La marchandise humaine

A vingt ans le monde est une ligne droite qu’on se propose de franchir avec l’appétit d’un immortel et si tout se fracasse sur l’autel de nos illusions d’en accuser ses géniteurs, la société tout entière ou tout autre hydre que nos jeunes années nous ont appris à vomir, les vieux, les autres jeunes, les femmes, les hommes… Puis passé trente ans l’on comprend que non la ligne n’est pas toute droite et même pire qu’il n’y a pas de ligne du tout, ni manuel et que ce que nous ont enseigné nos parents ne vaut pas tripette moins face à ce qu’on appelle les réalités de la vie que la réalité de notre vie. En général cela provoque un choc qu’on appelle communément la crise de la quarantaine. On veut rouler en Porsche, on veut sauter ou se faire sauter par des bipèdes moitiés moins âgés que soi-même, on rêve en grand et en couleurs tout en sachant qu’il faudra un jour rêver en petit, tout petit, de la taille d’un cercueil. Les femmes sont moins attachées à cette crise. Elles ont appris très tôt qu’elles avaient un temps de péremption qui les dispensait par avance de toute forme de puérilité face à la mort. Passé le cap de la quarantaine une autre angoisse les prend, rester baisable aussi longtemps que possible. Mais finalement cela revient au même. Le chirurgien esthétique remplace la Porsche, le gigolo remplace la midinette émoustillée par le grand homme. Nous vivons dans une société patriarcale après tout, l’homme y fait sa loi, imposant ses règles jusqu’au féminisme bourgeois de nos sociétés fatiguées. Les femmes n’y écartent pas les cuisses à leur grès sans être jugées et celle qui le font malgré tout veilleront à avoir une solide colonne vertébrale et le verbe féroce. Elles veilleront surtout à être jolies sans quoi ce sera double peine. Une belle qui mange les hommes c’est pardonnable, voir même flatteur, une moche c’est une faute de goût. D’ailleurs la ou le moche, le quelconque, l’adipeuse, n’a aucune espèce de valeur dans notre société de la représentation et de la performance. Ils ne s’exhibent pas sur Instagram ceux-ci, ou alors par bout, ils n’existent pas dans les médias et certainement pas dans la publicité où les femmes comme les hommes ne sont là que pour mettre en valeur le produit. On ne prend pas un boudin pour vendre des saucisses, c’est redondant.

 

La marchandise humaine que nous sommes dans l’œil du capitalisme n’a de représentation générale que si elle ajoute une valeur au corpus du capital lui-même. Si elle l’honore de son existence et lui permet ainsi de se justifier, de s’auto-sanctifier et donc de se proroger. C’est bien pourquoi on utilise cette expression de « laissé pour compte » pour désigner des femmes et des hommes qui au quotidien vivent et meurent comme il en est de l’élite. Chient, pleurent, aiment au même titre que les possédants. Pour autant ils sont laissés pour le compte parce que dans l’œil de ces possédants ils n’existent simplement pas. Les classes moyennes sont les serfs des classes dirigeantes, les autres ne sont rien comme s’est si magnifiquement trahi Emmanuel Macron ; et ce au-delà même de son mépris de classe.

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Lourd et léger, futile et conséquent à vingt ans l’on quitte le monde concret de l’enfance pour rentrer dans celui imaginaire des adultes. Celui où il faut être quelque chose ou quelqu’un sans que pour autant on sache ni quoi, ni réellement comment ni surtout pourquoi puisqu’on est déjà soi. Le moment où on doit trouver une place dans la société selon l’expression consacrée alors que jusqu’ici on avait toujours eu le sentiment d’en avoir une. On était le fils ou la fille de quelqu’un, la chère tête blonde qu’il fallait protéger contre toute sorte de prédateurs réels ou imaginés par le substrat médiatique. Bref un enfant dans toute son acceptation sacré de nos sociétés du confort et de la déresponsabilisation. Pour se faire le capitalisme a façonné l’école à ses besoins. Hier, quand il s’agissait d’éduquer les masses, les hussards noirs enrégimentaient les écoliers jusqu’à leurs humanités, aujourd’hui des fonctionnaires harassés fabriquent du consommateur docile. C’est que la classe dirigeante n’a plus les mêmes préoccupations. Hier la bourgeoisie avait la prétention de connaitre l’homme et de vouloir l’éduquer pour son bien, civiliser la masse en somme, afin qu’elle la serve mieux. Aujourd’hui la masse ne l’intéresse plus, la classe dirigeante se replis dans sa tour d’ivoire, persuadée d’avoir gagné tous ses combats. Et la voilà qui regarde le bateau couler sans lever le petit doigt, psychopathes jouisseurs, attendus dans leurs datchas blindées, armées privées s’il vous plait. Passé la trentaine il est largement trop tard pour remettre en question ce conditionnement ne serait-ce parce que le capital nous absorbe par le travail et le besoin incessant d’argent. L’acte de consommer devient une finalité et non plus un moyen, une religion du moi comme unique expression et non plus un acte répondant à une quelconque utilité objective. Jusqu’à ce que l’expression de l’âge nous fasse revoir nos objectifs sans que pour autant nous quittions le formatage voulu par la classe dirigeante puisqu’à nouveau l’alpha et l’oméga de notre société doit se circonscrire à la mécanique de l’achat. Nous achetons nos vies en somme, au lieu de la vivre. Nous prions l’Objet de nous remplir de ce vide qui nous travaille dès lors qu’on nous a programmés à l’entreprise consumériste et à l’entreprise tout court. Phénomène qui va en s’accélérant puisque au-delà du consommateur c’est un outil que réclame le capitalisme pour ses entreprises et industries, jetable au reste comme un gobelet en plastique.

