Théorie d’un complot ou coup d’état mode d’emploi 3ème partie.

N’oubliez pas qu’obtenir l’honneur d’al istishhad* (du martyr) est un devoir national sacré et une possibilité présente.

Saddam Hussein 1977.

 Deux situations peuvent se présenter. Soit le gouvernement loyaliste a déjà pris des mesures conservatoires contre l’insurrection (même en l’absence de pression) assorties de pouvoirs spéciaux et de lois spéciales. Dans ce cas le principal problème est d’agir sans fournir de publicité inutile à l’insurgé, ce qui est particulièrement important si la cause de l’insurgé est très populaire. Si les loyalistes ne se sont pas donné par avance les moyens nécessaires, lancer des attaques directes contre l’insurrection revient à ouvrir la boite de Pandore.

David Galula. Contre-insurrection : Théorie et pratique

De l’art de faire stationner judicieusement ses troupes dépend la plus grande partie des succès militaires.

Sun Tzu. L’art de la guerre

 

Ca force sur l’euphémisme mais les Etats-Unis semblent ne jamais rien retenir de leurs erreurs, et finalement pas beaucoup plus de leurs victoires. La pauvreté de l’éducation politique de sa population et de facto de ses forces armées. Le manichéisme simpliste de sa propagande qui fait adhérer sans mal le troufion à un discours d’évidence qui se révèle rapidement non seulement faux mais totalement perverti par la réalité du terrain. L’absence de formation autre que technique et strictement militaire de ses soldats de troupe. La prodigalité des moyens souvent disproportionnés ou inadaptés tant au terrain qu’aux conditions nécessaire pour maintenir un esprit combattif chez l’homme de corps. Sans compter la fabuleuse capacité des américains à se croire absolument partout en terrain conquis, chez eux, ambassadeur d’une culture forcément universelle et à laquelle on ne peut donc que se soumettre sans passer pour un sauvage ou un arriéré. Cet ensemble semble véhiculer dans le sillage de l’armée américaine un sentiment constant d’invasion, de rouleau compresseur à la fois militaire et culturel. La Pax Americana sent le Coca et le chewing-gum gum, a la couleur d’un blockbuster vendu en prime time, et laisse dans son sillage des montagnes de cadavres.

Au Vietnam, au départ, la situation devait rester sous contrôle. Les américains avaient choisi avec leur discernement coutumier un fervent catholique pour gouverner un pays à majorité bouddhiste. Parfaitement corrompu et dont l’épouse se moquait à la télévision, dans un français parfait, de ces bonzes qui ne s’immolaient pas correctement. Ils finiront par s’en débarrasser au profit d’une junte militaire, qui elle-même se fera jeter dehors par une autre. Il est difficile de faire régner l’ordre quand ceux que vous soutenez ne le respectent pas, qu’ils sont corrompus et ne connaissent que les lois de l’arbitraire. Votre propre cause semble soudain indéfendable et si en plus vous vous arrangez pour laisser à l’ennemi le choix de sa communication et assurez vous-même sa propagande par cet usage de l’arbitraire, vous vous retrouvez rapidement avec autant d’ennemis physiques que moraux. Vous n’êtes plus soutenu par votre propre population, alors qu’en revanche l’insurrection si. Essayant de gagner les cœurs et les esprits, selon l’expression consacrée, avec la balourdise et la brutalité d’un footballeur américain sous stéroïde. Déplaçant des populations sédentaires dans des lieux réservés pour mieux désherber au napalm et à la dioxine des fantômes et un paysage presque sacré dans la perception bouddhiste. Jouant à l’humanitaire d’une main et au boucher de l’autre, le tout en transformant Saïgon, comme plus tard Bagdad, en un vaste bordel à soldat, repère à bandit, espions de tout poil, assassins où pour tout dire l’ennemi est comme un poisson dans l’eau. Avec en surplus un intense trafique de drogue dont les premières victimes seront les GI’s eux mêmes. A vrai dire, c’est même une véritable armée de camés dont hérite l’Amérique à la fin de la guerre. En 74 92% des soldats ont le nez dans la bouteille, 69% tête du joint, 38% sont à l’opium, 34% se shootent, 25% préfèrent les amphétamines (fourni par l’armée) et 23% les barbituriques. Une armée de drogués seulement entamée de 58000 de ses membres, essentiellement des gamins, alors qu’en face c’est près de trois millions d’individus qui vont disparaitre durant le conflit et dans l’immédiate après-guerre. Le Vietnam n’a pas été une guerre ça été un génocide.

Un génocide avorté à la fois en raison d’erreur de stratégie militaire mais également de stratégie de communication. Une guerre motivée par la crainte de voir le sud-est asiatique tomber aux mains du communisme, et qui pourtant va s’ingénier à le propager à coup de bombardements massifs et de politiciens fantoches, fort d’un déploiement militaire sans précédent et de sept millions de tonnes de bombes balancées sur un pays moitié moins grand que la France. Le tout contre trois millions durant la totalité de la Seconde Guerre Mondiale, du Japon à l’Europe. Sept millions d’objets détonants qui n’ont pas forcément détonés et qui rouillent aujourd’hui au fond des rizières, sans compter la pollution à l’Agent Orange. Actuellement le Vietnam est le pays qui connait le plus haut taux d’enfants handicapés au monde, avec un total de 6,7 millions d’handicapés pour une population de près de 90 millions d’habitants (je vous rassure, en France, c’est 12 millions). Sans compter le génocide qui suivra au Cambodge dans le sillage de la déconfiture américaine et qui fera 3 millions de morts supplémentaires en ajoutant les 350.000 de la guerre civile laotienne, un peu plus de six millions de morts. Et pourtant vous avez remarqué, au cinéma c’est toujours l’Amérique qui pleurniche sur son trauma guerrier et le cambodgien qui rejette la faute sur Pol Pot.

La guerre qui va commencer en Afghanistan n’obéit pas à un objectif stratégique, c’est une guerre de vengeance, entamé contre un homme que tout le monde accuse avec un naturel déconcertant. Alors qu’il ne revendiquera jamais formellement l’attentat, et qu’il fut mis en cause par son instigateur après plus d’une centaine de séance de « water boarding » ce qu’en français nous appelons plus simplement le supplice de la baignoire. Car c’est bien connu la torture ça marche, surtout s’il s’agit de vous faire avouer ce que l’on a envie d’entendre. D’ailleurs dans un premier temps, le nom de l’opération emprunte à la série B « Justice sans Limite ». on dirait un film de Seagal… avant de sombrer dans le théâtrale avec « Liberté Immuable. ». En revanche durant treize ans de conflit les afghans ne verront ni justice ni liberté mais bien une violence sans limite, pour un résultat également immuable depuis que les anglais tentèrent de les mettre au pas à la bataille de Gandamak. Les afghans ayant ceci de commun avec les vietnamiens de foutre systématiquement dehors les envahisseurs. Les vietnamiens feront décamper chinois, cambodgien, français et américains et mettront fin eux-mêmes au régime de Pol Pot. L’Afghanistan mettra à l’amende trois des plus grands empires de la sphère occidentale, et quand ils n’ont plus personne sur qui tirer, ils se tapent dessus entre eux. Un comble on ne sait toujours pas aujourd’hui le nombre de victimes civiles lors de l’invasion. Ce que l’on sait en revanche c’est que si les talibans avaient mit un sérieux frein à la production d’opium, elle repartira de plus belle à partir de l’invasion. Aujourd’hui le pays fourni 90% de l’héroïne dans le monde… Au point où le ministre de l’agriculture réclama un temps de rentrer dans le cercle fermé des pays producteurs d’opium légal comme l’Inde ou la Turquie, recevant un refus poli mais ferme des américains, il ne s’agirait pas non plus de retirer le pain de la bouche de la mafia turc… Reste que cette invasion attirera les bouderies de Wolfowitz qui trouve qu’il n’y a rien à bombarder d’intéressant dans les montagnes, il salive déjà au sujet du point Godwin des conspirationnistes et de l’administration américaine, Saddam Hussein le nouveau Docteur No de la propagande US.

En ce qui concerne l’Irak, l’opération « liberté irakienne » ne s’embarrasse pas de signifier ses intentions réelles. Pendant qu’une équipe du service média du Pentagone réunit une petite foule autour du déboulonnage d’une statue choisie au hasard, l’armée fonce sur le ministère du pétrole et les zones d’exploitation. Alors que Bagdad est l’objet de pillage de presque tous les sites officiels dans l’anarchie la plus complète, il devient presque instantanément impossible de s’approcher du ministère du pétrole sans lever les mains bien haut en l’air et si possible en gueulant qu’on adore le Texas (le Texas est un des plus gros pourvoyeurs en homme de l’armée). Le site est ultra protégé comme le sera bientôt toute la zone verte. Il est d’ailleurs « amusant » de remarquer, si on a le cynisme facile, que non seulement les américains vont installer leur base de commandement et s’y retrancher, précisément là ou Hussein avait regroupé physiquement le pouvoir. Mais qu’en plus un des hauts lieux du régime tortionnaire du même Hussein, va devenir le haut lieu du régime tortionnaire de l’Oncle Sam en Irak : Abu Ghraib. Un diable chasse l’autre, et Hussein a averti les américains, la victoire est très loin d’être acquise, la vraie guerre va débuter après la fin officielle des hostilités. De toute manière l’invasion n’a pas du tout été conçue dans un autre but que de virer Saddam Hussein et s’emparer de son trésor de guerre au plus vite du coup d’état qui a lieu à Washington. La question de l’occupation, de l’organisation du pays après la guerre, n’a pas été une seule seconde abordée. Quand aux marines ils n’ont tout simplement pas été formés au travail de police ou de sécurisation, au contraire de leurs homologues anglais qui vont s’y coller. Résultat, à peine un mois après la petite parade de Bush en tenue de pilote, les prédictions d’Hussein se réalisent. Mieux, le 19 août 2003, 3 mois après la ronflante déclaration américaine, Abu Moussab al Zarqaoui dit « l’Homme vert » en raison de ses nombreux tatouages (il a un passé de voyou) fait sauter l’immeuble de l’ONU à Bagdad, tuant 22 personnes. Comme de toute manière tout le monde, à commencé par Bush, s’est essuyé les pieds sur les Nations Unies, ça reste dans le ton. Dix jours plus tard c’est une mosquée chiite qu’il fait sauter, avec un meilleur score, près de cent morts. Enfin en 2006, quelque mois après que l’Amérique toute fière ait pendu un homme de 69 ans pour avoir trop bien collaboré avec elle, Daesh se forme et une nouvelle bombe provoque la première guerre civile irakienne. A vrai dire, à certain moment durant ce conflit qui aura finalement duré huit ans et qui a abouti à la destruction de l’Irak, on atteint des scores de 25 morts par jour !

