Génération plastique

Cinq grammes de plastique par semaine, vingt grammes par mois, deux cent quarante par an, bon appétit ! Du plastique dans l’air, dans les animaux sauvages, dans les nichons, dans les lèvres d’une génération Tinder, Snapchat et Instagram. Une génération qui se regarde chier. Qui se regarde chier en bubulant son affolement devant l’apocalypse biblique qu’on nous promet tous les jours. Nervous break down dans le vert, chlorophylle burn-out, qu’est-ce qu’on va bien pouvoir bouffer ? Qu’est-ce qu’on va tous devenir si la température continue d’augmenter comme ça ? Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? Et puis tant pis hein, retournons à nos petites habitudes, on verra bien demain, oh t’as vu Kevin a largué Navéa sur les Anges. Et pendant ce temps-là Pascal Praud prout dans le poste ses certitudes de climatologue de comptoir. Alors ma chère Elizabeth Levy qu’en pensez-vous ? J’en pense, hic !, Depuis quand la météo est devenu un sujet d’actualité, hic ! Depuis toujours mais passons. Passons sur cette médiocrité qui a envahi toute notre société comme un substrat malodorant mais nécessaire à l’élimination future de tout un pan de l’humanité. Car n’en doutons pas, ceux qui ne sont pas conscient du monde d’aujourd’hui sont voués à disparaitre tôt ou tard. Ils ne seront pas adaptés et en sauront totalement incapables. Paralysés par leur bêtise, alourdis par toutes les croyances du capitalisme, en retard sur la course à la survie, ils vont voir leur petit confort fondre comme neige au soleil et il n’y aura plus d’état auprès de qui pleurnicher. Car l’état moderne est un homme d’affaire, sa priorité n’est plus le citoyen mais le consommateur, il est au service de Facebook, LVMH, Free, Tweeter, etc et réciproquement. Les marques règnent, les holdings sont reines, et l’empereur s’appelle Bernard Arnault, Zuckerberg, ou Bill Gates. Qu’on célèbre, qu’on envie parfois quand on est aliéné aux allégations du capitale, ou qu’on conchie parce qu’il est anormal que l’humanité soit conduite par une poignée de malades de l’argent et du pouvoir qui ont construit leur fortune sur l’usure, l’extorsion, l’exploitation des populations les plus pauvres. Pathologique comportement qui fait la loi des magazines de papier glacé, Times, Forbes, Valeurs Actuelles, messires voici la pommade et si tu ne souscris pas c’est que ta jalousie t’étouffe. Autant de certitudes inutiles qui seront appelées à disparaitre dans un avenir proche. Des certitudes que n’ont plus les gilets jaunes, citoyens précurseurs dans une société qui se refuse d’évoluer. Phénomène hors du commun, fait historique d’un mouvement spontané et solidaire de citoyens qui a totalement dépassé tous les vieux clivages, balayé d’un seul coup les certitudes politiques, et résiste encore et toujours malgré toute les tentatives d’enterrement de Macron aux médias mainstream. De toute manière la Macronie gouverne au déni de réalité, les urgences sont en grève, les pompiers ont déposés un préavis pour tous l’été, canicule ou pas, les gilets jaunes reviennent bloquer ports et raffineries, libèrent les péages comme d’autres des pont levis mais on durci les droits d’admission au chômage, et on claironne qu’il n’y a pas de violence policière. Et les flics exténués se suicident à la chaine dans l’indifférence complice d’un incompétent une nouvelle fois protégé comme l’était Benalla, l’arlésienne de la Macronie.