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Bref, au fond, à vingt, trente ans et plus tout est retenu à l’interaction que nous entretenons avec la mort. C’est le propre de l’humanité dans son ensemble, nous sommes à la fois conscient que nous allons tous mourir tout en développant des stratégies de contournement. Des stratégies que le capital en tant que système, et les classes dirigeantes en tant que bénéficiaires uniques de ce système, instrumentalisent en acte de consommation. C’est ici que le transhumanisme intervient comme acteur et producteur ultime de cette stratégie de contournement et donc d’exploitation extrême de l’homme comme marchandise, cette fois non plus au sens semi métaphorique du terme mais plein et entier. Que les mouvements transhumains viennent pour commencer de l’élite de la Silicone Valley appuyé par les efforts de l’armée américaine ne doit rien au hasard puisque dans l’esprit de cette élite-là, la mort et le vieillissement sont déjà considérés comme des anomalies, des contreperformances et non pas comme des faits nécessaires à notre équilibre. Car si l’humain mortel et intellectuellement limité a déjà tendance à adopter un comportement suicidaire en se prenant pour un immortel vivant sur une planète aux ressources infinies, il est raisonnable de se questionner sur la folie furieuse qui s’emparera de lui dès lors qu’il se saura techniquement immortel. Dès lors qu’il se sentira définitivement détaché de la nature elle-même. Notamment vis-à-vis de ses semblables non augmentés. On ne parlera plus alors d’inégalité sociale mais de murs technologiquement infranchissables. Quel genre d’avenir radieux cela nous promet-il sachant que la rapidité des progrès dans ce domaine rentre aujourd’hui en concurrence avec la dégradation non moins rapide de notre environnement et la raréfaction de ce qu’on appelle les terres rares. Dans ce cadre le transhumanisme n’est pas comme il le prétend une forme d’humanisme reposant sur la raison et sur la science mais bien une version utilitaire et libérale du dit humanisme. C’est au fond la forme la plus aboutie et technologique de l’eugénisme du XIXème siècle, celle qui aboutira au nazisme par l’intermédiaire de l’aryanisme. S’il ne s’agit plus de considérer certains individus comme impur dans un sens néo romantique et une vision frelatée et fantasmée de l’homme mais bien de tous nous considérer comme impur dès lors que nous sommes perfectibles et mortels. C’est le fantasme de l’homme-objet à remodeler selon les besoins de la société.

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Utile, nécessaire, besoin. L’individu dans le corpus libéral n’est et ne doit être rien de plus qu’utile, répondre à un besoin comme on répond à une offre dans une société marchande. Ce pourquoi on réclame au sortir de l’enfance que l’individu trouve sa place dans la société, entendre en réalité qu’il trouve par lui-même le segment de marché où il pourra inscrire sa propre valeur ajoutée. Il n’y a pas de place ici pour l’épanouissement intérieur ni plus pour un développement durable de ses propres valeurs face aux contingences du marché. Baste de toute philosophie qui n’examine pas l’homme et la femme sous une autre forme qu’utilitaire –et ici on en revient au transhumanisme. Baste de toute forme d’économie qui ne permette pas au marché de se prolonger. Baste de la société telle que nous la connaissons puisqu’elle entrave par ses aspirations humanistes la mise en système du processus marchand. Baste de la nature même si elle ne répond pas aux aspirations de croissance du marché, et tel groupe indien de proposer comme slogan de campagne de ne pas laisser aux seules abeilles le monopole de la pollinisation. Ce n’est même plus la vision cynique du capitalisme du XIXème qui intoxiquait les chinois dans toute l’Asie à force d’opium au fait qu’il ne fallait pas aller contre l’offre et la demande. C’est une vision purement puérile et symptomatique de l’homme dans son ensemble. Symptomatique des sociopathes qui nous dirigent.

Le pouvoir rend fou. Fort de ce constat il n’est pas surprenant que la classe dirigeante nous précipite dans le mur des catastrophes au prix d’une croissance toujours exponentielle. Les serfs doivent remplir leur rôle jusqu’à extinction, les terres rares doivent être exploitées au fil du rasoir du progrès technologique de la Silicone Valley. Et le reste, tout le reste, la biosphère dans son ensemble d’être soumis à égalité au productivisme capitaliste, qui n’a rien à offrir mais nous le fera payer cher.

Il n’y a et n’aura aucun moyen de lutter contre cette idéologie de mort qu’est le libéralisme que le plastiquage. Plastiquage pour commencer de ses prétentions à un humanisme frelaté. Plastiquage de son formatage scolaire et universitaire. Plastiquage de son ivresse mégalomane d’être au-dessus de la nature et de l’homme dans son ensemble. Sabotage de tous les moyens mis en œuvre par la machine capitaliste pour soumettre l’individu à cette vision marchande des êtres. Mais non pas à travers des actes de violence, du terrorisme qui ne fera que le jeu de l’ennemi mais à travers la culture. Reprendre notre destin en main doit passer par la littérature, la philosophie, la pensée dans son ensemble en lieu et place des lieux communs mis en place par la société marchande. Un effort constant et qui ne peut venir que de nous-même. C’est à ce prix et à ce prix seulement que nous échapperons peut-être à la marchandisation de nos corps et de nos êtres. L’on pourra bien entendu opposer que ce n’est qu’une utopie, qu’il est trop tard pour saboter les racines libérales et abattre son arbre mais comme disait Michel Eléftériadès ce sont des utopies que sont nés les plus grandes choses. Et dans ce monde de médiocrité libérale nous avons plus que jamais besoin de grande chose, de grande pensée, de grandes utopies qui envisagent autrement l’individu que comme une marchandise. Alors à vos écrits, vos livres, vos humanités, il y a urgence.