 

Canaris de l’Empereur et Caesarea

 

Il ne faut s’attacher avec outrance ni à des armes ni à des outils. Excès, insuffisance sont pareil. Inutile d’imiter les autres. Possédez des armes et des outils qui sont à votre portée.

Myamoto Musachi. Le Traité des Cinq Roues

Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple le plus sacré et le plus indispensable des devoirs

Robespierre.

Canaris de l’Empereur : Loc (Vx) – A cause de leur culotte de daim jaune, surnom collectif donné sous l’Empire aux gendarmes d’élite chargés de combattre les conspirateurs. On les appelait aussi les Immortels.

Bruno Fuligni, le livre des espions.

Caesarea : N.pr. – En référence à la ville de Césarée en Palestine, nom de code d’une unité d’élite du Mossad israélien, chargée d’éliminer physiquement les terroristes pro-palestiniens.

Bruno Fuligni, le livre des espions.

 

Si David Petraeus, l’ancien patron de l’Afghanistan et de l’Irak américaine, préface la nouvelle édition du livre de David Galula, Contre Insurrection : Théorie et Pratique, le moins que l’on puisse dire c’est que les méthodes que l’Amérique va en retenir ne porteront pas leur fruit. Que ce soit en terme tactique, stratégique ou théorique. Car si le Vietnam aurait dû alerter les forces américaines sur la nécessité de ne pas disperser son armement au quatre vent, munitions en particulier, la leçon ne sera retenu absolument nulle part. Cela va être vite le règne de ce que les américains appellent IED, Improvise Electronic Device. L’ajout de l’électronique en plus, c’est une variante de ce que les GI’s au Vietnam appelleront les « booby trap » plus vulgairement appelé chez nous « piège à con ». Bref des engins détonant improvisés, reliant généralement un portable et des obus non détonné ou tout ce qui peut faire un gros boum. En Europe en revanche, où il est moins compliqué de se procurer un AK47 neuf que des explosifs, le stratège de Daesh, le concepteur de cette organisation, l’ex colonel des renseignements irakiens Samir Abd Muhammad al-Khlifawi dit Haji Lakr, va recommander l’usage de toutes les armes potentielles mis à la disposition des civiles européens et dans le monde, camion, couteau et tout autre moyen de propager la mort. Le terrorisme étant l’arme des pauvres par excellence, cette méthodologie, accompagnée d’une propagande soignée, va venir porter la violence vers tous ceux engagés auprès des américains. Avec des résultats sociétaux extraordinaires.

Car il faut bien saisir que la base de la stratégie de Daesh en Europe ou aux Etats-Unis est de diviser les populations civiles, en se servant des musulmans comme bouc émissaire désigné. Ce ressenti, ajouté au choix d’une stratégie de communication par et pour la violence en technicolor et musique, permettra d’accentuer le ressenti des musulmans eux même et d’exalter la jeunesse dans son ensemble. Les occidentaux ayant depuis longtemps délaissé l’éducation de leurs enfants au profit des experts, des profs et des écrans, la propagation de la propagande se fera sans mal. Car il faut bien comprendre que Daesh n’est pas une organisation terroriste mais une organisation militaire très structurée comme le montre ce schéma issu de Daesh lui-même, de la structure de son service de renseignement.

daesh

Le terrorisme n’est qu’un moyen tactique et stratégique pour parvenir à ses fins. Dans ce cadre, sur le terrain, la Charia ne sera pas seulement utilisé comme moyen de coercition mais également de chantage. Selon les consignes de Lakr, les espions chargés de surveiller un village doivent également repérer toute activité contraire à la loi islamique afin de s’en servir comme levier. Et ici pas question de les éliminer, au contraire, mais de se servir des plus intelligents, notamment comme juge dans le cadre de la Charia. Il faut bien saisir que le stratège de Daesh n’est pas et n’a jamais été un islamiste mais un nationaliste. Il ne croit pas aux convictions religieuses fanatisées mais il sait qu’on peut s’en servir, et c’est ainsi qu’Abu Bakr El Baghadi sera choisi par un groupe d’officier du renseignement irakien, afin de donner une image de légitimité au groupe. Ainsi en s’attaquant à l’Irak, les Etats-Unis ont ouvert une boite de Pandore inédite, celle dont ont souffert les irakiens pendant tout le règne de terreur d’Hussein : les services de renseignement irakiens.

Face à ça, en Irak, les américains vont s’appuyer sur la minorité chiite pour contrer l’influence sunnite d’Al Qaïda et de Daesh. Et pour ça vont s’assurer de mettre en place les méthodes employé en Amérique Centrale au plus fort de l’ère Reagan. Et voici que, recommandé par Rumsfeld, entre en scène un vétéran de la sale guerre au Salvador, lui-même impliqué dans le scandale de l’Iran Gate, l’ex colonel James Steele. Les néo conservateurs, je le répète, ne cachent pas leurs intentions. Passé dans le privé à titre de conseillé militaire, il va activement souffler ses bonnes idées aux paramilitaires chiites, le Special Police Commando, également surnommé… la Brigade des Loups. A toute fin je rappel qu’au Salvador, la méthodologie se concentrait sur deux points : torture et exécution sommaire. Mais il ne sera pas le seul sur lequel va s’appuyer les forces de la coalition et le gouvernement US. A Abu Ghraib, le personnel mis en cause dans le scandale des prisonniers torturés n’appartient en réalité pas à l’armée, mais à une des innombrables organisations militaires privées qui vont se partager ce phénoménal pactole. C’est simple, si en 2003 le bénéfices des SMP grimpe à 100 milliards de dollars, six ans plus tard il est de plus de 400 milliards de dollars (je vous renvois ici à mon article sur les SMP : Contractor, les prolos de la guerre ) Le tout sous la férule d’une des plus vastes organisations en matière d’opération spéciale, fondée après l’échec d’Eagle Claw, le Joint Special Operation Command. Une force qui va se composer des Delta Force, de l’ISA, du 24ème escadron tactique de l’Air Force, du 75ème Régiment de Reconnaissance des Rangers et du Seal équipe 6. Tout ceci bien entendu, en se reposant sur une autre machinerie dénoncée depuis par Snowden : le NSA et plus pratiquement la surveillance globale.

Or si à mesure du temps la guerre va faire moins de morts parmi les militaires que parmi les civiles, la Guerre contre le Terrorisme ayant fait 6717 morts officiels contre les 750.000 de la guerre de sécession, c’est bien à un carnage gigantesque auquel nous assistons depuis le début des hostilités contre l’Irak et l’Afghanistan dans les années 90. Rien que pour les seuls musulmans c’est près de quatre millions de morts, et je parle ici d’estimations basses. On a calculé en effet que la guerre en Afghanistan va faire au minimum plus de 200.000 morts. En fait on estime que le seul programme de Guerre au Terrorisme aurait fait à lui seul, toutes confessions confondues, entre 1,5 et 2 millions de morts. Rien que dans la seule Irak, les sanctions prises contre le régime de Saddam, aurait fait selon les estimations non contestées de l’ONU, près de 1,9 millions de morts… dont la moitié était des enfants. Et si on ajoute tout ceux qui sont morts en Afghanistan (rappelons également à toute fin que dans les années 90 les talibans seront financés et armés… par les Etats-Unis), les chiffres les plus élevés depuis que l’Amérique néo conservatrice a décidé de s’en prendre au monde à travers l’Irak et à l’Afghanistan, annonce un bilan se situant entre 6 et 8 millions de morts. Hitler, petit joueur. Dans ce cadre, déclarer que « les musulmans nous détestent passque on est lib’ nous et qu’on boit du pinard et on mange du porc » me semble pour le moins léger.

 

Débriefing

 

La nécessité ne connait pas de loi

Saint Augustin

Un genre très spécialisé de dépendance est la conséquence de technologie moderne, et on le trouve en dehors de la sphère néo-coloniale. C’est la lourde hypothèque qui grève l’indépendance politique d’un pays, quand il achète à l’étranger des armes modernes… Quand des pays se trouvent dans une telle dépendance matérielle et directe, il faut que les organisateurs d’un coup d’état intègrent dans leurs plans une nouvelle politique étrangère, à mettre en œuvre dès la prise de pouvoir. Si le coup d’état est politiquement inspiré par des adversaires du grand « allié », il y a de fortes chances pour qu’il échoue à moins qu’il ne parvienne à cacher cette tendance.

Edward N. Luttwak, Coup d’état mode d’emploi.

Le contrôle de toutes les informations du centre politique du pays visé sera notre meilleure arme pour assoir notre autorité après la réussite du coup d’état. Par conséquent, la prise des principaux moyens de communication avec les masses populaire sera pour nous une tâche d’une extrême importance.

Coup d’état mode d’emplois.

La révolution est au bout du fusil.

Mao

 

Le mouvement néo conservateur (néo dans le sens nouveau) est. Issu de la gauche progressiste à la fin des années 60. Ou plus précisément de l’évolution politique d’un ancien trotskyste, Irving Kristol, dont le mode de raisonnement se fonde à la fois sur son éducation politique, et sur son expérience militaire durant la Seconde Guerre. Comme il le dira lui-même, il y a été « agressé par la réalité » comme d’autre le seront bien plus tard, rejoignant de facto un mode de pensée parallèle, avec l’Archipel du Goulag d’Alexandre Soljenitsyne, et ici je pense notamment à Bernard Henri Levy ou André Glucksman. Deux « intellectuels » comme on dit en France très largement soutenus par le mouvement de réforme culturel initié par les Etats-Unis sur l’Europe et notamment par la CIA (non, je ne sous-entend pas que BHL est un agent de la CIA, ni même qu’il sait qui ont été ses soutiens financiers en dehors de son très riche papa).  Avec sa logique trotskyste Kristol est contre l’aide sociale qui ne pousse pas les pauvres à la lutte et rejette le mouvement contestataire qui s’inscrit selon lui dans une logique nihiliste défendue par les premiers anarchistes. Par ailleurs devenu farouche anticommuniste, comme de nombreux trotskystes et anarchistes au demeurant, il reproche leur mollesse au démocrate, exactement comme le fera lui-même Reagan. Sa rupture complète avec la gauche va s’exercer à partir de Lyndon Johnson.