La fabuleuse famille que voilà chez LREM, une cruche habitée par sa bêtise élue personnalité politique de l’année, un ministre de l’intérieur surpris à faire la fête en pleine crise autant social qu’interne, un crétin débarqué des hautes sphères mentant effrontément au sénat pour jouer plus tard les starlettes pour michetonneur franc-maçon devant les caméras d’Elise Lucet. Une smala qui se prétend moderne, dans le vent, avec son époque, le nouveau monde qu’ils disent. Mais ils ont raison vous savez, ce monde leur ressemble. Il est faux, bidon, mensonge et contre vérité, pardon « fake new », la mythomanie et le narcissisme y sont rois, de Tinder à la télé réalité, une génération en plastique. C’est simple même la tête à Macron on dirait Ken. Mais Ken a des idées noires, Ken veut voir son pays se transformer en une gigantesque entreprise dont il serait le monarque incontesté. Car incontestable il se veut, c’est sa tyrannie à lui, sa petite vanité de bête à concours élevé dans la certitude de sa classe qu’il n’est pas n’importe qui puisqu’il est à ce poste. Et combien pense comme lui sur l’échelle pyramidale de notre société, même tout en bas, surtout tout en bas, on le pense. S’ils sont là où ils sont c’est qu’ils ne sont pas n’importe qui. Cette foutaise de la bourgeoisie qui bientôt se délitera face à la réalité qui nous fonce dessus comme un taureau sauvage. Et plus ça produit et ça se reproduit comme des lapins plus le taureau se rapproche tandis qu’on se lance dans des expérimentations barbares sur les animaux « pour le bien de la science » et surtout du profit, incapable de repenser le monde autrement que sous le joug de l’argent-roi. Car on pourrait déjà aisément nourrir toute la planète sans faire des trous dans les vaches, et l’Afrique serait auto suffisante si les multinationales payaient leur tribut aux états. Mais non surtout pas ! Il faut des paradis fiscaux, il faut de l’optimisation fiscale, il faut des vaches-usines et des consommateurs captifs dans des hypermarchés concentrationnaires, il faut cumuler comme des rongeurs parce que ça serait dans l’ordre des choses.

Oui tout ça va leur péter à la gueule  Tous ces amateurs de crédit sur vingt ans, cette génération sans conscience qui se précipite à sa propre perte en claironnant que c’est pour le bien de l’humanité. Mais, et c’est bien l’inconvenant d’une société imbriquée comme la nôtre, leur perte sera également celle des plus conscients et seul les plus solides et solidaires s’en sortiront. La nature ne fait pas de sélection, nous bouffons tous des microparticules de plastique, indifféremment, et même si demain on faisait disparaitre d’un coup de technologie magique les dix millions de tonnes qui finissent dans la gueule des océans, il resterait toujours les milliards de pneus qui chaque jour sur le globe s’usent sur les routes et les pistes. Le capitalisme ne veut pas mourir et son décès forcé sera une longue et douloureuse agonie. Une agonie guerrière n’en doutons pas d’autant que les chantres du capital, cette tyrannie qu’on appelle la Chine ou les Etats-Unis s’imaginent encore un avenir tout en expansion boursouflé de bénéfice. Que l’actuel tyran brésilien compte bien détruire la forêt amazonienne si ça peut rapporter gros et qu’on aiguise déjà les couteaux pour l’Antarctique sans la glace. Et ça ne fait que commencer si l’on observe la pollution des nappes phréatiques, la raréfaction des terres arables, et la désertification qui ira de pair à mesure que ces dernières disparaitront sous le béton. Mais peu importe puisque l’état envisage déjà de privatiser l’ONF pour livrer nos forêts à la sauvagerie marchande. Après tout parmi tous nos bâilleurs la Chine n’a pas seulement faim d’armement ou de se presser à dévorer l’Afrique tout en lui faisant la danse du ventre. Notre patrimoine, nos vignobles, nos forêts, tout est à vendre à la grande braderie macroniste et il n’y a aucune raison que nous ne devenions pas un pays du tiers monde comme un autre dans les nouvelles polarités qui se dessinent sur le monde. Prêt à se vendre aux plus offrants si ça peut assurer les carrières présentes et avenir de cette corruption généralisé qui nous gouverne.

