La mondialisation, la grande escroquerie du libéralisme global

Le terme même de mondialisation dont on nous assomme tous les jours pour à peu près tout, expliquer l’économie aux petits enfants ou les « flux migratoire » comme on parlerait du vol des mésanges. Ce terme est en réalité une adaptation, et une escroquerie sémantique de la terminologie dont elle est inspirée, à savoir du mot anglais « globalization ». Et globaliser ce n’est pas mondialiser. Un mot qui a commencé à apparaitre dans les années 80, alors que le catéchisme du capitalisme américain clamait à travers ses locuteurs du marketing : think global, act local. Pensez globalement, agissez localement.

 

Globaliser c’est réunir plusieurs éléments en un tout. Par exemple une holding possédant laboratoires, usines, médias et assurances. En philosophie c’est faire percevoir, ou concevoir quelque chose comme un tout. Par exemple l’Islam, la tactique militaire du terrorisme ou la situation politique et sociale dans le monde musulman. Si l’on reprend la définition qu’en donne le philosophe Emmanuel Mounier dans son Traité du Caractère, le processus de globalisation lutte contre la tendance de chaque poussée d’activité à se constituer en faisceau séparé de l’activité totale. En terme idéologique cela s’appelle le totalitarisme. Et contrairement à ce que veulent bien nous faire avaler les réactionnaires, de Zemmour à Finkielkraut cela n’a rien à voir avec le multiculturalisme vécu comme forme  d’universalisme.

 

L’universalisme politique veut que tous les peuples de la terre doivent être représentés dans la conduite des affaires du monde. En philosophie l’universalisme défend l’idée qu’il existerait une vérité universelle qui régirait les relations humaines, façonnée par la raison humaine. Pour les chrétiens, l’universalisme signifie que nous serons tous sauvés. L’universalisme n’est pas le multiculturalisme dans une indifférenciation des peuples. Ce n’est pas le totalitarisme du « nous sommes tous frères » ça c’est le rôle de la globalisation, et la globalisation encore une fois n’a rien à voir avec la mondialisation.

 

Mais les réactionnaires aiment bien mélanger les idées pour en faire une chemise brune. Faire d’un mot des maux, et la liberté devient un esclavage. Les réactionnaires sont le bras armé de la bourgeoisie et du capital et les chiens de garde de l’oligarchie.

 

Glissement progressif du champ sémantique.

Selon les grands prêtres de l’église capitaliste la mondialisation est un phénomène relativement récent et qui va en s’accélérant. Or la définition de la mondialisation dans le glossaire international désigne un processus par lequel les échanges de biens et services, capitaux, hommes et cultures se développent à l’échelle de la planète et créent des interactions de plus en plus fortes entre différentes parties du monde. Par extension, il désigne implicitement une interdépendance au niveau mondial. Ce qui signifie historiquement que cela n’a strictement rien d’un phénomène moderne, même si le mot l’est. Quand le monde s’appelait Rome l’interdépendance et les échanges a perduré avec la Chine jusqu’à ce que quelqu’un ramène des vers à soie. Quand le monde s’étendait de l’occident à l’orient d’une même terre, la Route de la Soie ou la Route du Sel étaient déjà des effets de la mondialisation des échanges. Et quand dès le XVème siècle l’occident a étendu son réseau commercial au monde entier, que les explorateurs ont tracé les premières lignes maritimes, donné des contours aux continents et accessoirement envahi des régions entière, nous étions déjà au temps de la mondialisation. Et elle ne s’est jamais accéléré, elle a connu des hauts et des bas, en fonction des nations et des empires qui avaient les moyens de la mener. Quand Enrico Dandolo a mis à sac Constantinople pour se payer sur la bête, Venise était une ville prospère et puissante mais ce n’était qu’une ville. Une ville qui a tout de même permis à l’occident de commercer avec l’orient pendant près de deux siècles, faisant la fortune des marchands. Et ce jusqu’à ce que Mehmed 1er mette fin à la petite sauterie et que l’occident soit obligé de se chercher une nouvelle route et découvre l’Amérique par erreur.

 

Ce qui en revanche s’est accéléré c’est le totalitarisme libéral, la fameuse globalisation, l’économie-monde. La globalisation c’est François Pinaud et la famille Bettencourt. C’est des Starbuck dans le monde entier, strictement identique, proposant des produits strictement identiques. C’est le processus industriel et mécanique du service chez Mc Donald généralisé à l’industrie de la restauration rapide. C’est l’Organisation Scientifique du Travail. C’est la transformation du même Mc Donald de la restauration rapide à l’acte immobilier, faisant actuellement de la firme le plus grand  propriétaire immobilier au monde, devant l’église catholique. C’est Microsoft et Apple, imposant leur formats et leur mode de fonctionnement à la planète alors que tout le monde sait depuis sa création que Microsoft vend des plateformes informatiques bugées, mal sécurisées, pesant des tonnes en terme de mémoire et pour rien. La globalisation c’est la De Beers qui invente une rareté au diamant et l’attache à un rituel pour mieux distribuer sa production. La globalisation c’est Hong Kong et le Shanghai des années 20, imposés aux chinois à coup de canon et de came. Mais c’est également le totalitarisme soviétique, c’est le lissage du discours de la gauche, de la lutte sociale et de la lutte des classes par le « monde libre ». C’est cette malencontreuse théorie des dominos qu’a invoqué l’Amérique pour s’attaquer au Vietnam, et que les américains vont finir par provoquer eux même. A la fin de la guerre du Vietnam, tous les pays voisins, Cambodge et Laos sont tombés aux mains des communistes. La globalisation c’est, par effet contraire, les pays non-alignés. La globalisation c’est le collectivisme. Collectivisme auquel nous invite du reste le libéralisme économique à coup d’agriculture intensive, de regroupement de marque, de laboratoire comme le rapprochement Bayer Monsanto qui ne s’est finalement pas fait (pour le moment) et de code du travail uniformisé pour plaire aux entreprises du CAC40. C’est le IVème Reich. C’est ça et rien d’autre la globalisation : faire des individualités, des savoir faire, des intérêts politiques et sociaux, des nécessités un tout uniforme. Bref la globalisation, la mondialisation moderne, c’est le nom qu’aurait pu donner George Orwell à son ouvrage historique.

 

L’abolition des nations

Pour à peu près toutes les idéologies, et particulièrement les idéologies totalitaristes, le problème de la société c’est les autres. L’église vécu comme idéologie d’état veut imposer sa morale sur les peuples, la place des femmes et des hommes au sein de la société, le mode alimentaire, la sexualité, la façon de se vêtir etc. L’idéologie du communisme est celle non de l’égalité mais de l’égalitarisme. Non pas du respect univoque des individualités mais la fusion des individualités au nom de tous. Le fascisme veut réformer le peuple pour le conformer à ses idées de grandeur et ses fantasmes de supériorité, proposant de confondre l’individu avec la nation. Et la démocratie moderne par l’usage du suffrage universel de soumettre tout à chacun à la volonté du plus grand nombre. A ce propos c’est face à ce danger des démocraties modernes que se développèrent les théories du libéralisme philosophique. Qui est une philosophie de l’individualisme et de la responsabilité individuelle sur lequel se reposera le libéralisme économique à travers Adam Smith notamment. Pas une philosophie de la captation et du vol en bande organisée. Les idéologies dessinant les termes d’un absolu et par définition d’un absolu idéal, la nature humaine avec ses contradictions et ses paradoxes s’opposent fondamentalement à la soumission à une idéologie ou une autre. Ce pourquoi jusqu’à présent aucune des idéologies citées n’a jamais réussi à s’imposer au monde dans sa globalité. Tôt ou tard elles sont remise en question soit en raison de l’évolution structurelles des sociétés, soit renversé par une autre idéologie. La science comme idéologie a renversé la religion. La monarchie de droit divin a été renversée par le capitalisme. Et le capitalisme tel que nous l’avons connu à ce jour, le capitalisme productiviste est lui-même en train d’être renversé par le capitalisme financier et son corolaire globalisant. Et  pour les tenants du capital, pour les propriétaires de ce monde, les Buffet et les Bill Gates c’est une aubaine fabuleuse qui va permettre de réussir là où communisme, fascisme, église d’état, capitalisme bourgeois ont échoué.

 

Adam Smith nous avait pourtant prévenu : Un marchand n’est nécessairement citoyen d’aucun pays en particulier. Il lui est, en grande partie, indifférent en quel lieu il tienne son commerce, et il ne faut que le plus léger dégoût pour qu’il se décide à emporter son capital d’un pays dans un autre, et avec lui toute l’industrie que ce capital mettait en activité. Cela a été écrit au XVIIIème siècle mais cela n’a jamais été aussi vrai qu’au XXIème à travers la financiarisation du marché mondial. En revanche il y a très peu de chance pour que Smith ait apprécié ce qui se déroule actuellement sous nos yeux en termes de paupérisation, captation et destruction. Trois maitres mots qui caractérisent cette transition de la mondialisation à l’économie-monde, à la globalisation. Ce que le Medef appelle la Rupture. Et elle va être sévère.