Il est vrai que l’Amérique de Roosevelt n’a rien à voir avec celle dont va hériter Johnson. L’Amérique de Roosevelt jusque dans l’immédiate après guerre croit encore à son idéal de liberté défendu par son extraordinaire constitution. C’est elle qui va dans un premier temps armer Ho Chi Minh et les Viet Minh contre la France. D’ailleurs dans un premier temps, Ho Chi Minh se revendique moins du communisme que du nationalisme. Il cite la déclaration d’indépendance et la Révolution française et déclare que ses forces sont américano vietnamienne. Tout va changer avec l’arrivée d’un petit homme sans envergure, élevé dans l’ombre de sa mère, poussé au pouvoir par des bandits, Harry Truman. Le même Truman qui va user et abuser de l’arme atomique pour soi disant pousser les japonais à la réédition, alors que les japonais ont déjà commencé des pourparlers dans ce sens. La réalité est plus cruelle. Truman a besoin de démontrer qu’il n’est pas le petit homme sans envergure qu’il est en réalité et surtout il doit en remontrer à l’ogre rouge, le terrifiant Staline. Le concours de bite est lancé et il va durer…. Jusqu’à aujourd’hui. A partir de 84 le discours de Krystol se durci quand à la défense d’Israël, prônant une alliance qui va s’avérer funeste pour le reste du monde entre juifs et évangélique, entre le sionisme chrétien et la droite évangéliste. Mais il est vrai qu’un partie discours néo conservateur ne se serait jamais construit sans ce qu’Hitler a fait subir à l’Europe et plus particulièrement aux juifs. Cette position politique va considérablement pousser la droite israélienne vers une certaine radicalisation du discours. Un discours qui va encore se muscler avec l’immigration massive des juifs d’Europe de l’est jusqu’au meurtre d’Yitzhak Rabin, et même au-delà. Mais également grever sérieusement la paix au Moyen Orient d’autant que les intérêts pétroliers rentrent en jeu.

Le néo conservatisme américain va se propager et influencer toute la politique américaine de Reagan à Obama, et même aujourd’hui Trump. Car, en dépit des analyses de certain universitaire français qui aimeraient qu’on trouve une certaine grâce au nationalisme de façade de Donald Trump. En dépit même que nombre de républicain ont critiqué la position du président des Etats-Unis qu’il a, comme à son habitude, résumé par un slogan « no more globalism, only americanism », et qui ne pouvait que séduire la droite réactionnaire de notre pays et du sien. Il faut bien garder en tête que le maître à penser de Trump, Steve Bannon, récemment éjecté pour des affaires d’égo et suite aux émeutes de Charlottesville, défend un discours plus extrémiste que les néo conservateurs mais qui n’en reste pas moins attaché à cette même droite évangélique, à cette même impératif à défendre Israël et l’occident contre le nouvel hydre, le nouveau marxisme de l’occident, l’Islam et le monde musulman en général. Le plus inquiétant demeurant dans les fantasmes d’Apocalypse de Bannon qui lui ne cache pas dans ses films sa vision millénariste et simpliste du monde, appelant précisément à un affrontement entre les nouvelles forces antagonistes, exactement comme les fanatiques du camp adverse en appellent au djihad. Et quand on observe l’espèce de folie collective à base de prière, de fake news, et de tweets farfelus qui s’est emparé de la Maison Blanche depuis l’investiture de Trump, au regard de la politique américaine en Asie, en Ukraine ou en Syrie, on a le droit d’être fortement inquiet pour l’avenir.

L’historique des lois d’exception face au terrorisme dans la sphère occidentale et « démocratique » ne date pas d’hier. Face à l’IRA, Thatcher appliqua un régime draconien à l’Irlande du Nord, notamment en s’appuyant sur l’aile très, très à droite du révérend extrémiste Ian Paisley et les terroristes de l’UVF. Et surtout en rejetant le statut de prisonniers politiques à des hommes qui n’étaient rien de plus, ni n’avaient jamais commis comme d’autre faute que d’être soutenu politiquement par l’IRA et le Sean Feinn. Et qu’on laissa mourir de faim. Un même régime d’exception qu’on retrouvera en Allemagne face à la Fraction Armée Rouge. Ou en France durant la guerre d’Algérie mais également contre les usagers de drogue jusqu’à aujourd’hui, ce qui est paradoxale pour un pays qui a été (et est sans doute encore) si actif dans le domaine du trafic Cependant, jamais jusqu’ici ces mesures n’avaient été prise de façon permanente, subornant non seulement les lois, violant les droits les plus élémentaire des individus, mais se moquant jusqu’à la constitution. Or ce projet aux Etats-Unis n’est pas nouveau, il était dans les espérances de la droite américaine dès Kennedy, et il manqua de se réaliser sous Nixon. Après tout qu’était-ce donc que l’Opération Chaos, sinon les prémisses de cette surveillance globale qui fait fantasmer les agences de renseignement, et surtout les gouvernements. Car la situation est également critique pour nos gouvernements, et ils en ont parfaitement conscience. Les Printemps Arabes ont prit tout le monde par surprise, à commencer par les dictatures sanguinaires qui règnent sur les émirats.

Cependant ce projet aujourd’hui s’appuie sur une nouvelle idéologie, celle du conflit des civilisations, comme au bon vieux temps des croisades. Une croisade cette fois globale qui ne peut que rejoindre les fantasmes conjoint des djihadistes et de l’extrême droite occidentale. Le même rêve de sang avec au bout du compte l’espoir absurde en la venue d’un sauveur magique mettant tout le monde d’accord. Mahdi ou Christ, peu importe. Or quand les fous commencent à diriger le mode de pensée du monde, ce qui suit n’encourage pas à investir dans un autre avenir que celui de la sécurité et de l’armement. Et c’était bien l’intention du gouvernement Bush et de ces suiveurs, Obama y comprit. Car derrière eux c’est bien ce que les américains appellent le deep state, qui pousse. Un état profond qui ne se compose pas seulement de la CIA, des agences de sécurités américaines en général ou du Pentagone, mais de la sphère très influente des méta holdings comme KKR, Carlyle Group, KBR, Halliburton, ou encore Cerberus Capital Management qui a racheté DynCorp. Cerberus dont le directeur fut un des conseillers économique de Trump durant la campagne… Un changement de politique étrangère organisé à partir d’un attentat utile, opportun, et connu à l’avance, qui a permit et permet de détricoter un peu plus les Etats-Unis mais également l’Europe des idées inspirées des Lumières, et laminer totalement le discours traditionnellement universaliste de la gauche, où qu’elle soit, pour n’en faire qu’un succédané, un substitut, laissant encore durer un vague espoir, puisque l’espoir est si utile à endormir les foules.

Espérer ce n’est pas agir, juste un souffle d’inspiration mais guère beaucoup plus. Espérer c’est attendre.

Et pendant que nous attendons, stupéfaits spectateurs d’un monde que l’on veut voir mourir, l’exception, la surveillance et la militarisation s’imposent partout mettant les pays en interdépendance complète. Nous irons désormais chercher nos fusils en Allemagne, nous compterons sur l’OTAN pour subvenir à nos insuffisances, nous laisserons gentiment pourrir le paquebot Dassault dans la corruption de son dirigeant, jusqu’au jour où on nous annoncera que l’armée n’a plus les moyens de se payer des avions français. Ce qu’elle n’a d’ailleurs déjà plus, puisque nous ne pouvons même pas entretenir ceux que la gabegie commerciale du groupe Dassault et la complaisance de l’état nous a fait acheter. Et puisque l’Amérique dirigeante ne sait pas faire autrement, bien entendu cet assaut idéologique et militaire s’accompagne d’un volet économique. Les médias cooptés depuis Mitterrand nous bombardent du discours de la guerre des civilisations, alors qu’il n’y a que pour l’essentiel en terme réel de guerre qu’un conflit entre agences de renseignement au travers d’armées de mercenaires et de groupes armées autonomes ou non. Le tout plus ou moins subornées par des armées régulières. Bref que nous sommes en réalité en rien concerné par cette guerre idéologique qu’on veut nous mettre dans le crâne quelque soit notre confession ou notre système de pensée. Passant au sable et dans la foulée l’assaut économique que nous subissons à travers les accords transatlantique que nous a vendu le très consensuel directeur de marketing à la tête du Canada, le joli et si tolérant Justin Trudeau. Les médias nous tabassent avec des mots tiroirs comme « mondialisation » « compétitivité » « baisse des charges », tandis que notre narcissique « chef » d’état s’en revient de Las Vegas avec sa feuille de route. Et la boucle est bouclée. Et elle va d’autant se resserrer que la technologie de la surveillance se développe, aussi bien que les entreprises militaires privées, ajouter à cela des pénuries qui vont de plus en plus se faire sentir, et dans absolument tous les domaines, ne nous leurrons pas.

D’où qu’ils partent, le seul sursaut ne peut venir que d’une repolitisation de ce que les marxistes appellent les masses. Mais également une réappropriation de nos langues, de nos mots. Ecoutez s’exprimer un badaud des années 50 sur la politique intérieure de son pays et comparez le à aujourd’hui, tant sur le vocabulaire que l’opinion et vous verrez la marge qui nous sépare, la décadence tant du verbe que du discours. Il va falloir tôt ou tard choisir de notre avenir, et avant que la boucle se referme complètement.

 

Nota Bene : pour les amateurs de super complot si vous cherchez des complicités possibles avec Al Qaïda pour l’organisation de l’attentat, et sans aller chercher midi à quatorze heures. En 1979, en Iran, il faut retenir deux choses pendant la prise d’otage. D’une elle était le fait des Gardiens de la Révolution à qui on ne pouvait rien dire et l’administration iranienne, en particulier le ministère des Affaires Etrangères étaient  en réalité scandalisé par cette action. Ce pourquoi Argo est une affabulation d’Hollywood, les iraniens savaient parfaitement qu’il y avait des américains à l’ambassade Canadien, vu que l’ambassadeur des Etats-Unis lui-même l’avait confié à ses homologues iraniens. La seconde c’est qu’il a bien eu une opération de sauvetage réussi et beaucoup plus musclée. L’instigateur était Newt Gringrich, un des papes du néocon, qui se fit aider d’un mercenaire ex-béret vert au Vietnam et de son équipe pour libérer des membres de son entreprise. L’affaire a été relatée dans un livre dont Clint Eastwood devait faire l’adaptation. Aujourd’hui il y a des myriades d’équipes de ce genre, mais si j’étais vous je m’intéresserais de près à Intelligence Support Activity qui fait parti du JOSC. Il faut toujours se défier d’une organisation qui change cinquante fois de nom…

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Théorie d’un complot ou coup d’état mode d’emploi 2ème partie.

l y a deux erreurs avec la Théorie du Complot, la première c’est d’en voir partout, la deuxième c’est d’en voir nulle part.

Frank Lepage.