 

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Macron, le nain-soleil

Phrases creuses, déclaration d’intention tonitruante mais sans conséquence, rappel perpétuelle des « valeurs de la République » comme s’ils doutaient qu’elles existent, Beaumarchais le disait déjà au XVIIIème siècle le politique se défini ainsi : « feindre d’ignorer ce qu’on sait, de savoir tout ce qu’on ignore ; d’entendre ce qu’on ne comprend pas, de ne point ouïr ce qu’on entend ; surtout de pouvoir au-delà de ses forces ; avoir souvent pour grand secret de cacher qu’il n’y en a point ; s’enfermer pour tailler des plumes, et paraître profond quand on n’est, comme on dit, que vide et creux (….) et tâcher d’ennoblir la pauvreté des moyens par l’importance des objets : voilà toute la politique » . Chirac, qui est un homme hautement cultivé à l’humour assassin, nous avait brassé quelques petites phrases déjà qui dans son cas relevait du cynisme le plus pur. Que ce soit l’abracadabradantesque de Rimbaud à propos de son supposé compte japonais (en réalité une entourloupe des RG) ou les promesses ne valent que pour ceux qui les écoutent qu’aurait pu déclarer un Voltaire et qui illustre bien la carrière du sus nommé Chirac. On sentait chez cet homme que De Gaulle appelait le Grand Con un art non seulement cultivé de la corruption mais surtout de la politique et du pouvoir qu’il a arraché avec les dents. Cet homme sait écrire, ça se sentait dans ses propos, on aurait juste aimé que l’histoire de ce pays retienne mieux son nom que les annales de la l’injustice française. Car rappelons à toute fin qu’en France il y a depuis le dit Beaumarchais, une justice de cour qui libère Christine Lagarde et Jérôme Cahuzac en dépit de leur culpabilité, et une justice pour les gueux qui elle ne montre pas le moindre égard pour nos écarts. Les prisons françaises sont pleines à ras bord et on n’y trouvera pas le moindre député.

C’est après Chirac que le niveau d’exigence a baissé. On a eu d’abord cocaïne avec l’inénarrable Sarkozy, son mauvais goût de parvenu, sa frime perpétuelle, son agressivité de petit garçon incompris. Puis Prozac, bien connu au défunt PS pour son humour et ses petites phrases meurtrières, Hollande le touriste de la République dont on ne retiendra rien sinon qu’il aime les escapades à scooter et les actrices, ce qui ne nous change guère des cocottes du XIXème. Enfin, sur un coup de bol, voilà que débarque un homme sans passé politique, un homme qui trouve que les élections c’est très surfait « être élu est un cursus d’un ancien temps » comme il dit et surtout sans passé sociale. Fils de médecin, né dans un milieu protégé qu’il n’a jamais quitté on sent chez cet homme passé par une éducation catholique un fort désir de monarchie frustré « la France est en deuil d’un roi » qui se traduit fort bien par sa gouvernance à coup d’ordonnance. Mais surtout un patent manque d’assurance dans ses propos qui traduisent eux parfaitement une immaturité de sale gosse de riche « Le kwassa kwassa pêche peu, il amène du comorien » ou la désormais fameuse « Dans les gares, vous croisez des gens qui réussissent et d’autres qui ne sont rien ». Un langage qui traduit moins de l’ignorance que du mépris. Un mépris de classe très dans l’esprit de monsieur Thiers puisque c’est le même Macron qui déclarait « les révolutionnaires sont souvent des ratés du suffrage universel ». Comme le suffrage universel a été instauré par des ratés de la révolution la boucle est au moins bouclée et démontre pour l’essentiel que Macron en dépit de ses longues études ne sait pas de quoi il parle, ou bien il le sait parfaitement et ici je vous renvoie à Beaumarchais. Car si l’enrichissement personnel traduisait le règne de Chirac, le mauvais goût et la violence verbale celle de Sarkozy, l’apathie celle de Hollande, c’est le mépris qui définit le mieux le règne actuel.

La jalousie une passion française, vraiment ?