 

L’interdépendance des échanges qui définit la mondialisation depuis la Route du Sel a prit aujourd’hui une tout autre forme qui s’assimile à une interdépendance entre toxicomanes. Et ce n’est pas non plus un hasard puisque c’est très exactement comme ça que les 1% ont conçu leur vision de notre futur. Et la première pierre exigée par cette oligarchie fut purement et simplement l’abolition des nations. L’abolition de l’état par la privatisation progressive de toutes ses fonctions, et la cooptation de son discours politique par le terme de l’économie à titre d’église, de vérité absolue. Et par l’usage de la dette comme arme de destruction massive. L’abolition des frontières, physiques ou commerciales à travers les accords transcontinentaux. Comme on vient de nous le vendre avec le CETA grâce au directeur marketing, Justin Trudeau. Justin, comme dans Justin Biber. L’abolition du discours national en le confiant à la seule réaction de sorte que l’état-nation apparaisse comme le reflet d’un passé totalitaire. L’abolition de l’histoire des nations, en divisant son discours, toujours en s’appuyant sur les chiens de garde utile du discours réactionnaire, de BHL à Finkielkraut en passant par tous les penseurs autoproclamés que vous voyez défiler dans votre poste. Qui de débattre de l’Islam, de Mai 68 dont il ne faut rien retenir, de la société du spectacle. Ou quand la société du spectacle se contemple une main sur le chibre. Il ne restait plus que le peuple.

 

Le libéralisme global ou le totalitarisme heureux.

Hitler, qui n’était pas un fin, Staline qui aimait la violence, Mao qui se prenait pour un génie, ne trouvèrent jamais comme autre moyen pour abolir le peuple que de le purger. Tous ces messieurs rêvaient d’un « nouveau peuple » d’une « élite » bref d’être un dieu au milieu de leurs semblables. Une sorte de complexe du père à l’échelle d’une planète. La folie des grandeurs d’égos passionnés d’eux-mêmes. Mais l’inconvenant avec les cadavres c’est qu’ils n’achètent rien. Or avec l’économie-monde il ne s’agit pas seulement de piller, coopter, démanteler les territoires, il faut capturer les populations et les asservir. Et c’est là le coup de génie des oligarques, un asservissement volontaire. Désiré, espéré, comme une promesse d’éternelle félicité. A travers la célébrité obligatoire, à travers la marchandise, à travers le spectacle et le spectaculaire, à travers l’indifférenciation des opinions, noyées dans le flux des réseaux sociaux et des débats contradictoires. Où on ne veillera à opposer aux chiens de garde que des interlocuteurs inoffensifs, ou que l’on s’ingéniera préalablement à décrédibiliser. Notamment en rattachant toute idée humaniste soit à une utopie soit à une marchandise. La lutte des classes devenant le communisme étatique, l’écologie un produit bio dans les raccourci emprunté par la seule véritable pensée unique. Et l’éthologie un long silence. Une pensée unique qui s’affine avec le maillage des réseaux sociaux, du gigantesque filet à donnée qu’est Internet et qui impose dans le langage moins des interdits, comme le clame les réactionnaires qu’une consensualité et d’une déviance d’absolument tous les discours et concept sociaux et politique. De sorte que tous deviennent uniformes et donc superficiels. En 2002  la république était en péril face au fascisme, en 2017 tout le monde s’en fout. En 95 Chirac vendait des pommes avec la fracture sociale. En 2017 Emmanuel Macron se présente sans programme mais avec une « vision ». Curieusement, la même que l’oligarchie.

 

Mais ce lissage n’est pas encore suffisant. Il faut également s’assurer d’un lissage culturel, et la machine Hollywoodienne, machine à propagande des valeurs et du capitalisme américain depuis ses débuts, tourne d’autant à vide que les Etats-Unis eux-mêmes sont peu à peu vidés de leur substance. Quand à l’art en général il est devenu contemporain c’est-à-dire vidé de tout sens. Un lissage culturel qui rejoint également l’uniformisation des produits et des services. Vingt fois le même téléphone, dix fois un changement de plateforme, les applications pour figurer la variété des propositions, un nouveau nom, un nouvel emballage, une nouvelle communication à chaque « innovation ». Des chaines de restauration et d’hôtellerie globale, répétant inlassablement les mêmes formules. Une uniformisation des médias d’information, tant sur le fond que la forme. En soumettant toute opinion contraire soit au discrédit, soit au rachat par un groupe. Une uniformisation alimentaire à travers l’élevage intensif, le collectivisme des moyens de production agricole et l’agro-alimentaire. Alimentant au passage une interdépendance à la défaveur des pays du sud et de ce qu’il reste des agriculteurs du nord. Le tout bien emballé dans un joli paquet cadeau clamant le droit à la différence et donc à la différenciation. Mieux en s’appuyant sur tout un pan du discours libertaire, toujours en avance sur tout, pour son plus grand malheur. Du citoyen du monde à l’abolition des frontières et des nations. Et tant pis si par définition il ne peut y avoir de citoyen du monde sans nation ni peuple. L’important c’est que les chiens de garde pourront mobiliser le discours sur cette seule question en la simplifiant à son plus petit dénominateur commun.

 

Marché commun contre marché globale

La maxime de tout chef de famille prudent est de ne jamais essayer de faire chez soi la chose qui lui coûtera moins à acheter qu’à faire, disait Adam Smith dans la Richesse des nations. Mettant en évidence l’importance de la division du travail dans l’accroissement de la production et du niveau de vie à l’intérieur d’un pays. Il étend son raisonnement en préconisant que les nations elles-mêmes se spécialisent et achètent aux autres certaines productions. C’est le marché commun reprit et développé dans la théorie des « avantages comparatifs » de David Ricardo. Un marché commun fabriqué donc d’interdépendances rattachées au besoin et à l’offre des nations et des peuples. Mais comme disait l’économiste Maurice Allais : La disparition de certaines activités dans un pays développé en raison des avantages comparatifs d’aujourd’hui ne pourra que se révéler demain fondamentalement erronée et désavantageuse dès lors que ces avantages comparatifs disparaîtront.

 

La théorie des avantages comparatifs veut qu’il est de l’intérêt des pays de s’ouvrir au marché internationale indépendamment de la compétitivité nationale. Une théorie qui ne réfute cependant pas que l’on puisse faire commerce au détriment de certain pays en dehors des modalités du libre échange, mais dans le cadre du colonialisme, de la dictature et autre moyen de domination. Ni que l’accroissement des gains d’un pays ne correspond pas forcément à un accroissement du bien-être de ses habitants. Le Nigeria a une des plus haute rente pétrolière d’Afrique, est le pays le plus peuplé du continent et également un des plus pauvres. Pendant que Jean-Robert peut encore s’acheter une voiture à crédit parce qu’il faut bien conserver un peu de paix sociale avant de tout pressuriser jusqu’à la dernière goutte, les réfugiés s’entassent au pied des gares, rejoignant la marrée des exclus.

 

La théorie des avantages comparatifs ne tient pas compte du paradigme entamé sous l’influence de Reagan et Thatcher et qui a permit à la finance de prendre le pouvoir sur le capitalisme productiviste. Ni plus de l’intensification du lobbying de ses acteurs sur les appareils supra nationaux comme le Parlement Européen, le G7 ou le G20, l’OMC ou le FMI.

 

Et plus généralement l’on ne tient pas compte que cette forme nouvelle de mondialisation, cette économie-monde, globale et cannibale, entraine dans son sillage, archaïsme religieux, extrémisme divers, et grande criminalité. Autant de phénomène et de groupes qui se nourrissent de cette mondialisation en s’appuyant sur ses fractures et les inégalités grandissantes. L’Asie livrée à la frénésie des échanges se shoot aux métamphétamines. La jeunesse populaire livrée à la paupérisation et à l’exploitation, à la négation de leur identité par la réaction se précipite sur les tapis de prière et les AK47. L’Europe livrée à la multiplication des règles et des contraintes au grès des seuls intérêts de la finance se soumet à la casse sociale et conduit ses forces de production à se criminaliser pour survivre. Par exemple demander à la Camorra de vider ses poubelles.

 

L’important ce n’est pas la chute, c’est l’atterrissage

 Mais ce projet mégalomane d’uniformisation et de financiarisation globale ne tient pas compte d’un autre paradigme dans le cadre de l’interdépendance : l’état immédiat et déplorable de nôtre planète. L’entrée de la Chine au sein de l’OMC marque un tournant dans sa capitalisation. Concomitant de grandissant besoins tant en matière première qu’en captation des ressources naturelles. Captation qui la conduit à la construction sauvage de barrages dans la région himalayenne avec des conséquences catastrophiques pour ses voisins. Et naturellement avec pour conséquence objective une pollution de plus en plus dévorante. Au reste il n’est pas bien difficile de dater cette accélération dans la dégradation de notre environnement, il suffit de s’en référer à la croissance des incendies de forêt qui ont commencé à prendre une tournure incontrôlable à partir des années 80. A partir de la prise de pouvoir de la finance sur l’économie mondiale de l’ère Thatcher et Reagan, les deux hérauts et héros de la doxa désormais dominante.