 

Pour expliquer l’échec des démocrates à mettre fin à la guerre, je dis : ce sont les mêmes raisons qui ont empêché le président Kennedy d’arrêter la guerre du Viêt Nam. Ceux qui possèdent véritablement le pouvoir sont ceux qui ont le capital le plus important. Et puisque le système démocratique permet aux grandes entreprises de soutenir les candidats à la présidence, on ne peut s’étonner – et on ne s’étonne pas – de l’échec des démocrates à arrêter la guerre (…) Vous sacrifiez vos soldats aux grandes entreprises

Oussama Ben Laden.

 

Nous savons que notre programme de désinformation est complet quand tout ce que croit le public américain est faux.

William Casey

 

Avant d’entamer la question qui fâche et qu’il est strictement interdit d’aborder en France sous risque d’être traité de conspirationniste, un autre mot pour dire malade mental, j’aimerais revenir à un autre 11 septembre, celui de 1973, quand le général Pinochet s’empara du pouvoir, instaurant pour longtemps une dictature sanguinaire. Il y a deux constante que l’on retrouve dans ces évènements, l’implication indirecte ou directe du renseignement et du monde des affaires à travers entre autre ITT pour le Chili et l’usage autant de l’outil religieux  que d’un outil de coercition de nature fascisante. En 2001 l’Islam radical, en 1973 l’extrême-droite catholique et les conservateurs chiliens autant que les supplétifs survivants du régime nazi.

Une constante religieuse et fascisante, et le recours aux anciens cadre du régime nazi, dans l’organisation de la répression en Amérique latine (et par ailleurs également du trafique de drogue) à travers notamment Klaus Barbie, le Boucher de Lyon ou l’Ecole des Amériques. Constante qui va se généraliser autant en Amérique du sud et centrale qu’en Europe, notamment à travers l’Opus Dei ou le programme Gladio qui va notoirement se reposer tant sur la mouvance fasciste survivante en Europe, les catholiques ultra, que la grande criminalité comme la mafia sicilienne. Le courant néo conservateur qui interagit avec les intérêts américains depuis la fin des années cinquante ne cache aucunement ses ambitions ni ses intentions contrairement à ce que pensent les conspirationnistes. Il suffit de se pencher sur la continuité de son œuvre, à travers les acteurs de son histoire. On notera donc ici que dans le cadre de la Guerre Froide il n’a jamais été question d’instaurer une démocratie dans les pays menaçant de basculer du mauvais côté de la Force. Système démocratique qui est désormais pourtant invoqué pour justifier la moindre intervention extérieure. A l’ère des dictateurs succède une autre forme de fascisme, celui de la surveillance globale et des démocraties molles en état d’urgence et de schizophrénie sociaux-religieuse permanent.

 

Rats bleus.

Voir des rats bleus : Loc. –Parce que cet animal ressemble étrangement à une taupe, cette expression désigne à la DGSE l’accident psychologique par lequel un fonctionnaire stressé ou un stagiaire va voir des ennemis partout. Le livre des espions. Bruno Fuligni

Cry-wolf syndrome : Loc – Anglicisme désignant par référence au conte enfantin, le danger de « crier au loup » trop souvent, ce qui a pour effet de lasser l’opinion et l’amener à sous-estimer une menace. Une méthode classique de déception consiste en effet à provoquer chez l’adversaire une série d’alertes sans suites, de sorte que le pays réagisse avec mollesse et scepticisme le jour où se déclenche une opération destinée à le mettre vraiment en péril. Le livre des espions

Déception : N.f.- Technique consistant à induire l’ennemi en erreur par des falsifications de la réalité, il s’agit de l’amener à prendre des décisions préjudiciables à ses intérêts. On « fait de la déception ». Le livre des espions.

 

Dans la Compagnie, son roman sur l’histoire de la CIA, le journaliste Robert Littell, oppose un maitre-espion du KGB à James Jesus Angleton, chef du contre-espionnage et ami personnel de la taupe Kim Philby. Suite à la trahison de ce dernier, qui sera un véritable électrochoc pour le maitre espion américain, son homologue russe s’ingéniera à l’intoxiquer avec une série de défecteurs, officiers du renseignement ou de l’armée soviétique. Certain véritables, d’autres là pour induire Angleton en erreur et développer sa paranoïa. Ceci afin d’occulter le cœur d’une opération financière de masse visant à déstabiliser l’économie américaine. Si le personnage du maitre-espion du KGB, sorti de l’imagination de son auteur, est inspiré d’un authentique salopard de l’ère stalinienne (tortionnaire et pédophile) la stratégie employée a bien conduit Angleton au bord de la folie, jusqu’à son éviction de la CIA, et lancé l’agence dans une de ces purges meurtrières dont elle a le secret. Cette stratégie va non seulement mettre durablement à mal le renseignement américain mais également européen. Un excellent film des années 70 relate cette question, le Serpent avec Yul Brunner dans le rôle titre.  Le renversement de l’économie américaine par l’usage massif de fond secret était également dans les projets du KGB, mis en déroute par l’effondrement du système soviétique. Ce projet était lui-même inspiré d’une opération de l’Abwerh durant la seconde guerre mondiale, visant l’économie anglaise par le poids de la fausse monnaie, et faisant appel à des faussaires juifs. L’analogie que développe l’auteur tout au long du roman à propos du renseignement est celle du palais des miroirs dans Alice au Pays des Merveilles. Un jeu d’apparence et de faux semblants renvoyant les services à eux-mêmes et à leur fonctionnement. Puzzle Palace, le Palais des Mystères est justement un des surnoms donnés à la NSA par l’auteur James Bamford.

Dans le cadre du 11 septembre, comme du reste du 13 novembre, ou dans l’affaire Merah par exemple, le moins qu’on puisse dire c’est que les alertes n’ont pas manqué. Même si pour des raisons différentes mais parallèles ces alertes n’ont pas été entendues. Toutes ces opérations ont également fait l’objet d’innombrables interprétations conspirationnistes avec cette vertus de disperser complètement le discours, lui donner une tonalité générale de folie collective, émousser les parties les plus saillantes et les plus évidentes du complot au profit de théorie confuses et contradictoires. Tout cela, pour le 11 septembre, en s’appuyant sur le rapport faussé rendu au terme de l’enquête sur l’attentat. Rapport occultant ou minorant à la fois l’implication de l’Arabie Saoudite et de l’agent double voir triple Ali Mohammed, de la rupture dans le protocole de sécurité peu de temps avant l’attentat au Pentagone, la connaissance par une cinquantaine d’agents de la CIA de haut niveau de la présence de terroriste connu sur le territoire américain, du silence radio au sujet de la réunion de Kuala Lumpur où tout se décida. La disparition mystérieuse de plusieurs milliards de dollars des compte du Pentagone, du délit d’initié relatif aux compagnies aériennes impliquées, le silence de Washington en dépit des alertes, la ressemblance avec l’opération Bojinka imaginé par le « génial » artificier Ramsi Yousef dans les années 90, instigateur du premier attentat contre le World Trade Center et qui se trouvait à la même date aux Philippines avec un autre extrémiste d’une autre mouvance visant également le gouvernement américain : Terry Lynn Nichols. Vétéran de l’armée américaine, et complice de Timothy Mc Veight l’auteur revendiqué de l’attentat contre le FBI à Oklahoma city (affaire loin d’être claire et qui ne se limite pas à la seule mouvance des fascistes américains). Attentat qui emploiera des systèmes détonant identique à ceux employés par Ramzi. Cet ensemble d’informations est disponible non seulement en open source mais n’est pas le fruit des élucubrations des conspirationnistes mais des enquêtes des services de renseignements eux-mêmes. Et surtout l’éviction tout à fait opportune du programme de surveillance informatique des métadonnées imaginé par le directeur technique de la NSA Bill Binney, par la direction de la NSA elle-même, sous la pression des lobbys de la sécurité privée. Le tout au profit d’un autre programme, globale celui-là, inspiré lui-même du programme Shamrock, déjà mis au point par la NSA et ses prédécesseurs et qui consistait à surveiller tous les télégrammes entrant et sortant aux Etats-Unis. Si le système Thinthread imaginé par Binney ciblait spécifiquement les relations numériques entre les terroristes, le projet qui sera mis en place noiera les analystes de la CIA et de la NSA sous une tonne d’informations souvent parfaitement inutiles et pour tout dire intraitables. Un programme global de surveillance inefficace que les Etats-Unis parviendront tout fois à faire adopter par les anglais et les européens en général, à travers le financement industriel du domaine de la surveillance de masse en Europe et les choix législatifs des gouvernements.

S’il est difficile de penser que la vague conspirationniste soit le fruit d’un plan ourdi par qui que ce soit, il est parfaitement certain qu’il sert au contraire les intérêts de ceux que les conspirationnistes entendent dénoncer. Comme le fait remarquer Assange : Cela m’agace constamment que les gens soient distraits par de fausses conspirations comme celles entourant le 11 septembre, alors que nous fournissons des preuves de réelles conspirations concernant la guerre et la fraude financière. Car, non je suis absolument désolé pour ceux qui espéraient ici voir défendu les thèses autour des explosifs ou de l’effondrement du WTC7, je ne crois pas une seconde que les attentats aient été organisés par une autre sphère que celle de Ben Laden, ni qu’un missile a défoncé le Pentagone, ni en l’utilisation de mystérieux explosifs, ni d’ailleurs aucune présence d’une organisation tentaculaire et globale formellement constituée au-delà d’Al Qaïda. Mais beaucoup plus simplement à la nature parfaitement opportuniste du complexe militaro-industriel. Si l’attentat n’a pas été empêché, alors que le programme Thinthread et les diverses alertes tant de la France que des services égyptiens, ou de l’ancien agent de la CIA Robert Baer ainsi que celles cités précédemment, auraient largement pu le permettre, il ne faut pas voir là, à mes yeux, le résultat opportun d’une gabegie dans l’organisation de la sécurité américaine, mais l’occasion toute trouvée pour instaurer le projet néo conservateur. Ceci non seulement dans le but d’orienter et de suborner l’ensemble de la sphère occidentale dans le tout sécuritaire, et une nouvelle forme de guerre permanente et larvée comme fut la Guerre Froide. Développer le marché de la sécurité privée et la technologie afférente, reconfigurer le Moyen Orient, et faire fonctionner la formidable machine de guerre américaine, mettre les Etats-Unis eux mêmes sous tutelle et finalement réussir là où Nixon avait échoué et Kennedy avait calé. Et il n’y a pas besoin de chercher ailleurs que dans le résultat économique de la sécurité privée dans le monde, la tournure idéologique, la confusion et l’inefficacité qui règne en terme de lutte anti terroriste et ce en dépit de moyens aussi faramineux que globaux, pour définir ce projet par la bande, en dehors de ses seules vues géostratégiques concernant l’Irak, la Libye, la Syrie et l’Iran.