Le mépris est souvent la traduction moins d’un dégoût que d’une peur, de l’ignorance. Le mépris de classe se fonde ainsi sur un certain nombre de croyance commune qu’on rencontre autant chez les prolos que chez les riches. Ainsi à propos des protestations contre la suppression de l’ISF, le seul impôt qui avait jusqu’ici un peu de sens en France, le nain-soleil analysait la question comme suit : « la passion triste de la France, la jalousie ». Mépris renouvelé sur le sujet de la « jalousie » cette sortie sur les premiers de cordées « Je crois à la cordée, il y a des hommes et des femmes qui réussissent parce qu’ils ont des talents, je veux qu’on les célèbre […] Si l’on commence à jeter des cailloux sur les premiers de cordée c’est toute la cordée qui dégringole ». Comme si talent et réussite allait forcément de pair et surtout comme si la jalousie était réellement une passion française. C’est un discours récurent dans les quartiers aisés, un fantasme même, tout le monde en veut après leur argent et les envies. Et comment les détromper quand par ailleurs les trois quart des français galèrent pour un salaire décent. Pas une seule seconde ceux pour qui la fortune est l’alpha et l’oméga d’une vie « réussie » il ne vient à l’esprit que vivre dans le XVIème ne constitue en rien une ambition. Qu’une maison avec piscine est certes bien agréable en été mais manger à sa faim tous les jours bien plus profitable. Pas une minute cette classe ne sait détacher le mot bonheur du mot riche. Si on est riche on est forcément heureux, donc jalousé. Affirmation inepte bien entendu, j’ai moi-même vécu dans un milieu aisé sans que jamais le mot bonheur puisse être attaché à ma famille. Mais l’intérêt de ce discours sur la jalousie c’est qu’en réalité il disqualifie par avance toute revendication pour plus de justice sociale. Et ainsi le roitelet de pouvoir déclarer « Certains au lieu de foutre le bordel feraient mieux d’aller regarder s’ils peuvent pas avoir des postes ». Des propos de vieux tenue par un homme dont l’immaturité apparait aussi régulièrement que son mépris, comme ici : « Je ne vais pas interdire Uber et. les VTC, ce serait les renvoyer vendre de la drogue à Stains ». Ainsi dans l’imaginaire sans expérience de ce fils de notable, les pauvres vendent forcément de la drogue pour s’en sortir sans quoi on peut leur proposer des boulots de chien. Pour autant si Sarkozy ne représentait au fond que lui-même, largement détaché des mœurs du monde dans lequel il a évolué, et Hollande à merveille la bourgeoisie du VIème, Macron est une bonne traduction de la bourgeoisie provinciale, confinée, méprisante et vivant dans une peur absurde et constante de la perte de leur privilège. Absurde parce que les français sont tout sauf des révolutionnaires. Au fond c’est même un peuple docile si on tient compte que la révolution n’a jamais été faite que par et pour des bourgeois et qu’ici le peuple a simplement été instrumentalisé. Les grèves me direz-vous, mais les grèves sont l’évidente manifestation de leur conservatisme, ne serait-ce par leur organisation. Par exemple au lieu d’attaquer l’actionnaire au portefeuille en faisant la grève des contrôles ou le billet gratuit, on préfère bloquer les trains avec pour conséquences de jouer le jeu d’un gouvernement qui sans ciller parlera volontiers de prise d’otage (je vous renvoie ici aux déclarations du caniche royal Castaner ou à n’importe quel membre de n’importe quel gouvernement depuis quarante ans). Au reste relever, comme je le fais ici, le florilège de phrases méprisantes ou sans queue ni tête dont nous a abreuvé Macron depuis le début de son règne, ne fait jamais que le jeu d’un pouvoir dont la finalité n’est rien de moins que de brader le pays tout entier au marché.

 

Parler ça occupe.

Car il faut bien en revenir à l’essence même de ce que nous dit Beaumarchais pour comprendre la démarche de ce pouvoir de province, ce Rastignac qui aime les vieilles. Petit homme sans épaule certes mais animal politique pour commencer dont tout le parcours jusqu’à la banque Rothschild nous dessine en réalité une ambition toute calculée d’arriver au pouvoir. Macron est un produit de la French-American fondation, les young leaders, et il est passé par l’Afrique avant la banque, c’est une fabrication et une fabrication dont les petites phrases comme toutes les petites phrases politiques, le small talk comme disent les anglais, ne sont là que pour faire parler comme on parlerait de la pluie et du beau temps. Ce qui compte c’est la rupture complète que lui et ses amis sont en train de faire subir à ce pays avec une violence politique inégalé sous la Vème. Hollande avait baissé son pantalon sur le sujet du secret des affaires mais après tout c’est surtout pour ça qu’il sera connu, qu’il savait parfaitement se déboutonner. Macron qui n’a pas beaucoup plus de caractère en réalité a trouvé la parade. S’appuyer sur des parvenus de la politique, le pseudo mouvement En Marche, et leur corruption pour enrégimenter la France à l’économie de marché à coup d’ordonnance. Hulot dans sa posture favorite de chef de rayon cosmétique a parfaitement tenu son rôle de vendeur de shampoing, du glyphosphate au projet « Montagne d’or » en Guyane, l’entourloupe du green washing a été parfaitement orchestrée. Colomb quittant la gestion de la bourgeoisie lyonnaise pour la poursuite du programme strict du FN, pardon du RN, coupant l’herbe sous le pied à tout le discours frontiste, jusqu’à la baisse de l’AME qui est depuis vingt ans la bête noire de tous les fachos de France et de Navarre. Sans compter les lois sécuritaires dont la dérive fascisante a été dénoncé par l’Europe (un comble !). Sans compter enfin les ordonnances visant à casser le code du travail et le modèle social français. Macron ne s’est jamais gêné de le dire : « Je n’aime pas ce terme de modèle social. » et « Je suis pour une société sans statut ». Et ce pour la simple raison qu’il a été placé à ce poste dans ce seul but, il est en somme à la France ce que Bolloré est à Canal Plus, un liquidateur.

 