Et pendant ce temps les vieux croutons d’une génération perdue continuent de nous assommer avec leur vieux clivage communisme contre capitalisme comme si cela avait le moindre sens pour la génération plastique ou même le moindre sens du tout. Le mur s’est effondré le 9 novembre 1989, et trente ans plus tard ça sert encore d’argument dans les conversations creuses des réseaux sociaux. Ils n’ont rien compris et peinent toujours à comprendre que leur monde est mort et que bientôt un autre encore naissant dansera sur la panse de leur cadavre et ça ne sera pas qu’une métaphore. 60% des espèces ont déjà disparu et bientôt la disparition des insectes signera le compte à rebours d’une humanité figée dans sa sclérose. L’infâme escroquerie qu’est le capitalisme a voulu faire croire que la fin de l’histoire était justement intervenue ce fameux jour de novembre 1989 alors qu’en réalité la fin s’annonce dès aujourd’hui alors que le thermomètre bande et que je viens d’avaler mes cinq grammes de plastique quotidien. Du moins la fin d’une histoire, celle d’une société malade de sa médiocrité et de son nombrilisme. Car rien n’est simple dans la résilience qui s’annonce. Il n’y pas de solution ou elles se présenteront d’elles-mêmes et il faudra s’adapter ou bien crever tout à fait concrètement. Oui la résilience soit sa capacité à absorber un choc puisque désormais les instances n’envisagent même plus les solutions mais des bouts de ficelle  en les peignant en vert, espérant sans doute que ça passe pour une position durable. Et quand le dernier orang outan aura rendu l’âme on versera une petite larme sur ce qui aurait pu être si une poignée d’individus n’avaient pas été aussi voraces. Et le voilà l’extraordinaire scandale de ce capitalisme mortifère, nous sommes sous l’influence d’une poignée qui tient par les génitales les imbéciles qui nous gouvernent. Une poignée qui n’a aucune retenue quant à la révélation de sa voracité et l’amoralité de son statut de privilégié. Rien n’est simple puisqu’en dépit de l’effondrement qui vient, l’humanité ne tirera pas sa révérence sans se battre, sans espérer, sans croire à un autre possible que l’impasse fatale vers laquelle nous conduit ce capitalisme suicidaire. C’est là sans doute le message que les gilets jaunes envoient vers le futur, puisqu’ils sont l’avenir alors que Macron est déjà le passé. Le message d’une population déjà résiliente et légitime à la gouvernance de ce pays, les parents de la génération qui vient, celle née après 2000 et dont la capacité d’attention frise pourtant celle du poisson rouge, faute aux écrans qui phagocytent leur temps et à la pollution endémique. Paradoxalement une génération bien moins préparée aux changements, aux transformations que celle qui voit actuellement l’avenir de ses enfants et le sien se noircir comme un fruit pourri. Parce que vivant dans l’immédiateté que lui propose son siècle de bêtise, de médiocrité et de mensonges institutionnalisés. Parce que dépendante d’une technologie qui peu à peu va devenir le domaine réservé des plus nantis. Parce qu’élevé au caprice, tous les droits et aucun devoir même pas de saluer son voisin par simple civilité. Après l’ère des procès viendra donc celle de la rage. Quand vos gamins auront pris dans leurs mains le coup de jus qu’on leur laisse. Les déchets nucléaires, le plastique, la fin du pétrole, l’atmosphère, une déchèterie à ciel ouvert abandonnée au milieu d’une fournaise, avec au milieu des armes, des millions de tonnes d’armes et de paramilitaires pour s’entre-tuer gaiment.

Nous sommes encore au temps des opinions. Des opinions partout qui se disputent sur les réseaux sociaux, des opinions et non pas des idées. Et la plus part du temps des opinions dictée sans esprit ni rigueur. Nous avons de la chance. Nous nous engraissons dans un luxe que nous ignorons tellement nous y sommes habitué et nos petites opinions sans conséquence peuvent se batailler sous toutes les formules de médias existant. Les hommes politiques, ces amuseurs publics, l’ont bien compris. Il suffit de scandaliser le chaland pour que les hamsters se mettent à faire tourner la roue à coup de hashtag je suis pas contant, et ainsi fait ils aspirent le tapis sous nos pieds au bénéfice de leurs bailleurs. Aujourd’hui plus que jamais, car c’est aujourd’hui que ça compte, demain il sera trop tard, c’est juste une affaire de territoire, prise de guerre en prévision de lendemain qui déchantent déjà. Les gilets jaunes ont démontré par leurs revendications légitimes que des idées il y en avait et il y en a, la Zad de Notre Dame des Landes que ça valait le coup de se battre pour ses idées quitte à y perdre des plumes. La faiblesse de l’état c’est sa force, d’autant quand les dites forces sont épuisés par des mois de mobilisation. En lui opposant résolution et action pacifique il ne peut que démontrer de sa tyrannie et de sa violence. L’obliger dans ce sens c’est le mettre à nu. Le régime d’Emmanuel Macron a démontré de sa tyrannie et de son iniquité, une tyrannie soft tout dans l’étouffade à coup de censure médiatique, déformation de la réalité et chiffres bidonnés. A coup de violence policière généralisé, et non plus cette fois réservé aux seuls quartiers mais à tous les pauvres. A coup de condamnation en chaine pour des délits imaginaires ou préventifs et de petites amendes mesquines visant toujours le portefeuille des plus pauvres. Mais qu’importe au fond sa petite salade de monarque pour tenter de passer en force ses mesures. Puisqu’elles seront défaites par le temps. Défaites par l’évolution de notre biosphère, défaites par le tissus social qui se recomposera de fait, détruite ses petites ambitions de banquier. Et peu importe d’ailleurs ce médiocre, peu importe la folie de Trump, ou celle d’un Bolsonaro si nous quittons le chemin des petites opinions pour reprendre celui des idées. Nous avons encore, pour peu de temps sans doute, la liberté de nous servir de la toile pour échanger autre chose que la photo de nos crottes. Autre chose que des anathèmes pour des raisons futiles, autre chose que nos petites opinions stériles. C’est le moment ou jamais de construire la société que nous voulons sur leur dos. Le dos de ceux qui sucent le monde aujourd’hui et le privatiseront demain. Le moment ou jamais d’avancer au-delà de nos petites angoisses à la mode écolo et de construire une société de justice social et solidaire, faire avec ce qu’on leur prendra – car on ne leur prendra pas tout, ne rêvons pas –  et prendre en main une bonne fois notre destin avant que les Zuckerberg et les Macron du monde entier nous coupent l’accès à l’eau potable.