La multiplication des informations, la condamnation systémique des théories complotistes par les média mainstreams, la division du discours, l’opération d’intoxication afin de justifier l’invasion tant de l’Afghanistan que de l’Irak, et le jeu de cache-cache du responsable désigné avec ceux qui tentent de l’abattre, va faire voir des rats bleus à tout le monde, service de renseignement y compris. Car soyons sérieux, comment un homme, même bien organisé comme Ben Laden a pu échappé autant de fois à la mort, alors que non seulement dans un premier temps, effrayés par la réaction américaines, les talibans eux même tenteront de le livrer (bébé refusé par l’administration Bush), mais qu’au terme d’une courte opération militaire l’Afghanistan tombera entre les mains des américains. Ce même Ben Laden qui va survivre pendant 10 ans à une recherche globale et supposément active par un des appareils les plus puissants du renseignement mondial, et qu’on va retrouver comme une fleur, suite à une écoute opportune, à une centaine de mètres d’une caserne d’officier d’élite de l’armée pakistanaise. Pakistan, allié supposé des Etats-Unis, bien connu pour son rôle ambigu tant dans son soutien aux talibans que dans celui du terrorisme, par exemple lors des attentats de Mumbaï et dans lequel est également impliqué un ponte de la criminalité organisée, Dawood Ibrahim.

Les amateurs de conspirations ont ce tort d’imaginer qu’une organisation définie, même parfaitement structurée et puissante, peut sur presque trente ans, cacher aux yeux de tous un complot d’envergure mondial. Ce qui n’a jamais fonctionné ni au temps du Cabinet Noir, ni lors du Watergate ou de l’Iran Gate, ni même au Vietnam au plus fort d’une guerre semi clandestine d’envergure. Les secrets les mieux gardés ont en général un temps de vie de cinq à dix ans. Dans les années 80, alors que tout le monde spéculait sur les responsables de l’attentat contre le pape, un ouvrage « Tueur à Gage » aujourd’hui introuvable, pointait déjà les Loups Gris, organisation paramilitaire fasciste à laquelle était attaché Mehmet Ali Agca. Ils ont également tort d’imaginer des services de renseignement uniformément orientés, les politiciens forcément corrompus et aux ordres, de croire qu’absolument tout le monde pense dans un seul sens. S’il y a bien eu coup d’état par opportunisme, s’il y a bien eut du laissé-faire, il est improbable que le Pentagone et la CIA soient parvenu à miner le World Trade Center au nez à la barbe de ses milliers d’employés. Aussi improbable que de prétendre que l’Arabie Saoudite n’a joué aucun rôle dans l’organisation de ces attentats ou que certains hauts cadres du renseignement ou de la Maison Blanche n’aient pas été parfaitement au courant du projet. Et ce pour la bonne et simple raison que c’est leur métier et qu’ils le connaissent mieux que personne. Bref croire dans une thèse absolue dans un cas comme dans l’autre, foirage généralisé de l’appareil de sécurité des Etats-Unis ou plan soigneusement ourdi par une entité supranationale formellement constituée est à mon sens inepte. Mais comme disait Nietzche : La croyance forte ne prouve que sa force,
non la vérité de ce qu’on croit.
Et après tout nous sommes au temps des nouvelles églises.

Dans ce jeu nonobstant l’habileté toute relative de Ben Laden a effacer ses traces, il me semble évident qu’on l’a laissé courir le temps nécessaire. Il meurt très exactement cinq ans après la création de Daesh et un an avant que l’organisation de l’état islamique étende son combat à la Syrie. Exactement comme le commandant Massoud est mort juste avant le 11 septembre. Sa figure tutélaire est effacée à la même époque où ses apparitions fantômes et ses déclarations n’inquiète quasiment plus personne, alors même que les services s’entendent sur le fait qu’Al Qaïda n’est plus que l’ombre de lui-même (ce qui va s’avérer dramatiquement faux). Alors même que la nature de la violence va changer, passant du meurtre de masse à l’attentat aveugle. Tout autant que la propagande des organisations terroristes. Daesh maitrisant à la perfection sa communication, et bien mieux qu’un Ben Laden qui se contentera de capitaliser sur sa seule personne en néo prophète pour lequel il se prenait sans doute lui-même.

 

Psyop

Psyop : Abr.- Contraction des mots psychological operation, désigne depuis la guerre du  Golfe toute opération psychologique de l’armée : édition de tracts, émission radiophonique, actions sanitaires ou humanitaires destinées à séduire les populations. Le livre des espions.

..D’autre part, l’accroissement en volume des forces armées et la « révolution technologique » ont eu pour effet de perfectionner le système de sécurité de l’état moderne, si bien que ses caractéristiques en font un terrain de recrutement favorable pour les organisateurs d’un coup d’état. L’armée nationale et les services de sûreté sont en général trop considérables pour constituer un corps social cohérant et uni par un commun loyalisme traditionnel…. Ce faisant, nous aurons la double tâche de convertir à nos vues quelques unités, qui participeront activement au coup d’état, et de neutraliser les autres. Cette dernière action ne signifie pas que nous devrons nécessairement les combattre : il suffira que nous les empêchions d’intervenir contre nous, pendant le temps limité que durera l’opération de prise de pouvoir. Edward N. Luttwak, Coup d’état mode d’emploi.

 

Selon les témoins du drame, trois affaires préoccupaient l’administration Bush avant le 11 septembre : la Chine, le programme dit de Guerre des Etoiles initié sous Reagan, et Saddam Hussein. Al Qaïda et Ben Laden qui avait pourtant ouvertement menacé les Etats-Unis dès l’ère Clinton ne faisait simplement pas parti des cibles prioritaires. Notamment parce que le sunnisme d’Al Qaïda s’opposait parfaitement à l’influence chiite iranienne dont un des outils militaires et politiques est comme chacun sait le Hezbollah. Ce pourquoi du reste les saoudiens approchèrent Ben Laden au début de sa carrière. Bien entendu au-delà du seul dictateur, au régime au demeurant fort mal en point, et de son pétrole, c’est la Syrie et l’Iran qui étaient visés. La nouvelle d’une attaque majeure en devenir, confirmée par de nombreuses sources désormais connues, a dû non pas être accueilli comme une calamité mais bien au contraire comme la fabuleuse occasion de renverser non seulement les Etats-Unis mais la sphère occidentale dans son ensemble, le tout en faisant subir à l’ONU le même camouflet qu’Hitler avait fait subir à la SDN. La débarrassant de facto d’une autorité déjà fortement compromise à travers entre autre la violation des résolutions par l’état d’Israël, son inertie au Rwanda ou en En ex-yougoslavie, ou simplement son financement, sous dépendance américaine. Il est d’ailleurs remarquable de voir depuis comment le fondamentalisme religieux s’est invité à la table démocratique, presque main dans la main et sans la moindre pudeur d’afficher sa plus complète compromission en faisant entrer l’Arabie Saoudite au Conseil des Droits de l’Homme alors que la même semaine de sa nomination, l’Arabie Saoudite s’apprêtait à crucifier et exécuter en place public un gamin de 21 ans. En terme d’organisation, de finance et plus simplement de risque, celui d’être découvert, il était donc bien plus profitable de s’appuyer sur un attentat majeur que de tenter de l’organiser soi-même en utilisant les artifices abracadabrant proposés par le conspirationnisme dans ce cadre.

Ainsi, s’appuyant sur l’exemple de ce nouveau Pearl Harbor que souhaitait l’aile néo conservatrice, le gouvernement Bush pu mobiliser la plus part de ses alliés, à l’exception notable et remarquée des français. Et fort de leur relation avec l’Angleterre et la servilité arriviste de Tony Blair, n’eurent aucun mal à s’appuyer sur de faux rapports, notamment mis en circulation par un irakien malin qui lui souhaitait abattre le régime de Saddam. Pendant ce temps, tout le monde s’est attaché à des détails dignes d’Hollywood au sujet du seul attentat, renforçant la thèse d’un mystérieux complot. Qui peut en effet croire qu’un passeport quasi intact soit retrouvé sur les lieux d’un attentat où non seulement deux avions de ligne se sont volatilisés mais également deux buildings de plus de cent étages. Qui peut accepter l’idée qu’avant même que son responsable revendique l’action, son nom soit sur toutes les lèvres ? Qui peut avaler qu’un des appareils militaires les plus puissant au monde n’est pas réussi à intercepter cette opération à aucun moment, alors que l’opération Bojinka fut avorté non pas par la CIA, mais la police de Manille ! Personne et c’est bien l’intérêt. C’est précisément ce qu’en terme de renseignement on appel de la déception, ici autant destinée aux autres services de renseignement qu’au public. Fausses et véritables informations mélangées, en s’appuyant très probablement sur tout l’historique et l’antériorité qu’avait le renseignement américain avec Al Qaïda, sans compter toute l’aide volontaire ou non qu’on a pu tirer d’Ali Mohamed, sorte de James Bond du terrorisme international. A la fois béret vert, officié de l’armée égyptienne, sergent dans l’armée américaine, informateur du FBI, barbouze du Hezbollah puis d’Al Qaïda et bon camarade de la CIA. Un personnage aujourd’hui tellement sulfureux que personne ne veut en parler, alors même qu’il croupit en prison aux Etats-Unis.

Quel intérêt de cette déception généralisé ? Eh bien le fameux coup d’état quoi d’autres ? Inventer une collaboration active dans la tête des gens sur la base d’une collaboration passé, c’est s’assurer de perdre absolument tout le monde puisque tout le monde courra après des lièvres qui n’existent pas ou plus. Sans compter que c’est un excellent moyen de collecter soi-même des informations. Il existe de nombreuses techniques formelles pour collecter du renseignement, je n’en citerais ici que deux. Il y a ce que Littell appelle la technique de l’appât au baryum, et celle dit du pot de miel. L’appât au baryum consiste à diffuser de manière assez confidentielle pour paraitre naturel une information sensible authentique, afin d’identifier au sein même d’une organisation par quel canal elle passe. Cette technique peut être employé à plusieurs fin, soit révéler des taupes, soit désinformer l’ennemi en empruntant ce même canal. Quand les russes découvrirent par exemple le système souterrain d’écoute qu’avaient installé les américains sous le Mur de Berlin, ils ne se jetèrent pas immédiatement dessus, ils l’utilisèrent pour intoxiquer leurs services de renseignement. La technique dit du pot de miel est un peu similaire, elle est utilisée en informatique. En utilisant un site potentiellement intéressant pour les hackers avec une faille de sécurité laissée sciemment, on peut identifier un certain nombre de pirate. En utilisant ces deux techniques dans le cadre du 11 septembre, on peut non seulement éventuellement déceler les agents ennemis potentiels mais surtout savoir qui parmi la communauté du renseignement et de l’armée peut s’avérer utile et qui il faudra écarter. Identifier de potentiel emmerdeur, lanceur d’alerte ou autre parmi le public, et les alimenter en informations contradictoires. Tout le monde bien occupé à regarder le doigt, le gouvernement Bush et son aile néo conservatrice peut viser la lune.