La fin des temps

Ne croyez pas que le parallèle soit vain, il est au contraire tout à fait justifié en ceci : 1) le coup d’état de Bolloré au sein de Canal s’est fait notamment en pleine élection, exactement comme Macron a volé l’élection par un merveilleux concours de circonstance 2)Bolloré a utilisé les mêmes méthodes au sein de Canal que Macron en exerce sur la France, tout désorganiser, sous budgétiser les projets puis ensuite déclarer que ça ne marche pas et qu’il faut s’en débarrasser. La réforme hospitalière est aussi criante à ce sujet que la gabegie des Guignols, excepté que si Bolloré n’a pour ambition que de détruire ce qui lui déplait en faisant une plus-value dessus, Macron brade des pans entiers du service publics pendant que la France trinque. Le nombre de mort se multiplie dans les hôpitaux, en psychiatrie on atteint parfois les limites du tolérable, comme cet établissement obligé de faire dormir ses patients par terre, le bilan économique est catastrophique en dépit du fait que le CAC40 s’enrichi à en crever, quand à la question humanitaire avec les réfugiés on a la valeur républicaine à géométrie variable chez les Macron, sauf pour ce qui s’agit de la faïence mais ça, dans la Vème République Bananière de France c’est une constante depuis Pompidou. Macron ne se gêne toujours pas pour se positionner : « les britanniques ont eu de la chance d’avoir Margaret Thatcher ». Or quel a été le rôle de Thatcher auprès de l’hyper capitalisme, déréguler la finance, dynamiter les syndicats, vendre le pays, et sacrifier dans le lot toute l’Angleterre pauvre et notamment la misère écossaise. Résultat la finance est devenu complètement sauvage, la privatisation du rail anglais a été une catastrophe et n’a démontré peu ou prou aucun des résultats escomptés et l’Ecosse réclame aujourd’hui son indépendance au même titre que l’Irlande du Nord, beau bilan… Mais il faut bien retenir qu’en attendant nous vivons tous aujourd’hui dans le monde rêvé de Thatcher et Reagan. Un monde où la finance tient le crachoir au reste de la planète avec les conséquences que nous connaissons tous, chômage de masse, pollution endémique, destruction méthodique de l’état de droit. Or si dans les années 80 on était en droit de penser que Thatcher et Reagan intervenaient dans un contexte socioéconomique particulier, une époque de transition, voir même de basculement si l’on prend en compte la chute du Mur, en 2018 alors que le monde est aux mains de la finance, on peut se demander ce que cette rupture voulue et mise en œuvre aujourd’hui même, va signifier et signifie pour l’avenir. Qu’on le veuille ou non il faut aujourd’hui tenir compte du paradigme environnementale. Si le pouvoir iranien par exemple, pourrait très bien basculer en raison de la sécheresse et de la désertification qui sévit actuellement dans le pays, on peut se demander combien de temps tiendrait le nôtre si demain une de nos innombrables centrales nucléaires connaissaient une crise façon Tchernobyl ou Fukushima. De même la répartition de l’eau en France, bien privé s’il en est, pourrait parfaitement, avec le nouveau découpage régional, diviser le pays en deux, les régions au-dessus de la Loire, contre toutes les autres.

Louis XIV avait vocation de réforme et notamment de tenir sous son contrôle cette même classe dominante dont il se méfiait. Confondant à dessein sa personne avec la nation tout entière, le rayonnement de la cour et à travers elle de sa personne avait pour volonté d’être égal au rayonnement de la France sur le monde. En comparaison Macron n’a ici que l’égo surfait. En fait, je crois et je crains que si on veut comprendre le système de pensée des Bolloré, Macron et autre commis du capital il faut s’en référer à la crise migratoire. Peu à peu l’Europe s’enferme en camp retranché, armant son discours et ses frontières par l’intermédiaire de dictateur comme Erdogan. Ainsi, de la même manière peu à peu la classe dominante créer des murs infranchissables qu’il s’agisse d’éducation, d’agriculture ou d’économie, sachant parfaitement que non seulement il n’y en aura pas pour tout le monde mais surtout que le gâteau diminue d’autant que la population mondiale croit à la même vitesse qu’elle détruit son biotope. Bref que la classe dominante veut retrouver cette séparation, cette béance qui existait au XIXème entre les classes populaires et elle à seule fin de se succéder à elle-même dans un monde qui sombre lentement. J’aimerais me tromper mais à la différence du bon peuple les groupes comme le Bilderberg ou les youngs leaders font des plans sur trente ans, et dans trente ans….

La mondialisation, la grande escroquerie du libéralisme global

Le terme même de mondialisation dont on nous assomme tous les jours pour à peu près tout, expliquer l’économie aux petits enfants ou les « flux migratoire » comme on parlerait du vol des mésanges. Ce terme est en réalité une adaptation, et une escroquerie sémantique de la terminologie dont elle est inspirée, à savoir du mot anglais « globalization ». Et globaliser ce n’est pas mondialiser. Un mot qui a commencé à apparaitre dans les années 80, alors que le catéchisme du capitalisme américain clamait à travers ses locuteurs du marketing : think global, act local. Pensez globalement, agissez localement.

 

Globaliser c’est réunir plusieurs éléments en un tout. Par exemple une holding possédant laboratoires, usines, médias et assurances. En philosophie c’est faire percevoir, ou concevoir quelque chose comme un tout. Par exemple l’Islam, la tactique militaire du terrorisme ou la situation politique et sociale dans le monde musulman. Si l’on reprend la définition qu’en donne le philosophe Emmanuel Mounier dans son Traité du Caractère, le processus de globalisation lutte contre la tendance de chaque poussée d’activité à se constituer en faisceau séparé de l’activité totale. En terme idéologique cela s’appelle le totalitarisme. Et contrairement à ce que veulent bien nous faire avaler les réactionnaires, de Zemmour à Finkielkraut cela n’a rien à voir avec le multiculturalisme vécu comme forme  d’universalisme.

 

L’universalisme politique veut que tous les peuples de la terre doivent être représentés dans la conduite des affaires du monde. En philosophie l’universalisme défend l’idée qu’il existerait une vérité universelle qui régirait les relations humaines, façonnée par la raison humaine. Pour les chrétiens, l’universalisme signifie que nous serons tous sauvés. L’universalisme n’est pas le multiculturalisme dans une indifférenciation des peuples. Ce n’est pas le totalitarisme du « nous sommes tous frères » ça c’est le rôle de la globalisation, et la globalisation encore une fois n’a rien à voir avec la mondialisation.