 

Peut-on limiter, ralentir ou stopper cette course effrénée à l’argent ? Cette folie autodestructrice qu’on appelle mondialisation. Désormais tout dépendra de ce qui reste des peuples. Pour la France, en revanche, je crains que cela trop soit tard. Le renard est désormais dans le poulailler et le peuple a disparu.

 

Publicités

La liberté c’est l’esclavage

En 1998 le Conseil National du Patronat Français a disparu. Il a fait place au Mouvement des Entreprises de France. Fonctionnellement rien à changé. C’est très exactement la même chose. A quelques détails prêts, la désignation. On ne se méfie jamais assez des mots qu’on nous met dans la tête. George Orwell nous avait pourtant prévenus au sujet de la novlangue mais personne ne lit plus George Orwell sauf si Netflix en fait une série en s’inspirant d’une iconographie stalinienne, j’y reviendrais.

« Conseil National du Patronat » avait le mérite de désigner une hiérarchie. Un groupe représentatif de patrons français, constitué à la demande du gouvernement. En 46, un an après sa création, le CNPF a élargi cette représentativité en signant une convention avec le conseil interfédéral du commerce. Cette convention donnera naissance au Conseil National du Commerce qui regroupe une trentaine de fédérations professionnelles. Les grands patrons français parleraient désormais au nom de tous les patrons, petits ou moyens. Reste que la terminologie désignait spécifiquement qui décidait. Une terminologie définie, compréhensible par tous et qui alimentait à loisir les mouvements de gauche. Et ça c’était quand même emmerdant. Le gauchiste pouvait désigner son ennemi, l’identifier et donc le combattre. Heureusement Ernest Antoine Seillière est arrivé et a trouvé la solution… Le Medef, le Mouvement des Entreprise de France… Il n’y avait plus de patron, il y avait des entreprises, plus de conseil national mais un mouvement. Un grand élan commun et confraternel. Et la gauche française s’est retrouvée privée de hiérarchie désignée, d’ennemi identifiable. A bas les patrons ! C’est simple, c’est facile à hurler et ça situe tout de suite. Mais à bas les entreprises de France ça fait de vous l’ennemi désigné de tout le monde ! C’est un non sens.

Dans les années 60 le mot qui revenait le plus souvent dans les bouquins de management c’était le mot hiérarchie. Ce mot avait défini le taylorisme, le fordisme, il indiquait une structure pyramidale et un mode de fonctionnement. Et puis est arrivé le toyotisme. Il s’agissait dès lors de faire adhérer l’employé aux « valeurs » de l’entreprise, il a cessé d’être un ouvrier pour devenir « acteur » de son outil de production. Pour être plus clair on l’a fait participer à sa mise en servage. La hiérarchie n’a aucunement disparu, en fait elle s’est même renforcée, mais on n’en parle plus. On ne parle plus des ordres de la direction. Le mot qui revient le plus souvent dans les livres de management moderne c’est celui de projet. On peut désobéir à un ordre, on ne désobéit pas à un projet, on en discute…

Glissement sémantique du capitalisme

D’ailleurs ce mot de projet a envahi notre propre champ lexical. C’est normal, c’était le but. On parle de projet de vie, comme si vivre n’était pas un projet en soi. On parle de mise en place d’un projet de réinsertion et plus mise en place de mesure de réinsertion. Parce que non seulement un projet ça peut échouer mais que « mesure » ça contraint le patronat et l’état à mettre en place une mécanique et un cadre juridique. Et ce n’est plus le seul mot qu’on essaye de faire disparaitre ou qui a disparu pour lisser le discours du capital et retirer à ses adversaires les mots pour le désigner. Vous n’avez pas remarqué par exemple que le mot « chômeur » est associé de plus en plus au langage trivial tandis que les médias préféreront celui de « demandeur d’emploi ». Pourquoi demandeur ? Si ça se trouve le monsieur ou la dame qui a payé des cotisations pour ce droit légitime n’a pas envie de réclamer un emploi. Il ne demande rien. D’ailleurs pourquoi « demander » ? Je ne demande jamais un emploi, je réponds à une offre. Et cette offre ne correspond pas à mes besoins mais à celui d’une entreprise. C’est elle qui est demandeuse en réalité, pas moi, On ne m’offre rien, c’est moi qui offre. J’offre mon intelligence, mes bras contre un salaire qui ne correspond à rien sinon une convention collective. Une hiérarchisation des salaires décidée non pas par un mouvement d’entreprise mes doigts mais par une négociation entre les patrons et ceux qui me représentent en théorie, les syndicats.

Prenons deux cuisiniers, des chefs de parti, l’un et l’autre touche un salaire sensiblement identique qui correspond à une convention. Le premier n’a aucun diplôme, il pratique son métier d’une manière approximative mais il a été désigné chef de cuisine. Le second est diplômé, il pratique son métier comme il l’a appris à l’école mais la hiérarchie a décidé qu’il serait en dessous du premier. Pourquoi ? Comment est-ce possible ? Parce que la hiérarchie est injuste ? Non, parce que l’on ne parle plus de métier mais de compétences. Une compétence désigne une aptitude. Par exemple je suis compétent pour me gratter l’oreille. Un métier désigne un apprentissage, un savoir-faire, et je n’ai besoin d’aucun savoir-faire pour me gratter l’oreille. Vous saisissez la nuance ? « à compétence égale, on engagera le moins cher »…. Vous comprenez le sens de cette phrase maintenant ? La seule compétence égale que j’ai avec mon voisin payé moins cher c’est qu’on peut tous les deux se gratter les couilles. En revanche saura-t-il aussi bien travailler que moi ? Pas sûr.

Mais je ne devrais pas utiliser le mot travail. Le travail a disparu, aujourd’hui je remplis un emploi, je suis un employé ou un « demandeur » d’emploi…. Le tout sur un « marché » de l’emploi.  Un emploi c’est un contrat entre un employeur et un employé dans le but de la réalisation d’un travail. Rien de plus : un contrat. Votre CDD, votre CDI, c’est ça l’emploi la nature de votre contrat qui défini le cadre d’une tâche a effectuer pour un montant x. Un travail engage en revanche une production, un outil de production et un savoir-faire. Engage surtout un travailleur. Autre mot qui a disparu du champ lexical. Maintenant on préfère parler de salarié. Non pas désigner une personne dans un contexte, le travail, mais par le moyen de paiement. Bah oui il faut bien rappeler ce que vous risquez si vous voulez rompre les termes de votre emploi. Si vous voulez revoir même votre emploi, votre contrat. Bref si vous ordonnez un mouvement social. D’ailleurs on a fait mieux, on a répété à l’envie que le mot travail désignait un objet de torture. Etymologie du superficiel, alors qu’une étude linguistique plus poussée montre que le mot serait plus proche de la notion de voyage, de traverser, d’aller vers un but  nécessitant de surmonter des résistances. Et on a d’autant propagé ce concept que l’idée est de faire totalement disparaitre le travail. Au bénéfice d’un contrat, et un contrat ça peut se rompre.

Guerre culturelle

Quand George Orwell écrivit 1984 il avait en tête de dénoncer le totalitarisme dans son ensemble. Le totalitarisme et comment notamment il travesti les mots, l’histoire et défini les termes de ce qui est vrai ou non. Pourtant toutes les adaptations du roman reposent leur iconographie, leur univers sur le seul totalitarisme soviétique. Ce n’est pas le moins du monde un hasard. La première adaptation cinématographique a bénéficié des fonds secret du programme culturel de la CIA. En 1984, il y eu une nouvelle adaptation avec John Hurt, je ne sais pas pour la CIA mais je peux d’autant en parler que je suis allé voir le film à mon retour d’URSS. Et à nouveau le film s’inspirait du totalitarisme soviétique. Et si vous voulez vous en convaincre, comparez maintenant l’iconographie d’un autre film, Brazil. Brazil dénonce également le totalitarisme, mais le totalitarisme dans son ensemble, le totalitarisme désidéologisé. Le nôtre, celui que nous vivons aujourd’hui, et son iconographie emprunte cette fois non pas à l’ère soviétique…. Mais à l’Angleterre de Thatcher. Reste qu’aujourd’hui, dans l’imaginaire collectif, 1984 est associé à l’ère stalinienne, c’était le but. Et ailleurs c’était le monde « libre » comme le savent bien les opposants à Pinochet…

Depuis les années 50 le capitalisme est engagé dans une guerre culturelle et sémantique. Aujourd’hui il joue sur les termes de la perception. Par exemple on parle à l’envie de « créateur de richesse » Or d’une part le mot « créateur » est emprunté au champ du sacré puisqu’il désigne quelqu’un qui tire quelque chose du néant, par exemple Dieu. Et richesse implique une notion d’abondance. On est donc même plus dans le registre de l’entreprise mais celui de Midas. Un créateur d’abondance. Mais quelle abondance exactement ? Une abondance d’outils de production, de produits, de bienfaits quelconques ? Ou de Porsche dans le garage ? Les patrons ne créer pas de la richesse il fabrique de la valeur. Ah oui mais vous me direz mais si ils créent de la richesse parce que ça fait plein de sous ! Mais où est-ce que vous avez vu que d’avoir plein de sous impliquait de la richesse ? Vous n’avez jamais entendu parler des mots dévaluation ou inflation ? En 1933 en Allemagne il fallait plein de sous pour s’acheter un pain, une brouette complète. De plus, un patron ne tire pas quelque chose du néant, ce n’est pas lui qui créer, ce sont ses employés, ce sont les travailleurs, fort d’un savoir faire qui, dans le cadre d’un contrat, réalisent quelque chose. Le patron lui dirige. Ce n’est pas sortir quelque chose du néant que de diriger. Diriger étymologiquement ça veut juste dire mettre en ordre, ranger, hiérarchiser. Le fouet dirige, l’esclave produit de la richesse. Et celui qui tient le fouet décide de sa valeur.