Comme le fait remarquer Luttwak, un coup d’état n’a nullement besoin d’une importante organisation, ni même de financement fabuleux. L’attentat en lui-même n’a proportionnellement pas coûté grand-chose pour ses auteurs, bien plus à l’économie américaine. En revanche il a rapporté des montagnes d’argent au secteur de la sécurité privée, au Pentagone, au secteur pétrolier et de l’armement. La guerre, comme les catastrophes naturelles c’est bon pour les affaires, bien plus que le système des échanges commerciales classique, contrairement à ce prétend Jacques Attali. Du reste le secteur des affaires se développe parallèlement à une guerre désormais généralisée, celle de l’intelligence économique, qui elle-même s’alimente sur les effets rebours de la Guerre contre le Terrorisme, notamment par la surveillance électronique et la surveillance informatique. Il en est ainsi de toutes les guerres. La déclinaison civile des produits militaires en production civile génère des nouveaux marchés et des nouvelles méthodologies, comme nous pouvons l’observer à travers la généralisation des drones. Finalement le meurtre du peuple afghan, irakien, libyen, syrien, yéménites va peut-être nous permettre de les avoir enfin nos voitures volantes…

Mais un bon coup d’état, et une bonne guerre, doit obligatoirement s’accompagner d’une intense propagande orchestrée comme un film en technicolor. Sur ce sujet le Pentagone a bien apprit la leçon autant du Vietnam que de Tempête du Désert. Si la première avait permis au public du monde entier de regarder le cru de la guerre, décortiquée de l’emballage idéologique de la « guerre juste » comme celle contre les nazis. La seconde offrira au contraire un spectacle de guerre des étoiles mettant en avant le tout technologique comme dans une publicité au salon de l’armement. Sans mort, sans trace de sang mais surtout sans bravoure. Car les journalistes étaient embarqués en « pool » dans des zones où il ne se passait rien et où on mimait pour eux l’essentiel d’une guerre imaginaire. La grande boucherie aseptisée ne permit pas au président Bush de se faire réélire. Erreur que le Pentagone ne commit pas avec son fils. Non seulement on assigna les journalistes en équipe embarquée sur le théâtre des opérations choisi par l’état major, ce qui permettait à la fois de garder le contrôle sur eux tout en les exposant. Mais George Bush junior fut lui-même mit à contribution de la geste militaire. En débarquant d’un jet en tenue de pilote, comme s’il s’en revenait lui-même du front, comme s’il était une sorte de Harrison Ford dans Air Force One venu pour annoncer la victoire.  Le président en personne assure le marketing alors qu’il a été exempté du Vietnam et a passé sa jeunesse à se saouler la gueule dans la Garde Nationale et les chambres universitaires. La supercherie est complète de bout en bout.

 

Et pendant ce temps on met en place des lois d’exceptions, on justifie un faramineux budget en matière d’opération clandestines de toute sortes, on exerce le chantage économique pour obtenir d’états indépendants des zones de non-droit destinés au seul renseignement, on autorise et généralise la torture, on externalise et privatise son appareil militaire au profit d’une infrastructure financière gigantesque et supranationale, on autorise et généralise la pratique des meurtres ciblés, on développe son arsenal global. Comparé à tout ça et au pouvoir qui en découle, le pétrole irakien c’est juste l’amuse-gueule pour remercier ceux qui ont permit ce miracle politique, économique, militaire et surtout idéologique.

Voilà, dans la troisième et dernière partie j’aborderais les conséquences de ce coup d’état global notamment la dépendance militaire et technologique dans laquelle il nous a tous entrainé et ses conséquences sur notre sécurité et nos libertés, comme sur l’idéologie adopté.

Théorie d’un complot ou coup d’état mode d’emploi. 1er Partie.

Faites attention à l’histoire que l’imposture se charge d’écrire. Chateaubrian.

Croire à l’histoire officielle, c’est croire des criminels sur parole 

Simone Veil.

Un coup  d’état consiste en l’infiltration d’un rouage, petit mais essentiel, de la machine administrative de l’état, rouage qui est ensuite utilisé pour empêcher le gouvernement d’exercer le contrôle de l’ensemble.

Edward N. Luttwak, Coup d’état, mode d’emploi.

L’art de la guerre c’est l’art de duper. Sun Tzu, l’Art de la Guerre.

Difficile de savoir par où commencer dans cette histoire. Ca pourrait ressembler à un roman d’Ellroy, une suite à American Tabloïd. Une suite qui prendrait ses racines durant l’ère Kennedy, suivrait différente fortune jusqu’aux années 80 et à l’ère Reagan et plus loin jusqu’à Daesh. Une histoire qui mêlerait récit du renseignement américain, trafique de drogue, globalisation financière, paradis fiscaux, invasions et opérations clandestines diverses et variées, mode de gouvernance, et groupes d’influence occultes. L’histoire des Etats-Unis est l’histoire d’une guerre perpétuelle, d’une nation qui n’a jamais été plus de vingt ans en paix. Des guerres indiennes au désert irakien, en passant par les Philippines, la Corée, Panama ou la Somalie. Le monde ou à peu près. Et quand les armes ne parlent pas, ou en même temps qu’elles parlent, c’est par son économie qu’elle mène sa guerre éternelle. Rome et plus. Car comme pour James Bond, le monde ne suffit pas.

Jusqu’à Pearl Harbor, les Etats-Unis comptaient sur le seul FBI pour assurer sa sécurité. La création de l’OSS qui accoucha de la CIA a notablement changé la donne au sujet de la politique extérieure américaine. Si les Etats-Unis ont très vite pris le contrôle de leur voisinage immédiat dès le début du XXème siècle sur la foi du Destin Manifeste, leur pouvoir va d’autant s’accroitre sous l’effet de la Guerre Froide qu’il va bénéficier dès lors d’un outil parfait pour externaliser son action à travers les opérations clandestines. C’est Alan Dulles, ancien  financier de la Standard Oil, qui fut le premier à utiliser cet outil pour renverser les gouvernements guatémaltèque et iranien. Un homme visionnaire, qui contribua à financer le projet européen et lança l’opération Mockingbird visant à influencer les médias. Le même Dulles que Kennedy finira par renvoyer après l’échec de la Baie des Cochons, une opération à laquelle il avait pourtant donné son autorisation. Car c’est bien sous Kennedy que commence le grand récit des opérations noires de la CIA. C’est à sa demande que sont crées les bérets verts, supplétifs armés de la même CIA au Vietnam et ailleurs. Dès 1962 les américains reprendront le trafique d’opium là où l’avait laissé le SDECE lors de l’opération X. Opium servant à financer la lutte armée contre les communistes. Opium qui empruntera notablement le réseau corse bien implanté en Indochine, et finira dans les rues de New York et de Montréal. Un réseau qui aboutira plus tard sur la fameuse French Connection. Kennedy croit dans les opérations clandestines, à sa demande, et pendant toute la Guerre Froide, l’opération Mangouste consistera à dépenser beaucoup d’argent et examiner toutes les idées mêmes les plus farfelues pour éliminer physiquement Castro. Il y eu également l’opération Northwood qui fait saliver tous les conspirationnistes, car elle consistait à pousser l’opinion public à réclamer une guerre contre Cuba à l’aide de faux attentats. Opération que Kennedy rejeta comme on le sait. Par la suite, la guerre du Vietnam, le mandat de Nixon amena son lot d’opération célèbre, comme l’opération Phénix, une campagne d’assassinat pure et simple où l’armée se fera déjà aider par l’informatique pour traiter les renseignements collectés sur le terrain. Ou l’opération Chaos qui visait à surveiller le mouvement étudiant et activiste aux Etats-Unis. Autant d’affaires et de scandales qui furent révélés par les Pentagone Papers, sorte d’affaire Snowden avant l’heure. Ces scandales attireront la défiance de plusieurs présidents américains, Gerald Ford, Carter, Bill Clinton jetant la gouvernance dans une ornière quand il s’agira de traiter une première fois le cas Ben Laden. Un cas tout à fait intéressant de pigeon idéal.

Dix ans avant la fin de la Guerre Froide, avec la limitation nucléaire imposé par les accords SALT et après la gabegie révélée par le Watergate et les Pentagone Papers, la CIA apparue comme un objet dangereux et couteux qu’on allait rationaliser par l’usage du tout technologique, et disons d’une certaine éthique stratégique. Terminé les coups tordus les myriades d’agent de terrain, l’infiltration, et bienvenue à la surveillance électronique sous la férule de l’amiral Stansfield Turner. Les opérations clandestines perdurèrent cependant, notamment dans le soutien à Somoza au Nicaragua (auquel Carter mettra tardivement fin et après le massacre de plusieurs religieuses par la junte), comme l’Opération Cyclone dans le cadre de l’aide aux moudjahidins ou l’opération de sauvetage des otages en Iran, l’Opération Eagle Claw qui se terminera en catastrophe. Une décision politique en réalité calamiteuse pour les années avenir. Mais qui pourtant servira à loisir le projet néo conservateur.

Sheep-dipped

Sheep-Dipped : Adj et N.m- “déparasité” en anglais se dit d’un militaire ou d’un fonctionnaire qui a été rayé des cadres pour être employé dans une société privée travaillant pour la CIA : Air America, Civil Air Transport, Southern Air Transport…  Bruno Fuligni, le livre des espions.