 

Mais les réactionnaires aiment bien mélanger les idées pour en faire une chemise brune. Faire d’un mot des maux, et la liberté devient un esclavage. Les réactionnaires sont le bras armé de la bourgeoisie et du capital et les chiens de garde de l’oligarchie.

 

Glissement progressif du champ sémantique.

Selon les grands prêtres de l’église capitaliste la mondialisation est un phénomène relativement récent et qui va en s’accélérant. Or la définition de la mondialisation dans le glossaire international désigne un processus par lequel les échanges de biens et services, capitaux, hommes et cultures se développent à l’échelle de la planète et créent des interactions de plus en plus fortes entre différentes parties du monde. Par extension, il désigne implicitement une interdépendance au niveau mondial. Ce qui signifie historiquement que cela n’a strictement rien d’un phénomène moderne, même si le mot l’est. Quand le monde s’appelait Rome l’interdépendance et les échanges a perduré avec la Chine jusqu’à ce que quelqu’un ramène des vers à soie. Quand le monde s’étendait de l’occident à l’orient d’une même terre, la Route de la Soie ou la Route du Sel étaient déjà des effets de la mondialisation des échanges. Et quand dès le XVème siècle l’occident a étendu son réseau commercial au monde entier, que les explorateurs ont tracé les premières lignes maritimes, donné des contours aux continents et accessoirement envahi des régions entière, nous étions déjà au temps de la mondialisation. Et elle ne s’est jamais accéléré, elle a connu des hauts et des bas, en fonction des nations et des empires qui avaient les moyens de la mener. Quand Enrico Dandolo a mis à sac Constantinople pour se payer sur la bête, Venise était une ville prospère et puissante mais ce n’était qu’une ville. Une ville qui a tout de même permis à l’occident de commercer avec l’orient pendant près de deux siècles, faisant la fortune des marchands. Et ce jusqu’à ce que Mehmed 1er mette fin à la petite sauterie et que l’occident soit obligé de se chercher une nouvelle route et découvre l’Amérique par erreur.

 

Ce qui en revanche s’est accéléré c’est le totalitarisme libéral, la fameuse globalisation, l’économie-monde. La globalisation c’est François Pinaud et la famille Bettencourt. C’est des Starbuck dans le monde entier, strictement identique, proposant des produits strictement identiques. C’est le processus industriel et mécanique du service chez Mc Donald généralisé à l’industrie de la restauration rapide. C’est l’Organisation Scientifique du Travail. C’est la transformation du même Mc Donald de la restauration rapide à l’acte immobilier, faisant actuellement de la firme le plus grand  propriétaire immobilier au monde, devant l’église catholique. C’est Microsoft et Apple, imposant leur formats et leur mode de fonctionnement à la planète alors que tout le monde sait depuis sa création que Microsoft vend des plateformes informatiques bugées, mal sécurisées, pesant des tonnes en terme de mémoire et pour rien. La globalisation c’est la De Beers qui invente une rareté au diamant et l’attache à un rituel pour mieux distribuer sa production. La globalisation c’est Hong Kong et le Shanghai des années 20, imposés aux chinois à coup de canon et de came. Mais c’est également le totalitarisme soviétique, c’est le lissage du discours de la gauche, de la lutte sociale et de la lutte des classes par le « monde libre ». C’est cette malencontreuse théorie des dominos qu’a invoqué l’Amérique pour s’attaquer au Vietnam, et que les américains vont finir par provoquer eux même. A la fin de la guerre du Vietnam, tous les pays voisins, Cambodge et Laos sont tombés aux mains des communistes. La globalisation c’est, par effet contraire, les pays non-alignés. La globalisation c’est le collectivisme. Collectivisme auquel nous invite du reste le libéralisme économique à coup d’agriculture intensive, de regroupement de marque, de laboratoire comme le rapprochement Bayer Monsanto qui ne s’est finalement pas fait (pour le moment) et de code du travail uniformisé pour plaire aux entreprises du CAC40. C’est le IVème Reich. C’est ça et rien d’autre la globalisation : faire des individualités, des savoir faire, des intérêts politiques et sociaux, des nécessités un tout uniforme. Bref la globalisation, la mondialisation moderne, c’est le nom qu’aurait pu donner George Orwell à son ouvrage historique.

 

L’abolition des nations

Pour à peu près toutes les idéologies, et particulièrement les idéologies totalitaristes, le problème de la société c’est les autres. L’église vécu comme idéologie d’état veut imposer sa morale sur les peuples, la place des femmes et des hommes au sein de la société, le mode alimentaire, la sexualité, la façon de se vêtir etc. L’idéologie du communisme est celle non de l’égalité mais de l’égalitarisme. Non pas du respect univoque des individualités mais la fusion des individualités au nom de tous. Le fascisme veut réformer le peuple pour le conformer à ses idées de grandeur et ses fantasmes de supériorité, proposant de confondre l’individu avec la nation. Et la démocratie moderne par l’usage du suffrage universel de soumettre tout à chacun à la volonté du plus grand nombre. A ce propos c’est face à ce danger des démocraties modernes que se développèrent les théories du libéralisme philosophique. Qui est une philosophie de l’individualisme et de la responsabilité individuelle sur lequel se reposera le libéralisme économique à travers Adam Smith notamment. Pas une philosophie de la captation et du vol en bande organisée. Les idéologies dessinant les termes d’un absolu et par définition d’un absolu idéal, la nature humaine avec ses contradictions et ses paradoxes s’opposent fondamentalement à la soumission à une idéologie ou une autre. Ce pourquoi jusqu’à présent aucune des idéologies citées n’a jamais réussi à s’imposer au monde dans sa globalité. Tôt ou tard elles sont remise en question soit en raison de l’évolution structurelles des sociétés, soit renversé par une autre idéologie. La science comme idéologie a renversé la religion. La monarchie de droit divin a été renversée par le capitalisme. Et le capitalisme tel que nous l’avons connu à ce jour, le capitalisme productiviste est lui-même en train d’être renversé par le capitalisme financier et son corolaire globalisant. Et  pour les tenants du capital, pour les propriétaires de ce monde, les Buffet et les Bill Gates c’est une aubaine fabuleuse qui va permettre de réussir là où communisme, fascisme, église d’état, capitalisme bourgeois ont échoué.