De la valeur du produit, mais également du travail et à forcerie du travailleur. C’est pour ça qu’il n’y pas non plus de « marché » de l’emploi. Un marché se défini par une offre par rapport à une demande. dont les prix sont indexés sur les coûts et les outils de production.  Les entreprises ont des besoins. Les contrats de travail sont une demande indexés sur ces seuls besoin auquel on répond par l’offre d’un savoir faire lui-même indexé sur la notion subjective et fausse de « compétence ». Ainsi on pourra dire à tel jeune diplômé qu’il est trop jeune et à un autre qu’il n’a pas les diplôme requis. Son savoir faire réel ou supposé n’intervient nulle part et un contrat de travail n’implique nullement le coût de production mais la valeur que l’on souhaite en tirer.

Dans cette guerre culturelle le terme d’ouvrier a disparu du lexique médiatique. Il a tellement disparu des bouches qu’il a fini par disparaitre des esprits, et la plus part des français pensent que la population ouvrière est en train de rejoindre celle des agriculteurs. Or les ouvriers représentent quand même 20,4% des travailleurs, Troisième force en termes de catégorie sociaux-professionnelle. Mais ils disparaissent des esprits de sortes que la question ouvrière qui avait animé tout le XXème siècle soit remplacé par « la question de l’emploi ». la question autour non plus d’un métier, d’un savoir faire, d’une condition sociale, mais autour d’un contrat, d’une compétence, d’un projet de vie. Mieux encore, on a délibérément entretenue la confusion entre petit et grand patron avec le terme entrepreneur. Un entrepreneur créer et dirige une entreprise, il peut s’agir de fabrication de barbe à papa ou d’ordinateur portable. Ce n’est pas le même domaine, ni les mêmes contraintes, ni le même niveau de financement mais cette confusion lexicale permet de faire croire que si. Ainsi on va entendre machin ronchonner qu’on n’aime pas les patrons en France, et que si on veut savoir comment c’est trop dur on a qu’à créer une entreprise. Et Macron de pouvoir entretenir la confusion en faisant marcher la fibre de l’épicier, déclarant en 2012, que la vie d’un entrepreneur était plus dur qu’un salarié parce que lui il pouvait tout perdre. Le petit patron qui galère pour se payer son premier salaire ne peut qu’adhérer à cette notion totalement fausse.

D’une part, un salarié peut également tout perdre du jour au lendemain comme le savent les ouvriers de Mital, Carrefour, Bernard Arnaud, du Pas-de-Calais, de la plaine Saint Denis et tous les endroits où le chômage a fait des ravages. D’autres part quand machin ne vend pas son prototypes d’épluche patate, il en est de sa poche, Serge Dassault lui peut compter sur l’état c’est-à-dire nos impôts pour réparer ses erreurs industrielles. Le CICE n’était pas destiné à aider les petites entreprises mais le CAC40 qui s’en est servit pour reverser des primes et des dividendes. Une confusion qui tend à vouloir faire croire que les petits patrons sont des dirigeants comme les autres alors qu’en réalité ce sont des ouvriers, le bas de l’échelle et qu’il n’y a pas le moindre rapport entre le patron d’une usine de papier et Bolloré.

Croyez-moi, mon père était un petit patron. Il n’a jamais dépassé le stade de deux employés, il a travaillé toute sa vie plus de dix heures par jour avec quelques unes des plus grosses entreprises au monde, et il a fini ruiné. Il n’a pas fini ruiné en raison de son incompétence mais en raison d’un marché qui l’a éjecté du circuit. Cargill, un de ses plus gros clients a pu absorber le choc pétrolier en raison de sa taille, mon père lui se l’est prit en pleine figure et ne s’en est jamais complètement remis. Et ainsi on parlera de Mouvement des Entreprise Françaises, entretenant une confusion qui ne profitera qu’aux milliardaires de ce pays.

Le fascisme libéral.

« La baisse des charges sociales nous fera gagner en compétitivité ». Cette phrase type nous l’avons tous entendu 2000 fois, sous cette forme ou une autre. Et même parfois, pour ajouter de l’angoisse à la peur, on précise, « nous n’avons plus le droit à l’erreur en ces temps de mondialisation. » Déjà, ne plus avoir droit à l’erreur ça s’appelle le fascisme. Ensuite il ne s’agit pas de charge, mais de cotisation, et des cotisations qui profite à tout le monde, même à l’entreprise. Un ouvrier se blesse, ses frais d’hospitalisation sont à la fois payés par l’état, l’ouvrier et l’entreprise. Chacun met un peu la main à la poche. L’ouvrier peut se soigner, l’entreprise est couverte et l’état n’a plus à sa seule charge le personnel soignant. Et le tout forme un contrat social. De plus cela repose sur un postulat qui n’a aucun lieu d’être. Monsieur Durant, fabriquant de montre à Roubaix n’est pas en concurrence avec monsieur Wong, fabriquant de montre à Hong Kong, ils sont tous les deux en concurrence avec Sony qui fabrique notamment des montres. Là effectivement il y a une compétition. Et une compétition parfaitement déloyale puisque ont l’expose à un marché globale. Et quand je parle de marché globale, je ne parle pas de marché international, je parle d’entreprise globale qui non seulement n’ont aucun mal à concurrencer une PME mais mieux peut absorber la dites PME, la démanteler, faire une plus-value sur ce démantèlement et ainsi éliminer physiquement la concurrence. Alors de quoi on parle ? Prenons deux marques, X et Y. Toutes les deux appartiennent à une holding différente, rentrent-elles en concurrence ? Pas le moins du monde, même si elles vendent des produits similaires. La concurrence, la seule, elle est exercé au sein même des entreprises, entre les employés afin d’augmenter la valeur de l’entreprise. On licencie par exemple deux milles personnes et on obtient avec moins de monde exactement la même production, voir plus. La valeur de l’entreprise a augmenté, les employés sont pressurisés, mais on préfère le mot « optimisation du temps de travail ». Et ainsi 2,3 millions de personnes dans le monde peuvent mourir par an en raison de leur seul travail.

Mais ça ne suffisait pas. Les grands patrons ont parfaitement compris que le révisionnisme lexical ne pouvait pas se limiter au seul monde du travail. Tous les mots qui fâchent ont été repassés à la moulinette de la novlangue libérale. On ne dit pas les pauvres, on parle des « défavorisés ». D’un côté on définie un individu par un statut économique sur lequel on peut rattacher un certain nombre de raisons structurelles. De l’autre le mec a pas eu de bol. On ne parle plus de réfugiés, mais de migrants. On ne parle plus d’individus cherchant un abri pour des raisons objectives, on parle des cigognes. Comme si les gus sur le bateau avaient vocation à ne faire que migrer, passer d’une région à l’autre sans s’arrêter, jamais. Le riche migre au Touquet pour la fin de ses vacances. Le pauvre lui essaye de s’installer quelque part. Et le plus beaux, c’est qu’à l’intérieur même de cette population, puisqu’ils ne font que « migrer », le réactionnaire pourra faire un distingo entre le « migrant » économique et celui qui tente d’échapper à la guerre. Le migrant qui ne trouve pas de boulot chez lui, sûrement parce qu’il est trop feignasse, alors il vient piquer celui des français. Et le migrant opprimé qui ferait mieux de rester chez lui et de résister sur place… comme De Gaulle par exemple. On ne parle plus d’indigent mais de Sans Domicile Fixe ou de Mal Logé quand on loge chez les autres. La question n’est plus sociale ni économique, elle est rattaché à la valeur locative. Et c’est tellement vrai que lorsque moi-même je racontais que SDF je logeais à l’hôtel au mois, quelqu’un m’expliqua que je n’étais pas SDF puisque je ne dormais pas dans la rue. D’ailleurs ça veut dire quoi « mal logé ? ». Actuellement je ne loge pas chez les autres mais je suis affreusement mal logé. Le loyer coûte un œil, mon bac de douche est trop bas, il fait plus chaud dedans que dehors en été, et plus froid en hiver. Je tourne à l’électricité, ce qui du coup me coûte une blinde pour me chauffer, et en plus c’est minuscule ! Alors que quand j’étais officiellement « mal logé », je vivais chez ma mère dans une maison de 150m² avec jardin, je ne payais pas de loyer, et je bénéficiais du confort d’installations luxueuses dans lesquels je n’avais pas investi un centime !