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Le burn-out, la maladie du libéralisme.

« Le burn-out c’est pas à cause du travail la preuve je connais des chômeurs qui sont en burn-out » c’est par ces mots ou à peu près qu’un ahuri m’interpellait il y a peu sur un réseau asocial. Parfois on se demande sur ces réseaux si les gens réfléchissent deux secondes à ce qu’ils racontent. D’ailleurs c’est simple tous les médecins du travail sont d’accord à ce sujet, toujours selon cette même « source », le burn-out est la conséquence de différent facteurs, dont notamment le travail. Un bon moyen de déresponsabiliser le management moderne en somme, d’ailleurs Muriel Pericaud notre ministre du travail est d’accord là-dessus, c’est dire si elle a forcément raison au gouvernement des lobbies. Et Agnès Buzyn notre ministre de la santé, toujours du gouvernement des lobbies, de surenchérir le burn-out n’est pas une maladie c’est un symptôme. Il parait que l’OMS l’a dit, c’est dire si on doit avoir confiance. Pourtant un travailleur sur deux et un encadrant sur trois travaillant dans des entreprises de plus cent salariés avouent subir le stress au travail. Et selon un rapport de la Cegos publié en 2017 54% des salariés admettent également subir le stress au travail comme 66% des managers. Au Japon le « karoshi » qui pourrait se définir littéralement comme se tuer à la tâche est considéré comme un accident du travail depuis les années 70. En France ces symptômes ne sont pas considérés comme une maladie professionnelle ou à peu près, fermez le banc. Pourtant tous les spécialistes sont d’accord sur le sujet, le burn-out est forcément lié au travail puisqu’il se caractérise par un sur engagement professionnel doublé d’un épuisement émotionnel. Et pour l’ahuri qui dort au fond cela vaut également pour un chômeur affolé à l’idée de se trouver à la rue s’il ne retrouve pas très vite un travail. Le management moderne compte bien là-dessus, c’est ce qu’on appelle à raison la compétitivité. La compétitivité entre les travailleurs bien entendu pas entre les produits qui sont en réalité tous les mêmes d’un bout à l’autre de l’Occident et de ses suiveurs. Et je sais de quoi je parle puisque c’est un burn-out qui m’a fait notamment sortir de ma petite route pas toute tracée.

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J’ai toujours considéré le travail comme une nécessité, une extension de moi-même, indifféremment des divers métiers que j’ai exercés. Comme mon père qui n’existait que par son travail j’avais le sentiment que si je n’avais pas les deux mains dans le cambouis à faire ce que je savais faire j’étais nul, sans intérêt, bon à jeter. Combien de personne sont dans ce cas ? Combien de caissière, publicitaire, mécano ou cadre d’une quelconque entreprise ne se sent pas comme ça ? Et partant combien de chômeurs se sentent dès lors sans rôle à jouer dans la société, abandonnés d’eux-mêmes, nul, foireux, honteux de ne plus travailler ? J’ai été chômeur, et je le suis aujourd’hui techniquement même si je n’envisage plus les choses sous cet angle. Aujourd’hui je suis en stand-by avec mon statut merdique d’handicapé, mon 100% et mon AAH en attendant que le roitelet qui nous gouverne décide de le supprimer. Mais comme j’ai été chômeur je vois bien la perspective d’autant qu’il fut donc un temps où le travail était pour moi un tout, qu’il me virilisait, me donnait un statut d’homme dans la société. Je travaillais je n’étais donc plus un enfant ou un adolescent mais un adulte responsable, mieux un alpha. Et puis est arrivé le burn-out…