 

Adam Smith nous avait pourtant prévenu : Un marchand n’est nécessairement citoyen d’aucun pays en particulier. Il lui est, en grande partie, indifférent en quel lieu il tienne son commerce, et il ne faut que le plus léger dégoût pour qu’il se décide à emporter son capital d’un pays dans un autre, et avec lui toute l’industrie que ce capital mettait en activité. Cela a été écrit au XVIIIème siècle mais cela n’a jamais été aussi vrai qu’au XXIème à travers la financiarisation du marché mondial. En revanche il y a très peu de chance pour que Smith ait apprécié ce qui se déroule actuellement sous nos yeux en termes de paupérisation, captation et destruction. Trois maitres mots qui caractérisent cette transition de la mondialisation à l’économie-monde, à la globalisation. Ce que le Medef appelle la Rupture. Et elle va être sévère.

 

L’interdépendance des échanges qui définit la mondialisation depuis la Route du Sel a prit aujourd’hui une tout autre forme qui s’assimile à une interdépendance entre toxicomanes. Et ce n’est pas non plus un hasard puisque c’est très exactement comme ça que les 1% ont conçu leur vision de notre futur. Et la première pierre exigée par cette oligarchie fut purement et simplement l’abolition des nations. L’abolition de l’état par la privatisation progressive de toutes ses fonctions, et la cooptation de son discours politique par le terme de l’économie à titre d’église, de vérité absolue. Et par l’usage de la dette comme arme de destruction massive. L’abolition des frontières, physiques ou commerciales à travers les accords transcontinentaux. Comme on vient de nous le vendre avec le CETA grâce au directeur marketing, Justin Trudeau. Justin, comme dans Justin Biber. L’abolition du discours national en le confiant à la seule réaction de sorte que l’état-nation apparaisse comme le reflet d’un passé totalitaire. L’abolition de l’histoire des nations, en divisant son discours, toujours en s’appuyant sur les chiens de garde utile du discours réactionnaire, de BHL à Finkielkraut en passant par tous les penseurs autoproclamés que vous voyez défiler dans votre poste. Qui de débattre de l’Islam, de Mai 68 dont il ne faut rien retenir, de la société du spectacle. Ou quand la société du spectacle se contemple une main sur le chibre. Il ne restait plus que le peuple.

 

Le libéralisme global ou le totalitarisme heureux.

Hitler, qui n’était pas un fin, Staline qui aimait la violence, Mao qui se prenait pour un génie, ne trouvèrent jamais comme autre moyen pour abolir le peuple que de le purger. Tous ces messieurs rêvaient d’un « nouveau peuple » d’une « élite » bref d’être un dieu au milieu de leurs semblables. Une sorte de complexe du père à l’échelle d’une planète. La folie des grandeurs d’égos passionnés d’eux-mêmes. Mais l’inconvenant avec les cadavres c’est qu’ils n’achètent rien. Or avec l’économie-monde il ne s’agit pas seulement de piller, coopter, démanteler les territoires, il faut capturer les populations et les asservir. Et c’est là le coup de génie des oligarques, un asservissement volontaire. Désiré, espéré, comme une promesse d’éternelle félicité. A travers la célébrité obligatoire, à travers la marchandise, à travers le spectacle et le spectaculaire, à travers l’indifférenciation des opinions, noyées dans le flux des réseaux sociaux et des débats contradictoires. Où on ne veillera à opposer aux chiens de garde que des interlocuteurs inoffensifs, ou que l’on s’ingéniera préalablement à décrédibiliser. Notamment en rattachant toute idée humaniste soit à une utopie soit à une marchandise. La lutte des classes devenant le communisme étatique, l’écologie un produit bio dans les raccourci emprunté par la seule véritable pensée unique. Et l’éthologie un long silence. Une pensée unique qui s’affine avec le maillage des réseaux sociaux, du gigantesque filet à donnée qu’est Internet et qui impose dans le langage moins des interdits, comme le clame les réactionnaires qu’une consensualité et d’une déviance d’absolument tous les discours et concept sociaux et politique. De sorte que tous deviennent uniformes et donc superficiels. En 2002  la république était en péril face au fascisme, en 2017 tout le monde s’en fout. En 95 Chirac vendait des pommes avec la fracture sociale. En 2017 Emmanuel Macron se présente sans programme mais avec une « vision ». Curieusement, la même que l’oligarchie.