Pourquoi pensez-vous qu’on ne parle plus de femmes de ménage mais de technicien de surface ? L’un désignait une tâche, le ménage, donc un  travail, un savoir faire, l’autre définie un périmètre et suggère une technique sans la définir. Et qui plus un périmètre sans limite. Une surface pouvant aussi bien désigner une fenêtre qu’un terrain de foot. Et mieux encore, aujourd’hui, la même femme de ménage, qui fait exactement le même travail, sera un agent technique. Là on est allé encore plus loin puisqu’on ne fixe plus du tout de périmètre et donc de limite à la fonction. Une fonction parfaitement abstraite. Un agent n’est pas une personne c’est une entité, une entité qui a une action déterminante, et apparemment employant une technique. Laquelle ? A quel usage ? On sait pas. Si mon poing partait, par exemple, dans la face de Macron, mon poing serait une entité avec une action déterminante, employant une technique, par exemple la boxe anglaise. Et voilà la dame du ménage et mon poing rendu à égalité.

Il en ira de même avec les syndicats, qui cessent de l’être pour devenir « partenaires sociaux ».  Or un syndicat est là pour défendre les travailleurs, pas devenir le partenaire du patron. Seulement cette désignation permet d’éliminer ce vilain mot de « syndicat » pour figurer une complicité, une entente dans le plan de licenciement. Et d’un coup le défenseur des travailleurs devient le complice du patron. Et dans cette même logique de dénaturation, de déshumanisation, toute idée remettant en question ce constat, pour peu qu’elle soit étayée par un discours et émise par une personne vivant dans une condition sociale favorable sera qualifié d’idée de « bobo ». Littéralement un bourgeois bohème. A savoir un bourgeois avec des idées bohèmes, sous entendu il ne connait pas « les réalités sociales ». Et tant pis si la réalité est une affaire de perception et de subjectivité, tant pis si choisir de venir en aide à un réfugié et non à un « migrant » n’a rien d’une idée bohème mais d’une position humaniste. D’ailleurs qu’est-ce que ça veut dire « connaitre les réalités sociales ? » Zola ne connaissait pas la réalité ouvrière, il constatait la situation sociale du monde ouvrier, il l’observait. Marx aussi était un bourgeois, il a pourtant parfaitement démonté le mécanisme du capitalisme. Hugo était fondamentalement bourgeois et bohème par obligation est-ce que ça devait lui interdire de réfléchir et d’écrire sur la condition sociale des ouvriers ? Mais déshumanisez l’ennemi idéologique dans l’intervention de trois minutes d’un réactionnaire comme Zemmour, associez ça au mouvement de 68, et de 68 seulement, et une position politique s’inscrivant dans une tradition humaniste devient une tocade de gamin. Une tocade de gamin, nous dit le même Zemmour, qui a totalement dénaturé la société, mieux qui a fait des immigrés le « peuple révolutionnaire de l’extrême gauche ». Glissement sémantique une nouvelle fois puisque les immigrés ne sont pas devenu « le peuple révolutionnaire » d’une cause, ils ont simplement remplis les usines au côté de l’ouvrier français. Et que faisait cette gauche là, depuis toujours, défendre les intérêts des ouvriers, des travailleurs en générale indifféremment de leur origine géographique. La capitalisme verrouille le discours, et charge ses chiens de garde d’en interdire l’accès.

Et le client devient consommateur. Il n’est plus une entité avec des besoins et des exigences spécifiques, c’est juste un veau a qui on donne son foin, une mâchoire et système digestif. La compétence permet de faire d’un savoir-faire, un apprentissage, une marchandise. Une entreprise américaine peut pucer ses employés comme des animaux de compagnie. Mais heureusement, n’oubliez pas : « le travail rend libre »

Le capitalisme, la loi des parasites

Marxiste ! Assassin ! Anarchiste ! Islamo-communiste ! Calmes-toi, déjà je ne suis pas ton thérapeute, ensuite je me doute qu’avec un titre comme ça tu vas commencer par sortir ta petite grille de lecture bien délimitée par des années d’endoctrinement idéologique. Personnellement les idéologies, toutes les idéologies, ne m’ont jamais passionné. J’ai certes une affection pour l’anarchie mais pour l’expérience anarchiste et non pas la théorie, j’ai jamais lu Marx mais j’ai vu l’expérience soviétique de mes yeux, et je suis parfaitement d’accord avec de Tocqueville quand il dit ceci : je regarde comme impie et détestable cette maxime, qu’en matière de gouvernement la majorité d’un peuple a le droit de tout faire, et pourtant je place dans les volontés de la majorité l’origine de tous les pouvoirs (…). Lors donc que je vois accorder le droit et la faculté de tout faire à une puissance quelconque, qu’on appelle peuple ou roi, démocratie ou aristocratie, qu’on l’exerce dans une monarchie ou dans une république, je dis : là est le germe de la tyrannie, et je cherche à aller vivre sous d’autres lois. Ce que je reproche le plus au gouvernement démocratique, tel qu’on l’a organisé aux États-Unis, ce n’est pas, comme beaucoup de gens le prétendent en Europe, sa faiblesse, mais au contraire sa force irrésistible. Et personnellement je m’en arrêterais là parce que ça défini notre monde et le capitalisme dans son ensemble : le droit de tout faire parce qu’on est tous d’accord pour le faire, et c’est connu la majorité à toujours raison. La tyrannie du nombre.

 

C’est vrai après tout, dans l’Alabama des années cinquante ils étaient tous d’accord pour torturer, brûler vif et pendre le nègre. C’est donc qu’ils avaient raison.

 

C’est vrai quoi, on a tous voté pour machin qui nous a sucré notre liberté pour notre sécurité, c’est donc qu’on avait raison !

 

C’est vrai quoi on est tous d’accord pour avoir une voiture, plein d’argent, et des vacances avec un bon travail pas chiant, et tant pis si de consommer comme des porcs transforme notre monde en décharge, on doit quand même sûrement avoir raison, quelque part…

 

 

Dieu est mort, il faut que le commerce vive.

Dieu n’est pas mort avec Nietzches ou la Shoah, dieu est mort avec les Lumières. Dieu est mort avec Voltaire, Diderot, Hobbes, Newton, Dieu est mort avec l’Amérique, pas le moindre des paradoxes. Mais il n’allait déjà pas fort bien quand on l’a découverte, c’est-à-dire le jour de la naissance du capitalisme, le 13 octobre 1492 quand un marin génois s’est paumé dans les caraïbes en croyant avoir découvert l’Inde. Il n’était pas le premier à débarquer sur le continent, les vikings, les chinois et d’autres sans doute, mais aucun d’entres-eux n’était un marin génois ambitieux et endetté, qui avait promit mondes et merveilles à sa banque, la reine Isabelle, en échange de titre et de terre. L’enjeu était de taille. Et pas seulement au niveau des ambitions du marin. Constantinople avait été prise par les turcs emportant avec elle l’Empire Byzantin, la route des Indes et de la Chine était coupée, tout le socle commerciale qui s’était formé en Europe, à Venise, Florence, Gêne, Amsterdam, etc était en péril. Et de qui dépendaient monarchies et Eglise ? Rois, reines et pape ? Des banques, des usuriers, de ceux-là même dont le pouvoir reposait notamment sur le commerce avec l’est…

 

Et voilà que le marin et ses hommes débarquent sur une plage, accueilli par des autochtones qui leur offrent immédiatement des perroquets, du coton et d’autres verroteries. Pardon de la digression mais j’imagine le tableau… Qu’est-ce que ça vous ferait vous si soudain vous voyiez débarquer de trois gros bateaux l’air pas sympa, une horde de types pas du tout habillés pour la saison, mal rasés, crasseux, avec des semaines de mer dans les pattes, à demi affamés et armés ? Des perroquets et du coton me semble en effet l’option la plus pratique. Et quand le marin, à force de gesticulations et de mal entendue, vu que l’interprète sert à rien, réussi à brancher l’autochtone sur la question de l’or, qu’est-ce que celui-ci s’empresse de faire ? Vu comment le monsieur mal rasé et affamé insiste, bah de lui dire que ouh là oui y’a plein d’or par là, dans le sud, gardé par une tribu très méchante et cannibale qui arrête pas de nous emmerder.

 

Vous n’auriez pas fait la même chose vous ?

 

Le marin est reparti avec sa bande de clochard, a débarqué Cuba en se croyant au Japon, a découvert le tabac, et envoyé un de ses collègues dans les terres, chercher… le Grand Khan. Les cannibales ils les trouveront finalement en Dominique… et Ridley Scott attendra.

 

Et à partir de là la chasse a été ouverte.