A l’époque ma vie affective était d’autant compliquée que j’étais partagé entre deux femmes dont une qui travaillait avec moi et une autre avec laquelle je m’ennuyais à mourir. Je vous passe les détails mais en plus de tout ça je bataillais pour adopter des enfants, quasiment seul, ma compagne de l’époque ayant cette fabuleuse facilité de se désinvestir de tout quand ça l’arrangeait. A l’époque donc j’étais épuisé émotionnellement et là-dessus mon travail prenait une place d’autant importante que j’étais au milieu d’un banc de requins, tous à s’entre dévorer dans une agence de pub qui sentait la fin de règne. Ma patronne était un numéro. Entourée de ses favoris elle faisait régner le chaud et le froid tant auprès des créatifs (auprès de qui elle dealait de l’herbe) que des commerciaux ou ses associés. Hystérique dans toute l’acceptation du terme elle m’avait d’autant dans le nez que je réussissais à merveille au sein de l’agence, là où ses mignons se vautraient à chaque compétition. Et de faire rentrer un des plus gros budgets de l’agence, changeant dans la foulée durablement l’image d’une grande marque de la grande distribution. Mes collègues bien entendu étaient jaloux et je vivais sous leur constante pression. Ajouté à ça que je fumais trop de cannabis à l’époque, que j’avais été fragilisé par une longue période de chômage et un échec professionnel précédent. Ajouté enfin que, publicité oblige, nous travaillions dans une ambiance « à l’américaine » avec une fête tous les jeudis et fausse complicité entre patrons et employés, je ne pouvais faire qu’un burn-out. D’ailleurs j’avais failli en faire un après deux ans de chômage c’est dire encore une fois si le lien est tangible quand on était comme moi si attaché à la « valeur travail ». Vous savez cette valeur dont nous bassine les pantouflards qui nous gouvernent…

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Aujourd’hui les choses ont changé dans ma tête. Probablement parce que près de 20 ans après mon burn-out je n’ai jamais réussi à remonter en selle professionnellement. J’ai collectionné les petits boulots jusqu’à saturation, jusqu’à comprendre que je n’étais qu’un outil jetable dans le grand marché tout plein de concurrence que nous propose le libéralisme. Un outil aujourd’hui fatigué de cette tromperie qu’est le travail moderne et qui n’a plus aucune envie ou ambition de le demeurer. Si je retrouve du travail ça sera à ma convenance dans un emploi que j’aurais choisi et non pas auquel je serais forcé pour survivre. L’allocation me donne ce « luxe » parce qu’en réalité je vis très mal et très chichement mais au moins je ne suis plus l’obligé d’un milieu esclavagiste. La question reste à savoir jusqu’à quand ? La question reste à savoir également est-ce que je pourrais retravailler un jour. A mon âge je suis dispensable comme un gamin de vingt ans à qui on propose de s’uberiser « pour par vendre de la drogue à Stain » pour reprendre notre petit roi si plein de son mépris et de son ignorance de classe. Cinquante-quatre ans n’est pas l’âge de l’embauche, même si aujourd’hui on peut se demander quel est l’âge correct. Il suffit de regarder les annonces et les exigences ahurissantes des employeurs. Encore l’autre jour je recevais une annonce d’une agence d’intérim pour être assistant de vie sociale, la seule liste des compétences réclamées remplissait dix lignes et c’était tout juste si on ne demandait pas au candidat de savoir piloter un avion de chasse. Des murs infranchissables voilà ce que le libéralisme dresse entre les employeurs et les employés, de sorte que seul la division et l’angoisse de perdre son boulot règne. Chez moi le burn-out a réveillé une maladie dont je me serais bien passé et qui devait couver depuis un moment puisqu’en général elle se diagnostique assez tôt, la bipolarité. Est-ce à dire que sans ce burn-out je n’aurais jamais a eu à en souffrir, c’est difficile à dire sans refaire l’histoire, la mienne. Reste qu’il est probable que j’aurais « tenu » si en quelques années le travail ou son absence ne m’avait pas à ce point rongé. Reste à savoir également pourquoi, comment il a pu prendre une telle importance dans ma vie jusqu’à me foutre en l’air. Je l’ai dit, le travail pour moi faisait moins valeur qu’il me donnait un sens, une place. Ca d’ailleurs été une des choses les plus difficile à avaler quand je me suis retrouvé dans mes petits boulots, au bas de l’échelle sociale, et particulièrement quand j’ai fini à la rue. La valeur réelle j’avais énormément du mal à la voir en tant que publicitaire ou scénariste de jeu vidéo. Je faisais des métiers futiles à mes yeux qui n’ont pris de sens qu’après un séjour en Martinique où la publicité permet réellement aux entreprises de se sauver de la ruine. J’ai alors compris le sens de ma fonction et cela m’a notablement réussi par la suite, hélas pas longtemps… Mais au fond ce n’est que la toile de fond du problème. La réalité c’est que si je n’accordais pas réellement de valeur à mon métier, le milieu professionnel n’en accorde aucune à mon savoir-faire. Et ça c’est valable pour absolument tout le monde. La fameuse « valeur » travail n’existe dans les faits que dans la bouche des politiciens et du Medef. Ce que je sais faire de mieux, que je maitrise le mieux, à savoir écrire, n’a aucune espèce de valeur pour le patronat et ses commis. Et pas plus quand j’étais cuisinier. Nous sommes tous jetables parce que ce que nous ne sommes pas employés pour notre savoir-faire mais notre soumission. Et là-dessus le marché s’y entend pour soumettre tout à chacun, qu’on soit employé ou au chômage la pression est en réalité la même. Avec ce supplément d’âme avec lequel menace tout à chacun la société capitaliste et ses valets, la misère, se retrouver à la rue, sortir complètement des rails et ne jamais y revenir. Et c’est bien ce qui menace de plus en plus de français puisque c’est ce qui est en train de se produire et se multiplier jour après jour dans ce pays. La paupérisation de la classe ouvrière et celle des petits employés, tandis que la pression fiscale et professionnelle est exercée sur la classe moyenne, la vache à lait nationale. Selon ce que l’on appelle pauvre, quelqu’un dans mon cas par exemple ou une personne vivant dans un hôtel au mois ou encore dans un placard à balais sans chauffage, il y a entre 5 à 8 millions de pauvres en France avec une augmentation de 600.000 personnes depuis dix ans. C’est dire si la menace est bien réelle, et dans ce contexte on comprend la crispation presque mécanique vis-à-vis de l’immigration  Le même phénomène s’est produit dans les années trente avec des conséquences qu’on peut déjà constater en Italie, en Allemagne et ailleurs, la planète devient peu à peu brune, j’y reviendrais dans un autre article.