 

Mais ce lissage n’est pas encore suffisant. Il faut également s’assurer d’un lissage culturel, et la machine Hollywoodienne, machine à propagande des valeurs et du capitalisme américain depuis ses débuts, tourne d’autant à vide que les Etats-Unis eux-mêmes sont peu à peu vidés de leur substance. Quand à l’art en général il est devenu contemporain c’est-à-dire vidé de tout sens. Un lissage culturel qui rejoint également l’uniformisation des produits et des services. Vingt fois le même téléphone, dix fois un changement de plateforme, les applications pour figurer la variété des propositions, un nouveau nom, un nouvel emballage, une nouvelle communication à chaque « innovation ». Des chaines de restauration et d’hôtellerie globale, répétant inlassablement les mêmes formules. Une uniformisation des médias d’information, tant sur le fond que la forme. En soumettant toute opinion contraire soit au discrédit, soit au rachat par un groupe. Une uniformisation alimentaire à travers l’élevage intensif, le collectivisme des moyens de production agricole et l’agro-alimentaire. Alimentant au passage une interdépendance à la défaveur des pays du sud et de ce qu’il reste des agriculteurs du nord. Le tout bien emballé dans un joli paquet cadeau clamant le droit à la différence et donc à la différenciation. Mieux en s’appuyant sur tout un pan du discours libertaire, toujours en avance sur tout, pour son plus grand malheur. Du citoyen du monde à l’abolition des frontières et des nations. Et tant pis si par définition il ne peut y avoir de citoyen du monde sans nation ni peuple. L’important c’est que les chiens de garde pourront mobiliser le discours sur cette seule question en la simplifiant à son plus petit dénominateur commun.

 

Marché commun contre marché globale

La maxime de tout chef de famille prudent est de ne jamais essayer de faire chez soi la chose qui lui coûtera moins à acheter qu’à faire, disait Adam Smith dans la Richesse des nations. Mettant en évidence l’importance de la division du travail dans l’accroissement de la production et du niveau de vie à l’intérieur d’un pays. Il étend son raisonnement en préconisant que les nations elles-mêmes se spécialisent et achètent aux autres certaines productions. C’est le marché commun reprit et développé dans la théorie des « avantages comparatifs » de David Ricardo. Un marché commun fabriqué donc d’interdépendances rattachées au besoin et à l’offre des nations et des peuples. Mais comme disait l’économiste Maurice Allais : La disparition de certaines activités dans un pays développé en raison des avantages comparatifs d’aujourd’hui ne pourra que se révéler demain fondamentalement erronée et désavantageuse dès lors que ces avantages comparatifs disparaîtront.

 

La théorie des avantages comparatifs veut qu’il est de l’intérêt des pays de s’ouvrir au marché internationale indépendamment de la compétitivité nationale. Une théorie qui ne réfute cependant pas que l’on puisse faire commerce au détriment de certain pays en dehors des modalités du libre échange, mais dans le cadre du colonialisme, de la dictature et autre moyen de domination. Ni que l’accroissement des gains d’un pays ne correspond pas forcément à un accroissement du bien-être de ses habitants. Le Nigeria a une des plus haute rente pétrolière d’Afrique, est le pays le plus peuplé du continent et également un des plus pauvres. Pendant que Jean-Robert peut encore s’acheter une voiture à crédit parce qu’il faut bien conserver un peu de paix sociale avant de tout pressuriser jusqu’à la dernière goutte, les réfugiés s’entassent au pied des gares, rejoignant la marrée des exclus.

 

La théorie des avantages comparatifs ne tient pas compte du paradigme entamé sous l’influence de Reagan et Thatcher et qui a permit à la finance de prendre le pouvoir sur le capitalisme productiviste. Ni plus de l’intensification du lobbying de ses acteurs sur les appareils supra nationaux comme le Parlement Européen, le G7 ou le G20, l’OMC ou le FMI.

 

Et plus généralement l’on ne tient pas compte que cette forme nouvelle de mondialisation, cette économie-monde, globale et cannibale, entraine dans son sillage, archaïsme religieux, extrémisme divers, et grande criminalité. Autant de phénomène et de groupes qui se nourrissent de cette mondialisation en s’appuyant sur ses fractures et les inégalités grandissantes. L’Asie livrée à la frénésie des échanges se shoot aux métamphétamines. La jeunesse populaire livrée à la paupérisation et à l’exploitation, à la négation de leur identité par la réaction se précipite sur les tapis de prière et les AK47. L’Europe livrée à la multiplication des règles et des contraintes au grès des seuls intérêts de la finance se soumet à la casse sociale et conduit ses forces de production à se criminaliser pour survivre. Par exemple demander à la Camorra de vider ses poubelles.

 

L’important ce n’est pas la chute, c’est l’atterrissage

 Mais ce projet mégalomane d’uniformisation et de financiarisation globale ne tient pas compte d’un autre paradigme dans le cadre de l’interdépendance : l’état immédiat et déplorable de nôtre planète. L’entrée de la Chine au sein de l’OMC marque un tournant dans sa capitalisation. Concomitant de grandissant besoins tant en matière première qu’en captation des ressources naturelles. Captation qui la conduit à la construction sauvage de barrages dans la région himalayenne avec des conséquences catastrophiques pour ses voisins. Et naturellement avec pour conséquence objective une pollution de plus en plus dévorante. Au reste il n’est pas bien difficile de dater cette accélération dans la dégradation de notre environnement, il suffit de s’en référer à la croissance des incendies de forêt qui ont commencé à prendre une tournure incontrôlable à partir des années 80. A partir de la prise de pouvoir de la finance sur l’économie mondiale de l’ère Thatcher et Reagan, les deux hérauts et héros de la doxa désormais dominante.

 

Peut-on limiter, ralentir ou stopper cette course effrénée à l’argent ? Cette folie autodestructrice qu’on appelle mondialisation. Désormais tout dépendra de ce qui reste des peuples. Pour la France, en revanche, je crains que cela trop soit tard. Le renard est désormais dans le poulailler et le peuple a disparu.