 

Tout le monde a voulu venir pour l’or, les épices, les peaux, le grand cirque des marins-entrepreneurs, les conquistadores, comme on les appela. Des hommes qui avaient d’autant intérêt à piller et ravager tout sur leur passage qu’ils avaient une épée dans le dos, celle des banques et des prêteurs. Pas questions de revenir bredouille. Et puis Dieu était avec eux hein… enfin, l’Eglise qui trouva là un moyen formidable d’accroitre son pouvoir, et ses fonds. Mais il fallait aussi s’installer, construire des comptoirs, et donc qui dit construire, dit main d’œuvre. On commença par les locaux, mettre en esclavage les arawaks et tous les autres du continent. Jusqu’à la Controverse de Valladolid durant laquelle le dominicain Bartolomé De Las Casas et le théologien Juan Guinès de Sépulveda, à l’initiative de Charles Quin, débattirent sur la question suivante : les indiens ont-ils une âme ? Décidant que oui, on se rabattu sur l’Afrique de laquelle on importa les locaux qui eux heureusement étaient mi hommes mi bêtes. La traite négrière fit la fortune de l’Amérique et accessoirement des banques, des assurances, des compagnies maritimes comme la Compagnie des Indes ou la Compagnie Néerlandaise des Indes Orientales et donna à la ville de New York un essor qui l’a sorti de l’ornière dans laquelle elle végétait depuis Stuyvesant.  Les commerçants, les propriétaires terriens,  les banques, les prêteurs, les intermédiaires, les courtiers, avaient prit le pouvoir.

 

Et puis est arrivé le 18 octobre 1685. Révocation de l’Edit de Nantes, fin de la liberté de culte pour les protestants, début des persécutions. La suite on la connait, enfin surtout les natifs la connaissent. Une bande de fanatiques religieux débarquent sur la côte est, manque de crever de faim, les locaux leur apportent à manger parce qu’ils sont trop cons pour chasser la dinde qui les toise à vingt mètres, vu qu’ils se méfient de tout… Pour fêter ça les dingos appellent ce jour Thanksgiving, après quoi ils s’empressèrent de voler, tuer et piller leurs bienfaiteurs.

 

Oui le capitalisme est né à partir d’une foutue erreur de navigation. Il s’est théorisé avec les Lumières. Il s’est surdéveloppé avec la Révolution Industrielle, piétinant au passage et réinterprétant à la sauce de ses intérêts toutes les théories libérales de De Tocqueville à Adam Smith.

 

Et Dieu dans tout ça vous me direz ? Il a été remplacé par l’Objet.

 

La logique des termites.

 

Te fatigue pas je ne crois pas en Dieu. Je trouve la vie beaucoup plus cruelle, drôle, ironique, farceuse, multiple, et chatoyante que toute cette idée d’un barbu dans le ciel qui envoie en enfer ses enfants s’ils n’obéissent pas à ses lois, mais qui leur laisse le droit de le faire en appelant ça le libre-arbitre. Je ne crois ni en une force immanente et juste, la nature fait des conneries monumentales et s’en fout totalement, dixit les dinosaures. Ni en une justice du même acabit. Si je me souviens bien Staline est mort tout seul comme un con parce qu’on avait tellement peur de lui que personne n’était allé voir comment il allait. Après avoir fait tuer des millions de personnes, et mis en esclavage des millions d’autres dans les koulaks. Hitler à choisi sa mort, au contraire de mes arrières grands-parents. Et pendant ce temps à Charlottesville….

 

Mais il faut bien reconnaitre quelque chose au dieu des trois églises, il porta une construction intellectuelle. Il porta un savoir, un mode de pensée, il réforma les esprits, la façon dont les puissants et les seigneurs de guerres commencèrent à voir le monde. Plus seulement en termes de pillage, de vols, bien au contraire. L’église disciplina des guerriers et en fit des chevaliers et des rois, une aristocratie portée par une foi, quelque chose de plus grand qu’eux et leurs petites querelles. Oui je sais, tu vas me dire les croisades tout ça, mais il ne faut pas confondre le pouvoir spirituel et le pouvoir terrestre. La foi et les intérêts économiques et militaires de chacun. L’Eglise en tant qu’état et l’Eglise en tant que guide spirituel. La Torah n’est pas seulement le récit d’un exode, c’est un mode de pensée, une base de réflexion, un trait d’union entre le spirituel et un peuple. L’Islam s’est construit sur la conquête et a rayonné par le savoir et la tolérance. Etc…

 

Mais il y a eu les Indulgences, cette rançon qu’on payait pour racheter son âme auprès de l’Eglise. Commerce de la médiocrité. Il y a eu les bûchés qu’on a allumé pour un rien. Les femmes qu’on jetait dans la rivière attachée à une chaise. Si elle se noyait, son âme était sauve, si elle flottait, fallait la brûler c’était une sorcière. Il y a eu la vulgarisation de la Bible qui a fait comprendre à plein de gens que ce qui était écrit n’était pas trop conforme avec ce qui se passait dans l’Eglise Catholique Romaine. Il y a eut le courant protestant et bien d’autres avant, et la violence s’est déchainé comme elle se déchaine aujourd’hui entre chiites et sunnites.

 

Le prêchi-prêcha du croyant moyen ça sera de vous dire que ça c’est parce que l’homme il est très, très méchant mais que Dieu il leur pardonne quand même. Bref que le dogme, l’église et son mode de pensée n’ont strictement rien à voir à ce qu’en font ses ouailles. Responsable mais pas coupable quoi. Les textes ont beau être d’une violence sans nom, les interdits et les anathèmes multiples, c’est les gens qui lisent qui comprennent mal. Et ceux qui ont élaboré la Bible après deux cent ans de bagarres intellectuelles et de coupe-gorges, Ceux qui ont une idée précise et délimité du monde parce qu’ils sont persuadés qu’un berger illettré et mystique a écrit un bouquin de 600 pages sur les lois d’Allah, après avoir piqué sa crise et péter les idoles dans ce qui tenait lieu d’église dans son village. Ils ont mal compris ou c’est juste qu’on a voulu poser des mots et des lois sur des ressentis sans les comprendre ni les accepter ?

 

Je suis plus prêt de toi que ta veine jugulaire, nous dit le Coran. Voilà, c’est ça la foi. Et on aurait dû s’en arrêter là. Mais non, l’homme est un animal intellectuel, ce qu’il ne comprend il faut qu’il se l’explique. Il parle tout seul ou avec d’autres, il élabore des théories. Et elles le portent. Cette idée de quelque chose plus grand qu’eux a porté les hommes. Elle leur a donné la grosse tête aussi. Jusqu’à ce que la science commence à relativiser notre nombril. La terre a cessé d’être plate et au centre de l’univers. Et peu à peu tout a cessé d’être sacré, à commencé par l’homme lui-même. Du moins dans la conception que l’occident judéo-chrétien se fait du monde. Cet occident conquérant qui s’est déployé comme jamais à partir de cette fameuse erreur de navigation. Qui a soumis la Chine en l’intoxiquant avec de l’opium, s’est imposé au Japon par la force de sa marine, a réduit des millions de personnes en esclavage à l’instar des arabes et des romains qui les avaient précédé. Et dès lors, ce dieu qui avait été une explication, une interprétation du monde, un guide, devint un prétexte pour tout se permettre. Un commerce comme un autre quoi.

 

Depuis l’homo modernus est un animal vide dans lequel on a glissé un objet. Chaque fois qu’il bouge l’objet lui rappel qu’il est vide. Alors il le remplit d’autres objets, à force de se bourrer il arrivera peut-être à étouffer le vide…

 

Et ce qu’il y a de formidables avec ce système capitaliste c’est que nous en avons tous profité ! Face à la montée du socialisme, de l’anarchie, du communisme, les tenants du capital ont bien été obligé de lâcher du leste. D’autant mieux, comme l’a compris Ford, que payer mieux ses ouvriers et leur donner une participation dans l’entreprise en fera non seulement des ouvriers concernés, mais des clients heureux. Ford qu’admirait tant Hitler et réciproquement. Point Godwin me direz-vous ? Pas vraiment non, le Fordisme, le taylorisme est une des sources d’inspirations de la machine industrielle nazi, jusqu’à la Shoah, Organisation Scientifique du Travail cela s’appelle et elle s’est élaborée lors de la seconde révolution industrielle. D’ailleurs Ford était ouvertement antisémite. Et puisque plus rien n’est sacré, tout est permis. Comme disait Césaire, au fond Hitler n’a fait qu’appliquer le colonialisme sur l’Europe. Les mêmes méthodes, le même asservissement, même les camps de concentration qui avaient été inaugurés par les allemands en Afrique. Hitler avait aussi son idée du sacré. Une idée totalement délirante de psychopathe sado-maso mais passons. Qui a pourtant perdurer jusqu’à Charlottesville et la famille Le Pen. La religion du sang, de la race, de la couleur de peau, du sol. La religion du Peuple-Nation, du Peuple des Seigneurs. Qui a d’autant perduré qu’il est présent dans les archaïsmes de l’Europe et d’à peu près tous les peuples de la terre. Barres toi c’est nous qu’on est le Peuple Elu.