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En attendant pour répondre techniquement à l’ahuri qui m’a inspiré cet article, si le burn-out est bien considéré comme une maladie professionnel par l’assurance sociale, si celui-ci se prolonge sur le temps et comme un accident du travail si cela est spontané et limité dans le temps. Alors faites valoir vos droits avant que la Macronie vous en débarrasse.

La marchandise humaine

A vingt ans le monde est une ligne droite qu’on se propose de franchir avec l’appétit d’un immortel et si tout se fracasse sur l’autel de nos illusions d’en accuser ses géniteurs, la société tout entière ou tout autre hydre que nos jeunes années nous ont appris à vomir, les vieux, les autres jeunes, les femmes, les hommes… Puis passé trente ans l’on comprend que non la ligne n’est pas toute droite et même pire qu’il n’y a pas de ligne du tout, ni manuel et que ce que nous ont enseigné nos parents ne vaut pas tripette moins face à ce qu’on appelle les réalités de la vie que la réalité de notre vie. En général cela provoque un choc qu’on appelle communément la crise de la quarantaine. On veut rouler en Porsche, on veut sauter ou se faire sauter par des bipèdes moitiés moins âgés que soi-même, on rêve en grand et en couleurs tout en sachant qu’il faudra un jour rêver en petit, tout petit, de la taille d’un cercueil. Les femmes sont moins attachées à cette crise. Elles ont appris très tôt qu’elles avaient un temps de péremption qui les dispensait par avance de toute forme de puérilité face à la mort. Passé le cap de la quarantaine une autre angoisse les prend, rester baisable aussi longtemps que possible. Mais finalement cela revient au même. Le chirurgien esthétique remplace la Porsche, le gigolo remplace la midinette émoustillée par le grand homme. Nous vivons dans une société patriarcale après tout, l’homme y fait sa loi, imposant ses règles jusqu’au féminisme bourgeois de nos sociétés fatiguées. Les femmes n’y écartent pas les cuisses à leur grès sans être jugées et celle qui le font malgré tout veilleront à avoir une solide colonne vertébrale et le verbe féroce. Elles veilleront surtout à être jolies sans quoi ce sera double peine. Une belle qui mange les hommes c’est pardonnable, voir même flatteur, une moche c’est une faute de goût. D’ailleurs la ou le moche, le quelconque, l’adipeuse, n’a aucune espèce de valeur dans notre société de la représentation et de la performance. Ils ne s’exhibent pas sur Instagram ceux-ci, ou alors par bout, ils n’existent pas dans les médias et certainement pas dans la publicité où les femmes comme les hommes ne sont là que pour mettre en valeur le produit. On ne prend pas un boudin pour vendre des saucisses, c’est redondant.

