser alors un jour, on se retrouve dans une dame qu’on a payée.

 
J’ai calé. Quand je l’ai senti fébrile à l’idée que je rentre trop vite, ça a coupé tout. Je me suis dit que j’étais dans une personne que je ne connaissais pas. C’était un genre de viol, en tout cas pour moi. J’étais pas venue pour ça. C’est pas pour moi, je ne suis pas un collectionneur, je suis un amoureux. C’est comme ça.