 

Oui, nous en avons tous profité. Comme nous avons profité de nos guerres, de nos ennemis, du nazisme, du génocide indien, de l’esclavage, de la Shoah, de la Guerre Froide, de la Guerre de l’Opium. Les marchands, les commerçants, les usuriers, banques, propriétaires terriens ont envoyé la paysannerie grossir les villes et remplir les usines au point où aujourd’hui pratiquement plus aucun d’entres-nous n’est auto-suffisant alimentairement. Nous vivons dans des lieux qui appartiennent à d’autres et nous passons notre vie à courir après l’argent parce qu’un jour Adam Smith a décidé que l’économie du troc avait été l’économie de nos ancêtres. Ce qui n’a jamais été le cas nulle part sur terre. Dans les tribus primitives nécessité faisait loi. On partageait le produit de la chasse. Aujourd’hui on le vend pour s’acheter à manger… Et en effet il s’est produit ce que ne cessent de nous vanter les libéraux modernes, tout le monde en a profité, un peu. Tout le monde s’est enrichi, un peu. On a été en meilleur santé, vécu plus longtemps, etc, Merci saint Capitalisme de tes bien faits ruisselants !

 

Et on est tous devenus des rongeurs, des termites bouffant notre unique domicile, la terre. Sans le savoir ou en pleine conscience. Tous voulu notre voiture, notre ordinateur, notre Ipod, notre petite maison rien qu’à nous à crédit sur 20 ans. Tous. Et aujourd’hui ça se démultiplie parce que l’occident triomphant a imposé ce système de pensée à l’ensemble de la planète. Tout le monde veut connaitre son petit confort 2017 mais comme dans les années 70 chez nous. Et pourquoi pas ? Pourquoi on y aurait pas tous droit hein !? Il existe un site qui pourrait vous éclairer sur ce qu’implique ce droit : http://slaveryfootprint.org. Vous pouvez tester par rapport à ce que vous consommer le nombre d’esclaves dans le monde qui travaillent pour vous. Bon vu ce que je consomme avec le peu d’argent que je gagne, je suis très déçu mais j’ai zéro esclave qui travaille pour moi. C’est une affaire d’échelle bien entendu, en réalité il y a bien un gamin dans le sud Kivu qui s’est crevé la vie dans un trou pour que je puisse taper ce texte sur mon ordinateur. Six millions de morts en RDC depuis la fin de l’Opération Turquoise. Turquoise c’est plus joli qu’Abattoir à Ciel Ouvert. Ca fait printanier.

 

Oui, c’est ça qui est formidable avec le fameux ruissellement du capitalisme magique, il nous a rendu tous complices involontaires ou non. Et voilà la loi du nombre, voilà la théorie de l’offre et de la demande.

 

The pusher don’t care

 

C’est une des paroles d’une célèbre chanson de Steppenwolf, The Pusher. Un pusher en argot américain c’est le revendeur de drogue qui pousse à la consommation, celui qui appuie sur le piston de la seringue pour vous aider à vous shooter la première fois. La première dose est gratuite ! Comme pour nous autres, la première dose a été gratuite.  La machine industrielle s’est emballée. Notamment avec la Guerre de Sécession qui sera le premier conflit industriel de l’histoire, puis plus globalement avec les deux grandes guerres faisant des Etats-Unis une puissance économique sans précédent. De plus en plus de monde a eu accès à de plus en plus de confort au point où aujourd’hui on trouve dans une Twingo plus de technologie, de confort et de sécurité qu’en rencontrera jamais un soudanais ou un bengali moyen dans toute sa (courte) existence. Plus en plus de monde, donc plus en plus de demandes, et d’offres. C’est la logique claironné par le capitalisme, la loi de l’offre et de la demande. Le mantra sacré. Ce pourquoi du reste les trafiquants de drogue ne comprennent pas pourquoi on leur fait la chasse, eux aussi répondent à une demande. Une demande dont s’est du reste parfaitement accommodé l’Empire Britannique et Français quand on s’est proposé de forcer la Chine à s’ouvrir au commerce avec l’occident. Et si je fais l’analogie avec le revendeur, celui qui vous file la première dose gratuite, vous tape dans le dos et vous dit à la prochaine fois, c’est parce que c’est exactement comme ça que fonctionne le capitalisme moderne. Non il ne s’agit pas de la loi de l’offre et de la demande. Il s’agit de la demande créée, suscitée, provoquée, de la demande créée de toute pièce à partir d’une offre qui ne répond plus à aucun besoin réel mais à des nécessités strictement commerciales. Apple ne sort pas un appareil tous les deux ans pour répondre à un besoin technique ou pratique mais pour entretenir ses clients dans une dépendance technologique, et ses actions en haut de la liste. Et quand je parle de dépendance, combien d’entre vous cherchez encore votre chemin sur une carte IGN ? Combien d’entre-vous êtes même capable de la lire ?  Combien d’entre nous serait capable de tuer ou cultiver pour vivre ? Pas besoin, le groupe Carrefour vous propose son large choix de viande à un euro le kilo, pour pas que ce qui reste d’éleveurs et de cultivateurs ne se suicide tout de suite. La première dose est gratuite on vous dit ! Reagan, Thatcher, les fers du lance de ce capitalisme là, nous l’ont dit, enrichissez-vous, il y en aura pour tout le monde ! Du pétrole ? Pff à l’infini qu’on vous dit ! Et d’ailleurs pourquoi pas puisque tout le monde le fait…

 

Pourquoi pas puisque tout le monde achète le dernier album de machin c’est que ça doit être bien, et pourquoi pas puisque ma star préférée utilise Avon, ça doit être bien. Pourquoi pas voter pour lui puisque les sondages me disent que tout le monde va voter pour lui, ça doit être bien. La logique du nombre, du suffrage universel, pas seulement appliquée à la politique, non à tout, à l’art, à la mode, au mode de vie. On y revient, si tout le monde le fait c’est que c’est bien. Et on a appelé ça la démocratie. Le droit tout avoir parce que tout le monde l’avait donc forcément c’était bien. Pourquoi pensez-vous que les Etats-Unis et l’Europe ne cessent de faire la guerre au nom de la « Démocratie » ? Pour que plus de monde ait accès à tout ce qu’il veut. En terme commerciale on appel ça élargir sa clientèle. En terme militaire, une stratégie de conquête. Et si vous en doutez demandez aux irakiens.

 

Le capitalisme est né les deux pieds dans le sang, un fouet dans une main et une Bible dans l’autre. Il a survécu à lui-même et s’est prorogé par la guerre. A la fin de la Guerre Sécession les Etats-Unis étaient déjà une puissance qui comptait, et dès la fin du XIXème siècle ils se sont empressé de coloniser, par la guerre leurs environs immédiats et plus si affinités. Chaque guerre a été le motif d’un bond industriel. Et la guerre c’est bon pour les affaires quand on fabrique à la chaîne et produit en masse. Voilà ce que raconte le général Smedley Butler du US Marine Corp, à la fin de sa carrière : J’ai effectué 33 ans et 4 mois de service actif, et durant cette période, j’ai passé la plupart de mon temps en tant que gros bras pour le monde des affaires, pour Wall Street, et pour les banquiers. En bref, j’étais un racketteur, un gangster au service du capitalisme. J’ai aidé à sécuriser le Mexique, plus particulièrement la ville de Tampico, au profit des groupes pétroliers américains en 1914. J’ai aidé à faire de Haïti et de Cuba un endroit convenable pour que les hommes de la National City Bank puissent y faire des profits. J’ai aidé au viol d’une demi-douzaine de républiques d’Amérique centrale au bénéfice de Wall Street. J’ai aidé à purifier le Nicaragua au profit de la banque américaine Brown Brothers de 1902 à 1912. J’ai apporté la lumière en République dominicaine au profit des entreprises sucrières américaines en 1916. J’ai livré le Honduras aux entreprises fruitières américaines en 1903. En Chine, en 1927, j’ai aidé à ce que l’entreprise Standard Oil fasse ses affaires en paix. Quand je repense à tout ça, je pourrais donner à Al Capone quelques conseils. Le mieux qu’Al Capone pouvait faire, c’était de racketter trois quartiers. Moi, j’agissais sur trois continents.

 

Vous voyez ce que je veux dire ?

 

La farandole des parasites.

 

Laurent de Médicis était laid comme un pou, avait une voix nasillarde, orbitait dans une ville remplit de clan familiaux qui mourraient d’envie de s’entre-tuer, mais il avait autant d’argent que d’éducation et de goût. Il a révélé Michel-Ange, Léonard de Vinci, Botticelli et d’autres. Et tout le monde raffolait de le fréquenter, pas seulement pour son or. En gros il a accouché de la Renaissance. Aujourd’hui Laurent de Médicis s’appel François Pinaud, il ne révèle rien, n’accouche d’aucun renouveau artistique, philosophique et scientifique, il collectionne. Il s’exonère fiscalement en plaçant dans le marché de l’art, car l’art est devenu un marché comme un autre.  Et tout le monde veut le fréquenter autant pour son or que son pouvoir.