Dans les premiers temps, de la révolution chinoise à la guerre du Vietnam, la CIA emploiera donc des militaires et des fonctionnaires déclassés pour faire le sale boulot, au Laos, en Chine, à travers Air America notamment, assurant trafique d’arme et de drogue et transport de troupe de contre-guerilla. Cet usage de supplétifs clandestins, d’agences privées, va se développer notamment pendant le Vietnam mais également sous la férule de l’ex directeur de la SEC, l’organisme de contrôle de Wall Street, promu directeur de la CIA sous Reagan, William Casey. L’ancien directeur de campagne de Reagan sait y faire en matière de clandestinité et il sait s’entourer. Notamment soutenu par une pièce maitresse du dispositif politico-militaire de Reagan et de la droite néo conservatrice, Frank Carlucci. Carlucci, l’ami personnel de Donald Rumsfeld, le tombeur de Lumumba, nommé directeur adjoint de la CIA par le naïf Carter, et qu’il trahira tout à fait opportunément pour rentrer au service de Reagan, juste pile poil avant que les négociations n’aboutissent avec les iraniens. Ce que l’équipe de campagne de Ronny le malin appela « la Surprise d’Octobre » retardant avec l’aide des mollahs la libération jusqu’aux élections. Cette concordance d’intérêts marquera le début de l’Iran Gate. Carlucci, futur secrétaire à la défense, dont la femme était comptable pour la CIA, chargée justement de maquiller les comptes au profit des opérations clandestines. Toujours le même qu’on retrouvera plus tard à la tête du fameux Carlyle Group, cette entité supranationale du monde des affaires et de la politique où apparaitrons la famille Bush mais également John Major, Premier Ministre du Royaume Uni. Ce Royaume Uni que les anglais appellent eux-mêmes par dérision le 51ème état.

Personne ne savait réellement qui était Ronald Reagan. Crétin pour les uns, dans cette acceptation naïve qu’il faut être bête pour être mis au pouvoir par vos bailleurs. Faucon pour les autres, anti communiste fanatique et infatigable. Conservateur acharné pour les libéraux. Je crois pourtant que ce qui définit le mieux le 40ème président des Etats Unis est son parcours tant politique que médiatique. Un parcours qui va le conduire non seulement à changer radicalement d’opinion, de démocrate à républicain, de libéral à conservateur, mais à la tête du syndicat des acteurs où il va s’ingénier à imposer la politique des directeurs de studio par le sourire et le charme. Un parcours qui va trouver sa voie et son épanouissement à travers la promotion de General Electric. Reagan est un piètre acteur et il en a conscience, mais il a une belle gueule et il sait vendre, et de ça aussi il a parfaitement conscience. Il va être le meilleur agent promotionnel de General Electric avant longtemps, et le sien propre par la même occasion. Une enseigne lumineuse s’imposant dans l’imaginaire visuel et collectif des américains par le biais de la télévision. Exactement comme Trump aujourd’hui, ce même Trump qui se réclame lui-même de Reagan, sans surprise. Et c’est avec ce bagout et ce charme qu’il va enfumer les américains dans leur ensemble, jusqu’à aujourd’hui….

Casey en revanche n’a jamais montré grande duplicité quand à savoir qui il était réellement. Catholique fondamentaliste, chevalier de l’Ordre de Malt, il adorait qu’on le qualifie de Défenseur de la Foi dans le cadre de la guerre clandestine engagée en Afghanistan par Carter et prolongée par Reagan. C’est lui qui va spécifiquement écrémer la lutte armée afghane de toute forme de lutte panarabique, groupe de gauche, au profit des seuls religieux. Et trouver en Ben Laden un candidat idéal à un projet militaro-financier d’envergure. Lui encore qui avec le soutien de l’Opus Dei va accentuer la vague conservatrice et néo fasciste en Europe. Homme d’affaire sans scrupule, c’est enfin lui qui va impulser la valse des opérations clandestine de la CIA en Amérique Centrale et plus spécifiquement au Guatemala et au Nicaragua, et plus tard avec la complicité de la DEA, non pas dans la guerre à la drogue déclarée sous Nixon et reprise par Reagan, mais dans le développement à saturation du trafique vers les Etats-Unis. La drogue a deux avantages pour qui connait un peu l’histoire de la prohibition, elle permet d’engranger des fonds phénoménaux et parfaitement clandestins, mais également de pourrir une société comme la Chine en a fait la très amère expérience. En 2004 on découvrira finalement que la CIA a sciemment alimenter les ghettos noirs de Los Angeles en crack, faisant la fortune de légendaires trafiquants jusqu’à leur arrestation par les mêmes qui les aidaient. Mais en réalité le trafique qui va se développer dans le sillage de l’Iran Gate va impliquer bien plus de monde, notamment un certain gouverneur de l’Arkansas, William Jefferson Clinton, futur président des Etats-Unis.

Ici il faut faire une parenthèse romantico-rocambolesque si j’ose dire, notamment parce que ça décrit bien ce que furent les premiers sheep-dipped de la CIA. Mais également parce que ça permet de mettre en lumière un fait relativement méconnu du grand public français. Le sheep-dipped en question, vous en entendez parler en ce moment même sous la figure perpétuellement adolescente d’un Tom Cruise dans Barry Seal : American Traffic. Je n’ai pas vu le film mais connaissant la vie du personnage j’imagine qu’Hollywood retiendra essentiellement le côté aventurier et inconscient de Seal et glissera sur l’affaire qui nous conduit précisément à Bill Clinton, car à vrai dire c’est un tabou américain. L’affaire Ména.

Ancien pilote de la TWA, Barry Seal n’est pas au départ un sheep-dipped ordinaire, mais il le deviendra. Car sa carrière commence non pas au service du gouvernement américain mais du cartel de Medellin. Homme peu fiable, il finira par attirer l’attention de la DEA, comme informateur, puis de la CIA qui le chargea d’un tout autre emploi, trafiquer à son compte et servir de courroie de transmission entre les colombiens et Langley. Il ne sera pas la seule courroie et pour tout dire Seal est un homme manipulé par tout le monde qui se croit au-dessus des lois parce qu’il l’est réellement. Oubliant au passage qu’il travaille pour des gens qui se fichent des lois. Il mourra opportunément, abattu par le cartel. La mise à jour de son existence et ses rocambolesques aventures, sera bientôt mis en parallèle avec le meurtre sauvage de deux adolescents, maquillé en accident de chemin de fer, dans la commune de Ména, Arkansas. C’est que Ména était une des plaques tournantes du dispositif de l’Iran Gate et de sa prolongation dans le trafique de stupéfiant au sein même du territoire américain, et je dis bien une des. C’est à Ména que Barry Seal se vautrera avec un avion bourré de drogue au compte de la CIA. Le scandale suscité par l’affaire du meurtre des deux adolescents, révélera non seulement la complicité de la police d’état dans son maquillage, mais également la responsabilité de Bill Clinton qui nia avec la dernière énergie avoir été mis au courant de quoi que ce soit. Comme si le gouverneur d’un état américain pouvait ignorer qu’on entrainait des contras sur son territoire. Oui car la première mission de Seals qui avait été installé à Mena par la CIA, fut de faire du transport de troupe.

Cette histoire du trafique de drogue américain qui s’étale sur deux décennies, et qui implique à la fois la CIA, DEA, gouvernement américain, et trafiquants de drogue (à leur insu ou non) sera révélé par le journaliste Gary Webb. Décédé depuis d’un suicide par balle, deux balles… son travail mis en accusation tant par la presse que le gouvernement américain, et qui fera lui aussi l’objet d’un film consensuel : Secret d’Etat avec Jeremy Renner dans le rôle titre. Les américains ont ce don pour tout lisser sous la forme d’une belle aventure pleine de danger…

N’en demeure pas moins qu’au travers de la CIA et des opérations clandestines qu’elle développa dès l’après-guerre. Sur la base de militaires et de fonctionnaires déclassés du service par choix ou décision administrative, comme sur l’acceptation anglo-saxonne de l’usage de mercenaires, se développa parallèlement tout un pan du complexe militaro-industriel : les sociétés militaires privées. On peut citer ici DynCorp qui dès 1946 va mettre ses compétences au service tant du privé que de la CIA et du Pentagone, notamment durant le conflit vietnamien. DynCorp qui a été racheté depuis par une holding mais qui existe toujours et demeure une des plus puissantes organisations militaires privées, devant Academi, ex-Blackwater. Personne n’a rien vu venir et c’est pourtant eux, le cercle de la sécurité privée et des espions qui va bientôt prendre le pouvoir dans le monde entier.

Zombie

Zombie : N.m en argot de police, agent infiltré : comme un mort parmi les vivants, il évolue dans un univers qui ne devrait pas être le sien. Le livre des espions.

Dans une armée, personne n’entretient de rapports aussi intimes avec le commandement que les espions, personne ne reçoit des gratifications aussi élevées que les espions, personne n’a accès à des affaires aussi secrètes que les espions. Sun Tzu, l’Art de la Guerre, chapitre XIII.

 

Qui de la poule et de l’œuf a commencé ? Difficile à dire. Disons plus simplement que si la Compagnie s’ingénia à recruter auprès des élites universitaires dans un premier temps, elle recherchait avant tout des patriotes, convaincus par l’idéal américain. Mais cette proximité avec l’aristocratie américaine va naturellement ramener le monde des affaires dans son sillage, comme on l’a vu dès Alan Dulles. A vrai dire la CIA est à la fois la danseuse d’un peu tout le monde, Pentagone, Maison Blanche et Wall Street, et sa direction l’objet d’une tournante entre ces trois parties. Pas moins de huit directeurs issu des d’affaires et/ou de la politique à la tête de la CIA sur la trentaine qui vont se succéder. Jusqu’à l’actuel Mike Pompéo sorte de synthèse de ce qu’a connu l’Agence, tout en même temps juriste, militaire, homme d’affaire et homme politique. Eisenhower avait alerté le public américain sur l’émergence du complexe militaro- industriel mais il n’a jamais ciblé son appareil le plus efficace. Un appareil qui va se développer par ailleurs avec la multiplication des agences gouvernementales plus ou moins clandestine, NSA (National Security Agency, créée en 52), ISA (Intelligence Support Activity, créée suite à l’échec d’Eagle Claw, chargé de soutenir les opérations militaires clandestines entre autre des Delta Force.), DEA (Drug Enforcement Agency, créée à l’initiative de Nixon), DIA (Defense Intelligence Agency, créée en 61 qui gère le renseignement militaire étranger, y compris tous les aspects économiques, industrielles ou géographiques liés à la défense) et bien d’autres, auquel s’ajouteront les officines privées, des myriades d’officines qui vont se développer dans le sillage de cette politique du renseignement globale en autant de spécialistes des écoutes, de l’espionnage économique ou de l’intervention clandestine, et aujourd’hui dans le secteur d’avenir de la sécurité électronique et de la lutte antiterroriste. Ceux là même à qui le coup d’état du 11 septembre va pleinement profiter. Pourtant il ne s’agit pas seulement ici de penser que seul les Etats-Unis vont subir cette infiltration du monde du Renseignement par celui des affaires. Ni de croire que les services eux-mêmes n’ont pas des ambitions propres, indépendamment de la couleur de leur gouvernement ou de la nature de leur économie. Cette ambition, née notamment sous la férule du gaullisme va notablement attirer la défiance de Pompidou, Giscard, Mitterrand et Chirac. En fait jusqu’à Sarkozy et surtout Hollande, le pouvoir français se méfie de ses espions et parfois à raison. Car les ex RG, la DCRI et même la DGSE en savent lourd sur nos dirigeants et leurs amis. A n’en pas douter un rapprochement qui se fera cependant à partir du second conflit irakien et ses suites. Et qui transformera Hollande en authentique tueur d’état, n’hésitant pas sur les ordres de mission d’assassinat ciblé, comme son homologue Obama. Or si les Etats-Unis ont déjà été gouvernés par un ancien directeur de la CIA en la personne de George W. Bush Senior, la Russie actuelle, comme la Chine sont également gouvernées par d’ancien espions et activement soutenu par l’appareil dont-ils sont issus comme le monde des affaires. Le complexe militaro-industriel n’est plus seulement américain, il est global, mettons nous ça bien en tête. Et il l’est à l’initiative des Etats-Unis grâce notamment au 11 Septembre. Et là bien entendu on va aborder le sujet qui fâche, mais pas tout de suite….