 

La marchandise humaine que nous sommes dans l’œil du capitalisme n’a de représentation générale que si elle ajoute une valeur au corpus du capital lui-même. Si elle l’honore de son existence et lui permet ainsi de se justifier, de s’auto-sanctifier et donc de se proroger. C’est bien pourquoi on utilise cette expression de « laissé pour compte » pour désigner des femmes et des hommes qui au quotidien vivent et meurent comme il en est de l’élite. Chient, pleurent, aiment au même titre que les possédants. Pour autant ils sont laissés pour le compte parce que dans l’œil de ces possédants ils n’existent simplement pas. Les classes moyennes sont les serfs des classes dirigeantes, les autres ne sont rien comme s’est si magnifiquement trahi Emmanuel Macron ; et ce au-delà même de son mépris de classe.

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Lourd et léger, futile et conséquent à vingt ans l’on quitte le monde concret de l’enfance pour rentrer dans celui imaginaire des adultes. Celui où il faut être quelque chose ou quelqu’un sans que pour autant on sache ni quoi, ni réellement comment ni surtout pourquoi puisqu’on est déjà soi. Le moment où on doit trouver une place dans la société selon l’expression consacrée alors que jusqu’ici on avait toujours eu le sentiment d’en avoir une. On était le fils ou la fille de quelqu’un, la chère tête blonde qu’il fallait protéger contre toute sorte de prédateurs réels ou imaginés par le substrat médiatique. Bref un enfant dans toute son acceptation sacré de nos sociétés du confort et de la déresponsabilisation. Pour se faire le capitalisme a façonné l’école à ses besoins. Hier, quand il s’agissait d’éduquer les masses, les hussards noirs enrégimentaient les écoliers jusqu’à leurs humanités, aujourd’hui des fonctionnaires harassés fabriquent du consommateur docile. C’est que la classe dirigeante n’a plus les mêmes préoccupations. Hier la bourgeoisie avait la prétention de connaitre l’homme et de vouloir l’éduquer pour son bien, civiliser la masse en somme, afin qu’elle la serve mieux. Aujourd’hui la masse ne l’intéresse plus, la classe dirigeante se replis dans sa tour d’ivoire, persuadée d’avoir gagné tous ses combats. Et la voilà qui regarde le bateau couler sans lever le petit doigt, psychopathes jouisseurs, attendus dans leurs datchas blindées, armées privées s’il vous plait. Passé la trentaine il est largement trop tard pour remettre en question ce conditionnement ne serait-ce parce que le capital nous absorbe par le travail et le besoin incessant d’argent. L’acte de consommer devient une finalité et non plus un moyen, une religion du moi comme unique expression et non plus un acte répondant à une quelconque utilité objective. Jusqu’à ce que l’expression de l’âge nous fasse revoir nos objectifs sans que pour autant nous quittions le formatage voulu par la classe dirigeante puisqu’à nouveau l’alpha et l’oméga de notre société doit se circonscrire à la mécanique de l’achat. Nous achetons nos vies en somme, au lieu de la vivre. Nous prions l’Objet de nous remplir de ce vide qui nous travaille dès lors qu’on nous a programmés à l’entreprise consumériste et à l’entreprise tout court. Phénomène qui va en s’accélérant puisque au-delà du consommateur c’est un outil que réclame le capitalisme pour ses entreprises et industries, jetable au reste comme un gobelet en plastique.