 

Un jour un espagnol au nom interminable, dit Picasso, s’installe à Paris sans un rond, il boit un coup avec un certain Max Jacob, rencontre un poète du nom de Guillaume Apollinaire, c’est avant la grande boucherie de 14 de laquelle le même Apollinaire finira par mourir. Modigliani n’est pas loin, Cézanne a déjà dit adieu à la perspective italienne et a jeté les premières bases du cubisme avec les Joueurs de Cartes. Pourquoi sont-ils à Paris à ce moment là, pourquoi passent-ils tous par là ? Parce que Paris c’est la ville où on fait la fête, où on peut encore se loger pour pas cher, où toute l’Europe se croise, alors qu’à Londres ont fait des affaires. Aujourd’hui Picasso, loge en banlieue parce que Paris c’est trop cher, monte un blog vu qu’il rame avec les galeries qui pensent cotation avant de penser art, correspond avec un gars qui a fanzine et qui s’appel Max Jacob, ils décident de s’auto produire pour vendre leur travail, montent une chaine de crow funding, payable par Paypal uniquement, font du buzz dans les magazines en ligne mais vu qu’il défile déjà des millions d’images et de poème sur la toile, tout le monde s’en carre… sauf, sauf si un gars décide de poser un plug anal vert sapin de sept mètres sur la place de la Concorde. Alors Picasso lâche l’affaire et laisse la place à Jeff Koonz.

Louis Ferdinand Céline envoi un manuscrit épais comme un bottin à un certain Gaston Gallimard, ils s’engueulent pendant toute la durée de la correction et même après. Le livre rate le Goncourt dont du reste personne ne se souvient. Il devient un monument littéraire sans passer à la télé. Il inspire des milliers d’écrivains et d’artistes en général jusqu’à aujourd’hui, sans répondre à un interview dans les Inrocks. Et pourtant on y dit des mots comme nègre, foutre et youtre. Son livre se vend partout dans le monde, Céline ronchonne parce qu’il ne touche rien. Les intermédiaires sont déjà là. Les agents, les éditeurs, les législateurs qui décident si oui ou non vos droits d’auteurs s’appliquent chez eux et à quel taux. Aujourd’hui Céline envoie son manuscrit à 15847 maisons d’éditions qui le refusent en raison de sa taille, ou de son style, ou parce que il y a Game of Thrones à la télé. Fini par se publier à compte d’auteur et quand il veut expédier son livre à l’étranger, la banque lui pique 20 boules pour les cartes bleues plus 25 sur les chèques, le tout pour un livre qu’il mit à dix-huit pour arriver à le vendre…

 

Avec le capitalisme et la bourgeoisie qui en est né, se sont créée toute sorte de métiers. Et toutes sortes de lois, de règles, de règlements, et de taxes diverses et variées ce qui n’est pas non plus le moindre des paradoxes quand on écoute les défenseurs de la « libre entreprise ». Sur un produit, sur le fruit d’un travail, quelque soit le travail, tout le monde veut sa part. Je décide de vendre des chouchous dans la rue il me faudra une patente commerciale, un numéro d’Urssaf ou d’auto-entrepreneur, une autorisation préfectorale, une conformité d’hygiène répondant à des normes décidées dans des bureaux où on a jamais vu de sa vie un vendeur de chouchou ni n’a la moindre idée de comment ça se fabrique. Sur la vente de mon chouchou l’état prendra sa part à hauteur de 20%, ça s’appelle la TVA, c’est légal. Et si jamais j’ai emprunté pour m’acheter le matériel, la banque prendra la sienne. Après quoi je devrais repayer l’état que j’ai fait ou non des bénéfices, c’est pas nos oignons, ça s’appelle les cotisations sociales ou patronales si je suis mon propre boss. Et si je ne le fais pas ça s’appelle un délit. Par contre les milliards d’arriérés de cotisations patronale du CAC40 ce n’est pas un délit c’est favoriser la compétitivité. D’ailleurs eux ils appellent ça des charges, parce que c’est lourd de payer l’hôpital à des pauvres. Et quand vous achetez votre paquet de café deux euros, vous ne payez ni le travail du gars qui a ramassé, vu que proportionnellement il n’est pas vraiment payé, ni celui qui a fait poussé, vu que c’est le même. Pas même les marins qui vont le transporter jusqu’à vos côtes, d’autant que l’automatisation se porte bien dans les transports maritimes, ou le chauffeur routier qui trime plus qu’il ne vit. Vous payez la longue chaine d’intermédiaire qui vous sépare de la plantation. Mieux, vous payez l’autre longue chaine d’intermédiaires qui ont fixé le court du café x au moment y. Vous payez une foultitude de gens, et pourtant le plus gros de ce que vous payez va dans la poche d’une poignée d’individus.

 

Vous me direz que ce que j’ai dit plus haut sur les chouchous est la preuve que l’état grève l’initiative et que Smith avait raison. Je vous répondrais que mis face à une holding qui me vend mon huile de friture, ma pâte, mon matériel à crédit, et le crédit qui va avec, peut produire vingt fois en une journée ce que je fabrique en deux semaines et sans que quasiment ça ne lui coûte un rond, je suis un peu le dos au mur. Surtout que si je fais les meilleurs chouchous du monde de la terre, qu’ils deviennent une marque, la holding me la rachètera et si je refuse de vendre cassera les prix pour me ruiner. Elle n’a rien à perdre, elle a déjà tout.

 

Et c’est pareil pour absolument tous les produits du capitalisme. Même le shit ! Une barrette de deux à trois grammes de haschich est vendue dans la rue vingt euros. Sur cet argent, la moitié paye le transport, la sécurité, la récolte et la culture, la fabrication, les autorités solvables. Le reste emprunte le circuit bancaire pour blanchiment. Et sur lequel le dit circuit prendra une commission de manière parfaitement illégal… mais quand on s’appelle HSBC, illégal c’est un mot pour les pauvres.

 

La bourgeoisie née du capitalisme a fait de ses employés, des artistes, de ses ouvriers, agriculteurs et artisans, des clients. Des clients que le capitalisme s’est ingénié à exploiter de la naissance à la mort comme d’une matière première. Et le procédé s’accélère puisque peu à peu nous devenons des marques, des individualités à vendre sur notre page Facebook… L’offre dépassant rapidement la demande, la publicité est intervenu pour attiser cette demande, la démultiplier, parce que tout le monde a besoin de onze sortes de yaourt différents bien entendu. Et comme ça coûte cher, que ça ne suffit pas, que Bernard Arnaud ne vend pas assez de sac à main en peau de crocodile écorché, on veille à uniformiser les goûts, aseptiser l’offre, la rendre non plus accessible pour tous mais rendre tout le monde accessible à l’offre. Coca Cola dépense des milliards en budget publicitaire, monopolise des sources d’eau potables dans des régions où on en manque. Créer une dépendance au sucre et des problèmes d’obésité et il n’existe pas un coin sur la planète où n’en trouve pas. « Joshua Tree » de U2 passe une fois toutes les six secondes sur les radios européennes depuis sa sortie dans les années 90, l’album s’est vendu des millions de fois, donc totalement par hasard, et Bono peut faire le mariole au sujet de la faim dans le monde et les petits indiens d’Amazonie… ah non ça c’est Sting… Un exemple criant ? Comparez le cinéma américains des années 60/70 et celui actuel. Comparez un Hollywood ruiné, des studios au bord de la tombe qui décident de faire le pari fou de faire confiance à des  artistes.  Et le Hollywood d’aujourd’hui des banques et des consorsiums, des agents et des publicistes, des distributeurs, des éditeurs, de la foultitude de nouveaux intermédiaires qui produisent à la chaine… des films de super héros. La médiocrité marchande. Réduire tout à une transaction, une marchandise, une valeur décidée moins par un marché que quelques possédants. Quelques possédants et leur aréopages, leur cour,  leur armée idéologique, celle qui défendra ce droit à posséder à tout posséder, et accessoirement à tout se permettre au nom de la liberté d’entreprendre, la bourgeoisie.

 

Et nous voilà donc tous dans ce même bain, tous maillons d’une vaste chaine de bénéfices. De bénéfices et de productions. La première bouchée est gratuite. Mais comme on dit en anglais, free lunch doesn’t exist. On rase pas gratis. Et nous sommes en train de nous en rendre compte. En regardant les ours polaire flotter comme des cons sur un morceau de glace. En puisant de plus en plus profond et de plus en plus loin dans l’océan. En se menaçant du pire à la frontière sino-indienne parce que les barrages les chinois ça va bien ! En étant obligé d’aller piquer l’eau des piscines pour éteindre la pinède, en penchant son nez au-dessus de la rivière et en sentant l’essence ou le chlore…En prenant un bol de gaz à Shanghai ou Pékin. Mais quand même ça suffit pas, le capitalisme en veut plus, et encore plus. Il veut des accords commerciaux transcontinentaux, il veut que chaque petit chinois soit « libre » de s’acheter sa paire de Nike. Il veut que les européens soient « libre » de manger du poulet au chlore et rouler grâce au gaz de schiste. Il veut que ses actionnaires touchent leurs 7% et soit « libres » de licencier pour ça une région au complet. Libre de faire ce qu’il veut, quand il veut, où il veut. Et le plus possible, parce que l’argent ça se mange.

 

Et tout ça à cause d’une foutue erreur de navigation…