Savoir faire d’un échec une réussite pourrait être le mantra du complexe militaro-industriel américain. Quand le gouvernement iranien fut renversé par les mollahs, personne ne parlait farsi à l’ambassade des Etats Unis. L’ambassadeur lui-même, le taiseux Richard Helm, alias The Teflon Director, ex directeur de la CIA sous Nixon et ami intime du Shah, ignorait ce que la SDECE savait, à savoir que Mohamed Reza était atteint d’un cancer. Le choc électrique que reçu alors les Etats-Unis, notamment avec la crise des otages, convaincu l’administration Reagan de l’échec complet de la politique de son prédécesseur en matière de sécurité extérieure. La volonté d’infliger aux russes la punition que l’Amérique avait subit au Vietnam, de s’appuyer sur la naissance de ce nouvel ennemi, le fondamentalisme musulman, pour financer, armer et organiser la guerre clandestine en Afghanistan. Même si en réalité ce fut l’Arabie Saoudite qui se chargea de l’essentiel du financement et l’ISI, les services secrets pakistanais, du recrutement. Les fondamentalistes de la finance serraient la main aux fondamentalistes religieux, avec la Mecque et le Vatican en fond sonore.

 Cependant les révélations de l’Iran Gate, en plus du passif de la CIA en matière de coup tordu attira la défiance de Bill Clinton qui s’empressa de court-circuiter l’agence, tout en continuant de faire des affaires avec les saoudiens. Et pour se faire, il s’appuya de plus en plus sur les officines privées. Il est à ce sujet remarquable de voir comment Ben Laden a pu survivre à la gouvernance du même Clinton, en dépit de quatre attentats majeurs et revendiqués, dont un visant directement le Wall Trade Center. Un attentat qui n’a pas réussi pour une seule minuscule raison : le camion était garé trop loin d’un des piliers porteurs. Et je ferais une petite parenthèse technique ici. Il est parfaitement possible que les membres du commando chargés de cette opération aient commit une erreur, parce que l’erreur est humaine. Il est en revanche fort peu probable que ce procédé n’ait pas été réédité en raison d’un renforcement de la sécurité. D’une part comme nous le savons nous-mêmes depuis le 13 Novembre, la sécurité c’est très relatif. D’autre part parce que le spectaculaire est l’arme de prédilection du terrorisme depuis toujours, depuis les sicaires à aujourd’hui. Or pour qui comprend aussi bien qu’un Ben Laden comment fonctionne le public occidental en général et américain en particulier, une bombe dans un parking retient moins l’attention que quatre avions en plein jour devant les télévisions du monde entier. Et Ben Laden n’a pas seulement visé l’Amérique en tuant des milliers de personnes ce jour là, il a visé le monde. Le World Trade Center, rien qu’un symbole par son nom, tours de Babel de la globalisation financière, où toutes les nationalités et les religions sont potentiellement représentées. Je sais c’est très mal de dire ça, mais Oussama Ben Laden est beaucoup plus un révolutionnaire dans l’acceptation qu’en faisait Trotsky, « la Révolution par les armes et par la science » qu’un banal fanatique religieux. Parenthèse refermée, Clinton va s’appuyer sur un amendement de Gerald Ford pour interdire l’élimination du saoudien, et refusera même qu’on le lui livre sous prétexte qu’on n’avait pas de preuve direct contre lui permettant de le juger. Ce curieux concours de circonstance permettra à cet enfant mal aimé de la famille Saoud de prendre son envol en Afghanistan à la déconfiture… des talibans. En me permettant cet hypothèse, sachant comment Clinton a été compromis dans l’affaire Lewinsky et comment il était jusqu’au cou dans celle de Ména, son extrême attention de l’argent saoudien, je me demande combien de leviers avait le monde des affaires et de la sécurité privée sur sa gouvernance. Et donc, par extension sur la survie de Ben Laden, l’idiot utile.

Spectre

SPECTRE : Service pour l’Espionnage, le Contre-espionnage, le Terrorisme, les Règlements et l’Extorsion, fondée par le diabolique Ernst Stavro Blofeld, Le livre des espions

Spectre : Apparition fantastique et effrayante d’un mort, personnage hâve et maigre, représentation effrayante d’une idée, d’un évènement menaçant. Larousse.

Usama bin Muhammad ‘Awad bin Ladin, né en 57, est le fils délaissé d’une femme mal aimée, noyée au milieu des 22 épouses de son riche mari. Co héritier d’une riche famille saoudienne ayant fait fortune dans le BTP. Une fortune qu’il partage tout de même avec 53 demi-frères et demi-sœurs. C’est également un mélange de fondamentaliste religieux, d’homme d’affaire, de stratège, de révolutionnaire et sans doute de doux naïf. Il n’est pas seul dans son entreprise de révolution, et il est notamment tout d’abord approché et téléguidé par le renseignement saoudien qui voit en lui un candidat parfait au projet de lutte contre l’invasion afghane organisé par la CIA. Et ce alors que de nombreux membre de sa famille sont impliqués dans l’attentat et la prise d’otage à la Mecque. Il est autonome financièrement, il défend les idées du wahhabisme et du sunnisme, et il rêve de se lancer dans le djihad. Ce que personne ne semble comprendre en revanche c’est que l’homme est plus généralement engagé contre le matérialisme occidental et les valeurs afférentes, que son djihad il entend le mener pas seulement contre les russes mais contre tout ceux qui s’opposeront à son grand projet fondamentaliste. Un projet qu’il ne mène pas seul, inspiré dans sa stratégie tant militaire que médiatico-politique par l’égyptien Ayman Al-Zawahiri, actuel chef d’Al Qaïda et ancien médecin personnel de Ben Laden. Il est d’ailleurs amusant et à la fois curieux de constater que ce diplômé en gestion et commerce va créer une véritable start-up du terrorisme, précisément à l’époque où celles-ci prennent leur essor dans le monde des affaires. Ben Laden est un homme de son époque à plus d’un titre et dont pourtant la stratégie médiatico-militaire repose entre autre sur celle d’Hasan I Sabbâh, alias le Vieux sur la Montagne, fondateur de la secte des nizariens, les fameux Assassins.

 Si dans un premier temps Al Qaïda recrutera exclusivement des arabes en Afghanistan, recevant parmi bien d’autres groupes l’aide de la CIA, des pakistanais et des saoudiens, l’évolution de son combat au départ des russes et après sa rupture avec les saoudiens, le poussera à financer le djihad d’où qu’il vienne, notamment en Bosnie. Car au fond ce qu’est Ben Laden c’est avant tout un financier avec une bouche. Il n’est pas l’auteur formel des attentats du 11 septembre. Le véritable instigateur des attentats c’est Khalid Cheikh Mohammed, un kowetien né en 64, que Ben Laden rencontrera pendant le conflit contre les russes et emploiera notamment en Bosnie. Ben Laden invoque la cause palestinienne et libanaise pour justifier cette action dont il n’a probablement pas eu l’idée seul, comme il invoquera un jour le port du voile en France ou la politique israélienne. Peu importe le flacon du moment qu’on rallie à soi l’ivresse du djihad.

 Idiot utile d’une famille saoudienne qui su parfaitement l’instrumentaliser, tout autant que la CIA, il proposera lui-même son aide et l’aide d’Al Qaïda afin de protéger le royaume contre les irakiens, pour être accusés par la suite de collaborer avec ces mêmes irakiens. Et ce par la même famille et les mêmes responsables qui vont non seulement laisser le champ libre à Hussein dans un premier temps pour mieux le piéger à son tour et mettre finalement la main sur le pétrole irakien. Car l’administration Bush n’opposa aucun véto à l’invasion du Koweit quand les irakiens s’en allèrent poser la question à Washington, mais au passage, Bush sénior se fit un joli pactole d’un milliard de dollars avec la vente de ses actions koweitiennes. Un délit d’initié patent qui n’a fait l’objet d’aucune condamnation.

 Autre idiot utile, autre spectre brandit à la figure du monde avec sa quatrième armée du monde et ses armes de destruction massive, et quoiqu’il n’était pas du tout idiot : Saddam Hussein Abd al-Majid al Tikrit. Instrumentalisé et ruiné par l’occident dans sa guerre contre l’Iran, achevé par le doublement des taux d’intérêts de sa dette initié par les koweitiens et les saoudiens, et la surproduction pétrolière de ces mêmes koweitiens. Ce voyou qui va s’inviter à la tête du parti panarabique Baas à coup de poing et d’assassinat va devenir pour un moment le verrou du Moyen Orient en unifiant son pays sous une poigne de fer. L’évolution du marché idéologique, si j’ose dire, avec la rupture de digue offerte par la faiblesse d’un Gorbatchev, va rendre sa présence obsolète dans le grand échiquier du renseignement américain et du programme néo conservateur.

Voilà, pour le moment je m’en arrête là de ce récit du coup d’état mondial qui se déroule sous nos yeux chiasseux. Dans toute les bonnes histoires hollywoodiennes il y a un cliffhanger cher à Hitchcock, je vous laisse donc ici, puisque vous connaissez déjà la prochaine étape de récit, nous l’avons tous vu à la télé, un matin de septembre. Quand les chars sont entrés dans Santiago, le 11 septembre 1973, marquant le « suicide » du président Allende et la mort du poète Pablo Neruda.

 Non c’est pas ça que vous attendiez comme 11 septembre ? et pourquoi donc ? Vous avez tort, celui là aussi de 11 septembre est intéressant…