transhumanisme-posthumanisme

Bref, au fond, à vingt, trente ans et plus tout est retenu à l’interaction que nous entretenons avec la mort. C’est le propre de l’humanité dans son ensemble, nous sommes à la fois conscient que nous allons tous mourir tout en développant des stratégies de contournement. Des stratégies que le capital en tant que système, et les classes dirigeantes en tant que bénéficiaires uniques de ce système, instrumentalisent en acte de consommation. C’est ici que le transhumanisme intervient comme acteur et producteur ultime de cette stratégie de contournement et donc d’exploitation extrême de l’homme comme marchandise, cette fois non plus au sens semi métaphorique du terme mais plein et entier. Que les mouvements transhumains viennent pour commencer de l’élite de la Silicone Valley appuyé par les efforts de l’armée américaine ne doit rien au hasard puisque dans l’esprit de cette élite-là, la mort et le vieillissement sont déjà considérés comme des anomalies, des contreperformances et non pas comme des faits nécessaires à notre équilibre. Car si l’humain mortel et intellectuellement limité a déjà tendance à adopter un comportement suicidaire en se prenant pour un immortel vivant sur une planète aux ressources infinies, il est raisonnable de se questionner sur la folie furieuse qui s’emparera de lui dès lors qu’il se saura techniquement immortel. Dès lors qu’il se sentira définitivement détaché de la nature elle-même. Notamment vis-à-vis de ses semblables non augmentés. On ne parlera plus alors d’inégalité sociale mais de murs technologiquement infranchissables. Quel genre d’avenir radieux cela nous promet-il sachant que la rapidité des progrès dans ce domaine rentre aujourd’hui en concurrence avec la dégradation non moins rapide de notre environnement et la raréfaction de ce qu’on appelle les terres rares. Dans ce cadre le transhumanisme n’est pas comme il le prétend une forme d’humanisme reposant sur la raison et sur la science mais bien une version utilitaire et libérale du dit humanisme. C’est au fond la forme la plus aboutie et technologique de l’eugénisme du XIXème siècle, celle qui aboutira au nazisme par l’intermédiaire de l’aryanisme. S’il ne s’agit plus de considérer certains individus comme impur dans un sens néo romantique et une vision frelatée et fantasmée de l’homme mais bien de tous nous considérer comme impur dès lors que nous sommes perfectibles et mortels. C’est le fantasme de l’homme-objet à remodeler selon les besoins de la société.

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Utile, nécessaire, besoin. L’individu dans le corpus libéral n’est et ne doit être rien de plus qu’utile, répondre à un besoin comme on répond à une offre dans une société marchande. Ce pourquoi on réclame au sortir de l’enfance que l’individu trouve sa place dans la société, entendre en réalité qu’il trouve par lui-même le segment de marché où il pourra inscrire sa propre valeur ajoutée. Il n’y a pas de place ici pour l’épanouissement intérieur ni plus pour un développement durable de ses propres valeurs face aux contingences du marché. Baste de toute philosophie qui n’examine pas l’homme et la femme sous une autre forme qu’utilitaire –et ici on en revient au transhumanisme. Baste de toute forme d’économie qui ne permette pas au marché de se prolonger. Baste de la société telle que nous la connaissons puisqu’elle entrave par ses aspirations humanistes la mise en système du processus marchand. Baste de la nature même si elle ne répond pas aux aspirations de croissance du marché, et tel groupe indien de proposer comme slogan de campagne de ne pas laisser aux seules abeilles le monopole de la pollinisation. Ce n’est même plus la vision cynique du capitalisme du XIXème qui intoxiquait les chinois dans toute l’Asie à force d’opium au fait qu’il ne fallait pas aller contre l’offre et la demande. C’est une vision purement puérile et symptomatique de l’homme dans son ensemble. Symptomatique des sociopathes qui nous dirigent.

Le pouvoir rend fou. Fort de ce constat il n’est pas surprenant que la classe dirigeante nous précipite dans le mur des catastrophes au prix d’une croissance toujours exponentielle. Les serfs doivent remplir leur rôle jusqu’à extinction, les terres rares doivent être exploitées au fil du rasoir du progrès technologique de la Silicone Valley. Et le reste, tout le reste, la biosphère dans son ensemble d’être soumis à égalité au productivisme capitaliste, qui n’a rien à offrir mais nous le fera payer cher.

Il n’y a et n’aura aucun moyen de lutter contre cette idéologie de mort qu’est le libéralisme que le plastiquage. Plastiquage pour commencer de ses prétentions à un humanisme frelaté. Plastiquage de son formatage scolaire et universitaire. Plastiquage de son ivresse mégalomane d’être au-dessus de la nature et de l’homme dans son ensemble. Sabotage de tous les moyens mis en œuvre par la machine capitaliste pour soumettre l’individu à cette vision marchande des êtres. Mais non pas à travers des actes de violence, du terrorisme qui ne fera que le jeu de l’ennemi mais à travers la culture. Reprendre notre destin en main doit passer par la littérature, la philosophie, la pensée dans son ensemble en lieu et place des lieux communs mis en place par la société marchande. Un effort constant et qui ne peut venir que de nous-même. C’est à ce prix et à ce prix seulement que nous échapperons peut-être à la marchandisation de nos corps et de nos êtres. L’on pourra bien entendu opposer que ce n’est qu’une utopie, qu’il est trop tard pour saboter les racines libérales et abattre son arbre mais comme disait Michel Eléftériadès ce sont des utopies que sont nés les plus grandes choses. Et dans ce monde de médiocrité libérale nous avons plus que jamais besoin de grande chose, de grande pensée, de grandes utopies qui envisagent autrement l’individu que comme une marchandise. Alors à vos écrits, vos livres, vos humanités, il y a urgence.